Tirer : définition de tirer


Tirer : définition du Wiktionnaire

Verbe

tirer \ti.ʁe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se tirer)

  1. Mouvoir vers soi, amener vers soi ou après soi.
    • Il avait tiré la bague d’opale de son doigt. Elle chatoyait, dans la fin du jour, comme un reflet de beauté, de jeunesse, de plaisir ; […]. — (Paul et Victor Margueritte, Le Désastre, Plon-Nourrit & Cie, 86e éd., page 331)
    • Je mis le moteur en mouvement, le fis tourner quelque minutes, puis je tirai sur la manette des gaz pour démarrer. — (Jean Mermoz, Mes Vols, page 62, Flammarion, 1937)
    • Tirer avec force.
    • Tirer quelque chose à soi.
    • Des chevaux qui tirent une voiture.
    • Tirer quelqu’un par le bras, par l’habit.
    • Tirer un cheval par la bride.
  2. (Équitation) (Figuré) Résister à l’action de la bride en parlant d’un cheval.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  3. Tendre, allonger.
    • Tirer une courroie.
    • Tirer un câble.
  4. (En particulier) Allonger en fils déliés divers métaux, afin de s’en servir ensuite pour divers usages.
    • Tirer l’or, l’argent, etc.
  5. Ôter, faire sortir une chose d’une autre, extraire d’un lieu, soustraire.
    • Tirer du fer d’une mine, du marbre d’une carrière, du sable du bord d’une rivière.
    • Tirer de l’argent de sa bourse, de sa poche.
    • Tirer une écharde du doigt.
    • Tirer une épine du pied.
    • Tirer une bague de son doigt.
    • Tirer l’épée du fourreau.
    • Tirer de l’eau d’un puits, du vin d’un tonneau.
      • (Absolument) Tirer de l’eau, tirer du vin.
  6. Voler à la tire, en tirant le butin du vêtement ou du sac de la victime. Se disait aussi autrefois pour le vol d’un manteau : voir tire-laine.
    • Un soir, il s’installa sur le Pont-Neuf et essaya de tirer le manteau du premier bourgeois qu’il vit passer. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
  7. (Par extension) (Argot) Voler, dérober de quelque manière que ce soit.
    • Il s’est fait tirer sa bagnole cette nuit.
  8. (Marine) S’enfoncer dans le liquide à une certaine profondeur, en parlant d’un objet flottant.
    • Ce navire tire tant d’eau, tant de mètres d’eau.
  9. Choisir au sort, faire sortir au hasard de la boîte qui les contient des billets, des noms, des numéros.
    • Le président de la cour a tiré au sort les noms de ceux qui doivent former le jury.
    • Tirer les numéros gagnants d’une loterie.
  10. (En particulier) Choisir au sort des cartes de tarot en vue d’établir une prédiction.
    • Mais enfin, reprit tout à coup Léonora, comment et pourquoi cette funeste idée t’est-elle venue de tirer l’horoscope de ces deux êtres ? — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
  11. Faire venir certains produits d’un pays plus ou moins éloigné.
    • Les blés que Rome tirait de l’Égypte, de la Sicile.
  12. Faire sortir une personne d’un endroit, l’éloigner de quelque chose.
    • On ne l’a tiré de cette prison que pour le conduire dans une autre.
    • On ne l’a tiré qu’à grand-peine de l’eau où il était tombé.
    • On ne saurait le tirer de son cabinet, de ses livres.
      • (Figuré) (Familier) On ne peut le tirer de là se dit en parlant d’un homme qui se tient attaché à une idée et qui répond toujours la même chose.
  13. (En particulier) Dégager, délivrer quelqu’un.
    • C’était sa rencontre dans les bois de Meudon, avec cette jeune fille qu’il avait tirée des mains de Concini. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Tirer quelqu’un de prison, de captivité.
    • Tirer son ami d’un danger, d’un péril.
    • Qui le tirera de cet embarras ?
    • On l’a tiré de la misère.
    • Il m’a tiré de peine.
    • Tirez-moi de souci, d’inquiétude.
    • Je l’ai tiré d’erreur.
    • Se tirer d’affaire.
  14. Extraire.
    • Tirer le suc des herbes, le suc des viandes.
  15. (Intransitif) Aspirer pour absorber la fumée d’une pipe, d’un cigare, etc.
    • Le Père Directeur, qui était venu me rejoindre dans mon bureau de l’hôpital, ne me répondit rien et continua à tirer silencieusement sur son long fume-cigare. — (Albert Gervais, Æsculape dans la Chine en révolte, Gallimard, 1953, page 31)
  16. (Vieilli) (Familier) Étendre, étirer, de manière à ne plus faire de plis.
    • Tirer ses bas, ses chaussettes.
    • Tirer la nappe.
  17. (Vieilli) (Familier) Ôter, en parlant des bottes, des chaussures.
  18. (Figuré) Recueillir, percevoir, obtenir, recevoir d’une source donnée.
    • Maître Lureau, quand il louait cette chambre qui, effectivement, était la plus belle de l’auberge, en tirait quinze à vingt livres. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Tirer du profit.
    • Quel avantage tirez-vous de là ?
    • Il tire dix mille francs de rente de sa terre.
    • Il a tiré de cette affaire tout ce qu’on en pouvait tirer.
    • Il a tiré de grands services de cet homme.
    • Les leçons qu’on peut tirer de l’histoire.
  19. (Figuré) Extraire, puiser, emprunter.
    • Il a tiré une infinité de belles sentences des anciens.
    • C’est de tel auteur qu’il a tiré tout ce qu’il sait sur ce sujet.
    • Les mots que nous avons tirés du latin.
    • Mais si M. Caterna l’eût entendu, je pense qu’il ne m’aurait pas demandé d’en tirer le sujet d’une opérette turkestane.— (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. XXII, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
  20. Inférer, conclure.
    • En combinant avec les observations si précises de M. Edwards celles de ses devanciers et de ses successeurs, nous pouvons en tirer une conclusion générale. — (Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, Les Métamorphoses et la généagénèse, Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 3, 1856, page 508)
    • De cela je tire une conséquence.
    • On tire de là un grand argument contre lui.
    • La conclusion que vous voulez tirer de ce fait n’est pas juste.
    • Tirer un bon, un mauvais augure, un fâcheux, un heureux présage de quelque chose.
  21. Tracer.
    • Tirer une ligne sur du papier.
    • Tirer un trait sur ce qu’on a écrit.
    • Tirer une allée au cordeau.
    • Tirer le plan d’une forteresse, d’une maison.
  22. (Finance) (Commerce) Signer un effet de commerce.
    • Tirer une lettre de change, tirer un chèque,
  23. Imprimer.
    • Ici, voyez-vous, mon cher Nicolas, j'ai besoin de recourir aux formes solennelles d'un premier-pariste bien connu, et dont la prose sublime se tire à 217.830 exemplaires. — (Dr Maximin Legrand, « Feuilleton », dans L'union médicale, n° 117, du samedi 30 septembre 1865, page 627)
    • (Figuré)Un intérieur qui venait tout droit d’un grand magasin, un intérieur tiré à des milliers d’exemplaires, y compris les coussins du divan, avec chat noir découpé dans du velours ! — (Georges Simenon, Le Blanc à lunettes, ch. VII, Gallimard, 1937)
  24. (Photographie) Réaliser une épreuve sur papier à partir d’une image originale sur film ou support informatique.
  25. Faire partir une arme de trait, une arme à feu, un feu d’artifice, une fusée.
    • D’un autre côté, pour ne pas augmenter la furie déjà assez violente des naturels, nous ne tirions qu’en cas de nécessité absolue. — (Peter Dillon, Voyage dans la mer du sud, Revue des Deux Mondes, 1830, tome 1)
    • […]il éprouvait le besoin de tirer sur ces deux hommes. Il voulait tirer dessus, et se disait en même temps que les tuer ainsi serait une action horrible. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 354 de l’éd. de 1921)
    • Il regarda le flingot, un Lefaucheux à deux coups, et constata, circonstance aggravante, que le coup de gauche avait été tiré. — (Louis Pergaud, Le Retour, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Tout à coup, deux coups de feu brisent le silence de midi. […]. Puisque la chasse est fermée, il ne peut s’agir que de braconniers, à moins qu’un fraudeur, surpris par des gabelous ne leur ait tiré dessus. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  26. (En particulier) (Industrie minière) Faire exploser la charge pour abattre la roche.
  27. Chercher à atteindre avec une arme de trait, avec une arme à feu.
    • Au détour d'un amas de roches buissonneuses, je tire sur une gazelle. Un bellah arrête le dernier bourriquot du convoi pour emporter ce gibier — notre repas, ce soir. — (Louis Alibert, Méhariste, 1917-1918, Éditions Delmas, 1944, page 24)
  28. (Intransitif) Faire usage d’une arme de trait ou d’une arme à feu, la faire partir.
    • Tirer de l’arc, de l’arbalète.
    • Tirer au pistolet, à la carabine.
    • Tirer en l’air.
    • Tirer à blanc, à la cible.
  29. (Figuré) (Familier) Offenser, attaquer, dire des choses offensantes.
    • Tirer sur quelqu’un.
  30. Partir en parlant d’arme à feu.
    • Dès que le canon eut commencé à tirer, les ennemis capitulèrent.
    • Ribadier. — Vous pouvez parler sans crainte, monsieur, ma femme dort et quand elle est dans cet état, on pourrait tirer le canon à côté qu’elle ne l’entendrait pas ! — (Georges Feydeau, Le Système Ribadier, 1892, acte II, scène 3)
  31. Exercer une traction, un effort pour amener à soi quelque chose.
    • Tirer fortement sur une corde pour amener un fardeau.
    • Tirer sur une amarre.
  32. (Escrime) Combattre, faire des armes.
    • Tirer de tierce, de quarte.
    • Tirer en tierce.
    • Tirer à la muraille, au mur.
  33. S’en remettre à la décision du sort.
    • On les fit tirer au sort.
    • Ils tirèrent tous deux à la courte paille, au doigt mouillé.
    • Tirer à qui fera, à qui commencera, à qui donnera les cartes.
  34. (Familier) Aller, s’acheminer.
    • Tirons de ce côté.
    • En tirant vers la droite.
    • En tirant sur la gauche.
  35. (Figuré) Avoir quelque rapport ou quelque ressemblance.
    • Leur vanité, leur patriotisme tirant sur le nationalisme, donnèrent lieu à beaucoup de critiques ; ils leur prêtaient le flanc. — (Sophie Basch et ‎Robert A. Jouanny, Le Mirage grec : la Grèce moderne devant l’opinion française depuis la création de l’École d’Athènes jusqu’à la guerre civile grecque (1846-1946), Hatier, 1995, page 495)
  36. (En particulier) Être en ressemblance, en parlant des couleurs.
    • Cette pierre tire sur le vert.
    • Le plumage de cet oiseau tire sur le violet.
  37. Joueur de foot s’apprêtant à tirer. (40)
    (Familier) Effectuer.
    • Vint l’heure du noble devoir patriotique. Fagerolle tira ses mois d’embastillement militaire sans trop de dommages, dans un régiment de marsouins, à Toulon. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 27)
  38. (Familier) Terminer
    • Le mercredi matin à 5 heures, Le Gonidec, son quart étant tiré, quitte la dunette. Il prend un peu de repos et remonte. — (José Gers, Sur la mort du Pourquoi pas ?, France libre, vol. 6, 1936)
  39. (Boules) (Transitif ou intransitif) Lancer la boule avec l’intention de heurter violemment une ou (plus rarement) plusieurs cibles parmi les boules jouées et le but, afin de la ou les chasser.
    • Tu la tires ou tu la pointes ? — (Marcel Pagnol, César, 1936)
  40. (Sports de ballon) (Transitif ou intransitif) Lancer une balle en la frappant (avec son pied, sa main, etc., selon le sport).
    • « Avec quel pied avez-vous tiré ? » « Avec celui-ci, mon fils, lui montre Ghiggia, surpris. Avec le droit.» - (sofoot.com: Le fantome du Maracanã)
    • On s’en souvient, le gardien reste finalement droit et immobile, et l’avant-centre lui tire le ballon dans les mains… - (France culture. Le journal des idées.)
  41. (Par métonymie) (Construction) Installer des câbles.
    • L’idée de cet article va être de vous partager des astuces, ou simplement des bonnes idées pour vous faciliter votre rénovation, lorsque vous avez des câbles RJ45 à tirer. — (Morgan, Rénovation : Astuces pour tirer vos câbles RJ45 !, 15 juillet 2018 → lire en ligne)
  42. (Sports hippiques) En parlant d'un cheval dans une course hippique, qui se montre impétueux, brillant, qui va plus vite que ne le voudrait son cavalier, qui a besoin d'être retenu au risque de s'épuiser et de ne pas garder un bon rythme sur le parcours.
  43. Produire une impression de tension.
    • La peau de ma joue droite me « tirait ». J'y portai la main, pour la frictionner, mais ma paume y resta collée : en m'appuyant contre le pin quand les oiseaux bleus m'avaient fait peur, je l'avais enduite de résine. — (Marcel Pagnol, La gloire de mon père, 1957, collection Le Livre de Poche, page 329.)
  44. (Argot) (Vulgaire) baiser, avoir des rapports sexuels
  45. (Argot) (Vulgaire) branler, masturber
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Tirer : définition du Littré (1872-1877)

TIRER (ti-ré) v. a.

