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Feu

Variantes Singulier Pluriel
Masculin feu feux

Définitions de « feu »

Trésor de la Langue Française informatisé

FEU1, subst. masc.

I.
A.−
1. Phénomène consistant en un dégagement de chaleur et de lumière produit par la combustion vive d'un corps. Adorer le feu; mangeur, cracheur de feu. Les Anciens regardaient le feu comme un des quatre éléments; l'action du feu sur un corps (Ac.1835-1932).Il y a loin du dessin d'un huron à un tableau de David (...) comme il y a loin de la pirogue ou du canot creusé, avec le feu, dans un tronc d'arbre, à un navire de haut bord (Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 147):
1. À défaut d'instruments capables de venir à bout des arbres, le feu offrait le moyen d'extirper la végétation parasite, de dégager le sol environnant, d'écarter les possibilités d'embuscades et de surprises. Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 31.
Spécialement
Feu élémentaire. Une des quatre substances pures de l'ancienne chimie. Ce que j'ai vu éclater, c'est le feu élémentaire, le feu qui, déposé en la matière, fait la naissance, qui, retiré d'elle, fait la mort (Renan, Drames philos.,Eau jouvence, 1881, p. 451).
ASTROL. Signes de feu (cf. A 2 infra).
Locutions
Prendre feu. Entrer en combustion vive. Le bois a pris feu. Synon. s'embraser; anton. s'éteindre.On eût dit l'éruption soudaine d'un volcan. Des dépôts de carburants avaient pris feu, répandant, sur une immense étendue d'horizon, une épaisse fumée (Gide, Journal,1943, p. 179).Au fig. Devenir très passionné (par quelque chose). Synon. s'enflammer, s'échauffer.Le quartier des écoles (...) était plus soulevé encore que la veille; la banlieue prenait feu (Hugo, Nap. le Pt,1852).On s'assied à la table et la causerie prend feu (Goncourt, Journal,1860, p. 782).
Faire feu (vx). S'enflammer. Les calcédoines (...) sont plus tenaces que le cristal de roche et font facilement feu au briquet (A. Pérès, Pierres et roches,1896, p. 18).
Mettre le feu (à qqc.). Faire entrer quelque chose en combustion vive. Synon. allumer; anton. éteindre.Il y avait là dedans des litres d'eau-de-vie et, au milieu, un monceau d'éclats de pain de sucre (...). Un des convives saisit un brandon et y mit le feu (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 164).
(Donner, demander à qqn; avoir) du feu. De quoi allumer quelque chose (généralement une pipe, une cigarette). Du feu, s'il vous plaît. Un gardien se tient dans la rotonde et donne du feu aux prisonniers, qui ont une heure pour fumer une pipe (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Mes pris., 1893, p. 398):
2. − Vous avez du feu, n'est-ce pas? (...) « Hélas! nous n'avons pas de feu, dit Pencroff, ou plutôt, monsieur Cyrus, nous n'en avons plus! » et le marin (...) égaya l'ingénieur en lui racontant l'histoire de leur unique allumette, puis sa tentative avortée pour se procurer du feu à la façon des sauvages. Verne, Île myst.,1874, p. 75.
Au figuré
Jeter de l'huile* sur le feu.
C'est le feu et l'eau*.
Mettre le feu aux poudres. Faire éclater quelque chose qui était latent. La plaine rompit avec la droite (...) le 12 vendémiaire (4 octobre), elle révoqua le désarmement des terroristes. Cette dernière mesure mit le feu aux poudres (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 453).
Mettre le feu sous le ventre de qqn (Ac.), mettre le feu au ventre de qqn (vieilli). Exciter quelqu'un à accomplir quelque chose. Et c'est ce diable d'homme qui leur a mis à tous le feu au ventre (A. Daudet, Tartarin Alpes,1885, p. 22).
Souffler le feu (vieilli); souffler sur le feu. Pousser quelqu'un à accomplir quelque chose. Les agents de l'Angleterre soufflaient le feu, les partisans des Cortès cherchaient à faire naître une division sérieuse entre nous et le parti royaliste (Chateaubr., Congrès Vérone,t. 2. 1838, p. 131).Il s'insinue parmi ses camarades, souffle le feu (...). En dix minutes, voici la section survoltée (H. Bazin, Tête contre murs,1949, p. 366).
Jeter feu et flamme(s). Être très en colère. Son père jetait feu et flammes; il ne parlait rien moins que de mettre dona Lucia aux filles repenties (Mérimée, Théâtre C. Gazul,1825, p. 343).
Proverbes
Il ne faut pas jouer avec le feu. Il ne faut pas prendre de gros risques. Attention! vous connaissez le proverbe : il ne faut pas jouer avec le feu, jeu de main, jeu de vilain. Frédéric et moi, nous avons tellement joué avec le feu qu'un peu plus il était pris, torturé, fusillé (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 154).
Il n'y a pas de fumée* sans feu.
2. Phénomène physique assimilé à une combustion vive.
a) [Feu est suivi d'un déterm.] Un feu souterrain (Ac.). Le feu des volcans, qui ne provient pas de la chute d'une pierre sur un amas de soufre, comme l'a dit Newton, mais qui doit son origine à la fermentation des rivages des mers (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 290).
Spécialement
Feu central. Foyer de matières incandescentes qu'on disait exister au centre du globe terrestre. De place en place, comme les cratères laissent échapper le feu central, les « machines parlantes » des cafés servaient d'exutoire au faux sentiment (Montherl., Célibataires,1934, p. 830).
Feu du ciel, feu céleste. Foudre :
3. On cite de la foudre d'étonnantes espiègleries (...). Les feux du ciel déshabillent parfois leurs victimes et transportent leurs vêtements à de grandes distances. Cocteau, Poés. crit. I,1959, p. 194.
RELIG. Feu éternel. Feu qui brûle les damnés. Le feu éternel est préparé au diable et à ses anges (Théol. cath.t. 14, 1, 1920, p. 347).Feu du ciel, feu céleste. Foudre qui châtie les pécheurs. Être frappé par le feu du ciel. Ce n'est point une Sodôme condamnée par le feu céleste, mais le sarcophage épicurien d'une courtisane de Campanie (Quinet, All. et Ital.,1836, p. 214).
Feu follet*, feu fée*.
Feu chalain (région., Canada). ,,Éclair de chaleur`` (Dionne 1909);
Feu St-Elme. Étincelles qui se forment, par suite de l'électricité atmosphérique, à l'extrémité des mâts ou des vergues d'un navire. À onze heures, Yves, qui est de quart, vient m'appeler pour voir les feux Saint-Elme qui sautillent et crépitent au bout de toutes les vergues (Loti, Journal,1878-81, p. 91).
Feu grisou*.
Loc. Faire feu des quatre fers (vieilli). Produire des étincelles par suite d'un brusque départ. [Il] renfourcha son bidet, qui faisait feu des quatre fers (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 192).P. anal. Bonne vieille diligence, fais feu de tes quatre roues, emporte le petit Chose (A. Daudet, Pt Chose,1868, p. 149).
Au fig., vx. Faire feu des quatre pieds (Ac.). Employer tous ses efforts pour réussir dans une entreprise. Le ministère fait feu des quatre pieds et paraît résolu à vendre chèrement sa vie (Mérimée, Lettres ctesse de Montijo,1870, p. 112).
b) Subst. + de feu.[Feu est un déterm. spécifiant l'apparence matérielle d'un phénomène dont le subst. indique gén. la forme] Croix, mur, pluie, langues de feu. Elle [Votre Altesse] verra sur la place le long d'un balcon, en lettres de feu, hautes comme ça... une inscription! (Sardou, Rabagas,1872, IV, 6, p. 178):
4. Tout d'un coup, dans la montagne de l'orage ruisselèrent vingt torrents de feu. Le plateau frappé de partout par la foudre sonna comme une cloche. Giono, Que ma joie demeure,1935, p. 483.
Spécialement
RELIG. Langues* de feu de la Pentecôte.
HIST. Les Croix de feu. Mouvement d'extrême droite français, d'inspiration fasciste.
GÉOL. Ceinture de feu. Zone d'activité volcanique intense entourant la terre. La ceinture de feu du Pacifique. On peut dire que l'océan Pacifique est entouré par un véritable cercle de feu (Lapparent, Abr. géol.,1886, p. 80).
ASTROL. Signes de feu. Signes du zodiaque (Bélier, Lion, Sagittaire).
B.− Source de chaleur à fonction utilitaire ou symbolique, généralement en combustion vive.
1. Source de chaleur produite par la combustion vive de quelque chose et utilisée pour chauffer quelqu'un, quelque chose ou cuire quelque chose.
a) Feu + subst. spécifiant la matière.Un feu de sarments, de braises. Nous allumâmes un feu de broussailles pour sécher nos habits mouillés par la pluie du jour (Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 163).
Emploi abs. Être près du feu; le coin du feu. Puis, comme il se sentait frémissant et apeuré, il posa de l'eau sur le feu, afin de boire du café bien chaud avant de se mettre en route (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Aub., 1886, p. 1080).Il est mort en silence, beaucoup plus tard, tout seul, la porte grande ouverte sur la cuisine où le feu ronronne et fait danser au plafond sa langue rose (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1432):
5.− Pardonnez-moi, dit-il. Je n'ai pas chaud. J'étais très mouillé et ma chambre est très froide. Je me chaufferai quelques minutes à votre feu. Il s'accroupit avec difficulté devant l'âtre, tendit les mains. Vercors, Silence mer,1942, p. 34.
SYNT. Allumer, couvrir, ranimer un/le feu; faire du feu, un bon feu (Ac.); mettre, jeter au feu; un grand, un maigre feu; un feu vif, clair, ardent; chambre sans feu.
α) Spécialement
Arts du feu. Arts utilisant la cuisson par le feu (faïencerie, poterie, verrerie, etc.). Métallurgiste, teinturier, verrier, joaillier, j'exerçais mon génie dans ces arts du feu, si merveilleux qu'ils semblent magiques (France, Jard. Épicure,1895, p. 182).
CUIS. Partie du dispositif chauffant situé sur la face supérieure d'une cuisinière, d'un réchaud. Une cuisinière électrique (à) quatre feux.
Loc. adv. [En parlant d'une cuisson]
À feu doux*; à petit feu, à feu modéré. Doucement. Anton. à feu vif, ardent.Faites-les frire à feu modéré et activez la chaleur à mesure que la cuisson s'opère (Gdes heures cuis. fr., J. Gouffé, 1877, p. 185).C'est toi, Louis! ton dîner est tout prêt dans la cuisine, mon enfant. J'ai laissé la soupe à petit feu (Duhamel, Confess. min.,1920, p. 116).Au fig. Lentement. Alors, c'est cela, je me laisserai mourir à petit feu, élégamment, au milieu de mes amis pâles d'émoi (Miomandre, Écrits sur eau,1908, p. 88).
Pousser le feu. Augmenter l'intensité du feu. Mouillez avec le bouillon de veau et poussez le feu pendant une heure (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p. 343).
Loc. subst. Coup de feu. Pointe de chaleur quand on active le feu. Au fig. Être dans son coup de feu. Être au moment où l'on est le plus affairé. Le cuisinier est dans son coup de feu (Ac.).C'était le grand coup de feu, comme disait Quenu (Zola, Ventre Paris,1873, p. 693).Il [Bernardin de Saint-Pierre] est dans le coup de feu de ses tableaux; l'enthousiasme le prend lui-même en se relisant (Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 6, 1853, p. 426).Eh bien, à l'idée qu'ils [les artistes] s'étaient passés de moi pour le coup de feu de la répétition en costumes et de la générale, le journal m'est tombé des mains (Colette, Music-hall,1915, p. 171).
VERRERIE, FAÏENCERIE
(Premier, deuxième, troisième) feu (vx.) [Désigne le nombre de cuissons d'une pièce] L'opération qui se fait dans l'intervalle d'un réchauffement à l'autre constitue ce qu'on appelle un feu. On ne donne que deux feux pour le noir léger, mais on ne donne trois pour le noir pesant (Berthollet, Art teint.,t. 2, 1804, p. 12).
De grand feu, de petit feu. Dénomination caractérisant la température et la durée de la cuisson. Il n'y a presque pas de cuisson de poterie qui ne se divise en deux temps : celui qu'on appelle de petit feu et celui qu'on nomme de grand feu (Al. Brongniart, Arts céram.,t. 1, 1844, p. 225).
Défaut de feu, coup de feu (vx). Défaut dû à une cuisson excessive. Un vernis (...) trop dur (...) se couvre de petits trous. Un défaut de feu produit à peu près le même effet (Al. Brongniart, Arts céram.,t. 1, 1844p. 172).
Couleur (de) grand feu. Dont la cuisson peut être effectuée à la température maximale. Les couleurs de grand feu (...) sont employées sur porcelaine dure ou grès cérame (Coffignier, Coul. et peint.,1924, p. 529).
THÉÂTRE, vx. Feux (d'un acteur). Ce que reçoit un acteur en sus de ses appointements fixes. Cet acteur a tant pour ses feux (Ac.).Les acteurs qui chanteraient à ces représentations auraient sous le nom de feux une gratification particulière (Stendhal, Rossini,1823, p. 221).
P. anal. Si, en quatrième, on m'avait offert un engagement dans une troupe [de brigands] convenable, avec espoir d'avancement et des feux, j'aurais signé des deux mains (Vallès, Réfract.,1865, p. 100).
HIST. Supplice du bûcher. Être condamné au feu :
6. Puis-je oublier qu'il n'y a pas six ans que Pie II a réuni au Vatican ce tribunal spécial (...) et (...) vous a condamné à la peine des hérétiques, c'est-à-dire à périr par le feu? Montherl., Malatesta,1946, II, 5, p. 473.
Justice par le fer (l'eau*) et par le feu. Le fer et le feu étaient dans le code. La loi pratiquait la cautérisation du vagabondage (Hugo, Homme qui rit,t. 1, 1869, p. 34).Étrange système de chercher la vérité par l'éloquence (...) cela paraîtra aussi étrange que la justice par l'eau et par le feu (Barrès, Cahiers,t. 5, 1906-07, p. 59).
Expressions
À feu continu. Feu qui ne s'éteint que lorsqu'on arrête un four. Travailler à feu continu. Durant les deux dernières guerres mondiales, les hauts fourneaux avaient été simplement et soigneusement mis en veilleuse. Et depuis la Libération, il était entendu, sans besoin d'un accord écrit, qu'au plus fort d'une grève d'EDF, les usines fonctionnant à feu continu ne seraient jamais privées de courant (Le Point,9 juill. 1973, p. 27, col. 1).
Qui va au feu. Qui supporte la flamme. Plat qui va au feu.
À feu nu. Au contact direct de la flamme. Cuire à feu nu. Huile empyreumatique que l'on prépare en distillant à feu nu la cire jaune mêlée avec de la chaux vive (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog.,t. 1, 1821, p. 200).
β) Loc. fig.
Feu de paille. Quelque chose qui dure peu. Cet amour si violent ne sera qu'un feu de paille (Ac.1932).Mais les soupçons que pouvait parfois lui inspirer Eulalie, n'étaient qu'un feu de paille et tombaient vite, faute d'aliment (Proust, Swann,1913, p. 117).
Faire feu qui dure (Ac.). Ménager ses biens ou sa santé. Il faut faire feu qui dure (Ac.1932).Je t'en prie, éteins un peu l'ardeur de ton âme; ménageons-nous et, comme dit Riccardo, le forgeron, faisons feu qui dure (France, Puits ste Claire,1895, p. 68).
Faire grande chère et beau feu, vx. (Ac.) Accomplir une très grande dépense. Il revenait de l'armée; il avait de l'argent, nous faisions bonne chère et grand feu (Mérimée, Théâtre C. Gazul,1825, p. 59).
Faire feu de tout bois*. Employer tous les moyens possibles pour parvenir à ses fins.
Mettre les fers* au feu. Tirer les marrons* du feu.
γ) Proverbes. Il n'est feu que de bois* vert. Bois* tortu fait feu droit.
b) [Feu suivi d'un déterm. spécifiant la fonction du feu]
− Domaine milit.Feu de bivouac, de camp. Feu allumé par une troupe en bivouac, en campagne. Après lui avoir fait faire une bonne lieue, à pied, dans l'obscurité rendue plus profonde en apparence par le feu des bivouacs qui de toutes parts éclairaient l'horizon (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 31):
7. Le dîner fini, nos pas nous portaient malgré nous vers la lande où les fumées rabattues des feux de camp qui rougeoyaient dans le noir se mêlaient au brouillart tôt retombé de la lagune... Gracq, Syrtes,1951, p. 133.
P. ell. Les Tommies, autour de leurs feux, parlent de leurs femmes et de leurs dangers (Maurois, Silences Bramble,1918, p. 170).
P. ext. Feu de camp. Feu en plein air autour duquel les membres d'un groupe se réunissent pour passer la veillée. Allumer un feu de camp. Mais les enfants volés n'ont point l'ennui de naître Ils surgissent soudain, on ne sait d'où, ni quand, Chez les romanichels, autour d'un feu de camp (Cocteau, Théâtre poche,1949, p. 112).
Feu de joie. Feu qu'on allume en signe de liesse. Les principales fêtes de la religion s'annonçoient par une pompe extraordinaire. La veille on allumoit des feux de joie (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 441).
