La langue française

Faire

Sommaire

  • Définitions du mot faire
  • Étymologie de « faire »
  • Phonétique de « faire »
  • Évolution historique de l’usage du mot « faire »
  • Citations contenant le mot « faire »
  • Images d'illustration du mot « faire »
  • Traductions du mot « faire »
  • Synonymes de « faire »
  • Antonymes de « faire »

Définitions du mot « faire »

Trésor de la Langue Française informatisé

FAIRE1, verbe trans.

I.− [Le suj. désigne un animé] Donner l'être, l'existence à, être l'auteur de.
A.− [Le suj. désigne Dieu; l'obj. désigne un animé ou un inanimé] Créer, donner l'être et la vie à. Dieu fit le ciel et la terre; Dieu a fait l'homme à son image. Ce n'est pas nous qui avons fait le ciel et la terre (Claudel, Père humil.,1920, II, 1, p. 516).« Me voilà, tel que Dieu m'a fait! » (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 129).
Faire + subst. + attribut de l'obj.Dieu (...) a fait toute créature périssable (H. Bazin, Vipère,1948, p. 275).
Loc. fam. Tous les jours que Dieu fait. Chaque jour (Ac.).
B.− [Le suj. et l'obj. désignent un animé] Donner naissance à.
1. Fam. [Le suj. désigne des pers.] Donner la vie à. Faire des enfants. Synon. procréer.La bourgeoisie, grosse famille de gens actifs, faisant des affaires, des enfants (Goncourt, Journal,1859, p. 603).Ils avaient bien besoin d'avoir un enfant! (...) ils n'en avaient sans doute nul besoin. Mais la nature voulait qu'ils en fissent un (France, Bonnard,1881, p. 273).
Loc. fam. Je le/la connais comme si je l'avais fait(e). Je le/la connais très bien. Madame Laure! je la connais comme si je l'avais faite. C'est une cliente (France, Crainquebille,1905, 3etabl., 1, p. 298).
a) [Le suj. désigne une femme] Faire un enfant. Synon. de enfanter.Cf. infra ex. 1.
b) [Le suj. désigne un homme] Pop. Faire un enfant à une femme. La rendre enceinte. Si je ne prenais pas mes précautions, il me ferait un gosse à tous coups (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 350).Ma jeune femme me portait l'affection la plus tendre, je lui faisais de beaux enfants bien sains, deux fils et une fille (Sartre, Mots,1964, p. 153).
2. Usuel [Le suj. désigne la femelle d'un animal] Mettre bas. Faire ses petits :
1. « Ça n'est pas possible (...) que des roses produisent des petits enfants. Non, les roses produisent des roses; ce sont les chattes qui font les petits chats; les mamans qui font les petites filles et les papas qui font les petits garçons. » Gide, Journal,1943, p. 230.
Au fig., fam. Faire des petits. Proliférer, se multiplier.
3. P. anal. [Le suj. désigne une plante] Faire des bourgeons, des feuilles. En France, les pommiers feront toujours des fleurs (Audiberti, Quoat,1ertabl., 1946, p. 30).
C.− [L'obj. désigne un inanimé concr.]
1. [Le suj. désigne un animé] Produire (par une fonction naturelle de l'organisme).
a) [Le suj. désigne une pers.]
α) Faire ses dents. Avoir les dents qui poussent. Faire une dent de sagesse. Aux pieds de l'aïeule, dans son moïse, le dernier né des Poitrine, Jeannot, faisait ses dents (France, Dieux ont soif,1912, p. 482).
β) Fam. Faire pipi, caca (lang. enf.), ses besoins. Uriner ou évacuer des matières fécales. Synon. vulg. pisser, chier.Plus jeune, il lui arrivait souvent de « faire son gros », comme elle dit, dans ses culottes, par paresse ou par incurie (Gide, Journal,1943, p. 214).Les plus malades (...) faisaient leurs besoins ou vomissaient sous eux (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 167).Tout à coup, je fis pipi sur ses genoux (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 123):
2. − Nous autres, les filles, nous devons nous arrêter pour faire les deux commissions. Les chevaux, les vaches font la grosse tout en courant mais sont obligés de s'arrêter pour faire pipi. Au contraire, les garçons s'arrêtent pour faire la grosse, mais font pipi tout en courant. Crois-tu qu'il existe des êtres au monde capables de faire les deux sans être obligés de s'arrêter, en marchant ou en courant? C'est impossible! Même les oiseaux se posent pour lâcher leur crotte, les chéris, qui ne font jamais pipi. Mais la tante sait faire pipi debout, tout comme un homme, sans s'accroupir. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 130.
[P. ell. du compl. d'obj.] Faire dans sa culotte, dans son lit.
b) [Le suj. désigne un animal] Faire ses crottes, du crottin. Évacuer des excréments.
[P. ell. du compl. d'obj.] Déjà la cour était interdite au petit chien; il pouvait bien faire dehors (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 253).
2. [Le suj. désigne un animé ou un inanimé concr.] Produire, émettre. Tomates qui font du jus, de l'eau (à la cuisson); savon qui fait de la mousse. Synon. donner, sécréter.Elle ferait maintenant du poison avec n'importe quoi, comme les diabétiques font du sucre... (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1492)
3. Rien ne justifie l'excès qu'on impute à la matière blanche ou grise, accessoirement au rôle sensitif et moteur, de « secréter » ainsi que bruit une apparence de paroles, l'intelligence et la volonté, comme le foie fait de la bile. Claudel, Connaissance Est,1907, p. 105.
D.− Réaliser (à l'aide d'éléments).
1. [L'obj. désigne un inanimé concr.] Produire, fabriquer. Faire un bouquet, faire du feu. Le cafetier (...) s'en alla à reculons en faisant des nœuds à sa serviette (Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 125).
Loc. fig., vx. Faire feu qui dure. Mon cher enfant, il faut faire vie ou feu qui dure, je ne sais lequel on dit. Mais cela veut dire qu'il faut vous conserver longtemps (Chateaubr., Corresp.,t. 1, 1789-1824, p. 90).
Loc. à valeur adj. Comme on n'en fait plus. Comme on n'en rencontre plus. D'un caractère comme on n'en fait plus, tout d'une pièce, bourru, pas accueillant, peu aimable (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 331).
a) Domaine des réalisations artis. ou industr.Faire une maison. Synon. bâtir, construire.Tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassières (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 488).Je fais des ponts, des routes (Camus, Exil et Roy.,1957, p. 1668).
P. anal. [Le suj. désigne un animal] Faire sa toile. Une cigogne a fait son nid autour de la cheminée (Quinet, Ahasvérus,1833, 3ejournée, p. 179):
4. J'ai vu un oiseau faire son nid. (...). À vrai dire, le gros oiseau bleu vif et bleu pâle a déjà construit son nid, mais il le façonne, il le piétine, il l'arrondit... Green, Journal,1948, p. 172.
b) Domaine des préparations (alimentaires, médicinales).Faire des confitures, un flan, une omelette, du pain, une tarte (cf. infra III A 4).Son histoire d'arsenic qu'elle avait pris pour du sucre, en faisant une crème à la vanille (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 184).Éberlé (...) avait dit qu'en faisant une infusion avec le tissu du pancréas, il avait obtenu un liquide qui émulsionnait la graisse (Bernard, Principes méd. exp.,1878, p. 257).
Proverbe. On ne fait pas d'omelette* sans casser des œufs.
Emploi pronom. à sens passif. Le chocolat, dans ce temps-là, se faisait avec du cacao, du sucre et de la vanille (Colette, Mais. Cl.,1922, p. 101).
c) Domaine littér. et artistique.Donner sa forme définitive à, élaborer. Faire un livre, des vers; faire un portrait, un tableau. M. Cadet de Gassicourt, poète-pharmacien, faisant des petits vers (Chateaubr., Mém., t. 4, 1848, p. 70).Dumas fils dessinant, faisant des petits anges du Pérugin avec des ailes (Goncourt, Journal,1855, p. 190).
d) Domaine scol.Faire un devoir, ses devoirs. Le(s) rédiger. J'appris à faire mes devoirs, à étudier mes leçons dans le brouhaha des voix (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 99).
2. [L'obj. désigne une collectivité hum.] Donner l'existence à. Cavour a fait l'Italie. Synon. créer, établir, organiser :
5. Il préparait d'autre part une idéologie du terrorisme. Pour lui, le communisme était seulement le vrai moyen de faire revivre la Chine. − Je ne veux pas faire la Chine, dit Souen, je veux faire les miens avec ou sans elle. Les pauvres. C'est pour eux que j'accepte de mourir, de tuer. Pour eux seulement... Malraux, Cond. hum.,1933, p. 314.
Emploi pronom. En sorte que l'Église de Dieu aille se faisant et s'édifiant dans l'éternel et l'infini (Michelet, Journal,1842, p. 387).
E.− Obtenir, se procurer.
1. [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne gén. un inanimé concr.] Amasser, obtenir (en assemblant).
a) Se fournir en, prendre. Faire du bois, de l'eau*, de l'essence. Le journal ne faisant pas d'abonnements, il était sans cesse en projets, en innovations (Goncourt, Journal,1853, p. 87).Gros ivrogne toujours satisfait pourvu qu'il fît son plein d'alcool (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 325).
b) Domaine agric.
Faire de l'herbe. Ramasser de l'herbe. Vous seriez bien gentil d'aller jusqu'à la route me faire un peu d'herbe pour mes lapins (A. Daudet, Jack,t. 1, 1876, p. 229).
Faire la/une récolte (de). Récolter, ramasser. Bêchant la terre, sciant les blés, faisant les foins par la chaleur de midi (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 1, p. 397).Au mois d'août, en pleine bataille, on avait trouvé moyen de faire et de rentrer les récoltes (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 19).
c) Gagner, obtenir. Faire de l'argent, de l'or (vx), des bénéfices. Une vingtaine d'objets dont il a fait plus de 100 000 francs... (Goncourt, Journal,1890, p. 1109).Ce spectacle continuait de connaître la faveur du public et faisait toujours de grosses recettes (Camus, Peste,1947, p. 1379).J'ai lu votre pièce, elle est magnifique (...), et je suis sûre qu'elle peut faire beaucoup d'argent (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 269).
Emploi pronom. réfl. indir. Les loyers augmentent tous les jours (...) Monsieur Vabre doit se faire dans les vingt-deux mille francs avec son immeuble (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 9).
Loc. verb. Faire fortune*, recette*; faire de la monnaie*.
2. [Le suj. et l'obj. désignent une pers.]
a) Domaine milit.Faire des troupes (vx), des recrues. Lever des troupes, des recrues. P. ext. [Dans une organisation] Faire une (nouvelle) recrue*.
b) Faire un prisonnier. Constituer quelqu'un prisonnier, le capturer. Le 28 et le 29, nos détachements (...) détruisent encore une quinzaine d'engins et font 200 prisonniers (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 255).
c) Lang. de la prostitution. Faire un client. L'entraîner. Synon. Lever.On se baigne. Celles des femmes dont les rondeurs sont suffisantes viennent là montrer à nu leur étalage et faire le client (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Femme de Paul, 1881, p. 1218).
F.− Constituer (un ensemble).
1. Composer. Couleurs qui font un ensemble harmonieux. Synon. aboutir à, former, produire.Un homme seul ne fait pas une paroisse (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1489).Ah! vous allez faire un trio d'amis (Sartre, Mains sales,1948, 3etabl., 2, p. 84):
6. ... comment que ça se fait que tant de bons chrétiens ne fassent pas une bonne chrétienté. Il faut qu'il y ait quelque chose qui ne marche pas. Péguy, Myst. charité,1910, p. 10.
Ça fait deux [Après 2 termes reliés par et] Ce sont deux choses, deux idées très différentes, à ne pas confondre. Être patient et être poire, ça fait deux (Prévert, Paroles,1946, p. 46).J'ai dit que je l'avais prévue. La prévoir et l'espérer, ça fait deux, non? (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 71).
Loc. verb. Faire bande* à part, corps*, équipe*; faire la paire*; faire cercle*; ne faire qu'un*.
2. Spéc., ARITHM. [En parlant du résultat d'une opération] Constituer ensemble (quant à la quantité). Deux et deux font quatre; cent centimètres font un mètre. Synon. égaler, équivaloir à.Le grand saint Nicolas (...) leur posait des questions faciles, comme, par exemple : « Combien font cinq fois cinq? » (France, Mir. Gd St Nic.,1909, p. 76).Moûlu compte les cigarettes : « Quatre-vingts. Ça fait onze par tête de pipe et il en reste trois à tirer au sort » (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 229).De toute façon, ces opérations sont fausses. Un homme et un homme, ça ne fait pas deux hommes, ça fait à jamais un et un (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 336).
P. plaisant. :
7. Quatre et quatre huit Huit et huit font seize Et seize et seize qu'est-ce qu'ils font? Ils ne font rien seize et seize Et surtout pas trente-deux... Prévert, Paroles,1946, p. 174.
Loc. C'est clair comme deux et deux font quatre. C'est très clair, très simple. Ça ne fait pas assez. Le compte n'y est pas. Ça fait juste. Ça commence à bien faire (fam., au fig.). Ça suffit, en voilà assez, c'en est trop (avec une idée d'impatience).
G.− Loc. proverbiales. L'habit* ne fait pas le moine; l'occasion* fait le larron; une hirondelle* ne fait pas le printemps; les bons comptes font les bons amis*; l'argent ne fait pas le bonheur*; le malheur des uns fait le bonheur* des autres; l'union* fait la force.
II.− Donner une manière d'être à; être le sujet d'(une activité), la cause d'(un effet). [Faire et son compl. sont l'équivalent d'un verbe d'action ou d'état; l'idée dominante est celle d'une manière d'agir ou d'une manière d'être]
A.− Entreprendre et accomplir.
1. [L'obj. est un subst. ou un pron. neutre] Faire l'aumône, la charité, un crime, une erreur. Synon. effectuer, exécuter, opérer.D'ailleurs, vous avez du travail à faire, cela occupera vos après-midi (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 73):
8. Elle tournait toute la matinée, balayant, époussetant, nettoyant les chambres, lavant la vaisselle, faisant des besognes qui l'auraient écœurée autrefois. Jusqu'à midi, ces soins de ménage la tenaient sur les jambes, active et muette, sans lui laisser le temps de songer à autre chose qu'aux toiles d'araignée... Zola, T. Raquin,1867, p. 160.
Loc. à valeur adj. À tout faire. Apte à toutes sortes de besognes. Bonne* à tout faire. C'était Jeanne (...) qui avait indiqué Cadet comme un bon sujet, un garçon à tout faire, comme on dit (Sand, Jeanne,1844, p. 210).Il arrive que le même mot, (comme liberté), s'emploie à des besognes d'expressions fort différentes. C'est un mot à tout faire (Valéry, Regards sur monde act.,1931, p. 246).
Fam. (Il) faut le faire! [Pour marquer l'admiration ou, p. iron., le dénigrement]
Loc. Faire l'amour, la guerre, la paix; faire du charme, du plat (à qqn); faire des caprices, des embarras, des histoires, des manières; faire une crise, un drame, un malheur, une scène; faire le nécessaire, son possible; faire la loi; faire grâce; faire grève; faire erreur; faire des progrès; faire ça; faire qqc. pour qqn; en faire de belles; faire des siennes*; littér. ce faisant, pour ce faire (cf. ce1). Faire face*, front*, obstacle*, pendant*.
Rem. 1. Dans une lang. plus soutenue, et notamment dans la lang. écrite, on emploie un verbe plus précis. Perpétrer (un crime), commettre (une erreur), pratiquer (l'aumône) ou un verbe équivalent à faire + subst. Faire la cuisine/cuisiner; faire les vendanges/vendanger, etc. Mais dans le lang. fam. ou enfant., on rencontre de nombreuses loc. équivalant à un verbe d'action. Faire la bise, coucou, dodo, joujou, risette, trempette, etc. 2. Dans qq. cas le compl. d'obj. a valeur d'obj. interne. Faire une bonne mort. Tu vas te mettre au lit et tu vas faire un bon gros sommeil (Audiberti, Quoat, 1946, 2etabl., p. 74). 3. Le verbe faire est aussi compatible avec l'idée de repos. « Je n'ai pas dormi de la nuit, j'aimerais faire une sieste, prendre un bain » (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 312).
2. [L'obj. est un mot interr. ou un pron. antécédent d'une sub.]
a) [L'obj. est un pron. antécédent d'une sub.] Faire ce qu'il faut, ce qu'on peut. Onze heures seulement. Une fois de plus, il s'interrogea sur ce qu'il allait faire (Green, Moïra,1950, p. 236).« Ce que je fais, bonnes gens? Hé, je m'occupe à vieillir... Ça n'a l'air de rien, eh bien ça me prend tout mon temps! » (Martin du G., Souv. autobiogr.,1955, p. C).Proverbe. En mai*, fais ce qu'il te plaît.
[En corrélation et en oppos. avec dire] C'est plus facile à dire qu'à faire. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais » devient parfois, à peine avoué, un : « Faites ce que je fais, ne faites pas ce que je dis » (Mounier, Traité caract.,1946, p. 413).
Ne plus savoir ce que l'on fait. Avoir l'esprit ailleurs, s'affoler; déraisonner. « Je suis anéantie. Je ne sais plus ce que je fais. Je ne sais plus ce que je dis. Je pars travailler comme une automate » (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 188).
b) [L'obj. est un mot interr. ou concessif] Quoi qu'il fasse. Mais que faisons-nous pour mériter un tel honneur? (H. Bazin, Vipère,1948, p. 61).
[Pour marquer l'impatience, lorsqu'on attend qqn] (Mais) qu'est-ce qu'il fait? Synon. fabriquer, ficher (fam.), foutre (pop.).Personne encore! s'écria-t-il. Que font donc nos amis? (Musset, Mimi Pinson,1845, p. 223).
[Pour remédier à qqc.] Que faire? Quelle attitude prendre? Quelle ligne de conduite adopter? Je crus qu'on cherchait à me voler mon sac (...). Je ne sus que dire ni que faire : je ne bronchai pas (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 161):
9. Vous me regardez? Vous vous demandez tous « Que faire? » Et c'est pour ça que vous êtes venus ici, ce soir... Eh bien, je vais vous le dire! Car il y a quelque chose à faire! Il y a encore une possibilité de salut! Une seule! L'union dans la résistance! Le refus! ... Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p. 494.
Pour quoi faire? À quoi cela sert-il? Quel est le but de l'opération? Le typo cligne des yeux et dit : « Pour quoi faire? Puisqu'on va à Châlons » (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 279).
[P. allus. littér.] Que diable allait-il faire dans cette galère*?
c) Familier
Le/la faire à + subst. déterminé. Agir d'une certaine façon, prendre telle attitude pour éblouir ou tromper quelqu'un. Le faire au bluff, à l'épate, au chiqué, au sentiment. Les comiques, au contraire, « la faisaient » à la simplicité. Ils s'abordaient d'un air piteux et bonhomme, s'appelant entre eux « ma pauv'vieille » (A. Daudet, Fromont jeune,1874, p. 272):
10. Deux jours plus tard Nadine m'a dit d'un air mi-furieux, mi-flatté : « Il est inouï, ce mec-là! il me la fait au chantage. Il dit qu'être correspondant de paix, c'est un métier qui l'emmerde et que si je ne vais pas avec lui, il laissera tomber. Beauvoir, Mandarins,1954, p. 203.
Il ne faut pas me la faire, on ne me la fait pas à moi. Il ne faut pas essayer de me tromper, de me leurrer. La faire à qqn. Faire une mauvaise plaisanterie :
11. l'homme (...). − Madame, je viens pour le gaz. madame (...). − On passera payer. l'homme (...). − On passera payer! V'là huit fois que vous me la faites, celle-là, je commence à la connaître. Courteline, Vie mén.,Invite Monsieur, 1891, p. 74.
3. [L'obj. est un pron. indéf.]
Faire quelque chose (cf. chose2C).
(Il n'y a) rien à faire. On ne peut empêcher cela; il n'y a pas de remède à cette situation. Il est trop tard à présent pour s'en retirer. Rien à faire : ils devront boire l'amer calice et le vider jusqu'à la lie (Gide, Journal,1943, p. 189):
12. − J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé de solution, dit Elsa. − Il n'y en a pas, dit Cyril. C'est un engouement, une influence, il n'y a rien à faire. − Si, dis-je. Il y a un moyen. Vous n'avez aucune imagination. Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 107.
Il n'y a (plus) rien à faire (en parlant notamment de la santé de quelqu'un). On ne peut plus rien tenter pour sa santé.
Rien à faire! Je m'y refuse absolument, je ne céderai pas.
Littér. N'en rien faire. Ne pas exécuter l'ordre donné ou la tâche imposée. Frontin − Allez devant, je reviens tout de suite. Séverin. − Je n'en ferai rien, je veux attendre (Camus, Esprits,1953, I, 5, p. 469).
[Dans une formule de politesse] Je n'en ferai rien (pour laisser passer quelqu'un en s'effaçant devant lui). Après vous, je vous en prie. − Je n'en ferai rien, à vous l'honneur. Cf. infra 5 faites donc.
N'avoir rien à faire, n'avoir que faire (quelque part). Ne pas être à sa place, être importun ou inutile (dans un endroit, une situation). De peur que ton amour de la justice, là où elle n'a que faire, répande un jour le sang inutile (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 976).
Ne rien faire. Être oisif, paresseux, inactif, sans travail. Ne rien faire de ses dix doigts*. J'étais notée par toutes les maîtresses et tous les professeurs comme ne faisant absolument rien (Sand, Hist. vie,t. 3, 1855, p. 115).À quatre heures du matin, on ne fait rien en général et l'on dort (Camus, Peste,1947, p. 1307).C'est l'heure où ceux qui ne font rien se risquent sur les boulevards (Camus, Peste,1947p. 1315).
Ne rien faire
Ne rien faire pour qqn.Se désintéresser de quelqu'un.
Ne rien faire pour + inf.Ne pas intervenir pour. De multiples attentats furent commis contre des Français dans des localités syriennes sans que la gendarmerie fît rien pour les empêcher (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 189).
Ne rien avoir à faire
Ne rien avoir à faire avec qqn.N'avoir aucun rapport avec lui.
Ne rien avoir à faire avec qqc.Ne pas en avoir besoin, n'y avoir aucun intérêt.
Tout faire/faire tout
Tout faire/faire tout pour qqn/qqc.Être très dévoué à, se dépenser au service de.
Tout faire/faire tout pour + inf.Tout mettre en œuvre pour. Je ferai tout pour lui faire plaisir (Anouilh, Répét.,1950, II, p. 39).
N'avoir que faire de
N'avoir nul besoin de. Le valet n'a que faire de certaines vertus du maître : elles ne lui conviennent pas plus que le thym et la marjolaine à nos lapins de choux (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 3etabl., 2, p. 1615).Le chauffeur n'a que faire de cultiver en lui ces capacités individuelles. Pour ne point faillir à sa fonction de vitesse, il a besoin surtout de réflexes sûrs (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 41).
Ne faire nul cas de. Et qu'ai-je à faire d'eux, tous ces êtres qui ne sont pas l'aimée? (Vogüé, Morts,1899, p. 62).J'exigerai ton audience en retour. Je n'ai que faire de l'ami qui ne me connaît pas et réclame des explications (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 971).
Avoir de quoi faire. Avoir des moyens. Dès qu'ils [ces braves ouvriers] avaient de quoi faire le dimanche et le lundi, et vivre au courant tant bien que mal, ils étaient contents (Sue, Myst. Paris,t. 4, 1842, p. 97).
4. Loc. verb.
a) Domaine des loisirs.
Faire la bombe*, la bringue*, la fête*, la noce*, la nouba*; faire bombance*, etc.
Faire la grasse* matinée.
Vieilli. Faire + subst. désignant une fête. Célébrer. Je vais tous les ans faire les Rois chez mon vieil ami Chantal (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, MllePerle, 1886, p. 626).La pâque avait été depuis longtemps négligée. La dix-huitième année de son règne, le roi [Josias] fit une pâque solennelle, qui fit une profonde impression (Renan, Hist. peuple Isr.,t. 3, 1891, p. 196).
b) Domaine du jeu
Faire (une partie de). Jouer à. Faire une belote. Une partie d'échecs que nous devions faire, après dîner (Gide, Journal,1941, p. 95).Son beau-père était allé comme d'habitude faire sa partie de bridge à la « Brasserie du Remblai » (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 35).
Faire les cartes. Battre et distribuer les cartes.
Emploi abs. À qui est-ce de faire? C'est à vous de faire; je viens de faire (Ac.1932).
Faites vos jeux*, les jeux* sont faits.
c) Domaine milit.
Faire la garde, le guet, le quart, la ronde, etc. Exercer une activité de surveillance, de veille.
Faire la revue. Passer la revue. Au fig. Prêt à terminer mes recueils, faisant la revue autour de moi, j'aperçois des femmes que j'ai involontairement oubliées (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 543).
5. Emploi abs. Agir, se comporter. Comment faire? faites pour le mieux; faites comme vous voulez; croire bien faire de/en; regarder faire qqn; faire de son mieux; façon de faire. Je tuerais volontiers. Ne serait-ce que pour faire comme tout le monde (Montherl., Malatesta,1946, I, 7, p. 451).Arrivez donc! Faites vite! (Audiberti, Mal court,1947, I, p. 142).Jean-Jacques abandonna son projet et fit bien (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 123):
13. À Votre inspiration profonde, d'abord, qui me commande d'être, je répondrai par le soin à ne jamais étouffer, ni dévier, ni gaspiller ma puissance d'aimer et de faire. Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 79.
Proverbe. Bien faire et laisser dire. Ne pas s'occuper du qu'en dira-t-on.
Locutions
Faire comme chez soi. Agir en toute liberté, en toute simplicité. Péj. Agir avec trop de liberté, de familiarité.
(N')en faire (qu')à sa tête. Agir sans tenir compte de l'aide d'autrui. Vous êtes le seul élève de votre division à être externe libre. « Libre » : se lier le moins possible, faire à sa tête... (Montherl., Ville dont prince,1951, I, 3, p. 864).
Ça fait bien (de + inf.). C'est à la mode, bien porté, bien considéré (de). La Belle Angerie est si grande que nous en avions une [Chambre] pour chacun, dès l'âge le plus tendre... Ça fait bien (H. Bazin, Vipère,1948, p. 23).
Avoir beau* dire et beau faire; avoir beau* faire.
Faites donc, je vous en prie. [Formule de politesse, pour inviter quelqu'un à passer devant soi, à agir librement] .
B.− En partic.
1. Loc. [Sans compl. d'obj. subst.; désignant une action spécifique]
Avoir à faire. Avoir du travail, de l'occupation. Je m'en vais : j'ai à faire (Montherl., Ville dont prince,1951, III, 1, p. 907).
Avoir à faire à/avec. (Confusion avec avoir affaire*). Aujourd'hui, on a à faire à une expression de la nature humaine (Sartre, Existent.,1946, p. 111).Il reste que c'est avec la plus grande prudence qu'il faut user de la psychanalyse lorsqu'elle n'a pas à faire à des productions déréglées, mais aux créations supérieures de la conscience (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 380).
Avoir mieux à faire que de + inf. Avoir quelque chose de plus important, de plus intéressant que de. De quoi faire rigoler Hitler s'il n'avait pas mieux à faire que d'écouter nos speakers (Gide, Journal,1940, p. 21).Il ne lui vient pas à l'esprit qu'on puisse jamais avoir mieux ou plus urgent à faire que de graviter autour de lui (Martin du G., Souv. autobiogr.,1955, p. lxvi).
Faire bien, mieux de + inf. Avoir avantage à. Nous ferions mieux de descendre du trottoir un instant (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 218).On m'a parlé de lui l'autre jour. Tu feras bien de décourager ses visites (Green, Moïra,1950, p. 109).
Savoir y faire (fam.). Savoir s'y prendre (avec habileté, ruse, débrouillardise). Tu es un drôle de numéro toi. D'ailleurs, vous êtes des rigolos (...). Vous ne savez pas y faire. Il faut que je te donne des conseils (Cendrars, Main coupée,1946, p. 249).Enfin, on peut dire que tu as su y faire avec Lulu. Qu'est-ce que tu lui bouffes comme fric! (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 69).
2. Dire, exprimer, formuler.
a) Faire + subst. déterminé.[Le syntagme verbal est l'équivalent d'un verbe d'action] Faire des compliments, des injures, des reproches; faire des adieux, des remontrances. Les veux-tu? Mais j'aimerais mieux te les redonner en te faisant de vive voix des observations (Flaub., Corresp.,1853, p. 198).Ils causaient avec elle, faisant les demandes et les réponses, riant pour elle et pour eux (Zola, T. Raquin,1867, p. 176):
14. Tout en faisant des généralités, la vieille fille parlait de telle sorte que la femme de l'avoué en prit une bonne part. Ce moyen de conversation épuisé, la vieille fille ne parlait que de prêtres et d'affaires de sacristie. Champfl., Bourgeois Molinch.,1855, p. 27.
b) [En incise (souvent accompagné d'un adv.)] Dire, répondre. Fit-il, fit-elle. − Lâchez ma main, fit brutalement Steeny, et il regretta aussitôt cette inconvenance (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1546).
Pop. C'est pourtant vrai, que je lui fais, tu vas voir qu'ils vont nous cerner entre les deux étangs (Aymé, Jument,1933, p. 57).Hé dis donc! qu'elle me fait comme ça, viens voir par ici, Ferdinand! (Céline, Mort à crédit,1936, p. 209).
c) [L'obj. est un subst. ou une onomat.] Pousser, émettre. Faire des oh! et des ah! faire les hauts cris; faire chut, ouf. J'entends le petit oiseau Qui fait pi i i i! (Claudel, Annonce,1948, IV, 2, p. 212).L'infirmière fit simplement : « Ts... ts... » et s'en alla (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 17).
C.− Effectuer (un geste, un mouvement, un déplacement).
1. [L'obj. désigne un subst. d'action] Faire un pas, un geste, une grimace, la révérence.
Au fig. :
15. Et à votre Providence enveloppante, ensuite, qui m'indique à chaque instant, par les événements du jour, le pas suivant à faire, l'échelon à gravir, je m'attacherai par le souci de ne manquer aucune occasion de monter « vers l'esprit ». Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 79.
2. [L'obj. désigne une distance, un parcours] Franchir, parcourir. Chemin* faisant; faire un voyage, un cent mètres. À la manière du philosophe Platon faisant sa randonnée autour de son idée (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 539).En faisant le tour du jardin après déjeuner, avec le vieux fermier qui m'a vu naître (Lamart., Tailleur pierre,1851, p. 398).
Mon sang* n'a fait qu'un tour; faire son chemin*.
a) [Avec un compl. de distance] Faire x kilomètres à pied. Quatre hommes me portèrent de Paris à Chalon, en faisant six lieues par jour (Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 112).
[Pour exprimer la vitesse] Faire du 100 (km) à l'heure. Il y sera dit certainement : « Moi je fais du soixante à l'heure » (France, Pierre bl.,1905, p. 24).Il plongea dans l'auto, claqua la portière et démarra brutalement. Odette le regarda du coin de l'œil : le mieux était de se taire; il fait au moins du quatre-vingts (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 157).
b) Parcourir successivement ou visiter. Faire la Grèce, les châteaux de la Loire; faire les grands magasins. Le soir, faisant trois, quatre théâtres, courant les foyers, les corridors (Goncourt, Journal,1861, p. 976).Bien sûr, ils ne comptaient pas faire toute la foire, seulement quelques pas devant les premières baraques (A. Daudet, Rois en exil,1879, p. 2).Les fiancés allaient danser. Nous fîmes tous les dancings d'Anvers (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 83).
Pop. ou arg. Effectuer l'inspection de, examiner pour fouiller, voler. Faire le portefeuille de qqn; faire les poubelles :
16. Il [Michel] les épaterait bien, les copains! (...) il pourrait « leur payer un verre » (...) sans pour cela avoir besoin de faire les poches de Flavien... Vialar, Éperon arg.,1952, p. 226.
Dévaliser, cambrioler. Faire une banque, un joaillier. J'ai moi-même été fait d'une somme de 60 frs par un individu (Lucas, Dangers prost.,1841, p. 65):
17. À un moment donné, les naïves étrangères, notamment les riches Américaines, qui fréquentent les dancings, étaient « faites » de la façon suivante : un indicateur et danseur mondain leur volait adroitement leurs bijoux... L. Daudet, Police pol.,1934, p. 154.
c) En partic.
Effectuer l'ascension de. Chamonix est à quelques heures de Genève, je ferai le Mont-Blanc avant lui [Costecalde]! En êtes-vous, mes enfants? (A. Daudet, Tartarin Alpes,1885, p. 218).
Faire le trottoir*. Faire le mur*. Faire la queue*.
3. [L'obj. désigne une partie du corps]
a) Prendre, montrer, offrir (un air, une expression). Faire bon visage*, grise* mine, les yeux doux*; faire le gros dos*; faire la tête* (fam.), la gueule* (pop.).
Loc. verb. Faire contre mauvaise fortune bon cœur*; faire bonne mine* en mauvais jeu.
b) Faire de l'/du + subst. (à qqn). Faire signe de (pour exprimer un signe de connivence avec quelqu'un et entrer en contact avec lui). Faire du coude, du genou, de l'œil, du pied à qqn.
4. [L'obj. précédé de l'art. déf. désigne un exercice phys.] Faire la planche*, le pont*, le poirier*, la roue*, le grand écart*.
D.− Exercer (une activité suivie de façon régulière), employer son temps à. Ils feront des heures supplémentaires qui leur seront comptées plus tard dans le royaume de mon père (Prévert, Paroles,1946, p. 35).Le pharmacien qui herborise et qui fait de la radiesthésie (Abellio, Pacifiques,1946, p. 101):
18. − Que faites-vous l'hiver dans l'île? − Nous tressons des filets, nous pêchons les étangs, en faisant des trous dans la glace; le dimanche nous allons à la messe et aux vêpres, où nous chantons des cantiques; et puis nous jouons sur la neige et nous voyons les garçons chasser les ours blancs. Chateaubr., Mém.,t. 1, 1848, p. 269.
1. Domaine scol. et universitaire.Faire des études*, faire l'école buissonnière*; faire un doctorat, une licence.
En partic.
Faire + art. partitif + subst.Étudier, pratiquer (une matière, une discipline). Faire des maths :
19. − Personne ne t'oblige à faire de la chimie. C'est pour nous offenser que Nadine avait choisi la chimie, elle n'en était que trop punie. − Ce n'est pas la chimie qui m'emmerde, dit-elle, c'est d'être étudiante. Beauvoir, Mandarins,1954, p. 59.
Faire + adj. poss. + subst.Suivre le cycle de. Il [Jean] avait fait ses classes avec soin, pour n'être pas puni, et terminé ses études de droit avec régularité (Maupass., Pierre et Jean,1888, p. 403).J'ai fait mes trois premières années de médecine. La mort de mon père a interrompu mes études (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 54).Antonho Prado (...) frais émoulu de la Sorbonne, où il était venu faire son droit (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 344).
Faire + subst. désignant une école.Suivre les cours de. Faire les Beaux-Arts, Navale, Polytechnique. Passé leurs bachots (...) elles feraient l'École du Louvre ou la Croix-Rouge (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 152).
2. Domaine prof.
a) Fam. ou région. Faire dans. Travailler dans, pratiquer le commerce de. Faire dans les cuirs.
b) Pratiquer (un métier, une discipline). Que faites-vous dans la vie? Faire du journalisme. Parce qu'il gagne à peu près sa vie en faisant du commerce (Champfl., Avent. MlleMariette,1853, p. 230).Aurez-vous jamais fini de faire la classe? − Je ... suis... professeur, Madame Marchal (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1545).Brunet se demande ce qu'il peut faire dans le civil. Petit commerçant? Employé? (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 202).
c) Vendre. Faire le gros, le demi-gros, le détail. Je ne me connais pas en toile; mais pour les draps j'en réponds. Seulement, si je fais les draps, il me faut un voyageur; car c'est de Sedan et d'Elbeuf que viennent les meilleures sortes (A. Daudet, Fromont jeune,1874, p. 153):
20. La marchande s'anime à son tour. Elle sait très bien ce que veut la cliente, elle a possédé l'article mais, depuis trois ans, on ne le fait plus; ce modèle-ci est plus récent, plus avantageux... Sartre, Mots,1964, p. 202.
3. Domaine du sp., des loisirs.[L'obj. est un subst. précédé de l'art. partitif] Pratiquer, s'adonner à.
a) [L'obj. désigne un sp., une discipline] Faire de la musique, du tennis. J'ai connu plusieurs femmes distinguées qui disaient ne pouvoir bien penser, ni bien causer, qu'en faisant de la tapisserie (Michelet, Peuple,1846, p. 24).
[L'obj. désigne l'instr.] Faire du ski, du vélo, de la voile. Il y a un petit prêtre qui fait de la bicyclette (Claudel, Poés. div.,1952, p. 877).
b) [L'obj. désigne une activité] Faire du camping, du tourisme, du sport.
Faire de l'exercice. Se dépenser, marcher. Travaillant toujours, sortant peu, ne faisant presque pas d'exercice, moi qui marchais tant autrefois (Hugo, Corresp.,1852, p. 73).Qu'il bouge, qu'il se promène, qu'il fasse de l'exercice (Mounier, Traité caract.,1946, p. 335).
4. Domaine pol. et soc.Faire de la politique, de l'opposition, du social.
E.− Exécuter (une prescription, une obligation); accomplir le temps prescrit pour. Faire son devoir; faire ses Pâques; faire pénitence; faire la volonté de Dieu; faire un régime; faire de la prison; faire son service militaire. Elle a des principes, elle fait maigre (Balzac, Autre ét. femme,1842, p. 383).Karlsbad, où j'avais été faire une cure, pour soigner je ne sais plus trop quoi (Gide, Ainsi soit-il,1951, p. 1197).
21. − Tu vois, me dit-elle d'une voix triomphante. Tu compliques toujours tout. D'abord, Lambert est toujours content de faire ce que je lui demande, c'est un bon petit garçon... Beauvoir, Mandarins,1954, p. 333.