Résumé

  • 1° Attirer, mouvoir vers soi, quand on est soi-même immobile.
  • 2° Mouvoir après soi, vers soi, en marchant.
  • 3° Tirer à soi, amener de son côté. Tirer à soi la couverture.
  • 4° Tirer les yeux, faire mal aux yeux.
  • 5° Ce navire tire tant d'eau.
  • 6° Tirer le pied, la jambe. Tirer sa révérence.
  • 7° Faire sortir une chose d'un endroit ou d'une autre chose.
  • 8° Tirer du vin, de l'eau. Tirer au clair.
  • 9° Tirer la langue.
  • 10° Tirer les bas, les bottes à quelqu'un.
  • 11° Tirer pays.
  • 12° Tirer du sang.
  • 13° Tirer les vaches
  • 14° Faire sortir, au hasard, des billets, des numéros, des noms.
  • 15° Faire venir d'un lieu plus ou moins éloigné certains produits.
  • 16° Faire sortir en suçant.
  • 17° Extraire par voie de distillation ou d'expression.
  • 18° Tirer la racine d'un nombre.
  • 19° Faire sortir quelqu'un d'un endroit, l'éloigner de quelque chose.
  • 20° Délivrer, dégager quelqu'un soit d'un lieu où il est mal, soit de quelque état comparé à ce lieu.
  • 21° Étendre, allonger.
  • 22° Tirer l'or, l'argent, les étendre en fils déliés.
  • 23° Tirer au sec.
  • 24° Tirer un coup, l'assener.
  • 25° Er escrime, tirer des feintes, l'estocade.
  • 26° Lancer des armes de trait.
  • 27° Décharger une arme à feu.
  • 28° Viser avec une arme.
  • 29° Creuser en suivant une certaine direction.
  • 30° Tracer.
  • 31° Faire le portrait de quelqu'un.
  • 32° Tirer copie.
  • 33° Faire plusieurs exemplaires de ce qui est composé en caractères d'imprimerie.
  • 34° Tirer une lettre de change.
  • 35° Faire qu'une personne interrogée parle.
  • 36° Recueillir, percevoir, obtenir, recevoir.
  • 37° Tirer tout, faire la vole.
  • 38° Fig. Puiser, emprunter.
  • 39° Faire sortir de, faire produire à.
  • 40° Inférer, conclure.
  • 41° V. n. Exercer une traction.
  • 42° Aller, s'acheminer.
  • 43° Tirer de long.
  • 44° Tirer à la mer.
  • 45° Remettre à la décision du sort.
  • 46° Tirer des armes.
  • 47° Tirer d'une arme de trait ou d'une arme à feu.
  • 48° Il se dit de l'arme à feu qui part et fait explosion.
  • 49° Faire éprouver une sensation de tiraillement.
  • 50° Tirer au volume. Tirer à la ligne.
  • 51° Tirer en longueur, se prolonger.
  • 52° Tirer à sa fin.
  • 53° Tirer à des conséquences, amener, entraîner certaines conséquences.
  • 54° Tirer à, avoir de la ressemblance avec.
  • 55° Tirer sur, avoir quelque rapport, quelque ressemblance.
  • 56° V. réfl. Se tirer, se délivrer, sortir. S'en tirer.
  • 57° Être ôté d'un lieu, en parlant d'un objet.
  • 58° Être mis hors.
  • 59° Être extrait de, par distillation ou expression.
  • 60° Être extrait de, par la mine, la pioche ou la pelle.
  • 61° Être obtenu, recueilli.
  • 62° Être l'objet d'un tir.
  • 63° Être imprimé.
  • 64° Être conclu comme conséquence.
  • 1Attirer, mouvoir vers soi, quand on est soi-même immobile. Tirez cette porte. Il lui tirait les cheveux. Comme un enfant qui est tiré par les voleurs d'entre les bras de sa mère, qui ne le veut point abandonner, Pascal, Extr. des lettres à Mlle de Roannez, 8. Ce fut un spectacle bien étrange de voir tirer un tribun ignominieusement par des licteurs et des affranchis hors de son tribunal, St-Réal, Conjur. des Gracques. Il [le hocco] devient familier au point de heurter à la porte avec son bec pour se faire ouvrir, de tirer les domestiques par l'habit lorsqu'ils l'oublient…, Buffon, Ois. t. IV, p. 139. Sa sœur cadette a beau la tirer par son vêtement, elle n'entend rien, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 178, dans POUGENS.

    Fig. Est-ce lui qui naguère aux dépens de sa vie Sauva des ennemis votre empereur Décie, Qui leur tira mourant la victoire des mains, Et fit tourner le sort des Perses aux Romains ? Corneille, Poly. I, 3. Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces, Qui, pour tirer les cœurs, ont d'incroyables forces, Molière, l'Ét. III, 2.

    Tirer le verrou, fermer une porte au verrou.

    Tirer la porte sur soi ou après soi, la fermer après l'avoir traversée. Mon père est sorti brusquement, il a tiré sur lui la porte du cabinet, Genlis, Théât. d'éduc. la Cloison, sc. 6.

    Tirer l'échelle, voy. ÉCHELLE.

    Tirer l'oreille, les oreilles à quelqu'un, et fig. Se faire tirer l'oreille, voy. OREILLE.

    Populairement et fig. Tirer une dent, escroquer.

    Tirer la laine, voy. LAINE.

    Tirer le diable par la queue, voy. DIABLE, n° 2.

    Tirer l'eau, se dit de ce qui pompe l'eau par absorption. Ce morceau d'aubier a repris de l'eau, et a continué d'en tirer pendant six jours, en sorte qu'au 10 avril il avait tiré 107 grains et demi d'eau, Buffon, Hist. nat. Introd. Œuv. t. VIII, p. 338.

    Ce cuir tire l'eau comme une éponge, il s'en imbibe beaucoup,

  • 2Mouvoir après soi, vers soi, en marchant. Tirer un cheval par la bride. Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé… Six forts chevaux tiraient un coche, La Fontaine, Fabl. VII, 9. Le champ est labouré, on n'a plus besoin des bœufs qui ont tiré la charrue, et on ne se soucie pas de les nourrir ; j'ai tiré, sire, la charrue le mieux que j'ai pu, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 8 nov. 1771. En général, pour tirer un fardeau sur un terrain inégal et raboteux, comme ils le sont presque tous, il est plus avantageux de tirer un peu en haut, Brisson, Traité de phys. t. I, p. 380.

    Tirer un criminel à quatre chevaux, l'attacher par les pieds et par les mains à quatre chevaux qui le tirent chacun d'un côté et le démembrent.

    Par extension. Je ne savais point du tout la manière dont était mort ce vieil Évreux ; je vois Dieu qui tourne les volontés de ce bonhomme d'une manière extraordinaire, pour le conduire à être déchiré et massacré, et tiré enfin à quatre chevaux [dans un accident de voiture], Sévigné, 455.

    Fig. et familièrement. Tirer quelqu'un à quatre, lui faire les plus grandes instances pour le décider à quelque chose.

    Fig. Se faire tirer, se faire prier, se faire faire des instances. Ce valet de pied se fit tirer d'abord, puis se laissa faire se mit à table], Saint-Simon, 129, 175.

    Absolument. Il [l'éléphant] tire également, continûment et sans se rebuter, pourvu qu'on ne l'insulte pas par des coups donnés mal à propos, Buffon, Quadrup. t. IV, p. 223. Deux buffles attelés ou plutôt enchaînés à un chariot tirent autant que quatre forts chevaux, Buffon, Quadrup. t. v, p. 112.

    Fig. et familièrement. On aura bien à tirer dans cette affaire, on aura bien de la peine à la faire réussir.

    Il a encore bien à tirer pour en venir là, il a encore bien de la peine à avoir avant de parvenir à son but.

    Terme de manége. Ce cheval tire à la main, il résiste à l'action de la bride.

  • 3Tirer à soi, amener de son côté. Tirer à soi la couverture.

    Fig. et familièrement. Tirer la couverture à soi, prendre plus que sa part.

    Fig. Tirer à soi, s'arroger. Émilie : La mienne [gloire] se flétrit, si César te veut croire. - Cinna : Et la mienne se perd, si vous tirez à vous Toute celle qui suit de si généreux coups, Corneille, Cinna, v, 2. L'un soutient son oracle, et l'autre sa statue ; chacun veut tout tirer à soi, Lamotte, Fabl. IV, 16.

    On dit de même : tirer de son côté. Chacun les tire de son côté [les volontés des testateurs], et les interprète de sa manière, je veux dire selon ses désirs ou ses intérêts, La Bruyère, XIV.

  • 4Tirer les yeux, faire mal aux yeux, en les forçant (expression provenant d'une fausse sensation : il semble que cette douleur tire les yeux hors de la tête). Cette écriture est trop fine, elle tire les yeux. Fermez les volets, le soleil me tire les yeux.

    En un autre sens. Cela tire l'œil, cela attire le regard.

  • 5 Terme de marine. Ce navire tire tant d'eau, tant de pieds d'eau, il enfonce dans l'eau de tant. Un vaisseau de 50 à 56 pièces qui tire seize à dix-sept pieds d'eau, Seignelay, à de Seuil, 21 déc. 1678, dans JAL. Les navires des Indes, qui étaient de jonc, tiraient moins d'eau que les vaisseaux grecs ou romains, qui étaient de bois, et joints avec du fer, Montesquieu, Espr. XXI, 6.
  • 6Tirer le pied, la jambe, les porter en arrière de soi pour faire une révérence. Il y avait plus de politesse dans l'air ouvert et humain de son visage [d'un quaker], qu'il n'y en a dans l'usage de tirer une jambe derrière l'autre, et de porter à la main ce qui est fait pour couvrir la tête, Voltaire, Dict. phil. Quakers. Lubin tire le pied et ôte son chapeau avec les grâces naïves de la nature, Marmontel, Cont. mor. Ann. Lub. On veut être quelque chose : dès qu'un jeune homme sait faire la révérence, riche ou non, peu importe, il se met sur les rangs ; il demande des gages, en tirant un pied derrière l'autre : cela s'appelle se présenter, Courier, 2e lettre au Censeur.

    Tirer sa révérence à quelqu'un, le saluer. Moi j'étais en train de tirer une révérence que je laissai à moitié faite, Marivaux, Pays. parv. 2e part.

    Tirer la révérence, se dit aussi pour saluer en s'en allant, s'en aller. Je lui dis ma façon de penser, et je lui tirai ma révérence.

    Fig. Tirer sa révérence, exprimer un refus. Ce que vous me proposez ne me convient pas, et je vous tire ma révérence.

  • 7Faire sortir une chose d'un endroit, ou d'une autre chose. Tirer une épine du pied. Tirer sa bourse de sa poche, une pièce de monnaie de sa bourse. Tirer de l'eau d'un puits, du vin d'un tonneau. Tirer l'or de la mine. Ces dieux qu'ils honorent sont semblables à des pierres qu'on tire d'une montagne, Sacy, Bible, Baruch, VI, 38. Il tire après ces mots une brillante épée, Rotrou, Antig. I, 2. Vous êtes de l'humeur de ces amis d'épée Que l'on trouve toujours plus prompts à dégainer Qu'à tirer un teston, s'il fallait le donner, Molière, l'Ét. III, 5. Elle [Mlle de Guinée] eut des convulsions, on la crut morte ; on lui voulut tirer le cœur, pour le mettre dans un couvent qu'elle aimait ; elle cria quand on commença…, Sévigné, 20 juill. 1694. Et que du sein des monts le marbre soit tiré, Racine, Esth. III, 9. Après avoir tiré du trésor quatre mille cent trente livres d'or, et quatre-vingt mille livres d'argent… il [César] se mit en état de poursuivre Pompée et ses partisans, Vertot, Révol. rom. XII. Nous avons au Cabinet du roi un fœtus de rhinocéros qui nous a été envoyé de l'île de Java, et qui a été tiré hors du corps de la mère, Buffon, Quadrup. t. IV, p. 347. Fig. Ils ont tiré cet art du nombre des vertus, Régnier, Sat. IV. Un de ces hommes en qui Dieu met ses dons d'intelligence et de conseil, et qu'il tire de temps en temps des trésors de sa providence pour assister les rois et pour gouverner les royaumes, Fléchier, le Tellier.

