Tout : définition de tout


Tout : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TOUT1, TOUTE, TOUS, TOUTES, adj. indéf. et pron. indéf.

I. − Adj. indéf.
A. − [Marque l'idée d'intégralité]
1. [Précède un déterm. du subst. (art. déf., art. indéf., adj. poss., adj. dém.) ou bien précède un pron. (dém., pers., poss.) ou encore un nom propre]
a) [Pour marquer l'intégralité d'un espace (au propre ou au fig.), d'un volume, d'une durée, d'un processus, d'une collection, d'une masse ou la plénitude d'une réalité]
[D'un espace, d'un volume] Tout l'univers; tout le pays; tout le long de; toute une partie de; sur toute la ligne*. Visite à la Princesse, qui est tombée hier dans l'escalier et qui a tout le bras droit ankylosé (Goncourt, Journal, 1894, p. 675).
[D'une durée] Toute la journée; tout cet été; tout un hiver; avoir tout son temps*. De tout le repas il ne prononça pas une parole (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 248).
[D'un processus] Nous nous rendons avec lui chez M. Martin, à qui nous racontons toute l'histoire (Gide, Voy. Congo, 1927, p. 809).
[D'un ensemble, d'une collectivité] Toute la récolte; toute la classe; tout le quartier (« les habitants du quartier »); toute la population; toute la somme; tout le monde*. Tout l'hôtel, en un moment, fut sur pied. On courut chercher du secours (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 339).
Loc. Somme toute (v. somme1).
[D'une masse (concr. ou abstr.)] Toute la soupe; toute l'eau (est polluée); tout l'argent (a été remis); toute la chaleur. Expr. Pour tout l'or du monde (v. or1).
Tout ce qui, tout ce que. Proverbe. Tout ce qui brille/reluit n'est pas or (v. or1). Tout ce qui (désignant des pers.).Je suis avec tout ce qui a la peau brune. Gare à tout ce qui a la peau blanche! (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 392).
[Plénitude d'une réalité] Dire toute la vérité; tout son amour, son courage, son saoûl* ; toute son admiration, son ambition, son attention, son existence; donner toute sa mesure*. Les intrigues le mieux concertées, quoique tissues avec tout l'art et l'expérience possible, ont quelquefois, des suites fâcheuses (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 253).
De toute son âme; de tout son cœur; de tout son être; de toute sa force; de tout son poids; de tout son long*. Haynes, avait-il crié de toute sa voix, où êtes-vous? (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 17).
[Pour terminer une énumération et exprimer la totalité d'une série] Tout ceci; tout cela; et tout le reste* ; et tout ce qui s'ensuit (fam., v. ensuivre (s')); (et) tout le bataclan* (fam.); et tout le bazar* (très fam.); et tout le bordel * (arg.); et tout le saint-frusquin (pop., v. frusquin); et tout le tremblement*; toute la lyre*. Synon. et cœtera, tutti quanti.
[Pour ne pas exprimer qqc. ou pour ouvrir une énumération] Tout ce que vous voudrez. Il avait l'air de tout ce qu'on voudra, d'un camelot, d'un ouvrier inoccupé, d'un fou (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 23).
Fam. [Pour résumer] Tout ça pour*; tout ça parce que. Tu ne comprends pas (...) que le trésor passe dans ses poches et que Mascaral continue à pourrir dans les moucherons, et tout ça parce qu'un licencié aura manqué d'estomac (Audiberti, Quoat, 1946, 2etabl., p. 60).
Lang. admin. De tout quoi. De tout quoi nous avons dressé le présent constat pour la requérante en faire tel usage que de droit (Courteline, Article 330, 1900, p. 269).
Littér. [Devant un pron. pers.] Tout mon/son être; toute sa personne; tout lui; de tout lui-même. Il sentait que ses épaules, ses jambes, tout lui, étaient pour elle, même quand il remuait trop par insomnie ou travail à faire (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 349).
[Devant un titre d'œuvre et, p. méton., devant un nom propre d'aut.] L'intégralité de l'œuvre. Lire tout Molière, tout Madame de Sévigné. Une excellente musicienne qui me chanterait tout Gluck (Proust, Sodome, 1922, p. 1109).
Rem. Devant un titre ou un nom propre comportant un art., tout reste inv.; avec un subst. fém., l'accord est possible: lire tout(e) la Chartreuse de Parme. J'allai chercher de l'air pur au sommet du taxaudier, mon arbre favori, d'où l'on découvrait toute La Belle Angerie (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 137).
[Devant un nom propre de ville] La totalité matérielle de la ville. Mais Antide Boyer, il a fait des fontaines dans tout Aubagne, il a amené l'eau partout, alors les paysans n'ont d'amitié que pour lui (Barrès, Cahiers, t. 5, 1907, p. 246).[P. méton.] L'ensemble des habitants de (la ville). Tout Compiègne, ce dimanche, semblait être dehors. Antoine et Jacques se mêlèrent à la foule (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 704).
Rem. 1. L'accord au fém. est rare et vaut pour la totalité matérielle de la ville: J'entre en quelque palais, je sors de quelque église, Ma gondole est là, son fer droit. Et, durant tout un jour, j'ai eu toute Venise, Venise tout entière à moi (Régnier, Choix de poèmes, Vestigia flammae, Paris, Mercure de France, 1932 [1921], p. 235). 2. L'art. déf. s'emploie lorsque le nom propre est suivi d'un compl. déterminatif: Un duel avec le comte, n'était-ce point attirer sur lui l'attention de tout le Paris élégant (...)? (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 443). L'hiver dernier, au théâtre, Maryelle avait été l'objet, paraît-il, de l'attention d'un très jeune spectateur absolument inconnu du tout Paris des rues Blanche et Condorcet (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 335).
b) [Dans des tournures exprimant la ressemblance ou l'oppos., avec une valeur proche de la valeur adv.]
[Pour exprimer la ressemblance] Avoir tout l'air de; ça en a tout l'air (v. air2); c'est tout le portrait* de. Avise-le quand il rit. Avise: c'est tout le père Héricourt, ma chère! Tu l'as connu trop vieux pour le retrouver dans ce minois... mais c'est tout son aïeul. Voilà sa façon de porter la tête et de secouer les mèches de sa perruque (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 62).
[Pour exprimer l'oppos.] C'est tout le contraire, tout l'opposé*.
c) [Avec une valeur restr.] Seul, unique, essentiel. C'est toute la question, tout le problème; c'est toute la différence. Tu es malheureux? Le bûcheron eut un sanglot, qui fut toute sa réponse (R. Bazin, Blé, 1907, p. 324).P. iron. Bon à rien! Qu'à nous piller! Nous rançonner! Une infection! Nous écharper sans merci!... Voilà toute la reconnaissance! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 386).
d) [Avec une valeur de renchérissement]
α) [Avec un déterm. indéf.] C'est (en faire) tout(e) un(e) + subst. attribut (p. hyperb., le subst. de caractérisation désignant une chose importante).Véritable. C'est tout un art; c'est tout un programme*. Et sur ce tapis, il a vidé et étalé le contenu de ses poches. Et c'est tout un magasin qu'il couve des yeux avec une sollicitude de ménagère (Barbusse, Feu, 1916, p. 188).Loc. C'est toute une histoire*, tout un roman. Il préparait l'encre et le papier pour répondre. C'est toute une affaire et c'est tellement difficile (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 39).
Rem. Certains ne font pas l'accord au fém.: Sulphart (...) l'avait injurié tout une soirée (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 262).
β) Fam. Tout ce qu'il y a de plus + adj. ou subst. en empl. adj.V. plus I A 3 a.Tout ce qu'il y a de + adj.Tout le Café de la Paix nous avait acclamé quand on était venu avec tout ce qu'il y avait de chic, de jolies femmes et des drapeaux (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 252).
Tout ce qu'il y a de + subst.La totalité de. Mais qui vous dit qu'ils n'ont pas souffert autant qu'ils ont dédaigné? Qui sait tout ce qu'il y a de douleurs poignantes dans les profondeurs muettes du dédain? Qu'y a-t-il de plus révoltant que l'injustice, et quoi de plus amer que de recevoir une grande injure quand on mérite une grande couronne? (Hugo, Rhin, 1842, p. 392).
2. [Précède un subst. sans déterm.]
a) [Dans diverses loc.]
En tout bien tout honneur. V. bien3I B 2 a.
Loc. verb. Avoir toute latitude* de (faire qqc.), toute liberté* de/pour faire qqc., toute licence* de (faire qqc.); avoir tout intérêt* à (faire qqc.); avoir tout lieu de (penser qqc., croire qqc.) (v. lieu1); avoir toute confiance en qqn; donner toute satisfaction*.
Loc. adv. À toute allure; à toute(s) bride(s)* ; à toute bringue (arg., v. bringue1); à toute(s) pompe(s) (v. pompe2); à toute vapeur*; à toute vitesse*; à toute volée* ; de tout cœur* ; de toute éternité* ; de toute évidence* ; de tout repos* ; de toute urgence; en toute bonne foi* ; en toute connaissance de cause (v. cause1ex. 3); en toute conscience* ; en toute franchise; en toute hâte* ; en toute honnêteté*; en toute liberté; en toute modestie* ; en toute propriété* ; en toute sécurité, en toute simplicité* ; en toute sincérité; en toute vérité; selon toute apparence (v. apparence ex. 10).
En partic. [Avec valeur d'intensité qualitative, pour marquer le très haut degré dans l'absolu] Le tout début de; au tout début, à la toute fin de (empl. critiqué des puristes, v. Grev. 1975, § 457 rem. 2, p. 429). Que les premières pages de ce cahier remontent au tout début du printemps 1818, est prouvé par le fait que, dans les conversations avec un visiteur, il est question d'un concert qui a eu lieu le 1ermars 1818 (Rolland, Beethoven, t. 1, 1937, p. 204).Loc. adv. De toute beauté*. Loc. verb. Être à toute extrémité*.
Littér. [Devant un subst. abstr. évoquant une qualité (v. aussi toute-puissance)] L'être le plus souillé retrouve l'innocence Dans sa toute tendresse [de Dieu] et sa toute puissance (Hugo, Fin Satan, Paris, Hetzel-Quantin, 1886 [1885], p. 339).Ô masse de béatitude, Tu es si belle, juste prix De la toute sollicitude Des bons et des meilleurs esprits! (Valéry, Charmes, 1922, p. 141).
b) (Être) tout + subst.
α) [Accordé avec le subst. qui suit] Mon père était toute intelligence, toute clarté (É. Henriot, Livre de mon père, p. 110 ds Grev. 1986, § 616 b 1, p. 982).
β) [Fonctionne comme épith. à valeur d'adv. intensif] La nature l'y forcera, qui est toute alternances, qui est toute contractions et détentes (Montherl.,Aux fontaines du désir,p. 240, ds Grev. 1986, § 616 b 1, p. 982).
[Devant un nom propre] L'Angleterre est toute Shakespeare, et, jusque dans ces derniers temps, il a prêté sa langue à Byron, son dialogue à Walter Scott (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 504).
Rem. 1. Quand le genre et le nombre du suj. et du subst. qui suit sont les mêmes, les 2 empl. α et β se confondent: Eh bien, cœur à moi, je serai consolée par une pensée de femme. N'aurais-je pas possédé de toi l'être jeune et pudique, toute grâce, toute beauté, toute délicatesse (Balzac, Femme aband., 1832, p. 298). 2. Ailleurs, on ne peut pas faire le départ avec l'empl. adv. (v. tout2A 4): La merveille est l'encadrement, tout tiré de Rabelais. À votre droite, au plus haut, c'est l'enfant gâté, tout caprice, sensualité, gourmandise (Michelet, Journal, 1857, p. 365).
Fam., pop. C'est tout + subst. plur. sans art.[La série entière désignée présente tel caractère (exprimé par le subst.)] On rôde autour de fermes endormies, ou bien on va terrifier une femme qui montait coucher ses petits, une bougie à la main. Quand on parle de cela à la ferme, Monpoix grogne:C'est tout espions, dans ce pays, gamin (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 119).
[Avec valeur d'adv.] C'est tout bénéfice. Enfin, si les gens en ont assez d'être bien portants, et s'ils veulent s'offrir le luxe d'être malades, ils auraient tort de se gêner. C'est, d'ailleurs, tout bénéfice pour le médecin (Romains, Knock, 1923, iii, 3, p. 16).
c) Pour tout + subst. sans art.En fait de, pour seul, unique. Pour tout bagage; pour toute nourriture; pour toute réponse*. Bientôt, séduite par les promesses de son galant, elle débarquait avec lui quai de Jemmapes, ne possédant pour tout bien qu'une valise d'osier et des souvenirs d'orpheline (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 32).
Au fig. Pour tout potage*.
Rem. Pour tous + subst. plur.: Nos corps nus et glacés n'ont pour tous vêtements Que les haillons troués de la riche Angleterre (Barbier, Ïambes, 1840, p. 214). P. iron. Leurs jambes pour toutes montures, Pour tous biens l'or de leurs regards, Par le chemin des aventures Ils vont haillonneux et hagards (Verlaine, Poèmes saturn., 1866, p. 68). Il couve un vieux poignard tordu par cent batailles, Qui n'a pour tous joyaux qu'une rouille de sang (Samain, Chariot, 1900, p. 178).
3. [En fonction d'attribut]
(Être) tout(e) à qqc.Être entièrement pris par. Pour l'instant, elle était toute au rire qui l'avait saisie, quand, en sa présence, j'avais roulé à terre (Benoit, Atlant., 1919, p. 180).
(Être) tout(e) à qqn.Être entièrement à la disposition de quelqu'un, généralement en parlant d'une femme, dans des relations amoureuses. Pour rester libre, ne pas l'épouser si je ne voulais pas, pour pouvoir aller à Venise, mais pourtant l'avoir d'ici là toute à moi, le moyen que je prendrais ce serait de ne pas trop avoir l'air de venir à elle (Proust, Sodome, 1922, p. 1113).
[P. réf. à saint Paul, I Cor. ix, 22] Se faire tout à tous. Se mettre, être au service de tous. Je voudrais bien répondre à ce monsieur du journal. Car, comme vous savez, j'aime assez causer. Je me fais tout à tous, et ne dédaigne personne; mais je le crois fâché (Courier, Pamphlets pol., Lettres partic., 2, 1820, p. 66):
1. On connaît le mot célèbre de saint Paul: « Je me fais tout à tous, grec avec les Grecs, juif avec les Juifs ». Mais, au fur et à mesure que la société et la civilisation chrétiennes prennent consistance, cette adaptation devient moins spontanée, parce qu'on va d'un noyau solide d'habitudes chrétiennes vers les ténèbres extérieures d'un monde païen. Philos., Relig., 1957, p. 46-2.
Être tout(e) à tous. Publiez votre pensée. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir, étroite obligation de quiconque a une pensée, de la produire et mettre au jour pour le bien commun. La vérité est toute à tous. Ce que vous connaissez utile, bon à savoir pour un chacun, vous ne le pouvez taire en conscience (Courier, Pamphlets pol., Pamphlet des Pamphlets, 1824, p. 214).
(Être) tout(e) de (suivi d'un subst. sans art.).Entièrement formé de. Point de surprise. Dans notre vie, qui est toute d'attente, d'espérances, d'impatiences (Goncourt, Journal, 1860, p. 766).
Littér. [Après un verbe pronom.] Un autre jour, ces mêmes choses, ils en plaisantaient à demi-mot. Alors elle se détendait toute: un rien déridait sa jeunesse persistante (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 504).
B. − [Marque l'idée de totalité]
1. [Précède un déterm. au plur. ou bien un pron.]
a) Tous les, toutes les + subst. plur.L'ensemble de, la totalité de (personnes ou choses nombrables), sans exception. Tous les hommes; tous les siens; tous les autres; tous ceux-ci; de toutes ses forces. Il n'y a plus de maîtres; les titres sont abolis, tous les Français sont égaux et libres (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 9).Je le savais vainqueur à tous les sports, à la nage et au canotage surtout (Gide, Si le grain, 1924, p. 442).Proverbes. Tous les chemins mènent à Rome (v. chemin); la nuit tous les chats sont gris (v. chat1II B 4).
Expr. À tous les coups l'on gagne (v. coup); de tous les diables (v. diable1); aller à tous les diables (v. diable1); gagner sur tous les tableaux (v. tableau).
[Au sens de « n'importe lesquels, bons ou mauvais »] Tous les moyens sont bons (v. moyen2); (en dire, en faire voir) de toutes les couleurs (v. couleur).
b) [Pour marquer la périodicité, la fréquence] Toutes les fois* que ; tous les jours (v. jour); tous les ans; tous les mois; tous les matins; tous les soirs; tous les dimanches; tous les trente-six du mois*; toutes les vingt-quatre heures; tous les combien? (fam.); toutes les cinq minutes. On change d'étoile polaire tous les 26 920 ans (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 205):
2. Les canots-majors volaient sur l'eau; six ou huit paires d'avirons, rigoureusement synchrones, leur donnaient des ailes brillantes qui jetaient au soleil, toutes les cinq secondes, un éclair et un essaim de gouttes lumineuses. Valéry, Variété III, 1936, p. 235.
[Suivi d'une unité de longueur, pour exprimer l'idée d'intervalle] Tous les cent pas, un cimetière minuscule, serré entre deux logis, entasse les unes sur les autres ses trois douzaines de vieilles tombes (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 147).
2. [Sans autre déterm. du subst.]
a) [Devant un subst. sans art.] Toutes et quantes* fois; toutes sortes de; avoir tous pouvoirs sur; cesser toutes relations. L'hôtel-de-ville est composé de tous aristocrates qui s'entendent avec le roi (Le Moniteur, t. 2, 1789, p. 531).Les États Généraux implorent la paix à toutes conditions (Taine, Philos. art, t. 2, 1865, p. 79).
b) [Devant un subst. sans art. suivi d'un part., d'un adj. ou bien d'un adv. de lieu] Toutes affaires cessantes (v. affaire); tout compte fait, tous comptes faits (v. compte); tous frais payés (v. frais2); toutes proportions gardées (v. gardé); toutes choses égales d'ailleurs/par ailleurs (v. égal); toute(s) réflexion(s)* faite(s) ; toutes voiles dehors (v. voile2); toutes griffes dehors (v. griffe1). Au Vésinet, toutes lumières éteintes, impossible de se faire ouvrir aucune porte (Breton, Nadja, 1928, p. 108).Au bout de l'usine, un grand cabaret désert, comme abandonné, toutes fenêtres closes (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 180).
ADMIN., DR. Toutes choses demeurant en l'état*; tous droits réservés.
c) [Dans des tournures à fonction adj.]
DÉFENSE. Tous azimuts. Dans toutes les directions. La défense « nucléaire » de la France doit devenir, dans les prochaines années, une « défense tous azimuts », expression nouvelle et qui fera fortune, c'est-à-dire capable de se protéger de tous les côtés et de frapper n'importe quelle puissance sur le globe (L'Express, 4 déc. 1967ds Gilb. 1971).Au fig. Dans des domaines très divers; de toute sorte, en tous genres. Avec son humanisme tous azimuts, ses curiosités rares, (...) son goût des langues, la façon tout ensemble débonnaire et rugueuse dont elle administre une culture hors du commun, Marguerite Yourcenar pourrait apparaître, à un jeune lecteur français de 1978, comme une sorte particulièrement intimidante de monument historique (Le Point, 2 oct. 1978, p. 158, col. 1).[En parlant de pers.] De toutes catégories, de tous niveaux. Flaine et Val-d'Isère inaugurent des pistes pour skieurs tous azimuts (L'Express, 17 nov. 1969ds Gilb. 1971).Empl. adv. De tous côtés. Il se croyait si riche qu'il lançait tous azimuts des programmes de déve-loppement accéléré: complexes pétrochimiques, installations portuaires ultramodernes ou encore sites touristiques de rêve (Le Nouvel Observateur, 21 janv. 1983ds R. Trad. 1983 no19, p. 36).
Toutes catégories. Qui concerne toutes les catégories sportives. Au hit-parade des nouvelles vacances « musclées », trois champions toutes catégories dominent la scène: les randonnées, la voile et le tennis (Le Point, 11 avr. 1977, p. 71).
Tous publics. Adapté à tous les publics. Tous les grands quotidiens et grands magazines « tous publics » ont perdu de leur audience depuis 1965, tandis que la baisse d'influence des grandes chaînes de radio a commencé un peu plus tard et celle des chaînes de télévision en 1977 seulement (Le Nouvel Observateur, 27 sept. 1980, p. 116, col. 2).
Tous risques. Qui couvre toutes les sortes de risques. Assurance tous risques. Assistance tous risques (L'Express, 29 mai 1981, p. 114, col. 1).
Tous temps ou, au sing., tout temps. Par tous les temps. Les systèmes d'atterrissage tout temps (ATT) permettent aux avions de se poser automatiquement (Le Point, 4 déc. 1978, p. 99, col. 2).
Tous terrains ou, au sing., tout(-)terrain. V. terrain A 1 d.
d) Littér. [Devant un subst. plur. sans art., servant à récapituler une suite de termes dans une énumération] Synon. de autant de.Toutes choses qui/que... Autour de lui et dans son conseil, on voyait Tanneguy-Duchâtel, Barbazan, le président Louvet, maître Robert-le-Masson, tous gens qui pouvaient espérer une haute fortune avec leur maître (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 196).
3. [Dans des loc. adv. et des tours prép., avec ou sans art., parfois au sing ou au plur.] À tous les coins de rue (v. coin2), à tous (les) coups (v. coup), à tous crins (v. crin); à tous égards (v. égard); à toutes mains (v. main); à toutes les sauces (v. sauce); à tous vents (v. vent); [valeur intensive, avec un subst. concr.] à toutes jambes (v. jambe); à toutes voiles (v. voile2); à toutes fins utiles (v. fin1); de tous côtés (v. côté); de tous les côtés; de toutes les façons; de toutes les manières; de toutes parts (v. part1); en tous points (v. point1); en tous lieux (v. lieu1); en tous cas, dans tous les cas (v. cas1); en tous sens, dans tous les sens (v. sens2); en toutes lettres (v. lettre); sous toutes réserves (v. réserve).
[Avec un subst. concr.] Sembrano arrivait à toutes pédales, agitant le bras droit (Malraux, Espoir, 1937, p. 497).
Rem. Parfois le sing. l'emporte sur le plur., ou l'usage hésite entre le sing. et le plur.: à toute(s) bride(s)* ; de toute(s) part(s) (v. part1); en tout point, en tous points (v. point1); à toute(s) pompe(s) (arg., v. pompe2).
4. [Devant un nom de nombre, avec ou sans art.] Tous deux; toutes trois; tous les quatre. La baronne de Bonmont offrit aux Gromance de les reconduire chez eux dans sa voiture (...)Montez! nous tiendrons bien tous les trois (A. France, Bergeret, 1901, p. 144).Tous quatre burent à la santé d'Olivier (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1168).
C. − Au sing. [Marque l'idée de distributivité exhaustive, « intensionnelle » et virtualisante (dans ce sens, il est proche de chaque)]
Rem. 1. Tout est distributif: il signifie le parcours d'une classe et dit que le prédicat vaut exhaustivement pour les éléments, pris un à un, que cette classe comporte. Ainsi Tout homme est mortel s'oppose à L'homme est mortel. Dans L'homme est mortel, on parle de l'entité homme, conceptuellement définie. Dans Tout homme est mortel, on parle des éléments homme pris un à un. Comparez La soumission est humiliante (c'est une caractéristique de la soumission d'être humiliante) et Toute soumission est humiliante (« toute forme de, toute espèce de... »: à défaut d'individus, on parcourt l'ensemble des sous-classes que soumission détermine). 2. Comme le, tout est « intensionnel ». Il s'oppose en cela à tous les qui est extensionnel. Tous les hommes sont mortels est vrai extensionnellement des individus dénommés « hommes ». Tout homme est mortel signifie que si un individu x, quel qu'il soit, répond à la définition « être homme », alors cet individu est mortel, pour un individu quelconque, la propriété « être homme » entraîne celle de « être mortel ». Toutes les soumissions sont humiliantes, si cet énoncé est acceptable, signifie extensionnellement que tous les actes de soumission le sont, alors que Toute soumission est humiliante signifie intensionnellement que toutes les formes de soumission le sont. 3. Tout est virtualisant, en ce sens qu'il opère sur une classe virtuelle. C'est en cela qu'il s'oppose à chaque, qui suppose une classe fermée, actuelle si l'on préfère. Que l'on compare les deux énoncés Chaque candidat aura accès à son dossier et Tout candidat aura accès à son dossier. Dans le premier cas, on pose qu'il y a un nombre donné de candidats; ce qui est dit est vrai de chacun d'eux. Dans le second, ce qui est dit est vrai de quelque candidat que ce soit, sans qu'on se prononce sur leur existence effective dans une situation déterminée. En d'autres termes, le premier énoncé est actuel, le second virtuel. Une conséquence importante est qu'avec tout, on utilise difficilement les temps du passé (? Tout candidat a eu accès à son dossier; mais: Chaque candidat a eu accès à son dossier); c'est que, dans le passé, la classe de candidats est strictement finie, actuelle et non pas virtuelle. Tout retard sera sanctionné peut être vrai même s'il n'y a pas de retardataires: on envisage seulement la possibilité qu'il y en ait et s'il y en a, ce qui est dit est vrai de chacun d'eux. Tout marque ainsi une forte affinité avec les éléments virtualisants: auxiliaires de mode (une pure distraction, comme il peut en arriver à tout homme énervé), conditionnel (toute velléité de résistance disparaîtrait), négation (soucieux d'éviter tout éclat). Actuel, chaque se prête à l'énumération exhaustive (Chaque candidat, à savoir Pierre, Paul...), ce qui n'est pas le cas de tout (*Tout candidat, à savoir Pierre, Paul...). De même tout est impossible chaque fois que le mot chaque est commutable avec chacun des (où la possibilité d'inexistence est exclue): Chaque camarade lui offrira un cadeau (« chacun de ses... »)(v. G. Kleiber, R. Martin, La Quantification univ. en fr. ds Semantikos 1977 t. 2 no1, pp. 19-36 et R. Martin, Pour une logique du sens, 1983, pp. 176-183); tout est généralisant, chaque individualisant.
1. Tout homme; toute chose (v. chose1). Toute peine mérite salaire (v. mériter); à tout seigneur tout honneur*; à tout péché miséricorde*; faire flèche, faire feu de tout bois (v. flèche1et feu1). « Tout condamné à mort, dit le Code, aura la tête tranchée »; cela est net, sec et froid; cela ne laisse à l'entendement aucune alternative (Gourmont, Esthét. lang. fr., 1899, p. 303).Aimer c'est aimer autre chose que soi. Et l'amour n'est pas si rare; il coule avec la vie; tout est amour; et la vie est un héroïsme de tout instant (Alain, Propos, 1914, p. 188).
[Avec une nég., la nég. portant sur tout et le subst., et non pas sur l'ensemble de la phrase] Toute vérité n'est pas bonne à dire (v. bon1). Je trouve permis de penser que toute architecture n'est pas concrète, toute musique n'est pas sonore (Valéry, Variété III, 1936, p. 158).
[Avec un subst. abstr.] Abandonner toute pudeur; perdre toute dignité; laisser toute espérance; avoir toute honte* bue. Un instant, elle avait cru se rattacher à une grande famille (...) Mais, aujourd'hui, tout espoir est perdu (Dumas père, Halifax, 1842, i, 7, p. 58).
Loc. Tout un chacun*, tout chacun* (fam.); toute sorte* de, toute espèce* de (suivi d'un subst. sing. ou plus souvent plur.).Tout(e) autre. N'importe quel(le) autre. Tout le monde vit alors cette femme si réservée et on la trouva charmante. Avec toute autre, j'aurais fait une haute imprudence (Michelet, Journal, 1857, p. 348).
Rem. À distinguer de l'adv. tout (à fait) autre: Mais c'est toujours l'opération qui me l'a complètement bouleversée!... Ah! C'était une tout autre femme!... Ah! Si tu l'avais vue avant!... Autrefois! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 498).
Expr. Pour solde de tout compte*.
2. [Après prép., formant des loc. adj. ou des loc. adv.] À tout âge; à tout coup; à toute heure* (du jour, de la nuit); à tout hasard* ; à toute épreuve* ; à toute occasion; à tout point de vue, à tous points de vue; à tout prix* ; à tout propos* ; à tout venant*, à tous venants; contre toute attente*; de tout côté* ; de toute façon*; de toute manière* ; de tout point (v. point1); de toute sorte* ; de tout temps* ; en tout temps* ; en tout cas (v. cas1); en tout genre*; en tout lieu (v. lieu1); en toute occasion; en tout état de cause*; avant toute chose; sur toute chose (v. chose1). M. Honoré Fortier, s'il ne l'exprimait pas, prouvait cependant, en toute occasion, la confiance qu'il avait dans l'expérience et dans la probité de son premier domestique (R. Bazin, Blé, 1907, p. 60).
II. − Pron. indéf.
A. − Au plur. Tous, toutes. [Marque l'idée de totalité sans exception]
1. [Comme pron. représentant]
a) [Reprenant un pron. pers. ou un subst. désignant des pers. ou des choses] Ils oublient cette maxime de l'apôtre: « Ne méprisez aucune doctrine, éprouvez-les toutes, et retenez celles qui sont bonnes » (Bonald, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 9).Une nuée de femmes enveloppa le maître (...) il (...) disait à toutes des choses faciles et jolies qui les enchantaient (A. France, Barbe-Bleue, Chemise, 1909, p. 281).
[Renforçant un pron. pers. tonique] Pour la nuit, d'abord, il leur avait trouvé un endroit à peu près sec, entre deux rigoles, où ils s'étaient allongés, n'ayant plus, à eux tous, qu'une toile (Zola, Débâcle, 1892, p. 442).
Loc. Une fois* pour toutes. [Comme compl. d'un superl.] Le premier, le dernier de tous; la pire, la dernière de toutes. [Renforcé] Tous ensemble; tous à la fois; tous en même temps; tous tant que nous sommes.
[Dans des tours attributifs] Moins cinq, dit Tchen. Les hommes de son groupe attendaient. C'étaient tous des ouvriers des filatures, vêtus de toile bleue; il portait leur costume. Tous rasés, tous maigres,tous vigoureux: avant Tchen, la mort avait fait sa sélection (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 243).
[Pour récapituler] Sur les douze jurés, il y a trois cultivateurs, deux officiers retraités, un médecin d'Aygueperse, deux boutiquiers, deux propriétaires, un manufacturier, un professeur, tous des braves gens, des hommes de famille et qui voudront un exemple (Bourget, Disciple, 1889, p. 228).
b) [Désignant des pers. ou des choses suggérées par le cont.] Tous [les paysans du contingent de Fougères] avaient sur l'épaule un gros bâton de chêne noueux (Balzac, Chouans, 1829, p. 4).Je ne veux que votre bonheur à tous et à toutes (Hugo, Corresp., 1862, p. 410):
3. « Encore faut-il que tu me dises tes péchés. Quels sont tes péchés? » Il me regarde étonné et me répond: « Mais tous! » « Comment, tous? » « Oui, tous. J'ai fait tous les péchés. » Je secoue la tête: « Tous, mon ami, c'est beaucoup!... » A. France, Orme, 1897, p. 77.
[Dans des tours attributifs] C'est heureux qu'il n'ait pas rencontré Ganache, il était capable de tirer dessus. C'est tous la même race, qu'il dit (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 164).
[En fonction de compl. prép.] « Bonne chasse, monsieur Alexandre? » À tous et à toutes Alexandre répondait, le ton détaché, négligent, comme il avait entendu dire au château: « Non, je n'ai rien vu » (A. Daudet, Pte paroisse, 1895, p. 312).
2. [Comme nominal] Tous les hommes, tout le monde; en partic., toutes les personnes d'une catégorie, d'une collectivité. Qui produit le blé, c'est-à-dire le pain pour tous? Le paysan! (R. Bazin, Blé, 1907, p. 107).[En corrél. avec chacun] V. part1I B 1 ex. de Hugo.Loc. Envers et contre tous (v. envers1). Tous les mêmes! (v. même I B 1 loc.). [Dans une tournure subst.] On s'expliquerait le tous à tous, dans l'immense fraternité des affections apprises au centre de la famille (Blondel, Action, 1893, p. 263).
B. − Au sing. Tout, pron. ou nom.
1. [Marque l'idée d'intégralité] Tout dans sa physionomie était délicatesse, effacement, demi-teinte, depuis la nuance de ses cheveux châtains jusqu'à celle de ses prunelles, d'un gris un peu brouillé, dans un visage ni trop pâle ni trop rose (Bourget, Disciple, 1889, p. 121).Jamais je ne signe un effet de commerce. Je paye tout comptant (Hermant, M. de Courpière, 1907, iii, 5, p. 24).
Tout ou partie* de. En tout ou en partie. Les articles 1048, 1049 et 1050 du Code civil sont formels: « Les biens dont les père et mère ont la faculté de disposer pourront être par eux donnés, en tout ou en partie, à un ou plusieurs de leurs enfants, par actes entre vifs ou testamentaires (...) » (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 200).
Tout ou rien. Pas de milieu, pas de gradation. Pas de moyen terme. La grâce ou la mort... (...). La justice du XVIesiècle? Tout ou Rien. Et quand la justice a dit Tout, ou bien Rien, le Roi intervient. Pour nuancer, lui? pour doser? Non. Le Roi donne librement non pas sa justice mais sa pitié. Elle peut tomber sur un indigne (L. Febvre, La Sensibilité et l'hist., [1941] ds Combats, 1953, p. 228).Empl. subst. masc. Solution extrême, radicale, sans compromis. Pour l'élève, c'était le « tout ou rien ». S'il manquait l'objectif prescrit, il n'avait pas de recours à un stade inférieur (Encyclop. éduc., 1960, p. 284).
PHYSIOL. Loi du tout ou rien. ,,Loi selon laquelle les impulsions nerveuses sont toutes d'égale amplitude, leur fréquence seule variant avec l'intensité du stimulus`` (Mill. Vision 1981). Loi du tout ou rien, lorsqu'une fibre se contracte, elle se contracte au maximum de sa capacité, et par ailleurs, le nombre de fibres ou de fibrilles qui entrent en action est d'autant plus important que l'excitation a été plus intense (Quillet Méd.1965, p. 371).
TECHNOL. (automatique). Commande par tout ou rien. ,,Commande dont seule intervient la présence ou non du signal, son intensité n'intervenant pas`` (Peyroux Techn. Métiers 1985). Réglage par tout(-) ou(-)rien. Depuis cinquante ans, la plupart des émissions sont constituées de signaux télégraphiques, donc manipulés par tout ou rien, en ondes entretenues pures depuis l'abandon des ondes amorties (Decaux, Mesure temps, 1959, p. 106).
Tout compris*.
2.
a) Toute chose. Il est le seul Dieu vivant; créateur de tous les aliments, dont toutes les créatures sont bonnes, et qui a mis abondamment toutes choses à notre usage (...). Dieu a tout créé, et il s'est reposé le septième jour (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 1021).
Proverbes. Tout passe, tout lasse, tout casse (v. lasser). Il y a un commencement* à tout.
P. ext. Beaucoup de choses; la plupart des choses en question. Avoir des clartés de tout (v. clarté). Lui, qui avait été l'homme unique dans l'hôtel, et bon à tout (...) se voyait réduit présentement à la seule toilette du maître, sèche, contrainte, silencieuse (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 154).Mademoiselle Philippine Gobelin, bonne ménagère et grande liseuse, d'une étendue d'esprit qui allait de la prudence à la folie, comique et mélancolique, qui avait tout lu et tout retenu (A. France, Vie fleur, 1922, p. 503).
Proverbes. Tout vient à point à qui sait attendre*; tout est bien qui finit bien (v. bien2) ; tout est pour le mieux dans le meilleur* des mondes; quand le bâtiment* va tout va; tout est perdu fors l'honneur* ; tout y va, la paille* et le blé.
Loc. Tout s'explique (v. expliquer); tout va très bien Madame la marquise* ; c'est la fin de tout (v. fin1). Fam. Envoyer tout promener, tout paître. Nous prîmes congé, avec des vœux et la promesse de nous revoir bientôt à Paris, le portier jurant d'envoyer tout valser et de rentrer dare-dare prendre sa retraite dans son village natal des Carpathes (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 46).
SYNT. Savoir tout; avoir réponse à tout; tout dire à qqn; avoir tout entendu; tout va (très) bien; tout n'est pas rose; tout essayer; tout s'est bien passé; acheter, vendre (un peu) de tout.
b) L'essentiel. Avoir tout; avoir tout pour plaire, pour être heureux; manquer de tout; avoir tout à gagner*, à perdre*. Et voilà pourquoi ce magasin ne travaille plus comme autrefois: c'est parce que je n'avais personne à nourrir. Mais maintenant, Sainte-Bonne Mère, ça change tout... Une femme et un petit, à moi? (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 6, p. 137).
Être tout pour qqn. Être le centre exclusif d'intérêt pour quelqu'un; en partic., être pour quelqu'un un objet d'affection exclusif. Mes soldats et mes tambours ne m'étaient plus de rien (...). Cette poupée était tout pour moi (A. France, Bonnard, 1881, p. 286).Il était touché de ce dévouement; il savait qu'elle lui était la meilleure des amies, le seul être pour qui il fût tout, et qui ne pût se passer de lui (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1491).
Être tout. Être quelque chose de très important. Ne peut-on pas espérer que l'humanité reviendra un jour à cette belle et vraie conception de la vie, où l'esprit est tout, où personne ne se définit par son métier, où la profession manuelle ne serait qu'un accessoire auquel on songerait à peine (...)? (Renan, Avenir sc., 1890, p. 395).
Tout est là. Là réside l'essentiel, l'important. Gagner du temps, tout est là, dans la vie! (Feydeau, Dame Maxim's, 1914, ii, 8, p. 46).Tout est dans + subst.Le bourreau: Le métier c'est le métier. Tout est dans la délicatesse du nœud et la distance des pieds au bûcher (Salacrou, Terre ronde, 1938, iii, 2, p. 247).
c) Loc. et expr.
Tout se passe comme si. Non seulement il [le fénech] s'adresse, pour un seul repas, à une centaine de ces touffes brunes, mais il ne prélève jamais deux coquilles voisines sur la même branche. Tout se passe comme s'il avait la conscience du risque (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 226).
Loc. adv. à valeur conclusive. Tout est dit; pour tout dire; c'est tout dire. On ne peut rien dire de plus. Une fois le coup de scie donné, tout est dit (Vallès, Réfract., 1865, p. 30).Une âme vive, émue, expansive, passionnée et généreuse, magnanime pour tout dire (Barrès, Cahiers, t. 5, 1906, p. 58).À tout prendre* ; tout bien pesé. Le ressort intime et profond du développement des sociétés occidentales à l'âge industriel est, tout bien considéré, la visée de valeurs sans prix, qui défient les plus ingénieux des comptes (Univers écon. et soc., 1960, p. 407).
C'est tout. Il n'y a rien d'autre à ajouter. Vous serrerez cela soigneusement dans la poche intérieure de votre dolman, reprit le sous-officier comptable. C'est tout. Vous pouvez vous retirer (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 52).[À la fin d'une énumération, ou d'une déclaration catégorique] Un point c'est tout (v. point1).
Ce n'est pas tout. Il y a encore autre chose d'important. Nous avons une comptable, une cuisinière, une repasseuse, deux servantes, les trois commises de la boucherie. Mais ce n'est pas tout! Ce n'est pas tout! (Audiberti, Femmes Bœuf, 1948, p. 114).
Ce n'est pas tout (que) de + inf.Il ne suffit pas de. Ce n'est pas tout d'avoir la foi, que d'avoir la foi, il faut faire de bonnes œuvres (Ac. 1798-1878). Synon. plus usuel ce n'est pas le tout de (v. tout3).Ce n'est pas tout que + subj.Ce n'est pas tout que la France soit sauvée par les armes, il faut qu'elle trouve son équilibre et sa reconstitution (Barrès, Cahiers, t. 12, 1919, p. 198).Fam. Ce n'est pas tout ça. Ce n'est pas tout ça, s'écria Rodays, comme frappé d'une idée subite. Qui va faire l'article? (L. Daudet, Brév. journ., 1936, p. 22).
Voilà tout. [Pour marquer que ce qui est ainsi fini n'était pas très important] (...) La petite Clément m'a dit que l'an dernier, ici même, vous aviez échangé des paroles qui pouvaient lui faire croire...C'est bien possible, dit Vial. Cette année, c'est changé, voilà tout (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 50).
Pop., fam. Avoir tout de suivi d'un subst. au sing. avec l'art. déf. et valeur péj..Avoir toutes les caractéristiques de, ressembler en tous points à. V. cuistancier dér. s.v. cuistance ex. de Barbusse.Arg. Avoir tout de la vache. Être méchant. Il t'donne un bon conseil et tu l'envoies ch... T'as tout d'la vache (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 74).
Pop., fam. Adj. + comme* tout.Extrêmement. [En compl. de compar. ou de superl.] Plus que tout; le pire de tout. Les journées se suivaient, mauvaises. Le pire de tout, peut-être, c'était cette menace multiforme, imprécise, qui traquait Raboliot partout, qu'il traînait nuit et jour, collée à lui (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 170).
À tout faire (v. faire1). Bonne à tout faire (v. bon1). À tout casser*.
d) N'importe quoi de bon ou de mauvais. Être capable de tout, décidé à tout, prêt à tout; s'adapter à tout; s'habituer à tout; s'attendre à tout; tout lui est bon. Point de compromis surtout! Vous m'entendez tous! Que j'aille à présent cajoler mes bourreaux?... Le fer! Le fer! Le feu plutôt!... Tout! Mais pas ça! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 546).
Loc. verb.
Faire argent* de tout. Faisant argent de tout, par exemple, même de sa beauté à l'occasion (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 128).Faire arme* de tout. J'ai des parents engagés dans cette terrible carrière de la politique, où l'on se fait arme de tout, où l'on ne trouve aucun état assez relevé, paraît-il (Vogüé, Morts, 1899, p. 329).
On aura tout vu! [Pour s'indigner d'un acte, d'un comportement] Je suis pacifiste, dit Philippe prêt à pleurer.Pacifiste! répéta Maurice avec stupeur. On aura tout vu! (Sartre, Sursis, 1945, p. 153).
e) [Avec une valeur récapitulative, servant à reprendre les termes d'une énumération] Sans même avoir pris garde, semble-t-il, que le mulet en question n'était plus le sien et qu'on le lui avait changé (de taille, de robe, d'âge, de tout) (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 93).[Pour récapituler des actions] Crainquebille: Qu'est-ce que tu bricoles pour vivre? La souris: (...) je crie les journaux, je fais les commissions. Tout, quoi! (A. France, Crainquebille, 1905, 1ertabl., 3, p. 245).Là il s'est alors dépêché... Deux jours après on les a reçus les exemplaires... Expédiés, bandés, collés, timbrés, tout! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 516).
[Pour annoncer une énumération] Ce millionnaire, le père Labille, qui avouait avoir tout eu, fortune, santé, bonheur de ménage (Goncourt, Journal, 1860, p. 732).
[Comme pron. de renforcement, de reprise, d'insistance] Je regarde la mer bleue de Tunis, au bout des avenues blanches, et tout m'est égal, tout, jusqu'aux jugements que ne manqueront point de porter sur moi mes meilleurs amis (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 239).
Fam. Et tout (et tout). [Pour renchérir sur un terme, dans la conversation] Et quantité d'autres choses du même genre. Dans cette turne de sous-off' que je partage avec deux autres ronfleurs, toute la nuit, sur mon plafond à la chaux éclairé de lune, j'ai vu défiler toute notre enfance, toute notre vie commune, le lycée, après, et tout, et tout (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1369).C'était d'ailleurs une bonne nature, Alcide, serviable et généreuse et tout (Céline, Voyage, 1932, p. 191).
Vx. [Avec valeur récapitulative ou non, désignant la totalité d'un groupe de pers., d'êtres vivants] Synon. de tout le monde (v. monde1).À l'instant tout s'assemble; Diversement armés, ils accourent ensemble (Delille, Énéide, t. 3, 1804, p. 49).
Proverbe. Il faut de tout pour faire un monde (v. monde1).
f) [Dans des loc. adv. ou adj., après une prép.] Après* tout ; au-dessus de tout; par-dessus tout (v. dessus1); malgré* tout.
Au-dessous de tout. Très médiocre. Être un homme moderne, nuance États-Unis, expliquait aussi pourquoi la table du baron était systématiquement au-dessous de tout (un homme d'affaires doit avoir l'esprit libre, et par conséquent l'estomac libre; la gourmandise est d'ailleurs un goût « du passé ») (Montherl., Célibataires, 1934, p. 771).
Avant tout. Principalement. Je suis Français, mon pays avant tout! (Dumas père, Noce et enterrement, 1826, 3etabl., 2, p. 108).
En tout
À tous égards, en tous points. Je vous en prie, faites-moi le plaisir de ne pas toucher les boutons de l'ascenseur, vous ne savez pas le manœuvrer, il faut être prudent en tout (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 314).Proverbe. L'excès* en tout est un défaut.
Au total. Il est pion à Tunis: 3.080 francs par anet professeur suppléanten tout: 4.000 francs (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1907, p. 37).
En tout et pour tout. Seulement. La grande bâtisse était éclairée, en tout et pour tout, par une seule lampe, très faible, qui se trouvait cachée derrière un pilier de ciment (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 217).
Ne... rien* du tout; ne... pas du tout (v. pas1).
REM.
-tout, élém. de compos.[Le 1erélém. est un verbe au prés., à la 3epers. du sing.] V. essuie-tout (rem. 1 d β s.v. essuyer), fait-tout, fourre-tout, mange-tout, risque-tout, va-tout.
Prononc. et Orth. Tout: [tu] devant cons.: tout signe [tusiɳ], [tut] devant voy. et h muet: tout art [tuta:ʀ], tout habitat [tutabita]. Fém. toute: [tut]. Plur. tous: adj. [tu]; pron. auj. [tus], prononc. encore condamnée ds Littré: ,,Quelques-uns font sentir l's du pluriel même devant une consonne: tous' viendront, ils y sont tous'; c'est une mauvaise prononciation``. Pour Littré: ,,la prononciation de tout et de tous n'est pas la même: ou dans le premier a un son moins grave que dans le second: tout et toû`` (l'accent grave indique une durée longue résultant de l'amuïssement de s finale). Fém. plur. toutes: [tut]. Homon. toue, toux, formes de tousser. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Mot indéf. I. en fonction de pron. 1. 881 plur. masc. cas suj. (Ste Eulalie, 26 ds Henry Chrestomathie, p. 3: Tuit oram que por nos degnet preier); fin xes. cas régime (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 471-472: Et qui venra toz judicar A toz rendra e ben e mal); 1174-87 fém. cas suj. (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 6523: Ensi tuit et totes disoient), v. S. Andersson, Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout, 1954, p. 249, sqq.; 2. 937-52 neutre, désigne la totalité, cas régime (Jonas, éd. G. de Poerck, 207: seietst unanimes in Dei servicio et en tot); 2emoit. xes. (St Léger, éd. J. Linskill, 88); 1174-76 cas suj. (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4405). II. En fonction d'adj. empl. avec un déterm. A. sing., signifie la totalité dans le domaine du déterminé 1. a) 2emoit. xes. avec un dém.; masc., régime (St Léger, 148: vol li preier Quae tot ciel miel laisses por Deu); b) avec l'art. déf. α) fin xes. masc. régime (Passion, 76); ca 1050 suj. [sing. coll.] (St Alexis, éd. Chr. Storey, 308: E tut le pople [...] Depreient Deu); β) fin xes. fém.; suj. [sing. coll.] (Passion, 33); c) ca 1050 avec un poss. ca 1050 masc., fém.; régime (St Alexis, 91: Tut sun aveir qu'od sei en ad portet; 442: Or vei jo morte tute ma porteüre); d) ca 1179 avec un indéf.; masc. sing.; régime (Renart, éd. M. Roques, 2097: Ce fu la dame dant Renart Qui vint poingnant tout un essart); 2. 2emoit. xes. empl. en appos. [avec un pron. pers.] (St Léger, 106: Ciel' ira grand et ciel corropt, Cio li preia, laissas lo toth; 126), v. S. Andersson, op. cit., p. 147, sqq. B. Plur., signifie la totalité des êtres, des éléments déterminés d'une communauté, d'un tout 1. avec l'art. déf. a) 2emoit. xes. masc.; suj. (St Léger, 211: Tuit li omne de ciel païs); ca 1100 fém.; régime (Roland, éd. J. Bédier, 2691); b) associé à un adj. numéral; valeur de distributif déb. xiiies. tous les uit jours (Fille du comte de Ponthieu, éd. Cl. Brunel, 407), v. aussi S. Andersson, op. cit., pp. 41-47; 2. avec un poss. fin xes. masc.; régime, suj. (Passion, 112: Contrals afanz que an a padir Toz sos fidels ven en garnid; 274: tuit soi fidel); ca 1100 (Roland, 2196); 3. avec un dém. ca 1050 masc.; suj. (St Alexis, 328: Iloc esguardent tuit cil altre seinors). III. En fonction de déterm. A. plur. 1. signifie la totalité d'une notion laissée indéterminée fin xes. fém., masc.; régime « toute espèce de » (Passion, 65: Li toi caitiu per totas gens Menad en eren a tormenz; 481: Per toz lengatges van parlan); 2. signifie (plus rarement) la totalité d'une notion déterminée; ca 1100 masc. suj. (Roland, 2476: Quant Carles veit que tuit sunt mort paiens); 1119 (Philippe de Thaon, Comput, éd. E. Mall, 2300); 3. fin xes. devant un numéral cardinal (Passion, 140: Terce ves lor o demanded, A totas treis chedent envers); 1174-76 tuz quatre (Guernes de Pont-Ste-Maxence, op. cit., 5218 [cf. tuit li doze 1176, Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 1128; sur ces 2 constr., v. S. Andersson, op. cit., pp. 180-190]); 4. ca 1100 devant une unité de temps, marque la périodicité tuz jurz « tous les jours » (Roland, 1882, 2927). B. Sing. 1. valeur de qualificatif; signifie l'intégralité d'une notion a) fin xemasc. tot per ver « en toute vérité » (Passion, 272); ca 1100 fém. (Roland, 391: Seit ki l'ociet, tute pais puis avriumes); ca 1280 (Adenet le Roi, Cleomadès, éd. A. Henry, 3335: bien cuida Que ce fust toute verité, Que ele leur avoit conté); fin xiiies. (Dits de l'âme, éd. E. Beschmann, A 25 k: Amis, tu es toute doucheurs), v. aussi S. Andersson, op. cit., p. 32, sqq.; b) ca 1100 spéc. devant un topon. tute Espaigne; tute Flandres (Roland, 224, 2327), v. aussi S. Andersson, op. cit., pp. 119-120; c) id. exprime la durée (ibid., 1780: tute jur; 2528: tute noit [cf. ibid., 2644: tute la noit]), v. aussi S. Andersson, op. cit., pp. 123-127; 2. ca 1050 signifie la totalité d'une notion indéterminée « toute espèce de; n'importe quel » masc.; suj., régime (St Alexis, 10: tut bien vait remanant; 58: sun seinor celeste Que plus ad cher que tut aveir terrestre). Tout (a. fr. sing. masc.: cas suj. toz, tous; cas régime tot, tout; fém.: cas suj., cas régime tote, toute; neutre: cas suj., cas régime tot, tout − plur. masc.: cas suj. tuit; cas régime toz, tous; fém.: cas suj., cas régime totes, toutes) est régulièrement issu de l'adj. lat. tōtus (d'où l'esp. port. todo), devenu à basse époque tōttus (forme blâmée comme barbarisme par le grammairien Consentius, ves., Vään., § 112) prob. par gémination expr. (de même ital. tutto). Seule la forme tuit fait difficulté. L'explication par la var. b. lat. tutti (viiies., Gl. de Cassel, éd. P. Marchot, 163; issue de tōtti par fermeture de en u par dilation sous l'infl. de i final) dans un groupe tel que tutti (homines) > *tutty(omines) > tuit, se heurte au fait qu'il n'y a régulièrement pas d'apparition de y devant un groupe occlusive géminée + yod (*mattia > masse). L'explication par *tuti (homines) > *tuiz refait en tuit, fait difficulté parce qu'en ce cas, seul le cas suj. masc. plur. reposerait sur une forme non géminée, v. cependant l'essai d'explication de J. Bourciez ds Mél. Hoepffner (E.) 1949, pp. 42-43; cf. Fouché, p. 398. Totus « entier, tout entier », s'est, dans la lang. vulg., confondu avec omnis « chaque, tout », d'abord au plur. dès Plaute (Miles, 212: totis horis) et plus fréquemment à basse époque (iiies. Tertullien; fin ives. Peregrinatio Aetheriae, 2, 6: toti illi montes; Löfstedt, p. 69; nombreux ex. ds Blaise Lat. chrét.); totus sing. équivalent de omnis, quivis, relevé dep. Apulée (Lat. Gramm., 1963, p. 203) devient également plus fréq. à basse époque (Blaise op. cit.); totus est à ce moment relevé comme équivalent de summus (ives. Vopiscus, Ammien Marcellin ds Löfstedt, p. 69; v. aussi Lat. Gramm., loc. cit.). Bbg. Andersson (S.). Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout. Lund-Copenhague-Paris, 1954, 275 p. − Attal (P.). Tout le monde n'est pas beau: essai sur les rapp. sém. entre tous et ne pas. Rech. Ling. Vincennes. 1972, no1, pp. 3-34. − Beyer (B.). Über den Gebrauch von tout im Alt- und nfrz. Rom. Forsch. 1907, t. 20, pp. 641-712. − Clédat (L.). Les Emplois de tout. R. Philol. fr. 1899, t. 13, pp. 42-63. − Ibrahim (A. H.). Effets argumentatifs de l'oppos. un/le. Semantikos. 1980, t. 4, no2, pp. 1-15. − Jonasson (K.). L'Art. indéf. générique... Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1986, t. 24, no1, pp. 312-314. − Kalepky (Th.). Syntaktisches: tous les deux und tous deux. Z. fr. Spr. Lit. 1912, t. 39, pp. 112-118. − Kayne (R. S.). Synt. du fr. Paris, 1977, pp. 13-71. − Lemieux (M.), Cedergren (H. J.). Les Tendances dynamiques du fr. parlé à Montréal. Québec, 1985, t. 2, pp. 7-89. − Muller (Cl.). À propos de l'indéf. générique. In: Rencontres avec la généricité, éd. par G. Kleiber. Paris, 1987, pp. 225-229. − Quem. DDL t. 38, 40. − Reid (T. B. W.). Notes on Fr. syntax. Mod. Lang. Rev. 1939, t. 34, pp. 541-549. − Rohrer (Ch.). Zur Bedeutung von tout und chaque im Frz. In: [Mél. Wandruszka (M.)]. Tübingen, 1971, pp. 509-517. − Tamine (J.). Introd. à la synt.: le déterm. tout. Inform. gramm. 1985, no26, pp. 29-31. − Vogüé (S. de). Réf., prédication, homon. Thèse, Paris VII, 1985, t. 1, pp. 348-354.

