La langue française

Exaltation

Sommaire

  • Définitions du mot exaltation
  • Étymologie de « exaltation »
  • Phonétique de « exaltation »
  • Évolution historique de l’usage du mot « exaltation »
  • Citations contenant le mot « exaltation »
  • Traductions du mot « exaltation »
  • Synonymes de « exaltation »
  • Antonymes de « exaltation »

Définitions du mot exaltation

Trésor de la Langue Française informatisé

EXALTATION, subst. fém.

Action d'exalter; résultat de cette action.
I.− [L'action reste extérieure à l'obj.]
A.− Domaine spatial,rare. Action de porter vers le haut (dans l'espace) quelque chose, d'élever très haut; résultat de cette action :
1. Au départ, la verticale est donnée par la colonne; l'inclinaison débute avec la figure allégorique dont les bras levés disent le désespoir (...) les nuées étirées, le groupe des mères terrifiées rejoignent presque l'horizontale, sur laquelle s'allonge la figure renversée. Ainsi une double translation opérée dans le même sens s'achève, la première par une exaltation finale, l'autre par une chute évocatrice de la mort. Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 217.
B.− Au fig., domaine moral, en gén.
1. [Avec un compl. déterminatif désignant une pers.] Action de porter quelqu'un à un rang très haut (dans la hiérarchie des valeurs sociales ou individuelles), de l'élever au faîte des honneurs publics ou au summum de l'estime personnelle; résultat de cette action. Un caractère saillant de la Cour romaine à cette époque [de Du Bellay] était l'exaltation soudaine de quelques-uns qui n'étaient rien la veille, et leur chute profonde le lendemain (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 8, 1863-69, p. 339).Un petit livre de critique, − ô de critique! d'exaltation plutôt, − à propos de quelques poètes méconnus (Verlaine, Œuvres compl.,t. 4, Poètes maud., 1884, p. 86).Avoir travaillé au bonheur de l'humanité, à la confusion des puissants, à l'exaltation des faibles et des déshérités (Bloch, Dest. S.,1931, p. 287).
2. [Avec un compl. déterminatif désignant une chose abstr.] Action de donner beaucoup d'importance, de valeur à quelque chose, de lui accorder de l'admiration, des éloges; résultat de cette action. L'exaltation de la dureté et le mépris de l'amour humain (pitié, charité, bienveillance). Ici encore, les clercs modernes (...) ont proclamé la noblesse morale de la dureté et l'ignominie de la charité (Benda, Trah. clercs,1927, p. 173).À une exaltation messianique de la paysannerie et à une critique fort vive du mode de développement soviétique (Tiers monde,1956, p. 377).
C.− Domaine matériel et moral,RELIG. CHRÉT.
1. [Le compl. déterminatif désigne un inanimé concr.]
a) Rare. Synon. usuel élévation.Au moment de l'exaltation [dans une parodie de messe], l'obi, élevant entre ses mains l'hostie consacrée (Hugo, Bug-Jargal,1826, p. 124).
b) Exaltation de la Sainte Croix. ,,Nom donné depuis le vies. à une fête en l'honneur de la Croix, le 14 septembre, jour anniversaire de la dédicace en 335 de la basilique constantinienne du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Le nom semble dû au fait que la cérémonie la plus marquante de la fête consistait en l'ostension de la vraie Croix`` (Foi t. 1, 1968). L'Exaltation de la Sainte-Croix tombant un jour de grand-messe, l'abbé Mouret avait voulu célébrer cette fête religieuse avec un éclat particulier (...). Exalter la Croix, la planter devant lui, au-dessus de toutes choses, dans une gloire, comme le but unique de sa vie, lui donnait la force de souffrir et de lutter (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1448):
2. ... il se répétait l'histoire de cette Exaltation de la Croix, qu'il avait lue, le matin, dans les Légendes du Moyen âge. (...) sur le ravisseur du gibet sacré, sur l'étonnant Khosroës qui, au septième siècle, envahit le territoire de la Syrie, prit d'assaut Jérusalem (...) et, triomphalement, ramena, dans son royaume de Perse, le bois de la vraie croix... Huysmans, Oblat,t. 1, 1903, p. 39.
Rem. Cette fête commémore également ,,la manifestation d'Héraclius empereur d'Orient rapportant la croix du Christ au Calvaire`` (Lep. 1948).
