Mesure : définition de mesure


Mesure : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

MESURE, subst. fém.

A. − [Évoque (l'évaluation d') une quantité]
1. Évaluation d'une grandeur ou d'une quantité, par comparaison avec une autre de même espèce, prise comme terme de référence. Étalon de mesure (v. étalon2A); unité de mesure conventionnelle. L'unité de mesure est ce moyen terme à la faveur duquel on obtient les rapports de grandeurs de même espèce (Cournot,Fond. connaiss.,1851, p.378).Plus il était ivre, et plus il voyait clair: jamais une erreur de mesure, jamais une addition fausse! (Zola,Terre,1887, p.41).Prélèvement et mesure du volume gazeux initial (Camefort, Gama,Sc. nat.,1960, p.145).
a) P. méton. Grandeur évaluée en unités de référence à l'aide d'un instrument ou de calculs. Divisant cette différence par la distance au carton, j'avais la mesure de l'angle de diffraction (Fresnelds Ann. chim. et phys.,t.1, 1816, p.242):
1. Heureusement beaucoup de conclusions relatives aux structures cristallines peuvent être tirées de la diffraction des rayons X sans qu'il soit indispensable de disposer de mesures précises de l'intensité. Friedel,Cristallogr.,1926, p.319.
En partic. Dimensions caractéristiques (de quelque chose). Prendre les mesures d'une pièce.
α) COUT. Dimensions caractéristiques du corps, en fonction desquelles on confectionne ou on choisit un vêtement, une pièce d'habillement. Le tailleur a pris ses mesures pour lui faire un costume (Ac.1935).Mesure industrielle. Série de patrons gradués que l'on adapte au client, nécessitant moins de retouches que la confection standard. (Dict. xxes., Dupré 1972).
Au fig. Caractéristiques des possibilités, des facultés intellectuelles de quelqu'un. L'examen stimulant excite le travail de l'élève sans trop l'émouvoir, car il n'entraîne pas de décision, et il lui permet de prendre sa mesure et de s'aguerrir en prévision des examens «qui comptent» (Capelle,Éc. demain,1966, p.141).
Locutions
Sur mesure. Confectionné d'après les mesures prises individuellement pour chaque client. Anton. en confection, en série.On jurerait que ce costume est fait sur mesure (Green,Moïra,1950, p.71).P. anal. Certes, je ne suis pas pour les ouvrages sur mesure, les pièces qu'on écrit les yeux fixés sur tel ou tel comédien (A. Daudet,Crit. dram.,1897, p.205):
2. Il serait facile de savoir comment la Comédie-Française se procure le petit acte ou la petite pièce de vers d'usage (...). Cela se fabrique sur mesure et doit être livré à jour fixe. Zola,Nos aut. dram.,1881, p.34.
De mesure. Le drap usé est remplacé par de petits morceaux, taillés de mesure (Huberson,Nouv. manuel accord. et répar. pianos,1926, p.78).
β) ESCR. ,,Distance convenable pour parer ou pour porter un coup de fleuret ou d'épée`` (Ac. 1835-1935). Être à la mesure (Ac.), Être en mesure (Ac. 1878, 1935), Être hors de mesure (Ac. 1798, 1835). Prendre ses mesures.
Rompre la mesure. ,,Se mettre hors de portée de recevoir un coup de fleuret ou d'épée`` (Ac. 1798-1878).
Serrer la mesure. ,,Avancer sur son adversaire`` (Ac. 1835, 1878). Lâcher la mesure. ,,Reculer devant lui`` (Ac. 1835, 1878).
γ) DR., PÊCHE Mesure du poisson. ,,Longueur du poisson, mesurée de l'extrémité de la tête à l'extrémité de la queue`` (Schreiner 1975).
b) MATH. Théorie de la mesure. ,,Branche récente des mathématiques qui étudie les formes linéaires sur certains espaces vectoriels de fonctions numériques`` (Bouvier-George 1979). La théorie de la mesure est aujourd'hui pratiquement synonyme de la théorie de l'intégration (Bouvier-George1979).
SYNT. Appareil (v. ce mot II B 6 et ex. 18), appareillage (v. ce mot ex. 5), dispositif, échelle, instrument (v. ce mot I A 1 en partic. synt.), méthode, système de mesure; effectuer des mesures.
2. [Quantité évaluée qui sert de référence]
a) Quantité de référence pour déterminer les dimensions ou la valeur d'une grandeur de même espèce. Mesure anglaise; ancienne mesure de poids; mesure de temps, de volume. Les deux commissions (..) proclamèrent l'étalon définitif des poids et mesures, ce qui fut un bien pour le commerce (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan,t.2, 1870, p.524).− Quelle quantité de gazoline? − Quinze cents... (suit le nom d'une mesure chinoise que je ne connais pas) (Malraux,Conquér.,1928, p.74).Au degré élémentaire (...) les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures (Encyclop. éduc.,1960, 20).
MÉTROL. (Bureau international des) Poids et Mesures. Administration chargée du contrôle et de la vérification des poids et mesures; bureau de cette administration:
3. ... les résultats obtenus sont suffisamment sûrs et précis pour que la IXeConférence générale des Poids et Mesures (1948) ait adopté le joule (unité de travail) comme unité de chaleur... Hist. gén. sc.,t.3, vol.1, 1961, p.276.
Loc. fig.
Avoir deux poids et deux mesures (Ac.). Juger différemment selon les objets, juger avec partialité.
N'avoir qu'un poids et une mesure. Être impartial. Nous ne devons avoir qu'un poids et une mesure et faire des procès partout (Balzac,Corresp.,1840, p.223).Pardon, monseigneur, (...) nous n'avez qu'un poids et qu'une mesure pour tout le monde. Que diable! il y a des distinctions à faire entre les femmes (Dumas père, Lorenzino,1842, i, 1, p.225).
Vieilli, fam. Avec poids et mesure (Ac. 1798-1878). Avec une extrême circonspection.
b) En partic. Quantité (d'une matière) évaluée par rapport au récipient qui la contient et qui sert d'unité. Synon. dose, ration.Mesure de grain, de bois Il est appelé devant le tribunal des Huit, magistrats chargés de la justice à Florence, et il est condamné à une amende de quatre mesures de farine (Taine,Philos. art,t.1, 1865, p.191).L'ancien chauffeur se fit servir une double mesure de vitriol (A. Daudet,Jack,t.2, 1876, 171).Un soldat aviné (...) a roulé sur le bord d'une mare, et ses compagnons un peu moins ivres que lui, cherchent à lui entonner une dernière mesure de wisky (Gautier,Guide Louvre,1892, p.320).
P. méton.
Récipient servant à l'évaluation d'un volume. Mesure à blé. Il y a plus d'incertitude dans l'estimation des sommes historiques (...) soit à cause de la diversité des monnaies et de leurs fréquentes altérations, soit en raison de l'ignorance où nous sommes de la véritable capacité des mesures des grains (Say,Écon. pol.,1832, p.289).Mon ami ne voulait pas sortir et réclamait maintenant de la bière comme les Anglais ont coutume de faire quand ils ont un peu trop bu. − Taisez-vous, dis-je à l'intempérant qui s'était emparé d'un jeu complet de mesures d'étain (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.311).
COMM. ,,Unité de vente du hareng (double décalitre). Cent mesures représentent en principe 10 000 poissons, pratiquement 12 000`` (Gruss 1952).
3. P. anal. [En parlant du rythme]
a) MUS. Division du temps musical en sections d'égale durée (d'apr. Pinch. Mus. 1973). Mesure binaire, ternaire, à deux temps, à trois temps; barre de mesure (v. barre II B 2). C'est autre chose de saisir des coïncidences ou rythmes et de former des groupements systématiques, c'est-à-dire une mesure rythmique (Lalo,Esthét. mus. sc.,1908, p.146).
α) P. méton. Chacun des fragments correspondant à cette division; sa notation sur la portée musicale. Et, tandis qu'il écoutait ainsi, l'oreille tendue, caché derrière un portant, il eut un heurt violent au coeur: l'orchestre s'était arrêté net, au milieu d'une mesure (Rolland,J.-Chr.,Aube, 1904, p.102).Je compose une partition de quelques mesures. On répète, on se trompe, on recommence, on enregistre. Le résultat est navrant (Schaeffer,Rech. mus. concr.,1952, p.14).Depuis les premières mesures jusqu'à la scène finale, l'intérêt va croissant (Dumesnil,Hist. théâtre lyr.,1953, p.211).
[Peut servir de référence au passage d'un morceau] Trille aigu sur ré-mi bémol (mesure 36), qui donne l'élan (Rolland,Beethoven,t.2, 1937, p.490).
β) Locutions
En mesure. En suivant la mesure et, p. ext. en cadence, à intervalles réguliers. J'ai pour mon malheur, lorsque pour la première fois j'entendis cet air de cirque, imité un jongleur rattrapant ses boules en mesure (Maurois,Silences Bramble,1918, p.42).Pour que le dessin incisif des cordes puisse bien «sortir», il faut que ce passage soit joué strictement en mesure (E. Guiraud, Busser,Instrument.,1933, p.174).V. ferré A 1 a ex. de A. Daudet.
De mesure. Synon. vx de en mesure.Chanter, danser, jouer de mesure (Ac.1798-1878).
Hors de mesure. Sans suivre la mesure:
4. Beethoven, qui dirigeait lui-même dans la seconde partie du premier allegro (...) jeta (...) l'orchestre tellement hors de mesure, qu'il fallut répéter depuis le commencement. Prod'Homme,Symph. Beethoven,1921, p.109.
Battre la mesure (v. battre2A 1 c). Le chef d'orchestre, debout, battait la mesure d'une façon automatique (Flaub.,Éduc. sent.,t.1, 1869, p.92).Au début, il est bon chez certains patients de battre la mesure avec la main: pendant l'ascension de la main se fait l'inspiration, pendant la descente, l'expiration (Baratoux,La Voix,1912, p.70).Quatre hommes qui battaient la mesure en remuant de petites calebasses (Schaeffner,Orig. instrum. mus.,1936, p.41).
Batteur de mesure. V. batteur ex. 2.
Bâton de mesure. Baguette de chef d'orchestre. On a donné aussi, ce jour-là (...) Lohengrin (...) Liszt dirigeait l'orchestre, et, lorsqu'il entra, les artistes lui remirent un bâton de mesure en argent ciselé (Nerval,Lorely,1852, p.89).On a fêté (...) au Cirque des Champs-Élysées, ce jeune prêtre italien [l'abbé Perosi], qui, (...) le bâton de mesure à la main, est venu demander aux Parisiens d'ajouter leurs suffrages à ceux de ses compatriotes (Bruneau,Mus. hier et demain,1906, p.204).
b) P. ext. Organisation des durées constitutives du rythme selon une certaine accentuation. Marcher en mesure. ÉQUIT. ,,Au manège, temps, mouvement ou cadence nécessaire à l'exécution des divers exercices`` (Cass.-Moir. 1979).
c) LING., VERSIF. Mesure (rythmique). Analyse métrique du vers; p. méton. ,,ensemble de syllabes unissant plusieurs mots en une seule émission de voix et s'achevant sur l'accent tonique de la dernière syllabe sonore`` (Morier 1975). Synon. groupe rythmique*.Mesure métrique (Mounin1974).Qui n'avait pas l'idée de la mesure d'un vers, du mélange des rimes, qui substituait à un mot heureux et de génie un autre mot trivial et qui même rompait la mesure du vers (Chamfort,Caract. et anecd.,1794, p.117).V. calfater ex.2.
SYNT. Mesure de capacité, de grandeur, de longueur; mesure d'un angle, de la force, de la pression, d'une quantité, de la température, du temps; mesures agraires, nautiques; mesures acoustiques, densimétriques, gravimétriques, optiques, photoélectriques, photographiques, photométriques, radiométriques; mesure absolue, relative.
B. − Au fig.
1. [Évoque un rapport, une proportion]
a) Élément de référence, critère d'appréciation des qualités d'une personne, de ses capacités ou de ses moyens, ou de l'importance d'une chose. Dire que l'homme est mesure des choses, c'est donc opposer à la diversité du monde l'ensemble ou le groupe des pouvoirs humains (Valéry,Variété III,1936, p.242):
5. L'homme devrait être la mesure de tout. En fait, il est un étranger dans le monde qu'il a créé. Il n'a pas su organiser ce monde pour lui, parce qu'il ne possédait pas une connaissance positive de sa propre nature. Carrel,L'Homme,1935, p.31.
α) [Avec une négation] Commune mesure. Moyen, possibilité de comparaison, d'appréciation (de deux choses, l'une par rapport à l'autre). Il n'y a pas de commune mesure entre l'analyse des individus parlants et celle de l'historien (Sauss.1916, p.251).Il n'y a aucune commune mesure entre l'astronome amateur et les observatoires qui font progresser la science (Boll,Qq. sciences captivantes,1941, p.188).
Sans commune mesure (v. commun A 1):
6. Gérard Philipe jouait le Cid avec une fougue irrésistible. Il n'apparaissait pas sur la scène, il y jaillissait. Sans commune mesure, son jeu même se faisait héroïque. Serrière,T.N.P.,1959, p.147.
β) Donner la, l'exacte mesure de. Reste donc à savoir comment le socialisme a entendu la solution. Un seul exemple donnera la mesure de ses moyens, et nous permettra de prendre à son égard des conclusions générales (Proudhon,Syst. contrad. écon.,t.1, 1846, p.209).− Vive le maréchal! dit l'ouvrier. − Oh! tu peux crier, va! Le maréchal est sourd à force d'avoir entendu le canon. Cette anecdote peut donner la mesure du respect avec lequel les invalides traitaient le maréchal Hulot (Balzac,Cous. Bette,1846, p.300).Ce jugement, qui veut être élogieux, semble donner la mesure exacte de ce que fut l'oeuvre de Taine (Hist. sc.,1957, p.1650).
Donner sa mesure, toute sa mesure. Montrer ce que l'on sait faire, ce dont on est capable. Là, n'étant gênée par rien ni par personne, elle [la corporation des ingénieurs de l'État] a pu donner toute sa mesure (Chardon,Trav. publ.,1904, p.207).Maurice Denis est aujourd'hui le seul peintre religieux français important. Il est aussi le décorateur profane qui eut le plus aisément l'occasion de donner sa mesure (Arts et litt.,t.2, 1936, p.18-7).
b) Dans des loc.
α) À la mesure + adj.Synon. à l'échelle (de):
7. ... les hommes pourraient être heureux − d'un bonheur menacé, sans doute, pénétré d'inquiétudes et de souffrance − mais épreuves et joies, tout serait à la mesure humaine. Le malheur qui nous menace n'est plus à notre mesure. Mauriac,Journal 3,1940, p.212.
[Dans une loc. prép.]
À la (juste) mesure de. L'idée pratique et modérée que les dirigeants et les mondains se font de la fonction mystique de l'artiste qu'ils s'imaginent fait à la mesure de leurs besoins (Faure,Hist. art,1909, p.121).Choisir dans nos actes et nos réalisations, à la mesure de nos moyens, les entreprises qui peu à peu modèleront un pays plus homogène (Amén. terr.,1964, p.7):
8. ... quand vient le moment d'ouvrir les portes d'accès à certaines fonctions ou à certaines études (...) l'on se résigne de nouveau aux examens. Mais (...) que ce soit, au moins, après avoir ramené les examens, par leur nature, leur fréquence et leur ampleur, à la juste mesure de leur utilité. Capelle,Éc. demain,1966, p.157.
À mesure de (vx)
En proportion de, en relation avec. Je prie qu'on m'excuse trente pages d'une sécheresse mathématique. Pour dire les mêmes choses (...) à mesure du besoin il en faudrait cent (Stendhal,Hist. peint. Ital.,t.2, 1817, p.43).
Synon. de au fur et à mesure (v. fur B).[Vinci] travaillait en quelque sorte sans modèle et inventait à mesure de sa production (Gautier,Guide Louvre,1872, p.200).
[Dans une loc. adv.] À mesure, au fur* et à mesure, à fur* et à mesure (vieilli); au fur* à mesure (pop). Synon. peu à peu.Mais nous sommes avancés l'un et l'autre dans cette carrière qui se dessèche à mesure sous nos pas (Delacroix,Journal,1824, p.55).Elle écoutait cela, debout, et son coeur se serrait à mesure (Loti,Pêch. Isl.,1886, p.204).Débarquer, à grande distance de la place, une colonne résolue qui progresserait vers l'objectif en ralliant, à mesure, les territoires traversés et les éléments rencontrés (De Gaulle,Mém. guerre,1954, p.97).
[Dans une loc. conj.]
À mesure que, au fur et à mesure que. [Indique la durée progressive ou la simultanéité] À la même latitude, elle [l'intensité de la pesanteur] diminue à mesure qu'on s'élève sur la verticale (Poisson,Mécan.,t.1, 1811, p.120).Sur les montagnes, où la température diminue à mesure qu'on s'élève, les chutes de neige sont beaucoup plus fréquentes que dans les plaines (Boule,Conf. géol.,1907, p.10).À mesure que l'on avance on s'aperçoit que l'esprit humain ne travaille pas selon la méthode adoptée par les premiers constructeurs de machines heuristiques (David,Cybern.,1965, p.103).
À mesure où (rare). À mesure où les minutes coulaient, je commençais à hésiter (Simonin,Cave se rebiffe,1954, p.240).
β) Dans une/ la/ cette mesure; dans telle ou telle mesure. Dans telle ou telle condition, sous tel ou tel rapport:
9. Je sais bien qu'on se fait fort de me démontrer l'incompatibilité réelle de a et de b. Mais n'aurai-je pas toujours la ressource de refuser de la voir? On me dira que dans cette mesure je refuse de penser. G. Marcel,Journal,1919, p.209.
Dans quelle mesure. Dans quelle proportion. Essayer de savoir dans quelle mesure elle [la criminalité des classes aisées, ou des classes moyennes] est susceptible de fausser les statistiques criminelles (Traité sociol., 1968, p.222).
[Avec un adj. de quantité, de dimension] Le développement de la radio-diffusion contribue également, quoique dans une moindre mesure, à la crise du théâtre (Arts et litt.,t.2, 1936, p.30-1).La lecture des hebdomadaires, qui ont dans une large mesure supplanté le livre (Civilis. écr.,1939, p.26-16).Le désir de revenir à la santé pour reprendre un travail vital favorise la guérison dans une mesure étonnante (Mounier,Traité caract.,1946, p.223).
SYNT. Dans une mesure convenable, importante, limitée, relative; dans une (très) faible mesure; dans une plus ou moins, assez, très, trop large mesure; dans la plus grande, large mesure possible; dans la même mesure.
Dans une certaine mesure. D'une certaine façon, jusqu'à un certain point. Dans les heures où, ouverts aux autres par la conversation, nous sommes dans une certaine mesure fermés à nous-mêmes (Proust,J. filles en fleurs,1918, p.553).De l'étude de ces taches, de l'existence de certaines d'entre elles et de l'absence de certaines autres, dans une certaine mesure aussi de leurs intensités relatives, on peut tirer d'utiles renseignements sur la structure (Friedel,Cristallogr.,1926, p.320).
[Dans une loc. prép.] Dans (toute) la mesure de. Dans la (l'exacte) proportion de, en proportion de. Dans la mesure de ses moyens. Enfin notre devoir, à tous, est (...) d'aider dans la mesure de nos forces à la production de la vérité (Clemenceau,Iniquité,1899, p.15).Le nombre de ses besoins s'accroît dans la mesure du nombre de ses richesses (Gaultier,Bovarysme,1902, p.180).Certes un critique digne de ce nom doit s'appliquer dans toute la mesure de ses forces à corriger, au sens optique ou astronomique du mot, ses erreurs (G. Marcel,Heure théâtr.,1959, p.x).
Dans (toute) la mesure du possible. Autant qu'il est possible. L'indépendance de la Saxe garantissait l'indépendance des autres états germaniques et, dans la mesure du possible (...) restaurait le traité de Westphalie (Bainville,Hist. Fr.,t.2, 1924, p.143).Stationneront sur le territoire de ces régions: (...) dans toute la mesure du possible, des éléments non endivisionnés, de réserve générale ou des forces mobiles (J.O., Loi sur organ. gén. armée, 1927, p.7267).
[Dans une loc. conj.] Dans la mesure où. Dans la proportion où; autant que le permet (le fait que), compte tenu de ce que. Rien de si factice que cette opposition entre le tendre Racine et le cruel Racine où la critique se complaît. Souvent un homme est irritable dans la mesure où il est tendre (Mauriac,Vie Racine,1928, p.73).Ce que je souhaite, c'est que vous m'aimiez et souhaitiez mon désir dans la mesure où je vous aime et où je vous désire (Montherl.,Pitié,1936, p.1108).
2. [Indique une quantité déterminée, considérée comme normale ou souhaitable]
a) [Avec l'idée d'une quantité jugée comme suffisante et souhaitable] Combler la mesure (v. combler A 1 loc. fig.); la mesure est comble (v. comble2A 2). Avenante et simple dans sa petite robe noire, l'actrice se présenta avec la juste mesure d'aisance, avec la distinction accomplie d'une jeune dame de charité introduite chez une personne de son rang (Vogüé,Morts,1899, p.327).
Fam. Le pauvre vieux marchait à côté de la charrue, saoul d'aller dans les mottes grasses. Il en avait sa pleine mesure (Giono,Baumugnes,1929, p.136).
Dépasser, passer la mesure. Dépasser ce qui est permis, exagérer. Synon. passer les bornes (v. dépasser II A 2 b ex. de Feuillet).Si mon amour pour elle a dépassé toute mesure, c'est que j'ai eu foi en ses sentiments et en ses pensées (J. Bousquet,Trad. du silence,1936, p.226).Je trouve que ce que Rochard a fait là est très grave. Jusqu'à maintenant il s'était contenté d'exagérer. Cette fois il a dépassé la mesure (Aymé,Uranus,1948, p.77).
Faire bonne mesure. ,,Donner une bonne quantité, se montrer généreux`` (Rey-Chantr. Expr. 1979). J'avais demandé à Dieu un an de ton amour en échange du bonheur de toute ma vie (...) il m'a fait la bonne mesure puisque tu m'aimes encore (Augier, Mariage Olympe, 1855, p.182).
[Dans des loc. adv.] Hors de mesure, outre mesure. Excessivement, exagérément. Ce n'est point ici le lieu de développer hors de mesure de certaines idées (Hugo,Misér.,t.1, 1862, p.609).Préoccupez-vous (...) d'empêcher que le chemin de fer ne fasse une concurrence terrible à la navigation en abaissant outre mesure ses tarifs (Chardon,Trav. publ.,1904, p.179):
10. Je viens donc vous demander la faveur de la lire [une chronique], au comité d'administration. C'est l'affaire de dix minutes. Et il jugera si cette fois la chose en vaut la peine, et en tout cas, ne s'ennuiera pas outre mesure pendant les huit ou dix minutes... Villiers de L'I.-A.,Corresp.,1887, p.202.
b) Modération, retenue (dans le comportement, dans le mode de vie, dans les goûts esthétiques). Synon. discrétion, réserve.Le goût, le sens de la mesure; perdre toute mesure. Mais c'est surtout dans ce qui nous reste des arts plastiques des anciens que cette qualité de goût et de mesure parfaite se trouve au plus haut point de perfection (Delacroix,Journal,1857, p.57).Il se piquait de vivre avec mesure et raison (Beauvoir,Mandarins,1954, p.447):
11. Il semble d'abord qu'un idéal grec de mesure et d'harmonie soit à portée de notre main. Mais cette harmonie est une possibilité jusqu'à un certain point hors d'atteinte. Ricoeur,Philos. volonté,1949, p.25.
Sans mesure. D'une manière excessive. Une cousine, Constance Desrozais, vieille fille grasse, souriante et servile, que madame de Beaumesnil utilisa sans mesure dans les travaux de l'intérieur (Feuillet,Sibylle,1863, p.9).Chaque être rencontré, chaque odeur de cette rue, tout m'est prétexte pour aimer sans mesure. Des jeunes femmes (...), la trompette des marchands de glaces, (...) les étalages de fruits (Camus,Env. et endr.,1937, p.97).
En partic. [Dans le discours] Langage plein de mesure. Mon grand-père était plein de mesure dans ses plaisanteries et son esprit fin et froid pouvait passer inaperçu (Stendhal,Brulard,t.1, 1836, p.81).Dans ce pays de liberté que j'habite, j'ai perdu le sentiment de la mesure et de la proportion, et je me figure qu'on peut parler aussi haut en France qu'en Angleterre (Hugo,Corresp.,1873, p.167):
12. Persicaire haïssait la «mesure française». Il estimait, à juste titre, que notre langue est la plus apte aux poèmes, la plus propice à tirer juste, la plus cruelle, la moins poétique, en un mot. Cocteau,Fin Potomak,1940, p.129.
C. − [Dispositions relatives à une action]
1. Moyen pris pour atteindre un but (souvent sous la forme d'un acte officiel). Synon. disposition.Mesure illégale; mesures d'encouragement à l'épargne; prendre une, des mesure(s) autoritaire(s). Quant à la mesure de nous fermer les portes de l'assemblée, c'était tellement plat, que nous en haussions les épaules de pitié (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan,t.1, 1870, p.241).Il faut prendre des mesures contre les écrivains collabo, non? (Beauvoir,Mandarins,1954, p.21).
Loc. Par mesure de. En vue de, en raison de. Par mesure d'économie, Julien avait accompli des réformes (Maupass.,Une Vie,1883, p.94).
DROIT
Mesure conservatoire. ,,Disposition provisoire destinée à maintenir une situation en l'état`` (Admin. 1972). V. conservatoire ex. 1.
Mesure disciplinaire. Disposition servant à assurer le respect d'un règlement par l'application de peines d'ordre disciplinaire. Révocation ou (...) renvoi par mesure disciplinaire (Lubrano-Lavadera,Législ. et admin. milit.,1954, p.160).
Mesure provisoire. Disposition prise pour régler momentanément une situation urgente. M. Sophie m'a demandé également l'envoi d'un gouverneur, des instructions et l'approbation des mesures provisoires prises par lui (De Gaulle,Mém. guerre,1956, p.455).
SYNT. Mesures draconiennes, énergiques, palliatives, répressives, salutaires, transitoires; mesures administratives, financières, fiscales, thérapeutiques; adopter, envisager, proposer des mesures; application, exécution de mesures; mesures de protection, de sécurité, de sûreté; mesures d'ordre intérieur, d'ordre militaire.
2. Prendre ses mesures. Prendre ses précautions, faire le nécessaire. J'ai couché hier à Nevers, après avoir pris toutes mes mesures pour aller toute la nuit (Constant,Journaux,1804, p.178).
3. Être en mesure de (+ verbe à l'inf.). Avoir la possibilité de, être dans la possibilité de, être en état de. Synon. être à même* de.J'ai visité à fond l'Exposition, hier; et je vais aujourd'hui lire la collection des choses écrites à ce propos, depuis deux mois. Demain je serai en mesure de commencer un premier article (Mallarmé,Corresp.,1871, p.19).Exceptionnellement, il peut se faire qu'on soit en mesure de fixer en quelle année tel mot, inconnu jusque-là, est entré dans l'usage (Vendryès,Langage,1921, p.226):
13. La grande intuition de Pasteur, et d'où procèdent toutes ses conquêtes, ce fut de croire inébranlablement à la spécificité absolue des organismes microscopiques. Il l'affirma dès le principe, et avant même que d'être en mesure de l'établir. Cuénot, J. Rostand,Introd. génét.,1936, p.75.
Absol. Être en mesure. Il doit concourir pour une place aux Beaux-Arts dans quinze jours; et, s'il n'est pas en mesure, il ne sera pas admis (Sand,Corresp.,t.2, 1843, p.255).Êtes-vous en mesure? avez-vous complété votre appoint? (Labiche,Chasse corb.,1853, III, 4, p.320).
Prononc. et Orth.: [məzy:ʀ]. Éventuellement, après voyelle, [mzy:ʀ]. Ex. la mesure [lamzy:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 «détermination, estimation d'une grandeur» (Roland, éd. J. Bédier, 1035); 2. fin xiies. trover a sa mesure «trouver (quelqu'un) de valeur égale» (Béroul, Tristan, éd. E. Muret, 3980); 3. 1538 prendre la mesure de «déterminer et noter les dimensions de» (Est., s.v. metior). B. 1. Ca 1100 en quel mesure «à quel degré, de quelle façon» (Roland, 146); 2. 1121-23 «manière» (Ph. de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 2424); 3. 1180-1220 «moment opportun» (Conon de Béthune, Chansons, éd. A. Wallensköld, VI, 38); 4. ca 1285 «possibilité» (La Chevalerie de Judas Macabé, éd. J. R. Smeets, 569); 5. 1640 (Oudin Curiositez: prendre bien ses Mesures, [...] faire les choses à propos); 6. loc. a) fin xiiies. [ms.] a mesure «petit à petit» (Jean Renart, Lai de l'ombre, ms. E, éd. J. Bédier, 1929, 34); b) 1280 a la mesure que «selon que, à proportion et en même temps que» (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, XXI, 640); c) 1379 a mesure que (J. de Brie, Bon Berger, 106 ds T.-L.); au fur et à mesure, v. fur; d) 1550 à la mesure de (La Saincte Bible, Louvain, Eph., 4 C); 1876 dans la mesure où (Dupanloup, Journal, p.332). C. 1. Ca 1100 «modération» (Roland, 1725); 2. début xiies. sanz mesure «avec excès» (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 806). D. 1. Ca 1150 «quantité que peut contenir le récipient adopté par l'usage pour mesurer un volume» (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 308); 2. ca 1180 «perche qui sert à mesurer un terrain» (Marie de France, Fables, éd. K.Warnke, XC, 3); 3. ca 1200 «récipient pour mesurer les graines» (Jean Bedel, Del convoiteus et de l'envieus, 22 ds Fabliaux, éd. A. de Montaiglon et G. Raynaud, t.5, p.212); 4. 1550 bonne mesure «quantité que l'on donne à un acheteur un peu au-delà de ce qui lui revient» (La Saincte Bible, Louvain, Luc, 6 E); 5. 1671 la mesure étoit comble (Mmede Sévigné, Lettre à Coulanges ds Lettres, éd. M. Monmerqué, t.2, p.292). E. 1. Fin xiies. fig. «grandeur prise comme terme de comparaison» (Sermon Saint Bernard, éd. W. Foerster, p.159, 19); 1231 au propre (Ch. de Morvile sur Seille ds Gdf. Compl.); 2. 1606 «quantité prise par unité» (Nicot); 3. 1718 avoir deux poids deux mesures «juger avec partialité» (Ac.). F. 1. 1377 aller et chanter par mesure «aller du même pied et chanter d'accord» (Gace de La Buigne, Roman des Deduis, éd. Å.Blomqvist, 10615); 2. 1538 «rythme divisant la durée d'une phrase musicale» (Est., s.v. modulatio); 3. 1557 versif. (Du Bellay, Jeux rustiques ds Œuvres, éd. H. Chamard, t.5, p.118). G. 1. 1626 escr. estre en mesure, hors de mesure (René François [le P. Binet] Essay des Merveilles de la Nature, chapitre 18 cité ds Livet Molière); 2. 1659 «distance convenable pour parer ou porter un coup de fleuret ou d'épée» (Duez, Dict. fr.-ital.); 3. 1668 fig. mettre (qqn) hors de toute mesure «pousser à bout» (Molière, Amphitryon, III, 2 ds Théâtre, éd. R. Bray, p.309); 4. 1780 fig. être en mesure de (faire qqc.) (Mmede Genlis, Théâtre d'éducation, t.3, p.132). Du lat. mē(n)sūra (de mensum, supin de metiri «mesurer, estimer») «mesure, action de mesurer», «estimation, évaluation (au propre et au fig.)», «quantité, degré [spéc.: quantité en métrique]», «quantité considérée comme légale, norme» d'où, dans le domaine mor. «modération». D'apr. J. Wettstein, «Mezura», L'idéal des Troubadours, Thèse, Zurich, 1945, p.27: «la mesure est une des idées essentielles de la philosophie chrétienne, en tant qu'elle constitue le lien entre l'infini et le fini, entre Dieu et la créature; la mesure est l'essence divine imitable par la créature»; la notion de mesure (avec ses corollaires mesurer, amesurer, desmesure, desmesurer, sens et raison) est un concept fondamental de la pensée médiév. et de la mor. courtoise; cf. avec B 5 l'a. prov. penre mezura «prendre des mesures» (ca 1290, P. Espanhol ds C. Appel, Provenzalische Inedita, p.238 d'apr. Levy). Fréq. abs. littér.: 12926. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 15249, b) 13527; xxes.: a) 17125, b) 24415. Bbg. Gall. 1955, p.69. _ Gohin 1903, p.337, 351, 372. _ Humbley t.2 1974, p.352.

