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Coûter

Sommaire

  • Définitions du mot coûter
  • Étymologie de « coûter »
  • Phonétique de « coûter »
  • Évolution historique de l’usage du mot « coûter »
  • Citations contenant le mot « coûter »
  • Images d'illustration du mot « coûter »
  • Traductions du mot « coûter »
  • Synonymes de « coûter »
  • Antonymes de « coûter »

Définitions du mot coûter

Trésor de la Langue Française informatisé

COÛTER, verbe.

A.− Emploi intrans. [Le verbe est suivi d'un compl. de prix : adj. ou adv. à valeur nom. ou subst., introduit par de (pour indiquer une quantité indéterminée) ou non (pour indiquer une quantité déterminée)]
1. Être mis en vente, être acheté à tel ou tel prix. Coûter cher. Vx. Cela lui coûte bon, lui coûte bel et bon (Ac.1835, 1878).Quarante bouteilles d'un certain Château-Margaux (...) coûtant vingt-cinq francs la bouteille (Goncourt, Journal,1879, p. 9).Nous tombâmes d'accord qu'elle devait coûter telle quelle au moins dans les cent mille francs la péniche (Céline, Voyage,1932, p. 492).
[Sans compl. de prix] Être mis en vente, être acheté à un prix élevé :
1. ... on a des frais. Le travail va moins fort, les habitudes sont changées, on est obligé de manger autrement : tout coûte. Aymé, La Jument verte,1933, p. 248.
2. P. ext. Entraîner telle ou telle dépense. Coûter de l'argent, coûter les yeux de la tête (fam.), coûter chaud (pop.). Il lui coûte gros, ce gamin... la semaine dernière, elle l'a encore habillé tout à neuf (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 331).Un appartement qui coûte fichtre bien mille francs par an (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 185):
2. Il l'avertit que ça coûterait ce que ça coûterait, mais que pour le dernier déjeuner de leur voyage, ils iraient à quelque restaurant du bois. Mauriac, Thérèse Desqueyroux,1927, p. 201.
Impers. Il coûte beaucoup à bâtir (Ac.1835-1932).Non, non! ça coûtait trop cher s'il fallait quitter son coin! (Zola, Terre,1887, p. 349):
3. Il fallut transporter le grand quartier général à Beauvais (...) et il en coûta 5 ou 600 000 francs au Trésor, rien que pour transporter à Beauvais l'énorme organisation téléphonique et télégraphique qu'on avait peu à peu réalisée à Chantilly. Joffre, Mémoires,t. 2, 1931, p. 440.
Rem. 1. On rencontre ds la docum. les constr. suiv. : il (en) (ou fam. ça, cela) coûte + compl. de prix. a) à, de, pour + inf. ou prop. inf.; b) si, quand, + prop. cir. 2. Les constr. se retrouvent dans tous les autres cas d'emploi impers., avec ou sans compl. de prix ou d'objet.
Fam. [Sans compl. de prix] Entraîner une forte dépense. Des enfants (...) qui coûtaient depuis leur naissance, qui devaient rapporter maintenant! (Zola, Germinal,1885, p. 1293):
4. Je veux « écrire », n'est-ce pas, écrire des livres, des romans... ça coûte, pour commencer; et après, ça ne rapporte pas grand'chose... R. Martin du Gard, Devenir,1909, p. 170.
Impers. :
5. Ce roi eut un ministre (...) qui aimant fort les femmes, les voulut avoir toutes; j'entends celles de la Cour qui en valaient la peine; il paya et les eut. Il lui en coûta. P.-L. Courier, Pamphlets pol.,Simple discours à l'occasion d'une souscription pour l'acquisition de Chambord, 1821, p. 82.
B.− Emploi trans., au fig. [Le compl. d'obj. est un adj. ou un adv. à valeur nom., ou un subst. introduit par de (pour indiquer une chose indéterminée) ou non (pour indiquer une chose déterminée)]
1. Nécessiter la réalisation d'une chose difficile et/ou désagréable. Les efforts que ce travail m'a coûtés (Ac.1932).Que de peines cette œuvre [Louis Lambert] aura coûtées (Balzac, Corresp.,t. 2, 1833, p. 263).L'on ne saurait vraiment récompenser que de ce qui a coûté quelque peine (Gide, Journal,1941, p. 98):
6. Elle mangeait (...) à sa faim, mais qu'est-ce que cela coûtait de courses, d'heures de queues, d'ingéniosité! E. Triolet, Le Premier accroc coûte deux cents francs,1945, p. 208.