2. [Le compl. déterminatif désigne une pers.]
a) [Le compl. déterminatif désigne un dignitaire ecclésiastique] Élévation au trône pontifical ou à une dignité importante. Ses ambassades [de Pie II] auprès des cours, son exaltation au pontificat (Stendhal, Hist. peint. Ital.,t. 2, 1817, p. 404).L'exaltation désirée de Votre Sainteté à la chaire de saint-Pierre (...) Votre Béatitude élevée au souverain pontificat (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 570).Ces flabella qu'on porte à Rome lors de l'exaltation des papes (Du Camp, Nil,1854, p. 141).
b) Rare. Exaltation des reliques. Action de les proposer à la vénération publique des fidèles. Synon. ostension.Comment la chère sainte Élisabeth fut canonisée par le pape Grégoire; et de la grande joie et vénération des fidèles d'Allemagne lors de l'exaltation de ses reliques à Marbourg (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 297).
II.− [L'action affecte l'obj. dans ses caractères propres]
A.− Domaine matériel, sensible
1. En gén. Action de porter quelque chose à un très haut degré d'intensité, de développer, de mettre en valeur fortement ses qualités essentielles; résultat de cette action. Un gris bleuâtre recevra une exaltation de bleu bien sensible de son voisinage avec l'orangé (Chevreul, Contraste simult. coul.,1839, p. 37).Le style d'un maître n'est jamais (...) que la mise en évidence, l'exaltation de certains caractères de la nature, à quoi correspond fatalement l'élimination plus ou moins consciente et systématique de certains autres (A. Michel, Peint. fr. XIXes.,1928, p. 224):
3. ... ne vous semble-t-il pas que nos actes ordinaires (...) nos gestes et nos mouvements accidentels soient comme des matériaux grossiers (...), tandis que cette exaltation et cette vibration de la vie [chez la danseuse], tandis que cette suprématie de la tension, et ce ravissement dans le plus agile que l'on puisse obtenir de soi-même, ont les vertus et les puissances de la flamme... Valéry, Eupalinos,1923, p. 39.
2. Spécialement
a) ASTROL. Amplification de l'influence supposée d'un astre lorsqu'il entre dans tel signe du zodiaque. Le bélier que les Perses, dans leur cosmogonie, appellent l'« Agneau » (...). C'était le signe de l'exaltation du Soleil dans le système des astrologues (...). C'était donc le retour du Soleil à l'agneau céleste, qui tous les ans régénérait la Nature (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 341).Le Lion à l'ascendant, l'exaltation des signes favorables, l'affliction des funestes lui promettaient [à Édouard VI] une carrière royale longue et fortunée (Arnoux, Seigneur,1955, p. 122).
b) BIOL., PHYSIOL., Action d'augmenter l'activité d'un (système d') organe(s), d'une fonction, d'intensifier les propriétés d'une substance, la virulence d'un microbe, etc.; résultat de cette action. Dans tous ces cas, l'exaltation de la bile est proportionnelle à la violence du mal; celle de l'humeur séminale, et l'éréthisme des organes de la génération, sont aussi portés au dernier terme (Cabanis, Rapp. physique mor.,t. 1, 1808, p. 467).Les peines trop vives exagèrent le jeu du grand sympathique. Cette exaltation de la sensibilité entretient dans une constante irritation la muqueuse de l'estomac (Balzac, Lys,1836, p. 240).Le « vase clos » dont l'influence sur l'exaltation de la virulence microbienne est bien connue (Brumpt, Parasitol.,1910, p. 357).
c) PHYS. ,,Phénomène présenté par une molécule dont la réfractivité moléculaire est supérieure à celle que prévoit la règle d'additivité`` (Duval 1959). On se sert des exaltations spécifiques obtenues en multipliant l'exaltation moléculaire (J. Phys. et Radium, Chim. phys., 1934, p. 23).
B.− Domaine moral, en gén.
1. [À propos d'une pers.]