P. ext. Faire les caprices, les fantaisies, les quatre volontés de qqn. Céder à (la volonté, aux désirs de quelqu'un). Vous n'ordonnez jamais que le cœur n'obéisse (...). On fait toujours le bien, en faisant son caprice (Lamart., T. Louverture,1850, III, 7, p. 1335).
F.− Être la cause (directe ou indirecte) de, l'agent de.
1. [Le suj. désigne une pers.] Causer, provoquer, susciter.
a) [L'obj. désigne un inanimé concr.] Faire du bruit, faire une blessure à qqn. Il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer [les casquettes] sous le banc, de façon à frapper contre la muraille, en faisant beaucoup de poussière (Flaub., MmeBovary,t. 1, 1857, p. 2).Ils chantaient tous en chœur et faisaient un boucan de tous les diables (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 326).Un de nos critiques nous fustigeait du proverbe chinois : « Ce qui fait du bruit ne fait pas de bien, ce qui fait du bien ne fait pas de bruit » (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p. 73).
b) [L'obj. désigne un inanimé abstr.] Faire du bien, du mal; faire mal à. Je ne suis plus seulement capable de faire mal à une mouche (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1453).Et cela avait suffi pour lui faire une petite réputation dans le monde restreint du théâtre et lui susciter déjà des jalousies (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 69).
Loc. verb.
Faire envie, mal, peur, pitié, sensation :
22. Clark (...) me fait très bonne impression. Non seulement parce qu'il dit avec netteté ce qu'il a à dire, mais aussi parce qu'il demeure simple et droit dans l'exercice du commandement. De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 269.
Faire les délices, les beaux jours de. Néron tuant sa mère et Titus faisant les délices du genre humain (Lacord., Conf. N.-D.,1848, p. 182).
Faire qqc. à qqn. Lui faire du mal, mal agir envers lui, lui causer du tort. Qu'est-ce qu'ils pourraient bien lui faire? Qu'est-ce que je t'ai fait? Qu'est-ce que j'ai fait à Dieu pour avoir mis au jour un fils si coupable! (France, Révolte anges,1914, p. 3).« Qu'est-ce qu'ils t'ont fait, mon pauvre vieux? Tu n'as pas l'air de les avoir à la bonne. » « Ils ne m'ont rien fait, dit Brunet sèchement. Mais je les entends » (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 212):
23. Ils étaient trop, il ne pouvait rien contre eux; ils étaient tous d'accord − eux qui étaient divisés sur tant de choses − pour l'outrager et l'écraser. C'était plus que de l'incompréhension : il y avait de la haine. Que leur avait-il donc fait à tous? Rolland, J.-Chr.,Révolte, 1907, p. 506.
Proverbe. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît.
2. [Le suj. désigne une chose]
a) Produire un effet, entraîner des conséquences. Rien n'y fait, cela ne fait rien à la chose. Ça me fera du bien. Cela me sera bénéfique. Le changement d'air lui fera du bien à cette petite (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 133).Attends, petit, j'ai son nom sur les lèvres..., Terra..., Terra..., marquis de Terranova..., de Terrasecca, ... rossa, ... puzzosa, non, ce n'est pas cela, cela ne me revient pas, ça n'a aucune importance, le nom ne fait rien à l'affaire (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 150).Et quand nous serions dans la rue, quand même tu me prendrais dans la rue, qu'est-ce que cela peut faire? Que veux-tu que cela fasse? (Gracq, Syrtes,1951, p. 182).
Familier
Faire un coup à qqn. L'impressionner, le bouleverser. Elle pensa : « Le pauvre vieux, ça va lui faire un coup, tout de même » (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 192).
Ça me (te, lui, etc.) fait une belle jambe*.
Ça lui fera les pieds*.
Ça fait des histoires. Cela entraîne des complications ou des réactions hostiles. Il regrettait le temps où elle râlait en silence (...) ça faisait moins d'histoires (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 59).
Grand bien lui fasse! (souvent p. iron). Que cela lui soit profitable. Je marie Fortuné. Séverin. − J'en suis heureux et que grand bien lui fasse (Camus, Esprits,1953, III, 9, p. 519).
b) Être important :
24. ... on ne peut dire que de tels travaux soient inutiles. Car ils font pour la connaissance des langues anciennes, et la connaissance des langues anciennes fait pour la philosophie de l'esprit humain. Renan, Avenir sc.,1890, p. 244.
Cela ne fait rien
C'est sans importance, je n'y attache pas d'importance. Croyez-vous que ce soit bien une conversation à tenir devant cette enfant? dit la baronne Schoudler (...). L'accouchée tourna légèrement la tête et lui sourit. − Ça ne fait rien, ma mère, ça ne fait rien, murmura-t-elle (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 13).
Synon. de peu importe.Il t'nait pas à les voir! Est-ce que j'y tenais, moi? Seulement, ça fait rien, je m'figurais pas la guerre comme ça (Benjamin, Gaspard,1915, p. 74).
Qu'est-ce que cela peut (bien) me/te faire? En quoi cela me/te concerne-t-il? T'as pas l'air de tenir à savoir si je l'ai tué ou non, le petit gars? − Qu'est-ce que ça peut bien me faire, mon amour? (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1480).Son égoïsme lui crée une sorte d'invulnérabilité. Il oppose à tout l'avenant un : « Qu'est-ce que cela peut bien me faire? » (Gide, Journal,1943, p. 167):
25. louise. − Mais la foi, comment vous est-elle venue? clérambard. − Que voulez-vous que ça me fasse? J'ai la foi. Je ne veux rien savoir d'autre. Peu importe d'où elle me vient. Je crois en Dieu, je crois en Notre Seigneur, je crois à saint François d'Assise. Aymé, Cléramb.,1950, IV, 5, p. 216.
Si cela ne te/vous fait rien (formule de politesse). Si cela ne te/vous dérange pas. Si cela ne te fait rien, je vais continuer mon travail. J'ai à finir la lecture de Roméo et Juliette (Green, Moïra,1950, p. 82).
Ça ne vous fait rien que...? Ça ne vous dérange pas que...? Mais dites donc, Madame Codomat, ça ne vous fait rien que votre mari soit tout le temps avec cette jeune femme? (T. Bernard, M. Codomat,1907, II, 3, p. 161).
Cela ne me/lui etc. fait ni chaud* ni froid.
3. Faire que + complétive.
a) À l'ind. Avoir pour résultat que. Sa négligence a fait que... Salammbô n'en racontait pas davantage (...) par un excès de candeur faisant qu'elle n'attachait guère d'importances (sic) aux baisers du soldat (Flaub., Salammbô,t. 2, 1863, p. 87).« Lois de la représentation », qui font que nous ne pouvons penser l'être qu'en l'objectivant (J. Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 71):
26. ... tous obligés à protéger leur secret, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas et qui fait qu'à eux les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais... Proust, Sodome,1922, p. 617.
[Reprenant une question incluant le verbe faire] Qu'est-ce que j'ai fait? − Tu as fait que tu nous as laissés.
Fam. Ça fait que; ce qui fait que. C'est pour cela que, c'est la raison pour laquelle. Synon. voilà pourquoi.Une pièce toute noire, on n'y voyait pas... Ça fait que je ne sais pas si elle pleurait ou si elle se taisait pour ne pas parler... (Goncourt, Journal,1879, p. 35).Je ne songe plus qu'à ce que je veux enfanter; peut-être est-ce là ce qui fait que tout le reste m'insupporte (Gide, Corresp.[avec Valéry], 1892, p. 156).
b) Au subj. Les circonstances peuvent faire un jour que vous soyez commis à la garde de ce pacte (Gracq, Syrtes,1951, p. 149).
[Pour exprimer un souhait] Dieu fasse que, fasse le ciel que... Fasse le ciel que la jeunesse d'aujourd'hui (...) se montre aussi sage qu'elle sera ardente (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 2, 1823, p. 52).Enfin, Dieu fasse que cela tourne bien! (Camus, Chev. Olmedo,1957, 2ejournée, 1, p. 754).
4. Faire en sorte* de + inf.; faire en sorte* que + compl.
5. Laisser* faire.
G.− [Le suj. désigne une pers. ou une chose; l'obj. est un subst.] Présenter (un aspect physique, extérieur).
1. Former naturellement. Faire un angle, une bosse, des plis. Synon. constituer.Moustaches tristes, yeux faisant la virgule à l'angle extérieur (Chateaubr., Mém.,t. 1, 1848, p. 408).Dorothée (...) s'avance dans la rue déserte (...), faisant sur la lumière une tache éclatante et noire (Baudel., Poèmes prose,1867, p. 117):
27. La vallée se prolongeait, tantôt faisant des coudes, tantôt s'étranglant en défilés, selon que les blocs et les mamelons de la chaîne bifurquée faisaient saillie ou retraite. Gautier, Rom. momie,1858, p. 159.
[Dans des loc. verb., faire + subst. non déterminé] Jouer le rôle de, rappeler par sa forme, tenir lieu de. De jolies maisons de campagne, quelques-unes faisant châteaux, s'étalaient sur les collines (Michelet, Journal1839, p. 301).Mal abritée sous un petit acacia faisant dôme, elle regardait tristement la pluie qui commençait à mouiller sa robe (Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 145).Rodolphe s'assit brusquement à son bureau, sous la tête de cerf faisant trophée contre la muraille (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 41).
Faire tapisserie*.
Au fig., fam. Ça ne fait pas un pli*.
2. GRAMM. Avoir pour variante morphologique ou syntaxique. « Cheval » fait au pluriel « chevaux »; « faire » fait à la 3epersonne de l'indicatif présent « font ».
3. [Pour exprimer une mesure de l'espace ou du temps]
a) [Dimensions, poids, prix, volume, etc.] Équivaloir à, égaler. Le bassin fait 10 m de long. Songez qu'à nous deux (...) nous ne faisions pas trente-quatre ans (A. Daudet, Pt Chose,1868, p. 226).Tous comptes faits, l'emprunt de la Libération produit 165 milliards qui en feraient 1 200 d'aujourd'hui (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 37).
b) Domaine de l'habillement.Mesurer. Vous faites du combien? Quelle pointure, quel tour de taille faites-vous?
c) Avoir une durée de, être en usage pendant + compl. de temps. Ce manteau m'a fait trois ans, il fera bien encore la saison. Qui pourrait supputer ou peser ce qu'il entre D'aliments, de boissons, au gouffre de son ventre? Un cachalot lui fait six jours, quelquefois sept (Pommier, Colifichets,1860, p. 177).
d) [Pour exprimer la durée écoulée, à partir d'une date fixe] Ça fait x temps que... Synon. de il y a, depuis.Il n'avait jamais voulu prendre la montagne et c'est après lui que je l'ai prise. Ça fait donc quinze ans maintenant (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 196):
28. Et depuis combien de temps dure cette... liaison? (...). − Trois mois, répondit-elle. − Et il y a trois mois que tu es dans cet état? − Non. Ça doit faire six semaines. Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 126.
e) [Pour exprimer une fréquence] Cela fait. C'est. S'il n'est pas arrivé, me dis-je, c'est que le métro est encore en panne; d'ailleurs, cela fait la troisième aujourd'hui. On dirait que c'est un fait exprès (J. Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 125).
4. Domaine phys. et psychique.[L'obj. désigne une maladie, un trouble phys. ou psychique] Faire une bronchite; faire de la température; faire une dépression, de la neurasthénie; faire de la tension. Mon premier malade fut un cancéreux d'une maigreur effroyable qui « faisait » − comme on disait − des troubles cérébraux (L. Daudet, Dev. douleur,1931, p. 60):
29. Et la réaction individuelle, ici encore, est capitale : on peut gaver certains types maigres, ils ne grossiront guère, d'autres feront de l'embonpoint avec le régime le plus strict... Mounier, Traité caract.,1946, p. 126.
Faire des complexes*; faire un rêve, un cauchemar.
Loc. fig. En faire une maladie*. Cf. infra III D 2 a.
III.− Déterminer (quelqu'un/quelque chose) dans un état, une qualité, une manière d'être ou d'agir. [L'existence de ce qui est désigné par l'obj. est présupposée]
A.− [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne un inanimé concr.] Mettre, remettre en état, en ordre.
1. Loc. verb.
a) Domaine des tâches domestiques.Faire les cuivres*, faire un lit*, faire sa valise*. (Quasi-)synon. nettoyer, arranger.
Faire une chambre, une pièce. La nettoyer, la remettre en ordre. Faire sa chambre à fond. Le domestique, en faisant les chambres, redescendait les bougeoirs (Duranty, Malh. H. Gérard,1860, p. 319).
Faire ses chaussures. Les nettoyer, les cirer.
Faire la vaisselle. La laver, l'essuyer. Un après-midi, j'aidais maman à faire la vaisselle; elle lavait des assiettes, je les essuyais (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 105).
b) Domaine des soins de beauté.Synon. entretenir, embellir, soigner.
Faire la barbe (à qqn). Tailler, raser la barbe. En me faisant faire la barbe, devant moi un bocal (Goncourt, Journal,1858, p. 442).
Faire les mains, les ongles à qqn. Synon. manucurer (fam.).Elle s'assied et fait ses ongles (Laforgue, Moral. légend.,1887, p. 232).Il a demandé un bain aux Allemands, il s'est rasé, s'est fait faire les mains (Anouilh, Répét.,1950, I, p. 21).
Emploi pronom. réfl. indir. Se faire les yeux. Se maquiller (les yeux). Elle [l'enfant prodige] était en train de se faire les yeux; elle ne s'est même pas retournée (Colette, Music-hall,1913, p. 189).Je m'étais lavé les mains et fait les ongles, j'avais mis un col propre (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 58).
c) Domaines divers.[Faire remplace, notamment ds la lang. fam., un verbe d'action plus précis] Alors, elle si discrète [Martine], parla de ses travaux de jardinage, dit qu'elle trouvait le temps de faire les légumes, afin d'éviter quelques journées d'homme (Zola, Dr Pascal,1893, p. 150).Être là un peu avant deux heures pour m'aider, comme elle aurait dit à des maîtres d'hôtel extras d'arriver d'avance pour faire les compotiers (Proust, Guermantes 1,1920, p. 216).Un fantassin, au retour des cuisines allemandes où il avait été « faire les peluches » (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 43).
SYNT. Faire le col (d'une chemise). Le repasser. Faire son jardin. Le cultiver, l'entretenir. Faire la vigne. La tailler, lui donner les soins nécessaires. Faire les rosiers. Les tailler.
2. Domaine culinaire.Apprêter, préparer, faire cuire ou chauffer (un plat, un repas). Faire un bœuf bourguignon, un œuf sur le plat, du veau. Ce fut la concierge qui vint lui faire son petit déjeuner et ouvrir les fenêtres (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 172):
30. ... elle se met déjà à vous parler de sa vieille maman qui est si seule et avec qui il faudra être bien gentil, des petits plats qu'elle sait si bien faire, du prénom qu'aura son bébé. Anouilh, Répét.,1950, IV, p. 108.
Faire la salade. La laver, l'assaisonner.
B.− [L'obj. désigne une pers.] Former. Faire des soldats, des hommes, de bons élèves. Synon. éduquer, instruire :
31. Les Lanson croient nous avoir répondu quand ils disent : c'est entendu, nous ne vous fournissons pas des élèves qui aient du génie, mais connaissez-vous une méthode pour faire des hommes de génie? Barrès, Cahiers,t. 8, 1910, p. 143.
C.− Donner une qualité, un caractère, un état à.
1. Faire qqn + subst. (attribut de l'obj.) non déterminé.Élever au rang de, donner le titre, la dignité de. Faire qqn héritier, chevalier de la Légion d'honneur. Synon. nommer, instituer, constituer.En le faisant roi, on l'avait condamné à mourir sur le sol où s'est mêlée la poussière de saint Louis et de Henri IV (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 650).Le jeune marquis avait cru s'acquitter envers sa femme en la faisant marquise (Sandeau, Sacs,1851, p. 46).
P. ext. Rendre, faire devenir. Cette aventure me fait homme (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 179).
Faire qqn juge de. Laisser à quelqu'un le soin de juger, d'apprécier.
2. Faire qqn + adj. (attribut de l'obj.)
a) Rendre, faire devenir. Faire qqn riche. « Merci, mon bon Monsieur, merci (...). Vous êtes très bon. Je prierai la Sainte Vierge de vous faire très heureux » (Ségur, Auberge ange gard.,1863, p. 10).C'est dimanche, à l'heure du déjeuner, qu'on s'est aperçu que les petites manquaient. Je les avais faites belles pour la messe de huit heures (A. Daudet, Sapho,1884, p. 120).
b) [L'attribut est un adj. poss.] Faire sien qqc. S'approprier, se rendre maître de; adopter (un jugement, un point de vue, une attitude). Un étude à laquelle a procédé le général de Larminat et dont je fais miennes toutes les conclusions (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 448).Je déterrai cette religion féroce et je la fis mienne pour dorer ma terne vocation (Sartre, Mots,1964, p. 148).
En emploi abs. Consentir c'est prendre sur soi, assumer, faire sien (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 322).
c) Représenter, donner comme. Ne le faites pas plus méchant qu'il n'est :
32. Mais l'autre quart chez Montaigne a donné l'éveil; en mettant expressément à part la religion, en la faisant si grande et si haute, et la voulant si fort révérer, qu'il lui coupe toute communication avec le reste de l'homme, il s'est trahi... Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 2, 1842, p. 413.
3. Faire qqc. (à) + compl. de prix.Je vous fais cet article (à) 50 F. Synon. évaluer à, fixer à.
Faire un prix* (d'ami). Fixer un prix. Si le commerce était mieux fait, c'est le client qui devrait faire son prix (Aymé, Cléramb.,1950, I, 7, p. 52).
4. Faire qqc. + adj. (attribut de l'obj.) à qqn.Rendre. Je lui faisais la vie impossible (Laforgue, Moral. légend.,1887, p. 240).Et je ne veux point vous faire le cœur dur à la mort (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 791).
5. Faire + adj. substantivé.Causer, entraîner. Faire des jaloux, des mécontents. Ainsi elle traversait sa jeunesse, l'esprit flottant à tous les vents de l'imprévu, faisant beaucoup d'heureux (Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 236).
D.− Faire qqn/qqc. de (qqn/qqc.).Changer, transformer en passant d'un état à un autre.
1. [L'obj. désigne une pers.] Faire d'un capitaine un commandant; nous en ferons un médecin; vous en avez fait un monstre, un enfant gâté. Mais que je prenne en main cette petite aristocrate (...), et je vous en ferai une vraie Carmélite, aussi bonne à la chapelle qu'au lavoir (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 3etabl., 3, p. 1618).La famille de Gouvon qu'il servait avait reconnu sa valeur. Elle voulait en faire un secrétaire, lui faire apprendre l'italien, le latin (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 51):
33. Quand un homme choisit une jeune fille pour en faire sa femme, c'est qu'il a été sensible à certaines séductions qui ne sont pas toutes du cœur ni de l'esprit. Aymé, Cléramb.,1950, II, 8, p. 116.
2. [L'obj. désigne une chose]
a) Faire d'un métal une médaille; faire qqc. de rien :
34. Mais un vent sort des cieux sans bornes, Grondant comme les grandes eaux, Et souffle sur ces pierres mornes, Et de ces pierres fait des os... Hugo, Contempl.,t. 3, p. 407.
Faire un drame, une histoire, une maladie, une montagne (de qqc.). Dramatiser la situation, s'affliger ou s'affoler démesurément de quelque chose. Il fait un monde de rien et soupçonne un cancer dans chaque cor au pied (Camus, Cas intéress.,1955, 1ertemps, 2etabl., p. 627).
Loc. fig. et/ou proverbes. Faire d'une pierre deux coups*; faire feu*; faire flèche* de tout bois; faire ses choux* gras de; faites en des choux* et des raves*; en faire sa chose*; faire des gorges* chaudes de; ne faire qu'une bouchée* de. On ne saurait faire d'une buse un épervier. On ne peut faire d'un sot un homme habile (Ac.). Faire d'une mouche, d'une puce un éléphant. Grossir exagérément la portée d'une affaire, dramatiser une situation. Faire de nécessité* vertu.
b) Utiliser comme, aménager en. Faire un salon d'une salle à manger; faire un hôpital d'un bâtiment privé; faire un parc public d'un jardin privé. De la source, sa cuvette, La fleur, faisant son miroir, Dit : « Bonjour », à la fauvette (Hugo, Contempl.,t. 1, 1856, p. 107).« Des assiettes! » dit-il en désignant une pile d'assiettes ébréchées au fond noirci. « Qu'est-ce que vous voulez en faire? Les manger? » (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 223).
Emploi pronom. Se servir de quelque chose comme de. Des écureuils circulaient sur les branches (...) en se faisant un pavillon de leur queue (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 68).J'ai aperçu le traître Eusévio dans les fourrés de la montagne. C'est en vain qu'il se fait un rempart de ces rochers (Camus, Dév. croix,1953, p. 579).
3. [Dans un cont. interr.]
a) [L'obj. indir. désigne une pers.] Qu'avez-vous fait de lui? Sobres et vertueux, − de vrais sauvages... − Que faire d'eux? soupirait ma mère. Ils étaient si doux que nul ne les pouvait atteindre ni diviser (Colette, Sido,1929, p. 130):
35. Que dois-je faire des coupables, Herr Sonderführer? − Mais... les laisser continuer, puisqu'ils n'ont commis ni contravention à l'ordre de l'OKW relatif aux rapports des prisonniers avec les femmes allemandes, ni manquement au travail, ni attentat public à la pudeur! Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 212.
b) [L'obj. indir. désigne un inanimé] Qu'est-ce que j'ai fait de mes lunettes? Où les ai-je mises?
E.− Représenter, tenir la place de.
1. [Le suj. désigne une pers.]
a) Domaine des loisirs.Représenter (un personnage), tenir le rôle de.
α) Domaine du spectacle.Faire Esther, les soubrettes. Je changeai vite de costume, et, faisant l'apothicaire, je commençai l'intermède, en brandissant l'instrument classique au-dessus de ma tête (Sand, Hist. vie,t. 3, 1855, p. 240).Je connais la pièce par cœur. Je l'ai jouée autrefois avec Monsieur de Molière : c'est moi qui faisais don Diègue (Claudel, Raviss. Scapin,1952, p. 1317):
36. Ces scènes de la vie de couvent [dans le film de Bresson « Les Anges du Péché »] les ont transportées et non contentes de nous les décrire, elles se sont mises en tête d'en jouer une devant nous. Louise faisait la mère supérieure... Green, Journal,1946, p. 20.
β) Domaine des jeux d'enfants.Faire le chat, le gendarme, le loup, les voleurs.
γ) Domaine des jeux de société.Faire le mort*. Me rendre utile et agréable aux maîtresses de maisons en faisant le quatrième de quelque table boiteuse de joueuses et de joueurs dépareillés (Lamart., Confid.,1851, p. 80).
b) Exercer les fonctions, la responsabilité de.
α) [L'activité est permanente, régulière] C'est que jamais un militaire, poursuivit-il, n'a été fichu de faire un bon ministre de la guerre (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 139).Il se mariera un jour, par coup de tête; et peut-être il fera un bon père de famille (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 293):
37. Mon fils, il fait le couillon. Il fait le berger. C'est comme ça. Dans ce village, et dans les autres, il y a des enfants d'épiciers ou de simples charcutiers qui passent le bachot pour être colonels. Moi, le mien, il fait le berger. Je n'en rougis pas. Audiberti, Femmes Bœuf,1948, p. 118.
Pop. Faire + subst. non déterminé.Faire professeur. Y veut faire soldat dedans l'aussiliaire (Musette, Cagayous poilu,1919, p. 2).
β) [L'activité est occasionnelle] Faire le domestique. Je faisais le nègre à la Mazarine, copiant à la main (...) les épais romans de chevalerie (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 380).Tu trouveras aussi des verres. Tu nous sers; tu fais la jeune fille de la maison (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 126).
c) Imiter intentionnellement, chercher à passer pour. Synon. contrefaire, imiter, simuler.
α) Faire le + subst. ou adj. subst.Faire le difficile, le dégoûté, l'idiot, l'innocent, le pitre, le malade. Tous les anges du Bon Dieu viendront et ils me diront : « Allons, viens, Alonso, viens, ne fais pas le méchant ». Et moi, je dirai « non » (Camus, Révolte Asturies,1936, II, 3, p. 418).Cela se raidit, cela fait la fière, cela veut se conduire comme une vraie dame (Anouilh, Répét.,1950, IV, p. 110).Que vous ne travailliez pas et fassiez le pantin devant la glace, c'est votre affaire! (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 119):
38. ... jamais Charles ne lui paraissait aussi désagréable (...). Alors, tout en faisant l'épouse et la vertueuse, elle s'enflammait à l'idée de cette tête dont les cheveux noirs se tournaient en une bouche vers le front hâlé... Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 26.
Faire le jeune homme. Être galant, se donner un air jeune. Alors il va faire le jeune homme dans les bals costumés? (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Masque, 1889, p. 1163).
Faire la princesse. Prendre de grands airs. Notre Mélancolie est petite-maîtresse, Elle prend des grands airs, elle fait la princesse (Gautier, Poésies,1872, p. 214).
[Loc. verb. au fig., où le compl. désigne un animal symbolique] Faire le singe, le zèbre. C'est étonnant comme il fait le paon, papa, avec cet hôtel (Maupass., Bel-Ami,1885, p. 33).Lâche-moi, nom de Dieu, ou je fais la vache (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 114).Doña Inès. − Ne m'a-t-il pas écrit? Tello. − Quel âne je fais! voici la lettre, Madame (Camus, Chev. Olmedo,1957, 2ejournée, 10, p. 772).
Proverbe. Qui veut faire l'ange* fait la bête.
Rem. Lorsque le suj. est fém., faire peut être suivi néanmoins de le. Elle fait le/la bravache.
β) Faire son/sa + subst.Faire sa mijaurée, son petit malin. Le baron préférait faire son lézard au soleil sur le galet (Maupass., Une Vie,1883, p. 36).
d) Loc. verb. Faire semblant* (de), mine* (de).
Faire celui qui, comme si. Jouer à celui qui, simuler. La consigne universelle, la ridicule fiction est de faire comme si on ne savait rien, quoique tout le monde sache très bien à quoi s'en tenir; chacun joue la comédie, chacun affecte de croire le vieillard immortel, le malade guérissable (Jankél., Je-ne-sais-quoi,1957, p. 172).
En emploi abs. Partout, l'on triche. Partout, l'on fait comme si... C'est insupportable. C'est horrible (Audiberti, Mal court,1947, III, p. 185).
2. [Le suj. désigne un inanimé] Tenir lieu de, faire aussi office de. Salle à manger qui fait salon, cuisine qui fait salle de séjour. Au fond, dans le logis « faisant hôtel », une « comtesse » (Proust, Guermantes 1,1920, p. 16).
F.− Paraître, sembler.
1. Faire + adj. ou subst. non déterminé (gén. inv.)Avoir l'air de, donner l'impression de. Elle fait vieux/ vieille pour son âge; faire jeune, grand; faire très vieille France; faire très femme; faire sérieux, vrai. Ricarda, lui, faisait très « fils de bourgeois » (Abellio, Pacifiques,1946, p. 29).Il faisait très orphelin dans son complet de flanelle dont le revers était barré d'un crêpe noir (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 294):
39. Ils choisissent de préférence des sujets tirés de l'histoire sainte ou de l'histoire ancienne, et ils parlent constamment de faire distingué, comme si la distinction ne venait point de la manière dont on traite un sujet et non du sujet lui-même. Tenez que la plupart n'ont reçu aucune éducation, qu'ils n'ont rien vu et rien lu, que « faire distingué », pour eux, c'est tout bonnement ne pas faire vivant et ne pas faire vrai. Huysmans, Art mod.,1883, p. 8.
Ne pas faire son âge. Paraître très jeune, plus jeune que son âge réel.
2. Faire + adv. de manière (fam.).Produire tel effet, avoir telle allure. Faire bien (dans le décor, le tableau), sur une photo, dans un film. Les serviteurs à tête blanche font bien dans une grande maison (Augier, Pierre de Touche,1854, III, p. 80).Tes vieux messieurs à col dur? Ils feraient très bien dans les vitrines du Musée de l'Homme (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 91):
40. Lequel fait mieux, des fleurs ou bien des plumes blanches? Quelle parure sied? − quelle couleur va bien? Gautier, Albertus,1833, p. 138.
IV.− Emplois partic.
A.− Emplois pronom. spécifiques. V. faire2(se).
B.− Emplois impers.
1. [Suivi d'un adj. ou d'un subst. gén. non déterminé; pour indiquer ou suggérer des conditions météor., climatiques ou un moment de la journée ou de la nuit]
a) Faire + adj.Il fait chaud, clair, doux; il fait noir comme dans un four. Mets ton collet, il fait plus frais (Mauriac, Myst. Frontenac,1933, p. 90).L'homme est arrivé à créer, parmi les grandes eaux froides et noires, une zone habitable où il fait à peu près clair et chaud (Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 172).
Au fig. littér. Je savais pourtant combien il peut faire noir dans un cœur (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 248):
41. Il fait bleu il fait bon Il fait aujourd'hui Il fait bon il fait bleu Et je suis née juste aujourd'hui Si vous voulez savoir mon nom Mon nom est Iris bleu! Claudel, Poés. div.,1952, p. 743.
b) Faire + subst.Il fait presque jour; il fait nuit (noire); il fait (du) soleil, du brouillard, une chaleur torride, un beau soleil; quel temps fait-il? Il ne faisait pas de lune ni d'étoiles. Mais une sorte de lumière diffuse et l'air était si épais qu'on l'aurait coupé au couteau (Barrès, Cahiers,t. 7, 1908, p. 71).A cinq heures (...) quelque temps qu'il fasse, MmeLouise descend au village avec la bonne (Bernanos, Mauv. rêve,1948, p. 1004).
P. anal., fam. Il fait faim, soif. J'ai/nous avons faim, soif. Il fait soif à bord (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 232):
42. ... quand, à la maison, il faisait faim, c'est toi qui chantais encore (...) et nous donnais le courage de chanter, nous aussi! E. de Goncourt, Faustin,1882, p. 33.
2. Il fait bon/mauvais (à/de) + inf. Il est agréable/ désagréable, dangereux de; cela fait du bien/ne fait pas de bien de. Auprès de ma blonde, qu'il fait bon dormir (vieille chanson française). Que la forêt était belle sous le soleil d'avril! Qu'il faisait bon à respirer, loin des baraques fétides et des sueurs recuites! (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 367).Il [le loriot] dit qu'il fait bon labourer (Claudel, Annonce,1948, I, 3, p. 160):
43. Le remblai, jusqu'au bout cette fois, y compris la maison du docteur Bellamy qui était le type même de ces demeures que les passants regardent avec envie en pensant : − Qu'il doit donc faire bon y vivre... Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 25.
3. Il ferait beau* voir.
C.− Emplois factitifs. V. faire3.
D.− Emplois passifs
1. Locutions
Ce qui est fait. Il n'y a plus à y revenir, n'en parlons plus (en parlant généralement d'une action regrettable). « ... un ennemi de notre religion? Mais c'est abominable! Élevé comme tu l'as été! » Jean (répondant à Cécile seule, sur un ton angoissé et sombre). − Ce qui est fait est fait. Tu souffres? Moi aussi... (Martin du G., Barois,1913, p. 299).Eh bien oui (...) tu aurais dû rester à Paris (...) − Enfin! ce qui est fait est fait (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 161).
Voilà qui est fait. C'est terminé (en parlant d'une action délicate ou importante). (Il ouvre la porte, la mère le suit avec hésitation jusque sur le seuil.) Voilà qui est fait (Camus, Cas intéress.,1955, 1ertemps, 3etabl., p. 635).
Croire que tout est fait. Croire que tout est joué. Une fois qu'il a parlé, il croit que tout est fait (Mounier, Traité caract.,1946, p. 400).
2. Être fait pour + subst. ou inf. Être destiné à.
a) [Le suj. désigne une pers.] . Être prédisposé à, avoir des talents pour. Elisabeth et Paul, faits pour l'enfance, continuaient à vivre comme s'ils eussent occupé deux berceaux jumeaux (Cocteau, Enf. terr.,1929, p. 96):
44. (Thierry, mécontent, regagne son bureau et s'assied.) Ta loi morale, mon vieux, faut jamais oublier ça : c'est nous qui l'avons faite, pour nous, pour notre utilité sociale! Ce n'est pas nous qui avons été faits pour elle! Alors, le jour où ça ne colle plus bien... Martin du G., Taciturne,1932, I, 10, p. 1264.
b) [Le suj. désigne une chose] Avoir tel usage, être créé en vue d'un but précis. L'antiquité a peut-être été faite pour être le pain des professeurs (Goncourt, Journal,1894, p. 499).Mais il [le système électoral] semblait fait tout exprès pour décourager des débuts irréguliers comme ceux de Benjamin Disraëli (Maurois, Disraëli,1927, p. 59).
P. iron., péj. C'est bien fait pour lui/pour elle, Il/elle l'a bien mérité. S'il finit sa vie en taule, c'est bien fait pour lui, ajoutai-je avec rage (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 200).
P. plaisant. Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent jamais Tu les as appelées immortelles... C'était bien fait pour elles... (Prévert, Paroles,1946, p. 76).
Fam. C'est fait pour (avec ellipse du complément de destination). C'est adéquat, c'est exactement la forme, l'usage qui convient.
3. Être fait à. Être habitué à. J'étais fait à mon visage, comme certains se font à leur misère ou à leur crasse (Mounier, Traité caract.,1946, p. 502).
4. Littér. C'en est fait (de). C'en est fini (de). C'en est fait de lui; c'en est fait de la vie de château. C'en était fait, la séparation était sans recours (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 57).Je me sentais déjà tout investi par l'accablant souci de nouveaux devoirs. C'en serait fait des rêveries, des promenades contemplatives (Gide, Feuillets d'automne,1949, p. 1088):
45. Je porte aux études latines un amour désespéré. Je crois fermement que, sans elles, c'en est fait de la beauté du génie français. France, Vie littér.,1888, p. 287.
Rem. Certains emplois passifs de faire n'ont pas de forme active correspondante. Invitation lui a été faite de se présenter au plus tôt.
E.− Emplois substitutifs. V. faire4.
Prononc. et Orth. : [fε:ʀ], (je) fais [fε]. En syll. non finale, radicaux [f(ə)-] : je ferai, etc., et [f(ə)z-] : nous faisons, etc.; v. aussi bienfaisant, faiseur, etc. dans lesquels il y a cependant flottement [(ə)]/voyelle antérieure. Unanimité en revanche en faveur de la voyelle ant. dans malfaiteur, bienfaiteur. Dans le cas de l'absence de [ə], assimilation de sonorité entre [f] et le contexte : assimilation progressive dans (je) ferai [fʀ ̭e], régressive dans le cas de (nous) faisons [f̬zɔ ̃]. En ce qui concerne le timbre de la voyelle en finale absolue (je fais, etc.), Rouss.-Lacl. 1927 notent, p. 135 : ,,Beaucoup de personnes, surt. parmi les plus jeunes, ont un e moyen``. Enq. : /fe, D/ (c'est) fait; /fet, (D)/ (vous) faites. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Faire employé comme substitut d'un autre verbe 1. 842 suppléant d'un verbe d'action déjà exprimé (Serments de Strasbourg ds Bartsch Chrestomathie 2, 10); ca 1100 le verbe est précisé par le pronom neutre le (Roland, éd. J. Bédier, 2617-18); 2. 1225-30 suppléant d'un 1erverbe exprimé dans une comparaison (Guillaume de Lorris, Le Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 639). B. Faire suivi d'un verbe à l'inf. ca 880 (Ste Eulalie, 4 ds Bartsch Chrestomathie : voldrent la faire diaule servir); 2emoitié xes. (St Léger, éd. J. Linskill 186 : Poble ben fist credrë in Deu); mil xies. (St Alexis, éd. C. Storey, 112 : Par multes terres fait querre sun amfant). C. « Être le sujet d'une activité, la cause de quelque chose » 1. 2emoitié du xes. « exercer une activité » (St Léger, éd. J. Linskill, 81); 2. 2emoitié du xes. « accomplir une action » (ibid., 40), d'où mil. xies. tant faire que (St Alexis, éd. C. Storey, 464); ca 1100 faire que + subj. (Roland, éd. J. Bédier, 596); ca 1190 ne faire que + inf. (Renart, éd. M. Roques, 13015); 3. mil. xies. faire + adv. (St Alexis, éd. C. Storey, 47 : Quant vint al fare, dunc le funt gentement); 4. ca 1170 « exprimer par la parole, dire » (Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, p. 31). D. « Déterminer quelqu'un ou quelque chose dans sa manière d'être » 1. 2emoitié du xes. « donner une qualité à quelqu'un » (St Léger, éd. J. Linskill, 48); 2. ca 1100 « donner une qualité à quelque chose, rendre » (Roland, éd. J. Bédier, 950 : Nus les [espees] feruns vermeilles de chald sanc); 3. 1172-74 « imiter, chercher à passer pour » (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg [1936], 4824). E. 1. Ca 1100 « créer, réaliser une chose » (Roland, 457); 2. id. « constituer » (ibid., 3052); 3. ca 1164 n'avoir que faire de (Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 2717); 4. 1216 « constituer quant à la quantité » (R. de Clari, La Conquête de Constantinople, éd. Ph. Lauer, § 34, p. 36); 5. 1372 « produire, engendrer, enfanter » (Propriétés des choses, I, 30 ds T.-L.). F. Faire avec un suj. impers. 1. 1119 pour exprimer les conditions atmosphériques (Ph. de Thaon, Comput, 2636 ds T.-L.); 2. 1160 faire + adj. + inf. (Enéas, 7088 ds T.-L.). Issu du lat. class. facere « réaliser quelque chose; créer, commettre » et servant de substitut à un verbe précédemment exprimé.