Impers. Quoi qu'il en puisse coûter, ne donnons jamais démission de nous-même (Barb. d'Aurev., 1erMemor.,1838, p. 40).Pourquoi donc que ça vous coûterait tant de mourir? (Bernanos, Imposture,1927, p. 488):
7. Arrivé au lieu de l'embarquement, il s'y trouva deux bâtiments pour le transporter, l'un français, l'autre anglais. Napoléon se jeta dans la frégate anglaise, disant qu'il lui en coûterait trop qu'on pût jamais dire qu'un français l'avait déporté. Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène,t. 2, 1823, p. 324.
Emploi abs. Il donne presque tout le temps l'impression qu'il s'amuse, que rien ne lui coûte, qu'il est à la fête (Green, Journal,1933, p. 127).
Impers. Je change d'habitude et il m'en coûte pour me mouler aux nouveaux objets (Maine de Biran, Journal,1817, p. 36).Une jeune personne est romanesque, quand ça lui coûte de se marier comme on se marie, avec un monsieur comme les autres (Goncourt, R. Mauperin,1864, p. 208).
Loc. Coûte que coûte. Le bien est un chemin mauvais qu'il faut poursuivre coûte que coûte (Verlaine, Œuvres posth.,t. 2, Voy. Fr., 1896, p. 83):
8. Il fallait ne reculer à aucun prix. Ne pas céder sans combat un pouce de terrain, mais se maintenir coûte que coûte sur place, avec la dernière énergie... Foch, Mémoires,t. 2, 1929, p. 22.
Par litote. [Avec l'emploi d'une négation] Les paroles ne lui coûtaient rien, il en donnait autant qu'on en voulait croire (Balzac, Rabouill.,1842, p. 289).
Impers. Va toujours, petite romanesque, ça ne coûte rien d'espérer (Colette, Cl. école,1900, p. 245).
2. P. ext. Avoir pour conséquence une chose désagréable, la perte de quelque chose. J'ai coûté la vie à ma mère en venant au monde; j'ai été tiré de son sein avec le fer (Chateaubr., Génie,t. 1, 1803, p. 418).La première tentative [d'évasion] coûtait désormais quatorze jours de prison, la seconde vingt et un (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 87):
9. ... une bataille (...) avait été livrée dans les plaines de la Moscova; la victoire avait coûté vingt mille hommes à l'armée française. Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 19.
Impers. Il en coûtoit cher aux chevaliers étrangers, pour oser s'attaquer aux chevaliers de France (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 494).Pour plaire à ces messieurs, je ne prendrai pas ces manières rudes et grossières; je resterai un étranger parmi eux. Il m'en coûtera peut-être quelque bon coup d'épée (Stendhal, L. Leuwen,t. 1, 1836, p. 38).
Emploi abs., impers. Je suis le maître ici, souviens-t'en, Aldo, et ce que tu répéterais de tout ceci, il t'en coûterait (Gracq, Syrtes,1951, p. 336).
Rem. Ds la docum., on rencontre des cas d'accord du part. passé dans les emplois non-fig. et de non-accord dans les emplois fig. Le bonheur d'y avoir attaché mon nom [aux bases des considérations anatomiques] me paroît une récompense plus que suffisante des peines qu'elles m'ont coûté depuis quinze ans (Cuvier, Anat. comp., t. 3, 1805, p. XXVI). Les 300 000 francs qu'a coûtés la marquise en fer du ministère de l'intérieur (Goncourt, Journal, 1868, p. 444). Elle reprochait amèrement à son aîné les sommes d'argent que lui avait coûtées son instruction (Zola, Fortune Rougon, 1871, p. 61).
Prononc. : [kute], (il) coûte [kut]. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1165 impers., fig. (Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 2157 : Et dient que trop chier li coste); b) xvies. en couster la vie [à qqn] (Amyot, Phocion, 8 ds Littré); 2. 1172 intrans. « entraîner des dépenses » (Id., Chevalier lion, éd. M. Roques, 5); 1679 prix coustant (Savary, Parfait négociant ds Kuhn, p. 78). Du lat. class. coustare « se tenir ferme, fixé », et « se tenir, être à tel prix, coûter [avec ablatif ou génitif de prix] » au propre et au figuré. Fréq. abs. littér. Coûter : 3 429. Coûté : 869. Fréq. rel. littér. Coûter : xixes. : a) 6 074, b) 5 310; xxes. : a) 3 124, b) 4 675. Coûté : xixes. : a) 1 759, b) 1 174; xxes. : a) 1 187, b) 850. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 141, 425. − Quem. 2es. t. 2 1971.