a) Domaine éthique, relig.Action d'inspirer à quelqu'un des sentiments élevés, nobles, de le porter à un très haut degré d'émotion spirituelle; résultat de cette action. Exaltation mystique, religieuse. Il y a des moments dans les tragédies historiques où l'exaltation de l'âme amène naturellement une poésie plus élevée (Staël, Allemagne, t. 2, 1810, p. 306).Que notre aspiration s'appelle prière ou exaltation d'esprit, il est certain que l'âme se retrempe dans les élans religieux (Sand, Hist. vie,t. 3, 1855, p. 354).Disposition religieuse des nouveaux mystiques (...) nul acte où l'on ne sente comme un enivrement et une exaltation salutaire, ainsi qu'au souffle de l'infini passant sur l'âme (Blondel, Action,1893, p. 317):
4. Il faut être inspiré pour se sentir en communauté avec la grande nature; il faut l'être plus encore pour éprouver qu'on vit de Dieu et en Dieu. Je connais pourtant cet état d'exaltation émue. Cette joie ne m'a point été refusée; mais je ne puis l'évoquer à volonté, et dans ce moment par exemple cette extase m'est étrangère. Amiel, Journal,1866, p. 119.
En partic., péj., vx. Orgueil exagéré, répréhensible. Nos poètes sont dans un état continu d'exaltation personnelle et vaine, d'infatuation qu'ils ne peuvent dissimuler : je dis d'eux qu'ils ont le « priapisme » de l'amour-propre (Sainte-Beuve, Poisons,1844, p. 129).
b) Domaine affectif, intellectuel, etc.Action d'inspirer à quelqu'un des idées, des impressions, des sentiments très vifs, de le porter à un très haut degré d'émotion sentimentale, d'activité mentale, d'enthousiasme créateur − résultat de cette action; (moins fréq.) tendance naturelle à éprouver des impressions, des sentiments d'une intensité peu commune, tempérament passionné, facilement porté aux extrêmes. Grande, tendre exaltation; degré, moment d'exaltation; être au comble de l'exaltation, en proie à une exaltation croissante. Daudet arrive à un état d'exaltation d'esprit, de griserie (...) dans cet emballement pour ces livres de vérité (Goncourt, Journal,1892, p. 245).J'ai de l'humeur, des caprices, de l'exaltation; j'aime rire, pleurer, faire claquer les boutons des fuchsias (Noailles, Visage émerv.,1904, p. 11):
5. Toute la vie intérieure de Guérin est composée de ces hauts et de ces bas, dont le rythme nous a frappés (...) chez tous ceux qui, joignant au goût des plaisirs de l'imagination un excessif besoin d'introspection, sont pour eux-mêmes les plus redoutables ennemis. De l'exaltation à l'abattement complet, de l'infinie dilatation de soi à un atroce resserrement, ils sont impuissants à changer le mouvement qui les emporte. Guérin le savait, qui résumait la vie en « une alternative d'élans et de défaillances, d'emportements d'imagination et de prostrations d'âme, de rêves fous à force d'ardeur et de refroidissements désolants ». Béguin, Âme romant.,1939, p. 346.
6. Si l'exaltation ne manquait point à Geneviève, qui, pour un rien, se portait tout à coup à la pointe extrême de son cœur et y flambait, elle ignorait encore les bienfaits de l'amplitude, qui compense l'élan et équilibre l'âme. Car l'exaltation nous emporte au-dessus de nous-mêmes, comme un jaillissement vers la hauteur, tandis que l'amplitude, contrairement à l'apparence, ne s'acquiert que par le recueillement et une lente concentration. Bosco, Mas Théot.,1945, p. 72.
En partic. Expansion de la joie d'être, du plaisir d'admirer, etc., provoquée par le spectacle de la nature. Depuis un mois que nous voyagions ensemble, mon mari, par son indifférence calme, paralysait mes enthousiasmes, éteignait mes exaltations (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Clair lune, 1882, p. 806).À mesure que ces hommes se rapprochaient de l'océan, grandissait en eux l'exaltation d'une certaine allégresse. Il n'était pas rare qu'ils chantassent (Psichari, Voy. centur.,1914, p. 133):
7. [Je] partis au hasard dans la forêt. Un magnifique silence dont je commençai seulement à jouir enveloppait tout; j'en tirai une sorte d'exaltation et d'ardeur à vivre qui me réconcilièrent en quelques instants avec moi-même. Abellio, Pacifiques,1946, p. 106.
PSYCHOPATHOL. Surexcitation morbide de l'activité psychique, pouvant aller jusqu'au délire. Exaltation folle, nerveuse. Martin ne donnait pendant tout ce temps aucun signe d'aliénation ni d'exaltation d'esprit; il était calme et vaquait à ses travaux ordinaires sans aucun dérangement (Maine de Biran, Journal,1817, p. 37).Le cyclothyme représente un type normal, exagération des tendances communes à tous les hommes, mais à un degré de plus il s'agit d'un type prémorbide, le cycloïde. L'humeur devient de plus en plus cyclique et atteint des paroxysmes d'exaltation (Delay, Psychol. méd.,1953, p. 146).Cf. aussi anxiété ex. 12 :
