La langue française

Gros

Sommaire

  • Définitions du mot gros
  • Étymologie de « gros »
  • Phonétique de « gros »
  • Citations contenant le mot « gros »
  • Images d'illustration du mot « gros »
  • Traductions du mot « gros »
  • Synonymes de « gros »
  • Antonymes de « gros »

Définitions du mot « gros »

Trésor de la Langue Française informatisé

GROS1, GROSSE, adj.

I. − Qui dépasse la mesure considérée comme moyenne, normale.
A. − Qui a beaucoup de volume.
1. [En parlant d'une chose dont on apprécie soit le volume, soit l'épaisseur ou la section] En ce moment un gros nuage passait sur la lune et une nuit complète enveloppait les maisons (Champfl., Bourgeois Molinch.,1855, p. 162).Il était au lit, le torse serré dans un gros chandail de laine, et il lisait à la lueur d'une bougie, car il était, de nous tous, le plus humblement installé (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 136).MmeKrioukov portait une blouse comme les babas, mais elle avait (...) de gros diamants aux oreilles (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 295) :
1. À Paris, feignant de me restreindre aux Nuits de Musset, je m'installai devant le gros volume contenant ses œuvres complètes, je lus tout son théâtre, Rolla, la Confession d'un enfant du siècle. Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 111.
SYNT. Gros arbre, gros dossier, gros paquet, gros tas; grosse goutte, grosse pierre, grosse vague, grosse voiture; du gros carton, du gros cuir; grosse couverture; gros anneau, gros bâton, gros fil; grosse aiguille, grosse corde.
Spécialement
a) Grosse écriture. Écriture ample ou composée de lettres dont le tracé est épais. L'enveloppe portait bien son nom, et son adresse, d'une grosse écriture paysanne, avec des jambages qui se culbutaient comme des capucins de cartes (Zola, Page amour,1878, p. 857).
b) TYPOGR. Gros caractère. Caractère de grandes dimensions et formé de traits plus larges que les caractères ordinaires (cf. Leclerc, Nouv. manuel typogr., 1932, p. 51).
Usuel, au plur. Le 4 août 1914, dépliant un numéro du Matin, je lus en gros caractères « l'Allemagne déclare la guerre à la France » (Bergson, Deux sources,1932, p. 166).
c) Souvent au plur. Gros titre. Dans les journaux, titre imprimé en gros caractères pour attirer l'attention des lecteurs. Mais déjà j'avais lu les gros titres, puis les moyens. Déjà je savais que le fils de Kipling était tué (Giraudoux, Suzanne,1921, p. 162).
2. [En parlant d'une pers.] Dont la corpulence est supérieure à la moyenne. Gros bébé, gros garçon, gros monsieur; grosse dame, grosse femme, grosse fille. La bonne mère Orchel, grosse et grasse, avec sa coiffe de taffetas noir, son tablier blanc et ses gros bras ronds sortant des manches de chemise (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 44).C'est un gros homme sympathique et tout rond, qui porte allégrement une tête de bonze chinois (T'Serstevens, Itinér. esp.,1933, p. 84).
Emploi subst.
a) Personne corpulente. Les gros et les maigres; un petit gros; un gros plein de soupe (pop. et péj.).
b) P. ext., fam. [P. réf. au fait que l'embonpoint est généralement associé à une certaine douceur de caractère] Un bon gros. Personne simple, au caractère facile.
[Terme d'affection] Mon gros; mon pauvre gros. Ah! mon pauvre gros, mon pauvre gros, ce que vous devez vous embêter! (Zola, Œuvre,1886, p. 274).Oh! tu sais, mon gros, moi, le mariage (...) ça ne m'emballe plus. Je demande à réfléchir (Mauriac, Anges noirs,1936, p. 200).
3. En partic. [En parlant d'une partie du corps] Qui est particulièrement développé. Avoir un gros nez, un gros ventre, une grosse figure; gros doigts, gros membres, gros sourcils, gros yeux; grosses lèvres, grosses narines. Pareil à un satyre, dansait en bras de chemise le petit homme à ventre rondelet, avec ses gros mollets et sa barbe court frisée (Montherl., Songe,1922, p. 41).
Fam. Avoir les gros bras (vieilli). ,,Être redoutable`` (Esn. 1966).
P. méton. Gros(-) bras.
a) Dur, casseur. Cf. bras I B 2 a.
b) SPORTS. Champion de conduite. Cf. bras I B 2 a.