Wiktionnaire

Verbe

coûter \ku.te\ transitif ou transitif indirect 1er groupe (voir la conjugaison), (orthographe traditionnelle)

  1. Valoir tel ou tel prix d’achat.
    • J'aimerais que vous sacrifiiez un haut-parleur, et donc les quelques euros qu'il vous aura coûtés. De toute façon, ce sacrifice ne sera pas inutile, car pour comprendre comment fonctionne un composant, rien de mieux que de le démonter. — (Charles Platt, L'électronique en pratique: 36 expériences ludiques, Éditions Eyrolles, 2013, p. 242)
    • Si vous voulez commencer avec un fer à souder à température fixe, je vous conseille d'en choisir un de 25 W. Il coûte environ 10 euros. — (John Nussey, Arduino : Pour les Nuls, traduit par Denis Duplan et Stéphane Bontemps, Éditions First, 2014)
  2. Demander un paiement, un effort. Occasionner une dépense.
    • Combien coûte un aller-retour Lyon-Nantes ?
    • L’entretien d’un cheval coûte une fortune.
    • Ne plaidons pas, les procès coûtent trop cher.
  3. (Figuré) (Transitif) Être la cause de quelque perte, de quelque douleur, de quelque peine, etc.
    • Je voyageois en Italie : arrivé à Naples, je m'empressai de visiter ce fameux Vésuve, dont la première éruption éclata, selon quelques auteurs, sous l'empereur Titus, l'an soixante-dix-neuf de notre ère, et coûta la vie au célèbre Pline. — (E.-F. Lantier, Voyages d'Antéor en Grèce et en Asie, Paris : chez Belin & chez Bernard, 2e édition revue, an VI, tome 1er, p.V (avant-propos))
    • Les Américains s’étaient rendu compte du prix que leur coûteraient leurs tergiversations,et ils voulurent frapper un grand coup, de toutes leurs forces, […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 245 de l’éd. de 1921)
    • A Dachstein, il y eut, en 1657, un pogrom qui coûta la vie au rabbin et à de nombreux israélites. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Cela ne lui coûte guère : Cela lui est facile.
    • L’argent ne lui coûte guère : Il ne le ménage pas.
    • Cette victoire a coûté beaucoup de sang.
    • Cette recherche lui a coûté bien du temps, un grand travail
  4. Impersonnellement,
    • Il lui en a coûté un bras.
    • Il vous en coûtera la vie.
    • Les efforts que ce travail m’a coûtés.
  5. Faire à regret des choses auxquelles on ne se détermine que difficilement.
    • Je ne vous cache pas que cette démarche me coûte un peu.
    • Il m’en coûte de vous faire ces reproches.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COÛTER. v. intr.
Valoir tel ou tel prix d'achat. Coûter cher. Cette chose coûte plus qu'elle ne vaut. Combien vous coûte, que vous coûte cette maison? Cette étoffe coûte vingt francs le mètre. Les trois mille francs que ce meuble m'a coûté. Prix coûtant, Le prix qu'a coûté une chose au marchand qui la vend. Il signifie aussi Occasionner une dépense. L'entretien d'un cheval, d'une voiture coûte tant par an. Ma nourriture ne me coûte rien. Ses enfants lui coûtent beaucoup. Ce voyage vous coûtera peu. Ne plaidons point, les procès coûtent trop. Absolument, Les voyages coûtent. Tout coûte en ce monde. Fig. et fam., Cela ne lui coûte guère, Cela lui est facile. L'argent ne lui coûte guère, Il ne le ménage pas. Fig. et fam., Coûter les yeux de la tête, Coûter un prix excessif. Il signifie encore figurément être cause de quelque perte, de quelque douleur, de quelque peine, etc., et, dans cette acception, il est transitif. Cette victoire a coûté beaucoup de sang. Cette recherche lui a coûté bien du temps, un grand travail. Impersonnellement, Il lui en a coûté un bras. Il vous en coûtera la vie. Les efforts que ce travail m'a coûtés. Il se dit particulièrement, au figuré, des Choses que l'on ne fait qu'à regret, auxquelles on ne se détermine que difficilement. Je ne vous cache pas que cette démarche me coûte un peu, ou absolument me coûte. Cela me coûte à dire. Il m'en coûte de vous faire ces reproches. Il coûte de renoncer à d'anciennes habitudes. Rien ne lui coûte, Il n'épargne rien, ou Il ne trouve rien d'impossible. Quand il est question d'obliger ses amis, rien ne lui coûte. Tout lui coûte, Il a de la peine à faire tout ce qu'il fait. Il rend service à regret, tout lui coûte. Coûte que coûte, À quelque prix que ce soit, quoi qu'il puisse arriver.