    Tirer sa montre, regarder à sa montre l'heure qu'il est. Dans l'impatience de me voir à son aise, elle tira sa montre à plusieurs reprises, et dit l'heure qu'il était, pour conseiller honnêtement la retraite à nos convives, Marivaux, Pays. parv. 4e part.

    Tirer l'épée contre quelqu'un, se battre contre lui.

    Faire tirer l'épée à quelqu'un, le forcer à se battre.

    Fig. Tirer l'épée, prendre les armes, en venir aux armes. On ne sait qui défendre, ou qui blâmer des deux, Qui des deux a tiré plus justement, l'épée : Les dieux servent César, mais Caton suit Pompée, Brébeuf, Phars. I. Des Espagnols lui ont dit à la Haye que le roi avait pris bien des places, mais que, pour eux, sans tirer l'épée, ils en avaient pris trois qui en valaient bien d'autres, Maestricht, Bréda et Bolduc, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 253.

    Tirer l'épée contre son prince, se révolter contre lui.

    Fig. Tirer son épingle du jeu, voy. ÉPINGLE.

    Fig. Tirer à quelqu'un une épine du pied, voy. ÉPINE.

    Fig. Tirer les marrons du feu, voy. MARRON.

    Fig. et familièrement. Tirer pied ou aile, arracher quelque chose d'une personne, peu ou beaucoup.

    Fig. Tirer à quelqu'un les vers du nez, voy. VER.

    Fig. Tirer une plume de l'aile à quelqu'un, voy. PLUME.

    Fig. Tirer d'un sac deux moutures, voy. SAC.

    Tirer des sons d'un instrument, lui faire rendre des sons.

    Tirer du feu d'un caillou, en faire jaillir du feu en le frappant.

    Tirer des larmes des yeux de quelqu'un, le toucher au point de le faire pleurer. Pour me tirer des pleurs il faut que vous pleuriez, Boileau, Art p. III. Nous nous en voulions, Mme Denis et moi, d'avoir tiré des larmes des plus beaux yeux qui soient actuellement à Turin ; ces yeux sont ceux de Mme de Chauvelin l'ambassadrice, Voltaire, Lett. à Mme de Fontaine, 24 nov. 1757.

    On dit dans le même sens : tirer des soupirs. L'image de l'empire en de si jeunes mains M'a tiré ce soupir pour l'État que je plains, Corneille, Pulch. II, 1.

  • 8Tirer du vin, tirer de l'eau, faire venir du vin d'un tonneau, de l'eau d'un puits. Il fait tirer du meilleur [vin] cependant, La Fontaine, Orais.

    On dit dans le même sens : tirer bouteille. Faites-moi toujours tirer chopine, je vous prie, Dancourt, Maison de camp. sc. 32. Va-t'en m'attendre, ici près, aux Barreaux verts, et faire tirer bouteille, Regnard, Sérénade, 13.

    Tirer du vin au clair, le transvaser après l'avoir laissé reposer.

    Fig. Tirer une affaire au clair, l'éclaircir, la débrouiller. Rien n'est, ce me semble, si facile, tout serait alors tiré au clair, sans que des personnes qui peuvent beaucoup me nuire eussent le moindre prétexte contre moi, Voltaire, Lett. d'Arqental, 6 nov. 1767. Je supplie très instamment mes anges de vouloir bien parler à le Jeune, et de tirer la chose au clair, Voltaire, ib. 11 janv. 1773. J'attends qu'un de mes amis… soit de retour de la campagne, pour tirer au clair cette histoire abominable, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 nov. 1769.

  • 9Tirer la langue, avancer sa langue hors de la bouche. Le médecin lui dit de tirer la langue. Les chiens, quand ils sont échauffés, tirent la langue. Pour perdre la moitié de leurs dents dans la salivation mercurielle], en tirant la langue d'un demi-pied, et pour mourir de la poitrine au bout de six mois, Voltaire, l'Homme aux 40 écus, Entretien avec un chirurgien.

    Tirer la langue à quelqu'un, est une sorte de manifestation d'injure et de moquerie.

    Fig. et populairement. Faire tirer la langue à quelqu'un d'un pied de long, le faire languir dans l'attente de quelque chose.

    Je lui verrais tirer la langue d'un pied de long, que je ne lui donnerais pas un verre d'eau, se dit en parlant d'une personne pour qui on n'a aucune compassion.

  • 10Tirer les bas, les bottes à quelqu'un, les lui ôter des jambes.

    On a dit de même tirer un diadème. Il lui faudrait du front tirer le diadème, Corneille, Nic. v, 7.

    Tirer son chapeau, l'ôter pour saluer. Il ne m'a pas tiré son chapeau.

    Fig. et populairement. Tirer ses chausses, tirer ses grègues, s'enfuir. Le galant aussitôt Tire ses grègues, gagne au haut, Mal content de son stratagème, La Fontaine, Fabl. II, 15. Donnez-moi vitement quelques coups de bâton, Et me laissez tirer mes chausses sans murmure, Molière, le Dép. I, 4.

  • 11Tirer pays, tirer chemin, s'en aller, s'enfuir (c'est, comme gagner pays, mettre du pays, de l'espace derrière soi). Vu que la fuite en est la fin la plus heureuse [d'un duel], Et qu'il faut que, l'un mort, l'autre tire pays, Corneille, Suiv. IV, 5. Ma foi, si vous ne tirez pays, j'irai chercher le commissaire, Hauteroche, Crispin méd. III, 13. Et sans plus m'écouter, il a tiré chemin, Th. Corneille, le Galant doublé, III, 3.
  • 12Tirer du sang, saigner. Je lui conseille de se faire tirer du sang, et lui promets de ne le lui échauffer jamais par mes façons de parler trop libres, Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 256.

    Par exagération. Je tremble comme une feuille ; on ne me tirerait pas une goutte de sang, Th. Leclercq, Prov. t. II, p. 171, dans POUGENS.

  • 13Tirer les vaches, les traire.
  • 14Faire sortir, au hasard, de la boîte qui les contient, des billets, des numéros, des noms. Tirer les billets, les numéros d'une loterie. Le président a tiré au sort les noms des jurés. Ce jeune homme a tiré un mauvais numéro. Le sort, dit le prélat, vous servira de loi ; Que l'on tire au billet ceux que l'on doit élire, Boileau, Lutr. 1. Tout était tiré rigoureusement au sort, Raynal, Hist. phil. X, 10.

    Absolument. Il tourne le bonnet ; l'enfant tire, et Brontin Est le premier des noms qu'apporte le destin, Boileau, Lutr. I.

    Tirer une loterie, tirer les numéros d'une loterie, faire sortir par le sort les numéros.

    Tirer quelque chose à la courte paille, en décider par le hasard de la plus courte paille. Tirez votre réponse à la courte paille, Marivaux, Surpr. de l'amour, III, 4.

    Tirer le gâteau des Rois, ou, simplement, tirer les Rois, distribuer au hasard les parts d'un gâteau dans lequel il y a une fève, afin que celui à qui elle échoit soit le roi de la fête.

  • 15Faire venir d'un lieu plus ou moins éloigné certains produits. On tire beaucoup de tabac de l'Amérique. Ce négociant tire ses étoffes de Lyon. Nous tirons encore aujourd'hui d'Athènes esclave du coton, de la soie, du riz, du blé, de l'huile, des cuirs, Voltaire, Dict. phil. Espr. des lois. Pour juger s'il y a du luxe dans l'usage des choses, il suffirait souvent de considérer l'éloignement des lieux d'où on les tire, Condillac, Comm. gouv. I, 27.
  • 16Faire sortir en suçant. Les sangsues ont tiré beaucoup de sang. L'enfant tire le lait de la mamelle.
  • 17Extraire par voie de distillation ou d'expression. Tirer le suc des herbes. Tirer de l'huile sans feu. Tirer cette huile sans feu, comme on tire l'huile vierge, Genlis, Maison rust. t. II, p. 293, dans POUGENS.

    Fig. On se nourrit des anciens et des habiles modernes ; on les presse, on en tire le plus que l'on peut, on en renfle ses ouvrages, La Bruyère, I.

    Fig. Il tire la quintessence de tout, il est habile, adroit, et fait d'une chose tout ce qu'on en peut faire.

    Il tirerait de l'huile d'un mur, voy. HUILE, aux proverbes.

  • 18 Terme d'arithmétique. Tirer la racine carrée, cubique d'un nombre, trouver, par le calcul, la racine carrée, cubique de ce nombre.
  • 19Faire sortir quelqu'un d'un endroit, et aussi de quelque emploi. Je voulais avoir lieu d'abuser Émilie, Effrayer son esprit, la tirer d'Italie, Corneille, Cinna, v, 3. Jeux, conversations, spectacles, rien ne la tira [Mme la Dauphine] de sa solitude, Fléchier, Dauphine. J'appelai de l'exil, je tirai de l'armée Et ce même Sénèque, et ce même Burrhus, Qui depuis…, Racine, Brit. IV, 2. Que les fonctions saintes du ministère fassent tout mon plaisir, comme elles font toute ma gloire ; que tout ce qui me tire de l'exercice de ces fonctions, me soit insupportable, Massillon, Paraphr. ps. XXV, v. 12. … Pour fuir un éclat, monsieur, je vous conjure, De me tirer d'ici dès demain, dès ce soir, Pour que Valère et moi nous cessions de nous voir, Destouches, Glor. I, 9.

    Tirer à part, voy. PART 2, n° 10.

    Fig. On ne peut le tirer de là, il se tient attaché à son idée, il répond toujours la même chose.

    Fig. Tirer quelqu'un d'un mauvais pas, le dégager d'une affaire difficile, fâcheuse, embarrassante. Et, loin de le tirer de ce pas hasardeux, Ma bonté ne ferait que nous perdre tous deux, Corneille, Poly. v, 1.

    Fig. Tirer quelqu'un de la boue, de la poussière, le faire sortir d'un état misérable et bas.

  • 20Délivrer, dégager quelqu'un soit d'un lieu où il est mal, soit de quelque état comparé à ce lieu. Tirez-moi de ce trouble, ou souffrez que je meure, Corneille, Rodog. v, 4. Vous donc, mes vrais amis, qui me tirez de peine, Corneille, Héracl. III, 4. Vous ne les craindrez point, parce que le Seigneur votre Dieu, qui vous a tirés de l'Égypte, est avec vous, Sacy, Bible, Deutéron. XX, 1. Eh ! mon ami, tire-moi du danger ; Tu feras après ta harangue, La Fontaine, Fabl. I, 19. Cet Anglais [Talbot, qui donnait le quinquina] vient de tirer de la mort le maréchal de Bellefonds, Sévigné, 387. M. de la Trousse aurait pu nous tirer, avec un peu d'amitié et de conduite, de l'embarras où nous sommes, Sévigné, 451. Cette duchesse [de Chaulnes] ne cesse de me dire que la belle comtesse sera ravie qu'elle m'ait tirée de ce mauvais air des Rochers, Sévigné, 30 juill. 1689. Les ennemis sont poussés partout ; Oudenarde est délivrée de leurs mains ; pour les tirer eux-mêmes de celles du prince, le ciel les couvre d'un brouillard épais, Bossuet, Louis de Bourbon. Ils tremblent qu'un censeur… N'aille du fond du puits tirer la vérité, Boileau, Disc. au roi. Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur, Racine, Phèdre, II, 5. Il faut que sur le trône un roi soit élevé, Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres, L'a tiré par leur main de l'oubli du tombeau…, Racine, Athal. I, 2. Si je reviens si craint et si peu désiré, ô ciel ! de ma prison pourquoi m'as-tu tiré ? Racine, Phèdre, III, 5. Il ne rougit pas de leur raconter quand et de quelle manière il a tiré cet homme des ennemis, et l'a apporté dans sa tente, La Bruyère, Théophr. XX. Cent écus que feu votre époux, mon intime ami, me prêta pour me tirer d'une affaire d'honneur que j'eus autrefois à Bruges, Lesage, Diable boit. 4. Cet abbé [Desfontaines] est un homme que j'ai, en 1724, tiré de Bicêtre, où il était renfermé pour le reste de ses jours, Voltaire, Mél. litt. aux aut. Bibl. franç. Ce fut Gustave Wasa qui, en tirant les Suédois de l'obscurité, anima aussi les Danois par son exemple, Voltaire, Mœurs, 117. Tire-moi, par pitié, de mon doute terrible, Voltaire, Alz. IV, 5. Voilà comme vous êtes : une plaisanterie vous tire d'affaire, quand vous n'avez pas de bonnes raisons à donner, Genlis, Théât. d'éduc. Fausse délicat. I, 2.
  • 21Etendre, allonger. Tirer du linge sur la platine. Tirer une courroie.

