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Comparaison

Définitions du mot « comparaison »

Trésor de la Langue Française informatisé

COMPARAISON, subst. fém.

A.− Acte intellectuel consistant à rapprocher deux ou plusieurs animés, inanimés concrets ou abstraits de même nature pour mettre en évidence leurs ressemblances et leurs différences. Comparaison de deux étoffes, de deux couleurs, de deux odeurs (Ac. 1835-1932). Comparaison des chiffres et des dates, de deux idées, entre ces deux idées, de textes, des prix, de la vie de province et de la vie de Paris; établir, faire une comparaison entre, avec... :
1. ... des comparaisons maladroites, blessantes et continuelles, avec ses frères et ses camarades, développent chez l'enfant une jalousie constitutionnelle. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 513.
Terme de comparaison (infra C).
DR. Comparaison d'écritures. ,,Confrontation de deux écritures pour juger si elles sont de la même main`` (Ac. 1835-1932). Pièce de comparaison. ,,Pièce dont l'écriture et la signature sont authentiques comparée à une pièce tenue pour fausse`` (Ac. 1835-1932).
GRAMM. Adverbe de comparaison (cf. adverbe commentaire gramm.).Degré de comparaison. Degré de qualité de l'adjectif ou de l'adverbe exprimé par rapport à un ou plusieurs éléments de repère. ,,Le premier degré, le comparatif, peut être formé d'une manière synthétique (meilleur) ou analytique (plus beau, moins grand). Le second degré, le superlatif [relatif], a les mêmes caractéristiques (le plus beau)`` (Mounin 1974). Subordonnée (proposition) de comparaison. Proposition subordonnée introduite par de même que, ainsi que, comme et impliquant une comparaison par rapport à la principale.
Loc. prép.
En comparaison de. Son lit lui parut plus moelleux, en comparaison de la couchette qu'il aurait occupée à Londres (Huysmans, À rebours,1884, p. 185).
Par comparaison avec. Le vide et le silence y paraissent lourds, presque inquiétants, par comparaison avec la foule, le bruit, les lumières qu'on a coutume d'y retrouver [au théâtre] (De Vogüé, Les Morts qui parlent,1899, p. 111).
Absol. En comparaison. Par comparaison, loc. adv. Mon Dieu, que j'étais donc heureuse, par comparaison, voilà seulement une heure ou deux! (Bernanos, La Joie,1929, p. 678).
B.− P. ext. (avec une idée d'intensification). [Souvent avec une négation, un rapport d'égalité ou d'équivalence d'intensité ou de valeur existant ou non entre les deux objets de pensée] Il n'y a pas de comparaison possible entre ...; soutenir, supporter la comparaison avec ... :
2. Il n'est pas dans Florence un seul homme qui puisse soutenir la comparaison avec lui, dès qu'il s'agit du dévoûment et du respect qu'on doit aux Médicis. Musset, Lorenzaccio,1834, II, 4, p. 148.
Loc. adv.
Sans comparaison. [Avec un superl. et indiquant une supériorité] Infiniment, incomparablement. Il est sans comparaison, le meilleur d'entre nous. Cette ville est la plus riche, sans comparaison, de toute la région (Ac.1932).
[Employé comme formule de politesse pour exprimer que la comparaison que l'on fait ne présente aucun caractère désobligeant] Il a fait, sans comparaison, comme le valet de la comédie (Ac.1835-1932).
[Pour faire sentir à son interlocuteur que deux choses ne sont pas à mettre sur le même plan] Point de comparaison! Trêve de comparaison!
C.− CRIT. LITTÉR., RHÉT. Rapprochement établi dans le langage entre deux termes que l'esprit lie en raison d'une certaine analogie, dans une intention poétique ou pour les éclairer l'un par rapport à l'autre. Comparaison juste, exacte; comparaison littéraire; prendre une comparaison, se servir d'une comparaison. La métaphore n'est qu'une comparaison dont un terme est sous-entendu (Ac.1932).Beau comme le jour, prompt comme l'éclair, bavard comme une pie sont des comparaisons (Ac.1932) :
3. Voltaire a regardé la comparaison comme un flambeau qui devait éclairer l'objet comparé. Moi je le regarde comme une glace qui réfléchit l'objet en le colorant. L'objet comparé doit se réfléchir dans la comparaison comme dans un prisme. Chateaubriand veut que ce ne soit qu'un ornement comme le chapiteau à la colonne. Chênedollé, Journal,1811, p. 58.
4. Goya feignait de trouver dans les événements en cours des sujets réclamés, en fait par ses instincts; Bosch semble les emprunter aux comparaisons et aux allégories qui peuplent les textes des prédicateurs ou des mystiques du temps, ou au bagage ésotérique des alchimistes. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 322.
Terme de comparaison (terme de log. et de gramm. entré dans la lang. cour.). Chacun des membres de la comparaison; objet auquel on compare un autre. Prendre un terme de comparaison, le premier, le second terme de la comparaison (cf. comparer ex. 2).
Proverbe. Comparaison n'est pas raison. Une comparaison ne peut rien prouver.
SYNT. Comparaisons fines, délicates, charmantes; de jolies comparaisons; comparaison tirée de la Bible, d'Homère, de la mythologie; emprunter, reprendre une comparaison connue.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃paʀ εzɔ ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1174 comparisun « action de comparer pour noter les ressemblances et les différences » (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 1307); fin xiiies. sans comparison (Trad. Ovide Remèdes d'Amour, 517 ds T.-L.); 1288 en comparison de (J. de Journi, Dîme de pénitence, 825 ds T.-L.); spéc. xives. gramm. degrez de comparaison (cité ds Thurot p. 168); 2. ca 1268 rhét. (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, III, 13, 4-6); 3. 1549 faire comparaison « rapprocher des personnes (ou des choses) avec la pensée d'établir un rapport d'égalité » (Du Bellay, Deffence, éd. H. Chamard, II, 12 : Je n'ay entrepris de faire comparaison de nous à ceulx la, pour ne faire tort à la vertu Françoyse, la conferant à la vanité gregeoyse). Empr. au lat. class. comparatio « action de comparer », également attesté comme terme de gramm. et au sens de « exemple, parabole », dér. de comparo (comparer*). Fréq. abs. littér. : 2 249. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 4 440, b) 3 064; xxes. : a) 2 275, b) 2 765. Bbg. Hamon (P.). Analyse du récit. Fr. mod. 1974, t. 42, p. 138. − Lew. 1960, p. 56.

comparaison « action d'envisager ensemble 2 ou plusieurs objets pour en chercher les différences »