Mesure : définition du Wiktionnaire

Nom commun

mesure \mə.zyʁ\ féminin

  1. Dimension.
    • Prendre les mesures d’une colonne, d’un bâtiment.
    • Deux grandeurs qui ont une commune mesure sont commensurables entre elles.
    1. Étalon, grandeur prise comme terme de comparaison pour évaluer la durée, l’étendue, la quantité, le poids, etc.
      • Les mesures agraires de Quarré, avant la Révolution (elles persistent aujourd'hui), n'avaient pas de base fixe. Un journal de champ, une « soiture » de pré oscillaient entre vingt-deux et trente-cinq ares de nos mesures métriques. — (Abbé Guignot, Essai sur Quarré-les-Tombes ; ses sarcophages mérovingiens et sa station préhistorique, Tours, impr. Bousrez, 1895, page 41)
      Les mesures de toute espèce ont été assujetties au système décimal et ont reçu de nouvelles dénominations.
    2. Volume.
      Une mesure de sel, d’avoine, d’huile.
      Acheter deux mesures d’avoine à son cheval.
  2. Action d’évaluer une grandeur.
    • La mesure d’une surface.
    • La mesure du kilomètre comparée au mètre est égale à mille.
  3. (Métrologie) Processus consistant à obtenir expérimentalement une ou plusieurs valeurs que l’on peut raisonnablement attribuer à une grandeur.
  4. (Poétique) Nombre de pieds ou de syllabes, propres à chaque espèce de vers.
    • La mesure de l’hexamètre latin est de six pieds, dont les deux derniers sont un dactyle et un spondée.
    • La mesure de l’alexandrin français classique est de douze syllabes, avec un repos nommé césure entre la sixième et la septième syllabe.
    • On retient plus facilement les vers que la prose, à cause de la mesure.
  5. (Musique) Rythme divisant la durée d’une phrase musicale.
    • Battre la mesure.
    • Hâter, presser, ralentir la mesure.
    • Chanter, danser, jouer en mesure, observer exactement la mesure dans le chant, dans la danse, ou en jouant de quelque instrument.
  6. (Musique) Chacune des parties égales d’une phrase musicale, division des portées dans une partition de durée égale aux autres divisions et délimitée par deux barres de mesures.
    • Chaque mesure de ce morceau se bat à deux, trois, quatre temps.
    • Mesure à deux temps, à trois temps, à quatre temps, à six temps, etc.
  7. Décision.
    • Je suis passé dans la clandestinité pour ne pas être arrêté, car je savais que je faisais l'objet d'une mesure d'internement. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
  8. Modération, retenue, sentiment et observation des bienséances.
    • Être sans mesure, sans règle ni mesure.
    • Être toujours dans la mesure.
    • Ce que vous lui avez dit est hors de toute mesure, passe toute mesure.
    • Il lui a écrit, il lui a parlé avec beaucoup de mesure.
  9. (Figuré) Une base de comparaison.
    • Il s’agit d’un changement de paradigme dont on a encore du mal à prendre toute la mesure. — (Stéphane Lauer, Taux bas : « Mettre de l’argent de côté est sur le point de devenir un vice passible de sanction », Le Monde. Mis en ligne le 23 septembre 2019)
    • La mesure d'un homme est la somme de ses expériences.
  10. (Figuré) Précaution; disposition; moyen qu’on prend pour arriver au but qu’on se propose.
    • […], Ivanhoé les laissa silencieusement prendre les mesures qu’ils jugeaient convenables pour assurer son rétablissement ; …. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • […] ; quand les cléricaux sont les plus faibles dans un pays, il ne manquent jamais de recommander des mesures de sévère réglementation pour se venger de patrons francs-maçons. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, chapitre V La grève générale politique, page 229)
    • La ministre de l’Écologie Delphine Batho a annoncé, lors de sa visite à l’entreprise MPO, en Mayenne, le 7 janvier, une série de mesures destinées à aider la filière photovoltaïque. — (Camille Chandès, Photovoltaïque : Le Made in Europe encouragé, dans L'Usine nouvelle, n°3313, 10 janvier 2013)
    • Il est convaincu que la peste est un fléau endémique et non contagieux et que les seules mesures pour s'en préserver sont des mesures d'hygiène. — (Anne-Marie Mercier-Faivre & ‎Chantal Thomas, L'invention de la catastrophe au XVIIIe siècle: du châtiment divin au désastre naturel, Droz, 2008, page 328)
  11. (Figuré) Bornes, limites, capacité.
    • Régler ses pensées selon la mesure du sens commun, de la raison.
    • Nos vrais besoins sont la mesure naturelle du nécessaire.
  12. (Escrime) Distance convenable pour parer ou pour porter un coup.
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Mesure : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MESURE. n. f.
Résultat de la comparaison d'une grandeur à une autre grandeur de la même espèce, exprimé par leur rapport. La mesure d'une surface. La mesure d'un volume. La mesure du kilomètre comparée au mètre est égale à mille.

MESURE signifie encore Dimension. Prendre les mesures d'une colonne, d'un bâtiment. Prendre la mesure d'un meuble et de la place qu'il doit occuper. Le tailleur a pris ses mesures pour lui faire un costume. On dit dans un sens analogue Prendre mesure à quelqu'un. Prendre la mesure de quelqu'un. Fig., Cet homme a donné sa mesure, Il a montré ce dont il est capable.

MESURE se dit aussi de la Grandeur prise comme terme de comparaison pour évaluer la durée, l'étendue, la quantité, le poids, etc. Le mètre est une mesure de longueur, le kilogramme une mesure de poids, le litre une mesure de capacité. Les mesures étaient différentes en France dans les diverses provinces. On a établi l'unité de poids et de mesures. Les mesures de toute espèce ont été assujetties au système décimal et ont reçu de nouvelles dénominations. Deux grandeurs qui ont une commune mesure sont commensurables entre elles. Fig., Avoir deux poids et deux mesures, Juger des mêmes choses par des règles différentes et avec partialité. On dit dans le même sens Changer de poids et de mesure.

MESURE désigne encore la Quantité que peut contenir le récipient adopté par l'usage pour vendre en détail certaines denrées. Une mesure de sel, d'avoine, d'huile. Acheter deux mesures d'avoine à son cheval. Donner la bonne mesure. Fig., Il a comblé la mesure, la mesure est comble, se dit en parlant de Celui qui, par ses crimes ou par ses fautes réitérées, s'est rendu coupable au point de ne devoir plus espérer de pardon. Il a été puni, la mesure était comble. En termes de Versification, il se dit du Nombre et de l'arrangement de pieds, ou seulement de syllabes, propres à chaque espèce de vers. La mesure de l'hexamètre latin est de six pieds, dont les deux derniers sont un dactyle et un spondée. La mesure de l'alexandrin français classique est de douze syllabes, avec un repos nommé césure entre la sixième et la septième syllabe. Ce vers-là est trop long d'une syllabe, d'un pied, la mesure n'y est pas. On retient plus facilement les vers que la prose, à cause de la mesure. En termes de Musique, il désigne le Rythme divisant la durée d'une phrase musicale en parties ordinairement égales, qui sont indiquées d'une manière plus ou moins sensible dans l'exécution. Battre la mesure. Observer la mesure. Sentir, ne pas sentir la mesure. Hâter, presser, ralentir la mesure. Il se dit aussi de Chacune des parties égales d'une phrase musicale, qui sont indiquées ordinairement, dans la musique écrite, par des lignes verticales. Chaque mesure de ce morceau se bat à deux, trois, quatre temps. Mesure à deux temps, à trois temps, à quatre temps, à six temps, etc. Chanter, danser, jouer en mesure, Observer exactement la mesure dans le chant, dans la danse, ou en jouant de quelque instrument. On dit aussi : Aller en mesure. En termes de Manège, La mesure, la cadence d'un cheval, se dit, dans une signification analogue à celle qui précède, en parlant des Allures d'un cheval.

MESURE, en termes d'Escrime, désigne la Distance convenable pour parer ou pour porter un coup de fleuret ou d'épée. Être en mesure, à la mesure. Fig., Être en mesure de faire une chose, Avoir les facilités, les moyens nécessaires pour faire une chose, se trouver dans les conditions convenables pour l'entreprendre, pour y réussir. Vous êtes en mesure d'appuyer mes démarches. Fig., Être hors de mesure de, N'être pas en état de.

MESURE signifie, au figuré, Précaution, moyen qu'on prend pour arriver au but qu'on se propose. Le gouvernement a pris une sage, une bonne, une excellente mesure pour prévenir, pour éviter ces désordres. Cette mesure a été mal exécutée, est restée sans exécution. Il avait pris des mesures maladroites. Il a mal pris ses mesures. Cet événement a dérangé, a déconcerté ses mesures. Ce ministre est toujours pour les demi-mesures.

MESURE, signifie aussi, figurément, Bornes, limites, capacité. Régler ses pensées selon la mesure du sens commun, de la raison. L'imagination passe souvent la mesure du possible. Nos vrais besoins sont la mesure naturelle du nécessaire. Cette idée passe la mesure de son esprit. Il signifie encore Modération, retenue, sentiment et observation des bienséances. Avoir de la mesure, beaucoup de mesure. N'avoir pas de mesure. Être sans mesure, sans règle ni mesure. Manquer de mesure. Ne garder la mesure en rien. Être toujours dans la mesure. Garder la mesure en tout. Dépasser la mesure. Ce que vous lui avez dit est hors de toute mesure, passe toute mesure. Il lui a écrit, il lui a parlé avec beaucoup de mesure.

À MESURE QUE, loc. conj. Selon que, suivant que, à proportion et en même temps que. On vous paiera à mesure que vous travaillerez. à mesure que l'un avançait, l'autre reculait.

À MESURE s'emploie comme locution adverbiale dans un sens analogue. Vous n'avez qu'à travailler, et on vous paiera à mesure.

À MESURE DE s'emploie comme locution prépositive. Cet État semble se fortifier à mesure de ses pertes. Vous serez payé à mesure de votre travail. Il vieillit.

DANS LA MESURE DE, loc. prépositive. En proportion de. Dans la mesure de ses moyens.

AU FUR ET À MESURE, Locution qui s'emploie comme conjonction, comme préposition et comme adverbe. À mesure que, à mesure de, à mesure. On les payait au fur et à mesure qu'ils travaillaient, au fur et à mesure de l'ouvrage. Travaillez, vous serez payé au fur et à mesure.

OUTRE MESURE, SANS MESURE, loc. adverbiales. Avec excès. Il s'affligeait outre mesure. Il dépense sans mesure.