    Fig. Tirer la courroie, et, absolument, tirer, employer beaucoup d'économie pour soutenir une dépense jusqu'à une certaine époque. Il faut qu'il tire bien la courroie pour gagner le bout de l'an. Il a bien à tirer pour suffire à son ménage.

    Tirer une corde, la tirer ferme, la bander le plus qu'on peut.

    Tirer bien ses bas, ses gants, les étendre bien sur la jambe, sur le bras, de manière qu'ils ne fassent point de plis. Elle [Mlle Temple] rougit d'abord, pâlit ensuite… tira ses gants l'un après l'autre jusques au coude, Hamilton, Gram. 10.

    Tirer le cordon, se dit du portier qui ouvre la porte extérieure de la maison au moyen du cordon placé dans sa loge.

    Tirer à poil une étoffe de laine, de soie, de coton, en faire sortir, en faire paraître le poil, en le tirant avec une espèce de carde.

    Tirer les rideaux, les ouvrir ou les fermer.

    Fig. Tirer le rideau, écarter ce qui empêche de voir, de savoir. En un mot, le petit démon qui nous tirerait les rideaux, nous divertirait extrêmement, Sévigné, 197.

    Fig. Tirer le rideau sur quelque chose, et, absolument, tirer le rideau, ne plus s'occuper d'une chose, la mettre en oubli. Sur les noires couleurs d'un si triste tableau Il faut passer l'éponge, ou tirer le rideau, Corneille, Rodog. II, 3.

    Fig. Tirer en longueur, prolonger, allonger. L'attention de l'auditeur déjà lassée se rebute de ces conclusions qui traînent et tirent la fin en longueur, Corneille, Hor. exam. Ce général du sénat [Pompée], qui voulait tirer la guerre en longueur pour avoir le temps d'amasser de plus grandes forces, passa d'Italie en Épire, Vertot, Révol. rom. XII.

    Tirer une affaire en longueur, en éloigner la conclusion. Elle me dit franchement que, ses intentions étant conformes aux miennes, elle n'avait pas dessein de tirer les choses en longueur, Lesage, Guzm. d'Alf. IV, 16.

  • 22Tirer l'or, tirer l'argent, les étendre, les allonger en fils déliés.

    Tirer l'épingle, faire passer le laiton par la filière.

    Tirer le cierge, le fabriquer à la main.

  • 23Tirer au sec, faire sécher une confiture.
  • 24Tirer un coup, le porter, l'assener (emploi qui vieillit ; cette acception provient du sens que tirer a d'étendre, allonger). Le mulet prend le temps, et du grand coup qu'il tire Lui enfonce la tête, Régnier, Sat. III.

    Terme de manége. Tirer la ruade, ruer, en parlant d'un cheval.

  • 25 Terme d'escrime. Tirer des feintes, faire des mouvements simulés, pour tromper son adversaire.

    Tirer une estocade, un coup d'estocade, pousser une estocade à celui contre qui on fait des armes (phrase qui a vieilli).

    Fig. Tirer l'estocade, une estocade à quelqu'un, lui demander de l'argent à emprunter, sans avoir l'intention de le lui rendre (phrase qui a vieilli).

  • 26Lancer des armes de trait (cette acception provient de l'emploi de tirer un coup). C'est pourtant maintenant qu'il se faut assurer, Et lui tirer des traits qu'il ne puisse parer, Mairet, Sophon. III, 2. Je tirerai contre eux toutes mes flèches, Sacy, Bible, Deutéron, XXXII, v. 23.
  • 27Décharger une arme à feu. Tirer un coup de fusil. Tirer des salves d'artillerie. Méli, capitaine de Livry, ayant voulu tirer un fusil chargé depuis longtemps, le fusil lui creva dans la main, et on a été obligé de lui couper le bras, Sévigné, 8 nov. 1688. Il [un navire] tire du canon pour demander du secours ; car la mer est bien mauvaise, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg. En Europe, nous tirons le canon en signe d'allégresse pour annoncer la destruction de plu sieurs milliers d'hommes, Chateaubriand, Génie, IV, VI, 3.

    On dit dans un sens analogue : tirer un feu d'artifice, tirer des pétards, des fusées.

    Bien tirer le pistolet, être très adroit au tir du pistolet.

    Pour les armes portatives, on dit : tirer le fusil, la carabine, le pistolet, et tirer au pistolet, au fusil, à la carabine.

    Dans les bouches à feu, on emploie toujours le régime direct : tirer le canon, le mortier, l'obusier ; avec cette nuance toutefois que tirer le canon a une signification tout à fait universelle, tandis que, dans le cas général, on dira plutôt pour les autres pièces : tirer des bombes, des obus.

    Pour les projectiles, on dit : tirer des boulets ou à boulets, tirer des obus ou à obus, tirer des bombes.

    Fig. Tirer sa poudre aux moineaux, perdre sa peine et son temps. Force godelureaux à vendre, Devant Héro faisant les beaux, Tirèrent leur poudre aux moineaux ; Ce que ne faisait pas Léandre, Scarron, Poés. div. Œuv. t. VII, p. 280.

  • 28Diriger une arme à feu sur. La ville était prise… ce petit chevalier [de Longueville] monte sur le revers de la tranchée… un soldat veut tirer une bécassine, et tire ce petit garçon ; il en est mort le lendemain, Sévigné, 8 nov. 1688. Il [un oiseau] est difficile à tirer, Buffon, Ois. t. VI, p. 110. Allons tirer des grives, c'est assez pousser d'arguments, Rousseau, Hél. v, 7.

    Fig. Je lui dis : Vraiment, madame, vous avez tiré de bien près ce bon père, vous aviez peur de le manquer, Sévigné, 284. Le voilà pourtant ce seizième [d'août] que nous avons suivi depuis deux mois, je pars demain ; je n'eusse jamais cru… qu'un jour visé de si loin pût être tiré si juste, Sévigné, 15 août 1677.

    Fig. et familièrement. Pour lui parler, il faut le tirer au vol, le tirer en volant, il est difficile de le joindre et de trouver le moment de lui dire un mot.

  • 29Creuser en suivant une certaine direction. Les canaux que l'on tire pour arroser des pays qui en ont besoin, Fontenelle, Guglielmini. Bientôt après, il [Pierre le Grand] tira ce canal qui joint la mer Caspienne au golfe de Finlande et à l'Océan, Voltaire, Russie, II 11. Au delà était un marais, et derrière le marais les Russes avaient tiré un retranchement d'un quart de lieue, Voltaire, ib. I, 16.
  • 30Tracer. Tirer une ligne. Tirer une allée au cordeau. Tirer un plan sur du papier. Tirer une raie sur ce qu'on a écrit.

    Tirer en ligne de compte, employer, comprendre dans un compte.

    On dit plus ordinairement : mettre en ligne de compte.

  • 31Faire le portrait de quelqu'un, soit en peinture, soit en sculpture (emploi qui vieillit). On l'a tiré en cire, en plâtre. Je vous enverrai celui [le portrait] que vous me demandez ; je faisais difficulté d'y faire commencer sitôt ; car cette absence m'a tellement changé, que, si l'on me tire bien, je ne serai pas reconnaissable, Voiture, Œuv. t. II, p. 232. Il n'y a pas longtemps que je me suis fait tirer par Rigaud, me dit-il, c'est un des meilleurs peintres de Paris, et tous ceux qui voient ce portrait, disent que j'y suis fort bien tiré : - un homme du monde… ne se serait pas servi du mot tirer qui n'a aucun usage dans ce sens que parmi la bourgeoisie, Caillières, Du bon et mauvais usage, convers. 1re. On sait que ce prince [Alexandre] avait défendu… à tout autre peintre qu'Apelle de tirer son portrait, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re part. p. 97, dans POUGENS. De se faire tirer certain homme eut envie ; Chacun veut être peint une fois en sa vie, Lamotte, Fabl. IV, 4.

    Fig. Tirer en exemple, proposer pour modèle. Ces choses qu'il faut souffrir au théâtre, parce qu'elles ont un éclat dont la surprise éblouit, et qu'il ne ferait pas bon tirer en exemple pour conduire une action véritable sur leur plan, Corneille, Héracl. Examen. On a vu des génies extraordinaires passer tout d'un coup de la méditation du cabinet aux charges les plus difficiles ; mais ces gens-là ne peuvent être tirés en exemple, Saint-Évremond, De l'étude et de la conversation.

  • 32Tirer copie, tirer une copie, tirer la copie, copier. Tirer copie d'un acte. Un fameux grammairien nommé Tyrannion, qui demeurait alors à Rome, ayant grande envie d'avoir les œuvres d'Aristote, obtint du bibliothécaire de Sylla la permission d'en tirer une copie, Rollin, Hist anc. Œuv. t. x, p. 175, dans POUGENS. D'après son grand tableau, lorsqu'elle fut sortie, Vous fîtes l'autre jour tirer cette copie, Dorat, Feinte par amour, I, 4.

    Tirer les parties d'une partition, les extraire et les copier, pour que chaque concertant ait la sienne, tandis que le chef d'orchestre a la partition complète sous les yeux. Réellement cela m'occupait, et beaucoup, pour rassembler la musique, les concertants, les instruments, tirer les parties, Rousseau, Confess. v.

  • 33Faire plusieurs exemplaires de ce qui est composé en caractères d'imprimerie. Tirer une feuille, un volume, une gravure. Cet ouvrage a été tiré à cinq cents exemplaires. Attendez… c'est depuis vingt ans, On en tira cent exemplaires, Boileau, Epigr. 5. Il [Louis XV] fit imprimer au Louvre un petit livre de la géographie pour le cours des fleuves, qu'il composa en partie sous les leçons de M. de Lisle, et dont on tira cinquante exemplaires, Voltaire, Él. fun. Louis X. La planche d'étain ne saurait tirer proprement beaucoup plus de huit à neuf cents exemplaires, Camus, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. v, p. 297.

    Absolument. Bon à tirer. Il faut mettre de l'encre et tirer avec soin ; dites cela à votre imprimeur, Courier, Lett. VI.

    Un bon à tirer, voy. BON, n° 18.

  • 34 Terme de commerce. Tirer une lettre de change, faire un billet qui doit être payé au porteur par un correspondant. Tirer une lettre de change payable à deux mois de vue, à vue.

    Tirer une lettre de change sur quelqu'un, ou, absolument, tirer sur quelqu'un, lui adresser une lettre de change. L'on tire sur les pays étrangers pour les payer [ces dépenses], Montesquieu, Esp. XXII, 10. Qu'à Paris on me charge de faire passer à Amsterdam mille onces d'argent, lorsque l'échange est à six pour cent au-dessus du pair, et supposons qu'alors il soit de quatre pour cent au-dessus du pair de Paris à Londres et de deux pour cent au-dessous de Londres à Amsterdam ; dans une pareille circonstance, on voit qu'il y a un bien plus grand profit à tirer d'abord sur Londres, pour tirer ensuite de Londres sur Amsterdam, qu'à tirer directement de Paris sur Amsterdam, Condillac, Comm. gouv. I, 17. On dit de même : tirer une somme sur quelqu'un. Vous pouvez tirer sur moi de petites sommes, Bossuet, Lett. quiét. 214.

    Tirer une lettre de change par première, seconde, troisième, la tirer en deux ou plusieurs exemplaires, soit afin que, l'un étant perdu, l'autre puisse le remplacer, soit afin que, l'un étant envoyé à l'acceptation du tiré, l'autre puisse être négocié pendant ce temps-là.

  • 35Faire qu'une personne interrogée parle. Cinna vient, et je veux en tirer quelque chose, Corneille, Cinna, EI, 1. Donnez-vous la peine de tirer la vérité, et de m'empêcher d'être trompée, Sévigné, 21 déc. 1692. Il tire d'un déserteur, d'un transfuge, d'un prisonnier, d'un passant ce qu'il veut dire, ce qu'il veut taire, ce qu'il sait, et, pour ainsi dire, ce qu'il ne sait pas, Bossuet, Louis de Bourbon. Feignons ; et de son cœur, d'un vain espoir flatté, Par un mensonge adroit tirons la vérité, Racine, Mithr. III, 4. Elle tira le secret de ses compagnes, Mme de Caylus, Souven. p. 144, dans POUGENS. Tout ce que je pus tirer de lui ne fut que des conjectures vagues, aussi propres à confirmer qu'à détruire mes craintes, Graffigny, Lett. péruv. 29.