TOUT2, adv.

D'une façon intégrale, absolue.
A. − [Suivi d'un adj. ou d'un syntagme à fonction adj. (ou bien de certains pron. corresp. à des adj. déterminatifs)] Synon. complètement, entièrement.
1. [Suivi d'un adj. qualificatif] Tout blanc; tout noir; tout jeune; tout petit; tout neuf; tout naturel; tout seul. Il avait devant lui (il n'en doutait pas) un de ces hommes dont l'expérience est tout intérieure, comme formés par le dedans et dont l'équilibre n'est pas aisément rompu (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 217).Un trousseau de clefs, attachées (...) par une ficelle, toute cotonneuse d'aspect, tant elle était usée (Montherl., Célibataires, 1934, p. 739).Ç'a été un succès le premier numéro de la revue, Robert et Henri étaient tout contents (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 167).
Fam. Tout gosse*, tout môme. Toute mignonne, tout aimable, et toute belle... Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi La pose la plus simple et la meilleure aussi (Verlaine, Œuvres compl., t. 1, Bonne chans., 1870, p. 107).
[Devant un subst. composé (adj. + subst.)] Mais quel est ce tout jeune homme qui se glisse entre les arbres? (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 115).
À valeur de dimin. atténuatif. Tout fou (v. fou1I rem. gén. 2 b).
[Suivi d'un part. passé à valeur d'adj.] Tout armé*; tout craché*; tout habillé; tout trempé. Elle paraissait toute secouée, elle aussi (Zola, Germinal, 1885, p. 1281).
[Avec une nuance temporelle d'achèvement, devant certains part. passés adj.] Tout cuit*; tout fait (v. fait part. passé); tout vu*. Brotonneau: (...) Décide-toi, choisis. Thérèse: Ce n'est pas la peine, mon petit... C'est tout choisi. J'accepte les propositions que me fait M. de Berville, un homme qui, lui , me comprend (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, I, 16, p. 10).« Je suis si timide, Monsieur: je cherchais une occasion. » Elle est toute trouvée, lui dis-je poliment (Sartre, Nausée, 1938, p. 146).
Empl. subst. Même Bergson, si prompt à dénoncer le « tout fait » dans les explications de la nouveauté, garde un dualisme au fond platonisant, quand, dans une métaphore d'ailleurs peu heureuse, il parle d'un « courant de conscience lancé à travers la matière » (Ruyer, Cybern., 1954, p. 221).Le « tout-prêt », venant de chez le charcutier et l'épicier, sous forme de boîtes de conserves, suffit à la préparation des repas (Mathiot, Éduc. mén., 1957, p. 18).
[Avec un adj. verbal] Au commandement d'Antoine, ils reprirent les quatre coins du drap, hissèrent péniblement le malade hors de la baignoire et le déposèrent tout dégouttant sur le matelas (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1284).
[Dans le vocab. de la courtoisie] Toute bonne. Ma toute belle, dit madame de Lerne [à Jeanne], vous m'avez dit que vous étiez amoureuse de Toby?... permettez-moi de vous l'offrir en toute propriété (Feuillet, Paris, 1881, p. 65).
Rem. 1. Tout reste inv., sauf devant un adj. fém. commençant par une cons.: La narration d'Apulée reste tout agréable et vive (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 2, 1838, p. 442). La terre est toute blanche, les arbres tout blancs (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 19). Et je suis tout heureuse (Giraudoux, Sodome, 1943, I, 2, p. 52). Cependant, devant un adj. au fém. sing. commençant par une voy. ou un h muet, beaucoup font l'accord: Mais le peau est toute enlevée (Bernstein, Secret, 1913, III, 6, p. 37). Lyrisme paternel, humour, spontanéité maternels, mêlés, superposés, je suis assez sage à présent, assez fière pour les départager en moi, toute heureuse d'un délitage où je n'ai à rougir de personne ni de rien (Colette, Sido, 1929, p. 79). 2. Tous les adj. ne se prêtent pas à la modification adv. par tout (*Il est tout intelligent, tout aveugle, tout riche...). La propriété en cause doit affecter le sujet dans son entier, dans l'intégralité de son être (tout = « tout entier »). Avec les part. passés en empl. adj., il suppose un processus conduit par étapes jusqu'au bout, réalisé dans son intégralité (Il est tout abattu, tout aveuglé...; mais non *il est tout reçu, car on est reçu ou on ne l'est pas, il n'y a pas d'étapes intermédiaires).
2. [Suivi d'un adj. déterminatif ou d'un pron. corresp.]
Tout autre. Tout à fait différent. C'est une tout autre affaire; c'est tout autre chose (v. autre I 2 a). La Bretagne est beaucoup moins étendue qu'il ne semble. Pour le géologue et le politique, elle va jusqu'à Fougères et Nantes; mais sous le rapport de la race et de la langue, elle comprend seulement Tréguier, Léon, Cornouailles et Vannes. Ceci, étant appliqué sévèrement à l'histoire du pays, lui donne une tout autre figure (Michelet, Journal, 1831, p. 89).Certes nous pensions à tout autre chose (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 325).
[Dans une alternative catégorique] C'est tout l'un ou tout l'autre; c'est tout bon ou tout mauvais. Il n'y a pas de milieu; il faut prendre tel parti ou tel autre. Je vous ai reconnu à vos yeux! Vous avez les yeux des Coantré! s'écria la vieille dame, avec une voix de buccin (car, les femmes du vrai grand monde, c'est tout l'un ou tout l'autre: ou elles exhalent des sons exténués, ou elles poussent des cris effrayants) (Montherl., Célibataires, 1934, p. 869).Une bonne de curé, disons-nous, c'est comme une belle-mère, tout bon ou tout mauvais (Bernanos, Crime, 1935, p. 737).
Tout un; c'est tout un. Cela revient au même. Je ne suis pas un chef, ni n'aspire à le devenir. Commander, obéir, c'est tout un. Le plus autoritaire commande au nom d'un autre (Sartre, Mots, 1964, p. 13).
[Dans des formules de politesse] Tout vôtre. Entièrement dévoué à quelqu'un. Je suis tout vôtre (Ac. 1835, s.v. vôtre).
Vx. Tout le même. C'est tout le même homme que vous avez connu (Ac. 1878).
3. [Suivi d'un superl.]
Le(s) tout premier(s)*; le(s) tout dernier(s). Qui est exactement, réellement le premier, le dernier. À vrai dire, ce fut seulement au tout premier instant que nous eûmes de l'effroi (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 129).Alors on a commencé à voir de toutes les maisons sortir les hommes, après qu'ils avaient passé à la hâte et au tout dernier moment leur veste (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 260).
[En fonction d'attribut] Tout le premier, toute la première, tous les premiers. V. premier I A 7 empl. subst.
4. [Inv., suivi d'un syntagme prép. à valeur d'adj., avec à, de, en] (Être) tout en fleur(s), tout en eau*, tout en larmes, tout en nage, tout en pleurs (v. pleur), tout en sueur. Au même moment, un coup de tonnerre éclata avec un bruit affreux, et une lumière aveuglante dont la chambre parut tout en feu (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 318).Devant les cagnas, le capitaine veillait seul, grand corps maigre, tout en jambes (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 52).Ce livre a été pour son auteur une ascension vers les sommets d'une poésie intérieure tout à lui (Blanche, Modèles, 1928, p. 241).
Tout de + subst. + part. passé.Des mitrons, tout de blanc vêtus (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 186).
[Dans des formules de politesse épistolaires] (Être) tout à vous. Bien à vous; fidèlement vôtre. M. de Villèle me fit tenir ce billet: « Je reçois votre lettre, mon cher Chateaubriand (...) De cœur, tout à vous, J. Villèle. » (Chateaubr.,Mém., t. 3,1848,p. 174).Allons, je vous laisse... et si vous avez besoin d'un conseil, ou de quoi que ce soit, vous savez que nous sommes tout à vous (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, I, 10, p. 7).
5. Littér., gén. inv. [Pour renforcer un subst. épith. ou attribut] Peuh, je suis d'apparence presque féminine, il est vrai. Mais là-dessous, voyez-vous, tout muscles (Toulet, Mariage Don Quichotte, 1902, p. 71).L'Espoir vaut bien un dîner en ville! Nous étions tout sourires quand nous sommes entrés dans le vaste salon bibliothèque où se trouvaient déjà Samazelle et son épouse (Beauvoir,Mandarins,1954,p. 207).Ces petits êtres tout spontanéité (Bourget, Laurence Albani, p. 290 ds Grev. 1986, § 955, p. 1453).
Loc. verb., au fig. Être tout feu tout flamme (pour qqc'/qqn) (v. feu1); être tout yeux (tout oreilles) (v. œil); être tout oreilles (v. oreille); être tout ouïe (v. ouïe); être (tout sucre et) tout miel*.
Rem. Dans cette accept., tout peut s'accorder avec le suj.; il est alors considéré comme un adj. qui le qualifie: Je suis sûr que vous êtes florissante, toute robes et fleurs (Mérimée, Lettres à une inconnue, t. 1, 1844, p. 236).
COMM., TECHNOL. [Suivi d'un subst. désignant une matière textile ou autre, d'un matériau] Entièrement constitué de. Tissu, vêtement tout laine. Alors il m'a emmenée dans la chambre de madame et m'a dit de prendre ces deux robes-là (...). Et regardez, acheva Estelle, dont les yeux rayonnaient, c'est tout soie! Perrine tâta l'étoffe.Bonne Vierge! oui... ç'est tout soie! (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 230).Bracelet tout métal craquelé doré (Catal. jouets (Trois-Quartiers), 1936).
MAR. [Dans les commandements]
[En parlant de la machine] En avant toute; en arrière toute. À toute vitesse (d'apr. Le Clère 1960). Herwick céda la place à son chef. Celui-ci commanda « en arrière toute », et, immédiatement après, passa à la machine l'ordre de fermer la porte étanche numéro 1 (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 184).
[En parlant de la barre] À gauche toute; à droite toute. Totalement à gauche, à droite (d'apr. Le Clère 1960).
6. [Dans des tours ell. formant un comp. à valeur adj. ou subst.; souvent avec un trait d'union] Qui est pourvu de l'équipement totalement constitué par (l'élément désigné par l'adj.).
[Avec un adj.] Tout(-)électrique. Cuisinière tout électrique. La revue « 50 millions de consommateurs », en comparant les coûts de chauffage dans cinq types de maisons individuelles, constate que le tout-électrique coûte près de 30 pour cent de plus en consommation que le gaz et le fuel, ce dernier étant le plus avantageux (L'Express, 14 nov. 1977, p. 116, col. 2).Tout-(-)informatique. Le choix définitif de la D.G.T. [Direction Générale des Télécommunications] en matière de câblage: celui de la seule fibre optique. Le choix industriel et technologique est incontestable, comme l'avait été il y a des années celui du « tout-informatique » pour le téléphone (Le Nouvel Observateur, 9 mars 1984, p. 26, col. 3).Tout(-)nucléaire. Or voici que le document du Plan démolit un postulat fondamental de la politique du tout-nucléaire: la part de l'électricité dans la consommation industrielle ne pourra pas, y lit-on, dépasser 40 pour cent (Le Nouvel Observateur, 9 août 1980, p. 23, col. 3).Tout(-)solaire. Prétendre se chauffer au tout-solaire dans les grandes villes serait tout à fait illusoire: les microclimats défavorables et surtout le mauvais ensoleillement de la grande majorité des appartements ne s'y prête pas (Le Sauvage, 1eroct. 1976, p. 58, col. 1).
[Avec un subst.] Tout(-)transistor. Les pistes HI-FI, grâce à de nouveaux amplis « tout transistor » (Paris-Match, 28 nov. 1970ds Gilb. 1980).Tout-champagne. Les connaisseurs préconisent dans les repas « tout-champagne » une gradation depuis les « sans année », légers, sur les entrées et les poissons, jusqu'aux vieux millésimes pour agrémenter les fins de repas (Jours de France, 23 févr. 1971ds Gilb. 1980).Tout-confort (p. métaph.). Venu pour travailler, potasser des bouquins sérieux, le sortilège indien s'empare de lui comme une hypnose et l'arrache au « tout-confort » de ses certitudes (Le Nouvel Observateur, 12 juin 1982, p. 100, col. 3).
7. [Dans des tours concessifs ou intensifs]
a) [Dans un tour concessif] Tout + adj. ou subst. attribut + que (+ verbe à l'ind. ou au subj.).Synon. (avec une valeur d'oppos. plus forte) de quelque*... que, si ... que (v. si2), bien que (v. bien2), quoique.[Avec l'ind.] René d'Anjou (...) tout beau-frère qu'il était du roi Charles (...) se préparait (...) à mettre le siège devant la ville de Metz (A. France, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 107).Entre nous, toute bonne qu'elle est, je crois bien qu'elle se divertissait d'émerveiller et d'essouffler l'académicien, qu'elle accueillait avec une bonne grâce dont il demeure touché (Valéry, Variété IV, 1938, p. 154).[Avec le subj., pour exprimer une affirmation moins assurée, ou p. anal. avec la synt. de si... que (d'apr. Le Bidois 1967,1579); considéré comme incorrect par les puristes] Enfin quelques artistes plus intelligents tentèrent de ramener l'industrie dans la voie du goût. Telle qu'elle est, tout imparfaite que nous la jugions encore (...) l'industrie française est la reine du monde qui accepte et avoue cette domination (Nosban, Manuel menuisier, t. 2, 1857, p. 251).
Vieilli ou littér. [Suivi d'un adj. ou d'un subst. attributif, sans que, sans verbe, la valeur concessive étant contextuelle]
[Avec un adj.] Ces yeux gonflés par les larmes et qui, tout endormis, semblaient encore verser des pleurs (Balzac, inBrüss, p. 113 ds S. Andersson, Nouv. Ét. sur la syntaxe et la sém. du fr. tout, p. 124, v. bbg. infra).Cette amitié, tout intellectuelle, n'en était pas moins une amitié passionnée (Bourget, Laurence Albani, p. 290 ds Grev. 1986, § 955, p. 1453).
[Avec un subst. attrib.] Tout gamin, il a vagabondé, mendié, volé (Mirbeau, inBeyer, p. 689, ds Grev. 1986, § 955, p. 1453).
b) [Pour marquer le degré] Elle ne m'écoute pas, tout attentive qu'elle est au manège d'un homme qui passe à plusieurs reprises devant nous (Breton, Nadja, 1928, p. 86).
B. − [Suivi d'un adv. ou d'un syntagme à fonction adv.]
1. [Suivi d'un adv. ou d'une loc. adv.] Tout autrement, tout bonnement, tout bêtement, tout crûment, tout différemment, tout doucement, tout justement, tout lentement, tout naturellement, tout particulièrement, tout simplement, tout spécialement, tout tranquillement. V. bellement ex. 5 et 7.
Rem. Ces adv. expriment la totalité, l'égalité, la similitude ou les idées contraires: tout autrement, tout différemment, tout pareillement. D'autres expriment la précision ou la restriction: tout particulièrement, tout spécialement, tout justement. Avec des adv. exprimant une attitude sans détours, une expr. simple, dans des expr. semi-locutionnelles: tout bellement, tout bêtement, tout bonnement, tout crûment, tout simplement. Quand mes services ne seront plus agréables, on ne peut me faire un plus grand plaisir que de me le dire tout rondement (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 73).
[Avec des adv. marquant le temps, l'immédiateté temporelle] Tout dernièrement, tout nouvellement, tout présentement, tout récemment; tout aussitôt. [Pour exprimer la compar. ou l'équivalence] Tout aussi bien (v. aussi1), tout autant. [Pour exprimer la simultanéité] Tout ensemble (v. ensemble1). [Pour exprimer le lieu] Tout près, tout alentour, tout autour (v. autour2), tout contre (v. contre1), tout là-bas, tout partout*. [Autres valeurs] Tout exprès pop. ou région. (v. exprès2).
2. [Suivi d'un adj. en empl. adv.] Tout bas (v. bas1), tout haut (v. haut1), tout court (v. court1), tout doux*, tout droit (v. droit2), tout juste*. [Pour signifier « carrément, sans ambages »] Tout clair*, tout net (v. net1); tout plein* de. Tout franc (v. franc4). Il me l'a dit tout franc (Ac. 1935). [Valeur de superl.] Tout plein*; se fâcher* tout rouge.
Loc. exclam.
Tout beau* ! Tout doux* !
CHASSE. Tout(-)coi! tout coy! ,,Lorsqu'un limier ou des chiens courans veulent crier dans les voies, on leur dit: Tout-coi, chiens, tout-coi!`` (Baudr. Chasses 1834).
3. [Suivi d'une loc. superl.] Tout au plus*; tout au moins*, à tout le moins. [À valeur de superl.] À tout jamais*.
4. [Dans des syntagmes prép. à valeur adv.]
a) [Renforçant une loc. adv.] Tout à son aise (v. aise2), tout à loisir*, tout au contraire*, tout de travers*, tout du long*, tout à la fois... et..., tout à côté, tout au bout, tout en haut, tout en bas, tout d'abord. J'étais allée m'asseoir tout au fond, le plus loin possible de la vieille demoiselle (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 89).
b) [Dans des tours figés, où tout est obligatoire] Tout à coup*, tout à fait (v. fait, faite), tout à l'heure*, tout à trac*, tout de bon (v. bon1), tout de go*, tout de même (v. même2), tout de suite*; tout d'un coup*, tout d'une haleine*, tout d'une pièce*, tout d'un trait (v. trait1), tout d'une traite (v. traite2), tout de ce pas (v. pas2). Une grande obscurité comblait la nef, et, quand l'assistance répondait tout d'une voix à madame de Matefelon, on eût juré qu'il y avait là pour le moins cent personnes en prières (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 141).
C. − [Avec un verbe]
1. [Suivi d'un mode pers.] Pop. ou fam. dans la lang. parlée mod., rare. Je vais emmailloter mon fusil comme toi (...), la pluie a tout rouillé le mien (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 58).Maudits gamins, ils ont tout déchiré leur fond de culotte (Renard, Hist. nat., p. 116 ds S. Andersson, op. cit., p. 260).
2. [Suivi du gérondif, tout en + part. prés. ]
a) [Pour exprimer la simultanéité] Tout en marchant; tout en parlant. Tout en expliquant à Juliette l'objet de sa visite, elle admirait le buffet, la table ronde, les chaises cannelées et la pendule dorée (Aymé, Jument, 1933, p. 234).
b) [Pour exprimer l'oppos. entre deux faits] La royauté même, acculée, avait dû convoquer les États-Généraux, tout en les redoutant (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 44).
3. [Suivi d'une forme verbale en -ant, pour marquer la manière] Pop. ou région. Un fourrier cria, tout courant:Ça va, mon capitaine. J'ai déjà trouvé un bon cantonnement pour les chevaux (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 60).
D. − [Entrant dans des loc. prép. ou conj.]
1. [Dans des loc. prép.]
a) [de lieu] Tout près de, tout autour de, tout le long de, tout au fond de.
b) [de temps] Tout au long* de, tout le long* de, tout le long du jour.
2. [Dans des loc. conj.]
a) [de compar.] Tout comme si, c'est tout comme*, tout autant que, tout de même que.
b) [de temps] Rare. Tout aussitôt que. Nous savons assez qu'il [le peuple] ne déteste pas qu'on chansonne (...) ceux qu'il choisit, même ceux qu'il nomme, tout aussitôt qu'ils sont au pouvoir (Faguet dsSandf.t. 21965,§ 168, 2o).Tout de suite que (pop.). Tout de suite que je me suis mariée, j'ai commandé mon ménage à différents fournisseurs (Bataille, dsSandf.t. 21965,§ 168, 2o).Tout d'abord que. Dès que. Le jeune chef en fut saisi tout d'abord qu'il entra et ne le quitta plus des yeux pendant l'interrogatoire (Aymé, Jument, 1933, p. 71).
Prononc. et Orth.: [tu] devant cons.: tout blanc [tublɑ ̃], [tut] devant voy. et h muet: tout enfiévré [tutɑ ̃fjevʀe], tout hérissé [tuteʀise]. Homon. toue, toux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Adv. de quantité exprimant le degré plénier 1. a) devant un adj. α) fin xes. sing.; masc.; suj.; soumis à l'accord (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 355 Sos munument fure toz nous); ca 1050 fém.; id. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 459: tute en sui doleruse); id. masc.; suj.; non accordé (ibid., 220: Tut soi amferm); id. plur. masc.; suj.; tut forme agn. pour tuit (ibid., 365: Del ton conseil sumes tut buisinos); ca 1100 fém.; régime; accordé (Roland, éd. J. Bédier, 3581: Cez lor espees tutes nues i mustrent); β) ca 1150 devant un adj. au superl.; non accordé (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 240: Esbaï fu tut li plus sagez), cf. S. Andersson, Nouv. ét. sur la synt. et la sém. du mot ,,tout``, 1961, pp. 54-59; γ) fin xiies. sens concess.; accordé (Raoul de Cambrai, 2550 ds T.-L. Et tot sanglant le commence a baissier); b) devant un part. prés. adj. fin xes. masc. sing., suj.;accordé (Passion, 32: [Lazer] Jagud aveie toz pudenz); c) devant un part. passé adj. α) fin xes. plur.; masc.; suj.; accordé (ibid., 141: li felun tuit trassudad); ca 1050 sing; id. (St Alexis, 352: revint tuz esmeriz); non accordé (ibid., 4: Tut est müez [li] secles); fém., suj.; accordé (ibid., 134: tute en sui esguarethe); β) ca 1100 devant un superl.; accordé (Roland, 1872: E. .XXIIII. de tuz les melz preisez); γ) ca 1180 valeur temp. d'achèvement; accordé (Marie de France, Fables, 40, 13 ds T.-L.: Jeo sui piec'a tute enseigniee); δ) 1268 sens concess.; accordé (Claris et Laris, 8829, ibid.: Doucement tot armé l'acole), pour cet empl. et le précédent, v. S. Andersson, op. cit., pp. 124-127; 2. devant un adv. qu'il renforce fin xes. tot entorn (Passion, 59), v. aussi S. Andersson, op. cit., p. 131, sqq.; 3. devant une prép. a) ca 1050 exprime l'exclusion « seulement, exclusivement » (St Alexis, 243: E tut pur lui, unces nïent pur eil); b) ca 1100 exprime le renforcement tut entur lui (Roland, 410), voS. Andersson, op. cit., pp. 240-249; 4. devant un subst. attribut ca 1135(Couronnement de Louis, éd. Y. G. Lepage, réd. AB, 845: Crestïenté est tot foloiement), v. S. Andersson, op. cit., pp. 74-95; 5. devant un gérondif précédé de en, marque la simultanéité ca 1135 (Couronnement de Louis, 1071: Tot en poignant sa mace a destrossee), cf. S. Andersson, op. cit., pp. 260-263; 6. introd. une prop. concess. ca 1180 mode subj.; non accordé (Marie de France, op. cit., 74, 22 ds T.-L.: Altresi est mis cors luisanz Cum est li suens, tut seit il granz); av. 1473 tout + adj. que; mode ind. (Jouvenel des Ursins, Hist. Charles VI, Paris, 1653, p. 237: tout malade qu'il estoit); 1580 id.; mode subj. (Montaigne, Essais, II, 16, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 630: une creance tres-salutaire, toute vaine qu'elle puisse estre), v. S. Andersson, op. cit., pp. 94-123. Empl. adv. issu de totus empl. devant un adj., du type tota misera sum; pour l'accord de l'adv. en fr. mod., v. Vaug. 1647, pp. 95-97 et Ac. 1694. Bbg. Andersson (S.). Nouv. ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout. Lund.-Copenhague, 1961, 275 p.; Qq. glanures synt. sur le mot fr. tout. St. neophilol. 1970, t. 42, pp. 72-89. − Bally (Ch.). L'Adv. tout en fr. mod. In: [Mél. Boyer (P.)]. Paris, 1925, pp. 22-29. − Halmøy (J.-O.). Le Gérondif: élém. pour une description synt. et sém. Trondheim, 1982, pp. 352-386. − Morel (M.-A.). Ét. sur les moyens gramm. et lexicaux... Thèse, Paris, 1980, pp. 343-421. − Quem. DDL t. 38.