Mesure : définition du Littré (1872-1877)

MESURE (me-zu-r') s. f.
  • 1Nom donné à l'unité conventionnelle que l'on compare avec les objets pour en connaître le rapport. Mesures de longueur, de capacité, de solidité. Étalonner des mesures. Le système des poids et mesures. Vendre à faux poids et à fausse mesure. Pour mesurer plusieurs corps, il faut avoir une mesure fixe, Fénelon, Tél. XXIV. Sans regarder comme l'un des plus grands services que les gouvernements puissent rendre à la société l'adoption d'un système de mesures dont les divisions uniformes se prêtent le plus facilement au calcul et qui dérivent de la manière la moins arbitraire d'une mesure fondamentale indiquée par la nature elle-même…, Laplace, Exposé, I, 14. La longueur du pendule et celle du méridien sont les deux moyens principaux qu'offre la nature pour fixer l'unité des mesures linéaires, Laplace, ib. I, 12.

    Mesure du sanctuaire, sorte de mesure qui, chez les Juifs, était la mesure légale. Sept cent trente sicles, selon la mesure du sanctuaire, Sacy, Bible, Exode, XXVIII, 24.

    De mesure, conforme à la mesure fixée légalement. Plaindre son bois saisi pour n'être de mesure, Régnier, Sat. X.

    Fig. et familièrement. Cet homme n'est pas de mesure, il n'est pas capable de faire la besogne qu'il a entreprise, de lutter contre son adversaire, etc.

    Fig. Avoir deux poids et deux mesures, juger des mêmes choses par des règles différentes et avec partialité. Il y a toujours deux poids et deux mesures pour tous les droits des rois, Voltaire, Louis XIV, 9.

    On dit dans le même sens : changer de poids et de mesure. J'approchai par degrés de l'oreille des rois… Près de leurs passions rien ne me fut sacré ; De mesure et de poids je changeais à leur gré, Racine, Ath. III, 3.

    Fig. et familièrement. Faire tout avec poids et mesure, agir avec une extrême circonspection. Ils [les lamas] sont doux et flegmatiques ; ils font tout avec poids et mesure, Buffon, Morc. choisis, p. 185.

  • 2Mesure du temps, mesure fondée sur l'accomplissement de certains phénomènes réguliers dont la durée est connue, comme le retour du soleil à son midi, les oscillations d'un pendule, les mouvements d'un ressort, la sortie du sable d'un sablier, etc. Je ne comprends plus la mesure du temps depuis le jour de notre séparation, Sévigné, 13 décembre 1684. Si le temps comparé au temps, la mesure à la mesure, le terme au terme se réduit à rien, que sera-ce si l'on compare le temps à l'éternité, où il n'y a ni mesure ni terme ? Bossuet, le Tellier. Celui qui met dans ma poche la mesure du temps en cuivre et en or, Voltaire, Dict. phil. Xénophane. La mesure et la connaissance du temps ont été le premier but des travaux astronomiques et le premier fruit que les hommes en ont recueilli, Bailly, Hist. de l'astron. mod. II, 8.
  • 3En géométrie et en arithmétique, une certaine quantité qu'on prend pour unité, et dont on exprime les rapports avec d'autres quantités homogènes. Vingt et quarante ont des mesures communes, qui sont cinq, quatre, deux. Il n'y a pas de commune mesure entre la diagonale d'un carré et un des côtés.

    Par extension. Lorsque l'argent eut été pris pour mesure commune des valeurs, il fut également naturel de juger qu'on donnait, dans les échanges, valeur égale pour valeur égale, toutes les fois que les choses qu'on échangeait étaient estimées égales en valeur chacune à une même quantité d'argent, Condillac, Comm. gouv. I, 15.

  • 4Particulièrement, vaisseau de grandeur déterminée qui sert à mesurer les grains et autres objets que l'on peut faire déborder un peu le bord de la mesure. Mesure comble. Grande mesure. Petite mesure. Le pain s'y vendait un prix excessif, et ne s'y donnait que par mesure, Fléchier, Hist. de Théodose, III, 28. Le bon goût qu'il faut toujours croire Me recommande chaque jour La grande mesure pour boire Et la petite pour l'amour, Pannard, Chans. et vaudev. Œuvr. t. III, p. 395, dans POUGENS.

    Faire bonne mesure, remplir loyalement la mesure.

    La quantité contenue dans la mesure. Une mesure d'avoine, de sel. On assure que nous y trouverons [à Huy] en réserve 60 000 mesures de blé, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 278, dans POUGENS.

    Demi-mesure, la moitié d'une mesure quelconque.

    Fig. Combler la mesure, remplir la mesure ; la mesure est comble, se dit en parlant de celui qui, par ses crimes ou par ses fautes réitérées, s'est rendu coupable au point de ne devoir plus espérer de pardon. La mesure des iniquités des Amorrhéens n'est pas encore remplie présentement, Sacy, Bible, Genèse, XV, 16. Vous avez comblé la mesure de vos calomnies, Pascal, Prov. XVI. Mes crimes désormais ont comblé la mesure, Racine, Phèd. IV, 6. De toutes les horreurs, va, comble la mesure, Racine, Athal. III, 5. Nous devons craindre de combler la mesure et d'aller jusqu'au terme où la bonté finit, Montesquieu, Esp. XXIV, 13.

    Il se dit aussi en bonne part. J'ai ces agréables nouvelles un peu plus tôt que vous ; et celle de l'assemblée de la noblesse, qui a été aussi confirmée, a comblé la mesure, Sévigné, 245.

    Il se dit encore pour signifier : donner le dernier coup, porter la dernière atteinte. Cela me fait souvenir de l'autre [courrier] qui a comblé la mesure des mauvais offices qu'on rendait à notre bon ami, Sévigné, 391.

    Terme féodal. Droit de mesure publique, droit que les seigneurs s'étaient attribué, et qui consistait à donner, par leurs officiers, les poids et mesures.

  • 5Nom d'une mesure vinaire adoptée en Lorraine, et qui vaut de 42 à 45 litres.

    Terme de marine. Petit vase, quart, tasse qui sert à distribuer à chacun sa ration.

  • 6 Terme de tailleur. Morceau de parchemin ou de papier long et étroit sur lequel le tailleur marque les longueurs du vêtement qu'il veut faire.

    Au jeu de mail, espèce de compas rond qui sert à marquer les différents poids que doivent avoir les bonnes boules de différentes grosseurs.

    Chez les tireurs d'or, anneaux plus ou moins ouverts dans lesquels on passe le fil d'or pour en voir la grosseur.

  • 7Action de comparer un objet avec la quantité admise conventionnellement comme unité, afin d'en connaître les rapports. Songez, milord, que, sans le voyage et les expériences de ceux qu'il [Louis XIV] envoya à la Cayenne en 1672, et sans les mesures de M. Picard, jamais Newton n'eût fait ses découvertes sur l'attraction, Voltaire, Lett. Harvey, 1740. Un de ces grands objets, le plus digne peut-être de l'admiration de la postérité, est la mesure de la terre ; il est important de connaître la figure et les dimensions du globe ; c'est à la nation française et à l'Académie des sciences qu'est due cette connaissance, Bailly, Histoire de l'astronomie mod. Discours 1er, t. III, p. 4, dans POUGENS. La première mesure précise de la terre, dont nous ayons une connaissance certaine, est celle que Picard exécuta en France vers la fin du dernier siècle [le XVIIe], Laplace, Exposé, I, 12. La justesse des mesures prises à l'aide du baromètre, Ramond, Instit. Mém. sciences, 1806, 2e sém. p. 6. Je me suis convaincu par près de huit cents observations faites en divers lieux, que l'heure de midi était, comme Saussure l'avait soupçonné, celle qui convient le mieux à la mesure des hauteurs, ID. Instit. Mém. sciences, t. VI, p. 442.
  • 8Dimension. Prendre les mesures d'un bâtiment. Se faire prendre mesure d'un paletot. Le cordonnier lui a pris mesure. Il connaît les mesures des colonnes de cet édifice. Qu'il ne sorte pas ; le tailleur doit venir prendre sa mesure pour une casaque de livrée, Dancourt, les Agiot. III, 2. Vieillard, va-t'en donner mesure au fossoyeur, Hugo, Hernani, I, 2.

    Fig. Ils veulent vous rabaisser à leur petite mesure, Rousseau, Ém. IV.

    Fig. Donner sa mesure, se dit d'un homme qui a montré qu'il était capable de quelque grande chose, ou, en sens inverse, qu'il était peu capable. Quand on attend quelque chose du hasard, on ne doit pas donner sa mesure, Th. Leclercq, Prov. t. IV, p. 81, dans POUGENS.

    Fig. Prendre des mesures, prendre les dispositions nécessaires pour effectuer quelque chose. Sylla, par politique, a pris cette mesure De montrer aux soldats l'impunité fort sûre, Corneille, Sert. IV, 3. Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures, On pense en être quitte en accusant son sort, La Fontaine, Fabl. V, 11. Nous perdons des moments en bagatelles pures, Qu'il faudrait employer à prendre des mesures, Molière, Tart. V, 3. On espère que le prince d'Orange aura pris de fausses mesures, et que le roi d'Angleterre le recevra et le battra fort bien, Sévigné, 467. Ce pont d'Avignon où l'on aurait tort de passer en prenant de loin toutes ses mesures, Sévigné, 25. Son oncle, qui de son côté prendra des mesures pour être dans la même armée, Sévigné, 527. J'ai pris mon temps et mes mesures là-dessus, Sévigné, 588. On ne parle que de voyages ; et nous-mêmes, à l'imitation des puissances, nous prenons des mesures pour Provence et Bretagne, Sévigné, 20 avr. 1683. Que l'amour, qui semble aussi le vouloir troubler [le projet de mariage entre Louis XIV et Marie-Thérèse], cède lui-même… il y a des mesures prises dans le ciel qu'il ne peut rompre, Bossuet, Mar.-Thér.

    De la locution prendre ses mesures, le mot mesure en est venu à signifier tout seul précautions, moyens pour arriver à un but. Une sage mesure. Donner une amnistie fut une mesure habile. Vous abusez de votre petite santé… votre délicatesse demande que vous observiez plus de mesures, Sévigné, 12 mai 1680. Le ministère des finances fut jeté hors de toutes ses mesures pour cette guerre…, Voltaire, Fragm. sur l'hist. XX.

    Demi-mesure, mesure insuffisante, faute de force, d'énergie. Le décret qui vient de paraître est une demi-mesure. Ne prendre que des demi-mesures.

    Fig. Rompre les mesures de quelqu'un, traverser les desseins de quelqu'un, et empêcher qu'ils ne réussissent. Rompez-lui toutes ses mesures, La Fontaine, Fiancée. Le dérangement que vous fait cette guerre m'afflige véritablement… cette trahison rompt toute mesure, Sévigné, juill. 1690. Pour rompre les mesures de Télémaque, Fénelon, Tél. VII. On dit de même : traverser les mesures. Le grand malheur de Colbert est d'avoir vu ses mesures toujours traversées par les entreprises de Louis XIV, Voltaire, Lett. Damilaville, 12 mai 1766.

  • 9 Terme de musique. La succession régulière des variations de durée des sons. Battre, marquer la mesure. Chanter, jouer en mesure. Manquer à la mesure. Certain fat, ivre de sa parure, En se mirant, chevrotait, fredonnait, Et, de l'index battant faux la mesure, Criait bravo lorsque l'on détonnait, Voltaire, Temple du goût. La mesure manque à notre musique par plusieurs raisons : par l'incapacité de la plupart de nos acteurs, par la nature de notre chant, par celle des prétendus agréments dont nous le chargeons, et qui ne servent qu'à en troubler la marche ; enfin par le peu de soin que nous avons de donner aux mouvements lents une mesure marquée, D'Alembert, Lib. de la mus. Œuv. t. III, p. 399, dans POUGENS. Toute musique dont on ne sent point la mesure ressemble, si la faute vient de celui qui l'exécute, à une écriture en chiffres dont il faut nécessairement trouver la clef pour en démêler le sens, Rousseau, Lett. sur la mus. franç.

    Chacune des parties égales d'un air, proprement dites mesures, qui sont indiquées ordinairement dans la musique écrite par des lignes verticales. Chaque mesure se divise en deux, trois ou quatre temps. Les mesures sont ou binaires (la mesure à deux temps, à quatre temps, etc.), ou ternaires (la mesure à trois temps, à trois-quatre, etc.). Mesure à deux temps, à trois temps, à quatre temps. Mesure à six-huit, mesure à deux temps où chacun est divisé en trois parties égales.

    Mesures paires, celles qui se divisent en deux ou en quatre parties. Mesures impaires, celles qui se divisent en trois parties.

    Demi-mesure, durée de la moitié d'une mesure.

  • 10Mesure, se dit de la danse et de la justesse des mouvements qui doivent se conformer à la musique. Aller en mesure. Danser en mesure. Être hors de mesure. Ô quels ignorants [musiciens] ! il n'y a pas moyen de danser avec eux ; le diable vous emporte ! ne sauriez-vous jouer en mesure ? Molière, Précieuses, sc. 13.
  • 11En versification, longueur des vers déterminée dans la poésie grecque ou latine par le nombre et la nature des pieds, dans la poésie moderne par le nombre des syllabes. Pour enfermer son sens dans la borne prescrite, La mesure est toujours trop longue ou trop petite, Boileau, Art p. II. La rime, la césure, La riche expression, la nombreuse mesure, Boileau, Ép. X. Et malheur à tout nom qui, propre à la censure, Put entrer dans un vers sans rompre la mesure, Boileau, Art p. II. Elle [la rime] flatte l'oreille, et souvent la césure Plaît, je ne sais comment, en rompant la mesure, Voltaire, Épître à Horace. Les vers de mesure inégale, bien assortis dans les poésies familières, en font l'harmonie et le charme, Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. X, p. 469, dans POUGENS.
  • 12 Terme de manége. La mesure, la cadence d'un cheval, se dit en parlant des allures d'un cheval. La mesure avec laquelle un cheval fournit son air.
  • 13 Terme d'escrime. Distance juste pour porter ou parer.

    Mesure dure, jeu d'un tireur qui emploie la force, ne répond aux coups qu'on lui riposte que par des mouvements convulsifs, et offre avantage sur lui par sa pesanteur.

    Être à la mesure, être à la juste distance.

    Fig. Mon âme ne pourrait plus se remettre en mesure, Mlle de L'Espinasse, Lett. t. II, p. 169, dans POUGENS.

    Entrer en mesure, approcher de son adversaire en faisant un petit pas en avant.

    Fig. Être en mesure de faire une chose, avoir les facilités, les moyens de la faire. Il se mit en mesure de fournir son cautionnement.

    Être hors de mesure, n'être pas à la juste distance.

    Fig. Être hors de mesure, n'être plus à portée de faire une chose.

    Fig. Mettre quelqu'un hors de mesure, le déconcerter, déranger ses projets. Ce propos, prononcé avec cette majesté effrayante si naturelle au roi, à un prince timide et dépourvu de réponse, le mit hors de mesure, Saint-Simon, 2, 44.

    Fig. Mettre hors de toute mesure, irriter à l'excès, pousser à bout. Et je vais égayer mon sérieux loisir à mettre Amphitryon hors de toute mesure, Molière, Amph. III, 2.

    Fig. Être jeté hors de ses mesures, perdre toute direction de sa conduite. L'on est né quelquefois avec des mœurs faciles, de la complaisance et tout le désir de plaire ; mais, par les traitements de ceux avec qui l'on vit ou de qui l'on dépend, on est jeté hors de ses mesures et même de son naturel, La Bruyère, XI.

    Rompre la mesure, se mettre hors de portée de recevoir un coup de fleuret ou d'épée.

    Serrer la mesure, avancer sur son adversaire.

    Fig. et familièrement. Serrer la mesure, presser l'adversaire dans la discussion et aussi serrer les choses de près. Les Italiens [cardinaux] se trouvent tout portés [au conclave] et à portée de serrer la mesure avant l'arrivée des étrangers, Saint-Simon, 79, 22. Après quelques propos que je laissai aller pour laisser mâcher à M. le duc ce que je venais de dire de fort, je crus lui devoir serrer la mesure, Saint-Simon, 510, 278.

    Lâcher la mesure, reculer devant l'adversaire.

    Gagner la mesure, porter le pied droit en avant et le faire suivre de la jambe gauche, en observant, d'un pied à l'autre, la même distance que dans la garde.

  • 14 Fig. Ce qui sert à apprécier les choses morales, intellectuelles. Cela est d'une personne… qui m'a tout à fait oubliée, qui ne sait plus la mesure de mon attachement ni la tendresse de mon cœur, Sévigné, 25 mai 1680. On disait l'autre jour que la vraie mesure du mérite du cœur, c'était la capacité d'aimer, Sévigné, 9 mars 1672. La mesure de l'approbation que l'on donne à cette pièce [Esther], c'est celle du goût et de l'attention, Sévigné, 21 févr. 1689.
  • 15Règle, forme, limite. La mesure du possible. Cette idée passe la mesure de son esprit. On ne peut procéder avec trop de mesure, Mairet, Solim. III, 7. Vous poussez la tristesse au delà de toutes les mesures, Sévigné, 4 mars 1672. J'ai fait tous ces remèdes avec une règle et une mesure dont j'eusse été incapable sans Mme de Chaulnes, Sévigné, 9 oct. 1687. Le luxe des Perses n'eut plus de mesure, Bossuet, Hist. III, 5. Ce qu'il [Dieu] a sans mesure, il le répand avec mesure, afin que notre faiblesse le puisse porter, Bossuet, ib. II, 6. Soit que la conversion de ces âmes autrefois si favorisées surpasse toute la mesure des dons ordinaires, et demande, pour ainsi parler, le dernier effort de la puissance divine, Bossuet, Anne de Gonz. Il lui marquait [au jeune Dauphin] les justes mesures de sa grandeur, en l'instruisant de ce qu'un roi doit à ses sujets et de ce qu'un fils doit à son père, Fléchier, Duc de Mont. Pour nous à qui Dieu, par sa grâce, a révélé les vérités, nous avons lu dans ses Écritures, qu'il y a un temps de pleurer et une mesure de larmes, Fléchier, Lamoign. Elle avait appris dans l'Écriture que ceux qui ont beaucoup sont obligés de donner beaucoup, et que la mesure de leurs aumônes doit être celle de leurs richesses, Fléchier, Aiguill. Nous qui n'avons ni sainteté dans nos exemples, ni mesure dans notre zèle, Fléchier, Serm. II, 82. Ce récit passe un peu l'ordinaire mesure, Boileau, Sat. X. Il [Dieu] leur dispense [aux plantes] avec mesure Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits, Racine, Athal. I, 4. Je sais que la charité a son ordre et sa mesure, Massillon, Carême, Aumônes. Mes désirs étaient la mesure de mes plaisirs, Rousseau, 3e lettre à M. de Malesherbes.
  • 16Modération, retenue, observation des bienséances. Têtebleu ! ce me sont de mortelles blessures De voir qu'avec le vice on garde des mesures, Molière, Mis. I, 1. Le livre où l'on s'explique le plus hardiment et avec le moins de mesures, c'est le Moyen court, Bossuet, Ét. d'orais. V, 3. Les Vaudois, quoique condamnés, n'avaient pu rompre toutes mesures avec l'Église, Bossuet, Var. X. Pendant que le parlement d'Angleterre songe à congédier l'armée, cette armée toute indépendante réforme elle-même à sa mode le parlement, qui eût gardé quelques mesures, Bossuet, Reine d'Anglet. Emportés par leur humeur violente, ils [certains princes] ne gardent plus ni lois ni mesures, Bossuet, ib. Vous savez pour Joad mes égards, mes mesures, Racine, Athal. II, 5. Il y a tant de mesures à garder que l'on ne sait que dire, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 27 févr. 1716. Ces pécheurs qui ne gardent plus de mesures dans le crime, Massillon, Carême, Élus. Ainsi la vérité n'est jamais montrée aux grands que sous le voile des adoucissements et des mesures, Massillon, Carême, Dang. des prosp. temp. Le goût des convenances, l'à-propos, la mesure, le mot propre à la chose, au moment et à la personne, Marmontel, Mém. V. Une époque où il faut sans cesse de la mesure, et où la mesure paraît équivoque, timide, pusillanime, Mirabeau, Collection, t. II, p. 288. C'était un homme de cinquante ans qui avait dans ses discours et dans son maintien beaucoup de mesure et de dignité, Staël, Corinne, II, 2.

    De mesure, en gardant des mesures. Ses gestes concertés, ses regards de mesure, N'y laissaient aucun mot aller à l'aventure, Corneille, Othon, II, 1.

  • 17À mesure que, loc. conj. Autant que, en proportion que. À mesure que les hommes ont de la lumière, ils trouvent et grandeur et misère en l'homme, Pascal, Pens. VIII, 13, éd. HAVET. Puisque les papes ne donnent de force à leurs bulles qu'à mesure qu'elles sont appuyées sur des faits véritables, ce ne sont pas les bulles seules qui prouvent la vérité des faits, Pascal, Prov. XVIII. Ce qu'on appelle une oraison funèbre n'est aujourd'hui bien reçu du plus grand nombre des auditeurs qu'à mesure qu'il s'éloigne davantage du discours chrétien, La Bruyère, XV. Les établissements n'étaient solides à la cour qu'à mesure qu'on lui [à Mazarin] était dévoué, Hamilton, Gramm. 2. À mesure que j'aurai été plus sensuel, je serai plus vif dans mes craintes, Massillon, Carême, Impén.

    À mesure, employé sans complément, signifie successivement. Vous n'aurez qu'à travailler, et on vous payera à mesure.

    À mesure que, selon que, suivant que. À mesure que les phénomènes de la nature les plus frappants se succédèrent, on y attacha l'existence des dieux, Diderot, Opin. des anc. philos. (Grecs).

    À mesure de… loc. prép. En proportion de. Les Romains augmentaient toujours leurs prétentions à mesure de leurs défaites, Montesquieu, Rom. I. Elle se plaignit et ménagea si bien ses plaintes, qu'elles augmentaient à mesure de l'amour qu'elle faisait naître, Montesquieu, Lett. pers. 9.