    Ne pouvoir tirer un mot de quelqu'un, ne pouvoir rien tirer de quelqu'un, n'en pouvoir obtenir de réponse, d'éclaircissement. Valère : Que t'a dit Marine ? - Scapin : Marine ? rien du tout ; c'est une fille dont on ne saurait tirer une parole, Regnard, Sérén. 5. C'est une petite fille si niaise qu'on n'en peut rien tirer, Genlis, Vœux téméraires, t. I, p. 25, dans POUGENS.

    Tirer de la bouche, faire dire. Je pense qu'il vaut mieux que de sa propre bouche Je tire avec douceur l'affaire qui me touche, Molière, Éc. des f. II, 2. Luther n'en a jamais tant dit, et tout ce que ses emportements lui ont tiré de la bouche n'approche pas de ce que Calvin dit froidement de lui-même, Bossuet, Var. IX.

    On ne peut parvenir à tirer la vérité de sa bouche, se dit d'un accusé qui ne veut rien avouer.

    Tirer un éclaircissement de quelqu'un, faire en sorte qu'il donne l'éclaircissement qu'on désire de lui.

  • 36Recueillir, percevoir, obtenir, recevoir. Il tire dix mille francs de rente de sa terre. On a tiré beaucoup d'argent du nouvel impôt. On peut tirer du fruit de tout ce qui fait peine, Corneille, Pulch. III, 1. M. le Prince n'a de force contre Votre Majesté que celle qu'il tire de la haine qu'on a contre M. le cardinal, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 364, dans POUGENS. Je tirai l'autre jour à Rennes, du milieu du tourbillon, une heure de conversation avec M. de Chaulnes, Sévigné, 18 août 1680. Ceux qui tirent des pensions, gages, appointements et dons du roi, Vauban, Dîme, p. 70. Je suis ravie qu'il n'ait tiré aucun avantage de son artifice, Lesage, Diable boit. 4. On tire peu de service des vieillards, Vauvenargues, Max. LXXX. Les registres de la chambre des comptes des Pays-Bas, qui sont actuellement à Lille, déposent que Philippe II ne tirait pas quatre-vingt mille écus des sept Provinces-Unies, Voltaire, Pol. et lég. Idées républ. 47. Vous trouverez que la cour de Madrid tire annuellement 55 084 450 livres de ses provinces du nouveau monde, Raynal, Hist. phil. VIII, 28.

    Tirer race, faire couvrir des juments pour en avoir des produits.

    Tirer de l'argent de quelqu'un, se faire donner de l'argent par supercherie ou par sollicitation. Fais-nous un peu ce récit, qu'on m'a dit qui est si plaisant, du stratagème dont tu t'es avisé pour tirer de l'argent de ton vieillard avare, Molière, Scapin, III, 1. La duchesse de Lude leur donne cinquante écus tous les ans : n'en saurait-on tirer davantage ? Maintenon, Lett. à M. de Caylus, t. VI, p. 97, dans POUGENS. Vous aviez trouvé là une nouvelle manière de tirer de l'argent des princes, Fontenelle, Auguste, Aretin. Pour deux ou trois personnes qui voudront bien payer, il y en aurait cinquante dont je ne tirerais jamais un sou, Dancourt, Désol. des joueuses, sc. 9. Henri III tira d'Aaron, juif d'York, quatorze mille marcs d'argent, et dix mille pour la reine, Montesquieu, Esp. XXI, 20.

    Tirer quelque grâce de quelqu'un, en obtenir quelque grâce par adresse ou par instance. Il a tiré de lui une donation.

    Tirer promesse, tirer parole de quelqu'un, faire en sorte qu'il promette, qu'il donne sa parole.

    On ne saurait tirer raison de cet homme, on ne peut obtenir de lui qu'il fasse ce qu'il doit.

    Tirer raison, tirer satisfaction d'une injure, d'une offense, faire réparer l'injure, l'offense. Mourir sans tirer ma raison !… Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison, Corneille, Cid, I, 9.

    Tirer vengeance, se venger. Je vous déclare que ma santé est assez bonne… pour tirer de vous la vengeance la plus complète, Voltaire, Diatr. du docteur Akakia.

    Tirer parti de quelqu'un, de quelque chose, en tirer des services, de l'avantage.

    Tirer avantage d'une chose, la tourner, l'interpréter à son avantage.

    Tirer vanité d'une chose, s'en prévaloir. Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance ? êtes-vous en droit, dites-moi, d'en tirer vanité ? Molière, Don Juan, IV, 6.

    On dit dans le même sens : tirer gloire. On exposait une peinture Où l'artisan avait tracé Un lion d'immense stature Par un seul homme terrassé ; Les regardants en tiraient gloire, La Fontaine, Fabl. III, 10.

  • 37 Terme de jeux. Tirer tout, faire la vole.
  • 38 Fig. Puiser, emprunter. Le pouvoir tire son droit de la nation. Les mots que nous avons tirés du latin. L'instruction qu'on tire de l'histoire. La maison de France, la plus grande sans comparaison de tout l'univers, et à qui les plus puissantes maisons peuvent bien céder, puisqu'elles tâchent de tirer leur gloire de cette source, Bossuet, Duch. d'Orl. Fontenelle ne le traduisit pas [le livre de Van Dale sur les oracles] ; mais il en tira ce qu'il crut de plus convenable à sa nation, qui aime mieux les agréments que la science, Voltaire, Dict. phil. Oracles. Ce n'est guère qu'à Paris que je pourrai trouver ces immenses recueils dont je tire quelques gouttes d'élixir, Voltaire, Lett. au roi de Pr. novembre 1742.

    C'est de là que cette ville, cette rivière tire son nom, elle doit à telle circonstance le nom qu'elle porte. Ce vin tire son nom du territoire qui le produit.

    Tirer son origine, tirer sa source de, provenir. Cette rivière tire sa source de telle montagne. Il tire son origine de telle famille.

    On dit aussi : Les généalogistes tirent l'origine de cet homme de telle maison, ils prétendent que cet homme provient de telle maison.

  • 39Faire sortir de, faire produire à. Quelque sinistres qu'ils [les événements] nous paraissent, nous devons espérer que Dieu en tirera la source de notre joie, si nous lui en remettons la conduite, Pascal, Lett. Sur la mort de son père. La manière dont il [Dieu] produit l'âme est beaucoup plus merveilleuse : il ne la tire point de la matière ; il l'inspire d'en haut ; c'est un souffle de vie qui vient de lui-même, Bossuet, Hist. II, 1. On tirait un autre chef d'accusation contre lui des forts qu'il avait bâtis près de la ville de Byzance, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IV, p. 51. Pythagore croit que Dieu est une âme répandue dans tous les êtres de la nature, et dont les âmes humaines sont tirées, Rollin, Hist. anc. liv. XXVI, ch. III, 1, 2. Savant dans cet art enchanteur de tirer de la plus petite situation les sentiments les plus délicats, Voltaire, Oreste, Ép.
  • 40Inférer, conclure. Et de là nous pouvons tirer des conséquences, Qu'on n'acquiert point leurs cœurs sans de grandes avances, Molière, Mis. III, 5. Ils [les anciens] doivent être admirés dans les conséquences qu'ils ont bien tirées du peu de principes qu'ils avaient, et ils doivent être excusés dans celles où ils ont plutôt manqué du bonheur de l'expérience que de la force du raisonnement, Pascal, Préface sur le traité du vide. Il aurait pu encore tirer cet autre argument, Voltaire, Dict. phil. Vérité.

    On dit de même : tirer une conjecture de. Tirer un bon, un mauvais augure, un bon, un mauvais présage de quelque chose. Les présages qu'on tire du vol des oiseaux et des entrailles des victimes, Fénelon, Tél. XXIII.

    Tirer l'horoscope d'une personne, faire son horoscope en vertu des préceptes de l'astrologie judiciaire.

    Tirer les cartes à quelqu'un, lui prédire sa destinée d'après l'arrangement fortuit des cartes que l'on consulte.

    Absolument et familièrement. Je ne tire pas les cartes, je ne me mêle pas de prédire ce qui adviendra.

  • 41 V. n. Exercer une traction. On tirait fortement sur la corde pour amener le lourd fardeau.

    Cette corde tire, elle est bandés extrêmement ferme.

    Terme de vénerie. Tirer sur le trait, se dit en parlant du limier qui trouve, la voie et veut avancer.

    Terme de manége. Tirer au renard, se dit du cheval qui se jette violemment en arrière, lorsqu'il est attaché.

    Terme de fauconnerie. Faire tirer l'oiseau, le faire becqueter en le paissant, et surtout en lui donnant un pât nerveux pour exciter son appétit.

    Dans une corderie, tirer au premier brin, peigner ou travailler le chanvre de manière à en obtenir les fibres du premier brin.

  • 42 Terme familier. Aller, s'acheminer. Nous sommes découverts, tirons de ce côté, Molière, l'Ét. III, 13. Quel caquet est le vôtre ! Tirez de cette part ; et vous, tirez de l'autre, Molière, Tart. II, 4. M. de Bouillon tira droit en Bourgogne d'où il était venu, Saint-Simon, 200, 176. Nous prîmes congé d'eux le lendemain matin après avoir fait un partage égal de nos espèces, et nous tirâmes vers Valence, Lesage, Gil. Bl. VI, 2. Pour arriver à son pied [d'une montagne], je tirai plus à l'ouest que je n'avais fait la veille, Saussure, Voy. Alpes, t. III, p. 186, dans POUGENS.

    En ti-ant vers, à, sur, se dit en parlant des localités, pour en désigner la direction. L'Arabie s'étend du désert de Jérusalem jusqu'à Aden, vers le quinzième degré, en tirant droit du nord-est au sud-est, Voltaire, Dict. phil. Arabes. Au delà de ces îles, en tirant sur les Moluques, il y en a d'autres…, Voltaire, Mœurs, 149.

    Tirer au large, s'enfuir. Tirez, allez-vous-en, n'approchez pas, éloignez-vous. Tirez, tirez, vous dis-je, ou bien je vous assomme, Molière, l'Ét. IV, 8. Tirez, tirez, monsieur le bailli, et rengainez vos procédures, le défunt n'est pas mort ; le voilà que je vous amène, Dancourt, Mari retrouvé, sc. 23.

    Tirez, tirez, terme dont on se servait autrefois pour chasser un chien. Dandin : Tirez, tirez, tirez. - L'Intimé : Notre père, messieurs… - Dandin : Tirez donc ! quels vacarmes ! Ils ont pissé partout, Racine, Plaid. III, 3.

    Terme de vénerie. Tirez, tirez, chiens ! cri dont on se sert pour faire suivre les chiens quand on les appelle.

  • 43Tirer de long ou le long, se dit de la bête qui s'en va sans s'arrêter.

    Dans le langage général, tirer de long, s'enfuir. La colombe l'entend, part et tire de long, La Fontaine, Fabl. II, 12.

    Tirer de long, signifie aussi apporter des délais dans une affaire.

  • 44 Terme de marine. Tirer à la mer, prendre le large.

    Tire avant ! commandement qu'on adresse aux rameurs pour qu'ils nagent avec plus de vigueur.

  • 45Remettre à la décision du sort. On les fit tirer au sort. Ils tirèrent tous deux à la courte paille. On les fit tirer au doigt mouillé. Tenez donc, voici deux bûchettes ; Accommodez-vous, ou tirez, La Fontaine, Fabl. III, 8.

    Tirer à qui…, décider par la voie du sort qui… J'admirais la brutalité de quelques Anglais, de ces marauds sans doute qui tirent au billet pour un teston à qui sera pendu ; monsieur, ils fumaient nonchalamment dans un si grand danger, Saint-Évremond, Sir Politick, II, 1. N'avez-vous point trouvé qu'il [l'historien Josèphe] jouait d'un grand bonheur dans cette cave où ils tiraient à qui se poignarderait le dernier ? Sévigné, 12 janv. 1676.

    Tirer à la conscription, et, absolument, tirer, prendre un des numéros qui, à la conscription, décident si on sera soldat ou non. Il tire cette année.

    Terme de jeu. Tirer à qui fera, décider par le sort qui jouera le premier.

    Fig. et familièrement. Tirer au bâton, tirer au court bâton avec quelqu'un, contester avec lui d'égal à égal (locution vieillie, se disant d'un homme qui était inférieur dans la chose dont on conteste, à celui avec qui il conteste). Il ne vous appartient pas de tirer au bâton avec lui.

  • 46Tirer des armes, ou, simplement, tirer, faire des armes, s'exercer au maniement du fleuret, de l'épée, du sabre. Tirer au mur, à la muraille. T er de tierce, de quarte. Tirer en tierce, en quarte. Il tire bien. Et moi, je leur soutiens à tous deux que la science de tirer des armes est la plus belle et la plus nécessaire de toutes les sciences, Molière, Bourg. gent. II, 4. Après trois mois de leçons je tirais encore à la muraille, hors d'état de faire assaut, Rousseau, Conf. v. Les fers une fois engagés, je n'ai plus songé qu'à ma besogne ; car Daligny tire au moins de ma force, Ch. de Bernard, la Peau du lion, XI.