TOUT3, subst. masc.

A. − Un/le tout. Totalité d'un ensemble, d'une collection.
1. Totalité constituée par les différents éléments d'une chose; ensemble de choses formant une unité. Former, constituer un tout cohérent, homogène, harmonieux. Notre devoir est-il de chercher à devenir un être achevé et complet, un tout qui se suffit à soi-même, ou bien au contraire de n'être que la partie d'un tout, l'organe d'un organisme? (Durkheim, Divis. trav., 1893, p. 4).Il faut que vous me prêtiez encore dix francs... Je touche mon mois dans une semaine. Je vous rembourserai le tout ensemble (Lenormand, Simoun, 1921, 11etabl., p. 128).
Tout ou partie de. V. partie I A 2.
[Avec valeur récapitulative] Ensemble des éléments qui viennent d'être énumérés dans le discours. Affronter une fois de plus l'odeur de mangeaille, le service bruyant, la promiscuité de l'éternelle popote, écouter avec un sourire complaisant les palabres quotidiennes sur les projets de l'Allemagne, les calculs sur la durée de la guerre, l'explication des sous-entendus du communiqué...le tout, assaisonné de taquineries rituelles, de souvenirs du front (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 772).
Spécialement
HÉRALD. [À propos de l'écu posé sur un blason] Sur le tout. Sur le tout du tout. ,,Se dit de l'écu posé sur un blason généalogique. Un petit écusson posé sur lui est dit posé « sur le tout du tout »`` (Janneau 1980). Loc. Brochant sur le tout. V. brocher II loc.
JEUX [Dans une charade] Mot complet à deviner, en assemblant chaque élément syllabique à trouver successivement. V. premier I B 3 ex. de France, Vie fleur, 1922, p. 506 et dernier I C rem. ex. de Lar. 19e.
,,La troisième partie qui se joue après qu'un des deux joueurs a perdu partie et revanche, et où l'on joue autant d'argent que l'on en a joué dans les deux premières parties ensemble`` (Ac. 1835). Jouer le tout; jouer partie, revanche et le tout; perdre le tout; gagner le tout (Ac. 1835). Il y en avait qui jouaient un jeu d'enfer et qui faisaient leur tout, ayant plus de trente sous devant eux (MmeV. Hugo, Hugo, 1863, p. 145).
2. Absol. [Parfois avec majuscule] Le (grand) tout. L'universalité des choses. Le panthéisme est proprement la divinisation du tout, le grand tout donné comme Dieu (Cousin, Hist. philos. mod., t. 1, 1846, p. 128).V. panthéisme ex. 1.
3. Ce qui est le plus important, l'essentiel. Loc. Le tout (c')est de + inf.; c'est le tout de + inf.Le principal est de. Marie Belhomme (...) s'assied sur la chaise en face du père Sallé, il la dévisage et lui demande si elle sait ce que c'est que l'Iliade. Luce, derrière moi soupire: « Au moins, elle a commencé, c'est le tout de commencer » (Colette, Cl. école, 1900, p. 219).Au fond, voyez-vous, le chagrin, c'est comme le ver solitaire: le tout, c'est de le faire sortir (Pagnol, Fanny, 1932, I, 1ertabl., 8, p. 25).Le tout est que + subj.Vial aura besoin de papa, l'hiver prochain, si le ministère ne tombe pas, parce que papa est camarade de collège avec le ministre... Le tout est que le ministère ne tombe pas avant que les Quatre-Quartiers aient mis Vial à la direction de leurs ateliers (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 67).
Fam. Ce n'est pas le tout de + inf.Il ne suffit pas de. Henri: Ah! notre cousin de Guise vous en voulez terriblement à notre belle couronne de France (...) Catherine: Je vous comprends, mon fils; mais ce n'est pas le tout de couper, il faut recoudre (Dumas père, Henri III, 1829, II, 5, p. 160).
Loc. verb. Jouer*, risquer* le tout pour le tout.
Vx ou littér. Le tout de qqn. Le centre d'intérêt exclusif de quelqu'un; ce qui compte le plus pour quelqu'un. Dès que la passion s'emparant d'un cœur lui persuade qu'il y trouve de quoi se rassasier, dès qu'elle y consacre toutes les puissances de la tendresse et du dévouement, comme si l'homme y avait enfin trouvé son tout (Blondel, Action, 1893, p. 315).Dieu! Dieu! mon appui, mon rocher, mon tout! Tu vois mon cœur, tu sais combien cela me fait mal de devoir faire souffrir quelqu'un pour mon cher Karl! (Rolland, Beethoven, t. 1, 1937, p. 58).Le tout de qqc. L'essentiel de. Il me semble bien que la sympathie artistique suffit, que le principal est de faire des peintures vivantes, et que c'est même le tout de l'art, le reste étant forcément autre chose: morale, religion, métaphysique (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 233).
B. − Du tout
1. [À valeur positive]
a) Vx ou littér. Absolument, complètement. Il prenait soin de rassembler des arguments contre l'existence de Dieu. Il avait coutume de dire que la mort des hommes est du tout semblable à celle des animaux (A. France, Puits ste Claire, 1895, p. 112).Le développement des transports, et en particulier des chemins de fer qui atteignent sinon le cœur, du moins le pied des Alpes. Mais il s'en faut du tout que la glorieuse phalange qui déferle alors sur elles ne soit qu'une troupe de bourgeois riches et désœuvrés (Jeux et sports, 1967, p. 1648).
b) Du tout au tout. [Dans une réalisation ou dans un jugement] De façon radicale, complètement. Changer, différer, modifier du tout au tout. Non qu'on doive conclure de là que la métaphysique est la catégorie de l'irréel; ce serait se méprendre du tout au tout (Blondel, Action, 1893, p. 296).Que Rabelais ait pensé de la sorte, il s'en faut du tout au tout (A. France, Rabelais, 1909, p. 40).
2. [À valeur nég., comme 2eélém. d'une nég. forte, sans exception] Ne... absolument (pas, plus, rien). (Ne) pas/point/plus/rien du tout (v. rien II B 3). Le général Varaigne ne hait point du tout M. Stapfer. Il a grandement raison, et je suis bien sûr que le doyen de la Faculté des lettres, à son tour, n'a pour le général que de bons sentiments (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 24).Vous n'êtes pas anormale du tout. Presque toutes les femmes préfèrent les hommes (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 182).
Ni du tout. Les pleurs, en révélant son origine passionnelle, ôtent au raisonnement ce qu'il a d'agressif; nous ne serons ni trop touchés, ni du tout convaincus (Sartre, Litt., 1948, p. 42).
Sans du tout + inf.Il (...) me quitta là-dessus, après m'avoir chaudement remercié, l'air absorbé, ravi, et sans plus du tout reparler ni de Georges ni de Bernard (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1207).
[Sans l'élém. nég. ne; en prop. ell.] Rien du tout (v. rien II C 1; en empl. subst. v. rien IV A 5). Sitôt le taureau tombé, tous les gradins, sous la présidence, se tournèrent vers le prince, pour voir s'il applaudissait un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout, et se régler sur lui (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 536).[Dans une réponse] Allons donc! Quand vous aurez la tête broyée, est-ce que c'est vous qui en supporterez les conséquences? Pas du tout! ce sera la Compagnie, qui devra vous faire des pensions, à vous ou à vos femmes (Zola,Germinal,1885,p. 1177).(...) Il veut que tu restes pauvre... Il refuse d'augmenter ta part... À Dieu ne plaise!...Point du tout!protesta le bisaïeul;point du tout, Omer!Si fait, si fait! (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 68).
Empl. ell. Du tout. Absolument pas, aucunement, nullement. Vous êtes fatiguée, Mademoiselle? dit le marquis.Non, Monsieur le marquis, du tout (Goncourt, Journal, 1860, p. 843).[Renforcé] (...) Mais je m'arrête, j'en ai déjà trop dit.Du tout, du tout, monsieur de Meillan, sursurra Micaëlli, nous sommes impatients d'entendre la fin de votre phrase (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 108).
REM.
Toutim, subst. masc.,arg. pop. Et (tout) le toutim. Et tout le reste. Pour cette perruche, je méditais (...) un emballage (...) l'invitation au casse-graine chez Maxim's: magnum de champ' et le toutim (Simonin, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 27).Je mire son bureau de président, ses meubles de président, l'absence totale de dossiers (...). Quoi qu'il survienne, il n'a qu'à refiler le bébéavec l'eau du bain, l'éponge, le canard en celluloïde et tout le toutimà quelqu'un de la hiérarchie (L. Chouchon, Par 35ode lassitude Nord, Paris, Albin Michel, 1992, p. 136).
Prononc. et Orth.: [tu]. Homon. toue, toux. Att. ds Ac. dep. 1694. Plur. des touts. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 del tut loc. adv. « complètement » (Roland, éd. J. Bédier, 167: Par cels de France, voelt il del tut errer); 1174-87 del tot an tot « id. » (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 2271); 1176-81 ne ... pas del tot « pas complètement » (Id., Chevalier au lion, éd. M. Roques, 3993); 1580 ne ... pas du tout « absolument pas » (Montaigne, Essais, I, XVIII, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 75), v. aussi S. Andersson, Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout, 1954, pp. 237-248; 2. a) ca 1160 « l'entier d'un ensemble divisible » (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 3828: Ne veulent [li Troïens] estre meteier, N'en ont cure de parçonier, Anceis vuelent le tot aveir); fin xiiies. (Psautier, fol. 107 ds Littré : Par les parties devons nous entendre le tout); b) fin xves. « tout ce qui vient d'être dit, tout cela » (Philippe de Commynes, Mém., VIII, XVIII, éd. J. Calmette, t. 3, p. 245: et monta le tout cinq mil francs); 3. 1228 li communs toz « la foule entière » (Jean Renart, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 5154 [ibid., 4702: li toz ,,passage obscur, cas douteux`` d'apr. gloss. s.v. tot; cf. aussi l'interprétation de T.-L.]); fin xves. le tout « tous » (Philippe de Commynes, op. cit., t. 3, p. 255: [mention du nom de 3 personnes] mais le tout tant pouvre que nul ne le sauroit penser); 4. « ce qui est important » a) fin xves. (Id., op. cit., VII, IX, t. 3, p. 65: avoit perdu le tout); sur ces empl. [2, 3a], v. S. Andersson, op. cit., pp. 231-235; b) « ce qui compte le plus pour quelqu'un » α) 1552 en parlant d'une pers. (Rabelais, Quart livre, éd. R. Marichal, XIX, 20, p. 107: Ha mon pere, mon oncle, mon tout; XXVIII, 52, p. 138: [Pan] il est le nostre Tout, tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons [...] est luy, en luy, de luy); β) 1580 en parlant d'une chose (Montaigne, op. cit., III, 3, p. 353: l'opinion qui desdaigne nostre vie, elle est ridicule. Car en fin c'est nostre estre, c'est nostre tout); 5. fin xvies. [le] grand tout « la création, le monde » (Ph. Desportes, Œuvres chrét., Paraphrase du ,,Libera me`` ds Œuvres, éd. A. Michiels, p. 498). Empl. subst. de tout1*.
STAT.Fréq. abs. littér. Tout1, 2 et 3: 273 325. Toute: 73 323. Tous: 109 163. Toutes: 67 655. Fréq. rel. littér. Tout1, 2 et 3: xixes.: a) 340 752, b) 391 893; xxes.: a) 405 640, b) 417 732. Toute: xixes.: a) 98 750, b) 99 763; xxes.: a) 109 243, b) 108 417. Tous: xixes.: a) 186 014, b) 153 292; xxes.: a) 148 421, b) 134 126. Toutes: xixes.: a) 118 230, b) 96 842; xxes.: a) 87 261, b) 82 470.
BBG.Quem. DDL t. 38.

Tout : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TOUT1, TOUTE, TOUS, TOUTES, adj. indéf. et pron. indéf.

