Prendre : définition de prendre


Prendre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PRENDRE, verbe trans.

1reSection. Empl. trans.
I. − Mettre avec soi.
A. − Saisir quelque chose (ou quelqu'un), généralement avec une partie du corps ou avec un instrument, à des fins diverses. Anton. lâcher.
1. [Avec un compl. indiquant ce qui prend]
a) [Le compl. est introd. par avec] Il retirait le boudin de la marmite. Pour ne point crever ni nouer les bouts ensemble, il les prenait avec un bâton, les enroulait, les portait dans la cour, où ils devaient sécher rapidement sur des claies (Zola, Ventre Paris, 1873, p.693).Il se contenta d'une inclinaison de tout le corps (...) sans prendre avec sa main gantée de suède la main que le docteur lui avait tendue (Proust, Sodome, 1922, p.1039).
Locutions
Prendre avec des pincettes, ne pas être à prendre avec des pincettes. V. pincette A 1 b.
Au fig. Vouloir prendre la lune avec les dents. V. lune D 4.
b) [Le compl. est introd. par à] Prendre à bras(-)le(-) corps, à pleines mains. La Malabaraise prit une large éponge à la main, et la passa dans les doux cheveux d'or de Chrysis (Louys, Aphrodite, 1896, p.19).
Prendre son courage* à deux mains.
Prendre ses jambes à son cou*.
Prendre le mors* aux dents.
c) [Le compl. est introd. par dans ou en] Il prend dans ses mains les lapins essouflés (Giono, Colline, 1929, p.116).Elle sortait de ses draps, toute chaude dans sa chemise mousseuse. Il la prit dans ses bras: −Tu as l'air d'un petit faune (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.277).
Loc. fig. Prendre une affaire en main. S'occuper de quelque chose de manière sérieuse et suivie. Dudule vous dira que quand je prends une affaire en main, on peut être tranquille (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.288).
d) [Le compl. est introd. par entre] Prendre un objet entre les doigts, entre le pouce et l'index. J'ai pris l'arbre de vie entre mes poings puissants (Hugo, Légende, t.5, 1877, p.1225).
2. [Sans compl. indiquant ce qui prend]
a) Qqn prend qqc.Supposons qu'après avoir pris de l'air à la pression atmosphérique ordinaire, on soumette successivement la masse d'air enfermée dans un vase clos à des pressions de deux, de trois, de quatre,... de dix atmosphères (Cournot, Fond. connaiss., 1851, p.63).Il se pencha, prit une bûche et la posa dans le foyer (Duhamel, Suzanne, 1941, p.109).Je pris une cigarette dans le paquet de mon père, l'allumai (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p.178).
Locutions
Prendre la plume. Se mettre à écrire. Mais je dépends beaucoup de la veine d'observations dans laquelle je suis placé, au moment où je prends la plume pour vous écrire (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1856, p.258).
Prendre le bras (de qqn). Se mettre bras dessus, bras dessous avec quelqu'un. Hélène prit le bras du jeune homme, et tous quatre passèrent dans la salle à manger (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p.153).
♦ Domaine milit., vx.Prendre les armes. Présenter les armes, rendre les honneurs (infra 1reSection III A 2). La garde prenait les armes et sortait; le roi passait, tout était fini (Chateaubr., Mém., t.3, 1848, p.52).
Prendre la clef des champs. V. champ1.Prendre ses cliques et ses claques. V. claque2.Prendre son pied*. Prendre la balle au bond. V. balle1.
[P. ell. du compl. d'obj. dir.] Quand j'ai besoin de régler une facture pour toi, eh bien, je prends dans ma caisse! (Tr. Bernard, M. Codomat, 1907, ii, 5, p.165).
b) Qqn prend qqn/qqc. + compl. indiquant la partie saisie.
α) Prendre qqn/qqc. à + subst.Elle s'était assise près d'elle, et d'un bras caressant l'avait prise à la taille (Zola, Rêve, 1888, p.137).Il l'a prise à la gorge, on a bien reconnu sa main, rapport au doigt qui lui manque (Bernanos, M. Ouine, 1943, p.1502).
Empl. pronom. Ils étaient là quatre ou cinq auteurs de la table ronde (...) presque ivres (...) et ayant déjà vingt fois failli se prendre aux cheveux pour un mot vif jugé blessant (Pergaud, De Goupil, 1910, p.248).
Loc. Prendre qqn au mot*, à la lettre*, au pied de la lettre*.
β) Prendre qqn/qqc. par + subst.Prendre par le cou, par la taille. Il y descendit, paya le cocher, prit Cosette par la main, et tous deux (...) se dirigèrent vers le boulevard de l'Hôpital (Hugo, Misér., t.1, 1862, p.514).
Loc. Prendre le taureau par les cornes. V. corne.
B. − [Avec déplacement dans l'espace de celui qui prend et/ou de l'objet pris] Anton. laisser.
1. Prendre qqc.
a) Saisir quelque chose et l'emporter avec soi ou le mettre sur soi. Prendre un parapluie, une lanterne (Ac.). Vous viendrez m'ouvrir, vous savez où est la clé vous la prendrez sous son oreiller (Jouve, Paulina, 1925, p.60).J'ai profité d'une nouvelle visite à l'usine pour rester seul dans le bureau de mon père et y prendre les plans et les graphiques (Nizan, Conspir., 1938, p.159).Moi je prends ma casquette (...) et je m'en vais (Prévert, Paroles, 1946, p.83).
Locutions
Prendre au vol. Saisir furtivement quelque chose. Que d'innocentes infidélités, d'ailleurs, n'avons-nous pas dû involontairement commettre en essayant de répéter de pures conversations prises au vol! (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t.2, 1823, p.238).
Prendre (au vol) un baiser. Évoquant des souvenirs lointains (...), des visions entr'aperçues de baisers pris au vol sur les lèvres des belles! (Courteline, Train 8 h 47, 1888, 1repart., 7, p.87).Le touchant portrait d'une jeune fille vraiment vraie; elle avait permis une fois à un homme de lui prendre un baiser, et plutôt que d'avouer cette vilenie à son fiancé, elle renonçait à lui (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p.166).
Au fig. Prendre la balle* au bond.
Au fig. (En) prendre de la graine*.
b) Aller chercher, passer chercher quelque chose ou/et l'emporter avec soi. Prendre le pain. Vous avez tous vos documents... bulletins, reçus! (...) Très-bien, j'aurai l'honneur d'aller les prendre à votre domicile! (Sardou, Rabagas, 1872, ii, 11, p.81).
2. Prendre qqn
a) Emmener quelqu'un avec soi (souvent dans un moyen de transport). Je vous prendrai en passant (Ac. 1935). J'ai envie de le prendre [le dromadaire] à mon bord... En arrivant à Marseille, j'en ferai hommage au jardin zoologique (A. Daudet, Tartarin de T., 1872, p.132).Je me suis sauvée et je n'en puis plus. Voulez-vous bien me prendre dans votre voiture, monsieur et madame? (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p.241).Jos-Mari aurait mieux fait de prendre Wolf avec lui, quitte à le laisser au «belvédère» pendant la course (Peyré, Matterhorn, 1939, p.223).
Prendre qqn à part. Éloigner quelqu'un d'un groupe où il se trouvait généralement afin de lui faire part de quelque chose (v. infra 1reSection C). L'abbé Volland (...) avait pris à part la blonde espiègle aux groseilles (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p.38).
b) Emmener quelqu'un chez soi et l'y garder. Synon. héberger, loger.Prendre qqn en pension. L'oncle, un peu honteux, sentant qu'il devait faire quelque chose pour ce pauvre garçon, lui offrit de le prendre avec lui (Zola, Ventre Paris, 1873, p.645).C'était un éléphant. Notre maison étant tout proche, On le prit avec nous (Toulet, Contrerimes, 1920, p.32).
c) Faire venir près de soi. Puis il m'a prise près de lui sur le canapé où il était assis (Gide, École femmes, 1929, p.1300).
3. Prendre qqc./qqn pour + subst.Infra 1reSection III B 2.
C. − P. ext.
1. Appréhender, saisir quelque chose en tant qu'il s'agit d'une possibilité parmi d'autres.
a) [La possibilité appréhendée est d'ordre conceptuel ou cognitif] Synon. choisir, considérer, envisager.Prendre une comparaison, un exemple. Il est temps de revenir à la vérité des moeurs antiques. Prenez Platon, Socrate, Alcibiade, Aspasie; imaginez-les vivant, agissant d'après les ravissants tableaux que nous en a laissés l'antiquité (Renan, Avenir sc., 1890, p.462).Il prit la thèse la plus extrême: la grève générale (Barrès, Cahiers, t.5, 1907, p.92):
1. Prenez une tribu quelconque de nègres ou de polynésiens. Dès les premières heures de votre contact avec elle, un phénomène vous transporte d'enthousiasme ou d'indignation. Faure, Espr. formes, 1927, p.64.
Loc. À tout prendre. Synon. somme toute.Le sort des écoliers d'aujourd'hui n'est, à tout prendre, ni meilleur ni pire que celui du petit Pierre (A. France, Pt Pierre, 1918, p.248).
b) [La possibilité est d'ordre pratique] Synon. choisir.Parmi les épisodes touchants qui abondent dans les romans de J. Paul (...) j'en vais citer trois, pris au hasard (Staël, Allemagne, t.3, 1810, p.282).Le langage a été donné à l'homme pour qu'il en fasse un usage surréaliste (...) il arrive tant bien que mal à s'exprimer et à assurer par là l'accomplissement de quelques fonctions prises parmi les plus grossières (Breton, Manif. Surréal., 1erManif., 1924, p.56).Beethoven n'a pas recours, comme on s'y attendrait, à une de ces tonalités que lui-même désigne comme «noires», ou, simplement, à une tonalité mineure. Il prend le ré majeur (Rolland, Beethoven, t.1, 1937, p.190).
En partic. Acheter, acquérir. Je prendrai tout à six francs pièce. Si vous me donnez ce drap à tel prix, j'en prendrai six pièces. Je ne veux point de cette étoffe, je prends celle-ci (Ac.1935).Il faut que j'aie l'air d'un sage, et je prends dans ma poche un journal que je tiens derrière mon dos, mais j'ai pris Le Matin et non L'Humanité. Pourquoi? (Renard, Journal, 1907, p.1132).
[P. ell. du compl. dir.] On entendit tout le bruit de l'enchère voisine, des soles de la Marie-Rose que M. Lengagne tenait à quatre cent soixante francs, au jugé: quatre francs le kilo. Après deux surenchères de Marie Legagneux, il prit à cinq cents francs (Hamp, Marée, 1908, p.24).
c)
α) Prendre langue*.
β) (C'est) à prendre ou à laisser*.
d) JEUX DE CARTES. Prendre (à pique, à coeur, etc.). Faire le jeu. (Dict. xxes.):
2. Avant de jouer les levées, la tradition a prescrit pour les enchères des conventions très nombreuses et éminemment variables, entre lesquelles on distingue (par importance décroissante): 1oJouer sans écart (sans toucher au talon, qui ne sera vu qu'après la dernière levée); 2oPousser (faire aller le jeu sans achat); 3oPrendre (faire aller le jeu avec achat); 4oPasser (refuser de faire aller le jeu). Cl. Aveline, Le Code des jeux, Paris, Hachette, 1961, p.173.
2. [Avec un compl. précisant la manière dont s'opère l'appréhension] Synon. considérer.
a) Prendre qqc. dans/sous un sens (ou mot du même parad.).La famille est l'unité sociale fondée sur le mariage. Elle se compose des parents et des enfants. Toutefois ces termes doivent être pris dans une acception sociologique et non biologique (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p.270).Il faut donc prendre le terme de coopération dans son sens étymologique précis de co-opérations (Traité sociol., 1968, p.234).
b) Prendre qqc. à + syntagme nom. indiquant
α) [la disposition du référent du suj.] Prendre en plaisanterie, en badinage, en bonne part, en mauvaise part, à la rigolade. Il en aimait mieux Georges de ne pas prendre la vie au tragique, comme lui (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1564).Les mythes méritent d'être pris au sérieux (Béguin, Âme romant., 1939, p.15).L'amour qu'il me portait ne pouvait être pris à la légère ni considéré comme une simple habitude de père (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p.162).
Prendre bien/mal qqc. Supporter avec flegme ou résignation quelque chose ou manifester du dépit, de l'abattement. (Dict. xxes.).
En partic. Prendre mal un propos. Interpréter un propos comme une attaque contre sa personne. (Dict. xixeet xxes.).
Expr. Il/elle l'a mal/l'a bien pris. Il ou elle considère quelque chose comme un affront, une atteinte ne la considère pas comme un affront, une atteinte. Le petit avait pris ça très mal, ne voulant rien entendre de son père et de sa mère (Aragon, Beaux quart., 1936, p.381).
Prendre une chose du bon, du mauvais côté. ,,Considérer favorablement ou défavorablement quelque chose`` (Ac. 1935).
Prendre fait et cause pour qqn. Défendre quelqu'un de manière résolue. Il prenait fait et cause pour lui et s'indignait contre Schmoûle (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.135).
Prendre parti* (pour qqn, qqc.).
β) [le point de vue sous lequel le référent du compl. est envisagé] Prendre à témoin. Voilà. Réfléchissez. Je vous prends à l'essai (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p.243).Ces «jeux de mots» (...) où la rime est prise à son comble, ne se borne plus aux bouts-rimés, mais pénètre le vers entier (Aragon, Crève-coeur, 1941, p.72).
Locutions
Prendre (qqc.) à la lettre*.
Prendre le ciel à témoin. Invoquer le témoignage divin. Prenant le ciel à témoin de ses deux bras maigres que la crise de l'âge mûr a couverts d'un duvet satiné: «Ça voudrait être conseiller général, et ça ne se respecte même pas soi-même!» (Bernanos, M. Ouine, 1943, p.1395).
Prendre les choses comme elles sont/viennent; prendre qqc./qqn tel qu'il est. Voilà! Il faut me prendre comme je suis (Zola, Nana, 1880, p.1362).Le secret du bonheur est peut-être de prendre les choses comme elles viennent, et de savoir employer son temps (Ambrière, Gdes vac., 1946, p.350).
DR. Prendre qqn à partie. V. partie II A 2 b.
Expr. Si tu le prends comme ça! Si vous le prenez comme ça! [S'emploie pour manifester à l'interlocuteur qu'il a mal interprété les propos du locuteur et que celui-ci va y mettre fin ou va changer de sujet] −(...) C'est fini. N'en parlons plus. Je retirai mes mains. −Oh! Si tu le prends comme ça, Vial... −Oui, madame, je le prends comme ça, et, bien plus fort, je vous reproche d'avoir amené le nom de cette jeune fille dans notre conversation (Colette, Naiss. jour, 1928, p.49).
γ) [la manière selon laquelle l'appréhension s'opère] Prendre une chose à contresens; prendre une affaire à rebours, de travers, à rebrousse-poil (fam.), à contre-poil (fam.). Prendre une affaire du bon, du mauvais biais (Ac. 1935).
Prendre bien, prendre mal une affaire. ,,Engager, conduire une affaire bien ou mal. L'affaire n'a pas réussi, parce qu'on ne l'a pas bien prise`` (Ac. 1935).
Prendre à sa charge qqc. Prendre à son compte, assurer le paiement de quelque chose. Alors, Michäel, avec Mariette, s'arrangea pour prendre à sa charge les moindres dépenses de la rue Montmartre (Cocteau, Enfants, 1929, p.124).
c) Prendre qqc. avec + syntagme nom. indiquant l'attitude du référent du suj.Il lui était dévoué, et, dans cette affaire-ci, touché du rôle qu'on lui donnait, prit ses intérêts avec la dernière rigueur (Montherl., Célibataires, 1934, p.909).
d) Vx. Prendre que + prop.Considérer, supposer. Prenons que les choses se sont passées ainsi. Prenons que je n'ai rien dit (Ac.1878).Vigneron: Où prends-tu que je me moque de toi? (Becque, Corbeaux, 1882, i, 1, p.56).
3. Prendre qqc. sur soi.Se charger de quelque chose, faire quelque chose de sa propre initiative sans y être autorisé. Cela passe un peu mes pouvoirs, mais je le prends sur moi. Je prends sur moi de le faire. Je prends sur moi la faute (Ac.1935).L'exécution [du criminel] fut annoncée. Dans cette extrémité, l'abbé Dutheil prit sur lui de proposer à l'Évêque un dernier parti (Balzac, Curé vill., 1839, p.72).Ninette était furieuse (...) elle disait: «Il me le paiera! il s'en souviendra! (...).» Alors, j'ai tout pris sur moi (...) je lui ai dit (...) que tu m'avais chargé de l'inviter (Labiche, Célimare, 1863, i, 7, p.23).
Absol. Se retenir, se contraindre (d'agir de telle ou telle manière). J'ai pris sur moi pour ne pas lui répondre. Cet homme était d'un caractère emporté, il a compris la nécessité de prendre sur lui (Ac.1935).
II. − Agir de façon à (pouvoir) disposer de quelque chose qui était libre ou en possession d'autrui.
A. − [Le référent du compl. ne se déplace pas; le suj. désigne l'agent]
1. S'approprier quelque chose pour l'utiliser ou s'en servir à ses propres fins. Anton. donner, céder.
a) Prendre qqc.Les paysans veulent prendre les terres. (...) Nous le leur interdisons (Malraux, Cond. hum., 1933, p.271).La terre, elle, vivait toujours. Les Allemands, sans doute, l'avaient prise, mais on parvenait tout de même à en vivre largement (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.36).
En partic. Prendre le/son temps. Se donner le temps de faire quelque chose. Repris aussitôt par le métier, il continue, sans prendre le temps de souffler (Guèvremont, Survenant, 1945, p.219).Aux environs de 1930 les gens commenceraient à s'impatienter, ils se diraient entre eux: «Il prend son temps, celui-là!...» (Sartre, Mots, 1964, p.141).
Vx. Prendre temps. Le pouvoir de durer n'est donc pas ici un caractère accessoire; la solidité nous invite à prendre temps et à revenir (Alain, Beaux-arts, 1920, p.175).
Empl. abs. MmeArrow: Il est généreux. Il a de l'amitié pour toi. Tu n'as qu'à tendre la main... Courpière: Jamais!... Je prends, je ne quémande pas (Hermant, M. de Courpière, 1907, iii, 3, p.23).
b) Prendre qqc. à + compl. indiquant l'origine.Puis, après avoir empli son baquet de quatre seaux d'eau froide, pris au robinet, derrière elle, elle plongea le tas du linge blanc (Zola, Assommoir, 1877, p.387).Ils allaient en désordre, autour de longs chariots remplis (...) de tableaux, de vases pris aux palais de Moscou (Adam, Enf. Aust., 1902, p.82):
3. ... ce matin ont reparu les chercheurs de vase et de sable −des ouvriers paludéens qui remplissent leur barque plate de pelletées de limon pris au lit et aux berges basses du fleuve. Gide, Journal, 1895, p.59.
Au fig. Synon. de emprunter.Vous aurez mal compris, cela tient à sa manière de dire, c'est une façon exagérée de parler qu'il a prise aux Orientaux (Flaub., Tentation, 1849, p.312).Les Persans ont pris aux Russes l'usage des fenêtres, celui des souliers à notre mode (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1856, p.247).Ces thèmes seront cosmiques, universels, interprétés d'après les textes les plus antiques, pris aux vieilles cosmogonies mexicaine, hindoue, judaïque, iranienne, etc. (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p.147).
Prendre qqc. à qqn.Faire sien quelque chose qui était à autrui. Anton. rendre.Et c'est pour cela que j'ai pris sa place! (Sardou, Rabagas, 1872, v, 4, p.230).Orso: Alors est-ce que je vais lui prendre la femme qu'il aime? (Claudel, Père humil., 1920, ii, 2, p.520).
c) En partic. Prendre + compl. indiquant une valeur ou un prix.Requérir telle ou telle somme, telle ou telle quantité de quelque chose en échange de quelque chose d'autre. Synon. demander.On m'a pris mille francs pour cette maçonnerie. Il n'a rien voulu prendre pour sa peine. On prend tant de droit d'entrée sur cette denrée (Ac.).
2. Prendre qqc. sur qqc.Prélever quelque chose ou une partie dans un ensemble, un tout sur quelque chose. On prendra cette somme, cette dépense sur tel fonds. Il a pris mille francs d'avance sur son traitement (Ac.1935).
Au part. passé. L'intérieur de la barricade, cette espèce de petite cour prise sur la rue, était noyé de ténèbres (Hugo, Misér., t.2, 1862, p.418).Celle-ci a utilisé (...) dans les deux séries d'épreuves, du sang pris sur des cadavres de moutons morts charbonneux (Pasteur, Corresp., 1882, p.343).Payés d'abord au moyen du butin pris sur l'ennemi, ces travaux le furent ensuite, à partir de l'an -111, par les propriétaires des terrains desservis (P. Rousseau, Hist. transp., 1961, p.47).
[P. ell. du compl. d'obj. dir.] Prendre sur qqc.Retrancher sur telle ou telle chose. Prendre sur sa nourriture, sur sa dépense, sur son nécessaire. Il prend sur son nécessaire pour donner aux pauvres. Prendre sur son sommeil pour travailler (Ac.1935).
3. En partic.
a) Se rendre maître de quelque chose par la force. Synon. conquérir, investir; anton. abandonner.Prendre une place-forte. Une frégate anglaise le découvrit, lui donna la chasse et le prit à l'abordage (Ponson du Terr., Rocambole, t.3, 1859, p.34).La mitrailleuse est prise par la septième! crie-t-on (Barbusse, Feu, 1916, p.279).
Au part. passé. Nelson avait été le meilleur ami de son père et lui avait même légué (...) cinq des pièces de canon en cuivre prises à Copenhague (Michelet, Journal, 1834, p.147).
Expr. [S'emploie pour indiquer qu'on a pu tirer quelque avantage d'une affaire médiocre] C'est autant de pris sur l'ennemi. C'est toujours autant de pris (Ac.1935).
Prendre (un lieu) d'assaut. Investir un lieu de force vive. Nous venons d'avoir ici une forte alerte dans l'insurrection de Lyon, la ville a été prise d'assaut par 40000 ouvriers qui une fois vainqueurs se sont conduits comme des séminaristes (Lamart., Corresp., 1831, p.229).
P. anal. Synon. de assaillir.Les pâtisseries étaient prises d'assaut (Martin du G., Thib., Pénitenc., 1922, p.707).
b) Posséder sexuellement quelqu'un. Et il la prit aussi facilement que s'il cueillait un fruit mûr (Maupass., Mt-Oriol, 1887, p.110).Ce jour-là, dont l'aube se levait, verrait l'amant de la déesse aux pieds de sa nouvelle idole. «Prends-moi! prends-moi!» s'écria-t-elle. Elle l'adorait maintenant (Louys, Aphrodite, 1896, p.162).
c) JEUX (notamment jeux de cartes). Faire la levée; acquérir une pièce de l'adversaire. Je prends votre dame sur mon roi (Ac.1935).Potasse prend de son as. Boubouroche joue pique! (Courteline, Boubouroche, 1893, i, 1, p.20).
Absol. Je prends et je joue (Ac.1935).
d) SPORTS. Prendre un + subst. exprimant une mesure.S'assurer l'avantage mesuré. Prendre un pneu, un demi-tour, un bassin, une demi-longueur (d'avance) (d'apr. Petiot 1982).
Loc. Prendre le meilleur* sur qqn.
e) Loc. fig. Prendre le dessus. V. dessus2.
B. − [Le référent du compl. peut se déplacer, se dérober; le suj. désigne l'agent]
1. Capturer. Synon. attraper; anton. libérer.
a) Prendre qqn/qqc.Prendre un sanglier; pas vu, pas pris. Nous avons chassé tout le jour sans rien prendre (Ac.1935).Ah! Si j'avais eu des canons et mon brave Simon, tu ne m'aurais pas pris comme un congre dans son trou (Sue, Atar-Gull, 1831, p.12).On a connu des printemps où des chasseurs prenaient jusqu'à des sept cents rats (Guèvremont, Survenant, 1945, p.168):
4. ... d'un coup sec, Pencroff «ferra» son engin, et des battements d'aile lui indiquèrent que les oiseaux étaient pris. Verne, Île myst., 1874, p.51.
P. plaisant. Le soir, les Charles Edmond me prennent de force pour dîner (Goncourt, Journal, 1861, p.981).
b) [Avec un compl. indiquant ce qui sert à capturer]
α) Prendre qqc. à + syntagme nom.Prendre un poisson à la ligne, à l'hameçon (Ac. 1935). Il vient d'être pris au piège et écarquille des regards quelque peu apeurés dans les cercles nouveaux où on le lâche (Du Bos, Journal, 1927, p.161):
5. C'est une chose bien connue, Sidonie a plus d'un amant. Elle en prend à ses cheveux blonds Comme, à sa toile, l'araignée Prend les mouches et les frelons. Cros, Coffret santal, 1873, p.48.
Empl. pronom. Aucun être humain ne franchirait ce barrage (...) et, quand on retiendrait jusqu'au jour tous ceux qui viendraient se prendre au filet, ce ne serait pas un grand mal (Alain, Propos, 1921, p.272).
P. métaph. La nature s'est prise aux filets de ta vie (Éluard, Capitale douleur, 1926, p.85).
Au fig. Se laisser prendre à qqc. Se laisser tromper. Ne vous laissez pas prendre à ses paroles, à sa feinte douceur (Ac.1935).Elle pensait à ces derniers mois. Saquet... puis les autres. Elle s'était laissée prendre à toutes les promesses, on avait profité de sa nonchalance (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p.86).
β) On ne prend pas les mouches avec du vinaigre. V. mouche I C 3.
γ) Au fig.
Se prendre à qqc. (infra 3eSection IV).Se laisser séduire, captiver par quelque chose. À peine ai-je aujourd'hui envie −phénomène assez rare chez moi −de me prendre à la dictée de ce journal (Du Bos, Journal, 1924, p.54).Elle s'exaltait, se prenait à la plaidoirie (Cocteau, Enfants, 1929, p.154).
Se prendre au jeu. Synon. de se piquer au jeu*.
Se prendre à qqn.S'attacher à quelqu'un. Est-ce vous qui m'empêchez de fuir, ou bien est-ce moi au contraire qui me suis prise à vous d'une manière si gentille que vous ne savez plus comment vous dépêtrer? (Claudel, Soulier, 1944, 1repart., 1rejournée, 9, p.975).
c) Se laisser/faire prendre dans + syntagme nom. exprimant un événement ou un état.Se retrouver dans une situation qui vous prive de vos moyens ou présente un danger. Westermann, le plus brave général de cavalerie, mais aussi le plus imprudent, s'était laissé prendre dans une embuscade, à deux lieues de Laval (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t.2, 1870, p.230).Or, à deux milles de là, il y a de ces hasards! La goélette se fait prendre dans un cyclone je ne vous dis que cela (Audiberti, Quoat, 1946, 2etabl., p.68).
Au part. passé. MmeX... (...) a l'air ahuri d'une bourgeoise prise dans une émeute (Green, Journal, 1928, p.6).Ceux qui proclament la parole de l'éternel ne se présentent pas, pour l'essentiel, comme des individus privilégiés, mais comme des témoins pris dans l'événement (Philos., Relig., 1957, p.38-7).
Empl. pronom. En les regardant longuement, si l'on y pense, elles se changent; et si l'on n'y pense pas, on se prend dans une torpeur qui tient et consiste comme un rêve tranquille (Valéry, Variété[I], 1924, p.243).
d) Se prendre dans + syntagme nom. indiquant le lieu.Synon. s'emmêler dans, s'accrocher dans; anton. s'échapper de.La lune s'est prise dans des feuilles qui remuent d'aise (Renard, Journal, 1901, p.678).C'est sous ce ciel jaune, ce ciel bas et jaune, parmi les mouches qui se prennent dans sa barbe (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p.225).
e) Au fig. Prendre qqn par + syntagme nom. indiquant où s'effectue le moyen, la manière.Gagner quelqu'un en s'emparant de son esprit, son coeur, etc. Il le prit par les sentiments. Elle le prit par les yeux. Il le prit par son propre intérêt (Ac.1935).
Prendre quelqu'un par son faible (Ac. 1935). Flatter l'inclination favorite de quelqu'un.
[P. ell. du compl. second.] Savoir prendre quelqu'un. Quand on sait le prendre, on en fait tout ce que l'on en veut (Ac.1935).
2. Appréhender, surprendre quelqu'un en tant qu'il était dans telle ou telle situation.
a) Prendre qqn à + inf. indiquant ce que faisait la personne.Je l'ai pris à voler des fruits dans votre jardin; on vous y prend (Ac.1935).Ah c'est bien ça!... Je vous y prends!... de piller tous ces malheureux? Allons signez-moi ça là-bas (Céline, Mort à crédit, 1936, p.502).À quatre ans, l'on m'a pris à saler la confiture: par amour de la science, je suppose, plus que par malignité (Sartre, Mots, 1964, p.18).
b) Prendre qqn + expr. indiquant une attitude physique, morale ou intellectuelle.Prendre qqn la main* dans le sac, en flagrant* délit, en faute. C'était celui d'un chef de voleurs sous le Directoire, David de La Bazoque, pris en trahison et tué immédiatement (Flaub., Bouvard, t.1, 1880, p.107).Tu ne sortiras plus d'ici, tu m'entends? Fini l'atelier. Tu vas te mettre à la confection, comme moi... que je ne te prenne jamais dans la boutique (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p.168).Si des règles précises intervenaient dans des cas précis, il serait tout de suite pris en défaut (Jouve, Scène capit., 1935, p.34).
Locutions
Prendre qqn sur le fait. Surprendre quelqu'un au moment même où il accomplissait quelque chose de répréhensible. C'était par honte de se trouver coupable et par rancune d'avoir été prise sur le fait (Bosco, Mas Théot., 1945, p.94).
Prendre qqn au pied levé*.
Prendre qqn au saut du lit (Ac. 1935). Aller trouver quelqu'un très tôt, afin de ne pas le manquer.
Proverbe. Tel est pris qui croyait prendre. [P. allus. à la fable de La Fontaine, Le Rat et l'huître] Nous descendons d'auto pour contempler ce cortège fantastique et Gidal prend, à la clarté du magnésium, quelques photos de certains de ces véhicules: ce sont des «paniers à salade» allemands. Est pris celui qui croyait prendre (Gide, Journal, 1943, p.239).
c) Prendre qqn + syntagme prép. exprimant la manière.Prendre qqn en traître, au dépourvu. Il traversa les Vosges couvertes de neige, avec le reste de son armée, et se réunit à Pichegru pour agir ensemble, prendre les Autrichiens à revers sur la Moder, dégager les lignes de Wissembourg et débloquer Landau (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t.2, 1870, p.280).Pris à l'improviste, le brave homme était hagard. Ce qu'il entendait passait son intelligence (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p.254):
6. ... attaquer du sud au nord les forces allemandes du Luxembourg, et ultérieurement prendre en flanc le groupe ennemi du nord. Joffre, Mém., t.1, 1931, p.283.
Loc. Prendre qqn de court. Ne pas donner à quelqu'un le temps de se ressaisir. Mon Dieu... murmura l'abbé Menou-Segrais, pris de court... j'avoue que quelques semaines de réflexion... (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.129).
d) Au part. passé. Être pris par la nuit. Être surpris par la tombée de la nuit. La mission, maintenant, c'est d'arriver là-haut avant d'être «pris par la nuit» (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p.181).
III. − Instaurer une relation d'utilisation avec quelque chose ou avec quelqu'un.
A. − S'approprier quelque chose par le fait de l'utiliser.
1. [Le compl. désigne une entité concr.] Choisir, adopter quelque chose et le faire sien en s'en servant selon l'usage normal.
a) [Le compl. désigne un lieu d'habitation, de travail, de production] Prendre une chambre. Wil (...) prit ce logement, parce que ce fut le premier qu'il vit (Sue, Atar-Gull, 1831, p.35).L'année précédente, il avait pris une concession à deux milles de là avec son frère (Hémon, M. Chapdelaine, 1916, p.35).
Prendre pension*.
DR. Prendre (une ferme, un commerce, etc.) à bail*. Prendre (une habitation, etc.) à loyer*.
b) [Le compl. désigne un vêtement] Supra 1reSection I B 1 a. Prendre son chapeau, ses souliers, ses habits neufs.Quand il s'agissait de ces grandes courses, elle prenait une blouse bleue et des habits d'homme, disant avec gaieté que son costume habituel n'était pas fait pour les broussailles (Musset, Confess. enf. s., 1836, p.252).
c) [Le compl. désigne une pièce de mobilier] V. supra 1reSection I B 1 a.Prendre un siège (Ac. 1935). L'adjudant prit une chaise, s'assit, et amena à lui le cahier de punitions (Courteline, Train 8 h 47, 1888, 1repart., iii, p.30).Laurency: Prends la chaise longue (Lenormand, Simoun, 1921, 13etabl., p.157).
Prendre le lit. S'aliter. Notre pauvre malade a pris le lit voilà six jours (Bernanos, M. Ouine, 1943, p.1366).
d) [Le compl. désigne un instrument, un outil] Mon vieux Jean, tu es le simple et le solide... Va, va! Prends la pioche, prends la truelle! et retourne le champ, et rebâtis la maison!... (Zola, Débâcle, 1892, p.630).Vous commencez tout de suite, hein? Je monte avec vous dans les chambres... Prenez le balai, et le seau. Pour aujourd'hui, je vous prêterai un vieux tablier (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p.36).
RELIG. Prendre la discipline. Se donner la discipline. Ces religieuses prenaient la discipline deux fois la semaine (Ac.1935).
e) [Le compl. désigne un moy. de transp.] Prendre l'avion, le bateau, le bac, le chemin de fer, le train; prendre un cabriolet, un fiacre, un taxi. Fabrice prit la poste, passa le Saint-Gothard (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.29).Non, on ne va pas prendre un taxi. On va prendre le métro. Nous ne sommes pas assez riches, nous, pour prendre des taxis! (Bourdet, Sexe faible, 1931, i, p.254).
[P. méton. du compl.] Il prit le 8, et descendit rue Réaumur (Aragon, Beaux quart., 1936, p.326).
f) MAR. Prendre un ris. ,,Diminuer la voile de la largeur d'une bande de ris`` (Le Clère 1960). Le Commandant: Amenez le grand foc, prenez un ris aux huniers! (Jarry, Ubu, 1895, v, 4, p.91).
g) Loc. Prendre le vent. Planer en s'aidant des courants ascendants. Ils s'élevaient en bruissant, avec leur longue queue terminée d'un énorme pompon de papier tricolore, et prenaient le vent comme des aigles (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p.72).
2. [Le compl. désigne une entité concr. en tant qu'objet symbolique ou conventionnel]
a) [Le compl. désigne un objet symboliquement ou fonctionnellement associé à une fonction, une situation ou un état social] Se mettre à exercer telle ou telle fonction, prendre tel ou tel état. Ils voyaient toujours notre armée prenant la cocarde tricolore (Chateaubr., Mém., t.3, 1848, p.115).
α) Prendre les armes. Entrer en guerre, s'insurger contre quelqu'un, quelque chose. Supra 1reSection I A 2 a.
β) Prendre l'épée*.
γ) Prendre l'habit*.
δ) Prendre le voile. V. voile2.
ε) Prendre le froc*.
ζ) Prendre les rênes (au fig.). Prendre la direction de quelque chose. Il a voulu prendre les rênes du commandement, mais il ne sait pas régner! (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p.300).
η) En partic. Prendre le deuil. Adopter les signes extérieurs liés à la mort d'un proche. Quand dans l'Isle-en-Rigault, une jeune fille meurt, pendant quinze jours, les jeunes filles prennent le deuil, ne dansent pas. Il en est de même pour les jeunes garçons (Goncourt, Journal, 1894, p.639).
b) [Le compl. désigne qqc. en tant qu'il confère le droit d'exercer certaines activités ou la capacité de jouir de certains avantages ou services] Prendre un ticket, un abonnement. Il te faudra d'ailleurs prendre un brevet d'invention... Tout cela voudra du temps et voudra de l'argent (Balzac, Illus. perdues, 1843, p.600).Je sais bien que je porte un nom encombrant et ridicule... Je compte prendre un pseudonyme, si j'écris (Gide, Faux-monn., 1925, p.1171).Il entra dans la gare et prit un billet de troisième classe pour Paris (Aragon, Beaux quart., 1936, p.304).
Loc. pop. Prendre un billet de parterre. ,,Tomber`` (Carabelli, [Lang. fam.], s.d.).
B. − [Le compl. désigne un rôle ou qqc. (qqn) en tant qu'il assume une fonction socialement définie] Choisir, sélectionner.
1. Prendre un + subst.Prendre un confesseur, un directeur, un employé, un guide, un locataire, un passager, un témoin. Deux ou trois ans après cette grande époque de sa vie, cette jeune fille prenait un cavalier servant (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.3).Prenez une maîtresse. Vous l'appellerez mon trésor (Audiberti, Quoat, 1946, 1ertabl., p.18):
7. Puis elle prit un amant, un peu au hasard, s'en lassa aussitôt, retomba dans sa vie de divan et de sucreries... Triolet, Prem. accroc, 1945, p.162.
Prendre (pour) femme*.
2. Prendre qqn/qqc. pour + subst.Prendre qqn pour juge; prendre qqc. pour exemple. Célestine prit pour fille de cuisine une grosse normande d'Isigny, à taille courte, à bons bras rouges, munie d'un visage commun (Balzac, Cous. Bette, 1846, p.418).Dans les moindres auberges, vous entendez les accords d'une harpe. La plupart des hôtelleries l'ont prise pour enseigne (Michelet, Chemins Europe, 1874, p.76).
3. Loc. Prendre à témoin*.
C. − [Le compl. fournit une indication spatiale]
1. [Le compl. désigne une direction] Partir dans cette direction. Prendre à gauche, à droite, au plus court, à travers champs. Olivier s'assura de la direction que prenaient les attelages (Fromentin, Dominique, 1863, p.132).Tu prends la direction Étoile, tu changes à Trocadéro, tu reprends la direction Porte-d'Auteuil, tu descends à Michel-Ange-Auteuil... mais pas à Michel-Ange-Molitor, fais attention! (H. Bazin, Vipère, 1948, p.206).
Prendre par + (loc.) adv.Quand l'homme se fut assuré que personne ne les suivait, il prit par là. Il s'engagea ensuite dans la rue Brisemiche (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p.244).Supposé qu'un type ait fait le coup, remarqua le garde champêtre, sûr qu'il aurait filé du côté de Dombasle. En tout cas, il n'aurait pas pris par ici, vers le village (Bernanos, Crime, 1935, p.744).
Spécialement
VÉN. Prendre les devants. Faire le tour de l'enceinte pour retrouver la voie d'un animal (d'apr. Burn. 1970, Duchartre 1973). Prendre les grands devants. Rechercher avec les chiens la voie perdue très en devant de l'endroit du défaut (d'apr. Burn. 1970).
MAR. Prendre les amures à bâbord, à tribord. ,,Orienter et mettre le cap de façon à amurer les voiles à bâbord, à tribord`` (Gruss 1978).
Loc. Prendre le(s) devant(s). V. devant2.Au fig. Prendre le(s) devant(s). ,,Devancer quelqu'un dans une affaire`` (Ac. 1935). Et, prenant le devant, elle lui crie, du fond de la Pologne où elle travaille pour lui. «Que rien de précipité ne t'engage!» (Massis, Jugements, 1923, p.44).En août 1788, les Turcs, depuis longtemps irrités, prirent les devants (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p.221).