8. ... l'émotivité est aussi à la source de diverses aberrations religieuses. Toutes les exaltations s'y nourrissent, depuis les délires hystériques collectifs, rituels dans quelques sectes, jusqu'aux fièvres malsaines de certaines piétés. Elle tend à subjectiviser le sentiment religieux au point de le réduire à un échauffement du cœur, qui se complaît dans la jouissance sensible, dans la transe... Mounier, Traité caract.,1946, p. 740.
2. P. ext. [À propos du comportement humain] Manière d'être qui exprime des sentiments extrêmes, excessifs. Certains jours, elle bavardait avec une abondance fébrile; à ces exaltations succédaient tout à coup des torpeurs où elle restait sans parler, sans bouger (Flaub., MmeBovary,t. 1, 1857, p. 76).Monsieur s'animait étrangement. Et sur sa personne robuste, fortement musclée, je reconnaissais les signes les plus évidents de l'exaltation amoureuse. Il s'embrasait... le désir flambait dans ses prunelles (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 84).Elle n'avait jamais vu à Jean cet air d'exaltation farouche, de trouble, de violence (Daniel-Rops, Mort,1934, p. 194).
En partic., domaine de l'expr. artistique.Caractère de ce qui traduit, par sa très grande force d'expression, par ses audaces, ses outrances formelles, un tempérament passionné, facilement porté aux extrêmes. Jean Rusbrock l'admirable (...) dont la prose offrait un incompréhensible mais attirant amalgame d'exaltations ténébreuses, d'effusions caressantes, de transports âpres (Huysmans, À rebours,1884, p. 207).Le ciel, les plantes (...) les draperies et les chairs participent [dans l'œuvre de Delacroix] à une sorte de fiévreuse exaltation et d'ardente mélancolie (Hourticq, Hist. art,Fr., 1914, p. 336).J'ai toujours conçu l'exaltation, avec cette part de fuite inévitable qu'elle comporte, comme le tremplin du mieux vivre (...) le modèle alors en était l'exaltation de la musique de Franck, de cette musique que j'appelais la musique même du courage (Du Bos, Journal,1928, p. 158).
3. P. métaph. ou au fig. [À propos de choses concr., de phénomènes sensibles] Caractère de ce qui semble animé par des sentiments très vifs. La mélancolie des soirs et l'exaltation des matins (Milosz, Amour. initiation,1910, p. 220).Même quand elles [les cloches] se taisaient dans les hauteurs des tours, le petit garçon (...) ne se trompait pas sur ce silence, sur tout ce qu'il recelait pour le lendemain matin d'exaltation sonore et de domination furibonde (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 12).La voiture prit enfin ses grandes allures dans une apparente exaltation, joyeuse de grimper des pentes (La Varende, Manants du roi,1938, p. 192):
9. Un mouvement général de la terre et des arbres soulevait les couleurs et les formes et donnait à tout le paysage une exaltation, une véhémence soulignées par le battement de flammes d'argent de peupliers dans le vent... Giono, Angelo,1958, p. 56.
Prononc. et Orth. : [εgzaltasjɔ ̃] ou [e-]. Cf. é-1. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. a) Ca 1265 sens propre « action d'élever (quelque chose) » exaltation de Sainte Croix fête de l'Église, le 14 septembre (Statuts d'Hôtels-Dieu, 133 d'apr. Bambeck ds Mél. Gamillscheg, p. 55); b) 1407 « action d'élever, d'exalter » (Ord., XII, 226 ds Gdf. Compl.); mil. xviiies. fig. « élévation d'un sentiment à un haut degré d'intensité » (Volt., L'H. aux 40 écus, Nouveaux systèmes ds Littré). Empr. au lat. chrét. exaltatio « action d'élever, de dresser » (notamment de la croix, le vendredi saint, en la présentant aux fidèles; cf. exaltatio crucis), de là « glorification ». Fréq. abs. littér. : 1 495. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 644, b) 1 436; xxes. : a) 2 184, b) 2 871. Bbg. Clayton (A. J.). Exaltation et imagination chez Alban de Bricoule... Rom. R. 1975, t. 66, pp. 100-112. − Gohin 1903, p. 324.