I. − Adj. indéf.
A. − [Marque l'idée d'intégralité]
1. [Précède un déterm. du subst. (art. déf., art. indéf., adj. poss., adj. dém.) ou bien précède un pron. (dém., pers., poss.) ou encore un nom propre]
a) [Pour marquer l'intégralité d'un espace (au propre ou au fig.), d'un volume, d'une durée, d'un processus, d'une collection, d'une masse ou la plénitude d'une réalité]
[D'un espace, d'un volume] Tout l'univers; tout le pays; tout le long de; toute une partie de; sur toute la ligne*. Visite à la Princesse, qui est tombée hier dans l'escalier et qui a tout le bras droit ankylosé (Goncourt, Journal, 1894, p. 675).
[D'une durée] Toute la journée; tout cet été; tout un hiver; avoir tout son temps*. De tout le repas il ne prononça pas une parole (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 248).
[D'un processus] Nous nous rendons avec lui chez M. Martin, à qui nous racontons toute l'histoire (Gide, Voy. Congo, 1927, p. 809).
[D'un ensemble, d'une collectivité] Toute la récolte; toute la classe; tout le quartier (« les habitants du quartier »); toute la population; toute la somme; tout le monde*. Tout l'hôtel, en un moment, fut sur pied. On courut chercher du secours (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 339).
Loc. Somme toute (v. somme1).
[D'une masse (concr. ou abstr.)] Toute la soupe; toute l'eau (est polluée); tout l'argent (a été remis); toute la chaleur. Expr. Pour tout l'or du monde (v. or1).
Tout ce qui, tout ce que. Proverbe. Tout ce qui brille/reluit n'est pas or (v. or1). Tout ce qui (désignant des pers.).Je suis avec tout ce qui a la peau brune. Gare à tout ce qui a la peau blanche! (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 392).
[Plénitude d'une réalité] Dire toute la vérité; tout son amour, son courage, son saoûl* ; toute son admiration, son ambition, son attention, son existence; donner toute sa mesure*. Les intrigues le mieux concertées, quoique tissues avec tout l'art et l'expérience possible, ont quelquefois, des suites fâcheuses (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 253).
De toute son âme; de tout son cœur; de tout son être; de toute sa force; de tout son poids; de tout son long*. Haynes, avait-il crié de toute sa voix, où êtes-vous? (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 17).
[Pour terminer une énumération et exprimer la totalité d'une série] Tout ceci; tout cela; et tout le reste* ; et tout ce qui s'ensuit (fam., v. ensuivre (s')); (et) tout le bataclan* (fam.); et tout le bazar* (très fam.); et tout le bordel * (arg.); et tout le saint-frusquin (pop., v. frusquin); et tout le tremblement*; toute la lyre*. Synon. et cœtera, tutti quanti.
[Pour ne pas exprimer qqc. ou pour ouvrir une énumération] Tout ce que vous voudrez. Il avait l'air de tout ce qu'on voudra, d'un camelot, d'un ouvrier inoccupé, d'un fou (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 23).
Fam. [Pour résumer] Tout ça pour*; tout ça parce que. Tu ne comprends pas (...) que le trésor passe dans ses poches et que Mascaral continue à pourrir dans les moucherons, et tout ça parce qu'un licencié aura manqué d'estomac (Audiberti, Quoat, 1946, 2etabl., p. 60).
Lang. admin. De tout quoi. De tout quoi nous avons dressé le présent constat pour la requérante en faire tel usage que de droit (Courteline, Article 330, 1900, p. 269).
Littér. [Devant un pron. pers.] Tout mon/son être; toute sa personne; tout lui; de tout lui-même. Il sentait que ses épaules, ses jambes, tout lui, étaient pour elle, même quand il remuait trop par insomnie ou travail à faire (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 349).
[Devant un titre d'œuvre et, p. méton., devant un nom propre d'aut.] L'intégralité de l'œuvre. Lire tout Molière, tout Madame de Sévigné. Une excellente musicienne qui me chanterait tout Gluck (Proust, Sodome, 1922, p. 1109).
Rem. Devant un titre ou un nom propre comportant un art., tout reste inv.; avec un subst. fém., l'accord est possible: lire tout(e) la Chartreuse de Parme. J'allai chercher de l'air pur au sommet du taxaudier, mon arbre favori, d'où l'on découvrait toute La Belle Angerie (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 137).
[Devant un nom propre de ville] La totalité matérielle de la ville. Mais Antide Boyer, il a fait des fontaines dans tout Aubagne, il a amené l'eau partout, alors les paysans n'ont d'amitié que pour lui (Barrès, Cahiers, t. 5, 1907, p. 246).[P. méton.] L'ensemble des habitants de (la ville). Tout Compiègne, ce dimanche, semblait être dehors. Antoine et Jacques se mêlèrent à la foule (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 704).
Rem. 1. L'accord au fém. est rare et vaut pour la totalité matérielle de la ville: J'entre en quelque palais, je sors de quelque église, Ma gondole est là, son fer droit. Et, durant tout un jour, j'ai eu toute Venise, Venise tout entière à moi (Régnier, Choix de poèmes, Vestigia flammae, Paris, Mercure de France, 1932 [1921], p. 235). 2. L'art. déf. s'emploie lorsque le nom propre est suivi d'un compl. déterminatif: Un duel avec le comte, n'était-ce point attirer sur lui l'attention de tout le Paris élégant (...)? (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 443). L'hiver dernier, au théâtre, Maryelle avait été l'objet, paraît-il, de l'attention d'un très jeune spectateur absolument inconnu du tout Paris des rues Blanche et Condorcet (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 335).
b) [Dans des tournures exprimant la ressemblance ou l'oppos., avec une valeur proche de la valeur adv.]
[Pour exprimer la ressemblance] Avoir tout l'air de; ça en a tout l'air (v. air2); c'est tout le portrait* de. Avise-le quand il rit. Avise: c'est tout le père Héricourt, ma chère! Tu l'as connu trop vieux pour le retrouver dans ce minois... mais c'est tout son aïeul. Voilà sa façon de porter la tête et de secouer les mèches de sa perruque (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 62).
[Pour exprimer l'oppos.] C'est tout le contraire, tout l'opposé*.
c) [Avec une valeur restr.] Seul, unique, essentiel. C'est toute la question, tout le problème; c'est toute la différence. Tu es malheureux? Le bûcheron eut un sanglot, qui fut toute sa réponse (R. Bazin, Blé, 1907, p. 324).P. iron. Bon à rien! Qu'à nous piller! Nous rançonner! Une infection! Nous écharper sans merci!... Voilà toute la reconnaissance! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 386).
d) [Avec une valeur de renchérissement]
α) [Avec un déterm. indéf.] C'est (en faire) tout(e) un(e) + subst. attribut (p. hyperb., le subst. de caractérisation désignant une chose importante).Véritable. C'est tout un art; c'est tout un programme*. Et sur ce tapis, il a vidé et étalé le contenu de ses poches. Et c'est tout un magasin qu'il couve des yeux avec une sollicitude de ménagère (Barbusse, Feu, 1916, p. 188).Loc. C'est toute une histoire*, tout un roman. Il préparait l'encre et le papier pour répondre. C'est toute une affaire et c'est tellement difficile (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 39).
Rem. Certains ne font pas l'accord au fém.: Sulphart (...) l'avait injurié tout une soirée (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 262).
β) Fam. Tout ce qu'il y a de plus + adj. ou subst. en empl. adj.V. plus I A 3 a.Tout ce qu'il y a de + adj.Tout le Café de la Paix nous avait acclamé quand on était venu avec tout ce qu'il y avait de chic, de jolies femmes et des drapeaux (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 252).
Tout ce qu'il y a de + subst.La totalité de. Mais qui vous dit qu'ils n'ont pas souffert autant qu'ils ont dédaigné? Qui sait tout ce qu'il y a de douleurs poignantes dans les profondeurs muettes du dédain? Qu'y a-t-il de plus révoltant que l'injustice, et quoi de plus amer que de recevoir une grande injure quand on mérite une grande couronne? (Hugo, Rhin, 1842, p. 392).
2. [Précède un subst. sans déterm.]
a) [Dans diverses loc.]
En tout bien tout honneur. V. bien3I B 2 a.
Loc. verb. Avoir toute latitude* de (faire qqc.), toute liberté* de/pour faire qqc., toute licence* de (faire qqc.); avoir tout intérêt* à (faire qqc.); avoir tout lieu de (penser qqc., croire qqc.) (v. lieu1); avoir toute confiance en qqn; donner toute satisfaction*.
Loc. adv. À toute allure; à toute(s) bride(s)* ; à toute bringue (arg., v. bringue1); à toute(s) pompe(s) (v. pompe2); à toute vapeur*; à toute vitesse*; à toute volée* ; de tout cœur* ; de toute éternité* ; de toute évidence* ; de tout repos* ; de toute urgence; en toute bonne foi* ; en toute connaissance de cause (v. cause1ex. 3); en toute conscience* ; en toute franchise; en toute hâte* ; en toute honnêteté*; en toute liberté; en toute modestie* ; en toute propriété* ; en toute sécurité, en toute simplicité* ; en toute sincérité; en toute vérité; selon toute apparence (v. apparence ex. 10).
En partic. [Avec valeur d'intensité qualitative, pour marquer le très haut degré dans l'absolu] Le tout début de; au tout début, à la toute fin de (empl. critiqué des puristes, v. Grev. 1975, § 457 rem. 2, p. 429). Que les premières pages de ce cahier remontent au tout début du printemps 1818, est prouvé par le fait que, dans les conversations avec un visiteur, il est question d'un concert qui a eu lieu le 1ermars 1818 (Rolland, Beethoven, t. 1, 1937, p. 204).Loc. adv. De toute beauté*. Loc. verb. Être à toute extrémité*.
Littér. [Devant un subst. abstr. évoquant une qualité (v. aussi toute-puissance)] L'être le plus souillé retrouve l'innocence Dans sa toute tendresse [de Dieu] et sa toute puissance (Hugo, Fin Satan, Paris, Hetzel-Quantin, 1886 [1885], p. 339).Ô masse de béatitude, Tu es si belle, juste prix De la toute sollicitude Des bons et des meilleurs esprits! (Valéry, Charmes, 1922, p. 141).
b) (Être) tout + subst.
α) [Accordé avec le subst. qui suit] Mon père était toute intelligence, toute clarté (É. Henriot, Livre de mon père, p. 110 ds Grev. 1986, § 616 b 1, p. 982).
β) [Fonctionne comme épith. à valeur d'adv. intensif] La nature l'y forcera, qui est toute alternances, qui est toute contractions et détentes (Montherl.,Aux fontaines du désir,p. 240, ds Grev. 1986, § 616 b 1, p. 982).
[Devant un nom propre] L'Angleterre est toute Shakespeare, et, jusque dans ces derniers temps, il a prêté sa langue à Byron, son dialogue à Walter Scott (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 504).
Rem. 1. Quand le genre et le nombre du suj. et du subst. qui suit sont les mêmes, les 2 empl. α et β se confondent: Eh bien, cœur à moi, je serai consolée par une pensée de femme. N'aurais-je pas possédé de toi l'être jeune et pudique, toute grâce, toute beauté, toute délicatesse (Balzac, Femme aband., 1832, p. 298). 2. Ailleurs, on ne peut pas faire le départ avec l'empl. adv. (v. tout2A 4): La merveille est l'encadrement, tout tiré de Rabelais. À votre droite, au plus haut, c'est l'enfant gâté, tout caprice, sensualité, gourmandise (Michelet, Journal, 1857, p. 365).
Fam., pop. C'est tout + subst. plur. sans art.[La série entière désignée présente tel caractère (exprimé par le subst.)] On rôde autour de fermes endormies, ou bien on va terrifier une femme qui montait coucher ses petits, une bougie à la main. Quand on parle de cela à la ferme, Monpoix grogne:C'est tout espions, dans ce pays, gamin (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 119).
[Avec valeur d'adv.] C'est tout bénéfice. Enfin, si les gens en ont assez d'être bien portants, et s'ils veulent s'offrir le luxe d'être malades, ils auraient tort de se gêner. C'est, d'ailleurs, tout bénéfice pour le médecin (Romains, Knock, 1923, iii, 3, p. 16).
c) Pour tout + subst. sans art.En fait de, pour seul, unique. Pour tout bagage; pour toute nourriture; pour toute réponse*. Bientôt, séduite par les promesses de son galant, elle débarquait avec lui quai de Jemmapes, ne possédant pour tout bien qu'une valise d'osier et des souvenirs d'orpheline (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 32).
Au fig. Pour tout potage*.
Rem. Pour tous + subst. plur.: Nos corps nus et glacés n'ont pour tous vêtements Que les haillons troués de la riche Angleterre (Barbier, Ïambes, 1840, p. 214). P. iron. Leurs jambes pour toutes montures, Pour tous biens l'or de leurs regards, Par le chemin des aventures Ils vont haillonneux et hagards (Verlaine, Poèmes saturn., 1866, p. 68). Il couve un vieux poignard tordu par cent batailles, Qui n'a pour tous joyaux qu'une rouille de sang (Samain, Chariot, 1900, p. 178).
3. [En fonction d'attribut]
(Être) tout(e) à qqc.Être entièrement pris par. Pour l'instant, elle était toute au rire qui l'avait saisie, quand, en sa présence, j'avais roulé à terre (Benoit, Atlant., 1919, p. 180).
(Être) tout(e) à qqn.Être entièrement à la disposition de quelqu'un, généralement en parlant d'une femme, dans des relations amoureuses. Pour rester libre, ne pas l'épouser si je ne voulais pas, pour pouvoir aller à Venise, mais pourtant l'avoir d'ici là toute à moi, le moyen que je prendrais ce serait de ne pas trop avoir l'air de venir à elle (Proust, Sodome, 1922, p. 1113).
[P. réf. à saint Paul, I Cor. ix, 22] Se faire tout à tous. Se mettre, être au service de tous. Je voudrais bien répondre à ce monsieur du journal. Car, comme vous savez, j'aime assez causer. Je me fais tout à tous, et ne dédaigne personne; mais je le crois fâché (Courier, Pamphlets pol., Lettres partic., 2, 1820, p. 66):
1. On connaît le mot célèbre de saint Paul: « Je me fais tout à tous, grec avec les Grecs, juif avec les Juifs ». Mais, au fur et à mesure que la société et la civilisation chrétiennes prennent consistance, cette adaptation devient moins spontanée, parce qu'on va d'un noyau solide d'habitudes chrétiennes vers les ténèbres extérieures d'un monde païen. Philos., Relig., 1957, p. 46-2.
Être tout(e) à tous. Publiez votre pensée. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir, étroite obligation de quiconque a une pensée, de la produire et mettre au jour pour le bien commun. La vérité est toute à tous. Ce que vous connaissez utile, bon à savoir pour un chacun, vous ne le pouvez taire en conscience (Courier, Pamphlets pol., Pamphlet des Pamphlets, 1824, p. 214).
(Être) tout(e) de (suivi d'un subst. sans art.).Entièrement formé de. Point de surprise. Dans notre vie, qui est toute d'attente, d'espérances, d'impatiences (Goncourt, Journal, 1860, p. 766).
Littér. [Après un verbe pronom.] Un autre jour, ces mêmes choses, ils en plaisantaient à demi-mot. Alors elle se détendait toute: un rien déridait sa jeunesse persistante (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 504).
B. − [Marque l'idée de totalité]
1. [Précède un déterm. au plur. ou bien un pron.]
a) Tous les, toutes les + subst. plur.L'ensemble de, la totalité de (personnes ou choses nombrables), sans exception. Tous les hommes; tous les siens; tous les autres; tous ceux-ci; de toutes ses forces. Il n'y a plus de maîtres; les titres sont abolis, tous les Français sont égaux et libres (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 9).Je le savais vainqueur à tous les sports, à la nage et au canotage surtout (Gide, Si le grain, 1924, p. 442).Proverbes. Tous les chemins mènent à Rome (v. chemin); la nuit tous les chats sont gris (v. chat1II B 4).
Expr. À tous les coups l'on gagne (v. coup); de tous les diables (v. diable1); aller à tous les diables (v. diable1); gagner sur tous les tableaux (v. tableau).
[Au sens de « n'importe lesquels, bons ou mauvais »] Tous les moyens sont bons (v. moyen2); (en dire, en faire voir) de toutes les couleurs (v. couleur).
b) [Pour marquer la périodicité, la fréquence] Toutes les fois* que ; tous les jours (v. jour); tous les ans; tous les mois; tous les matins; tous les soirs; tous les dimanches; tous les trente-six du mois*; toutes les vingt-quatre heures; tous les combien? (fam.); toutes les cinq minutes. On change d'étoile polaire tous les 26 920 ans (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 205):
2. Les canots-majors volaient sur l'eau; six ou huit paires d'avirons, rigoureusement synchrones, leur donnaient des ailes brillantes qui jetaient au soleil, toutes les cinq secondes, un éclair et un essaim de gouttes lumineuses. Valéry, Variété III, 1936, p. 235.
[Suivi d'une unité de longueur, pour exprimer l'idée d'intervalle] Tous les cent pas, un cimetière minuscule, serré entre deux logis, entasse les unes sur les autres ses trois douzaines de vieilles tombes (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 147).
2. [Sans autre déterm. du subst.]
a) [Devant un subst. sans art.] Toutes et quantes* fois; toutes sortes de; avoir tous pouvoirs sur; cesser toutes relations. L'hôtel-de-ville est composé de tous aristocrates qui s'entendent avec le roi (Le Moniteur, t. 2, 1789, p. 531).Les États Généraux implorent la paix à toutes conditions (Taine, Philos. art, t. 2, 1865, p. 79).
b) [Devant un subst. sans art. suivi d'un part., d'un adj. ou bien d'un adv. de lieu] Toutes affaires cessantes (v. affaire); tout compte fait, tous comptes faits (v. compte); tous frais payés (v. frais2); toutes proportions gardées (v. gardé); toutes choses égales d'ailleurs/par ailleurs (v. égal); toute(s) réflexion(s)* faite(s) ; toutes voiles dehors (v. voile2); toutes griffes dehors (v. griffe1). Au Vésinet, toutes lumières éteintes, impossible de se faire ouvrir aucune porte (Breton, Nadja, 1928, p. 108).Au bout de l'usine, un grand cabaret désert, comme abandonné, toutes fenêtres closes (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 180).
ADMIN., DR. Toutes choses demeurant en l'état*; tous droits réservés.
c) [Dans des tournures à fonction adj.]
DÉFENSE. Tous azimuts. Dans toutes les directions. La défense « nucléaire » de la France doit devenir, dans les prochaines années, une « défense tous azimuts », expression nouvelle et qui fera fortune, c'est-à-dire capable de se protéger de tous les côtés et de frapper n'importe quelle puissance sur le globe (L'Express, 4 déc. 1967ds Gilb. 1971).Au fig. Dans des domaines très divers; de toute sorte, en tous genres. Avec son humanisme tous azimuts, ses curiosités rares, (...) son goût des langues, la façon tout ensemble débonnaire et rugueuse dont elle administre une culture hors du commun, Marguerite Yourcenar pourrait apparaître, à un jeune lecteur français de 1978, comme une sorte particulièrement intimidante de monument historique (Le Point, 2 oct. 1978, p. 158, col. 1).[En parlant de pers.] De toutes catégories, de tous niveaux. Flaine et Val-d'Isère inaugurent des pistes pour skieurs tous azimuts (L'Express, 17 nov. 1969ds Gilb. 1971).Empl. adv. De tous côtés. Il se croyait si riche qu'il lançait tous azimuts des programmes de déve-loppement accéléré: complexes pétrochimiques, installations portuaires ultramodernes ou encore sites touristiques de rêve (Le Nouvel Observateur, 21 janv. 1983ds R. Trad. 1983 no19, p. 36).
Toutes catégories. Qui concerne toutes les catégories sportives. Au hit-parade des nouvelles vacances « musclées », trois champions toutes catégories dominent la scène: les randonnées, la voile et le tennis (Le Point, 11 avr. 1977, p. 71).
Tous publics. Adapté à tous les publics. Tous les grands quotidiens et grands magazines « tous publics » ont perdu de leur audience depuis 1965, tandis que la baisse d'influence des grandes chaînes de radio a commencé un peu plus tard et celle des chaînes de télévision en 1977 seulement (Le Nouvel Observateur, 27 sept. 1980, p. 116, col. 2).
Tous risques. Qui couvre toutes les sortes de risques. Assurance tous risques. Assistance tous risques (L'Express, 29 mai 1981, p. 114, col. 1).
Tous temps ou, au sing., tout temps. Par tous les temps. Les systèmes d'atterrissage tout temps (ATT) permettent aux avions de se poser automatiquement (Le Point, 4 déc. 1978, p. 99, col. 2).
Tous terrains ou, au sing., tout(-)terrain. V. terrain A 1 d.
d) Littér. [Devant un subst. plur. sans art., servant à récapituler une suite de termes dans une énumération] Synon. de autant de.Toutes choses qui/que... Autour de lui et dans son conseil, on voyait Tanneguy-Duchâtel, Barbazan, le président Louvet, maître Robert-le-Masson, tous gens qui pouvaient espérer une haute fortune avec leur maître (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 196).
3. [Dans des loc. adv. et des tours prép., avec ou sans art., parfois au sing ou au plur.] À tous les coins de rue (v. coin2), à tous (les) coups (v. coup), à tous crins (v. crin); à tous égards (v. égard); à toutes mains (v. main); à toutes les sauces (v. sauce); à tous vents (v. vent); [valeur intensive, avec un subst. concr.] à toutes jambes (v. jambe); à toutes voiles (v. voile2); à toutes fins utiles (v. fin1); de tous côtés (v. côté); de tous les côtés; de toutes les façons; de toutes les manières; de toutes parts (v. part1); en tous points (v. point1); en tous lieux (v. lieu1); en tous cas, dans tous les cas (v. cas1); en tous sens, dans tous les sens (v. sens2); en toutes lettres (v. lettre); sous toutes réserves (v. réserve).
[Avec un subst. concr.] Sembrano arrivait à toutes pédales, agitant le bras droit (Malraux, Espoir, 1937, p. 497).
Rem. Parfois le sing. l'emporte sur le plur., ou l'usage hésite entre le sing. et le plur.: à toute(s) bride(s)* ; de toute(s) part(s) (v. part1); en tout point, en tous points (v. point1); à toute(s) pompe(s) (arg., v. pompe2).
4. [Devant un nom de nombre, avec ou sans art.] Tous deux; toutes trois; tous les quatre. La baronne de Bonmont offrit aux Gromance de les reconduire chez eux dans sa voiture (...)Montez! nous tiendrons bien tous les trois (A. France, Bergeret, 1901, p. 144).Tous quatre burent à la santé d'Olivier (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1168).
C. − Au sing. [Marque l'idée de distributivité exhaustive, « intensionnelle » et virtualisante (dans ce sens, il est proche de chaque)]
Rem. 1. Tout est distributif: il signifie le parcours d'une classe et dit que le prédicat vaut exhaustivement pour les éléments, pris un à un, que cette classe comporte. Ainsi Tout homme est mortel s'oppose à L'homme est mortel. Dans L'homme est mortel, on parle de l'entité homme, conceptuellement définie. Dans Tout homme est mortel, on parle des éléments homme pris un à un. Comparez La soumission est humiliante (c'est une caractéristique de la soumission d'être humiliante) et Toute soumission est humiliante (« toute forme de, toute espèce de... »: à défaut d'individus, on parcourt l'ensemble des sous-classes que soumission détermine). 2. Comme le, tout est « intensionnel ». Il s'oppose en cela à tous les qui est extensionnel. Tous les hommes sont mortels est vrai extensionnellement des individus dénommés « hommes ». Tout homme est mortel signifie que si un individu x, quel qu'il soit, répond à la définition « être homme », alors cet individu est mortel, pour un individu quelconque, la propriété « être homme » entraîne celle de « être mortel ». Toutes les soumissions sont humiliantes, si cet énoncé est acceptable, signifie extensionnellement que tous les actes de soumission le sont, alors que Toute soumission est humiliante signifie intensionnellement que toutes les formes de soumission le sont. 3. Tout est virtualisant, en ce sens qu'il opère sur une classe virtuelle. C'est en cela qu'il s'oppose à chaque, qui suppose une classe fermée, actuelle si l'on préfère. Que l'on compare les deux énoncés Chaque candidat aura accès à son dossier et Tout candidat aura accès à son dossier. Dans le premier cas, on pose qu'il y a un nombre donné de candidats; ce qui est dit est vrai de chacun d'eux. Dans le second, ce qui est dit est vrai de quelque candidat que ce soit, sans qu'on se prononce sur leur existence effective dans une situation déterminée. En d'autres termes, le premier énoncé est actuel, le second virtuel. Une conséquence importante est qu'avec tout, on utilise difficilement les temps du passé (? Tout candidat a eu accès à son dossier; mais: Chaque candidat a eu accès à son dossier); c'est que, dans le passé, la classe de candidats est strictement finie, actuelle et non pas virtuelle. Tout retard sera sanctionné peut être vrai même s'il n'y a pas de retardataires: on envisage seulement la possibilité qu'il y en ait et s'il y en a, ce qui est dit est vrai de chacun d'eux. Tout marque ainsi une forte affinité avec les éléments virtualisants: auxiliaires de mode (une pure distraction, comme il peut en arriver à tout homme énervé), conditionnel (toute velléité de résistance disparaîtrait), négation (soucieux d'éviter tout éclat). Actuel, chaque se prête à l'énumération exhaustive (Chaque candidat, à savoir Pierre, Paul...), ce qui n'est pas le cas de tout (*Tout candidat, à savoir Pierre, Paul...). De même tout est impossible chaque fois que le mot chaque est commutable avec chacun des (où la possibilité d'inexistence est exclue): Chaque camarade lui offrira un cadeau (« chacun de ses... »)(v. G. Kleiber, R. Martin, La Quantification univ. en fr. ds Semantikos 1977 t. 2 no1, pp. 19-36 et R. Martin, Pour une logique du sens, 1983, pp. 176-183); tout est généralisant, chaque individualisant.
1. Tout homme; toute chose (v. chose1). Toute peine mérite salaire (v. mériter); à tout seigneur tout honneur*; à tout péché miséricorde*; faire flèche, faire feu de tout bois (v. flèche1et feu1). « Tout condamné à mort, dit le Code, aura la tête tranchée »; cela est net, sec et froid; cela ne laisse à l'entendement aucune alternative (Gourmont, Esthét. lang. fr., 1899, p. 303).Aimer c'est aimer autre chose que soi. Et l'amour n'est pas si rare; il coule avec la vie; tout est amour; et la vie est un héroïsme de tout instant (Alain, Propos, 1914, p. 188).
[Avec une nég., la nég. portant sur tout et le subst., et non pas sur l'ensemble de la phrase] Toute vérité n'est pas bonne à dire (v. bon1). Je trouve permis de penser que toute architecture n'est pas concrète, toute musique n'est pas sonore (Valéry, Variété III, 1936, p. 158).
[Avec un subst. abstr.] Abandonner toute pudeur; perdre toute dignité; laisser toute espérance; avoir toute honte* bue. Un instant, elle avait cru se rattacher à une grande famille (...) Mais, aujourd'hui, tout espoir est perdu (Dumas père, Halifax, 1842, i, 7, p. 58).
Loc. Tout un chacun*, tout chacun* (fam.); toute sorte* de, toute espèce* de (suivi d'un subst. sing. ou plus souvent plur.).Tout(e) autre. N'importe quel(le) autre. Tout le monde vit alors cette femme si réservée et on la trouva charmante. Avec toute autre, j'aurais fait une haute imprudence (Michelet, Journal, 1857, p. 348).
Rem. À distinguer de l'adv. tout (à fait) autre: Mais c'est toujours l'opération qui me l'a complètement bouleversée!... Ah! C'était une tout autre femme!... Ah! Si tu l'avais vue avant!... Autrefois! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 498).
Expr. Pour solde de tout compte*.
2. [Après prép., formant des loc. adj. ou des loc. adv.] À tout âge; à tout coup; à toute heure* (du jour, de la nuit); à tout hasard* ; à toute épreuve* ; à toute occasion; à tout point de vue, à tous points de vue; à tout prix* ; à tout propos* ; à tout venant*, à tous venants; contre toute attente*; de tout côté* ; de toute façon*; de toute manière* ; de tout point (v. point1); de toute sorte* ; de tout temps* ; en tout temps* ; en tout cas (v. cas1); en tout genre*; en tout lieu (v. lieu1); en toute occasion; en tout état de cause*; avant toute chose; sur toute chose (v. chose1). M. Honoré Fortier, s'il ne l'exprimait pas, prouvait cependant, en toute occasion, la confiance qu'il avait dans l'expérience et dans la probité de son premier domestique (R. Bazin, Blé, 1907, p. 60).
II. − Pron. indéf.
A. − Au plur. Tous, toutes. [Marque l'idée de totalité sans exception]
1. [Comme pron. représentant]
a) [Reprenant un pron. pers. ou un subst. désignant des pers. ou des choses] Ils oublient cette maxime de l'apôtre: « Ne méprisez aucune doctrine, éprouvez-les toutes, et retenez celles qui sont bonnes » (Bonald, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 9).Une nuée de femmes enveloppa le maître (...) il (...) disait à toutes des choses faciles et jolies qui les enchantaient (A. France, Barbe-Bleue, Chemise, 1909, p. 281).
[Renforçant un pron. pers. tonique] Pour la nuit, d'abord, il leur avait trouvé un endroit à peu près sec, entre deux rigoles, où ils s'étaient allongés, n'ayant plus, à eux tous, qu'une toile (Zola, Débâcle, 1892, p. 442).
Loc. Une fois* pour toutes. [Comme compl. d'un superl.] Le premier, le dernier de tous; la pire, la dernière de toutes. [Renforcé] Tous ensemble; tous à la fois; tous en même temps; tous tant que nous sommes.
[Dans des tours attributifs] Moins cinq, dit Tchen. Les hommes de son groupe attendaient. C'étaient tous des ouvriers des filatures, vêtus de toile bleue; il portait leur costume. Tous rasés, tous maigres,tous vigoureux: avant Tchen, la mort avait fait sa sélection (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 243).
[Pour récapituler] Sur les douze jurés, il y a trois cultivateurs, deux officiers retraités, un médecin d'Aygueperse, deux boutiquiers, deux propriétaires, un manufacturier, un professeur, tous des braves gens, des hommes de famille et qui voudront un exemple (Bourget, Disciple, 1889, p. 228).
b) [Désignant des pers. ou des choses suggérées par le cont.] Tous [les paysans du contingent de Fougères] avaient sur l'épaule un gros bâton de chêne noueux (Balzac, Chouans, 1829, p. 4).Je ne veux que votre bonheur à tous et à toutes (Hugo, Corresp., 1862, p. 410):
3. « Encore faut-il que tu me dises tes péchés. Quels sont tes péchés? » Il me regarde étonné et me répond: « Mais tous! » « Comment, tous? » « Oui, tous. J'ai fait tous les péchés. » Je secoue la tête: « Tous, mon ami, c'est beaucoup!... » A. France, Orme, 1897, p. 77.
[Dans des tours attributifs] C'est heureux qu'il n'ait pas rencontré Ganache, il était capable de tirer dessus. C'est tous la même race, qu'il dit (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 164).
[En fonction de compl. prép.] « Bonne chasse, monsieur Alexandre? » À tous et à toutes Alexandre répondait, le ton détaché, négligent, comme il avait entendu dire au château: « Non, je n'ai rien vu » (A. Daudet, Pte paroisse, 1895, p. 312).
2. [Comme nominal] Tous les hommes, tout le monde; en partic., toutes les personnes d'une catégorie, d'une collectivité. Qui produit le blé, c'est-à-dire le pain pour tous? Le paysan! (R. Bazin, Blé, 1907, p. 107).[En corrél. avec chacun] V. part1I B 1 ex. de Hugo.Loc. Envers et contre tous (v. envers1). Tous les mêmes! (v. même I B 1 loc.). [Dans une tournure subst.] On s'expliquerait le tous à tous, dans l'immense fraternité des affections apprises au centre de la famille (Blondel, Action, 1893, p. 263).
B. − Au sing. Tout, pron. ou nom.
1. [Marque l'idée d'intégralité] Tout dans sa physionomie était délicatesse, effacement, demi-teinte, depuis la nuance de ses cheveux châtains jusqu'à celle de ses prunelles, d'un gris un peu brouillé, dans un visage ni trop pâle ni trop rose (Bourget, Disciple, 1889, p. 121).Jamais je ne signe un effet de commerce. Je paye tout comptant (Hermant, M. de Courpière, 1907, iii, 5, p. 24).
Tout ou partie* de. En tout ou en partie. Les articles 1048, 1049 et 1050 du Code civil sont formels: « Les biens dont les père et mère ont la faculté de disposer pourront être par eux donnés, en tout ou en partie, à un ou plusieurs de leurs enfants, par actes entre vifs ou testamentaires (...) » (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 200).
Tout ou rien. Pas de milieu, pas de gradation. Pas de moyen terme. La grâce ou la mort... (...). La justice du XVIesiècle? Tout ou Rien. Et quand la justice a dit Tout, ou bien Rien, le Roi intervient. Pour nuancer, lui? pour doser? Non. Le Roi donne librement non pas sa justice mais sa pitié. Elle peut tomber sur un indigne (L. Febvre, La Sensibilité et l'hist., [1941] ds Combats, 1953, p. 228).Empl. subst. masc. Solution extrême, radicale, sans compromis. Pour l'élève, c'était le « tout ou rien ». S'il manquait l'objectif prescrit, il n'avait pas de recours à un stade inférieur (Encyclop. éduc., 1960, p. 284).
PHYSIOL. Loi du tout ou rien. ,,Loi selon laquelle les impulsions nerveuses sont toutes d'égale amplitude, leur fréquence seule variant avec l'intensité du stimulus`` (Mill. Vision 1981). Loi du tout ou rien, lorsqu'une fibre se contracte, elle se contracte au maximum de sa capacité, et par ailleurs, le nombre de fibres ou de fibrilles qui entrent en action est d'autant plus important que l'excitation a été plus intense (Quillet Méd.1965, p. 371).
TECHNOL. (automatique). Commande par tout ou rien. ,,Commande dont seule intervient la présence ou non du signal, son intensité n'intervenant pas`` (Peyroux Techn. Métiers 1985). Réglage par tout(-) ou(-)rien. Depuis cinquante ans, la plupart des émissions sont constituées de signaux télégraphiques, donc manipulés par tout ou rien, en ondes entretenues pures depuis l'abandon des ondes amorties (Decaux, Mesure temps, 1959, p. 106).
Tout compris*.
2.
a) Toute chose. Il est le seul Dieu vivant; créateur de tous les aliments, dont toutes les créatures sont bonnes, et qui a mis abondamment toutes choses à notre usage (...). Dieu a tout créé, et il s'est reposé le septième jour (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 1021).
Proverbes. Tout passe, tout lasse, tout casse (v. lasser). Il y a un commencement* à tout.
P. ext. Beaucoup de choses; la plupart des choses en question. Avoir des clartés de tout (v. clarté). Lui, qui avait été l'homme unique dans l'hôtel, et bon à tout (...) se voyait réduit présentement à la seule toilette du maître, sèche, contrainte, silencieuse (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 154).Mademoiselle Philippine Gobelin, bonne ménagère et grande liseuse, d'une étendue d'esprit qui allait de la prudence à la folie, comique et mélancolique, qui avait tout lu et tout retenu (A. France, Vie fleur, 1922, p. 503).
Proverbes. Tout vient à point à qui sait attendre*; tout est bien qui finit bien (v. bien2) ; tout est pour le mieux dans le meilleur* des mondes; quand le bâtiment* va tout va; tout est perdu fors l'honneur* ; tout y va, la paille* et le blé.
Loc. Tout s'explique (v. expliquer); tout va très bien Madame la marquise* ; c'est la fin de tout (v. fin1). Fam. Envoyer tout promener, tout paître. Nous prîmes congé, avec des vœux et la promesse de nous revoir bientôt à Paris, le portier jurant d'envoyer tout valser et de rentrer dare-dare prendre sa retraite dans son village natal des Carpathes (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 46).
SYNT. Savoir tout; avoir réponse à tout; tout dire à qqn; avoir tout entendu; tout va (très) bien; tout n'est pas rose; tout essayer; tout s'est bien passé; acheter, vendre (un peu) de tout.
b) L'essentiel. Avoir tout; avoir tout pour plaire, pour être heureux; manquer de tout; avoir tout à gagner*, à perdre*. Et voilà pourquoi ce magasin ne travaille plus comme autrefois: c'est parce que je n'avais personne à nourrir. Mais maintenant, Sainte-Bonne Mère, ça change tout... Une femme et un petit, à moi? (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 6, p. 137).
Être tout pour qqn. Être le centre exclusif d'intérêt pour quelqu'un; en partic., être pour quelqu'un un objet d'affection exclusif. Mes soldats et mes tambours ne m'étaient plus de rien (...). Cette poupée était tout pour moi (A. France, Bonnard, 1881, p. 286).Il était touché de ce dévouement; il savait qu'elle lui était la meilleure des amies, le seul être pour qui il fût tout, et qui ne pût se passer de lui (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1491).
Être tout. Être quelque chose de très important. Ne peut-on pas espérer que l'humanité reviendra un jour à cette belle et vraie conception de la vie, où l'esprit est tout, où personne ne se définit par son métier, où la profession manuelle ne serait qu'un accessoire auquel on songerait à peine (...)? (Renan, Avenir sc., 1890, p. 395).
Tout est là. Là réside l'essentiel, l'important. Gagner du temps, tout est là, dans la vie! (Feydeau, Dame Maxim's, 1914, ii, 8, p. 46).Tout est dans + subst.Le bourreau: Le métier c'est le métier. Tout est dans la délicatesse du nœud et la distance des pieds au bûcher (Salacrou, Terre ronde, 1938, iii, 2, p. 247).
c) Loc. et expr.
Tout se passe comme si. Non seulement il [le fénech] s'adresse, pour un seul repas, à une centaine de ces touffes brunes, mais il ne prélève jamais deux coquilles voisines sur la même branche. Tout se passe comme s'il avait la conscience du risque (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 226).
Loc. adv. à valeur conclusive. Tout est dit; pour tout dire; c'est tout dire. On ne peut rien dire de plus. Une fois le coup de scie donné, tout est dit (Vallès, Réfract., 1865, p. 30).Une âme vive, émue, expansive, passionnée et généreuse, magnanime pour tout dire (Barrès, Cahiers, t. 5, 1906, p. 58).À tout prendre* ; tout bien pesé. Le ressort intime et profond du développement des sociétés occidentales à l'âge industriel est, tout bien considéré, la visée de valeurs sans prix, qui défient les plus ingénieux des comptes (Univers écon. et soc., 1960, p. 407).
C'est tout. Il n'y a rien d'autre à ajouter. Vous serrerez cela soigneusement dans la poche intérieure de votre dolman, reprit le sous-officier comptable. C'est tout. Vous pouvez vous retirer (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 52).[À la fin d'une énumération, ou d'une déclaration catégorique] Un point c'est tout (v. point1).
Ce n'est pas tout. Il y a encore autre chose d'important. Nous avons une comptable, une cuisinière, une repasseuse, deux servantes, les trois commises de la boucherie. Mais ce n'est pas tout! Ce n'est pas tout! (Audiberti, Femmes Bœuf, 1948, p. 114).
Ce n'est pas tout (que) de + inf.Il ne suffit pas de. Ce n'est pas tout d'avoir la foi, que d'avoir la foi, il faut faire de bonnes œuvres (Ac. 1798-1878). Synon. plus usuel ce n'est pas le tout de (v. tout3).Ce n'est pas tout que + subj.Ce n'est pas tout que la France soit sauvée par les armes, il faut qu'elle trouve son équilibre et sa reconstitution (Barrès, Cahiers, t. 12, 1919, p. 198).Fam. Ce n'est pas tout ça. Ce n'est pas tout ça, s'écria Rodays, comme frappé d'une idée subite. Qui va faire l'article? (L. Daudet, Brév. journ., 1936, p. 22).
Voilà tout. [Pour marquer que ce qui est ainsi fini n'était pas très important] (...) La petite Clément m'a dit que l'an dernier, ici même, vous aviez échangé des paroles qui pouvaient lui faire croire...C'est bien possible, dit Vial. Cette année, c'est changé, voilà tout (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 50).
Pop., fam. Avoir tout de suivi d'un subst. au sing. avec l'art. déf. et valeur péj..Avoir toutes les caractéristiques de, ressembler en tous points à. V. cuistancier dér. s.v. cuistance ex. de Barbusse.Arg. Avoir tout de la vache. Être méchant. Il t'donne un bon conseil et tu l'envoies ch... T'as tout d'la vache (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 74).
Pop., fam. Adj. + comme* tout.Extrêmement. [En compl. de compar. ou de superl.] Plus que tout; le pire de tout. Les journées se suivaient, mauvaises. Le pire de tout, peut-être, c'était cette menace multiforme, imprécise, qui traquait Raboliot partout, qu'il traînait nuit et jour, collée à lui (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 170).
À tout faire (v. faire1). Bonne à tout faire (v. bon1). À tout casser*.
d) N'importe quoi de bon ou de mauvais. Être capable de tout, décidé à tout, prêt à tout; s'adapter à tout; s'habituer à tout; s'attendre à tout; tout lui est bon. Point de compromis surtout! Vous m'entendez tous! Que j'aille à présent cajoler mes bourreaux?... Le fer! Le fer! Le feu plutôt!... Tout! Mais pas ça! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 546).
Loc. verb.
Faire argent* de tout. Faisant argent de tout, par exemple, même de sa beauté à l'occasion (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 128).Faire arme* de tout. J'ai des parents engagés dans cette terrible carrière de la politique, où l'on se fait arme de tout, où l'on ne trouve aucun état assez relevé, paraît-il (Vogüé, Morts, 1899, p. 329).
On aura tout vu! [Pour s'indigner d'un acte, d'un comportement] Je suis pacifiste, dit Philippe prêt à pleurer.Pacifiste! répéta Maurice avec stupeur. On aura tout vu! (Sartre, Sursis, 1945, p. 153).
e) [Avec une valeur récapitulative, servant à reprendre les termes d'une énumération] Sans même avoir pris garde, semble-t-il, que le mulet en question n'était plus le sien et qu'on le lui avait changé (de taille, de robe, d'âge, de tout) (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 93).[Pour récapituler des actions] Crainquebille: Qu'est-ce que tu bricoles pour vivre? La souris: (...) je crie les journaux, je fais les commissions. Tout, quoi! (A. France, Crainquebille, 1905, 1ertabl., 3, p. 245).Là il s'est alors dépêché... Deux jours après on les a reçus les exemplaires... Expédiés, bandés, collés, timbrés, tout! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 516).
[Pour annoncer une énumération] Ce millionnaire, le père Labille, qui avouait avoir tout eu, fortune, santé, bonheur de ménage (Goncourt, Journal, 1860, p. 732).
[Comme pron. de renforcement, de reprise, d'insistance] Je regarde la mer bleue de Tunis, au bout des avenues blanches, et tout m'est égal, tout, jusqu'aux jugements que ne manqueront point de porter sur moi mes meilleurs amis (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 239).
Fam. Et tout (et tout). [Pour renchérir sur un terme, dans la conversation] Et quantité d'autres choses du même genre. Dans cette turne de sous-off' que je partage avec deux autres ronfleurs, toute la nuit, sur mon plafond à la chaux éclairé de lune, j'ai vu défiler toute notre enfance, toute notre vie commune, le lycée, après, et tout, et tout (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1369).C'était d'ailleurs une bonne nature, Alcide, serviable et généreuse et tout (Céline, Voyage, 1932, p. 191).
Vx. [Avec valeur récapitulative ou non, désignant la totalité d'un groupe de pers., d'êtres vivants] Synon. de tout le monde (v. monde1).À l'instant tout s'assemble; Diversement armés, ils accourent ensemble (Delille, Énéide, t. 3, 1804, p. 49).
Proverbe. Il faut de tout pour faire un monde (v. monde1).
f) [Dans des loc. adv. ou adj., après une prép.] Après* tout ; au-dessus de tout; par-dessus tout (v. dessus1); malgré* tout.
Au-dessous de tout. Très médiocre. Être un homme moderne, nuance États-Unis, expliquait aussi pourquoi la table du baron était systématiquement au-dessous de tout (un homme d'affaires doit avoir l'esprit libre, et par conséquent l'estomac libre; la gourmandise est d'ailleurs un goût « du passé ») (Montherl., Célibataires, 1934, p. 771).
Avant tout. Principalement. Je suis Français, mon pays avant tout! (Dumas père, Noce et enterrement, 1826, 3etabl., 2, p. 108).
En tout
À tous égards, en tous points. Je vous en prie, faites-moi le plaisir de ne pas toucher les boutons de l'ascenseur, vous ne savez pas le manœuvrer, il faut être prudent en tout (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 314).Proverbe. L'excès* en tout est un défaut.
Au total. Il est pion à Tunis: 3.080 francs par anet professeur suppléanten tout: 4.000 francs (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1907, p. 37).
En tout et pour tout. Seulement. La grande bâtisse était éclairée, en tout et pour tout, par une seule lampe, très faible, qui se trouvait cachée derrière un pilier de ciment (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 217).
Ne... rien* du tout; ne... pas du tout (v. pas1).
REM.
-tout, élém. de compos.[Le 1erélém. est un verbe au prés., à la 3epers. du sing.] V. essuie-tout (rem. 1 d β s.v. essuyer), fait-tout, fourre-tout, mange-tout, risque-tout, va-tout.
Prononc. et Orth. Tout: [tu] devant cons.: tout signe [tusiɳ], [tut] devant voy. et h muet: tout art [tuta:ʀ], tout habitat [tutabita]. Fém. toute: [tut]. Plur. tous: adj. [tu]; pron. auj. [tus], prononc. encore condamnée ds Littré: ,,Quelques-uns font sentir l's du pluriel même devant une consonne: tous' viendront, ils y sont tous'; c'est une mauvaise prononciation``. Pour Littré: ,,la prononciation de tout et de tous n'est pas la même: ou dans le premier a un son moins grave que dans le second: tout et toû`` (l'accent grave indique une durée longue résultant de l'amuïssement de s finale). Fém. plur. toutes: [tut]. Homon. toue, toux, formes de tousser. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Mot indéf. I. en fonction de pron. 1. 881 plur. masc. cas suj. (Ste Eulalie, 26 ds Henry Chrestomathie, p. 3: Tuit oram que por nos degnet preier); fin xes. cas régime (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 471-472: Et qui venra toz judicar A toz rendra e ben e mal); 1174-87 fém. cas suj. (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 6523: Ensi tuit et totes disoient), v. S. Andersson, Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout, 1954, p. 249, sqq.; 2. 937-52 neutre, désigne la totalité, cas régime (Jonas, éd. G. de Poerck, 207: seietst unanimes in Dei servicio et en tot); 2emoit. xes. (St Léger, éd. J. Linskill, 88); 1174-76 cas suj. (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4405). II. En fonction d'adj. empl. avec un déterm. A. sing., signifie la totalité dans le domaine du déterminé 1. a) 2emoit. xes. avec un dém.; masc., régime (St Léger, 148: vol li preier Quae tot ciel miel laisses por Deu); b) avec l'art. déf. α) fin xes. masc. régime (Passion, 76); ca 1050 suj. [sing. coll.] (St Alexis, éd. Chr. Storey, 308: E tut le pople [...] Depreient Deu); β) fin xes. fém.; suj. [sing. coll.] (Passion, 33); c) ca 1050 avec un poss. ca 1050 masc., fém.; régime (St Alexis, 91: Tut sun aveir qu'od sei en ad portet; 442: Or vei jo morte tute ma porteüre); d) ca 1179 avec un indéf.; masc. sing.; régime (Renart, éd. M. Roques, 2097: Ce fu la dame dant Renart Qui vint poingnant tout un essart); 2. 2emoit. xes. empl. en appos. [avec un pron. pers.] (St Léger, 106: Ciel' ira grand et ciel corropt, Cio li preia, laissas lo toth; 126), v. S. Andersson, op. cit., p. 147, sqq. B. Plur., signifie la totalité des êtres, des éléments déterminés d'une communauté, d'un tout 1. avec l'art. déf. a) 2emoit. xes. masc.; suj. (St Léger, 211: Tuit li omne de ciel païs); ca 1100 fém.; régime (Roland, éd. J. Bédier, 2691); b) associé à un adj. numéral; valeur de distributif déb. xiiies. tous les uit jours (Fille du comte de Ponthieu, éd. Cl. Brunel, 407), v. aussi S. Andersson, op. cit., pp. 41-47; 2. avec un poss. fin xes. masc.; régime, suj. (Passion, 112: Contrals afanz que an a padir Toz sos fidels ven en garnid; 274: tuit soi fidel); ca 1100 (Roland, 2196); 3. avec un dém. ca 1050 masc.; suj. (St Alexis, 328: Iloc esguardent tuit cil altre seinors). III. En fonction de déterm. A. plur. 1. signifie la totalité d'une notion laissée indéterminée fin xes. fém., masc.; régime « toute espèce de » (Passion, 65: Li toi caitiu per totas gens Menad en eren a tormenz; 481: Per toz lengatges van parlan); 2. signifie (plus rarement) la totalité d'une notion déterminée; ca 1100 masc. suj. (Roland, 2476: Quant Carles veit que tuit sunt mort paiens); 1119 (Philippe de Thaon, Comput, éd. E. Mall, 2300); 3. fin xes. devant un numéral cardinal (Passion, 140: Terce ves lor o demanded, A totas treis chedent envers); 1174-76 tuz quatre (Guernes de Pont-Ste-Maxence, op. cit., 5218 [cf. tuit li doze 1176, Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 1128; sur ces 2 constr., v. S. Andersson, op. cit., pp. 180-190]); 4. ca 1100 devant une unité de temps, marque la périodicité tuz jurz « tous les jours » (Roland, 1882, 2927). B. Sing. 1. valeur de qualificatif; signifie l'intégralité d'une notion a) fin xemasc. tot per ver « en toute vérité » (Passion, 272); ca 1100 fém. (Roland, 391: Seit ki l'ociet, tute pais puis avriumes); ca 1280 (Adenet le Roi, Cleomadès, éd. A. Henry, 3335: bien cuida Que ce fust toute verité, Que ele leur avoit conté); fin xiiies. (Dits de l'âme, éd. E. Beschmann, A 25 k: Amis, tu es toute doucheurs), v. aussi S. Andersson, op. cit., p. 32, sqq.; b) ca 1100 spéc. devant un topon. tute Espaigne; tute Flandres (Roland, 224, 2327), v. aussi S. Andersson, op. cit., pp. 119-120; c) id. exprime la durée (ibid., 1780: tute jur; 2528: tute noit [cf. ibid., 2644: tute la noit]), v. aussi S. Andersson, op. cit., pp. 123-127; 2. ca 1050 signifie la totalité d'une notion indéterminée « toute espèce de; n'importe quel » masc.; suj., régime (St Alexis, 10: tut bien vait remanant; 58: sun seinor celeste Que plus ad cher que tut aveir terrestre). Tout (a. fr. sing. masc.: cas suj. toz, tous; cas régime tot, tout; fém.: cas suj., cas régime tote, toute; neutre: cas suj., cas régime tot, tout − plur. masc.: cas suj. tuit; cas régime toz, tous; fém.: cas suj., cas régime totes, toutes) est régulièrement issu de l'adj. lat. tōtus (d'où l'esp. port. todo), devenu à basse époque tōttus (forme blâmée comme barbarisme par le grammairien Consentius, ves., Vään., § 112) prob. par gémination expr. (de même ital. tutto). Seule la forme tuit fait difficulté. L'explication par la var. b. lat. tutti (viiies., Gl. de Cassel, éd. P. Marchot, 163; issue de tōtti par fermeture de en u par dilation sous l'infl. de i final) dans un groupe tel que tutti (homines) > *tutty(omines) > tuit, se heurte au fait qu'il n'y a régulièrement pas d'apparition de y devant un groupe occlusive géminée + yod (*mattia > masse). L'explication par *tuti (homines) > *tuiz refait en tuit, fait difficulté parce qu'en ce cas, seul le cas suj. masc. plur. reposerait sur une forme non géminée, v. cependant l'essai d'explication de J. Bourciez ds Mél. Hoepffner (E.) 1949, pp. 42-43; cf. Fouché, p. 398. Totus « entier, tout entier », s'est, dans la lang. vulg., confondu avec omnis « chaque, tout », d'abord au plur. dès Plaute (Miles, 212: totis horis) et plus fréquemment à basse époque (iiies. Tertullien; fin ives. Peregrinatio Aetheriae, 2, 6: toti illi montes; Löfstedt, p. 69; nombreux ex. ds Blaise Lat. chrét.); totus sing. équivalent de omnis, quivis, relevé dep. Apulée (Lat. Gramm., 1963, p. 203) devient également plus fréq. à basse époque (Blaise op. cit.); totus est à ce moment relevé comme équivalent de summus (ives. Vopiscus, Ammien Marcellin ds Löfstedt, p. 69; v. aussi Lat. Gramm., loc. cit.). Bbg. Andersson (S.). Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout. Lund-Copenhague-Paris, 1954, 275 p. − Attal (P.). Tout le monde n'est pas beau: essai sur les rapp. sém. entre tous et ne pas. Rech. Ling. Vincennes. 1972, no1, pp. 3-34. − Beyer (B.). Über den Gebrauch von tout im Alt- und nfrz. Rom. Forsch. 1907, t. 20, pp. 641-712. − Clédat (L.). Les Emplois de tout. R. Philol. fr. 1899, t. 13, pp. 42-63. − Ibrahim (A. H.). Effets argumentatifs de l'oppos. un/le. Semantikos. 1980, t. 4, no2, pp. 1-15. − Jonasson (K.). L'Art. indéf. générique... Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1986, t. 24, no1, pp. 312-314. − Kalepky (Th.). Syntaktisches: tous les deux und tous deux. Z. fr. Spr. Lit. 1912, t. 39, pp. 112-118. − Kayne (R. S.). Synt. du fr. Paris, 1977, pp. 13-71. − Lemieux (M.), Cedergren (H. J.). Les Tendances dynamiques du fr. parlé à Montréal. Québec, 1985, t. 2, pp. 7-89. − Muller (Cl.). À propos de l'indéf. générique. In: Rencontres avec la généricité, éd. par G. Kleiber. Paris, 1987, pp. 225-229. − Quem. DDL t. 38, 40. − Reid (T. B. W.). Notes on Fr. syntax. Mod. Lang. Rev. 1939, t. 34, pp. 541-549. − Rohrer (Ch.). Zur Bedeutung von tout und chaque im Frz. In: [Mél. Wandruszka (M.)]. Tübingen, 1971, pp. 509-517. − Tamine (J.). Introd. à la synt.: le déterm. tout. Inform. gramm. 1985, no26, pp. 29-31. − Vogüé (S. de). Réf., prédication, homon. Thèse, Paris VII, 1985, t. 1, pp. 348-354.