2. [Le compl. indique une voie, un passage] Synon. de suivre, longer.Prendre une allée, les boulevards, un chemin, un détour, le trottoir d'en face. C'est en remontant du chantier que j'ai pris l'allée du milieu, au bord du ruisseau (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p.56).À Hersfeld, noeud de communications ferroviaires où nous devions changer pour prendre la ligne de Francfort, il nous avait fallu espérer jusqu'à 9 heures du soir un train prévu pour 11 heures du matin (Ambrière, Gdes vac., 1946, p.356):
8. Le coeur battant d'orgueil, de vie et d'amour, Étienne Lureux prenait la traverse, descendait la colline (...) et entrait dans la forêt, pour arriver plus vite au Pas-du-Loup. R. Bazin, Blé, 1907, p.87.
Au fig. [Le suj. désigne un inanimé] Se développer de telle ou telle manière, suivre telle ou telle voie. Peu à peu sa rêverie prit un autre cours (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.148).
Locutions
Prendre la porte. Quitter un lieu. Synon. sortir.Vous savez, mon vieux, ajouta-t-elle, si vous venez pour godailler, vous pouvez prendre la porte... C'est fini, la vie d'autrefois (Zola, Pot-Bouille, 1882, p.309).
Prendre la route. Partir, s'en aller. Un facteur enfourcha sa bicyclette et prit la route (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p.85).Nous avions pris la route à l'aube (J.-R. Bloch, Dest. du S., 1931, p.44).
Prendre la tangente*.
VÉN. Prendre le change*.
3. [Le compl. désigne un espace où l'on se déplace] Entrer dans un espace et s'y déplacer (supra 1reSection V A 2 et B 1). Un avion qui prend l'air. La vue d'un blanc ou d'une chéchia de tourougou, et il prenait la brousse, tant, à force de craindre les coups, il avait acquis d'intelligence (Maran, Batouala, 1921, p.26).
Loc. Prendre le maquis*.
MAR. Prendre le large*. Prendre la mer. ,,Sortir du port`` (Soé-Dup. 1906).
4. [Le compl. désigne un espace en tant qu'on s'y tient] Se mettre, se placer à tel ou tel endroit. Prendre la queue; prendre son tour. La voiture attendait à la porte, pleine de confetti et de bouquets. On prit la file (Dumas père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.510).Je courus prendre ma place car tout le monde était impatient de débarquer (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.48).
Prendre place. S'installer. Madame Heilman, au grand étonnement de Gilbert, se signa en prenant place à table, puis elle servit la soupe (R. Bazin, Blé, 1907, p.281).Avant de monter dans la voiture, où déjà Antoine avait pris place, il acheta plusieurs feuilles du soir à une vendeuse de journaux (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p.809).
MARINE
Prendre terre. Toucher terre. Tout à coup j'ai été saisi d'une émotion profonde. Le bateau a pris terre (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.27).Eh bien, la mer se retire, dit Harbert, courons à l'endroit où nous avons pris terre (Verne, Île myst., 1874, p.37).
Prendre le mouillage. Mouiller. Il joindra à chaque plan une instruction qui présentera (...) la manière de prendre le mouillage et d'y affourcher, et le meilleur endroit pour faire de l'eau (Voy. La Pérouse, t.1, 1797, p.46).
5. [Le compl. désigne une portion d'espace en tant qu'elle se trouve impliquée dans un événement] Aborder. Il avait l'adresse d'un cheval qui prend l'obstacle sans l'accrocher (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.49).Les chariots branlants (...) dépourvus d'avant-train tournant, exigeaient une manoeuvre délicate pour prendre les virages (P. Rousseau, Hist. transp., 1961, p.91).
D. − [Le compl. désigne (le résultat d')une action réglée dont le référent du suj. est le bénéficiaire]
1. [Le compl. désigne le résultat d'une action] Recueillir, enregistrer. Anton. donner.Prendre les informations, des nouvelles, des renseignements, les ordres de qqn. Allez le voir et prenez ses conseils (Flaub., Corresp., 1865, p.34).Ne me forcez pas à en dire davantage. Je prends vos offres telles que vous nous les donnez (Becque, Corbeaux, 1882, ii, 9, p.139).Le patron prend les commandes, la patronne est à la caisse (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.229).
Loc. Prendre conseil de/auprès de qqn; prendre exemple* sur qqn. Il ne voulut pas abandonner la partie avant d'avoir (...) pris conseil des trois anges qui lui restaient (Balzac, Illus. perdues, 1839, p.538).
En partic.
Prendre des inscriptions, ses inscriptions en médecine, en droit, en faculté, etc. ,,S'inscrire pour faire des études de médecine, de droit, etc.`` (Ac. 1935). Il m'avertit qu'il me fallait prendre mes inscriptions sans tarder et qu'il m'accompagnerait, le jour même, au secrétariat de l'école où il était connu (A. France, Vie fleur, 1922, p.437).
Vieilli. Prendre sa licence, son doctorat. S'inscrire à la licence, au doctorat. Nous allons chez Mmede Presbourg et chez M. Georges. Je lui conseille de prendre le doctorat à Toulouse et de ne pas quitter sa femme, si malade (Michelet, Journal, 1858, p.409).
2. [Le compl. désigne une action impliquant le référent du suj.] Synon. de jouir de, bénéficier de.Prendre un congé, une leçon; prendre sa retraite. Du reste, ayant toujours eu soin de prendre un exercice modéré, Fritz se portait de mieux en mieux (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.3).J'hésite toujours à prendre une permission (R. Bazin, Blé, 1907, p.26).Madame Garabis m'emmena dans le parc où les élèves prenaient la récréation du goûter (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p.83).
Locutions
Prendre ses aises. V. aise1.
Région. (Canada). Prendre une marche. V. marche2.
E. − [Le compl. désigne qqc. en tant qu'objet de connaissance]
1. Acquérir la connaissance (d'un aspect) de quelque chose. Perrault reniflait, prenait le vent avec le pouce mouillé, braconnait pour le patron (H. Bazin, Vipère, 1948, p.65).La violence n'arrangera rien: il faut prendre une vue réaliste de la situation (Sartre, Mains sales, 1948, 4etabl., 4, p.156).
2. En partic. [Le compl. désigne qqc. de mesurable] Mesurer. Prendre la tension, les mesures de qqn. On observe des changemens semblables, quoique moins grands, dans la mâchoire supérieure, en prenant sa hauteur depuis l'épine nasale antérieure (Cuvier, Anat. comp., t.3, 1805, p.132).M. Parpalaid aura un lit, vous pouvez être tranquille. Faudra-t-il prendre sa température? (Romains, Knock, 1923, iii, 8, p.20).Il crut que je me préparais à prendre son pouls (Le Monde, 20 mai 1981, p.XVIII, col. 1).
Au fig. Évaluer. Maintenant qu'ils étaient deux hommes face à face à longueur de journée, Didace prenait la juste mesure de son fils (Guèvremont, Survenant, 1945, p.24).
Vieilli. Prendre mesure. Tous les ans, il se faisait prendre mesure d'un habillement complet, par le tailleur Herculès Schneider, de Landau (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.164).Par ces mâtures métalliques recueillant les nouvelles du monde, il prenait mesure de toute la terre (Psichari, Voy. centur., 1914, p.138).
Prendre le tour de taille/la taille (de qqn). Mesurer son tour de taille.
IV. − [Sert à former des expr. verb. plus ou moins figées qui qualifient l'action que fait le référent du suj. ou l'état dans lequel il se trouve]
A. − [Les référents du compl. et du suj. sont dans une relation exprimant un état permanent qui ne s'inscrit pas dans une temporalité]
1. [La relation est d'ordre spatial] Avoir (quelque chose) comme constituant, comme partie. Le pluriel prend un s. Le Général: −Comment, «manoi... re» ? Ça prend donc un e, manoir e ? Je l'ai toujours écrit sans (Feydeau, Dame Maxim's, 1914, ii, 1, p.30).
En partic. [Le compl. désigne une borne (en général initiale ou finale)] Prendre sa fin. La Mobile prend sa source dans les montagnes des Apalaches [sic] (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p.25).Dieu est toujours notre base, la base où tous les êtres viennent prendre leur point d'appui (P. Leroux, Humanité, 1840, p.xvii):
9. Un enseignement qui donnera une trop grande confiance dans les théories fera des expérimentateurs systématiques qui, prenant leur point de départ comme rigoureux, raisonneront logiquement et voudront critiquer l'expérience avec la théorie au lieu de critiquer la théorie avec l'expérience. Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p.218.
Loc. Prendre racine (dans qqc.). S'enraciner dans (quelque chose). En s'accrochant aux entaillures du ciseau et aux mousses qui y ont pris racine, il monta sur ce piédestal (Lamart., Voy. Orient, t.2, 1835, p.184).Cette disposition familière a pris racine dans les habitudes (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p.177).
Prendre naissance dans qqc. L'une des deux prétendait, forte de ce que lui avait dit sa mère, qu'elle avait pris naissance dans une bouteille d'eau de Cologne, la seconde était sortie d'un bouton de rose (Gide, Journal, 1943, p.230).
2. [Le compl. indique une disposition ou une attitude du référent du suj.] Prendre la peine*. Hé bien! mon cher ami, dit madame la marquise d'Aubrion en entrant sans faire attention à Cruchot, ne prenez nul souci de ce que vient de vous dire ce pauvre Monsieur d'Aubrion (Balzac, E. Grandet, 1834, p.252).Je le couvre de vieux chiffons ridicules, je ne prends nul soin de lui, mon plaisir est de l'humilier (Bernanos, M. Ouine, 1943, p.1424).
Rem. Dans cet empl., prendre sert d'inchoatif à avoir.
Locutions
Prendre part (à qqc.). Participer (à quelque chose). Ce n'est plus la femme jolie par elle-même; c'est une beauté à laquelle prennent part de nombreux ouvriers (Renard, Journal, 1901, p.693).Il prenait part à l'entretien, ou se taisait pour écouter (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1584).
Prendre garde (de/à). V. garde1I A 1 a.
B. − [Le suj. désigne un procès; la relation concerne sa durée] Consommer du temps, demander une certaine durée pour être réalisé, mené à bien. Sainte Geneviève. Le mandement sur le denier de Saint-Pierre me prend tout mon temps (Dupanloup, Journal, 1868, p.294).J'ai réfléchi qu'après tout ce préceptorat me rendrait le travail impossible, en me prenant 4 heures par jour (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p.293).Il expliqua que la machine venait de Gand, qu'il faudrait y mener le cylindre, que ce travail prendrait des mois (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.128):
10. Pour bien saisir ce qui se passe, et ce qui a le plus de chance de se passer dans l'avenir, il faut sans doute bien comprendre que la musique concrète va se manifester au travers d'une série de transformations brutales dont le seul parallèle possible se trouve dans la peinture (...). Tandis qu'en peinture, cette évolution a pris cinquante ans... Schaeffer, Rech. mus. concr., 1952, p.192.
Empl. impers., fam. Ça (me, te, etc.) prend + indication de durée.Cela demande (tel laps de temps). Synon. il faut.Ça m'a pris cinq minutes pour faire le trajet. Région. (Canada). [P. ext.; l'obj. désigne un inanimé ou une pers.] Il faut. Pour faire ce gâteau, ça prend trois pommes; pour faire ce travail, ça prend dix personnes.
C. − [Le référent du suj. et celui du compl. sont dans une relation qui s'inscrit dans une temporalité; prendre indique que la relation s'établit grâce à une participation du référent du suj.]
1. [Ce qu'exprime la relation est envisagé du point de vue de son début]
a) [Ce qu'exprime la relation est un procès]
α) [Le procès est une action]
Prendre + art. + subst.Prendre le commandement, le contrôle, la direction, la relève, la suite de qqc. En prenant la conduite des affaires, elle commença par dresser un inventaire exact de toutes les valeurs (Balzac, Illus. perdues, 1843, p.556).Le but vers lequel il faut tendre est de prendre l'offensive avec une grande supériorité (Joffre, Mém., t.1, 1931, p.225).C'est tout de même drôle que ce soit moi aujourd'hui qui prenne la défense d'Alain... Tu ne trouves pas? (Mauriac, Mal Aimés, 1945, iii, 1, p.224).
En partic.
Prendre la parole. Se mettre à parler (en public). La jeune femme prit la parole la première et dit: «Je trouve que c'est un peu trop, tout de même, ce que vous avez fait à B...» (Jouve, Scène capit., 1935, p.30).
Prendre le pouvoir. Accéder à la direction (d'un pays, d'une société, etc.). Les conditions dans lesquelles Vichy a pris le pouvoir en France, la nature des pouvoirs qu'il s'est attribués (...) sont contradictoires avec la souveraineté de la nation française (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p.481).
Prendre + subst. (vx).Prendre lecture. Prendre connaissance du contenu d'un écrit par sa lecture. Les lumières du simple bon sens suffisent pour qu'un juré sache et puisse déclarer, si, après avoir entendu les témoins, pris lecture des pièces, comparé les indices, il est convaincu ou non (Constant, Princ. pol., 1815, p.157).
[L'action est un processus] Il est vrai que dans quelques contrées de l'Europe, la raison a commencé de prendre un premier essor (Volney, Ruines, 1791, p.114).Il n'y a plus de doute possible sur la tournure que va prendre la collaboration avec les Allemands, ni sur les gens qui vont la faire (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p.375).
Au part. passé. Pour répondre à l'énorme développement pris par la botanique et par l'exploration, développement qui s'est traduit par l'accroissement ininterrompu des collections et des publications (...) il fallait une transformation profonde (Hist. gén. sc., t.3, vol. 1, 1961, p.441).
β) En partic. [L'action est un mouvement, une manière de se mouvoir dans l'espace] Se mettre à. Prendre le trot, le départ*, le pas de gymnastique; prendre son vol. La mêlée commençait à devenir sanglante, lorsque soudainement une partie des gens du duc prit la fuite (Barante, Hist. ducs Bourg., t.4, 1821-24, p.342).L'escorte prit le galop (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.42).Le premier rang prit le pas de course, arriva sur le fusil-mitrailleur du Négus (Malraux, Espoir, 1937, p.449).
MAR. Prendre chasse. ,,Fuir devant un bâtiment qui vous donne la chasse`` (Bonn.-Paris 1859, Gruss 1952).
γ) [L'action est instantanée ou conçue dans sa totalité]
Prendre + art. + subst.Il est temps pour la peinture de prendre un petit élan vers les beautés qui ne tombent pas absolument dans la chambre noire (Goncourt, Journal, 1860, p.744).
Prendre + subst.Ces paisibles citoyens de Dorchester prenaient contact avec la vie sociale (Blanche, Modèles, 1928, p.83).La lune s'était levée avant que le dîner prît fin (Gracq, Syrtes, 1951, p.140).
Prendre en + subst.Prendre en compte. Il croyoit que ses frères les humains ne s'étoient point aperçus jusqu'à lui que, dans l'estimation des vitesses, l'espace doit être pris en considération (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t.1, 1821, p.463).Les changements de valeur intervenus depuis les dates de référence ne peuvent être pris en compte lorsqu'ils sont provoqués soit par l'annonce de travaux ou opérations d'utilité publique (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p.231).
b) [Ce qu'exprime la relation est une durée, un état permanent]
α) [Le compl. corresp. à un verbe indiquant une durée, un état permanent]
Prendre + art. + subst.Les socialistes allemands ont pris un extrême intérêt aux aventures de la princesse de Cobourg (Sorel, Réflex. violence, 1908, p.75).C'est ce qui me fait fuir ceux de la société (...) malgré l'amusement, parfois très vif, que je prends dans la fréquentation de mes semblables (Gide, Journal, 1944, p.261).Il y a cinq sens parce qu'il y a cinq modalités des réactions destinées à prendre une connaissance plus parfaite d'un objet ou d'un événement intéressant (Piéron, Sensation, 1945, p.40).
♦ Domaine milit.Prendre la garde. Commencer son tour de garde. −Où allez-vous? −Prendre la garde à la poterne (G. Leroux, Parfum, 1908, p.87).
Prendre + subst.Sa belle-soeur (...) avait pris un peu légèrement possession du château (Goncourt, Journal, 1894, p.640).
Prendre en + subst.Il aima la musique, que, pendant sa période de tortures, il avait prise en haine (Gobineau, Pléiades, 1874, p.321).
DR. [Le suj. désigne une hypothèque] Prendre rang. ,,Se mettre à sa place dans la suite chronologique des hypothèques qui grèvent un immeuble`` (Roland-Boyer 1983).
β) [Le compl. corresp. à une prédication adj. en être]
Prendre + art. + subst.Je prends l'entière responsabilité de cette opération (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p.494).
Prendre + subst.Telles furent les clairières, les espaces aérés et découverts (...) où (...) les premiers rassemblements européens (...) commencèrent à prendre cohésion et force (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p.40).
γ) [Le compl. corresp. à une prédication en avoir]
Prendre + art. + subst.Il souffla un instant. Et je vis alors qu'il prenait un plaisir amer et désespéré à aggraver la situation (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p.272).Les faits évoluent trop vite pour que l'homme puisse en prendre une conscience nette (Fourastié, Gd espoir du XXes., 1969, p.333).
En partic., rare. Atteindre (tel âge). Le jour même où Nana prenait ses trois ans, Coupeau, en rentrant le soir, trouva Gervaise bouleversée (Zola, Assommoir, 1877, p.477).
Prendre + subst.Prendre patience; prendre connaissance. Il avait toujours pris plaisir à aller sur le terrain quand il s'agissait de croiser le fer ou d'échanger des balles avec un adversaire (Proust, Sodome, 1922, p.1071).Jos-Mari en arrivait à prendre goût à sa maçonnerie (Peyré, Matterhorn, 1939, p.39).Belsenza avait pris peur (Gracq, Syrtes, 1951, p.149).
Prendre en + subst. exprimant un sentiment.Prendre en affection, en amitié, en haine. L'innocence de ses yeux me confond à un tel point que, prenant mon trouble en pitié, elle passe ses bras autour de mon cou (Éluard, Donner, 1939, p.12).
Empl. pronom. Christophe se prenait en pitié: −Animal! se disait-il, tu es vidé (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1590).
Prendre en + subst. exprimant un état.Elle crut que Paul l'avait prise en grippe et la fuyait (Cocteau, Enfants, 1929, p.144).En outre, l'enfant pris en charge par les crèches, garderies, maternelles, écoles, études, échappe de plus en plus à sa famille (Gds ensembles habit., 1963, p.24).
δ) [Le compl. exprime un statut administratif ou social] Indigné d'être oisif et peu estimable, j'ai pris l'état militaire (Stendhal, L. Leuwen, t.3, 1835, p.64).Il devait ou restreindre sa dépense, ou prendre un état, ou faire un beau mariage (Flaub., Éduc. sent., t.2, 1869, p.52).Affaibli depuis son typhus de Leipzig, le général Lyrisse ne pouvait même pas songer à prendre sa retraite (Adam, Enf. Aust., 1902, p.226).
Loc. Prendre du service. Entrer en fonction dans un poste. Tout après, j'irai à Bangui prendre du service (Maran, Batouala, 1921, p.124).
2. [Ce qu'exprime la relation est envisagé du point de vue de son achèvement]
a) [Ce qu'exprime la relation est un événement]
α) [Le compl. exprime une action]
Prendre + art. + subst.Je pris la résolution de changer complètement ma manière d'être (Delécluze, Journal, 1827, p.375).Pendant une heure, j'eus confiance en moi; je pris des engagements solennels, j'assumai des responsabilités, je fis des sacrifices (Duhamel, Confess. min., 1920, p.172).
Prendre sa revanche. Se venger. Bravo, prends ta revanche, et casse-lui une aile (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p.233).Erreur qui permet à l'idéalisme de prendre une facile revanche en projetant la lumière sur le rôle actif de la conscience (Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p.30).
β) [Le compl. exprime une situation ou une localisation]
Prendre + art. + subst.Il rentra au palais de la résidence, prit les arrêts comme un bon enfant qu'il était (Gobineau, Pléiades, 1874, p.113).Nous ne pouvons et ne devons entreprendre une action armée de ce genre que si les conditions sont favorables, c'est-à-dire: 1. que nous ayons le consentement des Britanniques du moment que nous prenons notre base de départ chez eux (De Gaulle, op. cit, p.429).
Prendre la tête (de qqc.). Se placer à l'avant (d'un cortège, d'un défilé). Sarcelotte avait pris la tête, Berlaisier à sa gauche, et presque à sa hauteur (Genevoix, Raboliot, 1925, p.250).La sage-femme, ou à défaut une femme ayant assisté l'accouchée, prend la tête du cortège en portant l'enfant (Menon, Lecotté, Vill. Fr., 1, 1954, p.80).
Au fig. Avoir un rôle dirigeant (dans quelque chose). Protonotaire apostolique en 1895, il prit la tête de l'oeuvre nationale de Vaucouleurs, que Mgr Jépasse s'était révélé incapable de diriger (Billy, Introïbo, 1939, p.51).Les États-Unis ont pris manifestement la tête et déploient dans ce domaine une activité que les autres nations ont peine à égaler (Bariéty, Coury,Hist. méd., 1963, p.794).
Prendre ses quartiers (quelque part). S'installer pour résider quelque part. Il revient à Vienne prendre ses quartiers d'hiver (Rolland, Beethoven, t.1, 1937, p.220):
11. Elle était chez Lillas Pastia (...) chez qui beaucoup de bourgeois venaient manger du poisson frit, surtout, je crois, depuis que Carmen y avait pris ses quartiers. Mérimée, Carmen, 1845, p.41.
Prendre + subst.Six années passèrent ainsi, après lesquelles M. de Meximieu, ayant pris garnison à Cambrai, elle obtint (...) ce qu'elle appelait «une prolongation de congé» (R. Bazin, Blé, 1907, p.35).L'aubergiste l'avait prétendu indisponible pour (...) le pousser à prendre pension chez lui (Montherl., Célibataires, 1934, p.886).
Loc. Prendre pied (quelque part). V. pied 1reSection I B c.
γ) [Le compl. exprime le résultat évalué d'un processus] Prendre de la distance. J'avais laissé la diligence prendre une certaine avance, précaution que j'estimais nécessaire, et j'arrivais moi-même à Castillon peut-être dix minutes après Brignolles (G. Leroux, Parfum, 1908, p.67).Isabelle: T'es-tu pesé? Jimmy: Oui. Isabelle: Eh bien? Jimmy: J'ai pris 500 grammes (Bourdet, Sexe faible, 1931, i, p.274).
Loc. Prendre du champ. S'éloigner. Tout de suite elle se releva, mais le garçon avait pris du champ (Montherl., Bestiaires, 1926, p.420).
δ) [Le compl. désigne ce qui résulte au terme de l'action]
[Le référent du compl. est d'ordre concr.]
Prendre + art. + subst.Prendre un croquis, un cliché, une photo, des notes; prendre un témoignage; prendre les déclarations de qqn. Il y aurait un croquis amusant à prendre, ces trois péniches, l'écluse, la passerelle (Martin du G., Thib., Pénitenc., 1922, p.704).Trop souffrant pour travailler vraiment, je voudrais transcrire les notes prises dimanche soir et hier soir (Du Bos, Journal, 1924, p.36).
En partic. Prendre le nom (de qqn). Inscrire, noter le nom de quelqu'un. Et les sergents disaient (...): −Allez-vous vous placer, qu'on prenne vos noms, bon dieu! (Benjamin, Gaspard, 1915, p.17).
Prendre + subst.Prendre note*. M. E. (...) pour nous dédommager de cette privation, nous lut le morceau suivant, dont il me permit de prendre copie (Crèvecoeur, Voyage, t.2, 1801, p.159).
[Le référent du compl. est d'ordre abstr.] Prendre + subst.Prendre modèle sur qqn. Mon esprit disposé à prendre ombrage des actes qu'il n'a pas prévus (J. Bousquet, Trad. du sil., 1935, p.14).Le misérable Scapini osa pourtant prendre prétexte d'une «générosité» si visiblement calculée pour tenter sur nous le plus répugnant chantage (Ambrière, Gdes vac., 1946, p.270).
[Le compl. sert à catégoriser une (suite d')action(s)] Prendre des dispositions, des décisions, l'initiative. Il avait pris ses précautions pour arriver près de Magdeleine peu de temps après son messager (Karr, Sous tilleuls, 1832, p.298).On prend des dispositions aujourd'hui pour samedi (Barrès, Cahiers, t.11, 1918, p.348):
12. [Castel] fit remarquer qu'il savait très bien que c'était la peste, mais que, bien entendu, le reconnaître officiellement obligerait à prendre des mesures impitoyables. Camus, Peste, 1947, p.1255.
[Le compl. désigne un acte jur. ou son résultat; gén. au part. passé] Une décision de l'assemblée intervenant à la suite d'un vote spécial (...) pris à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés (Cons. S.D.N., 1938, p.100).Ce sont des textes législatifs pris sous la troisième république qui régissent l'ensemble de la matière (Vedel, Dr. constit., 1949, p.398).Le classement des communes ou parties de communes intéressées sera fixé par voie de décret en Conseil d'État pris après enquête publique (Amén. terr., 1964, p.73).
b) [Ce qu'exprime la relation est un état] Infra 1reSection IV C 4.
3. [Ce qu'exprime la relation est envisagé dans sa totalité]
a) Prendre un/une + subst.Prendre une douche, un bain de soleil. Puis, Nana passait dans son cabinet de toilette, où elle prenait un bain (Zola, Nana, 1880, p.1358).J'apprendrai à votre peuple (...) à prendre des bains de sueur avec des pierres dans un four (Audiberti, Mal court, 1947, ii, p.176).
b) Prendre le/la + subst.Je me lève et je prends la pose: le corps appuyé sur la jambe droite, l'ombrelle verte du père Sallé me servant de mandoline (Colette, Cl. école, 1900, p.230).
c) Prendre son/sa + subst.Si elle se fût amusée à prendre ses ébats entre l'Angleterre et nous (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p.171).Marcelino entr'ouvrit la trappe, prit sa visée, passa, ne lâcha aucune bombe, contrôla: au calcul, la visée était bonne (Malraux, Espoir, 1937, p.556).
En partic. Prendre son pied (pop.). V. pied 2eSection I B 2.
d) Locutions
Prendre date*.
DR. Prendre acte. ,,Constater solennellement un fait ou un dire et le consigner par écrit selon les formes requises, variables selon les espèces`` (Rolland-Boyer 1983).
4. En partic. [Le compl., qui a un rôle catégorisant, désigne un aspect, une capacité, une propriété]
a) [Le suj. n'est pas agent de l'action] Se mettre à avoir telle ou telle capacité, à présenter tel ou tel état. Synon. acquérir; anton. perdre.
α) [Le compl. désigne un aspect physique]
[Couleur] Prendre + art. + subst.Et le soleil pâlit, et la terre prit une teinte funèbre, comme celle du linceul qui enveloppe les morts (Lamennais, Paroles croyant, 1834, p.94).Les pierres tendres, si elles sont humides, prennent une patine verdâtre (Arts et litt., 1935, p.20-16):
13. Il dévorait des yeux cette face, ce museau de rat pointu et livide, tragiquement éclairé par la flamme rouge de la chandelle, et qui prenait graduellement une couleur terreuse. Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.182.
[Forme]
Prendre + art. + subst.Prendre la forme d'un colimaçon. Si ton corps a pris une heureuse conformation dans le sein de ta mère, tu peux en recueillir les fruits pendant toute la vie de ta matiere (Saint-Martin, Homme désir, 1790, p.148).La circulation devenant plus fréquente sur le joint que sur le milieu du pavé, celui-ci prend une forme sphérique, détestable pour une bonne circulation (Bourde, Trav. publ., 1929, p.65).
Loc., au fig. Prendre le pli. V. pli B 3 a.
Prendre + subst.Prendre figure; prendre tournure. Depuis vingt ans que s'y appliquent nos trésors, une partie des territoires coloniaux est renouvelée. Ils ont pris figure française (Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p.130).Juliette sursauta, sentant le danger; du côté de l'écran arrivaient des sons en désordre, puis cela prit forme, devint de la musique (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.70).
[Apparence]
Prendre + art. + subst.Prendre une drôle de tête, un air triste, une apparence volcanique, le genre croquemort; prendre un aspect, un caractère, une consistance. Certaines ramifications de la première branche, en prenant une texture et des dispositions particulières, en s'adaptant à des organes d'une structure toute spéciale, acquièrent aussi des fonctions spéciales (Cournot, Fond. connaiss., 1851, p.135).Les mots les plus vulgaires, les idées les plus simples prennent une physionomie bizarre et nouvelle (Baudel., Paradis artif., 1860, p.336):
14. Les revêtements minces, en épaisseur de 2 à 4 cm, s'exécutent soit en marbre, soit en «pierre froide», sorte de calcaire dur prenant le poli du marbre. Arts et litt., 1935, p.20-5.
Loc., arg. Prendre de la gueule. Prendre de l'assurance. (Dict. xxes.).
Prendre + subst.Prendre corps. On s'accorda à dire dans les milieux occultistes de Vienne qu'il s'agissait d'esprits élémentaires, de larves, ayant pris passagèrement apparence humaine sous l'empire de certains maléfices (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.143).
[Goût, saveur] Prendre + art. + subst.On venait de supprimer les confitures du petit déjeuner, tout commençait à prendre un goût de peu et de sucre de raisin (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.153).
[Ton] Prendre + art. + subst.Sa voix, dans la nuit, dans ce bois muet, prenait une force, une résonance étranges (Vercel, Cap. Conan, 1934, p.204).
[Poids] Prendre + art. + subst.Au fig. C'est là que la conclusion qui se dégage de la tragédie de M. de Montherlant prend un poids et un sens terribles (G. Marcel, Heure théâtr., 1959, p.49).
β) [Le compl. désigne une qualité, une propriété, un attribut spécifique] Synon. acquérir; anton. perdre.
[Qualité ou propriété intrinsèque] Prendre de l'âge, du poids; prendre une grâce touchante, une valeur lyrique. Au fond des ténèbres, ce râle prenait une telle abomination, que les autres hommes couchés à côté, voulant dormir, se fâchaient (Zola, Débâcle, 1892, p.464).Ces mots (...) devaient plus tard prendre dans mon souvenir la valeur d'un avertissement prophétique (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p.563).Toutes ces petites gens, nos semblables, avaient pris de la majesté (Sartre, Mots, 1964, p.35).
Expr. pop. Ça prend de la gueule. Ça devient bien, présentable. V. gueule B 3.
[Attribut intrinsèque] Il est autrement audacieux de se hisser jusqu'aux dernières branches d'un platane et cela, simplement, pour contrôler si la nichée d'oiseaux prend bien ses plumes (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p.183).
[Attribut ou qualité extrinsèque] Prendre une acception, une signification générale. Cette portion du Poitou (...) a pris le nom de Vendée (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p.308).Je n'ai pas besoin de vocabulaire plus précis... Tant pis, si je prends l'accent de Québec (Giraudoux, Siegfried, 1928, i, 8, p.53).Après cinq ans d'exercice, les maîtres de cours complémentaire peuvent (...) prendre le titre de professeur de cours complémentaire (Encyclop. éduc., 1960, p.312).
Prendre (un/du/tout son) sens. Acquérir une rationalité. Ce nom expliquait tout à coup cent coïncidences à peine remarquées, oubliées à mesure, et qui soudain prenaient un sens (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p.604).La notion de service public appliquée à l'hôpital prend alors tout son sens (Organ. hospit. Fr., 1957, p.31).
γ) [Le compl. désigne une dimension, un aspect mesurable] Prendre une importance majeure, une grande extension, de l'extension. Toutes les fois qu'il n'y a point de racine, on peut dire qu'une dent n'a pas pris son entier accroissement (Cuvier, Anat. comp., t.3, 1805, p.119).Mais le battement de coeur prenait une ampleur énorme. Un mouvement de tourbillon obscurcissait le rivage et l'enlevait à ses yeux (Jouve, Scène capit., 1935, p.59):
15. ... les vitesses auront tout d'abord une tendance à se répartir selon la loi de Maxwell, les projectiles les plus gros prenant une vitesse moindre que les plus petits. H. Poincaré, Hyp. cosmogon., 1911, p.113.
Loc., pop., région. Prendre de la gueule. [En parlant du vent] Siffler. La nuit vient; le vent prend de la gueule (Giono, Colline, 1929, p.29).
δ) [Le compl. désigne une disposition psychol.] Prendre l'habitude. La mère de Henriette prit peu à peu l'habitude de venir travailler auprès d'elle (Toepffer, Nouv. genev., 1839, p.230).Il avait pris la manie de me conter des histoires où ceux de sa race étaient tournés en dérision (Lacretelle, Silbermann, 1922, p.116):
16. La vérité, c'est que j'ai pris un goût passionné pour la vie que je mène à la campagne, mélange d'activité intellectuelle et de mouvement en plein air. Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1858, p.293.
b) [Le suj. est un agent] Se donner tel aspect extérieur, telle ou telle apparence. Synon. exhiber, montrer; anton. cacher, se départir de.Prendre un air arrogant, contrit, une mine de condoléances, une voix gentille. [Vos ministres] ont pris des airs de hauteur avec moi (Stendhal, L. Leuwen, t.3, 1835, p.269).Il entoura son cou d'un large pectoral, saisit son sceptre et prit une pause de superbe indifférence (Gautier, Rom. momie, 1858, p.321).Il était (...) de ces hommes (...) qui, après avoir pris une figure de circonstance et dit: «Ce sont des instants très pénibles» (Proust, Guermantes 2, 1921, p.338).Georges crut devoir prendre un air goguenard (Gide, Faux-monn., 1925, p.1220).
5. Empl. pronom. Se prendre à + inf.Se mettre à (faire telle ou telle chose). Il hésita, et Baccarat se prit à trembler (Ponson du Terr., Rocambole, t.3, 1859, p.566).Le comte fort embarrassé, se prit à enfiler des protestations (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.65).Il se prit à bégayer, étranglé par l'émotion: Vous reviendrez? Vous reviendrez? (Duhamel, Suzanne, 1941, p.260).
V. − [Indique un échange de l'extérieur vers l'intérieur de qqc.]
A. − [Le suj. est un agent]
1. [Le compl. désigne un solide ou un liquide] Absorber, ingérer (quelque chose). Synon. avaler, boire, consommer, manger, priser.Prendre les eaux, un café, l'apéritif, le champagne, une glace, un verre; prendre de la nourriture, du chocolat; prendre un cachet, un médicament, la pilule. Avait-il pris une dose un peu trop forte, ou le haschisch avait-il produit (...) des effets beaucoup plus vigoureux? (Baudel., Paradis artif., 1860, p.359).Nous daignons prendre un bock (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p.211):
17. ... j'imaginais comme le comble du bonheur de prendre le petit déjeuner sur la terrasse d'un grand café, au soleil, en compagnie d'une femme avec laquelle j'aurais passé la nuit... Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.83.
Prendre un clystère, un lavement (Ac.). Prendre médecine (vieilli). V. médecine B 2.
FR.-MAÇONN. Prendre le vin. ,,Trinquer rituellement au cours de l'agape`` (Faucher 1981).
En partic. [Le compl. est un pron. interr. ou indéf.] Boire (quelque chose). M. de Charlus, lui lâchant la main et voulant être aimable jusqu'au bout: «Vous allez prendre quelque chose avec nous (...)» (Proust, Sodome, 1922, p.1072).Qu'est-ce qu'on prend, mon capitaine? −Champagne (Vercel, Cap. Conan, 1934, p.99).
2. [Le compl. ne désigne ni un solide ni un liquide]
a) Jouir de (quelque chose). Prendre le frais*. Je voudrais, continuait Rocambole, m'en aller prendre un peu le soleil à la barrière, avec une blouse et un brûle-gueule (Ponson du Terr., Rocambole, t.3, 1859, p.310).Ronsin prit «la fraîche» dans le sable, auprès de Mondrot qui buvait de l'eau froide (Hamp, Champagne, 1909, p.99).
b) En partic. Prendre l'air. Respirer l'air frais de l'extérieur (v. aussi infra B). Le souper achevé, avant de se livrer au sommeil, Cyrus Smith et ses compagnons vinrent prendre l'air sur la grève (Verne, Île myst., 1874, p.121).
c) Loc. Prendre haleine, souffle (rare). Inspirer profondément. Pour prendre souffle, il enflait son torse en poche de biniou (Hamp, Marée, 1908, p.23).Il y a bien eu un petit soupir, d'abord, comme un qui prend haleine avant de lever la masse, et les hommes ne se sont pas méfiés (Giono, Colline, 1929, p.39).
B. − [Le suj. n'est pas agent de l'action]
1.
a) S'imprégner de quelque chose, se laisser pénétrer de quelque chose. Prendre la teinture. La viande prend mieux le sel quand elle est fraîche (Ac.1935).Certainement les eaux thermales prennent leur iode et brome dans des couches métamorphiques de l'écorce (Vernadsky, Géochim., 1924, p.40).
Au fig. Comment rire de ceux qui prennent force dans le Christ, alors qu'ils croient en lui, puisque moi je prends force, par exemple, dans le mythe d'Adonis, auquel je dois bien avouer qu'au fond je ne crois pas? (Montherl., Malatesta, 1946, ii, 5, p.472).
Empl. pronom. L'indifférence se prend du voisin, comme la peur elle-même (Alain, Propos, 1921, p.275).
Loc. Prendre (l')eau*. Prendre l'air. S'aérer. Les draps prennent l'air. Prendre feu*.