FAIRE3, verbe auxil.

[Toujours suivi d'un inf.]
I.− [Auxil. à valeur factitive]
A.− Être cause que, obtenir que, aboutir à ce que.
1. [Le suj. désigne une pers.] Faire tomber un verre; faire rire qqn aux larmes; faire taire qqn; faire marcher*; faire suer* qqn. C'est lui qui fait vaincre son club (Montherl., Olymp.,1924, p. 253).Elle sortit de son cabas un tricot grenat et se mit à faire cliqueter ses aiguilles (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 84):
1. − Il y a quelques mois, notre Comité ne se voyait pas obligé de me déléguer pour connaître vos opinions : vous les lui faisiez connaître vous-même... Malraux, Conquér.,1928, p. 77.
2. [Le suj. désigne une chose] L'émotion la fit crier, la peur le fit trembler; c'est ce qui fait vivre; qu'est-ce qui te fait dire, penser cela? La forte odeur de bois vert me donnait une espèce de rhume des foins qui me faisait éternuer, larmoyer (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 189).C'est mon désordre qui vous fait faire cette tête-là? (Green, Moïra,1950, p. 158).
3. À faire + inf. Cf. l'article à I F 4 b.
B.− En partic. Charger (quelqu'un) de, inviter à. Faire prévenir un ami, réparer des chaussures, envoyer un télégramme, lire des livres, acheter un produit. Fils unique! je ne peux pas imaginer ce que ça représente, moi qui ai toujours eu une petite sœur à garder, à faire jouer (Duhamel, Jardin bêtes sauv.,1934, p. 32).Cinq seulement ont fait dire qu'ils viendraient. La neige arrête bien des gens (Montherl., Maître Sant.,1947, I, 1, p. 597).Quant à Dacha, elle est dans sa chambre. Voulez-vous que je la fasse demander? (Camus, Possédés,1959, 1repart., 4etabl., p. 971):
2. − Mais, Jacques, vous avez oublié de les faire tondre. Ces enfants ne sont pas présentables. − Maman, répondis-je aussitôt, papa estime que nous sommes désormais trop grands pour être tondus. H. Bazin, Vipère,1948, p. 107.
Rem. Ell. du part. passé dans une énumération. Il avait fait creuser des trous dans les plaines, coucher tous les jeunes arbres des forêts voisines (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Boule de suif, 1880, p. 122).
C.− Affirmer, prétendre, attribuer.
1. Faire dire qqc. à qqn. Attribuer des propos à quelqu'un.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Ne m'attribuez pas ces paroles. Ce n'est pas drôle d'être prisonnier, dit Odette sans lever les yeux. Il la considéra gravement : − Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit! (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 158).
2. Littér. Faire mourir un personnage à telle époque, à telle date. Il va jusqu'à tripler hiéroglyphiquement le septenaire, faisant ainsi vivre Lamech 777 ans (Leroux, Humanité,t. 2, 1840, p. 606).
Emploi pronom. Il signait « Pommereux », se faisant descendre de la famille Pommereux des lettres de Madame de Sévigné (Chateaubr., Mém.,t. 1, 1848, p. 153).C'est génial (...) de vous être arrangée pour vous faire prendre par tout le monde pour un petit cafard insignifiant (Anouilh, Répét.,1950, IV, p. 96).
D.− Constr. gramm. (pour les sens précédents).
1. Faire + inf. sans compl. d'obj.
a) [Le suj. de l'inf. est exprimé] Faire manger un malade; faire sortir qqn; faites-le obéir. On les a fait entrer dans la cuisine (Giono, Regain,1930, 2epart., 3, p. 225).Il a dit comme ça que d'insulter les revenants c'était le moyen de les faire partir (Cocteau, Machine infern.,1934, I, p. 36):
3. ... il ouvrait la bouche et la fermait tour à tour en faisant claquer ses dents (...). Quand la voiture du roi passa devant lui, il fit bondir son cheval, et certainement il eut la tentation de se précipiter sur le roi. Chateaubr., Mém.,t. 2, 1848, p. 532.
b) [Le suj. de l'inf. n'est pas exprimé] L'opium fait dormir; cela fait sourire.
2. Faire + inf. avec un compl. d'obj. indir.
a) [Le suj. de l'inf. est introduit sans prép.] Faire obéir un enfant à ses parents; faites-le obéir à ses maîtres. L'encombrement des guichets le fit renoncer à rien demander de ce côté-là (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 233).
Littér. Cela le faisait penser à qqn/qqc.
b) [Le suj. de l'inf. est introduit par la prép. à ou se présente éventuellement à la forme indir., dans le cas d'un pron. pers.] Cela lui fit penser à; faites-moi penser à; faire changer d'avis, d'idée à qqn. Elle lui fit promettre d'écrire souvent et de venir la voir (Maurois, Disraëli,1927, p. 321).La matière de vingt livres... on ne me fera tout de même pas croire... Voyons, Lipotte! ... (BernanosMauv. rêve,1948, p. 939).
3. Faire + inf. avec compl. d'obj. dir.
a) [Le suj. de l'inf. n'est pas exprimé] Faire lire un livre; faites-le prévenir.
b) [Le suj. de l'inf. est un subst. introduit par la prép. à ou par] Faire construire une maison à/par un architecte.
[Prép. à] Il y a un arrêté du préfet (...) qui défend de faire porter aux enfants des charges excessives (Gyp, Souv. pte fille,1927, p. 77).Beaucoup de fermiers, ne vendant plus leur blé, font moudre leur farine aux petits moulins à vent (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 16).
[Prép. par] Ulianow me l'a fait répéter par sa femme : c'est un héros (Bourget, Actes suivent,1926, p. 99):
4. Si je fais trahir je ferai trahir par des traîtres. Si je fais bâtir je ferai bâtir par des maçons. Si je fais la paix je la ferai signer par des lâches. Si je fais mourir je ferai déclarer la guerre par des héros. Saint-Exup., Citad.,1944, p. 785.
Rem. L'emploi de la prép. de est également attesté par Dupré 1972. Cela me fera détester de tout le monde.
c) [Le suj. de l'inf. est un pron. à la forme dir. ou indir. ou introduit par par] Faites-le écrire la lettre; faites-lui écrire la lettre; faites-la lui écrire; faites écrire la lettre par lui. Je lui ai fait faire le tour du propriétaire (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 122).Dubreuilh t'a rendu un service il y a dix ans; il ne va pas te le faire payer toute ta vie (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 114):
5. Il est seulement recommandé de lui faire toucher du doigt, positivement, certaines absurdités de fait, lui laissant tirer les conclusions... Mounier, Traité caract.,1946, p. 556.
Rem. 1. Le part. passé de faire devant un inf. reste invar. Copeau, Jammes, Claudel, Ghéon (je ne cite que ceux qui se sont fait connaître) (Gide, Ainsi soit-il, 1951, p. 1183). 2. Faire, verbe factitif, peut être employé comme auxil. de faire1, faire2. Faire faire une robe. M. le baron de Château-Renaud savait d'avance tout le plaisir qu'il me procurait en me faisant faire votre connaissance (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 574).
4. Emplois pronom.
a) réfl. dir. Se faire maigrir, bronzer, vomir.
b) réfl. indir.
Entreprendre une action dont on est le bénéficiaire. Se faire couler un bain.
Agir de telle façon qu'une autre personne entreprenne une action dont on est le bénéficiaire. Se faire couper les cheveux. Maintenant que les Chinois se font couper la natte et se modernisent (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 315).Cf. Faire1III A 2.
c) à valeur passive
[Le procès s'inscrit dans la durée] Se faire aimer, obéir. Un soldat distingué, lequel a pillé l'Espagne en se faisant battre (Chateaubr.Mém.,t. 3, 1848, p. 104).
[Le procès est ponctuel] Se faire attaquer, renverser par une voiture. Je (...) courus jusqu'à un taxi, me fis conduire rue Vauquelin (Gide, Journal,1939, p. 13).C'est Bichat qui va se faire sonner les cloches (Abellio, Pacifiques,1946, p. 244).On lui donnera un livre d'images, et il se fera gronder par sa bonne, sinon fesser pour en avoir déchiré les pages (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 190).
Fam. Aller se faire pendre* ailleurs, se faire fiche*, foutre* (vulg.). Aller se faire cuire un œuf.
Rem. L'omission du pron. réfl. devant l'inf. est cour. Faire asseoir qqn; tu me fais marrer (pop.). Ferai-je pâmer les renchéris? (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 158). Cependant le pron. est parfois maintenu lorsqu'il s'agit de verbes essentiellement pronom. ou pour lever une ambiguïté. Une rafale de mistral (...) faisait s'envoler les feuilles mortes (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 353).
II.− [Auxil. d'aspect et de temps]
A.− Ne faire que + inf.
1. [Indique la répétition d'une action, la continuité] Ne pas cesser de. Il ne fait que jouer; ne faire que pleuvoir.
2. [Indique une limitation, une restriction]
a) Faire uniquement, exclusivement (une chose et non une autre) :
6. Au fait, en période normale, qu'est-ce qu'il racontait à sa femme quand il était avec elle? Il lui arrivait aujourd'hui de se le demander. Rien en somme. Alors, pourquoi, toute la journée, lui manquait-elle tellement? Ici, il ne faisait qu'attendre; attendre la fin de la demi-heure. Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 11.
b) N'avoir d'autre effet que. Ne faire qu'empirer. La résistance ne faisant qu'accroître les désirs de l'ami du bibliophile (Nerval, Filles feu,Angélique, 1854, p. 582).L'inquiétude où son état le jetait ne faisait qu'aggraver son mal (Guéhenno, Jean-Jacques,t. 2, 1950, p. 44).
c) Se contenter de, faire à peine (temps bref). Ne faire qu'entrer et sortir; nous ne ferons qu'évoquer. J'en recueillerai quelques exemples en ne choisissant même pas et en ne faisant que me baisser pour les prendre (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 2, 1842, p. 58).Si la pluie était intermittente ou s'il ne faisait que bruiner (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 65):
7. Ibrahim et Bichos ne firent que passer. Le premier ne parlait qu'arabe ou latin; le second torturait l'anglais. Tous deux fort grands seigneurs et petits savants, ils déçurent beaucoup notre père. Bazin, Vipère,1948, p. 121.
B.− Ne faire que de + inf.[Pour indiquer le passé immédiat] Venir à peine de. Ne faire que d'arriver, de sortir.
Rem. Dans la lang. cour., on rencontre l'emploi de ne faire que de au lieu de ne faire que. Je ne fais que d'aller et venir (cf. Dupré 1972). Inversement, ne faire que est employé pour ne faire que de. La séance ne fait que commencer. Dans quinze ans, la vie ne fera encore que commencer (Radiguet ds Colin 1971).
Prononc. et Orth. Cf. faire1. Étymol. et Hist. V. faire1.

FAIRE4, verbe substitut.

Faire remplace un verbe qu'il faudrait répéter.
A.− [En prop. compar.]
1. Rare, très recherché. [Le verbe remplacé est trans.] Après m'avoir engraissé comme on fait les oies (Mérimée, Lettres Panizzi,t. 2, 1870, p. 127).
Rem. Dans l'usage cour., ou bien on répète le 1erverbe, ou bien on le supprime dans le second terme de la compar., ou plus rarement, on emploie faire suivi des prép. de ou pour ou avec. Sa perfidie (...) empoisonnait sans laisser trace, présentée le sourire aux lèvres, ainsi qu'il eût fait d'une fleur (Courteline, Ronds-de-cuir, 1893, 2etabl., 2, p. 74).
2. Moins rare. [Le verbe remplacé est intrans. ou trans. indir.]
a) Faire. Un peu avant midi, nous sommes entrés dans la salle, rapidement comme nous faisons toujours (Martin du G., Thib.,Cah. gr., 1922, p. 584).Élena et moi aurions bien voulu (...) jouer à la poupée, et au papa et à la maman comme tous les enfants font (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 240).
Rem. Il existe des loc. verb. de compar. faire comme, en faire autant (= imiter). J'emmène ma femme, dit l'un. − J'en fais autant. − Et moi aussi (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Boule de Suif, 1880, p. 118). Le maître d'hôtel se saoule avec la cuisinière à l'office et j'ai envoyé le parachutiste en faire autant au village voisin (Anouilh, Répét., 1950, IV, p. 108).
b) Le faire. Et si vous me parlez à nouveau comme vous venez de le faire, je vous ferai goûter de ma canne (Camus, Possédés,1959, 2epart., 5etabl., p. 989).
Rem. Faire peut remplacer une loc. verb. factitive. − Arrêtez (...) cria Trésor des Fèves en faisant claquer le pouce de sa main droite contre le doigt du milieu, comme il l'avoit vu faire à Fleur des Pois (Nodier, Trésor Fèves, 1833, p. 49).
B.− [En dehors de la prop. compar.] Raoul (...) conseilla à Michel d'attendre encore, ce qu'il fit (Abellio, Pacifiques,1946, p. 403).Occupée à laver la vaisselle, elle protestait à son tour qu'elle ne le faisait qu'accidentellement (Gide, Et nunc manet,1951, p. 1137).Je ne l'ai pas encore remboursé. Mais je le ferai (Camus, Possédés,1959, 1repart., 3etabl., p. 960):
Je me demande, d'ailleurs, sous quelle forme j'aurais pu préciser ma règle personnelle de vie, si j'avais eu à le faire, − ce dont je n'avais ni le loisir ni l'idée... Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p. 959.
Prononc. et Orth. Cf. faire1. Étymol. et Hist. V. faire1.
STAT. − Faire1, 2, 3 et 4. Fréq. abs. littér. : 295 648. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 419 908, b) 450 868; xxes. : a) 411 344, b) 410 087. Faisant. Fréq. abs. littér. : 8 764. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 13 126, b) 16 178; xxes. : a) 12 545, b) 9 857.
BBG. − Faire1, 2, 3 et 4. Gaatone (D.). Les Pron. conjoints ds la constr. factitive. R. Ling. rom. 1976, t. 40, pp. 165-182. − Giry-Schneider (J.). Les Nominalisations en fr. L'opérateur faire ds le lex. Genève, 1978. − Graur (A.). Fréq. et évolution. R. roum. de ling. 1971, t. 16, pp. 7-8. − Hœybye (P.). Faire faire quelque chose à quelqu'un. Fr. mod. 1939, t. 7, p. 51. − Johansson (A.). Ét. synt. sur le verbe faire en fr. mod. In : [Mél. Wahlund (K.)]. Mâcon, 1896, pp. 95-107. − Kayne (R. S.). Synt. du fr. Paris, 1977, pp. 196-314, 376-412. − Klein (J.-R.). Le Vocab. des mœurs de la Vie Parisienne sous le Second Empire. Louvain, 1976, pp. 221-223. − Lancaster (H. C.). The Object of faire with a reflexive infinitive. Mod. Lang. J. 1943, t. 27, pp. 513-514. − Langacker (R. W.). Les Verbes faire, laisser, voir. Langages. Paris. 1966, t. 3, pp. 72-89. − Margerie (C. de), Moirand (S.), Porquier (R.). Les Constr. verbales avec faire, laisser, voir. Fr. Monde. 1973, no98, pp. 33-41. − Moignet (G.). La Suppléance du verbe en fr. Fr. mod. 1960, t. 28, p. 21. − Orr (J.). Vous avez beau faire. R. Ling. rom. 1957, t. 21, pp. 197-208. − Pinchon (J.). Les pron. adverbiaux en et y. Genève, 1972, pp. 169-188. − Quem. DDL t. 15. − Rees (G. O.). Faire as substitute in comparative clauses. Mod. Lang. R. 1960, t. 55, pp. 504-508. − Spitzer (L.). Faire une scarlatine. Rom. R. 1938, t. 29, pp. 170-172; Ça fait distingué... Rom. R. 1940, t. 31, pp. 44-51. − Väänänen (V.). Faire le malin et tours congénères. In : [Mél. Orr (J.)]. R. Ling. rom. 1967, t. 31, pp. 341-364.

Wiktionnaire

Verbe

faire \fɛʁ\ transitif, intransitif ou pronominal 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se faire)

  1. Créer, produire, fabriquer, en parlant de toute œuvre matérielle.
    • Il y a donc eu certainement une époque où ce que nous voyons maintenant autour de nous n’existait pas. Qui l’a donc fait ? Qui ? si ce n’est l’Être Suprême. — (Chanoine Kir, Le problème religieux à la portée de tout le monde, Paris : imp. des Orphelins d’Auteuil, 1923, rééd. 1950, page 47)
    • La nature est admirable dans tout ce qu’elle fait.
    • L’oiseau fait son nid, l’araignée fait sa toile, les castors font une digue, les abeilles font leur miel.
  2. (En particulier) Préparer un repas, le cuisiner.
    • Faire le dîner (ou faire à dîner), le déjeuner, le souper.
  3. Élaborer, en parlant des œuvres de l’intelligence et de l’imagination.
    • Un ouvrage,un dessin fait à la main.
    • Faire du calcul mental, un récit, une description, des vers, de la prose, de l’histoire, de la musique, du théâtre, de la peinture…
    • Un écolier qui fait ses devoirs, ses exercices.
    • C’est un conte fait à plaisir, ou fait à façon : (Vieilli) C’est une histoire réécrite, inventée.
    • Il faut faire comme les autres : maxime suspecte, qui signifie presque toujours : il faut mal faire. — (La Bruyère cité par Philippe Sollers, Éloge de l’infini, Gallimard, page 436)
  4. Opérer, effectuer, exécuter, accomplir, réaliser, que ce soit d’ordre physique ou d’ordre moral.
    • Là encore mes amis, vous avez fait de l’excellente besogne et vous l’avez faite sans bruit, sans flafla, comme toujours, […]. — (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, page 75)
    • Faire le bien, le mal.
    • Faire la guerre, la paix, la trêve, une trêve.
    • Faire des affaires, des dettes.
    • Faire des prisonniers.
    • Faire des excuses à quelqu’un.
    • Faire du bruit.
    • Faire un achat.
    • Faire un bon repas.
    • Faire un envoi : Envoyer quelque chose.
    • Faire une expérience : Vivre une expérience.
    • Faire une faute de langue, de français, de grammaire, de conjugaison, d’orthographe….
    • Faire une fête.
    • Faire une prière, sa prière, une promesse, un serment, un vœu, des vœux.
    • Faire un mouvement.
    1. (En particulier) Dire.
      • — Je le sais, fit-il ; rien n’est plus malaisé que de se désencombrer l’esprit des images qui l’obsèdent, […]. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    2. (En particulier) Accorder.
      • Faire quelque chose pour quelqu’un.
    3. (En particulier) Provoquer.
      • Faire une incartade.
    4. (En particulier) Pratiquer.
      • Faire une opération chirurgicale.
    5. (En particulier) (Populaire) Dérober ; faire les poches.
      • Imbécile de Grubb, – maugréait-il, fouillant en vain ses poches. – Il avait bien besoin de garder ma boite… avec sa maudite habitude de vous « faire » vos allumettes. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 89 de l’éd. de 1921)
  5. Avoir dans son domaine professionnel.
    • Désolé, monsieur, nous ne faisons plus cet article. (Nous ne le vendons plus.)
    • J’fais un peu l’orge, je fais un peu l’avoine. J’suis obligé de faire l’avoine, parce que je fais le cheval. — (Fernand Raynaud, Ça a eu payé (le paysan), dans Heureux !, Éditions de Provence/La Table Ronde, Paris, 1975)
  6. Se mouvoir dans un déplacement d’un lieu à un autre.
    • Faire des pas, faire les cent pas.
    • Faire un tour de promenade, le tour de la ville.
    • Faire une lieue à pied.
    • Faire des allées et venues.
    • Faire une course, un voyage, un long trajet, un grand circuit.
    • La Terre fait sa révolution en 365 jours et un quart.
  7. Signaler, indiquer un état de choses.
    • Ma voiture fait du 230 à l’heure.
  8. Disposer, ranger, arranger, mettre dans un état convenable.
    • Faire sa chambre, son lit.
    • Faire ses ongles, ou se faire les ongles.
  9. (En particulier) Farder, maquiller.
    • Faire son visage, faire ses yeux.
  10. Amasser, assembler, mettre ensemble, en parlant d’argent ou d’autres choses dont on a besoin de se pourvoir.
    • Des fuites découvertes dans la chaudière m’ont fait hésiter à quitter l’Islande pour les réparer ; en tous cas il était urgent de faire un peu d’eau […] — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Tâche de te faire quelque argent cet été !
    • Faire des provisions, des courses.
    • Faire des bénéfices, faire fortune, faire des frais.
  11. Employer ses forces, ses talents, l’activité de son esprit à quelque chose ; s’en occuper, y passer son temps.
    • Faire un travail, sa besogne.
    • Il n’a rien fait de toute la journée.
    • Faire tout ce qu’on peut, tous ses efforts.
    • (France) Ça le fait.
    • C’est un homme qui ne trouve rien de difficile à faire.
    • Que faites-vous cet après-midi ?
    • Je n’ai rien à faire.
    • Qu’est-ce que fait cet homme ? Quelle profession a-t-il ?
    • Ce jeune homme ne fait rien, il a perdu son emploi.
  12. Observer, mettre en pratique, souvent par obligation ou par précepte.
    • Faire ce que la Religion ordonne, son devoir, sa prière.
    • Faire la pénitence qui est imposée, ses pâques, les Rois.
    • Faire maigre, diète.
    • Faire une fête : La célébrer.
    • Faire le lundi : Passer le lundi à se reposer au lieu de travailler.
  13. Exécuter ou pratiquer certaines choses que l’on s’oblige à achever en un certain temps.
    • Faire la quarantaine ou faire quarantaine.
    • Faire ses classes, son droit, sa médecine, son apprentissage, son noviciat, son service militaire.
    • Faire une neuvaine.
  14. Former, façonner, perfectionner quelqu’un.
    • Ce général a fait de bons officiers.
    • Ce professeur a fait de bons écoliers.
    • Les affaires font les hommes.
  15. Former, composer, constituer un tout, une seule chose, en parlant de deux ou de plusieurs choses qui s’unissent, s’ajoutent, etc.
    • Deux et deux font quatre.
    • Cinq fois deux font dix.
    • Toutes ces sommes ensemble font tant.
    • Deux lignes qui se coupent font un angle.
    • Ces forêts, ces ruisseaux, ces montagnes, tout cela ensemble fait un beau pays.
  16. Constituer l’essence d’une chose.
    • Ce qui fait la qualité du vin.
    • Le spectacle faisait le beau de la fête.
    • La clarté fait le principal mérite de son style.
    • Voilà ce qui fait l’objet de mes recherches.
    • Ce fils fait toute la joie de sa mère.
  17. Être la cause de tel ou tel résultat ou en être l’occasion.
    • Ce remède m’a fait beaucoup de bien.
    • Sa réussite lui a fait beaucoup d’ennemis.
    • Ses propos lui ont fait du tort.
    • Il ne faut faire de peine (ou de la peine) à personne.
    • Faire des jaloux, des mécontents, des dupes, des heureux.
    • C’est ce qui fait que les choses vont si mal.
    • Cela ne fera que l’irriter davantage.
    • Faites, je vous en prie, que cela soit vite fini.
    • C’est à vous à faire que rien ne manque.
    • Nous ferons en sorte qu’ils n’aient pas lieu de se plaindre.
  18. (Péjoratif) Se donner une apparence mensongère.
    • Faire la bête, la bourgeoise.
    • Faire l’empressé, l’enfant, l’entendu, l’esprit fort, le fanfaron, le gentil.
    • Faire le grand seigneur, l’homme d’importance, le malade, le malin, le mort, le savant, le sourd.
  19. (Familier) Donner l’air, créer une impression particulière.
    • Ces lunettes, ça fait vraiment intello.
    • Ils truffent leurs communiqués de mots comme responsabilité sociale ou écologie, pour faire bien, pour faire moderne, mais tout ça, c’est de la poudre aux yeux.
    • Non, pas un 4x4, ça fait nouveau riche.
  20. (Familier) Faire ici (ou là) : Être en ce lieu.
    • Qu’est-ce que vous faites ici ? : Pourquoi êtes-vous en ce lieu ?
    • Ce livre n’a rien à faire là.
  21. Construit avec la préposition de, il prend le sens de changer, transformer en.
    • Que ferez-vous de votre fils ?
    • On veut faire d’elle une institutrice.
    • Ce précepteur ne fera rien de son élève.
    • On a fait de cet ancien théâtre une salle de bal.
  22. Toujours avec la préposition de, il peut signifier employer quelqu’un ou quelque chose, en disposer, en tirer parti d’une façon ou d’une autre.
    • Que voulez-vous que je fasse de cet homme-là ?
    • Vous ne faites rien de ce meuble-là, vous n’en faites rien ?
    • Faites de cela ce que bon vous semble.
    • Il ne sait que faire de son temps.
  23. S’emploie souvent en tant que verbe-substitut pour éviter la répétition du verbe précédent, précédé des conjonctions comme, ainsi que, autant que, moins que, plus que, etc., et accompagné du pronom personnel le (l’), celui-ci représentant l’action décrite juste avant.
    • Il répondit comme les autres l’avaient fait : Comme les autres avaient répondu.
    • Nous parlions de plein de choses, comme l’auraient fait deux anciens amis : Comme auraient parlé deux anciens amis.
    • Il apprit à chasser comme son père le faisait avant lui : Comme son père chassait avant lui.
    • Il vous protègera beaucoup plus que je ne pourrai le faire.
    • Le chien aboya à notre approche, ainsi que le font tous les chiens.
    • (Observation) La langue classique permet cette substitution sans le pronom personnel, et même s’il ne s’agit pas d’une action :
      • Je ne me trouve plus belle comme je faisais. — (Jean de la Fontaine, Les Amours de Psyché et de Cupidon, livre II, Charles Bertrand éditeur, Paris, 1970, page 134)
  24. Il est également substitut dans l’expression en faire autant.
    • Je vais dormir, tu devrais en faire autant.
  25. Mais on ne doit pas confondre cet emploi avec une autre tournure (sans conjonction de subordination) dans laquelle faire, conservant le sens d’exécuter, opérer, effectuer, etc., a également pour complément le pronom le qui représente le verbe précédent.
    • Il voudrait partir, mais il ne peut le faire (faire l’action de partir) sans autorisation.
    • Quoiqu’il ait tous les moyens de vous obliger, il ne le fera pas.
  26. (Jeu)
    • Faire une partie : Jouer une partie (de cartes, d’échecs, de dames, etc.).
    • Faire les cartes : Les mélanger et les donner.
    • Faire une levée : Ramasser les cartes jouées.
    • Faire tant de points : Gagner tant de points.
    • Faire le jeu : Avoir les bonnes cartes.
    • C’est à vous à faire : C’est à vous de distribuer les cartes ; ou encore c’est à vous de jouer en premier.
  27. (Marine)
    • Faire le quart.
    • Faire voile vers un endroit : Se diriger à la voile vers un point déterminé.
    • Faire le point : Déterminer par l’observation des astres la position exacte d’un navire sur la mer.
    • Faire eau : Se dit d’un bateau dont la coque laisse passer l’eau.
    • Faire naufrage.
  28. (Transport) (Intransitif) Approvisionner.
    • Beaucoup de navires feront du charbon à Colon, et tous seront forcés de s’arrêter au port d’entrée pour acquitter le péage, prendre des pilotes. — (Bulletin de l’Union Géographique du Nord de la France, Douai, 1903, page 125)
    • Faire les vivres : Remplir un bateau de vivres.
  29. (Médecine) Être atteint, être malade de, montrer les symptômes de.
    • Faire de la neurasthénie.
    • Faire de la température.
    • faire de l’embonpoint, du diabète.
  30. (Militaire) Effectuer ce qui est ordonné.
    • Faire l’exercice, le guet, la ronde.
    • Faire la revue d’une armée.
  31. (Militaire) Combattre dans une guerre.
    • J'avais un brigadier-chef qui avait fait l'Indochine, le parfait baroudeur, qui commençait à être violent. — (Patrick Rotman, L'Ennemi intime, Seuil, 2009)
    • Je peux ajouter qu'un frère de Maria Soledad, qui avait aussi vécu la guerre d'Espagne, fit le coup de feu dans le maquis, puis s'engagea pendant cinq ans dans la Légion où il fit d'ailleurs l’Indochine... — (Désiré Sanchez, Le Vent du souvenir (suivi de Sous-marinier) : Autobiographie, Éditions Publibook, 2011, page 18)
  32. Voyager dans un pays.
    • Tu as fait Madagascar ?
  33. (Intransitif) Agir.
    • Faire bien, faire mal.
    • Il a fait de son mieux ; il a fait mieux que lui.
    • Comment faire ?
    • Laissez-le donc faire, il saura bien se tirer d’embarras.
    • Il a tant fait qu’il en est venu à bout.
    • Il a si bien fait par ses sottises qu’on a fini par le renvoyer.
    • Si on le laisse faire, il sera bientôt maître de tout.
    • Il y a fort à faire dans cette entreprise.
  34. (Intransitif) (Vieilli) Être convenable, produire un effet agréable (aujourd’hui, on utilise plutôt le verbe aller).
    • Ces deux choses font fort bien ensemble.
    • L’or fait bien avec le vert.
    • Ce tableau ne fait pas bien où il est ; il ferait mieux ailleurs.
  35. (Intransitif) (Familier) Se décharger le ventre, déféquer.
    • Cet enfant a fait dans sa chemise.
    • Un jour, ma femme à moi aussi me regardera de ses yeux consternés ; je souffrirai d’un cancer ou bien je serai estropié. Rien à faire ! Je perdrai toute tenue, je me dégonflerai, sans compter les mille petites misères qui fondent sur les malades et sur les morts : faire sur un bassin, ne plus dominer son sphincter, sentir mauvais, se liquéfier. — (Michel Leiris, L’âge d’homme, 1939, collection Folio, page 112)
    • Comme elle avait fait dans son lit, elle présentait ça comme une performance, façon Louis XIV au grand lever installé sur sa chaise d’affaires tandis que laquais & gentilshommes se pressent autour de Sa Grandeur & que le chirurgien hume le royal dépôt pour savoir s’il va bien ou s’il le fait bien comme disent messieurs les Anglais. — (Lionel Labosse, M&mnoux, Publibook, 2018, page 506).
  36. (Intransitif) (Vieilli) Être efficace.
    • Mes amis des deux sexes employèrent, pour me consoler, tout ce qui faisait, non contre Henriette, qu’ils avaient tous aimée, mais contre l’infâme Macbell… — (Nicolas Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas, 1796, bibliothèque de la Pléiade, Tome 1, page 1095)
  37. (Pronominal) Devenir, embrasser une profession, une idée, une religion.
    • Le chien, qui se faisait vieux et n’aimait point à découcher, était, comme d’habitude, rentré dès le premier soir et gardait le coin du feu, car on était en hiver. — (Louis Pergaud, Le retour, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Dans l’entre-deux-guerres, le prosateur se fait volontiers reporter : il mène l’enquête et décrit les faits, en usant de son art de la narration. — (Anne Dujin, Les écrivains crèvent l’écran, Le Monde. Mis en ligne le 16 août 2018)
    • Se faire beau, belle : Se préparer, se maquiller.
    • Il s’est fait tout beau pour son mariage.
    • (Familier) Cet enfant commence à se faire grand.
  38. (Pronominal) Indique une chose que l’on s’accorde ou que l’on s’impose à soi-même.
    • Se faire scrupule : Hésiter à faire quelque chose.
    • Se faire conscience de…
    • Se faire gloire de quelque chose. : Tirer de la gloire d’une chose.
    • Se faire honneur de quelque chose : En tirer vanité, s’en sentir honoré.
    • Se faire une obligation, un devoir de… : S’obliger à…
    • Je me fais fort d’y arriver.
    • Il se fait beaucoup plus malade qu’il ne l’est.
    • Se faire plus riche, plus pauvre, plus jeune qu’on ne l’est réellement.
    • Se faire une beauté : Se dit d’une personne qui se maquille ou qui s’apprête.
  39. (Pronominal) S’habituer, s’accoutumer à quelque chose.
    • Se faire au bruit, à tout.
    • Se faire aux manières de quelqu’un.
    • Se faire la main.
    • Je crois que je ne m’y ferai jamais.
  40. (Pronominal) Se former.
    • C’est un jeune homme qui se fera peu à peu.
    • Ces jeunes magistrats se feront par la pratique des affaires.
    • Ce vin n’a pas encore eu le temps de se faire.
  41. (Pronominal) Se créer.
    • Se faire des amis, des relations, des ennemis, un nom, une situation…
    • Il s’est fait du tort à lui-même.
  42. (Pronominal) Être possible, se produire.
    • Si c’est une chose qui puisse se faire, je vous en aurai obligation.
    • Si cela peut se faire, j’en serai ravi.
    • Ces choses-là ne se font pas aisément.
    • Je crois que le mariage se fera bientôt.
    • Il faut espérer que la paix se fasse.
  43. (Pronominal) Être couramment pratiqué.
    • Cela se faisait dans le temps.
    • Ici, ce sont des choses qui se font.
    • Le jaune se fait beaucoup cette année.
  44. (Pronominal) (Vulgaire) Posséder sexuellement.
    • Il se fait au moins trois nanas par semaine.
  45. (Pronominal) (Familier) Se le faire ou se la faire : Finir par se montrer violent.
    • Je vais me le faire s’il continue !
  46. (Impersonnel) Indique un état météorologique.
    • Lorsque Bishop revint et posa un gobelet fumant devant elle, Anise referma les mains dessus pour se réchauffer ; il faisait trente-cinq degrés à l’ombre, et pourtant elle tremblait de froid. — (Kay David, L’ombre du doute, traduit de l’anglais par B. Dufy, en recueil avec La machination de Harper Allen, éd. Harlequin (coll. Black Rose), 2009, chap. 12)
    • Il fait beau, beau temps.
    • Il fait bon, une chaleur épouvantable !
    • Il fait chaud, doux, frais, frisquet, froid, un froid de canard, gris, humide.
    • Il fait jour, nuit.
    • Il fait nuageux, sec, soleil. — Il fait un temps de chien, un temps pourri.
    • Quel temps fait-il aujourd’hui ?
  47. (Impersonnel) S’emploie pour marquer la nature, l’état, la disposition ou les qualités de certaines choses.
    • Dehors, on n’entendait rien ; le feu pétillait sur l’âtre. Il faisait bien bon dans cette grande cuisine, […]. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • Il fait bon vivre dans ce pays.
    • Il ne fait pas bon de se frotter à cet homme-là.
  48. (Impersonnel) Être la cause.
    • Ça fait du bien.
    • Ça fait peur.
    • Ça fait pitié…
  49. (Impersonnel) Y avoir.
    • Ça fait longtemps que je ne l’ai vu.
  50. (Pronominal) (Impersonnel) Arriver.
    • Il s’est fait beaucoup de fentes dans cette muraille.
    • Il se fit un moment de silence.
    • Il se fait bien des choses qu’on s’explique mal.
    • On ne sait comment cela s’est fait.
    • Comment peut-il se faire que vous n’en sachiez rien ?
  51. (Pronominal) (Impersonnel) Être convenable. — Note : Se dit surtout des actes de politesse ou de cérémonie qu’il est de bon ton d’accomplir en telle ou telle circonstance.
    • « Ça ne se fait pas » arrête tout examen, rend inutile toute discussion.
      « Ça ne se fait pas » est comme ces empereurs orientaux d’autrefois devant qui leurs sujets s’inclinaient sans jamais oser lever leurs yeux jusqu’à leur face.
      — (Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard, 1983, collection Folio, page 191)
    • Vous auriez dû envoyer une carte, cela se fait toujours.
    • Dites-moi, je vous prie, ce qui se fait en pareille circonstance.
  52. Commencer à être.
    • Il se fait tard.
    • Il se fait vieux.
  53. Aux formes simple ou pronominale (se faire), peut être auxiliaire de mode et se construire avec un infinitif pour signifier : être la cause (proche ou lointaine) de quelque chose ou d’une action. Le sujet du verbe à l’infinitif peut être exprimé dans la phrase ou être absent de la phrase. De même, le complément d’objet du verbe à l’infinitif n’est pas toujours exprimé.
    • Les maquignons se font craindre des animaux les plus revêches et savent réveiller les plus paresseux pour si peu qu’ils aient séjourné dans leurs écuries. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
    • J’ai fait des représentations au grand vizir et ai dû revenir à la charge à plusieurs reprises pour faire cesser cette pratique répugnante. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 97)
    • Alors tout le monde aurait su ce que l’on a tenté si longtemps de nous cacher : notre carte bancaire à puce est bel et bien piratable, quoi que l’on ait voulu nous faire croire ! — (Pascal Colombani, Le dossier noir des cartes bancaires, Chatou : Éditions Carnot, 2001, page 185)
    • L’opium fait dormir. [sujet de dormir non exprimé]
    • C’est ce qui le fait vivre.
    • Faire agir des personnes puissantes. [sujet d’agir exprimé]
    • Faire dire, faire savoir quelque chose à quelqu’un. [compléments d’objet direct et indirect exprimés]
    • C’est moi qui le lui ai fait connaître. [complément d’objet direct de connaître exprimé]
    • Faire construire une maison par un architecte. [sujet introduit par par]
    • Je les ai fait chercher partout.
    • Se faire faire un habit.
    • Faire imprimer, faire paraître un livre.
    • La partie civile l’a fait condamner aux dépens. [complément d’objet indirect de condamner exprimé]
    • Cela me fait penser à quelque chose. [complément d’objet indirect de penser exprimé]
    • Se faire aduler, aimer, craindre, détester, haïr. [réfléchi direct]
    • Se faire couler un bain. [réfléchi indirect]
    • Faire dire quelque chose à quelqu’un : Lui attribuer des paroles qui ne sont pas les siennes.
    • Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !
  54. Expressions qui veulent toutes dire la même chose : laisse-moi tranquille.
    • (Familier) Va te faire cuire un œuf.
    • (Vulgaire) Va te faire enculer.
    • (Vulgaire) Va te faire foutre.
    • (Américanisme) Va te faire pendre ailleurs.
    • (Vulgaire) Va te faire voir.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FAIRE. (Je fais, tu fais, il fait; nous faisons, vous faites, ils font. Je fis. Je ferai. Fais. Que je fasse. Que je fisse. Faisant. Fait.) v. tr.
Créer, produire. Dieu a fait le ciel et la terre. Dieu a fait l'homme à son image. La nature est admirable dans tout ce qu'elle fait. Fam., Tous les jours que Dieu fait, Chaque jour. Cet enfant fait ses dents, Les dents lui viennent. Il signifie aussi Fabriquer, composer, en parlant de Toute œuvre matérielle de l'art, de l'industrie humaine, ou de l'instinct des animaux. Faire du pain. Faire de la pâte. Faire du vin, de l'huile. Faire du feu pour se chauffer. Faire de la glace par des procédés chimiques. Faire du sucre. Faire des bas, des chapeaux. Faire un habit. Ce magasin vend des vêtements tout faits. Faire de la tapisserie. Un oiseau qui fait son nid. Une araignée qui fait sa toile. Des castors qui font une digue. Les abeilles font leur miel. Faire le dîner, faire le déjeuner, Préparer le déjeuner, le dîner.