TOUT2, adv.

D'une façon intégrale, absolue.
A. − [Suivi d'un adj. ou d'un syntagme à fonction adj. (ou bien de certains pron. corresp. à des adj. déterminatifs)] Synon. complètement, entièrement.
1. [Suivi d'un adj. qualificatif] Tout blanc; tout noir; tout jeune; tout petit; tout neuf; tout naturel; tout seul. Il avait devant lui (il n'en doutait pas) un de ces hommes dont l'expérience est tout intérieure, comme formés par le dedans et dont l'équilibre n'est pas aisément rompu (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 217).Un trousseau de clefs, attachées (...) par une ficelle, toute cotonneuse d'aspect, tant elle était usée (Montherl., Célibataires, 1934, p. 739).Ç'a été un succès le premier numéro de la revue, Robert et Henri étaient tout contents (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 167).
Fam. Tout gosse*, tout môme. Toute mignonne, tout aimable, et toute belle... Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi La pose la plus simple et la meilleure aussi (Verlaine, Œuvres compl., t. 1, Bonne chans., 1870, p. 107).
[Devant un subst. composé (adj. + subst.)] Mais quel est ce tout jeune homme qui se glisse entre les arbres? (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 115).
À valeur de dimin. atténuatif. Tout fou (v. fou1I rem. gén. 2 b).
[Suivi d'un part. passé à valeur d'adj.] Tout armé*; tout craché*; tout habillé; tout trempé. Elle paraissait toute secouée, elle aussi (Zola, Germinal, 1885, p. 1281).
[Avec une nuance temporelle d'achèvement, devant certains part. passés adj.] Tout cuit*; tout fait (v. fait part. passé); tout vu*. Brotonneau: (...) Décide-toi, choisis. Thérèse: Ce n'est pas la peine, mon petit... C'est tout choisi. J'accepte les propositions que me fait M. de Berville, un homme qui, lui , me comprend (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, I, 16, p. 10).« Je suis si timide, Monsieur: je cherchais une occasion. » Elle est toute trouvée, lui dis-je poliment (Sartre, Nausée, 1938, p. 146).
Empl. subst. Même Bergson, si prompt à dénoncer le « tout fait » dans les explications de la nouveauté, garde un dualisme au fond platonisant, quand, dans une métaphore d'ailleurs peu heureuse, il parle d'un « courant de conscience lancé à travers la matière » (Ruyer, Cybern., 1954, p. 221).Le « tout-prêt », venant de chez le charcutier et l'épicier, sous forme de boîtes de conserves, suffit à la préparation des repas (Mathiot, Éduc. mén., 1957, p. 18).
[Avec un adj. verbal] Au commandement d'Antoine, ils reprirent les quatre coins du drap, hissèrent péniblement le malade hors de la baignoire et le déposèrent tout dégouttant sur le matelas (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1284).
[Dans le vocab. de la courtoisie] Toute bonne. Ma toute belle, dit madame de Lerne [à Jeanne], vous m'avez dit que vous étiez amoureuse de Toby?... permettez-moi de vous l'offrir en toute propriété (Feuillet, Paris, 1881, p. 65).
Rem. 1. Tout reste inv., sauf devant un adj. fém. commençant par une cons.: La narration d'Apulée reste tout agréable et vive (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 2, 1838, p. 442). La terre est toute blanche, les arbres tout blancs (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 19). Et je suis tout heureuse (Giraudoux, Sodome, 1943, I, 2, p. 52). Cependant, devant un adj. au fém. sing. commençant par une voy. ou un h muet, beaucoup font l'accord: Mais le peau est toute enlevée (Bernstein, Secret, 1913, III, 6, p. 37). Lyrisme paternel, humour, spontanéité maternels, mêlés, superposés, je suis assez sage à présent, assez fière pour les départager en moi, toute heureuse d'un délitage où je n'ai à rougir de personne ni de rien (Colette, Sido, 1929, p. 79). 2. Tous les adj. ne se prêtent pas à la modification adv. par tout (*Il est tout intelligent, tout aveugle, tout riche...). La propriété en cause doit affecter le sujet dans son entier, dans l'intégralité de son être (tout = « tout entier »). Avec les part. passés en empl. adj., il suppose un processus conduit par étapes jusqu'au bout, réalisé dans son intégralité (Il est tout abattu, tout aveuglé...; mais non *il est tout reçu, car on est reçu ou on ne l'est pas, il n'y a pas d'étapes intermédiaires).
2. [Suivi d'un adj. déterminatif ou d'un pron. corresp.]
Tout autre. Tout à fait différent. C'est une tout autre affaire; c'est tout autre chose (v. autre I 2 a). La Bretagne est beaucoup moins étendue qu'il ne semble. Pour le géologue et le politique, elle va jusqu'à Fougères et Nantes; mais sous le rapport de la race et de la langue, elle comprend seulement Tréguier, Léon, Cornouailles et Vannes. Ceci, étant appliqué sévèrement à l'histoire du pays, lui donne une tout autre figure (Michelet, Journal, 1831, p. 89).Certes nous pensions à tout autre chose (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 325).
[Dans une alternative catégorique] C'est tout l'un ou tout l'autre; c'est tout bon ou tout mauvais. Il n'y a pas de milieu; il faut prendre tel parti ou tel autre. Je vous ai reconnu à vos yeux! Vous avez les yeux des Coantré! s'écria la vieille dame, avec une voix de buccin (car, les femmes du vrai grand monde, c'est tout l'un ou tout l'autre: ou elles exhalent des sons exténués, ou elles poussent des cris effrayants) (Montherl., Célibataires, 1934, p. 869).Une bonne de curé, disons-nous, c'est comme une belle-mère, tout bon ou tout mauvais (Bernanos, Crime, 1935, p. 737).
Tout un; c'est tout un. Cela revient au même. Je ne suis pas un chef, ni n'aspire à le devenir. Commander, obéir, c'est tout un. Le plus autoritaire commande au nom d'un autre (Sartre, Mots, 1964, p. 13).
[Dans des formules de politesse] Tout vôtre. Entièrement dévoué à quelqu'un. Je suis tout vôtre (Ac. 1835, s.v. vôtre).
Vx. Tout le même. C'est tout le même homme que vous avez connu (Ac. 1878).
3. [Suivi d'un superl.]
Le(s) tout premier(s)*; le(s) tout dernier(s). Qui est exactement, réellement le premier, le dernier. À vrai dire, ce fut seulement au tout premier instant que nous eûmes de l'effroi (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 129).Alors on a commencé à voir de toutes les maisons sortir les hommes, après qu'ils avaient passé à la hâte et au tout dernier moment leur veste (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 260).
[En fonction d'attribut] Tout le premier, toute la première, tous les premiers. V. premier I A 7 empl. subst.
4. [Inv., suivi d'un syntagme prép. à valeur d'adj., avec à, de, en] (Être) tout en fleur(s), tout en eau*, tout en larmes, tout en nage, tout en pleurs (v. pleur), tout en sueur. Au même moment, un coup de tonnerre éclata avec un bruit affreux, et une lumière aveuglante dont la chambre parut tout en feu (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 318).Devant les cagnas, le capitaine veillait seul, grand corps maigre, tout en jambes (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 52).Ce livre a été pour son auteur une ascension vers les sommets d'une poésie intérieure tout à lui (Blanche, Modèles, 1928, p. 241).
Tout de + subst. + part. passé.Des mitrons, tout de blanc vêtus (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 186).
[Dans des formules de politesse épistolaires] (Être) tout à vous. Bien à vous; fidèlement vôtre. M. de Villèle me fit tenir ce billet: « Je reçois votre lettre, mon cher Chateaubriand (...) De cœur, tout à vous, J. Villèle. » (Chateaubr.,Mém., t. 3,1848,p. 174).Allons, je vous laisse... et si vous avez besoin d'un conseil, ou de quoi que ce soit, vous savez que nous sommes tout à vous (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, I, 10, p. 7).
5. Littér., gén. inv. [Pour renforcer un subst. épith. ou attribut] Peuh, je suis d'apparence presque féminine, il est vrai. Mais là-dessous, voyez-vous, tout muscles (Toulet, Mariage Don Quichotte, 1902, p. 71).L'Espoir vaut bien un dîner en ville! Nous étions tout sourires quand nous sommes entrés dans le vaste salon bibliothèque où se trouvaient déjà Samazelle et son épouse (Beauvoir,Mandarins,1954,p. 207).Ces petits êtres tout spontanéité (Bourget, Laurence Albani, p. 290 ds Grev. 1986, § 955, p. 1453).
Loc. verb., au fig. Être tout feu tout flamme (pour qqc'/qqn) (v. feu1); être tout yeux (tout oreilles) (v. œil); être tout oreilles (v. oreille); être tout ouïe (v. ouïe); être (tout sucre et) tout miel*.
Rem. Dans cette accept., tout peut s'accorder avec le suj.; il est alors considéré comme un adj. qui le qualifie: Je suis sûr que vous êtes florissante, toute robes et fleurs (Mérimée, Lettres à une inconnue, t. 1, 1844, p. 236).
COMM., TECHNOL. [Suivi d'un subst. désignant une matière textile ou autre, d'un matériau] Entièrement constitué de. Tissu, vêtement tout laine. Alors il m'a emmenée dans la chambre de madame et m'a dit de prendre ces deux robes-là (...). Et regardez, acheva Estelle, dont les yeux rayonnaient, c'est tout soie! Perrine tâta l'étoffe.Bonne Vierge! oui... ç'est tout soie! (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 230).Bracelet tout métal craquelé doré (Catal. jouets (Trois-Quartiers), 1936).
MAR. [Dans les commandements]
[En parlant de la machine] En avant toute; en arrière toute. À toute vitesse (d'apr. Le Clère 1960). Herwick céda la place à son chef. Celui-ci commanda « en arrière toute », et, immédiatement après, passa à la machine l'ordre de fermer la porte étanche numéro 1 (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 184).
[En parlant de la barre] À gauche toute; à droite toute. Totalement à gauche, à droite (d'apr. Le Clère 1960).
6. [Dans des tours ell. formant un comp. à valeur adj. ou subst.; souvent avec un trait d'union] Qui est pourvu de l'équipement totalement constitué par (l'élément désigné par l'adj.).
[Avec un adj.] Tout(-)électrique. Cuisinière tout électrique. La revue « 50 millions de consommateurs », en comparant les coûts de chauffage dans cinq types de maisons individuelles, constate que le tout-électrique coûte près de 30 pour cent de plus en consommation que le gaz et le fuel, ce dernier étant le plus avantageux (L'Express, 14 nov. 1977, p. 116, col. 2).Tout-(-)informatique. Le choix définitif de la D.G.T. [Direction Générale des Télécommunications] en matière de câblage: celui de la seule fibre optique. Le choix industriel et technologique est incontestable, comme l'avait été il y a des années celui du « tout-informatique » pour le téléphone (Le Nouvel Observateur, 9 mars 1984, p. 26, col. 3).Tout(-)nucléaire. Or voici que le document du Plan démolit un postulat fondamental de la politique du tout-nucléaire: la part de l'électricité dans la consommation industrielle ne pourra pas, y lit-on, dépasser 40 pour cent (Le Nouvel Observateur, 9 août 1980, p. 23, col. 3).Tout(-)solaire. Prétendre se chauffer au tout-solaire dans les grandes villes serait tout à fait illusoire: les microclimats défavorables et surtout le mauvais ensoleillement de la grande majorité des appartements ne s'y prête pas (Le Sauvage, 1eroct. 1976, p. 58, col. 1).
[Avec un subst.] Tout(-)transistor. Les pistes HI-FI, grâce à de nouveaux amplis « tout transistor » (Paris-Match, 28 nov. 1970ds Gilb. 1980).Tout-champagne. Les connaisseurs préconisent dans les repas « tout-champagne » une gradation depuis les « sans année », légers, sur les entrées et les poissons, jusqu'aux vieux millésimes pour agrémenter les fins de repas (Jours de France, 23 févr. 1971ds Gilb. 1980).Tout-confort (p. métaph.). Venu pour travailler, potasser des bouquins sérieux, le sortilège indien s'empare de lui comme une hypnose et l'arrache au « tout-confort » de ses certitudes (Le Nouvel Observateur, 12 juin 1982, p. 100, col. 3).
7. [Dans des tours concessifs ou intensifs]
a) [Dans un tour concessif] Tout + adj. ou subst. attribut + que (+ verbe à l'ind. ou au subj.).Synon. (avec une valeur d'oppos. plus forte) de quelque*... que, si ... que (v. si2), bien que (v. bien2), quoique.[Avec l'ind.] René d'Anjou (...) tout beau-frère qu'il était du roi Charles (...) se préparait (...) à mettre le siège devant la ville de Metz (A. France, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 107).Entre nous, toute bonne qu'elle est, je crois bien qu'elle se divertissait d'émerveiller et d'essouffler l'académicien, qu'elle accueillait avec une bonne grâce dont il demeure touché (Valéry, Variété IV, 1938, p. 154).[Avec le subj., pour exprimer une affirmation moins assurée, ou p. anal. avec la synt. de si... que (d'apr. Le Bidois 1967,1579); considéré comme incorrect par les puristes] Enfin quelques artistes plus intelligents tentèrent de ramener l'industrie dans la voie du goût. Telle qu'elle est, tout imparfaite que nous la jugions encore (...) l'industrie française est la reine du monde qui accepte et avoue cette domination (Nosban, Manuel menuisier, t. 2, 1857, p. 251).
Vieilli ou littér. [Suivi d'un adj. ou d'un subst. attributif, sans que, sans verbe, la valeur concessive étant contextuelle]
[Avec un adj.] Ces yeux gonflés par les larmes et qui, tout endormis, semblaient encore verser des pleurs (Balzac, inBrüss, p. 113 ds S. Andersson, Nouv. Ét. sur la syntaxe et la sém. du fr. tout, p. 124, v. bbg. infra).Cette amitié, tout intellectuelle, n'en était pas moins une amitié passionnée (Bourget, Laurence Albani, p. 290 ds Grev. 1986, § 955, p. 1453).
[Avec un subst. attrib.] Tout gamin, il a vagabondé, mendié, volé (Mirbeau, inBeyer, p. 689, ds Grev. 1986, § 955, p. 1453).
b) [Pour marquer le degré] Elle ne m'écoute pas, tout attentive qu'elle est au manège d'un homme qui passe à plusieurs reprises devant nous (Breton, Nadja, 1928, p. 86).
B. − [Suivi d'un adv. ou d'un syntagme à fonction adv.]
1. [Suivi d'un adv. ou d'une loc. adv.] Tout autrement, tout bonnement, tout bêtement, tout crûment, tout différemment, tout doucement, tout justement, tout lentement, tout naturellement, tout particulièrement, tout simplement, tout spécialement, tout tranquillement. V. bellement ex. 5 et 7.
Rem. Ces adv. expriment la totalité, l'égalité, la similitude ou les idées contraires: tout autrement, tout différemment, tout pareillement. D'autres expriment la précision ou la restriction: tout particulièrement, tout spécialement, tout justement. Avec des adv. exprimant une attitude sans détours, une expr. simple, dans des expr. semi-locutionnelles: tout bellement, tout bêtement, tout bonnement, tout crûment, tout simplement. Quand mes services ne seront plus agréables, on ne peut me faire un plus grand plaisir que de me le dire tout rondement (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 73).
[Avec des adv. marquant le temps, l'immédiateté temporelle] Tout dernièrement, tout nouvellement, tout présentement, tout récemment; tout aussitôt. [Pour exprimer la compar. ou l'équivalence] Tout aussi bien (v. aussi1), tout autant. [Pour exprimer la simultanéité] Tout ensemble (v. ensemble1). [Pour exprimer le lieu] Tout près, tout alentour, tout autour (v. autour2), tout contre (v. contre1), tout là-bas, tout partout*. [Autres valeurs] Tout exprès pop. ou région. (v. exprès2).
2. [Suivi d'un adj. en empl. adv.] Tout bas (v. bas1), tout haut (v. haut1), tout court (v. court1), tout doux*, tout droit (v. droit2), tout juste*. [Pour signifier « carrément, sans ambages »] Tout clair*, tout net (v. net1); tout plein* de. Tout franc (v. franc4). Il me l'a dit tout franc (Ac. 1935). [Valeur de superl.] Tout plein*; se fâcher* tout rouge.
Loc. exclam.
Tout beau* ! Tout doux* !
CHASSE. Tout(-)coi! tout coy! ,,Lorsqu'un limier ou des chiens courans veulent crier dans les voies, on leur dit: Tout-coi, chiens, tout-coi!`` (Baudr. Chasses 1834).
3. [Suivi d'une loc. superl.] Tout au plus*; tout au moins*, à tout le moins. [À valeur de superl.] À tout jamais*.
4. [Dans des syntagmes prép. à valeur adv.]
a) [Renforçant une loc. adv.] Tout à son aise (v. aise2), tout à loisir*, tout au contraire*, tout de travers*, tout du long*, tout à la fois... et..., tout à côté, tout au bout, tout en haut, tout en bas, tout d'abord. J'étais allée m'asseoir tout au fond, le plus loin possible de la vieille demoiselle (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 89).
b) [Dans des tours figés, où tout est obligatoire] Tout à coup*, tout à fait (v. fait, faite), tout à l'heure*, tout à trac*, tout de bon (v. bon1), tout de go*, tout de même (v. même2), tout de suite*; tout d'un coup*, tout d'une haleine*, tout d'une pièce*, tout d'un trait (v. trait1), tout d'une traite (v. traite2), tout de ce pas (v. pas2). Une grande obscurité comblait la nef, et, quand l'assistance répondait tout d'une voix à madame de Matefelon, on eût juré qu'il y avait là pour le moins cent personnes en prières (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 141).
C. − [Avec un verbe]
1. [Suivi d'un mode pers.] Pop. ou fam. dans la lang. parlée mod., rare. Je vais emmailloter mon fusil comme toi (...), la pluie a tout rouillé le mien (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 58).Maudits gamins, ils ont tout déchiré leur fond de culotte (Renard, Hist. nat., p. 116 ds S. Andersson, op. cit., p. 260).
2. [Suivi du gérondif, tout en + part. prés. ]
a) [Pour exprimer la simultanéité] Tout en marchant; tout en parlant. Tout en expliquant à Juliette l'objet de sa visite, elle admirait le buffet, la table ronde, les chaises cannelées et la pendule dorée (Aymé, Jument, 1933, p. 234).
b) [Pour exprimer l'oppos. entre deux faits] La royauté même, acculée, avait dû convoquer les États-Généraux, tout en les redoutant (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 44).
3. [Suivi d'une forme verbale en -ant, pour marquer la manière] Pop. ou région. Un fourrier cria, tout courant:Ça va, mon capitaine. J'ai déjà trouvé un bon cantonnement pour les chevaux (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 60).
D. − [Entrant dans des loc. prép. ou conj.]
1. [Dans des loc. prép.]
a) [de lieu] Tout près de, tout autour de, tout le long de, tout au fond de.
b) [de temps] Tout au long* de, tout le long* de, tout le long du jour.
2. [Dans des loc. conj.]
a) [de compar.] Tout comme si, c'est tout comme*, tout autant que, tout de même que.
b) [de temps] Rare. Tout aussitôt que. Nous savons assez qu'il [le peuple] ne déteste pas qu'on chansonne (...) ceux qu'il choisit, même ceux qu'il nomme, tout aussitôt qu'ils sont au pouvoir (Faguet dsSandf.t. 21965,§ 168, 2o).Tout de suite que (pop.). Tout de suite que je me suis mariée, j'ai commandé mon ménage à différents fournisseurs (Bataille, dsSandf.t. 21965,§ 168, 2o).Tout d'abord que. Dès que. Le jeune chef en fut saisi tout d'abord qu'il entra et ne le quitta plus des yeux pendant l'interrogatoire (Aymé, Jument, 1933, p. 71).
Prononc. et Orth.: [tu] devant cons.: tout blanc [tublɑ ̃], [tut] devant voy. et h muet: tout enfiévré [tutɑ ̃fjevʀe], tout hérissé [tuteʀise]. Homon. toue, toux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Adv. de quantité exprimant le degré plénier 1. a) devant un adj. α) fin xes. sing.; masc.; suj.; soumis à l'accord (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 355 Sos munument fure toz nous); ca 1050 fém.; id. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 459: tute en sui doleruse); id. masc.; suj.; non accordé (ibid., 220: Tut soi amferm); id. plur. masc.; suj.; tut forme agn. pour tuit (ibid., 365: Del ton conseil sumes tut buisinos); ca 1100 fém.; régime; accordé (Roland, éd. J. Bédier, 3581: Cez lor espees tutes nues i mustrent); β) ca 1150 devant un adj. au superl.; non accordé (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 240: Esbaï fu tut li plus sagez), cf. S. Andersson, Nouv. ét. sur la synt. et la sém. du mot ,,tout``, 1961, pp. 54-59; γ) fin xiies. sens concess.; accordé (Raoul de Cambrai, 2550 ds T.-L. Et tot sanglant le commence a baissier); b) devant un part. prés. adj. fin xes. masc. sing., suj.;accordé (Passion, 32: [Lazer] Jagud aveie toz pudenz); c) devant un part. passé adj. α) fin xes. plur.; masc.; suj.; accordé (ibid., 141: li felun tuit trassudad); ca 1050 sing; id. (St Alexis, 352: revint tuz esmeriz); non accordé (ibid., 4: Tut est müez [li] secles); fém., suj.; accordé (ibid., 134: tute en sui esguarethe); β) ca 1100 devant un superl.; accordé (Roland, 1872: E. .XXIIII. de tuz les melz preisez); γ) ca 1180 valeur temp. d'achèvement; accordé (Marie de France, Fables, 40, 13 ds T.-L.: Jeo sui piec'a tute enseigniee); δ) 1268 sens concess.; accordé (Claris et Laris, 8829, ibid.: Doucement tot armé l'acole), pour cet empl. et le précédent, v. S. Andersson, op. cit., pp. 124-127; 2. devant un adv. qu'il renforce fin xes. tot entorn (Passion, 59), v. aussi S. Andersson, op. cit., p. 131, sqq.; 3. devant une prép. a) ca 1050 exprime l'exclusion « seulement, exclusivement » (St Alexis, 243: E tut pur lui, unces nïent pur eil); b) ca 1100 exprime le renforcement tut entur lui (Roland, 410), voS. Andersson, op. cit., pp. 240-249; 4. devant un subst. attribut ca 1135(Couronnement de Louis, éd. Y. G. Lepage, réd. AB, 845: Crestïenté est tot foloiement), v. S. Andersson, op. cit., pp. 74-95; 5. devant un gérondif précédé de en, marque la simultanéité ca 1135 (Couronnement de Louis, 1071: Tot en poignant sa mace a destrossee), cf. S. Andersson, op. cit., pp. 260-263; 6. introd. une prop. concess. ca 1180 mode subj.; non accordé (Marie de France, op. cit., 74, 22 ds T.-L.: Altresi est mis cors luisanz Cum est li suens, tut seit il granz); av. 1473 tout + adj. que; mode ind. (Jouvenel des Ursins, Hist. Charles VI, Paris, 1653, p. 237: tout malade qu'il estoit); 1580 id.; mode subj. (Montaigne, Essais, II, 16, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 630: une creance tres-salutaire, toute vaine qu'elle puisse estre), v. S. Andersson, op. cit., pp. 94-123. Empl. adv. issu de totus empl. devant un adj., du type tota misera sum; pour l'accord de l'adv. en fr. mod., v. Vaug. 1647, pp. 95-97 et Ac. 1694. Bbg. Andersson (S.). Nouv. ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout. Lund.-Copenhague, 1961, 275 p.; Qq. glanures synt. sur le mot fr. tout. St. neophilol. 1970, t. 42, pp. 72-89. − Bally (Ch.). L'Adv. tout en fr. mod. In: [Mél. Boyer (P.)]. Paris, 1925, pp. 22-29. − Halmøy (J.-O.). Le Gérondif: élém. pour une description synt. et sém. Trondheim, 1982, pp. 352-386. − Morel (M.-A.). Ét. sur les moyens gramm. et lexicaux... Thèse, Paris, 1980, pp. 343-421. − Quem. DDL t. 38.

TOUT3, subst. masc.

A. − Un/le tout. Totalité d'un ensemble, d'une collection.
1. Totalité constituée par les différents éléments d'une chose; ensemble de choses formant une unité. Former, constituer un tout cohérent, homogène, harmonieux. Notre devoir est-il de chercher à devenir un être achevé et complet, un tout qui se suffit à soi-même, ou bien au contraire de n'être que la partie d'un tout, l'organe d'un organisme? (Durkheim, Divis. trav., 1893, p. 4).Il faut que vous me prêtiez encore dix francs... Je touche mon mois dans une semaine. Je vous rembourserai le tout ensemble (Lenormand, Simoun, 1921, 11etabl., p. 128).
Tout ou partie de. V. partie I A 2.
[Avec valeur récapitulative] Ensemble des éléments qui viennent d'être énumérés dans le discours. Affronter une fois de plus l'odeur de mangeaille, le service bruyant, la promiscuité de l'éternelle popote, écouter avec un sourire complaisant les palabres quotidiennes sur les projets de l'Allemagne, les calculs sur la durée de la guerre, l'explication des sous-entendus du communiqué...le tout, assaisonné de taquineries rituelles, de souvenirs du front (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 772).
Spécialement
HÉRALD. [À propos de l'écu posé sur un blason] Sur le tout. Sur le tout du tout. ,,Se dit de l'écu posé sur un blason généalogique. Un petit écusson posé sur lui est dit posé « sur le tout du tout »`` (Janneau 1980). Loc. Brochant sur le tout. V. brocher II loc.
JEUX [Dans une charade] Mot complet à deviner, en assemblant chaque élément syllabique à trouver successivement. V. premier I B 3 ex. de France, Vie fleur, 1922, p. 506 et dernier I C rem. ex. de Lar. 19e.
,,La troisième partie qui se joue après qu'un des deux joueurs a perdu partie et revanche, et où l'on joue autant d'argent que l'on en a joué dans les deux premières parties ensemble`` (Ac. 1835). Jouer le tout; jouer partie, revanche et le tout; perdre le tout; gagner le tout (Ac. 1835). Il y en avait qui jouaient un jeu d'enfer et qui faisaient leur tout, ayant plus de trente sous devant eux (MmeV. Hugo, Hugo, 1863, p. 145).
2. Absol. [Parfois avec majuscule] Le (grand) tout. L'universalité des choses. Le panthéisme est proprement la divinisation du tout, le grand tout donné comme Dieu (Cousin, Hist. philos. mod., t. 1, 1846, p. 128).V. panthéisme ex. 1.
3. Ce qui est le plus important, l'essentiel. Loc. Le tout (c')est de + inf.; c'est le tout de + inf.Le principal est de. Marie Belhomme (...) s'assied sur la chaise en face du père Sallé, il la dévisage et lui demande si elle sait ce que c'est que l'Iliade. Luce, derrière moi soupire: « Au moins, elle a commencé, c'est le tout de commencer » (Colette, Cl. école, 1900, p. 219).Au fond, voyez-vous, le chagrin, c'est comme le ver solitaire: le tout, c'est de le faire sortir (Pagnol, Fanny, 1932, I, 1ertabl., 8, p. 25).Le tout est que + subj.Vial aura besoin de papa, l'hiver prochain, si le ministère ne tombe pas, parce que papa est camarade de collège avec le ministre... Le tout est que le ministère ne tombe pas avant que les Quatre-Quartiers aient mis Vial à la direction de leurs ateliers (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 67).
Fam. Ce n'est pas le tout de + inf.Il ne suffit pas de. Henri: Ah! notre cousin de Guise vous en voulez terriblement à notre belle couronne de France (...) Catherine: Je vous comprends, mon fils; mais ce n'est pas le tout de couper, il faut recoudre (Dumas père, Henri III, 1829, II, 5, p. 160).
Loc. verb. Jouer*, risquer* le tout pour le tout.
Vx ou littér. Le tout de qqn. Le centre d'intérêt exclusif de quelqu'un; ce qui compte le plus pour quelqu'un. Dès que la passion s'emparant d'un cœur lui persuade qu'il y trouve de quoi se rassasier, dès qu'elle y consacre toutes les puissances de la tendresse et du dévouement, comme si l'homme y avait enfin trouvé son tout (Blondel, Action, 1893, p. 315).Dieu! Dieu! mon appui, mon rocher, mon tout! Tu vois mon cœur, tu sais combien cela me fait mal de devoir faire souffrir quelqu'un pour mon cher Karl! (Rolland, Beethoven, t. 1, 1937, p. 58).Le tout de qqc. L'essentiel de. Il me semble bien que la sympathie artistique suffit, que le principal est de faire des peintures vivantes, et que c'est même le tout de l'art, le reste étant forcément autre chose: morale, religion, métaphysique (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 233).
B. − Du tout
1. [À valeur positive]
a) Vx ou littér. Absolument, complètement. Il prenait soin de rassembler des arguments contre l'existence de Dieu. Il avait coutume de dire que la mort des hommes est du tout semblable à celle des animaux (A. France, Puits ste Claire, 1895, p. 112).Le développement des transports, et en particulier des chemins de fer qui atteignent sinon le cœur, du moins le pied des Alpes. Mais il s'en faut du tout que la glorieuse phalange qui déferle alors sur elles ne soit qu'une troupe de bourgeois riches et désœuvrés (Jeux et sports, 1967, p. 1648).
b) Du tout au tout. [Dans une réalisation ou dans un jugement] De façon radicale, complètement. Changer, différer, modifier du tout au tout. Non qu'on doive conclure de là que la métaphysique est la catégorie de l'irréel; ce serait se méprendre du tout au tout (Blondel, Action, 1893, p. 296).Que Rabelais ait pensé de la sorte, il s'en faut du tout au tout (A. France, Rabelais, 1909, p. 40).
2. [À valeur nég., comme 2eélém. d'une nég. forte, sans exception] Ne... absolument (pas, plus, rien). (Ne) pas/point/plus/rien du tout (v. rien II B 3). Le général Varaigne ne hait point du tout M. Stapfer. Il a grandement raison, et je suis bien sûr que le doyen de la Faculté des lettres, à son tour, n'a pour le général que de bons sentiments (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 24).Vous n'êtes pas anormale du tout. Presque toutes les femmes préfèrent les hommes (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 182).
Ni du tout. Les pleurs, en révélant son origine passionnelle, ôtent au raisonnement ce qu'il a d'agressif; nous ne serons ni trop touchés, ni du tout convaincus (Sartre, Litt., 1948, p. 42).
Sans du tout + inf.Il (...) me quitta là-dessus, après m'avoir chaudement remercié, l'air absorbé, ravi, et sans plus du tout reparler ni de Georges ni de Bernard (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1207).
[Sans l'élém. nég. ne; en prop. ell.] Rien du tout (v. rien II C 1; en empl. subst. v. rien IV A 5). Sitôt le taureau tombé, tous les gradins, sous la présidence, se tournèrent vers le prince, pour voir s'il applaudissait un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout, et se régler sur lui (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 536).[Dans une réponse] Allons donc! Quand vous aurez la tête broyée, est-ce que c'est vous qui en supporterez les conséquences? Pas du tout! ce sera la Compagnie, qui devra vous faire des pensions, à vous ou à vos femmes (Zola,Germinal,1885,p. 1177).(...) Il veut que tu restes pauvre... Il refuse d'augmenter ta part... À Dieu ne plaise!...Point du tout!protesta le bisaïeul;point du tout, Omer!Si fait, si fait! (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 68).
Empl. ell. Du tout. Absolument pas, aucunement, nullement. Vous êtes fatiguée, Mademoiselle? dit le marquis.Non, Monsieur le marquis, du tout (Goncourt, Journal, 1860, p. 843).[Renforcé] (...) Mais je m'arrête, j'en ai déjà trop dit.Du tout, du tout, monsieur de Meillan, sursurra Micaëlli, nous sommes impatients d'entendre la fin de votre phrase (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 108).
REM.
Toutim, subst. masc.,arg. pop. Et (tout) le toutim. Et tout le reste. Pour cette perruche, je méditais (...) un emballage (...) l'invitation au casse-graine chez Maxim's: magnum de champ' et le toutim (Simonin, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 27).Je mire son bureau de président, ses meubles de président, l'absence totale de dossiers (...). Quoi qu'il survienne, il n'a qu'à refiler le bébéavec l'eau du bain, l'éponge, le canard en celluloïde et tout le toutimà quelqu'un de la hiérarchie (L. Chouchon, Par 35ode lassitude Nord, Paris, Albin Michel, 1992, p. 136).
Prononc. et Orth.: [tu]. Homon. toue, toux. Att. ds Ac. dep. 1694. Plur. des touts. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 del tut loc. adv. « complètement » (Roland, éd. J. Bédier, 167: Par cels de France, voelt il del tut errer); 1174-87 del tot an tot « id. » (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 2271); 1176-81 ne ... pas del tot « pas complètement » (Id., Chevalier au lion, éd. M. Roques, 3993); 1580 ne ... pas du tout « absolument pas » (Montaigne, Essais, I, XVIII, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 75), v. aussi S. Andersson, Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout, 1954, pp. 237-248; 2. a) ca 1160 « l'entier d'un ensemble divisible » (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 3828: Ne veulent [li Troïens] estre meteier, N'en ont cure de parçonier, Anceis vuelent le tot aveir); fin xiiies. (Psautier, fol. 107 ds Littré : Par les parties devons nous entendre le tout); b) fin xves. « tout ce qui vient d'être dit, tout cela » (Philippe de Commynes, Mém., VIII, XVIII, éd. J. Calmette, t. 3, p. 245: et monta le tout cinq mil francs); 3. 1228 li communs toz « la foule entière » (Jean Renart, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 5154 [ibid., 4702: li toz ,,passage obscur, cas douteux`` d'apr. gloss. s.v. tot; cf. aussi l'interprétation de T.-L.]); fin xves. le tout « tous » (Philippe de Commynes, op. cit., t. 3, p. 255: [mention du nom de 3 personnes] mais le tout tant pouvre que nul ne le sauroit penser); 4. « ce qui est important » a) fin xves. (Id., op. cit., VII, IX, t. 3, p. 65: avoit perdu le tout); sur ces empl. [2, 3a], v. S. Andersson, op. cit., pp. 231-235; b) « ce qui compte le plus pour quelqu'un » α) 1552 en parlant d'une pers. (Rabelais, Quart livre, éd. R. Marichal, XIX, 20, p. 107: Ha mon pere, mon oncle, mon tout; XXVIII, 52, p. 138: [Pan] il est le nostre Tout, tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons [...] est luy, en luy, de luy); β) 1580 en parlant d'une chose (Montaigne, op. cit., III, 3, p. 353: l'opinion qui desdaigne nostre vie, elle est ridicule. Car en fin c'est nostre estre, c'est nostre tout); 5. fin xvies. [le] grand tout « la création, le monde » (Ph. Desportes, Œuvres chrét., Paraphrase du ,,Libera me`` ds Œuvres, éd. A. Michiels, p. 498). Empl. subst. de tout1*.
STAT.Fréq. abs. littér. Tout1, 2 et 3: 273 325. Toute: 73 323. Tous: 109 163. Toutes: 67 655. Fréq. rel. littér. Tout1, 2 et 3: xixes.: a) 340 752, b) 391 893; xxes.: a) 405 640, b) 417 732. Toute: xixes.: a) 98 750, b) 99 763; xxes.: a) 109 243, b) 108 417. Tous: xixes.: a) 186 014, b) 153 292; xxes.: a) 148 421, b) 134 126. Toutes: xixes.: a) 118 230, b) 96 842; xxes.: a) 87 261, b) 82 470.
BBG.Quem. DDL t. 38.