Feu de la St-Jean. Feu de joie qu'on allume la nuit de la Saint-Jean. Dans la nuit du 23 juin, les gars du pays y allument (...) le feu de la Saint-Jean, auquel d'autres feux répondent de toutes les hauteurs voisines (France, P. Nozière,1899, p. 306).
Feu grégois*.
LITURG. ROMAINE. Feu nouveau. (Depuis la réforme de Pie XII) feu allumé à la veille de Pâques. La bénédiction du feu nouveau.
HIST. ANTIQUE. Feu sacré. Feu perpétuel entretenu par les vestales dans le temple de Vesta. P. anal. Se souviendront-ils jamais de ceux qui ont traversé les déserts, portant le feu sacré, les dieux de notre race, et eux ces enfants, qui maintenant sont des hommes? (Rolland, J.-Chr.,Nouv. journée, 1912, p. 1548).Cf. II B 1 b infra.
2. [Dans un syntagme prép. déterminant un type d'objets par l'usage qui est fait du feu]
a) [Usages domestiques]
Chambre à feu (Ac. 1932), vx. Pièce où il y a une cheminée.
Pot* à feu, garniture* de feu, plaque* de feu, pique-feu*, porcelaine* à feu.
b) MÉD. Pointe de feu. Instrument long et aigu servant à cautériser; p. méton. cautérisation effectuée avec cet instrument. Et l'on parle des tristesses de sa vie : une mauvaise santé, des rhumatismes qui exigent à tout moment des pointes de feu (Goncourt, Journal,1887, p. 674).
c) TECHNOLOGIE
Boîte à feu. Partie d'une chaudière où se produit la combustion. Le mélange air-mazout se fait dans la boîte à feu ou dans un caisson la précédant (Chartrou, Pétroles natur. et artif.,1931, p. 133).
Pompe à feu (vx). Machine à vapeur. Moins de trois mille saluts qui se succédaient comme les coups de piston d'une pompe à feu (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 227).
Pierre* à feu.
d) SYLVIC. Bois de feu. Bois de chauffage. Anton. bois de sciage.Résorption massive des bois de feu feuillus, développement de la production des sciages résineux (Forêt fr.,1955, p. 20).
3. P. méton. Maison habitée, p. ext. foyer. Il y a cent feux dans ce village. Cette bourgade est composée de tant de feux (Ac.1932).Les états lui accordèrent [au Prince Noir] la permission de lever dix sous par feu dans toute la principauté d'Aquitaine (Stendhal, Mém. touriste,t. 3, 1838, p. 113):
8. ... il a quitté Paris, fait l'achat, près de Draguignan, d'une bicoque aux tuiles vernies, cachée dans les palmes, à l'entrée d'un hameau de six feux. Bernanos, Joie,1929, p. 634.
Spéc., HIST. Feu (contribuable). Unité fiscale utilisée pour l'imposition jusqu'au xviiiesiècle :
9. Enfin dans certaines provinces (Bretagne, Dauphiné, Provence) le feu est devenu progressivement une unité de compte n'ayant plus aucun rapport avec les réalités démographiques : par exemple, telle paroisse est imposée forfaitairement pour 4 feux 1/4, telle autre pour 6 feux etc. Il faut se garder de confondre ces feux fiscaux (dits feux de compoix) avec les feux « allumants », qui correspondent à des ménages. J. Dupaquier, La Population rurale du Bassin parisien à l'époque de Louis XIV(thèse), Paris, t. 1, 1977, p. 24.
Loc. Sans feu ni lieu. Sans domicile fixe. Pourquoi parles-tu de renverser le gouvernement (...) tu as une femme, tu as une fille (...). Il n'y a que les gens sans feu ni lieu, n'ayant rien à perdre, qui veulent des coups de fusil (Zola, Ventre Paris,1873, p. 759):
10. Pourquoi (...) les appelle-t-on les poilus? (...) C'est une nation d'honnêtes gens qui se bat pour ses foyers (...) et non pas une troupe de bohèmes à demi sauvages, mal policés, sans feu ni lieu. Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 92.
C.− Destruction de quelque chose par combustion vive. Le feu a gagné le plancher, a gagné le toit; arrêter les progrès du feu (Ac.). Assurance contre le feu; un feu de forêt. (Quasi-)synon. incendie.Des poutres rongées et noircies par le feu indiquaient la place d'une grange (Romains, Hommes bonne vol.,1938, p. 112):
11. Une vieille femme passa. Elle ne savait rien. Ils arrêtèrent un petit garçon, qui répondit : − « Je crois que c'est le feu! » et le tambour continuait à battre, la cloche tintait plus fort. Enfin, ils atteignirent les premières maisons du village. L'épicier leur cria de loin : − « Le feu est chez vous! » Pécuchet prit le pas gymnastique... Flaub., Bouvard,t. 1, 1880, p. 36.
SYNT. Le feu prend, se déclare, se répand, se propage; attiser, combattre, maîtriser le feu; dégats, dommages, ravages du feu; risques du feu; lutte contre le feu.
Expressions
Mettre, fiche (fam.), foutre (pop.), bouter (vx), flanquer (fam.) le feu à qqc./dans qqc. Incendier (quelque chose). Nous avons porté la paille au pied des maisons, qui sont toutes en planches ou en osier, et nous avons mis le feu dans sept endroits à la fois (About, Roi mont.,1857, p. 96).
« Au feu ». [Cri qu'on lance lorsqu'on veut signaler un incendie] Je vis que tout le bas de ma demeure n'était plus qu'un effrayant brasier (...) je me mis à courir vers le village en hurlant : « au secours! au secours! au feu! au feu! » (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Horla, 1886, p. 1123).
Au fig. Crier au feu. S'alarmer. Il n'y a pas de quoi crier au feu, dit-il avec beaucoup de calme. Qu'est-ce que vous attendez maintenant? Faites-la monter (Bernanos, Crime,1935, p. 836).
Spécialement
Brigade, hommes, soldats du feu. (Corps de) sapeurs-pompiers.
Feu de cheminée. Embrasement de la suie accumulée dans le conduit d'une cheminée. Elle a passé son temps, dans sa chambre, à brûler des tas de lettres; nous avons même cru qu'il y avait un feu de cheminée (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 247).
♦ Domaine de la lutte contre le feu.Feu courant. Feu se propageant avec une tête bien définie (d'apr. Métro 1975). Feu à retardement. Feu restant à l'état latent avant d'éclater (d'apr. Métro 1975). Costume de feu. Tenue pour combattre le feu.
Loc. fig.
Faire la part du feu. Sacrifier certaines choses pour ne pas tout perdre. Dans certaines circonstances il faut faire la part du feu (Ac.) :
12. Georgette est innocente, et cependant demain elle peut se trouver atteinte par les mêmes absurdes calomnies... Croyez-moi, faites la part du feu et assoupissez tout cela par un mariage. Theuriet, Mariage Gérard,1875, p. 205.
Courir à qqc. comme au feu. Se presser vivement pour aller voir quelque chose. On y court comme au feu (Ac.).
Il n'y a pas le feu (à la maison). Rien ne presse. M. d'Eblis te fait la cour, n'est-ce pas? (...) mais enfin le feu n'est pas à la maison, n'est-ce pas? Tu n'en es pas folle, de ce monsieur? − Folle, non (Feuillet, Journal femme,1878, pp. 72-73).
À feu et à sang. Détruit, ravagé par la guerre, par des combats. Il ne mit pas moins de cinq jours (...) pour aller de la Lorraine, qui était à feu et à sang, jusque dans l'Anjou tranquille, où les vignes mûrissaient doucement sous le soleil (Benjamin, Gaspard,1915, p. 78).
Par le fer* et par le feu.
Avoir le feu aux trousses, aux fesses (fam.), au derrière (fam.), au cul (pop.). Être très pressé. Me voilà donc en train de courser le gamin qui avait bien cent mètres d'avance sur moi, et le feu aux fesses par-dessus le marché (Aymé, Jument,1933, p. 57).Cf. infra II B 1 b.
Au fig. [Avec un adj. ou un compl. introduit par de exprimant qqc. jugé comme mauvais] Les feux du désordre, de la haine; le feu du péché; les feux de la dissension. Moyens dont disposent les familles (...) pour garantir les âmes du feu lascif par quoi, bon gré mal gré, toute l'humanité est pour ainsi dire embrasée (Boylesve, Leçon d'amour,1902, p. 213):
13. ... c'est qu'il est plus sûr d'abandonner un droit litigieux que de plaider, de troubler la paix des nations et d'attiser le feu de la guerre civile. Proudhon, Propriété,1840, p. 204.
II.− [Le feu sert à dénoter un des aspects du phénomène de combustion]
A.− [La combustion considérée sous l'aspect de sa lumière]
1. Lumière produite par quelque chose qui brûle. Le feu des réverbères; signal par le feu. Ils continuent les ancêtres pilleurs d'épaves qui trompaient les bateaux par des feux sur les roches (Hamp, Marée,1908, p. 19):
14. ... je frappai du pied vivement sur le pont pour les faire finir. Je leur criai : − Eh! dites donc, mes petits amis! on a l'ordre d'éteindre tous les feux du bâtiment. Soufflez-moi votre lampe, s'il vous plaît. Vigny, Serv. et grand. milit.,1835, p. 47.
Spéc. Pêcher au feu. Pêcher au moyen de flambeaux dont la lueur attire le poisson (d'apr. Baudr. Pêches 1827). Synon. région. pêcher au lamparo*.
2. P. ext. Lumière. Le feu de la lampe; les feux des boulevards. Je n'aperçus d'abord que des rues boueuses, des pavés mouillés, luisants sous le feu des boutiques (Fromentin, Dominique,1863, p. 131).Quelques lucioles, de loin en loin, déchirent l'air de leur feu vert et intermittent (Maran, Batouala,1921, p. 62):
15. Je viens de consulter ma carte. De toute façon j'ai abordé les cotes zéro : je ne risque rien. Je descends toujours et vire plein nord. Ainsi je recevrai, dans mes fenêtres, les feux des villes. Je les ai sans doute dépassées, elles m'apparaîtront donc à gauche. Saint-Exup., Terre hommes,1939, p. 216.
Loc. À pleins feux. Très fort. La nuit s'épaississait (...) les lumières électriques brillaient maintenant à pleins feux (...) les bars voisins étincelaient à travers leurs vitrages (Arnoux, Paris,1939, p. 229).
Spécialement
♦ Domaine milit.
Extinction des feux. Extinction des lumières. P. anal. Sonner l'extinction des feux. Manquer la fin de quelque chose. La conversation commençait à faiblir. − Je crois, disait alors M. Rosenthal, que le moment est venu de sonner l'extinction des feux (Nizan, Conspir.,1938, p. 135).
Couvre-feu*.
MAR., AVIAT., CH. DE FER. Lumière servant à signaler un bâtiment, un véhicule ou des installations fixes. Feux de babord, de tribord; feu de mouillage, de port; feu à éclat, à occultation; feu de position, feux fixes. Les trains de toutes les catégories portent à l'avant, au moins un feu blanc et, sur la face arrière du dernier véhicule, un feu rouge (Bricka, Ch. de fer,t. 2, 1894, p. 138).J'attends avec inquiétude cette chaloupe dont Yves est le patron : elle est allée à terre et ne revient pas. Enfin, voici son feu rouge qui s'avance, en retard de deux heures! (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 153).
♦ Domaine de la signalisation automobile
Dispositif lumineux servant à signaler un véhicule automobile. Feu de position, de stationnement; feu arrière; feu rouge, clignotant*; tous feux éteints. La rue Royale était obscure. L'auto, feux éteints, attendait au bord du trottoir (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p. 809).
Dispositif lumineux dont est muni un véhicule pour éclairer la route. Feux de croisement, de route, de ville. Synon. phare.
♦ Domaine de la circulation.Feux tricolores; feu vert, rouge, orange. Dispositif lumineux autorisant ou interdisant le passage de véhicules. Il aperçut enfin le feu d'un disque : la gare était proche (Martin du G., Thib.,Cah. gr., 1929, p. 640).Moi, lui souffla Zazie dans le cornet de l'oreille, je me tire au prochain feu rouge (Queneau, Zazie,1959, p. 129).
Loc. Griller, brûler un feu rouge. Passer alors que c'est interdit. Au fig. Donner le feu vert (à qqn). Autoriser quelqu'un à faire quelque chose. La déclaration de la Maison Blanche (...) a donné « le feu vert » à M. Macmillan (Monde,16 sept. 1960, p. 3, col. 4).
THÉÂTRE. Le(s) feu(x) de la rampe. Lumières servant à éclairer la scène d'un théâtre. D'abord elle [la cantatrice] avait songé à amoindrir son succès, en se ménageant, en ne donnant pas toute sa voix, tous ses moyens; mais ses résolutions comme celles du mari ne tenaient pas devant le feu de la rampe (A. Daudet, Femmes d'artistes,1874, p. 89).Il a fait jouer par ses amis de petites pièces gentilles, mais qui n'étaient pas assez faites pour voir le feu de la rampe (Sand, Corresp.,t. 6, 1876, p. 396).
Faire, mettre plein feu sur qqc./qqn. Faire pleine lumière sur quelque chose, quelqu'un. Le rideau se ferme lentement tandis que l'éclairage lunaire disparaît progressivement. Soudain, le plein feu est donné devant le cadre fixe et le rideau (Claudel, Soulier,1944, 1repart., 1rejourn., 12, p. 984).
Poét. Lumière. Les feux du jour, de l'amour; ciel rouge des feux du soir. Le vermisseau reluit; son front de diamant Répète auprès des fleurs les feux du firmament (Vigny, Poèmes ant. et mod.,1837, p. 54):
16. ... l'homme la chercha [la divinité] dans les astres du firmament, dont il ressentait les influences en même temps qu'il admirait l'éclat de leurs feux. Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 113.
3. P. anal. Éclat. Le feu de ses yeux. Le feu d'un rubis (Ac.). Ses grands yeux brillants qui roulaient avec un feu incomparable entre deux paupières fines et allongées comme celles des gazelles (Nodier, Fée Miettes,1831, p. 77).Quelques diamants d'un feu changeant (Bourget, 2eamour,1884, p. 154):
17. ... M. de Vimy élevait la couperose de sa figure radieuse, illuminée par les feux de ses regards. Adam, Enf. Aust.,1902, p. 268.
Jeter du feu. Briller vivement. Ce diamant jette beaucoup de feu (Ac.).Ses yeux noirs jetaient du feu (Montherl., Célibataires,1934, p. 869).
Loc., au fig. N'y voir que du feu. Ne se rendre compte de rien. Il est certain que ce malheureux n'y a vu que du feu (Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 170).Azaïs n'y voit que du feu; mais tous les siens ne seront pas aussi jobards (Gide, Faux-monn.,1925, p. 1123).
B.− [Feu relève métaphoriquement d'un des aspects de la combustion sans dénoter une combustion réelle]
1.
a) Chaleur vive. Les feux de l'été; les feux de l'équateur; le feu de la fièvre* (Ac.). C'était (...) un vieillard infirme, courbé sous le rude travail du labourage. Sous le feu du soleil il défrichait une lande stérile; la sueur ruisselait de sa tête chauve (Toepffer, Nouv. genev.,1839, p. 179).Le climat mexicain est celui du feu, en effet, du feu et du froid, du feu en même temps que du froid... le feu de la vie qui serait le froid de la mort (Audiberti, Quoat,1946, 1ertabl., p. 32).
Rem. Dans l'ex. suiv., feu peut aussi désigner la couleur (sens II B 2). Elle darda sur lui ses prunelles noires. Le feu lui monta au visage; sa fougue allait sans doute l'emporter (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 57).
Locutions
Avoir le feu, mettre le feu (à qqc.). Être, faire devenir quelque chose très brûlant. Avoir le feu aux joues.
[Le suj. désigne des épices, des boissons alcoolisées] Avoir du feu. Avoir de la force. Cette liqueur a beaucoup de feu. Ce piment met le feu à la bouche (Ac.).Il but un plein verre de vin de Giro, vin de Sardaigne qui recèle autant de feu que les vieux vins de Tokai en allument (Balzac, Gambara,1837, p. 90).Le double feu de l'alcool et du café combattrait victorieusement l'invasion de l'humide (Amiel, Journal,1866, p. 192).
Au fig. Revenir à Nicole avec quelque intérêt aujourd'hui après le feu des épices modernes, c'est preuve que le palais n'est pas tout à fait brûlé (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 4, 1859, p. 354).
Eau de feu. Eau-de-vie. Sur les placis devant les portes, des tas de moût croulaient sous une buée qui sentait l'eau de feu (Genevoix, Rroû,1931, p. 170).
Jeter son feu. Dégager de la chaleur. Le fumier doit avoir jeté son premier feu, et conserver une chaleur douce de 20 à 25 degrés (Gressent, Potager mod.,1863, p. 681).
Au fig., vieilli. Donner le moins sage de soi-même d'abord. Tu ne regardes pas (...) comme mal employé le temps que met un jeune homme à dépouiller le vice de la périphrase poétique et de la pruderie élégante des salons : il jette son feu, sa gourme; il en vaudra mieux après (Feuillet, Scènes et prov.,1851, p. 49).
Spécialement
Feu du rasoir. Brûlure ressentie après le rasage (d'apr. Rob.).
MÉD. Feu (de) St-Antoine (vx). Maladie provoquée par l'ergot de seigle. Synon. mal des ardents.L'abbaye de saint-Antoine, jadis célèbre pour les guérisons du zona, dénommé feu de saint-Antoine ou mal des ardents (Billy, Introïbo,1939, p. 211).
[Feu est dans un syntagme déterm.]