FAIRE se dit, dans le même sens, en parlant des Œuvres de l'intelligence et de l'imagination. Faire un traité sur une matière. Faire un livre, des vers, une pièce de théâtre, une symphonie, une statue. Un ouvrage fait à la main. Un dessin fait à la plume. Faire un calcul. Faire un récit, une description, des vers, de la prose, de l'histoire, de la musique, du théâtre, de la peinture. Cet auteur a trouvé sa besogne toute faite, dans tel ouvrage. Un écolier qui fait ses devoirs, sa version, son thème. C'est un conte fait à plaisir, C'est une nouvelle fausse, une histoire controuvée. Il se dit, dans un sens beaucoup plus général, en parlant de Tout ce qu'un sujet opère, effectue, exécute, accomplit, soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. Le ciel fit un miracle en sa faveur. Faire une opération chirurgicale. Faire une cure. Faire une expérience. Faire du mal à quelqu'un. Faire un mouvement, un saut, un salut, un signal. Faire place. Faire attention. Faire silence. Faire du bruit. Faire un bon repas. Faire une fête, des réjouissances. Faire des affaires. Faire bien ses affaires. Faire banqueroute. Faire naufrage. Faire la guerre. Faire des prisonniers. Faire la paix, une trêve. Faire alliance. Faire un traité, un marché. Faire une promesse, un serment. Faire un mariage. Faire un achat. Faire achat. Faire un envoi. Faire une perte. Faire des dettes. Faire la moisson, la vendange, les foins. Faire la quête. Faire une prière, sa prière. Faire des vœux. Faire mention de quelqu'un, de quelque chose. Faire usage d'une chose. Faire la lecture à quelqu'un. Faire une bonne, une mauvaise action. Faire une bonne œuvre. Faire le bien. Faire le mal. Faire la charité, l'aumône. Faire un acte de courage. Faire des bassesses. Faire une injustice. Faire injustice. Faire justice. Faire une faute de langue. Faire un barbarisme, un solécisme. Faire une niche. J'ai fait ce que j'ai cru devoir faire. Faire une incartade, une folie, un coup de tête. Faites-moi ce plaisir. Que vous ai-je donc fait? Faire des civilités, des excuses. Faire des difficultés, des façons. Faire des caresses, des amitiés. Faire accueil. Faire honneur. Faire grâce. Faire quartier. Faire don, donation. Faire défense. Faire des plaintes, des remontrances. Faire résistance. Faire bonne contenance. Faire mine de vouloir s'en aller. On le dit également des Choses. Le bruit que fait le tonnerre. La mine fit explosion. Un volcan qui fait éruption. La grêle a fait du dégât. Cet ouvrage fait autorité. Cet événement fera époque dans notre histoire. Faire face, faire pendant, faire semblant. Voyez FACE, PENDANT, SEMBLANT. En termes de jeux de Cartes, Faire les cartes, Les mêler et les donner. Faire une levée. À divers jeux, Faire tant de points, Gagner tant de points. Faire le jeu, Mettre les enjeux. Dans cette acception, il se dit absolument en parlant des Jeux de cartes où chacun donne les cartes à son tour et de Certains autres jeux où chacun tour à tour est obligé de faire quelque chose. À qui est-ce à faire? C'est à vous à faire. Je viens de faire. Fam., Faire des siennes. Faire sa main. Voyez SIEN, MAIN. Faire quelque chose pour quelqu'un, Lui accorder ou lui faire obtenir quelque chose. Que n'ai-je pas fait pour te contenter. N'en rien faire, Se garder de faire la chose dont il s'agit, ne pas la faire. On voudrait qu'il partît, il est bien déterminé à n'en rien faire, Vous avez beau dire, je n'en ferai rien. Elliptiq., Se laisser faire, se dit d'une personne qui ne se défend pas, qui n'oppose point de résistance. On se jeta sur lui pour le battre, et il se laissa faire. Son tuteur l'a mariée, elle s'est laissé faire. Il se dit particulièrement de Certaines fonctions du service militaire. Faire l'exercice. Faire le guet. Faire la ronde. Faire la revue d'une armée. On dit dans un sens analogue, en termes de Marine, Faire le quart. Il se dit aussi, en parlant des Choses qui marquent espace et étendue, et qui s'exécutent et s'accomplissent par le mouvement d'un lieu à un autre. Faire des pas. Faire un tour d'allée, un tour de promenade, le tour de la ville. Faire une lieue à pied. Faire route. Faire des allées et venues. Faire une course, un voyage, un long trajet, un grand circuit. Cette planète fait sa révolution en tant de jours. Un homme qui fait tant de kilomètres par heure, qui fait plus de chemin en une heure qu'un autre en deux. Notre bâtiment faisait tant de nœuds à l'heure. Fig., Faire son chemin. Voyez CHEMIN. En termes de Marine, Faire voile, Se diriger à la voile vers un point déterminé. Faire le point, Déterminer par l'observation des astres la position exacte d'un navire sur la mer. Il signifie aussi Disposer, arranger, mettre dans l'état convenable. Faire une chambre. Faire un lit. Faire la couverture. Faire ses ongles, ou Se faire les ongles. Faire son visage, faire ses yeux, Peindre son visage, ses yeux.

FAIRE signifie aussi Amasser, assembler, mettre ensemble, en parlant d'Argent ou des autres choses dont on a besoin de se pourvoir. Il tâche de se faire quelque argent. Faire une somme. Faire ses provisions. Faire des bénéfices, faire fortune, faire des frais. Par extension, Cette pièce de théâtre ne fait pas d'argent. On dit dans un sens analogue, en termes de Marine, Faire les vivres. Faire du bois, du charbon. Faire de l'eau. Dans ce même sens, on dit, pour une machine ou une automobile, Faire de l'eau. Faire de l'essence. Faire eau. Voyez EAU. Il signifie encore Employer ses forces, ses talents, l'activité de son esprit à quelque chose; s'en occuper, y passer son temps. Faire un travail. Faire sa besogne. Il n'a rien fait de toute la journée. Il ne peut plus rien faire. Faire tout ce qu'on peut. Faire tous ses efforts. C'est un homme qui ne trouve rien de difficile à faire. Que ferez-vous tantôt? Je n'ai rien à faire. Qu'est-ce que fait cet homme? Quelle occupation, quelle profession a-t-il? Ce jeune homme ne fait rien. Il n'a pas d'emploi. (Voyez, vers la fin de l'article, l'emploi analogue de FAIRE, intransitif.) Bonne à tout faire, Domestique que l'on peut employer à tous les travaux du ménage, de la cuisine, etc. Fig., C'est un homme à tout faire, C'est un homme capable de tout. Il se prend ordinairement en mauvaise part. Ne faire œuvre de ses dix doigts, Ne rien faire du tout, ne point travailler. Je ne puis, je ne sais que faire à cela, C'est une chose où je ne puis rien. Je n'y saurais que faire. Que voulez-vous que j'y fasse? Je n'y puis apporter de remède, cela ne dépend pas de moi. Ne faire que..., Ne travailler, ne s'occuper qu'à une certaine chose, n'en pouvoir faire d'autre, ou ne vouloir pas en faire d'autre, ne pas chercher à en faire d'autre. Il ne fait que ce qu'on lui dit. Cet ouvrier ne fait jamais que ce travail. Je ne fais ici qu'obéir. Je ne fais qu'exécuter les ordres que j'ai reçus. Il signifie également Être toujours ou presque toujours à faire une certaine chose. Il ne fait que jouer, qu'étudier, que dormir, qu'aller et venir, etc. Ne faire que... se dit encore en parlant d'une Action instantanée qui est immédiatement suivie de son résultat ou d'une autre action, d'un fait quelconque. Je ne fis que le toucher, et il tomba. Il n'a fait que paraître et disparaître. Il ne fit qu'entrer et sortir. Attendez-moi, je ne fais qu'aller et revenir. Ne faire que d'entrer, que d'arriver, que de s'éveiller, etc., N'être entré, arrivé, éveillé, etc., que depuis très peu de temps.

FAIRE signifie aussi Observer, mettre en pratique; et dans ce sens il se dit en parlant des Choses qui sont d'obligation et de précepte. Faire ce que Dieu ordonne. Faire ce qui est de son devoir. Faire son devoir. Il n'a fait que son devoir. Faire sa prière. Faire la pénitence qui est imposée. Faire ses Pâques. Faire maigre. Faire diète. Fais ce que dois, advienne que pourra. Voyez ADVENIR. Faire une fête, La célébrer. Faire les Rois. Faire le lundi, Passer le lundi à se reposer au lieu de travailler. Il se dit aussi de l'Exécution et de la pratique de certaines choses qu'on est obligé ou comme obligé d'accomplir, d'achever, de terminer en un certain temps. Faire la quarantaine. Faire quarantaine. Un lycéen qui fait son cours de philosophie, sa philosophie. Faire ses classes. Faire son droit, sa médecine. Un ouvrier qui fait son apprentissage. Un jeune homme qui a fait son service militaire. Faire son noviciat. Faire une neuvaine. Il se dit également en parlant des Différentes professions qu'on embrasse et des différents emplois, des différents métiers qu'on exerce. Faire les fonctions d'administrateur. Faire un métier. Faire le commerce, la banque, la commission. Faire la cuisine. Faire profession et Faire métier se disent encore dans d'autres sens propres et figurés qu'on indiquera aux mots MÉTIER et PROFESSION. Faire tel ou tel personnage signifie, par extension, Se donner pour avoir telle ou telle qualité. L'un devait faire le maître et l'autre le valet. Il signifie aussi Avoir les qualités de son état et de sa fonction. Il fit très bien son personnage. On dit aussi, figurément, Faire un sot personnage, un plat personnage, etc. Il se dit encore, par extension du sens précédent, de Quiconque cherche à paraître ou feint d'être ce qu'il n'est pas; et, dans cette acception, il se construit toujours avec un nom, ou avec un adjectif pris comme nom. Faire le grand seigneur. Faire l'homme d'importance. Faire l'esprit fort. Faire l'entendu. Faire le malade. Faire le mort. Faire le sourd. Faire la bête. On dit familièrement Faire le malin. Il signifie également Mettre de l'affectation à se montrer avec telle ou telle qualité. Faire le généreux, le magnifique. Faire l'aimable, le galant auprès des dames. Faire l'empressé. Faire le gentil. Il signifie souvent Se donner certaines apparences, prendre certains airs. Il veut faire le maître ici. Il fait l'impertinent. Il fait le fanfaron. Faire l'enfant. Faire le difficile. Faire le dégoûté. C'est à peu près dans le même sens qu'on dit : Faire les yeux doux. Faire bonne mine, bon visage à quelqu'un. Faire mauvaise mine, grise mine. Faire contre fortune bon cœur. Faire patte de velours. Etc. Fig. et fam., Faire maison nette, Chasser ses domestiques. Dans le sens qui précède, il se dit plus particulièrement, lorsqu'on parle des Personnes, par rapport aux professions, aux titres, aux dignités, etc.; et alors il est suivi d'un nom ou d'un adjectif attribut. Il a fait son fils avocat, médecin. Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur. Se faire prêtre, avocat, etc. Se faire catholique. Se faire mahométan. Se faire chef de parti. Fig., L'occasion fait le larron, Souvent l'occasion fait faire des choses répréhensibles, auxquelles on n'aurait pas songé. Il se construit fort souvent avec la préposition DE ou avec un sens équivalent, soit dans l'acception qui précède, soit dans le sens plus général de Changer, transformer en. Que ferez-vous de votre fils? On veut faire d'elle une institutrice. Celui dont il avait fait son ami, son confident, son ministre. Ce précepteur ne fera rien de son élève. On a fait de cet ancien théâtre une salle de bal. Fig., Faire d'une mouche un éléphant. Voyez MOUCHE. Prov. et fig., On ne saurait faire d'une buse un épervier. Voyez ÉPERVIER. Faire ses délices d'une chose, Y trouver beaucoup de plaisir, de charme, etc. Il fait ses délices de l'étude. En termes de Médecine, Faire de la neurasthénie, Être atteint de neurasthénie. Faire de la température, Avoir de la fièvre. Faire de quelque chose une obligation, un devoir, etc., L'imposer comme une obligation, etc. Je me fais une obligation, un devoir de vous en prévenir. On dit à peu près dans le même sens Se faire scrupule, se faire conscience de... Se faire gloire, se faire honneur de quelque chose, En tirer vanité, s'en tenir honoré. On dit, dans un sens analogue, Faire un mérite de quelque chose à quelqu'un. Ne me faites pas un mérite d'une action si naturelle. Suivi de la préposition DE, il signifie quelquefois particulièrement Employer quelqu'un ou quelque chose, en disposer, en tirer parti de façon ou d'autre. Que voulez-vous que je fasse de cet homme-là? il ne sait rien. Vous ne faites rien de ce meuble-là, vous n'en faites rien. Faites de cela ce que vous jugerez à propos. Il ne sait que faire de son temps. Fig. et fam., Faites-en des choux et des raves. Voyez CHOU. Fig., Faire ce qu'on veut d'une personne se dit en parlant de Quelqu'un qui se prête volontiers aux désirs, aux vues d'une autre. C'est un homme dont on fait tout ce qu'on veut. C'est une femme difficile à gouverner, on n'en fait pas ce qu'on veut. N'avoir que faire de quelqu'un ou de quelque chose, N'en avoir aucun besoin. Si vous n'avez que faire de ce livre, prêtez-le-moi. Ce sont des bibelots dont je n'ai que faire. Il n'a plus que faire d'étudier, il en sait assez. Je n'ai que faire de vous présentement, allez où vous voudrez. On le dit aussi Pour marquer qu'on ne fait nul cas d'une personne ou d'une chose. Je n'ai que faire de lui ni de ses visites. On se sert encore de la même manière de parler Pour faire connaître qu'on désapprouve quelque chose, qu'on le trouve mauvais. Je n'ai que faire de vos discours, de vos réclamations.

FAIRE signifie aussi Dire, prétendre, publier qu'une chose est, en donner une certaine opinion. On le fait plus riche qu'il ne l'est. Il se fait beaucoup plus malade qu'il ne l'est. Se faire plus riche, plus pauvre, plus jeune qu'on ne l'est réellement. Se faire fort de réussir. Voyez FORT. Il a quelquefois le sens du verbe Dire. Je le croyais, fit-elle. J'irai avec vous, lui fis-je. En parlant de Choses que l'on veut vendre, il s'emploie pour marquer le Prix qu'on en demande. Combien faites-vous cette étoffe-là? Vous la faites trop cher. Il signifie aussi Accoutumer, habituer. Les voyages l'ont fait à la fatigue. Il est fait au chaud et au froid. Nous sommes faits à vos plaisanteries, à votre badinage. Mon estomac n'est pas fait à ce genre d'aliments. Se faire au bruit. Se faire à tout. Se faire aux manières de quelqu'un. Se faire la main. Il signifie également Former, façonner, perfectionner quelqu'un. Ce général a fait de bons officiers. Ce professeur a fait de bons écoliers. Les affaires font les hommes. C'est un jeune homme qui se fera peu à peu. Ces jeunes magistrats se feront par la pratique des affaires. Ce vin n'a pas encore eu le temps de se faire. Il se dit encore de Deux ou de plusieurs choses qui, par leur union, leur assemblage, servent à former, à composer, à constituer un tout, une seule chose. Deux et deux font quatre. Toutes ces sommes ensemble font tant. Deux lignes qui se coupent font un angle. Ces forêts, ces ruisseaux, ces montagnes, tout cela ensemble fait un beau pays. Il se dit également de Ce qui est l'essence d'une chose, de ce en quoi elle consiste. Ce qui fait la qualité du vin. Le spectacle faisait le beau de la fête. La clarté fait le principal mérite de son style. Voilà ce qui fait l'objet de mes recherches. Ce fils fait toute la joie de sa mère. Prov. et fig., L'habit ne fait pas le moine. Voyez HABIT. Il signifie aussi Causer tel ou tel résultat ou en être l'occasion. Ce remède m'a fait beaucoup de bien. Se faire des amis. Cela lui a fait une affaire, lui a fait beaucoup d'ennemis. Ces propos lui ont fait tort. Il s'est fait tort à lui-même. Une femme qui a fait de grandes passions. Faire école. Cela fait mal à voir. Faire peur. Faire honte. Faire peine. Faire pitié. Faire envie. Faire plaisir. Faire du chagrin. Il ne faut faire de peine, de la peine à personne. Cette affaire-là fait grand bruit. Cette nouvelle a fait sensation. Cela fit révolution. On dit à peu près dans le même sens : Faire des jaloux, des mécontents, des dupes. Faire des heureux. C'est ce qui fait que les choses vont si mal. Cela ne fera que l'irriter davantage. Faites, je vous prie, que cela soit bientôt terminé. C'est à vous à faire que rien ne manque. Nous ferons en sorte qu'ils n'aient pas lieu de se plaindre. Pouvais-je faire que cela n'arrivât point? Fasse le ciel que... Fig. et fam., Cela ne me fait ni froid ni chaud. Voyez CHAUD. Il se construit, dans un sens à peu près pareil, avec un infinitif et se dit de Tout ce qui est la cause prochaine ou éloignée de quelque chose, de tout ce qui donne lieu à une chose, à une action. L'opium fait dormir. Cela l'a fait durer un peu plus longtemps. C'est ce qui le fait vivre. On lui a fait souffrir de grands maux. Faire agir des personnes puissantes. Faire dire, faire savoir quelque chose à quelqu'un. C'est moi qui le lui ai fait connaître. Je les ai fait chercher partout. Faire bâtir. Se faire faire un habit. Faire imprimer, faire paraître un livre. Cette femme s'est fait peindre. Sa partie l'a fait condamner aux dépens. Faire entrer, faire sortir quelqu'un. La lettre qu'il m'a fait tenir, qu'il m'a fait passer, qu'il m'a fait parvenir. Cette pièce a fait courir tout Paris. Faire marcher des troupes. Il ne put parvenir à se faire entendre. On n'a jamais pu lui faire entendre raison. Se faire aimer. Se faire haïr. Se faire dire une chose deux fois. Il signifie aussi Avoir de l'influence, du pouvoir. Il fait tout dans cette maison. Le mérite fait plus auprès de lui qu'aucune recommandation. Auprès de certaines gens l'argent fait tout. Faire la pluie et le beau temps. Voyez PLUIE.

FAIRE, en termes de Grammaire, se dit des Mots et signifie Prendre telle ou telle terminaison. Cheval fait au pluriel chevaux. Aimer fait au futur j'aimerai. Il se dit quelquefois pour Importer, concerner, être de quelque considération. Cela ne fait rien à l'affaire. Cela ne fait rien, absolument rien. Qu'est-ce que cela lui fait? Que me font ses propos? Que peut vous faire l'opinion de ces gens-là? Cela fait beaucoup, fait plus qu'on ne pense. Fam., Qu'est-ce que cela fait là? À quoi cela sert-il dans ce lieu-là? Il s'emploie souvent pour éviter la répétition du verbe précédent et alors il en tient la place. Ainsi on dit : Cet homme n'aime plus tant le jeu qu'il faisait, Il ne l'aime plus tant qu'il l'aimait. Il répondit comme les autres avaient fait, Il répondit comme les autres avaient répondu. Nous nous entretînmes de cette nouvelle comme nous aurions fait de toute autre chose, Comme nous nous serions entretenus de toute autre chose. On ne doit pas confondre cet emploi avec un tour usité dans certains cas où FAIRE, conservant la signification qui lui est propre, celle d'Exécuter, d'opérer, d'effectuer, etc., a pour complément le pronom le, qui représente un verbe précédent. Il voudrait partir, mais il ne peut le faire (faire cela, l'action de partir) sans autorisation. Quoiqu'il ait tous les moyens de vous obliger, il ne le fera pas.

FAIRE se dit absolument en parlant des Jeux de cartes où chacun donne les cartes à son tour, et de Certains autres jeux où chacun tour à tour est obligé de faire quelque chose. À qui est-ce à faire? C'est à vous à faire. Je viens de faire. Il s'emploie comme intransitif dans le sens d'Agir. Faire bien. Faire mal. Il a fait en cela comme vous auriez fait. Il a fait de son mieux. Vous n'auriez pas fait mieux. Il ferait mieux, je crois, de rester. Comment faire? Comment ferons-nous? Laissez-le donc faire, il saura bien se tirer d'embarras. Il n'en veut faire qu'à sa tête. Faire à qui mieux mieux. Il a tant fait, il a si bien fait qu'il en est venu à bout. Il a si bien fait par ses sottises qu'on a fini par le renvoyer. Si on le laisse faire, il sera bientôt maître de tout. Avoir fort à faire, Avoir beaucoup à travailler pour venir à bout de quelque chose. Vous aurez fort à faire, si vous entreprenez de le corriger. Il y a fort à faire dans cette entreprise. Il se dit encore intransitivement pour Être convenable, produire un effet agréable. Ces deux choses font fort bien ensemble. L'or fait bien avec le vert. Ce tableau ne fait pas bien où il est; il ferait mieux ailleurs. Il signifie en outre familièrement Se décharger le ventre. Cet enfant a fait dans sa chemise. Ce malade a fait sous lui. Il s'emploie impersonnellement pour indiquer l'État de l'atmosphère du temps, ou quelque phénomène, quelque révolution atmosphérique. Il fait nuit. Il fait jour. Il fait chaud. Il fait froid. Il ne fait pas encore jour. Il fait beau. Il fait beau temps. Il fait du vent, de la pluie, de l'orage. Il fait bon. Il fait frais. Il fait doux. Il fait sec. Sortirez-vous par le temps qu'il fait? Il s'emploie de même impersonnellement pour marquer la Nature, l'état, la disposition les qualités de certaines choses. Il fait bon vivre dans ce pays. Il ne fait pas bon de se frotter à cet homme-là.

SE FAIRE signifie Être praticable, être produit, formé, exécuté, arriver, venir à être. Si c'est une chose qui se puisse faire, je vous en aurai obligation. Si cela se peut faire, je serai ravi. Ces choses-là ne se font pas aisément. On croit que le mariage se fera bientôt. Si la paix se fait. Prov., Paris ne s'est pas fait en un jour, se dit pour exprimer qu'Il y a des choses qu'on ne peut faire qu'avec beaucoup de temps. Il signifie aussi familièrement Devenir. Un enfant qui se fait grand. Il signifie absolument S'améliorer avec le temps. Ce vin a le goût âpre : il se fera en bouteille.

SE FAIRE s'emploie aussi impersonnellement dans le sens d'Être, arriver. Il s'est fait beaucoup de fentes dans cette muraille. Il se fit un moment de silence. Il se fait bien des choses qu'on s'explique mal. On ne sait comment cela s'est fait. Se peut-il faire que vous n'en sachiez rien? Il pourrait se faire que... On dit de même Il se fait tard, il se fait nuit, Le jour commence à baisser, la nuit commence à venir. Cela se fait se dit surtout des Actes de politesse ou de cérémonie qu'il est convenable d'accomplir en telle ou telle circonstance. Vous auriez dû envoyer une carte, cela se fait toujours. Dites-moi, je vous prie, ce qui se fait en pareille circonstance. Cela ne se fait pas.

FAIRE se prend quelquefois substantivement, comme dans ces phrases : Il y a loin du vouloir au faire. Le dire et le faire sont deux. Il vieillit. Il se dit plus ordinairement, en termes de Peinture, de Gravure et de Sculpture, de la Manière de peindre, de sculpter, de graver. Le faire de ce peintre. Cet artiste a un faire large et vigoureux. Cela vaut fait signifie Regardez la chose comme faite. On dit aussi C'est une affaire faite, surtout lorsqu'on veut faire entendre qu'il n'y a plus à revenir sur la chose dont il s'agit. Voilà qui est fait, La chose est décidée. Fam., C'est bien fait, Vous l'avez bien mérité. C'est fait de moi; C'en est fait de nous se dit d'un Événement malheureux qu'on ne peut empêcher. C'est un fait exprès, c'est comme un fait exprès. Voyez EXPRÈS. Ce qui est fait est fait se dit pour engager à ne plus parler d'un malheur, d'une faute qu'il est impossible de réparer. Être fait à, Être habitué à. Il n'est pas encore fait à ce métier, au climat et aux habitudes du pays. Être fait pour, Être propre à, être capable de. Cela se dit des personnes et des choses, et tant en bonne qu'en mauvaise part. Cet homme n'est pas fait pour un pareil emploi. Il semble fait pour réussir en toutes choses. Cette nouvelle était bien faite pour l'affliger. Comme le voilà fait! se dit de Quelqu'un qui est plus mal vêtu, plus négligé qu'à l'ordinaire, ou qui n'a pas si bon visage qu'il a coutume d'avoir. On dit quelquefois, figurément et familièrement dans le premier sens, Être fait comme un voleur. Être bien fait, fait à ravir, fait à peindre; et, figurément, Être fait au tour, Être beau, de belle taille et de bonne mine. Dans le sens contraire, Être mal fait, Être laid, mal formé. Un homme bien fait et de bonne mine. Une femme bien faite. Cette jeune fille est faite au tour. Un petit homme mal fait et mal bâti. On dit de même Être bien fait de sa personne. On dit encore, dans un sens analogue, Avoir la taille bien faite, mal faite; la jambe bien faite. Fig., Un esprit bien fait, Un esprit sain et droit. Avoir la tête mal faite; l'esprit mal fait, Être bizarre, déraisonnable, sans jugement. Fig. et par ironie, En aura-t-il la jambe mieux faite? Cela lui fait une belle jambe, Cela ne l'avance à rien, se dit en parlant d'une Chose dont quelqu'un tire vanité, et qui ne lui est d'aucun avantage. Un homme fait, Un homme qui est dans un âge mûr. Ce fromage est fait, n'est pas fait, Il est temps, il n'est pas temps de le manger. Viande trop faite, Viande avancée, faisandée. Phrase toute faite, Façon de parler particulière qui est consacrée par l'usage. Porter le flambeau de la civilisation est une phrase toute faite. Si fait, Façon de parler elliptique qui, dans les réponses, sert à affirmer fortement ce qu'un autre nie on met en doute. Vous ne me connaissez pas? Si fait, je vous connais bien. Vous ne voulez pas? Si fait.