c) Homme énergique, chargé d'assurer l'ordre dans un meeting, une manifestation ou de veiller sur la sécurité d'un personnage important. Bien des parlementaires (...) préfèrent recruter eux-mêmes, moyennant rémunération, des « gros-bras », pour leur servir de gardes du corps ou protéger les colleurs d'affiche (Le Nouvel Observateur,3 nov. 1969, p. 53).
d) Chauffeur de poids lourd. Autrefois les « gros-bras » au volant des « gros culs », c'étaient les seigneurs. « Je roule pour vous » proclamaient fièrement les pancartes fixées à l'arrière de leurs camions (L'Express,20 août 1973).
Pop. Attraper, avoir la grosse tête. S'attribuer un rôle éminent, être vaniteux. Quand je sens que j'ai la grosse tête, je fais mon auto-critique (B. Larsends Elle, 29 déc. 1969, p. 73, col. 3-4).Servi par une publicité fantastique qu'il méritait à ses débuts, Kenzo ou, sinon lui-même, ceux qui l'entourent, sont guettés aujourd'hui par un mal incurable : attraper la grosse tête (K.-D. Kauppds Le Nouvel Observateur,8 nov. 1971, p. 51, col. 2).
P. méton. Grosse tête. Personnage important ou influent. Travaillée par les courants nouveaux ou rénovés issus de la VeRépublique, riche, comme elle le fut avant guerre, de « grosses têtes » politiques de renom national, l'Auvergne entend prendre sa part du gâteau économique (B. Hartemannds L'Express,23 juin 1969, p. 40, col. 1).
Loc. fig., fam. Faire les gros yeux (à qqn). Fixer quelqu'un d'un air sévère, en partic. un enfant, pour le menacer ou le réprimander. Quand elle était fâchée, elle me « faisait les gros yeux »; je redoutais cet éclair orageux qui enlaidissait son visage (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 10).
4. [En parlant d'un animal] Qui, par sa taille, dépasse la moyenne. Gros chat, gros chien, gros insecte, gros oiseau; grosse araignée. Un gros bœuf coûtait huit piastres; un cochon pesant cent cinquante livres, en coûtait quatre (Voy. La Pérouse,t. 2, 1797, p. 38).
Fam., loc. [Le suj. désigne un chat] Faire le gros dos*.
Au fig. [Le suj. désigne une pers.] Se laisser aller à la satisfaction que procurent des paroles flatteuses, une situation agréable. Sous cette avalanche de compliments, il faisait le gros dos (Ac.1932) :
2. C'est une bibliothèque en plein air [les bouquinistes] (...). On peut lire, flâner, se balader, rêvasser, faire le gros dos au soleil, zyeuter les passantes, apprendre tout sans avoir l'air de rien... Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 325.
B. − Qui, par son volume ou ses dimensions, est supérieur à une chose ou à un être de même sorte, de même nature.
1. [En parlant d'une chose] Gros pain, gros sel. Assaisonnez de sel, gros poivre et muscade (Gdes heures cuis. fr., A. Dumas,1872, p. 174).Nous voici dans une cour oblongue sablée de gros sable de rivière (Gide, Retour Tchad,1928, p. 968).
Spécialement
a) AGRIC., au plur. Gros grains. ,,Le froment, le méteil et le seigle`` (Ac. 1932).
b) ARMÉE
Grosse artillerie. Artillerie d'un fort calibre. Le siège [de Lwow], en effet, ne fut pas poussé avec vigueur, les cosaques n'avaient ni ingénieurs ni grosse artillerie (Mérimée, Cosaques d'autrefois,1865, p. 86).
Grosse cavalerie. Cf. cavalerie I A.Au fig. Ce qui manque de finesse. Nous allons le soir au bordel de Strasbourg : des femmes à soldats, la grosse cavalerie de la prostitution (Goncourt, Journal,1860, p. 791).
c) BÂT., au plur. Gros murs. Murs qui forment l'enceinte d'un bâtiment et, de ce fait, portent les combles et éventuellement les voûtes. Les gros murs et le toit sont à la charge de tous les propriétaires, chacun en proportion de la valeur de l'étage qui lui appartient (Code civil,1804, art. 664, p. 121).
d) CIN. Gros plan. ,,Détail, normalement petit, très grossi, occupant la totalité de l'écran`` (Cham. 1969). Sa plasticité [de la lumière] offre les mêmes ressources que la mobilité d'une caméra. Le monologue cerné par un projecteur a la valeur expressive d'un gros plan (Serrière, T.N.P.,1959, p. 98).
Au fig. ,,Représentation détaillée d'un phénomène limité, d'une réalité partielle`` (Gilb. 1971).
e) MUS. Grosse caisse. Cf. caisse B 1 b.
f) TRANSPORTS