(Qqc.) de feu. Brûlant. Un vent de feu; haleine de feu. Il (...) but, coup sur coup, plusieurs verres. Son courage s'affermissait; une fièvre de feu glissait dans ses veines (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Aub., 1886, p. 1083).On voit celui-ci (...) on devine son beau visage émacié et son regard de feu (Béguin, Âme romant.,1939, p. 106):
18. On ouvrait les fenêtres supérieures, de grands stores de toile grise pendaient sous le ciel brûlant, une pluie de feu tombait sur les Halles, les chauffait comme un four de tôle... Zola, Ventre Paris,1873, p. 729.
En feu. Très brûlant, embrasé. Le regard en feu. Avoir la bouche toute en feu (Ac.).Les femmes (...) Haletantes encor, l'œil en feu, les seins durs, D'un pied lent désertant la salle solitaire, Regagner leur foyer en rêvant l'adultère (Barbier, Iambes,1840, p. 59):
19. J'étais moulu, j'avais les coudes et les genoux écorchés, le bout du nez incrusté d'une multitude de petites pierres aiguës, les lèvres fendues, les oreilles en feu... France, Pt Pierre,1918, p. 252.
b) Domaine des pulsions et affects.Caractère ardent, passionné (de quelque chose, de quelqu'un). Le feu de la jeunesse; le feu des passions, des désirs; feu intérieur. Être plein d'un beau feu (Ac.). (Quasi-)synon. exaltation.Manicamp. − Tenez, Folleville, embrassez ma fille. Folleville (effrayé). − Hein? Manicamp. − Allons, du feu! morbleu! du feu! (Labiche, Folleville,1850, 3, p. 220).Je trouve à Stendhal le mouvement, le feu, les réflexes rapides, le ton rebondissant, l'honnête cynisme des Diderot et des Beaumarchais, ces comédiens admirables (Valéry, Variété II,1929, p. 83):
20. Rien de plus facile, ce me semble, que de résumer notre position, dit le jeune évêque d'Agde avec le feu concentré et contraint du fanatisme le plus exalté. Stendhal, Rouge et noir,1830, p. 385.
Emploi abs. (gén. au plur.), vx, poét. Passion. L'on pense que le roi, plein d'une ardeur nouvelle, N'arme que pour chercher aux remparts de Bruxelles Cette belle Condé, qu'un mari soupçonneux Voulut, en l'y traînant, arracher à ses feux (Legouvé, Mort Henri IV,1806, I, 6, p. 357).Seul mon amour pour Mariette brûlait des mêmes feux (Carco, Rien qu'une femme,1924, p. 116).
Locutions
Dans le feu de (qqc./l'action), au feu de (qqc.). Sous l'emprise de (quelque chose). Je ne me suis pas décidé à récrire, à resserrer et à fondre ces pages improvisées chaque jour aux feux de l'événement (Barrès, Scènes et doctr.,t. 1, 1902, p. 3):
21. Pour la première fois, je l'ai senti heureux. Pour la première fois, dans le feu de l'action, je l'ai vu confondre, comme on dit, le manteau de l'avenir et le manteau du passé. Giraudoux, Siegfried,1928, III, 1, p. 112.
Sous le feu de (qqc.). [Qqc. de non-nombrable] Sous l'emprise de, sous la portée de (quelque chose). Je me dis qu'il était sous le feu de l'inspiration et qu'il pouvait avoir du talent (Villiers de L'I.-A., Contes cruels,1883, p. 273).
Avec feu. Avec emportement, exaltation. Enfin, comme il parlait bien et avec feu, elle ne fut point choquée qu'il eût jugé à propos de prendre pour une soirée, et sans conséquence, le rôle d'attentif (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 97).Ne me dis pas que George a inventé tout ça! Ne me dis pas que tous ces documents étaient des faux! dit Lambert avec feu (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 300).
(Avoir) le feu sacré. (Être plein de) passion, ardeur pour quelque chose. Il n'a pas le feu sacré. Elle [la génération naissante] apportera, non la paix du despotisme ni les honteuses agitations de l'intrigue, mais le feu sacré de la liberté (Robesp., Discours,Guerre, t. 8, 1792, p. 110).
Être tout feu tout flamme (pour qqc./qqn). Se donner avec passion à quelque chose/quelqu'un. Un Frontignan quadragénaire, tout feu, tout flamme (Colette, Apprent.,1936, p. 140).
Jeter feu et flamme. Exprimer vivement son indignation (pour qqc.). Il faut l'entendre en ces moments se révolter, s'indigner, jeter feu et flamme (Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 14, 1861, p. 224).
Péter* le feu (fam.).
Avoir le feu au cul (vulg.). Être en état d'excitation sexuelle (v. cul C 1).
2. Couleur plus ou moins vive comme celle du feu. Ce cheval a une robe de feu; cet animal est taché, marqué de feu; reflets de feu. Quelques petits choucas, un feu rose moirant leurs ailes noires, qui tournent au-dessus des sillons (Genevoix, Dern. harde,1938, p. 207):
22. ... l'horizon, derrière la ville, était sans bornes comme la mer; il se confondait avec les bords pourpres de ce ciel de feu, qu'enflammait encore la réverbération des sables du grand désert... Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 209.
[Avec spécification] Couleur* de feu. Sur mon lit il y avait des tulipes qu'elle venait de m'apporter. La plus belle était couleur de feu (J. Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 154).
MÉD., vx. Feu volage. Rougeur d'origine éruptive apparaissant à la face des enfants. (Dict. xixes.).
Feu de dents (vx). Éruption cutanée se produisant chez les enfants lors de la pousse des premières dents.
III.− Spécialement
A.− Déflagration de matières fulminantes. Bouche* à feu; (faire le) coup* de feu. À neuf heures du soir, la voix du général en chef se fait encore entendre, dominant l'ouragan de fer et de feu (Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 269).
Loc. subst.
Arme à feu. Arme utilisant la déflagration de matières fulminantes. Anton. arme blanche.Soudainement il fut éclairé par un phosphore accompagné d'une détonation semblable à celle d'une arme à feu (Borel, Champavert,1833, p. 94).Les pillards Chaamba (...) aiment fort les armes à feu, et, pour s'adjuger les soixante fusils de vos râteliers (...) ils n'auraient aucun scrupule à profiter (...) de l'absence d'un officier (Benoit, Atlant.,1919, p. 30).
P. méton., argotique. Feu. Pistolet, revolver. Glissant sa main gauche sous le bras du Bordelais, il s'empara du feu planqué dans la ceinture. Un P. 38 (Le Breton, Rififi,1953, p. 18):
23. Pet! là dedans! que j'fais en m'aboulant, et j'ai sorti mon feu, pour qu'ils comprennent... Carco, Jésus-la-Caille,1914, p. 196.
Feu d'artifice. Effets de lumière colorés produits par la combustion des poudres diversement mélangées et projetées dans le ciel. Les feux d'artifice du 14 juillet. En face, sur le pont-tournant, Raoul tirait le feu d'artifice; alternativement, une fusée, un soleil, éclaboussaient le ciel. Au bout d'un quart d'heure, il alluma des feux de bengale; une lueur d'incendie se refléta dans l'eau sombre (Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 174).
P. anal. Je voyais, quand je fermais les yeux, les gueules des quatre canons lourds (...) prêtes à cracher sur nous, sur moi, leurs tonnes d'acier en fusion, leur feu d'artifice grondant, orange et noir (Vialar, Morts viv.,1947, p. 164).
Au fig. Suite d'actions, de faits remarquables par leur éclat. Un feu d'artifice de bons mots. Sa conversation [de Rivarol] ressemble à un feu d'artifice tiré sur l'eau : brillante et froide (Chênedollé, Journal,1833, p. 163).Pour quelques feux d'artifice agréablement tirés par un écrivain, on crie tout de suite au chef-d'œuvre (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 474).
Feu de Bengale. Mélange pyrotechnique brûlant avec une flamme vive et généralement colorée (supra feu d'artifice).
Feu de conserve. Artifice se consumant lentement.
Pot* à feu; boutefeu*; tire*-feu*; lance* à feu.
Plan* des feux.
Loc. verbales
Faire feu. Tirer avec une arme à feu. Les gendarmes firent feu. S'il cherche à se sauver (...) faites feu sur lui! (Dumas père, Halifax,1842, 111, 4, p. 80).
Faire long feu (vieilli). [Le suj. désigne une arme à feu] Ne pas partir. Le fusil de Reeder fit long feu, mais Sam l'atteignit à l'épaule (Borel, Champavert,1833, p. 103).
Au fig. Manquer son but. Ce projet a fait long feu. Sous l'impulsion bergsonienne, on aurait pu la croire [la psychologie française contemporaine] sauvée des illusions du langage et du laboratoire. Mais (...) il n'en reste plus que le nom et les apparences chez les psychologues tenant enseigne. La révolution bergsonienne a fait long feu chez eux (Mounier, Traité caract.,1946, p. 9).
Ne pas faire long feu. Ne pas durer longtemps. Reynold (à son père) : − Tu veux un viveur? tu l'auras! Tes vingt mille francs ne feront pas long feu (...) tu peux préparer du renfort (Augier, MmeCaverlet,1876, p. 494)
Rem. Cette expr. n'a plus qu'un sens figuré.
B.− P. méton. [Dans un affrontement armé]
1. Tir. Soutenir le feu, essuyer le feu de la place; le feu du canon, de l'artillerie; cessez-le-feu*; exercice* à feu. Puissance de feu. Feu rasant, feu sporadique, nourri (Ac. 1835-1932). Feu de tribord, de babord (Ac.). Ils étaient à couvert du feu de la ville (Ac.1835-1932).Au même moment la colonne Lafond déboucha par le quai Voltaire, marchant sur le pont Royal. Alors on donna l'ordre aux batteries de tirer. Une pièce de huit (...) commença le feu, et servit de signal pour tous les postes (Las Cases, Mém. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 340).Attention, dit Puche, nous allons partir. Nous avons un kilomètre et demi à faire sous le feu... Le fracas d'un obus lui couvrit la parole (Benjamin, Gaspard,1915, p. 60):
24. D'autres assaillants essayaient de se glisser le long des murs, de profiter des marquises, des balcons, toujours dans le feu de deux nids de mitrailleuses au moins. Malraux, Espoir,1937, p. 451.
Au fig. Une fois à table et en pleine lumière (...) je supportai bravement le feu croisé des regards (Feuillet, Pte Ctesse,1857, pp. 40-41).Le rapport de Barère sur la bienfaisance nationale laissa plutôt prévoir qu'elles aussi [les terres] subiraient le feu des enchères (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 411).
Loc. verb.
« Feu », « feu à volonté », « ouvrez le feu »; « cessez le feu ». [Commandements enjoignant aux soldats de tirer/ de cesser le tir] Ils se formèrent en peloton. − « Feu! » cria-t-elle (...). Deux ou trois coups de feu partirent. Il entendit les balles s'écraser contre le mur. Il n'était pas touché (France, Servien,1882, p. 245).Les officiers avaient commandé le feu à volonté (Malraux, Cond. hum.,1933, p. 275).
Au fig. Ouvrir le feu. Aborder un sujet tout de go. L'ermite ouvrit le feu bravement. Notre cher malade écoutait, ne disait rien (Fabre, Oncle Célestin,1881, p. 451).
Prendre (qqc.) entre deux feux/sous le feu (de qqc./qqn). Prendre entre deux tirs/sous le tir. Les Vendéens, informés de l'approche d'une forte avant-garde à Châteaubriant, craignant d'être pris entre deux feux, s'étaient dépêchés de lever le siège (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870p. 242).
Au fig. Force est bientôt aux amoureux de passer au pied de la terrasse sous le feu des lorgnettes et des brocards (Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 5, 1852, p. 31):
25. M. des Lourdines aperçut son fils et lui fit signe de venir. Derrière, Frédéric sortait de l'écurie, avec le cheval. Anthime, pris entre deux feux, ne put se dérober. Châteaubriant, Lourdines,1911, p. 251.
Spécialement
Feu roulant. Tir ininterrompu. Enfin, Leurs Majestés parties, le peuple, commandé par Westermann, était arrivé sous le feu roulant des Suisses qui garnissaient toutes les fenêtres (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870p. 11).
Au fig. Suite ininterrompue (de quelque chose). Feu roulant de questions. Cette sorte de chasse parut, on ne peut plus divertissante, et ne se fit pas, comme on pense bien, sans un feu roulant de quolibets, et la plupart, assez grossiers (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 300).
Feu de salve. Tir simultané de plusieurs armes à feu. Attention, pour un feu de salve. À gauche de la meule de paille... joue... feu! (Dorgelès, Croix de bois,1919, p. 55).
Feu de peloton. Décharge exécutée par tout un peloton. Chacun d'eux emportait une trentaine de cartouches; on exécutait des feux de file, des feux de peloton; on simulait une petite guerre (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 181).
Feu de file, de rang (vx). Tir d'une troupe qui tire rangée par rangée. Aussitôt je mis pied à terre, bien étonné de me trouver sain et sauf, derrière des feux de file (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870p. 188).
2. [Gén. précédé d'un verbe/subst. indiquant le mouvement ou la situation dans l'espace] Combat. Ce soldat n'a pas encore vu le feu (Ac.1835-1932).Un mois à peu près après l'ouverture de la session et après une vingtaine de dîners, il jugea sa troupe assez aguerrie pour la mener au feu (Stendhal, L. Leuwen,t. 3, 1835, p. 219).Cependant, poltron que j'étais, mon effroi égalait ma passion : conscrit j'allais mal au feu (Chateaubr., Mém.,t. 2, 1848, p. 22):
26. Verdun, avec ses obus et ses incendies, n'avait été encore qu'un arrière inhabitable. Maintenant, c'était la zone de feu. Romains, Hommes bonne vol.,1938, p. 140.
Loc. Aller au feu comme à la noce (Ac. 1798-1878), vx. Aller gaiement au combat. (Faire son) baptême* du feu.
REM.
Feutier, subst. masc.,vx. Personne ayant la charge de s'occuper du chauffage des appartements d'une grande demeure. Jalade, faussaire, libéré après avoir subi huit années de travaux forcés, [était, aux Tuileries, sous Louis XVIII] feutier en chef (Vidocq, Vrais myst. Paris,t. 1, 1844, p. 70).La basse besogne du feutier de la grotte s'exhausse, devient sublime (Huysmans, Foules Lourdes,1906, p. 39).
Prononc. et Orth. : [fø]. Ds Ac. dep. 1694. Au plur. feux. Étymol. et Hist. A. Matières en combustion 1. moyen de destruction ca 881 « bûcher » (Eulalie, 19 ds Henry Chrestomathie, p. 3 : Enz enl fou la [Eulalia] getterent); 2emoitié xes. (St Léger, éd. J. Linskill, 133 : A foc, a flamma vai ardant); 2. 2emoitié xes. désigne les flammes figurant l'Esprit de la Pentecôte (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 476); 3. ca 1100 « étincelle » (Roland, éd. J. Bédier, 3912); 4. 1120-50 désigne le feu de l'enfer (Grant mal fist Adam, I, 6 ds T.-L.); 5. ca 1160 source de chaleur : cuisson des aliments (Eneas, 289, ibid.); 6. ca 1200 désigne la foudre (Dial. Grég., éd. W. Foerster, 352, 34); 7. 1228 « lieu où l'on fait le feu, foyer » (J. Renart, G. de Dole, éd. F. Lecoy, 43); 1260 « famille, foyer » (E. Boileau, Métiers, 69 ds T.-L. : se il ne tient chief d'ostel, c'est a savoir feu et leu). B. P. métaph. 1. 2emoitié xes. exprime l'ardeur, l'éclat du regard (Passion, 395 : tal a regard cum focs ardenz); 2. 1174-77 « chaleur, température du corps » (Renart, V, 56 ds T.-L.); ca 1223 désigne une maladie rongeant les chairs (G. de Coinci, éd. F. Koenig, 2 Mir 22, 31 : Qui maladie avoit si grant Que feuz d'enfer ses piez ardoit); 3. exprime l'ardeur des sentiments ca 1150 la colère (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 7838); 1174-76 l'amour (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 306 ds T.-L.). C. Ca 1188 désigne une source de lumière (Partonopeus de Blois, éd. J. Gildea, 4536 : Li feus de la lanterne estaint). D. 1572 « décharge de matières fulminantes » (Yver, p. 540 ds Littré : un canon qui fait faux feu). Du lat. class. fŏcus « foyer où brûle un feu; famille, foyer; bûcher; réchaud » employé à l'époque imp. comme synon. de ignis qu'il finit par supplanter. Bbg. Ball (R.-V.). Nouv. dat. pour le vocab. de l'automob. Fr. mod. 1974, t. 42, p. 254. − Boudon (P.). Rech. sémiotiques sur le lieu. Semiotica. 1973, t. 7, pp. 196-202. − Bruneau (Ch.). Romania. 1927, t. 53, p. 233. − Chautard (É.). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 592. − Dalbec (L.), Fournier (C.), Rivard (M.). Terminol. des aéroports. Banque Mots. 1973, no5, p. 81. − Hemmings (F.-W.-J.). Fire in Zola's fiction... Yale fr. St. 1969, no42, pp. 26-37. − La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p. 369, 411. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 202. − Mots dans le vent. Vie Lang. 1969, p. 697. − Pauli 1921, p. 88. − Quem. DDL t. 2 (s.v. feutier), 3, 6, 13. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, pp. 422-423. − Rey (A.). La Phraséologie et son image dans les dict. de l'âge class. Mél. Imbs (P.) 1973, p. 99.