    Tirer la main plate, enlever la main avec les ongles en l'air.

    Tirer dans le fer, tirer dans le côté où l'adversaire est couvert.

    Tirer dans les armes, allonger un coup d'épée entre les bras de son adversaire, ou, ce qui est la même chose, du côté gauche de son épée.

    Tirer hors les armes, allonger un coup d'épée hors des bras de son adversaire, ou, ce qui est la même chose, du côté droit de son épée.

    Tirer sur les armes, porter une botte à son adversaire, dehors ou dans les armes, en faisant passer la lame de l'épée par-dessus son bras.

    Tirer sous les armes, porter une botte à son adversaire dehors ou dans les armes, en faisant passer la lame de l'épée par-dessous son bras.

    Tirer sur le temps, tirer au moment où l'adversaire va tirer.

    Fig. Tirer sur le temps, profiter prestement de l'occasion.

  • 47Tirer d'une arme de trait ou d'une arme à feu, la faire partir. Tirer de l'arc, de l'arbalète. Tirer de l'arquebuse. Tirer aux perdrix, au blanc. Tirer en l'air. Tirer juste. Tirer à boulet, à boulets rouges, à coups perdus. Tirer à poudre, à balle, à plomb. Poudre à tirer. En parlant des bouches à feu, tirer d'écharpe, d'enfilade, à revers, de plein fouet, à ricochet, à toute volée, sur plate-forme, à embrasure. Sur mer, tirer à fleur d'eau, en plein bois [dans le corps du navire]. Ils [les Hollandais] doivent avoir plus de monde tué que nous, d'autant qu'au lieu qu'eux tirent à démâter, nous tirons au corps du vaisseau, Relation du combat de Lipari, 18 juin 1676, dans JAL. Fais les avances ; nous serons de moitié du prix, et je tirerai pour ton compte, Dancourt, le Prix de l'arquebuse, sc. 17. C'est de là, des fenêtres d'une maison qui subsiste encore [hôtel qui avait appartenu au connétable de Bourbon], qu'un jeune monarque… tira, la nuit de la Saint-Barthélemy, sur ses propres sujets qui passaient l'eau pour se sauver au faubourg Saint-Germain, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. III, p. 25, dans POUGENS. Il avait appris à tirer chez les Bulgares, et il aurait abattu une noisette dans un buisson sans toucher aux feuilles, Voltaire, Candide, 16. Il [un habit simple] l'empêchait d'être remarqué et d'être choisi par les ennemis, qui eussent tiré à sa personne, Voltaire, Charles XII, 2. On a vu les Suisses au service de la Hollande tirer sur les Suisses au service de la France, Voltaire, Dict. phil. Bala. Tirant de temps en temps sur quelques oiseaux, et souvent tenté de tirer sur lui-même ; mais il aimait encore la vie, à cause de Mlle de Saint-Yves, Voltaire, l'Ingénu, VII. Le canon tirait sur eux à cartouche ; mais le roi, qui se découvrait davantage, était le plus exposé, Voltaire, Charles XII, 8. Mes amis, fâché de la peine ; Surtout ne tirez point trop bas, Béranger, Vieux caporal. Ils [les Russes] tirèrent mal, il est vrai, la plupart en l'air et comme des gens troublés, mais de si près, que la fumée, les feux et le fracas de tant de coups épouvantèrent les chevaux wurtembergeois et les renversèrent pêle-mêle, Ségur, Hist. de Nap. VI, 2.

    Fig. C'était [l'évêque d'Avranches]… un saint évêque qui avait si peur de mourir hors de son diocèse, que… il n'en sortait point du tout ; il y en a d'autres qu'il faudrait que la mort tirât bien juste pour les y attraper, Sévigné, 9 mai 1689. Il faudrait voir comme on [une coquette] tire sur tout, sans distinction et sans choix, Sévigné, 26 mai 1676.

    Tirer de loin, lâcher un coup à une grande distance de l'objet.

    Fig. Le jour viendra, je l'espère, que nos discours seront un peu plus justes ; on tire de si loin, qu'il est impossible de tirer droit, Sévigné, 8 sept. 1680.

    Tirer au vol, ou en volant, tirer sur un oiseau lorsqu'il vole. Et quand un gentilhomme… Sait tirer en volant, boire et signer son nom, Regnard, Ménechm. III, 8.

    Fig. Il [le duc de Richelieu] a de beaux éclairs, quand la rapidité des affaires et des plaisirs lui laisse des moments pour tirer en volant aux choses de littérature et de goût, Voltaire, Lett. d'Argental, 28 janv. 1773.

    Tirer au juger, faire feu sur le gibier sans le voir, mais en jugeant par certains indices la place qu'il occupe.

    Tirer à l'oiseau, chercher à abattre un oiseau de bois placé au haut d'une perche.

    Fig. Tirer sur, jeter ses vues. Il y avait un parent de l'abbé Bayard, qui était avec nous à Langlar ; s'il y eût été en même temps que la duchesse, il eût été fort digne qu'elle eût tiré dessus, Sévigné, 289.

    Fig. Tirer sur quelqu'un, dire du mal de quelqu'un, ou bien en faire l'objet de plaisanteries. La satire entraîne toujours plus loin qu'on ne veut ; c'est un si doux plaisir pour certaines gens de tirer sur d'autres, Mme de Puisieux, Ridic. à la mode, p. 240, dans POUGENS. Notre intelligence n'échappa pas au marquis ; il n'en tirait pas moins sur moi : au contraire il me traitait plus que jamais en amoureux transi, martyr des rigueurs de sa dame, Rousseau, Conf. VI.

    Fig Tirer à cartouches, à boulets rouges sur quelqu'un, en dire les choses les plus offensantes.

    Fig. Tirer sur quelqu'un à bout portant, lui dire en face des choses dures, ou lui lancer des épigrammes.

    Fig. Vous tirez sur vos troupes, sur vos gens, sur vos pigeons, vous attaquez ceux qui sont dans vos intérêts.

  • 48Il se dit aussi de l'arme à feu qui part et fait explosion. Son fusil vint malheureusement à tirer. Les cloches sonnent, le canon tire, cent mille voix lui répondent, Voltaire, Amabed, Lett. 15.

    Fusil qui tire juste, fusil qui ne fait pas dévier la balle ou le plomb dont il est chargé.

  • 49Faire éprouver une sensation de tiraillement. La peau du visage me tire ; Et je ressens par tout le corps Certains frémissements que je ne saurais dire, Dancourt, Céphale et Procris, II, 5.
  • 50Tirer au volume, se dit d'un libraire, d'un auteur qui grossit un ouvrage pour avoir un plus gros volume, ou plus de volumes. On tire au volume, non pas pour la raison qu'en donne Pline, qu'il en est d'un bon livre comme de toute autre chose, et que plus il est grand, meilleur il est ; mais parce que les plaideurs, dit-on, mesurent le prix du plaidoyer à son étendue et à sa durée, Marmontel, Œuv. t. v, p. 318.

    Tirer à la ligne, allonger un article, un écrit, pour qu'il contienne plus de lignes et soit plus payé.

  • 51Tirer en longueur, se prolonger, ne pas se terminer. Il me paraît que cette affaire va tirer en longueur, et prendre un tour assez désagréable, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 5 janv. 1696. Le siége tirant en longueur, Duclos, Œuv. t. III, p. 3.
  • 52Tirer à sa fin, être près de finir, d'être terminé. Cet ouvrage tire à sa fin. On espère que la maladie tire à sa fin. Ayant dîné ce jour-là fort sobrement à mon auberge, pour mieux ménager ma pistole qui tirait à sa fin, Lesage, Guzm. d'Alf. III, 1.

    Ce malade tire à sa fin, à la fin, il est près de mourir. Trois neveux qui se sont assemblés chez lui, dès qu'ils ont appris qu'il tirait à sa fin, Lesage, Diable boit. 12. Je ne sais si Votre Majesté est informée que M. Thiriot, chargé de sa correspondance littéraire, tire absolument à sa fin, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 9 oct. 1772. Tirer à des conséquences, amener, entraîner certaines conséquences. Laissez-moi ce discours [sur l'âge] ; quand vous le faites, il me pousse trop loin, et tire à de grandes conséquences, Sévigné, à Mme de Grignan, 17 juin 1685.

    Tirer à conséquence, se dit d'une chose qui peut avoir des suites graves, dont on pourrait s'autoriser, se prévaloir pour quelque chose de pareil. C'est une grâce que vous pouvez lui accorder, elle ne tire pas à conséquence. Il assura la fée que les bontés qu'il avait témoignées à Canadine ne tiraient point à conséquence, Comte de Caylus, Œuv. t. IX, p. 250.

  • 54Tirer à, avoir de la ressemblance avec. Et l'air de son visage a quelque mignardise Qui ne tire pas mal à celle de Dorise, Corneille, Clit. II, 9.

    Avoir le caractère de. Vous avez grande raison de ne me point mettre au rang de ces oncles trop oncles, et je n'ai pour vous que des sentiments qui tirent droit au paternel, Boileau, Lett. à la Chapelle, 3 janv. 1700. Le monument ne me semble pas de fort grand goût, et a une pesanteur, à mon avis, tirant au gothique, Boileau, Lett. à Brossette, 14 mai 1707. Le style de Marguerite [Reine de Navarre] n'était pas des meilleurs, il s'en faut de beaucoup ; il est lâche, diffus et embarrassé, tirant à la manière et au précieux, quand il n'est pas tendu, lourd et mystique, Nodier, Rev. des Deux-Mondes, 1839, p. 351.

    S'approcher de, en parlant d'une teinte. Mlle de Scudéry était laide ; son teint surtout, tirant au noir, ôtait à sa figure toute prétention à la beauté, V. Cousin, Journ. des sav. avril 1858, p. 245.

  • 55Tirer sur, avoir quelque rapport, quelque ressemblance. Un peu tanné, sauf votre honneur, Et tirant sur le ramoneur, Scarron, Virg. IV. Un portier rustre, farouche, tirant sur le Suisse, La Bruyère, VI. Crosat revint à la cour avec une physionomie entièrement changée et qui tirait sur le niais, Saint-Simon, 67, 110. Délicats sentiments tirant sur la fadeur, Dufrény, Mar. fait et rompu, III, 4. Je remarquai qu'il écoutait le récit qu'on lui faisait, d'un maintien froid, pensif et tirant sur l'austère, Marivaux, Pays. parv. 2e part.

    Il se dit particulièrement des couleurs, des nuances. Couleur de marron tirant au gris cendré, Buffon, Ois t. v, p. 192. Un brun tirant sur le roux, Buffon, ib. t. v, p. 440.

  • 56Se tirer, v. réfl. Se délivrer, se dégager, sortir. Il s'est tiré de prison avec beaucoup de peine. Il sait bien se tirer d'un pas si hasardeux, Corneille, Hor. IV, 2. Ma foi, quand j'y songe, j'ai fait fort sagement de me tirer de cette affaire, Molière, Mar. forcé, 15. Je retiens toujours ce que vous m'avez mandé : on se tire de l'ennui comme des mauvais chemins ; on ne voit personne demeurer au milieu d'un mois, pour n'avoir pas le courage de l'achever : c'est comme de mourir, vous ne voyez personne qui ne sache se tirer de ce dernier rôle, Sévigné, à Mme de Grignan, 28 août 1675. Vivent les gens d'esprit ! ils se tirent de tout, Th. Corneille, D. Cés. d'Avalos. I, 1. Pour se tirer de peine Chacun promet assez : Mais la promesse est vaine Lorsque les périls sont passés, Quinault, Thés. III, 5. J'ai su par adresse me tirer des mains du duc de Bourgogne, Fénelon, Dial. Louis XI, Louis XI. C'est un calme dont vous aurez plus de peine à vous tirer que de la tempête même, Massillon, Avent, Délai de la conv. Il [d'Aubigné] se tirait des réprimandes qu'elle lui faisait, par des plaisanteries qui réussissaient presque toujours avec Mme de Maintenon, quand elles étaient faites avec esprit, Mme de Caylus, Souven. p. 253, dans POUGENS. Comme il n'y avait que ma conduite qui pût dépendre de moi, et que d'ailleurs je savais que les princes se tirent toujours d'affaire, Staal, Mém. t. II, p. 125. Je ne me tirai pas mal du rôle de vieillard [dans une tragédie], attendu que malheureusement je le joue d'après nature, Voltaire, Lett. Tressan, 3 févr. 1758. Croyez-vous de bonne foi que, si vous eussiez eu un compte rapide à rendre d'un aussi grand nombre d'artistes et d'ouvrages, vous vous en seriez mieux tiré que lui ? Diderot, Lett. à Falconet, sept. 1766. De quoi ne se tire-t-on pas avec des distinctions ? Diderot, Opin. des anc. philos. (Chinois). Elle avait tous les talents nécessaires pour se bien tirer d'une négociation, Rousseau, Confess. III.