  • 18Au fur et à mesure, voy. FUR.
  • 19Outre mesure, loc. adv. Avec excès. M. de Marsillac est affligé outre mesure, Sévigné, 414. Lorsque le Nil s'enflait outre mesure, Bossuet, Hist. III, 3.
  • 20Sans mesure, sans borne, illimité. Un bonheur assuré, sans mesure et sans fin, Corneille, Poly. IV, 3. Je cause avec vous sans fin et sans mesure, Sévigné, 377. Je vis une affliction sans mesure, Bossuet, Mar.-Thér. Aussi pleure-t-elle sans mesure, et ne veut point recevoir de consolation, Bossuet, ib. Les meurtres se multiplièrent sans mesure, Bossuet, Hist. II, 1.
  • 21En même mesure, en proportion égale. Devenant de jour en jour plus puissant, il devenait plus odieux en même mesure, Rousseau, dans LAVEAUX.

PROVERBES

De la mesure dont nous mesurons les autres, nous serons mesurés, c'est-à-dire nous serons traités comme nous avons traité les autres.

Les petites mesures ne reviennent pas aux grandes, c'est-à-dire qu'en achetant au détail on perd sur les petites mesures.

REMARQUE

J. J. Rousseau a dit à toute mesure dans le sens de tout balancé : Cependant, à toute mesure, souffrir beaucoup me paraît encore préférable à souffrir toujours, Lett. à du Peyrou, 9 juill. 1766. Cela ne se retrouve pas ailleurs.

HISTORIQUE

XIe s. En quel mesure en porrai estre fiz [certain] ? Ch. de Rol. X. Tant en i a que mesure [il] n'en sait, ib. LXXIX. Mieux vaut mesure que ne fait estoutie [arrogance], ib. CXXIX.

XIIe s. De vos [votre] penser [je] ne puis faire mesure [me rendre compte], Couci, X. Diex ! pourquoi l'aim [l'aimé-je] quant je ne lui puis plaire ? Or ai-je dit folie et demesure ; Qu'en bien aimer ne doit avoir mesure, ib. 126. On dit pieça qu'il est de tout [en tout] mesure, ib. 126. Et li reis Ozias, qui mult est renumez, Pur ço que il aveit ses enemis matez, Ultre mesure en est orguilluz e muntez, Th. le mart. 74.

XIIIe s. Li peres et le [la] mere qui voelent esquiver tex [tels] perix, poent metre lor enfans, à le [la] mesure qu'il vienent en aage, hors de lor main, Beaumanoir, XXI, 20. Toute coze qui se doit paier par mesure, doit avoir droite mesure, Beaumanoir, XXVI, 2. Quiconques mesure à fausse mesure et y est atains, le [la] mesure doit estre arse…, Beaumanoir, XXVI, 4. Le tens ainsinc cum il venoit, Lessoie aler, sans prendre cure De despens fere par mesure, la Rose, 14672. Or ai parlé outre mesure, Que cil qui les granz rentes ont, Ce sont cil qui grant mal en font, Ren. 196.

XIVe s. Il n'est pas triste fors à mesure [si ce n'est avec mesure] pour l'absence des choses delettables, et ne les convette pas fors à mesure et selon raison, Oresme, Eth. 97.

XVe s. Et jà en y avoit foison de venus, qui estoient logés sur le pays, et se logeoient à la mesure qu'ils venoient, Froissart, II, III, 58. Que ce seroit bien fait que en un royaume n'eust que une aulne, un pois et une mesure, Bibl. des ch. 6e série, t. II, p. 148. Le proverbe dit : ainsi comme toute chose amende de mesure, aussi toutes choses empirent où l'on ne peult mettre mesure ; courtoysie et mesure est une mesme chose ; beau filz, à tous tes faitz adjouste maniere et mesure ; si auras en toy moult belle vertu, Perceforest, t. II, f° 147.

XVIe s. À mesure que la memoire leur fournit la chose entiere, Montaigne, I, 34. La mesure des vers de Plaute, Montaigne, I, 378. Ils depeschent des tambours, qui prenent leur marche de ma mesure… comme ils prenoient la peine de s'assujettir à ma demarche, aussi avec quelque plaisir je m'adonnois à leur cadence, D'Aubigné, Faen. III, 13. À mesure que leur gloire croissoit, l'envie de leurs citoyens s'augmentoit aussi, Amyot, Pélop. 43. Il [Philippe] se prit à chanter le commencement du decret qu'avoit proposé Demosthenes, suivant lequel la guerre avoit esté conclue à Athènes contre lui, haulsant sa voix, et batant la mesure à chasque pied, Amyot, Démosth. 28. Il passoit plus le moyen et la mesure en trop donnant, qu'il ne faisoit en punissant, Amyot, Anton. 28. Quant à la soude ordinaire de ceulx qui porteroient les armes pour luy, qu'il la leur payeroit non point à compte, mais à mesure, Amyot, Artax. 6. Mesurant ses amitiez ou inimitiez à la mesure du bien et de l'utilité publique, Amyot, Arat. 12. Cuider n'est pas juste mesure, Cotgrave Ces pauvres baudets de village, Lourdauds, sans cœur et sans courage, Qui jamais ne prennent leur ton Qu'à la mesure d'un baston, Sat. Mén. édit. LABITTE, p. 269.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MESURE. Ajoutez : - REM. Bouhours place au nombre des formes nouvelles l'emploi du mot mesures : Prendre des mesures pour réussir dans une affaire. Prendre bien ses mesures. Prendre de fausses mesures. Il n'y a point de mesures à prendre avec des esprits fourbes. Il a rompu toutes mes mesures. Garder des mesures. Il ne garde point de mesures, Entret. d'Ariste et d'Eugène, 1671, p. 121.

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Mesure : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

MESURE, s. f. en Géométrie, marque une certaine quantité qu’on prend pour unité, & dont on exprime les rapports avec d’autres quantités homogenes. Voyez Mesurer & Nombre.

Cette définition est plus générale que celle d’Euclide, qui définit la mesure une quantité qui, étant répétée un certain nombre de fois, devient égale à une autre ; ce qui répond seulement à l’idée d’une partie aliquote. Voyez Aliquote.

La mesure d’un angle est un arc décrit du sommet a, (Pl. géomet. fig. 10.) & d’un intervalle quelconque entre les côtes de l’angle, comme df. Les angles sont donc différens les uns des autres, suivant les rapports que les arcs décrits de leurs sommets, & compris entre leurs côtes, ont aux circonférences, dont ces arcs font respectivement partie ; & par conséquent ce sont ces arcs qui distinguent les angles, & les rapports des arcs à leur circonférence distinguent les arcs : ainsi l’angle lac est dit du même nombre de degrés que l’arc fd. Voyez au mot Degré la raison pourquoi ces arcs sont la mesure des angles. Voyez aussi Angle.

La mesure d’une surface plane est un quarré qui a pour côté un pouce, un pié, une toise, ou toute autre longueur déterminée. Les Géometres se servent ordinairement de la verge quarrée, divisée en cent piés quarrés & les piés quarrés en pouces quarrés. Voyez Quarré.

On se sert de mesures quarrées pour évaluer les surfaces ou déterminer les aires des terreins, 1°. parce qu’il n’y a que des surfaces qui puissent mesurer des surfaces, 2°. parce que les mesures quarrées ont toute la simplicité dont une mesure soit susceptible, lorsqu’il s’agit de trouver l’aire d’une surface.

La mesure d’une ligne est une droite prise à volonté, & qu’on considere comme unité. Voyez Ligne.

Les Géometres modernes se servent pour cela de la toise, du pié, de la perche, &c.

Mesure de la masse, ou quantité de matiere en méchanique, ce n’est autre chose que son poids ; car il est clair que toute la matiere qui fait partie du corps, & qui se meut avec lui, gravite aussi avec lui ; & comme on a trouvé par expérience que les gravités des corps homogenes étoient proportionnelles à leurs volumes, il s’ensuit de là, que tant que la masse continuera à être la même, le poids sera aussi le même, quelque figure que le poids puisse recevoir, ce qui n’empêche pas qu’il ne descende plus difficilement dans un fluide sous une figure qui présentera au fluide une surface plus étendue ; parce que la résistance & la cohésion d’un plus grand nombre de parties au fluide qu’il faudra déplacer, lui fera alors un plus grand obstacle. Voyez Poids, Gravité, Matiere, Résistance, &c.

Mesure d’un nombre, en arithmetique, est un autre nombre qui mesure le premier, sans reste, ou sans laisser de fractions ; ainsi 9 est mesure de 27. Voyez Nombre & Diviseur.

Mesure d’un solide, c’est un cube dont le côté est un pouce, un pié, une perche, ou une autre longueur déterminée.

Mesure de la vitesse. Voyez Vitesse, & la fin du mot Equation. Chambers. (E)

Mesures, harmonie des (Géom.) la mesure en ce sens (modulus) est une quantité invariable dans chaque système, qui a la même proportion à l’accroissement de la mesure d’une raison proposée, que le terme croissant de la raison a à son propre accroissement.

La mesure d’une raison donnée est comme la mesure (modulus) du système dont elle est prise ; & la mesure dans chaque système est toujours égale à la mesure d’une certaine raison déterminée & immuable, que M. Cotes appelle, à cause de cela, raison de mesure, ratio modularis.

Il prouve dans son livre intitulé, Harmonia mensurarum, que cette raison est exprimée par les nombres suivans : 2,7182818, &c. à 1, ou par 1 à 0,3678794, &c. De cette maniere, dans le canon de Briggs, le logarithme de cette raison est la mesure (modulus) de ce système ; dans la ligne logistique, la soutangente donnée est la mesure du système ; dans l’hyperbole, le parallélogramme, contenu par une ordonnée à l’asymptote & par l’abscisse du centre ; ce parallélogramme, dis-je, donné, est la mesure de ce système ; & dans les autres, la mesure est toujours une quantité remarquable.

Dans la seconde proposition, il donne une méthode particuliere & concise de calculer le canon des logarithmes de Briggs, avec des regles pour trouver des logarithmes, & des nombres intermédiaires, même au-delà de ce canon.

Dans la troisieme proposition, il bâtit tel système de mesures que ce soit, par un canon de logarithmes, non-seulement lorsque la mesure de quelque raison est donnée ; mais aussi sans cela, en cherchant la mesure du système par la regle susmentionnée.

Dans les quatrieme, cinquieme & sixieme propositions, il quarre l’hyperbole, décrit la ligne logistique & équiangulaire spirale, par un canon de logarithmes ; & il explique divers usages curieux de ces propositions dans les scholies. Prenons un exemple aisé de la méthode logométrique, dans le problème commun de déterminer la densité de l’atmosphere. Supposée la gravité uniforme, tout le monde sait que si les hauteurs sont prises dans quelque proportion arithmétique, la densité de l’air sera à ces hauteurs en progression géométrique, c’est-à-dire, que les hauteurs sont les mesures des raisons des densités à ces hauteurs & au dessous, & que la différence des deux hauteurs quelconques, est la mesure de la raison des densités à ces hauteurs.

Pour déterminer donc la grandeur absolue & réelle de ces mesures, M. Cotes prouve à priori, que la mesure (modulus) du système est la hauteur de l’atmosphere, réduite par-tout à la même densité qu’au-dessous. La mesure (modulus) est donc donnée. comme ayant la même proportion à la hauteur du mercure dans le barometre, que la gravité spécifique de l’air ; & par conséquent tout le système est donné : car, puisque dans tous les systèmes les mesures des mêmes raisons qui sont analogues entre elles, le logarithme de la raison de la densité de l’air dans deux hauteurs quelconques, sera à la mesure (modulus) du canon, comme la différence de ces hauteurs l’est à la susdite hauteur donnée de l’atmosphere égale partout.

M. Cotes définit les mesures des angles de la même maniere que celle des raisons : ce sont des quantités quelconques, dont les grandeurs sont analogues à la grandeur des angles. Tels peuvent être les arcs ou secteurs d’un cercle quelconque, ou toute autre quantité de tems, de vitesse, ou de résistance analogue aux grandeurs des angles. Chaque système de ces mesures a aussi sa mesure (modulus) conforme aux mesures du système, & qui peut être calculée par le canon trigonométrique des sinus & des tangentes, de la même maniere que les mesures des raisons par le canon des logarithmes ; car la mesure (modulus) donnée dans chaque système, a la même proportion à la mesure d’un angle donné quelconque, que le rayon d’un cercle a à un arc soutendu à cet angle ; ou celle que ce nombre constant de degrés, 57,2957795130, a au nombre de degrés de l’angle susdit.

A l’égard de l’avantage qui se trouve à calculer, selon la méthode de M. de Cotes, c’est que les mesures des raisons ou des angles quelconques, se calculent toujours d’une maniere uniforme, en prenant des tables le logarithme de la raison, ou le nombre de degrés d’un angle, & en trouvant ensuite une quatrieme quantité proportionelle aux trois quantités données : cette quatrieme quantité est la mesure qu’on cherche. (D. J.)

Mesure, regle originairement arbitraire, & ensuite devenue fixe dans les différentes sociétés, pour marquer soit la durée du tems, soit la longueur des chemins, soit la quantité des denrées ou marchandises dans le commerce. De-là on peut distinguer trois sortes de mesures : celle du tems, celle des lieux, celle du commerce.

La mesure du tems chez tous les peuples a été assez communément déterminée par la durée de la révolution que la terre fait autour de son axe, & de là les jours ; par celle que la lune emploie à tourner autour de la terre, d’où l’on a compté par lunes ou par mois lunaires ; par celle où le soleil paroît dans un des signes du zodiaque, & ce sont les mois solaires ; & enfin par le tems qu’emploie la terre à tourner autour du soleil, ce qui fait l’année. Et pour fixer ou reconnoître le nombre des années, on a imaginé d’espace en espace des points fixes dans la durée des tems marqués par de grands événemens, & c’est ce qu’on a nommé époque.

La mesure des distances d’un lieu à un autre est l’espace qu’on parcourt d’un point donné à un autre point donné, & ainsi de suite, pour marquer la longueur des chemins. Les principales mesures des anciens, & les plus connues, étoient chez les Grecs, le stade ; chez les Perses, la parasangue ; en Egypte, le schoene ; le mille parmi les Romains, & la lieue chez les anciens Gaulois. Voyez tous ces mots sous leur titre pour connoître la proportion de ces mesures avec celles d’aujourd’hui.

Les Romains avoient encore d’autres mesures pour fixer la quantité de terres ou d’héritages appartenans à chaque particulier. Les plus connues sont la perche, le climat, le petit acte, l’acte quarré ou grand acte, le jugere, le verse & l’érédie. Voyez Perche, Climat, Acte, &c.

A l’égard des mesures des denrées, soit seches, soit liquides, elles varioient selon les pays. Celles des Egyptiens étoient l’artaba, l’aporrhima, le saytès, l’oephis, l’ionium ; celles des Hébreux étoient le corc, le hin, l’epha, le sat, ou satum, l’homer & le cab. Les Perses avoient l’achane, l’artaba, la capithe. Chez les Grecs on mesuroit par medimnes, chenices, septiers, oxibaphes, cotyles, cyathes, cueillerées, &c. A Rome on connoissoit le culeus, l’amphore, le conge, le septier, l’emine, le quartarius, l’acetabule & le cyathe, sous lequel étoient encore d’autres petites mesures en très-grand nombre. Voyez au nom de chacune ce qu’elle contenoit.

Mesure, (Poésie latine.) une mesure est un espace qui contient un ou plusieurs tems. L’étendue du tems est d’une fixation arbitraire. Si un tems est l’espace dans lequel on prononce une syllabe longue, un demi-tems sera pour la syllabe breve. De ces tems & de ces demi-tems sont composées les mesures ; de ces mesures sont composés les vers ; & enfin de ceux-ci sont composés les poëmes. Pié & mesure sont ordinairement la même chose.

Les principales mesures qui composent les vers grecs & latins, sont de deux ou de trois syllabes ; de deux syllabes qui sont ou longues, comme le spondée qu’on marque ainsi ¯ ¯ ; ou breves, comme le pyrrique ˘ ˘ ; ou breve l’une & l’autre longue, comme l’iambe ˘ ¯ ; ou l’une longue & l’autre breve, comme le trochée ¯ ˘. Celles de trois syllabes sont le dactyle ¯ ˘ ˘, l’anapeste ˘ ˘ ¯ , le tribraque ˘ ˘ ˘, le molosse ¯ ¯ ¯.

Des différentes combinaisons de ces piés, & de leur nombre, se sont formées différentes especes de vers chez les anciens.

1°. L’hexametre ou héroïque qui a six mesures.

2°. Le pentametre qui en a cinq.

Pr1ncipi-is 2bs-t3a : se-ro m4dic5na pa-r6
Principi-is obs-ta : se-rò medi-cina pa-ratur,
C1um mala-per l2n-g3s invalu-4re mor5
Cùm mala-per lon-gas invalu-êre moras.

3°. L’iambique, dont il y a trois especes ; le diametre qui a quatre mesures qui se battent en deux fois, le trimetre qui en a six, le tétrametre qui en a huit.

4°. Les lyriques qui se chantoient sur la lyre ; telles sont les odes de Sapho, d’Alcée, d’Anacréon, d’Horace. Toutes ces sortes de vers ont non-seulement le nombre de leurs piés fixé, mais encore le genre de piés déterminé. Principes de Littér. tome I. (D. J.)

Mesure, s. f. est en Musique une maniere de diviser la durée ou le tems en plusieurs parties égales. Chacune de ces parties s’appelle aussi mesure, & se subdivise en d’autres aliquotes qu’on appelle tems, & qui se marquent par des mouvemens égaux de la main ou du pié. Voyez. La durée égale de chaque tems & de chaque mesure est remplie par une ou plusieurs notes qui passent plus ou moins vite en proportion inverse de leur nombre, & auxquelles on donne diverses figures pour marquer leur différente durée. Voyez Valeur des notes. Dans la danse on appelle cadence la même chose qu’en musique on appelle mesure. Voyez Cadence.

Bien des gens considérant le progrès de notre Musique, pensent que la mesure est de nouvelle invention ; mais il faudroit n’avoir aucune connoissance de l’antiquité pour se persuader cela. Non seulement les anciens pratiquoient la mesure ou le rythme, mais ils nous ont même laissé les regles qu’ils avoient établies pour cette partie. Voyez Rhythme. En effet, pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que le chant ne consiste pas seulement dans l’intonation, mais aussi dans la mesure, & que l’un n’étant pas moins naturel que l’autre, l’invention de ces deux choses n’a pas dû se faire en des tems fort éloignés.

La barbarie dans laquelle retomberent toutes les sciences, après la destruction de l’empire romain, épargna d’autant moins la Musique, que les Latins ne l’avoient jamais extrèmement cultivée ; & l’état d’imperfection où la laissa Guy d’Arezzo qui passe pour en être le restaurateur, nous fait assez juger de celui où il auroit dû la trouver.

Il n’est pas bien étonnant que le rhythme, qui servoit à exprimer la mesure de la poésie, fût fort négligé dans des tems où l’on ne chantoit presque que de la prose. Les peuples ne connoissoient guere alors d’autres divertissemens que les cérémonies de l’église, ni d’autre musique que celle de l’office ; & comme cette musique n’exigeoit pas ordinairement la régularité du rhythme, cette partie fut bientôt presque entierement oubliée. On nous dit que Guy nota sa musique avec des points ; ces points n’exprimoient donc pas des quantités différentes, & l’invention des notes de différentes valeurs fut certainement postérieure à ce fameux musicien. Tout au plus peut-on supposer que dans le chant de l’église il y avoit quelque signe pour distinguer les syllabes breves ou longues, & les notes correspondantes, seulement par rapport à la prosodie.

On attribue communément cette invention des diverses valeurs des notes à Jean des Murs, chanoine de Paris, vers l’an 1330. Cependant le P. Mersenne, qui avoit lu les ouvrages de cet auteur, assure n’y avoir rien trouvé qui pût confirmer cette opinion. Et en effet, si d’un côté l’usage de la mesure paroît postérieur à ce tems, il paroît certain d’autre part, que l’usage des notes de différentes valeurs étoit antérieur à ce même tems ; ce qui n’offre pas de petites difficultés sur la maniere dont pouvoient se mesurer ces valeurs. Quoi qu’il en soit, voici l’état où fut d’abord mise cette partie de la Musique.

Les premiers qui donnerent aux notes quelques regles de quantité, s’attacherent plus aux valeurs ou durées relatives de ces notes, qu’à la mesure même, ou au caractere du mouvement ; de sorte qu’avant l’invention des différentes mesures, il y avoit des notes au-moins de cinq valeurs différentes ; savoir, la maxime, la longue, la breve, la semi-breve, & la minime. Voyez ces mots.

Dans la suite les rapports en valeur d’une de ces notes à l’autre, dépendirent du tems, de la prolation ou du mode. Par le mode on déterminoit le rapport de la maxime à la longue, ou de la longue à la breve ; par le tems, celui de la longue à la breve, ou de la breve à la semi-breve, ou de la semi-breve à la minime. Voyez Mode, Prolation, Tems. En général toutes ces différentes modifications se peuvent rapporter à la mesure double ou à la mesure triple, c’est-à-dire à la division de chaque valeur entiere en deux ou trois tems inégaux.

Cette maniere d’exprimer le tems ou la mesure des notes, changea entierement durant le cours du dernier siecle. Dès qu’on eut pris l’habitude de renfermer chaque mesure entre deux barres, il fallut nécessairement proscrire toutes les especes de notes qui renfermoient plusieurs mesures ; la mesure en devint plus claire, les partitions mieux ordonnées, & l’exécution plus facile ; ce qui étoit fort nécessaire pour compenser les difficultés que la Musique acquéroit en devenant chaque jour plus composée.

Jusques-là la proportion triple avoit passé pour la plus parfaite ; mais la double prit l’ascendant, & le C ou la mesure à quatre tems, fut prise pour la base de toutes les autres. Or la mesure à quatre tems se résout toujours en mesure en deux tems ; ainsi c’est proprement à la mesure double qu’on a à faire rapporter toutes les autres, du-moins quant aux valeurs des notes & aux signes des mesures.