FEU2, FEUE, adj.

Mort. Synon. défunt.
A.− [Feu est placé devant un subst. sans déterm.; le subst. est un nom de titre, de parenté ou de pers.] Feu Madame Henriette (Ac.1932).Sur l'invitation de Pierre Ringer, jardinier, nous nous sommes transporté dans la maison appartenant autrefois à feu M. Muller (Karr, Sous tilleuls,1832, p. 306).Le pauvre homme se voyait déjà déchiqueté par les lions, englouti dans les sables du désert comme feu Cambyse (A. Daudet, Tartarin de T.,1872, p. 34).Tous coffrés!... Excellence! sauf le personnage signalé, comme étant feu Camille Desmoulins (Sardou, Rabagas,1872, IV, 1, p. 160).
B.− [Feu est placé devant un subst. comportant un déterm. spécifique (art., poss., dém.)]
1. [Feu suit le déterm.] Les feus rois de Suède et de Danemark (Ac.1878-1932).Ma feue mère (Ac.1932) :
Le feu comte d'Orgel eût trouvé sans doute que son fils faisait trop de place, dans ses invitations, au mérite personnel et à la fortune. Radiguet, Bal,1923, p. 22.
Au fig. Ancien. La première chose que firent les souverains après la prise de Paris, ce fut de s'entendre avec tous les feux bonapartistes (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres,1847, p. 57).
[Le subst. est un nom de chose] Chacun sait que depuis 1830 le carnaval a pris à Paris un développement prodigieux qui le rend européen et bien autrement burlesque, bien autrement animé que le feu carnaval de Venise (Balzac, Fausse maîtr.,1841, p. 50).
2. [Feu précède le déterm.] Feu la reine (Ac. 1878); feu ma mère (Ac. 1932). Feu la mère de Madame (titre d'une pièce de Feydeau, 1908). Iras-tu inviter la princesse de Blamont-Chauvry, encore plus parente à feu ta marraine, la marquise d'Uxelles, que le duc de Lenoncourt? (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 189).D'ailleurs il rejetait la responsabilité sur feu son père (Jouve, Paulina,1925, p. 117).Ces emprunts avaient été faits par Mmede Coantré pour payer l'arriéré de dettes de feu son mari (Montherl., Célibataires,1934, p. 746).
Rem. De nos jours feu ne s'emploie que dans le discours jur. et officiel, ou par plaisanterie.
Prononc. et Orth. : [fø]. Ds Ac. dep. 1694. Jusqu'à l'arrêté ministériel du 26 février 1901, l'adj. s'accorde avec le nom qui suit quand il garde sa valeur d'épithète c'est-à-dire quand il est précédé d'un adj. poss. ou d'un article : ma feue sœur, la feue souveraine. Dans les autres cas il est inv. pouvant être considéré comme un simple préf. : feu la reine. Depuis l'arrêté on fait l'accord dans tous les cas. Étymol. et Hist. 2emoitié xies. malfeüz « [qui a une mauvaise destinée], malheureux » (Alexis, éd. Chr. Storey, 616); 1172 « [qui a accompli sa destinée], mort » (Chr. de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 5666 : Et cil gist pres come feüz); 1178 (Renart, éd. M. Roques, 3495 : Mais l'en m'apele feu Renart). D'un lat. vulg. *fatutus « qui a telle destinée », dér. du class. fatum « destin ».
STAT. − Feu1 et 2. Fréq. abs. littér. : 18 062. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 26 053, b) 30 960; xxes. : a) 25 536, b) 22 637.
BBG. − Grundt (L.O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo − Tromsø, 1972, p. 72.

Wiktionnaire

Nom commun - français

feu \fø\ masculin

  1. Phénomène calorifique et lumineux produit par la combustion d'une matière inflammable ; un des quatre éléments des Anciens. Note : Utilisé avec l’article défini : « le feu ».
    • La maîtrise du feu est souvent considérée, avec celle de l’outil, comme une des caractéristiques qui distinguent l’homme de l’animal. — (Jacques Collina-Girard, Le feu avant les allumettes, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1998, page 1)
  2. Brasier de petite envergure allumé à dessein pour éclairer, chauffer ou cuire.
    • Lorsqu’une bande de baleines est signalée, la nouvelle se répand aussitôt dans tout l’archipel au moyen de feux allumés sur les montagnes ; […]. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 37)
    • Ils arrivèrent à la grotte, tout le monde se les gelait sérieusement. Ils décidèrent de faire un feu pour la nuit. — (Eva Kavian, L'Homme que les chiens aimaient, ONLIT Éditions, 2016, page 98)
    • Ils allumèrent des feux qu’ils entretinrent nuit et jour, et les hommes qu’on envoyait à la corvée du bois aux environs devaient tenir les loups en respect. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 271 de l’édition de 1921)
    • Je m’habillai hâtivement et redescendis jusqu’à la salle à manger, la température était glaciale, le feu n’avait pas pris, je n’avais jamais été doué pour le feu, je ne comprenais rien à l’assemblage de bûches et de brindilles qu’il convenait de bâtir, c’était un des nombreux points qui me séparaient de l’homme de référence – mettons pour situer Harrison Ford – que j’aurais souhaité d’être, enfin pour l’instant la question n’était pas là. — (Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2019, page 280)
  3. (En particulier) Incendie.
    • En saison sèche, les Garde-bœuf suivent les feux de forêt et de savane, pour manger les animaux mis à nu par la disparition de la couverture herbacée. — (Jean Claude Ruwet, Les Oiseaux des plaines et du lac-barrage de la Lufira supérieure (Katanga méridional) : reconnaissance écologique et éthologique, Université de Liège & Fondation pour les recherches scientifiques en Afrique centrale, 1965, page 41)
  4. (Familier) (Par métonymie) Dispositif autonome destiné à produire une petite flamme (briquet, allumette, allume-cigare…).
    • Prête-moi ton feu.
    • Avez-vous du feu ?
    • Y a-t-il du feu dans la voiture ?
  5. (Vieilli) Bougie allumée pour indiquer le temps durant une mise aux enchères publiques.
    • Deux antres feux successivement allumés sur cette dernière somme s’étant éteints sans enchère, la maison dont il s’agit, a été définitivement adjugée à bail à M. Nicolas Lhérault, sus-nommé, […]. — (F. M. Sellier, Le manuel des notaires, Paris : Librairie Cotillon, 1841, vol. 1, page 135)
  6. (Par métonymie) (Vieilli) Torche.
    • Il nous guidait grâce au feu qu’il portait dans la main.
  7. Source de chaleur pour la transformation des aliments.
    • Laissez cuire vingt minutes à feu doux.
  8. Appareil de cuisson des aliments, cuisinière.
    • Des racines coupées et des feuilles de betteraves, bouillant dans une marmite sur le feu, mêlaient leur parfum âcre à l’odeur de renfermé qui semblait stagner dans les encoignures. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Si tu veux, j’ai encore de la soupe sur le feu.
  9. (Par métonymie) Endroit où l’on fait du feu.
    • — Cependant la nuit que tu viens de passer a dû te donner à réfléchir ?
      — Bien certainement, j’aimerais mieux un bon lit et le coin du feu.
      — Le veux-tu, le coin du feu et le bon lit, avec le travail bien entendu ?
      — (Hector Malot, Sans famille, 1878)
    • […] et l’on court se mettre en pantoufles et en robe de chambre pour popoter avec lui au coin du feu. — (Octave Uzanne, Les Zigzags d’un curieux, Maison Quantin, 1888, page 218)
  10. (Par métonymie) (Vieilli) Foyer ; famille.
    • Viennent ensuite les pays dont la population a été déterminée par plusieurs méthodes indirectes, telles que l’énumération de toutes les personnes sujettes à un impôt quelconque ; celle des familles ou feux ; celle des maisons, qu’il ne faut pas confondre, comme on le fait souvent, avec la précédente […] — (Adriano Balbi, La Population des deux mondes, Revue des Deux Mondes, tome 1, 1829)
    • La paroisse compte une trentaine de feux, assez peu de fidèles. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Leur population totale, qui en 1504 ne dépassait pas 69 feux ou ménages, comme le précise un compte de cette époque, atteignait 175 feux en 1789 (100 pour Vaux, 40 pour Euilly et 35 pour Tétaigne). — (Georges Hubrecht, Le Bailliage de Mouzon à la veille de la Révolution et ses Cahiers de doléances, Bière, 1969, page 65)
    • Le rôle des tailles de Barques pour 1719 porte 41 feux, dont 33 masculins ; celui de Marques : 66 feux, dont 56 masculins. — (Jacques Dupâquier, Statistiques démographiques du bassin parisien, 1636-1720, éditions Gauthier-Villars, 1977, page 530)
  11. (Par métonymie) (Au pluriel) Lumière.
    • Des feux tantôt roses, tantôt d’un bleu acide qui tournait au vert pomme, scintillaient à l’extérieur des Folies. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • L’hypothèse a été avancée d’une extinction des feux de la piste d’atterrissage au moment de l’approche de l’avion ; mais cette version n’est pas validée, les feux ayant, semble-t-il, été éteints après le crash, dans un mouvement de panique. — (Paul Quilès, Bernard Cazeneuve et Pierre Brana, Enquête sur la tragédie rwandaise (1990-1994), édition Assemblée nationale (rapport), décembre 1998, pages 216-217)
  12. (Figuré) Signal lumineux.
    • Un officier de police traverse la rue pour donner une contravention à une dame n'ayant pas immobilisé son véhicule au feu rouge. — (Veronica Brathwaite, Arrête! Le feu est rouge!: Traverser en toute sécurité, Xlibris Corporation, 2013)
    • Les signaux A45 et A47 sont accompagnés de feux clignotants rouges ou blancs. — (Claude De Bruyn, Feu vert pour le permis de conduire : Je réussis l’examen, De Boeck, 2008, page 80)
  13. (Par métonymie) (Familier) (souvent au pluriel) Dispositif électrique qui régule le flux des véhicules et des piétons à l’aide de lumière de différentes couleurs.
    • Arrête-toi aux feux !
    • Brûler un feu.
  14. (Par métonymie) Phare maritime.
    • Le vendredi 13 mars, j’aurais dû apercevoir dans la soirée le feu de Sombrero, sur lequel je voulais atterrir […] — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Le ciel, clair au départ de Saint-Louis, devient brumeux vers Dakar. Nous apercevons dans un trou le feu de la pointe du Cap-Vert, à 4 heures. — (Jean Mermoz, Mes Vols, Flammarion, 1937, page84)
  15. (Par métonymie) Dispositif lumineux permettant de signaler la présence d'un véhicule ou d'un aéronef, ses changements de direction, ses arrêts.
    • Le troisième feu stop est maintenant obligatoire.
    • Les feux de croisement sont les seuls à servir en ville et sur route.
    • Les feux de navigation équipent tous les avions, du petit appareil d'aéroclub au plus gros des avions de commerce.
  16. (Figuré) (Poétique) Étoile, corps céleste brillant.
    • Les feux de la nuit.
  17. (Figuré) Éclat, scintillement.
    • Dans l’azur à peine noirci du couchant, l’étoile du berger brillait d’un feu paisible, sans un scintillement ; l’air était calme  […] — (Louis Pergaud, Un satyre, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Jusqu’aux cravates, au petit nœud suavement bloqué par une épingle dans l’échancrure du col, jusqu’au feu d’un vrai diam’ et au cuir mat du bracelet-montre, on sentait ces messieurs soucieux de leur mise. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
  18. (Figuré) Saveur brûlante, en particulier d’un alcool.
    • Le feu de l’absinthe.
  19. (Littéraire) Excitation ; passion.
    • […] le prince Jean, monté sur un palefroi gris plein de feu, caracola dans la lice à la tête de sa suite joviale […] — (Walter Scott, Ivanhoé, ch. VII, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Cette Gourguin était, comme l'on dit chez nous, un vrai chat noir, qui n’avait que la peau et les os ; toutefois, un grand feu d'esprit, et les plus beaux yeux, avec des manières hautaines : dangereuse, artificieuse, accusée de beaucoup de noirceurs ; […]. — (Élémir Bourges, « Prologue : Le mémoire d'Ivan Manès », avril 1871, dans Les Oiseaux s'envolent: et les Fleurs tombent, en feuilleton dans La Revue hebdomadaire : romans, histoire, voyages, Paris : Librairie Plon, novembre 1892 (A1 - T6), page 56 & Éditions Ligaran, 2015)
    • Deux ou trois images de femmes rencontrées lui apparaissaient à l’imagination et il les suivait, d’abord pour se délasser. Puis tout le feu de ses vingt ans s’animait, tous ses sens sentaient (sic) ce que contient une femme qui passe. — (Charles-Louis Philippe, Bubu de Montparnasse, 1901, réédition Garnier-Flammarion, page 60)
    • Ainsi songe Thérèse qui voudrait bien ne pas rejoindre les deux hommes ; mais dans le feu de la discussion, ils s'arrêtent au milieu de la route et gesticulent. — (François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, Grasset, 1927)
    • L’âme de Wesley avait besoin d’un feu plus vif. Un jour (24 mai 1738), dans une sorte d’illumination, il entrevit la vraie foi qui est un lien vivant et non une opération de la raison. — (André Maurois, Histoire de l’Angleterre, 1937)
    • Les cerfs, bien qu’imbelles, se livrent des combats lorsque les feux de l'amour les y poussent. — (Les études classiques, volume 65, Université de Namur, 1997, page 124)
    • Il y a, ô brahmane, trois sortes de feu qu’il faut abandonner, qu’il faut éloigner, qu’il faut éviter. Quels sont ces trois feux ? Ce sont le feu de l’avidité, le feu de la haine et le feu de l’illusion. — (Bouddha)
  20. Source d’excitation, de passion.
    • Les disciples ont reproduit l’expérience du Sinaï : la Parole est un feu! — (Bruno Chenu, Disciples d’Emmaüs, Bayard, Paris, 2003, page 81)
  21. (Littéraire) Passion, amour.
    • Brûlé de plus de feux que je n'en allumai (…) — (Jean Racine, Andromaque, 1667)
    • De mes feux mal éteints je reconnus la trace,
      Je sentis que ma haine allait finir son cours,
      Ou plutôt je sentis que je l’aimais toujours. (ibid.)
  22. (Argot) (Par ellipse) Arme à feu, pistolet.
  23. (Militaire) Tirs, lors d’un combat.
    • Notre régiment était presque à couvert du feu des Russes par un pli de terrain. — (Prosper Mérimée, L’Enlèvement de la redoute)
    • Un capitaine réglait le feu : « À vous, Judin! » Le petit lignard visait soigneusement, lâchait la détente. — (Paul Margueritte et Victor Margueritte, Le Désastre, Plon-Nourrit & Cie, 86e édition, page 168)
    • M. de la Ferté s’était séparé de la première demi-section, qui avait obliqué vers la gauche, avec ordre pour Saumabère, dès qu’il entendrait les premiers coups de fusil, d’exécuter un feu à cartouches comptées, afin de donner à l’adversaire qu’il était tourné, ce qui en forêt est le prélude immédiat de la débâcle. — (Pierre Benoit, Monsieur de la Ferté, Albin Michel, 1934, Cercle du Bibliophile, page 244.)
    • Le feu des fusils Mauser commença ; ce fut un vacarme épouvantable dans lequel on percevait le ronflement des obus à la lydite, le crépitement des fusils Metford, les éclats des mitrailleuses boers et les sifflements des Mauser. — (Le Mémorial d’Aix, 25 janvier 1900, page 1)
    • En cueillant dans les blés le coquelicot rouge
      La blanche marguerite et le bleuet si bleu
      – Ces couleurs du drapeau ! – parmi le blé qui bouge,
      Songez à nos soldats qui sont tombés au feu !
      — (Marie Cassabois, Les Chants de l’écolier, Voix des tombes ; Édouard Privat, Toulouse, 1934, page 94)
    • Il a sorti son feu et il a fait feu. — (Jean-Marc Agrati, Le chien a des choses à dire, On foutait que dalle)
  24. (Figuré) (Argot) Enthousiasme, excitation.
    • L’autre jour les MCs ont mis le feu à la salle.
    • Allumer le feu et faire danser les diables et les dieux. — (Pierre Jaconelli, Allumer le feu)
  25. (Athlétisme) (Par ellipse) Coup de feu, signal sonore qui autorise le départ d’une course. Départ d’une course.
    • Dans les starting-blocks les coureurs attendaient que le feu retentisse pour partir.
    • Il est parti dès le feu, sans attendre.
  26. (Figuré) Urgence, presse.
    • Y a pas l’feu.
    • (Familier) Il a le feu aux fesses.
  27. (Astrologie) Élément astrologique qui comprend les signes Bélier, Lion et Sagittaire.
  28. (Familier) Utilisé pour exprimer que quelque chose est génial.
    • C’est le feu les licornes !
  29. (Héraldique) Meuble représentant un ensemble de flammes dans les armoiries. Il est toujours représenté flammes vers le chef. Certains auteurs blasonne le nombre de flammes (trois d’ordinaire). Il peut être meuble seul ou utilisé en complément d’un autre (marmite par exemple). On le trouve également dans des meubles composites mais il porte alors un nom différent : immortalité pour le phénix, patience pour la salamandre. À rapprocher de flamme.
    • Écartelé : au 1 d’azur à la tête de loup d’or, au 2 d’or au feu de gueules, au 3 d’or à l’enclume de gueules et au 4 d’azur à la tête de lion d’or, qui est de la commune de Robert-Espagne de la Meuse → voir illustration « armoiries avec un feu »
  30. (Régional) Brûlure de la peau.
    • — Va-t’en à l'Hardilas, dit-elle, et ramène Julie la Rouge qui traite pour le feu. Il faut tout essayer. — (Ernest Pérochon, Nêne, 1920)
  31. (Théâtre) Gratification accordée à un comédien chaque fois qu’il joue.
    • Un sociétaire à part entière gagne trois mille six cents francs par mois, plus cent cinquante francs « par feu », c’est-à-dire chaque fois qu’il joue. — (Jacques Charon, Moi, un comédien, 1975, page 239)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FEU. n. m.
Dégagement de lumière et de chaleur produit par la combustion. Les anciens regardaient le feu comme un des quatre éléments. Le culte du feu. Les adorateurs du feu. La nature, les propriétés du feu. L'action du feu sur un corps. Le feu volatilise l'eau. Faire jaillir du feu d'un caillou. Un globe de feu. Une pluie de feu. Le feu des volcans. Un feu souterrain. Feu central, Le foyer de chaleur qu'on suppose exister au centre du globe terrestre. Fig., C'est le feu et l'eau se dit de Deux choses tout à fait contraires, de deux personnes qui sont de natures, de caractères entièrement opposés. Faire feu se dit d'un Corps qui en choquant contre un autre produit du feu, des étincelles. Les pieds des chevaux font souvent feu sur le pavé. Fig. et fam., Faire feu des quatre pieds, Employer tous ses efforts pour réussir en quelque affaire. Fig., Le feu lui sort des yeux, Ses yeux sont étincelants de colère. Fig. et fam., N'y voir que du feu, Être tellement ébloui, qu'on n'y voit rien. Par extension, il signifie Ne rien comprendre à quelque chose, ne pas s'apercevoir d'une supercherie, d'un vol, etc. Il signifie encore Combustion du bois ou autres matières. Feu clair, vif, ardent. Feu à rôtir un bœuf. Feu de charbon, de bois, de tourbe, de paille. Les feux d'un bivouac. Une étincelle de feu. Le feu sacré qui brûlait dans le temple de Vesta. Faire du feu, un bon feu, un grand feu. Le feu commence à prendre, à s'allumer. Le feu ne peut pas brûler. Allumer, souffler, attiser, entretenir, éteindre, couvrir le feu. Faire cuire quelque chose à petit feu. S'approcher du feu pour se chauffer. Tourner le dos au feu. Mettre le pot au feu. Ces allumettes ne prennent pas feu facilement. Demander du feu ou Donner du feu se dit du Service que se rendent les fumeurs pour allumer leurs pipes, cigares ou cigarettes. En termes de Marine, Pousser les feux, Activer la combustion pour augmenter la pression dans la chaudière. Il se dit particulièrement du Feu considéré comme agent de destruction. Le feu est à tel endroit. On a mis le feu à cette maison. Le feu avait couvé pendant plusieurs jours. Le feu a pris à cette poutre. Le feu a gagné le plancher, a gagné le toit. La ville était toute en feu. Crier au feu et elliptiquement Au feu! Courir au feu. Arrêter les progrès du feu. Se rendre maître du feu. Le feu a tout dévoré. Les ravages du feu. Feu de cheminée. Toute la forêt fut bientôt en feu. Le feu se mit à sa robe, dans ses cheveux. Mettre le feu à une mine, Faire exploser une mine. Faire la part du feu se dit, dans un incendie, quand on laisse brûler ce qu'on désespère de sauver, afin de mieux protéger les parties qui peuvent être préservées. Il s'emploie aussi figurément. Dans certaines circonstances il faut faire la part du feu, Il faut sacrifier quelque chose pour ne pas tout perdre. On y court comme au feu, se dit des Spectacles, et, en général, de tout ce qui attire un grand concours de monde. Mettre un pays à feu et à sang, Exercer, dans ce pays, toutes les cruautés, toutes les atrocités de la guerre. Fig. et fam., Il se jetterait dans le feu pour lui, Il ferait tout pour lui prouver son affection, son dévouement. Fig. et fam., Mettre le feu aux poudres, Déterminer une explosion de sentiments violents; faire éclater une haine, une discorde, une sédition qui couvaient; provoquer une discussion. Fig., Prendre feu, S'émouvoir, s'enflammer, s'irriter; dans une discussion, ne souffrir aucune contradiction, aucune contrariété. Vous prenez feu bien aisément. C'est un homme qui prend feu tout de suite, qui prend feu sur les moindres choses. Il se dit aussi de Quelqu'un que l'amour enflamme subitement. Fig., Jeter feu et flamme, Se livrer à de grands emportements de colère, annoncer l'intention de tout bouleverser. En apprenant cette nouvelle, il jeta feu et flamme. À son entrée en fonction il avait jeté feu et flamme : ce beau zèle se refroidit très vite. Jeter son feu, jeter tout son feu, Faire et dire tout ce qu'inspire la colère, après quoi l'on devient plus calme. Armes à feu, Les fusils, les revolvers. Coup de feu, Détonation d'une arme à feu et blessure que fait son projectile. Bouche à feu. Voyez BOUCHE. Il se dit absolument des Coups que l'on tire avec des armes à feu, avec de l'artillerie. Faire feu sur quelqu'un. Il était sous le feu de l'ennemi. Soutenir le feu, essuyer le feu de la place, le feu du canon, de l'artillerie. Feu rasant. Feu croisé. Feu de file ou de deux rangs. Feu roulant. Feu bien nourri. En termes de Marine, Faire feu des deux bords. Feu de tribord. Feu de bâbord. Dans les commandements militaires, on dit elliptiquement Feu, pour ordonner aux soldats de tirer. Aller au feu, Aller à un combat où l'on se sert d'armes à feu. Voir le feu, Assister, prendre part à un combat de ce genre. Ce soldat n'a pas encore vu le feu. Fig., Recevoir le baptême du feu. Voyez BAPTÊME. Éteindre le feu ou les feux de l'ennemi, Démonter ses canons, les empêcher de tirer en leur opposant une artillerie supérieure par le nombre ou par l'habileté. Être entre deux feux, être pris entre deux feux, se dit d'un Corps de troupes enveloppé par l'ennemi et qui est exposé à son tir de deux côtés. Il signifie figurément Être exposé à deux embarras, à deux dangers également menaçants. Faire long feu se dit d'un Fusil, d'un canon dont le coup est lent à partir et n'atteint pas son but. Il se dit figurément et familièrement d'une Affaire qui traîne en longueur, qui n'aboutit pas, d'une plaisanterie qui ne produit pas son effet, etc. Fig. et fam., Un feu roulant de plaisanteries, de bons mots, Des plaisanteries, des mots d'esprit lancés coup sur coup. Montrer une chose au feu, La présenter au feu pour la faire sécher, ou pour la faire chauffer légèrement. En termes de Cuisine, Coup de feu, Action d'animer le feu, pour donner aux mets le dernier, le juste degré de cuisson. Le cuisinier est dans son coup de feu. Il signifie figurément Être au moment où l'on est le plus occupé. Prendre l'air du feu, prendre un air de feu. Voyez AIR. Le supplice du feu, ou, simplement et absolument, Le feu, Supplice qui consistait à brûler vif le condamné. Jeanne d'Arc fut condamnée au feu. L'épreuve du feu, Épreuve judiciaire employée au moyen âge et qui consistait à faire manier à l'accusé un morceau de fer rougi au feu; si au bout d'un certain temps il restait sur sa main des traces de brûlure, il était déclaré coupable. L'épreuve du feu consistait aussi quelquefois à passer à travers un bûcher ardent. En formule d'affirmation et par allusion aux anciennes épreuves judiciaires, J'en mettrais ma main, la main au feu, J'assure que la chose est ainsi, j'en répondrais à mes risques et périls. On dit, dans le sens contraire, Je n'en mettrais pas ma main au feu. Le feu de l'enfer, Les tourments des damnés. Le feu du purgatoire, Les peines que souffrent les âmes qui sont dans le purgatoire. Fig. et fam., Un feu d'enfer. Voyez ENFER. Couleur de feu, Rouge vif et éclatant. Un ruban couleur de feu. Fig., Taché de feu, ou, absolument, Feu, se dit de Certaines taches d'un roux plus ou moins ardent qui se trouvent sur la tête ou sur le corps des chevaux, des chiens et d'autres animaux. Cet animal est taché, marqué de feu. Pot à feu. Voyez POT. Feu grégeois. Voyez GRÉGEOIS. Fig., Faire feu qui dure, Ménager son bien, ne pas faire trop de dépense. Cela se dit dans un sens analogue, en parlant de la Santé. Il faut faire feu qui dure. Fig. et fam., C'est un feu de paille, ce n'est qu'un feu de paille, se dit d'un Sentiment qui commence avec ardeur, avec véhémence, et qui est de peu de durée. Cet amour si violent ne sera qu'un feu de paille. Prov. et fig., Il n'y a point de fumée sans feu. Voyez FUMÉE. Fig., Jouer avec le feu, S'exposer imprudemment à un péril. Fig., Mettre les fers au feu, Les fers sont au feu. Voyez FER. Fig., Faire mourir quelqu'un à petit feu, Le faire languir en prolongeant des peines d'esprit, des inquiétudes, des chagrins qu'on pourrait lui épargner ou lui abréger. Fig., Jeter de l'huile sur le feu, Attiser la désunion, la discorde. Fam., Il court comme s'il avait le feu au derrière, se dit de Celui qui court très vite par peur ou répulsion, ou pour éviter quelque chose de désagréable. Fig., Avoir le feu sacré, Être plein de zèle, d'ardeur, de conviction. Ce professeur, cet élève a le feu sacré.