En partic., vx. Prendre somme. S'endormir. Le laboureur, l'artisan, qui chaque soir prend somme, et répare la nuit les fatigues du jour, voilà de vrais paresseux (Courier, Pamphlets pol., Au réd. «Censeur», 1820, p.33).
b) [Le suj. désigne un espace] Recevoir (le jour, la lumière). La salle en rotonde (...) prenait jour par une fenêtre, sur la place de l'Arc de Triomphe (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.316).La porte de fer prenait le jour par en haut (Jacob, Cornet dés, 1923, p.233).La chambre particulière du comte Humbert de Sannis prenait vue sur tout le pays (Jouve, Scène capit., 1935, p.190).
2. [Le compl. désigne qqc. de dommageable ou de nocif] Subir l'effet de quelque chose.
a) Contracter, attraper. Synon. choper (fam.).Prendre froid, chaud; prendre du mal, un virus, une crise de nerfs; prendre peur*; prendre mal (vieilli) (v. mal3I A 1). Pécuchet prit une courbature à l'élagage de la charmille, et vomit après son dîner, ce qui l'effraya beaucoup (Flaub., Bouvard, t.1, 1880, p.75).Lapins, cobayes, poules, singes, prennent la rage (Pasteurds Travaux, 1884, p.388):
18. ... il avait inventé, comme vengeance, de se déshabiller et de se coucher nu sur le carreau, afin de prendre un gros rhume. Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1522.
Au part. passé. Il semblait que le virus pris par elle dans les ruisseaux (...) venait de lui remonter au visage et l'avait pourri (Zola, Nana, 1880, p.1485).
Empl. pronom. passif. Se contracter. La grippe se prend très facilement en cette saison (Ac.1935).
Loc., fam., fig. Prendre la mouche*, la chèvre. ,,S'irriter tout à coup, pour un léger sujet, mal à propos`` (Ac. 1935).
b) Fam. Recevoir. Synon. attraper, encaisser, ramasser; anton. éviter.Prendre un but; prendre une averse, la pluie; prendre une bûche (v. bûche2), une culotte (v. culotte2), un gadin*, une pelle*; prendre un coup de poing, une fessée, une volée. Vengez-nous, les gars!... On a pris la pilule! (Benjamin, Gaspard, 1915, p.53).Le 164?... Je crois qu'il tient toujours le front entre le bois de Ville et Ornes... Il doit prendre une pipe en ce moment, lui aussi, à en juger par le bruit qui vient de par là... (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p.19).Tous les ans l'un d'entre eux prenait un coup de couteau avec son meilleur camarade (Queffélec, Recteur, 1944, p.79).
P. ext., pop. Prendre une cuite*.
Locutions
Fam. En prendre pour son grade*.
Pop., fam. Sortir d'en prendre. Avoir subi, dans un passé récent, des ennuis du même genre. Et vous, bourgeois, une fois le coup fait, quand je vous demanderai les huit cents francs, vous pouvez me répondre. Merci, je sors d'en prendre! (Sue, Myst. Paris, t.6, 1843, p.54).[L'épicière auvergnate:] Ah! ah! ah! ah! une comtesse! merci, j'chors d'en prendre! c'hest une drôle de comtesse celle-là (Vidocq, Vrais myst. Paris, t.7, 1844, p.233).
Fam. Prendre un coup de vieux. Vieillir beaucoup d'un seul coup. Le Monde avait pris un coup de vieux. Il avait donc besoin d'un coup de jeune. Il s'est allégé, modernisé −et ce n'est qu'un premier pas −dans sa forme (Le Monde aujourd'hui, 1-2 déc. 1985, p.v, col. 5-6).
VI. − Investir quelque chose, disposer de quelque chose d'une manière qui en affecte l'intégrité.
A. − [Le suj. désigne qqc. de l'ordre du sentiment, de l'état psychol., de l'impulsion] Disposer, s'emparer de quelqu'un d'une manière qui l'affecte physiquement ou moralement, ou qui le prive (d'une partie de) ses capacités intellectuelles. Synon. gagner, envahir, posséder; anton. quitter, abandonner.
1. Qqc. prend qqn.La fièvre les prend. Je n'ai pas été loin de me tuer. J'ai senti la folie qui me prenait, et j'ai eu les premiers symptômes, les premières atteintes d'un cancer (Flaub., Corresp., 1871, p.233).Un doute lui prend le coeur: sait-il, vraiment? (Giono, Colline, 1929, p.108):
19. ... vous savez ce que vous savez et que la tour de Pise est penchée et que le vertige vous prend quand vous vous penchez vous aussi à la terrasse des cafés. Prévert, Paroles, 1946, p.14.
Loc. pop. Prendre comme une envie de pisser*.
Au part. passé. Être pris de/par qqc.Être subitement affecté (de, par quelque chose). Synon. saisi, possédé.Dans les sociétés où (...) cette place est prise par l'argent, il n'y a plus de recrutement pour les carrières de gloire (Goncourt, Journal, 1873, p.952).Elle était prise de la petite vérole (Guéhenno, Jean-Jacques, 1950, p.171).
SYNT. Être pris d'un accès de fou rire, d'antipathie, de colère, de coliques, d'un crachement de sang, de dégoût, d'épouvante, d'hilarité, de honte, d'une idée fixe, d'une migraine, de nausées, d'une grande pitié, de rougeurs, de sommeil, de suffocation, de syncopes, d'une terreur, d'une toquade.
Loc. Être pris de vin. Être ivre. Le duc regagna le salon des glaces, mais il ne s'y trouva qu'un heiduque pris de vin (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.25).
2.
a) Qqc. prend qqn à + subst. désignant la partie saisie.Prendre à la gorge. David voyait, à chaque fois qu'elle poussait en se penchant la manivelle, s'étirer les muscles pauvres de ses bras, saillir les os de l'échine maigre, sous la robe mouillée et collante. De telles choses le prenaient au ventre (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.158).Oui, dis-je, Raymond va se marier. Une brusque envie de rire me prenait à la gorge (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p.94).
Au part. passé. (Être) pris à qqc. par qqc.Garcia voyait toujours le cimetière, pris au ventre par ce qu'il y avait de trouble et d'éternel dans ces cyprès et dans ces pierres (Malraux, Espoir, 1937, p.541).
Loc. fig. Prendre aux tripes. Avoir un effet très fort. Mélo ou non, c'était du théâtre (...) qui vous prenait aux tripes. Dans la salle, il y avait des gens qui se mouchaient (Vialar, Risques et périls, 1948, p.266).
b) Qqc. prend qqc.Il y a, mon adorable, que le Borysthènes a pris la fantaisie de déborder. J'ai des lettres qui racontent la catastrophe (Reybaud, J. Paturot, 1842, p.197).
3. Empl. impers. ou lié à l'impers.
a) Il prend qqc. à qqn.Il lui prit une fantaisie, un dégoût (Ac. 1935). Quand il nous prit la fantaisie D'aller voir, en leur valaisie, Ces messieurs crétins du Valais (Ponchon, Muse cabaret, 1920, p.275).On peut dire que le docteur est responsable. Si, par exemple, il vous prenait l'envie de recommencer (Camus, Peste, 1947, p.1230).
b) Qqc. prend à qqn.La fièvre, la goutte lui a pris (Ac. 1935). L'envie me prend, pour dissiper cette gêne et retrouver mon aplomb, de montrer que je connais son histoire et de la raconter un peu (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p.200).V. précieusement ex. de Mérimée.
Qu'est-ce qui me/te/le, etc. prend. [S'emploie pour marquer son étonnement devant la conduite de qqn] «Qu'est-ce qui te prend?» m'a-t-elle demandé en riant, exactement comme je l'avais prévu (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.90).
Loc. Bien/mal lui a pris de + verbe inf. Cela a eu de bonnes/fâcheuses conséquences de faire telle ou telle chose. Bien lui a pris d'avoir été averti promptement. Il lui prendra mal un jour de songer si peu à ses affaires (Ac.1935).Mon compagnon préférait rester à découvert, avoir du large, voir de loin et sentir l'air ouvert devant lui. Bien nous en prit, car les chasseurs arrivaient sous le bois (A. Daudet, Contes lundi, 1873, p.292).Bien lui en prit d'être encore ingambe, et de pouvoir s'enfuir au plus vite (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.200).
B. − [Le verbe décrit un état] Saisir, investir d'une manière qui affecte l'aspect, la nature physique ou diminue la mobilité de quelque chose.
1. Qqc. prend qqc.Synon. enserrer, envelopper.Ce gilet prend la taille. (Dict. xixes.).
2. Au part. passé. Synon. enserré, enveloppé, bloqué.Le dos pris par une douleur. Je me voyais avec admiration traversant la cour du quartier (...) la taille prise dans un élégant dolman (A. France, Vie fleur, 1922, p.436).Il lui décrivait (...) les patates prises dans le sucre (Green, Journal, 1934, p.287):
20. ... comme le port suédois de Lulea sur la Baltique est pendant six mois pris dans les glaces, on a équipé sur l'Ofotenfjord en Norvège, le port de Narvik. Brunhes, Géogr. hum., 1942, p.210.
3. Empl. pronom. Se prendre de qqc.La mer par places s'est prise de varechs, et bientôt nous avons navigué entre deux traînées de sargasses (Gide, Voy. Urien, 1893, p.41).
VII. − Prendre pour.Supra 1reSection III A.
A. − [Le compl. a un référent identifiable] Confondre quelque chose ou quelqu'un avec quelque chose ou quelqu'un d'autre. C'est bien des idées de clérical d'aller prendre une mésange pour une alouette (Aymé, Jument, 1933, p.101).Moi, dit Paradis, un des plus mauvais jours de la vie, c'est qu'une fois j'ai salué un gendarme, le prenant pour un sous-lieutenant (Barbusse, Feu, 1916, p.129).Il ne faut pas que vous me preniez pour un apache. Je n'ai jamais été chipé (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p.232).
Loc. Prendre des vessies pour des lanternes. V. lanterne II.J'ai quelque honte (...) à m'avouer que j'ai souvent pris des vessies pour des lanternes, mais le monde m'en paraît d'autant plus illuminé! (Gide, Corresp.[avec Valéry], 1896, p.274).
B. − [Le compl. a une valeur de prédicat] Attribuer à quelque chose ou à quelqu'un la qualité de quelque chose ou de quelqu'un d'autre. Synon. considérer.Il la prie de sécher ses larmes, qui pourraient être prises pour un augure sinistre par ses guerriers (Dupuis, Orig. cultes, 1796, p.241).
Empl. pronom. Toujours la hauteur qui se prend pour de la fierté (H. Bazin, Vipère, 1948, p.209).Vanité des vanités, tous les photographes sont ainsi qui se prennent pour des créateurs, comme le droguiste pour un savant (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.121).
Locutions
Prendre le Pirée pour un homme (vx). Se montrer très ignorant. (Ds Ac.).
Prendre ses désirs pour des réalités. Croire qu'il suffit de vouloir une chose pour qu'elle se réalise. Je pense que vous avez pris vos désirs pour des réalités sans vous inquiéter de mes intérêts à moi, dit Henri d'une voix contenue (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.239).
Prendre pour acquis qqc. Considérer quelque chose comme acquis. Il y a une conception objective du mouvement qui le définit par des relations intramondaines, en prenant pour acquise l'expérience du monde (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p.309).
Prendre (qqc.) pour argent comptant. Croire quelque chose très facilement. Il a pris ce qu'on lui a dit pour argent comptant (Ac.1878, 1935).
Prendre pour bon (vieilli). Croire. Il prend pour bon tout ce qu'on lui débite, tous les contes qu'on vient lui faire (Ac.1878, 1935).
Prendre son cul* pour ses chausses (vieilli). Prendre l'ombre pour le corps. V. ombre1II C 2.
Expressions
Pour qui me prenez-vous? [S'emploie pour signaler à qqn qu'il se méprend sur votre compte] Loin de me satisfaire, cette explication me blessa; je fis de vains efforts pour me contenir: −Pour qui me prenez-vous? lui dis-je; moi, Paturot, de l'opposition! (Reybaud, J. Paturot, 1842, p.371).
Vous me prenez pour une autre. [Formule par laquelle une femme proteste devant le comportement hardi d'un homme] . (Ds Rob. 1985).
2eSection. Empl. intrans. et trans. indir.
I. − Empl. intrans. [Exprime une modification d'état] Perdre sa consistance liquide pour devenir plus épais et plus dur. Le mortier, le plâtre commence à prendre; mettre de la présure dans ce lait, pour qu'il prenne; faire prendre la mayonnaise. Cette gelée ne prendra pas (Ac.1935).Mais il [le ciment] ne «prend» pas facilement et, en général, les efforts de la larve restent infructueux (Coupin, Animaux de nos pays, 1909, p.246).
Au fig. [Certains étudiants] s'étaient connus sur les bancs de Sciences-Po ou au hasard de piges dans différents journaux. Mais, comme dans une classe de lycée, après quelques jours, la mayonnaise prend. Une «promo» est née (Le Monde aujourd'hui, 1-2 juin 1986, p.vii, col. 2).
En partic. [Le suj. désigne de l'eau] Geler. La rivière a pris cette nuit. Ces glaces n'ont pas bien pris (Ac.1935).Dès qu'il eut quitté la cadole, Philibert sentit sa colère se muer en une immense tristesse. Ce qui se passait en lui ressemblait à ce qui se passe lorsqu'une rivière commence à prendre (B. Clavel, Seigneur du fleuve, Paris, Laffont, 1972, p.201).
II. − [Exprime ce qui arrive à qqc. dans son rapport à un lieu, à un support]
A. − [Le lieu ou le support peut être exprimé]
1. Rester accroché à quelque chose, adhérer à quelque chose ou imprégner quelque chose.
a) Prendre à/sur qqc.L'encre ne prend pas sur le papier huilé. Le feu a pris à cette maison (Ac.1935).
b) Empl. abs. Cette couleur ne prend pas. Les sangsues n'ont pas pris. Le feu commence à prendre (Ac.1935).
[P. méton.] S'enflammer, flamber. Les allumettes étaient longues à prendre (A. Daudet, Jack, t.2, 1876, p.19).
2. [Le suj. désigne un organisme] Se mettre à croître après transplantation ou greffage.
a) Prendre en/dans qqc.La vigne ne prend pas dans cette région. Il y a des plantes qui prennent également en toutes sortes de pays; il y en a d'autres qui ne prennent qu'en certaines terres (Ac.1935).
b) Empl. abs. Cette bouture a pris. (Dict.xxes.). V. greffe2ex. 2.
P. métaph. Dépourvue de racines, sur un sol neuf où elle n'avait ni passé, ni héros, la République ne prenait pas (A. Daudet, Rois en exil, 1879, p.77).[Dans un cont. métaph.] Les communistes ont participé au gouvernement du pays pendant trois ans. Mais la greffe n'a jamais vraiment pris. Entre l'action ministérielle de la «bande des quatre» et l'activité de leur parti, la communion ne s'est pas produite (Libération, 8-9 sept. 1984, p.3).
B. − [Le lieu n'est gén. pas exprimé] Au fig.
1. [Le suj. désigne un processus ou qqc. soumis à un développement] Produire l'effet recherché, atteindre un état irréversible. Synon. marcher (fam.), réussir.Ce livre, cette pièce de théâtre n'a pas pris. Votre proposition a pris. Cette mode n'a pas pris (Ac.1935).Le nouvel emprunt prend à merveille. Il y a queue partout où l'on souscrit (Mérimée, Lettres ctessede Montijo, t.2, 1855, p.24).Je considère la révolution russe comme le seul résultat significatif de la guerre, le seul point d'Europe où le vaccin ait pris. Je refuse absolument de critiquer un peuple qui change de peau (Cocteau, Poés. crit. II, 1960, p.47).
2. Réussir, obtenir le succès désiré (v. supra 2eSection B 1). Synon. marcher (fam.).Ils n'avaient pas fait quatre pas que, derrière eux, une voix s'élevait: −Psitt! Eh là-bas! −Ça prend! murmura le brigadier (Courteline, Train 8 h 47, 1888, 1repart., vii, p.84).
En partic. Être cru, être accepté. J'ai manqué lui rire au nez: «Je vous fais confiance! Je fais confiance à tout le monde. Que ça vous apprenne à faire confiance...» Qu'est-ce qu'il s'imagine? Le coup de la confiance, c'est avec les hommes que ça prend (Sartre, Mains sales, 1948, 3etabl., 5, p.116).
3eSection. [Empl. pronom. n'ayant pas d'empl. trans. corresp.]
I. − S'en prendre à qqc., à qqn.S'attaquer à quelque chose ou à quelqu'un en le rendant responsable de ce qui arrive. Ne s'en prendre qu'à soi-même. Son impatience fiévreuse s'en prenait au cocher qui ne marchait pas, aux chevaux, deux vraies rosses de fiacre, à un encombrement inexplicable de voitures, d'omnibus (A. Daudet, Nabab, 1877, p.101).[Les paysagistes] luttent contre la solidité ou la fluidité même des choses; certains s'en prennent à la lumière, veulent saisir l'heure, l'instant; substituer aux formes finies une enveloppe de reflets, d'éléments du spectre subtilement dosés (Valéry, Degas, 1936, p.130):
21. La lecture du Journal d'un prêtre m'a assombri (...). Il s'en prend au christianisme d'abord, et ce qui est plus grave, au Christ lui-même. Green, Journal, 1956, p.186.
II. − Se prendre de + subst. exprimant un sentiment ou un état psychol.Se mettre à avoir. Synon. concevoir; anton. se déprendre de.Elle lui donnait sur les nerfs, il se prenait d'une haine féroce, au point de ne plus tenir compte de ses intérêts (Zola, Nana, 1880, p.1318).Elle s'est prise d'amour pour un organiste de la localité (Goncourt, Journal, 1894, p.600).Il se prit d'une affection particulière pour sa petite-fille Juliette (Aymé, Jument, 1933, p.33).
III. − S'y prendre.Agir d'une certaine manière en vue d'obtenir un résultat déterminé. Synon. s'arranger, procéder, se débrouiller.S'y prendre bien, mal. Je lui racontai que son argent l'avait échappé belle, et elle daigna sourire en apprenant comme je m'y étais pris pour voler nos voleurs (About, Roi mont., 1857, p.184).Comment m'y prendre pour chanter de telle manière? (Barrès, Cahiers, t.5, 1906, p.292).Il savait comment s'y prendre pour l'amener à se rendre (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p.15).
IV. − Se prendre à (qqc.).S'accrocher, s'attacher à quelque chose. Un homme qui se noie se prend à tout ce qu'il peut. Il s'est pris à un clou et sa manche a été déchirée (Ac.1935).Se prendre aux cheveux. V. cheveu I C.
Au fig. M. de Chateaubriand, plus fort [que madame de Staël], plus grand homme, et sachant mieux à quoi se prendre, frappa bien davantage (Sainte-Beuve, Prem. lundis, t.1, 1830, p.399).
V. − Se prendre
A. − [Le suj. désigne des substances initialement liquides]
1. Coaguler, devenir dur. L'huile se prend quand on la tient dans un endroit froid. Le sirop se prendra bientôt (Ac.1935).
En partic. Geler. La mer de Norvège se prit (Rob.1985).
2. Se couvrir. Le ciel se prend (Rob.1985).
B. − Au fig. Atteindre un état de maturation. On prend un livre, on s'y enfonce, on s'y oublie (...) insensiblement la pensée se prend, une idée sourit, on veut l'étendre, l'achever; déjà la plume court (Sainte-Beuve, Portr. contemp., t.3, 1843, p.413).
Rem. gén. Empl. subst. masc. de l'inf. dans la loc. adv. au fait et au prendre (vieilli). Au moment de l'exécution, quand il est question d'agir. Quand ce fut au fait et au prendre. On le disait plein d'intelligence; mais, au fait et au prendre, il n'est bon à rien (Ac. 1935).
Prononc. et Orth.: [pʀ ɑ ̃:dʀ ̭], (il) prend [pʀ ɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug. Ind. prés.: je prends, tu prends, il prend, nous prenons, vous prenez, ils prennent; imp.: je prenais, etc.; passé simple: je pris; fut.: je prendrai; impér.: prends, prenons, prenez; subj. prés.: que je prenne; subj. imp.: que je prisse; part. prés.: prenant; part. passé: pris, prise. Étymol. et Hist. A. Verbe trans. 1. a) 842 fig. prendre plait «conclure un accord avec quelqu'un» (Serments de Strasbourg, éd. A.Henry, Chrest., p.2, ligne 7); fin xes. «saisir avec la main» (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 37); 1160-74 prendre en mains (Wace, Rou, éd. A.J.Holden, III, 5337); 1658 prendre une affaire en mains (Pascal, Lettres aux curés de Paris, éd. Brunschvicg, VII, 298); 1690 prendre la balle au bond (Fur.); 1765 «entourer, envelopper le corps en parlant d'un vêtement» (Diderot, Salons, éd. J. Seznec et J. Adhémar, vol. II, p.215); 1898 prendre le taureau par les cornes (DG); b) ca 1100 «saisir vivement» (Roland, éd. J. Bédier, 2552); 1188 «serrer une proie en parlant d'un animal» (Aimon de Varennes, Florimont, éd. A. Hilka, 777); id. prendre par la main (Id., ibid., 1025); 1690 «saisir en se servant d'un instrument, d'un outil» (Fur.); 1892 n'être pas à prendre avec des pincettes «être sale» (Guérin); c) ca 1050 «amener avec soi» (Alexis, éd. C. Storey, 506); 1667 «joindre quelqu'un pour l'emmener avec soi» (Racine, Andromaque, III, 7); 1690 prendre ses jambes à son cou «commencer un voyage à pied» (Fur.); 1895-96 id. «s'enfuir» (F.Champsaur, Le Mandarin ds France); av. 1784 «accepter de recevoir quelqu'un» (Diderot, Mémoires, t.IV, p.224 ds Littré); d) déb. xiies. «comprendre, interpréter quelque chose d'une certaine manière» (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1789); 1269-78 prendre à la lettre (Jean de Meung, Rose, éd. F. Lecoy, 7153); 1540 je ne sais comment vous le prendrez (Nicolas Herberay des Essars, Amadis, éd. H. Vaganay, 369); 1608 à tout prendre (M. Régnier, Satires, V, éd. G. Raibaud, p.49); 1155 prendre de travers «entendre de travers» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1746); ca 1500 prendre a mal (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, t.3, p.128); 1535-74 prendre mal (St Gelays, OEuvres, éd. P. Blanchemain, I, 208); 1657-62 prendre littéralement (Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg, X, 648); 1694 prendre les choses du mauvais côté (Regnard, La Sérénade, sc. 13 ds OEuvres, t.2, p.223 [éd. Paris, 1830]); 1745 prendre au tragique «trop sérieusement» (Voisenon, Themidore, I, 264 ds Brunot t.6, 2, 1, p.1403); 1582 le prendre haut (Garnier, Bradamante, éd. W. Foerster, IV, p.23); 1459-60 Je prens le temps ainsi qu'il peut venir (Charles d'Orléans, Rondeaux, éd. P. Champion, t.II, p.598); 1666 prendre les hommes comme ils sont (Molière, Misanthrope, I, 1); 1174 prendre en haür (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 739); 1225-30 prendre en gré (Guillaume de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 2698); e) 1176 prendre sor soi «rapporter à soi» (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 4426); ca 1220 prendre (qqc.) sur soi «en répondre» (H. de Valenciennes, Continuation conquête de Constantinople, 594 ds T.-L.); 1606 prendre à sa charge (Nicot); 1688 prendre tout sur (son courage) «se donner beaucoup de peine» (Mmede Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.8, p.285); 2. a) 1283 «percevoir un droit sur» (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A.Salmon, 1594, p.309); av. 1544 à prendre ou à laisser (Des Périers, Nouvelles récréations, éd. K. Kasprzyk, 50, p.202); 1700 il faut prendre ou laisser (Regnard, Democrite, I, 1 ds OEuvres, t.4, p.8 [éd. Paris, 1830]); 1869 c'est à prendre ou à laisser (Littré); b) ca 1100 «recevoir de l'argent» (Roland, éd. J. Bédier, 1148); 1585 «recevoir comme rémunération» (Noël Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, p.381); c) ca 1100 «recevoir un coup» un col avez pris fort (Roland, éd. J.Bédier, 1948); 1934 «encaisser un but au football» (L'Auto ds Petiot 1982); d) ca 1100 «s'emparer d'une ville» (Roland, éd. J. Bédier, 1566); 1690 jeux «se rendre maître d'un pion» (Fur.); 1478-80 prendre d'assault (Coquillart, Les nouveaulx droitz ds OEuvres, éd. M.J.Freeman, p.181); ca 1480 prendre dame a force (Mistere Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 41783); 1718 prendre par force (Ac.); 1812 prendre de force (Mozin-Biber); e) ca 1050 «prélever (de l'or et de l'argent de son trésor)» (Alexis, éd. C. Storey, 526); ca 1480 prendre un enfant (Mistere Viel Testament, éd. J.de Rothschild, 34437); av. 1648 prendre un baiser (Voiture, Poésies, OEuvres, t.II, p.90 ds Littré); f) ca 1140 «capturer des animaux» (G. Gaimar, Histoire des anglais, éd. A.Bell, 2722); 1536 prendre au piège (un animal) (Roger de Collerye, OEuvres, éd. C. D'Héricault, 214); g) 2emoit. xes. «arrêter, capturer quelqu'un» (St Léger, éd. J. Linskill, 150); 1636 prendre en traître (Corneille, Cid, V, 5); 1668 on ne l'y prendrait plus (La Fontaine, Fables, I, 2: Le Corbeau et le Renard); 1678 tel est pris qui croyait prendre (Id., ibid., VIII, 9: Le Rat et l'Huître); 1690 se laisser prendre au piège (Fur.); 1697 savoir prendre qqn (J. B. Rousseau, Le Flatteur, I, 1 ds Littré); h) α) 1450-55 prendre qqn sur le fait (Farce de Maistre Pathelin, éd. R. T. Holbroock, v. 1113); ca 1480 pris a depourveu (Mistere Viel Testament, éd. J.de Rothschild, 7984); 1674 prendre au dépourvu (Hauteroche, Crispin musicien ds Littré); 1760 Je vous y prends (Voltaire, L'Écossaise, IV, 4, ibid.); 1798 prendre qqn en faute (J. J. Rousseau, Confessions, XII, ibid.); 1808 prendre la main dans le sac (Hautel t.2); β) ca 1280 «en parlant des choses extérieures, s'abattre brusquement» (ici, la nuit) (Adenet Le Roi, Cleomades, éd. A. Henry, 12311); ca 1050 pietét ne t'en prist (Alexis, éd. C. Storey, 440); ca 1150 somoil li prist (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 775); 1678 la faim le prit (La Fontaine, Fables, VII, 4: Le Héron); γ) 1160-74 «advenir à quelqu'un» (Wace, Rou, éd. A.J.Holden, III, 2629); déb. xiies. impers. «venir à l'esprit de quelqu'un, lui advenir» (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 48); ca 1480 mal vous en prendra (Mistere Viel Testament, éd. J.de Rothschild, 15433); 1962 ça l'a pris comme une envie de pisser (Rob.); i) α) 2emoit. xes. «faire venir» (St Léger, éd. J. Linskill, 86); 1585 «acheter» (Noël Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, 66); 1677 prendre une maison «la louer» (Mmede Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.5, p.314); β) ca 1165 prendre conseiz (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 24705); 1405-49 prendre la foy chretienne (Journal d'un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, 219); ca 1535-74 prendre avis sur (St Gelais, OEuvres, éd. P.Blanchemain, II, 2); 1568 prendre le nom d'un roi (en parlant d'une ville) (Garnier, Porcie, éd. W. Foerster, I, p.6); 1697 prendre l'accent (Regnard, Le Distrait, III, 3 ds OEuvres, t.3, p.173 [éd. Paris, 1830]); 1748 prendre les moeurs des Perses (Montesquieu, De l'esprit des lois, éd. G.Truc, chap. 14, p.157); γ) ca 1160 prendre jour (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 10010); 1740 prendre date (Ac.); δ) ca 1180 prendre essample de qqn «un exemple» (Marie de France, Fables, éd. Warnke, 14, 34); 1269-78 prendre exanple a «prendre exemple sur» (Jean de Meung, Rose, éd. F. Lecoy, 5196); 1428 or prenons que (A. Chartier, Le Curial, éd. F. Heuckenkamp, p.7, l. 12-13); 1611 prenons le cas que (P. de Larivey, Fidelle, éd. Viollet le Duc, IV, 10); ε) 1606 prendre le double de quelqu'une écriture (Nicot); 1690 prendre les dimensions (Fur., s.v. dimension); 1876 id. fig. (Littré); 1907 «filmer» (Méliès, V. cin., A.G.I.P., p.383 ds Giraud 1956); 1954 «photographier» (P. Guth, Le Naïf sous les drapeaux, part.1, ch.3, p.43 ds Quem. DDL t.18); ζ) ca 1050 «s'adjoindre quelqu'un» (Alexis, éd. C. Storey, 111); 1835 prendre des passagers (Ac.); ca 1050 prendre moyler «prendre femme» (Alexis, éd. C. Storey, 39); ca 1145 «épouser quelqu'un» (Wace, Conception N.D., éd. W.R.Ashford, 980); 1690 prendre pour femme (Fur.); 1174 prendre a avoé (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E.Walberg, 476); 1269 prendre a testamenteur (Archives du Nord, B 446, no1592 ds IGLF); 1460-63 prendre comme mercenaires (Coquillart, Trad. de l'hist. de la guerre des juifs ds OEuvres, éd. C.D'Héricault, II, 320); 1536 prendre pour serviteur (R. de Collerye, OEuvres, éd. C. D'Héricault, p.158); 1538 prendre à temoin (Est.); η) 1370 prendre qqc. pour qqc. d'autre «en juger autrement qu'il ne faut» (Oresme, Ethiques, éd. A.D.Menut, 74); 1450-65 pour qui c'est que vous me prenez? (Farce de maistre Pathelin, éd. R.T.Holbroock, v. 1506); ca 1480 prendre pour «confondre» (Mistere Viel Testament, éd. J.de Rothschild, 3727); 1585 prendre Paris pour Corbeil (Noël Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J.Assézat, II, 112); 1690 prendre qqc. pour argent comptant (Fur.); 1743 prendre son cul pour ses chausses (Trév.); 1875 prendre le Pirée pour un homme (Lar. 19e, s.v. Pirée); θ) ca 1350 «avaler, absorber une boisson» (Gilles Li Muisis, Poésies, I, 85 ds T.-L.); 1903 prendre un verre (J. Lorrain, D.Fabrice, Clair de lune, I, iv ds Quem. DDL t.6); 1450-65 prendre des pilulles (Farce de maistre Pathelin, éd. R.T.Holbroock, v. 645); 1478-80 prendre medicine (Coquillart, Le plaidoié ds OEuvres, éd. M.J.Freeman, p.11); 1645 prendre l'air (Corneille, Suite du menteur, II, 7); apr. 1661 prendre les eaux (Retz, Mémoires, éd. A. Feuillet, J. Gourdault, R. Chantelauze, II, 125); 1668 prendre le frais (Molière, Georges Dandin, III, 8); 1673 prendre un bain (Id., Malade imaginaire, III, 4); 1694 prendre un lavement (Ac.); ι) ca 1150 prendre à qqn «atteindre quelqu'un en parlant d'une maladie» (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 1492); 1155 prendre une maladie «être atteint de» (Id., Brut, éd. I.Arnold, 11318); 1188 prendre mal «tomber malade» (Aimon de Varennes, Florimont, éd. A.Hilka, 8919); 1613 prendre l'eau (d'un bateau) (M. Regnier, Satires, XVI, éd. G. Raibaud, p.212); 1669 prendre feu (Widerhold); 1690 prendre du froid (Fur.); 1875 prendre froid (Lar. 19e); 3. a) ca 1050 prendre congét (Alexis, éd. C.Storey, 598); 1119 prendre fin (Philippe de Thaon, Comput, 2171 ds T.-L.); ca 1480 prendre du bon temps (Mistere Viel Testament, éd. J.de Rothschild, 39281); 1538 prendre le temps «attendre le moment favorable» (Est.); 1645 prendre son temps pour (Corneille, Suite du menteur, V, 4); 1869 prendre du temps «être long à réaliser» (Littré); b) 1536 prendre la plume (R. de Collerye, OEuvres, éd. C.D'Héricault, 166); 1561 prendre (un vêtement) (J. Grevin, L'Olympe, éd. L.Pinvert, 263); 1611 prendre le deuil (Cotgr.); 1869 prendre le voile (Littré); c) 1450-65 prendre place (Farce de maistre Pathelin, éd. R.T.Holbroock, v. 1218); ca 1480 prendre les armes (Mistere Viel Testament, éd. J.de Rothschild, 41992); 1606 prendre le vent (Nicot); 1671 prendre la mer (Pomey); 1690 «faire usage d'un véhicule» (Fur.); 1476 prendre le chemin (Archives du Nord, B 1698, fo65 ds IGLF); 1540 prendre la route (Nicolas Herberay des Essars, Amadis, éd. H. Vaganay, 3); 1690 prendre un tournant (Fur., s.v. tournant); 1798 prendre la porte (Ac.); 1869 prendre le large «s'enfuir» (Littré); 1907 prendre la tangente (France); d) déb. xiies. prendre fuite (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1166); ca 1225 prendre son vol (Reclus de Molliens, Carité, 36, 10 ds T.-L.); 1585 prendre les devants (Noël Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J.Assézat, II, 68); 1955 prendre ses distances (Rob., s.v. distance); 1962 prendre du recul (ibid.); e) 1160-74 prendre garde de «s'occuper de» (Wace, Rou, éd. A.J.Holden, III, 358); 1174-80 prendre garde (à qqc.) «faire attention à» (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. W.Roach, 8952); déb. xiies. prendre cure de (Voyage St Brendan, éd. E.G.R.Waters, 162); 1538 prendre soin de (Est.); 1188 prendre courage (Aimon de Varennes, Florimont, éd. A.Hilka, 7725); 1370 prendre plaisir (Froissart, Espinette amoureuse, éd. A.Fourrier, 785); 1656 prendre plaisir à (Molière, Dépit amoureux, II, 5); ca 1480 prendre en pascience (Mistere Viel Testament, éd. J.de Rothschild, 31229); f) ca 1480 prendre (une charge) (ibid., 47339); 1585 prendre parti (Noël Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J.Assézat, II, 238); 1599 prendre à partie (Coustumes du pays et duché de Normandie, fol. 34 ro); 1604 prendre connaissance (Montchrestien, Les Lacenes, éd. Petit de Julleville, 192); av. 1615 prendre le fait et cause (Pasquier, Recherches de la France, 827); 1740 prendre fait et cause pour (Ac.); 1656-57 prendre part (Pascal, Provinciales, éd. Brunschvicg, X, V, p.320); 1870 prendre sa retraite (Littré, s.v. retraite); g) 1538 prendre racine (Est.); 1540 prendre naissance (d'un homme) (Nicolas Herberay des Essars, Amadis, éd. H.Vaganay, 298); 1549 prendre chair (Est.); 1869 prendre de l'âge (Littré); 1585 prendre sa source (de la pauvreté) (Noël Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J.Assézat, p.318); 1694 id. (d'une rivière) (Ac.); ca 1590 prendre son pli (Montaigne, Essais, éd. P.Villey et V.L.Saulnier, p.110); 1798 prendre forme (Ac.). B. Verbe intrans. 1. ca 1140 part. passé li plons iert toz pris «durci (en parlant d'un métal)» (Pèlerinage Charlemagne, éd. G.Favati, 572); ca 1393 faire prendre (la gelée) (Le Ménagier, II, 219 ds T.-L.); 2. 1176-84 être pris «occupé par un sentiment» (Gautier d'Arras, Eracle, 2714); 3. 1559 «s'enraciner» (Amyot, Rom., 32 ds Littré); 4. 1176-81 el covertor est li feus pris (Chrétien de Troyes, Chevalier Charrete, éd. M.Roques, 522); 5. 1538 «avoir de l'effet» (Est.); 1727 «réussir, s'implanter» (Moncrif, Les chats ds Brunot t.6, 2, 1, p.1364); av. 1784 cela ne prend pas toujours (Diderot, Neveu de Rameau, éd. Piazza, 116); 6. 1606 prendre à droite, à gauche (Crespin, p.319); 1616 «suivre une direction, un chemin» (D'Aubigné, Hist., I, 339 ds Littré); 1690 prendre par le plus court (Fur., s.v. court); 1828 prendre par (Hugo, Odes, L.5, ode 24, Pluie d'été ds OEuvres poétiques, éd. de la Pléiade, t.1, p.488); 7. ca 1500 «commencer en parlant de ce qui suit une direction» (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J.Calmette, t.3, p.131). C. Verbe pronom. 1. 1671 «être employé d'une certaine façon dans le langage» (Pomey); 1730 «être interprété, compris dans un autre sens en parlant d'un mot» (Dumarsais, Traité des Tropes, La métonymie, p.63); 2. 1666 «être attrapé, coincé» (Furetière, Roman Bourgeois, éd. Colombey, 107); 1675 «être captivé, séduit» (Mmede Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.4, p.200); 3. 1135 «s'attacher à quelque chose (en parlant de personnes)» (Wace, Vie Ste Marguerite, éd. E.A.Francis, 53); 4. ca 1150 (Id., Vie St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 694); 1739 ne s'en prendre qu'à soi-même (Marivaux, Marianne, éd. J.Janin, 484); 5. 1640 se prendre de vin «s'enivrer» (Oudin Curiositez); 6. ca 1150 se prendre a «se mettre à» (Wace, St Nicolas, éd. E.Ronsjö, 1455); 7. 1611 se prendre à qqc. «s'y mettre avec adresse, de la manière qui convient» (Cotgr.); 1580 s'y prendre de bon'heure (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P.Villey et V.L.Saulnier, p.166); 1656-57 s'y prendre pour (Pascal, Provinciales, éd. Brunschvicg, XII, p.274); 8. av. 1615 se prendre pour (Pasquier, Recherches de la France, 87); 9. 1376 «s'attacher à, coller à (en parlant d'une substance)» (Modus et Ratio, éd. G.Tilander, 139, 9); 1623 «geler» (Sorel, Francion, éd. E.Roy, 246); 10. 1554 «s'unir» (C. Marot, Metam. d'Ovide, II, p.98 ds Gdf. Compl.); 1754 «s'unir en mariage» (Ac.); 11. 1666 «se saisir l'un l'autre par les cheveux» (Boileau, Satire, III ds OEuvres complètes, éd. de la Pléiade, p.25). Du lat. prendere, contraction de prehendere «saisir, prendre», «surprendre, prendre sur le fait», «se saisir de quelqu'un, arrêter», «occuper, prendre possession d'un lieu», «atteindre». Fréq. abs. littér.: 68704. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 87737, b) 106558; xxes.: a) 95220, b) 102963.
DÉR.
Prenable, adj.a) α) Dont on peut s'emparer, qui peut être investi. Anton. imprenable, inexpugnable.Cette place forte est prenable. Cette ville n'est prenable que par tel côté (Ac.1935). β) Qu'on peut attraper, qu'on peut priver de liberté de mouvement. Il est explicitement entendu que des types comme nous ne sont jamais pris, ne sont pas prenables. Le métallurgiste risque (...) sa liberté, son travail et sa croûte (Nizan, Conspir., 1938, p.68).b) Vx. Prenable à qqc. Sensible à quelque chose. Il faut songer que cette couche doit recevoir un oeuf infiniment prenable au froid, dont tout point refroidi serait pour le petit un membre mort (Michelet, Oiseau, 1856, p.210).Au fig. Race de chair, combien prenable aux grossiers fanatiseurs, aux dévotions sensuelles et corruptrices (Michelet, Journal, 1843, p.532).c) Au fig. Je l'attendis dans son cabinet, et je vis son portrait, à lui-même, placé sur son propre bureau; cela me fit espérer que du moins il était un peu prenable par la vanité (Staël, Consid. Révol. fr., t.1, 1817, p.394).M. de Lérac est très prenable par les yeux, le premier coup d'oeil est beaucoup pour lui (Labiche, Cigale chez fourmis, 1876, VI, p.221).[pʀ ənabl̥]. Att. ds Ac. dep. 1694. 1resattest. a) ca 1155 «qui peut être pris» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 8624), b) 1375-79 [éd. de 1541] «qui peut être séduit, manoeuvré» (Jehan de Brie, Bon Berger, éd. Lacroix, 15), c) 1869 «qui peut être absorbé» (Littré); de prendre, suff. -able*.
BBG.Dauzat Ling. fr. 1946, p.180. _ Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp.258-261. _ Lepelley (R.). Emplois de ça prend exprimant le besoin, en France et au Canada. Français de France _ Français du Canada. Tubingen, Niemeyer, 1987, pp.177-187. _ Pinchon (J.). Les Pron. adv. en et y. Genève, 1972, p.258, 265, 270, 272, 286. _ Quem. DDL t.2, 3, 6, 7, 9, 10, 11, 14, 18, 20, 21, 23, 27. _ Välikangas (O.). Analyse du verbe prendre... Neuphilol. Mitt. 1970, t.71, no3, pp.388-450. _ Vivès (R.). Avoir, prendre, perdre. Constr. à verbe support et extensions aspectuelles. Thèse. Paris, 1983; L'Aspect ds les constr. nom. prédicatives: avoir, prendre. Ling. Investig. 1984, t.8, pp.161-185.