Littré (1872-1877)

FAIRE (fê-r) Au XVIe Siècle, d'après Bèze, les Parisiens prononçaient à tort fesant au lieu de faisant ; c'est cette prononciation des Parisiens, condamnée alors, qui a prévalu ; on prononce aujourd'hui fe-zan, fe-zon, fe-zê, fe-zié), je fais, tu fais, il fait, nous faisons, vous faites, ils font ; je faisais ; je fis ; je ferai ; je ferais ; fais, qu'il fasse, faisons, faites, qu'ils fassent ; que je fasse, que tu fasses, qu'il fasse, que nous fassions, que vous fassiez, qu'ils fassent ; que je fisse ; faisant ; fait, faite v. a.

Résumé

    Mot à signification très étendue qui, exprimant au sens actif ce que agir exprime au sens neutre, et au sens déterminé et appliqué à un objet ce que agir exprime au sens indéterminé et abstrait, dénote toute espèce d'opération qui donne être ou forme.

  • 1° Donner être ou forme.
  • 2° Engendrer.
  • 3° Façonner, fabriquer, construire, en parlant des œuvres matérielles de l'art et de l'industrie.
  • 4° Se dit dans le même sens, en parlant des œuvres de l'intelligence, de l'imagination.
  • 5° Il s'emploie dans un sens beaucoup plus étendu, en parlant de tout ce qu'un sujet opère, effectue, exécute dans l'ordre physique ou moral.
  • 6° Faire quelque chose pour quelqu'un, lui accorder ou lui faire obtenir quelque chose.
  • 7° Il se dit des choses qui sont agents de quelque chose.
  • 8° Se faire, faire à soi, se créer, se procurer.
  • 9° Faire d'une personne, d'une chose… la changer en, en user comme de…
  • 10° Faire suivi de la préposition de, disposer de quelqu'un ou de quelque chose, en tirer parti d'une façon quelconque.
  • 11° Employer ses forces, son activité à quelque chose, s'en occuper, y passer son temps.
  • 12° Faire du mal, faire du bien à quelqu'un.
  • 13° Récolter ; semer, cultiver.
  • 14° Dans le commerce, faire le genre d'opérations auxquelles on se livre.
  • 15° Produire le même effet, le même résultat que…
  • 16° Arranger, mettre dans un état convenable.
  • 17° Mettre en pratique, observer, en parlant de choses d'obligation, de précepte.
  • 18° Former par un exercice convenable ; accoutumer, habituer.
  • 19° Se dit des choses qui marquent espace, étendue.
  • 20° Il exprime un grand nombre de modes d'action et de manières d'être, au moyen des autres mots de la phrase auxquels il est lié et qui lui donnent sa signification spéciale.
  • 21° Il se dit de certaines fonctions de guerre.
  • 22° Divers emplois, en termes de marine.
  • 23° À la natation, faire la planche.
  • 24° Divers emplois, en termes de vénerie.
  • 25° Divers emplois, en termes de jeux.
  • 26° Amasser, mettre ensemble.
  • 27° Faire des recrues, appeler des hommes sous les drapeaux.
  • 28° Acquérir, gagner.
  • 29° Consacrer un temps à l'étude d'une chose.
  • 30° Il se dit en parlant des différentes professions, métiers, emplois.
  • 31° Passer par, avoir pour maîtres, en parlant de domestiques.
  • 32° Faire une maladie, passer par une maladie, la subir.
  • 33° Il se dit de différentes occupations de la vie courante.
  • 34° Constituer quelqu'un en une certaine dignité ou titre.
  • 35° Donner à quelqu'un certaine qualité, condition.
  • 36° En termes de bourse, faire tant. En termes de finance et de jeu, faire bon.
  • 37° Il se dit des personnes qu'on se concilie, qu'on s'attache.
  • 38° Représenter un personnage.
  • 39° Prendre le caractère de jouer le rôle de.
  • 40° Causer, déterminer, procurer.
  • 41° Être ; constituer.
  • 42° Former un ensemble, un tout.
  • 43° Faire tout, avoir la suprême influence, être décisif.
  • 44° Représenter comme, en parlant de personnes ou de choses.
  • 45° Évaluer à un certain prix.
  • 46° Allouer, en parlant d'une somme
  • 47° En termes de grammaire, avoir une certaine désinence ou flexion.
  • 48° Rendre des excréments
  • 49° Chemin faisant.
  • 50° Faire suivi d'un adjectif pris adverbialement.
  • 51° Faire construit avec la particule en.
  • 52° Faire construit avec un infinitif
  • 53° Faire à savoir, faire connaître.
  • 54° Faire, verbe neutre. Opérer, travailler, se comporter
  • 55° Faire, avec un adverbe ou une locution adverbiale, se comporter comme l'indiquent l'adverbe ou la locution.
  • 56° Faire à quelqu'un, lui causer une certaine impression.
  • 57° Faire des armes, s'exercer à l'escrime.
  • 58° Faire, avoir une part dans le jeu, dans une affaire.
  • 59° Faire que, agir de manière que.
  • 60° Finir.
  • 61° Faire de, se comporter à l'égard de.
  • 62° Faire pour quelqu'un, le suppléer, tenir sa place, être son agent.
  • 63° Faire en, être négociant en.
  • 64° Faire pour, travailler pour ; faire pour, faire contre, être favorable à, contraire à.
  • 65° Avoir une influence, un effet quelconque.
  • 66° Dire, répliquer (fait-il, fit-il).
  • 67° Avoir fort à faire, avoir à faire, avoir beaucoup d'efforts à faire pour.
  • 68° C'est à faire à…
  • 69° Ne faire que, suivi d'un infinitif.
  • 70° Ne faire que de.
  • 71° Faire servant à remplacer un verbe qu'il faudrait répéter, et prenant alors la signification de ce verbe.
  • 72° Impersonnellement, faire sert à marquer l'état de l'atmosphère.
  • 73° Se faire, verbe réfléchi. Se constituer en un certain état.
  • 74° Se produire réciproquement.
  • 75° Être son propre instituteur.
  • 76° Se développer, en parlant des personnes.
  • 77° S'accoutumer, s'habituer.
  • 78° Se faire suivi d'un adjectif, devenir.
  • 79° Se faire suivi d'un infinitif, rend le verbe causatif en même temps que réfléchi.
  • 80° Se laisser faire, ne pas se défendre, ne pas opposer de résistance.
  • 81° Se faire, être fait.
  • 82° Impersonnellement, être, arriver.
  • 1Donner l'être ou la forme. Dieu a fait l'homme à son image. Dieu a fait le monde en six jours. Vos mains m'ont fait et m'ont formé ; donnez-moi l'intelligence, afin que j'apprenne vos commandements, Sacy, Bible, Psaume CXVIII, 73. Ils pensent que pour eux le ciel fit l'Amérique, Voltaire, Alz. IV, 3. Sur un modèle égal ayant fait les humains, Voltaire, Scythes, IV, 1. Élevés ensemble, nés le même jour dans ce château, vous conviendrez qu'il semble que la destinée les ait faits l'un pour l'autre, Genlis, Théât. d'éduc. la Cloison, sc. 1.

    Tous les jours que Dieu fait, c'est-à-dire chaque jour.

    Par extension. Tithon n'a plus les ans qui le firent cigale, Malherbe, VI, 18.

    Fig. Homère a fait Virgile, dit-on ; si cela est, c'est sans doute son plus bel ouvrage, Voltaire, Ess. poés. épiq. III.

  • 2Engendrer. Faire un enfant, en parlant d'une femme, le mettre au monde. Et aussi en parlant de l'homme : Vous ferez un enfant, et vous voilà bien avancé !

    Faire un enfant à une femme, la rendre enceinte. Il [Frédéric] a fait plus de livres qu'aucun des princes contemporains n'a fait de bâtards, et il a remporté plus de victoires qu'il n'a fait de livres, Voltaire, Lett. Prusse, 24 mars 1772.

    Faire des petits, en parlant des femelles des animaux, mettre bas. C'est une épagneule très petite, ajouta Zadig ; elle a fait depuis peu des chiens, Voltaire, Zadig, 3. Lorsque la marte est prête à mettre bas, elle grimpe au nid de l'écureuil, l'en chasse, en élargit l'ouverture, s'en empare et y fait ses petits, Buffon, Quadrup. t. II, p. 245, dans POUGENS. Les feuilles du haricot à bouquets incarnats, plongées dans l'eau par leur pédicule, y ont fait des racines, mais seulement à l'extrémité inférieure de ce dernier, Bonnet, Usage des feuilles, 4e mém.

    Cet enfant fait ses dents, les dents lui viennent.

    On dit d'un malade chez qui se produisent pathologiquement de l'albumine, du sucre, du tubercule : il fait de l'albumine, du sucre, du tubercule.

  • 3Façonner, fabriquer, construire, en parlant des œuvres matérielles de l'art ou de l'industrie. Faire du pain, un habit, un tissu, une machine, une maison. …Saluez ces pénates d'argile ; Jamais le ciel ne fut aux humains si facile Que quand Jupiter même était de simple bois ; Depuis qu'on l'a fait d'or, il est sourd à nos voix, La Fontaine, Phil. et Bauc.

    Faire le vin, se dit de toutes les opérations qui forment la fabrication du vin.

    Faire le dîner, le déjeuner, préparer le dîner, le déjeuner.

    Faire à dîner, donner de quoi dîner. Faites-moi à dîner.

    Ne faire œuvre de ses doigts, et, plus souvent de ses dix doigts, ne faire rien du tout, ne point travailler.

    Il se dit aussi des travaux des animaux. Les abeilles font le miel. L'oiseau fait son nid.

    Fig. Faire des brioches, voy. BRIOCHE. Les symphonistes de l'opéra, après Lulli, étaient si inhabiles et excitaient si bien les cris du parterre, qu'ils étaient taxés à six sols par faute qu'ils faisaient devant le public ; avec le total de ces amendes ils faisaient faire une immense brioche qu'ils mangeaient ensemble ; les condamnés à l'amende paraissaient à ce festin avec une petite brioche en carton à la boutonnière ; on les nomma croque-brioche, faiseurs de brioches ; et, par abréviation, brioche devint synonyme de faute, d'ânerie, Castil-Blaze, Hist. de l'acad. de musique, t. II, ch. 2, p. 68.

  • 4Se dit dans le même sens, en parlant des œuvres de l'intelligence, de l'imagination Faire un projet, un plan. Faire un poëme, un conte, des vers. Il y a un vieux évêque d'Évreux, qui a plus de quatre-vingts ans ; c'était autrefois l'évêque du Puy ; il a fait la vie de ma grand'mère, Sévigné, 406. Et toujours mécontent de ce qu'il vient de faire, Il plaît à tout le monde et ne saurait se plaire, Boileau, Sat. II. Faisant le même calcul sur le quatrième satellite de Jupiter, que nous avons supposé grand comme la terre, nous verrons qu'il aurait dû se consolider jusqu'au centre en 2905 ans, Buffon, Théorie de la terre, part. hypoth. Œuvres, t. IX, p. 181, dans POUGENS.

    Terme de peinture. Peindre. Faire l'histoire. Faire les animaux. Ce peintre ne fait que le paysage. Faire sec et dur, peindre sèchement et durement. Pigal, qu'on appelait à Rome le mulet de la sculpture, à force de faire, a su faire la nature, la faire vraie, chaude et vigoureuse, Diderot, Sal. de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 331.

  • 5Il s'emploie dans un sens beaucoup plus étendu, en parlant de tout ce qu'un sujet opère, effectue, exécute dans l'ordre physique ou dans l'ordre moral. Ne fais point d'autre crime, et j'atteste les dieux Qu'au lieu de t'en haïr, je t'en aimerai mieux, Corneille, Hor. II, 5. Il veut publiquement Du prince Héraclius faire le châtiment, Corneille, Héracl. IV, 6. Tu feras après ta harangue, La Fontaine, Fabl. I, 19. Tu vois, Toinette, les desseins violents que l'on fait sur lui [sur mon cœur], Molière, Mal. imag. I, 10. Nous avions bu de je ne sais quel vin Qui m'a fait oublier tout ce que j'ai pu faire, Molière, Amph. II, 3. Ne voulez-vous point, un de ces jours, venir voir avec elle le ballet et la comédie que l'on fait chez le roi ? Molière, B. gent. III, 5. Tu crains pour moi les maux que j'ai voulu me faire, Et tu ne trembles point de ceux que tu me fais, Th. Corneille, Ariane, III, 4. Lamech, sorti de Caïn, avait fait le second meurtre, et on peut croire qu'il s'en fit d'autres après ces damnables exemples, Bossuet, Hist. II, 1. La mémoire de Joseph et des merveilles que Dieu avait faites par ce grand ministre des rois d'Égypte était encore récente, Bossuet, ib. II, 3. J'ignore de quel crime on a pu me noircir, De tous ceux que j'ai faits je vais vous éclaircir, Racine, Brit. IV, 2. Ce que j'ai fait, Abner, j'ai cru le devoir faire, Racine, Athal. II, 5. On accumule ces richesses qui sont le fruit des péchés qu'on a déjà faits, et les moyens de ceux qu'on veut faire, Fléchier, I, 140. Vous semblez approuver mes feux ; Mais vous ne faites rien de tout ce qu'il faut faire Pour rendre mon amour heureux, Chaulieu, à la marquise D. L. Elle leur fait [à ses fils] une destinée au gré de ses souhaits, sans consulter si les conseils éternels s'ajustent avec la témérité de ses espérances, Massillon, Carême, Vocation. Sous ces fleurs trompeuses je trouvais à chaque pas le serpent qui faisait sur moi des morsures cruelles, Massillon, Paraphr. Ps. XXII. Je ne me souviens plus quel était l'honnête homme qui priait Dieu tous les matins que ses ennemis fissent des sottises, Voltaire, Lett. d'Alembert, 25 mars 1765. En général, les animaux peuvent apprendre à faire mille fois tout ce qu'ils ont fait une fois, à faire de suite ce qu'ils ne faisaient que par intervalles, à faire pendant longtemps ce qu'ils ne faisaient que pendant un instant, à faire volontiers ce qu'ils ne faisaient d'abord que par force, à faire par habitude ce qu'ils ont fait une fois par hasard, à faire d'eux-mêmes ce qu'ils voient faire aux autres, Buffon, Disc. nat. anim. Œuvres, t. v, p. 360, dans POUGENS.

    Faire que sage, c'est-à-dire faire la chose que ferait une personne sage, voy. QUE.

  • 6Faire quelque chose pour quelqu'un, lui accorder ou lui faire obtenir quelque chose. Il n'a rien voulu faire pour sa famille. C'est là [à la cour] que l'on sait parfaitement ne faire rien ou faire très peu de chose pour ceux que l'on estime beaucoup, La Bruyère, VIII.

    On dit de même : la nature a tout fait pour lui, c'est-à-dire il est doué de très heureuses dispositions.

  • 7Il se dit des choses qui sont agents de quelque chose. La mine fit explosion. La grêle a fait du dégât. Ce qui fit vos grandeurs fera votre ruine, Chénier M. J. Œdipe roi, II, 2.

    Opérer. Les planètes font leur révolution autour du soleil en un temps déterminé.

  • 8Se faire, faire à soi, se créer, se procurer. C'en est peut-être assez [de fermeté] pour une âme commune Qui du moindre péril se fait une infortune, Corneille, Hor. I, 1. Je me fais des vertus dignes d'une Romaine, Corneille, Cinna, III, 4. Et de cette union de tendresse suivie Se faire les douceurs d'une innocente vie, Molière, Femm. sav. I, 1. Une fille… Qui, dans l'obscurité nourrissant sa douleur, S'est fait une vertu conforme à son malheur, Racine, Brit. II, 3. Aux champs Apuliens se faire une patrie, Voltaire, Tancr. I, 1. On se fait des idées vagues et des préjugés sur tout, Voltaire, Louis XIV, ch. 25. Je me suis fait enfin dans ces grossiers climats Un esprit et des mœurs que je n'espérais pas, Voltaire, Scythes, II, 1. Il proscrit le sénat, et s'y fait des amis, Voltaire, Rome sauv. IV, 4.

    Se faire fête d'une chose, s'en réjouir.

    Se faire honneur ou gloire de quelque chose, s'en tenir honoré, glorieux.

  • 9Faire d'une personne, d'une chose… la changer en, en user comme de… Que de tous tes sujets il fasse des rebelles, Corneille, Perthar. III, 3. Et d'Indou qu'il était on vous le fait Lapon, La Fontaine, Fab. VII, 6. Il [le loup] s'habille en berger, endosse un hoqueton, Fait sa houlette d'un bâton, La Fontaine, ib. III, 3. Aussi les missionnaires eurent-ils la sagesse de civiliser, jusqu'à un certain point, les sauvages, avant de penser à les convertir ; ils n'essayèrent d'en faire des chrétiens, qu'après en avoir fait des hommes, Raynal, Hist. phil. VIII, 14.

    Fig. Faire d'une mouche un éléphant, exagérer excessivement une petite chose.

    Faire de quelque chose une obligation, un devoir, etc. l'imposer comme une obligation, un devoir. Et avec le pronom personnel, se faire un devoir, une obligation d'une chose, la considérer comme de devoir, comme d'obligation.

    Faire un mérite à quelqu'un de quelque chose, lui tenir cette chose à mérite. Et, avec le pronom personnel, se faire un mérite d'une chose, la considérer comme un mérite pour soi.

    Faire gloire, faire vanité de quelque chose, en tirer gloire, vanité.

    Faire ses délices de quelque chose, y prendre un plaisir extrême.

  • 10Faire suivi de la préposition de, signifie disposer de quelqu'un ou de quelque chose, en tirer parti d'une façon quelconque. Que voulez-vous que je fasse de cet homme-là ? Nous avons besoin d'argent, il n'en sait que faire, Hamilton, Gramm. 3. Que ferez-vous de cette chose, de cette personne, c'est-à-dire à quoi vous servira-t-elle ? Que ferait-il de moi ? que ferais-je de lui ? Boursault, Ésope à la cour, IV, 1. Qu'avez-vous fait de cette personne, de cette chose ? c'est-à-dire comment en avez-vous disposé ? qu'est-elle devenue ? Français, qu'avez-vous fait du héros que j'adore ? Voltaire, Adél. du Guesclin. I, 2.

    Faire ce qu'on veut de quelqu'un, se dit d'une personne facile ou faible qui s'accommode à ce qu'on veut d'elle. À nul fâcheux débat jamais vous ne viendrez, Et vous ferez de lui tout ce que vous voudrez, Molière, Tart. II, 2.

    Faites-en des choux, des raves, c'est-à-dire faites-en ce que vous voudrez.

    N'avoir que faire de, n'avoir pas besoin de (grammaticalement, la locution équivaut à : n'avoir chose que l'on puisse faire de…). Qu'a-t-on que faire de l'agriculture ? où l'on donne le bien pour rien, à quoi bon travailler pour l'acquérir ? Guez de Balzac, Des gens savants. Veux-tu le réserver [le bien] Pour un âge et des temps qui n'en ont plus que faire ? La Fontaine, Fabl. X, 5. Ma foi, je crois que je n'ai que faire d'aller au magicien, et voici qui me montre tout ce que je puis demander, Molière, Mar. forcé, 11. Je sais bien que Votre Majesté n'a que faire de toutes nos dédicaces, Molière, Préc. rid. Épître dédic. Il dit fort posément ce dont on n'a que faire, Racine, Plaid. III, 3.

    N'avoir que faire à quelqu'un, n'avoir rien à faire auprès de lui. Je n'ai point été le voir parce que je n'ai que faire à lui, Hamilton, Gramm. 4.

    On n'a que faire, il est inutile. On n'a que faire d'avoir peur de trop charger la complaisance, Molière, l'Av. I, 1. Vous n'avez que faire de vous reprocher vos vérités, Bernardin de Saint-Pierre, Mort de Socr.

    N'avoir que faire, être inutile. Vous êtes un sot de venir vous fourrer où vous n'avez que faire, Molière, Méd. m. l. I, 2. Un gouverneur n'a que faire ici, Sévigné, 489.

    N'avoir que faire de quelqu'un ou de quelque chose, n'en faire nul cas. Je n'ai que faire de lui et de ses visites.

    N'avoir que faire, signifie aussi qu'on désapprouve, qu'on trouve mauvais. Je n'ai que faire de vos discours. Je n'ai que faire ni d'air ni de chanson, Molière, Précieuses, 5. Tu n'as que faire de railler, Molière, Impr. 3. Nous n'avons que faire de leurs démêlés, Pascal, Prov. 3.

  • 11Employer ses forces, son activité à quelque chose, s'en occuper, y passer son temps. Faire un travail. Faire sa besogne. Il n'a rien fait de toute la journée. Que fait-il tout le long du jour ? Le ciel me sera témoin que j'ai fait pour toi tout ce que j'ai pu, Molière, Fourb. de Scap. II, 11. Hé ! bonjour, ma chère Lisette ; comment te portes-tu, mon enfant ? que fait ta belle maîtresse ? Regnard, Retour impr. sc. 3.

    Ne rien faire, ne faire rien, vivre dans l'oisiveté. Vous n'êtes pas homme à vous embarrasser de ce que disent les dames de salon avec un nombre de fainéants, lâches envieux qui ne veulent rien faire et qui sont fâchés que les autres fassent, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 13 fév. 1711. Parce que la noblesse ne faisait rien, on a cru qu'il n'y avait rien de si noble que de ne rien faire, Raynal, Hist. phil. VIII, 33.

    Ne faire rien, se dit d'un écolier qui ne travaille pas, ne s'applique pas. Un jeune homme qui ne fait rien.

    N'avoir rien à faire, plus rien à faire, n'avoir pas ou plus d'occupation.

    C'est une personne à tout faire, qu'on peut employer ou qu'on emploie à tout dans une maison ; en mauvaise part, c'est une personne dangereuse, capable d'actions mauvaises ou violentes.

    Je ne puis, je ne sais que faire à cela, c'est une chose où je ne puis rien.

    Que voulez-vous que j'y fasse ? c'est-à-dire, je n'y puis rien, cela ne dépend pas de moi.

    C'est un faire le faut, voyez FAIRE LE FAUT, à son rang.

    Je n'en ferai rien, je me garderai bien de faire ce dont il est question. Vous voulez que je parte ; je n'en ferai rien. Non, je n'en veux rien faire ; et, dans cette occurrence, Tout ce que vous croirez m'est de peu d'importance, Molière, Mis. IV, 3.

    On dit dans le même sens et dans le langage familier : non ferai. Je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai. - Non ferai, de par tous les diables, Molière, l'Av. V, 3. Faire du mal à quelqu'un, lui causer une souffrance physique ou morale. Oiseleur, laisse-moi, dit-il [l'autour] en son langage ; Je ne t'ai jamais fait de mal. L'oiseleur repartit : Ce petit animal T'en avait-il fait davantage ? La Fontaine, Fab. VI, 15. Je lui fais plus de mal que tous les autres, Sévigné, 230.

    Faire quelque chose à quelqu'un, l'offenser, lui faire du mal. Ils ne seront pas plus ravis que de voir pendre un Limosin. - Qu'est-ce que les Limosins leur ont donc fait ? Molière, Pourc. III, 2. Cela est bien horrible d'être accusée par un mari, lorsqu'on ne lui fait rien qui ne soit à faire, Molière, G. Dandin, I, 6. Moi qui jamais n'ai rien fait à personne, Il semble qu'aujourd'hui tout le monde m'en veut, Imbert, Jaloux sans amour, IV, 11. Faire du bien à quelqu'un, se dit d'une personne qui donne des secours à quelqu'un dans la gêne ; se dit aussi d'une chose qui procure du bien-être. Cette potion lui fit du bien.

    Elliptiquement, grand bien vous fasse, se dit quand, refusant de faire une chose qui est proposée, on souhaite poliment que la chose fasse bien à celui qui la propose. Serviteur, et grand bien te fasse, Dit le hibou, pour moi, je veux guérir, Lamotte, Fables, V, 1.

  • 13 Terme d'agriculture. Récolter. Les cultivateurs ont fait beaucoup de légumes cette année. On fera beaucoup de vin en Bourgogne.

    Faire les foins.

    Fig. Faire ses orges, voy. ORGE.

    Il signifie aussi semer, cultiver, sans impliquer l'idée de récolte. J'avais fait du blé d'hiver, il n'a pas réussi.

  • 14Dans le commerce, faire signifie le genre d'opérations auxquels on se livre. Ce jardinier fait les primeurs. Ce négociant fait les eaux-de-vie.
  • 15Produire le même effet, le même résultat que… Le fusil était chargé avec du petit plomb ; mais, tiré de près, le coup fit balle. Les doigts, qui ont deux lignes de largeur, sont à peu près égaux en grosseur, mais le premier doigt, qui fait pouce, et qui a de longueur douze lignes, a un ongle de trois pouces six lignes qui est large et plat comme ceux des makis, Buffon, Quadrup. t. XIII, p. 74, dans POUGENS.

    Terme de vétérinaire. Faire les forces, faire ciseaux, se dit d'un cheval qui remue sans cesse sa mâchoire. Faire grenier ou magasin, se dit lorsque des pelotes d'aliments restent entre les joues et les molaires du cheval. Faire la révérence, broncher.

  • 16Arranger, mettre dans un état convenable. Faire une chambre. Faire un lit. Faire un appartement. Faire les habits. Un grand benêt de vingt-cinq ou vingt-six ans, qu'elle avait pris pour faire le jardin, Sévigné, 143. Au noble hôtel de la Vermine, On est logé très proprement ; Rivarol y fait la cuisine, Et Champcenets l'appartement, Beaumarchais, Épigr.

    Faire la barbe, raser.

    Terme de boucherie. Faire une bête, la tuer et la préparer comme il faut.

    Fig. Faire le bec à quelqu'un, voy. BEC.

    Familièrement. Faire maison nette, congédier tous ses domestiques.

    Faire table rase, voy. TABLE.

  • 17Mettre en pratique, observer, en parlant de choses d'obligation, de précepte. Faire ce que Dieu ordonne. Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux, Corneille, Hor. II, 8. Si les sages mortels à qui je dois la vie N'avaient fait à mon cœur un contraire devoir, Voltaire, Orph. IV, 4.

    Terme de jurisprudence. Obligation de faire, obligation d'accomplir une action. Obligation de ne pas faire, obligation de s'abstenir d'une action.

    Se conformer à une prescription, à une obligation temporaire. Faire diète. Faire gras. Faire la quarantaine, ou faire quarantaine. Ce sont les riches qui n'ont pas la force de faire carême ; les pauvres jeûnent toute l'année, Voltaire, Dict. phil. Carême.

    Fig. Faire son devoir, se dit de choses employées avec une grande force à faire quelque chose. Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir, La Fontaine, Fabl. II, 9.

    Faire une fête, la célébrer. Faire les Rois. Faire la Cène. Je m'en vais après dîner à Brévanes faire la Saint-Martin, Sévigné, 479.

    Populairement. Faire le lundi, passer la journée du lundi à s'amuser au lieu de travailler.

    Faire le sabbat, voy. SABBAT.

  • 18Former par un exercice convenable. Ce général a fait de bons officiers. Tandis que, pour faire des soldats, il obligeait les hommes à une vie si laborieuse et si tempérante, Bossuet, Hist. I, 6.

    Faire la main, donner de l'habileté à la main. Cela fait la main.

    Se faire la main, devenir habile de la main.

    Terme de fauconnerie. Faire l'oiseau, le dresser.

    Accoutumer, habituer. Les voyages l'ont fait à la fatigue. Voiture qui, si galamment, Avait fait je ne sais comment Les muses à son badinage, Sarrasin, Pompe funèbre de Voiture.

  • 19Se dit des choses qui marquent espace, étendue. Faire des pas. Faire une promenade. Faire un tour de jardin. Un homme qui fait deux lieues par heure. Faire du chemin. Voyage qui ne peut pas être moins de trois cents lieues ; et autant tout au moins pour les autres détours en différents endroits ; il se trouvera qu'Alexandre, dans l'espace de moins de huit ans, aura fait avec son armée dix-sept cents lieues, sans parler de son retour à Babylone, Rollin, Hist. anc. Œuvres t. VI, p. 189, dans POUGENS. M. Fabry, qui avait erré pendant quinze mois dans les terres de l'Ouest, au delà du fleuve Mississipi, m'a assuré qu'il avait fait souvent trois et quatre cents lieues sans rencontrer un seul homme, Buffon, Quadrup. t. III, p. 221, dans POUGENS.

    Fig. Faire son chemin, obtenir de l'avancement, s'enrichir.

    On dit dans le même sens, il a bien fait du chemin en peu de temps.

    Faire des progrès, voy. PROGRÈS.

  • 20Il exprime un grand nombre de modes d'action et de manières d'être, au moyen des autres mots de la phrase auxquels il est lié et qui lui donnent sa signification spéciale. En voici quelques exemples.

    Faire l'admiration, être admiré. Quoique jeune encore, il faisait l'admiration de tous ceux qui le connaissaient, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. x, p. 421.

    Faire des affaires, de mauvaises affaires à quelqu'un, lui susciter des embarras, des querelles, des périls. Les mauvaises affaires que M. d'Aubigné s'était faites l'obligèrent à la fin de prendre un établissement à l'Amérique, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 11, dans POUGENS.

    Faire de mauvaises affaires, se ruiner, faire faillite.

    Faire besoin, être nécessaire. Quand nous faisons besoin, nous autres misérables, Nous sommes les chéris et les incomparables, Molière, l'Ét. I, 2.

    Faire un faux bond, commettre une faute. Mais s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond, Molière, Éc. des f. III, 2.

    Faire comparaison, comparer. Voyez ces animaux, faites comparaison De leurs beautés avec les vôtres, La Fontaine, Fabl. I, 7.

    Cette muraille fait le coude, elle forme un coude, un angle.

    Faire le coup de fusil, échanger des coups de fusil avec une troupe armée.

    Faire des discours, tenir des propos, un langage. Tous ces signes sont vains ; quels discours as-tu faits ? Molière, l'Ét. III, 4.

    Sa maison fait face à la mienne, elle est en face de la mienne.

    Ce tableau fait pendant à tel autre, il sert ou peut servir de pendant à tel autre.

    Faire bonne mine, bon visage à quelqu'un, voy. MINE et VISAGE.

    Faire règle, loi, jurisprudence, c'est-à-dire être tenu pour règle, loi, jurisprudence. Ce texte fait règle. Cet exemple fait loi. Cet arrêt fait jurisprudence.

    Faire des siennes, faire des fredaines.

    On dit faire des leurs, quand il s'agit de plusieurs personnes. Causant, riant, faisant des leurs, Les amours suivent sur deux lignes, Béranger, Mon enterr.

    Faire les yeux doux, voy. ŒIL.

    Ne faire ni une ni deux, voy. DEUX.

  • 21Il se dit de certaines fonctions de guerre. Faire sentinelle, faire faction, faire la garde, faire le guet, faire la ronde, faire la revue d'une armée.
  • 22 Terme de marine. Faire de l'eau, faire sa provision d'eau.

    Faire eau, se dit en parlant d'un vaisseau qui a une fente par où l'eau s'introduit.

    Faire les vivres, réunir les vivres nécessaires. Faire du bois, faire la provision de bois pour le bâtiment.

    Faire le quart, faire bon quart, veiller pendant le quart.

    Faire abordage, donner contre un vaisseau par accident.

    Faire la contre-marche, faire passer le vaisseau derrière la flotte pour revirer ou changer de bord.

    Faire pavillon, déployer le pavillon.

    Faire des feux, indiquer par des fanaux le danger où l'on se trouve.

    Faire honneur à une roche, s'en éloigner.

    Faire porter, arriver pour avoir plus de vent dans les voiles.

    Faire servir, déployer les voiles, mettre le navire en route.

    Faire tête, présenter le cap au vent ou au courant.

    Faire vent arrière, prendre le vent en poupe.

    Faire le nord, faire le sud, naviguer vers le nord, vers le sud.

    Faire des bordées ou une bordée, synonyme de courir des bordées. Flacourt toucha en faisant sa bordée trop près du Diamant, Mém. de VILLETTE, 1686, dans JAL.

    Faire sa cale, arranger dans la cale de son navire tout ce qui doit y trouver place.

    Dans les galères, faire armes en couverte, c'était faire ce qu'on nomme aujourd'hui le branle-bas de combat.

    Anciennement. Faire cap à la flotte, prendre la tête de la flotte, marcher le premier dans une réunion de navires, pour indiquer la route à tous les bâtiments. Faire cap à la mer, tourner l'avant du navire du côté du large.

  • 23 Terme de natation. Faire la planche, se soutenir sur le dos dans l'eau.
  • 24 Terme de vénerie. Faire sa tête, se dit du cerf dont le bois pousse depuis le mois de mars jusqu'au mois d'août.

    Faire sa nuit, se dit du cerf qui sort des demeures à la fin du jour, et va aux gagnages, où il reste jusqu'au lendemain matin.

    Faire tête aux chiens, les attendre, se défendre, surtout en parlant du sanglier et du loup.

  • 25 Terme de jeux. Faire les cartes, les battre avant de les distribuer.

    Absolument. À qui est-ce à faire ?

    Faire une levée, prendre les cartes qui sont jouées pour un coup. Faire la main, faire sa main, c'est-à-dire faire le plus grand nombre de levées.

    Faire le jeu, mettre au jeu. Le jeu est-il fait ?

    Faire tant de points, gagner tant de points.

    Faire la partie de quelqu'un, jouer avec lui.

    Faire le whist, le boston de quelqu'un, jouer habituellement avec lui le whist, le boston. Après avoir fait le whist de la marquise, Picard, Trois quartiers, I, 2.

    Absolument, faire le whist, le piquet, faire la partie de whist, de piquet.

    Au billard, faire signifie faire entrer une bille dans la blouse. Faire quelqu'un, faire sa bille. Faire une bille au doublé. Faire un carambolage, caramboler.

    Au trictrac, faire une case, un jan. Faire école, oublier de marquer les points que le coup de dé donne. Faire école de partie, oublier de marquer un trou.

    À la quintaine, faire une tête, enlever la tête avec la lance. Ils disputèrent le prix en une seule course, dans laquelle ils firent chacun quatre têtes, Dangeau, I, 131, 4 mars 1685.

  • 26Amasser, mettre ensemble, en parlant d'argent ou de choses dont on a besoin. Voilà tout l'argent qu'il a pu faire. Faire des provisions, faire ses provisions. Faire une somme.

    Faire de l'argent, s'en procurer. Il avait des tableaux et des curiosités ; il en a fait quelque argent.

  • 27Faire des recrues, appeler des hommes sous les drapeaux.

    On a dit dans le même sens, mais on ne le dit plus guère, faire des hommes, faire des troupes, faire des régiments. Alexandre voulut faire ces nouvelles troupes pour contre-carrer les vieilles et réprimer leur licence, Vaugelas, Q. C. 554. Lavardin et Amilly faisaient des troupes pour le roi dans le pays du Maine, Retz, II, 316.

    On dit aussi faire la maison d'un prince, d'un grand seigneur.

  • 28Acquérir, gagner. Il a fait de très beaux bénéfices. Cet entrepreneur fait à peine ses frais. Je suis bien aise que saint Candide fasse des miracles ; mais je ne me soucie pas que ses miracles fassent de l'argent, Maintenon, Lett. à Mme de Brinon, 22 août 1683.

    On dit dans un sens analogue, faire une bonne maison.

    Faire fortune, gagner beaucoup d'argent. Il fit une assez grande fortune qu'il n'eût pas faite s'il n'eût été qu'homme de lettres, Voltaire, Louis XIV, Écrivains, Valincour.