Wiktionnaire

Nom commun

exaltation \ɛ.ɡzal.ta.sjɔ̃\ féminin

  1. Action d’élever très haut.
    • L’exaltation de la sainte Croix.
  2. (Figuré) État d’âme élevé au-dessus de son degré ordinaire, enthousiasme excessif, sorte de transport auquel on s’abandonne, sensation intense de bonheur.
    • […] l’Assemblée proclama d'abord cette formule solennelle : « Citoyens, la patrie est en danger ! » L’exaltation révolutionnaire ne connut plus de bornes, tous les hommes en état de porter les armes furent mis en activité. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • La vie de Balzac ? Un permanent foyer de création, un perpétuel, un universel désir, une lutte effroyable. La fièvre, l’exaltation, l'hyperesthésie constituaient l'état normal de son individu. — (Octave Mirbeau La Mort de Balzac, 1907)
    • On a souvent fait remarquer que des sectaires anglais ou américains, dont l’exaltation religieuse était entretenue par les mythes apocalyptiques, n'en étaient pas moins souvent des hommes très pratiques. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.IV, La grève prolétarienne, 1908, note de bas de page 165)
    • À un diapason plus grave et dans une mesure plus lente, les églises retentissaient des échos de l’exaltation martiale, […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 213 de l’éd. de 1921)
    • Mais, sous la Convention, l'exaltation des passions atteint son paroxysme. La lutte, de politique qu'elle était, devient antireligieuse. La Révolution pourchasse les prêtres, brime les croyants, dépouille les églises […]. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
  3. (Religion) Élévation au dessus du commun des mortels.
  4. (En particulier) Élévation d’un cardinal au pontificat.
    • Le jour de son exaltation. — Depuis son exaltation.
    • J’avais déjà de grandes espérances de l’exaltation de Chigi. — (Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires, in Œuvres, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1984, p. 1050)
  5. (Spécialement) Le plus haut degré de la gloire céleste, ou vie éternelle, dans la doctrine mormone.
  6. (Médecine) Impression pathologique de puissance et de bien-être, accompagnée de phénomènes délirants.
  7. (Astrologie) État zodiacal particulier lorsqu’une planète traverse un signe du zodiaque avec lequel elle présenterait certaines affinités.
    • La planète Vénus est en état d’exaltation lorsqu’elle traverse le signe des poissons.

Nom commun

exaltation (sans pluriel)

  1. Exaltation.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EXALTATION. n. f.
Action d'élever très haut. En ce sens, il est employé notamment pour signifier Élévation d'un cardinal au pontificat. Le jour de son exaltation. Depuis son exaltation. Il désigne aussi une Fête liturgique que l'on nomme L'Exaltation de la Sainte Croix. Il signifie, figurément, État d'âme élevé au-dessus de son degré ordinaire. L'exaltation du sentiment religieux, du patriotisme. Il se dit encore d'un Enthousiasme excessif, d'une sorte de transport auquel on s'abandonne. L'exaltation des esprits. Il a toute l'exaltation des fanatiques. Parler avec exaltation.