Gros cube. Motocyclette de grosse cylindrée. La clientèle des vrais « gros cubes » c'est-à-dire les 75 cm3(L'Express,7 sept. 1970, p. 61).
Gros(-)cul (pop.). Gros camion. Les routiers sont sympas. Ils parcourent l'Europe à bord de leur gros cul (Le Point,2 déc. 1974, p. 23).
Grosse cylindrée. Cf. cylindrée.
2. [En parlant d'êtres animés] Les gros mammifères.
Gros bétail. Cf. bétail A spéc. 2.
CHASSE. Gros gibier ou, p. ell., le gros. Cf. gibier A 1.Agoutis, kangourous, sangliers, porcs sauvages pour le gros gibier, canards, tétras, coqs de bruyère, jacamars, bécassines pour le petit (Verne, Île myst.,1874, p. 543).
En partic. Grosse bête. Sanglier (cf. M. Lenoble-Pinson, Le lang. de la chasse, Bruxelles, 1977, p. 23).
Au fig. :
3. − Une première présidence, un canal, un siège à la cour de cassation, tout cela est pris, monsieur Paturot; c'est le gros gibier; il n'y a que les hommes politiques qui y touchent; le conseil des ministres y pourvoit. Reybaud, J. Paturot,1842, p. 349.
3. [En parlant de certaines parties du corps humain] Le gros doigt (le pouce); les grosses dents (les molaires). Dans les chiens (...). Les gros intestins n'ont guères plus de diamètre que les grêles (Cuvier, Anat. comp., t. 3, 1805, p. 485).Ses pieds sont larges, le gros orteil en prolonge presque la ligne intérieure, bien détaché du second doigt, comme il convient (Montherl., Olymp.,1924, p. 265).
C. − [Avec un terme de comparaison, pour exprimer les dimensions relatives]
1. [de qqc.] Gros comme une tête d'épingle, comme une montagne. Un caillou gros comme le poing; un rocher gros comme une maison. Les noyers gros comme des meules jetaient de l'ombre et de la fraîcheur (Pourrat, Gaspard,1922, p. 245).
2. [d'un être animé] La cathédrale vivait (...). Parfois, perdu dans le bleu, à peine gros comme une mouche, un corbeau se lissait les plumes, à la pointe d'une aiguille (Zola, Rêve,1888, p. 59).
P. exagér. [En parlant de qqn] Son allure timide (...) sa tête grosse comme le poing (...) lui donnaient (...) l'aspect d'une volaille plumée (A. France, Balth., Œuf rouge, 1889, p. 134).Elle était très gentille, maman (...) de dix ans plus jeune que son âge et grosse comme deux liards de beurre, mais maîtresse femme (Courteline, Linottes, Pendule, 1890, III, p. 186).
D. − Qui dépasse son volume habituel.
1. [En parlant d'une chose] Qui est ou semble temporairement plus volumineux. Les rivières que la route traverse, grosses et grondantes, roulent des eaux toutes rouges (Bourget, Ét. angl.,1888, p. 171).
MARINE
Grosse mer. Mer très agitée qui s'enfle et produit de grosses vagues :
4. Mais ce ne fut pas seulement la barre qui imprima ces mouvements de roulis et de tangage au navire, ce fut aussi la mer qui, au large, se trouva être assez grosse. Malot, Sans fam.,1878, p. 284.
Gros temps. Mauvais temps, avec vent violent et vagues fortes. Naviguer par gros temps (Ac. 1932). Les navires sont à coup sûr perdus, qui par les gros temps viennent s'échouer sur ces tapis de sable (Verne, Enf. Cap. Grant, t. 1, 1868, p. 250).
2. [En parlant d'une partie du corps humain] Qui est anormalement gros. Synon. enflé, gonflé.Avoir la joue grosse d'une fluxion (Ac. 1835-1932).
Expressions
Avoir les yeux gros de larmes. Être sur le point de pleurer. Vous souffrez ou vous êtes amoureux, et, un de ces jours, vous viendrez, les yeux gros de larmes, me faire vos confidences (Du Camp, Mém. suic.,1853, p. 125).
Avoir les yeux gros de sommeil. Avoir les yeux gonflés par l'excès ou le manque de sommeil :
5. Le dormeur venait de s'éveiller. Les yeux encore gros de sommeil, ayant aux lèvres ce sourire vague du réveil (...) il tendit les bras vers la jeune femme qui s'approchait. Zola, M. Férat,1868, p. 23.
Expr. fig.
Avoir le cœur gros de soupirs. ,,Avoir besoin de se soulager le cœur en poussant des soupirs`` (Ac. 1932).