Littré (1872-1877)

COÛTER (kou-té) v. n.
  • 1Être acquis à un certain prix. Combien vous coûte cette étoffe, ce cheval, cette maison ?
  • 2Causer des frais, de la dépense. Combien coûte un cheval à nourrir ? Les réparations de sa maison lui ont coûté dix mille francs.

    Il m'en coûte bon, j'ai payé fort cher ; et fig. cela m'a été très onéreux, très pénible.

    Coûter cher, revenir à un prix élevé.

    Fig. Cette sottise lui coûtera cher, il en sera cruellement puni. Son amitié vous a coûté cher à ce prix, Sévigné, 415. Oh ! mon fils ! que tes jours coûtent cher à ta mère ! Racine, Andr. III, 8.

    Absolument. Les bâtisses, les voyages coûtent.

  • 3Être cause de quelque perte, de quelque effort, de quelque sacrifice. La place à l'emporter coûterait bien des têtes, Corneille, Nicom. I, 2. Sa perte aux Romains a coûté bien du sang, Corneille, Pomp. V, 3. Cette grandeur sans borne, et cet illustre rang Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang, Corneille, Cinna, II, 1. Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté ! Racine, Brit. IV, 2. Hercule à désarmer coûtait moins qu'Hippolyte, Racine, ib. II, 1.

    Coûter la vie, être cause de la mort. Cette imprudence lui coûta la vie. Vous, cruels, vous, tyrans, qui lui coûtez la vie, Voltaire, Tancr. V, 6.

    On dit d'un homme prodigue, que l'argent ne lui coûte guère, il le dépense comme si l'argent ne coûtait rien à gagner.

    On dit qu'une chose ne coûte guère, ne coûte rien à un homme qui la prodigue, sans y attacher d'importance ou pour tromper. Il vous promettra tout ce que vous voudrez, cela ne lui coûte rien. Toutes ces accusations d'hérésie qui ne vous coûtent rien qu'à les avancer, Pascal, Lettre de Nicole au P. Amat. Les larmes ne coûtaient rien à cette femme artificieuse, Fénelon, Tél. VIII. Denys de Syracuse faisait sans peine l'aveu de ses fautes, apparemment parce qu'elles ne lui avaient guère coûté, Barthélemy, Anach. ch. 63.

    Coûter des larmes, être cause d'une grande douleur. Ne croyez pas, seigneur, qu'auteur de mes alarmes, Pharnace m'ait jamais coûté les moindres larmes, Racine, Mithr. III, 5. Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes, Racine, Iphig. II, 5. Songiez-vous aux douleurs que vous m'alliez coûter ? Racine, Brit. II, 6.

  • 4Être fait à regret ou avec difficulté. Madame, ce qu'on fait sans honte et sans remords, Ne coûte rien à dire ; il n'y faut point d'efforts, Corneille, Suréna, II, 2. Jamais résolution ne m'a tant coûté à prendre, Voiture, Lett. 28. Il ne coûta rien aux Athéniens d'abandonner leur ville au pillage et à l'incendie, Bossuet, Hist. III, 5.