Prendre : définition du Wiktionnaire

Verbe

prendre \pʁɑ̃dʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se prendre)

  1. Saisir, mettre en sa main.
    • […] Joseph offre un bouquet de roses à son amoureuse, qui étend la main pour le prendre. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • De joyeuse humeur, le mari cause avec force gestes, prend parfois les mains de sa femme, la taille aussi […] — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. VI, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892, Page:Verne - Claudius Bombarnac.djvu/73)
    • Vers la tombée du jour, le poète, ayant pris son parapluie, baisa galamment les mains de Mme Mirondeau et lui fit ses adieux. — (Louis Pergaud, La Disparition mystérieuse, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Il prit un siège, alluma une cigarette et accepta sans se faire prier un verre de vin de messe. — (Albert Gervais, Æsculape dans la Chine en révolte, Gallimard, 1953, page 32-33)
  2. Saisir une chose, l’enlever, la tirer à soi autrement qu’avec la main.
    • […] ; deux bandelettes serrant ses cheveux ondés sont prises sous l’étole et vont s’entrecroiser par-derrière à la chute des reins. — (Gustave Flaubert & Maxime du Camp, Nous allions à l’aventure par les champs et par les grèves, 1886, réédition Le Livre de Poche, 2012)
    • Prendre quelqu’un dans ses bras. - Prendre quelque chose avec les dents.
  3. Saisir les choses avec leur gueule, leur bec, leurs griffes, etc., en parlant des animaux.
    • Le perroquet prend souvent avec sa patte ce qu’il veut prendre ensuite avec son bec.
  4. Mettre sur soi, en parlant des habits, des vêtements.
    • Pour la Promenade du soir, on prend une robe blanche de percale ; mais elle doit être très-courte et décoletée […] — (Mercure de France, vol. 38, 1809, page 242)
  5. (Vieilli) Commencer à porter.
    • Prendre la perruque ou prendre perruque.
  6. Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution.
    • Prendre un parapluie, une lanterne. - Prendre sa canne, son épée, son chapeau.
    • Il a pris son fusil et il est allé à la chasse.
  7. Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu’un ce qu’il possède, le lui dérober.
    • On lui a pris sa bourse, sa montre, tout ce qu’il possédait. - Ils lui ont pris jusqu’à sa chemise.
    • Ce chien a pris un poulet sur la table.
  8. S’emparer, se saisir par force d’une chose ou d’une personne.
    • On se rappelle que, ce que nous avions pris aux autres, il a fallu leur rendre, et on leur reprendra ce qu’ils nous ont pris sans raison en 1871. — (Émile-Ambroise Thirion, La Politique au village, Fischbacher, 1896, page 320)
    • Il a pris l’arme de son adversaire.
    • Prendre quelqu’un au collet, à la gorge, par le bras, à bras-le-corps.
  9. (Par extension) (Très familier) Dominer sexuellement.
    • Je l’ai prise en levrette, mon gars, quelque chose de concret !
  10. (Jeux) Enlever à l’adversaire.
    • Je prends votre dame avec mon roi.
    • (Absolument) Je prends et je joue.
  11. Faire des levées d’hommes.
    • Il a été pris pour le service militaire.
  12. Arrêter quelqu’un pour le conduire en prison.
    • Ce voleur s’est enfin laissé prendre. La gendarmerie a déjà pris deux de ces bandits.
  13. Butiner à la guerre, y faire des prisonniers.
    • On a pris à l’ennemi quinze cents hommes, deux drapeaux, dix canons.
  14. (Militaire) Se rendre maître par la force des armes ou autrement, d’une place forte.
    • Le 26 octobre, une dépêche annonça que les Anglais avaient pris Bois-le-Duc après une attaque de nuit exécutée par des chars lance-flammes « au clair de lune artificiel ». — (Georges Blond, L’Agonie de l’Allemagne 1944-1945, Fayard, 1952, page 117)
  15. (Chasse) (Pêche) Attraper à la chasse ou à la pêche.
    • […] n’avait-il point remarqué une superbe truite qui se calait sous un rocher de la rive. […] La question se posait seulement de savoir s’il la prendrait au filet ou à la main. — (Louis Pergaud, L’Évasion de Kinkin, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • L'autre jour, sur le bassin de Chambly, j'ai pris un gros achigan. — (Michel Rabagliati , Paul à la pêche, éditions la Pastèque, Montréal, 2006, page 86)
    • Prendre des oiseaux à la pipée, au trébuchet.
  16. Poursuivre et saisir un gibier, en parlant des animaux de chasse, des oiseaux de proie, des prédateurs.
    • Mon chien a pris deux lièvres.
    • Ses chiens n’ont rien pris de la journée.
  17. (Figuré) S’emparer de quelqu’un, gagner quelqu’un en s’attaquant à son esprit, à son cœur, à ses sens.
    • Raïssouli est évidemment un profond psychologue qui connaît nos petites faiblesses et sait comment il faut nous prendre. — (Frédéric Weisgerber, Au seuil du Maroc Moderne, Institut des Hautes Études Marocaines, Rabat : Les éditions de la porte, 1947, page 240)
  18. Surprendre.
    • Je l’ai pris à voler des fruits dans votre jardin. - Il promit qu’on ne l’y prendrait plus. - Tout le monde y aurait été pris.
  19. Attaquer, aborder.
    • Prendre une armée de flanc. - Prendre son ennemi par derrière. - Prendre quelqu’un en traître, en trahison.
  20. Manger, boire, avaler, absorber, en parlant des aliments, des boissons, des médicaments solides ou liquides.
    • L’abbé Plomb est privé de sa gouvernante qui s’absente, cette après-midi, et il prend son repas, chez nous […] — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Le café noir très fort qu’il a pris au début de la veille, empêche Arsène André de s’endormir. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Les hommes jouent gravement aux boules et se passionnent pour le foteballe ; ils prennent l'apéritif par habitude, rejoints par ceux qui le font par snobisme. — (Henri Wadier, La réforme de l'enseignement n'aura pas lieu, éd. Robert Laffont, 1970, page 154)
    • Tonton Mbagnick appelle le serveur et commande un ballon de Kir Royal et demande à Meïssa Bigué ce qu’il voulait prendre. — (Ameth Guissé, Femmes dévouées, femmes aimantes, L’Harmattan, 2011, page 46)
    • Le dur travail et l'air pur excitent l'appétit. Au petit matin, après un déjeuner copieux, les bûcherons gagnent l'aire de coupe. Ils prennent sur place, en le dévorant, le repas préparé par le cook : du lard, de la mélasse, des galettes. — (Pierre Saucier, Gérard Saucier: sur les traces d'un bâtisseur en Abitibi, avec la collaboration de Claude Bédard-Claret, Presses de l'Université du Québec, 1996, page 124)
  21. Faire usage pour sa santé, pour son agrément, etc.
    • Muni même d’un pain de savon, il prit, sur le bord d’un cours d’eau, hors la ville, son premier bain depuis seize mois. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 421 de l’éd. de 1921)
    • Prendre un lavement.
  22. (Vieilli) Se faire contaminer par contagion, en parlant des maladies.
    • Il a pris la peste, la fièvre jaune, le typhus. - C’est d’un tel qu’il a pris la grippe.
  23. Atteindre par surprise.
    • L’orage, la pluie nous prit en chemin.
    • La fièvre l’a pris le samedi.
    • (Par extension) La frayeur, la colère, l’ennui, l’enthousiasme, etc., le prit.
  24. Fixer sur le corps.
    • Il prend de l’embonpoint.
      Il prend du ventre. - Prendre des forces.
  25. Contracter ; adopter.
    • Un rhume, en apparence bénin peut, s’il est négligé, dégénérer en bronchite ou en pneumonie ; le plus sage serait d’éviter de courir ce risque en prenant des précautions nécessaires pour que vous ne vous enrhumiez pas. — (Mieux vaut prévenir que guérir, dans Almanach de l’Agriculteur français - 1932, Éditions La Terre nationale, page 33)
    • On avait beau le corriger quand les voisins le ramenait en carriole, l’habitude de ces fugues était prise. […] Si une semaine s’écoulait sans escapade, on le voyait s’ennuyer, dépérir et fureter dans le logis pour trouver une issue. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Si profond était le fossé entre la bourgeoisie manufacturière et les ouvriers du textile que les luttes révolutionnaires, dans Sedan, prirent comme nulle part ailleurs le caractère d’un conflit entre classes. — (Henri Manceau, Des luttes ardennaises, 1969)
    • Bien qu’il n’eût pu comprendre un seul mot de ce qui avait été dit, Bert éprouva un choc en remarquant le ton qu’avait pris l’homme. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 247 de l’éd. de 1921)
    • Je pris l'habitude, à l'imitation des goumiers et des bellahs, d'aller pisser accroupi, à flanc de dune, […]. — (Robert Le Roy, Méhariste au Niger: souvenirs sahariens, Éditions Karthala, 1997, page 76)
  26. Se donner, employer, en parlant de titres, de qualités, de noms.
    • Il prit le titre de comte. - Elle prit le nom de son mari.
  27. Acquérir, acheter.
    • Je prendrai tout à six francs pièce. - Vous en demandez trop cher : je ne le prendrai pas.
    • (Absolument) C’est à prendre ou à laisser.
  28. Demander, percevoir un prix pour quelque chose que l’on vend.
    • Ce marchand prend vingt francs du mètre de ce drap. - On m’a pris mille francs pour ce travail.
  29. Recevoir ; accepter.
    • Rien n’avait été convenu entre nous : il a pris ce que je lui ai donné.
    • Ce train prend des voyageurs de toutes classes.
  30. Bénéficier de.
    • Ce cabinet était la demeure favorite du roi ; c’était là qu’il prenait ses leçons d’escrime avec Pompée, et ses leçons de poésie avec Ronsard. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. III ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 33)
  31. Emprunter, tirer de.
    • Il a pris l’idée de cette tragédie dans un vieux roman.
    • C’est un mot que nous avons pris du latin.
  32. (En particulier) (Famille) Recevoir des traits psychologiques ou physiques de son ascendance.
    • Arthur : C’est vrai, ce qu’on dit, vous êtes le fils d’un démon et d’une pucelle ? […] Vous avez plus pris de la pucelle. — (Alexandre Astier, Kaamelott, Livre I, épisode Les Défis de Merlin)
  33. Engager des personnes, ou s’engager avec elles, sous certaines conditions.
    • Prendre un domestique, une femme de chambre, une cuisinière, un chauffeur, etc.
    • Prendre un ouvrier, des ouvriers à la tâche, à la journée.
    • Prendre un associé, une épouse.
  34. Joindre quelqu’un en quelque endroit, pour se rendre ailleurs avec lui.
    • J’irai vous prendre à deux heures précises. - Il est venu me prendre pour aller au théâtre.
  35. Emmener avec soi.
    • Le capitaine prit trente hommes pour faire cette reconnaissance.
  36. Recueillir, donner l’hospitalité.
    • Je l’ai pris chez moi. - Il eut la bonté de prendre chez lui toute cette famille.
  37. Ôter, retirer, retrancher une partie d’un tout.
    • Prendre dix mille francs sur une succession. - Il a pris mille francs d’avance sur son traitement.
  38. Retrancher de quelque chose pour subvenir à autre chose.
    • Prendre sur sa nourriture, sur sa dépense, sur son nécessaire, etc., pour donner aux pauvres.
    • Prendre sur son sommeil pour travailler.
  39. Se charger d’une chose, entrer en possession, en jouissance d’une chose à certaines conditions.
    • Prendre des terres en fermage.
    • Prendre un appartement en location.
    • J’ai pris une chambre, un pied-à-terre dans cette maison.
  40. (Marine) Charger quelque chose, recevoir quelqu’un, à bord.
  41. Engager et conduire, en parlant d’une affaire.
    • Il a mal pris son affaire, voici comme il fallait la prendre.
    • Prendre une affaire du bon, du mauvais biais.
  42. Choisir, préférer ou adopter de préférence ; se décider pour.
    • Vous recherchez moins mon avis sur le parti que vous avez à prendre que mon approbation pour celui que vous avez pris. — (Lettre de Jean-Jacques Rousseau à Henriette, du 7 mai 1764, dans Lettres philosophiques, présentées par Henri Gaston Gouhier, Paris : J. Vrin, 1974, page 131)
    • Je ne sais quel livre prendre.
  43. Choisir une route, un chemin, s’y mettre en marche, en parlant particulièrement de ceux qui voyagent, qui cheminent.
    • Il suivit la D 925 sur une vingtaine de kilomètres, puis prit au sud, traversa la forêt de Lancosme jusqu'à Méobecq et bifurqua vers Rosnay par la D 27. — (Jean-Claude Patrigeon, Pitié pour les vivants, Éditions CLÔ, 1994, chap. 4)
    • Sur des routes aux doux reliefs, vous prendrez la direction de Champlay, Neuilly et Laduz, où vous pourrez visiter un intéressant musée des Arts et Traditions populaires. — (Balades à vélo en Bourgogne 2009 Petit Futé, page 234)
  44. (Par extension) (Absolument) Entrer dans un chemin qui se présente au choix.
    • Nous contournâmes, sans l’apercevoir, la colonne, puis le taxi remonta le faubourg Saint-Antoine, prit à gauche. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Prendre à droite, à gauche, tout droit.
  45. (Par extension) Utiliser un mode de locomotion qui se présente au choix.
    • Prendre la voiture, prendre le train, prendre le paquebot.
    • Prendre un cheval, une voiture, un bateau, une automobile, un avion.
  46. (En particulier) Couper, utiliser, façonner, de certaines façons, en parlant des étoffes, des viandes, et plus généralement ce que l’on coupe ou tranche avec art.
    • Le tailleur a mal pris cette étoffe. - Prendre une étoffe de droit fil, de biais.
    • Vous coupez mal ce morceau; vous n’avez pas pris le sens.
  47. (Figuré) Entendre, comprendre, concevoir, expliquer, interpréter, considérer d’une certaine manière.
    • Accompagnez vos traits d’humour ou d’ironie d'une binette (smiley) : ":—)", qui indiquera au lecteur que vous plaisantez ou que vous désirez qu'on ne prenne pas mal votre boutade, votre allusion, etc. — (Patrick Rebollar, Les salons littéraires sont dans l'internet, Presses universitaires de France, 2002, page 176)
    • Les commentateurs prennent ce passage en des sens très opposés.
    • À bien prendre la chose, vous devez être plus content que fâché de cet arrangement.
  48. (Figuré) Adopter ou soutenir avec chaleur ou conviction.
    • Pour guérir le dernier-né de la Reine, qui souffrait d'un abcès à la gorge et qu’Hadès semblait encore une fois attirer dans ses ténèbres, le médecin Olympos avait jugé qu'il fallait prendre les grands moyens : une incubation, et à Canope. — (Françoise Chandernagor, Les Enfants d'Alexandrie, éd. Albin Michel, 2011)
    • Il a pris ma défense. - J’ai pris ses intérêts. - J’ai pris son parti.
  49. Éprouver, en parlant des sentiments, des passions, des affections et des répugnances.
    • Prendre du plaisir, prendre son plaisir à quelque chose.
    • Prendre quelque chose en dégoût.
    • Prendre intérêt à quelqu’un, à quelque chose.
    • Prendre quelqu’un en amitié, en affection, en aversion, en haine, en grippe.
  50. Obtenir, recueillir.
    • Prendre un congé.
    • Prendre l’avis de quelqu’un, prendre conseil d’un avocat.
  51. Fixer, en parlant d’une date.
    • Tous récitèrent debout les grâces et Durtal prit rendez-vous avec l’abbé Plomb pour visiter la Cathédrale […] — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
  52. Déterminer par la mesure, les dimensions, la grandeur d’une chose.
    • Enfin, on a prétendu qu’en 1888, le patron d’un smack de Grimsby serait grimpé au sommet et aurait pris la hauteur totale du rocher avec une ligne de sonde. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Prendre la largeur d’une armoire. - Prendre la surface de la pièce.
    • (Par extension) Prendre la température, la tension artérielle d’un malade.
  53. Rédiger, relever, fixer sur le papier.
    • À leur arrivée, ces derniers examinèrent les lieux, prirent quelques photos et conclurent à un accident domestique. L'un des soldats du feu ayant repéré des traces d'explosifs protesta, mais les inspecteurs ne relevèrent pas sa déposition […]. — (Grégory Taïeb, Narcor, tome 3: Les dés sont jetés, Éditions Publibook, 2013, page 169)
    • Prendre des notes, prendre un croquis, prendre un plan, prendre une photographie.
    • (Par extension) […] je décidai de passer l’après midi avec eux, d’étudier leurs méthodes de plonge et de ’prendre’ plusieurs films. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
  54. (Par ellipse) Prendre du temps ; durer.
    • Le passage a commencé le 12, par celui des nouaïb, l’âsker a suivi le lendemain le makhzen et le guîch ont traversé le 14 et le 15.
      L’opération a donc pris quatre jours.
      — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 143)
    • […] j’avais près de cent brasses de chaîne et mon ancre à ramener à bord, une tâche énorme pour un homme seul qui me prit près de quatre heures et demie […] — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
  55. (Intransitif) S’enraciner, pousser, croître.
    • La vigne ne prend pas dans cette région.
    • Il y a des plantes qui prennent également en toute sorte de pays; il y en a d’autres qui ne prennent qu’en de certaines terres.
  56. (Intransitif) (Figuré) Réussir, trouver son lectorat, son auditoire, en parlant d’un ouvrage de l’esprit, d’une proposition, d’un compliment, etc.
    • Votre maudite flotte est mise en pièces… Et vous avez le toupet de continuer vos grimaces… À d’autres ! avec moi, ça ne prendra pas ! — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 351 de l’éd. de 1921)
    • Ce livre, cette pièce de théâtre n’a pas pris.
    • Cette plaisanterie n’a pas pris.
    • (Par extension) Ce jeune homme a bien pris dans le monde.
  57. (Intransitif) Adhérer, s’attacher, produire son effet.
    • Je m’apprête à allumer la lampe. Je frotte une allumette. Elle ne prend pas, le phosphore s’écaille, elle se casse. Je la jette, et, un peu las, j’attends… — (Henri Barbusse, L’Enfer, ch. II, Éditions Albin Michel, Paris, 1908 ; éd. G. Crès, Paris, 1925, p. 11)
    • Cette couleur naturelle ne prend pas sur les tissus synthétiques.
    • L’encre ne prend pas sur le papier huilé.
    • Le feu a pris à cette maison, à ce magasin.
  58. (Intransitif) Faire une impression trop forte à la gorge, au nez.
    • Cette odeur est trop forte, elle prend à la gorge.
  59. (Intransitif) Se geler, se coaguler, s’épaissir, se solidifier.
    • Il faut attendre que le béton ait complètement pris avant de passer à l’étape suivante.
    • Mettez de la présure dans ce lait, pour qu’il prenne.
    • Vos confitures ont mal pris. - Cette gelée ne prendra pas.
    • La rivière a pris cette nuit.
    • Le fleuve était entièrement pris.
    • L’eau des marais était prise ; par endroits seulement, de larges carrés d’eau douce, qui ne gelaient point, continuaient de se mouvoir doucement, et demeuraient blanchâtres. — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, page 233)
  60. (Intransitif) Contribuer à un bon ou à un mauvais résultat.
    • Bien lui a pris d’avoir été averti à temps.
    • Il lui prendra mal un jour d’avoir montré tant d’insouciance.
    • (Avec la particule en) Après ce qu’il avait fait, bien lui en prit d’avoir des protecteurs.
  61. Atteindre une année de plus en âge.
    • J’avais lu cette parole sur une petite image de Noël que Jérôme m’a envoyée lorsqu’il n’avait pas douze ans et que je venais d’en prendre quatorze. — (André Gide, La porte étroite, 1909, Le Livre de Poche, page 86)
  62. (Intransitif) Être atteint.
    • La fièvre, la goutte lui a pris.
    • (Impersonnel) Il lui prit une colique, un mal de dents, une sueur froide, une faiblesse, etc.
    • (Figuré) Il lui prit une fantaisie, un dégoût; il lui prend des accès d’humeur.
  63. (Pronominal) S’attacher, s’accrocher.
    • Rencontré Artaud, […] qui s’est pris le pied dans la roue de sa voiture, a cogné la tête dans le marchepied, et est retombé sur une botte de paille ; il aurait voulu le faire qu’il n’y serait jamais arrivé. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
  64. (Pronominal) Concevoir un sentiment pour quelqu’un.
    • Se prendre d’amitié, se prendre d’aversion, se prendre de passion, pour quelqu’un.
  65. (Pronominal) Provoquer, s’attaquer à quelqu’un.
    • Il ne faut pas se prendre à plus fort que soi.
  66. (Pronominal) Se contracter, en parlant de maladies.
    • La grippe se prend très facilement en cette saison.
  67. (Pronominal) Se figer, se solidifier.
    • L’huile se prend quand on la tient dans un endroit froid. - Le sirop se prendra bientôt.
    • J’étais à peine assis à la salle à manger que j’avais l’impression de m’enrhumer. Les muqueuses de mon nez « se prenaient », mes bronches se glaçaient, mon esprit s’élevait vers les méditations. — (Paul Guth, Le mariage du Naïf, 1957, réédition Le Livre de Poche, page 5)
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Prendre : définition du Littré (1872-1877)

PRENDRE (pren-dr'), je prends, tu prends, il prend, nous prenons, vous prenez, ils prennent : je prenais ; je pris ; nous prîmes, vous prîtes, ils prirent ; je prendrai ; je prendrais ; prends, qu'il prenne, prenons ; que je prenne, que nous prenions ; que je prisse, qu'il prît ; prenant, pris v. a.