FEU s'est dit d'un Corps en ignition ou, en termes de Médecine, d'un Caustique que l'on appliquait sur quelque partie du corps de l'homme ou des animaux. On dit encore Pointes de feu. Mettre des pointes de feu. En termes de Chirurgie, Bouton de feu, Instrument d'acier terminé en forme de bouton, qui sert à cautériser, après qu'on l'a fait rougir au feu. Feu potentiel se dit de Toute substance caustique qui agit lentement. Chambre à feu, Chambre où il y a une cheminée. Plaque de feu ou de cheminée. Voyez PLAQUE. Garniture de feu, Grille de métal en forme d'éventail avec la pelle, les pincettes, les chenets, etc. Fig. et fam., Ne bouger du coin du feu, du coin de son feu. N'aimer que le coin de son feu. Il n'a jamais quitté le coin de son feu. Voyez COIN. Il se prend encore pour le Feu qu'on entretient ordinairement dans une cheminée ou dans un poêle. Il a presque toujours dix feux dans sa maison. Je sors, n'oubliez pas d'entretenir les feux après mon départ. Il signifie, par extension, Ménage, famille logée dans une maison. Il y a cent feux dans ce village. Cette bourgade est composée de tant de feux. N'avoir ni feu ni lieu, Être vagabond, sans demeure assurée. Il se prend aussi pour la Simple lueur des flambeaux, des torches, des fanaux, etc. Il est défendu de chasser au feu, de pêcher au feu. Il y avait des feux allumés sur la côte. Feux de joie, Feux qu'on allume sur les montagnes et aussi dans les champs, dans les rues, dans les places publiques, en signe de réjouissance. Feu de la Saint-Jean, Feu de joie qu'on allume le jour de la Saint-Jean. Feu d'artifice, Feu obtenu par les procédés de la pyrotechnie de façon à réaliser certains jeux et effets de lumière en vue de réjouissances publiques. Tirer un feu d'artifice. Poétiq., Les feux du firmament, les feux de la nuit, Les astres. Les feux du jour, de l'aurore, L'éclat du jour, de l'aurore. Il se dit particulièrement, en termes de Palais, des Bougies qui, aux audiences des criées, sont allumées pour déterminer la durée du temps pendant lequel on peut enchérir. Aucune adjudication ne peut être faite qu'après l'extinction de trois feux. Il se dit encore figurément, en termes de Théâtre, de Ce qu'un acteur reçoit en sus de ses appointements fixes, chaque fois qu'il joue. Cet acteur a tant pour ses feux. Il se dit en outre des Météores enflammés et des éclairs. On vit des feux brillants dans l'air. Le ciel était tout en feu pendant cet orage. Feu Saint-Elme, se dit, dans le langage des marins, de Certains feux ou météores qui paraissent quelquefois en mer, dans les nuits obscures, lorsque le ciel est très orageux, et qui parcourent l'extrémité des mâts, des vergues, etc., sous la forme d'aigrettes lumineuses. Le feu Saint-Elme est dû à l'électricité. Feu follet. Voyez FOLLET. Feu grisou. Voyez GRISOU. Il se dit figurément du Brillant, de l'éclat de certaines choses. Il a les yeux vifs et pleins de feu. Le feu de ses regards. Ce diamant jette beaucoup de feu. Le feu d'un rubis. Il signifie aussi Inflammation, vive chaleur ou État de ce qui est extrêmement échauffé, animé. Le feu de la fièvre. Avoir la bouche tout en feu, le palais tout en feu. Il était si fort en colère, qu'il avait les yeux tout en feu, que le feu lui montait au visage. Avoir le feu au visage. Feux de dents, Éruption provoquée par les dents chez les jeunes enfants. Le feu du rasoir, Sensation brûlante que l'on éprouve à la face quand on vient de se raser. Il se dit figurément pour Ardeur, violence, véhémence, en parlant des Sentiments, des passions, des grands mouvements de l'âme, etc. Le feu de la jeunesse. Le feu des passions. Le feu des désirs. Quand le premier feu, quand le feu de sa colère sera passé. Cela parut diminuer le feu de son zèle. Être plein d'un beau feu, Être plein de zèle. Fig. et fam., Être tout feu, tout flamme, Se donner avec ardeur à une entreprise, à une opinion, à une personne. Le feu de la composition se dit, en termes de Littérature et de Beaux-Arts, de l'Espèce d'entraînement, d'application ardente avec laquelle on se livre à la composition d'un ouvrage. Ces fautes peuvent échapper à l'écrivain, à l'artiste dans le feu de la composition, lorsqu'il est dans le feu de la composition. On dit dans un sens analogue Dans le feu de l'action. Il se dit poétiquement, au figuré, en parlant de la Passion de l'amour. Le feu de l'amour. Les feux dont il brûle. Il se dit aussi, figurément, de la Vivacité d'action, de mouvement, de geste, d'esprit, d'imagination, de style, etc. Cet orateur a du feu. Ce peintre, ce poète a beaucoup de feu dans l'imagination. Le feu de l'imagination. On dit dans un sens analogue C'est un esprit tout de feu. Une âme de feu. Jeter son feu signifie Faire d'abord preuve de talent et ne pas réaliser ensuite les espérances qu'on avait données de soi. On dit dans un sens analogue Cet auteur a jeté son feu, tout son feu dans le premier acte de sa tragédie, dans le premier volume de son ouvrage. On dit aussi Ce cheval a beaucoup de feu. Il se dit encore, figurément, en parlant de la Guerre, des séditions, des troubles civils, des mouvements populaires, etc. Cet événement allait mettre en feu toute l'Europe, allait mettre le feu à l'Europe. On fit courir de mauvais bruits qui mirent toute la ville en feu. Le feu qui couve.

Littré (1872-1877)

FEU (feu) s. m.

Résumé

  • 1° Développement de chaleur et de lumière.
  • 2° Calorique.
  • 3° Chez les anciens, un des quatre éléments.
  • 4° Objet de culte.
  • 5° Feu central du globe.
  • 6° Incendie ; embrasement.
  • 7° Toute matière combustible allumée.
  • 8° Ce qui sert à allumer.
  • 9° Feu en termes de cuisine.
  • 10° Feu de joie.
  • 11° Feux qu'allume une armée.
  • 12° Le supplice du bûcher.
  • 13° Cautérisation à l'aide du fer rouge.
  • 14° Feu en termes de chimie.
  • 15° Feu en termes de métallurgie.
  • 16° Coup de feu.
  • 17° Pompe à feu.
  • 18° Décharges d'armes à feu.
  • 19° Terme de fortification.
  • 20° Feu d'artifice.
  • 21° Le feu de la cheminée.
  • 22° Cheminée, chambre à feu.
  • 23° Garniture de cheminée.
  • 24° Un ménage, une famille.
  • 25° La simple lueur des flambeaux.
  • 26° Bougies dont on se sert aux audiences de criées.
  • 27° Indemnité qu'on donne à un acteur.
  • 28° Torche, instrument de destruction.
  • 29° Fanal.
  • 30° Météore enflammé.
  • 31° Feu grisou.
  • 32° Lumière des astres.
  • 33° La chaleur du soleil.
  • 34° Éclat, lumière.
  • 35° Couleur de feu.
  • 36° Vive chaleur qui se fait sentir dans le corps.
  • 37° Nom de diverses éruptions.
  • 38° Passions, ardeurs.
  • 39° Vivacité d'esprit.
  • 40° Vivacité d'action, de mouvement.
  • 41° Force des liqueurs spiritueuses.
  • 42° La passion de l'amour.
  • 43° Révolution, agitation.
  • 44° Feu ardent, bryone. Proverbes.
  • 1Développement de chaleur et de lumière, d'où résulte la combustion ou l'échauffement des corps. Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre ; Qui l'ose réveiller peut s'en laisser surprendre, Corneille, Rodog. III, 4. Et le feu mal éteint est bientôt rallumé, Corneille, Sertor. I, 3. J'allumai du feu avec des cailloux, Fénelon, Tél. X. Le feu ne peut subsister qu'en absorbant l'air, et il devient d'autant plus violent qu'il en absorbe davantage, Buffon, Hist. min. Introd. Œuvres, 1re part. t. VI, p. 52, dans POUGENS. Le père Gobien dit, qu'avant l'arrivée des Européens, ils [les habitants des îles Marianes] n'avaient jamais vu de feu, que cet élément si nécessaire leur était entièrement inconnu, qu'ils ne furent jamais si surpris que quand ils en virent pour la première fois, lorsque Magellan descendit dans une de leurs îles, Buffon, Hist. nat. Hom. Œuvres, t. v, p. 51. Plus près de l'incendie, ils ne pouvaient ni reculer, ni demeurer ; et comment avancer, comment s'élancer à travers les vagues de cette mer de feu [l'incendie de Moscou] ? Ségur, Hist. de Nap. VIII, 7.

    Il se met quelquefois au pluriel. La montagne vomissait des feux. Que le courroux du ciel, allumé par mes vœux, Fasse pleuvoir sur elle [Rome] un déluge de feux ! Corneille, Hor. IV, 5.

    Terme de liturgie. Feu nouveau, celui qui est allumé et béni à l'office le samedi saint.

    Faire du feu de quelque chose, le brûler. Je n'ai point maintenant de tes lettres sur moi, Mais j'en ferai du feu jusques à la dernière, Molière, le Dép. IV, 4.

    Faire feu, se dit de corps qui, se choquant, produisent du feu, des étincelles. Ils ont tous la cassure vitreuse, ils font également feu contre l'acier, ils résistent de même à l'action des acides, Buffon, Min. t. VII, p. 21.

    Fig. Faire feu des quatre pieds, faire tous ses efforts pour réussir ; locution tirée de ce que les pieds ferrés des chevaux font souvent feu sur le pavé.

    Il le craint comme le feu, il le craint extrêmement.

    Vomir feu et flamme, se dit d'un volcan en éruption.

    Fig. Jeter feu et flamme, vomir feu et flamme, se livrer à un grand emportement. Qu'il semblait que je fusse le voleur et son fils le volé, et qu'enfin il avait vomi feux et flammes contre moi, Lesage, Guzm. d'Alfar. IV, 7. Dès qu'il apprit que j'avais fait pour lui un aveu qu'il n'avait pas fait, il jeta feu et flamme, m'accusant de l'avoir trahi, Marmontel, Mém. VIII.

    Prendre feu, s'enflammer. Les matières sèches prennent feu très facilement.