Au lieu donc des maximes, longues, breves, &c. on substitua les rondes, blanches, noires, croches, doubles & triples croches (voyez ces mots), qui toutes furent prises en division sous-double : de sorte que chaque espece de note valoit précisément la moitié de la précédente ; division manifestement défectueuse & insuffisante, puisqu’ayant conservé la mesure triple aussi-bien que la double ou quadruple, & chaque tems ainsi que chaque mesure devant être divisé en raison sous-double ou sous-triple, à la volonté du compositeur, il falloit assigner ou plûtôt conserver aux notes des divisions proportionnelles à ces deux genres de mesure.

Les Musiciens sentirent bien-tôt le défaut, mais au lieu d’établir une nouvelle division, ils tâcherent de suppléer à cela par quelque signe étranger ; ainsi ne sachant pas diviser une blanche en trois parties égales, ils se sont contentés d’écrire trois noires, ajoutant le chiffre 3 sur celle du milieu. Ce chiffre même leur a enfin paru trop incommode ; & pour tendre des pieges plus sûrs à ceux qui ont à lire leur musique, ils prennent aujourd’hui le parti de supprimer le 3, ou même le 6 ; de sorte que pour savoir si la division est double ou triple, il n’y a d’autre parti à prendre que de compter les notes ou de deviner.

Quoiqu’il n’y ait dans notre Musique que deux genres de mesure, on y a tant fait de divisions, qu’on en peut ou moins compter seize especes, dont voici les signes.

C.


Voyez les exemples, Pl. de Musiq.

De toutes ces mesures, il y en a trois qu’on appelle simples ; savoir le 2, le 3 & le C, ou quatre tems. Toutes les autres, qu’on appelle doubles, tirent leur dénomination & leurs signes de cette derniere, ou de la note ronde, & en voici la regle.

Le chiffre inférieur marque un nombre de notes de valeur égale, & faisant ensemble la durée d’une ronde ou d’une mesure à quatre tems ; le chiffre supérieur montre combien il faut de ces mêmes notes pour remplir une mesure de l’air qu’on va noter. Par cette regle on voit qu’il faut trois blanches pour remplir une mesure au signe  ; deux noires pour celle au signe  ; trois croches pour celle au signe , &c. Chacun peut sentir l’ineptie de tous ces embarras de chiffres ; car pourquoi, je vous prie, ce rapport de tant de différentes mesures à celles de quatre tems qui leur est si peu semblable ; ou pourquoi ce rapport de tant de différentes notes à une ronde, dont la durée est si peu déterminée ? Si tous ces signes sont institués pour déterminer autant de mouvemens différens en especes, il y en a beaucoup trop ; & s’ils le sont outre cela, pour exprimer les différens degrés de vîtesse de ces mouvemens, il n’y en a pas assez. D’ailleurs pourquoi se tourmenter à établir des signes qui ne servent à rien, puisqu’indépendamment du genre de la mesure & de la division des tems, on est presque toujours contraint d’ajouter un mot au commencement de l’air, qui détermine le degré du mouvement ?

Il est clair qu’il n’y a réellement que deux mesures dans notre Musique, savoir à deux & trois tems égaux : chaque tems peut, ainsi que chaque mesure, se diviser en deux ou en trois parties égales. Cela fait une subdivision qui donnera quatre especes de mesure en tout ; nous n’en avons pas davantage. Qu’on y ajoute si l’on veut la nouvelle mesure à deux tems inégaux, l’un triple & l’autre double, de laquelle nous parlerons au mot Musique, on aura cinq mesures différentes, dont l’expression ira bien au-delà de celle que nous pouvons fournir avec nos seize mesures, & tous leurs inutiles & ridicules chiffres. (S)

Mesure longue, (Antiq. Arts & Comm.) mesure d’intervalle qui sert à déterminer les dimensions d’un corps, ou la distance d’un lieu ; ainsi la ligne qui est la douzieme partie d’un pouce, le pouce qui contient douze lignes, le pié douze pouces, le pas géométrique cinq piés, la toise six piés, &c. sont des mesures longues.

Pour justifier l’utilité de la connoissance de cette matiere, je ne puis rien faire de mieux que d’emprunter ici les observations de M. Freret, en renvoyant le lecteur à son traité sur les mesures longues. Il est inséré dans le recueil de l’acad. des Inscriptions, tome XXIV.

L’histoire & l’ancienne géographie, dit le savant académicien que je viens de nommer, seront toûjours couvertes de ténebres impénétrables, si l’on ne connoît la valeur des mesures qui étoient en usage parmi les anciens. Sans cette connoissance, il nous sera presque impossible de rien comprendre à ce que nous disent les historiens grecs & romains, des marches de leurs armées, de leurs voyages, & de la distance des lieux où se sont passés les événemens qu’ils racontent ; sans cette connoissance, nous ne pourrons nous former aucune idée nette de l’étendue des anciens empires, de celle des terres qui faisoient la richesse des particuliers, de la grandeur des villes, ni de celle des bâtimens les plus célebres. Les instrumens des arts, ceux de l’Agriculture, les armes, les machines de guerre, les vaisseaux, les galeres, la partie de l’antiquité la plus intéressante & même la plus utile, celle qui regarde l’économique, tout en un mot, deviendra pour nous une énigme, si nous ignorons la proportion de leurs mesures avec les nôtres.

Les mesures creuses, ou celles des fluides, sont liées avec les mesures longues ; la connoissance des poids est liée de même avec celle des mesures creuses ou de capacité ; & si l’on ne rapporte le poids de leurs monnoies à celui des nôtres, il ne sera pas possible de se former une idée tant soit peu exacte des mœurs des anciens, ni de comparer leur richesse avec la nôtre.

Cette considération a porté un très-grand nombre d’habiles gens des deux derniers siecles, à travailler sur cette matiere. Ils ont ramassé avec beaucoup d’érudition, les passages des anciens qui concernent les divisions & les subdivisions des mesures usitées dans l’antiquité. Ils ont même marqué soigneusement la proportion qui se trouvoit entre diverses mesures des Grecs, des Romains & des nations barbares. Mais comme plusieurs ne nous ont point donné le rapport de ces mesures avec les nôtres, leur valeur ne nous est pas mieux connue ; il est vrai que quelques-uns ont déterminé ce rapport ; mais ils l’ont fait avec si peu de solidité, que les évaluations qui résultent de leurs hypothèses rendent incroyables les choses les plus naturelles, parce que dans leurs calculs, les villes, les pays, les monumens, les instrumens des arts, &c. deviennent d’une grandeur excessive. C’est dommage qu’on ne puisse excepter de ce nombre le savant Edouard Bernard, dans son livre de ponderibus & mensuris, & moins encore le fameux docteur Cumberland, mort en 1708 évêque de Petersborough. Il n’a manqué à M. Gréaves, dans son excellent livre écrit en anglois, sur le pié romain, que de n’avoir pas étendu ses recherches aussi loin qu’il étoit capable de le faire.

Cependant pour remplir autant qu’il sera possible l’avide curiosité des lecteurs sur les évaluations des mesures longues, nous nous proposons de joindre aux proportions établies par M. Freret, 1°. la table des mesures longues des diverses nations comparées au pié romain, par M. Gréaves ; 2°. la table de la proportion du pié de Paris, avec les mesures de différentes nations, par le même auteur ; 3°. la table de proportion de plusieurs mesures entr’elles, par M. Picard ; 4°. une table de mesures longues prises sur les originaux, par M. Auzout ; 5°. la table de plusieurs mesures longues comparées avec le pié anglois, tirées de Harris & de Chambers ; 6°. enfin nous donnerons des tables de mesures longues des Grecs, des Romains & de l’Ecriture-sainte, réduites aux mesures angloises.

Proportions établies par M. Freret, entre les différentes mesures longues des anciens. Ces proportions sont marquées en dixiemes de doigt, ou en deux cens quarantiemes parties de la coudée égyptienne, autrement dite aléxandrine, la plus grande de toutes.
Dixiemes de doigt.
Coudée aléxandrine, égyptienne, hébraïque, royale, &c. 240
Pié, 160
Coudée babylonienne, greque, italique, de Diodore, de Pline, &c. 200
Pié, 133
Coudée du pié romain dans Josephe, 192
Pié romain, 128
Coudée de mesure ou olympique, dans Hérodote, 175
Pié, 116
Grandeur des différentes coudées & des différens piés, exprimée en dixiemes de lignes de pié de roi, par la mesure des pyramides.
Selon Hérodote, Pié, 1170
Coudée, 1755
Selon Diodore, Pié, 1337
Coudée, 2006
Selon Strabon, Pié, 1570
Coudée, 2355
Par la grandeur du devakh, ou coudée du Nilometre au Caire, de 2460 dixiemes de ligne.
Coudée égyptienne, hébraïque, alexandrine, ptolémaïque, 2460.
Pié de cette coudée, 1640.
Coudée babylonienne, italique, greque, de Diodore, de Columelle, Pline, &c. 2050.
Pié de cette coudée, .
Coudée du pié romain employé par Josephe, 1968.
Pié romain de cette coudée, 1312.
Coudée de mesure, ou olympique d’Hérodote, .
Pié de cette coudée, .
Grandeurs différentes des piés romains par les divers monumens.
Sur le tombeau de Statilius, 1312.
Sur le tombeau de Corsutius, 1303 ou 1315.
Sur le tombeau d’Oebutius, 1315 ou 1318.
Piés de fer mesurés par Luca Petto, trois piés différens, .
Un autre pié, 1295.
Pié que Petto a fait graver au Capitole, comme la mesure du pié grec, 1358.
Piés mesurés par Gréaves, 1303.
Piés mesurés par Fabretti, 1306.
Pié romain établt par voie de raisonnement.
Grandeur déduite de la mesure du Congius par Villalpandus, 1331.
Par Riccioli, .
Par M. Picard, 1310.
Grandeur déduite de la mesure du mille romain par M. Cassini, pié d’arpentage, 1320.
Pié romain gravé au Capitole, comme celui des anciens architectes, par Luca Petto, 1307.
Pié romain, dont le palme moderne contient les trois quarts, 1318.
Mesures différentes des Grecs. Mesure itinéraire des Astronomes, d’Aristote, d’Herodote, de Xénophon, &c.
Dixiemes de ligne de pié de roi piés, pouces, lignes.
Pié, 740. 0. 6. 2.
Coudée, 1111. 0. 9. .
Orgye ou 4 coudées, 3. 1. .
Pléthre, ou 100 piés, 51. 4. 4.
Stade, 61 pas, ou 308. 6. 11.

Il faut compter 15 de ces stades au mille romain, & au degré d’un grand cercle.

Mesure de Ctésias, & cille qu’Archimede & Aristocréon ont employée pour la mesure de la terre.
Dixiemes de ligne de pié de roi piés, pouces, lignes.
Pié, 987. 0. 8. .
Coudée, 1481. 0. 12. .
Orgye ou 4 coudées, 4. 1. .
Pléthre, ou 100 piés, 66. 8. .
Stade, 82 pas, ou 411. 5. 4.

Il y avoit plus de 11 de ces stades au mille romain, & au degré d’un grand cercle.

Mesure commune contenant de la mesure olympique.
Dixiemes de ligne de pié de roi piés, pouces, lignes.
Pié, 1025. 0. 7. .
Coudée, . 0. 10. 11.
Orgye ou 4 coudées, 4. 3. 3 .
Pléthre, 71. 2. 2.
Stade, 85 pas, ou 427. 2. 8.

Il y avoit près de 11 de ces stades au mille, & 803 au degré d’un grand cercle.

Mesure olympique d’Hérodote & d’Eratosthene, pour la mesure de la terre.
Dixiemes de ligne de pié de roi piés, pouces, lignes.
Pié, . 0. 9. .
Coudée, 1795. 1. 2. .
Orgye ou 4 coudées, 4. 11. 10.
Pléthre, 83. 1. 1.
Stade, 99 pas, ou 498. 7. 4.

Il y avoit un peu plus de 9 de ces stades au mille romain, & au degré d’un grand cercle.

Mesure italique ou greque de Columelle, Pline, &c. de Diodore, &c. babylonique d’Ezéchiel, & d’Hérodote, &c.
Dixiemes de ligne de pié de roi piés, pouces, lignes.
Pié, . 0. 11. .
Coudée, 2050. 1. 5. 1.
Orgye ou 4 coudées, 5. 8. 4.
Pléthre, 94. 10. 4.
Stade, 113 pas, ou 569. 5. 4.

Il y a 8 de ces stades au mille romain, & 603 au degré d’un grand cercle.

Mesure égyptienne, hébraique de Josephe, samienne, alexandrine, des Ptolomées, du dévakh, de la géographie de Ptolomée, & de Marin de Tyr, &c.
Dixiemes de ligne de pié de roi piés, - pouces, lignes.
Pié, 1640. 1. 1. 8.
Coudée, 2460. 1. 8. 6.
Orgye, 6. 10. 0.
Pléthre, 113. 10. 0.
Stade, 116 pas, ou 683. 4. 0.

Il y avoit un peu moins de 7 de ces stades au mille romain, & moins de 502 stades au degré d’un grand cercle.

L’aroure, mesure d’arpentage, avoit pour chacun de ses quatre côtés 166 piés 8 pouces ; son aire étoit de moins de 28000 piés quarrés, un peu plus grande que celle du jugerum romain & du demi arpent de Paris.

Mesures romaines anciennes.
Dixiem, de lig.
Pié des Architectes par la mesure des anciens bâtimens, Dixiem, de lig. 1307.
Pié gravé sur les tombeaux, 1312.
Pié du palme romain moderne, 1318.
Pié de la mesure du mille romain ancien, déterminé par M. Cassini, 1320.
Pas ou 5 piés de cette mesure, 4piés 7pouc.

Actus minimus, espace de 4 piés romains de large sur 120 de long, fait 3 piés 8 pouces de roi sur 110 piés ; l’aire est de 403 piés de roi quarrés, & un restant.

Clima, espace de 60 piés en tout sens, ou de 55 piés de roi ; l’aire est de 3600 piés romains, & de 3025 piés de roi.

Actus quadratus, de 120 piés en tout sens, ou de 110 piés de roi, l’aire est de 14400 piés romains, ou de 12100 piés de roi. Cette mesure est le demi-jugerum, ou l’arepennis, c’est-à-dire l’arpent, mesure gauloise.

Jugerum, mesure de 120 piés sur 240, ou de 110 piés de roi sur 220 ; l’aire est de 28800 piés romains, ou de 24200 piés de roi ; c’est le demi-arpent de Paris juste, puisque cet arpent contient 48400 piés quarrés, & qu’il est quadruple de l’ancien arepennis des Gaulois.

Le mille romain ou les 5000 piés, font 916 pas 3 piés 4 pouces de roi, & les 75 milles, 68758 pas ; ce qui approche tellement de la mesure du degré d’un grand cercle, que l’on peut sans aucune erreur employer cette proportion, en réduisant les distances des itinéraires romains anciens, en degrés & en minutes géographiques.

Passons aux mesures longues des modernes, qui sont si différentes entr’elles suivant les pays.

La mesure des longueurs en France, est la ligne ou grain d’orge, le pouce, le pié, la toise, qui étant multipliés, composent chacun suivant leur évaluation, les pas, soit communs, soit géométriques, & les perches ; ceux-ci étant pareillement multipliés, font les arpens, les milles, les lieues, &c.

On met encore au nombre des mesures de longueur celles dont on se sert à mesurer les étoffes de soie, de laine, &c. les toiles, les rubans, & autres semblables marchandises. A Paris & dans la plûpart des provinces, on se sert de l’aune, qui contient 3 piés 7 pouces 8 lignes, ou une verge d’Angleterre, . L’aune de Paris se divise de deux manieres, savoir en moitié, tiers, sixieme & douzieme, ou en demi-aune, en quart, en huit & en seize, qui est la plus petite partie de l’aune, après quoi elle ne se divise plus. Voyez Aune.

En Angleterre la mesure longue qui sert de regle dans le commerce, est la verge (the yard), qui contient 3 piés, ou de l’aune de Paris ; desorte que neuf verges angloises font 7 aunes de Paris. Les divisions de la verge sont le pié, l’empan, la palme, le pouce, la ligne ; ses multiples sont le pas, la brasse, (fathom), la perche (pole), le stade (furlong), dont huit font le mille.

Les mesures de longueur en Hollande, Flandres, Suede & une partie de l’Allemagne, sont l’aune, mais une aune différente dans tous ces pays de l’aune de Paris ; car l’aune de Hollande contient 1 pié de roi & 11 lignes, ou de l’aune de Paris. L’aune de Flanares contient 2 piés 1 pouce 5 lignes & demie, c’est-à-dire de l’aune de Paris.

Dans presque toute l’Italie, à Bologne, Modenes, Venise, Florence, Lucques, Milan, Bergame, Mantoue, &c. c’est la brasse qui est en usage, mais qui est de différente longueur dans chacune de ces villes. A Venise elle contient 1 pié de roi 11 pouces 3 lignes, ou de l’aune de Paris. A Lucques elle contient 1 pié de roi 9 pouces 0 lignes ; c’est-à-dire une demi-aune de Paris. A Florence la brasse contient 1 pié de roi 9 pouces 4 lignes, ou 49/100 de l’aune de Paris. A Bergame la brasse fait 1 pié de roi 7 pouces 6 lignes, ou de l’aune de Paris.

La mesure longue de Naples est la canne, qui contient 6 piés de roi 10 pouces 2 lignes, c’est-à-dire une aune de Paris & .

La mesure longue d’Espagne est la vare, qui contient de l’aune de Paris. En Arragon la vare fait une aune & demie de Paris, c’est-à-dire qu’elle contient 5 piés 5 pouces 6 lignes.

La mesure de longueur des Portugais est le cavedos & le varas. Le cavedos contient 2 piés 11 lignes, ou de l’aune de Paris ; 106 varas font 100 aunes de Paris.

La mesure longue de Piémont & de Turin, est le raz, qui contient 1 pié de roi 9 pouces 10 lignes ; c’est-à-dire à peu près demi-aune de Paris.

Les Moscovites ont deux mesures de longueur, l’arcin & la coudée. La coudée est égale aux pié de roi 4 pouces 2 lignes ; deux arcins font 3 coudées.

Les Turcs & les Levantins ont le pié qui contient 2 piés 2 pouces 2 lignes, ou de l’aune de Paris. Le cobre est la mesure des étoffes à la Chine ; 10 cobres font 3 aunes de Paris. En Perse & dans quelques états des Indes, on se sert de la guèze, dont il y a deux especes ; la guèze royale & la petite guèze : la guèze royale contient 2 piés de roi 10 pouces 11 lignes, ou 4/5 de l’aune de Paris ; la petite guèze fait les deux tiers de la guèze royale. Le royaume de Pégu & quelques autres lieux des Indes, se servent du cando, qui est égal à l’aune de Venise ; mais le cando de Goa est une longue mesure qui revient à 17 aunes de Hollande. La mesure longue des Siamois se nomme le ken, qui fait 3 piés de roi moins 1 pouce. Il ne s’agit plus maintenant que de transcrire les tables détaillées de Gréaves, de Picard & d’Auzout.

Table des mesures longues de diverses nations, comparées au pié romain par M. Gréaves.

Supposant le pié romain du monument de Cossutius à Rome divisé en 1000 parties égales, les autres mesures sont en proportion avec ce pié en la maniere qui suit :

Centiemes.
Le pié romain du monument de Cossutius, 1000.
Le pié romain du monument de Statilius à Rome, 1005. 17.
Le pié romain de Villalpandus pris sur le Congius de Vespasien, 1019. 65.
L’ancien pié grec qui étoit au romain comme 25 est à 24, 1041. 67.
Le pié de roi de Paris, 1104. 45.
Le pié d’Angleterre, 1034. 13.
Le pié de Venise, 1201. 65.
Le pié du Rhin de Snellius, 1068. 25.
Le dérah ou coudée d’Egypte, 1886. 25.
L’arish de Perse, 3306. 10.
La grande pique des Turcs à Constantinople, 2275. 8.
La petite pique des Turcs à Constantinople est à la grande comme 31 est à 32.
Le braccio, ou bras de Florence, 198. 28.
Le braccio de Sienne pour tout, 1282. 38.
Le braccio de Sienne pour la toile, 2041. 37.
Le braccio de Naples, 2171. 66.
La canne de Naples, 7114. 79.
La vare d’Almérie & de Cadix en Espagne, 2854. 19.
Le palme des Architectes à Rome, dont dix font la canne des mêmes Architectes, 759. 98.
Le palme du braccio des marchands & des tisserans à Rome. On voit sa mesure & sa forme sur un marbre au Capitole, avec cette inscription, curante lu poeto, 719. 24.
Le palme de Genes, 842. 31.
L’aune d’Anvers, 2360. 91.
L’aune d’Amsterdam, 2345. 40.
L’aune de Leyde, 2337. 13.
Table de la proportion du pié de Paris, avec les mesures longues de différentes nations, par le même M. Gréaves.

Le pié de roi de Paris divisé en 1068 parties, dont chacun des 12 pouces qui le composent en contiendra 89, les autres mesures seront en proportion avec pié de Paris en la maniere qui suit :

Le pié de Paris, 1068.
Le pié romain du monument de Cossutius, 967.
Le pié romain du monument de Statilius, 972.
Le pié romain de Villalpandus, 986.
Le pié grec, 1007.
Le pié d’Angleterre, 1000.
Le pié de Venise, 1162.
Le pié du Rhin de Snellius, 1033.
Le dérah, ou la coudée d’Egypte, 1824.
L’arish de Perse, 3197.
La grande pique des Turcs à Constantinople, 2200.
La petite pique des Turcs à Constantinople est à la grande comme 31 à 32.
Le braccio de Florence, 1913.
Le braccio de Sienne pour tout, 1242.
Le braccio de Sienne pour la toile, 1974.
Le braccio de Naples, 6880.
La vare d’Almérie & de Cadix en Espagne, 2760.
Le palme des architectes à Rome, 732.
Le palme du braccio des marchands & des tisserans à Rome, 695
Le palme de Gènés, 815.
L’aune d’Anvers, 2283.
L’aune d’Amsterdam, 2268.
L’aune de Leyde, 2260.