Résumé

  • 1° Saisir, mettre en sa main.
  • 2° Saisir une chose non avec la main, mais avec quelque instrument ou de toute autre manière.
  • 3° Il se dit des animaux qui saisissent avec leur gueule, leurs pattes, etc.
  • 4° Mettre sur soi, en parlant de vêtements.
  • 5° Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution.
  • 6° Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu'un ce qu'il a.
  • 7° Se saisir, s'emparer d'une personne.
  • 8° Se dit de levées d'hommes qui se font.
  • 9° Prendre, se dit de Dieu qui fait disparaître un être humain par la mort.
  • 10° Arrêter pour emprisonner.
  • 11° En guerre, s'emparer, se rendre maître de.
  • 12° Attraper à la chasse, à la pêche, dans un piége.
  • 13° Surprendre.
  • 14° Y prendre.
  • 15° Manger, boire, avaler, user de.
  • 16° Être atteint par communication, en parlant de maladies contagieuses.
  • 17° Il se dit de certaines conditions corporelles.
  • 18° Contracter, adopter, en parlant de certaines qualités ou manières.
  • 19° Prendre quelque chose, un nom, un titre, se le donner, se l'appliquer.
  • 20° Exiger un certain prix pour une chose.
  • 21° Accepter, recevoir.
  • 22° Être partie prenante.
  • 23° Au jeu, prendre des cartes.
  • 24° Recevoir en partage.
  • 25° Tirer de, emprunter.
  • 26° Prendre, en termes de peinture.
  • 27° Engager quelqu'un sous certaines conditions.
  • 28° Aller joindre quelqu'un en quelque endroit, pour de là se rendre ailleurs avec lui.
  • 29° Recueillir quelqu'un, lui donner l'hospitalité.
  • 30° Prendre quelqu'un, le séparer du reste de la compagnie et s'adresser à lui.
  • 31° Retrancher une partie d'un tout, ôter, tirer.
  • 32° Se charger de.
  • 33° S'établir dans. Entrer en jouissance d'une chose, à certaines conditions.
  • 34° Choisir, préférer, se décider pour.
  • 35° Trier, faire un choix.
  • 36° S'engager dans une route, dans une voie de communication.
  • 37° Il se dit de la façon dont on taille une étoffe, dont on découpe des viandes.
  • 38° Comprendre, entendre, interpréter, considérer d'une certaine manière.
  • 39° Prendre quelqu'un, le considérer, en faire l'objet d'une étude.
  • 40° Soutenir, adopter.
  • 41° Il se dit des sentiments que l'on éprouve.
  • 42° Obtenir, se procurer.
  • 43° Avec un nom de temps, remettre à une autre époque, à un autre moment.
  • 44° Prendre les choses de haut, de loin.
  • 45° Il se dit de quelques opérations scientifiques.
  • 46° Prendre sa revanche, sa bisque.
  • 47° Prendre, en termes de chasse.
  • 48° Prendre, en termes de marine.
  • 49° Prendre à.
  • 50° Prendre dans.
  • 51° Prendre quelqu'un en.
  • 52° Prendre pour.
  • 53° Avec un nom de chose pour sujet, entourer, envelopper.

    Fig. Faire impression.

  • 54° Prendre se construit avec plusieurs substantifs sans article, et fait locution.
  • 55° V. n. S'enraciner.
  • 56° Réussir, avoir du succès.
  • 57° S'attacher à, avec un nom de personne pour sujet.
  • 58° Faire son effet, s'attacher à, avec un nom de chose pour sujet.
  • 59° Faire une impression trop forte.
  • 60° Il se dit de ce qui s'allume ou fait explosion.
  • 61° S'épaissir, se cailler, se glacer.
  • 62° Commencer en un point et s'étendre de là.
  • 63° Il se dit des maladies qui font invasion.
  • 64° Impersonnellement, avoir de bonnes ou mauvaises suites
  • 65° V. réfl. Se prendre, être saisi avec la main.
  • 66° S'attacher, s'accrocher.
  • 67° Être saisi dans un piége, dans un filet.
  • 68° Être captivé.
  • 69° S'unir ensemble.
  • 70° Se prendre à, attaquer.
  • 71° Se prendre à, employer de l'adresse, de l'habileté.
  • 72° Suivi de à et d'un infinitif, commencer, se mettre à.
  • 73° Être contracté, en parlant de maladies.
  • 74° S'allumer.
  • 75° Se figer.
  • 76° Se prendre pour, prendre sa propre personne pour quelque autre.
  • 77° Être compris, entendu, interprété.
  • 78° Être employé, en parlant de mots et de locutions.
  • 79° À tout prendre.
  • 80° Au fait et au prendre.
  • 1Saisir, mettre en sa main. Prends ta foudre, Louis, et va…, Malherbe, II, 12. Il vit son éléphant couché sur l'autre rive ; Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive, La Fontaine, Fabl. x, 14. Célimène : Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable ?… Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors ? - Alceste : Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre, Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre, Molière, Mis. II, 1. Je sais que, quand j'aurai dans l'esprit de prendre une chose plutôt qu'une autre, la situation de cette chose me fera diriger de son côté le mouvement de ma main, Bossuet, Lib. arb. 2. Elle vit avec étonnement que Dieu… alla prendre comme par la main le roi son fils pour le conduire à son trône, Bossuet, Reine d'Anglet. Il le prend par la main, le fait descendre avec lui, La Bruyère, XI. On a inventé aux tables une grande cuiller pour la commodité du service : il la prend, la plonge dans le plat, La Bruyère, ib. Télémaque, qui était abattu et inconsolable, oublie sa douleur ; il prend ses armes, don précieux de la sage Minerve, Fénelon, Tél. XVII. Cent écus par jour sont bons à prendre, monsieur mon frère, Dancourt, Déroute du pharaon, II, 3. Il arriva qu'à l'oraison funèbre du maréchal de Guébriant, prononcée à Notre-Dame, les présidents des enquêtes prirent par le bras le vieux doyen Savare et l'arrachèrent de sa place, Voltaire, Hist. parl. LIV.

    Prendre les armes, s'armer, soit pour combattre, soit simplement pour rendre des honneurs. Et, sans jeter d'alarmes, à tous mes Tyriens faites prendre les armes, Racine, Athal. II, 6.

    Prendre quelqu'un aux cheveux, le saisir par les cheveux.

    Fig. Prendre l'occasion aux cheveux, saisir l'occasion, en profiter.

    On ne sait par où le prendre pour ne pas le faire crier, se dit d'un malade dont le corps est si douloureux qu'on ne peut le remuer sans lui causer de vives souffrances.

    Fig. On ne sait par où le prendre, se dit d'un homme très susceptible ou insensible à tout.

    Au jeu de paume, prendre la balle de volée, à la volée, au bond, la jouer de volée, la jouer au bond.

    Fig. Prendre la balle au bond, saisir vivement et à propos une occasion.

    Fig. Prendre le tison par où il brûle, prendre une affaire par le côté le plus difficile. Fig. Prendre la mouche, prendre la chèvre, se fâcher tout à coup et pour un sujet qui n'en vaut pas la peine. On vient civilement pour s'éclaircir d'un doute, Et monsieur prend la chèvre, il met tout en déroute…, Regnard, le Joueur, III, 13.

    Prendre la clef, mettre en sa poche la clef qui ouvre un appartement. Il a pris la clef, je ne puis rentrer.

    Fig. Prendre la clef des champs, s'évader, s'échapper.

    Prendre une chose à pleine main, en prendre à poignée autant que la main peut en tenir.

    Fig. Prendre une affaire en main, la diriger. Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main, Molière, l'Avare, V, 1. Si vous ne prenez pas cette affaire [faire jouer une tragédie de Voltaire] avec vivacité, avec emportement, avec rage, je suis perdu, Voltaire, Lett. d'Argental, 25 oct. 1777.

    Prendre en main les intérêts, le droit de quelqu'un, soutenir ses intérêts, ses droits. Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable à les protéger tous se croit intéressé, Et d'abord prend en main le droit de l'offensé, Boileau, Art p. I.

    Dans le style soutenu, prendre en main le timon des affaires, les rênes de l'État, etc. gouverner les affaires publiques.

  • 2Saisir une chose non avec la main, mais avec quelque instrument ou de toute autre manière. Prendre du feu sur une pelle.

    Prendre la lune avec les dents, voy. LUNE.

    Il est à prendre, ou il n'est pas à prendre avec des pincettes, se dit de quelqu'un, de quelque chose extrêmement sale.

  • 3Il se dit des animaux qui saisissent avec leur gueule, leurs pattes, leurs griffes, etc. Le perroquet prend avec sa patte ce qu'on lui donne.

    Prendre le mors aux dents, voy. MORS.

  • 4En parlant de vêtements, mettre sur soi. Vous avez pris aujourd'hui un habit bien léger.

    Prendre le deuil, s'habiller de noir à l'occasion de la mort d'une personne. J'ai su sa mort à Rome, ou j'en ai pris le deuil, Corneille, Suite du Ment. I, 1. Elle dit que tout est son parent en France ; dès qu'il meurt quelque grand, elle prend le deuil, Sévigné, 216. Il était mon cousin ; la cour prendra le deuil, Delavigne, Louis XI, III, 13.

    Prendre l'habit de religieux, ou, simplement, prendre l'habit, entrer en religion.

    Prendre le voile, se faire religieuse.

    Familièrement. Prendre le froc, se faire moine.

    Prendre le petit collet, entrer dans l'ordre ecclésiastique.

    Prendre la cuirasse, embrasser la profession des armes.

    Prendre le bonnet, se faire recevoir docteur.

    Prendre la haire, embrasser une vie pénitente. Il prit, laissa, reprit la cuirasse et la haire, Voltaire, Henr. IV.

    Prendre la livrée, se faire laquais.

    Prendre la perruque, ou prendre perruque, commencer à porter perruque.

  • 5Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution. Prendre un parapluie, une lanterne. Prendre sa canne. son mouchoir, sa tabatière.
  • 6Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu'un ce qu'il a. On lui a pris une vache dans son pré. Prenez tout, s'il se peut ; ne soyez jamais prise, Régnier, Sat. XII. On a traité mon maître avec moins de rigueur, On n'a pris que sa bourse, et tu prends jusqu'au cœur, Corneille, Suite du Ment. I, 2. Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné, Molière, Éc. des femm. II, 6. Harpagon : Allons, rends-le-moi sans te fouiller. - La Flèche : Quoi ? - Harpagon : Ce que tu m'as pris. - La Flèche : Je ne vous ai rien pris du tout, Molière, l'Avare, I, 3. Je veux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris. - On vous a pris de l'argent ? Molière, ib. V, 2.

    Absolument. Figaro : J'étais né pour être courtisan. - Suzanne : On dit que c'est un métier si difficile. - Figaro : Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots, Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 3.

    Absolument et en un sens particulier. Faire des profits illicites. Il [le chancelier Séguier] était aussi riche en entrant à la cour, qu'il l'était en mourant ; il est vrai qu'il a établi sa famille ; mais, si l'on prenait chez lui, ce n'était pas lui, Sévigné, 3 févr. 1672.

    Prendre un baiser, se dit d'un baiser ravi à une femme sans qu'elle le veuille. Cet objet… Me fit prendre un baiser sur votre belle bouche ; Mais las ! ce fut plutôt le baiser qui me prit, Voiture, Poés. Œuv. t. II, p. 90.

    Prendre la maîtresse de quelqu'un, le supplanter près de sa maîtresse. Ah ! s'il vous a pris votre maîtresse, repartit Freind, c'est une autre chose ; il ne faut jamais prendre le bien d'autrui, Voltaire, Jenni, 2.

    Poétiquement, prendre les jours, la vie, disposer de la vie de quelqu'un, le faire mourir. Avec ma liberté, que vous m'avez ravie, Si vous le souhaitez, prenez encor ma vie, Racine, Brit. IV, 2. Il me devait tes jours ; je rougis de les prendre En frappant un captif qui ne peut se défendre, Delavigne, Fille du Cid, III, 6.

    Fig. Il en prendrait sur l'autel, sur le maître autel, c'est-à-dire il prend hardiment tout ce qu'il peut et partout où il peut.

    Prendre se dit aussi des animaux. Le chat a pris le fromage. Le renard m'a pris trois poules.

  • 7Se saisir, s'emparer d'une personne. Il voulait résister, on l'a pris de force. Nous n'avons pu prendre le jeune homme, parce qu'il était plus fort que nous, et qu'ayant ouvert la porte il s'est sauvé, Sacy, Bible, Daniel, XIII, 39.

    Prendre au corps, arrêter prisonnier.

    Prendre de force ou par force une femme, attenter à son honneur.

    Il se dit aussi des choses que l'on saisit, dont on s'empare. Il a pris le sabre de son ennemi. De mon trône en son âme elle prend la moitié, Corneille, Pomp. I, 2.

    Prendre son bien où on le trouve, mettre ia main sur ce qui est à soi, en quelque endroit qu'on le rencontre. La même réponse que faisait Molière à ceux qui lui reprochaient d'avoir pris une scène entière à Cyrano de Bergerac : cette scène m'appartient, puisqu'elle est bonne, et je prends mon bien où je le trouve, D'Alembert, Éloges, Despréaux.

  • 8Prendre se dit de levées d'hommes qui se font. L'empereur Napoléon prenait tous les jeunes gens de chaque conscription. Il prendra vos enfants pour conduire ses chariots, il s'en fera des gens de cheval, et il les fera courir devant son char, Sacy, Bible, Rois, I, VIII, 11.
  • 9Prendre se dit de Dieu qui fait disparaître un être humain par la mort. Quoi ! c'est mon fils ! - Le vôtre : Dieu vous en a pris un, il vous en rend un autre, Delavigne, Fille du Cid, I, 9.
  • 10Arrêter pour emprisonner. Aussitôt le roi ordonna en secret à Hégésippe de prendre Protésilas et Timocrate, de les conduire en sûreté dans l'île de Samos, et de les y laisser, Fénelon, Tél. XI. J'ouvre la bouche et dis : je voudrais, s'il vous plaisait, ne pas payer Chambord ; sur ce mot on me prend, on me met en prison, Courier, Rép. aux anonym.

    Il a été pris comme dans un blé, il a été attrapé de manière à ne pouvoir se sauver.

  • 11En guerre, s'emparer, se rendre maître de. Vauban dit que le canon prendra cette place, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 8. On avait conté auparavant qu'un courtisan avait dit au roi : " Sire, vous prenez des loups comme Monseigneur, et il prend des villes comme vous, ", Sévigné, 474. Philisbourg est pris, ma chère enfant, votre fils se por e bien, Sévigné, 475. Je m'en vais après dîner à Brévanes… Mme de Coulanges m'y souhaite, il y a six semaines : mais j'avais Philisbourg à prendre, Sévigné, 479. Ce duc [le duc de Lunebourg] avait chargé le maréchal de Créquy en flanc, pris son canon et son bagage, Sévigné, 205. La prise du vaisseau de guerre ostendois a satisfait Sa Majesté, et vous devez observer que ce n'est pas faire beaucoup que de prendre un vaisseau et laisser aller ensuite le capitaine et l'équipage…, Seignelay à Panetié, 7 févr. 1678, dans JAL. Cet étranger [un Allemand au service de Russie], exalté du désir de reprendre Moscou et de se naturaliser en Russie par cet exploit signalé, s'emporta loin des siens… il se précipite vers le Kremlin, rencontre des avant-postes, les méprise, tombe dans une embuscade, et, se voyant pris dans une ville qu'il voulait prendre…, Ségur, Hist. de Nap. IX, 6.

    Faire prisonnier. Josèphe leur concitoyen [des Juifs], un de leurs capitaines, un de leurs prêtres, qui avait été pris dans cette guerre en défendant son pays, Bossuet, Hist. II, 8. S'ils [les Grecs] l'eussent prise [Artémise], elle n'aurait mérité que d'être comblée de louanges et d'honneurs, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 239, dans POUGENS.

  • 12Attraper à la chasse, à la pêche, dans un piége, etc. Tel est pris qui croyait prendre, La Fontaine, Fabl. VIII, 9. Un manant au miroir prenait des oisillons, La Fontaine, ib. VI, 15. Là, cormoran, le bon apôtre… Vous les prenait sans peine [les poissons], un jour l'un, un jour l'autre, La Fontaine, ib. X, 4. Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, La Fontaine, ib. I, 18. Les poissons se moquent de moi comme les hommes ; je ne prends rien, je meurs de faim, Voltaire, Zadig, 17. On prend la pie dans les mêmes piéges et de la même manière que la corneilie, Buffon, Ois. t. V, p. 121.

    Fig. Se laisser prendre au piége, à l'hameçon, se laisser tromper. Je me suis laissé prendre à l'appât des grandeurs, P. Lebrun, Marie Stuart, II, 2.

    Dans un sens analogue. Ne vous laissez pas prendre à ses paroles, à sa feinte douceur. Qui, chaleur, force, enthousiasme, voilà ses expressions, et vous vous laissez prendre à ce galimatias, Genlis, Théât. d'éduc. les Faux amis, I, 4.

    Fig. Cette femme l'a pris dans ses filets, cette femme l'a séduit.

    Fig. Prendre quelqu'un au trébuchet, obtenir par artifice quelque chose de quelqu'un.

    Fig. Prendre un rat, voy. RAT.

    Prendre se dit aussi des animaux qui chassent ou pêchent. Le chat a pris une souris. La mouette a pris un poisson.

    Fig. S'emparer de l'esprit, du cœur. Alléguant maint exemple en ce siècle où nous sommes, Qu'il n'est rien si facile à prendre que les hommes, Régnier, Sat. III. Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme ! Je l'attaquai par là, par là je pris son âme, Corneille, Cinna, V, 2. Pour une qu'amour prend par l'âme, Il en prend mille par les yeux, La Fontaine, Nicaise. Tout ce qu'elle m'a dit m'a semblé si spirituel, que, si elle avait manqué de me prendre par les yeux, elle m'aurait pris par les oreilles, Boursault, Lett. nouv. t. III, p. 39, dans POUGENS. Comme la raison n'est pas toujours écoutée, lorsque nos inclinations y résistent, parce que notre inclination est elle-même souvent la plus pressante raison qui nous émeuve, Dieu saura nous prendre encore de ce côté-là…, Bossuet, Lib. arb. VII. Il me prenait par mon propre intérêt, Fénelon, Tél. XII. Les jeunes gens veulent être pris par les sens, Diderot, Pens. philos. n° 26. Cette manière de prendre toujours les enfants, comme on dit, par la sensibilité, ne vaut rien lorsqu'on en abuse, Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 208, dans POUGENS.

    Prendre quelqu'un par son faible, flatter, toucher son inclination favorite.

    Savoir prendre quelqu'un, connaître les mobiles par lesquels on peut agir sur lui. Et quand on sait le prendre, on en fait ce qu'on veut, Rousseau J.-B. Flatt. I, 1.

    Prendre quelqu'un par ses propres paroles, le convaincre par ce qu'il a dit lui-même, se faire contre lui un droit de ses propres paroles. M. Basnage fait semblant de me vouloir prendre par mes propres paroles, Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 42.

  • 13Surprendre. Je l'ai pris à voler des fruits. On m'a pris au dépourvu. Je te prends sur le livre. - Hé bien, qu'en veux-tu dire ? Tant d'excellents esprits qui se mêlent d'écrire, Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir, Corneille, Gal. du Pal. I, 7.

    En un sens analogue. Dieu connaît de toute éternité tout ce que la créature fera librement, en quelque temps qu'il la puisse prendre, et en quelques circonstances qu'il la puisse mettre, Bossuet, Lib. arb. VI.

    Prendre quelqu'un sur le fait, le prendre au moment même où il fait quelque chose qu'il voulait cacher.

    Fig. En vain la nature s'était cachée dans des lieux si profonds et si inaccessibles pour travailler à la végétation des pierres, elle fut, pour ainsi dire, prise sur le fait par des curieux si hardis, Fontenelle, Tournefort. Ah, disait-il [le nain de Saturne], j'ai pris la nature sur le fait ; mais il se trompait sur les apparences…, Voltaire, Microm. 8.

    On dit dans le même sens : prendre quelqu'un en flagrant délit (voy. FLAGRANT).

    Prendre quelqu'un la main dans la poche, la main dans le sac, le surprendre au moment où il commet un vol ou quelque détournement.

    Prendre en faute, surprendre pendant qu'une faute se commet. Ma situation était pire encore par l'animosité de mes ennemis, qui ne cherchaient qu'à me prendre en faute, Rousseau, Conf. XI.

    Prendre quelqu'un sans vert, voy. VERT.

    Prendre quelqu'un au pied levé, voy. LEVÉ, n° 1.

    Prendre quelqu'un au saut du lit, l'aller trouver dès le matin afin de ne pas le manquer.

    Prendre quelqu'un au mot, se hâter d'accepter une offre.

    Prendre quelqu'un à son avantage, le saisir, le surprendre quand on a l'avantage sur lui. J'ai fait une réponse à M. de Carcassonne… je l'ai pris à mon avantage, et, comme je le tiens à cent cinquante lieues de moi, je lui dis tout ce que je pense, Sévigné, 510.

    Prendre le défaut d'un joueur, à la paume, pousser la balle de manière que celui qui est obligé de la renvoyer ne puisse aisément aller au-devant.

    Terme d'escrime. Prendre sur le temps, porter une botte à son adversaire dans l'instant où il s'occupe de quelque mouvement. Y prendre, prendre à cela, c'est-à-dire prendre quelqu'un dans une occupation, dans une circonstance, dans un état d'esprit indiqués par le contexte du discours Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus, La Fontaine, Fabl. 1, 2. Ah ! je vous y prends enfin, perfide ! me voilà sûre de votre inconstance…, Voltaire, Écoss. IV, 4. Vous lisez donc des chansonnettes ? Ah ! je vous y prends, monseigneur, Béranger, Cardin.

  • 15Manger, boire, avaler Je n'ai encore rien pris de la journée. Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre quantité de pain trempé dans du vin, Molière, Méd. malgré lui, II, 6. J'ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit médecines, Molière, Mal. imag. I, 1. J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat, j'en pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper ; et j'en ai pris hier pour me nourrir, et pour jeûner jusqu'au soir, Sévigné, 94. Il était incommodé d'un dévoiement au commencement de son service ; il prit du lait sans préparation pour le faire cesser, Sévigné, 128. J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes, Racine, Phèdre, V, 7.

    Voudriez-vous prendre quelque chose ? se dit à une personne que l'on invite à manger un morceau. Peut-être le matin prenez-vous quelque chose : Un bouillon ? du café ? que vous plaît-il des deux ? Boursault, Fables d'Ésope, I, 2.

    On dit : prendre du café, du thé, du chocolat, plutôt que boire.

    Trop prendre de son vin, ou, absolument, en trop prendre, s'enivrer. Il faut… Ou que mon maître ait pris le soir pour le matin, Ou que trop tard au lit le blond Phébus sommeille, Pour avoir trop pris de son vin, Molière, Amph. I, 2. C'est lui qui en a trop pris ; pour moi, j'en ai pris aussi ; ils sont si longtemps à table que par contenance on boit, et puis on boit encore, et on se trouve avec une gaieté extraordinaire, Sévigné, 29 août 1677.

    Fig. Son cœur n'est pas usé pour moi, il n'est seulement qu'un peu rassasié du plaisir de m'aimer, pour en avoir trop pris d'abord, Marivaux, Marianne, part. 8.

    Faire usage d'une chose pour sa santé, pour son agrément, etc. Prendre un bain. Comment ! que voulez-vous faire ? - Prendre ce petit lavement-là ; ce sera bientôt fait, Molière, Mal. imag. III, 4. De quoi vous mêlez-vous… d'empêcher monsieur de prendre mon clystère ? Molière, ib. On a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit, Molière, ib. III, 6. Je prendrai la douche dans quelques jours, Sévigné, 277. J'ai donc pris des eaux ce matin, ma très chère ; ha ! qu'elles sont méchantes ! Sévigné, 277.

    Prendre du tabac, mettre de la poudre de tabac dans son nez. Il n'est rien d'égal au tabac… ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde ? Molière, Festin, I, 1.

    Prendre la poudre d'escampette, voy. ESCAMPETTE.

    Prendre l'air, sortir d'un lieu où l'on était renfermé pour aller dans un endroit découvert, aéré. Allons prendre un peu d'air dans la cour des prisons, Corneille, Suite du Ment. II, 7. Je me promène, il est vrai ; mais il faut qu'on défende le beau temps, si l'on veut que je ne prenne pas l'air, Sévigné, 369.

    Prendre l'air, sortir de la ville pour aller passer quelque temps à la campagne.

    Familièrement. Prendre l'air, s'évader, se retirer d'une situation où l'on court quelque péril. On voulut l'arrêter ; mais il avait pris l'air.

    Prendre le frais, respirer la fraîcheur. Quel grand mal est-ce qu'il y a à prendre le frais la nuit ? Molière, G. Dand. III, 8. Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d'orangers, Voltaire, Candide, 30.

    En un sens analogue. Quand j'ai pris toute la beauté du soleil en marchant toujours, je rentre dans ma chambre, Sévigné, 26 nov. 1684.

    Prendre du repos, prendre du relâche, interrompre le travail, l'action, par du repos, par du relâche. Prends du repos, ma fille, et calme tes douleurs, Corneille, Cid, II, 9.

    Dans les maisons religieuses, prendre la discipline, se donner la discipline. Ces religieuses prenaient la discipline deux fois la semaine.

  • 16Être atteint par communication, en parlant de maladies contagieuses. Il a pris le typhus dans l'hôpital. Je suis effrayée de ces fièvres que je crains que vous ne preniez à Versailles ; on mande ici que tout en est plein, Sévigné, 22 sept. 1687.

    Fig. Prendre un mal, une passion, contracter un mal moral, une passion, etc. Vous avez pris ce mal-là de moi, Sévigné, 18 oct. 1688. Son maître… Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulais amener sa tendresse, Racine, Brit. IV, 2. Elle ne pensait jamais à donner de l'amour, mais elle était sujette à en prendre, Marivaux, Pays parv. 4e part. Le roi prit de l'amour pour Mme de Montespan dans le temps qu'il vivait avec Mlle de la Vallière en maîtresse déclarée, Mme de Caylus, Souvenirs.

  • 17Il se dit de certaines conditions corporelles. Prendre de l'embonpoint, du corps, devenir plus gras, plus gros. Le tarier prend beaucoup de graisse dès la fin de l'été, et alors il ne le cède point à l'ortolan pour la délicatesse, Buffon, Ois. t. IX, p 327. Un coq est capable d'engendrer à l'âge de trois mois, et il n'a pas alors pris plus du tiers de son accroissement, Buffon, Hist. anim. t. III, p. 457.

    Prendre du ventre, devenir ventru.

    Prendre des forces, se fortifier.

    Fig. J'ai pris dans l'horreur même où je suis parvenue Une force nouvelle à mon cœur inconnue, Voltaire, Orphel. V, 1.

    Prendre de l'âge, avancer en âge.

    Ce cheval prend quatre ans, cinq ans, il entre dans sa quatrième, dans sa cinquième année.

    Prendre les dents, se dit du cheval, lorsque les secondes dents lui poussent.

    Prendre une posture, une attitude, placer son corps d'une certaine manière.

    Il se dit de certains mouvements du corps. Prendre son vol, commencer à s'envoler. Déjà prenait l'essor, pour se sauver dans les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d'abord effrayé nos provinces, Fléchier, Tur.

    Prendre son élan. se donner une certaine impulsion en courant afin de s'élancer plus loin.

    Prendre la fuite, s'enfuir.

    Anciennement, prendre son escousse, s'élancer.

    Prendre le trot, le galop, se dit d'un cheval qui se met à trotter, à galoper.

    Prendre les aides des jambes, se dit d'un cheval qui commence à répondre à ces aides.

    Prendre chair, se dit d'un cheval qui commence à se rétablir après une longue maladie.

    Prendre les coins, entrer dans les angles du manége.

  • 18Contracter, adopter, en parlant de certaines qualités ou manières. Il prend de mauvaises habitudes. Il prit un ton sévère. Conjuguez avec moi, pour bien prendre l'accent, Regnard, le Distr. III, 3. Il [Alexandre] prit les mœurs des Perses, pour ne pas désoler les Perses en leur faisant prendre les mœurs des Grecs, Montesquieu, Esp. X, 14. Jeune, égaré, j'avais tous les caprices ; De mes amis j'avais pris tous les vices, Voltaire, Enf. prod. IV, 3. Elle prend des caprices, de l'humeur ; elle se forme enfin, Genlis, Théât. d'éduc. le Méchant par air, I, 6.

    Cet homme prend des airs, prend certains airs, il affecte un ton, des manières qui ne lui conviennent pas.

    Prendre le haut ton, parler avec fierté.

    En un même sens, le prendre sur le haut ton, ou, elliptiquement, le prendre haut. Tu le prends d'un haut ton, et je crois qu'au besoin Ce discours emphatique irait encor bien loin, Corneille, Mél. I, 1. Le sage, disaient les stoïciens, est invulnérable et inaccessible à toute sorte de maux… il est lui-même sa félicité ; c'est le prendre d'un ton bien haut pour des hommes faibles et mortels, Bossuet, Sermons, 3e dim. après Pâq. Préambule. Au commencement de 1520, il [Luther] le prit d'un ton un peu plus haut, Bossuet, Var. I, 23. Enfin Rolando, fatigué d'une scène où il mettait inutilement beaucoup du sien, le prit sur un ton si haut, qu'il imposa silence à la compagnie, Lesage, Gil Bl. I, 5.