    Il se tirerait d'un puits, se dit d'un homme qui vient de sortir de quelque danger, de quelque embarras très grand, et, en général, qui est ordinairement très heureux ou très habile.

    Familièrement. S'en tirer, s'en bien tirer, sortir heureusement d'une maladie, d'une affaire fâcheuse. Que dis-tu de l'histoire et de mon artifice ? Le bonhomme en tient-il ? m'en suis-je bien tiré ? Corneille, le Ment. II, 6. Je crains bien que ce ne soit ton maître. - Qu'importe ? il s'en faut tirer, Hauteroche, Crisp. médec. II, 7. L'autre aussitôt de s'excuser, Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire Sans odorat ; bref, il s'en tire, La Fontaine, Fabl. VII, 7. Vous ai-je mandé que la bonne marquise d'Uxelles a la petite vérole ? on espère qu'elle s'en tirera : c'est un beau miracle à nos âges, Sévigné, 30 sept. 1676.

    On dit de même : il s'est fort bien tiré de là. Vous aurez quelque peine à vous tirer de là.

    S'en tirer mal, ne pas sortir heureusement, avec habileté, d'une affaire, d'un embarras. Il oublie de dire ce qu'il sait, ou de parler d'événements qui lui sont connus ; et, s'il le fait quelquefois, il s'en tire mal, La Bruyère, VI.

    Comment vous en tirez-vous ? comment s'en tire-t-il, se dit pour s'informer comment on mène quelque affaire, quelque occupation. Et le jeu ? comment vous en tirez-vous ? Sévigné, 455.

    Se tirer de la presse, de la foule, se mettre hors du rang des autres. Quelques hommes importants à la cour qui s'étaient persuadés que Son Altesse Sérénissime [le comte de Clermont] ne pouvait paraître à l'Académie sans y occuper une place qui le tirât, disaient-ils, de la foule, dont il se tirait bien mieux en cherchant à s'y cacher, D'Alembert, Œuv. t. XI, p. 410.

    Se tire du pair, se tirer de pair, s'élever au-dessus des autres, avoir quelque avantage particulier.

  • 57Être ôté à un lieu en parlant d'un objet. Il couchait dans une chambre haute où l'on montait par une échelle qui, apparemment, se tirait quand il y était entré, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. v, p. 432, dans POUGENS.
  • 58Être mis hors. Les enfants des dieux, pour ainsi dire, se tirent des règles de la nature, et en sont comme l'exception, La Bruyère, II.
  • 59Être extrait de, par distillation ou expression. L'huile se tire des olives.
  • 60Être extrait de, par la mine, la pioche ou la pelle. Ce marbre se tire de telle carrière.
  • 61Être obtenu, recueilli. Tire le bien du mal, lorsqu'il s'en peut tirer, Régnier, Sat. X. C'est principalement de ce concile [de Trente] que se tireront des éclaircissements qui devront contenter les protestants, Bossuet, Projet de réunion, Lettre 40. Louis XIII avait prédit à mon père le grand parti qui se pouvait tirer de Blaye, Saint-Simon, 9, 112.
  • 62Être l'objet d'un tir. Tout le monde est rassemblé dans les avenues où se tire le prix, Dancourt, le Prix de l'arqueb. sc. 15.
  • 63Être imprimé. Cet ouvrage se tire à mille exemplaires.
  • 64Être conclu comme conséquence. La grandeur de l'homme est si visible, qu'elle se tire même de sa misère, Pascal, Pens. I, 4.

    PROVERBE

    On tirerait plus tôt un pet d'un âne mort qu'un sou de sa bourse, se dit d'un avare duquel on ne peut rien obtenir.

    On dit de même : On tirerait plutôt de l'huile d'un mur, que de tirer de l'argent de lui.

HISTORIQUE

XIe s. [Il] Tiret sa barbe cum hum ki est iret, Ch. de Rol. CLXXIII.

XIIe s. Bien savez e veez à quei il [le roi] tent e tire, Th. le mart. 36. Tant ont erret et lor voie tirerent, Qu'à Ribuemont à quinze jors revinrent, Raoul de C. 261.

XIIIe s. Si tost com l'achoisist, a sa resne tirée, Berte, XLVI. Après le roi mon pere si fort li cuers [cœur] me tire, ib. LXXXVIII. Mainte paume batue et mains cheveus tirés, ib. CXXXII. Lors a pris s'espée à tirer Du fuerre [fourreau], si l'en volt ferir, Ren. 4227. Et sa femme vers soi le tire, Qui bien voit qu'il est à mesaise, la Rose, 16602. Ces nefs, qui vont amont ce flun, se font tirer, pour ce que l'aigue court trop fort ; car autrement ne pourroient-elles monter, Marc Pol, p. 478. À ce tirons sor tote rien, Qu'el se marit et bel et bien, Partonop. v. 6533. Tant comme la chose est plus pesanz, tant se tire ele plus vers abisme, Latini, Trésor, p. 113. Seigneurs, ne regardez qu'à main senestre, pour ce que chascun i tire, Joinville, 224. Vous orrez tout en un tirant [vous entendrez tout de suite], Hist. des trois Maries, ms. p. 74, dans LACURNE.

XIVe s. En la ville [de la Rochelle] n'i ot si petit ne si grant, Qui à estre françois n'alast moult desirant ; à sa nature va li lieux tousjours tirant, Guesclin. 18770.

XVe s. Après ce que les barons du royaume lui eurent faict feauté et hommage, excepté le jeune roi d'Angleterre, qui encores ne s'estoit tiré avant, Froissart, I, I, 51. [Jacques d'Artevelle voulait s'échapper par derrière] mais son hostel estoit jà rompu et effondré par derriere, et y avoit plus de quatre cents personnes qui tous tiroient à l'avoir, Froissart, I, I, 248. [Je] deis la cause qui me menoit et le desir qui me tiroit de servir et plaisir faire à sa haultece, Christine de Pisan, Charles V, I, 2. Le menu peuple tire tantost la vie des souverains en exemple, Bouciq. IV, 6. Le suppliant aperçut des oultardes, esquelles il se adressa pour y tirer, Du Cange, cavalcare. Au partir de la porte, il n'avoit que six lances, mais tout le monde commencea à tirer après luy, Hist. d'Artus III, p. 766, dans LACURNE. Atant picquerent les deux chevaliers l'ung à l'encontre de l'autre tant que les deux chevaulx povoient tirer, Perceforest, t. VI, f° 63. Le cheval sur quoy Lancelot estoit monté estoit ung pou trop tirant, si le portoit oultre sa volonté mainteffois, Lancelot du lac, t. I, f° 127, dans LACURNE. Et lors madame, tout en riant et par maniere de farce, tout à part le tira, et puis coiement luy dit…, Jeh. de Saint. ch. IX. Lors tira son chemin devers Noyon, Commines, I, 2. Disant que l'on estoit en peril, et conseilloit tirer à l'aube du jour le chemin de Bourgongne, Commines, I, 4. Il [Louis XI] tyra en Normandie pour assembler ses gens, Commines, I, 5. Le cueur leur tyra plus à la paix que à la guerre, Commines, IV, 6. Et croy que il disoit vray, se les choses se fussent tirées oultre, Commines, IV, 1. Leurs conseils estoient longs ; et cependant le roy tiroit avant, Commines, VII, 15.

XVIe s. Tant testonné, tant bien tiré, tant bien espousseté, Rabelais, Garg. I, 15. Et lors cessoit de manger quand le ventre luy tiroit, Rabelais, ib. I, 21. Tirans les langues comme levriers, Rabelais, ib. I, 33. Les coupz d'artillerye que l'on tiroyt du chasteau, Rabelais, ib. I, 34. Le froc tire à soy les opprobres, comme le vent dit cecias attire les nues, Rabelais, ib. I, 40. Je vous envoye son pourtraict tyré sur le vif, Rabelais, Ép. 9. Les plus ordinaires occasions se tirent de cette practique, Montaigne, I, 25. À quoy faire y reculez vous, si vous ne pouvez tirer arriere ? Montaigne, I, 89. J'advisay d'en tirer quelque usage, Montaigne, I, 95. Quoy qu'il en soit, nature tirera cependant son train, Montaigne, I, 99. Il tire le bonnet [il salue]…, Montaigne, I, 109. Ils tirent seurement de leurs arcs en nageant, Montaigne, I, 112. Tirer une promesse de quelqu'un, Montaigne, I, 120. Des chariotes tirées par des bœufs, Montaigne, I, 238. Tirer à quelqu'un force coups de traicts, Montaigne, I, 239. Un parler sec, qui tire un peu vers le desdaigneux, Montaigne, I, 292. Il tira le ver du nez à un certain ambassadeur que…, Montaigne, II, 13. Quand les peintres nous tirent, aprez le naturel, un subject qui nous est familier, Montaigne, II, 282. Du sang tiré soubs l'aile droite d'un pigeon, Montaigne, II, 213. Tout le plaisir qui se peult tirer de leur art, Montaigne, II, 104. Les brigands, pendant qu'il passoit par les lieux où ilz se tenoient, se cachoient de peur et se tiroient arriere, Amyot, Thés. 7. AEgeus tira au sort les autres enfans qui devoient aller quand et luy, Amyot, ib. 19. La police de Lycurgus estoit austere et plus tirant au gouvernement de la noblesse, Amyot, Lyc. et Num. comp. 4. Sans s'arrester aux larmes des passagers qui se tourmentent d'effroy et tirent du cueur…, Amyot, Péric. 63. Tirer une guerre en longueur, Amyot, Fab. 20. Il tiroit un vent impetueux et bruslant comme un estourbillon de foudre, Amyot, ib. 32. Evalcus luy tira un coup d'espée… et Pyrrhus tout aussitost luy tira un coup de javeline, dont…, Amyot, Pyrrh. 70. Le roy luy feit mener après luy quatre vingts vaches pour les tirer, et en avoir le laict frais par chacun jour, Amyot, Artax. 31. Quelques vaisseaux qui tiroient moins d'eau passent entre la terre et Barbarico, D'Aubigné, Hist. II, 80. Tu estimois la mort en liberté plus chere Que tirer en servant une haleine precaire, D'Aubigné, Tragiques, éd. LALANNE, p. 116. Et quand dans les ruisseaux jusqu'à la rive pleins Les hommes tiroient l'eau dans le creux de leurs mains, Ronsard, 935. Calvin… le laissa comme tirant à la mort et ne parlant plus, Bèze, Vie de Calvin, p. 91. Les petits enfants à la mamelle de leurs meres allangouries, tirants pour neant et ne trouvants que succer, Sat. Mén. p. 110. Il a du tout perverty et tiré au poil [tiré par les cheveux] les passages de l'Escriture, Dialogues de Tahureau, p. 129, dans LACURNE. Bref, qui veut en tableau tirer la poesie, Deesse qui du ciel tombe en la fantaisie, Qu'il tire de Ronsard seulement le portrait, Am. Jamyn, Poésies, p. 234, verso, dans LACURNE. Ce qu'assemble pille pille, desassemble tire tire, Cotgrave On touche tousjours sur le cheval qui tire, Cotgrave Il [Charles IX] prist une grande harquebuze de chasse qu'il avoit, et en tira tout plein de coups à eux [aux protestants], mais en vain, car l'harquebuze ne tiroit si loin, Brantôme, Hommes illustres, Charles IX.

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Tirer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TIRER, v. act. (Gram.) c’est faire effort pour déplacer quelque chose qu’on saisit de la main ou avec un instrument, & pour l’approcher de soi, ou l’entraîner avec soi. Ce verbe a un grand nombre d’acceptions : on dit, tirer une charrue ; tirer de l’eau d’un puits ; tirer la langue : on dit aux chiens tire, pour les éloigner ; l’armée tire vers la Flandre ; le soleil tire à son couchant ; votre ouvrage tire à sa fin. On tire les vaches soir & matin ; combien tire-t-il de son emploi ? belle conséquence à tirer ; tirez avantage de votre accident ; tirez une ligne sur cet article ; tirez un alignement de ce côte ; tirez la racine de ce nombre ; c’est une sottise que de faire tirer son horoscope, c’est une friponnerie que de se mêler de ce métier ; que tire-t-on de cette substance ? on lui a tiré du mauvais sang ; on tire de la jambe ; on tire à la mer ; on tire une personne ou l’on en fait le portrait ; on tire un coup de pistolet pour voir qui levera la tête ; un cheval tire à la main ; on tire des armes ; on tire sur quelqu’un quand on lui fait des plaisanteries ; on tire cent exemplaires, mille, deux mille d’un ouvrage ; on tire une carte ; on tire au jeu la primauté ; on tire l’or ; on tire le linge ; une piece de drap tire plus ou moins de longueur ; on ne sauroit tirer une parole honnete de cet homme brusque ; ne vous faites jamais tirer l’oreille. Voyez les articles suivans.