    Fig. Prendre feu, s'émouvoir, s'irriter vivement et tout à coup. Vous voudriez que je prisse feu d'abord contre eux, Molière, Impr. 3. Nous allons voir comme on faisait prendre feu à Luther, Bossuet, Var. 6. Il ajouta en riant qu'il lui était plus aisé de donner la paix à l'Europe que de la donner à deux femmes, et que nous prenions feu pour des bagatelles, Maintenon, Lett. à Mme de Frontenac, 1680. Le peuple prend feu aussitôt : il pousse mille cris confus remplis d'indignation et de menaces, Vertot, Révol. rom. t. II, p. 141. La décence même y babille, Et par la gaieté qui prend feu Se laisse coudoyer un peu, Béranger, Gourmand.

    Fig. Mettre le feu aux étoupes, provoquer, causer l'explosion de passions, de sentiments, tels que la colère, l'amour, etc.

    On dit dans un sens analogue : Le feu prend aux étoupes.

    Fig. C'est le feu et l'eau, se dit de deux choses tout à fait contraires, de deux personnes qui se haïssent, ou qui sont d'opinions opposées, de caractères incompatibles.

    Fig. On dit que le feu est à une marchandise, pour signifier qu'il y a presse à l'acheter (cette locution vieillit).

    Fig. Familièrement. N'y voir que du feu, être ébloui au point de ne rien voir, et aussi ne rien comprendre dans une affaire ; locution tirée de ce que, quand un coup est porté sur la tête ou les yeux, on voit beaucoup d'étincelles, mais sans rien distinguer au moment du coup.

  • 2Il se dit quelquefois pour calorique. Le feu répandu dans l'intérieur du globe, ce feu caché dans l'eau et dans la glace même est probablement la source impérissable de ces exhalaisons, de ces vapeurs dont nous sommes continuellement environnés, Voltaire, Dict. phil. Air.
  • 3Chez les anciens, un des quatre éléments, avec l'air, l'eau et la terre.

    Dans l'ancienne physique, le feu élémentaire, le feu pur. La lumière, dit-on, et le feu élémentaire ne sont qu'une même chose, une seule substance ; cela peut être : mais, comme nous n'avons pas encore d'idée nette du feu élémentaire, abstenons-nous de prononcer sur ce premier point, Buffon, Minér. t. VI, p. 25, dans POUGENS.

  • 4Le feu, objet principal du culte des anciens Persans. C'est vous, ô Seigneur notre Dieu, qui avez choisi vous-même Abram, qui l'avez tiré du feu des Chaldéens, et qui lui avez donné le nom d'Abraham, Sacy, Bible, Esdras, II, IX, 7.

    Feu sacré, feu qui, chez les Romains, était entretenu constamment et gardé nuit et jour par les vestales.

    Fig. Feu sacré se dit de sentiments nobles et passionnés qui se conservent et se transmettent. Le feu sacré de la liberté. On a été assez heureux pour conserver les ouvrages de votre père [Cicéron] et ceux de quelques autres grands hommes ; ainsi le feu sacré n'a jamais été totalement éteint, Voltaire, Dial. 13.

    On dit aussi : Ce poëte est animé du feu sacré, c'est-à-dire il a du génie. Cet écrivain manque du feu sacré, n'a pas le feu sacré.

    Feu sacré, dévouement, zèle à servir ; il s'est beaucoup dit sous le premier empire. Nos aimables barons, formés sur le modèle d'Elleviou, vous enseigneront la belle tenue de l'état-major de Berthier et l'étiquette des maréchaux, sans oublier le dévouement, l'enthousiasme, le feu sacré, Courier, Lettr. X.

  • 5Feu central, dénomination par laquelle on désigne le foyer de chaleur qu'on suppose exister au centre du globe terrestre, à cause de la température croissante qu'on observe à mesure qu'on pénètre dans le sein de la terre.

    Feux souterrains, feux qui existent sous le sol et qui se manifestent par les éruptions volcaniques, les eaux thermales, etc. On voit par tout ce que nous venons de dire, combien les feux souterrains contribuent à changer la surface et l'intérieur du globe, Buffon, Hist. nat. 2e disc. Œuvr. t. I, p. 167, dans POUGENS.

  • 6Incendie, embrasement. Les ravages du feu. Le feu dura plusieurs jours. Je vis la maison de Guitaut toute en feu, Sévigné, 20. La ville était prise, le feu était déjà de tous côtés, Bossuet, Hist. II, 8. La plupart des maisons et des palais qui avaient échappé au feu servirent d'abri aux chefs, et tout ce qu'elles contenaient fut respecté, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 8. Je m'élance, et, soudain l'enlevant dans mes bras, Je traverse les feux, je l'arrache au trépas, Briffaut, Ninus II, I, 1. Et l'astre [le soleil], qui tombait de nuage en nuage, Suspendait sur les flots son orbe sans rayon, Puis plongeait la moitié de sa sanglante image, Comme un navire en feu qui sombre à l'horizon, Lamartine, Harm. II, 2.

    Se rendre maître du feu, empêcher qu'un incendie ne fasse des progrès, ne s'étende.

    Mettre le feu, incendier. Nabuchodonosor fit mettre le feu dans le temple, Bossuet, Hist. II, 8.

    Fig. Mettre le feu, porter le trouble, soulever les passions. Je craindrais que la cajolerie Ne mît le feu dans la maison, La Fontaine, Oies.

    Fig. Le feu se met dans ses affaires, est dans ses affaires, se dit de celui dont les affaires sont dérangées et que ses créanciers poursuivent. Il en vint d'abord quelques-uns, de ces indignes amis ; mais, dès qu'ils virent que le feu était dans les affaires, et que la fortune de leur amie s'en allait en ruine, ils courent encore, Marivaux, Pays. parv. 1re part. Le feu plus que jamais s'est mis dans mes affaires, Dorat, Feinte par amour, I, 5.

    Mettre le feu dans les affaires, dans l'affaire, se dit de créanciers qui poursuivent vivement un homme embarrassé dans ses affaires. D'Orieu et quelques magistrats très riches, nos créanciers, avaient voulu mettre le feu à nos affaires, Saint-Simon, 18, 215. Si l'on met le feu dans l'affaire, si l'on dispute au lieu de se rapprocher, nous perdons tout, Picard, Duhautcours, IV, 5.

    Courir au feu, se hâter de porter du secours quand un incendie éclate.

    Fig. On y court comme au feu, se dit des spectacles et, en général, de tout ce qui attire un grand concours de personnes. Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie !- La lingère : De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu, à présent, Dieu nous aime, on y court comme au feu, Corneille, la Gal. du pal. I, 4. Courir comme au feu, se dit aussi d'un grand empressement. Vous n'avez qu'à parler, madame, je cours au notaire comme au feu, Dancourt, la Femme d'intrigue, IV, 12.

    Jeter des cris de feu, jeter de grands cris, des cris de désespoir, comme dans un incendie.

    Faire la part du feu, se dit, dans un incendie, quand, laissant brûler des parties qu'on croit ne pouvoir sauver, on s'attache à préserver ce qu'il y a chance de préserver. Les autres chefs, ses vieux compagnons de gloire [du maréchal Mortier], l'avaient quitté les larmes aux yeux ; et l'empereur, en lui disant qu'il comptait sur sa fortune, mais qu'au reste, à la guerre, il fallait bien faire une part au feu [on le laissait à Moscou]…, Ségur, Hist. de Nap. IX, 6.

    Un feu de cheminée, l'incendie qui éclate dans une cheminée, et qui, y étant concentré, n'a rien de bien grave.

    Fig. Il a mis le feu à la cheminée, se dit de celui qui, ayant mangé des mets trop salés, trop épicés, s'est mis le gosier en feu.

  • 7Toute matière combustible allumée. Feu vif, ardent. On me fit du feu, Sévigné, 14. On arrive, on fait grand feu, Sévigné, 78. Les nymphes avaient eu soin d'allumer un grand feu de bois de cèdre, Fénelon, Tél. I. Il en est des livres comme du feu dans nos foyers ; on va prendre du feu chez son voisin ; on l'allume chez soi, on le communique à d'autres, et il appartient à tous, Voltaire, Dict. phil. Prior. Combien le feu tient douce compagnie Au prisonnier, dans les longs soirs d'hiver ! Béranger, Feu du prison.

    Feu clair, feu accompagné d'une flamme claire.

    Faire grande chère et bon feu, faire de grandes dépenses pour ses amusements.

    Prendre un air de feu, prendre l'air du feu, se chauffer à la hâte et comme en passant.

    Populairement, prendre une poignée de feu, même sens.

    Feu de reculée, très grand feu, ainsi dit parce qu'il force à se reculer.

    Un feu à rôtir un bœuf, un très grand feu.

    Un feu d'enfer, un feu très violent. Il y a toujours un feu d'enfer dans cette verrerie.

    Mettre de l'eau sur le feu, mettre sur le feu un vase plein d'eau.

    Mettre les fers au feu, voy. FER.

    Mettre le feu au four, chauffer le four.

    Passer une chose au feu, la passer au travers de la flamme.

    Montrer une chose au feu, la présenter au feu pour la faire sécher ou pour la faire chauffer légèrement.

    Donner le feu à un navire, chauffer les parties sur lesquelles on veut appliquer du brai ou du goudron.

    Jeter au feu, se dit de quelque objet qu'on veut anéantir. J'avais déjà commencé une tragédie, je l'ai jetée au feu ; et je conseille à tous ceux qui ont la manie de travailler en ce genre d'en faire autant, Voltaire, Déf. de mon oncle, ch. XX.

    Fig. Feu de paille, se dit pour exprimer qu'un sentiment, qu'une ardeur est de peu de durée et s'éteint vite. Mon amour est un feu de paille Qui luit et meurt en un instant, Scarron, Poésies, dans LE ROUX, Dict. comique.

    Feu de paille se dit aussi de troubles passagers. Cette sédition ne fut qu'un feu de paille.

    Attiser, souffler le feu, le rendre plus vif en rapprochant les tisons ou en soufflant ; et fig. exciter les passions, les troubles, envenimer les querelles.

    Jeter de l'huile sur le feu, le rendre plus actif, en y versant de l'huile ; et fig. exciter encore des passions déjà allumées.

    Couvrir le feu, mettre de la cendre sur des tisons, sur des charbons, afin d'y conserver du feu. Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux, Racine, Andr. II, 2. S'il me reste encore quelque feu caché sous la cendre, mes anges souffleront, et il se ranimera, Voltaire, Lett. d'Argental, 29 juin 1761.

    Couvre-feu, garde-feu, voy. ces mots à leur rang alphabétique.

    Fig. Faire trop grand feu du bois de quelqu'un, user trop librement de son argent, de ses provisions. Il faisait en un mot trop grand feu de mon bois, Montfleury, Femme juge et part. IV, 2.

    Jouer avec le feu, manier du feu pour s'amuser ; et fig. s'exposer imprudemment à quelque péril. Enfant qui joue avec le feu, Lamartine, Ép. à M. Léon Bruys d'Ouilly.

    Fig. Faire feu qui dure, ménager son bien, sa santé. Qui veut voyager loin ménage sa monture ; Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure, Racine, Plaid. I, 1.

    Fig. Mettre le feu sous le ventre à quelqu'un, l'exciter vivement.

    Populairement et bassement. Il court comme s'il avait le feu au derrière, se dit d'un homme qui s'enfuit fort vite.

  • 8Il se dit quelquefois pour ce qui sert à allumer. J'ai un cigare, mais je n'ai pas de feu. Avez-vous du feu sur vous ? Donnez-moi du feu, c'est-à-dire une allumette, ou votre cigare allumé pour allumer le mien.
  • 9 Terme de cuisine. Donner le feu trop chaud trop ardent à la viande, la faire rôtir à trop grand feu.

    Cuire à petit feu, c'est-à-dire en faisant un petit feu.

    On dit qu'une chose doit seulement voir le feu, quand elle doit être cuite légèrement et promptement.

    Entre deux feux se dit de plats que l'on fait cuire avec du feu dessous et dessus, comme les gratins.

    Faire griller quelque chose au feu d'enfer, le mettre au feu d'enfer, le faire griller à un feu vif de charbons, après l'avoir fortement saupoudré d'épices.

    Coup de feu, action d'animer le feu pour donner aux mets le dernier degré de cuisson. Le cuisinier est dans son coup de feu, Voy. aussi le n° 16.

    Fig. et familièrement. Coup de feu, le moment où l'on est le plus occupé. Il est dans son coup de feu.

  • 10Feux de joie, ceux qu'on allume sur les hauteurs ou sur les places publiques en signe de réjouissance. Ce même peuple, un an auparavant, avait fait des feux de joie de la prise de M. le prince, La Rochefoucauld, Mém. 148. On a fait à Vienne, à Londres, à Versailles des feux de joie pour des batailles que personne n'avait gagnées, Voltaire, Cons. à un journal. Quand Babylone en feu célébrait vos conquêtes, Voltaire, Sémir. I, 1.

    Feu de la Saint-Jean, feu qu'on allume le jour de la Saint-Jean. Nous avons fait deux admirables feux devant cette porte ; c'était la veille et le jour de Saint-Jean ; il y avait plus de trente fagots, Sévigné, 26 juin 1680.

    Faire les feux, s'est dit absolument pour faire des feux de joie, se réjouir. Faites-en les feux dès ce soir, La Fontaine, Fabl. II, 15.

  • 11 Au plur. Il se dit des feux qu'allume une armée, et de son bivouac. Déjà les feux sont presque éteints ; Et le silence règne en ces lieux inhumains, Voltaire, Triumv. IV, 2. Quelqu'un l'arrêta [l'empereur], en lui montrant l'arrière-garde ennemie entre lui et la ville, et derrière, les feux d'une armée de cinquante mille hommes, Ségur, Hist. de Nap. VII, 13. Des feux qui brillèrent sur notre gauche dans la nuit du 23 au 24 avertirent du mouvement des Russes vers Malolaroslavetz, Ségur, ib. IX, 2.
  • 12Le feu, le supplice du bûcher. Le supplice du feu. Le Tartuffe dans leur bouche [des hypocrites] est une pièce qui offense la piété ; elle est d'un bout à l'autre pleine d'abominations, et l'on n'y trouve rien qui ne mérite le feu, Molière, Tart. Préf. L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu, Pour prix de ses bons mots le condamnait au feu, Boileau, Épît. VII. On reprochera toujours à la mémoire du cardinal de Richelieu la mort de ce fameux curé de Loudun, Urbain Grandier, condamné au feu comme magicien par commission du conseil, Voltaire, Louis XIV, 2.

    Brûler à petit feu, brûler lentement un condamné, afin de rendre le supplice plus cruel. Elle est brûlée à petit feu à la Grève, Sévigné, 406. L'empereur du Japon fait brûler à petit feu les chrétiens qui sont dans ses États, Montesquieu, Espr. XXV, 13. On brûla à petit feu dans Valladolid tous ceux qui étaient soupçonnés ; et Philippe des fenêtres de son palais contemplait leur supplice, et entendait leurs cris, Voltaire, Mœurs, 163.

    Par extension. La fièvre brûla deux ans Voiture à petit feu, Sarrasin, dans RICHELET.

    Fig. Il n'y avait point encore de nouvelles, c'est brûler à petit feu, Sévigné, 305.

    Faire mourir quelqu'un à petit feu, lui causer des peines d'esprit, des inquiétudes, des chagrins qui le minent. Un diable de neveu Me fait par ses écarts mourir à petit feu, Piron, Métrom. II, 1.

    Au moyen âge, épreuve du feu, épreuve qui s'employait pour décider des accusations. On faisait porter au plaideur, à une certaine distance, un morceau de fer rougi au feu ; on mettait aussitôt ses mains dans un sac, et si, à l'expiration d'un délai fixé, elles portaient les marques du feu, il était irrévocablement condamné, Barginet, Hist. du gouv. féodal, II, 2.

    Fig. Par allusion aux anciennes épreuves par le feu. Mettre la main au feu pour une personne ou une chose, être sûr que la main mise au feu pour soutenir cette personne ou cette chose ne brûlerait pas, de même que ne brûlerait pas la main de l'innocent. En mettre mon doigt au feu, La Fontaine, Nic. J'aurais pour elle au feu mis la main que voilà, Molière, Éc. des mar. III, 10. Il aurait mis sa main au feu qu'elle n'était pas revenue, Hamilton, Gramm. 10.

    On dit dans le sens contraire : Je n'en mettrais pas la main au feu.

    Fig. et familièrement. Il se jetterait dans le feu pour lui, il se mettrait au feu pour lui, il ferait tout pour lui prouver son affection, son dévouement. Ne savez-vous pas que je me mettrais au feu pour vous faire plaisir ? Genlis, Théât. d'éduc. la Lingère, I, 2.

    Danse du feu, danse de sauvages dans l'Amérique septentrionale, autour du poteau auquel ils attachent leurs prisonniers.

    Le feu de l'enfer, les tourments des damnés. Ou la princesse palatine portera la lumière dans vos yeux, ou elle fera tomber, comme un déluge de feu, la vengeance de Dieu sur vos têtes, Bossuet, Anne de Gonz.

    Le feu du purgatoire, les peines que souffrent les âmes dans le purgatoire.

  • 13Cautérisation à l'aide du fer rouge. Il faut appliquer le feu aux plaies faites par la morsure des chiens enragés. À mesure qu'Hercule coupe les têtes de l'hydre, Iolas y applique le feu, afin de les empêcher de renaître, Guez de Balzac, De la cour, 1er disc.

    Fig. Employer le fer et le feu, employer les remèdes, les moyens les plus violents. Bouton de feu, instrument de fer en forme de bouton qui, chauffé, sert à faire des cautérisations.

    Feu potentiel s'est dit autrefois pour ce qu'on nomme aujourd'hui cautère potentiel.

    Terme de maréchal. Donner le feu à un cheval, appliquer un couteau de fer tout ardent sur quelque tumeur qu'on veut résoudre.

  • 14 Terme de chimie. Feu nu ou immédiat, le feu ordinaire sur lequel on met un vaisseau.

    Feu de roue, un feu disposé en cercle autour d'un creuset.

    Feu de réverbère, celui qui se fait dans un fourneau, par la réverbération de la chaleur, qui frappe le vaisseau par-dessus et tout autour.

    Feu de fusion, charbons allumés autour d'un creuset.