    On dit de même : Vous le prenez bien haut. Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut. - Ma foi, mon grand monsieur, je le prends comme il faut, Molière, Mis. I, 2.

    Le prendre sur un certain ton, affecter telle ou telle manière. Luther le prenait d'un ton de prophète contre ceux qui s'opposaient à sa doctrine, Bossuet, Var. I, 31. … Je ne veux pas le prendre Sur le ton fier et sérieux, Th. Corneille, Circé, I, 2. De quel ton le prenez-vous là, s'il vous plaît ? Dancourt, Chev. à la mode, II, 2. Tout innocent que je suis, vous le prenez sur un ton qui ne laisse pas d'embarrasser mon innocence, Lesage, Crispin rival, 14. Oui, sur ce ton Puisque vous le prenez, je la garde, Collin D'Harleville, Vieux célib. IV, 5.

    Le prendre par là, le prendre sur ce ton. Qui ! tu le prends par là ? Molière, le Dép. IV, 4. Elle [la princesse de Tarente] me demande toujours de vos nouvelles : si elle le prend par là, elle me fera fort bien sa cour, Sévigné, 29 sept. 1675.

    Le prendre ainsi, même sens. Puisque vous le prenez ainsi, je ne puis vous le refuser, Pascal, Prov. VII.

    Le prendre d'un air, d'une façon, employer un air, une façon. Elle eut beau le prendre d'un air riant avec lui, et lui dire même : Je vous attendais, il n'en reprit pas plus de sérénité, Marivaux, Pays. parv. 5e part.

  • 19Prendre quelque chose, un nom, un titre, se le donner, se l'appliquer. Ces titres glorieux plaisaient à mes amours ; Je les pris sans horreur pour conserver tes jours, Corneille, Médée, III, 3. Et l'ingrate en fuyant me laisse pour salaire Tous les noms odieux que j'ai pris pour lui plaire, Racine, Andr. V, 4.

    Prendre un titre, une qualité, se donner un titre, une qualité, l'employer en parlant de soi.

    Prendre la liberté de faire une chose, prendre sur soi de la faire.

    Par politesse. J'ai pris la liberté de vous écrire.

    Prendre des libertés, agir trop librement, peu décemment avec quelqu'un.

    Il se dit particulièrement d'actions, de gestes trop libres auprès des femmes. On dit de même : prendre des licences, des privautés.

  • 20Exiger un certain prix pour une chose. Ce marchand prend trente francs de ce drap. À l'octroi, on prend tant par kilogramme d'huile. Les fiacres prennent tant par heure. Allez, faites-moi vendre [procurez-moi du débit], Et pour l'amour de vous je n'en voudrai rien prendre [d'un objet qu'on vend], Corneille, Galer. du Pal. IV, 14. On dit qu'il prenait une fois plus de ceux qui venaient à lui pour apprendre à jouer de la flûte après avoir eu un autre maître, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re part. p. 233, dans POUGENS.

    Il se dit quelquefois pour acheter. Je prendrai cela pour six francs, si vous voulez me le donner. Si M. le duc de Praslin veut des montres, nous sommes à ses ordres ; M. le duc de Choiseul a la bonté de nous en prendre, Voltaire, Lett. d'Argental, 4 juin 1770.

    Absolument. Il faut prendre ou laisser, et l'on ne choisit pas, Regnard, Démocrite, I, 1.

    C'est à prendre ou à laisser, vous avez le choix, mais il faut vous décider pour le oui ou le non.

    Substantivement. Avoir le prendre ou le laisser, avoir le choix. Trouvant sur les arbres un refuge, il a partout le prendre et le laisser, Rousseau, Orig. I.

  • 21Accepter, recevoir. Prenez ce petit présent. J'ai pris ce qu'on m'a donné. Oui, fort bien, hors l'argent qu'il ne fallait pas prendre, Molière, Éc. des femm. IV, 4. Il y a des gens bavards dont je ne prends jamais les nouvelles, Sévigné, 21 août 1675.

    Fig. Dans ce qu'il dit, il faut en prendre et en laisser, ce qu'il dit ne mérite pas grande confiance.

    Absolument. Prendre à pleines mains, à toutes mains, de toutes mains, à deux mains, se dit des gens avides qui ne laissent échapper aucune occasion de s'enrichir. L'autre prend à deux mains et demande toujours, Boisrobert, Belle plaideuse, I, 4.

    Par analogie. Son hommage auprès d'elle a-t-il eu plein effet ? Comment l'a-t-elle pris ? et comment l'a-t-il fait ? Corneille, Othon, II, 1.

    Prendre l'ordre de quelqu'un, recevoir l'ordre de celui qui doit le donner. Voudront-ils recevoir un ordre souverain De qui l'a jusqu'ici toujours pris de leur main ? Corneille, Pulch. II, 2.

    Par politesse, prendre les ordres de quelqu'un, lui demander ce qu'il a à commander.

    Prendre congé de quelqu'un, lui faire, avant de partir, les adieux qu'exige la politesse. L'évêque de***… dont, avant de prendre congé de lui, il a ramassé la pantoufle, comme l'un de ses gants, La Bruyère, XI.

    Prendre des leçons, recevoir des leçons.

    Prendre les choses comme elles viennent, les recevoir avec indifférence sans se mettre en peine des suites qu'elle peuvent avoir.

    Prendre les hommes comme ils sont, s'en accommoder quel que soit leur caractère. Je prends tout doucement les hommes comme ils sont, Molière, Mis. I, 1. Il faut prendre les gens comme ils sont, à ce qu'on dit, Voltaire, Lett. d'Argental, 4 janv. 1773. Homère n'inventa rien sur les dieux ; il les prit comme ils étaient, Voltaire, Philos. Déf. Bolingbr. 12.

    Prendre le temps comme il vient, s'accommoder à tous les événements. Si vous aviez appris à prendre le temps comme il vient…, Sévigné, 399.

    Prendre légèrement quelque chose, le supporter, en user avec une sorte d'allégresse. Jeune encore, Honfroy prenait légèrement la vie, Chateaubriand, Natch. V.

    Familièrement. Prenez que, supposez que. Prenons donc pour très véritable que…, Pascal, Équil. des liqueurs, II. Çà, je le veux, prenons que la chose est douteuse, Baron, Andrienne, III, 4. Tenez, parlons en conscience ; prenez que je sois vous et que vous soyez moi, Marivaux, Pays. parv. part. 1. Prenez qu'on m'a surpris et que je n'ai rien dit, Gresset, le Méchant, III, 10. Prends pour sûr que je leur tiendrai tête, Delavigne, Fille du Cid, I, 1.

  • 22Être partie prenante. Le rapport de l'argent donné se fait en moins prenant dans le numéraire de la succession, Code Nap. art 869.
  • 23Au jeu de l'écarté, prendre des cartes, changer une ou plusieurs des cartes de son jeu pour autant de cartes du talon.

    Jouer sans prendre, à l'hombre, nommer l'atout et jouer sans écarter.

    S. m. Se dit, à l'hombre, quand on fait jouer sans écarter. Demander le sans prendre.

    Au jeu de quadrille, jouer sans prendre, se dit de celui qui entreprend de jouer sans appeler une autre carte.

  • 24Recevoir en partage. Je trouve plaisant que cette vertu ne soit donnée qu'aux mâles de notre maison, et que nous autres femmes nous ayons pris toute la timidité, Sévigné, Lett. à Bussy, 15 oct. 1674.
  • 25Tirer de, emprunter. Il a pris cela dans Cicéron. Il a pris l'idée de cette tragédie dans un vieux roman. Le Pompée, où j'ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de lui, quand il a fallu me passer de son secours, Corneille, Médée, Examen. Molière ne prit-il pas deux scènes du Pédant joué de Cyrano de Bergerac, son compatriote et son contemporain ? Voltaire, l'Héraclius espagnol, Dissertation.

    Familièrement. Où avez-vous pris cela ? c'est-à-dire qui vous a dit cette nouvelle ? qui vous fait avoir cette pensée ? Peste ! où prend mon esprit toutes ces gentillesses ? Molière, Amph. I, 1. On demanda aigrement à la Chaise où il avait pris cela : il fit voir un manuscrit, Sévigné, 560. Où est-ce qu'il prend tout ce qu'il me dit ? Marivaux, Double inconst. I, 12.

    On dit de même : où avez-vous pris que je voulusse vendre ma maison ? Où avez-vous pris qu'un enfant qui n'a point de dents et qui ne se soutient pas à dix-huit mois, ait échappé à tous les périls ? Sévigné, 14 juill. 1677.

    On le dit avec l'indicatif, quand on a dans l'esprit quelque assertion positive. Si on lui demande [à l'athée] d'où il a pris que cette exclusion de tous les autres êtres appartient à la nature de l'infini…, Descartes, Rép. aux secondes obj. 25. Où avez-vous pris, mon cher duc, que je suis affligée des discours des courtisans, vous qui savez que nous vivons d'injures ? Maintenon, Lett. au D. de Noailles, t. V, p. 98, dans POUGENS.

  • 26 Terme de peinture. Prendre le trait, calquer un tableau.

    Prendre au voile, calquer au moyen d'un voile de soie noire.

  • 27Engager quelqu'un sous certaines conditions, ou s'engager avec lui sous certaines conditions. Prendre un domestique, une cuisinière. Prendre un maître de danse. Prendre un associé. J'ai encore ouï dire, madame, qu'il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie, Molière, Bourg. gent. III, 3. Elle prendra une douzaine d'ouvrières avec elle, s'il le faut, et nous vous aurons l'obligation d'une nouvelle manufacture, Voltaire, Lett. à Mme de St-Julien, 31 juill. 1772.

    Prendre femme, se marier. Quant à vous, suivez Mars, ou l'amour, ou le prince ; …Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement, Les gens en parleront, n'en doutez nullement, La Fontaine, Fabl. III, 1. Cléonte et Lycidas ont pris femme tous deux, Molière, Femm. sav. II, 3.

    Prendre une femme, choisir une femme et l'épouser. Alexandre prit des femmes de la nation qu'il avait vaincue ; il voulut que ceux de sa cour en prissent aussi, Montesquieu, Esp. X, 14.

    Prendre se dit aussi d'une femme qui prend un homme pour amant, ou pour mari, ou d'un homme qui prend une femme pour maîtresse. Il n'avait pris la Castelmaine que quand son maître n'en voulait plus, Hamilton, Gramm. 11. Voilà nos honnêtes femmes, poursuivit-il : quand elles nous prennent, c'est excès d'amour ; quand elles nous quittent, c'est effort de vertu, Marmontel, Contes mor. Alcib. À propos, savez-vous que la belle Mme de N*** a pris un amant ? Genlis, Ad. et Théod t. III, p. 15, dans POUGENS.

  • 28Aller joindre quelqu'un en quelque endroit, pour de là se rendre ailleurs avec lui. Elle me vint prendre à mon hôtellerie, Sévigné, 290. Songez-y ; je vous laisse, et je viendrai vous prendre Pour vous mener au temple où ce fils doit m'attendre, Racine, Andr. III, 7. Comment donc ! est-ce ainsi que l'on se fait attendre ? Moi-même il faut chez vous que je vienne vous prendre, Boissy, Deh. tromp. III, 5.

    Je sais où vous prendre, c'est-à-dire je sais où vous êtes, où je pourrai m'adresser si j'ai quelque affaire avec vous. Je sais où vous êtes, et cette connaissance démêle un peu mon imagination, qui sait où vous prendre à point nommé, Sévigné, 508. Je ne sais plus où le prendre [M. Trouvé] ; il a quitté Saint-Jacques…, Sévigné, 11 mai 1683. Je ne sais où vous prendre, monsieur ; vous ne m'avez point informé de votre demeure à Paris, Voltaire, Lett. d'Argence, 26 févr. 1762.

    Prendre quelqu'un, l'emmener avec soi. Ramène-moi, barbare, aux lieux où tu m'as prise, Th. Corneille, Ariane, III, 4. Ha que vous avez bien fait, ma fille, de la prendre [Pauline qui avait été mise dans un couvent pendant un voyage à Paris] ! gardez-la, ne vous privez pas de ce plaisir, Sévigné, 379. Aux portes du palais prends le Juif Mardochée, Racine, Esth. II, 5.

    Il se dit d'une troupe que l'on emmène avec soi. Il prit son régiment des gardes, et courut à l'aile gauche, Perrot D'Ablancourt, Arrien, dans RICHELET.

  • 29Recueillir quelqu'un, lui donner l'hospitalité. Il [M. Trouvé] a quitté Saint-Jacques par discrétion, ne voulant pas abuser de la bonté extrême du plus pauvre curé de Paris ; un autre [curé] l'a pris, Sévigné, 11 mai 1683. Savez-vous bien que j'ai chez moi un jésuite pour aumônier ?… il est vrai que je ne l'ai pris qu'après m'être bien assuré de sa foi, Voltaire, Lett. d'Alembert, 28 sept. 1763.

    Prendre quelqu'un, signifie aussi recevoir sa visite. Je ferai ce que je pourrai, je ne promets pas, vous me prendrez si je viens, Diderot, Mém. t. IV, p. 224.

  • 30Prendre quelqu'un, le séparer du reste de la compagnie et s'adresser à lui. Prendre quelqu'un à part. Quand le repas fut fini, la déesse prit Télémaque et lui parla ainsi, Fénelon, Tél. I.
  • 31Retrancher une partie d'un tout, ôter, tirer. J'ai pris le quart de cette somme. Bienfaisant et par conséquent juste, Montesquieu ne voulait rien prendre sur sa famille, ni des secours qu'il donnait aux malheureux, ni des dépenses considérables auxquelles ses longs voyages, la faiblesse de sa vue et l'impression de ses ouvrages l'avaient obligé, D'Alembert, Éloges, Montesq. Familièrement. Il a pris sa bonne part de la fête, du plaisir, etc. il y a beaucoup participé.

    Absolument. Prendre sur sa nourriture, sur sa dépense, retrancher de sa nourriture, de sa dépense ordinaire, pour subvenir à autre chose.

    Prendre sur son sommeil pour travailler, pour étudier, diminuer les heures du sommeil, pour augmenter celles du travail, de l'étude.

    Fig. Prendre sur, retrancher à. Voilà le vrai secret de faire Attale roi, Comme vous l'avez dit, sans rien prendre sur moi, Corneille, Nicom. II, 3. Je ferai vos compliments à Brancas… prenez une page sur moi pour lui donner, Sévigné, 10 août 1680. Prendre un peu sur sa probité pour donner aux intérêts d'un maître, Hamilton, Gramm. 8. Toutes ces entreprises commencées et qui ne prenaient rien sur les devoirs, marquent assez combien M. Dodart était laborieux, Fontenelle, Dodart. Que prenons-nous sur nos passions, sur nos humeurs, sur nos goûts …pour pouvoir prétendre au titre de ses disciples [de Jésus] ? Massillon, Carême, Mot. de conv. Le monde n'a-t-il rien pris sur tes mœurs ? Rousseau, Ém. V.

    Absolument. Si … vous êtes incommodée d'écrire, comme il y a bien de l'apparence, prenez sur moi comme sur celle qui vous aime le plus, sans faire tort à personne, Sévigné, 5 nov. 1684. Vous prenez sur votre repos, sur vos plaisirs, sur vos besoins mêmes, quand il s'agit de votre devoir, Massillon, Petit carême, Drapeaux. Cette philosophie de Newton a un peu pris sur notre commerce, mais rien sur mes sentiments, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 57.

    Familièrement. Je n'y prends ni n'y mets, c'est-à-dire la chose m'est indifférente. Voilà ce qu'il [Corbinelli] vous demande ; vous voyez bien que je n'y prends ni n'y mets, Sévigné, 19 juill. 1677.

  • 32Se charger de. Prendre une somme en dépôt.

    Prendre une affaire à ses risques, périls et fortune, s'en charger à tout hasard, profit ou perte.

    Prendre une affaire à forfait, s'en charger pour un prix convenu, qu'il y ait perte ou gain.

    Prendre un ouvrage à la tâche, s'en charger à raison de tant pour telle ou telle mesure, telle ou telle quantité.

    Prendre une somme à intérêt, l'emprunter à condition d'en payer les intérêts.

    Prendre un intérêt dans une affaire, dans une entreprise, contribuer de ses fonds dans une entreprise, à la condition d'avoir part aux profits ou aux pertes.

    Prendre un engagement, contracter un engagement.

    Prendre un rôle, voy. RÔLE.

    Prendre quelqu'un sous sa protection, le protéger.

    Prendre sur soi, se charger de quelque obligation. Et moi, comme héritant son sceptre et sa couronne, Je prends sur moi sa dette, et je vous la fais bonne, Corneille, D. Sanche, I, 3. C'est une dette dont vous pourriez lui demander compte ; mais cette dette, je la prends sur moi, Bourdaloue, Serm. 21e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 308.

    Prendre sur soi quelque chose, consentir qu'une chose nous soit imputée. Il ne se contente pas de se charger de nos crimes, il en prend sur lui toute la honte, Massillon, Carême, Passion.

    Prendre quelque chose sur soi, s'en porter responsable ou solidaire. Je réponds de ma femme, et prends sur moi l'affaire, Molière, Femm. sav. II, 4. De son bannissement prenez sur vous l'offense, Racine, Brit. II, 3. Je prendrai sur moi la rupture ; vos père et mère ne sauront rien de l'aveu que vous m'aurez fait, Marmontel, Mém. VIII. Ces dames s'y opposent, et je n'ose rien prendre sur moi, Genlis, Vœux téméraires, t. II, p. 122, dans POUGENS. Il n'importe, obéis, je prends sur moi le reste, Delavigne, Vêpres sicil. III, 7.

    On dit aussi : prendre quelque chose sur son compte.

    Prendre sur soi quelque chose, se décider à faire quelque chose. Il faut donc que j'aie le courage de prendre ce voyage sur moi, Sévigné, 520. Vous prendrez sur vous de voir votre frère, Massillon, Carême, Pardon. Jamais il [le régent] ne put prendre sur lui de rien refuser à ses amis, à ses ennemis, à ses maîtresses…, Raynal, Hist. phil. IV, 18.

    Prendre sur soi, signifie quelquefois regarder comme adressé à soi. Il [le Seigneur] prend sur lui les plus légers mépris dont on déshonore ses serviteurs, Massillon, Carême, Médis.

    Prendre tout sur soi, trop sur soi, se donner toute la peine, se donner beaucoup de peine, vouloir faire plus qu'on ne peut. Je vous recommande, ma chère enfant, un peu de repos… vous prenez tout sur votre courage, cela fait mal, Sévigné, 26 nov. 1688. Je prends trop sur moi, pour que le corps ou l'esprit n'y succombe pas, Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 27 oct. 1675. Elle prend tout sur elle, et ne songe qu'à faire du bien, Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. 17.

    Absolument. Prendre sur soi, beaucoup sur soi, se contraindre. Vous n'êtes plus en état, ma fille, de prendre sur vous ; tout y est pris, ce qui reste tient à votre vie, Sévigné, 379. Ils [M. et Mme de Chaulnes] savaient fort bien prendre sur eux-mêmes pour soutenir les grandes places où Dieu les a destinés, Sévigné, 3 févr. 1695. Vous avez appris à prendre sur vous-même, et à sacrifier tous les jours vos penchants à des intérêts plus forts, Massillon, Carême, Samarit.

  • 33S'établir dans. Gagner les bords de la Düna, où il prendra ses quartiers d'hiver, Ségur, Hist. de Nap. IX, 6.

    Entrer en jouissance d'une chose à certaines conditions. Prendre des terres à ferme.

    Prendre un logement, un appartement à loyer, ou, simplement, prendre un logement, un appartement, retenir par bail ou autrement un logement, un appartement. Je vous conjure seulement de mander à d'Hacqueville ce que vous avez résolu pour cet hiver, afin que nous prenions l'hôtel de Carnavalet ou non, Sévigné, 6 sept. 1677.

  • 34Choisir, préférer, se décider pour. Il faut prendre le plus beau papier pour cette impression. …Tombant dans les mains de la nécessité, Ils ont pris le théâtre en cette extrémité, Corneille, Illus. com. V, 5. Dois-je dans la province établir mon séjour, Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la cour ? La Fontaine, Fabl. III, 1. Ainsi chacune prit son inclination, La Fontaine, ib. II, 20. À quel parti me doit résoudre ma raison ? Ai-je l'éclat ou le secret à prendre ? Molière, Amph. III, 3. Elle [la Providence] a déterminé Mme de Lesdiguières à prendre une livrée magnifique et modeste ; c'est un fond isabelle, car elle a envoyé promener le rouge, Sévigné, 11 mai 1683. Prends-moi le bon parti : laisse-là tous les livres, Boileau, Sat. VIII.

    Prendre le haut bout, choisir la place la plus honorable.

    Prendre un expédient, choisir un moyen, un expédient pour terminer une affaire. Tu prends, pour me toucher, un mauvais artifice, Corneille, Héracl. III, 2.

    Prendre des mesures, prendre ses mesures, employer des moyens, des expédients pour faire réussir une chose.

    Prendre ses précautions, ses sûretés, prendre les moyens nécessaires pour éviter un danger, un dommage.

    Prendre une résolution, une détermination, un dessein, se résoudre à quelque chose.

    Prendre le parti de, prendre son parti de, voy. PARTI 3, n° 7.

    Prendre le parti de la robe, des armes, etc. voy. PARTI 3, n° 10.

    Prendre les ordres sacrés, entrer dans les ordres.

  • 35Trier, faire un choix. Je ne prends que les vertus extraordinaires, et je choisis les fleurs que je jette sur son tombeau, Fléchier, Duch. d'Aiguil.
  • 36S'engager dans une route, dans une voie de communication, etc. J'ai pris un escalier, elle venait par l'autre, Th. Corneille, Baron d'Albikrac, III, 1. Lève-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse, Racine, Esth. I, 1. Faut-il de si grands talents et une si bonne tête à un voyageur pour suivre d'abord le grand chemin, et, s'il est plein et embarrassé, prendre la terre, et aller à travers champs ? La Bruyère, VI. Avec cette armée, il [le czar Pierre] prit son chemin par la Moldavie et la Valachie, autrefois le pays des Daces, Voltaire, Charles XII, 5. Ils voient [à Moscou] d'autres flammes s'élever précisément dans la nouvelle direction que le vent venait de prendre sur le Kremlin, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6.

    Prendre le plus long, le plus court, son plus long, son plus court, prendre le chemin le plus long ou le plus court. On aime une personne qu'on va trouver, et on prend son plus court ; cela est naturel, Marivaux, Pays. parv. 3e part.

    Absolument. Prendre à droite, à gauche, entrer dans un chemin situé à main droite ou à main gauche. Promote, un des lieutenants généraux de l'empereur, prit à gauche avec une partie de la cavalerie, Fléchier, Hist. de Théodose, II, 4.

    On dit de même : prendre à l'est, au nord, etc. Pour avoir trop pris à l'ouest, la petite flotte manqua son terme, Raynal, Hist. phil. XVI, 3.

    Prendre par, suivre une direction par un certain endroit. Mets sur mon bras ton bras timide, Viens, nous prendrons par les tilleuls, Hugo, Odes, V, 24.

    Prenez par ici, par là, allez par ce chemin-ci, par ce chemin-là.

    Prendre à travers champs, à travers les terres labourées, aller directement, sans suivre le chemin frayé.

    Fig et familièrement. Prendre à travers les choux, à travers choux, aller à son but tout droit, sans s'inquiéter d'aucune considération, et aussi procéder au hasard, sans méthode.

    Prendre la voie de la messagerie, de la diligence, la voie du coche, aller par la messagerie, par la diligence, par le coche.

    On dit de même : prendre la diligence, prendre la poste, prendre la messagerie, prendre le coche, prendre le chemin de fer, le premier train.

    On dit dans le même sens : prendre un fiacre, un bateau, un cheval.

    Fig. Prendre la bonne voie, la mauvaise voie, se porter au bien, au mal.

    Fig. Prendre la bonne voie, se servir de bons ou de mauvais moyens pour réussir en quelque chose.

    On dit dans le même sens : prendre les voies de la rigueur, de la douceur, etc.

    Fig. Prendre le chemin de se ruiner, de faire fortune, faire ce qu'il faut pour se ruiner, pour s'enrichir.

    Prendre les devants, le devant, partir avant quelqu'un, et fig. le prévenir, le devancer dans une affaire.

    Prendre le pas sur quelqu'un, passer devant lui pour le précéder ; prendre sa droite, se mettre à sa droite. Prendre la main, prendre le pas, c'est-à-dire prendre la droite. Les princes du sang prennent la main chez eux.

  • 37Il se dit de la façon dont on taille, emploie une étoffe. Le tailleur a mal pris cette étoffe. Prendre du drap à contre-poil.

    Prendre un habit, faire un habit sur un patron donné. Je vous porte un habit complet à la valaisane, et j'espère qu'il vous ira bien ; il a été pris sur la plus jolie taille du pays, Rousseau, Hél. I, 23. Je gagerais qu'elles ont été prises d'après le même modèle, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 300, dans POUGENS.

    Il se dit, en un sens analogue, de viandes qu'on découpe. Vous coupez mal ce bouilli ; vous n'avez pas pris le sens de la viande.

    Fig. Prendre une affaire à contre-poil, la prendre en un sens contraire à celui qui serait convenable.

    Fig. Prendre bien, prendre mal une affaire, la conduire bien ou mal.

    Fig. Prendre une affaire du bon, du mauvais biais, la conduire bien, la conduire mal. Et du biais qu'il faut vous prenez cette affaire, Molière, Sgan. 21.

    Fig. Prendre une chose du bon, du mauvais côté, la considérer comme il convient, comme il ne convient pas, et aussi supposer une bonne, une mauvaise intention. Elle prend toujours les choses du mauvais côté, Regnard, Sérénade, 13.

    Prendre une chose d'une certaine façon, la considérer, la traiter d'une certaine façon. Entrez dans ce cabinet, pour nous écouter, et vous verrez comme je vais prendre la chose, Hauteroche, le Coch. 17. Aurais-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire ? Molière, Tart. IV, 5. Vous prenez, croyez-moi, comme il faut cette affaire, Regnard, le Joueur, V, 8.

  • 38Comprendre, interpréter, considérer d'une certaine manière. Vous prenez tout d'un sens contraire à ma pensée, Rotrou, Antig. II, 4. Je vous crois l'âme trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable, Molière, Mis. III, 5. Je lui fis excuse d'avoir mal pris son sentiment, Pascal, Prov. I. Ils [les philosophes] ont été sous l'erreur qui a aveuglé tous les hommes dans le premier : ils ont tous pris la mort comme chose naturelle à l'homme, Pascal, Lettre du 17 oct. 1651. On a pris cela, comme s'il avait voulu braver le roi ; jamais rien ne fut si innocent, Sévigné, 134. On demande comment il faut prendre cette parole de saint Antoine… que la vraie raison ne se connaît pas elle-même, Bossuet, Or. V, 12. On prend tout à mal, Bossuet, Pensées, 29. Il faut vous accoutumer à bien prendre mes lettres, Bossuet, Lett. Corn. 88. Lorsque la suite du discours détermine le sens auquel on les prend [les termes], Malebranche, Rech. vér. Éclairc. l. I, t. IV, p. 36, dans POUGENS. Vous avez fait comme tous les commentateurs ; vous n'avez pas pris le sens de l'auteur, Voltaire, Lett. Thiriot, 4 juin 1756. Ne lui fais pas de plaisanterie à deux sens, puisqu'il les prend à mal, Mirabeau, Lett. orig. t. III, p. 545. Oh ! vous savez bien prendre la chose, Al. Duval, Projet de mar. sc. 12.

    Le bien prendre, se faire une juste idée de la chose. Vraiment, dit Ariste, vous le prenez bien, et je ne doute presque pas que votre explication ne soit la meilleure, Bouhours, Entret. d'Ariste et d'Eug. VI.

    À le bien prendre, en donnant une juste interprétation. À le bien prendre au fond, elle n'est pas si bête, Molière, Femm. sav. IV, 3. Dans l'état opulent où Dieu vous a placées, vous êtes, à le bien prendre, les servantes des pauvres, Bourdaloue, Exhort. char. envers les pauv. t. I, p. 9.

    Prendre quelque chose en bonne part, en mauvaise part, recevoir bien ou mal ce qu'on nous dit, ce qu'on nous fait.

    Prendre mal, se fâcher de. Il pourrait se trouver des gens qui prendraient mal vos discours, Pascal, Prov. VIII.

    Le prendre mal, se fâcher mal à propos.

    Prendre pour soi, s'attribuer, se faire l'application de. Le jeune Ménécée a pris ces mots pour lui, Rotrou, Antig. I, 3. Je vous supplie de ne prendre pour vous aucune des plaintes que je ferai, parce que je ne vous impute aucune des choses dont je me plains, Fénelon, Lett. à Noailles, 8 juin 1697.

    Prendre une chose à la lettre, au pied de la lettre, l'expliquer selon le sens littéral, dans la rigueur de l'expression. S'il faut prendre au pied de la lettre et sans figure tout ce qu'il vient de raconter, Bossuet, 6e avert. I, 8. Comment, sans vous compromettre, Vous tourner un compliment ? De ne rien prendre à la lettre Nos juges ont fait serment, Béranger, Halte-là.

    Prendre les choses à la rigueur, les interpréter trop selon le sens propre.

    Le prendre à, s'en rapporter au sens de. Si vous le voulez prendre aux usages du mot, L'alliance est plus grande entre pédant et sot, Molière, Femm. sav. IV, 3.

    Prendre sérieusement une chose, l'entendre comme si elle avait été dite sérieusement. Vous moquez-vous de le prendre sérieusement avec un homme comme cela ? ne voyez-vous pas qu'il est fou ? Molière, Bourg. gent. III, 14. Il a pris sérieusement et de travers tout mon badinage, Sévigné, 17 janv. 1689.

    Prendre sérieusement, prendre au sérieux, donner une attention sérieuse. Ceux qui vivent dans les plaisirs… ne prennent rien sérieusement, Bossuet, Sermons, Am. des plaisirs, I. Jupiter prend le fait très sérieusement, Dancourt, Céphale et Procris, I, 7. Au bout de cinquante ans, vous avez daigné enfin me prendre sérieusement, Voltaire, Lett. Richelieu, 4 juin 1772. La chose fut prise au sérieux, Rousseau, Conf. I.

    Prendre en riant quelque chose, ne s'en point fâcher, n'en faire que rire.

  • 39Prendre quelqu'un, le considérer, en faire l'objet d'une étude. Il [Bourdaloue, dans une oraison funèbre] a pris le prince [de Condé] dans ses points de vue avantageux, Sévigné, 15 déc. 1683.
  • 40Soutenir, adopter. Elle vous a banni, j'ai pris votre querelle, Corneille, Sertor. IV, 2. Loin d'être les premiers à prendre ma vengeance, Eux-mêmes font obstacle à mon ressentiment, Molière, Amph. III, 5. Et vous devez, en raisonnable époux, être pour moi contre elle, et prendre mon courroux, Molière, Femmes sav. II, 6. C'est prendre les vrais intérêts du christianisme, que de soutenir que les démons n'ont point été les acteurs des oracles, Fontenelle, Oracl. I, 5.

    Prendre le parti de, parti pour, voy. PARTI 3, n° 5, et, absolument, prendre parti, voy. le n° 10.

    Terme de palais. Prendre le fait et cause de quelqu'un, ou prendre fait et cause pour quelqu'un, intervenir en cause pour lui.

    Fig. Dans le discours ordinaire, prendre fait et cause pour quelqu'un, prendre la défense de quelqu'un.

  • 41Il se dit des sentiments, des passions que l'on éprouve. Par l'estime qu'on prend pour un autre mérite, Corneille, Sophon. I, 2. Prenez des sentiments plus justes et plus doux, Corneille, Tois. d'or, IV, 3. Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil ? Corneille, Cid, III, 1. Mon cœur en prend par force une maligne joie, Corneille, Poly. III, 5. J'en pris pour l'avenir dès lors quelques alarmes, Corneille, Œdipe, I, 4. Un ami, qui m'est joint d'une amitié fort tendre, Et qui sait l'intérêt qu'en vous j'ai lieu de prendre, Molière, Tart. V, 6. J'y retournai le lendemain, toujours en badinant de cet amour que je disais vouloir prendre et qui, à ce que je crois, était tout pris, Marivaux, Pays. parv. 4e partie. Je suis environné de chagrins, quoique je tâche de n'en point prendre, Voltaire, Lett. d'Argental, 8 mai 1773. Je pris du goût pour la littérature et quelque discernement des bons livres, Rousseau, Confess. III. J'ai pris goût à la république, Depuis que j'ai vu tant de rois, Béranger, Républ.

    Prendre l'épouvante, avoir tout à coup une grande frayeur.

  • 42Obtenir, se procurer. Vous savez quel empire il a pris sur mon âme, Delavigne, Vêpres sicil. I, 4.

    Prendre des renseignements, des informations, se renseigner, s'informer.

    On dit à peu près dans le même sens : prendre connaissance d'une chose.

    Prendre la vengeance, se venger de. Pour m'ouvrir une voie à prendre la vengeance De son hypocrisie et de son insolence, Molière, Tart. III, 4.

    Prendre ses avantages, profiter des occasions qui se présentent. Il [Mazarin] croyait que, tous les gros joueurs ayant la réputation de tromper, il ne lui était pas défendu de faire comme les autres, ce qu'il appelait d'un ton plus doux prendre ses avantages, Brienne, Mémoires, ch. VIII.

    Prendre avantage, même sens. Cet homme prend avantage de tout.