    Faire sa fortune, gagner puissance, dignité, gloire, crédit, renom. Il y avait entre Henri et Louis cette différence qui se trouve si souvent entre un gentilhomme qui a sa fortune à faire, et un autre qui est né avec une fortune faite, Voltaire, Fragm. sur l'hist. art. 18.

    Faire sa fortune, signifie aussi devenir riche.

  • 29Consacrer un temps à l'étude d'une chose. Faire ses humanités, son apprentissage.

    Faire son temps, accomplir les années de son service. Ce soldat a fait son temps, il est libéré.

    Faire son temps, se dit aussi d'un forçat condamné pour un temps.

    Par extension. Ce vieillard a fait son temps, il a vécu longtemps.

    Cela a fait son temps, cela n'est plus de mise, n'a plus d'influence. Ces idées ont fait leur temps.

  • 30Il se dit en parlant des différentes professions, métiers, emplois qu'on exerce. Faire les fonctions de maître des cérémonies. Faire la médecine, le commerce, la banque. Il ne sait pas faire son métier.

    Fig. Faire métier et marchandise, trafiquer malhonnêtement. Ces gens qui, par une âme à l'intérêt soumise, Font de dévotion métier et marchandise, Molière, Tart. I, 6.

    Dans l'Église catholique, faire le diacre, le sous-diacre, faire les fonctions de diacre, de sous-diacre.

  • 31Passer par, avoir pour maîtres, en parlant de domestiques. Ce domestique a fait plusieurs maîtres. Cette femme de chambre n'est pas habile ; elle fera plusieurs maisons.
  • 32Faire une maladie, passer par une maladie, la subir. Elle a fait une maladie de langueur, et s'est vue réduite à la dernière misère, Genlis, Théât. d'éduc. la March. de mod. sc. 5.
  • 33Il se dit de différentes occupations de la vie courante. Faire de l'exercice. Faire des visites. Faire une promenade.

    Faire un bon dîner, un mauvais dîner, avoir à son dîner des mets bons, mauvais. J'espère que, cet hiver, vous voudrez bien faire chez moi de ces petits dîners dont je prétends tirer tant d'avantages, Racine, Lett. à Boileau, 6 oct. 1692.

  • 34Constituer quelqu'un en une certaine dignité ou titre. Il a perdu d'honneur Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur, Corneille, Cid, II, 7. Ne vous hasardez point à faire un empereur, Corneille, Othon, II, 5. Je puis faire les rois, je puis les déposer, Racine, Bérén. III, 1. Les évêques du temps des Carlovingiens faisaient et défaisaient les rois, Voltaire, Mœurs, 27. J'ai fait des souverains et n'ai pas voulu l'être, Voltaire, Œd. II, 4.

    Faire de l'Académie, de l'Institut, élire membre de l'Académie, de l'Institut. Il faudra le faire de l'Académie ; après avoir eu tant de prix, il est bien juste qu'il en donne, Voltaire, Lett. Marmontel, 21 août 1767.

    Faire se dit aussi pour donner une profession. Il a fait son fils avocat, prêtre. Sa mère l'a faite couturière.

  • 35Donner à quelqu'un certaine qualité, condition, avec un nom de personne pour sujet. Disposez de mon sang, les dieux vous en font maître, Corneille, Hor. v, 1. Vous m'aurez faite heureuse, et c'est assez pour vous, Corneille, Perthar. II, 1. Un autre peintre lui faisait voir le tableau d'une Hélène qu'il avait peinte avec soin et qu'il avait ornée de beaucoup de pierreries, il lui dit : Oh mon ami, n'ayant pu la faire belle, vous avez voulu du moins la faire riche, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, 1re part. p. 172, dans POUGENS. On a trahi le fils, on fait la mère esclave, Voltaire, Mérop. II, 4. Madame d'Ostalis et moi, nous sommes ce qu'on nous a faites, Genlis, Ad. et Théod. t. II, lett. 29, p. 259, dans POUGENS.

    Faire quelqu'un dupe, le tromper. Il m'a fait sa dupe.

    Donner un certain caractère. Enfin je veux vous faire ennemis légitimes, Corneille, Hor. II, 6. J'ai fait des malheureux sans doute, et la Phrygie Cent fois dans votre sang a vu ma main rougie, Racine, Andr. I, 4. Prennent-ils donc plaisir à faire des coupables, Afin d'en faire après d'illustres misérables ? Racine, Théb. III, 2. Et je vous ferai juge entre Athalie et lui, Racine, Athal. v, 2. De deux fils que j'aimai les dieux m'avaient fait père, Voltaire, Brutus, v, 7. Sophonisbe en ces lieux peut faire des perfides, Voltaire, Soph. IV, 1. La raison fait des philosophes, et la gloire fait des héros ; la seule vertu fait des sages, Vauvenargues, Max. 531.

    Avec un nom de chose pour sujet. Et nous verrons ainsi que fait mieux un brave homme Des leçons d'Annibal, ou de celles de Rome, Corneille, Nicom. I, 3. Les exploits Qui vous ont fait l'envie et la terreur des rois, Rotrou, Bélis. V, 3. Inspirez-nous cette bonne volonté qui fait les justes, Massillon, Carême, Tiédeur, 1.

  • 36 Terme de bourse. La rente, la bourse a fait tant, c'est-à-dire le taux de la rente, de la bourse a été de tant.

    Terme de finances. Faire les deniers bons, se rendre garant du payement d'une somme. Locution vieillie.

    Terme de jeu. Faire bon, répondre qu'on payera tout ce qu'on perdra au delà de ce qui est au jeu. Faire bon partout. Faire bon de tout.

  • 37Il se dit des personnes qu'on se concilie, qu'on s'attache, etc. Faisons des protecteurs sans faire d'ennemis, Corneille, Théod. II, 2. Tout ami dit : j'ai fait un ami, et ce lui est une grande joie, Bossuet, Polit. X, IV, 3. En un soir, ce n'est pas être heureux à demi, Je trouve un doux asile et je fais un ami, Collin D'Harleville, Chât. en Esp. II, 11.

    Faire une maîtresse, gagner l'amour d'une femme. Tous sauraient comme lui, pour faire une maîtresse, Perdre le souvenir des beautés de leur Grèce, Corneille, Toison d'or, I, 2. Cléon fait chaque jour de nouvelles maîtresses, Destouches, Dissip. I, 2.

    Très familièrement. Faire une femme, se dit pour faire une maîtresse.

    Faire un amant, en parlant d'une femme. Il est vrai, jusqu'ici je n'ai point fait d'amants ; Mais je n'ai point encor passé le temps d'en faire, Hauteroche, Bourg. de qualité, I, 5. Aussi, m'a-t-on dit, n'avait-elle guère fait d'amants, mais beaucoup d'amis et même d'amies, Marivaux, Mariane, 4e part.

  • 38Représenter un personnage. Faire les amoureux, les valets. Et qui fait les rois parmi vous ? Molière, Impr. 1. Mme de Caylus fait Esther, Sévigné, 572.

    Faire tel ou tel personnage, se donner pour avoir telle ou telle qualité. L'un devait faire le maître, et l'autre le valet.

    Fig. Faire un sot personnage, un plat personnage, figurer d'une manière peu honorable, désagréable, ou nulle, parmi d'autres personnes, dans une affaire.

  • 39Prendre le caractère de, jouer le rôle de. D'une vaine parure inutile à sa peine, Elle peut acquérir de quoi faire la reine, Corneille, Médée, III, 2. Ce serait à vos yeux faire la souveraine, Corneille, Nicom. III, 1. Il me souvient que votre oncle a déjà commencé par un soufflet, à faire le Jupiter sur mon visage, Hauteroche, le Cocher, sc. 6. Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis, Fait le veau sur son âne et pense être bien sage, La Fontaine, Fabl. III, 1. Il n'est pas jusqu'au savant Usser qui n'ait voulu, à ce qu'on prétend, faire le prophète, Bossuet, Variat. XIII, § 41. Leur Confutzée, que nous appelons Confucius, n'imagina ni nouvelles opinions, ni nouveaux rites ; il ne fit ni l'inspiré, ni le prophète ; c'était un sage magistrat, qui enseignait les anciennes lois, Voltaire, Mœurs, introd. Chine. C'est alors que Pierre dit : Mon frère Charles veut faire l'Alexandre, mais il ne trouvera pas en moi un Darius, Voltaire, Russie, I, 16. Viens, Camille, Soupe avec nous, Que nous fassions les fous, Béranger, Bonne fille.

    Feindre d'être ce qu'on n'est pas. Ainsi la cruauté fait la douce, et paraît officieuse et bienfaisante, Guez de Balzac, 5e disc. sur la cour. Dorante avec chaleur fait le passionné, Corneille, le Ment. IV, 8. Rien ne vous sert ici de faire le surpris, Corneille, Rodog. II, 3. Tu fais adroitement le doux et le sévère, Corneille, Perthar. IV, 2. En vain par politique il fait ailleurs l'amant, Corneille, Tite et Bérén. III, 1. Je ferai le vengeur des intérêts du ciel, Molière, Festin, v, 2. Je connus que j'avais trop fait le janséniste, Pascal, Prov. I. Mettre de l'affectation à se montrer avec telle ou telle qualité. Tu me braves, Cinna, tu fais le magnanime, Corneille, Cinna, v, 1. Ce trône refusé dont vous faites le vain, Corneille, Tois. d'or, III, 1. Vous faites hors de temps le brave et le rebelle, Mairet, Soliman, v, 8. Elle [l'idolâtrie] faisait quelquefois la respectueuse envers la divinité, Bossuet, Hist. II, 12. On fait le philosophe et l'esprit fort, et l'on est en secret le pécheur le plus rampant, Massillon, Carême, Doutes sur la religion. Me voilà forcé par vous-même à m'exposer à toute la méchanceté de mes ennemis, à tout le ridicule d'un vieillard qui veut faire le jeune homme, et à tous les chagrins qui peuvent suivre un tel désagrément, Voltaire, Lett. d'Argental, 3 oct. 1777.

    Se donner certains airs, prendre certaines manières. Il fait l'impertinent. Faire le dégoûté. Elle [mouche] s'en attribue uniquement la gloire, Va, vient, fait l'empressée, La Fontaine, Fabl. VII, 9. Cette D*** fait la personne de qualité, Sévigné, 216. La vanité de faire l'éclairée quand je ne le suis pas, Sévigné, 434.

    Faire le mort, faire semblant d'être mort. L'autre plus froid que n'est un marbre Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent, La Fontaine, Fab. v, 20.

    Fig. et familièrement. Faire le mort, dissimuler.

    Faire du, trancher de, simuler. Et faisant des mourants et de l'âme saisie, Régnier, Sat. XII. Il fait de l'insensible, afin de mieux surprendre, Corneille, Rodog. IV, 6. J'ai fait du souverain et j'ai tranché du brave, Rotrou, Vencesl. IV, 2. Un tel aveu vous surprend et vous touche ; Mais faire ici de la petite bouche Ne sert de rien…, La Fontaine, Calendrier. Apparemment Lanoue n'eût point fait du prophète s'il n'eût eu de ces présages politiques devant les yeux qui sont bien plus certains que les présages de la superstition, Bayle, Lettre sur les comètes, p. 529.

    Faire de son drôle, faire le brave, et aussi avoir des succès. J'ai bravé ses armes assez longtemps [de l'amour] et fait de mon drôle comme un autre, Molière, Princ. d'Él. II, 2. J'ai ouï dire, moi, que vous avez été autrefois un bon compagnon parmi les femmes ; que vous faisiez de votre drôle avec les plus galantes de ce temps-là, Molière, Scapin, I, 6.

  • 40Causer, déterminer, procurer, avec un nom de personne pour sujet. Quand je lui veux partout faire des ennemis, Corneille, Sertor. v, 1. … Ou mille empêchements que vous ferez vous-même, Corneille, Nicom. v, 5. Et j'aurais cette honte en ce funeste sort D'avoir prêté mon crime à faire votre mort, Corneille, Œdipe, II, 4. Que m'importe qu'il [le ciel] montre un visage plus doux Quand il fait des malheurs qui ne sont que pour nous, Corneille, ib. v, 11. C'est à l'heur du retour que leur courage aspire Et non pas à l'honneur de me faire un empire, Corneille, Tois. d'or, I, 3. Notre gloire, il est vrai, deviendra sans seconde, Si nous faisons sans eux la liberté du monde, Corneille, Sertor. II, 2. Et je vous consolais au milieu de vos plaintes, Comme si notre Rome eût fait toutes nos craintes, Corneille, Hor. I, 1. [Ma mort]… Ferait une triste et prompte occasion De rejeter l'État dans la division, Corneille, Pulch. II, 2. Si dans les différends que le ciel vous peut faire, Corneille, Suréna, III, 1. Malgré toute la puissance romaine on voyait les chrétiens, sans révolte, sans faire aucun trouble, changer la face du monde et s'étendre par tout l'univers, Bossuet, Hist. II, 7. Si on le vit faire des réconciliations sincères dans ces lieux où l'on dissimule les haines et où l'on ne les quitte pas, Fléchier, Panég. II, p. 353. Un roi victorieux nous a fait ce loisir, Racine, Esth. Prol. … Par quel charme… Bajazet a pu faire un si grand changement, Racine, Bajaz. III, 1. Vous ferez d'un seul mot le sort de cet empire, Voltaire, Orphel. v, 4. Occupez le sénat, faites-lui des coupables, Chénier M. J. Tib. III, 2.

    Fig. Faire la pluie et le beau temps, régler tout à son gré. Je fais comme il me plaît le calme et la tempête, Racine, Esth. III, 5.

    Avec un nom de chose pour sujet. Cet Achille de qui la pique Faisait aux braves d'Ilion La terreur que fait en Afrique Aux troupeaux l'assaut d'un lion, Malherbe, III, 1. Car Chimène aisément montra par sa conduite Que la haine aujourd'hui ne fait pas sa poursuite, Corneille, Cid, v, 4. La sienne [estime] dans la cour lui fait mille jaloux, Corneille, Nicom. III, 8. La paix calme l'effroi que me fait la bataille, Corneille, Hor. IV, 4. Ce qui fait nos frayeurs ne peut le mettre en peine, Corneille, Poly. I, 3. Votre amour fait ma faute, il fera mon excuse, Corneille, Pomp. IV, 3. Seigneur, l'occasion fait un cœur différent, Corneille, Nicom. IV, 5. Oui, je veux bien qu'on sache, et j'en dois être crue, Que le sort offre ici deux objets à ma vue, Qui, m'inspirant pour eux différents sentiments, De mon cœur agité font tous les mouvements, Molière, Éc. des mar. II, 14. Ce nom [de gentilhomme] ne fait aucun scrupule à prendre, Molière, Bourg. gent. III, 12. Vous voyez ce que la douceur a fait sur son esprit, Sévigné, 578. Leur attente frustrée fait leur supplice, Bossuet, Hist. II, 13. La joie importune De tant d'amis nouveaux que m'a faits la fortune, Racine, Bérén. I, 4. Une fontaine qui coulait dans un coin y faisait un doux murmure qui appelait le sommeil, Fénelon, Tél. IV. Vous devez sentir le vide de tout ce qui fait l'agitation et l'empressement des autres hommes, Massillon, Carême, Prosp. temp. C'est, sire, mon extrême et respectueuse tendresse pour votre personne… qui, plus que tout, me fait du désir [m'inspire le désir] de me rapprocher de votre majesté, Saint-Simon, t. VIII, p. 242, édit. CHÉRUEL. De grands États, tels que la Bourgogne, l'Artois, la Flandre, la Bretagne, la Guyenne, relevants de la couronne, faisaient toujours l'inquiétude du prince beaucoup plus que sa grandeur, Voltaire, Mœurs, 75. Cet habile naturaliste a remarqué, dans une lave grise, pesante et très dure, des cristaux assez gros, mais confus, lesquels réduits en poudre ne faisaient aucune effervescence avec l'acide nitreux, Buffon, Min. t. III, p. 125, dans POUGENS.

    Cela ne lui fait ni chaud ni froid, cela lui est tout à fait indifférent.

    Cela ne fait ni chaud ni froid, cela est indifférent, ne nuit ni ne sert.

  • 41Être, constituer. C'est gloire de passer pour un cœur abattu Quand la brutalité fait la haute vertu, Corneille, Hor. IV, 4. Il fait toute ma gloire, il fait tous mes désirs ; Ne devrait-il pas faire aussi tous mes plaisirs ? Corneille, Tite et Bérén. I, 1. L'habit fait la doctrine, Pascal, Prov. 4. Quoiqu'ils ne refusent en effet que de reconnaître que Jansénius ait tenu ces propositions qu'ils condamnent, ce qui ne peut faire d'hérésie, Pascal, ib. 17. La pensée qui fait l'être de l'homme, Pascal, dans COUSIN. L'humilité d'un seul fait l'orgueil de tous, Pascal, dans COUSIN. Les nouvelles d'Allemagne font toute notre attention, Sévigné, 202. Les petites vertus qui font l'agrément de la société, Sévigné, 266. Huit ou neuf ans au plus, dont on pourrait disputer sur un compte de 490 ans, ne feront jamais une importante question, Bossuet, Hist. II, 4. Toutefois cette vérité faisait si peu un dogme universel de l'ancien peuple, que les Saducéens, sans la reconnaître, non-seulement étaient admis dans la synagogue, mais encore élevés au sacerdoce, Bossuet, ib. 6. Le sang des Ottomans dont vous faites le reste, Racine, Baj. II, 3. Que Dieu fera toujours le premier de vos soins, Racine, Athal. IV, 3. Ils vont jusqu'à un certain point qui fait les bornes de leur capacité, La Bruyère, I. La crainte fait presque toute notre religion, Massillon, Car. Confess. Consolez mes vieux ans dont vous faites l'espoir, Voltaire, Tancr. I, 4. L'amour du genre humain qui fait mon caractère, Voltaire, Lett. Prusse, 2. Le nom de phénicoptère, oiseau à l'aile de flamme, est un exemple de ces rapports sentis qui font la grâce, l'énergie du langage de ces Grecs ingénieux, Buffon, Ois. t. XVI, p. 294, dans POUGENS.

    On dit dans un sens analogue, faire un bon avocat, un bon soldat, etc. avoir les qualités qui font le bon avocat, le bon soldat, etc. Pour faire un bon mari vous aimez trop les femmes, De Bièvre, Séducteur, II, 2.

  • 42Il se dit aussi de choses qui, par leur réunion, forment un tout, un ensemble. Deux et deux font quatre. Les qualités qui font le grand homme. Les plébéiens qui faisaient toujours le plus grand nombre dans ces assemblées, Vertot, Révol. rom. III, 259. On trouva que le nombre des citoyens pubères faisait à Rome le quart de ses habitants, Montesquieu, Rom. III.
  • 43Faire tout, avoir la suprême influence, être décisif. L'argent faisait tout à Rome, Bossuet, Hist. I, 9. Les dates font tout en cette matière, Bossuet, ib. II, 13. Les caractères de Guillaume et de Jacques firent tout, Voltaire, Louis XIV, 15. D'un bout du monde à l'autre bout L'habit fait tout, Béranger, Vieux hab. Qu'est-ce que cela fait ? c'est-à-dire quelle influence cela a-t-il ? Qu'est-ce que cela fait à notre sujet ? Bossuet, Nouv. myst. 10. Qu'est-ce que le nom fait à la chose ? Voltaire, Phil. ignor. 13.

    Familièrement. Qu'est-ce que cela fait là ? c'est-à-dire à quoi cela sert-il en ce lieu-là ?

    Qu'est-ce que cela me fait ? que m'importe ?

    Ne rien faire à… Être sans importance dans… Rien n'y font les soupçons, La Fontaine, F. avare. Hérès chez Platon ne ressuscita à la vérité que pour quinze jours ; mais c'était toujours une résurrection, et le temps ne fait rien à l'affaire, Voltaire, Dict. phil. Résurrection, 3. Quoique les noms ne fassent rien à la nature, c'est cependant rendre service à ceux qui l'étudient que de les leur interpréter, Buffon, Quadrup. t. V, p. 165, dans POUGENS.

  • 44Représenter comme, en parlant de personnes ou de choses. Ils reçoivent à bras ouverts un banni qui leur fait aisée la conquête de son pays, Guez de Balzac, 2e discours. Mais je vous vois, Maxime, et l'on vous faisait mort, Corneille, Cinna, IV, 5. L'indignité… Dont je connais qu'à tort je te faisais l'auteur, Rotrou, Bélis. I, 2. Mais, las ! il le fait, lui, si rempli de plaisirs [le mariage], Que de se marier il donne des désirs, Molière, Éc. des f. v, 4. Je viens d'apprendre que celui que tout le monde faisait auteur de vos apologies les désavoue, Pascal, Prov. 16. Il n'est pas si terrible qu'on le fait, Massillon, Carême, Fausse conf.
  • 45Évaluer à un certain prix. Combien faites-vous le mètre de velours ? dix francs. Le marchand fit son chantre mille écus, et son grammairien trois mille, La Fontaine, Vie d'Ésope.
  • 46Allouer, en parlant d'une somme. C'était bien peu de ne faire que 100 livres à une fille qui avait apporté 8000 livres, Bossuet, Lett. relig. 76.

    Faire les fonds, fournir l'argent nécessaire. C'est lui qui a fait les fonds de cette entreprise.

  • 47 Terme de grammaire. Avoir une certaine désinence ou flexion. Cheval fait au pluriel chevaux.
  • 48Rendre des excréments. Ce malade fait tout sous lui. Faire du sang, de la bile, des glaires, rendre du sang, de la bile, des glaires avec les selles. Ai-je bien fait de la bile ? Molière, Mal. imag. I, 2.

    Absolument. Rendre ses excréments. Le duc de Gesvres voulut faire le gaillard au souper de la noce ; il en fut puni ; il fit partout dans le lit, Saint-Simon, 115, 258. Quand vous aurez fait, vous couvrirez de terre vos excréments, Voltaire, Phil. IV, 209.

    Faire dans ses chausses, laisser aller ses excréments dans sa culotte ; et fig. avoir une peur extrême. La postérité ne se doutera jamais combien, dans ce siècle de lumières et de batailles, il y eut de savants qui ne savaient pas lire et de braves qui faisaient dans leurs chausses, Courier, Lett. I, 132.

    Faire de l'eau, uriner.

    Faire du sable, faire une pierre, rendre du sable, une pierre avec l'urine.

  • 49Chemin faisant, tout en cheminant ; locution qui est par inversion pour : en faisant chemin. Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé, La Fontaine, Fabl. I, 5.
  • 50Faire, suivi d'un adjectif pris adverbialement.

    Faire court, abréger. Mais bientôt il le prit en homme de courage, En galant homme et, pour le faire court, En véritable homme de cour, La Fontaine, Joc.

    Faire ferme, s'arrêter pour tenir tête à l'ennemi. Les Tyriens, voyant les ennemis maîtres de leur rempart, se retirèrent vers la place d'Agénor, où ils firent ferme, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VI, p. 287, dans POUGENS.

    Faire, avec un adverbe de quantité, autant, plus, assez. Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome, Corneille, Hor. II, 3. Quand on a assez fait auprès de certaines personnes pour avoir dû se les acquérir, si cela ne réussit point, il y a encore une ressource qui est de ne plus rien faire, La Bruyère, IV. J'ai fait plus que maint duc et pair Pour mon pays que j'aime, Béranger, Vivand.

    Faire tant, en venir à. L'aigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent, Et firent tant qu'ils s'embrassèrent, La Fontaine, Fabl. v, 18.

    À tant faire que de choisir, encore faut-il avoir ce qu'il y a de mieux.

  • 51Faire, construit avec la particule en. En faire de même, agir, se comporter semblablement. C'est que je l'aime et qu'on estime Qu'elle en fait de même de moi, Malherbe, V, 20.

    En faire trop, assez. Quelle illusion ! de peur d'en faire trop pour Dieu, on ne fait rien du tout, Massillon, Carême, Mort. On se reproche de n'en pas faire assez pour une fortune de boue, Massillon, ib.

    En faire autant, faire la même chose. Une autre la suivit, une autre en fit autant, La Fontaine, Fabl. III, 4.

    En faire à sa tête, ne faire que sa volonté. Qui voulant en faire à sa tête, La Fontaine, Fabl. II, 10.

    En faire à deux fois, se reprendre plus d'une fois à quelque chose, avoir de l'hésitation. Sans en faire à deux fois, je vous conjure d'embrasser…, Sévigné, 80.

    En faire à quelqu'un pour un bras, lui casser un bras en le battant. J'en suis pour mon honneur ; mais à toi qui me l'ôtes, Je t'en ferai du moins pour un bras ou deux côtes, Molière, Sgan. 6.

    Populairement. Je croyais m'en tirer avec cent sous, je m'en suis fait pour quinze francs, c'est-à-dire la dépense s'est élevée à quinze francs.

  • 52Faire, construit avec un infinitif. Dans cette construction, faire donne à la phrase un sens causatif ; c'est par cet artifice que le français a remplacé les verbes causatifs qui se trouvent dans certaines langues ; aussi, en cet emploi, le participe fait est toujours invariable : les soupçons qu'il a fait naître, et non qu'il a faits naître, parce que faire naître est considéré comme un seul mot. En cet emploi faire a trois sens : être cause que ; charger de ; attribuer à.

    Être cause que. Cela fait dire à Cicéron que… Que le sort favorable Lui fasse rencontrer un ami secourable, Malherbe, I, 4. Qui le fait se charger du soin de ma famille ? Qui le fait, malgré moi, vouloir venger ma fille ? Corneille, Hor. v, 3. Mais, seigneur, je m'emporte, et l'excès d'un tel heur Me fait vous en parler avec trop de chaleur, Corneille, Sertor. I, 3. Il a fait entendre les sourds et parler les muets, Sacy, Bible, Év. St Marc, VII, 37. J'ai pâli du dessein qui vous a fait sortir, Racine, Phèdre, IV, 6. [Calchas] Fera taire nos pleurs, fera parler les dieux, Racine, Iphig. I, 1. Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux, Racine, ib. III, 6. L'amour d'une vaine gloire vous a fait parler sans prudence, Fénelon, Tél. IV. La nature n'a-t-elle pas imposé une grande peine au peuple et aux malheureux de les avoir fait naître dans la dépendance ? Massillon, Pet. carême, Hum. des grands.

    Faire faire, être cause qu'on fait. Vous savez les honneurs qu'on fit faire à son ombre, Corneille, Poly. I, 4. Télémaque prend ces armes, don précieux de la sage Minerve, qui les avait fait faire par Vulcain, Fénelon, Tél. XVIII.

    Avec faire, on supprime d'ordinaire le pronom personnel d'un verbe réfléchi. Je l'en ferai repentir. Je ne feindrai pas de vous dire que le hasard nous a fait connaître il y a six jours, Molière, Mal. im. I, 5. Les mauvais traitements qu'il me faut endurer Pour jamais de la cour me feraient retirer, Molière, Fâcheux, III, 2.

    Familièrement. Je ne lui fais pas dire, ou, ce qui est plus usité aujourd'hui, je ne le lui fais pas dire, il le dit de lui-même, c'est sa propre pensée, et non une pensée que je lui suggère. Vous l'entendez, monsieur, je ne lui fais pas dire, Dancourt, Bourg. à la mode, IV, 6.

    Charger de. Je ferai bâtir ma maison à ou par cet architecte. Il fit faire ses habits à ou par un mauvais tailleur. J'ai fait dire par un messager au médecin de venir.

    Attribuer, prétendre. Vous faites dire à Cicéron une chose qu'il n'a jamais dite. Et faisant faussement parler les immortels, Rotrou, Antig. v, 5. À qui Strabon fait traverser l'Europe, Bossuet, Hist. I, 7. Le sang de ces héros dont tu me fais descendre, Racine, Iphig. V, 6. Cessez de démentir Le sang des demi-dieux dont on me fait sortir, Voltaire, Mér. IV, 2.

  • 53Faire à savoir, faire connaître. Si j'avais du crédit en France, je ferais publier à son de trompe : On fait à savoir que, quand les Jacobins disent que la grâce suffisante est donnée à tous, ils entendent que tous n'ont pas la grâce qui suffit effectivement, Pascal, Prov. 1. On fait à savoir à tous qu'un tel n'est pas heureux, Courier, Lett. II, 12.

    Génin a établi par de bonnes raisons, ce semble, qu'il faut lire assavoir, ancien verbe (voy. ASSAVOIR) qui fut jadis très employé. Il est de fait que dans ces sortes de constructions faire ne prend pas la préposition à. On trouve, il est vrai, dans la vieille langue des tournures telles que il fait à louer ; mais cela signifie non pas : il fait louer, mais : il agit de manière à être loué, il fait chose à louer.

    La Fontaine a dit simplement, dans le même sens, faire savoir. De par le roi des animaux Fut fait savoir à ses vassaux, La Fontaine, Fabl. VI, 14.

  • 54 V. n. Opérer, travailler, se comporter. Il apprendrait à vaincre en me regardant faire, Corneille, Cid, I, 3. Allons donc les voir faire et montons à la tour, Corneille, Pomp. I, 4. Le cerf ne pleura point, comment eût-il pu faire ? Cette mort le vengeait ; la reine avait jadis Étranglé sa femme et son fils, La Fontaine, Fabl. VIII, 14. (l'édition originale est ainsi ; les éditions modernes ont, à tort : comment l'eût-il pu faire). Faites, prenez parti ; que rien ne vous arrête, Et ne me rompez pas davantage la tête, Molière, Mis. IV, 3. Il faut faire et non pas dire ; et les effets décident mieux que les paroles, Molière, Fest. de P. II, 5. Que ne laissiez-vous un peu faire à la Providence ? Sévigné, 430. L'attaque se fit avec une vigueur extraordinaire, et dura trois bons quarts d'heure ; car les ennemis se défendirent en fort braves gens ; mais comment auraient-ils pu faire ? pendant qu'ils étaient aux mains, tout notre canon tirait, sans discontinuer, sur les deux demi-lunes, Racine, Lett. à Boileau, 3 avril 1691. En vérité, dit-il, voilà un grand embarras ! laissez-moi faire, Fénelon, Tél. VII. Voyant d'autres gens entrer, je fis comme eux, on me laissa faire, Rousseau, Confess. II. Juger est une chose, et faire est une autre, Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 318, dans POUGENS. L'intérêt personnel et l'habitude générale en dérobent le crime et la bassesse ; je fais, dit-on, comme font les autres, et l'on se plie à des actions contre lesquelles la conscience cesse bientôt de réclamer, Raynal, Hist. phil. XIX, 6.

    Faire, être employé, avoir part aux affaires, à l'administration, au gouvernement. Le maréchal de Lorge, qui voulait faire, qui en sentait les moyens, ne cessait de proposer le siége de Mayence, Saint-Simon, 37, 168. [Le duc de Duras] c'était un fort honnête homme et fort aimé, brave, doux, voulant faire, mais sans aucun esprit, Saint-Simon, 50, 86.

    Façon de faire, manière de faire, façon, manière dont on agit, dont on se comporte. J'ai hésité si je ne rapporterais pas cette espèce aux hirondelles de rivage, dont elle paraît avoir quelques façons de faire, Buffon, Ois. t. XII, p. 356, dans POUGENS.

    Avoir du savoir-faire, voy. SAVOIR-FAIRE.

    Ainsi fit-il, aussi fit-il, se dit par inversion, il fit ainsi. Je lutte comme Jacob, mais il adora l'ange après avoir lutté, aussi fais-je, Voltaire, Lett. d'Argental, 23 juillet 1744. Faire, avec un adverbe ou une locution adverbiale, se comporter comme l'indiquent l'adverbe ou la locution. Ayez soin que tous deux fassent en gens de cœur, Corneille, Cid, IV, 5. N'empêchez point de bien faire celui qui le peut ; faites bien vous-même, si vous pouvez, Sacy, Bible, Prov. de Salom. III, 7. Çà, voyons un peu comme vous ferez, Molière, Pourc. III, 2. J'avais mangé de l'ail et fis en homme sage De détourner un peu mon haleine de toi, Molière, Amph. II, 3. C'est faire en honnêtes gens que de débuter par là, Molière, Préc. 5. Et l'on a trouvé que S. M. ne pouvait mieux faire que de jeter les yeux sur un si bon sujet, Sévigné, 407. J'y ferai de mon mieux, Sévigné, 556. Quand le Seigneur vous l'aura mise entre les mains [une ville], vous passerez au fil de l'épée tout ce qu'elle aura de combattants, en épargnant les femmes, les enfants et les animaux ; vous ferez ainsi à toutes les villes éloignées, Bossuet, Polit. IX, V, 6. Ceux qui font bien mériteraient d'être enviés, s'il n'y avait encore un meilleur parti à prendre, qui est de faire mieux, La Bruyère, IV.

    Bien faire, signifie quelquefois agir à propos. Pour bien faire, il faudrait que vous le prévinssiez, Racine, Andr. II, 1.

    Bien faire, faire du bien. Le plaisir de bien faire est un plaisir céleste, Tristan, Mort de Chr. II, 6. La miséricorde divine ne cesse jamais de bien faire aux hommes, Bossuet, Pénit. 1.

    Dans plusieurs provinces on dit qu'une femme est en train de bien faire, pour exprimer qu'elle est enceinte.

    Faire bien, se bien conduire. La comtesse de Guiche [qui venait de perdre son mari] fait fort bien ; elle pleure quand on lui conte les honnêtetés et les excuses que son mari lui a faites en mourant, Sévigné, 173.

    Bien faire, mal faire, se comporter bien, mal dans un combat. Voilà notre avant-garde à bien faire animée, Molière, Amph. I, 1. Voyant que son régiment faisait mal, Sévigné, 207. M. le duc était lieutenant général de jour, et fit à la Condé c'est tout dire, Racine, Lett. à Boileau, 15 juin 1692.

    Être prêt à bien faire, être tout disposé aux plaisirs de la table, de l'amour. … Étant donc la donzelle Prête à bien faire, La Fontaine, Orais. Nous étions à table, plusieurs, joyeux, en devoir de bien faire, Courier, Pamphl. des pamphl.

    Faire bien, avoir du succès, réussir. Quand il veut prendre la peine de parler, il fait très bien, Sévigné, 183. Le voilà dans le monde, il y fait fort bien, Sévigné, 498.

    Faire bien, faire mal, s'assortir, ne pas s'assortir, produire un bon, un mauvais effet. Le bleu et le jaune font bien l'un avec l'autre. Ce tableau ferait mieux ailleurs. Ces deux adverbes joints font admirablement, Molière, F. sav. III, 2. Il a laissé un petit bois sombre qui fait fort bien, Sévigné, 202.

    Faire bien ou mal à, en parlant des personnes, faire bon accueil. Le roi fit fort bien à M. de Pomponne, Sévigné, 408. Il [le duc de Bourgogne] salua Mme de Maintenon qui lui fit fort bien, Saint-Simon, 214, 136.

    Faire bien à, en parlant des choses, être agréable, utile. Le déjeuner m'a bien fait, je me trouve bien d'avoir déjeuné. Faire bien ou mal, ou tout autre adverbe ou locution adverbiale avec de, avoir raison, tort de… Ne ferions-nous pas mieux d'accepter le parti ? Corneille, Sertor. IV, 3. Et fit très sagement de changer de logis, La Fontaine, Fabl. III, 8.