Wiktionnaire

Nom commun

comparaison \kɔ̃.pa.ʁɛ.zɔ̃\ féminin

  1. Action de comparer, de chercher les ressemblances ou les différences qui peuvent exister entre deux personnes ou deux choses.
    • Ce premier mémoire est terminé par des rapprochemens très-ingénieux , qui résultent de la comparaison de la plombagine, de l’anthracite, du charbon et du diamant. — (Extrait de plusieurs Mémoires sur le Diamant; par M. Guyton-de-Morveau, dans la Correspondance sur l'École impériale Polytechnique, Paris : Veuve Courcier, 1814, vol. 2 (janvier 1809-janvier 1813), p. 458)
    • Faire la comparaison, faire comparaison d’une chose avec une autre.
    • Faire la comparaison de deux étoffes, de deux couleurs, de deux odeurs.
    • Ce morceau de musique ne soutient pas la comparaison avec tel autre.
    • On ne saurait établir de comparaison entre ces deux personnes, entre ces deux choses.
    • Cette personne, cette chose ne peut entrer en comparaison avec telle autre.
    • Pièce de comparaison, pièce dont l’écriture et la signature sont reconnues pour certaines et que l’on compare à une pièce arguée de faux, pour voir si l’écriture est la même.
  2. Similitude, se dit de cette figure de style dont les orateurs et les poètes se servent en comparant une chose ou une personne à quelque autre, pour orner le discours ou pour y apporter de la clarté.
    • Il y a de belles comparaisons dans Homère.
    • Cette comparaison est juste, est ingénieuse.
    • Le premier, le second membre d’une comparaison.
    • La métaphore n’est qu’une comparaison dont un terme est sous-entendu.
  3. Rapprochement rapide que l’on fait de deux objets dissemblables, mais entre lesquels on établit par la pensée une certaine analogie.
    • Beau comme le jour, Prompt comme l’éclair, Bavard comme une pie sont des comparaisons.
  4. (Grammaire) Ce qui sert à indiquer un rapport de supériorité, d’égalité ou d’infériorité entre deux ou plusieurs choses, ou entre deux états d’une même chose.
    • Degrés de comparaison, le positif, le comparatif et le superlatif.
    • Adverbes de comparaison.
    • Comparaison de supériorité.
    • Comparaison d’égalité.
    • Comparaison d’infériorité.
  5. (Philosophie) Opération de l’esprit qui consiste à rapprocher deux idées pour découvrir leurs rapports.
    • Le produit de la comparaison est un jugement.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COMPARAISON. n. f.
Action de comparer, de chercher les ressemblances ou les différences qui peuvent exister entre deux personnes ou deux choses. Faire la comparaison, faire comparaison d'une chose avec une autre. Faire la comparaison de deux étoffes, de deux couleurs, de deux odeurs. Ce morceau de musique ne soutient pas la comparaison avec tel autre. On ne saurait établir de comparaison entre ces deux personnes, entre ces deux choses. Cette personne, cette chose ne peut entrer en comparaison avec telle autre. Mettre une chose en comparaison avec une autre. Prendre une chose pour terme de comparaison. En termes de Procédure, Comparaison d'écritures, Confrontation qu'on fait de deux écritures l'une avec l'autre, pour juger si elles sont de même main. Pièce de comparaison, Pièce dont l'écriture et la signature sont reconnues pour certaines et que l'on compare à une pièce arguée de faux, pour voir si l'écriture est la même. On le dit, par extension, de Ce qui peut servir de modèle pour juger de la qualité, de la valeur d'autres objets de même nature.

EN COMPARAISON DE, loc. prép. Au prix, à l'égard de. Ce n'est qu'un ignorant en comparaison d'un tel. Cela n'est pas cher en comparaison de ce qu'on le paie ailleurs.

PAR COMPARAISON À, loc. prép. Relativement, par rapport à. Cela n'est blanc que par comparaison à une autre chose qui n'est pas si blanche. Absolument, La plupart des choses ne sont bonnes ou mauvaises que par comparaison.

SANS COMPARAISON, loc. adv., se dit en parlant d'une Personne ou d'une Chose avec laquelle aucune autre ne peut entrer en comparaison. Il est, sans comparaison, le plus savant de tous ses confrères. Cette ville est la plus riche, sans comparaison, de toute la région. Il se dit encore pour adoucir une comparaison qui a quelque chose de peu convenable, de choquant. Il a fait, sans comparaison, comme le valet de la comédie.

COMPARAISON signifie encore Similitude et se dit de cette Figure de rhétorique dont les orateurs et les poètes se servent en comparant une chose ou une personne à quelque autre, pour orner le discours ou pour y apporter de la clarté. Riche comparaison. Il y a de belles comparaisons dans Homère. Comparaison empruntée d'Homère, de Virgile. Cette comparaison est juste, est ingénieuse. Les membres d'une comparaison. Le premier, le second membre d'une comparaison. La métaphore n'est qu'une comparaison dont un terme est sous-entendu. Il se dit aussi des Rapprochements rapides que l'on fait de deux objets dissemblables, mais entre lesquels on établit par la pensée une certaine analogie. Beau comme le jour, Prompt comme l'éclair, Bavard comme une pie sont des comparaisons. Prov., Comparaison n'est pas raison, Une comparaison ne prouve rien. En termes de Grammaire, Degrés de comparaison, Le positif, le comparatif et le superlatif. Adverbes de comparaison, Ceux qui servent à indiquer un rapport de supériorité, d'égalité ou d'infériorité entre deux ou plusieurs choses, ou entre deux états d'une même chose, tels que Plus, autant, aussi, moins, etc. On dit dans un sens analogue Comparaison de supériorité. Comparaison d'égalité. Comparaison d'infériorité. En termes de Philosophie,

COMPARAISON se dit d'une Opération de l'esprit qui consiste à rapprocher deux idées pour découvrir leurs rapports. Le produit de la comparaison est un jugement.

Littré (1872-1877)

COMPARAISON (kon-pa-rê-zon) s. f.
  • 1Action de comparer. Il n'y a rien que l'esprit humain fasse si souvent que des comparaisons. Et par la comparaison que je fais de leur sort au mien, ils me font jouir d'un bonheur négatif, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg. p. 178. Et laissez votre sang hors de comparaison, Corneille, Hor. III, 4. Une tendresse qui ne peut recevoir de comparaison, Sévigné, 139. Vos empressements qui ne souffrent point de comparaison, Sévigné, 614. Il s'agit de faire comparaison de l'un et de l'autre, Bourdaloue, Avent, Resp. hum. 367. Ce remède se peut mettre en comparaison avec la poudre du bonhomme, Sévigné, 338. Il n'y a pas de comparaison [entre l'un et l'autre], lui dis-je, Pascal, Prov. 9. Ai-je peu de raison Quand de mes yeux aux siens je fais comparaison ? Corneille, Tite et Bérén. II, 7. Laissons là vos comparaisons fades, Molière, Mis. I, I. [La violette que] le soc a touchée De ma peau séchée Est la comparaison, Malherbe, V, 22.