    Feu de suppression, un feu de charbons dont on couvre tout à fait le creuset ou le vaisseau.

    Feu de lampe, se dit d'un appareil dans lequel le vaisseau est échauffé par la chaleur toujours égale d'une lampe.

    Feu de bain, celui du bain de vapeurs, du bain-marie, du bain de cendre et autres de cette espèce.

    Feu de digestion, ou ventre de cheval, la chaleur du fumier.

    Feu olympique, le feu du soleil, dont on ramasse les rayons avec des verres ardents.

    Fig. et familièrement. Faire feu violet, faire du feu violet, faire quelque chose qui éclate d'abord, où il paraît de la vivacité, mais qui bientôt se dément. Locution prise de ce qu'une flamme qui n'est pas blanche n'est pas portée à un haut degré d'incandescence.

  • 15 Terme de métallurgie. Feu, bas fourneau où s'opère la réduction d'un métal.

    Feu catalan, bas fourneau en forme de renardière.

    Feu d'atteinte ou de fusion, celui qu'on emploie pour la fusion et la calcination des métaux.

    On dit dans les verreries, le premier, le second, le troisième feu, pour marquer le degré d'avancement de l'ouvrage.

  • 16Coup de feu, défaut résultant de l'action trop vive du feu sur un objet. Cette porcelaine a un coup de feu. Ce rôti a un coup de feu.
  • 17Pompe à feu, pompe mue par une machine à vapeur, s'entend quelquefois de la machine elle-même.

    Cheval de feu, synonyme peu usité de cheval-vapeur.

    Pompe à feu, se dit aussi des pompes à incendie.

  • 18Décharges d'armes à feu. Essuyer le feu de l'ennemi. Il arrive sans artillerie, monte à l'escalade de la citadelle sous le feu du canon ennemi, et, malgré une résistance opiniâtre, il prend la forteresse, Voltaire, Mœurs, 152. Tel court au feu avec intrépidité qui ne laisse pas d'être un très mauvais officier, Rousseau, Scienc. 2. Soldat bientôt, courant au feu, Je perdis une jambe en route, Béranger, Ange gard. Il presse Davout qui le suit ; mais ce maréchal n'arriva près du champ de bataille qu'avec la nuit, quand les feux s'affaiblissaient, quand tout était décidé, Ségur, Hist. de Nap. IX, 2. On vit alors son frère [du général Delzons] se jeter sur lui, le couvrir de son corps, le serrer dans ses bras, et vouloir l'arracher du feu et de la mêlée ; mais une seconde balle l'atteignit lui-même, et tous deux expirèrent ensemble, Ségur, ib. Les avant-postes des deux empires répugnaient à renouveler les hostilités ; un nouvel ordre vint, une même hésitation y répondit ; enfin Murat, irrité, commanda lui-même, et ces feux dont il semblait menacer l'Asie, mais qui ne devaient plus s'arrêter qu'aux rives de la Seine, recommencèrent, Ségur, ib. VIII, 6.

    Faire feu, se dit d'une troupe qui tire avec ses fusils et son artillerie. L'armée faisait un feu continuel sur celle de Marlborough, Voltaire, Louis XIV, 19.

    On dit semblablement dans la marine : faire feu des deux bords. Feu de tribord. Feu de bâbord.

    Faire feu, se dit aussi d'un soldat qui lâche isolément un coup de fusil La sentinelle fit feu, et le poste accourut.

    Feu de peloton, décharge faite à la fois par tout un peloton.

    Feu de deux rangs ou de file, feu d'une troupe qui tire par file et sans interruption.

    Feu roulant, tir d'une troupe tel que, chaque homme ou chaque division tirant à volonté, il en résulte une suite incessante de coups. Les Anglais firent un feu roulant, c'est-à-dire qu'ils tiraient par divisions, Voltaire, Louis XV, 15.

    Fig. Un feu roulant de saillies, d'épigrammes, saillies, épigrammes lancées coup sur coup.

    Faire un feu d'enfer, tirer rapidement un grand nombre de coups de canon, de coups de fusil.

    Éteindre le feu ou les feux de l'ennemi, démonter ses canons et les empêcher de tirer par une artillerie supérieure en nombre ou en habileté.

    Exercice à feu, voy. EXERCICE.

    Entre deux feux, se dit d'un corps de troupes enveloppé par l'ennemi et sur lequel on tire de deux côtés. Cinq fois dans cette journée ce poste se trouva dépassé par les colonnes russes qui poursuivaient les nôtres, et cinq fois ses coups, ménagés et tirés à propos sur leur flanc et sur leurs derrières, inquiétèrent et ralentirent leur impulsion ; puis, quand nous reprenions l'offensive, cette position les mettait entre deux feux, et assurait le succès de nos attaques, Ségur, Hist. de Nap. IX, 2.

    Fig. Entre deux feux, se dit d'une personne pressée de deux côtés par des créanciers également menaçants, par des ordres contraires, etc.

    Aller au feu, aller à un combat où l'on se sert d'armes à feu.

    Voir le feu, assister à un combat. Ces troupes n'avaient pas encore vu le feu.

    Familièrement. Aller au feu comme à la noce, marcher allégrement au combat.

    Accoutumer un cheval au feu, l'accoutumer à entendre tirer des coups de fusil, de canon, sans en être effrayé.

    Elliptiquement, feu ! se dit pour commander à une troupe de tirer.

    Faire long feu, se dit au propre d'une arme dont le coup est lent à partir.

    Fig. Faire long feu, se dit d'une affaire qui traîne en longueur.

    Faire faux feu, se dit en parlant d'une arme à feu, lorsque l'amorce prend feu sans que le coup parte.

    Lance à feu, sorte de fusée emmanchée qui sert à mettre le feu à une pièce d'artillerie ou d'artifice.

    Mettre le feu à un canon, allumer l'amorce qui enflamme la charge.

    Mettre le feu aux poudres, faire sauter un magasin de poudre ; et fig. provoquer l'explosion de révoltes, de séditions, de révolutions, d'entreprises violentes.

    On dit dans un sens analogue : le feu prend aux poudres.

    Les armes à feu, les fusils, les pistolets, les canons, les mortiers.

    Bouche à feu, une pièce d'artillerie.

    Coup de feu, détonation, décharge d'un fusil. On entendait des coups de feu dans le bois.

    Blessure faite par une arme à feu. Il avait un coup de feu à la jambe.

    Pot à feu, voy. POT.

    Feu grégeois, voy. GRÉGEOIS.

  • 19 Terme de fortification. Le flanc du bastion d'où l'on tire sur l'ennemi.
  • 20Feu d'artifice, jeux et effets de lumière produits par la préparation de matières inflammables d'après les règles de la pyrotechnie. Tirer un feu d'artifice. C'est au mélange de la limaille de fer avec du zinc que sont dus les beaux effets de nos feux d'artifice, Buffon, Min. t. v, p. 410, dans POUGENS.

    Fig. Suite de traits brillants dans la conversation.

    Feu chinois, sorte d'imitation des feux d'artifice, au moyen de transparents, qui sert de jouet aux enfants.

  • 21Le feu qu'on entretient ordinairement dans une cheminée, dans un poêle. Il y a presque toujours six feux dans cette maison. Il ne faut que deux feux, Maintenon, Lett. à d'Aubigné, t. I, p. 174, dans POUGENS.
  • 22Cheminée, chambre à feu. Que l'artisan ne puisse transmettre à ses enfants la cabane qu'il a bâtie et où ils sont nés, le champ qu'il a acquis et payé du produit de son travail, le lit même où ses enfants recueilleront ses derniers soupirs, s'ils n'ont pas vécu avec lui sous le même toit, au même feu et à la même table, Voltaire, Mél. littér. autre lettre d'un bénédictin.

    Le coin du feu, un des coins de la cheminée, voy. COIN. Les plaisirs du coin du feu. Vous autres héros seriez bien fâchés qu'on vous laissât vivre tranquillement ; vous croyez être demeurés au coin du feu, à moins que vous ne vous alliez brûler sur le mont Oeta, de même que fit Hercule, La Fontaine, Lett. XXIV. J'étais au coin du feu de Mme de la Fayette, Sévigné, 18. Au coin de mon feu vint s'asseoir Un étranger vêtu de noir, Qui me ressemblait comme un frère, Musset, Poésies nouv. Nuit de décembre.

    Fig. Il n'a jamais quitté le coin de son feu, il n'a jamais voyagé.

    Place au feu et à la chandelle, accès auprès de la cheminée et auprès de la table où la chandelle est allumée ; ancienne formule des gîtes d'étape.

  • 23Garniture de feu, ou, simplement, feu, l'ensemble de ce qui garnit une cheminée (chenets, pelle et pincettes). Acheter un beau feu. Il me faut un feu doré ; que la grille en soit très grosse ; j'aime le grand feu préférablement à toute autre délicatesse, Maintenon, Lett. à d'Aubigné, 10 fév. 1681.
  • 24Un ménage, une famille, dans un village ou dans un bourg. Il y a cent feux dans ce village. L'auteur réduit chaque feu à trois personnes ; mais, par le calcul que j'ai fait dans toutes les terres où j'ai été et dans celle que j'habite, je compte quatre personnes et demie par feu, Voltaire, Dict. phil. Population. Suivant le dénombrement des feux exactement fait en 1751, Voltaire, ib. Lois (Esprit des). La répartition des impôts est d'autant plus facile dans cette province [la Provence], qu'elle a été divisée en différents feux, mesure conventionnelle qui exprime une valeur quelconque… cette opération se borne à dire ; si l'on divise la province en tant de feux, combien telle ville doit-elle avoir de feux, par rapport à telle autre ? et ensuite, si la province doit payer telle somme, combien doit-on payer par feu ? Mirabeau, Collection, t. II, p. 378.

    Terme d'administration. À feux croissants, se dit de la quantité croissante de bois que des usagers prennent dans une forêt. Le droit d'usage en bois prélève directement une part importante des produits forestiers, et, lorsqu'il est constitué à feux croissants, c'est-à-dire susceptible de s'accroître avec la population usagère, il finit souvent par absorber la totalité de ces produits, De Forcade, Rapport au min. des fin. 20 fév. 1860, in-4°, p. 23. N'avoir ni feu ni lieu, n'avoir point de logis assuré, mener une vie vagabonde. Mais moi, grâce au destin, qui n'ai ni feu ni lieu, Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu, Boileau, Sat. VI. Puisqu'ici la vertu n'a plus ni feu ni lieu, Boileau, Sat. I. M. de Valentinois n'avait ni feu ni lieu que chez son beau-père, Saint-Simon, 33, 129.

    Par extension. Mme de Vins a été à Saint-Germain ; bon Dieu quelle différence ! on lui a fait assez de compliments, mais c'était son pays, et elle n'y a plus ni feu ni lieu, Sévigné, 7 fév. 1680.

    Fig. En elles la santé n'avait ni feu ni lieu, Régnier, Sat. XI.

  • 25Il se dit de la simple lueur des torches, des flambeaux, des fanaux. Il est défendu de chasser au feu, de pêcher au feu.
  • 26 Terme de palais. Bougies dont on se sert aux audiences des criées pour déterminer la durée du temps pendant lequel on peut enchérir. Aucune adjudication ne doit être faite qu'après l'extinction de trois feux.
  • 27 Terme de théâtre. Ce qu'un acteur reçoit en sus de ses appointements fixes, chaque fois qu'il joue ; usage dont l'origine est ainsi rapportée par CASTIL-BLAZE, Hist. de l'Acad. de musique : Les chanteurs et symphonistes de la musique du roi recevaient, en sus de leurs appointements, du pain, du vin et de la viande à six bonnes fêtes de l'année ; ces aliments furent appréciés en argent en 1 700, et chaque musicien reçut ainsi un supplément ; à la fin du XVIIIe s. ce supplément fut appliqué aux bougies, que les premiers sujets voulaient avoir au lieu de chandelles dans leurs cabinets, et dès lors la somme allouée prit le nom de feux. Ce rôle [du chien de Montargis, dans le mélodrame de ce nom] fut créé dans l'origine par un caniche nommé Vendredi, appartenant à l'un des administrateurs du théâtre de la Gaîté ; parmi ses successeurs, on cite avec éloge Catulle, qui avait été dressé par un artiste du même théâtre et qui recevait cinq francs de feux par représentation, Biblioth. des chartes, 5e série, t. V, p. 524.
  • 28Torche, instrument de destruction. Les soldats marchaient le fer et le feu dans les mains.

    Mettre à feu et à sang, exercer toutes les destructions, toutes les cruautés de la guerre. Il l'empêche d'y mettre tout à feu et à sang, Bossuet, Hist. I, 11. Henri IV prit enfin le seul parti qui convenait à sa situation et à son caractère : il fallait se résoudre ou à passer sa vie à mettre la France à feu et à sang et hasarder sa couronne, ou ramener les esprits en changeant de religion, Voltaire, Hist. parl. ch 34.

    Fig. et familièrement. Rompre à feu et à sang, se brouiller à feu et à sang, se dit de personnes entre qui éclate une très vive inimitié. Il m'a dit que l'archevêque de Reims rompait à feu et à sang avec le coadjuteur s'il ne venait avec vous, Sévigné, 19 janv. 1674. Marmontel et l'abbé Arnaud sont brouillés à feu et à sang, La Harpe, Correspond. t. II, p. 74, dans POUGENS.

  • 29Fanal allumé sur une plage. On entretient des feux sur toutes les côtes. Le feu du Havre. Feu fixe, fanal qui est immobile. Feu tournant, fanal qui tourne mû par des rouages. Feu à éclipse, fanal qui cesse à des intervalles réglés de luire, ce qui le fait reconnaître des navigateurs. Feu à éclats, feu dont l'intensité varie par des interpositions de verres.

    Terme de marine. Se dit des fanaux allumés la nuit sur un bâtiment pour faire connaître la position qu'il occupe.

    Porter le feu, se dit du vaisseau amiral qui guide la flotte.

    Feu de conserve, artifice nommé aussi moine, qui brûle lentement.

    Faux feux, signaux qui se font avec des amorces de poudre.

  • 30Météore enflammé. Le ciel brille d'éclairs et de feux.

    Le ciel est tout en feu, il est sillonné à chaque instant par les éclairs.

    Le feu du ciel, la foudre. Le feu du ciel est tombé sur vos moutons et sur ceux qui les gardaient, et il a tout réduit en cendres, Sacy, Bible, Job, I, 16.

    Feu Saint-Elme, voy. ELME (SAINT-)

    Feu follet, voy. FOLLET.

  • 31Feu grisou, voy. GRISOU.
  • 32Il se dit de la lumière des astres, du soleil. L'Orient était tout en feu, Fénelon, Tél. VI.

    Les feux du firmament, les feux de la nuit, les astres.

    Les feux du jour, de l'aurore, l'éclat du jour. Vous flattez nos tyrans ; aux premiers feux du jour Un jeune ambitieux vous voit grossir sa cour, Delavigne, Vêpres sicil. I, 2. Dieu du jour ! Dieu des nuits ! Dieu de toutes les heures ! Laisse-moi m'envoler sur les feux du soleil ! Lamartine, Harm. I, 2.

  • 33La chaleur du soleil. Les feux d'un soleil brûlant.

    Les feux de l'été, les chaleurs excessives de l'été. Rien ne peut arrêter sa vigilante audace [de Louis XIV] ; L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace, Boileau, Lutr. II. On dit de même les feux de la canicule.

  • 34Éclat que lance un diamant frappé par la lumière. Il [le diamant] est fort beau, sans doute, et jette quantité de feux, Molière, l'Av. III, 12. L'or et les diamants brillent sur ses habits ; Son turban disparaît sous les feux des rubis, Voltaire, Scythes, I, 1.

    Ces feux sont les couleurs de la lumière décomposée (rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet) qui viennent frapper l'œil.

    Fig. Le feu des regards, des regards animés. C'était des yeux pleins de feu, des regards agaçants, Hamilton, Gramm. 6. Personne n'osait approcher, tant la hardiesse de l'entreprise et le feu qui sortait de ses yeux avaient jeté d'épouvante parmi les ennemis, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VI, p. 532, dans POUGENS. Il rassemble avec eux ces bataillons épars, Qu'il anime, en marchant, du feu de ses regards, Voltaire, Henr. VIII.

    Le feu lui sort par les yeux, ses yeux étincellent de colère. Le feu sort à travers ses humides prunelles, Boileau, Épître IV.

  • 35Couleur de feu, couleur qui ressemble à celle du feu. Un ruban couleur de feu. Le chevalier était tout couvert de couleur de feu et fort brillant, Maintenon, Lett. à Mme de Villarceaux, 27 août 1660. Près d'entrer dans ces maisons [de Moscou], toutes closes et inhabitées, ils avaient entendu en sortir une faible explosion ; elle avait été suivie d'une légère fumée qui aussitôt était devenue épaisse et noire, puis rougeâtre, enfin couleur de feu, et bientôt l'édifice entier s'était abîmé dans un gouffre de flammes, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6.

    Tache de feu, ou, simplement, feu, tache rousse qui se voit sur la tête ou le corps de certains chevaux, chiens ou autres animaux. Ce cheval a du feu au flanc.

    Marque de feu, tache d'alezan vif tranchant sur le fond de la robe.

  • 36Vive chaleur qui, par un effet vital, se fait sentir dans le corps ou dans une partie du corps. Le feu de la fièvre. Être tout en feu. Le piment met la bouche en feu. Je savourais la proposition, cette fortune subite mettait mes esprits en mouvement ; le cœur m'en battait, le feu m'en montait au visage, Marivaux, Pays. parv. 1re part.

    Visage en feu, visage rougi par l'effet de la colère, du vin, etc.

    Le feu du rasoir, sensation brûlante qu'on éprouve à la face quand on vient de se faire la barbe.

  • 37Nom vulgaire de diverses éruptions.

    Feu volage, rougeur passagère à la face ou au cou, qu'on aperçoit quelquefois chez les femmes hystériques ou mal réglées, et chez les enfants.

    Feu volant, synonyme d'échauboulure.

    Feu sacré, un des noms de l'érysipèle.