    Absolument. Les mortifications coûtent, les observances deviennent pénibles, Massillon, Profess. rel. 2. Cette paresse invincible à qui tout coûte, Massillon, Car. Tiéd. 2. Qu'on interroge les écrivains de génie sur les plus beaux endroits de leurs ouvrages, ils avoueront que ces endroits sont presque toujours ceux qui leur ont le moins coûté, parce qu'ils ont été comme inspirés en les produisant, D'Alembert, Mél. litt. Œuvres, t. III, p. 240, dans LACURNE.

    Rien ne lui coûte, il n'épargne rien.

    Tout lui coûte, il a de la peine à faire tout ce qu'il fait.

  • 5 Impersonnellement. Dans quelque pauvreté que je sois, je voudrais qu'il m'eût coûté mille écus et pouvoir…, Voiture, Lett. 25. En vain nous appelons mille gens à notre aide ; Plus ils sont, plus il coûte, et je ne les tiens bons Qu'à manger leur part de moutons, La Fontaine, Fab. XI, 1.

    Fig. Il coûte si peu aux grands à ne donner que des paroles, La Bruyère, IX. Le plus fort et le plus pénible est de donner ; que coûte-t-il d'y ajouter un sourire ? La Bruyère, VIII. Benoît parut instruit sur le vide et l'amertume des plaisirs sans qu'il eût coûté à son innocence pour s'en instruire, Massillon, Panég. St Benoît. Et je sais ce qu'il coûte à de certaines gens Pour avoir pris les leurs [leurs femmes] avec trop de talents, Molière, Éc. des femmes, I, 1. Quand celui qui est assis sur le trône d'où relève tout l'univers, et à qui il ne coûte pas plus à faire qu'à dire parce qu'il fait tout ce qu'il lui plaît par sa parole, Bossuet, la Vallière.

    Coûte que coûte, à quelque prix que ce soit, quoi qu'il puisse arriver. Locution elliptique qui équivaut à : (que cela) coûte (ce) que (l'on voudra que cela) coûte.

  • 6Impersonnellement avec le pronom en. Ce sont vingt mille francs qu'il m'en pourra coûter, Molière, Mis. V, 2. Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles, La Fontaine, Fabl. IX, 9.

    Fig. Il m'en coûte la vie, il m'en coûte la gloire, Corneille, Cinna, IV, 7. L'autre [tonnerre] s'écarte en son cours ; Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte ; Bien souvent même il se perd, La Fontaine, Fabl. VIII, 20. Quand il en devrait coûter quelque petite chose à la bienséance, Sévigné, 138. Sans qu'il en coûte une goutte de sang, Sévigné, 505. Il lui en coûta la vie, Bossuet, Hist. III, 6. Il apprit ce qu'il en coûte à sauver les enfants de Dieu, Bossuet, ib. II, 3. Il ne lui en coûte que de le vouloir, Bossuet, ib. II, 1. Il m'en coûterait trop s'il m'en coûtait deux fils, Racine, Théb. III, 6. Je l'ai voulu sans doute, Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte, Racine, Baj. III, 1. Toi-même, je m'assure, as rougi plus d'un jour Du peu qu'il t'en coûtait pour tromper tant d'amour, Racine, ib. IV, 5. Crois qu'il m'en a coûté pour vaincre tant d'amour, Racine, Bér. II, 2. Partons, et quelque prix qu'il en puisse coûter…, Racine, Phèd. II, 6. Quel plaisir barbare, grand Dieu ! pour des chrétiens ! il faut qu'il en coûte le sang et la réputation à leurs frères, pour les délasser, Massillon, Paraphr. ps. XV, verset 4. Vous regarderiez comme des insensés ceux qui mettraient en balance des difficultés de pure spéculation, qu'il n'en coûte rien de croire, avec une éternité malheureuse qui au fond peut devenir le partage des incrédules, Massillon, Av. Délai de la conversion. Ils [les apôtres] attendaient que leur maître délivrerait Israël du joug des nations et qu'il les ferait asseoir eux-mêmes sur douze trônes terrestres sans qu'il leur en coûtât ni soins ni peines pour y monter, Massillon, Car. Fausse confiance. Jésus-Christ a donc prévu qu'il nous en coûterait pour aimer nos frères, Massillon, ib. Pardon. Qu'il en coûte pour se préparer des malheurs éternels ! Massillon, Av. Bonh. Vous le feriez, quoi qu'il en dût coûter, Massillon, Car. Tiéd. 1. Quelques efforts d'esprit que l'on fasse et quelque assiduité qu'on y donne, on est trop heureux quand il n'en coûte que de demeurer dans son cabinet, Fontenelle, Maraldi. Il pourra m'en coûter ; mais mon cœur s'y résout, Voltaire, Zaïre, IV, 2. Je sais ce qu'il en coûte, Voltaire, Tancr. V, 3.