Tout : définition du Wiktionnaire

Adjectif indéfini

tout \tu\

  1. Qui comprend l’intégrité, l’entièreté, la totalité d’une chose considérée par rapport au nombre, à l’étendue ou à l’intensité de l’énergie.
    1. S’emploie devant un nom précédé ou non d’un article, d’un démonstratif ou d’un possessif.
      • Tous les hommes, tous les animaux, toutes les plantes.
    2. S’emploie aussi devant un nom propre.
      • Il a parcouru toute la France.
    3. S’emploie également devant ceci, cela, ce que, ce qui, ceux qui et celles qui.
      • Tout ceci est pris du troisième livre de l’Histoire grecque de Xénophon.
    4. S’emploie aussi comme attribut après le verbe.
      • Cette somme est toute où vous l’avez laissée.
  2. (Littéraire) (Au singulier) Chaque, n’importe quel. Note : Il est alors devant le nom sans article.
    • Tout bien est désirable.
    • Tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable.

Adverbe

tout \tu\

  1. Entièrement, complètement, sans exception, sans réserve, tout à fait.
    • Un appartement tout petit, des fourmis toutes petites. — Un arbre tout en fleurs. — Une sportive tout à sa passion.
    • Lorsque l'œil était fait à cette pénurie de lumière, il distinguait, placées tout autour, ces pudibondes cloisons en usage dans les restaurants anglais. — (Angelo de Sorr, Le vampire: roman fantaisiste, Paris : chez Adolphe Delahays, 1852, p. 216)
    • Et Mrs. Smith, toute soie et parfum, Mrs. Smith qui faisait de la bien mauvaise cuisine, mais à qui on eût pardonné un plat de champignons empoisonnés, tant elle mettait de grâce à vous inviter à dîner ! — (Camille Auguste Anatole Ferri-Pisani, “En Amérique : les sans-travail”, La Revue hebdomadaire, vol. 37, nº 8, 1928, p. 480)
    • Mrs. Crosby arrivait, tout soie et parfum, affairée — (Georges Simenon, Nouchi in Les 13 Coupables, Arthème Fayard, 1932)
    • Dame, à l’automne, quand elles descendent des canneries, elles sentent terriblement le poisson. Mais quand elles montent, comme maintenant, elles sont tout soie et parfum… — (Camille Auguste Anatole Ferri-Pisani, L’Amour dans le Grand-Nord, Édition de France, 1941, p. 7)
  2. Exactement ; très précisément. — Note : Dans ce sens, il est suivi de premier ou dernier.
    • Finalement, en 1610, des observations faites par Galileo Galilei, à l’aide du tout premier télescope, ont fourni les preuves confirmant la vision de Copernic. — (Barry Williams (traduit par Claude Lafleur), L’astrologie confrontée aux progrès de l’astronomie, dans Le Québec sceptique, nº 24, p. 41, décembre 1992)
    • Les tout premiers citrons et les toutes premières oranges.
    • Tout peut aussi s’employer dans ce sens avec l’adverbe juste : Il était tout juste parti quand tu es arrivé.
  3. Renforce le gérondif (en participe présent) pour mieux marquer la simultanéité.
    • Tout en marchant, ils parlaient de leurs projets.
  4. Suivi d’un adjectif ou d’un nom, puis de la conjonction que, marque une opposition ou une concession ; équivaut alors à si.
    • Madame, toute belle que vous êtes, vous mériteriez que je vous battisse à mon tour, tant vous êtes extravagante. — (Voltaire, Zadig ou la Destinée, IX. La femme battue, 1748)
    • Un symbole, quoi ! Tout guerrier que tu es, tu as bien entendu parler des symboles ! — (Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu, I, 6. 1935)
  5. (Populaire) Très.
    • Fallait qu’ils jactent, qu’ils fanfaronnent, qu’ils racontent tout fort leurs petites astuces cheloues, pour faire les malins. Et ça finissait toujours à leur désavantage, ces cons. — (François Pelosse, Virtuelle affaire , TheBookEdition, 2014, page 63)
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Tout : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TOUT, TOUTE. adj.
Qui comprend l'intégrité, la totalité d'une chose considérée par rapport au nombre, à l'étendue ou à l'intensité de l'énergie; il fait au pluriel tous (quand il n'est pas devant un nom, un article, un adjectif ou un pronom, on prononce l'S), toutes. Il s'emploie devant un nom précédé ou non d'un article, d'un démonstratif ou d'un possessif. Tout le monde. Toute la terre. Tout le jour. Tous les hommes. Tous les animaux. Toutes les plantes. Tout le peuple accourut. Toute sa famille est en bonne santé. Toutes les nations de la terre. Tous les habitants de la ville. Il y a dépensé toute une fortune. Tout un régiment fut fait prisonnier dans cette affaire. Toute cette dépense a été supportée par lui. Il nous a raconté en détail tous ces événements. Il y a mis tout son bien, tout son argent. Travailler de toutes ses forces. Employer tout son pouvoir, toute son industrie, tout son savoir à quelque chose. Il l'a servi de tout son crédit. Aimer quelqu'un de tout son cœur. Donner tout pouvoir à un mandataire. Agir en toute liberté. Lire tout un auteur, Lire tous ses ouvrages. Aller, courir à toutes jambes, à toute bride, Aller, courir très vite. À tout hasard. Voyez HASARD. À toute force. Voyez FORCE.

TOUT s'emploie aussi devant un nom propre. Il a parcouru toute la France. J'ai descendu toute la Loire. Tout Paris connaît cette histoire. Il a lu tout Corneille. Toutefois il reste invariable devant un nom de ville. Tout Rome assista à son triomphe. Il s'emploie également devant cela, ce que, ce qui, ceux qui, celles qui. Tout cela est fort inquiétant. Il fait tout ce qui lui plaît. Voilà tout ce que je sais. Tous ceux qui sont morts. Toutes celles qui sont venues. Tous deux ou Tous les deux, L'un et l'autre. La première de ces locutions marque ordinairement simultanéité. Ils partirent tous deux, tous deux ensemble pour la ville. Tous deux sont morts depuis longtemps. On dit de même : Tous trois, tous quatre et Tous les trois, tous les quatre. Au-delà de ce dernier nombre, on n'a plus la faculté de supprimer l'article. Tous les cinq, tous les seize, tous les vingt, etc.

TOUT s'emploie encore avec le pronom personnel et se place après lui. Nous tous. Vous tous. Eux tous. Elles toutes. Il s'emploie aussi comme attribut après le verbe. Cette somme est toute où vous l'avez laissée. Les journées se passèrent toutes ainsi. Ils sont tous vivants. Se faire tout à tous, Être aimable, serviable, complaisant envers tout le monde. Elliptiquement, Somme toute, Toutes les sommes jointes ensemble. Il se dit aussi figurément et signifie À tout prendre, au total, en résumé.

TOUT s'emploie encore au sens de Chaque, devant le nom, ordinairement sans article. Tout bien est désirable. Toute peine mérite salaire. Toute autre personne, toute autre chose lui conviendrait mieux. De tout point. En tout point. En toute occasion. À toute heure. À tout moment. De toute part. De toute sorte. À tous moments. De toutes parts. De toutes sortes. Tous les jours, tous les mois, tous les ans, Chaque jour, chaque mois, etc. Tous les deux jours, tous les trois jours, tous les deux mois, tous les trois mois, tous les deux ans, tous les trois ans, De deux jours en deux jours, de trois jours en trois jours, de deux mois en deux mois, etc. Toutes les deux heures, toutes les vingt-quatre heures, De deux heures en deux heures, de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures. Par tout pays, par toute terre, En quelque lieu que ce soit. Être à toutes mains, Se prêter à tout, être propre à tout. On dit de même Un homme à toutes mains. Prendre de toutes mains, Prendre de tous côtés, acquérir par toutes sortes de voies, justes ou injustes. À tout propos. Voyez PROPOS.

TOUT s'emploie aussi, absolument, comme pronom. Il se dit au masculin singulier pour Toute chose, toute sorte de choses. Tout est bon dans cet ouvrage. C'est un homme à tout faire. Tout bien considéré. Se prêter à tout. Il est capable de tout. Tout ou rien. Il se dit encore de Tout le monde, de l'ensemble des personnes, d'une collectivité. Femmes, enfants, vieillards, tout fut massacré. Le peuple et l'armée, tout était consterné. Tout fuyait devant lui. Au pluriel, il désigne l'Ensemble des personnes, des choses dont on vient de parler. Il fut fêté par ses concitoyens, tous vinrent au-devant de lui. Le froid a été funeste pour ces plantes, toutes ont gelé. Tous tant que nous sommes, Nous tous. Absolument, JÉSUS-CHRIST est mort pour le salut de tous, Il est mort pour le salut de tous les hommes.

TOUT s'emploie encore comme nom masculin et désigne l'Ensemble, la somme des parties, une chose divisible considérée en son entier. Le tout est plus grand qu'une de ses parties. Diviser un tout en plusieurs parties. Je ne veux pas vendre cela au détail, prenez le tout si vous voulez. Il vous cédera le tout. Au pluriel, il conserve le t. Plusieurs touts distincts les uns des autres. Il y a une différence du tout au tout se dit de Deux choses que quelqu'un compare ensemble et qui diffèrent extrêmement l'une de l'autre. Risquer, jouer le tout pour le tout, Hasarder de tout perdre pour tout gagner. Le tout d'une charade, Le mot entier proposé en charade. Mon tout est telle chose.

TOUT s'emploie après l'énumération de plusieurs choses, pour les joindre toutes ensemble. Il a fait telle et telle chose, le tout pour parvenir à son but. Le tout monte à tant. Le tout ensemble, Ce qui résulte de l'assemblage de plusieurs parties formant un tout. Il y a une ou deux bonnes scènes, quelques beaux vers dans cette pièce, mais le tout ensemble ne vaut rien. En termes de Blason, Sur le tout se dit en parlant d'un Écusson mis sur les quartiers. Il porte écartelé de... et de... et sur le tout de... On dit aussi Sur le tout du tout, en parlant d'un Écusson posé sur les quartiers de l'écu qu'on dit être sur le tout. Brochant sur le tout se dit en parlant d'une Pièce qui paraît tout entière sur les autres pièces de l'écu. Il portait semé de France au bâton de gueules brochant sur le tout.

TOUT signifie encore Ce qu'il y a de principal, de plus important dans une chose. C'est quelque chose de bien commencer, mais le tout est de bien finir. Il en fait son tout, Il l'aime uniquement; cela ne se dit qu'en parlant des Personnes. Il n'a d'yeux que pour cet enfant, il en fait son tout. En termes de Dévotion, Mon Dieu et mon tout! Mon Dieu, qui êtes tout pour moi!

TOUT, en termes de Jeu, désigne la Troisième partie qui se joue après qu'un des deux joueurs a perdu partie et revanche, et où l'on joue autant d'argent que l'on en a joué dans les deux premières parties ensemble. Jouer le tout. Jouer partie, revanche et le tout. Perdre le tout. Gagner le tout.

TOUT s'emploie également comme adverbe devant un adjectif, un nom pris comme attribut, un adverbe ou une locution prise adverbialement, et il signifie Entièrement, complètement, sans exception, sans réserve, tout à fait. Il est tout dévoué à votre service. Ils furent tout étonnés. Il est tout autre que vous ne l'avez vu. C'est maintenant un tout autre homme. Ces fruits sont tout autres que les premiers. Les chevaux de ce poil-là sont ordinairement tout bons ou tout mauvais. C'est un enfant tout plein d'esprit. Il est difficile de prendre ces animaux tout vivants. Cette plante est tout en fleurs. Elle était tout en larmes. Il est venu jusqu'ici tout d'une traite. Être tout yeux, tout oreilles, Regarder, écouter avec toute son attention. Elles étaient tout yeux et tout oreilles. Être tout cœur, tout esprit, tout zèle, etc., Être plein de cœur, d'esprit, de zèle. Ce sont des gens qui sont tout cœur et tout esprit. Elle est pour ses amis tout zèle, tout dévouement. Fam., C'est tout un, C'est identique, cela revient au même.

TOUT, adverbe, placé immédiatement devant un adjectif féminin qui commence par une consonne ou une h aspirée, reçoit le genre et le nombre du nom ou du pronom auquel cet adjectif se rapporte. Elle est toute malade. Elles furent toutes surprises de le voir. Des femmes toutes pénétrées de douleur. De l'eau-de-vie toute pure. C'est une femme toute pleine de cœur. Elle en est toute honteuse. Mais devant les adjectifs féminins qui commencent par une voyelle ou une h muette, il reste invariable. Sa maison est tout autre qu'elle n'était. Un chien qui a les oreilles tout écorchées. Avoir les mains tout emportées. Des femmes tout éplorées. Elle est tout absorbée dans ses réflexions. Elle resta tout hébétée. Tout autre reste invariable au féminin lorsque tout, modifiant autre, est adverbe et signifie Tout à fait, entièrement. C'est tout autre chose, C'est une chose tout à fait autre. Il faut toute autre lorsque toute détermine le nom qui suit autre et qu'il est, par conséquent, adjectif. Demandez-moi toute autre chose, Demandez-moi toute chose autre que celle que vous me demandez. Tout entier fait tout entière au féminin, tout entiers et tout entières au pluriel. Les grands hommes ne meurent pas tout entiers. Cette femme est tout entière à ce qu'elle fait. Tout à vous, Formule de politesse pour dire qu'On est à la disposition de quelqu'un. Je suis tout à vous. Dans cette expression, tout, étant adverbe, reste invariable, si c'est une femme qui parle. Au contraire, il fait toute dans la phrase suivante, où il est employé comme adjectif : Elle s'est donnée toute à lui.

TOUT se place devant un adverbe, ou une locution prise adverbialement, pour lui donner plus d'énergie. Tout doucement. Parler tout haut, tout bas. Je vous le dis tout franc, tout net. Tout au moins. Tout autant. Tout aussi bien que lui. Tout ainsi que. Tout comme vous voudrez. C'est tout au plus. Tout de son long. Tout le long. Tout au long. Tout de suite. Tout droit. Tout de travers. Tout court. Tout en haut. Tout en bas. Tout à côté. Tout contre. Tout auprès. Tout au travers du corps. Tout autour. Tout au plus. Tout le premier, Le premier de tous. J'irai vous voir, madame, vous toute la première. Nous avons cru à cette nouvelle, nous tous les premiers.

TOUT s'emploie devant en et un participe présent pour marquer simultanéité. Tout en marchant, ils parlaient de leurs projets. Il lui dit ses vérités tout en riant.

TOUT... QUE s'emploie avec un adjectif, et même avec certains noms, dans la signification de Quoique, encore que, quelque... que. En ce sens, il prend l'accord devant les noms et adjectifs féminins qui commencent par une consonne ou une h aspirée. Tout sage qu'il est. Tout votre ami qu'il est. Tout blessé qu'il était. Tout habiles et tout artificieux qu'ils sont. Tout ingrate qu'elle est. Toute femme qu'elle est. Toutes raisonnables qu'elles sont...

À TOUT PRENDRE, loc. adv. À considérer tout l'ensemble des qualités d'une personne ou d'une chose, tout ce qu'elle a de bien et de mal. Cette maison a ses défauts; mais, à tout prendre, elle est belle et commode. À tout prendre, Louis XI était un roi.

APRÈS TOUT, loc. adv. Dans le fond, tout bien considéré. Vos raisons sont spécieuses; mais, après tout, le parti que vous proposez pourrait avoir de fâcheux résultats.

DU TOUT, loc. adv., qui se joint avec Rien, pas, point, pour renforcer la négation. Il n'aura rien du tout. Je n'en veux pas du tout. Vous me donnerez cela? Point du tout. Quand ces locutions servent de réponse, on dit quelquefois, par ellipse, Du tout. Ferez-vous cela? Du tout.

EN TOUT, loc. adv. Sans rien omettre, tout étant compris, tout compte fait. Cela lui revient en tout à mille francs. Cela fait cent francs en tout. On dit encore, pour renforcer l'expression, En tout et pour tout. Il ne lui reste que dix mille francs en tout et pour tout.

TOUT BEAU, TOUT DOUX, loc. adv et fam. Voyez BEAU, DOUX.

TOUT DE BON,

TOUT À COUP,

TOUT D'UN COUP,

TOUT À FAIT,

TOUT À L'HEURE,

TOUT DE SUITE,

TOUT DE GO, loc. adv. Voyez BON, COUP, FAIT, HEURE, SUITE, GO.

Tout : définition du Littré (1872-1877)

TOUT (tou, tou-t' ; le t se lie : tou-t homme ; au pluriel, l's se lie : tou-z animaux ; tou-z y sont ; quelques-uns font sentir l's du pluriel même devant une consonne : tous' viendront ; ils y sont tous' ; c'est une mauvaise prononciation ; remarquez d'ailleurs que la prononciation de tout et de tous n'est pas la même ; ou dans le premier a un son moins grave que dans le second : tou et toû) adj.

Résumé

  • 1° Qui comprend totalité, intégrité, qui ne laisse rien en dehors.
  • 2° Il se construit avec l'article défini et les adjectifs possessifs, et se met avant eux.
  • 3° Tous les jours, tous les mois, etc. Tous les deux jours, tous les trois jours, etc.
  • 4° Il se construit avec l'article un, une, dans le sens d'entier.
  • 5° Il se joint aux pronoms personnels, et se met après.
  • 6° Tous deux, ou tous les deux.
  • 7° Tout s'emploie au sens de chaque, et alors il se construit sans article.
  • 8° Tout, construit sans article au sens de plein, entier, sans réserve.
  • 9° Tout devant un nom de peuple, de pays, de ville, etc. exprime la totalité, l'ensemble des habitants. Tout Rome.
  • 10° Tout Corneille, toutes les œuvres de Corneille.
  • 11° Tous, au pluriel, s'emploie pour récapituler, résumer.
  • 12° Tout, dans le sens de toute espèce de, rien que.
  • 13° Tous, toutes au pluriel, au sens de tous les hommes, toutes les femmes.
  • 14° Égal à tous, en termes de marine.
  • 15° S. m. Tout, nom donné, sur le turf anglais, à un homme qui a pour profession d'espionner les écuries des courses.
  • 16° Une chose considérée dans son entier, une chose complète.
  • 17° Il se dit aussi sans article en ce sens.
  • 18° Tout, sans article, signifiant toute chose, toute sorte de choses.
  • 19° Tout, signifiant tout le monde, tout homme, tout ce qu'il y a de gens, de personnes.
  • 20° Le tout, toutes les choses en question.
  • 21° Le tout, signifiant tout ce qu'il y a de plus important, de principal dans une affaire.
  • 22° Mon tout dans une charade.
  • 23° Au jeu, tout l'argent qu'on a devant soi.
  • 24° À tout.
  • 25° À tout prendre.
  • 26° Après tout, dans le fond, tout bien considéré.
  • 27° Du tout, complétement, absolument (au sens affirmatif). Du tout avec rien, pas, point, au sens négatif.
  • 28° En tout.
  • 29° Sur le tout, par surcroît.
  • 30° Sur-tout.
  • 31° Adv. Entièrement, complétement.
  • 32° Tout, construit avec un adjectif ou un participe féminin, commençant par une voyelle ou une h muette.
  • 33° Tout, construit avec un adjectif ou un participe féminin, commençant par une consonne ou une h aspirée.
  • 34° Tout s'emploie adverbialement devant un substantif pour exprimer plénitude.
  • 35° Il se joint à plusieurs prépositions et adverbes pour donner à l'expression plus d'énergie.
  • 36° Il se met devant des superlatifs.
  • 37° Tout au plus.
  • 38° Tout, entrant dans diverses locutions.
  • 39° Tout le premier, toute la première, tout les premiers.
  • 40° Tout le même, tout les mêmes.
  • 41° Tout un autre homme.
  • 42° Je suis tout à vous.
  • 43° Tout… que… avec un adjectif, bien que, quoique.
  • 44° Tout… que étant suivi d'autres membres de phrase qui en dépendent, on peut supprimer le que dans ces membres de phrase.
  • 45° Tout, au sens de quoique, a été employé sans que.
  • 46° Tout devant en et un participe présent signifie simultanéité.
  • 47° Au trictrac, tout à bas.
  • 1Qui comprend totalité, intégrité, qui ne laisse rien en dehors. Tout ceci ; tout cela. C'est tout ce que je puis faire que de vivre, Guez de Balzac, liv. I, lett. 4. Vous vous réservez tout pour Paris, et auriez peur de vous profaner au village, Guez de Balzac, liv. v, lett. 15. Notre Aragon, pour nous presque tout révolté, Corneille, D. Sanche, I, 1. Que dix lustres et plus n'ont pas tout emporté Cet assemblage heureux de force et de clarté, Ces prestiges secrets de l'aimable imposture Qu'à l'envi m'ont prêtés et l'art et la nature, Corneille, Œd. Vers à M. Fouquet. Et, tirant toute à vous la suprême puissance, Vous me laissez des titres vains, Corneille, Agés. III, 1. Si vos conseils propices Ne conduisent mon sort parmi ces précipices, Je m'abandonne toute aux traits du désespoir, Molière, le Dép. IV, 1. Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage, Molière, Mis. IV, 3. Je suis ravie de votre bonne santé et de votre beauté, car je vous aime toute, Sévigné, 236. Cette conversation dura une heure, il est impossible de la redire toute, Sévigné, 12. La justice divine, qui semble dormir et oublier les pécheurs, leur répugnant, pour ainsi dire, de toute elle-même, Bossuet, Sermons, 3e dim. de l'avent, nécessité, 2. Nous avons tous une même origine, et cette origine est petite, Bossuet, Duch. d'Orl. Nous composions son histoire de tout ce qu'on peut imaginer de plus glorieux, Bossuet, ib. Il me trahit, vous trompe et nous méprise tous, Racine, Andr. IV, 3. La vie est courte et ennuyeuse, elle se passe toute à désirer, La Bruyère, XI. Tout donné ce qui était vacant, tout réglé ce qui était à faire après lui, il [Louis XIII] le voulut rendre public, Saint-Simon, 398, 178. Seule, loin de vous-même, et toute à mon ennui, Voltaire, Zaïre, IV, 2. Mille petites craintes, toutes frivoles, la fatiguaient, Raynal, Hist. phil. X, 13. Dans ce que je suis, moi, je mets toute mon âme ; J'étais tout à la guerre, et suis tout à ma femme, Collin D'Harleville, Mœurs du jour, v, 3.

    Tout ce qui, tout ce que, peut être représenté par le pronom il. Tout ce que nous faisons, que nous pleurions, que nous nous réjouissions, il doit être d'une telle nature que nous puissions du moins le rapporter à Jésus-Christ, et le faire pour sa gloire, Massillon, Carême, Élus.

    Tous tant que…, autant qu'il y en a. Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes, De cette indigne classe où nous rangent les hommes, Molière, Fem. sav. III, 2. Oui, Dieu veut le salut de tous tant que nous sommes ; Jésus-Christ a versé son sang pour tous les hommes, Racine L. Grâce, IV.

    Tout ce qui, tout ce que… s'emploie quelquefois pour désigner des personnes. Je ne vous prierai point, tout ce que vous êtes ici, de l'en démentir, Vaugelas, Q. C. 467. Hé quoi ! tout ce que j'aime, Cette Esther, l'innocence et la sagesse même… Dans cette source impure aurait puisé ses jours ! Racine, Esth. III, 4. Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs vœux, Racine, Ath. I, 2. Pline eut pour amis tout ce que son siècle a produit de grands hommes, tous ceux que leurs rares vertus distinguaient le plus, Rollin, Hist. anc. liv. XXV, ch. III, II, 4.

    Familièrement. Tout-ci, tout-ça, toutes sortes de choses, de discours. Il lui disait tout-ci, tout-ça, qu'il l'aimait bien, et qu'elle était la plus belle du monde, Molière, Mal. imag. II, 11.

    Ils sont tous étonnés, tous vivants, tous entiers, etc. il n'y en a aucun parmi eux qui ne soit étonné, qui ne soit vivant, qui ne soit entier, etc. Ils sont tout étonnés aurait un autre sens (voy. TOUT adverbe).

    Tout ce qu'il y a… sont les…, construction dans laquelle le substantif au pluriel, quoique placé après le verbe, en détermine le nombre. On m'a montré la pièce ; et, comme tout ce qu'il y a d'agréable sont effectivement les idées qui ont été prises de Molière…, Molière, Impromptu, 3. Tout ce qu'il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire, non pas par la preuve, mais par l'agrément, Pascal, l'Art de persuader, édit. FAUGÈRE.

    Tout ce qu'il y a de… avec un adjectif, équivaut à un superlatif, et signifie tout ce qui est le plus… Il [Jésus-Christ] a été tout ce qu'il y a de grand et tout ce qu'il y a d'abject, Pascal, Lettre sur la mort de son père.

    Se faire tout à tous, s'accommoder à toutes les opinions, à tous les caractères. Enfin je me suis fait tout à tous pour les sauver tous, Sacy, Bible, St Paul, 1re épît. aux Corinth. IX, 22. Chacun croit être tout à tous, Pascal, Pens. XXV, 19, édit. HAVET. Mme de Castries, aimable, amusante, gaie, sérieuse, toute à tous, charmante quand elle voulait plaire, Saint-Simon, 42, 252. Il savait se faire tout à tous ; je me plaisais fort avec lui, j'en parlais à tout le monde, Rousseau, Conf. X.

    Bossuet, pour employer cette locution au pluriel, a fait de tout à tous une locution invariable : On ne peut compter les exemples ni des riches qui se sont appauvris… ni des pasteurs charitables qui se sont faits tout à tous, Bossuet, Hist. II, 7.

    Somme toute, somme totale, toutes les sommes jointes ensemble.

    Fig. Somme toute, en définitive, à tout prendre. Il a de l'argent, des places ; mais, somme toute, il n'est pas heureux.

  • 2Il se construit avec l'article défini et les adjectifs possessifs, et se met avant eux. C'est tout le rare exploit dont il se peut vanter, Corneille, Andromède, v, 2. Il m'a sacrifié tout ce haut avantage, Corneille, ib. Nous prîmes en même temps toutes ses villes, nous en tuâmes tous les habitants, hommes, femmes et petits enfants, Sacy, Bible, Deutéron. II, 34. J'y ai parlé [à la Sorbonne] toute ma demi-heure, Pascal, Prov. II. Je prie M. le gouverneur de donner sur cela [la peste en Provence] tous les meilleurs ordres du monde, Sévigné, 6 avr. 1672. Crains Dieu et observe ses commandements, car c'est là tout l'homme, Bossuet, Duch. d'Orl. Dans cette courte prière vous voyez la soumission aux ordres de Dieu, l'abandon à sa providence, la confiance en sa grâce et toute la piété, Bossuet, Louis de Bourbon. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines, Bossuet, Reine d'Anglet. La puissance, les richesses, la violence, la flatterie, l'autorité, la faveur, tous les vents ne l'ébranlent pas, La Bruyère, XII. L'on est né quelquefois avec des mœurs faciles, de la complaisance, et tout le désir de plaire ; mais…, La Bruyère, XI. Un simple dépit est souvent toute la raison qui nous arrache brusquement au siècle et nous précipite dans la retraite, Massillon, Carême, Vocation. Tout l'homme, c'est-à-dire, l'homme en entier, l'homme entièrement, l'homme considéré comme un individu spécifique, Dumarsais, Œuvres, t. IV, p. 202. Nous avons tout le temps de nous ennuyer, Voltaire, Micromégas, 2. Le marquis de Feuquières veut qu'on ne donne à la bataille de Sénef que le nom de combat, parce que l'action ne se passa pas entre deux armées rangées, et que tous les corps n'agirent point, Voltaire, Louis XIV, 12. Ce bel esprit de tous les temps, Cet homme de toutes les heures [le président Hénault], Voltaire, Lett. en vers et en prose, 81. Voilà [au siége de Philisbourg], madame, la folie humaine dans toute sa gloire et dans toute son horreur, Voltaire, Lett. Mme de la Neuville, 1734. Toutes mes pensées n'étaient que des désirs, toutes mes réflexions que des projets, tous mes sentiments que des espérances, Graffigny, Lett. péruv. 18. Tous les peuples qui vivent misérablement sont laids ou mal faits, Buffon, De l'homme. Tout le monde, voy. MONDE 1, n° 15.

    En marine. Tout le monde en haut ! commandement pour faire monter tout l'équipage sur les gaillards.

    On dit de même : tout le monde en bas ! tout le monde à la bande ! etc.

  • 3Tous les jours, tous les mois, tous les ans, chaque jour, chaque mois, chaque an.

    Tous les deux jours, tous les trois jours, tous les quatre mois, tous les six ans, etc. de deux jours en deux jours, de trois jours en trois jours, de quatre mois en quatre mois, de six ans en six ans, etc. Tous les cent dix ans les Romains devaient célébrer des fêtes solennelles en l'honneur des dieux, pendant trois jours et pendant trois nuits, Dumarsais, Œuvres, t. I, p. 45.

    Toutes les deux heures, toutes les vingt-quatre heures, etc. de deux heures en deux heures, de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures.

  • 4Il se construit avec l'article un, une, dans le sens d'entier. Tout un pays. Souvent il ne faut qu'un grand dans un royaume, ferme dans la foi, pour arrêter le progrès de l'erreur et des nouveautés, et conserver à tout un État la foi de ses ancêtres, Massillon, Petit car. Vices et vertus.
  • 5Il se joint aux pronoms personnels, et se met après. Nous tous, vous tous, eux tous, elles toutes.
  • 6Tous deux, ou tous les deux, l'un et l'autre. Ils partirent tous deux pour la ville. Tous les deux sont morts depuis longtemps. De les suivre tous deux ils semblaient m'ordonner ; Tous deux dans le Tartare ils semblaient m'entraîner, Voltaire, Œdipe, II, 2. Je les servais tous deux, et tous deux m'ont flétrie, Voltaire, Tancr. II, 7.

    On dit de même : tous trois, tous quatre, et tous les trois, tous les quatre. Je suis content si j'ai cette dernière [cognée de fer]. - Tu les auras, dit le dieu, toutes trois [les cognées d'or, de fer et d'argent], La Fontaine, Fabl. v, 1.

    Au delà de ce dernier nombre jusqu'à dix, on supprime rarement l'article ; au delà de dix on l'emploie toujours. Tous les cinq, tous les six, etc. tous les seize, tous les vingt, etc.

    On a voulu trouver une distinction entre tous deux et tous les deux ; tous trois et tous les trois, etc. On supposait que, disant : Ils viennent tous trois, pour exprimer qu'ils viennent ensemble, on ne pouvait dire qu'ils sont morts tous trois depuis longtemps pour exprimer que ces trois personnes avaient cessé de vivre, et qu'il fallait mettre ils sont morts tous les trois. Le fait est que l'usage n'établit aucune distinction réelle entre les deux expressions ; et ce qui le prouve, c'est qu'au delà de dix on ne peut se dispenser de mettre l'article. Ainsi on ne dira pas : Ils sont partis tous seize, mais on dira : ils sont partis tous les seize ; soit qu'il s'agisse d'un départ simultané, soit qu'il s'agisse seulement d'exprimer que les seize ne sont plus là.