Table de proportion de plusieurs mesures longues entr’elles, par M. Picard.

Le pié de Paris supposé de 720.
Le pié du Rhin ou de Leyde, observé par M. Picard, 696.
La perche du Rhin contenant 12 piés.
Le pié de Londres, 675
Le pié danois observé par M. Picard, 701
L’aune danoise contenant 2 piés.
Le pié de Dantzick pris par proportion sur celui de Leyde du liv. I. de la sélénographie d’Hévélius, 636.
Le pié de Lyon sur une observation de M. Auzout, 757
Le pié de Boulogne par M. Auzout, 843.
Le braccio de Florence observé par le même, & par le pere Mersenne, 1290.
Le pié de Suede, 658
Le pié de Bruxelles, 609
Le pié d’Amsterdam pris sur celui de Leyde, selon Snellius, 629.
Le palme des architectes à Rome, observée
par MM. Picard & Auzout, 494
La canne des architectes contient dix palmes.
Le pié romain du Capitole examiné par MM. Picard & Auzout, 653 ou 653
Le même pris sur le pié grec, 652.
Car ce nombre 652 pour le pié romain du Capitole, convient parfaitement avec le pié grec qui est 679, selon la proportion de 24 à 25 ; mais parce que selon M. Gréaves, le pié d’Angleterre est au pié romain comme 1000 à 967, il s’ensuit que le pié romain est dans l’état qu’il est, de 653 parties plus
Le pié romain de Villalpandus pris sur le Congius selon Riccioli, 665
Le pié romain du monument de Statilius, 655
Le pié romain de la vigne Mattei, 657
Le pié romain pris du palme, 658
ou près de 659.
Le pié romain tiré sur les pavés du Panthéon, en les supposant de 10 piés romains, 653.
Le pié romain tiré d’une bande de marbre du même pavé, en la supposant de trois piés romains, 650.
Le pié romain pris sur les portes du même temple en les supposant de 20 piés romains de large, 661
Le pié romain pris sur la pyramide de Cessius, en la supposant de 95 piés romains, 653
Le pié romain pris sur le diametre des colonnes, tiré de l’arc de Septime Severe, 653
Le pié romain pris sur la bande de porphyre du pavé du Panthéon, 653

Cette table est tirée des divers ouvrages de Mathématique & de Physique, par MM. de l’ac. royale des Sciences à Paris, 1693, infol. pag. 367 & suiv.

Table de mesures longues prises sur les originaux, & comparées avec le pié du Châtelet de Paris, par M. Auzout.

Le pié de Paris divisé en 1440 parties égales, c’est-à-dire chaque ligne en dix parties ; c’est sur cette mesure que les suivantes sont réduites.

Le palme de Rome pris au Capitole, contient . ou 8 pouces 2 lignes . parties.

Celui des passets est quelquefois un peu plus grand, & fait 8 pouces 3 lignes. Le passet est une mesure de buis qui contient ordinairement 5 palmes, & qui est faite de plusieurs pieces jointes ensemble par des clous, pour pouvoir se plier & se porter commodément.

Le palme est divisé en 12 onces, & l’once en 5 minutes ; ce qui fait 60 minutes au palme. On ne se sert point d’une plus petite division ; 10 palmes font la canne qu’on nomme d’architecte.

Le pié romain que l’on nomme ancien, qui est celui de Lucas Poetus pris au même lieu, contient 1306 ou 1307 parties. Il est un peu trop petit, puisque le palme devant être les trois quarts du pié, ou douze doigts des 16 qui composent tout le pié ; il devroit contenir, suivant la premiere mesure, 1318 parties.

Il reste à Rome deux piés antiques sur des sépulchres d’architectes ; l’un dans le jardin de Belvedere, & l’autre dans la vigne Mattei ; quoique les divisions en soient inégales & malfaites, on peut pourtant suppoier que le total en est bon. Celui de Belvedere contient 1311 parties, ou bien 10 pouces 11 lignes & 1 partie ou  ; & celui de la vigne Mattei en contient 1315, ou bien 10 pouces 11 lignes 5 parties . lignes ; & comme ils peuvent être un peu diminués sur les bords, on peut les estimer égaux à 16 onces du palme moderne.

Par toutes ces mesures, on peut prendre l’aune de Paris pour 4 piés romains antiques.

Le pié grec pris au Capitole a 1358 parties, on bien 11 pouces 3 lignes 8 parties, étant au romain comme 25 à 24, comme l’on déduit ordinairement de la différence de leurs stades, dont l’une contenoit 600 piés & l’autre 625, le pié romain étant 1306 ou 1307, le pié grec devroit être 1373. Si le romain étoit 1311, le grec seroit  ; si le romain étoit 1315, le grec seroit , toujours plus grand que celui du Capitole marqué par Lucas Poëtus.

Nota. Le pié qui est à Belvedere sur le tombeau de T. Statilius Mensor, est divisé en palmes & en doigts ; la division en est mal faite & grossiere, le pié qui est dans la vigne Mattei sur un autre tombeau de Cossutius n’est point divisé en doigts. Il est à croire que Lucas Poëtus avoit marqué le pié romain & le pié grec de juste proportion ; mais qu’à force de prendre le pié romain, on l’a augmenté. Si le romain étoit 652, le grec seroit .

Le palme de marchand dont 8 font la canne, & qui sert à mesurer toutes les étoffes, a parties, ou bien 9 pouces . de ligne. La canne faisant justement 6 piés 1 pouce 6 lignes, elle revient à peu-près à 1 aune 2 tiers de celle de Paris.

Le palme & la canne de Rome pour les marchands est précisément le pan & la canne dont on se sert à Montpellier.

Le palme de Naples pris sur l’original, a 1161 ou 1162 parties, ou bien 9 pouces 8 lignes 1 ou 2 parties.

La brasse de Florence prise à la mesure publique contre la prison, a 2580 ou 2581 parties ; c’est à-dire 1 pié 9 pouces & 6 lignes, ou une partie davantage, mais le premier est plus juste.

Le pié de Boulogne pris dans le palais de la Vicairerie, a 1686 parties, ou bien 1 pié 2 pouces & 6 partiés.

Le braccio pris au même lieu, a 2826 parties, ou bien 1 pié 11 pouces 6 lignes ; ce qui ne fait pas justement 5 piés de 3 bras, comme le suppose le P. Riccioli.

Le braccio de Modene a . parties, ou bien 1 pié 11 pouces 5 lignes .

Le braccio de Parme pris auprès du dôme, a 2526 parties, ou bien 1 pié 9 pouces 6 parties.

Le braccio de Lucques a 2615 parties, ou bien 1 pié 9 pouces 9 lignes 5 parties.

Le braccio de Sienne pris sur la canne publique qui est posée horisontalement sous la loge de l’hôtel-de-ville, & qui contient 4 bras, a 2667 parties, ou bien 1 pié 10 pouces 2 lignes & 7 parties.

Le pié de Milan pris sur le traboco de bois, où on éprouve les mesures, a 1760 parties, ou bien 1 pié 2 pouces 8 lignes ; & le bras dont le pié fait les deux tiers, a 2640 parties, ou bien 1 pié 10 pouces.

Le pié de Pavie pris sur la canne de fer qui est à la porte du dôme, a 2080 parties, ou bien 1 pié 5 pouces 4 lignes ; & le bras dont il est les trois quarts, a 2780 parties, ou 1 pié 1 pouce 2 lignes.

Le pié de Turin pris sur le même de cuivre qui est dans l’hôtel-de-ville, a 2274 parties, ou 1 pié 6 pouc. 11 lignes 4 parties.

Le pié de Lyon contient 1515 & . de parties, ou bien 1 pié 7 lignes & .

La toise contient 7 piés .

L’aune de Lyon contient 3 piés 7 pouces 8 lignes & 3 parties ; telles sont les mesures données par M. Auzout dans les divers ouvrages de MM. de l’académie royale des Sciences, 1693, pag. 368, 369 & 370.

Table de différentes mesures longues comparées avec le pié anglois, divisè premierement en 1000 parties égales, puis en pouces & en dixiemes parties de pouce.
Pié, pouces, dixi-
emes
Le pié de Londres, 1000. 12.
Le pié de Paris, 1068. ou 1. 0. 8.
Le pié d’Amsterdam, 942. 0. 11. 3.
Le pié de la Brille, 1103. 1. 1. 2.
Le pié d’Anvers, 946. 11. 3.
Le pié de Dort, 1184. 1. 2. 2.
Le pié du Rhin ou de Leyde, 1033. 1. 0. 4.
Le pié de Lorraine, 958. 11. 4.
Le pié de Malines, 919. 11.
Le pié de Middelbourg, 991. 11. 9.
Le pié de Strasbourg, 920. 11.
Le pié de Bremen, 964. 11. 6.
Le pié de Cologne, 954. 11. 4.
Le pié de Franfort-sur-le-Mein, 948. 11. 4.
Le pié d’Espagne, 1001. 1.
Le pié de Tolede, 899. 10. 7.
Le pié romain, 967. 11. 6.
L’ancien pié romain de Cossutius Statilius, 972. 11. 7.
Le pié de Boulogne en Italie, 1204. 1. 2. 4.
Le pié de Mantoue, 1569. 1. 6. 8.
Le pié de Venise, 1162. 1. 1. 9.
Le pié de Dantzick, 944. 11. 3.
Le pié de Copenhague, 965. 11. 6.
Le pié de Prague, 1026. 1. 0. 3.
Le pié de Riga, 1831. 1. 9. 9.
Le pié de Turin, 1062. 1. 0. 7.
Le pié grec, 1007. 1. 0. 1.
Le pié de Paris selon M. Bernard, 1066.
Le pié universel, 1089.
L’ancien pié romain, 970.
Le pié de Boulogne selon M. Auzout, 1140.
L’aune de Lyon, 3976. 3. 11. 7.
L’aune de Boulogne, 2056. 2. 0. 8.
L’aune d’Amsterdam, 2269. 2. 3. 2.
L’aune d’Anvers, 2273. 2. 0. 2.
L’aune du Rhin & de Leyde, 2260. 3. 3. 1.
L’aune de Francfort, 1826. 1. 9. 9.
L’aune de Hambourg, 1905. 1. 10 8.
L’aune de Léipzig, 2260. 2. 3. 1.
L’aune de Lubeck, 908. 1. 9. 8.
L’aune de Nuremberg, 2227. 2. 3. 3.
L’aune de Baviere, 954. 11. 4.
L’aune de Vienne, 1053. 1. 0. 6.
L’aune de Boulogne, 2147. 2. 3. 7.
L’aune de Dantzick, 1903. 1. 10. 8.
L’aune ou braccio de Florence, 1913. 1. 11.
Le palme d’Espagne ou de Castille, 751. 9.
La vare ou verge d’Espagne, contenant 4 palmes, 3001. 3. 0.
La vare de Lisbonne, 2750. 2. 9.
La vare de Gibraltar, 2760. 2. 9. 1.
La vare de Tolede, 2685. 2. 8. 2.
Le palme de Naples, 361. 2. 9. 6.
Le braccio de Naples, 2000. 2. 1. 2.
La canne de Naples, 6880. 6. 10. 5
Le palme de Gènes, 380. 9. 6.
Le calamus de Milan, 6544. 6. 6. 5.
La coudée de Parme, 1866. 1. 10. 4.
La coudée de la Chine, 1016. 1. 6. 2.
La coudée du Caire, 1824. 1. 9. 9.
L’ancienne coudée de Babylone, 1. .
L’ancienne coudée greque, 1. .
L’ancienne coudée romaine, 1. .
La pique de Turquie, 2200. 2. .
L’arish de Perse, 3197. 3. .

Il me reste à donner les tables des mesures longues des Grecs, des Romains & de l’Ecriture-Sainte, réduites aux mesures d’Angleterre. Mais pour entendre ces tables de réduction, il faut se rappeller que les mesures longues d’Angleterre, sont le pouce, jnch ; la palme, palm ; l’empan, span ; le pié, foot ; la coudée, cubic ; la verge, yard ; le pas, pace ; la brasse, fathom ; la perche, pole ; le stade, furlongue ; le mille, mile.

Voici d’abord la table qui donne le contenu de ces diverses mesures.



Table des mesures longues d’Angleterre.
Inch.
3 Palm.
9 3 Span.
12 4 Foot.
18 6 2 Cubit.
36 12 4 3 2 Yard.
60 20 5 Pace.
72 24 8 6 4 2 Fathom.
198 66 22 11 Pole.
7920 2640 880 660 440 220 132 110 40 Furlong.
63360 21120 7040 5280 3520 1760 1056 880 320 8 Mile.
Table des mesures de l’Ecriture réduites à celles d’Angleterre.
Engl. Face Inch. Dec.
Digit. 0 0 192
4 Palm. 0 3 648
12 3 Span. 0 10 944
24 6 3 Cubit. 1 9 888
96 24 6 2 Fathom. 7 3 552
144 36 12 8 Ezekiel’s reed. 10 11 328
192 48 16 8 2 Arabian pole. 14 7 104
1920 480 160 80 20 10 Schœnus. 145 11 04


Nota. Digit signifie un travers de doigt ; palm, la palme ; span, l’empan ; cubit, la coudée ; fathom, la brasse ; ezekiel’s reed, la verge d’Ezéchiel ; Arabian pole, la perche d’Arabie ; schoenus, le schoene.

Table des mesures longues des Grecs réduites à celles d’Angleterre.


Engl. Face Feet. Inch. Dec.
Dactylus. 0 0 0,
4 Dovon. 0 0 3,
10 Lichas. 0 0 7,
11 Orthodoron. 0 0 8, 3101
12 6 Spithamus. 0 0 9,
16 4 Pes. 0 1 0, 0875
18 Pygmos, coudée. 0 1 1,
20 5 2 Pygon. 0 1 3,
24 2 Pecus, grande coudé. 0 1 6, 13125
96 24 8 6 4 Orgya. 0 6 0, 252
9600 2400 960 800 600 480 400 100 Stadius aulus, Stade. 100 4 4, 5
76800 19200 7680 6400 4800 3840 3200 800 8 Mile. 805 5 0
Table des mesures longues des Romains réduites à celles d’Angleterre.
Engl. Paces. Feet. Inch. Dec.
Digitus transversus, 0 0 0,
Uncia, 0 0 0, 967
4 3 Palmus minor, 0 0 2, 901
16 12 4 Pes, 0 0 11, 604
20 15 5 Palmipes, 0 1 2, 505
24 18 6 Cubitus, 0 1 5, 406
40 30 10 2 Gradus, 0 2 5, 01
80 60 20 5 4 2 Passus, 0 4 10, 02
10000 7500 2500 625 500 250 125 Stadium, 120 4 4, 5
80000 60000 20000 5000 4000 2000 1000 8 Milliarium 967 0 0.  

Mesure quarrée, (Antiquité, Arts & Comm.) Les mesures quarrées pour les surfaces se font en multipliant une mesure longue par elle-même. Ainsi les mesures quarrées de France sont réglées par douze lignes quarrées dans un pouce quarré, douze pouces dans le pié, vingt-deux-piés dans la perche, & cent perches dans l’arpent.

Les mesures quarrées d’Angleterre se tirent de la verge contenant trente-six pouces multipliés par eux-mêmes ; cette multiplication produit 1296 pouces quarrés dans une verge quarrée ; ses divisions sont le pié & le pouce quarrés ; & ses multiples sont les pas, les perches, les quartiers d’arpent (rood) & l’arpent (acre), qui contient 720 piés de long sur 72 de large. Comme les mesures de la Grande-Bretagne sont fixes, nous allons donner une table de leur aire.


Table des mesures quarrées d’Angleterre.
Pouces (inches).
144 Piés (feet).
1296 9 Verges (yards.)
3600 25 Pas (paces.)
39204 10,89 Perches (poles.)
1568160 10890 1210 435,6 40 d’arpent (rood.)
6272640 43560 4840 1743,6 160 4 Arpent (acre.)


Le pléthron ou plethre des Grecs, contenoit suivant les uns, 1444, & suivant les autres 10000 piés quarrés ; mais comme le plethre étoit différent selon les lieux & les tems, son aire ne peut être la même. L’aire de l’aroure des Egyptiens étoit un peu plus grande que celle du demi-arpent de Paris. Nous avons déja donné les aires de quelques mesures romaines en parlant des mesures longues. En voici la table générale réduite aux mesures d’Angleterre. Comme les Romains divisoient leur jugerum de la même maniere que leur levre, le jugerum contenoit.

Square Feet. Scruples. Roods. Sq. Poles. Sq. Feet.
As. 28800. 288. 2. 18. 250,05.
Deunx. 26400. 264. 2. 10. 183,85.
Dextans. 24000. 240. 2. 02. 117,64.
Dodrans. 21600. 216. 1. 34. 51,42.
Bes. 19200. 192. 1. 25. 257,46.
Septunx. 16800. 168. 1. 17. 191,25.
Semis. 14400. 144. 1. 09. 125,03.
Quincunx. 12000. 120. 1. 01. 58,82.
Triens. 9600. 96. 0. 32. 264,85.
Quadrans. 7200. 72. 0. 24. 198,64.
Sextans. 4800. 48. 0. 16. 132,43.
Uncia. 2400. 24. 0. 08. 66,21.

Mesure des liquides, (Antiq. Arts & Comm.) les mesures creuses, ou mesures de continence pour les liquides, sont celles avec lesquelles on mesure toutes sortes de liqueurs, comme les vins, les eaux-de-vie, le vinaigre, la biere, &c. On y mesure aussi d’autres corps fluides, particulierement les huiles. Ces mesures sont différentes dans les divers états, & quelquefois dans les provinces & villes d’un même royaume.

Mesures liquides d’Angleterre. En Angleterre les mesures cubiques des liquides ont été prises originairement du poids de troy. Il a été établi dans ce pays-là, que huit livres de froment poids de troy, bien séché, péseroit un gallon mesure de vin, & que ses divisions multiples serviroient de regle pour les autres mesures ; cependant la coutume a introduit un nouveau poids, savoir celui qu’on nomme avoir-du-poids, qui est plus foible que le poids de troy. L’étalon de cette mesure à Guildall, & qui sert de regle pour mesurer les vins, les eaux-de-vie, les liqueurs, les huiles, &c. est supposé contenir 231 pouces cubiques, & c’est sur cette supposition que les autres mesures de liquide ont été faites. Nous en donnerons la table ci-après, en y rapportant les mesures attiques, romaines & juives.

Mesures liquides de France. A Paris & dans une partie du royaume, ces mesures, à commencer par les plus petites, sont le poisson, le demi-septier, la chopine, la pinte, la quarte ou le pot, dont en les multipliant, on compose les quartaux, demi-muids, demi-queues, muids, queues, tonneaux, &c. Le poisson contient six pouces cubiques ; deux poissons sont le demi-septier, deux demi-septiers sont le septier ou la chopine ; deux chopines font la pînte, deux pintes sont la quarte ou le pot ; quatre quartes font le septier ou huit pintes ; les trente-six septiers font le muid, qui se divise en demi-muid ou feuillette, contenant dix-huit septiers ; quart de muid, contenant neuf septiers, & demi-quart ou huitieme de muil, contenant quatre septiers & demi.

Du quarteau on a formé par augmentation les mesures usitées dans d’autres parties du royaume, comme la queue, qui est d’usage à Orléans, à Blois, &c. Elle contient un muid & demi de Paris, c’est-à-dire 420 pintes ; le tonneau qui est d’usage à Bayonne & à Bourdeaux, contient quatre barrils, & est égal à trois muids de Paris, ou à deux muids d’Orléans ; ainsi le tonneau de Bourdeaux contient 864 pintes, & le tonneau d’Orléans, 576.

Mesures liquides de Hollande. A Amsterdam les mesures des liquides sont, à commencer par les diminutions, les mingles, les viertels, les stékans, les aukers & les awus ; & pour les huiles, la tonne. Le mingle ou bouteille, contient deux livres quatre onces poids de marc, plus ou moins, suivant la pesanteur des liqueurs. Elle se divise en deux pintes, en quatre demi-pintes, en huit musties & en seize demi musties ; 777 minglés font leur tonneau. Le viertel ou la quarte, est composé de cinq mingles & de mingle. Le viertel de vin contient précisément six mingles ; le stekag contient seize mingles ; l’auker contient deux stékans, & les quatre aukers font le awu. Les bottes ou pipes d’huile contiennent depuis vingt jusqu’à vingt-cinq stékans, de seize mingles chaque stékan.

Mesures liquides d’Espagne. L’Espagne a des bottes, des robes, des azumbres & des quartaux. La botte contient entre trente-six & trente-sept stékans hollandois, qui pesent environ mille livres. Elle est composée de trente robes pesant chacune vingt-huit livres. Chaque robe est divisée en huit acumbres, & l’azumbre en quatre quartaux. La pique contient dix-huit robes.

Les mesures liquides de Portugal sont les bottes, les almudes, les cavadas, les quatas ; & pour l’huile, les alquiers ou cautars. La botte portugaise est de vingt-cinq à vingt-six stékans ; la quata est la quatrieme partie du cavada ; le cavada est de la même capacité que la mingle hollandoise, six cavadas font un alquier ; deux alquiers une almude, & vingt-six almudes une botte.