Littré (1872-1877)

EXALTATION (è-gzal-ta-sion ; en vers, de cinq syllabes) s. f.
  • 1Action d'élever, d'exhausser. La fête de l'exaltation de la sainte croix, fête qui se célèbre le 14 septembre, en mémoire de ce que Héraclius rapporta à Jérusalem du Calvaire la croix de Jésus-Christ, enlevée quatorze ans auparavant par Cosroès, roi de Perse.
  • 2L'avénement, l'intronisation d'un pape. Les jours de son exaltation [du pape] furent les jours de votre gloire, Patru, Éloge de M. Bellièvre.
  • 3 Terme d'ancienne chimie. La sublimation ou volatilisation d'un corps quelconque. L'exaltation des sels, des soufres.
  • 4 Terme d'astrologie judiciaire. Une planète est dans son exaltation lorsqu'elle est dans le signe où les astrologues supposent le plus de vertu à ses influences.
  • 5Action de rendre plus éclatant, plus glorieux. Si nous envisageons cet événement [la mort de Pascal le père] non pas comme l'effet du hasard…, mais comme une suite indispensable, inévitable, juste, sainte, utile au bien de l'Église et à l'exaltation du nom et de la grandeur de Dieu, Pascal, Lett. à Périer, 17 oct. 1651. Pardonnez à des aveugles qui servent, sans le savoir, à l'exaltation de mon nom, Massillon, Myst. Pass.
  • 6État de l'esprit haussé au delà de son état ordinaire. L'exaltation des esprits. Il me fit d'abord connaître clairement l'avenir en exaltant mon âme ; je fis de si prodigieux efforts d'exaltation que j'en tombai malade, Voltaire, l'H. aux 40 écus, Nouveaux systèmes. Il a la tête vive, de la grandeur d'âme, il est très susceptible d'exaltation, Genlis, Mlle de la Fayette, p. 119, dans POUGENS. La manière de vivre des Chartreux suppose, dans les hommes qui sont capables de la mener, ou un esprit extrêmement borné, ou la plus noble et la plus continuelle exaltation des sentiments religieux, Staël, Corinne, X, 1.

    Exaltation politique, ardeur excessive dans les opinions ou les partis politiques. L'exaltation des hommes, des opinions pendant la révolution.

  • 7 Terme de médecine. Symptôme qui consiste en ce que le malade a des idées plus vives qu'il ne conviendrait. Il avait de la fièvre, de l'exaltation.

    Augmentation démesurée de l'action d'un organe ou d'un système d'organes. L'exaltation des fonctions des reins.

HISTORIQUE

XVe s. Et semble monstrer que l'exaltation et haut regne des François est un heur grand et jocundité aux Bourguignons, Chastelain, Expos. sur verité mal prise.

XVIe s. En haine de son exaltation on abaissoit son extraction, D'Aubigné, Hist. II, 450.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

EXALTATION de la sainte-croix, (Hist. ecclés.) fête de l’église romaine qu’on célebre le quatorzieme jour de Septembre, en mémoire de ce qu’Héraclius porta la vraie croix de J. C. sur ses épaules, à l’endroit du mont-Calvaire, d’où elle avoit été enlevée 14 ans auparavant par Cosroès roi de Perse, lorsqu’il prit Jérusalem sous le regne de l’empereur Phocas.

Les victoires d’Héraclius ayant forcé Siroès, fils & successeur de Cosroès, à demander la paix, une des principales conditions du traité, fut la restitution de la sainte-croix. On raconte qu’Héraclius voulut la conduire lui-même à Jérusalem, & qu’y étant arrivé, il la chargea sur ses épaules pour la porter avec plus de pompe sur le Calvaire : on ajoûte qu’étant à la porte qui mene à cette montagne, il ne put avancer tant qu’il fut revêtu des habits impériaux enrichis d’or & de pierreries, mais qu’il porta très-facilement la croix dès qu’il eut pris, par le conseil du patriarche Zacharie, des habits plus simples & plus modestes.

Telle est l’opinion commune sur l’origine de cette fête : cependant long-tems avant le regne d’Héraclius, on en célebroit une dans l’église greque & latine en l’honneur de la croix sous le même nom d’exaltation, en mémoire de ce que J. C. dit, en parlant de sa mort, en S. Jean, chap. xij. vers. 32. Lorsque j’aurai été exalté, j’attirerai toute chose à moi ; & encore chap. viij. vers. 28. Quand vous aurez exalté le fils de l’homme, vous connoîtrez qui je suis. Le pere du Sollier assûre que M. Chastelain pensoit que cette fête avoit été instituée à Jérusalem du moins 240 ans avant Héraclius.