  • 7Tout s'emploie au sens de chaque, et alors il se construit sans article. à tout propos. De tout point. En tout point. À toute occasion. À tout moment. De toute part. De toute sorte. Tout dieu veut aux humains se faire reconnaître, La Fontaine, Fill. de Minée. Toute autre place qu'un trône eût été indigne d'elle, Bossuet, Reine d'Anglet. … en tout lieu disposée à les suivre, Boileau, Sat. XI. Tout éloge imposteur blesse une âme sincère, Boileau, Épît. IX. Toute musique n'est pas propre à louer Dieu, et à être entendue dans le sanctuaire ; toute philosophie ne parle pas dignement de Dieu, de sa puissance, des principes de ses opérations et de ses mystères, La Bruyère, XVI. L'auteur des dialogues a dit que les belles sont de tous pays, et moi je dis que les sottises sont de tous les siècles, Fontenelle, Jug. de Plut. Tout mortel en naissant apporte dans son cœur Une loi qui du crime y grave la terreur, Racine L. Épît. II. Trente mille habitants de tout âge et de tout sexe sont écrasés sous des ruines, Voltaire, Candide, 5. Tout bourgeois est soldat, tout Paris est en armes, Voltaire, Henr. III. Tout empereur allemand appelé en Italie y est toujours mal reçu, Voltaire, Ann. Emp. Conrad II, 1025. Tout esprit de parti doit céder au désir de s'instruire, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Bérén. préf. Nous avions la liberté de nous voir à toute heure, Legrand, la Nouveauté, sc. 7. Toute femme m'amuse, aucune ne m'attache, Gresset, le Méch. II, 1.

    On dit aussi : à tous moments, de toutes parts, de toutes sortes, etc. Et ne voyais-tu pas dans mes emportements Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments ? Racine, Andr. v, 3.

    Tout autre, avec une négation, nul autre. L'auteur de ces merveilles [le monde] les comprend ; tout autre ne le peut faire, Pascal, Pens. I, 1. (Remarquez que nul autre indiquerait seulement que personne ne peut comprendre ces merveilles ; le tour positif tout autre indique de plus qu'il y en a qui l'essayent, mais qu'ils sont impuissants).

    Tous temps, toutes maximes, chaque temps a ses maximes. Je crois qu'en ce temps-ci On eût fait au Scamandre un très méchant parti : En ce temps-là semblables crimes S'excusaient aisément ; tous temps, toutes maximes, La Fontaine, Scamandre.

    Par tout pays, par toute terre, en quelque lieu que ce soit.

    Tout venant. Voy. VENANT.

  • 8Tout, construit sans article, au sens de plein, entier, sans réserve. En toute liberté goûtez un bien si doux, Corneille, Hor. II, 3. Cette amitié me charme, et je dois avouer Qu'Othon a jusqu'ici tout lieu de s'en louer, Corneille, Othon, II, 5. On s'élève par cette passion [l'amour], et on devient toute grandeur, Pascal, Pass. de l'amour. Elle le livra pour tout supplice à sa conscience, Bossuet, Reine d'Anglet. Il sauva [dans une épidémie] ce peuple [de la Normandie, dont il était gouverneur] qui avait perdu toute espérance de santé et toute mesure de prudence, Fléchier, Duc de Montausier. Il [le duc Bernard de Veimar] en gagne une quatrième [bataille], contre le duc de Lorraine, Charles IV, qui, comme Veimar, n'avait pour tout Etat que son armée, Voltaire, Ann. Emp. Ferdinand III, 1638. Le monde étant de toute éternité, ce qui fait sa beauté et son harmonie est aussi éternel, Diderot, Opin. des anc. philos. (pythagorisme).

    Tout moi-même, ma personne entière. J'aime avec tout moi-même ; et l'amour qu'on me donne En veut, je le confesse, à toute la personne, Molière, Fem. sav. II, 12.

    En tout bien, tout honneur, sans qu'il y ait rien à redire. Mme de Brissac a une très bonne provision pour son hiver, c'est-à-dire M. de Longueville et le comte de Guiche, mais en tout bien et tout honneur, Sévigné, 111.

    À tout hasard, au risque de tout ce qui peut arriver.

    À toute force, par toute sorte de moyens. Il veut à toute force faire fortune.

    À toute force, signifie aussi à la rigueur, absolument. On pourrait à toute force lui accorder ce qu'il demande.

    Aller, courir à toutes jambes, à toute bride, aller courir fort vite.

    Être à toutes mains, être propre à tout, se prêter à tout.

    On dit de même : un homme à toutes mains.

    Prendre de toutes mains, prendre de tous les côtés, à l'aide de tous les moyens.

    On dit de même : prendre à toutes mains. Elle [Mme de Grancey] a mandé que l'âme prenante de Mme de Fienne avait passé heureusement dans son corps, et qu'elle prenait à toutes mains, Sévigné, 391.

    Dans le canton de Neufchâtel, Seine-Inférieure, fromage de tous biens, le fromage fabriqué avec la crème et le caillé du lait, tandis que les fromages fins se font seulement avec la crème.

  • 9Tout devant un nom de peuple, de pays, de ville, etc. exprime la totalité, l'ensemble des habitants. J'ai vu tout Israël dispersé dans les montagnes comme des brebis qui n'ont point de pasteur, Sacy, Bible, Rois, III, XXII, 17. Si l'opéra comique attire toujours tout Paris, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 11 fév. 1771.

    Tout, joint avec un nom de pays, de ville, exprime une extrême affluence. Toute la France a visité cette maison, Sévigné, 23 déc. 1671. Vous allez vous distinguer, j'espère ; cela peut doubler votre réputation ; j'ai tout Paris ce soir, Picard, Duhautcours, I, 5.

    Tout est invariable avec un nom de ville. C'est moi qui suis Sosie, et tout Thèbes l'avoue, Molière, Amph. I, 2. Vous parlez devant un homme à qui tout Naples est connu, Molière, l'Av. v, 5. Ce prélat [Fénelon] a rempli tout Rome et toute la terre du grand nombre des sectateurs dont il se vantait, dans la faculté de Paris, Bossuet, Signatures des docteurs. Et tout Smyrne ne parlait que d'elle et d'Euphrosyne ; leur amitié passait en proverbe, La Bruyère, III.

  • 10Tout Corneille, toutes les œuvres de Corneille. Quant à la lecture des poëtes français, nous l'interrompîmes, lorsque le prince eut beaucoup lu plusieurs tragédies de Corneille, tout Racine, tout Molière, tout Regnard et toutes les pièces de théâtre de M. de Voltaire, Condillac, Œuv. t. v, p. CXLVI.

    Tout Gil Blas, le roman entier de Gil Blas. Deux nobles campagnards, grands lecteur de romans, Qui m'ont dit tout Cyrus dans leurs longs compliments, Boileau, Sat. III.

  • 11Tous, au plur. s'emploie pour récapituler, résumer. Il fut obligé de solliciter, d'avancer de l'argent, de répondre ; toutes choses fort désagréables. Auprès de lui la fait asseoir, Prend une main, un bras… Toutes sottises dont la belle Se défend avec grand respect, La Fontaine, Fabl. IV, 4.
  • 12Tout, dans le sens de toute espèce de…, de rien que… Ce sont toutes fables que vous contez là. Nous la faisons de tous écots [la Fortune], Elle est prise à garant de toutes aventures, La Fontaine, Fabl. v, 11. Sans leur aide [des dieux], il ne peut entrer dans les esprits Que tout mal et toute injustice, La Fontaine, ib. XI, 7. Ne venez pas plus loin ; Ce sont toutes façons dont je n'ai pas besoin, Molière, Tart. I, 1. Ces visites, ces bals, ces conversations Sont du malin esprit toutes inventions, Molière, ib.
  • 13Tous, toutes, au plur. s'emploie substantivement au sens de tous les hommes, toutes les femmes. Voyez ces femmes, toutes sont belles. Abandonner mon camp en est un [crime] capital, Inexcusable en tous, et plus au général, Corneille, Nicom. II, 2. Tous sortaient plus éclairés d'avec lui, Bossuet, Louis de Bourbon. Non, ce secret terrible est de tous ignoré, Voltaire, Sémiram. v, 1. Tous se nuisent, tous se détestent, tous s'embrassent, Picard, Provinc. à Paris, II, 1.
  • 14 Terme de marine. Égal à tous, nom d'un des pavillons de la série des signaux, qui égale en valeur un des dix-neuf autres, quand il est hissé à une place inférieure.
  • 15 S. m. Tout, nom donné, sur le turf anglais, à un homme qui a pour profession d'espionner les écuries des courses.
  • 16Une chose considérée dans son entier, une chose complète. Et le drôle eut lapé le tout en un moment, La Fontaine, Fabl. I, 18. Notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers imperceptible lui-même dans le sein du tout, Pascal, Pens. I, 1. Ils [les Perses] ne surent jamais trouver ce bel art depuis si bien pratiqué par les Romains, d'unir toutes les parties d'un grand État et d'en faire un tout parfait, Bossuet, Hist. III, 5. Que d'un art délicat les pièces assorties N'y forment qu'un seul tout de diverses parties, Boileau, Art p. I. Entre esprit et talent il y a la proportion du tout à sa partie, La Bruyère, XII. Tandis que nous ne formerons qu'un même esprit et un même tout avec lui [le monde], Massillon, Mystères, Pentecôte. J'avais déjà compris qu'en morale comme en géométrie le tout est plus grand que la partie, Staal, Mém. t. I, p. 41. Étant, comme dit Timée, un point entre deux éternités, il me sera impossible de comprendre ce grand tout et son maître, qui m'engloutissent de toutes parts, Voltaire, Princ. d'act. 3. Les gens du monde, faute d'étude et de talent exercé, sont rarement capables de former un tout tel que le théâtre l'exige, Duclos, Œuv. t. VIII, p. 99. Cessons de considérer ce qui détermine une étendue à être telle, un tout à être tel, nous aurons les idées abstraites d'étendue et de tout, Condillac, Conn. hum. sect. 5.

    Tout ou partie, le tout ou une portion.

    Au plur. Tout, dans ce sens substantif, conserve le t. Plusieurs touts distincts les uns des autres.

    Il y a de la différence, une différence du tout au tout, la différence est complète.

  • 17Il se dit aussi sans article. Tout ou rien. Il joue à tout perdre. Ce n'est pas tout. Il y a tout à parier que… De cet exemple-ci ressouvenez-vous bien ; Et, quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien, Molière, Sgan. 24. Puisque vous n'êtes point, en des liens si doux, Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous, Molière, Mis. v, 7. J'y vendrai ma chemise, et je veux rien ou tout, Racine, Plaid. I, 7. S'il faut tout vous dire, ne me lisez point, Rousseau, Ém. II. La seule idée que je n'étais pas tout pour elle, faisait qu'elle n'était presque rien pour moi, Rousseau, Confess. IX. La fortune n'est rien, la sagesse est tout, Condillac, Étud. hist. I, 1. Ils jouent la vie comme une partie d'échecs, dans laquelle le succès est tout, Staël, Corinne, VI, 3.

    Dieu sur tout, se dit proverbialement, comme une parole de résignation et de confiance en Dieu. Dieu et sa providence sur tout, Sévigné, 597.

    C'est tout dire, on ne peut dire rien de plus. Qui dit Sillery dit tout ; Peu de gens en leur estime Lui refusent le haut bout, La Fontaine, Fabl. VIII, 13. Car Mignot, c'est tout dire, et dans le monde entier Jamais empoisonneur ne su mieux son métier, Boileau, Sat. III.

    C'est tout, et puis c'est tout, il n'y a rien de plus. Quoiqu'il n'eût guère vu d'autres gens qu'un ermite, Son troupeau, ses mâtins, le loup, et puis c'est tout, La Fontaine, Fabl. x, 10.

    C'est un bon homme, et puis c'est tout, il n'a que de la bonté, ce n'est qu'un bon homme.

    Ce n'est pas tout, ce n'est pas le tout, il ne suffit pas, ce n'est pas assez. Ce n'est pas tout, ce n'est pas encore tout, il faut que vous alliez là. Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici, La Fontaine, Fabl. III, 5. Monsieur Fleurant, ce n'est pas tout que d'être civil, il faut être aussi raisonnable et ne pas écorcher les malades, Molière, Mal. imag. I, 1. J'ai conclu, après la lecture, que ce n'était pas le tout d'être fanatique, qu'il fallait tâcher encore de n'être pas ridicule, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 18 janv. 1773. Ce n'est pas tout pour un magistrat d'être serviteur des gendarmes ; il faudrait être bon et ami de l'équité, Courier, Lettre au Censeur, IV.

    Ce n'est pas le tout que des choux, il faut encore de la graisse, se dit quand on n'a qu'une partie de ce qui est nécessaire.

    Voilà tout, il n'y a rien à ajouter. Vous êtes légère, étourdie et paresseuse ; voilà tout, Genlis, Veillées du château t. I, p. 154, dans POUGENS.

    Terme de marine. La barre dessous, tout ! commandement de mettre la barre tout à fait sous le vent.

    Sciez tout ! sciez autant que possible avec vos avirons.

  • 18Tout, sans article, signifiant toute chose, toute sorte de choses. Dans une grande âme tout est grand, Pascal, Pass. de l'amour. Ma fille, on n'a jamais tout craint, quand on aime comme je fais, Sévigné, 4 oct. 1679. Et, dans ce désespoir, qui peut tout ose tout, Th. Corneille, Comte d'Essex, III, 4. Tout fuit, tout diminue, tout disparaît à mes yeux, Bossuet, Anne de Gonz. Tout est vain dans l'homme, si nous regardons le cours de sa vie mortelle ; mais tout est précieux, tout est important, si nous contemplons le terme où elle aboutit et le compte qu'il en faut rendre, Bossuet, Duch. d'Orl. Tout était Dieu, excepté Dieu même, Bossuet, Hist. II, 3. Tout, s'il [Néron] est généreux, lui prescrit cette loi ; Mais tout, s'il est ingrat, lui parle contre moi, Racine, Brit. I, 1. La jeunesse est présomptueuse, elle se promet tout d'elle-même ; quoique fragile, elle croit pouvoir tout, et n'avoir jamais rien à craindre, Fénelon, Tél. I. Tout était adoré dans le siècle païen ; Par un excès contraire on n'adore plus rien, Racine L. Relig. VI. Hé bien, mon ami, tiens, voilà Jupiter qui peut tout, qui se mêle de tout, qui gouverne tout, qui est maître de tout ; et je suis Momus, moi, qui me moque toujours de tout, Dancourt, Comédie des coméd. l'Amour charlat. III, 2. [Les Français] vivant comme des enfants qui ne savent jamais la raison de ce qu'on leur ordonne, qui murmurent de tout, se consolent de tout, se moquent de tout et oublient tout, Voltaire, Dial. 1. Algarotti était un Vénitien fort aimable… il savait un peu de tout, et donnait à tout de la grâce, Voltaire, Mém. Volt.

    Il a réponse à tout, se dit d'une personne qui lève les objections, écarte les soupçons, etc. J'ai fait des questions : il répondait à tout, Imbert, Jaloux sans amour, III, 9.

    Il y va de tout, il importe de tout, rien n'est plus important. C'est cela même qui est le principal artifice de votre conduite, de faire croire qu'il y va de tout en une chose qui n'est de rien, Pascal, Prov. XVIII. Il importe de tout de bien savoir choisir [les conversations], pour se le former [l'esprit] et ne point le gâter, Pascal, Pens. VII, 16, éd. HAVET.

    Être de tout, se mêler de toutes les affaires, aller dans toutes les sociétés, être de toutes les parties. Cette incommodité [la surdité] n'est pas médiocre dans un âge où l'on aime fort à être de tout, Sévigné, 4 oct. 1677. Le voilà [Dangeau] de tout à la cour, mais toujours subalterne, Saint-Simon, 39, 196.

    Familièrement. Comme tout, extrêmement, on ne peut davantage. Ils s'ennuient comme tout à ce camp, et votre maison leur vient bien à point, Dancourt, Maison de camp. sc. 6. Voilà un petit mot qui me plaît comme tout, Marivaux, Arleq. poli par l'amour, sc. 12.

    Tout y va, la paille et le blé, on n'y épargne rien.

    Bien que tout soit sans article, on peut y rapporter le pronom il. Il voit tout comme il est, et jamais ne s'abuse, Corneille, Imit. II, 4. Dans une action tout allait comme il pouvait, sans que personne fût en état d'y pourvoir, Bossuet, Hist. III, 5. Une raison première et universelle qui a tout conçu avant qu'il fût, Bossuet, Conn. v, 2.

    Se faire à tout, se prêter à tout, s'habituer, se prêter aux usages, aux convenances.

    Tout compté, tout rabattu, ou tout bien compté et rabattu, tout étant bien examiné, toutes compensations faites. Tout compté, tout rabattu, il me doit encore mille francs.

    On dit dans un sens analogue : tout débattu, tout pesé, tout compté. Ceci montre aux provinces Que, tout compté, mieux vaut en bonne foi S'abandonner à quelque puissant roi, Que s'appuyer de plusieurs petits princes, La Fontaine, Fabl. VIII, 19. Tout débattu, tout bien pesé, Les âmes des souris et les âmes des belles Sont très différentes entre elles, La Fontaine, ib. IX, 7.

  • 19Tout signifiant tout le monde, tout homme, tout ce qu'il y a de gens, de personnes. Voici son raisonnement [de la comédienne Nell Gwin, qui voulait que Charles II reconnût un fils qu'il avait d'elle] : cette duchesse [de Portsmouth, maîtresse de Charles II], dit-elle, fait la personne de qualité ; elle dit que tout est son parent en France…, Sévigné, 11 sept. 1675. Toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré, Bossuet, Duch. d'Orl. Tout cédait au charme secret de ses entretiens, Bossuet, ib. On trouve tout consterné, excepté le cœur de Madame, Bossuet, ib. Tout n'est pas Caumartin, Bignon ni d'Aguesseau, Boileau, Sat. X. Je ne choisirai point dans ce désordre extrême ; Tout me sera Pyrrhus, fût-ce Oreste lui-même, Racine, Andr. V, 2. Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et Neptune, Racine, Iphig. I, 1. Tout frémit, tout se tait, aucun ne se présente, Voltaire, Tancr. III, 4. Enfin je veux, chez moi, que tout chante, tout rie, Piron, Métrom. II, 1.
  • 20Le tout, toutes les choses en question. Je vous laisse le tout pour six francs.

    Il se dit après l'énumération de plusieurs choses, pour les joindre toutes ensemble. Il a fait telle et telle chose, le tout pour parvenir à son but.

    Le tout ensemble, ce qui résulte de l'assemblage de plusieurs parties formant un tout. Il y a quelques beaux vers dans cette pièce ; mais le tout ensemble n'en vaut rien. Le tout signifiant tout ce qu'il y a de plus important, de principal dans une chose. Il ne s'agit ici [dans la recherche de la vraie religion] de l'intérêt léger de quelque personne étrangère… il s'agit de nous-mêmes et de notre tout, Pascal, Pens. IX, 1. Chacun est un tout à soi-même ; car, lui mort, le tout est mort pour soi, Pascal, ib. XXV, 19. On ne perd jamais que d'une voix [dans le procès de Fouquet], et cette voix fait le tout, Sévigné, 9 déc. 1664. C'est notre tout que notre présent ; et nous le dissipons, et l'on trouve la mort, Sévigné, 8 avr. 1676. Vous avez des grâces de toutes les manières, et surtout un don de persévérance qui est le tout, Sévigné, à Moulceau, 24 nov. 1687. La piété est le tout de l'homme, Bossuet, Louis de Bourbon. La seule créature qui cherche au dehors et qui ne soit pas à soi-même son tout, c'est l'homme, Chateaubriand, Génie, I, VI, 1. Aux sots revêtus Le tout est de plaire, Béranger, Scand.

    Il en fait son tout, c'est son tout, c'est l'objet de sa sollicitude exclusive, il l'aime uniquement. Enfin il en est fou ; c'est son tout, son héros, Molière, Tart. I, 2. Vous savez sûrement que ma gouvernante, et mon amie, et mon tout, est enfin devenue ma femme, Rousseau, Lett. à M. Moultou, Corresp. t. VII, p. 113, dans POUGENS.

  • 22Mon tout, dans une charade, se dit du mot composé qui forme le sujet.
  • 23Au jeu, à la bouillotte, je fais mon tout, je risque tout ce que j'ai d'argent devant moi.

    Fig. Le tout pour le tout, expression dont on se sert pour indiquer qu'on est disposé à ne rien épargner pour venir à bout d'une affaire. Mettre, risquer, jouer le tout pour le tout.

    Le tout, la troisième partie qui se joue après qu'un des deux joueurs a perdu partie et revanche, et où l'on joue autant d'argent qu'on en a joué dans les deux premières parties ensemble. Je lui gagnai partie, revanche et le tout dans un clin d'œil, Hamilton, Gram. III.

    Le tout du tout, la partie qui se joue, après que la même personne a perdu partie, revanche et le tout, et dans laquelle on joue autant d'argent qu'on en a joué dans les trois parties précédentes.

  • 24À tout, se dit, à certains jeux de cartes, de la couleur qui emporte toutes les autres. Jouer à tout.

    On en fait d'ordinaire un seul mot, voy. ATOUT.

  • 25À tout prendre, en considérant une chose dans son ensemble, dans ce qu'elle a de bon et de mauvais. À tout prendre, la situation est bonne.
  • 26Après tout, dans le fond, tout bien considéré. Mais, madame, après tout, je ne suis pas un ange, Molière, Tart. III, 3. Et peut-être, après tout, en l'état où je suis, Sa mort avancera la fin de mes ennuis, Racine, Andr. I, 4. Après tout, ces inepties, qui dans notre siècle sont parvenues au dernier excès, ne font aucun mal à la société, Voltaire, Pol. et lég. Fragm. Inde, 6.
  • 27Du tout, complétement, absolument, de tout point (emploi affirmatif qui a vieilli). Que si nos maux passés ont laissé quelques restes, Ils vont du tout finir, Malherbe, VI, 6. Cela est du tout admirable, Bossuet, 3e sermon pour la Purific. Les sacrements y sont ou falsifiés ou anéantis du tout, Bossuet, Var. 15.

    Aujourd'hui il se joint avec rien, point, pas, pour rendre la négation plus forte, et signifie en aucune façon, nullement. Entendre clairement et distinctement qu'une chose est telle qu'on ne peut du tout point y rencontrer de limites, c'est clairement entendre qu'elle est infinie, Descartes, Rép. aux 1res obj. 10. [Nature] De quoi parle à mon cœur ton murmure imparfait ? Ne me dis rien du tout, ou parle tout à fait, Corneille, Héracl. IV, 4. L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout, La Fontaine, Fabl. IV, 22. M. de Laverdy fait assurément mieux que ses prédécesseurs [aux finances] ; car il ne fait rien du tout, et cela donne de grandes espérances, Voltaire, Lett. Richelieu, 21 juill. 1764. Charles, indigné de se voir, en quelque sorte, chassé des terres du Grand Seigneur, se détermina à ne point partir du tout, Voltaire, Charles XII, 6. Quant aux affaires, je n'y entends du tout rien, Rousseau, Lett. à Mme d'Épinay, janvier 1757.

    Du tout, avec ne, sans pas, point, ou rien, même sens ; mais moins usité. Si la piété… En toi pauvre insensé n'est du tout amortie, Régnier, Épît. I. Que je ne puis du tout consentir à ma honte, Corneille, Cid, II, 1. Elle est de fort bon lieu, mon père ; et, pour son bien, S'il n'est du tout si grand que votre humeur souhaite…, Corneille, Ment. II, 5. Mon fils, je ne puis du tout croire Qu'il ait voulu commettre une action si noire, Molière, Tart. v, 3. J'ai trouvé ici un gros paquet de vos lettres ; je ferai réponse aux hommes quand je ne serai du tout si dévote [dévotions du vendredi saint], Sévigné, 24 mars 1671.

    Du tout, point du tout, servant de réponse, s'emploient elliptiquement pour nier. Avez-vous fait cela ? Du tout. Moi ? point du tout, je ne veux rien savoir, Regnard, Sérénade, 3.

  • 28En tout, tout compris, sans rien omettre. Cela revient à deux cents francs en tout.

    En tout et par tout, entièrement. Je suis de votre avis en tout et par tout, Dict. de l'Académie.

  • 29Sur le tout, par surcroît. Quelquefois même aux bons mots s'abandonne, Mais doucement et sans blesser personne ; Toujours discret et toujours bien disant, Et sur le tout, aux belles complaisant, Rousseau J.-B. Épît. I, 1.

    Terme de blason. Sur le tout, voy. SUR 2, n° 45.

  • 30Surtout, voy. SURTOUT.
  • 31 Adv. Entièrement, complétement, sans exception, sans réserve. Je suis tout à vous. Il est tout en Dieu. La réflexion des lumières sur ce bronze en fait sortir un jour tout extraordinaire, Corneille, Andromède, décor. du 5e acte. Que celui qui souffre et est persécuté ne soit ni tout méchant ni tout vertueux, mais un homme plus vertueux que méchant, Corneille, Cid, avert. Seigneur, il est tout vrai, j'aime en votre palais, Corneille, Œd. I, 3. Il [Dieu] est toujours tout juste et tout bon…, Corneille, Poly. I, 1. Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique, La Fontaine, Fabl. III, 4. Il fut tout heureux et tout aise De rencontrer un limaçon, La Fontaine, ib. VII, 4. Par un exemple tout égal, La Fontaine, ib. X, 1. On ne saurait excuser en aucune sorte ses sentiments [de Montaigne] tout païens sur la mort, Pascal, Entret. avec M. de Saci. Votre marquis est tout aimable, tout parfait, tout appliqué à ses devoirs ; c'est un homme, Sévigné, 551. Je voudrais que vous fussiez, ou tout un, ou tout autre ; que vous fussiez ouvertement, ou contre moi, ou pour moi, Bourdaloue, Dim. Octave de l'Ascension, Dominic. t. II, p. 253. C'est là ce qui fait peur aux esprits de ce temps, Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans, Boileau, Disc. au roi. Nos vaisseaux tout chargés des dépouilles de Troie, Racine, Andr. II, 1. Le Seigneur tout seul lui paraît bon, véritable, fidèle, Massillon, Carême, Pécheresse. Des ajustements tout achetés, tout prêts à être mis, sont bien aussi séduisants que l'argent même avec lequel on les achète, Marivaux, Pays. parv. 1re part. Je ne deviendrai point, je suis tout devenu, Marivaux, ib. Comme il disait ces mots, arrive frère Coutu en hâte, tout courant, tout essoufflé, tout suant, tout haletant, Voltaire, Facéties, Rel. appar. Bertier.

    Familièrement. C'est tout un, c'est la même chose, cela revient au même. Notre mort (Au moins de nos enfants, car c'est tout un aux mères), La Fontaine, Fabl. III, 6.

    Proverbialement. C'est tout un, mais ce n'est pas de même, cela revient au même, quoique ce ne soit pas la même chose.

    Tout nouveau, tout beau, se dit de choses qui plaisent par le changement, et pour avertir de ne pas se fier à cette satisfaction.

    Avoir tout l'air de, avoir complétement l'apparence. Il a tout l'air d'avoir été dupe.

  • 32Tout se construit de même avec un adjectif ou un participe féminin, commençant par une voyelle ou une h muette. Des mains tout écorchées. Mais enfin je connus, ô beauté tout aimable, Que cette passion peut n'être pas coupable, Molière, Tart. III, 3. Et, traitant de mépris les sens et la matière, à l'esprit, comme nous, donnez-vous tout entière, Molière, Fem. sav. I, 1. Je crains que cette censure ne donne à ceux qui en sauront l'histoire, une impression tout opposée à la conclusion, Pascal, Prov. I.

    Autrefois on écrivait, on imprimait (et quelques personnes suivent encore cette orthographe) toute dans ces cas-là. Et puisque vous voyez mon âme toute entière…, Corneille, Nicom. III, 2. Je vous embrasse, ma très chère et très aimable, et suis toute entière à vous, Sévigné, 229. Pour moi, j'étais toute ébaubie, Sévigné, 5 mars 1683. Elle se trouve toute vive et toute entière entre les bras de la mort, Bossuet, Duch. d'Orl. D'un repas sortant toute enfumée, Boileau, Sat. X. Eucharis, rougissant et baissant les yeux, demeurait derrière, toute interdite, sans oser se montrer, Fénelon, Tél. VII. Il a commencé son règne par une conduite toute opposée à celle de Pygmalion, Fénelon, ib. VIII. Je me sens toute émue ; il n'y a rien de si charmant que vous, Montesquieu, Templ. de Gnide, 3.

  • 33Tout, mis devant un adjectif ou un participe féminin commençant par une consonne ou par une h aspirée, reçoit même genre et même nombre que l'adjectif ou le participe (anomalie que l'oreille a exigée). Elles parurent toutes honteuses. Oui, j'ai fait vanité d'être toute romaine, Corneille, Hor. I, 1. Sévigné… qui naquîtes toute belle, à votre indifférence près, La Fontaine, Fabl. IV, 1. D'un loup écorché vif appliquez-vous la peau Toute chaude et toute fumante, La Fontaine, ib. VIII, 3. Ma toute bonne, nous commençons d'être connues, Molière, Préc. 12. La bonne d'Escars, en vérité, ne se peut trop remercier : elle était toute malade, et cependant elle s'est appliquée avec un soin extrême à faire cette commission, Sévigné, 309. Enfin me voilà toute reposée, toute tranquille, toute contente d'être en repos dans ma solitude, Sévigné, 9 sept. 1671. Toute couchée et toute à votre aise, vous causerez avec moi, Sévigné, à Mme de Grignan, 1684. Une autre Rome toute chrétienne sort des cendres de la première, Bossuet, Hist. III, 1. Ces lois qu'il a protégées l'ont rétabli [Charles II] presque toutes seules, Bossuet, Reine d'Anglet. Notre duchesse de Bourgogne est toute triste de l'extrémité où se trouve la reine sa sœur, Maintenon, Lett. au duc de Noaill. 22 févr. 1706. C'est surtout de Phénicie que vient le culte de la déesse que nous appelons Vénus ; la fable de Vénus et d'Adonis est toute phénicienne, Voltaire, Déf. mil. Bolingbr. 9. C'est par analogie avec cet emploi qu'on a dit toute de glace, en parlant d'un objet féminin. Didon, jadis toute de glace, Devint bientôt toute de feu, Scarron, Virg. IV. Il a plu à Dieu de se faire aimer ; et comme il a vu la nature humaine toute de glace pour lui, toute de flamme pour d'autres objets…, Bossuet, 2e sermon, Annonciat. Préambule.
  • 34Tout s'emploie adverbialement devant un substantif pour exprimer plénitude. Il est tout cœur. Ah ! qu'il est doucereux, c'est tout sucre et tout miel, Molière, Éc. des maris, I, 2. Le chien est tout zèle, tout ardeur, tout obéissance, Buffon, Chien. Timidité touchante dans un homme dont le regard était tout esprit et tout âme, Marmontel, Mém. VI. Mon admirable frère est tout âme, Chateaubriand, Natch. 2e partie, 1re moitié.

    Être tout œil et tout oreille être tout yeux et tout oreilles, regarder, écouter très attentivement. Le diable était tout yeux et tout oreilles, La Fontaine, Belphég.

    Si le substantif est féminin et commence par une consonne ou par une h aspirée, tout n'en reste pas moins invariable. N'usez pas de toute votre raison, ne soyez pas tout intelligence et tout lumière, Guez de Balzac, De la cour, 4e disc. Pourquoi ne songez-vous pas qu'il [Dieu] est tout vue, tout ouïe, tout intelligence, Bossuet, Sermons, 1er dim. de l'avent, Nécessité, 1. Mon Dieu, vous êtes tout amour et par conséquent tout jalousie, Fénelon, t. XVIII, p. 303. Dans nos souhaits innocents, nous désirions être tout vue, pour jouir des riches couleurs de l'aurore ; tout odorat pour sentir les parfums de nos plantes ; tout ouïe pour entendre les concerts de nos oiseaux ; tout cœur pour reconnaître ces bienfaits, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.

    Pourtant Molière, dans un cas semblable, a suivi la règle de l'adjectif féminin. Harpagon : Sais tu bien de quoi nous parlons ? - Valère : Non ; mais vous ne sauriez avoir tort, et vous êtes toute raison, l'Av. I, 7.

    Familièrement. Cet enfant est tout le portrait de son père, il lui ressemble parfaitement.

  • 35Il se joint à plusieurs prépositions et adverbes pour donner à l'expression plus d'énergie. Tout de travers. Il lui parla tout froidement. Tout haut. Tout court. Parler tout bas. De tout loin je vous ai reconnue, Corneille, Gal. du Pal. IV, 14. Votre trésor ! où pris ? - Tout joignant cette pierre, La Fontaine, Fabl. IV, 20. Mettez une pierre à la place, Elle vous vaudra tout autant, La Fontaine, ib. IV, 20. Tout comme si je ne sonnais pas, Molière, Mal. imag. I, 1. C'est justement tout comme, La femme est en effet le potage de l'homme, Molière, Éc. des femmes, I, 3. Il me persuade qu'il [Ch. de Sévigné] n'a point d'envie de faire une sottise ; mais, comme il est faible, et qu'il me mande tous les jours qu'il est différent de lui-même, qu'il est deux ou trois hommes tout à la fois…, Sévigné, 1er nov. 1679. Elle [Mme de la Boulaye] trouve cette petite affaire toute comme elle est, Sévigné, 19 août 1681. J'ai vu le triste Hémon abandonner son rang Pour venir embrasser ce frère tout en sang, Racine, Théb. III, 3. Monsieur Perrin Dandin, Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin, Racine, Plaid. I, 1. J'arrivai exactement à l'heure ; de tout loin je regardais si je ne la verrais point sur le chemin, Rousseau, Conf. VI.

    Ce que vous dites là sont tout autant de fables, sont tout autant de visions, les choses que vous nous dites ne sont que des fables, des visions.

    Tout juste, avec une correspondance tout à fait exacte. On oublie que la moitié de la nation égorgea l'autre pour des arguments théologiques ; il y aura bientôt deux cents ans tout juste [à la Saint-Barthélemy], Voltaire, Dial. XXIV, 3.

    Tout maintenant, voy. MAINTENANT.

    Tout à cette heure, voy. HEURE, n° 18.

    Tout d'un temps, voy. TEMPS, n° 38.

    Populairement. Tout de même, néanmoins. On m'a défendu d'aller, mais j'irai tout de même.

  • 36Il se met devant des superlatifs. Joignez-y quelque bœuf : choisissez pour ce don Tout le plus gras du pâturage, La Fontaine, Fabl. XI, 1. Et, quoique amis enfin, je suis tout des premiers…, Molière, Mis. I, 1. Votre hôtellerie est toute des plus fréquentées, Sévigné, 430. La fête sera toute des meilleures, Sévigné, 18 août 1680. Conservez votre joie et votre santé tout le plus longtemps que vous pourrez, Sévigné, à Bussy, 29 juin 1686. J'étais tout au mieux avec le prélat, qui, toutes les fois qu'il me rencontrait, s'arrêtait pour me parler, Lesage, Estev. Gonz. 28. Il est vrai, madame, qu'il est tout des plus laids, mais on n'en trouve pas facilement, Brueys, Muet, IV, 6. Il me paraît que chacun s'en va tout le plus loin qu'il peut, Voltaire, Lett. Richelieu, 19 juill. 1773. Contravention toute des plus graves et des plus répréhensibles, Montaiglon, Hist. de l'Acad. de peint. t. I, p. 143.

    À tout le moins, pour le moins. Tous tes péchés confesseras à tout le moins une fois l'an, Commandements de l'Église.

  • 37Tout au plus, en portant la chose aussi loin qu'il est possible. César, né du temps de Scipion l'Africain, n'aurait pas subjugué la république romaine ; et, si Mahomet revenait aujourd'hui, il serait tout au plus shérif de la Mecque, Voltaire, Dict. phil. à propos.
  • 38Il sert à former certaines locutions dont on ne peut le retrancher sans détruire ou altérer le sens. Tout à coup, tout de go, tout à fait, tout beau, tout de bon, etc. Voy. COUP, GO, FAIT, BEAU, BON, etc.