    Prendre de l'avantage, prendre son avantage pour monter à cheval, se dit de ceux qui, pour monter plus facilement à cheval, s'aident d'une pierre, d'un banc.

    Prendre le dessus, se dit d'une personne dont la santé, les affaires, etc. se rétablissent.

    Prendre la grande main, la haute main dans une affaire, y prendre la principale autorité.

    Prendre l'avis, consulter. De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis, Corneille, Cinna, V, 1.

    Prendre les avis, les voix, les recueillir.

    Prendre des inscriptions en médecine, en droit, s'inscrire pour commencer ses études dans la médecine, dans le droit.

    Prendre ses degrés, ses grades, obtenir, dans une université, les titres de maître ès arts, de bachelier, de licencié, de docteur.

    On dit de même : prendre ses licences.

  • 43Avec un nom de temps, remettre à une autre époque, à un autre moment. Prendre du délai. Prendre du temps. Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes, Corneille, Cid, V, 7.

    Prendre un moment, se réserver un moment. Il faudrait être bien misérable pour ne vouloir pas prendre un moment en toute sa vie pour mettre un chapelet à son bras, ou un rosaire dans sa poche, et assurer par là son salut, Pascal, Prov. IX.

    Prendre jour, fixer un jour. Mais hier, quand elle sut qu'on avait pris journée, Et qu'enfin la bataille allait être donnée…, Corneille, Hor. I, 1. Prenez entre vous l'ordre et du temps et du feu [pour un duel], Je m'y rendrai sur l'heure et vais l'attendre ; adieu, Corneille, D. Sanche, I, 4. Vous aviez pris jour pour un lien si doux, Molière, Tart. I, 6.

    Prendre son temps, ne point se presser, faire une chose à loisir. Prendre le temps, l'occasion, le moment, saisir le temps, l'occasion, le moment favorable. Prenons l'occasion, tandis qu'elle est propice, Corneille, Cinna, I, 3. Ils [les loups] vous prennent le temps que dans la bergerie Messieurs les bergers n'étaient pas, La Fontaine, Fabl. III, 13. Pour arriver ici mon père a pris le frais [le temps du frais], Molière, École des femmes, V, 6. J'ai pris ce moment-là pour demander au roi, qu'on ne fasse rien là-dessus que par vous, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 29 août 1697.

    Prendre son temps, choisir le moment favorable. Sur l'ennemi commun [ils] sauront prendre leur temps, Corneille, Héracl. V, 6. Dans l'abord il [le moucheron] se met au large, Puis prend son temps, fond sur le cou Du lion qu'il rend presque fou, La Fontaine, Fabl. II, 6. Je ferais le voyage qu'il vous conseille ; je prendrais mon temps ; je mettrais ce remède au rang de mes affaires indispensables, Sévigné, 11 oct. 1679. Don Gabriel forma le dessein de m'enlever, et prit si bien son temps et ses mesures, qu'il l'exécuta sans peine un soir que je m'en retournais toute seule à la ferme, Lesage, Estev. Gonz. 55.

    Dans le sens contraire. J'aime mieux qu'on me blâme d'avoir mal pris mon temps que d'avoir été indifférent dans un déplaisir qui vous a été si sensible, Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 217, dans POUGENS. Que vous prenez mal votre temps, madame Jacob ! vous me voyez en compagnie…, Lesage, Turc. V, 9.

    Prendre le temps de quelqu'un, attendre le moment qui convient à quelqu'un dont on a besoin.

    En un sens différent, prendre le temps de quelqu'un, lui dérober une partie de son temps.

  • 44Prendre les choses de haut, les traiter avec une grande étendue d'esprit.

    Prendre la chose de plus haut, en parlant d'une narration, faire le récit des choses qui ont précédé celles que l'on raconte.

    On dit dans le même sens : prendre les choses de loin.

  • 45Il se dit de quelques opérations scientifiques.

    Terme d'astronomie. Prendre des distances d'astres, observer avec un instrument les distances angulaires de ces astres.

    Terme de marine. Prendre la hauteur du soleil, de la lune ou d'un autre astre, ou, absolument, prendre hauteur, mesurer avec un instrument la hauteur d'un astre au dessus de l'horizon pour en conclure la latitude. Pendant douze jours je n'ai pas quitté le compas et la carte marine ; j'ai même pris hauteur, ce qui est très fort pour un ambassadeur ecclésiastique, Lettre du card. de Polignac, 1693, dans JAL.

    En médecine clinique, prendre l'observation d'un malade, consigner jour par jour les phénomènes de la maladie.

    En général, prendre des observations, recueillir des notes sur certaines choses.

  • 46Au jeu, prendre sa revanche, jouer une seconde partie pour se racquitter de ce qu'on a perdu.

    Fig. Prendre sa revanche, regagner un avantage qu'on avait perdu, ou l'équivalent.

    Au jeu de paume, prendre sa bisque, compter le quinze qu'on a reçu de celui contre qui l'on joue, et qu'on est en droit de prendre quand on veut.

    Fig. et familièrement. Bien ou mal prendre sa bisque, faire usage à propos ou mal à propos d'un moyen qu'on a pour réussir dans une affaire, pour obtenir une grâce.

  • 47 Terme de chasse. Prendre le change, se dit des chiens lorsqu'ils quittent la bête qui a été lancée pour en prendre une autre.

    Fig. Prendre le change sur un objet, sur une affaire, s'y tromper.

    Faire prendre le change à quelqu'un, le tromper, l'induire en erreur.

    Prendre les devants, faire un tour avec les chiens pour requêter et retrouver la voie d'un animal.

    On dit que le cerf prend son buisson, quand il choisit un endroit dans une forêt pour se retirer le jour et aller aisément la nuit dans les champs.

    Prendre le vent, se dit de l'action des chiens qui vont à la rencontre du gibier.

    Terme de fauconnerie. Prendre motte, se dit d'un oiseau qui se pose à terre au lieu de se percher.

  • 48 Terme de marine. Prendre le bord du large, prendre au large, prendre le large, s'éloigner de terre pour gagner la haute mer. Les galères sortirent à petit bruit de leurs postes, et prirent au large, Duquesne à Seignelay, 1680, dans JAL.

    Fig. Prendre le large, s'enfuir.

    Prendre la haute mer, gagner la haute mer.

    Prendre le largue, passer de l'allure du plus près du vent à celle du largue, c'est-à-dire courant près du vent, élargir l'angle de sa route.

    Prendre la mer, s'embarquer.

    Prendre terre, prendre port, débarquer. Il ne vient que vous perdre en venant prendre port, Corneille, Pompée, I, 1.

    Prendre les amures sur le bord, les fixer.

    Prendre vent devant, virer de bord.

    Prendre la mer de bout, mettre ou avoir le cap dans la direction de la lame, et la couper directement avec l'étrave en faisant route.

    Prendre une bitture, retirer de la cale et élonger sur le pont la longueur de câble nécessaire pour un fond où l'on va mouiller.

    Prendre un corps-mort, en faire parvenir les câbles à bord pour s'amarrer, au mouillage, sur ce corps-mort.

    Prendre chasse, fuir devant la poursuite d'un ennemi.

    Un bâtiment, une voile, prennent ou sont pris, lorsqu'en venant au vent le bâtiment est masqué ou la voile coiffée.

    Prendre des ris, voy. RIS.

    Prendre le plus près, voy. PRÈS.

    Prendre en chargement, prendre du monde, des troupes, des passagers, etc. les mettre, les recevoir à bord.

  • 49Prendre à, accepter comme. Puisque Dieu le voulut, je pris le tout à gré, Régnier, Sat. X. Mon ami, prenez ce discours à bon présage, Pascal, Prov. II.

    Prendre une chose à cœur, s'en affecter. Il me semble que vous prenez la chose fort à cœur, Molière, Préc. 1.

    Prendre une chose à tâche, chercher tous les moyens de la faire.

    Prendre quelqu'un à témoin, invoquer son témoignage. Je les prends à témoin de l'insulte que vous me faites. Je prends à témoin le prince votre père si ce n'est pas vous que j'ai demandée, Molière, Princ. d'Él. V, 2.

    On dit de même : prendre Dieu à témoin.

    Prendre à partie, voy. PARTIE 1, n° 17.

  • 50Prendre dans, puiser à. Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc, Racine, Brit. I, 1. Cet amour du pouvoir que l'on prend dans les camps, Chénier M. J. Gracques, II, 3.
  • 51Prendre quelqu'un en, le surprendre, l'attaquer d'une certaine façon. Va, tu l'as pris en traître ; un guerrier si vaillant N'eût jamais succombé sous un tel assaillant, Corneille, Cid, V, 6. Tu [Ulysse] as pris les amants [de Pénélope] en trahison, c'étaient des hommes amollis par les plaisirs, Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. V.

    Attaquer. Prendre les ennemis en queue, en flanc, les attaquer par la queue, par le flanc. L'empereur, avec le reste, côtoyant la colline à droite, s'approcha des ennemis pour les prendre en flanc, Fléchier, Hist. de Théodose, II, 4.

    Fig. Prendre quelqu'un en, ressentir un certain sentiment pour lui. Prendre quelqu'un en amitié, en haine. Prendre quelque chose en gré. Cela me fait prendre le monde en horreur avec justice, Voltaire, lett. roi de Prusse, 21 avril 1760.

    Prendre quelqu'un ou quelque chose en guignon, en grippe, être prévenu contre quelqu'un, contre quelque chose.

    Prendre quelqu'un en pitié, avoir pour lui de la pitié ou du dédain.

    Quand le substantif n'est pas sans article, on met dans au lieu de en. Aussi m'a-t-elle pris dans le plus parfait dédain, Rousseau, Hél. I, 34.

    Prendre le mal d'autrui en pitié, en être touché.

    Prendre les choses en patience, les supporter patiemment.

    Prendre une chose en considération, la remarquer, en tenir compte.

  • 52Prendre pour, regarder comme, supposer. Quand je prendrai l'un pour l'autre, vous me remettrez au droit chemin, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 22. Ils prennent pour affront la pitié qu'on a d'eux, Corneille, Hor. III, 2. Un jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup, Prit pour oison le cygne, La Fontaine, Fabl. III, 12. Car enfin, mes pères, pour qui voulez-vous qu'on vous prenne ? pour des enfants de l'Évangile, ou pour des ennemis de l'Évangile ? Pascal, Prov. XI. Je n'aurais pas pris votre courage pour de la force comme on a fait, Sévigné, 21. Athènes, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, prenait pour athées ceux qui parlaient des choses intellectuelles, et c'est une des raisons qui avaient fait condamner Socrate, Bossuet, Hist. II, 5. Tircis, l'amour n'est point de votre connaissance, Vous prenez sa sœur pour lui, Deshoulières, Poés. t. I, p. 126. C'est lui [le distrait] encore qui entre dans une église, et, prenant l'aveugle qui est collé à la porte pour un pilier et sa tasse pour le bénitier, y plonge sa main, La Bruyère, XI. Rien n'est plus commun que de prendre sa tête pour son cœur, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 8 sept. 1767.

    Familièrement. Pour qui me prenez-vous ? se dit pour avertir quelqu'un qu'il se trompe du tout au tout sur ce que je suis. Comment, madame, pour qui prenez-vous monsieur Jourdain ? Molière, Bourg. gent. IV, 1. Que va-t-il penser de moi ? pour qui me prendra-t-il ? mon Dieu ! que je suis malheureuse ! Marivaux, Marianne, part. 3.

    Prendre saint Pierre pour saint Paul, prendre l'un pour l'autre.

    Familièrement. Prendre quelqu'un pour un autre, en juger autrement qu'il ne faut. Allez chercher votre dupe ailleurs, vous m'avez pris pour un autre.

    Fig. Prendre martre pour renard, se méprendre.

    Prendre un homme pour une dupe, le regarder comme facile à tromper.

    Prendre un homme pour dupe, le tromper.

    Prendre pour bon, croire (presque toujours avec un sens ironique). Voyez ce que c'est que de n'être pas jour et nuit en ce pays-ci [la cour] ! le coadjuteur… prend pour bon ce que la reine vient de lui dire, Retz, Mém. II.

    Fig et familièrement. Il a pris ce qu'on lui a dit pour argent comptant, il a cru trop facilement ce qu'on lui a dit, il a trop compté sur ce qui n'était qu'apparence.

  • 53Prendre avec un nom de chose pour sujet. Entourer, envelopper. Cette draperie est une seule et unique pièce d'étoffe qui s'en va prendre les bras, les jambes, le corps, les épaules, le dos, toute la figure, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 332, dans POUGENS.

    Fig. Faire impression, s'emparer de l'esprit. Et l'ingrate beauté dont le charme m'a pris, Rotrou, Vencesl. IV, 2. Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir, Molière, Critique, 7. Toinette : La tendresse paternelle vous prendra. - Argan : Elle ne me prendra point, Molière, Mal. imag. I, 5. Ils [les sacrements] nous prennent l'esprit par la vue et par l'ouïe tout ensemble, Bossuet, Euch. II, 6.

    Il se dit des maladies qui saisissent. L'accès le prit à telle heure. La fièvre de monsieur le Dauphin, qui le prend dans cette saison à Saint-Germain, Sévigné, 22 juill. 1671. Ma colique m'a pris assez mal à propos, Regnard, Légat. II, 4. Eh ! dis-moi, je te prie, Te prennent-ils souvent ces accès de folie ? Gresset, le Méch. III, 9.

    Il se dit, dans un sens analogue, des sentiments, des passions, etc. L'épouvante les prend à demi descendus, Corneille, Cid, IV, 3. Le repentir m'a pris, et j'ai craint le courroux céleste, Molière, Festin, I, 3. Si la curiosité me prenait de savoir…, Pascal, Prov. I. Vous souvient-il des fantaisies qui vous prenaient quelquefois de trouver qu'il y a des mois qui ne finissent point du tout ? Sévigné, 25 mai 1680. À peine y sommes-nous entrés [dans l'église] à certains jours que l'ennui nous prend et que nous pensons à nous retirer, Bourdaloue, Exhort. sur le reniem. de St Pierre, t. I, p. 466. Quand la colère me prend, ordinairement la mémoire me quitte, Marivaux, Sec. supr. de l'am. I, 2.

    Absolument. L'âge s'avance, les charmes passent, les hommes s'éloignent, la mauvaise humeur prend, Diderot, Père de famille, II, 2.

    Contracter certaines qualités bonnes ou mauvaises. Il semblait que tout prît un vice particulier et se corrompît en même temps, Montesquieu, Esp. XXXI, 27. L'arc parut prendre quelque élasticité entre ses mains, Voltaire, la Princ. de Babyl. 1. Des barres de fer qu'on laisse tomber plusieurs fois de suite d'une certaine hauteur prennent du magnétisme par l'effet de leurs chutes réitérées, Buffon, Min. t. IX, p. 55. Ce jaspe qui prend très bien le poli, Buffon, ib. t. I, p. 66. Le sommet est d'un brun noirâtre qui prend un peu de jaune par derrière et sur les côtés, Buffon, Ois. t. VI, p. 124. Le coton ne prend le rouge de la garance d'une manière solide que lorsqu'il a été imprégné d'huile, Chaptal, Instit. Mém. scienc. t. II, p. 289.

    Prendre son pli, voy. PLI.

    Absorber, détourner. C'est ce qui prend tout l'argent et toute l'attention, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 13 fév. 1711.

    Prendre du temps, exiger beaucoup de temps. Ce travail m'a pris beaucoup de temps, peu de temps.

    Surprendre. La pluie nous prit en chemin. La nuit et le sommeil les prirent en même temps, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 453, dans POUGENS.

    Prendre sa source, en parlant d'un cours d'eau, commencer à couler, avoir son origine.

    Prendre son cours, suivre une certaine direction en coulant.

    Cette affaire prend un bon tour, un mauvais tour, on peut présumer, vu la manière dont elle marche, qu'elle réussira, ne réussira pas.

    On dit de même : cela prend une bonne, une mauvaise tournure.

    Par analogie. Le train que prennent les choses.

    S'imprégner. Prendre l'eau. Il veut que les souliers des enfants prennent l'eau, Rousseau, Ém. II.

    Prendre le sel, son sel, voy. SEL.

  • 54Prendre se construit avec plusieurs substantifs sans article, et forme locution ; on en donne ici quelques exemples, en y joignant parfois, pour marquer la différence, l'emploi avec l'article.

    Prendre foi, prendre créance, se fier. Mais je n'ai point pris foi sur ces méchantes langues, Molière, Éc. des femm. II, 6. Et tâchez, comme il prend en vous quelque créance, De le dissuader de cette autre alliance, Molière, ib. V, 6.

    Prendre droit, acquérir des droits. Et je serais encore à nommer le vainqueur, Si le mérite seul prenait droit sur un cœur, Molière, D. Garc. I, 1.

    Prendre droit, avec un nom de chose pour sujet, être capable de (locution qui vieillit). Cependant apprenez prince, à vous mieux armer Contre ce qui prend droit de vous trop alarmer, Molière, D. Garc. I, 5.

    Prendre patience. supporter patiemment. Il a affaire à un fâcheux, à un homme oisif qui se retirera à la fin, il l'espère, et il prend patience, La Bruyère, XI.

    Prendre courage, se remettre en courage, en espoir. Prends courage, ma fille…, Corneille, Cid, II, 9.

    Prendre visée, s'attacher à. Elle est sage, elle m'aime, et votre amour l'outrage ; Prenez visée ailleurs, et troussez-moi bagage, Molière, Éc. des mar. II, 9.

    Prendre garde, voy. GARDE 1, n° 5.

    Prendre peine, travailler à. Tant pis encore de prendre peine à dire des sottises, Molière, Critique, 1.

    Prendre de la peine, travailler avec soin. Travaillez, prenez de la peine, C'est le fonds qui manque le moins, La Fontaine, Fabl. v, 9.

    Prendre plaisir, se plaire à. Il prend plaisir à nous tourmenter.

    Il se dit aussi avec de. Car le ciel a trop pris plaisir de m'affliger, Molière, le Dép. II, 4. Je prends plaisir d'être seule, Molière, Critique 1. Je pense qu'il ne prend pas plaisir de nous voir, Molière, Festin, III, 7.

    Prendre le plaisir de la chasse, de la pèche, de la promenade, etc. aller à la chasse, à la pêche, à la promenade.

    Prendre soin, donner des soins. Prendre soin d'un malade. Je voulais, en mourant, prendre soin de ma gloire. Et dérober au jour une flamme si noire, Racine, Phèdre, I, 3.

    Prendre le soin, ne pas négliger de. C'est un étrange fait du soin que vous prenez à me venir toujours jeter mon âge au nez, Molière, Éc. des maris, I, 1.

    Prendre parole de quelqu'un, tirer assurance, promesse verbale que telle chose sera faite.

    Prendre la parole de quelqu'un, recevoir son engagement, sa promesse.

    Prendre la parole, commencer à parler.

    Prendre mesure, noter d'une certaine façon les quantités nécessaires pour faire un habit, un soulier, etc.

    Prendre la mesure, les dimensions d'un objet, le mesurer.

    Prendre place, se mettre parmi.

    Prendre la place de, se mettre à la place de. Il n'est plus temps, madame, une autre a pris la place, Molière, Mis. IV, 2.

    Prendre langue, voy. LANGUE, n° 4.

    Prendre pied, s'établir solidement. Il a pris pied dans cette administration.

    Prendre le pied, s'autoriser. De peur que, sur votre faiblesse, il ne prenne le pied de vous mener comme un enfant, Molière, Scapin, I, 4.

    Fig. Prendre un pied, s'emparer d'une étendue égale à celle d'un pied, s'impatroniser le moins du monde. Laissez-leur prendre un pied chez vous, Ils en auront bientôt pris quatre, La Fontaine, Fabl. II, 8.

    Prendre racine, s'enraciner.

    Prendre loi, obéir à. Il serait beau vraiment qu'on le vît aujourd'hui Prendre loi de qui doit la recevoir de lui ! Molière, Éc. des femmes, v, 7.

    Prendre les lois, des lois, même sens. Et tu devais tenir pour assuré présage, …Que toute cette Europe allait prendre tes lois, Corneille, Toison d'or, Prologue, sc. 2. Vous ne prenez de lois que de votre caprice, Rotrou, Venc. I, 1.

  • 55 V. n. S'enraciner. La vigne ne prend pas dans ce terrain. Des plantes qui prennent de bouture.

    Fig. Sans lui [Dieu] nous ne pouvons rien faire, et ses plus saintes paroles ne prennent point en nous, comme il l'a dit lui-même, Pascal, Lett. sur la mort de son père. Jésus-Christ leur dit : Vous voulez me tuer, méchants que vous êtes, parce que mon discours ne prend point en vous, Bossuet, Sermons, Église, I. Son esprit est ce que l'a fait la nature : la culture et les soins n'y prennent pas, Rousseau, Confess. VII.

  • 56 Fig. Réussir, avoir du succès. Cet exemple prit universellement, et répandit dans l'arche un esprit de coquetterie qui dura pendant tout le séjour qu'on y fit, Moncrif, dans DESFONTAINES. Cette doctrine eut de la peine à prendre à la Chine et au Japon, Diderot, Opin. des anc. phil. (Japonais). Je ne pense pas que la méthode de l'illustre Réaumur pour faire éclore les poulets ait pris en France, Bonnet, 9e lett. hist. nat.

    Il se dit aussi des personnes. Ce jeune homme a bien pris dans le monde. D'Aquin n'avait jamais pu prendre avec Mme de Maintenon, Saint-Simon, 14, 152.

  • 57S'attacher à, avec un nom de personne pour sujet. On a beau faire étudier cet enfant, il ne prend à rien. J'en demeurerai à la simple approbation [des bouts-rimés], quand ce ne serait que pour faire voir à Pauline qu'il y a des choses où mon esprit ne prend pas, Sévigné, 12 juil. 1690.

    C'est un homme qui prend à tout, qui ne prend à rien, qui s'intéresse à tout, qui ne s'intéresse à rien.

  • 58Faire son effet, s'attacher à, avec un nom de chose pour sujet. Cette couleur ne prend pas. Les vésicatoires ont bien pris. Les sangsues n'ont pas pris.

    Fig. L'évêque de Chartres m'avertissait qu'on m'avait rendu les plus mauvais offices auprès du roi, et qui avaient pris, Saint-Simon, 212, 119. Espérant me causer de l'inquiétude, tout cela ne prenait point, Rousseau, Ém. II. Cette raison prend peu sur nous, riches, Rousseau, ib. IV.

  • 59Faire une impression trop forte. Je me porte à merveilles, hors que je n'ai pu souffrir la douche, c'est que je n'en avais nul besoin cette année, et qu'elle prenait trop sur moi, Sévigné, 21 sept. 1677.

    Particulièrement. Faire une impression trop forte à la gorge, au nez. Ce ragoût prend à la gorge. La moutarde prend au nez.

  • 60Il se dit de ce qui s'allume ou fait explosion. Leur hôtel de Paris a pensé brûler : une chambre, avec ce qui était dedans, a été brûlée tout entière ; et le miracle, c'est qu'il y avait dans cette chambre de la poudre qui ne prit point, Sévigné, 5 janv. 1680. Elle [la flamme] prend partout en un instant, et cet admirable édifice est réduit en cendres, Bossuet, Hist. II, 8. Comme il vit que la flamme commençait à prendre au bûcher, Fénelon, Tél. X. À vous entendre, J'ai cru qu'à la maison le feu venait de prendre, Regnard, le Distr. I, 2.
  • 61S'épaissir, se cailler, se glacer. Cette gelée ne prendra pas. La rivière a pris cette nuit.
  • 62Commencer en un point et s'étendre de là. Une tache d'un pourpre clair prend à l'angle de l'œil, et se termine en arrière par un trait du bleu le plus vif, Buffon, Ois. t. XIII, p. 294.
  • 63Il se dit des maladies qui font invasion. La maladie de Mme la comtesse de Montrevel, qui lui prit le lendemain qu'elle arriva, Sévigné, à Ménage, 19 août 1652. Le frisson lui prit à Versailles ; c'est demain le quatrième jour, Sévigné, 313. Nous avons eu beaucoup de peine à faire revenir mademoiselle d'un évanouissement qui lui a pris, Marivaux, Marianne, part. Une petite toux qui prit au mari abrégea toutes les politesses, Marivaux, Pays. parv. part. 5.

    Impersonnellement. Il lui prit un frisson, et il changea de visage, Lesage, Diabl. boit. 20. Il lui prit un étouffement qui le fit retomber à sa place, où nous crûmes qu'il allait expirer, Marivaux, Marianne, part. 10.

    Il se dit, au même sens, des affections morales. On eût dit que chaque chambre était un oratoire : l'envie d'y faire oraison y prenait en entrant, Marivaux, Pays. parv. part. 1. Cette délicatesse lui prit un matin, comme Il venait de faire la cour à une prude, Marmontel, Contes mor. Alcibiade.

    Impersonnellement. Il m'en a pris quelque petite crainte [que des lettres ne fussent perdues], Sévigné, 319. Il prit à ce Mordant un dégoût de la vie ; il paya ses dettes, écrivit à ses amis pour leur dire adieu…, Voltaire, Dict. phil. Caton et suicide.

    Il lui a pris en gré de faire telle chose, la fantaisie lui est venue de faire telle chose.

  • 64 Impersonnellement. Avoir de bonnes ou de mauvaises suites. Bien vous prend que son frère ait tout une autre humeur, Molière, Éc. des mar. I, 2. Bien lui prend de n'être pas de verre, Molière, Femm. sav. III, 2. Lise : Elle n'a que vingt ans. - Le marquis : Bien lui prend ; la jeunesse est mon goût…, Th. Corneille, Comt. d'Orgueil, I, 2. Mais Madame tint ferme, et ne se relâcha point, dont bien lui prit, La Fayette, Hist. Hte d'Angl.

    Il se dit au même sens avec en explétif. Je ne sais pas comment il m'en prendra ; mais je sais bien que vous me devez beaucoup d'estime et d'amitié, Scarron, Lettres, Œuv. t. I, p. 199, dans POUGENS. Il en prit aux uns comme aux autres : Maint oisillon se vit esclave retenu, La Fontaine, Fabl. I, 8. … Ce conseil ne plut pas ; Il en prit mal ; et force états Voisins du sultan en pâtirent, La Fontaine, ib. XI, 1. L'esprit peut causer des passions par lui-même, et bien en prend aux femmes, Fontenelle, Dial. Platon, Marg. d'Éc.

  • 65Se prendre, v. réfl. Être saisi avec la main. Cela se prend avec des mitaines.

    Cette étoffe se prend à pleine main, elle est moelleuse, bien fournie.

    Se prendre par la main, se saisir l'un l'autre par la main. Je me disais : on va signer la paix dans Hanovre,… on ne songera plus qu'à aller à la comédie… tout le monde se prendra par la main pour danser depuis Collioure jusqu'à Dunkerque, Voltaire, Lett. d'Argental, 28 juill. 1761.

    Se prendre aux cheveux, se saisir l'un l'autre par les cheveux. Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux, Boileau, Sat. III.

    Fig et familièrement. Se prendre aux cheveux, avoir une vive querelle. Ils se prirent aux cheveux, et la discussion fut très vive.

  • 66S'attacher, s'accrocher. Un homme qui se noie se prend à tout ce qu'il atteint. Sa perruque se prit à un clou. Il s'est pris à des épines, et son habit a été déchiré. Il faut se prendre à l'arbre et non pas aux rameaux, Tristan, Mort de Chrispe, IV, 1. Il tend les mains à tous les objets qui l'environnent comme pour s'y prendre encore ; et il ne saisit que des fantômes, Massillon, Avent, Mort du péch. À quelles branches ne se prend-on point, quand on se noie dans les systèmes ? Voltaire, Singul. nat. X. Sans cette précaution les filets se prendraient les uns dans les autres, Genlis, Maison rust. t. I, p. 386, dans POUGENS.

    Fig. L'esprit se rebute et s'abat aussitôt qu'il a fait quelque effort pour se prendre et pour s'arrêter à quelque vérité, Malebranche, Rech. vér. III, II, 9. Il semble que le cœur …s'ennuie de sa liberté… et que, ne trouvant plus, pour ainsi dire, où se prendre, il se prenne à tout, Massillon, Profess. relig. Serm. 3. Où le désir trompé ne sait plus où se prendre, Delille, Imagin. II.

    Ne savoir où, à quoi se prendre, ne savoir à quoi s'en tenir, à quoi recourir. Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre, Corneille, Galer. du Palais, v, 4. Ils [les Juifs] ont laissé passer ces précieux moments sans en profiter ; c'est pourquoi on les voit ensuite livrés au mensonge, et ils ne savent plus à quoi se prendre, Bossuet, Hist. II, 9.

  • 67Être saisi dans un piége, dans un filet. Sachez, lui dit-il [Anacharsis à Solon], que ces écritures [les lois] ressemblent proprement à des toiles d'araignées : les faibles et les petits s'y prendront et s'y arrêteront ; mais les puissants et les riches les rompront sans peine, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 568. Les chardonnerets ne se prennent point à la pipée, et ils savent échapper à l'oiseau de proie en se réfugiant dans les buissons, Buffon, Ois. t. VII, p. 279.

    Impersonnellement. L'Église est représentée comme un filet où il se prend toute sorte de poissons, Bossuet, Euchar. II, 3.

    Fig. Cela vous a pu servir avant ma quinzième lettre ; mais à présent, mes pères, on ne s'y prend plus : on va voir le concile et on trouve que vous êtes des imposteurs, Pascal, Prov. XVI. Quand on veut poursuivre les vertus jusqu'aux extrêmes… on se prend à la perfection même, Pascal, Pens. XXV, 62, éd. HAVET. Ce piége [une adroite flatterie] ne sera jamais usé ; l'amour propre des rois et des grands s'y prendra toujours, D'Alembert, Éloges, Despréaux, note 13. Eh ! c'est toi qui es un innocent de venir te prendre au piége apprêté pour un autre, Beaumarchais, Mar. de Figaro, V, 8.

  • 68 Fig. Être captivé. C'est un mal terrible que cette disposition à se prendre par les yeux, Sévigné, 23 oct. 1675. Si les cœurs des philosophes allemands se prennent par la lecture, les Wolfius, les Hanschius et les Tumingius seront tous amoureux d'elle [Mme du Châtelet] sur son livre, Voltaire, Lett. Hénaut, 20 août 1740. Mon cœur se prit et très vivement, Rousseau, Confess. VII.

    Se laisser prendre, se laisser captiver. Les autres en jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de se laisser prendre aux choses, et de n'avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule, Molière, Critique, 6.

    Se prendre d'amitié, d'amour, d'aversion pour quelqu'un, concevoir de l'amitié, de l'amour, de l'aversion pour lui. Ce petit étourdi s'est pris de goût pour moi, Et me croit son ami, je ne sais pas pourquoi, Gresset, Méch. II, 1.

    On dit de même : Se prendre de belle passion pour quelqu'un.

    Absolument. Et bien qu'il fût d'humeur Douce, traitable, à se prendre facile, Constance n'eut sitôt l'amour au cœur, Que la voilà craintive devenue, La Fontaine, Courtis. amour.

    Se prendre de vin, s'enivrer.

  • 69S'unir ensemble. Ils se sont pris pour mari et femme. On fait accepter ses soins dès la première entrevue ; on en est récompensé dans la seconde ; et dans la troisième on se sépare comme on s'est pris, sans reproches et sans infidélité, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 417, dans POUGENS. C'est quelque chose de merveilleux, par exemple leur façon de vivre avec les femmes… on se prenait, on se quittait, ou, se convenant, on s'arrangeait, Courier, Simple discours.
  • 70Se prendre à, attaquer. Il fait mauvais se prendre aux poëtes, Régnier, Épître III. Et que sous l'étrivière il puisse tôt connaître, Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître, Corneille, Gal. du Palais, I, 9. Tu te prends à plus dur que toi, Petit serpent à tête folle, La Fontaine, Fabl. V, 16.

    Il se dit aussi des choses qu'on attaque. Quel impie osera se prendre à leur vouloir [des dieux] ? Corneille, Hor. III, 2.

    Se prendre de paroles avec quelqu'un, avoir un démêlé. Ils se prirent de paroles, le duc de C… et lui, Sévigné, 535.

    On dit dans le même sens, mais familièrement : Ils se sont pris de bec.

    Se prendre à quelqu'un de, le quereller à cause de, le rendre responsable, lui imputer le tort. Cependant, malheureux, à qui me dois-je prendre D'une accusation que je ne puis comprendre ? Corneille, Clit. IV, 7. Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi, La Fontaine, Fabl. V, 11. C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre Des vices où l'on voit les humains se répandre, Molière, Mis. II, 5. Vous dites que c'est pour se prendre à Dieu de tout : lisez, lisez ce traité [les Essais de morale, de Nicole] que je vous ai marqué, et vous verrez que c'est à lui en effet qu'il s'en faut prendre, mais c'est avec respect et résignation, Sévigné, 25 mai 1680. Il [Ch. de Sévigné] s'est pris à moi, et me dit que je lui avais donné de ma glace, Sévigné, 8 avr. 1671.

    Il se dit avec en explétif. Mais, puisqu'il est vaincu, qu'il s'en prenne aux destins, Corneille, Pomp. I, 1. Ne nous en prenons pas à la dévotion, mais à nous-mêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6. Il me faut l'auteur de l'univers pour raison de tout ce qui arrive ; quand c'est à lui qu'il faut m'en prendre, je ne m'en prends plus à personne, et je me soumets, Sévigné, 423. Sa vessie le fait souffrir, et il s'en prend à qui il peut, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 31 oct. 1761. L'un d'eux s'en prenait à Voltaire, et surtout à Rousseau, de l'irréligion du siècle, Staël, Corinne, X, 2.