    Faire comparaison, entre, en comparaison. Je voudrais bien voir un homme poli, enjoué, spirituel, fût-il un Catulle ou son disciple, faire quelque comparaison avec celui qui vient de perdre huit cents pistoles en une séance, La Bruyère, XIII.

    Sans comparaison, loc. adv. Sans comparer d'une façon qui pourrait être inexacte ou paraître blessante. Il a fait, sans comparaison, comme le valet de la comédie.

    Sans comparaison, infiniment. J'aime bien mieux, sans comparaison, être ici, Sévigné, 588. Encore qu'ils fussent, sans comparaison, les plus puissants, Bossuet, Hist. III, 3. S'ils avaient en main le timon, ils se trouveraient sans comparaison plus empêchés, Diderot, Ess. s. Claude. Jeanne, tandis que tu fus belle, Tu le fus sans comparaison, Malherbe, IV, 16. L'orgueil à toutes deux a troublé la raison, Et leur extravagance est sans comparaison, Rotrou, Antig. IV, 4. Ton ingratitude est sans comparaison De souhaiter sa perte, Rotrou, Bélis. III, 5.

    Cette chose est sans comparaison, hors de comparaison, elle est excellente et sans pareille.

    Par comparaison, relativement. On est parfait par comparaison aux états inférieurs, Bossuet, Or. VI. Mais c'est des péchés légers par comparaison, Bossuet, Marie-Th.

    En comparaison, à l'égard de, au prix de. Cela n'est rien en comparaison de ce qu'elle dit, Bossuet, Hist. II, 1. Ce n'est rien en comparaison de ce que j'ai pour vous, Sévigné, 18. Cette félicité n'est rien en comparaison de celle qui lui était destinée, Fénelon, Tél. XIX.

    Absolument. Et tous les maux de la nature Ne sont rien en comparaison, Molière, Psyché, I, 1.

    À comparaison, même sens. Sans y employer que fort peu de pièces à comparaison de la multitude des OS, Descartes, Méth. 5, 9. Ce n'était rien à comparaison des trésors qui se trouvent ici, Vaugelas, dans BOUHOURS, Nouv. remarques. C'est un petit mal à comparaison de ceux que l'amour me prépare, Académ. Sentim. sur le Cid. Tu es peut-être de ceux qui croient que la prose n'est rien à comparaison des vers, Perrot D'Ablancourt, Lucien, dans BOUHOURS, Nouv. rem. Faibles à comparaison de celles-ci, Bossuet, Lett. abb. 246. Ils ne sont rien à comparaison de sa grandeur, Bossuet, Marie-Th. L'empire des Césars n'était-il pas une vaine pompe à comparaison de celui-ci ? Bossuet, Hist. II, 10.

  • 2 Terme de philosophie. Faculté de comparer les idées.
  • 3 Terme de jurisprudence. Comparaison d'écritures, confrontation de pièces pour savoir si elles sont de la même main.

    Pièces de comparaison, pièces reconnues véritables, auxquelles on en compare d'autres dont l'authenticité est contestée.

    Écritures de comparaison, signatures faites devant des personnes publiques, dans un procès où il y a inscription en faux.

  • 4Figure de rhétorique. Comparaison ingénieuse, ridicule. Homère abonde en belles comparaisons.

    Comparaison se dit aussi de ces brèves comparaisons qui font une des richesses et le principal caractère du style de la conversation. Beau comme l'amour. Prompt comme l'éclair. Bavard comme une pie. Voleur comme une chouette.

  • 5 Terme de grammaire. Degrés de comparaison : le positif, le comparatif, le superlatif.

    Adverbe de comparaison, adverbe qui sert à établir un rapport d'égalité, de supériorité ou d'infériorité, comme aussi, plus, moins.

PROVERBES

Toutes comparaisons sont odieuses, c'est-à-dire on blesse presque toujours l'amour-propre, en comparant deux personnes ensemble.

Toute comparaison cloche, c'est-à-dire il n'y a jamais de comparaison qui soit bien exacte.

Il ne faut pas faire de comparaison avec plus grand que soi, c'est-à-dire un inférieur ne doit pas traiter de pair à compagnon avec ceux qui sont au-dessus de lui. On dit dans un sens analogue : Trêve de comparaison ; Point de comparaison, s'il vous plaît.

Comparaison n'est pas raison, c'est-à-dire une comparaison n'est pas une preuve.

HISTORIQUE

XIIe s. E Adan e li clerc nen unt chief se Deu nun : Pur ço [ce] ai fait, ço m'est vis, dreite comparaisun, Th. le mart. 32.

XIVe s. Certes, dist li ungs, il n'a nulle compareson entre le deduit qui vient des chiens et celuy qui vient des oyseaulx ; car le deduit qui vient des oyseaulx vault mieulx et est plus plaisant que n'est celuy qui vient des chiens, Modus, f° CII. Et est semblable comme qui feroit comparaison d'une chose qui a ame à celle qui n'a point de ame, Oresme, Eth. 207. Dont n'est il point de comparaison ne entre la puissance des juges ne entre la peine des jugements, Ménagier, I, 3.

XVe s. On dit que le plus honorable estoit, sans comparaison, de prendre terre sur marche d'ennemis que sur les amis, Froissart, II, III, 33. Beaulté respont : Sire, c'est bien raison Par dessus tous et sans comparaison, Que pour seigneur et souverain vous tiengne, Orléans, . De printemps [je] puis faire comparaison Jusqu'à seize ans que notre enfance endure, Orléans, Adieu jeunesse. Et en verité Franchois estoient sans comparoison plus que les Englez, Fenin, 1415.

XVIe s. … Duquel la pureté est si grande, qu'à la comparaison d'icelle toutes choses sont souillées et contaminées, Calvin, Instit. 592. Et afin de suivre la comparaison que nous avons commencé de faire, Calvin, ib. 1019. Voyant celui qui n'a comparaison D'honneurs et biens, saillir de sa maison…, Marot, J. V, 86. Laissons à part cette longue comparaison de la vie solitaire à l'active, Montaigne, I, 271. Là où il menoit une vie qui estoit bien dure et champestre à comparaison de la civilité et elegance de ceulx qui vivoient dedans les villes, Amyot, Marius, III.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

COMPARAISON, s. f. (Philos. Log.) opération de l’esprit dans laquelle nous considérons diverses idées, pour en connoître les relations par rapport à l’étendue, aux degrés, au tems, au lieu, ou à quelqu’autre circonstance.

Nous comparons en portant alternativement notre attention d’une idée à l’autre, ou même en la fixant en même tems sur plusieurs. Quand des notions peu composées font une impression assez sensible pour attirer notre attention sans effort de notre part, la comparaison n’est pas difficile : mais on y trouve de plus grandes difficultés à mesure qu’elles se composent davantage, & qu’elles font une impression plus legere. Elles sont, par exemple, communément plus aisées en Géométrie qu’en Métaphysique.