Tirer, en terme d’Epinglier, faiseur d’aiguilles pour les bonnetiers, est l’action de redresser sur un engin le fil de fer qui étoit roulé en bottes auparavant, pour le façonner & le rendre le plus droit qu’on peut. Voyez Engin.

Tirer l’épingle, terme d’Epinglier, qui signifie passer par la filiere le laiton dont on se sert pour fabriquer des épingles, afin de le rendre de la grosseur des numéros suivant les échantillons. Voyez Épingle.

Tirer, en terme de Cardeur, c’est éloigner le fil de la broche en retirant le bras, pour lui donner la force & la grosseur qu’on veut.

Tirer un chapeau a poil, terme de Chapelier, c’est en faire sortir le poil en le tirant avec le carrelet. Voyez Carrelet.

Tirer le cierge, (Cirerie.) c’est le fabriquer à la main, c’est-à-dire ne le pas couler avec la cire liquide & fondue, mais étendre la cire amollie dans l’eau chaude le long de la meche. Savary. (D. J.)

Tirer au sec, en terme de Confiseur, c’est l’action de confire une chose en la faisant sécher, pour la garder telle.

Tirer l’émail a la course, (Emailleur.) c’est former avec l’émail des filets extrèmement déliés après l’avoir ramassé dans la cuilliere de fer où il est en fusion avec du crystallin.

Pour tirer l’émail à la course, il faut que deux ouvriers tiennent chacun un des bouts de la pipe brisée pour ramasser l’émail : tandis que l’un le présente à la lampe, l’autre s’éloigne autant qu’on veut donner de longueur au filet ; c’est ainsi que se tire l’émail dont on fait de fausses aigrettes, & qui est si délié & si pliable, qu’on peut facilement le rouler sur un devidoir, malgré la nature cassante du verre dont il est composé.

Lorsqu’on tire le verre encore plus fin, on se sert d’un rouet sur lequel il se devide à mesure qu’il sort de la flamme de la lampe. Voyez la fig. Planche de l’Emailleur, le bas de la planche représente l’établi, la roue du rouet chargée d’un écheveau de fil de verre, & un écheveau coupé.

Tirer, terme d’Imprimeur, c’est imprimer tout-à-fait un certain nombre d’exemplaires d’un livre, ou autre ouvrage d’impression dont on a vu les épreuves nécessaires, & qu’on juge bien correct. (D. J.)

Tirer a la perche, (Lainage.) c’est lainer une piece de drap ou autre étoffe de laine, c’est-à-dire en tirer le poil avec le chardon, tandis qu’elle est étendue du haut en bas sur une perche. (D. J.)

Tirer, (Maréchal.) est l’action des chevaux de tirage ; tirer à la main, se dit d’un cheval qui au-lieu de se ramener refuse à la bride en alongeant la tête lorsqu’on tire les renes ; tirer une ruade. Voyez Ruer.

Un cheval trop chargé d’encolure pese ordinairement à la main ; mais le défaut de tirer à la main vient de trop d’ardeur, ce qui est pire que s’il pesoit simplement à la main. Pour appaiser un cheval trop ardent & sujet à tirer à la main, il faut le faire aller doucement, & le tirer souvent en arriere ; mais si c’est par engourdissement d’épaules ou par roideur de cou, il faut tâcher de l’assouplir avec le cavesson à la neucastle.

Tirer, en terme de Fondeur de petit plomb, c’est mettre le plomb fondu dans le moule pour y former la branche. Voyez Moule & Branche.

Tirer la soie. Voyez l’article Soie.

Tirer les armes, (Reliure.) pour cet effet on passe une couche légere de blanc d’œuf sur la place de l’arme ; ce blanc d’œuf se lave avec un linge pour en ôter la superficie ; on met une couche d’eau pure, puis on pose l’or ; quand le cuir est un peu essoré on met un côté du livre en presse avec l’arme qui doit être un peu chaude, on serre la presse suffisamment pour qu’elle s’imprime également ; le livre étant retiré de presse, on essuie le trop de l’or avec un linge un peu mouillé. Voyez la presse a tirer les armes. Voyez les Pl. de la Reliure.

Tirer l’or, est l’action de réduire un lingot en fil extremement delié en le faisant passer à différentes fois dans des filieres toujours moins grandes ; ce qui désigne plusieurs opérations, dont la premiere se fait par le moyen de l’argue (voyez Argue), où huit hommes tirent le lingot qu’on a introduit dans une fort grosse filiere. Ensuite on le passe dans un ras qui est beaucoup moins gros, puisque quatre hommes suffisent pour l’en tirer. Voyez Ras. Quand le lingot est devenu de la grosseur d’une plume, on le dégrossit (voyez Dégrossir), il passe après cela dans les mains de l’avanceur (voyez Avanceur), & de-là les tourneuses le prennent pour le mettre au degré de finesse que le tireur le souhaite. Voyez Tireur d’or.

Tirer de long, (Vénerie.) il se dit de la bête qui s’en va sans s’arrêter.

Tirer sur le trait, il se dit du limier qui trouve la voie & veut avancer.

Tirez chiens, tirez, c’est le terme dont on se sert pour faire suivre les chiens quand on les appelle.

Tirer une volée de canon, (Art milit.) c’est tirer plusieurs pieces ou plusieurs coups de canon.

Tirer le canon à toute volée, c’est élever la piece & la tirer en rase campagne sans lui donner d’objet ni de but : on mesure cette portée depuis la piece jusqu’à l’endroit où le boulet s’est arrêté.

Tirer un mortier à toute volée, c’est le placer sur son affut de maniere que le mortier fasse un angle de 45 degrés avec la ligne horisontale. Voyez Mortier & Jet.

Si tous les soldats de M. Defolard étoient aussi bien exercés à tirer que des flibustiers, il arriveroit dans les combats, qu’en deux heures de tems la perte de tout le monde termineroit la journée. (Q)

Tirer, (Marine.) on dit qu’un vaisseau tire tant de piés d’eau pour être à flot. Voyez Tirant d’eau.

Tirer a la mer, (Marine.) c’est prendre le large, s’éloigner des côtes, de quelque terrein, ou de quelque vaisseau.

Tirer une lettre de change, (Commerce.) c’est l’écrire, la signer, & la donner à celui qui en a payé le contenu, pour la recevoir en un autre endroit. Il ne faut tirer de lettre de change qu’on ne soit certain qu’elle sera acceptée & bien payée. Voyez Lettre de change, Accepter, &c.

Tirer en ligne de compte, (Commerce.) signifie porter sur son livre en débit ou en crédit ; c’est-à-dire, en recette ou en dépense, un article qu’on a reçu ou payé pour quelqu’un avec lequel on est en compte ouvert. Voyez Compte, Livres, &c. Dictionn. de commerce.

Tirer l’oiseau, terme de Fauconnerie ; c’est le faire becqueter en le paissant.

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Tirer : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « tirer » les plus populaires.

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Étymologie de « tirer »

Étymologie de tirer - Littré

Berry, tirer, teter ; tirer sur, se diriger vers ; provenç. espagn. et portug. tirar ; ital. tirare ; du germanique : goth. tairan ; anc. hautall. zeran ; néerland. têren ; angl. tear, déchirer, rompre ; sanscr. dar ; grec, δείρω.

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Étymologie de tirer - Wiktionnaire

(1100) Auguste Scheler le tire du gotique 𐍄𐌰𐌹𐍂𐌰𐌽, taíran dont est issu l’espagnol tirar. Il souligne la proximité sémantique entre « tirer », « tirailler » et « déchirer » que l’on retrouve dans l’allemand zehren (« détruire ») et zerren (« tirailler », « distendre ») [1].
Selon Wartburg, il serait une réduction de l’ancien français martirier (« martyriser », « torturer »), dérivé de martyre. Le participe présent de martirier, martirant, aurait été interprété comme un composé de mar (« malheureusement ») et de tiranz (« bourreau »), lui-même issu du latin tyrannus (« tyran ») ; une torture fréquente était en effet la dislocation des membres par étirement ou écartèlement [2].
Tirer s’est substitué à traire du latin trahere (« tirer », « traîner », « tracter ») dans la plupart de ses emplois en moyen français et certains étymologistes penchent vers ce verbe comme étymon de tirer → voir soustraire, soutirer, extraire et étirer, etc.
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Phonétique du mot « tirer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tirer tire play_arrow

Conjugaison du verbe « tirer »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe tirer

Citations contenant le mot « tirer »

  • L’avocat Arash Derambarsh s’est vu retirer son titre de docteur de la Sorbonne après qu’une enquête interne a révélé qu’il avait plagié presque intégralement sa thèse. Pour les universités, la lutte contre le plagiat devient une priorité. La Croix, Quelles leçons tirer de l’affaire du plagiat de thèse à la Sorbonne ?
  • L’impression dominante est que les pouvoirs publics peinent à se donner les moyens d’avoir une visibilité précise sur l’épidémie, faute d’indicateurs réactifs et pertinents. Certes, les hospitalisations pour Covid-19 restent très faibles, mais cette phase d’accalmie doit être rapidement mise à profit pour éviter ou, au moins, pour anticiper et amortir un probable rebond viral à l’automne. Espérons que le délai de grâce actuel sera enfin mis à profit pour tirer pleinement les leçons du printemps. Le Monde.fr, Covid-19: tirer les leçons de la première vague
  • L’IA permet de concilier la distanciation physique avec la continuité de la vie économique notamment grâce à des services “libre-service” entièrement automatisés. La technologie de reconnaissance d’image, sous-catégorie de l’IA, permet de détecter et d’analyser des images dans le but d’automatiser entièrement une tâche donnée. Elle est capable d’identifier des lieux, des personnes, des objets et plusieurs autres types d’éléments au sein d’une image et d’en tirer des conclusions en les analysant. C’est grâce à cette technologie qu’il est possible d’automatiser les processus métiers et d’améliorer la productivité, et d’installer, par exemple, des systèmes d’encaissements entièrement automatiques, sans risques de contact avec autrui. Lors du confinement, les enseignes qui avaient le mieux tiré parti de la situation étaient celles qui proposaient des services de Drive. À l’avenir, elles gagneraient encore plus en efficacité en automatisant ce service. usinenouvelle.com/, Tirer les leçons du Covid-19 : repenser le travail grâce à l’intelligence artificielle - Augustin Marty
  • Son défi ne passera pas inaperçu. Le 30 août prochain, à Cayeux-sur-Mer, le Dieppois Kévin Butel tentera de tirer une locomotive de 28 tonnes sur 10 mètres. Une première en France. La Voix du Nord, Somme: il va tirer une locomotive de 28 tonnes à la force de ses bras
  • C'est le fait d'un homme sage de tirer profit de ses ennemis. De Xénophon
  • Le renom d'habileté vient souvent de maladresses dont on a su tirer parti. De Henri de Régnier / Donc...
  • Sache te tirer d'un mauvais pas comme l'éléphant de la vase. De Dhammapada
  • La vie est l'art de tirer des conclusions suffisantes de prémisses insuffisantes. De Samuel Butler / Carnets
  • On ne peut demander au pur-sang de tirer la charrue. De Cheikh Hamidou Kane / L’Aventure ambiguë
  • Parler sans penser, c'est tirer sans viser. De Miguel de Cervantès
  • On peut facilement tirer tant de livres de la vie et l'on peut tirer si peu, si peu des livres. De Franz Kafka
  • L’art est assez élastique pour tirer vers l’infini. De Marc-Olivier Wahler / Evene.fr - Septembre 2006
  • L’important est de tirer une leçon de chaque échec. De John McEnroe
  • L’humour est une façon de se tirer d’embarras sans se tirer d’affaire. De Louis Scutenaire
  • Il faut tirer le meilleur du pire. De Alain Peyrefitte / Assemblée Nationale - 21 Mai 68
  • - Quand tu dois tirer, tire, cause pas ! De Sergio Leone / Le bon, la Brute et le truand
  • Trop tirer rompt la corde. De Proverbe français

Images d'illustration du mot « tirer »

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Traductions du mot « tirer »

Langue Traduction
Corse sparà
Basque rallya
Japonais シュート
Russe стрелять
Portugais atirar
Arabe أطلق النار
Chinois 射击
Allemand schießen
Italien sparare
Espagnol disparar
Anglais shoot
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Synonymes de « tirer »

Source : synonymes de tirer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « tirer »


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