  • 56Faire à quelqu'un, lui causer une certaine impression. Il est gai, il est content, il est favori de M. de Turenne ; comment vous fait ce nom ? Sévigné, 607. Le roi était accoutumé au visage de Mme de Saint-Simon par les Marly et par la voir souvent à la suite de Mme la duchesse de Bourgogne, choses d'habitude qui lui faisaient infiniment, Saint-Simon, 274, 202.

    Rien ne lui fait, il est insensible aux avis, aux reproches, etc.

  • 57Faire des armes, s'exercer à l'escrime.
  • 58Faire, avoir une part dans le jeu, dans une affaire. Il partagea le prix avec le prince de la Roche-sur-Yon, parce qu'ils avaient fait de moitié ; mais ce marché fut un peu désapprouvé, Dangeau, I, 131, 4 mars 1685.
  • 59Faire que, agir de manière que, avec l'indicatif quand la phrase est affirmative et à l'indicatif : Cela fait qu'on vient, cela fera qu'on viendra ; avec le subjonctif, quand on veut exprimer un souhait, un désir, un but qu'on se propose : Faites qu'on vienne. Fais que jamais rien ne l'ennuie, Malherbe, II, 3. Fais que je porte envie à ta vertu parfaite, Corneille, Cinna, IV, 6. Est-on d'une figure à faire qu'on se raille ? Molière, Psyché, I, 1. Et faisons qu'à ses fils il ne puisse dicter Que des conditions qu'ils voudront accepter, Racine, Mithr. I, 5. Ses dernières comédies font qu'on s'étonne qu'il ait pu tomber de si haut, La Bruyère, I. Tout cela fait qu'on vit et meurt plus tôt, Raynal, Hist. phil. I, 8.

    Fasse que ou fassent que, se dit par forme de souhait. Fasse le juste ciel… Que ces longs cris de joie étouffent vos soupirs, Corneille, Pomp. v, 5.

  • 60Finir. Nous n'aurions jamais fait, si nous voulions prendre à cœur les affaires du monde, Guez de Balzac, liv. II, lett. 1. Leurs coiffures toujours sont pour moi des supplies ; Jamais elles [les femmes] n'ont fait, j'en suis au désespoir, Th. Corneille, l'Inconnu, v, 4. Je n'aurais jamais fait si je voulais vous en faire le détail, Sévigné, 180. Monsieur, peut-on entrer ? - Non, monsieur, ou je meure. - Hé ! pourquoi ? j'aurai fait en une petite heure, Racine, Plaid. II, 10.

    On n'a jamais fait avec lui, c'est-à-dire il ne finit rien, il demande toujours.

    Il a fait à moi, il a fait avec moi, nous avons rompu, nous ne sommes plus amis ; cette phrase a vieilli. Et dès ce moment elle eût fait avec lui, Hamilton, Gramm. 4.

  • 61Faire de, avec ainsi, comme, etc. se comporter à l'égard de. Tout homme bien sage Doit faire des habits ainsi que du langage, Molière, Éc. des mar. I, 1. Je voudrais bien qu'on fît de la coquetterie Comme de la guipure et de la broderie, Molière, ib. II, 9.
  • 62Faire pour quelqu'un, le suppléer, tenir sa place, et aussi être son agent, son commissionnaire, sa caution.
  • 63Faire dans les draps, être négociant en draps.

    Faire en meubles, se dit de toutes les fournitures nécessaires pour garnir les meubles : laines, crins, étoffes, etc. Marchand de literie et de faire en meubles.

  • 64Faire pour, travailler pour. Tu ne fais que pour toi, s'il t'en faut récompense, Corneille, Perthar. II, 5. Et comme ils font pour eux, faisons aussi pour nous, Corneille, Nicom. IV, 6.

    Faire pour, faire contre, être favorable à, contraire à, avec un nom de personne pour sujet. Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens, Et nous faisons contre eux à leur être indulgents, Molière, Éc. des f. v, 7. Est-ce donc faire pour le progrès d'une langue que de…, La Bruyère, XIV. Il y a une ville dans la Judée qui a toujours fait contre vous, elle s'appelle Nazareth, Voltaire, Phil. v, 278.

    Avec un nom de chose pour sujet. C'est ce qui fait pour vous, et sur ces conséquences Votre amour doit fonder de grandes espérances, Molière, Éc. des m. I, 6.

  • 65Avoir une influence, un effet quelconque. L'argent fait plus auprès de lui qu'aucune recommandation

    Faire à. importer à, contribuer à. J'ai tâché d'expliquer celles [les expériences] qui faisaient le plus à mon sujet, Descartes, Diopt. 2. Même si cela fait à votre allégement, J'avouerai qu'à lui seul en est toute la faute, Molière, Dép. am. III, 4.

  • 66Dire, répliquer ; Il n'est d'usage que dans ces locutions familières d'ailleurs : Fait-il, fait-elle, fis-je, fit-il, fit-elle. Monsieur, au nom de Dieu, lui fais-je assez souvent, Molière, l'Ét. I, 9. Moi, j'ai blessé quelqu'un, fis-je tout étonnée, Molière, Éc. des f. II, 6.
  • 67Avoir fort à faire, avoir beaucoup d'efforts à faire pour venir à bout de quelque chose. Elle [la cour] aurait fort à faire et ses soins seraient grands D'avoir à déterrer le mérite des gens, Molière, Mis. III, 7.
  • 68C'est à faire à… de… se dit de quelqu'un qu'on reconnaît pour très capable de faire une chose. C'est à faire à lui d'ordonner une fête.

    Absolument. Saint Paul, saint Augustin ont prêché, c'était à eux à faire, Sévigné, 594.

    Ironiquement. C'est à faire à… il ne convient pas. C'est à faire à vous à parler ainsi.

    C'est à faire à… de… il n'appartient qu'à. Devant une telle beauté C'est à faire à des insensibles De conserver leur liberté, Corneille, Ode sur un prompt retour. C'est à faire aux insensés de compter sur une vie qui doit finir et qui peut finir à toute heure, Saint-Évremond, Lett. à M. de Créquy. C'est à faire aux castors, dira l'Indien, de s'enfuir dans des tanières ; l'homme doit dormir à l'air dans un hamac suspendu à des arbres, Rousseau, Lett. à M. Philopolis.

    Absolument. Raisonner sur les affaires, délibérer longtemps, chercher la raison, la vérité, la justice avec application, selon eux c'est à faire au vulgaire, Saint-Réal, Usage de l'hist. Disc. 1.

    Fig. C'est à faire à du temps, le temps viendra à bout de. Philiste assurément tient son esprit charmé ; Je n'aurais jamais cru qu'elle l'eût tant aimé. - Alcidon, c'est à faire à du temps, Corneille, la Veuve, II, 6. On dit aussi c'est à faire à… à… C'est à faire au vulgaire à sentir les fleurs, j'ai trouvé le moyen de les manger et de les boire, Guez de Balzac, Lett. II, 4.

    C'est à faire à, avec un infinitif, signifie aussi quitte pour (sens qui vieillit). Et s'il ose venir à quelque violence, C'est à faire à céder deux jours à l'insolence, Corneille, Poly. v, 1. Vous coucherez aussi avec moi, si vous voulez. - J'ai ordre de coucher chez ma tante ; mais n'importe, c'est à faire à être un peu grondée, Baron, Coquette et fausse prude, IV, 10. Qu'est-ce que de ne pas se produire par son beau côté ? c'est à faire à ne recevoir pas les louanges que l'on aurait remportées peut-être, Bayle, Projet d'un dict. critique, 1.

    C'est à faire à, il ne reste plus qu'à, tout ce qui est à faire c'est de… (sens qui vieillit). Aujourd'hui l'on s'assemble, aujourd'hui l'on conspire, L'heure, le lieu, le bras se choisit aujourd'hui ; Et c'est à faire enfin à mourir après lui, Corneille, Cinna, I, 2. C'est à faire à périr pour le meilleur parti, Il ne m'en peut coûter qu'une mourante vie, Que l'âge et les chagrins m'auront bientôt ravie, Corneille, Pulch. II, 2.

  • 69Ne faire que, suivi d'un infinitif, signifie incessamment. Il ne fait qu'étudier. Pendant son séjour à Bade, il ne fit que jouer.

    Ne faire que croître et embellir, se dit d'une jeune fille qui chaque jour devient plus grande et plus belle.

    Par extension, s'augmenter, devenir pire. Sa passion pour le vin ne fait que croître et embellir.

    En un autre sens, ne faire que, équivaut à seulement. Je n'ai fait que le voir, c'est-à-dire je l'ai vu seulement. Ces beaux lieux ne faisaient que lui rappeler le triste souvenir d'Ulysse, Fénelon, Tél. I. Les uns voient croître en paix, jusqu'à l'âge le plus reculé, le nombre de leurs années ; il en est qui ne font que se montrer à la terre, Massillon, Pensées de la mort. J'ai été bien malade cet hiver ; j'ai cru mourir ; mais je n'ai fait que vieillir, Voltaire, Lett. Mme de Fontaine, 13 mars 1752.

  • 70Ne faire que de, équivaut à tout à l'heure. Un prince qui pour lors ne faisait que de naître, Corneille, Œdipe, IV, 3. Il ne fait que de sortir de ma chambre, Sévigné, 70. Noé ne faisait que de mourir, Bossuet, Hist. II, 2.
  • 71Faire sert à remplacer un verbe qu'il faudrait répéter, et prend alors la signification de ce verbe. Et comme ils font du vrai, du faux ils m'épouvantent [ils m'épouvantent par le faux, comme ils m'épouvantent par le vrai], Régnier, Élég. I. Elle [Albe] m'estime autant que Rome vous a fait, Corneille, Hor. II, 3. L'exemple touche plus que ne fait la menace, Corneille, Poly. III, 3. [Les oisillons] Se mirent à jaser aussi confusément Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre Ouvrait la bouche seulement, La Fontaine, Fabl. I, 8. Ce baudet-ci m'occupe autant Que cent monarques pourraient faire, La Fontaine, ib. VI, 11. Je veux savoir vos pensées à fond et vous connaître un peu mieux que je ne fais, Molière, Festin, III, 1. Ah ! que j'ai de dépit que la loi n'autorise à changer de mari comme on fait de chemise, Molière, Sgan. 5. Puisque me voilà éveillé, il faut que j'éveille les autres, et que je les tourmente comme on m'a fait, Molière, Prol. de la Princ. d'Él. 2. Il l'appelle son frère, et l'aime dans son âme, Cent fois plus qu'il ne fait mère, fils, fille et femme, Molière, Tart. I, 2. Il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût fait les crimes, Bossuet, R. d'Anglet. Vous m'enverrez la traduction, ainsi que vous avez fait la latine, Bossuet, Lett. quiét. 317. Quand ils eurent résolu la mort de saint Paul, ils le livrèrent entre les mains des Romains comme ils avaient fait Jésus-Christ, Bossuet, Hist. II, 70. Les étrangers le connaissaient mieux que ne faisait une partie d'entre nous, Fontenelle, Littre. Charles voulait braver les saisons comme il faisait ses ennemis, Voltaire, Charles XII, liv. IV. Au milieu de ces troubles on parla de paix comme on fait toujours, Voltaire, Russie, I, 16.

    Il ne faut pas confondre cet emploi du verbe faire avec les cas où faire, gardant sa signification propre, gouverne le pronom le qui représente un verbe précédent. Je voulais partir ; mais je n'ai pu le faire. Je lui prête mon bras, et veux dès maintenant, S'il daigne s'en servir, être son lieutenant ; L'exemple des Romains m'autorise à le faire, Corneille, Nicom. II, 3.

  • 72 Impersonnellement, faire sert à marquer l'état de l'atmosphère. Il fait jour. Il fait froid. Quelle chaleur il a fait tout le jour ! Les chaleurs qu'il a fait l'année dernière. Il a fait du vent. Il a fait un grand coup de vent. Il va faire de l'orage. Il a fait hier de la pluie. Il faisait doux quand nous sommes sortis. Il fait sec aujourd'hui. Selon le temps qu'il fait l'homme doit naviguer, Régnier, Sat. VI. M. le prince n'avait pas eu lieu de s'imaginer qu'il pût trouver le roi au retour du bain, par un temps aussi froid qu'il faisait, Retz, III, 347. Allez doucement, il fait glacé, vous vous rompriez les jambes, Voltaire, Mœurs, 128.

    La locution il fait chaud s'explique par il, sujet indéterminé, annonçant le vrai sujet qui est placé plus loin par inversion ; il, c'est-à-dire le chaud, fait, c'est-à-dire règne. C'est pour cela que l'on dit : quelle chaleur il a fait, et non faite.

    Par extension, se dit des diverses conditions des choses. Il fait cher vivre à Paris. Qu'il fera dangereux rencontrer sa colère ! Corneille, Suite du Ment. III, 2. Il doit faire mal sûr recevoir vos serments, Th. Corneille, le Galant doublé, v, 2. Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net, D'épouser une fille en dépit qu'elle en ait, Molière, Femm. sav. V, 1. Il fait meilleur chez nous, La Fontaine, Fabl. IV, 13. La peste ! il y ferait bon, méfiant comme vous êtes, Beaumarchais, Barbier, III, 7.

    Ironiquement. Il fait beau, il ferait beau, c'est-à-dire c'est, ce serait une chose ridicule. Il nous ferait beau voir attachés face à face à pousser de beaux sentiments, Molière, Amph. I, 4.

  • 73Se faire, v. réfl. Se constituer en un certain état. Se faire avocat. Elle s'est faite religieuse. Mais je me fis toujours maître de ma fortune, Corneille, Œdipe, v, 4. De nos jours, un imposteur s'est dit le Christ en Orient ; tous les Juifs commençaient à s'attrouper autour de lui ; ils s'imaginaient déjà qu'ils allaient devenir les maîtres du monde, quand ils apprirent que leur Christ s'était fait Turc, Bossuet, Hist. II, 9. Jésus-Christ, tout saint qu'il était, n'a pas voulu entreprendre de se faire grand, Bourdaloue, 10e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 208. Qui sait que son Dieu l'a sauvé en se faisant petit, et qui prétend se sauver en se faisant grand, Bourdaloue, ib. p. 209. Puisque Votre Majesté, qui s'est faite homme, continue toujours à m'honorer de ses lettres, j'ose la supplier de me dire comment elle partage sa journée, Voltaire, Lett. roi de Prusse, 18 juin 1740.

    Se faire belle, se dit d'une femme qui se pare.

    Se faire de fête, s'inviter soi-même. Il s'offre, il se fait de fête, il faut l'admettre, La Bruyère, IX.

  • 74Se produire réciproquement. Quand on a commencé à prendre ce train [une éducation vigoureuse et toute dévouée à la patrie], les grands hommes se font les uns les autres, Bossuet, Hist. III, 6.
  • 75Se faire, être son propre instituteur, son propre maître. Son talent n'est pas ordinaire pour une femme, et pour une femme qui s'est faite toute seule, Diderot, Salon de 1769, Œuv. t. XV, p. 35, dans POUGENS.
  • 76Se développer, en parlant des personnes. C'est un jeune homme qui se fera. La fille crût, se fit ; on pouvait déjà voir Hausser et baisser son mouchoir, La Fontaine, Coupe. Mlle de Marcay se fait et danse des mieux, Maintenon, Lett. à d'Aubigné, 25 juin 1684.

    Se bonifier, en parlant des choses. Ce vin, ce fromage s'est fait.

  • 77Se faire à, s'accoutumer, s'habituer. Et doutant s'ils voudront se faire à l'esclavage, Corneille, Sertor. III, 2. Qui sait faire sa cour se fait aux mœurs des princes, Corneille, Othon, III, 3. Eh bien tant pis ! je fronde Ce mariage avec cet homme-là ; Mais, s'il est fait, le public s'y fera, Voltaire, Prude, III, 6. Il [le cheval] voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes, il le cherche et s'anime de la même ardeur, Buffon, Quadrup. t. I, p. 9, dans POUGENS.

    Il se dit aussi des yeux, de l'imagination, etc. Rien ne nous surprendra de voir la même chose Où nos yeux se sont faits quinze ans sous Théodose, Corneille, Pulchér. II, 2. L'imagination se fait à cette grande peine [un supplice], Montesquieu, Espr. VI, 11.

    S'abaisser, condescendre. Passe encor de le voir [Jupiter], de ce sublime étage Dans celui des hommes venir, Prendre tous les transports que leur cœur peut fournir, Et se faire à leur badinage, Molière, Amph. Prol.

  • 78Se faire, suivi d'un adjectif, devenir. Ces arbres commencent à se faire beaux. Nous nous faisons vieux sans nous en apercevoir.
  • 79Se faire, suivi d'un infinitif, rend le verbe causatif en même temps que réfléchi (bien entendu, dans ces constructions le participe fait est toujours invariable : Elle s'est fait connaître, ils se sont fait connaître). Faites-vous contenter par ce couple céleste, La Fontaine, Fabl. I, 14. Si le mari ne se fût fait connaître, Elle en allait enfiler beaucoup plus, La Fontaine, Mari conf. La douceur de sa voix a voulu se faire paraître dans un air tout charmant qu'elle a daigné chanter, Molière, Princ. d'Él. III, 2. L'histoire, de quelque manière qu'elle soit écrite, a le privilége de se faire lire, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 2. La marte ne s'approche jamais des maisons, et elle diffère encore de la fouine par la manière dont elle se fait chasser, Buffon, Quadrup. t. II, p. 243, dans POUGENS. Une effrayante voix s'est fait alors entendre, Voltaire, Œdipe, I, 3.
  • 80 Familièrement. Se laisser faire, ne pas se défendre, ne pas opposer de résistance. Cette jeune fille s'est laissé marier à un homme qui ne lui convenait pas. Nous laisserons-nous faire ainsi ?
  • 81Se faire, être fait. La mauvaise subtilité est moins dangereuse quand on raconte des choses faites que quand on délibère des choses à faire ; ici, pour ne rien dire de pis, elle est cause que les choses ne se font point, Guez de Balzac, De la cour, 3e disc. Notre connaissance s'est faite à l'armée, Molière, Précieuses, 12. Et vos noces se feront dès ce soir ? Molière, Mar. f. 12. On veut que tout se fasse par moi ; et cela n'est point, Maintenon, Lett. à Dangeau, t. VII, p. 76, dans POUGENS. Leurs habits, leurs tentes, leurs cordages, leurs tapis, tout se fait avec la laine de leurs brebis, le poil de leurs chameaux et de leurs chèvres, Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 265, dans POUGENS.

    La nuit se fait, la nuit commence. Arriver à l'heure où la nuit se fait.

    Terme de marine. Le jusant se fait, il prend de la force. La brise se fait, elle devient plus vive. Le vent s'est fait depuis le lever du soleil, il s'est levé ou il a pris de la consistance depuis le lever du soleil.

  • 82 Impersonnellement. Être, arriver. Comment se fait-il que vous ne soyez pas venu ? Il s'est fait des fentes dans cette muraille. Il se fit un grand silence. Il s'est fait des choses qu'on ne sait pas. Quoi ! se pourrait-il faire Qu'à l'œuvre de ses mains Rome devînt contraire ? Corneille, Nicom. IV, 5. Il est visible qu'en tuant le monde de cette sorte il se ferait un trop grand nombre de meurtres, Pascal, Prov. 7. Ce qui paraît le plus certain c'est qu'il se faisait des assemblées secrètes dans sa maison du Capitole, Vertot, Révol. rom. VII, p. 224. On dit de même il se fait tard, il se fait nuit, le jour commence à manquer, la nuit commence à venir.

PROVERBES

Ce qui est fait n'est pas à faire, c'est-à-dire quand on peut faire une chose, il ne faut pas la différer.

Il a fait comme Robin fit à la danse, du mieux qu'il put.

Il est comme le bonnetier, il n'en fait qu'à sa tête, c'est-à-dire il suit toujours sa volonté, sa fantaisie (on joue ici sur ce que le bonnetier fait des bonnets à sa tête).

L'occasion fait le larron, c'est-à-dire l'occasion fait qu'on cède à des tentations auxquelles autrement on n'aurait pas cédé.

On ne saurait faire d'une buse un épervier, on ne peut transformer un sot en habile homme.

Les riches font leur paradis en ce monde.

Comme il te fera, fais-lui, c'est-à-dire rends-lui la pareille.

C'est à moi à faire, et à vous à vous taire.

Laissons-les dire pourvu qu'ils nous laissent faire.

Faire et dire sont deux, c'est-à-dire il y a loin entre la parole et l'effet.

Qui bien fera bien trouvera.

On ne peut faire qu'en faisant, c'est-à-dire ce n'est qu'en pratiquant les choses qu'on y devient habile.

Qui a fait l'une a fait l'autre, se dit de deux personnes, de deux choses qui se ressemblent extrêmement.

Qui fait un pot fait bien un poêle, c'est-à-dire qui peut le plus peut le moins.

Faire de cent sols quatre livres et de quatre livres rien, se dit d'un prodigue qui mange son avoir.

Maison faite et femme à faire, c'est-à-dire il faut acheter une maison toute construite et épouser une femme jeune dont on puisse former le caractère.

Quand les mots sont dits, l'eau bénite est faite, c'est-à-dire il faut convenir de toutes les clauses d'un marché avant que de le conclure.

Paris ne s'est pas fait en un jour, ou tout en un jour, c'est-à-dire il faut donner du temps pour faire les grandes affaires.

Qui se fait brebis, le loup le mange, c'est-à-dire il ne faut pas être trop débonnaire.

Le bon oiseau se fait de lui-même, c'est-à-dire un esprit intelligent s'instruit, se développe par lui-même.

Fais ce que dois, advienne que pourra.

Tout se fait avec le temps, c'est-à-dire avec de la patience on vient à bout des choses.

REMARQUE

1. Quand faire est suivi d'un infinitif, ce verbe doit être précédé des pronoms lui, leur, et non des pronoms le, la, les, lorsque l'infinitif a un régime direct : On lui fit obtenir un emploi ; on lui fit faire cette démarche ; et il veut avant lui les pronoms le, la, les, toutes les fois que le verbe qui est à l'infinitif n'a point après lui de régime direct : On le fit renoncer à ses prétentions ; on le fit consentir à cette demande.

2. C'est la règle. Pourtant Corneille a dit : Sors de mon cœur, nature, ou fais qu'ils [mes fils] m'obéissent ; Fais-les servir ma haine ou consens qu'ils périssent, ID. Rodog. IV, 7. La règle voudrait : fais-leur servir… Cette construction est un archaïsme, et pourrait s'employer en vers ou dans le style élevé. Il ne faut pas confondre ces cas avec ceux où le pronom est régime direct du verbe à l'infinitif : Je l'ai fait nommer, c'est-à-dire j'ai fait nommer cet homme.

3. Quand, au lieu d'un pronom placé avant, il y a un substantif placé après, là où l'on met lui, leur, on met à ; et là où l'on met le, la, les, on ne met point à : Je ferai faire la démarche à cet homme ; je ferai renoncer cet homme à ses prétentions. Dans le premier cas, homme est régime indirect de faire faire ; dans le second, régime direct de faire renoncer.

4. Je le fais parler, c'est-à-dire je fais qu'il parle, ou je lui attribue des paroles. Je lui fais parler, c'est-à-dire je fais qu'on lui parle. Je le fais répondre, c'est-à-dire je fais qu'il réponde, ou je lui attribue une réponse. Je lui fais répondre, je fais qu'on lui réponde. Je fais faire un habit à mon fils, je commande qu'on lui fasse un habit. Je fais faire un habit par mon tailleur, je charge mon tailleur de faire un habit.

5. Dans cet emploi, quand c'est un nom, non un pronom, on met toujours à : Homère fait dire à Ulysse… il met dans la bouche d'Ulysse… mais le sens doit être déterminé d'ailleurs ; car cela peut signifier : il recommande qu'on dise à Ulysse…

6. Il faut bien prendre garde à la clarté ; car des amphibologies naissent facilement. Fais-lui tenir parole, peut signifier également fais qu'il tienne parole, ou fais qu'on lui tienne parole. Faites-lui faire un lit, peut signifier également ayez soin qu'on lui fasse un lit, et chargez-le de faire un lit. Dans ce vers de Racine : Veille auprès de Pyrrhus, fais-lui garder sa foi, Andr. IV, 5. ; sa foi détermine le sens, c'est-à-dire fais qu'il garde sa foi ; mais, s'il y avait la foi, le sens serait douteux.

7. Avec le pronom relatif, l'amphibologie est la même. L'homme à qui j'ai fait garder la terre, peut signifier l'homme par qui j'ai fait garder la terre, et l'homme pour qui j'ai fait garder. Il faut donc veiller attentivement au sens.

8. Il faut distinguer lui faire apprendre et le faire apprendre. On dit : lui faire apprendre, lorsque apprendre a un régime direct : Je lui fais apprendre le latin. On dit le faire apprendre, lorsque apprendre n'a pas de régime direct, comme dans ces vers de la Fontaine : Mes parents, reprit-il, ne m'ont point fait instruire ; Ils sont pauvres et n'ont qu'un trou pour tout avoir ; Ceux du loup, gros messieurs, l'ont fait apprendre à lire, Fabl. XII, 17.

9. À l'impératif, les pronoms se placent entre faire et le verbe. Faites-le bien garder. Faites-vous aimer.

10. On trouve dans la Rose (voy. l'historique) : L'avaient moult fete jaunir. Ici le participe est accordé ; mais ce n'est point un archaïsme, c'est une faute.

11. Employé de la sorte, faire n'a point de passif. On ne dit pas : il fut fait peindre. Il y a déjà longtemps que l'Académie a condamné il fut fait mourir : La plupart n'ont pas été contents de il fut fait mourir ; ils veulent qu'on dise : on le fit mourir, ou on le fit exécuter, Observ. sur Vaugelas, p. 275, dans POUGENS.

12. Il y a divergence sur la manière d'interpréter le rôle syntactique des pronoms lui, leur et le, la, les avec faire suivi d'un infinitif. Faut-il analyser : Je lui fais faire une démarche, par : je fais à lui ceci, faire une démarche, ou par : je fais faire une démarche par lui ? Faut-il analyser : Je le fais rire, par : je fais le, lui rire, ou par : je fais rire le, lui ? L'ancien usage (Xe s. La faire diavle servir), et l'anglais, qui sans doute provient de cet ancien usage français (he made him laugh, il le fit rire), montrent que c'est la première analyse qui est la bonne. L'emploi du régime indirect des pronoms au cas particulier cité dans la remarque première est une exception à la règle ancienne.

13. Les écrivains ont hésité entre avoir affaire à, et avoir à faire à. Les Suédois crurent avoir à faire à 40 000 combattants, Voltaire, Russie, I, 17. Aujourd'hui, dans ce sens, on ne se sert que de avoir affaire.

14. L'ellipse du verbe faire veut qu'un participe qui suit reste invariable. Il m'a fait toutes les avanies qu'il a voulu. Il m'a fait tous les maux qu'il a pu.

HISTORIQUE

IXe s. In o quid [pourvu que] il mi altresi fazet [me fasse semblablement], Serment.

Xe s. [Ils] voldrent [voulurent] la faire diavle servir, Eulalie. Fisient [ils faisaient], Fragm. de Valenciennes, p. 467. Ne fait, ib. U ne fereiet [ou ne ferait], ib. p. 468. Quant [un lierre] umbre li fesist, ib. E sis [si les] penteiet [repentait] de cel mel [mal] que fait habebant, ib. Chi [ceux qui] sil [si le] fennt [font] cum faire lo deent, et cum cil lo fisient dont ore aveist odit [avez ouï], ib. Faciest [que vous fassiez] cest [lisez ceste] predictam penitentiam, ib. Faites vost almosnes, ib.

XIe s. [Ils] doinent lur terme de lur adaisement ; Quant vint al fare, dunc le funt gentement, St Alexis, X. De quel forfait que home out fait en cel tens, Lois de Guill. 1. Cinquante chars qu'en [on] ferat charier, Chans. de Rol. III. Li emperere se fait et baud et liez, ib. VIII. Enz en vos bains que pour vous Deus i [à Aix-la-Chapelle] fist, ib. x. Faites la guerre com vous l'avez emprise, ib. XI. Pecchet fereit qui donc lui fesist plus, ib. XVI. Qui toute gent velt [veut] faire recreant, ib. XXIX. Vostre message [nous] fesismes à Charlon, ib. XXX. Livrez le mei, j'en ferai la justice, ib. XXXVII. Miex en vaut l'orl [le bord] que ne font cinq cenz livres, ib. XXXVIII. Qui porreit faire que Rolansy fust morz, ib. XLIV. Et vingt hostages ; faites les bien garder, ib. LIII. Mout [il] se fait fier de ses armes porter, ib. LXX. Respont rolanz : Jà fereie que folz, ib. LXXXI. Li reis Marsile de nous a fait marché, ib. LXXXVIII. Cil qui là sont ne font mie à blasmer, ib. X. Ce dist Rolanz : compains, que faites vous ? ib. CIV. Quant jel vous dis, [vous] n'en feïstes nient, ib. CXVII. Mieux vaut mesure que ne fait estoutie [folie], ib. Dist l'archevesque : assez le faites bien [le bien faire, c'est se bien comporter, ici il s'agit de combat], ib. CXXXIX. Li reis creit Deu, faire velt son service, ib. CCLXVIII. Dist l'un à l'aultre : bien fait à remaneir [il est bon de rester], ib. CCLXXVII. Deus face hui entre nous deus le dreit, ib. CCLXXXV.

XIIe s. Maintes feiz as od mei jeü ; Unkes jamès ceo ne me fis, Roman de Rou, v. 5789. Si fait conseil [un tel conseil] donner, Ronc. p. 19. Faites le lire [un bref], ib. p. 24. Qui mieux fera, assez dire l'orez [ouïrez], ib. p. 41. Dist Berengers : mes armes m'aportez ; Et on si fait par vives poestez, ib. p. 53. Escu ne broigne [cuirasse] ne lui fist garison [défense], ib. p. 74. Bataille aurons, font-il [disent-ils], car esgardez, ib. p. 96. Sont li lit fait où nous devons coucher, ib. p. 98. Que fait [comment se porte] mes sires ? est-il sains et haitiés ? ib. p. 159. [Ils m'ont laissé] Si com la beste fait [laisse] au bois son faon, ib. p. 170. Miex [je] veil morir que [je] fasse tel vilté, ib. p. 35. Car ensi doit-on faire de traïtor felon, ib. p. 200. Nouvele amor où j'ai mis mon penser Me fait chanter de la plus debonaire, Couci, II. Et mes chansons [je] fais por vous solement, ib. VII. Que jà à moi [vous] ne fetes beau semblant, ib. x. Tant [je] fas pour lui [pour elle] greveuse penitance, ib. X. Tant com lui plaist [elle] me peut fere languir, ib. Mais ma dame est de si très grant vaillance [prix], Que son ami ne doit fere faillance, ib. XXIV. Et maugré tout mon lignage [je] Ne quier ochoison trouver ; D'autre face mariage ; Folz est qui j'en oi [ouis] parler, Dame de Faiel, dans Couci. Et au pauvre [la dame] se fait et chiche et morne, Quesnes, Romancero, p. 86. Et je puis bien faire voire ventance, Que je fais plus pour Dieu que nuls amans, ib. p. 95. Onques en leur jouvente [ils] ne firent se mal non, Sax. III. Le nez moult tres bien fait, les denz menuz et blanz, ib. v. De Jofroi de Paris [ils] firent leur justicier, ib. IV. Ce fu à Pentecoste, que il fet bel et cler, ib. XII. Se l'offrande fu riche, ne fait à demander, ib. Sire, ce dist dus Naimes, faites faire errament [promptement] Vos chartres et vos briés [brefs] à clerz bien escrivans, ib. XX. Idunkes fu ocis e al coeu [cuisinier] fu livrez ; Li keus manja le cuer ; quant li fu demandez, Fist al seigneur acreire que sans cuer il fust nez, Th. le mart. 31. Cil qui ad malvaispere, malvaise est s'eritez [son héritage] ; Cil qui ad fieble chef, souvent est flaelez [flagellé] ; Quand li filz fait le pere, li ordres est muez, ib. 128. Fist li poples à Saül : comment si murrad Jonathas ! Rois, p. 51.