Avec le secours de cette opération de l’esprit, nous rapprochons les idées les moins familieres de celles qui le sont davantage ; & les rapports que nous y trouvons établissent entre elles des liaisons très propres à augmenter & à fortifier la mémoire, l’imagination, & par contre-coup la réflexion.

Quelquefois après avoir distingué plusieurs idées, nous les considérons comme ne faisant qu’une même notion : d’autres fois nous retranchons d’une notion quelques-unes des idées qui la composent ; c’est ce qu’on nomme composer & décomposer ses idées. Par le moyen de ces opérations nous pouvons les comparer sous toutes sortes de rapports, & en faire tous les jours de nouvelles combinaisons.

Il n’est pas aisé de déterminer jusqu’à quel point cette faculté de comparer se trouve dans les bêtes : mais il est certain qu’elles ne la possedent pas dans un fort grand degré, & qu’elles ne comparent leurs idées que par rapport à quelques circonstances sensibles attachées aux objets mêmes. Pour ce qui est de la puissance de comparer qu’on observe dans les hommes, qui roule sur les idées générales & ne sert que pour les raisonnemens abstraits, nous pouvons assûrer probablement qu’elle ne se rencontre pas dans les animaux.

Il n’y a rien que l’esprit humain fasse si souvent, que des comparaisons : il compare les substances avec les modes ; il compare les substances entre elles, & les modes entre eux ; il s’applique à démêler ce qu’ils ont de commun d’avec ce qu’ils ont de différent, ce qu’ils ont de liaison d’avec ce qu’ils ont de contrariété ; & par tous ces examens il tâche de découvrir les relations que les objets ont entre eux.

Toute comparaison roule pour le moins sur deux objets ; & il faut 1° que ces objets que l’on compare existent, ou puissent exister : car l’impossible ne se conçoit pas, & si on le concevoit, il ne seroit pas impossible : 2° il faut avoir l’idée de l’un & de l’autre, sans quoi l’esprit ne sauroit ce qu’il fait quand il les compare : 3° appercevoir ces deux idées d’un seul coup, & se les rendre présentes en même tems.

Quand on compare, par exemple, deux pieces de monnoie, ou on les regarde l’une & l’autre d’un seul coup d’œil, ou l’on conserve l’idée de la premiere qu’on a vûe, & on la consulte dans le tems qu’on jette les yeux sur la seconde ; car si l’on n’avoit plus d’idée de cette premiere, il ne seroit pas possible de décider si elle est égale à la seconde, ou si elle en differe.

Deux objets nous peuvent être présens en même tems, sans que nous les comparions : il y a donc un acte de l’esprit qui fait la comparaison ; & c’est cet acte qui constitue l’essence de ce qu’on appelle relation, rapport, lequel acte est tout entier chez nous.

Comme en comparant des objets ensemble, il regne entre eux divers rapports de figure, d’étendue, de durée, & d’autres accidens, on se sert de ces rapports en qualité d’images & d’exemples pour illustrer ses pensées, soit en conversation, soit par écrit : mais il ne faut pas leur donner une valeur plus étendue, ni prendre les similitudes pour des identités ; ce seroit une source féconde d’erreurs & de méprises, dont on doit d’autant plus se garder, que nous sommes naturellement disposés à y donner notre acquiescement. Il est commode à l’esprit humain de trouver dans une idée familiere, l’image ressemblante d’un objet nouveau : voilà pourquoi ces images qui roulent sur les rapports lui plaisent ; & comme il les aime, parce qu’elles lui épargnent du travail, il ne se fatigue pas à les examiner, & il se persuade aisément qu’elles sont exactes. Bien-tôt il se livre aux charmes de cette idée, qui ne peut cependant tendre qu’à gâter le jugement, & à rendre l’esprit faux.

Quelquefois même ce goût à chercher des rapports de ressemblance, fait qu’on en suppose où il n’y en a point, & qu’on voit dans les objets tout ce que l’imagination présente. Mais quand on ne supposeroit rien, quand ces ressemblances existeroient, quelque exactes qu’elles puissent être entre deux objets de différente espece, elles ne forment point une identité ; elles ne concluent donc rien en matiere de raisonnement. C’est pourquoi la Logique abandonne les images, les ressemblances, à la Rhétorique & à la Poésie, qui s’en sont emparées sous le nom de comparaisons, pour en faire le plus brillant usage, ainsi qu’on le verra dans l’article suivant. Cet article est de M. le Chevalier de Jaucourt.

Comparaison, s. f. (Rhét. & Poés.) figure de Rhétorique & de Poésie, qui sert à l’ornement & à l’éclaircissement d’un discours ou d’un poëme.

Les comparaisons sont appellées par Longin, & par d’autres rhéteurs, icones, c’est-à-dire images ou ressemblances. Telle est cette image, pareil à la foudre, il frappe, &c. il se jette comme un lion, &c. Toute comparaison est donc une espece de métaphore. Mais voici la différence. Quand Homere dit qu’Achille va comme un lion, c’est une comparaison ; mais quand il dit du même héros, ce lion s’élançoit, c’est une métaphore. Dans la comparaison ce héros ressemble au lion ; & dans la métaphore, le héros est un lion. On voit par-là que quoique la comparaison se contente de nous apprendre à quoi une chose ressemble, sans indiquer sa nature, elle peut cependant avoir l’avantage au-dessus de la métaphore, d’ajoûter, quand elle est juste, un nouveau jour à la pensée.

Pour rendre une comparaison juste, il faut 1° que la chose que l’on y employe soit plus connue, ou plus aisée à concevoir, que celle qu’on veut faire connoître : 2° qu’il y ait un rapport convenable entre l’une & l’autre : 3° que la comparaison soit courte autant qu’il est possible, & relevée par la justesse des expressions. Aristote reconnoît dans sa rhétorique, que si les comparaisons sont un grand ornement dans un ouvrage quand elles sont justes, elles le rendent ridicule quand elles ne le sont pas : il en rapporte cet exemple ; ses jambes sont tortues ainsi que le persil.

Non-seulement les comparaisons doivent être justes, mais elles ne doivent être ni basses, ni triviales, ni usées, ni mises sans nécessité, ni trop étendues, ni trop souvent répétées. Elles doivent être bien choisies. On peut les tirer de toutes sortes de sujets, & de tous les ouvrages de la nature. Les doubles comparaisons qui sont nobles & bien prises, font un bel effet en Poésie ; mais en Prose l’on ne doit s’en servir qu’avec beaucoup de circonspection. Les curieux peuvent s’instruire plus amplement dans Quintilien, liv. V. ch. ij. & liv. VIII. ch. iij.