    Feu persique, nom donné jadis au zona.

    Feu de dents, éruption déterminée chez les enfants par la dentition.

    Feu Saint-Antoine, maladie (probablement un érysipèle gangréneux) qui a fait de grands ravages en France vers le XIe siècle.

    Terme de vétérinaire. Feu d'herbes, espèce d'éruption qui se manifeste particulièrement chez les vaches.

    Feu, synonyme de rafle 2.

    Feu sacré, voy. BOUQUET.

    Terme rural. Maladie que contractent les plantes pendant les sécheresse.

  • 38Il se dit des passions, des sentiments, des mouvements de l'âme comparés à un feu qui brûle. Le premier feu de la colère, Le feu du courage. Cela diminua le feu de son zèle. Une épouse fringante et jeune et dans son feu, La Fontaine, Coupe. Comme elles [l'ambition et l'amour] demandent beaucoup de feu, Pascal, Amour. Ces passions ne sont plus que l'esprit même, et ainsi elles remplissent toute sa capacité ; je ne parle que des passions de feu, Pascal, ib. Enfin les feux de la jeunesse ont passé ; je suis vieux, et je me trouve à cet égard [à l'égard des femmes] dans un état tranquille, Montesquieu, Lett. pers. 9. Ce cœur triste et flétri, que les ans ont glacé, Ne peut sentir les feux d'un désir insensé, Voltaire, Fanat. I, 1. Le feu de son jeune âge et de ses passions, Voltaire, Brutus, III, 2. Le comte d'Alberg joignait le feu d'un jeune homme à l'expérience de soixante campagnes, Voltaire, Charles XII, 2. Désir de fille est un feu qui dévore, Désir de nonne est cent fois pis encore, Gresset, Vert-vert, ch. II. Quand on se plaignait à lui de mes emportements, il se con tentait de répondre : ce feu de jeunesse passera, Genlis, Veillées du chât. t. I, p. 279, dans POUGENS. Prétextat l'a soustraite à mes sévérités ; Ses discours pleins de feu…, Lemercier, Frédég. et Brun. II, 5. À cette nouvelle, Napoléon retrouve le feu de ses premières années : mille ordres d'ensemble et de détail, tous différents, tous d'accord, tous nécessaires, jaillissent à la fois de son génie impétueux, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 11. Mais quand ce feu céleste [l'amour de la gloire] éblouirait ton âme…, Lamartine, Harm. II, 12.

    Jeter tout son feu, faire ou dire tout ce que la colère ou l'indignation inspire, et s'apaiser soudain.

    Jeter son feu signifie aussi faire d'abord preuve de talent, de génie, et puis rester au-dessous des espérances conçues.

    On dit dans un sens analogue : Cet acteur a jeté tout son feu dans le premier acte ; cet écrivain a jeté tout son feu dans les premiers chapitres de son ouvrage.

    On dit aussi jeter son feu, en parlant d'un jeune homme qui commence à s'émanciper. Laissez-lui jeter son feu, il se calmera bien vite. Un tempérament de feu, personne très portée aux plaisirs de l'amour. La délicatesse de sentiment ne s'allie guère à un tempérament de feu, Duclos, Mém. Œuvres, t. X, p. 44, dans POUGENS.

    De feu, en feu, passionné, ardent, très animé. Mais, quoi que m'ordonnât cette âme toute en feu, Je promettais beaucoup et j'exécutais peu, Corneille, Rodog. I, 6. L'âme toute en feu, les yeux étincelants, Corneille, Théodore, IV, 4. En cet âge de feu Où le corps à l'esprit s'assujettit si peu, Rotrou, Vencesl. IV, 1. Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ? Racine, Phèd. v, 1. Ne redevenait-il pas tout de feu pour lui ? Massillon, Prof. rel. 4.

    Être de feu, tout de feu, tout feu pour quelque chose, être passionné, engoué pour cette chose. L'homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour les mensonges, La Fontaine, Fabl. IX, 6.

  • 39Vivacité d'esprit, d'imagination, de style, comparée à l'éclat du feu. Aussitôt malgré moi tout mon feu se rallume, Boileau, Sat. II. La vie est courte, il n'y a pas un moment à perdre à l'âge où je suis ; la vie des talents est encore plus courte ; travaillons, tandis que nous avons encore du feu dans les veines, Voltaire, Lett. d'Argental, 20 janv. 1762. Quand mes yeux éclairés du feu de son génie, Voltaire, Fanat. I, 4. Ma vivacité leur plut, et, m'apercevant que je les amusais par le feu de mes idées, je m'y livrai encore plus, Duclos, Confess. Comte de ***, Œuvres, t. VIII, p. 6, dans POUGENS.

    On dit dans un sens analogue : un esprit tout de feu ; une âme de feu. Il y a quelque différence entre un esprit de feu et un esprit brillant : un esprit de feu va plus loin et avec plus de rapidité ; un esprit brillant a de la vivacité, de l'agrément et de la justesse, La Rochefoucauld, Réfl. div. 156, 13.

    Avoir du feu, se dit d'un cheval qui a de la vivacité ; dans ce sens on dit cheval de feu.

    Il se dit pour inspiration. Il ne sait pas régler son feu. Être plein d'un beau feu. On a dit que les poëtes étaient animés d'un feu divin, quand ils étaient sublimes ; on n'a point de génie sans feu, mais on peut avoir du feu sans génie, Voltaire, Dict. phil. Feu. Voilà d'où naquit ma subite éloquence ; voilà d'où se répandit dans mes premiers livres ce feu vraiment céleste qui m'embrasa, et dont pendant quarante ans il ne s'était pas échappé la moindre étincelle, Rousseau, Confess. IX.

    Le feu de la composition, l'espèce d'entraînement, d'application ardente, avec laquelle on travaille à la composition d'un livre, d'un discours, d'un tableau, d'une œuvre musicale, etc.

    On dit dans un sens analogue : dans le feu de l'action.

  • 40Vivacité d'action, de mouvement, de geste. Cet orateur a du feu. Il faut du feu, de l'activité [pour la vérité des passions], Pascal, Amour. Tant que l'on a du feu, on est aimable ; mais ce feu s'éteint, il se perd, Pascal, ib.
  • 41Il se dit des liqueurs spiritueuses dans lesquelles l'alcool laisse sentir son montant. Cette eau-de-vie a beaucoup de feu. On demande des vins qui aient du feu.
  • 42 Poétiquement, feu, la passion de l'amour. Ton frère, je l'avoue, a beaucoup de mérite ; Mais souffre qu'envers lui cet éloge m'acquitte, Et ne m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi, Corneille, la Place roy. I, 1. Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris, Corneille, Cinna, I, 3. Et si Rome savait de quels feux vous brûlez, Corneille, Nicom. I, 2. À quelque point qu'on aime, Quand le feu diminue, il s'éteint de lui-même, Corneille, Suréna, IV, 2. Non pas que cet amour prétende encore à vous : Tout son feu se résout en ardeur de courroux, Molière, le Dép. V, 8. Allumer les feux sacrés d'un chaste mariage, Fléchier, Dauph. De mes feux mal éteints je reconnus la trace, Racine, Andr. I, 1. Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté, Racine, ib. L'autre avec des regards éloquents, pleins d'amour, L'a de ses feux, madame, assurée à son tour, Racine, Baj. III, 2. Et je ne savais pas que, pour moi plein de feux, Xipharès des mortels fût le plus amoureux, Racine, Mithr. II, 1. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables, Racine, Phèdre, I, 3. Vous nourrissez un feu qu'il vous faudrait éteindre, Racine, ib. III, 1. Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux, Racine, ib. IV, 1.

    Prendre feu, devenir amoureux. Comme elle prend feu d'abord ! Molière, M. de Pourc. II, 6. Son cœur prend feu dès ce moment, Molière, Fourb. I, 2. Qu'on lui dise un mot tendre, elle est soudain éprise, Croit tout, prend feu sur tout, et c'est là son destin, Th. Corneille, Baron d'Albikrak, I, 3.

    Mettre en feu pour quelqu'un, inspirer un ardent amour pour lui. Si le ciel pour mon choix vous donne tant de haine, Vous a-t-il mise en feu pour ce grand capitaine ? Corneille, l'Illus. com. III, 1.

  • 43Révolution, agitation, mouvements populaires, guerres. Toute l'Europe est en feu, Sévigné, 540. Il ne s'agissait de rien moins que d'allumer le feu de la guerre civile, Bossuet, Var. 10. Vous avez trouvé tout votre royaume soumis, et vous l'avez laissé tout en feu par une cruelle guerre civile, Fénelon, Dial. des morts mod. Henri III, la duchesse de Montpensier. Lorsque tout est en feu par la guerre, Fénelon, Tél. v. Le feu qui dévorait les colonies françaises et qui s'étendait tous les jours, pouvait aisément gagner les siennes, Raynal, Hist. phil. X, 16.

    Il se dit aussi des disputes. Dans le feu des disputes entre les patriciens et les plébéiens, Montesquieu, Esp. XI, 15.

    Mettre en feu, exciter guerres, troubles, querelles. Les disputes d'Arminius mettaient en feu toutes les Provinces-Unies, Bossuet, Var. XIII, § 1. L'amour avait mis tout en feu dans l'île, Fénelon, Tél. VII.

    Mettre en feu, s'est dit, en un cas particulier : représenter, exposer que tout est en feu. Sa muse en arrivant ne met pas tout en feu, Boileau, Art p. III.

  • 44Feu ardent, un des noms vulgaires de la bryone.

PROVERBES

Il n'est feu que de bois vert, il n'y a pas d'activité plus grande que celle de la jeunesse.

Il n'est feu que de grand bois, c'est avec les choses les plus solides, avec les hommes les plus habiles ou les plus puissants qu'on réussit le mieux.

Le bois tortu fait le feu droit, c'est-à-dire peu importent certains défauts d'une chose pourvu que le résultat soit atteint.

Il n'y a dans cette maison ni pot au feu ni écuelles lavées, se dit d'une maison qu'on trouve en désordre.

HISTORIQUE

Xe s. Enz en l'fou la getterent, com arde tost [afin qu'elle soit brûlée vite], Eulalie.

XIe s. Et fous et flambes i est apareillez, Ch. de Rol. CLXXXI. Des haumes clairs li fuus en escarbone [les étincelles jaillissent], ib. CCLXI. Contre le ciel vole li fouz [les étincelles] tous clairs, ib. CCLXXXVI.

XIIe s. De verz albes espines à faire un feu ardent, Ronc. p. 199. Il i ont mis du feu tout rasé [ras] un tonel, Sax. IX. Li fous Deu chaït del ciel, si degastast les berbiz et les enfanz, Job, p. 500.

XIIIe s. Largesse semble à feu de paille ; Quant il est ars, jà rien ne vaut, Le Comte de Bretagne, Romancero, p. 161. Et ce fu li tiers feus qui fu en Constantinoble, puis que li pelerin i vindrent, Villehardouin, CVI. Quant Berte sent le feu, à Dieu graces en rent, Berte, XLVII. Et Symons fait le feu, n'ot pas le cuer vilain, ib. XLIX. Cel jour s'est bien chaufée Berte delez le fu, ib. LI. Que nul ne puisse prendre aprentiz, se il ne tient chief d'ostel, c'est à savoir feu et leu, Liv. des mét. 69. Garde que tu ne paroles à home discordant [ami de la discorde], que tu ne boutes busche en son feu, Latini, Trésor, p. 361. Ne vos afiez en celz que vos avez guerroiez, que il ont toz jors en lor piz le feu de la haine, Latini, ib. p. 360. Plus a de busche en feu, plus art [plus il y a de bûches au feu, plus il brûle], Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 379.

XIVe s. Mettez sur le feu et faites à petit feu chauffer, Ménagier, II, 5. Et le poursuivroient à feu et à sang, et toute sa lignée bouteroient dehors, ib. I, 4.

XVe s. Adonc fit-il [Philippe d'Artevelle] une taille en Flandre, que chascun feu toutes les semaines paieroit quatre gros, Froissart, II, II, 161. Au feu ! au feu ! courez tous mes amis, Orléans, Bal. 27. Ardant desir de veoir ma maistresse A assailly de nouvel le logis De mon las cueur, qui languist en tristesse, Et puis dedens partout a le feu mis, Orléans, ib. 27. Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir ; On aprent à faire et à voir Selon les temps et les saisons, Orléans, Rondeau, 35. Fay, Belias, fay bon feu de là, Et j'en feray aussy de çà, la Nat. de N. S. J. C. Il se tient plus coi qu'un feu couvert, Louis XI, Nouv. XXIX.

XVIe s. La maniere de composer un feu fort et aspre, qui bruslera tout ce qu'il attaindra, Liv. de canonerie, dans REINAUD et FAVÉ, Du feu grégeois, p. 134. Les povres sots jurent qu'ils mettroient leur doigt au feu sans brusler, pour soutenir qu'elles sont femmes de bien, Marguerite de Navarre, Nouv. XX. Tout le monde y accouroit comme au feu, Despériers, Contes, XXX. …Avec une colere telle qu'ont voulentiers ces gens de feu [il s'agit d'un maréchal], Despériers, ib. LXII. Comme un canon qui fait faux feu, Yver, p. 540. Ce feu ardent [fou, emporté] de Chavigny a…, Carloix, VI, 48. D'Aubigné, prenant feu à ces paroles, ne put s'empescher…, D'Aubigné, Vie, CXXVIII. Brissac avec 1200 arquebusiers fit si beau feu qu'il mit tout dehors, D'Aubigné, Hist. I, 279. Cela failli, nostre chef gascon, ayant le feu à la teste, attrempa la joie des refformez par la prise du Mont de Marsan, D'Aubigné, ib. I, 296. …Qu'ils sauroient l'heure par le tocsain de la grosse cloche du pallais et qu'ils missent du feu [lumières] aux fenestres, D'Aubigné, ib. 216. Le roi s'est jetté dans le lict tout en feu, et nous a dit : Voiez-vous ce traistre ? D'Aubigné, ib. II, 189. Quelques navires à feu [brûlots], D'Aubigné, ib. 482. Quand au feu du foudre, il est plus chaud que nul autre feu, parquoy à bon droit il est appellé le feu des feux, Paré, XXIII, 10. Ils souffrirent d'estre bruslez vifs en un feu avant desadvouer leurs opinions, Montaigne, I, 299. C'est un vray feu d'estoupe [peu durable], Montaigne, III, 372. Mettre un païs à feu et à sang, Montaigne, IV, 167. C'est demy vie que de feu, Génin, Récréat. t. II, p. 236. Un fou jamais ne laisse un feu en paix, Génin, ib. 252. Les reitres ne sont point si [ne sont jamais si] dangereux que quand on est meslé avecques eux ; car c'est tout feu, Lanoue, 313. Feu bien couvert, comme dit ma bru, Par sa cendre est entretenu, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 69. Le feu ayde le queu [cuisinier], Leroux de Lincy, ib. p. 71. Un feu de marionnette, trois tisons et une buschette [un petit feu], Leroux de Lincy, ib.

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Étymologie de « feu »

(Nom commun) (XIIe siècle) Du moyen français feu, de l’ancien français fou (IXe siècle), fu, foc, du bas latin feu, du latin fŏcus (« foyer, feu, âtre »), qui a supplanté le latin classique ignis à l’époque impériale. Cognat de l’italien fuoco, de l’espagnol fuego, du portugais fogo.
(Adjectif 1) Dérivé du nom commun.
(Adjectif 2) (XIe siècle) De l’ancien français feüz (→ voir malfeüz (« qui a une mauvaise destinée, malheureux »)), fadude (« qui a accompli sa destinée ») (XIe siècle), du latin vulgaire *fatutus (« qui a telle destinée »), dérivé du latin fatum (« destin »).
(Interjection) Dérivé du nom commun.
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Bourguign.  ; picard, fu ; provenç. foc, fuoc, fuec ; catal. fog ; espagn. fuego ; portug. fogo ; ital. fuoco ; du latin focus, foyer. Feu n'a donc point de rapport avec l'allemand Feuer, qui tient au grec πῦρ.

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Phonétique du mot « feu »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
feu

Fréquence d'apparition du mot « feu » dans le journal Le Monde

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Évolution historique de l’usage du mot « feu »

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Citations contenant le mot « feu »

  • L'homme est ainsi fait : la lumière du soleil le laisse dans l'obscurité ; il ne discerne rien qu'à la lueur des feux qui consument, qui dévastent.
    Félicité de La Mennais — Lettre au comte de Senfft, 13 juillet 1830
  • La médisance peut allumer un grand feu.
    Proverbe magyar
  • Le feu se peut changer de place.
    Jean de Sponde — Premier recueil de poésie
  • Manger n’est pas se tuer à petit feu, mais entretenir son petit feu.
    Simonetta Greggio — Etoiles
  • C'est à voix basse qu'on enchante Sous la cendre d'hiver Ce cœur, pareil au feu couvert Qui se consume et chante.
    Paul-Jean Toulet — Les Contrerimes, Émile-Paul
  • Le feu de l'enfer est un feu froid.
    Octavio Paz — Puerta Condenada, El joven soldado, III, Conversación en un bar
  • Un feu léger est vite étouffé : si vous le laissez faire, des rivières ne sauraient l'éteindre.
    William Shakespeare — Henry VI, troisième partie, IV, 8, Clarence
  • Non, mon cœur n'est pas un feu couvert.
    Rémi Belleau — Petites Inventions et Autres Poésies
  • En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin.
    Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort — Maximes et pensées
  • L'homme ne peut pas vivre sans feu, et l'on ne fait pas de feu sans brûler quelque chose.
    René Daumal — Chaque fois que l'aube paraît, Gallimard
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Traductions du mot « feu »

Langue Traduction
Anglais fire
Espagnol fuego
Italien semaforo
Allemand feuer
Chinois
Arabe نار
Portugais fogo
Russe пожар
Japonais
Basque sute
Corse focu
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Synonymes de « feu »

Source : synonymes de feu sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « feu »

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Nombre de points du mot feu au scrabble : 6 points

Feu

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