REMARQUE

1. Coûter est un verbe neutre, et quand on dit : cela m'a coûté dix francs, beaucoup de peine, quelques larmes, francs, peine, larmes ne sont point des régimes directs ; il y a une ellipse, et la locution entière est : cela m'a coûté (pour) dix francs, (pour) beaucoup de peine, (pour) quelques larmes. En effet on ne peut pas dire : dix francs m'ont été coûtés ; des larmes me sont coûtées, etc. Coûter ne pouvant se tourner par le passif, n'a donc dans les phrases de ce genre que l'apparence de l'actif ; il dérive du latin constare qui signifie proprement être avec, être acquis, de là provient l'impossibilité d'un passif.

2. Coûter n'étant pas actif, il faut dire : la somme que cette maison a coûté, et non coûtée ; les pleurs que la mort de cet enfant a coûté à sa mère, et non coûtés, etc. Cependant l'Académie, qui dit bien que coûté est toujours invariable, note que plusieurs écrivains ont accordé coûté en ces cas-là. En voici en effet des exemples. Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés, Racine, Brit. V, 3. Que de soins m'eût coûtés cette tête si chère ! Racine, Phèd. II, 5. Vous n'avez pas oublié les soins que vous m'avez coûtés depuis votre enfance, Fénelon, Tél. VII. Il paraît en effet digne de vos bontés ; Il mérite surtout les pleurs qu'il m'a coûtés, Voltaire, Comtesse de Givry, II, 2. Mes manuscrits raturés, barbouillés et même indéchiffrables, attestent la peine qu'ils m'ont coûtée, Rousseau, Ém. liv. I. Un enfant devient plus précieux en avançant en âge ; au prix de sa personne se joint celui des soins qu'il a coûtés, Rousseau, ib. On ne peut considérer ces exemples que comme des licences condamnables en prose et tout au plus permises en poésie.

HISTORIQUE

XIIe s. Car qui le sien donne retraianment [de mauvaise grâce], Son gré en pert, et si couste ensement Com à celui qui volontiers l'otroie, Couci, XVI.

XIIIe s. Sixante sols [il] cousta, un an a, en certain, Berte, LXXIII. Ma volonté ferez, quoi qu'il doie couster, ib. CXII. Renart me quide plus coster Que ne me costera des mois, Ren. 16432. Et me dit la royne, que la façon avoit cousté cent livres, Joinville, 285.

XIVe s. De ci ne partirons, quoi qu'il doie couster, S'arons prise la ville…, Guesclin. 8092.

XVe s. Je voudroie bien avoir un tel messager ; il ne vous couste rien, et si savez veritablement tout quant que il avient par le monde, Froissart, II, III, 22. Dit en soi-mesme Jean Lyon : Je mettrai un tel trouble entre cette ville et le comte, qu'il coustera cent mille vies, Froissart, II, II, 52. Quand le capitaine vit que les seigneurs françois ne se departiroient point sans avoir le fort, quoique il coustast, Froissart, II, III, 23. … Ne me chault couste et vaille ! Encor ay denier et maille Qu'oncques ne virent pere ne mere, Patelin, 215. Alors luy bailla le varlet un glaive dont la hante estoit à merveilles moult forte et le fer tranchant, et la damoyselle dist que elle veult veoir comment il couste [comment il vaut, est mis en usage], Lancelot du Lac, t. III, f° 37.

XVIe s. Les lettres qui me coustent le plus sont celles qui valent le moins, Montaigne, I, 293. Il me coustoit à m'empescher de le faire, Montaigne, I, 315. Quoyqu'il me couste, je delibere de dire ce qui en est, Montaigne, III, 67. Il ne porta onques robbe qui eust cousté plus de cent drachmes d'argent, Amyot, Caton, 10. Il ne leur feist pas couster pour luy un tout seul denier, Amyot, ib. 13. Il leur portoit envie, de ce qu'ilz avoient la guerre à des ennemis qui leur cousteroient si peu à desfaire, Amyot, Philop. 29. Il se jettoit à clos yeux au danger : aussi lui en cousta il la vie dedans l'isle de Chio, Amyot, Phocion, 8. Cela, direz vous, est bien cher ; toutes fois couste mais que [pourvu que] vaille, Contes de CHOLIÈRES, f° 20, dans LACURNE.