Il est certain qu’on en célebroit une du tems de Constantin, ou peu de tems après, à laquelle on pourroit donner le nom d’exaltation ; car Nicephore rapporte qu’on y célebroit la fête de la dédicace du temple bâti par sainte Hélene, & consacré le 14 de Septembre de l’an 335, jour auquel on en renouvelloit tous les ans la mémoire ; il ajoûte que cette fête fut aussi appellée l’exaltation de la croix, à cause d’une cérémonie qu’y pratiquoit l’évêque de Jérusalem, qui montant sur un lieu éminent, bâti exprès en maniere de tribune, que les Grecs appelloient les mysteres sacrés de Dieu ou la sainteté de Dieu, y élevoit la sainte-croix pour l’exposer à la vûe du peuple & à sa vénération. Chambers. (G)

Exaltation, (Algeb.) Quelques auteurs se sont servis de ce mot, en parlant des puissances, pour designer ce qu’on appelle autrement leur élevation ; mais ce dernier mot est beaucoup plus usité, & l’autre doit être proscrit comme inutile. Voyez Elevation. (O)

Exaltation, (Jurisprud.) est l’élévation de quelqu’un à une dignité ecclésiastique ; mais ce terme est devenu propre pour la papauté : l’exaltation du pape est la cérémonie que l’on fait à son couronnement, lorsqu’on le met sur l’autel de S. Pierre. (A)

Exaltation, (Chimie.) terme figuré, ou plûtôt sans signification déterminée, employé par les anciens chimistes, pour exprimer toute purification, atténuation, amélioration, augmentation d’énergie, de vertu, &c.

C’étoit des sels & des soufres exaltés, qui faisoient les odeurs & les saveurs agréables ; la vertu alexipharmaque narcotique des médicamens, &c.

Ce jargon n’est point vieilli en Medecine : on dit fort bien encore dans les écoles & dans les consultations, bile exaltée, sucs exaltés, sels & soufres exaltés, &c. & la plûpart de ceux qui prononcent ces mots, croyent bonement designer par-là des êtres réels. (b)

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Étymologie de « exaltation »

Du latin exaltatio.
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Provenç. exallatio ; espagn. exaltacion ; ital. esaltazione ; du lat. exaltationem, de exaltare, exalter (voy. EXALTER).

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Phonétique du mot « exaltation »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
exaltation ɛgzaltasjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « exaltation »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « exaltation »