Quoique nous adoptions les comparaisons dans toutes sortes d’écrits en Prose, il est pourtant vrai que nous les goûtons encore davantage dans ceux qui tracent la peinture des hommes, de leurs passions, de leurs vices, & de leurs vertus. Art. de M. le Chevalier de Jaucourt.

Comparaison d’Ecritures, (Jurispr.) est la vérification qui se fait d’une écriture ou signature dont on ne connoît pas l’auteur, en la comparant avec une autre écriture ou signature reconnue pour être de la main de celui auquel on attribue l’écriture ou signature contestée.

C’est une des preuves que l’on peut employer pour connoître quel est le véritable auteur d’une écriture ou signature : car la vérification peut en être faite en trois manieres ; savoir par la déposition des témoins qui attestent avoir vû faire en leur présence l’écriture dont il s’agit ; ou par la déposition de témoins qui n’ont pas à la vérité vû faire l’écrit, mais qui attestent qu’ils connoissent que l’écriture & signature est d’un tel, pour l’avoir vû écrire & signer plusieurs fois ; & enfin la derniere sorte de preuve que l’on employe en cette matiere, est la déposition des experts, qui après comparaison faite des deux écritures, déclarent si elles leur paroissent de la même main, ou de deux mains différentes.

La comparaison d’écritures est usitée, tant en matiere civile qu’en criminelle.

L’usage de cette preuve en matiere civile est fort ancien ; il en est parlé en quelques endroits du code & des novelles.

Comme on admettoit pour pieces de comparaison des écritures privées, Justinien ordonna d’abord par la loi comparationes, ch. de fide instrum. qu’on se serviroit de pieces authentiques, & qu’on ne pourroit se servir d’écritures privées qu’elles ne fussent signées de trois témoins.

Par sa novelle 49. il mit deux exceptions à cette loi pour les écritures privées, qu’il permit d’employer pour pieces de comparaison, lorsqu’elles étoient produites par celui contre lequel on vouloit se servir de pieces de comparaison ; ou lorsque l’écriture privée étoit tirée d’un dépôt public.

Mais par sa novelle 73. il restraignit tellement l’usage de la preuve par comparaison d’écritures, qu’il est vrai de dire que son intention étoit qu’on y eût peu d’égard, du moins en matiere civile.

Dans la préface de cette novelle, il dit que quelques-uns de ses prédécesseurs avoient admis cette preuve, que d’autres l’avoient rejettée ; que ces derniers en avoient reconnu l’abus, en ce que les faussaires s’exerçoient à contrefaire toute sortes d’écritures ; & qu’on ne peut bien juger de la qualité d’un acte faux par le seul rapport qu’il a avec un acte véritable, attendu que la fausseté n’est autre chose que l’imitation d’une chose vraie ; qu’il avoit lui-même reconnu les inconvéniens de cette preuve, étant arrivé qu’en Arménie un contrat d’échange tenu pour faux par les experts, fut néanmoins reconnu véritable par tous les témoins qui l’avoient signé.

La disposition de cette novelle est assez compliquée : l’empereur défend de vérifier aucune piece par comparaison d’écritures, si la piece que l’on veut faire vérifier n’est signée de trois témoins dignes de foi, ou d’un notaire, ou de deux témoins sans reproche, ou du moins si elle n’est passée en présence de trois témoins irreprochables. Il veut de plus que le notaire & les témoins qui auront signé avec la partie, reconnoissent leur signature au bas de l’acte : que si le notaire reconnoît la sienne, en ce cas c’est une piece publique, qui n’a point besoin d’être vérifiée par comparaison : que si c’est un acte signé de trois témoins, ou seulement écrit en leur présence sans être signé d’eux, ou même s’il est reçû par un notaire en présence de deux témoins, mais que le notaire soit depuis décédé, ou ne soit plus en état de déposer ; en ce cas Justinien veut qu’outre la vérification par comparaison d’écritures, les témoins qui ont signé reconnoissent tous leur seing, & qu’en outre soit qu’ils ayent signé ou non, ils déposent si l’écriture vérifiée par experts a été faite en leur présence de la même main dont les experts ont jugé qu’elle étoit écrite : que si les témoins & le notaire ne sont plus vivans, leur signature soit vérifiée ainsi que celle de la partie : que si l’acte ne se trouve pas signé du nombre de personnes publiques ou de témoins qui est ordonné, la seule comparaison d’écritures ne sera jamais suffisante pour que l’on y ajoûte foi ; & qu’en ce cas, après la vérification faite, le juge s’en rapportera au serment décisoire de la partie qui veut se servir de la piece contestée. Enfin la novelle ajoûte encore que si les contrats sont de peu d’importance, ou passés à la campagne, on n’y desire pas ces formalités ; mais qu’à l’égard de tous les autres, la seule comparaison d’écritures ne suffit pas pour y faire ajoûter foi ; & la raison qu’en donne la loi, c’est que la ressemblance des écritures est trop suspecte, que c’est une voie qui a souvent induit en erreur, & que l’on ne doit pas s’y rapporter tant que l’on ne voit pas de meilleure preuve.

Les interpretes du droit ont tous parlé de la comparaison d’écritures, conformément à la novelle 73. & entre autres Cujas, qui tient que la simple comparaison d’écritures ne fait point de foi, qu’elle ne peut être regardée au plus que comme une semi-preuve qui peut obliger le juge de déférer le serment à la partie qui soûtient la vérité de l’acte ; & que pour faire preuve il faut que le rapport des experts soit appuyé de la signature des témoins & de leur déposition.

Il y a beaucoup de docteurs qui pensent que dans les cas mêmes portés par la novelle 73. on doit encore être fort reservé sur la foi qu’on ajoûte à la ressemblance des écritures : d’autres vont jusqu’à dire qu’elle ne fait pas toûjours une semi-preuve ; & quelques-uns enfin nient qu’elle fasse même la plus legere présomption.

Il est néanmoins certain dans notre usage que la preuve par comparaison d’écritures est admise, tant en matiere civile qu’en matiere criminelle.

Elle est admise en matiere civile par l’ordonnance d’Orléans, art. 145. par celle de 1539, art. 92. par celle de Charles IX. du mois de Janvier 1565 ; & enfin par l’ordonnance de 1667, tit. xij. art. 5.

La forme en est reglée pour les matieres civiles par cette derniere ordonnance : il y est dit que les reconnoissances & vérifications d’écritures privées se feront partie présente ou dûement appellée, pardevant le rapporteur, ou s’il n’y en a point, pardevant l’un des juges qui sera commis sur une simple requête, pourvû, & non autrement, que la partie contre laquelle on prétend se servir des pieces soit domiciliée ou présente au lieu où l’affaire est pendante, sinon que la reconnoissance se fera devant le juge royal ordinaire du domicile de la partie ; & que s’il échet de faire quelque vérification, elle sera faite pardevant le juge où le procès principal est pendant.