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Étymologie de « coûter »

Du moyen français couster, de l’ancien français couster, du latin constāre, infinitif de cōnstō (« se tenir ferme, fixé » et « se tenir, être à tel prix, coûter »), formé du préfixe intensif com- et sto (« se tenir debout »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. et espagn. costar ; portug. custar ; ital. costare ; du latin constare, coûter, proprement, être avec, être fixé, déterminé, de cum, et stare, demeurer (voy. STABLE).

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Phonétique du mot « coûter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
coûter kute

Évolution historique de l’usage du mot « coûter »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « coûter »

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  • Entre la mise en place de tests, les hôtels (Gran Destino Tower, Grand Floridian ou Yacht Club) et les loisirs (jeux vidéos, tables de ping-pong, DJ sets, golf, pêche…), la reprise de la saison 2019-20 au Walt Disney World Resort d’Orlando va coûter bonbon à la NBA ! Selon le journaliste Brian Windhorst d’ESPN, la bulle coûtera ainsi 1.5 million de dollars par jour à la ligue. Basket Infos, La bulle d'Orlando ça va coûter combien chaque jour à la NBA ? Très très cher…
  • La pandémie pourrait coûter jusqu'à plus de 34 milliards de dollars (plus de 31 milliards de francs) et 5% du PIB au tourisme suisse en cas de restrictions sur un an, selon l'ONU. La baisse mondiale pourrait atteindre 3120 milliards de francs et plus de 4% du PIB. Bilan, Coronavirus: le Covid pourrait coûter plus de 30 milliards au tourisme suisse - Bilan
  • Les six premiers mois de 2020 ont été marqués par une augmentation considérable du prix des smartphones haut de gamme. Xiaomi, Oppo, OnePlus… tous ont augmenté le prix de leurs appareils vedettes d'une centaine d'euros ou plus. Pour justifier ces décisions, tous blâment la 5G. En effet, le processeur Snapdragon 865 de Qualcomm couplé à son modem X55 coûterait plus cher que son prédécesseur. Même les flagship killers, comme le Realme X50 Pro ou le Poco F2 Pro, ont dépassé la barre des 500 euros.  01net, Les smartphones de 2021 devraient coûter plus cher que ceux de 2020
  • Tel scénario pourrait possiblement coûter cher à la direction du club. Quique Sétien perçoit des émoluments proche du demi-million d’euros bruts mensuels. Si le Barça venait à le remercier, le club pourrait avoir à lui verser jusqu’à 12 M€ bruts, comme équivalence aux deux saisons restantes, dans son contrat. Lors de son départ, Ernesto Valverde avait renoncé à l’intégralité de son salaire, favorisant plutôt la séparation à l’amiable, même si le Basque, n’était naturellement pas parti sans rien. Ce dernier était lié jusqu’au mois de juin 2021 aux Catalans, avec un salaire quatre fois plus élevé que celui de son successeur. Sportune, Combien ça pourrait coûter de licencier Quique Setién du Barça ?
  • Le prix du mètre cube d’eau dépend de chaque commune. Le plus souvent, il coûtera entre 2 et 5 euros. Pour le premier remplissage des 40 mètres cubes de bassin, il faudra donc compter entre 80 et 200 euros. Ensuite, les professionnels conseillent de renouveler un tiers du volume d’eau à chaque nouvelle saison estivale. Capital.fr, Ce que va vous coûter à l’année l’entretien de votre nouvelle piscine - Capital.fr

Images d'illustration du mot « coûter »

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Traductions du mot « coûter »

Langue Traduction
Anglais cost
Espagnol costo
Italien costo
Allemand kosten
Chinois 成本
Arabe كلفة
Portugais custo
Russe стоимость
Japonais 費用
Basque kostua
Corse costu
Source : Google Translate API

Synonymes de « coûter »

Source : synonymes de coûter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « coûter »

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