Mesures liquides d’Italie. Rome mesure les liqueurs à la branta, au rabbo & au boccale. Le boccale contient un peu plus de la pinte de Paris ; sept boccales & demi font le rubbo, & treize rubbo & demi font la branta ; de sorte que la branta contient 96 boccales. Florence a ses staros, ses barrils & ses fiascos. Le staro contient trois barrils, & le barril vingt-six fiascos ; le fiascos est à-peu près égal à la pinte de Paris. A Véronne on se sert de la bassa, dont seize font la branta ; & la branta contient 96 boccales, ou treize rubos & demi. Les Vénitiens ont leur amphora, qui contient deux bottas ; la botta contient quatre bigoucios, le bigoucio quatre quartes, & la quarte quatre tischaufferas. La botta de Venise se divise encore en mostachies, dont 76 font leur amphora. A Ferrare on se sert du mastilly, qui contient huit sechios, & les six sechios font l’urne. La Calabre & la Pouille ont leur pignatoli, & chaque pignatoli répond à la pinte de France. Trente-deux pignatolis font le staro, & dix staros font la salma.

Mesures d’Allemagne. Le fuder que nous nommons foudre, est la mesure dont on se sert presque par toute l’Allemagne, mais avec plusieurs différences dans sa continence & dans ses subdivisions, attendu les divers états de tant de princes & de tant de villes libres qui partagent ce pays. Le fuder est supposé la charge d’un chariot à deux chevaux. Deux fuders & demi sont le roeder ; six awus sont le fuder, trente fertels sont le awu, & quatre massems font le fertel. Ainsi le roeder contient 1200 massems, le fuder 480, le awu 80, & le fertel 41.

Il nous reste à donner les mesures de liquides d’Angleterre, auxquelles nous rapporterons celles de la Grece, de Rome & des Hébreux. Ce sera l’affaire de quatre tables.

Mesure itinéraire, (Géogr.) on nomme en Géographie mesures itinéraires, celles dont les différens peuples se sont servis, ou se servent encore aujourd’hui pour évaluer les distances des lieux & la longueur des chemins. Si ces mesures avoient entre elles plus d’uniformité qu’elles n’en ont, & que les noms qui les expriment eussent un usage fixe qui exprimât toujours une valeur invariable, cette étude seroit assez courte ; mais il s’en faut bien que les choses soient ainsi. Les noms de mille, de stade, de parasangue, de lieue, ont été sujets à tant de variations, qu’il est très-pénible d’évaluer les calculs d’une nation ou d’un siecle, à ceux d’une autre nation ou d’un autre siecle. Cependant comme plusieurs savans ont pris cette peine, nous allons donner ici d’après leurs travaux, une courte table géographique des principales mesures itinéraires anciennes & modernes, rapportées à un degré de l’équateur, ou à la toise de Paris.

Le mille hébraïque ou le chemin d’un jour de sabbat de deux mille coudées, est égalé par saint Epiphane, à six stades romains. Six cens de ces stades font un degré, donc le mille hébraïque est de 100 au degré.

Le stade égyptien est de 600 piés, selon Hérodote. Cet historien donne 800 piés de largeur à la base de la grande pyramide d’Egypte, qui mesurée au pié de Paris, sont 680 piés. Or comme 800 sont à 680, de même 600 piés qui font le stade d’Hérodote, sont à 510 piés de Paris ; donc le stade d’Hérodote est 85 toises de Paris ; donc la parasangue égyptienne évaluée à 30 stades, est de 2550 toises. Donc le schoene double de la parasangue sera de 5100 toises, & les autres schoenes à proportion. Un degré de l’équateur est égal à 57060 toises. Divisez ce nombre par 85, qui est le nombre des toises contenues dans ce stade, il en résulte 671 stades, plus 25 toises pour le degré, & ainsi à proportion de la parasangue & du schoene. Donc 671 stades égyptiens, plus 25 toises, font un degré de l’équateur.

Trente de ces stades font la parasangue égyptienne, car celle d’Arménie étoit de 40 stades.

Soixante de ces stades font le schoene d’Hérodote, ou l’ancien schoene.

Le grand schoene étoit double, & comprenoit 120 stades.

Le petit schoene du Delta, ou le demi-schoene, n’étoit que de 30 stades. Ce n’est donc que la parasangue changée de nom.

La parasangue des Perses étoit anciennement égale à celle d’Egypte, ensuite elle fut bornée à 40 stades romains, & équivaloit par conséquent à cinq milles romains, dont 75 faisoient un degré. Donc la parasangue des Perses étoit de 15 au degré.

Le stade d’Aristote, de Xénophon, &c. étoit de 1111 au degré.

Le stade romain étoit de 600 au degré.

Le mille romain, de 75 au degré.

L’ancienne lieue des Gaules & d’Espagne, contenant 1500 pas, étoit de 50 au degré.

La raste des Germains de 3000 pas romains, ou de 2 lieues gauloises, étoit de 25 au degré.

Les parasangues des Perses, 22 & trois neuviemes au degré.

Chez leurs successeurs, elles font de 19 moins deux neuviemes au degré.

Lis de la Chine est de 250 au degré.

Lieue du Japon, de 25 au degré.

Werstes de Russie, de 90 au degré.

Milles de la basse Egypte, de 110 au degré.

Cosses, ou lieues de l’Indoustan, de 40 au degré.

Gos, ou lieues de Coromandel, de 10 au degré.

Lieues communes de Hongrie, de 12 au degré.

Milles communs de Turquie, de 60 au degré.

Milles communs italiques, de 60 au degré.

Milles pas géométriques, de 60 au degré.

Milles marins de l’Océan, de 60 au degré.

Milles marins de la Méditerranée, de 75 au degré.

Lieues géographiques de quatre mille pas géométriques, de 15 au degré.

Lieues communes d’Allemagne, de 15 au degré.

Lieues d’Espagne, de 15 au degré.

Lieues marines de Hollande, de 15 au degré.

Lieues marines d’Espagne, de 17 & demi au degré.

Lieues marines d’Angleterre & de France, sont composées de 2853 toises, & sont de 20 au degré.

Lieues de Suede, de 1800 aunes de Suede chacune, & les trois aunes font environ cinq piés & demi de Paris, sont de 12 au degré.

Lieues de Prusse, de 16 au degré.

Lieues de Pologne, de 20 au degré.

Lieues communes des Pays-Bas sont de 22 au degré.

Lieues communes de France de trois milles romains, ou de 2282 toises, sont de 25 plus 10 toises au degré.

Enfin il y a des lieues de France de 34, de 28, de 26, de 24, de 23, de 21 & demi, & de 19 au degré. Voyez Lieue. (D. J.)



I. Table des mesures liquides d’Angleterre, qui sont d’usage pour mesurer les vins & eaux-de-vie.
Solid inches.
18 Pinch.
231 8 Gallon
4158 144 18 Rundlet.
252 Barret.
9702 336 42 Tierce.
14553 504 63 2 Hogshead.
19279 672 84 2 Punchion.
29106 1008 126 7 4 3 2 Brent.
58212 2016 252 14 8 6 4 3 2 Tun.
II. Table des mesures liquides des Grecs réduites à celles d’Angleterre.
Gall. Pints Sol. Inch. Dec.
Cochelation, 0 0,0356,
Cheme, 0 0,0712
Mystron, 0 0,089
5 2 Concha, 0 0,178
10 5 4 2 Cyathus. 0 0,356
15 6 3 Oxubaphon. 0 1 5, 406
60 30 24 12 6 4 Cotyle. 0 2,141
120 60 48 24 12 8 2 Xestes. 0 1 4,283 0
720 360 288 144 72 48 12 6 Chos. 0 6 25,698
8640 4320 3456 1728 864 576 144 72 12 Metretes 10 2 19,626  


III. Table des mesures liquides des Romains réduites à celles d’Angleterre.
Gall. Pints .Sol. Inch. Dec.
Ligula, 0 0,117
4 Cyathus, 0 0,469
5 Acetabulum, 0 0,704
12 3 2 Quartarius, 0 1,409
24 6 4 2 Hemina. 0 2,818
48 12 8 4 2 Sextarius. 0 1 5,536
288 72 24 48 12 6 Congius. 0 1 4,942
1152 288 96 192 48 24 4 Urna. 3 5,33
2304 576 192 384 96 48 8 2 Amphora. 7 1 10,66
46080 11520 7680 3840 1920 960 160 40 20 Culeus 143 3 11,095


IV. Table des mesures liquides des Hébreux, réduites à celles d’Anlegterre.


  Gall. Pints. Sol. Inch. Dec.
Caph, 0 0 0,177
Log, 0 0,211
4 Cab, 0 0,844
16 12 3 Hin, 1 2 2,533
32 24 6 2 Seah, 2 4 5,067
96 72 18 6 3 Bath, epha, 7 4 15,2
960 720 180 60 30 10 Coron, Chomer, 75 5 7,625

Mesures rondes, (Antiq. Arts & Comm.) on appelle mesures rondes ou mesures des choses seches, celles qui servent à mesurer les grains, les graines, les légumes, les fruits secs, la farine, le sel, le charbon, &c. Ces mesures sont différentes dans les divers pays, & quelquefois dans les provinces d’un même royaume.

Mesures rondes de France. Elles sont faites de bois, & ce sont le litron, le boisseau, le minot, & leurs diminutions ou augmentations. De deux minots, on compose la mine ; de deux mines le septier, & de plusieurs septiers, suivant les lieux, les muid ou le tonneau.

Le litron se divise en deux demi-litrons, & en quatre quarts de litron. Le litron contient trente-six pouces cubiques. Voyez Litron.

Le boisseau est très-différent en France, change presque dans toutes jurisdictions, & se nomme en plusieurs endroits bichet. Voyez Boisseau.

Le minot contient trois boisseaux ; il faut quatre minots pour faire un septier, & les douze septiers font le muid ; mais le minot dont on se sert pour mesurer le charbon & le sel, differe en continence de celui des grains. Voyez Minot.

La mine n’est pas un vaisseau réel tel que le minot, qui serve de mesure de continence, mais une estimation de plusieurs autres mesures ; & cette estimation varie suivant les lieux & les choses. A Paris la mine de grains est composée de six boisseaux, ou de deux minots radés, & sans grains sur bord. Il faut deux mines pour le septier, & vingt-quatre mines pour le muid. Voyez Mine.

Le septier est comme le minot, une estimation variable de plusieurs autres mesures. A Paris le septier se divise en deux mines, & les douze septiers font un muid. Voyez Septier.

Le muid est semblablement une estimation variable de plusieurs autres mesures. A Paris le muid des grains qui se mesurent radés est composé de douze septiers, qui font dix-huit muddes d’Amsterdam, & les dix-neuf septiers font un laste. Voyez Muid.

Le tonneau est une mesure ou quantité de grains, qui contient ou qui pese plus ou moins, suivant les lieux du royaume. A Nantes le tonneau de grains contient dix septiers, de seize boisseaux chacun, & pese 2200 à 2250 livres. Il faut trois tonneaux de Nante pour faire vingt-huit septiers de Paris, & treize muddes & demi d’Amsterdam. Voyez Tonneau.

Mesures rondes du Nord, d’Hollande. En Hollande & dans le Nord, on évalue les choses seches sur le pié du last, lest, leth, ou lechs, ainsi appellé, selon la différente prononciation de ces peuples. En Hollande le last est égal à dix-neuf septiers de Paris, ou à trente-huit boisseaux de Bourdeaux. Le last de froment pese ordinairement 4600 à 4800 livres poids de marc. Ce même last se divise en vingt-sept muddes, le mudde en quatre schepels, le schepel en quatre vierdevats, & le vierdevat en huit kops. Voyez Last.

La mesure d’Archangel pour les grains se nomme chefford ; elle tient environ trois boisseaux mesure de Rouen, & se subdive en quatre parties.

Mesures rondes d’Italie. A Venise, Livourne, Lucques, &c. les choses seches se mesurent au staro. Le staro de Livourne pese ordinairement cinquante-quatre livres ; 112 staros font le last d’Amsterdam, au lieu qu’il en faut 119 de Lucques. Le staro de Venise pese 128 livres gros poids ; chaque staro contient quatre quartas ; trente-cinq staros , ou 140 quartas font le last d’Amsterdam. A Palerme on réduit les mesures des corps secs au tomolo, qui est le tiers du septier de Paris. Il faut seize tomoli de Palerme pour la salma, & quatre mondili pour le tomolo.

Mesures rondes d’Espagne & de Portugal. A Cadix, Bilbao & Saint-Sébastien, on mesure les choses seches au fanega ; vingt-trois fanegas de Saint-Sébastien font le tonneau de Nantes, ou neuf septiers & demi de Paris. Le fanega de Bilbao est un peu plus grand ; il en faut vingt à vingt-un pour le tonneau de Nantes. Cinquante fanegas de Cadix font le last d’Amsterdam ; chaque fanega pese . livres de Marseille. A Séville on mesure les choses seches par anagro. L’anagro contient un peu plus que la mine de Paris ; trente six anagros font dix-neuf septiers de Paris. A Bayonne on mesure les grains & sels par couchas ; trente couchas font le tonneau de Nantes, qui revient à neuf septiers & demi de Paris. A Lisbonne on mesure les grains par fanegos & par alquieris ; quinze fanegos font le muid, & quatre alquieris font le fanego ; quatre muids de Lisbonne font le last d’Amsterdam ; 240 alquieris font dix-neuf septiers de Paris.

Il nous reste à indiquer les mesures seches d’Angleterre, auxquelles nous rapporterons les mesures seches de la Grece, de Rome & des Hébreux. Ce sera l’affaire de quatre tables.

I. Table des mesures d’Angleterre pour les choses seches.


Solid inches.
Pint.
8 Gallon.
16 2 Peck.
2178 64 8 4 Bushel.
17424 128 16 8 2 Strike.
  256 32 16 4 2 Carnock, ou Coom.
  512 64 32 8 4 2 Scam, ou Quarter.
  3072 384 192 48 24 12 6 Way.
  5120 640 320 80 40 20 10 12 Last.


II. Table des mesures greques pour les choses seches, réduites à celles d’Angleterre.


  Pecks. Gall. Pints. Sol. Inch. Dec.
Cochlearion, 0 0 0, .
10 Cyathus, 0 0 2, .
15 Oxubaphon, 0 0 4, .
16 6 4 Cotyle, 0 0 0 16, 579.
120 12 8 2 Xestès, ou Septier, 0 0 1 33, 158.
180 18 12 3 Choinix, 0 0 15, .
8640 864 576 144 72 48 Medimus, 4 0 1 3, 501.
III. Table des mesures romaines pour les choses seches réduites à celles d’Angletetrre.
  Pecks. Gall. Pints. Sol. Inch. Dec.
Ligula, 0 0 0, 01.
4 Cyathus, 0 0 0, 04.
6 Acetabulum, 0 0 0, 06.
24 6 4 Hemina, 0 0 0, 24.
48 12 8 2 Sestarius, 0 0 1 0, 48.
384 96 64 16 8 Semi-modius, 0 1 0 3, 84.
768 192 128 32 16 2 Modius,   1 0 0 7, 68.


IV. Table des mesures hébraïques pour les choses seches, réduites à celles d’Angleterre.
  Pecks. Gall. Pints. Sol. Inch. Dec.
Gachal, 0 0 0, 031.
20 Cab, 0 0 0, 073.
36 Gomor, 0 0 1, 211.
120 6 Seah, 1 0 1 4, 036.
360 18 10 3 Epha, 3 0 3 12, 107.
1800 90 50 15 5 Lettech, 16 0 0 26, 500.
3600 180 100 30 10 2 Chomer, ou Coron, 32 0 1 18, 969.
(D. J.)

MESURE, (Gouvernement.) On conçoit bien que les peuples ne s’accorderont jamais à prendre de concert, les mêmes poids & les mêmes mesures ; mais la chose est très-possible dans un pays soumis au même maitre. Henri I. roi d’Angleterre, fixa dans ses états les mêmes poids & les mêmes mesures ; ouvrage d’un sage législateur, qu’il mit à fin dans son royaume, & qu’on a toujours inutilement proposé dans celui-ci. En 1321, Philippe-le-Long songeoit à l’exécuter, quand il mourut. Louis XI. eut depuis la même pensée ; parce qu’il ne falloit, disoit-il, dans un état, qu’une loi, qu’un poids & qu’une mesure. Ne nous objectez pas que cette idée n’est qu’un projet spécieux, rempli d’inconvéniens dans son exécution, & qui dans l’examen n’est qu’une peine inutile, une dispute de mots, parce que le prix des choses suit biertôt leur poids & leur mesure. Mais ne seroit-il pas encore plus naturel d’éviter cette marche, de la prévenir, de simplifier & de faciliter le cours du commerce intérieur qui se fait toujours difficilement, lorsqu’il faut sans cesse avoir présent à son esprit ou devant les yeux, le tarif des poids & des mesures des diverses provinces d’un royaume, pour y ajuster ses opérations ? (D. J.)

Mesure, (Pharm.) Les Apoticaires se servent à présent par-tout des mesures communes qui sont en usage dans leur pays ; les françois ont leur pinte, les anglois leur galon, les allemands leur mesure, &c. voyez ces articles. Mais les doses de liqueurs se déterminent encore quelquefois dans les prescriptions des remedes par quelques mesures moins exactement déterminées, savoir par verrées, par cuillerées & par gouttes.

Les Pharmacologistes exacts ont observé que ces dernieres mesures, & même les mesures exactes, ne déterminoient avec une précision suffisante que les doses des liqueurs innocentes, telles que l’eau commune, les bouillons, les tisannes, la plupart des sirops, &c. mais que pour les remedes actifs, il étoit beaucoup mieux d’en déterminer les doses par le poids que par la mesure.

On a fixé pourtant jusqu’à un certain point par le poids, la contenance du verre & de la cuillerée. Le verre contient environ six onces de décoction ou de potion ; & la cuillerée environ une demi-once de liqueur aqueuse, & à peu près une once de sirop ; la goutte est regardée comme pesant environ un grain.

Il y a outre cela certaines mesures, vaguement déterminées aussi, mais cependant avec une exactitude suffisante pour certaines matieres solides, tels que des bois, des fleurs, des semences, &c. Ces mesures sont pour ces dernieres matieres, le fascicule, la poignée & la pincée. Le fascicule est ce que le bras plié en rond peut contenir ; La poignée est ce que la main peut empoigner ; & la pincée est ce qui peut être pris avec les trois doigts.

On désigne communément dans les formules toutes ces mesures par la lettre initiale, ou les lettres initiales de leur nom latin. On met cyath. pour verre, cyathus ; coc. ou cochl. pour cuillerée, cochlear ; g ou gut. pour goutte, gutta ; f. ou fase. pour fascicule, fasciculus ; m. ou man. pour poignée, manipulus ; p. ou pug. pour pincée, pugillum.

On ordonne encore certains opiats par morceaux gros comme une noix, une noisette, un pois, &c. les poudres, par la quantité qu’il en peut tenir sur la queue d’une cuiller ou sur une piece de monnoie, &c. Voyez Dose.

Les anciens médecins grecs, latins & arabes font mention d’un grand nombre de mesures qui ne sont plus usitées aujourd’hui en Médecine, & dont l’immensité ne permet pas même d’en exposer ici la nomenclature. On évalue suffisamment dans le plus grand nombre de passages des anciens, les doses indiquées par ces diverses mesures, d’après la connoissance de l’activité du remede dont ils parlent. Que s’il y a quelquefois lieu de douter-à cet égard en matiere grave, on peut consulter les traités exprès qu’en ont donnés plusieurs auteurs, entre lesquels celui de Dominique Massarius, imprimé tout au long dans la Bibliotheque pharmaceutique de Manget, où il occupe vingt-cinq pages in fol. peut être regardé comme suffisant pour le moins. Au reste, ce traité comprend aussi tout ce qui concerne les poids des anciens. (b)

Mesure, (Comm.) Ce mot, en fait de trafic, désigne une certaine quantité ou proportion de quelque chose vendue, achetée, évaluée, échangée. Ainsi les mesures sont différentes selon les choses ; c’est pourquoi on a formé des mesures d’intervalle pour les longueurs, des mesures quarrées pour les surfaces, & des mesures solides ou cubiques pour les capacités des choses seches ou liquides. Mais comme ces mesures sont très-différentes selon les pays, nous tâcherons de mettre de l’ordre dans ce vaste sujet, en traitant séparément des mesures longues, des mesures quartées, des mesures des liquides, & des mesures rondes pour les choses seches. En même tems, sous chacune de ces classes, nous parlerons des mesures anciennes qui nous intéressent beaucoup, & de leur réduction à celle d’Angleterre. (D. J.)

Mesure, (Comm.) se dit en général de tout ce qui peut servir de regle pour connoître & pour déterminer la grandeur, l’étendue ou la quantité de quelque corps.

Les mesures se divisent en mesures de longueur & mesures de continence ; & de celles-ci, les unes sont pour les choses seches, & les autres pour les liquides. Nous donnerons ici les noms des principales mesures tant de longueur que de continence, sans expliquer leurs différences, leurs proportions ou leurs évaluations, suivant les différens lieux & pays où elles sont en usage avec celles de Paris ; parce que dans le cours de cet Ouvrage, ces réductions & comparaisons se trouvent faites sous les noms de chaque mesure en particulier.

Les principales mesures des longueurs sont la ligne ou grain d’orge, le pouce, le pié, la toise, qui multipliés, composent chacun selon leur valeur, les pas géométriques & communs, & les perches ; & ceux-ci pareillement multipliés, font les arpens, les milles, les lieues, &c.

On met aussi au nombre des mesures des longueurs, celles dont on se sert à mesurer les étoffes, toiles, rubans & autres semblables marchandises.

A Paris, & dans la pluspart des provinces de France, on se sert de l’aune. Elle est aussi en usage à Amsterdam & dans toute la Hollande, en Flandre, en Brabant & dans une partie de l’Allemagne, à Stokolm & dans les autres villes de Suede, en quelques autres villes anséatiques, comme Dantzic & Hambourg ; à Breslau, Saint Gal, Geneve & Francfort ; mais toutes ces aunes n’ont pas la même proportion & longueur. Voyez Aune.