  • Aurait-on inventé l'amour pour faire durer l'exaltation du désir ? De Jean-François Somain / La vraie couleur du caméléon
  • La justice sociale se fonde sur l’espoir, sur l’exaltation d’un pays, non sur les pantoufles. De Charles de Gaulle
  • Les femmes sont toutes semblables : larmes aujourd'hui et rires demain ; indifférence le matin et exaltation le soir... De Charles-Henri Beaupray / Les Beaux Jours viendront...
  • L'exaltation est comme l'incendie : elle se nourrit d'elle-même mais à la fin, meurt épuisée. De Collectif / Des Nouvelles d’Algérie
  • Le théâtre, c'est la superbe exaltation de la vie, la concentration des émotions, la possibilité de crier devant un public les secrets les plus intimes du coeur humain. De Jean-François Somain / La Vraie Couleur du caméléon
  • Alors qu’elle entame son troisième mandat, dans le fauteuil de maire de Bruges, Brigitte Terraza ( divers-gauche) ne cache pas une certaine "exaltation" face aux nouveaux projets qu’elle souhaite mettre en musique  dans les années  à venir ; entourée d’une équipe municipale renouvelée de moitié… SudOuest.fr, Brigitte Terraza à Bruges : des choix écologiques affirmés
  • « Traversant, au crépuscule, un pré communal désert, pataugeant dans les flaques de neige fondue, sous un ciel chargé de nuages, et n’ayant à l’esprit aucun événement qui aurait pu me réjouir, j’ai éprouvé un sentiment d’exaltation totale » : voilà une expérience de marche nocturne racontée dans ce bref essai fondateur pour le romantisme américain, une expérience sensible mais dont la portée est métaphysique. Éclairé par son exaltation, Emerson cherche à inventer une philosophie nouvelle, qui ne soit pas mûrie dans les cabinets de lecture et les bibliothèques, mais qui soit produite par un rapport direct aux paysages et aux étoiles, aux choses mêmes. De façon curieuse, si le début de ce court essai énonce un programme ambitieux et inspirant, qui sera suivi à la lettre par Henry David Thoreau, le développement s’égare ensuite dans de mystérieuses considérations sur les origines du langage. Dans la nature, Dieu aurait disposé des symboles que notre langage humain décrypte, s’il n’est pas brouillé par l’excès d’intellectualité. C’est un peu plus dur à suivre, mais Emerson entend nous montrer que le logos si cher aux philosophes puise aux sources cachées sous les fougères et les mousses, dans les forêts obscures. , La Nature (pour lecteur curieux) • Allia • 10 livres pour…, Emerson, Nature, États-Unis • Philosophie magazine
  • Patricia Meffre, l’exaltation de la féminité ……………….. 54 Ventoux Magazine, Le Ventoux Magazine été 2020 n°45 est paru ! - Ventoux Magazine
  • À flanc de coteau, on devine un clocher qui s’élève parmi une nature sauvage et qui offre une vue à couper le souffle. C’est l’Abbaye de Graville, un chef-d’œuvre de l’art roman datant du Xe siècle dont la langueur mélancolique a su inspirer les peintres de la première moitié du XIXe siècle, période où le romantisme trouve dans les ruines une exaltation des passions. L’Anglais William Turner est le premier à prendre pour modèle cette abbaye entourée par des herbes folles, dans son estampe où un soleil pâle, presque blafard, éclaire le monument d’une lumière quasi surnaturelle. L’abbaye placée en hauteur se confond avec la nature qui l’environne, par ses tonalités de marron, beige et gris, similaires à celles de la terre et de la végétation. Tout ici invite à la rêverie, à la contemplation, à commencer par le cadre bucolique qu’offrent ces ruines, dominant le Havre et l’Estuaire de la Seine. , Exposition so romantic à l'Abbaye de Graville | Arts in the City
  • Carole a la chance d’avoir cet amour autour d’elle, de son mari, mais aussi de ses enfants, et c’est ce qui la fait tenir debout. Sa vision du couple vacille quand elle décide de protéger ses enfants de l’exaltation de leur père, mais elle ne rompt pas. Le Telegramme, Ludivine Sagnier : « Le confinement était pour moi une sorte d’épure » - France - Le Télégramme
  • La comédie musicale permet de revivre l’exaltation suscitée par la distribution originale – impeccable et franchement stellaire – menée avec brio par Lin-Manuel Miranda. Il épate ici tout autant que Jonathan Groff (absolument délicieux sous les habits du roi George III), Leslie Odom Jr. (brillant dans le rôle d’Aaron Burr) ou la sublime Renée Elise Goldsberry (Angelica Schuyler), tout au long de ce spectacle particulièrement costaud, composé de 46 numéros musicaux.  Le Journal de Montréal, Un véritable tour de force musical | Le Journal de Montréal
  • Si le confinement a été l’occasion de célébrer, aux balcons et en chansons, les « héros du quotidien », ces quelques semaines d’exaltation ont tout du trompe-l’œil. Car en réalité, depuis déjà plusieurs années, les bons sentiments ne font plus recette et ce sont plutôt les « antihéros » qui occupent le devant de la scène. Le Monde.fr, Pourquoi on adore détester les méchants
  • Celui-ci raconte des amours contrariées qui finissent mal, où s’affrontent les excès de la jalousie et l’exaltation du sentiment de l’honneur.  , Ballée : il y aura bien un opéra à Linières cet été | Le Courrier de la Mayenne

Traductions du mot « exaltation »

Langue Traduction
Anglais exaltation
Espagnol exaltación
Italien esaltazione
Allemand erhöhung
Chinois 提高
Arabe إنسجام
Portugais exaltação
Russe экзальтация
Japonais 高揚
Basque gorespena
Corse esaltazione
Source : Google Translate API

Synonymes de « exaltation »

Source : synonymes de exaltation sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « exaltation »

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