Les pieces & écritures dont on poursuit la reconnoissance ou vérification, doivent être communiquées à la partie en présence du juge ou commissaire.

Faute par le défendeur de comparoir à l’assignation, on donne défaut contre lui, pour le profit duquel si on prétend que l’écriture soit de sa main, elle est tenue pour reconnue ; & si elle est d’une autre main, on permet de la vérifier tant par témoins, que par comparaison d’écritures publiques ou authentiques.

La vérification par comparaison d’écritures se fait par experts sur les pieces de comparaison dont les parties conviennent, & à cette fin on les assigne au premier jour.

Enfin si au jour de l’assignation l’une des parties ne compare pas, ou ne veut pas nommer des experts, la vérification se fait sur les pieces de comparaison par les experts nommés par la partie présente, & par ceux qui seront nommés par le juge au lieu de la partie refusante & défaillante.

Telles sont les formalités prescrites par l’ordonnance de 1667, pour les vérifications d’écritures privées par pieces de comparaison en matiere civile.

Cette preuve étoit aussi admise en matiere criminelle chez les Romains, du moins en matiere de faux, comme il paroît par une loi de l’empereur Constantin, qui est la seconde au code Théodosien, & la vingt-deuxieme dans le code Justinien, ad legem Corneliam de falsis.

M. Le Vayer de Boutigny célebre avocat au parlement, & depuis maître des requêtes, a fait une savante dissertation dans la cause fameuse de Jean Maillart, où il s’attache d’abord à faire voir en général qu’il y a peu de certitude dans la comparaison d’écritures, & qu’elle ne fait pas seule preuve, même en matiere civile : il prétend qu’elle ne doit point avoir lieu, sur-tout en matiere criminelle ; qu’elle n’a été admise par aucune loi dans ces sortes de matieres ; que la loi n’y admet que trois sortes de preuves, savoir la preuve par titres, la preuve par témoins, & les indices indubitables & plus clairs que le jour.

Mais malgré l’érudition qui regne dans cet ouvrage, il est certain présentement que la preuve par comparaison d’écritures est admise en matiere criminelle aussi-bien qu’en matiere civile, ainsi qu’il résulte de l’ordonnance criminelle de 1670, & de l’ordonnance du mois de Juillet 1737, concernant le faux principal & incident.

La premiere de ces deux ordonnances, tit. jx. du faux principal & incident, ne dit autre chose de la preuve par comparaison d’écritures, sinon que les moyens de faux étant trouvés pertinens ou admissibles, la preuve en sera ordonnée tant par titres que par témoins, & par comparaison d’écritures & signatures, par experts qui seront nommés d’office par le même jugement, sauf à les recuser ; que les pieces inscrites de faux & celles de comparaison, seront mises entre les mains des experts, après avoir prêté serment & leur rapport délivré au juge, suivant qu’il est prescrit par l’art. 12. du titre de la descente sur les lieux, de l’ordonance de 1667 ; que s’il y a charge, les juges pourront decréter & ordonner que les experts seront répétés séparément en leur rapport, recollés & confrontés ainsi que les autres témoins.

L’ordonnance du faux regle les formalités de la preuve par comparaison d’écritures.

Il est dit, tit. j. du faux principal, que sur la requête ou plainte en faux, soit par la partie publique ou par la partie civile, il sera ordonné qu’il sera informé des faits portés en la requête ou plainte, & ce tant par titres que par témoins, comme aussi par experts, ensemble par comparaison d’écritures ou signatures, le tout selon que le cas le requerra ; que lorsque le juge n’aura pas ordonné en même tems ces différens genres de preuve, il pourra y être suppléé, s’il y échet, par une ordonnance ou un jugement.

Que quand la preuve par comparaison d’écritures aura été ordonnée, les procureurs du Roi ou ceux des hauts justiciers, & la partie civile, s’il y en a, pourront seuls fournir les pieces de comparaison, sans que l’accusé puisse être reçû à en présenter de sa part ; si ce n’est comme il sera dit ci-après, & ceci doit être observé, à peine de nullité.

On ne peut admettre pour pieces de comparaison, que celles qui sont authentiques par elles mêmes ; & on regarde comme telles les signatures apposées aux actes passés devant notaires ou autres personnes publiques, tant séculieres qu’ecclésiastiques, dans les cas où elles ont droit de recevoir des actes en cette qualité.

On répute aussi authentiques à cet effet les signatures étant aux actes judiciaires faits en présence du juge & du greffier, & aussi les pieces écrites & signées par celui dont il s’agit de comparer l’écriture, en qualité de juge, greffier, notaire, procureur, huissier, sergent, & en général comme faisant, à quelque titre que ce soit, fonction de personne publique.

On peut aussi admettre pour pieces de comparaison, les écritures ou signatures privées qui auroient été reconnues par l’accusé ; mais hors ce cas, ces sortes d’écritures & signatures ne peuvent être reçues pour pieces de comparaison, quand même elles auroient été vérifiées avec l’accusé sur la dénégation qu’il en auroit faite, à peine de nullité.

L’ordonnance laisse à la prudence du juge, suivant l’exigence des cas, & notamment lorsque l’accusation de faux ne tombe que sur un endroit de la piece qu’on prétend être faux ou falsifié, d’ordonner que le surplus de la piece servira de piece de comparaison.

Si les pieces indiquées pour comparaison sont entre les mains de dépositaires publics ou autres, le juge doit ordonner qu’elles seront apportées, suivant ce qui est ordonné pour les pieces arguées de faux ; & les pieces admises pour comparaison doivent demeurer au greffe pour servir à l’instruction, & ce quand même les dépositaires d’icelles offriroient de les représenter toutes les fois qu’il seroit nécessaire, sauf aux juges à y pourvoir autrement s’il y échet, pour les registres des baptêmes, mariages & sépultures, & autres dont les dépositaires auroient continuellement besoin.

Sur la présentation des pieces de comparaison par la partie publique ou civile, & sans qu’il soit besoin de requête, il doit être dressé procès-verbal de ces pieces au greffe ou autre lieu du siége destiné aux instructions, en présence de la partie publique & de la partie civile s’il y en a, à peine de nullité.

L’accusé ne peut être présent à ce procès-verbal, aussi à peine de nullité.

A la fin de ce procès-verbal, & sur la requisition ou les conclusions de la partie publique, le juge doit statuer sur l’admission ou rejet des pieces, à moins qu’il n’ordonne qu’il en sera réferé par lui au siége, auquel cas il y doit être pourvû par le conseil, après que le procès-verbal a été communiqué à la partie publique & civile.

Si les pieces de comparaison sont rejettées, la partie civile, s’il y en a, ou la partie publique, sont tenues d’en rapporter ou indiquer d’autres dans le délai qui leur a été prescrit, sinon il y sera pourvû.