    Tout doux, en douceur, avec ménagement. Je crains fort pour mon fait quelque chose approchant, Et je m'en veux, tout doux, éclaircir avec elle, Molière, Amph. II, 3.

    Quant à tout doux, locution interjective, voy. DOUX.

  • 39Tout le premier, toute la première, tout les premiers, le premier de tous, la première de toutes, les premiers de tous. Nous avons douté de cette nouvelle et vous tout le premier. Madame, les femmes prendront cette mode, et vous toute la première (et vous deux toutes les premières). On suivra cet exemple, et nous tout les premiers. Accusez et Calchas et le camp tout entier, Ulysse, Ménélas, et vous tout le premier, Racine, Iphig. IV, 6. J'aurais ri tout le premier de ces plaisanteries, s'il me les eût faites en particulier, Lesage, Guzm. d'Alf. III, 12.
  • 40Tout le même, tout les mêmes, toute la même, toutes les mêmes. C'est tout le même homme que vous avez connu. Ce sont tout les mêmes hommes. Il est certain que l'action par laquelle maintenant il [Dieu] le conserve [le monde] est toute la même que celle par laquelle il l'a créé, Descartes, Méth. v, 7.
  • 41Tout un autre homme, un homme tout différent. Il semble que l'on ait toute une autre âme quand on aime que quand on n'aime pas, Pascal, Pass. de l'amour. J'ai toujours cru que Mme de Coulanges… serait toute une autre personne, Sévigné, 25 juin 1690.

    On dit plutôt aujourd'hui : un tout autre homme.

  • 42Je suis tout à vous, formule de politesse, signifiant : je suis tout disposé à faire ce qui vous sera agréable.

    Elliptiquement. Tout à vous, se dit dans les formules de salutation par lesquelles on finit une lettre.

    En ce sens, une femme écrit : je suis tout à vous.

  • 43Tout… que… avec un adjectif, bien que, quoique, avec le verbe à l'indicatif ; en cet emploi tout s'accorde avec l'adjectif féminin, quand cet adjectif commence par une consonne ou une h aspirée. Tout habiles et tout artificieux qu'ils sont. Les peines que me donne cette amitié sont douces, tout amères qu'elles sont, Sévigné, 4 oct. 1684. Tout éclairée qu'elle était, elle n'a point présumé de ses connaissances, Bossuet, Duch. d'Orléans. La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle était, Bossuet, Hist. II, 5. M. Chapelain a reçu l'ode avec la plus grande bonté du monde : tout malade qu'il était, il l'a retenue trois jours, et a fait des remarques par écrit, que j'ai fort bien suivies, Racine, Lett. 3 à Levasseur. La valeur, tout héroïque qu'elle est, ne suffit pas pour faire les héros, Mascar. Or. fun. de Tur. Et, tout amie des bienséances que je suis, je ne vous approuve pas, Marivaux, le Legs, sc. 10. On dit que vos chevaux manquent de fourrage en Westphalie, et qu'on leur donne du jambon ; pour Dieu, faites donner à dîner à Lekain, tout laid qu'il est, Voltaire, Lett. Richelieu, 4 juin 1757. Tout roi qu'il est, il [Frédéric II] ne trouve pas mauvais que les grands devoirs de l'amitié aillent les premiers, Voltaire, Lett. Thiriot, 16 août 1743.

    Au XVIIe siècle, on écrivait quelquefois toute même devant une voyelle. Cette pensée… me blesse, toute impossible que je la vois présentement, Sévigné, 17 juin 1685.

    On mettait quelquefois le verbe au subjonctif ; mais ce n'est plus l'usage. Tout grand jurisconsulte que je sois, je me trouve bien empêché à y répondre, Voiture, Lett. 76.

    Il se construit en ce sens avec un substantif. Tout hôtelière qu'elle était. Si bien que, tout ours qu'il était, Il vint à s'ennuyer de cette triste vie, La Fontaine, Fabl. VIII, 10. J'avoue que cet abus, tout abus qu'il est, fatigue même votre patience, Bourdaloue, 14e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 400. Tout Picard que j'étais, j'étais un bon apôtre, Racine, Plaid. I, 1. Tout monsieur de la Vallée que j'étais, moi qui n'avais jamais eu d'autre voiture que mes jambes, Marivaux, Pays. parv. 5e part. Tout marchands d'habits que nous sommes, Messieurs, nous observons les hommes, Béranger, Vieux habits.

    Mais, si le substantif est féminin et commence par une consonne ou par une h aspirée, tout s'accorde avec le substantif. Toute femme qu'elle est. Toutes harpies qu'elles sont.

    Cependant, même avec un substantif féminin présentant ces conditions, tout reste invariable si ce substantif est un nom de chose. Ce cœur se réveille, tout poudre qu'il est, Bossuet, Reine d'Anglet.

  • 44Tout… que étant suivi d'autres membres de phrase qui en dépendent, on peut supprimer le que dans ces membres de phrase. Mais il me reste un fils, et je sens que je l'aime, Tout rebelle qu'il est, et tout mon rival même, Racine, Théb. III, 6. Tout ennemi qu'il est de son roi légitime, Tout vengeur des Anglais, tout protecteur du crime, Je crains de l'affliger, seigneur, et je me tais, Voltaire, Adél. du Guesclin. I, 1. Telle était l'inflexibilité de Charles dans ses opinions, que, tout abandonné qu'il était en Pologne, tout poursuivi dans ses propres États, tout captif dans une litière turque, conduit prisonnier sans savoir où on le menait, il comptait encore sur la fortune, Voltaire, Charles XII, 7.
  • 45Tout, au sens de quoique, a été employé sans que. Tout dédaigné je l'aime ; et, malgré sa rigueur, Ses charmes plus puissants lui conservent mon cœur, Corneille, Suiv. III, 3. Oui, je le chérirai tout ingrat et perfide, Corneille, Hor. II, 5. Juge par là combien ce conte est ridicule. - Tout ridicule, il plaît, et le peuple est crédule, Corneille, Héracl. I, 1. Le bon homme, tout vieux, chérit fort la lumière, Molière, l'Ét. III, 5. Nos pères, tout grossiers, l'avaient beaucoup meilleur [le goût], Molière, Mis. I, 2. Oui, toute mon amie, elle est, et je la nomme Indigne d'asservir le cœur d'un galant homme, Molière, ib. III, 7. Il [le sénéchal de Rennes] l'a laissée [une femme enlevée] pour une autre toute mariée aussi, qu'il a enlevée de vive force, Sévigné, 19 août 1671. Monseigneur, tout à sa façon pesante et indolente, ne fut pas tout à fait neutre [dans des querelles de deux princesses], Saint-Simon, t. VIII, p. 261, édit. CHÉRUEL.

    Cette tournure, bien que tombée en désuétude, pourrait encore être employée en des circonstances bien choisies.

  • 46Tout, devant en et un participe présent, signifie simultanéité. Il lui a dit ses vérités tout en riant. Il sortit tout en grondant.
  • 47Tout à bas, se dit au trictrac quand, avec les deux dames prises à la pile, on joue les deux nombres qu'on a amenés.

    Tout d'une, se dit quand on joue ces deux nombres avec une seule dame.

REMARQUE

1. Il faut distinguer : ils sont tous étonnés, et ils sont tout étonnés. Le premier signifie que tous sont étonnés ; le second, qu'ils sont entièrement étonnés. Mais cette distinction disparaît au pluriel féminin ; elles sont toutes confuses signifiant : elles sont entièrement confuses. Si on voulait exprimer que la confusion est chez toutes, il faudrait dire : toutes sont confuses.

2. Devant un adjectif féminin ou une locution équivalant à un adjectif, commençant par une voyelle ou par une h muette, on met tantôt tout et tantôt toute, suivant le sens. On met tout, quand il s'agit d'exprimer excès, intensité, et que tout ne peut pas être déplacé : Elle était tout en larmes ; elle est tout à son devoir. Au contraire on mettra toute quand on voudra exprimer la totalité, et que toute pourra être déplacé : la forêt lui parut toute enflammée, on peut dire : toute la forêt lui parut enflammée ; la maison était toute en feu, on peut dire : toute la maison était en feu ; cette maison est toute à lui, on peut dire : toute cette maison est à lui. Cette distinction relative à tout n'était pas observée dans le XVIIe siècle ni dans le XVIIIe. Elle vient toute en pleurs vous demander justice, Corneille, Cid, II, 8. Ensuite et toute à genoux, cette pauvre Mme de Froulai se traîna à ses pieds [du roi], Sévigné, 21 août 1675. Toute en pleurs à ses pieds je me suis prosternée, Voltaire, Orphel. v, 1, 3. Dans tout entier employé comme une seule expression, tout reste toujours invariable. Une heure tout entière. Les bons pères ne meurent pas tout entiers. Des masses tout entières de rochers. Cette règle, aujourd'hui obligatoire, ne l'était pas du tout au XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe. Sont-ils morts tous entiers avec leurs grands desseins ? Corneille, Cinna, I, 3. Je t'offre tous entiers et mon corps et mon âme, Corneille, Imit. IV, 9. Il y périt trois légions toutes entières, Mézer. Hist. de Fr. av. Clovis, I, 14. C'est lui qui a inventé la machine à transporter de gros arbres tous entiers sans les endommager, Fontenelle, Sébastien.

4. Au reste, au XVIIe siècle et même plus tard, la règle générale était de faire accorder en tous les cas tout avec son substantif, au lieu d'en faire un adverbe, un mot invariable. J'en croyais ses regards, qui, tous remplis d'amour, Étaient de la partie en un si lâche tour, Corneille, Mél. III, 3. Un excès de plaisir nous rend tous languissants, Corneille, Cid, IV, 3. Souvent ceux que tu vois par leur vertu sublime Mériter notre amour, emporter notre estime, Tous parfaits qu'on les croit, sont le plus en danger, Corneille, Imit. I, 20. Des choses toutes opposées, La Bruyère, XIII. Jusqu'ici je me suis livré à des chagrins et à des tristesses toutes humaines, Massillon, Avent, Afflictions. Un phoque… que les Russes appellent lièvre de mer, à cause de sa blancheur, les lièvres étant tous blancs dans ce pays pendant l'hiver, Buffon, Quadrup. t. XI, p. 166.

5. Tout autre présente deux cas qu'il faut distinguer. Dans le premier cas, tout y signifie entièrement, et autre ne peut pas être déplacé ; alors tout reste invariable : c'est tout autre chose ; voici de tout autres affaires ; la cour était tout autre à Marly qu'à Versailles. Mais, quand tout y signifie chaque et que autre peut être déplacé, alors tout s'accorde avec le substantif : demandez toute autre chose, c'est-à-dire toute chose autre ; toute autre femme se serait rendue à ces sages conseils, c'est-à-dire toute femme autre ; laissez là toutes autres affaires. Toute autre [qu'Agrippine] se serait rendue à leur discours, Racine, Brit. IV, 3.

6. On répète tout devant chaque substantif qu'il modifie. Ainsi l'on doit dire : il a perdu toute l'affection et toute l'inclination qu'il avait pour moi, et non pas : il a perdu toute l'affection et inclination. Fléchier a manqué à cet usage : [Jésus] dans sa crèche supprimant toute sa grandeur et sa gloire… Serm. pour le jour de Noël. À plus forte raison faut-il le répéter devant deux substantifs de genre différent et dire : Je suis avec toute l'ardeur et tout le respect possible ; cependant Bossuet a dit : Il en prend [des psaumes] avec David tous les sentiments et les affections, Ét. d'orais. VI, 42. Cet exemple ne peut guère être imité. Si on voulait supprimer le second tout, il faudrait prendre le tour ancien et retrancher en même temps l'article avec le pronom : Toute la grandeur et gloire, toute sa grandeur et gloire ; mais cela est archaïque. Toutefois il serait utile de réhabiliter cette tournure, qui abrège notablement la phrase.

7. On trouve dans les auteurs toute nuit pour toute la nuit. Il vint hier de Poitiers, et, sans faire aucun bruit, Chez lui paisiblement a dormi toute nuit, Corneille, le Ment. III, 2. Cette tournure est tombée en désuétude. On en trouve des exemples dans les plus anciens textes (voy. l'historique).

8. Je vous aime tout ce qu'on peut aimer, est un barbarisme de phrase, Voltaire, Comm. Rem. Corn. Cid, II, 5.

9. Tout ce qui… n'est pas. Grammaticalement, cette locution signifie que la première condition n'entraîne pas toujours la seconde : Tout ce qui reluit n'est pas or ; c'est-à-dire ce qui reluit n'est pas tout de l'or. Mais on ne dira pas : Tout ce qui est créé n'est pas éternel ; car cela ne peut se tourner en : Ce qui est créé n'est pas tout doué d'éternité. En un mot, pour que la locution soit tout à fait claire, il faut que tout puisse être ôté de sa place, et passer dans le second membre. Mais cette locution a aussi un autre sens ; elle signifie : tous ceux, nul de ceux, tout ce qui, rien de ce qui. Tous ceux qui la connaissent ne l'accusent pas, c'est-à-dire nul de ceux qui la connaissent ne l'accuse, Letourneur, trad. Cl. Harlowe, t. VII, p. 309, éd. Genève. Tout ce qui n'est pas Dieu ne peut pas remplir mon attente, c'est-à-dire rien de ce qui n'est pas Dieu ne peut remplir mon attente, Pascal, Prière pour l'usage des mal. En conséquence, il faut avoir présents à l'esprit les deux sens de cette locution, afin de ne pas tomber, par inadvertance, dans une amphibologie.

10. Notez encore ceci : Tous les champs ne sont pas ravagés, signifie que parmi les champs tous ne sont pas ravagés. Mais cette tournure peut encore signifier qu'aucun des champs n'est ravagé. Exemples : Tous les métiers languissent, et ne nourrissent plus les ouvriers, Fénelon, Lett. anon. au roi, 1693. Tous les grands panneaux de la voûte n'existent plus, Th. Gautier, Journ. offic. 6 août 1871. Ici encore il faut prendre garde à l'amphibologie, et avoir soin que le contexte détermine précisément le sens de la tournure.

HISTORIQUE

VIIIe s. Toti pour omnes : Ubi et toti fuerant sepulti, Boucherie, Rev. des langues romanes, t. II, p. 116, 1871.

Xe s. Tuit oram que por nos [elle] degnet preier, Eulalie. Et en tot, Fragm. de Valenc. p. 469.

XIe s. Set ans tuz pleins ad ested en Espaigne, Ch. de Rol. I. Un faldestoed [fauteuil] i unt fait tut d'or mer [pur], ib. VIII. Blanche ad la barbe e tut flurit le chef, ib. Par cels de France voelt il del tut errer [agir], ib. X. Vus li avez tuz ses castels toluz, ib. XVI. Sire, dist Guenes, ço ad tut fait Rollans, ib. XXIV. S'ert ki l'ociet [s'il y avait qui le tue], tute pais puis averiumes, ib. XXVIII. Tut entur lui vint milie Sarazins, ib. XX. Dist al paien : Deus tut mal te tramette, ib. CXXII. Mais tut seit fel, [qui] cher ne se vende primes [d'abord], ib. CXLI. Rolans s'en turne, par le camp [champ] vait tut suls, ib. CLX. Lessez gesir les morz tut cum il sunt, ib. CLXXIV. Li angles est tute noit [toute la nuit] à son chef [à la tête de Charlemagne], ib. CLXXXI.

XIIe s. À tote vostre vie, Ronc. p. 11. Toz cois se tint, ib. De mon bernage tot le mieux alosé [ce qu'il y a de plus renommé parmi mes barons], ib. p. 35. Tout en plorant [il] lor fit beneïçon, ib. p. 98. Tout par amour [elle] prendra la loi saintie, ib. p. 148. Tot droit à Blaive [ils] en sont devant alé, ib. p. 166. Tout tremblant se leva, ib. p. 192. Toz nus soit despouillez ses cors et sa façons, ib. p. 200. Donques ai-je toute joie enhaïe, Couci, II. Bien [je] cuidai vivre sans amour, Des ore en pais tout mon aé [âge], ib. III. Puisqu'en vous sont tot mal esteint, Et tout bien à droit alumé, ib. Toute biautez qui sor autre resplent Est mise en li [elle], qu'il n'y a que mesprendre, ib. v. Sor tote joie est cele couronnée Que j'ai d'amour : Diex ! i faudrai-je donc ? ib. VI. [Amour] Qui tout me donne à vos entierement, ib. XVI. Puisqu'ele m'a du tout à son vouloir, ib. XVII. Car j'i met tout, cuer et cors, et desir, Sens et savoir…, ib. XI. La couronne de France doit estre mise avant ; Car tuit autre roi doivent estre à lui apendant, Sax. I. Desor toz autres rois [vous] auriez le dangier [domination], ib. VI. Tot ainsi com li asnes qui regarde le faix, ib. X. D'ire et de mautaient [il] esprent tous [tout entier] et atise, ib. XXIII. Tous li moins courrouciés s'estoit bien aatis Qu'ains i lairroit la teste que il fust asservis, ib. XXVI. Tous li plus hardi d'eus voussist [voudrait] estre à Brandis, ib. Li autre l'unt laissié tut sul enmi l'estur, Th. le mart. 28. Nostre seignur Deu del tut [du tout] siwez, et de tut vostre quer [cœur] servez, Rois, p. 41. Li toz poanz Deus, Job, p. 478. Ô parole brief et plaine, parole vive et fructifianz et digne k'ele tot par tot soit receue, Saint Bernard, p. 558. XIIIe s. Et s'alierent ensemble en tel maniere, et distrent qu'il seroient de ore mais tuit un, Villehardouin, CXV. La galie où il estoit prist terre tout maintenant, Villehardouin, LXXVIII. Il est crestiens tout ausi come vos estes, Villehardouin, LXVI. Et lors virent tout à plein Constantinoble, Villehardouin, LXI. Li Grieu avoient ce pont rompu, et li baron firent toute jor labourer l'ost et le pont affaitier toute nuit, Villehardouin, LXXIV. Je ne pris [prise] rien, ne biauté ne jouvent ; Pourquoi ? parce que la mort tout mestroie, Anonyme dans Couci. Tous ceus qui y alerent [je] ne vous voeil deviser, Berte, III. Que tout li grant seigneur, li comte et li marquis…, ib. v. Bien savez que tous trois de servage [je] jetai, ib. VII. [Rue qui] Ne fust toute couverte de dras très richement, ib. IX. Vostre chambre [je] ferai de toutes pars vider, ib. X. Ele ert [était] en la forest toute la plus deserte, ib. XXX. Moult volentiers la doivent [l'histoire] oïr toutes et tuit, ib. XXXVI. Je ne manjai pieça, toute sui afamée, ib. XLVI. Ele est toute engelée, et s'a faim moult forment, ib. XLVII. En nuit me sui au bois toute seule geüe, ib. LII. Laissez tout ce aler, n'en soit parole dite, ib. LIV. À tous se fist amer [aimer], ib. LIX. [Je] N'ai pas trouvé ma fille, on m'a du tout menti, ib. LXXXIX. Ne [femme] qui si fust à Dieu de tout en tout donnée, ib. CXV. Diex, nostre sire, qui est tout poissant, nous puet bien aidier, Chr. de Rains, p. 59. L'en appele drap nays, à Paris, le drap duquel la chaane et la tisture est tout d'un, Liv. des mét. 119. Vraiement sien ne sunt il mie, Tout ait il sor eus seignorie, la Rose, 5320. Lors devés la rose cueillir, Tout veés-vous neïs Dangier, Qui vous acuelle à ledangier [injurier], Ou que honte et paor en groucent, ib. 7717. Tot simplement et sans faire semblant que son aversaire ne s'en aperceive et amende sa faute, Ass. de J. 50. Forment [il] l'honeure, et tot por l'or, Dont tant a creü son tresor, Fl. et Bl. 2227. Dans rois, fait-il, foi que vous doi, Del tot en tot [je] pas ne l'otroi, ib. 2761. Et comme li chevaliers eust hiaume el quel il avoit tout plain de broces par derriere, Beaumanoir, LXI, 63. Tel fait, qui sont si apert, doivent estre vengié par l'office au juge, tout soit ce que nus ne s'en face droitement partie, Beaumanoir, VI, 12. Par les parties devons nous entendre le tout, Psautier, f° 107. … Je te renvi Au gieu où nous metrons chascun Tout contre tout ; tout ert [sera] à un, Meraugis, p. 194.

XIVe s. Eslire très bonnes choses et avoir de telles choses vraye oppinion, ce n'est pas tout un, Oresme, Éth. 65. La chose qui est la partie d'un tout approce plus de son tout que le tout ne approce de la partie, Oresme, ib. 250. Tout partout où Bertran en Bretaigne savoit Ne joustes ne tournoiz, et qu'on s'i assambloit, Sur la meilleur jument de son pere montoit, Guesclin. 285. Qu'on lui coupe la langue tout outre, si que dès lors en avant il ne puisse dire mal de Dieu ne d'autre, Ordonn, des Rois, t. II, p. 283. Ils le jetterent tout mort [roide mort], Chr. de St Denis, t. I, f° 17, dans LACURNE.

XVe s. Il sentoit encore plusieurs villes et chasteaux sur la riviere de la Dordogne, qui contrarioient grandement le pays et travailloient toutes gens dont il avoit l'obeissance, Froissart, II, II, 1. Jean Lyon en estoit tout lié [joyeux], et cuidoit que ce fust pour lui, et ce estoit contre lui du tout, Froissart, II, II, 52. Ainsi fut l'ost logé toute une nuit en un bois, Froissart, I, I, 36. Estoit messire Godemar du Fay tout capitaine de la cité de Tournay et de Tournesis et des forteresses environ, Froissart, I, I, 100. Si repasserent toutes leurs gens, et s'en retournerent en ville sans perdre un tout seul homme, Chartier, Hist. de Ch. VI et VII, p. 95. Peu après la guette de St Denys vit venir les coureurs des François, et sonna à tout ; et incontinent le dit messire de Beaumont et ses gens d'armes saillirent hors de la diste ville, Chartier, ib. p. 99. Une fois pour toutes croyez Que vous demourez escondict, Chartier, la Belle dame sans mercy. Tout malade qu'il estoit, qui luy eust parlé d'Anglois, il eust faict maniere de les combatre, Juvénal Des Ursins, 1411. Le peuple de Rome veindrent dire qu'ils tueroient tout, s'ils n'avoient en pape un Romain, Juvénal Des Ursins, 1381. Gaires nul en son temps, à mectre le tout pour le tout, n'a esté trouvé pareil de luy, Chastelain, Chr. des ducs de Bourg. II, 17. Ils firent grande poursuite environ deux ans ; et de tout s'adressoient à Estienne de Vers, Commines, VII, 2. À regarder le tout, Commines, Prol. Angers où hantent toutes nations de gens estrangers, Commines, I, 1. Les Anglois meslez parmy, qui cuyderent posseder le tout du royaulme, Commines, VI, 13. Quand Gadiffer l'entendit, il se print à rire, tout si malade qu'il estoit, Perceforest, t. I, f° 48.

XVIe s. À tout le moins qu'il vous souvienne Des propos tenus en ce lieu, Marot, dans JAUBERT, Gloss. Le chasteau ne se voulut de premiere venue rendre, ains attendit à mettre le siege et asseoir l'artillerie ; et, voyans que c'estoit à tout [tout de bon], parlementerent et se rendirent, Jean D'Auton, Ann. de Louis XII, p. 179. dans LACURNE. Au jour que tu viendras en ta majesté sainte Pour juger ce grand tout, qui fremira de crainte…, Desportes, Œuv. chrestiennes, Paraphrase du Libera me. Ceux cy, tous ignorans que ilz sont, en sçavent autant que les aultres, Rabelais, Pant. v, 18. Somme toute, il la tua, Rabelais, Épi. 15. Tout ce qu'on peut de vous voir ou penser, Sont lacs et nœuds, qui mon ame ont liée, Saint-Gelais, 143. Et sommes tous enclins, quand tout est dit, à desirer ce qui est interdit ; le patient demande tout exprès L'eau defendue, et est tousjours après, Saint-Gelais, 200. S'il se pouvoit faire que tout tant qu'il y a de peres en terre, vinsent à perdre toute amour et affection paternelle, Calvin, Instit. 715. J'entreprendrois bien sus ma vie, toute femme que je suis, de le garder de passer [Charles Quint], Marguerite de Navarre, Lett. 127. S'il plaisoit au roy entendre de M. de Lautrec comme les chouses vont, sans du tout croire ceulx qui de longtemps ont desiré ruiner la maison de Montferrat, Marguerite de Navarre, ib. 59. Il s'enfuit tout en chemise, Marguerite de Navarre, Nouv. XL. Il les chargea touts endormis, Montaigne, I, 27. En tout et partout, Montaigne, I, 28. Tout sur l'heure, Montaigne, I, 59. Ceulx qui… touts blecez encores et ensanglantez, Montaigne, I, 63. Tout presentement [au moment même], Montaigne, I, 73. Tout à un coup, Montaigne, I, 82. C'est tout un, Montaigne, I, 84. Exemples en tout et partout veritables, Montaigne, I, 104. Tout grand bœuf qu'il estoit, Montaigne, I, 105. Lors l'ancien feu est esteint tout partout en la maison, Montaigne, I, 112. Le tout avoit esté descouvert par un des complices, Montaigne, I, 127. Un peu de chaque chose et rien du tout : à la francoise, Montaigne, I, 154. On nous les placque [les règles de grammaire et de rhétorique] en la memoire toutes empennées, Montaigne, I, 163. Ils vont tous nuds [à la guerre], Montaigne, I, 239. Or moy je suis tout face, Montaigne, I, 259. Tout beau et honneste que vous estes, Montaigne, II, 5. Mais toutes imbecilles qu'elles sont, quand…, Montaigne, II, 294. As-tu grand froid ? - Du tout point, respond Diogenes, Montaigne, IV, 162. Il est tout notoire que ces trois princes ont grandement aimé leur peuple, Lanoue, 52. La pluspart des senateurs sont entr'eux très bien accordans, pour commettre toute iniquité, Lanoue, 65. Ils devroient plustost en avoir compassion, et en toute douceur les prendre par le bras, et…, Lanoue, 71. N'est-ce pas comme rebailler une saignée à un qui a quasi tout perdu son sang ? Lanoue, 193. On ne sçauroit du tout rien dire de Lycurgus, en quoy il n'y ait toujours quelques diversités entre les historiens, Amyot, Lyc. 1. La science et sagesse qui pour lors estoit en estime, consistoit tout en graves sentences et dicts moraux, Amyot, Thésée, 3. Chasque citoyen avoit en tout et partout egale auctorité, Amyot, ib. 28. Les vieillards estoient comme peres et maistres de tout tant qu'ilz estoient d'enfans, Amyot, Lyc. 35. Attalus et Pompeius moururent tous deux à semblable jour qu'ilz estoient nez, Amyot, Cam. 33. Trouvant les portes de la ville toutes ouvertes, Amyot, ib. 39. À grands coups de leurs grosses lances, qu'ilz leur passoient de part en part à travers le corps fer et bois et tout, Amyot, Crassus, 51. Je tremble tout [suis tout tremblant] que quelqu'un de ces dieux Ne passionne après son beau visage, Ronsard, 114. Ma maistresse est toute angelette, Ma toute rose nouvelette, Toute mon gracieux orgueil… Toute mon cœur, toute mon œil, Toute mes jeux et mes blandices…, Toute mon tout, toute mon rien…, Toute mon mal, toute mon bien, Toute fiel, toute ma sucrée…, Ma toute simple et toute fine, Toute mon ame et tout mon cœur, Ronsard, 143. Tout ce qui est parfait ne dure pas longtemps, Ronsard, 266. Le destin et la parque noire En tous ages sillent nos yeux, Ronsard, 409. Las ! ce n'est rien de voir, maistresse, La face qui est tromperesse, Et le front bien souvent moqueur : C'est le tout que de voir le cœur, Ronsard, 568. Il print l'oreille lu larron, et la lui coupa toute nette, Despériers, Contes, LVIII. Et, sans faire sonner trompette ni sourdine, delogea toute nuit…, Carloix, I, 7. Qui voudroit bien juger de quelqu'un, il le faudroit voir à son tous les jours, Charron, Sagesse, p. 208, dans LACURNE. Qui tout me donne tout me nie, Cotgrave Qui de tout se taist de tout a prix, Cotgrave Il est tout presché qui n'a cure de bien faire, Cotgrave Tu ris une naissance, et je pleure un trespas ; Mais nous faillons tous deux, De Brach, Œuv. t. II, p. 38.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TOUT.
36Ajoutez :

Tout le plus, autant qu'il est possible. M. Nicole avait devant lui saint Chrysostome et Bèze, ce dernier afin de l'éviter ; ce qu'on a fait tout le plus qu'on a pu, Racine, Lexique, éd. P. Mesnard.

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Tout : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TOUT, adv. (Gram. franç.) quand tout signifie tout-à-fait, il doit être indéclinable ; exemples : ils furent tout étonnés ; ils sont tout autres que vous ne les avez vus, &c. & non pas tous étonnés, tous autres, &c.

Mais cela n’a lieu qu’au genre masculin, car au féminin il faut dire toutes ; elles sont toutes étonnées, toutes autres, l’adverbe tout se convertissant en nom, pour signifier néanmoins ce que signifie l’adverbe, & non pas ce que signifie le nom ; car quand on dit : elle sont toutes étonnées, toutes veut dire là tout-à-fait. La bisarrerie de l’usage a fait cette différence sans raison, entre le masculin & le féminin.

Il y a pourtant une exception à cette regle du genre féminin ; c’est qu’avec autres au féminin, il faut dire tout, & non pas toutes ; comme : les dernieres figues que vous m’envoyates, étoient tout autres que les premieres ; & non pas, étoient toutes autres ; mais ce n’est qu’au pluriel, car au singulier il faut dire toute ; comme : l’étoffe que vous avez, est toute autre que la mienne.

Tout est toujours indéclinable, quand il est suivi d’aussi ; exemples : elles furent tout aussi étonnées, que si elles eussent vû un horrible phantôme ; ces fleurs sont encore tout aussi fraîches qu’elles l’étoient hier. (D. J.)

Tout, (Blason.) en terme de blason, on dit sur le tout, quand on met un écusson en cœur ou en abîme, & lorsqu’il pose sur les quartiers dont un écu peut être formé, qu’on appelle alors surchargé ; & en ce cas il tient ordinairement le tiers de l’écu : on dit sur le tout du tout, quand un moindre écusson se met encore sur celui qui étoit sur le tout de l’autre : on dit aussi sur le tout, lorsqu’en la pointe d’un écu, & tout au bas des arênes principales, & au-dessous de tous les autres cantons ou quartiers, on met un dernier écusson, qui n’a pour hauteur, sinon l’espace dans lequel l’écu commence à se courber pour se terminer en pointe ; ce qui forme une espece de rebattement, appellé en plaine sous le tout. P. Ménestrier. (D. J.)

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Étymologie de « tout »

Étymologie de tout - Littré

Bourguig.  ; wallon, to ; provenç. tot ; espagn. et portug. todo ; ital. tutto ; du lat. totus, entier. Totus est pour toutus ; osque, touto ; sabellien, touta ; qui veulent dire cité, commune ; du rad. sanscr. tu, croître.

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Étymologie de tout - Wiktionnaire

(Xe siècle) (Adjectif indéfini) Du latin populaire de Gaule et d’Italie *tottus (redoublement emphatique ou expressif), altération du latin classique totus (« tout, chaque, tout entier »), maintenu en Ibérie : au français tout et à l’italien tutto, s’opposent l’espagnol todo et le portugais tudo. À coté des formes tot, toz, tote, totes, le cas sujet masculin pluriel de l’ancien français était tuit. Le passage de *totti (nominatif masculin pluriel) à tuit attend encore une explication définitive : il est à peu près certain que o s’est fermé en u par l’effet de dilation du i final, mais c’est la diphtongue de coalescence ui que l’on s’explique mal [1].
(Nom commun) Du latin populaire *tottu(m), du latin classique totum (« le tout, le total, l’ensemble »).
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Phonétique du mot « tout »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tout tu play_arrow

Citations contenant le mot « tout »

  • La destinée d’une collection est toujours un sujet sensible sur lequel Louis-Antoine Prat s’exprime volontiers : « Mon idée première était que notre collection aille au Louvre, mais les œuvres postérieures à 1848 sont traditionnellement conservées au musée d’Orsay. Le Petit Palais possède les très beaux dessins de la collection Dutuit et m’a merveilleusement reçu. Et il y a le musée du Grand Siècle que Pierre Rosenberg prépare à Saint-Cloud… Cela fait plusieurs possibilités. En tout cas, je voudrais qu’elle ne soit pas vendue. » , Louis-Antoine et Véronique Prat, le dessin à tout prix
  • Notre environnement proche regorge d’éléments simples (feuilles, fleurs, écorces, baies, pierres…) qui ne demandent qu’à être récoltés. Parents et enfants, à l’aide de ces « miettes » de nature, laisseront libre cours à leur imagination et à leur créativité pour réaliser, seuls ou en groupe, de petites compositions artistiques qu’ils pourront emmener chez eux ou laisser sur place pour égayer les chemins de la Maison du Parc. Tarif : 5 €/ personne. Lieu de rdv : Maison du Parc. Réservation obligatoire, 17 h 30, tout public, enfants accompagnés. , Des rendez-vous nature tout l'été, dans le Perche ! | Le Perche
  • Et ce n’est pas fini, car la pratique du deux-roues ouvre aussi la possibilité de pratiquer des activités parfois étonnantes comme le montre cette initiative de Bernard Jacob,  le patron du bar le Beewan de Bohal. Depuis quelques jours il propose la location de trottinettes électriques… tout-terrain. Rien à voir avec ces trottinettes qui défrayent la chronique dans les centres urbains. Là il s’agit plus d’engins qui par leur structure et leur taille, et notamment celles de leurs roues s’apparentent plus à des vélos. Sauf qu’il n’y a pas de pédaliers. « Cela procure une sensation vraiment comparable à celle que l’on éprouve en faisant du ski… », commente Bernard. Et lui, en ce qui concerne les sports de glisse, il sait de quoi il parle. Les Infos du Pays Gallo, Bohal. Il loue des trottinettes électriques... tout-terrain - Les Infos du Pays Gallo
  • Au Venezuela, le président, Nicolas Maduro, a ordonné dimanche une quarantaine stricte dans tout le pays, au moment où le nombre des contaminations enregistrées vient de dépasser les 20 000. Le Monde.fr, Coronavirus dans le monde : 27 millions de personnes reconfinées aux Philippines après un rebond de l’épidémie
  • Qui peut tout doit tout craindre. De Pierre Corneille / Cinna
  • Amour vainc tout et argent fait tout. De Proverbe français
  • Tout obtenir afin de pouvoir tout mépriser. De Maurice Barrès
  • Celui qui tout convoite tout perd. De Proverbe français
  • Qui compte tout Doit tout acheter. De Proverbe français
  • Quitte tout et tu retrouveras tout. De Gérard de Groote
  • Nature peut tout et fait tout. De Michel de Montaigne
  • Celui qui a tout, convoite tout. De Proverbe français
  • Vous devez tout voir, tout entendre et tout oublier. De Napoléon Bonaparte
  • A tout seigneur, tout honneur. De Proverbe français
  • Dieu voit tout, entend tout, confond tout. De Roland Topor
  • Tout lasse, tout casse, tout passe. De Proverbe français
  • Tout est dans tout. De Jean-Joseph Jacotot
  • Tout nouveau, tout beau. De Proverbe français

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Synonymes de « tout »

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