XIIIe s. Nous en parlerons moult volentiers, et le vus ferons asavoir d'ici en huit jors, Villehardouin, XIII. Et distrent que si faite gent ne devoient avoir droit en terre tenir, Villehardouin, CXV. Et nous n'avons mie mestier de perdre nos homes, quar trop en avons petit à ce que nos en avons à faire, Villehardouin, LXII. Sire, que volés-vos que nos faciemes ? Villehardouin, CXLVI. Là le fist mout bien Mahius de Valaincourt, car il perdi son cheval, droit à la porte devers Blaquerne, Villehardouin, LXXVI. Puis en fut la pais si et faite et establie, Berte, II. Des journées [marches] qu'il firent, trop ne vous conterai, ib. VII. Or vous faites aimer [de] gent letrée et gent laie, ib. VIII. À nostre gent françoise [il] fit maint riche present, ib. IX. Menestrel s'apareillent pour faire lor mestier, ib. X. À une fenestrele qui ert [était] faite de pierre, ib. XI. Tant [nous] avons fait pour vous [que] nuls nel porroit descrire, ib. XI. Li rois fist de la serve toute sa volonté [jouit d'elle], ib. X. [Elle] Mout faisoit la dolente et mout sembloit irée, ib. XVI. Cil jour [il] fit mout lait temps et de froide maniere, ib. X. Se tu lui fais nul mal, par l'apostre saint Pierre…, ib. X. Quant pour faire tel meurtre [nous] venimes ceste part [ici], ib. XXII. Jusqu'à tant que noir fist [qu'il fît noir], [elle] ne s'osa redresser, ib. XXXVIII. [Elle] Cuida que il fust jour, pour ce qu'il faisoit clair, ib. XLIII. Car me monstrez la voie, si aurez fait aumosne, ib. XLVI. Et symons fait le feu, n'ot pas le cuer vilain, ib. XLIX. L'amour [l'amitié] que m'avez faite vous soit de Dieu rendue, ib. LII. Constance, dist Symons, faites lui faire un lit, Berte, LIII. À tous se fit amer [aimer] Berte, tant [je] vous en di, ib. LIX. Onc puisqu'ele [elles] lor dame voudrent [voulurent] faire mourir, ib. LXIII. Bon se feroit garder [il ferait bon se garder], qui pourroit, de mesfaire, ib. LXIX. [Ma fille] Se fait ainsi haïr [de] gent voisine et lointaine, ib. LXXIV. C'est que ma fille face la malade tous dis, ib. LXXV. Mere, ce dist la serve, vostre conseil [nous] ferons, ib. LXXVII. Je tant feroie à vous [je vous solliciterais tant]… Que d'un de vos enfants [je] lui feroie present, ib. LXXXIII. Dame, que fait mes peres, que Diex puist benéïr ? - Fille, il le faisoit bien quant de lui [je] dus partir, ib. LXXXVII. Tais-toi, vieille, fait-ele, [je] n'en ferai rien pour ti [toi], ib. LXXXIX. Que ce seroit bien fait que la vieille en arsist [on brûlât], ib. XCI. Dit [il] lui a qu'au retour riche homme [il] le fera, ib. CXXII. Blanchefleurs s'est dressée, aussi fit li rois Flores, ib. CXXVIII. Bien est drois [que] nous fassions toutes vos volentés, ib. CXXXII. Por ce, [il] fait bon bien faire, chascuns en doit penser Qu'en la fin pert [paraît] le bien…, ib. CXXXIX. Quar il estoit sor toute rien Et frans et dous et debonere ; Quanques chascuns en vousist fere, En peüst fere entor ostel [à la maison, dans la paix] ; Mais aus armes [à la guerre]…, Lai de l'Ombre. Il le [l'anneau] vous convient à reprendre. -Non fetsi fet, là n'a que dire, ib. Perroz qui son engin et s'art Mist en vers fere de Renart Et d'Ysengrin son chier compere, Ren. 9650. Par une broce en un pendant, Maugré trestoz mes anemis, Fis-je tant que el bois me mis, ib. 8726. Mais Renart n'en fait que sourire, Que moult a entre faire et dire, ib. 832. [Bien est fou] Qui cuide que tel femme l'aime, Por ce que son ami le claime, Et qu'el lui rit et li fait feste, la Rose, 4587. Car si cum il m'iert lors avis, Ne feïst en nul paradis Si bon estre, cum il faisoit Ou [au] vergier qui tant me plaisoit, ib. 644. Sans faille ainsinc est-il des hommes, Se nous, por plus biaus estre, fomes [faisons] Les chapelés et les cointises Sor les biautés que Diex a mises En nous…, ib. 9102. Si n'i feïst riens avarice Ne de paleur, ne de megrece, Car li soucis et la destrece, Et la pesance et les ennuis Qu'el soffroit de jors et de nuis, L'avoient moult fete jaunir, Et megre et pale devenir, ib. 296. Car d'une source vient si haute L'eve, qu'el ne puet faire faute, ib. 20690. Et li escommeniement font à douter [sont redoutables], comment qu'il soient geté, soit à tort soit à droit, Beaumanoir, 58. Et en ce fesant, pourra estre li contens [querelle] de la vile apaisiés, Beaumanoir, L, 10. …Et li sires est tenus au fere, Beaumanoir, XII, 12. Je vos requier que vos en faciés, comme de murdrier [meurtrier], Beaumanoir, LXI, 3. Tix [tels] dons ne tix promesses ne font pas à tenir, Beaumanoir, VI, 24. Qui se veut aidier des resons qui ne font fors que le plet delaier, il les doit dire avant que celes qui poent fere la querele perir, Beaumanoir, VII, 5. Et li fera entendant que ele li fera avoir par force de paroles ou par herbes ou par autres fais qui sont malvais et vilain à ramentevoir, Beaumanoir, XI, 26. La quinte maniere de quemins [chemins] qui furent fet, ce furent li cemin que Julien Cesar fit fere, Beaumanoir, XXV, 2. Assez pueent [peuvent] chanter et lire ; Mais mult a entre fere et dire ; C'est la nature, Rutebeuf, 79. Chascuns [chanoine] a son hostel, son leu et sa mainie, Et s'en i a de tex qui ont grant seignorie, Qui poi font [font peu] pour amis et assés pour amie, Rutebeuf, 239. Et le siecles est ores tel que moult y a de ciaus [ceux] qui feroient volentiers coment il fussent riches, tot fust ce à tort, Ass. de Jér. I, 248. Sire, je croi que vous feriés bien se vous demouriez à ce poncel garder, Joinville, 227. Je leur fiz tailler cotes et hargaus [surcots] de vert, et les menai devant le roy, Joinville, 261. Et pour ce ne font force [difficulté] li Assacis d'eulz faire tuer, quant leur seigneur leur commande, Joinville, 260. Je leur fis dire à [par] mon sarrazin, que il me sembloit que ce n'estoit pas bien fait, Joinville, 241.

XIVe s. Quant un homme nuist et fait peine hors la loy à aucun qui ne li contrarioit pas ou nuisoit… il fait injuste, Oresme, Eth. 167. Plus que faire n'avons de ce liepart felon ; Voist [qu'il aille] faire ailleurs son ni, plus de lui ne voulons, Guesclin. 21192. Ce qui est fait est fait, il ne peut autrement, Tous nous convient mourir ; si ne savons comment ; Pour ce fait-il bon vivre en estant durement, ib. 22581. Si fu dit, il fu fait assez hastivement, ib. 16840. Nos termes ne font mencion De la beauté qui est es chiens Ou es oiseaulx ; ce n'y fait rien, Modus, f° CX. L'on li disoit : " Vilains, et que fais-tu cest fais [combien vends-tu ce faix] ? " Par le ciel Dieu cinq sols et sept deniers le fais [je le fais], Girart de Ross. v. 2241. XVe s. Il fait bon ouvrer par engin, quant on ne peut avant aller par force, Froissart, I, I, 151. Et dirent l'un à l'autre : Allons nous armer, nous chevaucherons tantost devant Bergerac… Il n'y eut plus fait ni plus dit ; tous furent armés, et les chevaux ensellés et tous montés, Froissart, I, I, 217. Il fit le roi d'Angleterre escrire au saint pere, Froissart, I, I, 11. Ce vous fais-je ferme et vrai [ces renseignements sont certains], car je me embattis si près d'eux que je fus pris et mené en leur ost…, Froissart, I, I, 40. Mais petit y faisoient, car l'ost des Anglois estoit si suffisamment gardé que les Escoçois n'y pouvoient entrer…, Froissart, I, I, 58. Celui [Artevelle] estoit entré en si grand fortune et en si grand grace à tous les Flamands que c'estoit tout fait et bien fait quant qu'il vouloit deviser et commander par tout Flandre, de l'un des costés jusques à l'autre, Froissart, I, I, 65. … Madame Philippe de Hainaut, roine d'angleterre, qui liement et doucement le reçut [mon livre] de moi et m'en fit grand profit, Froissart, Prol. Robert Bruce, roi d'Escosse, qui avoit tant et si souvent donné à faire au bon roi Edouard dessus dit, qu'on tenoit pour moult preux, reconquit toute Escosse, Froissart, I, I, 2. Monseigneur, je suis jeune et encore à faire ; si crois que Dieu m'ait pourvu de cette emprise pour mon avancement, Froissart, I, I, 17. Et à ce temps là ils [les Escots] aimoient et prisoient assez peu les Anglois, et encore font ils à present, Froissart, I, I, 34. Et s'allierent par certaines convenances, que, si l'un des trois pays avoit à faire contre qui que ce fust, les deux autres le devoient aider, Froissart, I, I, 125. Et rien n'y avoient fait, combien qu'ils y eussent grands frais mis et dependus, Froissart, I, I, 145. En ce temps là que le duc de Bourgogne fit son armée en Picardie, Froissart, II, II, 1. Sur le chemin que nous fesismes ensemble, Froissart, II, III, 12. À quoi faire montrent ils maintenant leurs estats ? Froissart, II, II, 205. Mais, seigneur, nous vous disons bien que, au faire le serment, toujours en nos cœurs nous avons reservé nos fois devers notre naturel seigneur le roi d'Angleterre, Froissart, II, II, 8. Ceux qui ens es villages estoient, sonnoient les cloches à herle [à volée], et montroient bien que le pays avoit à faire [était en danger], Froissart, II, II, 184. Il s'acointa d'un riche homme de Montpellier lequel avoit aussi à faire à Paris pour ses besognes, Froissart, II, III, 7. Et s'il eust fait un temps pluvieux, ceux de l'ost eussent eu fort à faire, Froissart, II, II, 232. Et vit bien le chevalier anglois que il n'avoit que faire de plus avant entrer en Flandre, Froissart, II, II, 203. Et y firent d'armes ce qu'ils purent, et se combattirent moult vaillamment ; mais ils ne pouvoient pas tout faire [le sire d'Enghien et sa suite tombés dans l'embûche des Gantois], Froissart, II, II, 123. On leur [aux Anglois] donnoit tant à faire, que on ne savoit auquel lez [côté] entendre, Froissart, II, II, 215. Vous ferez tant que vous me perdrez, Froissart, II, III, 22. Il fait tout de sa teste, car il est naturellement sage, Froissart, II, III, 61. Si se passa le dimanche ainsi tout le jour sans rien faire, Froissart, II, II, 215. Ils mirent la greigneur partie de leurs gens d'armes et archers à l'endroit [de la ville assiégée] où il faisoit le plus foible, Froissart, I, I, 302. Ha ! dit le comte, c'est fait ! n'aura jamais paix en Flandre tant que Jean Lyon vive, Froissart, II, II, 56. Et [le roi d'Angleterre] eut de la main ce jour le plus à faire à messire Eustache de Ribeumont, et fut le roi abattu à genoux par deux fois, du dessus dit messire Eustache de Ribeumont, Froissart, I, I, 328. Messire Pierre de Craon qui se veoit en ce danger et avoit à faire à forte partie, Froissart, III, IV, 6. Ceux qui sont plus tenus de servir se font plus chier achapter, Chartier, Quadriloge invectif. Chascun dit bien : oblie, oblie ; Mais il ne le fait pas qui veult, Chartier, Le débat d'un reveille matin. Qui sires est vueille ci garde prendre ; Pour ce furent les rois et princes fais, Deschamps, Gouvernement des rois. Faictes de lui ainsi que vous vouldrez ; Content me tiens de ce que vous ferez, Orléans, 1. Mais [les Parisiens] feirent diligence de luy [au duc de Bourgogne] resister en toutes manieres, et s'en alla honteusement sans rien faire, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1413. …Et ils achetoient iceux vivres ce que on leur faisoit [mettait à prix], par especial pain et vin, J. de Troyes, Chron. 1465. Car [ils] n'avoient mie à faire à enfant, Boucic. III, 2. J'aime mieux, dit-il [Anaxagoras], que je me soye fait [cultivé] que si j'eusse fait mes possessions, ID. IV, 6. Mais ils en firent comme hommes et non point comme anges [en distribuant après la bataille les récompenses et les punitions un peu à l'aventure], Commines, I, 4. Ou le bailleroient à son compaignon [le connestable prisonnier] pour en faire à son plaisir, Commines, III, 11. Quelquefois peu d'argent falt grant service, Commines, VII, 5. Voyant la ligue si approchée, ne voulut plus faire de l'ignorant, Commines, VII, 15. Pourroit sembler aux lecteurs que je disse toutes ces choses pour… mais par ma foy, non fay ; ains le dy seulement pour…, Commines, VII, 11. Or voyant le roy que là ne povoit si tost avoir fait, se delibera de se venir mettre dedans Paris, Commines, I, 2. Et y faisoit très beau veoir son ost pour ceulx qui estoient encore derriere, Commines, I, 6. Il [Louis XI] congnoissoit toutes gens d'autorité et de valleur qui estoient en Angleterre, en Espaigne… comme il faisoit ses subjectz, Commines, I, 10. Et a toujours bien semblé aux Normans et fait encores que…, Commines, I, 13. Et après qu'il eust esté ung an en prison ou plus, il fist le bon plaisir du roy, dont il fist que saige, Commines, V, 15. N'ayez plus d'esperance en ce sainct homme ni en autre chose, car seurement il est fait de vous [paroles des commissaires ecclésiastiques à Louis XI mourant], Commines, VI, 12. Vous savez bien où est le grand jardin de ceans, ne faites pas [n'est-ce pas] ? Louis XI, Nouv. XLVI. Le lieu n'est grain honneste, il y fait trop puant, Louis XI, ib. LXXXVIII. Elle qui estoit faite [fûtée] et pourvue de bourdes, lui dit…, Louis XI, ib. LXXXVIII.

XVIe s. L'un brusle et ard, l'autre est transi ; Qu'ai-je que faire d'estre ainsi ? Marot, I, 212. Vautil pas mieux doncques que tu la comptes, Que d'endurer mille peines et hontes ? Certes si fait, Marot, I, 254. Doresnavant que tu deviens homme et te fays grand, il te fauldra…, Rabelais, Pant. II, 8. Je meurs, c'est faict de moy, Rabelais, ib. IV, 19. Dessoubs le voile nocturne Tout se fait paisible et coi, Du Bellay, J. III, 79, recto. Il jappoit comme un petit chien, a quoi la chambriere estoit faite, qui lui ouvroit incontinent la porte, Despériers, Contes, LVI. Je ne scay que faire de croire que ce le soit [je ne puis croire que c'est lui], Despériers, Cymbal. 77. Nous ne faisons que partir de boire, toutefoys…, Despériers, ib. 79. Il est pour faire un present [digne d'être offert en présent] au roy, Despériers, ib. 141. À ce que m'ayant perdu, ce qu'ils ont à faire bientost, ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeurs, Montaigne, Au lect. p. X. Donner loy au pis faire, Montaigne, I, 25. Faictes place aux aultres, Montaigne, I, 86. Nous n'en avons que faire, Montaigne, I, 97. Les sauvages d'Escosse n'ont que faire de la Touraine [ils n'en voudraient pas], Montaigne, I, 116. S'il y a quelque degré d'honneur, mesme au mal faire, Montaigne, I, 121. Se faire fort de veoir…, Montaigne, I, 123. Hommes faicts, Montaigne, I, 181. Se faire le poil et les ongles, Montaigne, ib. Il n'en fault pas faire à deux, Montaigne, I, 183. Caton n'en faisoit que rire, Montaigne, I, 189. Non comme il se faict [comme l'on faict], Montaigne, I, 183. La bonne rhythme ne faict pas le bon poëme, Montaigne, I, 189. C'est une bonne chose que le bien dire, mais non pas aussi bonne qu'on la faict, Montaigne, I, 193. J'estois desja si faict et accoustumé à…, Montaigne, I, 220. Soit qu'il feist soleil ou qu'il pleust, Montaigne, I, 260. Il ne faict que d'en venir, Montaigne, ib. Un esquif qui faict eau, Montaigne, II, 222. C'est à faire aux seuls Spartiates de…, Montaigne, IV, 67. Il faict bien piteux et hazardeux, despendre d'un aultre, Montaigne, IV, 97. Qui le croiroit, s'il ne faisoit que l'ouïr dire et non le veoir ? La Boétie, 18. Ce sont ceux qui, ayant la teste d'eux mesmes bien faite, l'ont encore polie par l'estude et le sçavoir, La Boétie, 43. Mais comme on dit, pour fendre le bois, il se fait des coings du bois mesme, La Boétie, 65. De ton bien, il s'en feroit d'argent plus de cent fois autant, La Boétie, 117. … Ou bien si toy mesme enseignes tes receveurs et les fais de ta main, La Boétie, 207. Si les hommes virent [tournent] la terre et la font [labourent] à bras, La Boétie, 230. De chanter rien d'autruy meshuy qu'ay je que faire ? Car de chanter pour moy je n'ai que trop à faire, La Boétie, 504. Par l'oisiveté les maladies se font plus frequentes, et les corps deviennent delicats, Lanoue, 125. On m'asseura que la Bretaigne, qui est des plus grandes, feroit [fournirait] aisement trois cens bons chevaux, Lanoue, 233. Qu'un gentil-homme aille teindre son espée dans le sang de son ami, avec lequel il n'avoit fait auparavant qu'un lict, qu'une table, et qu'une bourse, Lanoue, 247. Il commençoit à se faire tard, Lanoue, 562. Il commença à devenir presumptueux, se devoyant ès fa çons de faire de monarchie superbe et odieuse à chascun, Amyot, Rom. 41. Ceulx qui estoient plus faits et plus forts, apportoient du bois : et ceulx qui estoient plus petits et plus foibles, des herbes, Amyot, Lyc. 36. C'est bien et devotement fait, de penser que l'on ne doibt toucher aux trespassez, non plus qu'aux choses sacrées, Amyot, Solon, 39. Quoy ! tu mors comme une femme, Alcibiades ; ce non fais, respondit il, mais comme un lion, Amyot, Alc. 3. Il prit plaisir et feit gloire de se vestir simplement, Amyot, Pélop. 6. Et si estoit [la barque] desja si pesante et si remplie de l'eau qu'elle faisoit que…, Amyot, Lucull. 24. Lucullus ne faisoit que de se mettre à sommeiller, Amyot, ib. 29. Il se met à la voile sans aborder nulle part, sinon où il estoit contrainct à ce faire, pour prendre vivres ou faire eau, Amyot, Pomp. 107. Si bien Caton, disoit-il, n'a que faire de Rome, certainement Rome a affaire de Caton, Amyot, Cat. d'Utiq. 44. Caton, onques puis ce jour là, ne feit ny ses cheveux, ny sa barbe, Amyot, ib. 68. Leur disant que la perte n'estoit pas à l'adventure si grande comme l'on la faisoit, Amyot, ib. 77. Sans y avoir esgard, ilz avoient tousjours fait les choses qu'ilz voyoient estre à faire par raison, Amyot, Demosth. 27. Ctesiphon l'escrimeur voulut faire [lutter] à coups de pied, et regibber à l'encontre de sa mule, Amyot, Com. refréner la colère, 14. Les Abantes sont les premiers qui se sont ainsi faictz tondre, Amyot, Thésée, 5. Le peuple ne s'en feit que rire [ne fit que s'en rire], Amyot, Pélop. 56. N'avez-vous fait qu'une maîtresse à Paris ? D'Aubigné, Faen. II, 10. Il se fait donner des cizeaux, commence à s'en faire les ongles, D'Aubigné, ib. III, 5. Ceux-ci, ayant faict 25000 hommes, assiegerent Ulpian, D'Aubigné, Hist. I, 24. Je n'ai que faire à ceux à qui nature a donné le ventre pour delices, l'esprit et le courage pour fardeaux, eux aussi n'ont que faire de moi, D'Aubigné, ib. II, 489. Le patient au lieu d'urine fait du sang, Paré, VIII, 34. Il entra en matiere et monstra que ce decret faisoit pour lui [lui était favorable], Sleidan, f° 6. Les vents appaiseront leurs haleines terribles, La mer se fera douce, Ronsard, 930.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. FAIRE. Ajoutez :
65Faire à la chose, contribuer à ce qu'une chose soit mieux. Il m'a semblé que ces morceaux faisaient à la chose, ne marquaient point d'humeur…, Rousseau, Lett. à d'Alemb. 26 juin 1754.
83 En termes d'argot, se livrer à un genre particulier de vol. M. le président : Cette femme faisait les mariages, c'est-à-dire qu'elle suivait les mariages pour faire les porte-monnaie, Gaz. des Trib. 30 déc. 1874, p. 1247, 1re col.

REMARQUE

Ajoutez :

15. Régnier a dit : Selon le vent qui fait l'homme doit naviguer, Sat. VI. Cet emploi est archaïque et maintenant inusité ; nous dirions qu'il fait ; mais il n'est point incorrect. Dans cet emploi, faire est un verbe neutre ; il, un sujet indéterminé, qui peut très bien être remplacé par le sujet déterminé ; il le pouvait du temps de Régnier ; il ne le peut plus aujourd'hui, de par l'usage. Pourtant une difficulté reste, celle d'expliquer le rôle grammatical du que, dans qu'il fait. Il semble être un régime direct, et cependant il ne l'est pas, puisqu'on dit : la chaleur qu'il a fait, et non qu'il a faite. La locution régulière serait le vent qui il fait, la chaleur qui il a fait, puisque dans il fait beau temps, l'explication grammaticale est : il, c'est-à-dire beau temps, fait, et ici : il, c'est-à-dire, le vent qui, fait ; il, c'est-à-dire, la chaleur qui, a fait. Mais la prononciation n'a pas admis qui il, et, au risque d'un solécisme, a dit qu'il. Ou, si l'on veut, le que est devenu régime direct par fausse analogie, à mesure que le sens clair de faire pour exister devenait obscur et se perdait.

16. Bossuet a dit ne faire que de, dans le sens de, ne faire que : Ne vous étonnez pas, chrétiens, si je ne fais plus, faible orateur, que de répéter les paroles de la pieuse Palatine, Anne de Gonz. Il faudrait que répéter. Sans doute ces deux locutions ne faire que et ne faire que de sont très voisines, et à l'origine elles ont pu être équivalentes. Mais, depuis que l'usage leur a assigné un sens spécial, leur voisinage même commande qu'on fasse bien attention à ne pas les confondre.

17. Faire beauté : Le Sage, dans Gil Blas, VII, 13, se moque de cette expression en la mettant dans la bouche de Fabrice, célébrant le gongorisme : " Je veux, par un seul trait, te faire sentir la différence qu'il y a de la gentillesse de notre diction à la platitude de la leur. Ils diraient par exemple, tout uniment : Les intermèdes embellissent une comédie ; et nous, nous disons plus joliment : Les intermèdes font beauté dans une comédie. Remarque bien ce font beauté. En sens-tu tout le brillant, toute la délicatesse, tout le mignon ? "

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

* FAIRE, v. act. (Gramm.) Excepté les auxiliaires être & avoir, il n’y a peut-être aucun autre verbe dont l’usage soit plus étendu dans notre langue que celui du verbe faire. Etre désigne l’existence & l’état ; avoir, la possession ; & faire, l’action. Nous n’entrerons point dans la multitude infinie des applications de ce mot ; on les trouvera aux actions auxquelles elles se rapportent.

Faire, verbe qui, dans le Commerce, a différentes acceptions, déterminées par les divers termes qu’on y joint, & dont voici les principales.

Faire prix d’une chose ; c’est convenir entre le vendeur & l’acheteur, de la somme pour laquelle le premier la livrera a l’autre.

Faire trop chere une marchandise ; c’est la priser au-delà de sa valeur.

Faire pour un autre ; c’est être son commissionnaire, vendre pour lui.

Faire bon pour quelqu’un ; c’est être sa caution, promettre de payer pour lui.

Faire bon, signifie aussi tenir compte à quelqu’un d’une somme à l’acquit d’un autre. J’ai ordre de M. N. de vous faire bon de 3000 liv. c’est-à-dire de vous payer pour lui 3000 liv.

Faire les deniers bons ; c’est s’engager à suppléer de son argent ce qui peut manquer à une somme promise.

Faire faillite, banqueroute, cession de biens. Voyez Faillite, Banqueroute, Cession.

Faire un trou à la lune ; c’est s’évader clandestinement pour ne pas payer ses dettes, ou être en état de traiter plus sûrement avec ses créanciers en mettant sa personne à couvert.

Faire de l’argent ; c’est recueillir de l’argent de ses débiteurs, ou en ramasser par la vente de ses marchandises, fonds, meubles, &c. pour acquitter ses billets, promesses, lettres de change, ou autres dettes.

Faire des huiles, faire des beurres, faire des eaux-de-vie, signifie fabriquer de ces sortes de marchandises ; il signifie aussi, parmi les Négocians, faire emplette de ces marchandises, en acheter par soi-même ou par ses commissionnaires & correspondans. Je compte faire cette année cent barriques d’eau-de-vie à Cognac.

Faire fond sur quelqu’un, sur sa bourse ; c’est avoir confiance qu’un ami, un parent vous aidera de son crédit ou de son argent.

Faire un fonds ; c’est rassembler de l’argent & le destiner à quelque grosse entreprise.

Faire une bonne maison, faire ses affaires ; c’est s’enrichir par son commerce.

Faire queue ; c’est demeurer reliquataire, & ne pas faire l’entier payement de la somme qu’on devoit acquitter.

Faire traite, se dit en Canada du commerce que font les François des castors & autres pelleteries, que les Sauvages leur apportent dans leurs maisons ; ce qui est fort différent d’aller en traite, ou porter aux Sauvages jusque dans leurs habitations les marchandises qu’on veut échanger avec eux. Voyez Traite.

On se sert aussi de ce terme pour signifier l’achat qu’on fait des Negres sur les côtes de Guinée, & qu’on transporte en Amérique. Voyez Negres & Assiente. Cet article est tiré du Dictionn. de Comm. (G)

Faire le Nord, le Sud, l’Est, ou l’Ouest, (Marine.) c’est naviger, faire route, ou courir au nord, au sud, à l’est, &c.

Ce mot faire est appliqué à beaucoup d’usages particuliers dans la Marine, dont il faut faire connoître les principaux.

Faire canal ; c’est traverser une étendue de mer pour passer d’une terre à une autre : ce terme s’applique plûtôt aux galeres qu’aux vaisseaux.

Faire vent arriere ; c’est prendre vent en poupe.

Faire route ; c’est courir, naviger, ou cingler sur la mer.

Faire voile ; c’est partir & cingler pour un endroit.

Faire petites voiles ; c’est ne porter qu’une partie de ses voiles.

Faire plus de voiles ; c’est déferler & déployer plus de voiles qu’on n’en avoit.

Faire servir les voiles ; c’est mettre le vent dedans & les empêcher de pliasser.

Faire force de voiles ; c’est porter autant de voiles qu’il est possible pour faire plus de diligence, soit pour chasser quelque vaisseau, ou pour éviter d’être joint si l’on étoit chassé.

Faire un bord ou une bordée ; c’est pousser la bordée soit à bas-bord, soit à tribord. Voyez Bord & Bordée.

Faire la paransane ; c’est se préparer à faire route en mettant les ancres, les voiles, & les manœuvres en état. Cette expression n’est pas d’usage ; les Levantins sont les seuls qui s’en servent.

Faire eau, se dit lorsque l’eau entre dans le vaisseau par quelque ouverture.

Faire de l’eau, faire aiguade ; c’est emplir les futailles d’eau douce pour la provision du vaisseau. Voyez Eau.

Faire du bois ; c’est faire la provision de bois pour le vaisseau, ou la renouveller lorsqu’on est de relâche.

Faire chapelle ; c’est revirer malgré soi. Voy. Chapelle.

Faire pavillon ; c’est arborer un pavillon quelconque, suivant les circonstances : on dit faire pavillon de France, faire pavillon blanc, &c. Voyez Pavillon.

Faire des feux ; c’est mettre des fanaux en différens endroits du vaisseau, pour faire connoître aux autres vaisseaux avec lesquels on est en flote, qu’on est incommodé & qu’on a besoin de secours. (Z)

Faire, s. m. terme de Peinture. Le mot faire tient ici le lieu de substantif. On dit le faire d’un tel artiste est peu agréable. On se recrie en voyant les ouvrages de Rubens & de Wandyck, sur le beau faire de ces deux peintres. C’est à la pratique de la peinture, c’est au méchanisme de la brosse & de la main, que tient principalement cette expression ; & on en sentira aisément la signification, si l’on veut bien donner quelque atention à la fin de l’article Facilité. Article de M. Watelet.

Faire signifie quelquefois peindre. Faire l’histoire, faire le portrait, faire les animaux, &c. c’est peindre l’histoire, &c.

Faire tirer les Tenons, (Charpent.) c’est percer les trous de biais du côté de l’épaulement du tenon, pour qu’il joigne mieux.

Faire faire, en termes de Charpentiers, c’est lorsqu’ils veulent monter quelques grosses pieces de bois au haut des édifices, & c’est comme si l’on disoit : fais tourner le treuil pour monter cette piece.

Faire les Noms, (Relieur, Doreur.) Voyez Alphabet.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « faire »

De l’ancien français faire, du latin populaire *fagĕre (par analogie avec agĕre ou, plus probablement, réfection sur les verbes en -gĕre, d’après les participes passés en -ctus, communs aux deux formes), en latin classique facĕre, de même sens.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Bourguig. fare ; picard, fouère, foaire ; wallon, fér ; provenç. far, fair, faire ; catal. fer ; espagn. hazer ; portug. fazer ; ital. fare, du latin facere. On est incertain pour la provenance de la racine fac. Curtius, Étym. grecques, I, 52, 219, la rattache, non sans vraisemblance, au sanscrit dhâ, faire, poser, qui a donné le grec τίθηι ; dh sanscrit se change quelquefois en f dans le latin, par exemple dhûma, fumus ; le c serait une lettre euphonique, comme en grec dans ἔθη-ϰα ; enfin l'a bref de facio aurait son parallèle dans l'e bref du grec θέσις.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « faire »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
faire fɛr

Évolution historique de l’usage du mot « faire »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « faire »

  • Une règle d'or : faire peu de choses. Henry Millon de Montherlant, Carnets, Gallimard
  • Il suffit de bien juger pour bien faire, et de juger le mieux qu'on puisse pour faire aussi tout son mieux. René Descartes, Discours de la méthode
  • […] Je ne sais ce que c'est que vouloir sans faire. Émile Chartier, dit Alain, Entretiens au bord de la mer, Gallimard
  • On ne fait rien de sérieux si on se soumet aux chimères, mais que faire de grand sans elles ? Charles de Gaulle, Propos recueillis par André Malraux dans Les Chênes qu'on abat, Gallimard
  • Ne rien faire est le bonheur des enfants et le malheur des vieillards. Victor Hugo, Tas de pierres, Éditions Milieu du monde
  • Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire. Jean de La Fontaine, Fables, le Bûcheron et Mercure
  • Il est sans comparaison plus facile de faire ce que l'on est, que d'imiter ce que l'on n'est pas. Louis XIV, Mémoires
  • Il est mille fois plus aisé de faire le bien, que de le bien faire. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, De l'esprit des lois
  • Ah ! Qu'il est doux de ne rien faire Quand tout s'agite autour de nous ! Jules BarbierMichel Carré, Livret de Galatée (opéra-comique de Victor Massé)
  • Je le ferais encor si j'avais à le faire. Pierre Corneille, Le Cid, III, 4, Rodrigue Polyeucte, V, 3
  • Si l'on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ? Pablo Ruiz Picasso, Conversations avec Christian Zervos, 1935 in Cahiers d'art
  • J'ai tellement besoin de temps pour ne rien faire, qu'il ne m'en reste plus assez pour travailler. Pierre Reverdy, Le Livre de mon bord, Mercure de France
  • […] Pour juger de ce que les hommes ont vraiment envie de faire, il est toujours imprudent de s'en rapporter à ce qu'ils font. Jules Romains pseudonyme littéraire devenu ensuite le nom légal de Louis Farigoule, Le Dieu des corps, Gallimard
  • Il faut toujours s'excuser de bien faire - rien ne blesse plus. Paul Valéry, Moralités, Gallimard
  • Pensant qu'il n'y avait rien de fait, tant qu'il restait quelque chose à faire. Lucain en latin Marcus Annaeus Lucanus, Pharsale, II, 657
  • La plus grande partie de la vie passe à mal faire, une grande partie à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce que l'on devrait. Sénèque en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe, Lettres à Lucilius, I
  • Ce que je peux faire, ce n'est pas ce que me dit un homme de loi ; mais ce que l'humanité, la raison et la justice me disent que je devrais faire. Edmund Burke, Resolutions for Conciliation with America, 1775
  • Faire, défaire, pour mieux faire. De Eugène Schueller
  • Faire envie est préférable à faire pitié. De Publius Syrus / Sentences
  • La meilleure façon de faire, c’est de faire. De Isabelle Chenebault
  • Il vaut mieux se faire aimer que se faire craindre. De Pythagore
  • Il vaut mieux ne rien faire que faire pour rien. De Rolland Walter
  • La philosophie, pour quoi faire ? Pour nous faire. De Louis Pauwels / L'apprentissage de la sérénité
  • Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué... De Jacques Rouxel / Les Shadoks
  • Se faire comprendre est impossible. De Thomas Bernhard / Perturbation
  • La liberté pour quoi faire ? De Georges Bernanos
  • Gouverner, c’est faire croire. De Nicolas Machiavel
  • Que faire aujourd'hui en restant chez soiMême en restant chez soi, il y a beaucoup de choses à faire pour s'occuper, se cultiver ou s'instruire. Retrouvez chaque jour notre sélection de choses à faire à la maison. , Que faire à Paris ce mardi 14 juillet 2020 - Sortiraparis.com
  • Les commentaires font peur ici, quel obséquiosité.. Sanctions, peines exemplaires, mise en danger... Gardez la raison quand même, il faut peut-être revoir le taux de mortalité de ce virus avant tout non? même pas la moitié des décès de la grippe en 2017, ne palons pas de toutes les autres causes de décès. pourquoi tant de psychose? oui les personnes vulnérables sont plus sujettes à des complications, certes enfoncons des portes ouvertes, les personnes vulnérables sont plus sensibles à la chaleur, à la grippe et à toutes infections. Je peux comprendre ceux qui ont peur malgrés tout, eh bien personne ne les empêche de mettre un masque, des gants et ce qu'ils veulent, mais en attendant pourquoi imposer encore des restrictions de liberté aux autres? Pourquoi fait-on des gros titres sur les "cas de contamination"? Le Porte Avion Charles de Gaulle par exemple, on a fait tout un foin pour les centaines de contaminations, très bien, mais au final combien de morts? d'hospitalisation? d'arrets maladie? rien? Il va falloir commencer à se calmer, nous vivons en société, il faut évaluer le risque, conseiller si besoin. La tout le monde cherche juste à se couvrir au cas ou une éventuelle contamination pourrait être repprochée et judiciarisée.. quel monde.. La société Française était déjà au bord de la rupture, mais cette gestion catastrophique ne va faire que diviser et isoler encore plus. Science sans conscience.. Le Figaro.fr, Que faire si un salarié refuse de porter le masque ?
  • C’était déjà le cas depuis des années, mais le confinement a accéléré le mouvement. Nombreux sont les services ou les démarches administratives accessibles directement depuis chez vous. Vous avez peut-être déjà pris l’habitude de faire votre déclaration de revenus en ligne ou encore de conserver votre fiche de paie sur ordinateur, mais sachez que d’autres domaines se sont mis à la dématérialisation. On peut citer, sans être exhaustif, l'immobilier, l'emploi, la retraite ou encore la médecine, le crédit et les assurances. Capital.fr, Retraite, immobilier, impôts… tout ce que vous pouvez faire sans bouger de chez vous - Capital.fr
  • Emmanuel Macron a tranché, Notre-Dame-de-Paris va retrouver sa flèche à l'identique. "Aujourd'hui on est sûr qu'on peut le faire", assure Philippe Toussaint, membre de la commission d'experts sur la reconstruction de la cathédrale, invité de France Bleu Paris ce vendredi. France Bleu, Reconstruire la flèche de Notre-Dame : "on peut le faire très facilement", selon un expert
  • On ne pourra pas dire que Mercedes a fait de cette façon de faire une mauvaise pioche, mais c'est aussi faire passer des vessies pour des lanternes. Trop de voitures à l'étoile aujourd'hui – et c'est un avis aussi subjectif que personnel – s'inscrivent dans un « show off » qui paraît déplacé avec ce qui est dissimulé sous cette robe très spectaculaire. Berline ou, comme dans notre cas, Shooting Brake, on en prend plein les yeux. Le Point, Mercedes-AMG CLA 45 S : l'art de faire la bombe | Automobile
  • D'Chez Eux, une cuisine de terroir au coeur du 7e arrondissementSi, comme Jacques Chirac, vous aimez faire bonne chère et que vous appréciez la cuisine française traditionnelle, alors rendez-vous au restaurant D'Chez Eux, à deux pas des Invalides; vous allez être servis ! , Que faire à Paris ce lundi 13 juillet 2020 - Sortiraparis.com
  • Avec la crise du coronavirus, les musées tels que le Louvre ont été obligés de mettre en place un système de réservation, avec un créneau horaire spécifique. Apple propose un système similaire, mais non obligatoire, qui permet d'éviter de faire la queue devant ses Apple Store. 01net, Apple propose de prendre rendez-vous pour faire ses achats dans ses Apple Store

Images d'illustration du mot « faire »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « faire »

Langue Traduction
Anglais make
Espagnol hacer
Italien rendere
Allemand machen
Chinois 使
Arabe يصنع
Portugais faço
Russe делать
Japonais 作る
Basque make
Corse
Source : Google Translate API

Synonymes de « faire »

Source : synonymes de faire sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « faire »

Partager