Dans tous les cas où les pieces de comparaison sont admises, elles doivent être paraphées, tant par le juge que par la partie publique & par la partie civile, s’il y en a & si elle peut signer ; sinon il faut en faire mention, le tout à peine de nullité.

En procédant à l’audition des experts, ce qui se fait toûjours dans cette matiere par voie d’information & non de rapport, les pieces de comparaison, lorsqu’il en a été fourni, le procès-verbal de présentation de ces pieces, & l’ordonnance ou jugement qui les a reçûs, doivent être remis à chacun des experts, pour les voir & examiner séparément & en particulier sans déplacer ; & il faut faire mention de la remise & examen de ces pieces dans la déposition de chaque expert, sans qu’il en soit dressé aucun procès-verbal.

On ne doit point représenter les pieces de comparaison aux autres témoins, à moins que le juge en procédant à l’information, récollement ou confrontation de ces témoins, ne juge à-propos de leur représenter ces pieces ou quelques unes d’icelles, auquel cas elles doivent être paraphées par les témoins.

Les pieces de comparaison ou autres qui doivent être représentées aux experts, ne peuvent être représentées aux accusés avant la confrontation.

En tout état de cause les juges peuvent ordonner d’office ou sur la requête de la partie publique ou civile, que l’accusé sera tenu de faire un corps d’écriture tel qu’il lui sera dicté par les experts, ce qui sera fait par procès-verbal au greffe ; & à la fin du procès-verbal le juge peut ordonner que ce corps d’écriture sera reçû par piece de comparaison, & que les experts seront entendus par voie de déposition sur ce qui peut résulter du corps d’écriture comparé avec les pieces fausses ; ce qui a lieu quand même ils auroient déjà déposé sur d’autres pieces de comparaison : le juge peut néanmoins en ce cas nommer d’autres experts ou en adjoindre de nouveaux aux premiers, mais cela doit être fait par délibération du siége.

Si les experts sont incertains ou d’avis différens, le juge peut ordonner qu’il sera fourni de nouvelles pieces de comparaison.

Lors du récollement des experts & de la confrontation, les pieces de comparaison doivent être représentées aux experts & aux accusés, à peine de nullité.

En cas que l’accusé demande par requête qu’il soit remis de nouvelles pieces de comparaison entre les mains des experts, les juges ne pourront y avoir égard qu’après l’instruction achevée & par délibération de conseil sur le vû du procès, à peine de nullité.

Si la requête de l’accusé est admise, le jugement doit lui être prononcé dans les 24 heures, & le juge l’interpellera d’indiquer les pieces, ce qu’il sera tenu de faire sur le champ : le juge peut néanmoins lui accorder un délai, mais ce délai ne peut être prorogé ; & l’accusé ne peut présenter dans la suite d’autres pieces que celles qu’il a indiquées, sauf à la partie publique ou civile à les contester.

Les écritures ou signatures privées de l’accusé ne peuvent être reçûes pour pieces de comparaison, encore qu’elles eussent été par lui reconnues ou vérifiées avec lui, si ce n’est du consentement de la partie publique & civile, s’il y en a, à peine de nullité.

Le procès-verbal de présentation des pieces indiquées par l’accusé, doit être fait en sa présence & par lui paraphé, s’il le peut ou veut faire ; sinon il en sera fait mention, à peine de nullité ; & si l’accusé n’est pas prisonnier & ne se présente pas au procès-verbal, il y sera procédé en son absence lui dûement appellé.

En procédant à l’information sur ces pieces, on remettra aussi les anciennes aux experts, avec les procès-verbaux de présentation & les ordonnances ou jugemens de réception.

La partie civile ou publique peuvent produire de nouvelles pieces de comparaison en tout état de cause, quand même on n’auroit pas permis à l’accusé d’en indiquer.

Lorsqu’il y a des pieces indiquées de part & d’autre, le juge peut ordonner sur le tout une même information par experts.

Si l’accusé demande de nouveaux experts sur les pieces de comparaison anciennes ou nouvelles, on ne peut l’ordonner qu’après l’instruction achevée par délibération de conseil, à peine de nullité.

Les nouveaux experts doivent toûjours être nommés d’office, à peine de nullité.

La nouvelle information peut être jointe au procès.

Dans le cas du faux incident, l’ordonnance veut que si les moyens de faux sont jugés admissibles, il soit ordonné qu’on en informera tant par titres que par témoins, par experts & par comparaison d’écritures ou signature, sans qu’il puisse être ordonné que les experts feront leur rapport sur les pieces prétendues fausses, ou qu’il sera procédé préalablement à la vérification d’icelles, à peine de nullité.

Les pieces de comparaison doivent être fournies par le demandeur ; & celles que présenteroit le défendeur ne peuvent être reçûes, si ce n’est du consentement du demandeur & de la partie publique, à peine de nullité ; sauf aux juges après l’instruction achevée à admettre le défendeur à fournir de nouvelles pieces de comparaison, s’il y échet.

On observe au surplus dans cette matiere, les mêmes regles qu’en matiere de faux principal, sur la qualité des pieces de comparaison & sur l’apport de ces pieces, sur la représentation qui en est faite aux témoins, & sur le paraphe des pieces.

Le procès-verbal de présentation des pieces de comparaison doit être fait en présence des parties ou elles dûement appellées ; les parties peuvent y comparoître par procureur, à moins que cela ne soit autrement ordonné : on y fait mention si le défendeur convient ou non des pieces : si elles ne sont pas reçues, on ordonne que le demandeur en fournira d’autres dans un certain délai.

Les pieces de comparaison sont remises aux experts de la même maniere qu’il a été dit ci-devant.

On observe aussi les mêmes regles quand le défendeur ou accusé demande à fournir de nouvelles pieces de comparaison, ou qu’il soit entendu de nouveaux experts.

Lorsqu’il s’agit de procéder à la reconnoissance des écritures & signatures en matiere criminelle, si l’accusé nie l’écriture, ou s’il est en défaut ou contumace, on ordonne que l’écriture sera vérifiée sur pieces de comparaison.

Le procès-verbal de présentation des pieces de comparaison se fait en présence de la partie publique & civile, s’il y en a, & de l’accusé, lequel pour cet effet est amené des prisons par ordre du juge, pour assister au procès-verbal sans aucune sommation ou sommation préalable ; on n’en fait point non plus lorsque la contumace est instruite contre l’accusé.

Quand il n’est pas dans les prisons & que la contumace n’est pas instruite, on le somme de comparoître au procès-verbal comme en matiere de faux principal ; cette sommation se fait en la forme prescrite par l’édit de Décembre 1680. concernant l’instruction de la contumace ; & faute par l’accusé de comparoître, on passe outre au procès-verbal.