La canne est la mesure la plus connue dans le haut & bas Languedoc, particulierement à Montpellier & à Toulouse : on s’en sert également en Provence, en Guienne, à Avignon, à Naples & en Sicile. Voyez Canne.

La brasse est en usage presque par toute l’Italie, à Bologne, Modene, Venise, Florence, Luques, Milan, Bergame & Mantoue. Voyez Brasse.

A Turin, c’est le raz ; en Angleterre & dans une partie de l’Espagne, la verge ; le cavedos & le veras en Portugal ; la batre en Arragon, Castille & Valence ; le pan ou empan qu’on nomme aussi palme à Genes & en quelques lieux du Languedoc ; le picq à Constantinople, le Caire, Bosette, Seyde, Alexandrette, Alep, Alexandrie, l’île de Chypre & dans toutes les échelles du Levant. Voyez Ras, Verge, Cavedos, Veras, Barre, Pan, Palme, Picq.

Les Moscovites ont deux mesures des longueurs ; l’arcin & la coudée : il faut trois coudées pour deux arcins. Voyez Arcins & Coudée.

Enfin, le cobre est la mesure des étoffes à la Chine ; la gneze celle de Perse & de quelques états des Indes ; la vare celle de Goa & d’Ormus ; le cando ou candi celle d’une partie des Indes, sur-tout du royaume de Pégu : on s’en sert aussi à Goa pour les toiles. Le miou, le keub, le sok, le ken, le voua, le sen, le jod & le roeneug, sont les mesures de Siam ; le coïang de Camboye ; l’ikiens du Japon ; le pan sur quelques côtes de Guinée, particulierement à Loango. Voyez tous ces articles sous leurs titres.

Les mesures de continence pour les liquides, sont celles avec lesquelles on mesure les liqueurs : comme les vins, les eaux-de-vie, le vinaigre, le verjus, la biere : on y mesure aussi d’autres corps fluides, particulierement toutes sortes d’huiles.

A Paris, & dans une partie de la France, ces mesures, à commencer par la plus petite, sont le poisson ou posson, le demi-septier, la chopine, la pinte, la quarte ou le pot, dont en les multipliant, on compose les quartaux, demi-muids, queues, tonneaux, &c. Voyez Poisson, Demi-Setier, Chopine, Pinte, &c.

A Orléans, Blois, Nuis, Dijon, Mâcon, on mesure par queues ; en Champagne par demi-queues ; en Anjou par pipes ou bussars ; en Provence par millerolles ; à Bordeaux & dans le reste de la Guienne par tonneaux & barriques ; à Nantes par poinçons. Voyez Queue, Demi-Queue, Pipe, &c.

A Amsterdam, les mesures des liquides sont, à commencer par les diminutions, les mingles, les viertels ou verges, les stekans ou stekamens, les aukers & l’aem ; & pour les huiles la tonne. Voyez Mingle, Viertel, Stékan, &c.

En Angleterre, on se sert de tonneaux, de barriques, de gallons, de firkins, de kilderkins & de hogsheads. Voyez tous ces noms.

L’Espagne mesure par bottes, robes, sommiers, quartaux.

En Portugal, on parle par bottes, almudes, cavadas, quatas ; & pour l’huile par alguiers, autrement cantars. Voyez Almude, Alguier, &c.

En Italie, Rome mesure ses liqueurs à la brante, aux rubes & aux bocals ; Florence au star, au barril & aux fiasques ; Vérone à la brante & aux basrées ; Venise à l’amphora, à la botte, au bigot, à la quarte & au tischauferra ; Ferrare au mastilly & au sechys ; l’Estrie aussi au sechys & à l’urna : enfin la Calabre & la Pouille au pignatolis, au star & à la salme.

A Tripoli, les mesures liquides sont les rotolis & le matli ; à Tunis le matara & les rotolis. Les autres places de la côte de Barbarie se servent à peu-près de la même mesure.

Le feoder est la mesure dont on se sert presque par toute l’Allemagne ; mais il n’a pas dans toutes les diverses contrées de cette vaste partie de l’Europe les mêmes diminutions ou augmentations par-tout. En quelques lieux, le reoder est au-dessus du feoder, & l’ame au-dessous : cette derniere se divise en fertels & en massens. A Nuremberg les divisions du feoder sont en hecmers & ensuite en masses ; à Vienne, les hecmers, les achtelins & les seiltins sont les diminutions du feoder : on y mesure aussi à la masse, au sertel ou schreve & au drichink. A Ausbourg, la plus petite mesure est la masse ; au-dessous est le beson, puis le jé ; la plus forte est le feoder. A Heidelberg, l’ame suit le feoder, puis vient la vertelle, & ensuite la masse. Enfin, c’est la même chose à Virtemberg, à la réserve que l’ynne y tient la place que la vertelle occupe à Heidelberg.

En France, les mesures de continence pour les choses seches qu’on nomme communément mesures rondes, sont celles qui servent à mesurer les grains, les graines, les légumes, les fruits secs, la farine, le sel, le charbon, &c. Elles sont de bois, & ce sont le boisseau, le minot & leurs diminutions. De deux minots on compose la mine, de deux mines le setier, & de plusieurs setiers suivant les lieux, le muid ou le tonneau.

A Paris, Abbeville, Calais, Narbonne, Soissons, Toulouse, &c. on compte par setiers, aussi-bien qu’à Revel & en plusieurs endroits d’Allemagne.

A Agen, Clerac, Tonneins, Tournon, Valence, Thiel, Bruxelles, Rotterdam, Anvers & Grenade, c’est par sacs ; & à Amboise, Blois, Tours, la Rochelle, Bordeaux, Avignon, par boisseaux.

Le tonneau est la mesure de Beauvais, Brest, Nantes, Saint-Malo, Copenhague ; les rases celle de Quimpercorentin, de Concarnau & de Pont-l’abbé ; la rasiere celle d’Aire, de Lille, de Dunkerque & d’Ostende ; la charge celle de Marseille, de Toulon, de Candie & de quelques îles de l’Archipel, le muid d’Orléans & de Rouen ; l’ânée de Lyon & de Mâcon : la mine de Dieppe ; l’éminet de Toulon ; l’émine d’Auxonne, de Marseille, &c. aussi-bien que de Barbarie ; la tonne & les perrées de Vannes & d’Avray ; le quartier de Morlaix ; le bichet de Verdun, de Baune, Châlons, Tournus, &c. le quartal de Dauphiné & de Bresse ; le penel ou penaux de Franche-Comté ; & la civadiere de Mesieres.

A Naples, on réduit les mesures des corps secs sur le pié du tomole ou tomolo ; à Seville sur celui de l’anagros ; à Tongres par muddes ; à Anvers par vertels ; à Amsterdam, Konisberg, Dantzik & en Pologne par l’ast ou leth.

Il y a le star ou staro de Venise ; le fanegue de Cadix, de Saint-Sébastien & de Bilbao en Espagne ; le scheppel de Hambourg ; l’alquier de Lisbonne ; les conques de Bayonne & de Saint-Jean-de-Luz ; le gallon, le pech, le comb, le carnok & la quarte de Londres.

A Briare ville de France connue par son canal, on mesure les grains par quartes. Celle de Moscovie se nomme chefford, & tient environ trois boisseaux mesure de Rouen : elle se subdivise en quatre parties, du-moins celle d’Archangel, car elle n’est pas égale pour tout le pays.

La plupart des nations orientales, avec lesquelles nous trafiquons, vendent presque tout au poids, même les liqueurs, & n’ont presque point de mesures de continence fixes. On peut pourtant mettre au nombre de ces dernieres chez les Siamois, pour les liquides, le coco & le canon ; & pour les graines, le sat, le serte & le cohi. Les Maures qui commercent avec nous au bastion de France, se servent des gautres pour mesurer les blés & autres grains que nous tirons d’eux.

Le bâton de jauge & la verge sont aussi des mesures pour estimer la quantité des liqueurs, dans les vaisseaux qui les renferment.

Les mesures pour les bois à brûler, sont la corde ; la membrure, l’anneau & la chaîne.

La mesure pour l’arpentage des eaux & forêts de France, est réglée à raison de douze lignes pour pouce, douze pouces pour pié, vingt-deux piés pour perche, & cent perches pour arpent ; ce qui n’a pourtant lieu que dans le mesurage des bois appartenans au roi : pour les particuliers, on se conforme à l’usage des lieux où les bois sont situés.

Les marchands tant en gros qu’en détail, doivent suivant l’ordonnance de 1673, avoir des mesures étalonnées. Voyez Etalon.

La diversité qui se rencontre en France sur les mesures, a toujours causé & cause encore souvent des contestations entre les marchands & négocians. Dès l’an 1321 Philippe V. eut dessein de les rendre toutes uniformes dans son royaume, aussi-bien que les poids ; ce projet qu’on a souvent repris dans la suite, & nommément sous le ministere de M. Colbert, mais demeuré sans exécution, seroit-il aussi difficile qu’on le pense ? L’utilité que le public en espere, devroit encourager le ministere à établer en ce point une police universelle. Dictionn. de Comm. tom. III. pag. 367. & suiv.

Mesure, (Commerce.) nom général qu’on donne en quelques lieux de France, & particulierement en Franche-Comté, à la mesure de continence pour les grains : ce qui varie pour le poids.

A Besançon, par exemple, la mesure de froment pese trente six livres poids de marc ; celle de méteil, 35 livres ; celle de seigle, 34 ; celle d’avoine, 32 livres.

A Gray, la mesure de froment pese 40 livres, de méteil 39, de seigle 38, & d’avoine 30 livres.

A Dan, la mesure de froment pese 38 livres, de méteil 36, & d’avoine 33. Dictionn. de Commerce, tom. III. pag. 372.

Mesure du quai, (Comm.) on nomme ainsi au Havre-de-Grace une mesure de grains, composée de trois boisseaux. Cette mesure pour le froment pese 151 livres poids de marc ; pour le méteil, 145 livres ; & pour le seigle, 139 livres. Idem, ibid.

Mesure pour les raies, outil de Charron ; c’est un morceau de bois long de deux ou trois piés, qui est fait par en-haut comme une crosse, qui sert aux Charrons pour prendre la mesure des raies qu’ils veulent faire & les mettre à la longueur. Voyez la figure Pl. du Charron.

Mesures, en terme d’Epinglier, c’est la même chose que boite. Voyez Boîte, & la fig. Pl. de l’Epinglier.

Mesure, être en, (Escrime.) c’est être à portée de frapper l’ennemi d’une estocade, & d’en être frappé. On appelle tire-de pié ferme, lorsqu’on détache une botte en mesure, de sorte que tirer en mesure ou tirer de pié ferme est la même chose ; puisque, dans l’un & l’autre cas, c’est allonger une estocade, sans qu’il soit nécessaire de remuer le pié gauche.

Pour connoître si l’on est en mesure, il faut que la pointe de votre épée puisse toucher la garde de celle de l’ennemi, étant en garde de part & d’autre.

Mesure, entrer en, (Escrime.) c’est approcher de l’ennemi par un petit pas en-avant. Il se fait en avançant le pié droit d’environ sa longueur, & en faisant suivre autant le gauche.

Mesure, être hors, (Escrime.) c’est être trop éloigné de l’ennemi pour le frapper, & pour en être frappé. On connoît si l’on est hors de mesure, lorsqu’étant en garde de part & d’autre & sans allonger le bras, la pointe de votre épée ne peut pas toucher la garde de l’épée de l’ennemi.

Mesure, rompre la, (Escrime.) c’est s’éloigner de l’ennemi par un petit pas en-arriere. Il se fait en reculant le pié gauche d’environ sa longueur, & en faisant suivre autant le pié droit : on rompt ordinairement la mesure quand on n’est pas sûr de bien parer, & pour attirer l’ennemi.

Mesure, instrument d’usage dans les grosses forges. Il est synonyme à jauge. Voyez Jauge & Forges.

Mesure, au jeu de mail, est une espece de compas rond, pour marquer les différens poids que doivent avoir les bonnes boules de toutes grosseurs.

Mesure, en terme de Manége, se dit des tems, des mouvemens, des distances qu’il faut observer, comme des cadences, pour faire agréablement le manége.

C’est aussi un instrument destiné à faire connoître la hauteur du cheval depuis le haut du garot jusqu’au bas du pié de devant. Il consiste ordinairement en une chaîne de six pié de haut où chaque pié est distingué : la potence est une mesure plus certaine. Voyez Potence.

Mesures, en terme de Tireur d’or, sont des anneaux ouverts plus ou moins, dans lesquels on passe le fil d’or pour en voir la grosseur.

Mesure, terme de Tailleurs ; ce sont les longueurs & les grosseurs du corps, qu’ils prennent sur la personne même qui se fait habiller. Pour cet effet, ils ont une bande de papier ou de parchemin sur laquelle ils marquent par des crans les dimensions qu’ils ont prises ; & cette bande se nomme aussi une mesure.

Voici les différentes opérations qu’il faut faire pour prendre la mesure d’un habit complet. On prend 1°. la longueur du derriere ; 2°. celle de la taille depuis le collet jusqu’à la hanche ; 3°. les écarrures de derriere, c’est-à-dire, depuis une épaule jusqu’à l’autre ; 4°. la longueur du devant ; 5°. la largeur de la poitrine ; 6°. la grosseur du corps sous les aisselles ; 7°. la grosseur du ventre ; 8°. la grosseur des hanches ; 9°. la longueur de la manche ; 10°. enfin, la grosseur du bras. Voilà les mesures de l’habit.

Les mêmes dimensions servent pour la veste : mais pour avoir celles de la culotte, on mesure 1°. la grosseur du genouil ; 2°. la grosseur de la cuisse en-bas ; 3°. la même grosseur de la cuisse en-haut ; 4°. la grosseur de la ceinture ; 5°. enfin, la longueur de la culotte.

Toutes ces grosseurs se marquent par des crans qu’on fait avec des ciseaux sur la bande de parchemin ; & au bout de cette bande les Tailleurs écrivent le nom de la personne dont ils ont pris la mesure.

Chaque tailleur a une maniere particuliere, de faire ces marques, de façon qu’ils auroient beaucoup de peine à connoître les mesures les uns des autres.

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Étymologie de « mesure »

Étymologie de mesure - Wiktionnaire

Du latin mensura.
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Étymologie de mesure - Littré

Provenç. mensura, mesura, mezura ; esp. mesura ; ital. misura ; du lat. mensura, de mensum, supin de metiri, mesurer, de même radical que le goth. mitan, suédois mita, all. messen, grec μέτρον, μετρεῖν ; sanscr. mâtram, mesure, du radical , mesurer.

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Phonétique du mot « mesure »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mesure mœzyr play_arrow

Citations contenant le mot « mesure »

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  • Anaïs prendra plaisir à échanger avec vous dans sa jolie boutique très cosy, familiale où  sont exposées une centaine de robe... qu'elle définit comme élégantes, chic, glamour... Vous trouverez des robes qui font parti de différentes collections mais aussi des robes sur mesure qu'elle confectionne dans son atelier qui se situe à l'étage. "Son fabuleux bordel", comme elle l'appelle. Elle y passe du temps car il faut compter environ 25 heures pour réaliser une robe sur mesure. Sans compter les heures d'échange avec ses clientèles. Pas de précipitations mais beaucoup de conseils pour la mariée qui souvent, arrive avec une idée et repart avec une autre. Bientôt mariée? Il faut prévoir en moyenne 1 an avant le mariage pour avoir le temps d’étudier le projet, être conseillée  sur votre morphologie, travailler les matières que vous souhaitez. ...Anaïs vous conseille  pour avoir la robe de vos rêves mais aussi la robe parfaite pour se sentir à l'aise. Ne vous étonnez pas d'apercevoir une petite larme d'Anaïs lors des essayages, toujours aussi passionnée qu'à ses débuts, elle garde toujours autant d'émotions à voir ses clientèles essayer ses créations!  France Bleu, Des robes sur mesure avec "Dis moi oui"...Un rêve devenu réalité!
  • Les cosmologistes ne s'accordent pas sur la valeur de la constante de Hubble qui traduit le taux d'expansion de l'Univers. Une nouvelle mesure réalisée par une équipe internationale grâce au télescope cosmologique d'Atacama (Chili) confirme la valeur la plus basse. Sans pour autant clore le débat. Explication avec Thibaut Louis, l'un des chercheurs impliqués dans l'étude. , Une nouvelle mesure de la constante de Hubble confirme celle du satellite Planck
  • Après avoir repoussé la réouverture des bars, restaurants, lieux culturels et avancé le couvre-feu à 18h pour 25 départements, l’exécutif va sans doute encore se positionner sur des mesures plus strictes. Un conseil de défense sanitaire est prévu ce mercredi, à la veille d’une nouvelle conférence de presse gouvernementale ce jeudi. LA VDN, Covid-19 : va-t-on vers un couvre-feu généralisé en France à 18h ? La mesure est sur la table
  • En prévision de l’ouverture commerciale de la 5G, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) installe à Bordeaux des capteurs de mesure afin de mesurer l’évolution de l’exposition du public aux ondes. Échos Judiciaires Girondins, [ Bordeaux métropole ] 5G : Des capteurs de mesure à l’exposition aux ondes - Échos Judiciaires Girondins
  • Dans un précédent article, nous vous présentions la première version du chimiste artificiel. Cette technologie associant dispositifs de production chimique, de mesure des résultats et intelligence artificielle était alors au stade de la faisabilité. En plus de permettre d’accélérer les opérations de R&D, cette version 2.0 est capable de produire chaque jour des kilogrammes de boîtes quantiques à haute valeur ajoutée et sur-mesure, ce qui ouvre la voie vers une industrialisation. Techniques de l'Ingénieur, Développer des boîtes quantiques sur mesure, en moins d’une heure grâce à l’intelligence artificielle | Techniques de l'Ingénieur
  • Les maires de Cannes, Antibes, Grasse, Villeneuve-Louvet et l’Union des métiers des industries de l’hôtellerie ont déposé notamment un recours en ce sens pour faire annuler cette mesure. Ils évoquent une mesure “inadaptée, disproportionnée”, voire inefficace. En effet, les afflux de personnes dans les magasins et dans les transports en commun seraient plus difficiles à gérer. 42Info.fr, Couvre-feu : des élus locaux critiquent l'effet pervers de la mesure - 42Info.fr
  • Green sur mesure : N°1 de la restauration rapide sur-mesure en France  Restauration rapide quatre saisons, saine et équilibrée. Green sur mesure est un concept convivial et éprouvé de restauration rapide sur mesure. Les restaurants Green sur mesure proposent des salades, pâtes, sandwichs, soupes, tartes salées, et poké bowls : une grande variété de repas chauds et froids à composer soi-même à base d'ingrédients frais, des recettes signature exclusives, le tout à déguster ... Toute la Franchise, Une multifranchisée Green sur Mesure ouvre un nouveau restaurant à Tours
  • Des médecins recommandent l'application de cette mesure dès "mi-janvier"? ___________________________________________________________________________ On va leur sucrer le salaire pendant 6mois et après on verra s'ils sont toujours pour! ladepeche.fr, Coronavirus : un "nouveau confinement" ? Des médecins recommandent l'application de cette mesure dès "mi-janvier" - ladepeche.fr
  • La mesure d'aimer Dieu, c'est Dieu même ; la mesure de cet amour, c'est de l'aimer sans mesure. De Saint Augustin / Sermon
  • Prends mesure de ton voisin et paie-le largement avec la même mesure. De Hésiode / Les travaux et les jours
  • La mesure d'une erreur est en même temps la mesure de la vérité correspondante. De Claude de Saint-Martin / De l'esprit des choses
  • La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure. De Saint Augustin / Sermon
  • On mesure l’importance d’un homme à la mesure de ceux qui s’en réclame. De Montesquieu
  • Rien de trop. En tout la mesure. De Anonyme / Inscription du temple de Delphes
  • La joie ne se mesure pas. De Jacques Meunier / Les Gamins de Bogota
  • Asperge - Légume utilisé comme mesure de grandeur. De Pierre Daninos / Le Jacassin
  • Un homme se mesure en une nuit. De Henry de Montherlant
  • Tout est artificiel, dans une certaine mesure. De Andy Warhol
  • Qui ne mesure, guère ne dure. De Proverbe français
  • Brebis tondue Dieu mesure le vent. De Proverbe français
  • Toute vertu est fondée sur la mesure. De Sénèque
  • Le sage connaît la mesure. De Roger Mondoloni / Onaga
  • Qui se mesure dure. De Proverbe italien
  • Corrige-nous, Yahvé, mais dans une juste mesure, sans t'irriter, pour ne pas trop nous réduire. , Ancien Testament, Jérémie X, 24
  • La mesure est le bien suprême. Eschyle, Agamemnon, 378 (traduction P. Mazon)
  • Toute vertu est fondée sur la mesure. Sénèque en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe, Lettres à Lucilius, LXVI
  • Il y a une juste mesure ; il y a enfin des limites précises hors desquelles ne peut se tenir le bien. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Satires, I, 1, 106
  • Rares ceux qui, dans leur vie et dans leur art, savent rejoindre le tact et la mesure en passant par la démesure. Pierre Reverdy, En vrac, Éditions du Rocher
  • Je dis ce que mon cœur, ce que mon mal me dit. Que celui aime peu, qui aime à la mesure. Étienne de La Boétie, Sonnets
  • On ne saurait mieux comparer l'absurdité des demi-mesures qu'à celle des mesures absolues. Georges Moinaux, dit Georges Courteline, La Philosophie de G. Courteline, Flammarion

Traductions du mot « mesure »

Langue Traduction
Corse misurata
Basque neurtuta
Japonais 測定
Russe измеренный
Portugais medido
Arabe يزن
Chinois 被测
Allemand gemessen
Italien misurato
Espagnol medido
Anglais measured
Source : Google Translate API

Antonymes de « mesure »


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