  • 71Se prendre à, employer de l'adresse, de l'habileté à. Voilà comme en amour un novice se prend, Hauteroche, Espr. follet, I, 1. Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait, Molière, l'Av. I, 2. Oui, madame, voyons d'un esprit adouci Comment vous vous prendrez à soutenir ceci, Molière, Mis. v, 4. Je ne sais comme je dois me prendre à vous faire cette sollicitation, Sévigné, à Moulceau, t. X, p. 549, éd. RÉGNIER. On dit dans le même sens, avec y explétif : s'y prendre. Mais par où m'y prendrai-je ? et que faudra-t-il faire ? Tristan, M. de Chrispe, IV, 7. D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien ; Puis enfin il n'y manqua rien, La Fontaine, Fabl. XII, 9. On obtient tout de moi quand on s'y prend de la bonne façon, Molière, Préc. 8. Elle allait éprouver comment il s'y prenait pour tourmenter, Hamilton, Gramm. 7. Vous-même, qui vous plaignez que vous ne savez comment vous y prendre pour prier, Massillon, Carême, Prière 1. C'est à Hercule à dire comme il faut s'y prendre pour étouffer Antée, Voltaire, Lett. au Pr. roy. de Pr. 23 févr. 1740. Pour faire le bien il faut le pouvoir, et, quand on le peut, il faut savoir s'y prendre, Marmontel, Cont. mor. Misant. corr.
  • 72Suivi de à et d'un infinitif, commencer, se mettre à. Ayant appris le sujet de sa détention, il s'en prit à rire, et dit qu'on le renverrait le lendemain, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 287. Un des plus effrontés coquins de la lie du peuple se prit à outrager Périclès de paroles, Courier, Lett. II, 326. Sentant son cœur faillir, elle [Jeanne d'Arc] baissa la tête, Et se prit à pleurer, Delavigne, Messéniennes, I, 5.
  • 73Être contracté, en parlant de maladies. Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses, La Rochefoucauld, Réflex. 300. Le mal se prend à voir des amants de trop près, Fontenelle, Poés. past. Œuv. t. IV, p. 18, dans POUGENS.
  • 74Se prendre s'est dit quelquefois pour s'allumer, du moins au figuré. Le feu se prit au cœur d'un muletier, La Fontaine, Mulet.
  • 75Se figer. L'huile se prend dès que la température baisse. Ce sirop se prendra. Par le refroidissement la liqueur s'est prise en sirop épais, Thenard, Instit. Mém. scienc. phys. et math. Sav. étrang. t. II, p. 120.
  • 76Se prendre pour, prendre sa propre personne pour quelque autre. Lorsque notre âme veut se représenter sa nature et ses propres sensations, elle fait effort pour s'en former une image corporelle ; elle se cherche dans tous les êtres corporels, elle se prend tantôt pour l'un et tantôt pour l'autre, Malebranche, Rech. vér. I, 13.
  • 77Être compris, entendu, interprété. Ce mot se prend au sens propre. C'est ainsi que, du temps des Romains, les faisceaux se prenaient pour l'autorité consulaire ; les aigles romaines, pour les armées des Romains, qui avaient des aigles pour enseignes ; l'aigle, qui est le plus fort des oiseaux de proie, était le symbole de la victoire chez les Égyptiens, Dumarsais, Tropes, II, 2.

    Ce mot se peut prendre en bonne, en mauvaise part, il est susceptible d'une bonne, d'une mauvaise interprétation.

  • 78Être employé, en parlant de mots et de locutions. Ce verbe se prend figurément. Cet adjectif se prend substantivement.
  • 79À tout prendre, loc. adv. Tout bien examiné. Tellement qu'à tout prendre, en ce monde où nous sommes…, Régnier, Sat. v. Encore qu'à ne regarder que les rencontres particulières, la fortune semble seule décider de l'établissement et de la ruine des empires, à tout prendre il en arrive à peu près comme dans le jeu, où le plus habile l'emporte à la longue, Bossuet, Hist. III, 2.
  • 80Au fait et au prendre, loc. adv. Au moment de l'exécution, quand il est question d'agir, de parler. Au fait et au prendre, il fallait aux Romains et aux jésuites un homme dans cette dignité [le cardinalat] dont ils pussent faire un autre usage que de dire ce qu'ils lui avaient soufflé à mesure, Saint-Simon, 224, 9.

PROVERBES

Chacun prend son plaisir où il le trouve.

Ils sont pris, s'ils ne s'envolent, se dit pour se moquer de ceux qui ont manqué quelque capture.

Il n'y a qu'à se baisser et en prendre, se dit d'une chose très abondante ou très facile. Isabelle : Je prends Monsieur : il faut en courir le hasard. - Araminte : Et moi, je prends Monsieur. - Ménechme : Il semble à vous entendre, Que vous n'ayez ici qu'à vous baisser et prendre, Regnard, les Ménechmes, V, 6.

Ce qui est bon à prendre est bon à rendre, c'est-à-dire il vaut mieux se saisir d'une chose sur laquelle on croit avoir quelque droit, que de la laisser prendre à un autre, parce que, au pis aller, on est quitte pour la rendre.

Ce qui est bon à prendre est bon à garder. Basile : Puis comme dit le proverbe, ce qui est bon à prendre… - Bartholo : J'entends, Est bon… - Basile : à garder, Beaumarchais, Barb. de Sév. IV, 1.

Qui prend s'engage, ceux qui empruntent ou qui reçoivent des présents, s'assujettissent à ceux qui les obligent.

On dit dans le même sens : Qui prend se vend. Mais vous avez reçu : quiconque prend se vend, Corneille, Suite du Ment. II, 5. La raison de douter était tous les cadeaux, Bijoux donnés, et des plus beaux : Qui prend se vend, La Fontaine, Poés. mêlées, VI.

Fille qui prend se vend, et fille qui donne s'abandonne.

REMARQUE

1. On ne dit pas : prends-je ? mais : est-ce que je prends ?

2. Prendre mal, pour se trouver mal, tomber en faiblesse, n'est pas français.

3. L'idée les a pris d'aller à la campagne. Dites : l'idée leur a pris d'aller à la campagne.

4. Prendre peur pour s'effrayer a été condamné par des grammairiens. Mais cette expression n'a rien d'incorrect, puisqu'on dit prendre pitié.

HISTORIQUE

IXe s. Et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, Serment.

XIe s. [Ils] Drecent lur sigle [voile], laisent curre par mer, Là pristrent terre o [où] Deus les volt mener, St Alexis, XVI. Cordres [il] a prise et les murs peceiez [mis en pièces], Ch. de Rol. VIII. Dès or [il] comence le conseil que mal prist, ib. XI. À vos Franceis un conseil en presistes, ib. XI. Et Guene [il] ad pris par la main destre à doigts, ib. XXXVIII. Tant cops [il] a pris [reçu] de lances et d'espiez, ib. LX. Pernez mil Francs de France nostre terre, ib. LXII. Promis nous est, fin [nous] prendrum à itant, ib. CXIV. Mout grant vengeance en prendra l'emperere, ib. CXI. Vint tresqu'à els, sis [si les] prist à chastier, ib. CXXX. Li reis fait prendre le come Guenelon, ib. CXXXV. De plusurs choses à remembrer il prist, ib. CLXXIII. Pernez m'as bras, me dressez en seant, ib. CXCVIII. Entres qu'à Ais [il] ne velt prendre sejur, ib. CCLXIX.

XIIe s. Cui [laquelle] je devoie et panre et noçoier, Ronc. p. 99. Quant il se prist au col de l'auferant [cheval], ib. p. 138. Mais prent batisme, jel te di sans contraire, ib. p. 145. Il [l'épervier] prit son vol qu'ainz ne se volt targer, ib. p. 164. Mieus ne puet-ele [l'amour] trahir Celui où ele se prent, Couci, IV. [Ses beaux yeux] M'orent ainz pris que [je] m'osaisse donner, ib. VI. Que de lui pitié vous praigne, ib. IX. Dame, comment qu'il m'en preigne, [je] Merci amour de ce qu'ele me deingne [daigne] Tenir à sien…, ib. Benoit soit li hardemens Où j'ai pris si bon espoir ! ib. XI. Doucement [je] sui engigniez et soupris [surpris] ; Car, s'ele veut, longuement serai pris, ib. XVII. Grant peché fait qui son home veut prendre Par beau semblant monstrer, tant que bien tient, ib. XX. et conment Conviendra il qu'à la fin congié [je] praigne ? ib. XXII. Où que il voit le duc, si lui a pris à dire, Sax. X. Mais de chevage [impôt] panre est moult grant li enuis, ib. XVIII. Eslisez trois messages [messagers] en ceste vostre gent ; Girart de Montloon prenez premierement, ib. XX. Tut sul se combateit, n'i ot gueres amis : Car tuit près li evesque [presque tous les évêques] s'esteient al rei pris [attachés], Th. le mart. 28. Mais turnerent à avarice, pristrent luiers, e falserent justice e dreiture, Rois, 26. Pren moi à feme, franc chevalier eslis ; Si demorra nostre guere à toz dis, Raoul de C. 223. Penre disons nos à la fois por tolir, Job, 507.

XIIIe s. Chanter m'esteut [il me faut chanter], que m'en est pris courage, Quesnes, Romancero, p. 85. S'on prent, par droit, d'un larron la justice, Doit-on desplaire as loiaus, de neant ? ib. Se leur pese de ce que [je] vous ai di, Si s'en preignent à mon maistre d'Oisi, Qui m'a appris à chanter dès enfance, ib. De ce pristrent li message jour de respondre à l'endemain, Villehardouin, XV. Et fut devisés qu'il prendroient port à Corfol, et que li premier attendroient les derreniers, tant qu'il [jusqu'à ce qu'ils] seroient ensemble, ib. LVI. Jà [que ma dame] ne m'ait en grant vilté Pour la fievre qui m'est prise, Romancero, p. 127. Car largesse fait home aimer ; Et qui l'a moult lui est bien pris [bien lui en prend], Le Comte de Bret. Romanc. p. 162. Sa mere entra, si s'assiet devant li [elle], Bel li pria : fille, prenez mari, ib. p. 73. Il ne le nous vouloit baillier, S'un respoudant ne li bailloit, à cui il penre s'en pourroit, Saint-Graal, v. 1856. Dont doi-je prendre en gré se j'ai froit et pouverte [pauvreté], Berte, XXX. Me gardez que [je] ne soie prise à beste cuiverte [malfaisante], ib. Et que premier [d'abord] leur prist talent [volonté] de la traïr, ib. LXIII. [Je] Ne sai quel mal la prist sous sa destre maissele [mâchoire], ib. LXXXVI. Par mon cief, dit li rois englois, je m'en r'irai [retournerai] en Engleterre, et, si tost come jou i venrai, jou prenrai le roi de guerre [je ferai la guerre au roi], Chr. de Rains, p. 45. Il [Théophraste] ne tient pas homme por sage Qui femme prent par [en] mariage, Soit bele ou lede, ou povre ou riche, la Rose, 8602. Dignités et poissance donne [la Fortune], Ne ne prent garde à quel personne, ib. 6586. Et quant se prent l'une [plante] à florir, ib. 5079. Si ne doit l'en mie tout prendre à la letre quanque l'en ot [entend], ib. 7191. À Dedalus prennent exemple, Qui fist eles à Ycarus, ib. 5242. Amis, dist-il, [je] fais vous savoir, Vez-ci mon cors, vez-ci l'avoir Où vous avez autant com gié [je], Prenés-en sans prendre congé, ib. 8106. Et sachiés quant j'oï lor chant, Et je vi le leu verdoier, Je me pris moult à esgaier, ib. 684. Biaus amis, que faites vous là ? Fait courtoisie, çà venez. Et avecques nous vous prenez à la carole [danse], s'il vous plest, ib. 796. Ne cessent [les chevaliers] ne ne finent ne ne prisent [prirent] maison, Tant que virent de Nique les tours et le donjon, Ch. d'Ant. II, 327. Quant Solimans l'entent, près n'a le sens desvé : Ahi ! Mahomes sire, Com m'avez pris en hé [en haine] ! ib. III, 532. Et doit estre gaitant de dire ses paroles, si que son aversaire ne le puisse prendre à point, par quoi il perde sa carelle, Ass. de J. 50. Mix [mieux] vaut qu'on prengne [accepte] se [sa] penitence de son fol serement, qu'à fere mal por son serement tenir, Beaumanoir, XXXIV, 24. Et s'il estoient pris fesant [en flagrant delit de fausse monnaie], Beaumanoir, XXX, 12. Quiconques est pris en cas de crieme et atains du cas si comme de murdre ou de traïson…, Beaumanoir, XXX, 2. Cil qui pert par le [la] negligence de son compagnon ne s'en doit penre qu'à sa folie, Beaumanoir, XXI, 32. Et se li enfant font aucun meffet, elquel meffet il appartiegne amende d'avoir, on se prent du meffet au pere, s'on ne pot trouver celi qui fist le meffet, Beaumanoir, XXI, 20. Se je baille me [ma] meson à ferme ou à loier, et li fus [feu] y prent, par l'outrage de celi à qui je l'ai baillie, Id XLIII, 41. Quar dès le berçuel commença, Dès le berçuel, et puis en çà Jusqu'en la fin de son eage, Jusques mort en prist le paage [péage], Rutebeuf, II, 124. Pour ce que un fort vent nes prist [ne les prît], et le menast en autres terres, Joinville, 214. Quant l'en prent les cités des ennemis, des biens que l'en treuve dedans, le roy doit en avoir le tiers, Joinville, 217. Les goutes et maladies de fourcelle [estomac] me prenroient, Joinville, 194. Et il sailli sus et le prist par les cheveus, Joinville, 275. Et de ce coup que nostre nef prist, furent li notonnier si desesperez…, Joinville, 196. Se il [le feu grégeois] se feust pris à riens sur li, il eust esté ars [brûlé], Joinville, 228. Le sire de Courcenay et monseigneur Jehan de Saillenay me conterent que six Turs estoient venus au frain le roy et l'emmenoient pris, Joinville, 227. Nule dolor ne se prent à la moie [à la mienne] ; Car je sai bien, jamès ne la veré, Mss. de poésies franç. avant 1300, t. IV, p. 1438. XIVe s. J'ay paeur que par les infortunitez des dix hommes [des décemvirs] il li fust mal prins [il eût eu un revers], Bercheure, f° 70, verso. Se je me prens à escripre les choses fetes par les Romains…, Bercheure, f° 7. Je feray vo volloir, ne le doy refuser ; Mais se rien y mesfais à vo gré accorder, Vous le prendrez sur vous pour trestout amender, Hugues Capet, v. 3320. Pour lesquelles choses le juge dudit lieu a jugié et condempné à pranre mort ledit exposant, Du Cange, prendere. Le comte Estienne entra soudainement au royaulme d'Angleterre, ne oncques ne se print [ne tint compte] à ce que le comte d'Angiers avoit eu à femme la fille de celui roy…, Chr. de St-Denis, t. I, f° 259, dans LACURNE. Il [l'auteur] prent incontinence pour le vice de desattrempance, Oresme, Eth. 74. Il se fait boin fier en elles [femmes] vraiement, Otretant que sus glache [glace] qui sur une nuit prent, Baud. de Seb. III, 402.

XVe s. La belle… me dist moult amoureusement : Revenez nous, car vraiement à vostre line prenc plaisir, Froissart, Espin. amour. Or regardez, dit Aymerigot à ses compagnons quand il tint les clefs, si j'ai bien sçu decevoir ce fol, je en prendrois bien assez de tels, Froissart, II, II, 214. Et si nous faisions une chose que je vous dirai, que nous presissions cinq ou six cens des nostres bien montés…, Froissart, II, III, 70. Je vueil que tous ceux qui sont là dedans y soient tellement enclos, que jamais par les portes en saillent ; je leur ferai prendre autre chemin, Froissart, II, III, 7. Angleterre est un pays moult dangereux à arriver ; et prenons que nous y arrivions, c'est un pays… qui est très mauvais pour hostoyer [faire la guerre], Froissart, II, III, 47. Jean Lyon prit paroles [querelle] et debat à lui, et l'occit, Froissart, II, II, 52. Et aussi cher avoit-il prendre la mort avec celle noble dame, qui dechassée estoit hors de son pays, si mourir y devoit, comme autre part, Froissart, I, I, 16. Vous avez grand tort, qui vous prenez à ce chevalier ; jà savez-vous qu'il est à madame la roine, Froissart, II, II, 235. Si leur pria ledit roi cherement, qu'ils voulsissent si bien penser et soigner de Tournay que nul dommage ne s'en prist…, Froissart, I, I, 126. La treve durant, qui fut prise entre le duc de Normandie et…, Froissart, I, I, 116. Je prens le temps ainsi qu'il peut venir, Orléans, Rond. Dame, soies raisonnable droit cy, et ne pren pas les choses en leur pire entendement, Chastelain, Exposit. s. vérité. I' fit response qu'ils mourroient tous ensemble, et que pas ne vouloit qu'on les prenst à rançon ni mist à finances, Monstrelet, I, 50. Mais que cuidez-vous que je soys ? Par le sang de moy je pensois Pour qui c'est que vous me prenez, Patelin. Il est, fait-elle, si chault que c'est merveilles ; et m'a dit la nourrice qu'il y a deux jours qu'il ne print la mamelle, les Quinze joyes de mariage, p. 79. Sus, emmenons ce malfaicteur ; Prenez devant, et moy derriere, Rec. de farces, p. 440. Tant faisoit d'armes que à luy ne se osoit prendre [comparer] autre, tant fust bon chevalier, Perceforest, t. IV, f° 60. Prenez [supposez] que le plus fort viengne au dessus ; a il pour ce droict en la cause ? par ma foy non, ib. t. VI, f° 88. Qui ne prent quant il peut, il ne prent pas quant il veult, ib. t. V, f° 17. Un chevalier à qui nul ne se povoit prendre [attaquer] qu'il ne fust desconfit, Lancelot du lac, t. III, f° 36, dans LACURNE. Lequel me print en son service, Commines, I, 1. Prendre fin et desolations [les royaumes], Commines, I, 3. Et aux aucuns en print mal, Commines, I, 8. L'an 1470 print vouloir au roy de se revencher du duc de Bourgongne, Commines, III, 1. Il se print en mocquerie et dist…, Commines, III, 10. Et s'en print l'on à rire, et s'en alla chascun desarmer et coucher, Commines, I, 5. Il print de là son chemin en Normandie, Commines, III, 10. Et tantost après que il en eust des nouvelles, il print la maladie, Commines, V, 18. Et prenoit merveilleusement ceste matiere à cueur, Commines, III, 8.

XVIe s. En maint bon lieu j'ai donné mainte chose, Que l'on prenoit, sans penser le donneur Pretendre rien du prenant que l'honneur, Marot, I, 401. Tant m'ont pressé d'escrire, et me contraignent, Qu'il semble au vray, que plaisir elles preignent En mes propos…, Marot, II, 57. Il se print à plourer comme une vache, Rabelais, Garg. I, 15. Sans prendre alaine, Rabelais, ib. I, 51. Incontinent le feu se print à la paille, Rabelais, Pant. II, 14. Comment il en est prins [ce qui en est résulté], chacun le voit, Calvin, Instit. 980. Vous avez prins Calais, deux cens ans imprenable, Monstrant qu'à la vertu rien n'est inexpugnable, Du Bellay, J. III, 66, recto. Je pren sur moy tout ce labeur icy, Du Bellay, J. IV, 9, recto. Il se paissoit de cresson allenois, Qui prend au nez…, Du Bellay, J. VII, 5, recto. … Et l'assura qu'il prenoit sur sa vie qu'elle n'auroit plus mal, Marguerite de Navarre, Nouv. X. Il y avoit un gentilhomme duquel elle estoit si fort prise [éprise] qu'elle n'en pouvoit plus, Marguerite de Navarre, ib. XLIII. L'on ne se prend qu'à ce qu'on voit, ib. LXX. On ne se peut prendre à nous que de ce que nous faisons, Montaigne, I, 55. Je n'en prendrai pas la peine, Montaigne, I, 103. Prendre son ply [s'habituer], Montaigne, I, 107. Prendre medecine, Montaigne, I, 131. S'y prendre [commencer] de bonne heure, Montaigne, I, 184. Prendre au mot, Montaigne, I, 404. Il le print [ce que je lui disais] de cette façon…, Montaigne, I, 185. Prendre terre [aborder], Montaigne, I, 230. Mais il leur prend [survient] des changements, Montaigne, I, 232. À le bien prendre, c'est en ce seul poinct que consiste la vraye victoire, Montaigne, I, 242. Cap de bieu, encore avez-vous à choisir, à prendre ou à laisser, Despériers, Contes, LII. J'ay montré la legereté dont on use à prendre querelle sans nul fondement, Lanoue, 248. Lors que quelqu'un prent fantaisie de s'aller battre, Lanoue, ib. Et qui en use autrement, il lui en prend comme à l'avare, lequel, ayant la felicité en ses coffres, n'en sçait ni n'en peut jouir, Lanoue, 497. La terre couvrit le bout de la hampe, laquelle print, et commença à jetter branches, Amyot, Rom. 32. Quand on approche quelque matiere aride, le feu y prend incontinent, Amyot, Numa, 17. Il n'y en a guere eu qui ayent usé de ceste licence, et encore moins en est-il bien pris à celles qui en ont usé, Amyot, ib. 18. On le blasma d'avoir fait cest accord pour recouvrer des gens qui par lascheté s'estoient laissez prendre aux ennemis, Amyot, Fab. 19. Soudainement il lui estoit pris un relaschement de tous ses membres, Amyot, Cor. 37. La fortune avoit pris à favoriser Timoleon, comme voulant estriver et faire à l'envy de sa vertu, Amyot, Timol. 31. Quand ce vint au fait et au prendre, Amyot, Pélop. 66. Il endure patiemment que son amy prenne la liberté de le reprendre hardiment des lourdes et grosses faultes, Amyot, Comment discern. le flat. 60. Peu d'arquebusades prirent [firent feu], D'Aubigné, Hist. I, 288. Le prince, n'aiant peu repasser la Meuze, prend vers le Quesnoy, D'Aubigné, ib. I, 339. Il [Laverdin] arrive sur le midi dans le quartier du general, et, aiant dit son nom, donne, sans autre ordre qu'à prene qui peut, dans le logis du comte, D'Aubigné, ib. III, 175. Cela se feroit plus aisement lorsque l'on fond et liquefie l'acier, plustost que d'attendre qu'il soit pris et consolidé en barre, Paré, IX, 16. Par ce moyen la sangsue prendra plus facilement, Paré, XV, 69. Cy pris cy mis [à tout hasard], Gilles du Guez, dans PALSGR. p. 895. Qui faict bien, bien lui en prent, ID. p. 579. Commun proverbe, toute chose qui est bonne à prendre est bonne à rendre, H. Estienne, Apol. d'Hérod. p. 178, dans LACURNE. Ce qui est bon à prendre n'est pas bon à rendre, Moyen de parvenir, p. 83, dans LACURNE. Qui a apprins à prendre sçait tard que c'est de rendre, Cotgrave Qui peu seme peu prend, Cotgrave Vieil oiseau ne se prend à retz, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PRENDRE. Ajoutez :
81 Terme de turf. Prendre un cheval, parier en sa faveur. On dit : je prends Marengo à 7 contre 2 ; en admettant que le pari soit de 10 louis, cela veut dire : Si Marengo perd, je vous donnerai 20 louis ; s'il gagne, vous me donnerez 70 louis.

REMARQUE

Ajoutez :

5. Mme de Sévigné a dit : La fantaisie m'a pris de me lever, 24 juill. 1675. Des grammairiens ont dit qu'il fallait m'a prise. Sans doute, si l'on fait ici prendre verbe actif ; mais il est neutre, et la tournure est plus élégante.

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Prendre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PRENDRE, (se) s’en prendre, (Lang. franç.) on dit fort bien je m’en prendrai à vous, si l’affaire ne réussit pas ; les malheureux ont tort de s’en prendre aux astres. En doit toujours être mis avant prendre, quand on donne à ce verbe la signification d’imputer. Si je perds mon procès, je m’en prendrai à vous, c’est-à-dire je vous imputerai la perte de mon procès ; se prendre sans en, veut dire au figuré attaquer, & non pas imputer : par exemple, il ne faut pas se prendre à plus méchant que nous. Se prendre au propre signifie s’attacher ; les gens qui se noient se prennent à tout ce qu’ils trouvent.

Il y a d’autres phrases dans notre langue, où en est si nécessaire, que dès qu’on l’ôte, on change le sens ; on en étoit venu si avant, qu’il falloit vaincre ou mourir. Cela veut dire dans le style figuré, que les choses étoient si engagées, qu’il falloit vaincre ou mourir. Mais si on ôtoit en, & qu’on dît, on étoit venu si avant, cela s’entendroit dans le sens propre, & ne marqueroit que le lieu où l’on seroit arrivé.

Je n’en puis plus, a une toute autre signification que je ne puis plus ; il en est de même de je ne sai où j’en suis, qui signifie toute autre chose que je ne sai où je suis. Il en est de même de se tenir & s’en tenir, qui ont des significations bien différentes.

MM. de Port-royal ont dit dans leur traduction du nouveau Testament, cette femme voulant prendre Jesus-Christ par sa propre bouche, &c. on ne dit point prendre quelqu’un par sa bouche, mais par ses paroles. (D. J.)

Prendre, a une infinité d’acceptions différentes ; on dit prendre à témoin, d’assaut, à force, un criminel, un lievre au gîte, au collet, un bâton, un fusil, l’épée, un livre, la main, un présent, un repas, ses suretés, des mesures, pour son ami, pour sa maîtresse, pour sa femme, une médecine, un lavement, du tabac, un bouillon, la fievre, la peste, la vérole, &c. On dit se prendre pour se figer, ou se glacer. Prendre sur soi, &c.

Prendre parti, (Langue françoise.) prendre parti tout seul, signifie s’enrôler pour servir à la guerre ; il a pris parti ; il prendra parti dans notre régiment. Prendre parti signifie aussi s’attacher au service de quelqu’un ; mais alors on marque toujours avec qui on s’engage ; il a pris parti avec M. le duc. Prendre son parti, veut dire, se résoudre ; j’ai pris mon parti ; elle prit son parti sur le champ. Prendre le parti de quelqu’un, c’est se mettre de son côté, le défendre, il faut prendre le parti des malheureux, des gens qu’on opprime, qu’on calomnie, qu’on persécute ; c’est un devoir de l’humanité. (D. J.)

Prendre vent devant, (Marine.) c’est-à-dire que le vent se jette sur les voiles d’un vaisseau sans qu’on le veuille. Nous prenons vent devant.

Prendre un ris ; c’est racourcir la voile à une hauteur déterminée.

Prendre une bosse ; c’est attacher la bosse ou l’amarrer.

Prendre les amures de quelque bord, c’est-à-dire, amurer de ce bord-là.

Prendre chasse & échapper. Prendre chasse, voyez Chasse.

Prendre hauteur. Prendre hauteur par-devant, prendre hauteur par derriere. Voyez Hauteur.

Prendre terre. Voyez Terre.

Prendre le trot, le galop, (Maréchal.) se dit de l’homme, lorsqu’il excite le cheval à aller le trot ou le galop, aussi bien que du cheval qui s’y met de lui-même. Prendre ses dents, c’est à l’égard du cheval la même chose que mettre ses dents. Voyez Mettre. Prendre le mort aux dents, se dit communément des chevaux de carrosse, lorsque n’ayant plus aucune sensibilité dans la bouche, ils vont de toute leur vîtesse sans pouvoir être arrêtés. Prendre les aides des jambes. Voyez Jambe. Prendre son avantage. Voyez Avantage. On dit qu’un cheval prend quatre ou cinq ans, pour dire qu’il en approche.

Prendre chair, (Jardinage.) se dit d’un fruit qui commence à grossir.

Prendre, v. act. terme de Vénerie ; ce mot s’emploie fréquemment en vénerie. On dit prendre le vent quand on prend les devans, ou quand le chien va lasser le cerf au vent. Prendre les devans, c’est quand on a perdu le cerf, & qu’on fait un grand tour avec les chiens courans pour le retrouver en le requêtant. Prendre son buisson ; c’est en parlant du cerf, lorsqu’il choisit au printems une pointe de bois pour se retirer le jour, & aller aisément la nuit aux gagnages ou aux champs. (D. J.)

Prendre, au jeu de l’hombre ; c’est prendre du talon autant de cartes qu’on en a écarté. Jouer sans prendre, c’est jouer sans écarter.

Prendre sans prendre, au jeu de quadrille, signifie l’action de jouer sans aucune aide, ni roi appellé, mais avec son seul jeu. On gagne ordinairement la moitié de ce à quoi est fixée la vole ; ainsi ce sera cinq jettons qu’on payera à celui qui gagne, si l’on est convenu d’en payer dix pour la vole. Observez que le sans prendre & les matadors ne sont dûs qu’autant qu’ils sont demandés avant qu’on ait coupé pour le coup suivant. Car si les cartes étoient mêlées & coupées sans qu’on les eût demandés, on ne seroit plus en droit de se les faire payer.

Prendre, sans prendre, au médiateur, est lorsque quelque joueur a dans son jeu de quoi faire six levées sans le secours de personne ; il gagne alors seul, & se fait payer ce qui est dû en pareil cas. Voyez l’article du Médiateur.

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Étymologie de « prendre »

Étymologie de prendre - Littré

Berry, prenre ; bourg. prarre, parre, prin, pris ; wallon, preind ; picard, prinde ; prov. prendre, penre, prener ; cat. pendrer ; espagn. prender ; ital. prendere ; du lat. prendere ou prehendere, de pre ou præ, et un radical hendere, que l'on rapproche du grec χανδάνειν, saisir, prendre.

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Étymologie de prendre - Wiktionnaire

(IXe siècle) Du moyen français prendre, de l’ancien français prendre, prindre (842), du latin prĕndĕre (« prendre, saisir »), de prĕhendĕre. Il a éliminé le classique capĕre en bas latin. Cognat de l’italien prendere.
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Phonétique du mot « prendre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prendre prɑ̃drœ play_arrow

Conjugaison du verbe « prendre »

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Citations contenant le mot « prendre »

  • Mercredi, trois jours seulement après avoir officiellement décroché un nouveau Scudetto, les Bianconeri se sont d’ailleurs fait surprendre sur la pelouse de Cagliari, concédant ainsi leur sixième défaite en Serie A cette saison. Un record depuis 2011 et le règne sans partage des Turinois sur la Botte. Mais plus encore que ce revers, c’est l’état de fatigue des troupes de Maurizio Sarri qui inquiète dans le Piémont. Sports.fr, La Juve prête à prendre une décision radicale avant l’OL
  • C'est une carence qui nécessite une intervention rapide de la part du médecin. Mais lui seul devrait pouvoir intervenir pour équilibrer un éventuel manque de fer dans l'organisme. Attention d'être sûr d'en avoir besoin avant de prendre des compléments alimentaires pour corriger une carence en fer.  RTL.fr, Carence en fer : attention avant de prendre des compléments alimentaires
  • Vous voilà donc prêt à partir, alors il ne vous reste plus  qu’à prendre la route en respectant toutes les règles et en conduisant prudemment. Et tranquillisez-vous, au bout de la route : des vacances reposantes … FranceSoir, 4 conseils à suivre avant de prendre la route en toute sécurité
  • Depuis l’annonce, deux profils émergent pour prendre sa succession à l’automne. Selon Le Parisien, Michel Denisot pourrait être poussé à la présidence. L’ancien animateur de Canal, ex-président du PSG et de Châteauroux, serait intéressé et dispose du soutien du président de la FFF, Noël Le Graët. Selon le quotidien, le syndicat de la L2 et l’Union des clubs professionnels de football (UCPF) l’appuierait également. SudOuest.fr, Football : Michel Denisot favori pour prendre la présidence de la LFP ?
  • À cet effet, de nombreuses entreprises introduisent davantage de renseignements, tant sur les menaces que sur les vulnérabilités, et investissent dans des outils analytiques de détection comportementale. Loin d’améliorer le processus décisionnel, ces pratiques ne font que submerger les équipes qui finissent parfois par négliger les alertes. Pour leur permettre de prendre de meilleures décisions plus rapidement, les entreprises peuvent suivre 5 étapes simples : Global Security Mag Online, Prendre de meilleures décisions en matière de cybersécurité... plus rapidement ! - Global Security Mag Online
  • Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. De Proverbe français
  • Il faut prendre le taureau par les cornes. De Proverbe français
  • On donne, ne te hâte pas de prendre. De Proverbe cambodgien
  • Il ne faut jamais prendre les voies autorisées.
  • Il faut prendre les hommes comme ils sont. De Plaute
  • Ce qui est pris n’est plus à prendre. De Proverbe français
  • Pour aller de l'avant, il faut prendre du recul Car prendre du recul, c'est prendre de l'élan. De MC Solaar / Le Bien, le mal
  • Un baiser ne peut pas se donner sans prendre, ni se prendre sans donner. De Anonyme
  • Laisse chaque chose prendre sa place : laisse chacune de tes affaires prendre son temps. De Benjamin Franklin
  • Ne pas prendre de médicament vaut mieux que prendre celui prescrit par un médecin médiocre. De Proverbe chinois
  • Fuir : prendre son courage à deux pieds. De Alexandre Breffort
  • Tel est pris qui croyait prendre. De Jean de La Fontaine / Le Rat et l’huître
  • Ami au prendre, ennemi au rendre. De Proverbe français
  • Il faut prendre la balle au bond. De Proverbe français
  • Apprendre, c'est prendre. De France Véniza
  • Prenez mon ours ! Eugène Scribe, L'Ours et le Pacha, I, 6

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Traductions du mot « prendre »

Langue Traduction
Corse piglià
Basque hartu
Japonais 取る
Russe брать
Portugais pegar
Arabe يأخذ
Chinois 采取
Allemand nehmen
Italien prendere
Espagnol tomar
Anglais to take
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Synonymes de « prendre »

Source : synonymes de prendre sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « prendre »


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