Si l’accusé y est présent, on lui représente les pieces de comparaison pour en convenir ou les contester sur le champ ; on ne lui accorde ni délai ni conseil. Les pieces qui sont admises doivent être par lui paraphées, s’il le peut ou veut faire, sinon on en fait mention ; & dans tous les cas elles sont aussi paraphées par le juge, par la partie publique, & par la partie civile si elle peut & veut les parapher, sinon on en doit faire mention, à peine de nullité.

Au cas que les pieces ne soient pas reçûes, la partie civile, s’il y en a, ou la partie publique, doivent en rapporter d’autres dans le délai qui sera prescrit, sinon il sera passé outre.

Les experts qui procedent à la vérification, doivent être nommés d’office & entendus séparément par forme de déposition : on ne peut pas ordonner qu’ils feront préalablement leur rapport, le tout à peine de nullité.

En procédant à l’audition des experts, on doit leur représenter les pieces de comparaison.

On peut aussi dans cette matiere, ordonner que l’accusé sera tenu de faire un corps d’écriture.

Enfin on y suit une grande partie des regles prescrites pour la comparaison d’écritures en matiere de faux principal, ainsi que l’ordonnance de 1737 l’explique, ce qu’il seroit trop long de détailler ici.

De ces différentes formalités prescrites par les ordonnances pour la preuve par comparaison d’écritures, il résulte bien clairement que cette preuve est admise, tant en matiere civile qu’en matiere criminelle, & non-seulement dans le cas du faux principal ou incident, mais aussi lorsqu’il s’agit de reconnoissance d’écriture ou signature en général.

Mais il est certain que la déposition même uniforme des experts, ne fait jamais seule une preuve complette ; elle n’est considérée que comme une semi-preuve à cause de l’incertitude de leur art pour la vérification des écritures. Voyez le commentaire de Boiceau, sur l’article ljv. de l’ordonnance de Moulins, chap. v. & Danty, de la preuve par témoins, ibid. le traité de la preuve par comparaison d’écritures, de M. Levayer ; celui de la vérification des écritures, par M. de Blegny, & les ordonnances qui ont été citées. (A)

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Étymologie de « comparaison »

Du latin comparatio. Ce nom d’action renvoie à l’image de l’attelage. Comparer c’est mettre par pair. Dès l’époque classique le substantif latin note l’opération intellectuelle qui consiste à mettre en parallèle deux éléments, afin d’en saisir les similitudes et les différences.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. comparaso ; espagn. comparacion ; ital. comparazione ; du latin comparationem, de comparare, comparer (voy. COMPARER).

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Phonétique du mot « comparaison »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
comparaison kɔ̃parɛzɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « comparaison »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « comparaison »

  • On n'est seul que par comparaison. De Pierre Filion / La brunante
  • Toutes choses sont bonnes ou mauvaises par comparaison. De Edgar Allan Poe / Histoires Extraordinaires
  • L'esprit mûri ignore la comparaison, la mesure. De Jiddu Krishnamurti / L'éveil de l'intelligence
  • L'homme, la femme, le démon : trois degrés de comparaison. De Thomas Fuller / Gnomologia
  • Le mal passé en comparaison du présent n'était encore que sucre. De Pierre Corneille
  • L'espèce humaine avance par comparaison. Elle ne progresse pas, elle change. De Ben / Libération - A quoi pensez-vous ?
  • Le bonheur n'est peut-être que le résultat d'une comparaison. De Eugène Beaumont / Penséier IV
  • Comme toute comparaison originale doit forcément, à la longue se banaliser, n'en jamais faire. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Plus vous entassez de bonheur quelque part et plus vous faites paraître le malheur petit en comparaison. De Elizabeth Goudge / L'arche dans la tempête
  • Le succès de l’épreuve de la guerre, comme le bonheur dans la vie, n’existe que par comparaison. De Charles de Gaulle / Discours
  • Le présent touche toujours, sans comparaison, davantage les âmes faibles que l'avenir même le plus proche. De Cardinal de Retz / Mémoires
  • La plus juste comparaison que l’on puisse faire de l’amour, c’est celle de la fièvre. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • Le bonheur effectif paraît toujours assez sordide en comparaison des larges compensations qu'on trouve à la misère. De Aldous Huxley / Le meilleur des mondes
  • Il est sans comparaison plus facile de faire ce qu’on est, que d’imiter ce qu’on n’est pas. De Louis XIV / Mémoires
  • Pour terminer, revenons une fois de plus aux institutions européennes, qui contribuent de manière significative à la renommée et à la popularité de Bruxelles. La capitale belge est considérée comme le centre politique et économique de l’Europe, comme en témoignent les nombreuses institutions européennes et, surtout, les nombreuses activités de lobbying. Le Parlement, en particulier, est très transparent et offre aux personnes intéressées un aperçu passionnant des événements politiques. Il est possible de combiner une visite du Parlement avec une visite du Parlementarium et de la Maison de l’histoire européenne. C’est une bonne manière d’approfondir sa propre connaissance de l’histoire et des processus décisionnels de l’UE. Mais pourquoi le parlement est-il comparé à un fromage français ? Cette comparaison résulte de la forte ressemblance du bâtiment avec le fromage « Caprice des Dieux », voilà pourquoi ce terme est utilisé avec humour comme synonyme. D’autre part, l’intérieur mou du fromage ne correspond pas à ce qui se passe dans cette institution politique, où le travail est acharné et les débats controversés, mais objectifs et équitables. La diversité de Bruxelles rend la capitale belge très agréable et dynamique, si bien que l’on ne peut quitter cette belle ville qu’à regret, conscients qu’il y a encore beaucoup à explorer. Le Taurillon, Ce que la capitale de l'UE a à offrir et d'où vient la comparaison entre le Parlement européen et un « caprice des Dieux » ? - Le Taurillon
  • Le goût étant par nature personnel et variable, il ne peut pas être utilisé comme critère de comparaison dans une publicité comparative. , Publicité comparative : le goût n’est pas un critère de comparaison objectif - Éditions Francis Lefebvre
  • A Toulouse, le taux définitif de la participation atteint 44,86%. Une hausse de 8 points en comparaison du 1 er tour le 15 mars dernier. Reste désormais à savoir à qui va profiter l'augmentation de cette mobilisation. France 3 Occitanie, Municipales 2020 : à Toulouse, le chiffre de la participation en hausse de 8 points en comparaison du 1er tour
  • Ce lundi 29 juin, Éric Zemmour a créé une nouvelle polémique. Dans "Face à l'info", il est revenu sur la montée des Verts lors des élections municipales. Il s'est d'ailleurs permis une comparaison qui est loin d'être passée inaperçue : "Le vert des Verts correspond, comme par hasard, au vert de l'islam". Une séquence polémique à retrouver sur Non Stop Zapping. Non Stop Zapping, Éric Zemmour : Sa comparaison choc entre le vert de l'islam et celui des écolos (vidéo) | Non Stop Zapping

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Synonymes de « comparaison »

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