Avoir le cœur gros (de larmes, de regrets), avoir gros cœur. Avoir du chagrin, de la peine. Tu ne vois donc pas que ta fille a le cœur gros quand elle revient de là-bas, qu'elle passe des heures à rêvasser à la fenêtre? (A. Daudet, Fromont jeune,1874, p. 35).Depuis ce matin je ne fais que penser à Deville, au vieux temps et à tous ceux qui ne sont plus. Mon cœur est gros de larmes (Flaub., Corresp.,1879, p. 219).Fam., vieilli. Cela fait gros cœur. Cela fait de la peine. Notre pauvre petit canot, ça me fait gros cœur, de l'avoir vu périr comme ça! (Maupass., Sur l'eau,1888, p. 350).
3. Au fém., pop., vieilli. [En parlant d'une femme] Qui est en état de grossesse. Une femme grosse; être grosse d'un premier enfant. Être grosse à pleine ceinture (Ac. 1835-1932). Pensez, au jour d'à présent, on n'a qu'à lâcher une fille le soir pendant un quart d'heure pour qu'elle vous rentre grosse (Aymé, Vaurien,1931, p. 46) :
6. Pourtant, depuis le matin où Bastienne, pâlissant pendant la leçon de danse, avoua, avec une simplicité paysanne : « Madame, c'est que je suis grosse! » la maîtresse de ballet la ménage. Colette, Music-hall,1913, p. 129.
Au fig. [En parlant d'une chose] Être gros de.Porter les germes de choses à venir. Un silence gros de menaces; un événement gros de conséquences. Une nuée grosse d'orage (Littré). Ses livres [de d'Annunzio] sont des récits d'une ou deux journées, dont chaque minute est grosse d'un monde d'événements (Rivière, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 85) :
7. Ah! madame la vicomtesse! j'avais bien raison, vous le voyez, quand je vous disais : patience, ne désespérez pas; l'avenir est gros de cachemires, d'écrins brillants, de petits soupers, etc. Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 248.
II. − Qui est considérable.
A. − [En parlant d'une chose]
1. Qui dépasse la mesure ordinaire, par son importance ou le caractère essentiel de son objet. Une grosse nouvelle. Un gros attroupement, une grosse escorte (Littré). Nous avons de gros événements. Le ministère est tombé (Maupass., Bel-Ami,1885, p. 283).Une reconnaissance aérienne avait signalé (...) de gros rassemblements dans la région de Chimay et de Rocroi (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 331) :
8. Au fond, je n'ai vu applaudir sur aucun théâtre, je n'ai vu applaudir un acte comme j'ai vu applaudir la Cour d'Assises, et incontestablement, La Fille Élisa est le plus gros succès qu'ait jamais eu le Théâtre-Libre. Goncourt, Journal,1890, p. 1288.
SYNT. Gros bourg, gros village; grosse maison de confection, grosse usine; gros dégâts, gros travaux; grosses difficultés, grosses récoltes.
BÂTIMENT
a) Gros-œuvre. ,,Ensemble des ouvrages assurant la stabilité, la résistance et la protection d'une construction`` (Barb.-Card. 1971).
b) Grosses réparations. Réparations qui concernent les parties essentielles d'un bâtiment, telles que les gros murs, les voûtes, la couverture. Les grosses réparations sont à la charge du propriétaire, et les menues à celle du locataire (Ac.1835-1932).Mais Monsieur (...) demanda pour eux la salle du Palais-Royal. Le roi la leur donna, et M. de Ratabon reçut ordre exprès de faire les grosses réparations (A. France, Génie lat.,1909, p. 116).
2. Qui dépasse la mesure ordinaire par sa valeur en argent. Négocier un gros contrat, traiter un gros marché; subir de grosses pertes. Prêter à grosse usure, à gros denier (Ac. 1798-1932). C'est étrange et effrayant comme nous commençons à nous habituer et à nous familiariser avec les plus gros prix et les sommes les plus grandement rondes (Goncourt, Journal,1857, p. 336).Tous les gouvernements (...) même dans les pays qui ont les plus gros budgets d'armements, sont manifestement d'accord pour considérer la guerre comme la pire des éventualités (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 130) :
9. Nucingen laissa donc échapper devant Du Tillet l'idée pyramidale et victorieuse de combiner une entreprise par actions en constituant un capital assez fort pour pouvoir servir de très gros intérêts aux actionnaires pendant les premiers temps. Balzac, Mais. Nucingen,1838, p. 633.
SYNT. Gros capital, gros héritage, gros placement, gros pourboire, gros salaire; gros appointements, gros bénéfices, gros profits; grosse amende, grosse fortune, grosse somme, grosses dépenses.
DROIT MARITIME Prêt à la grosse aventure ou, p. ell., à la grosse. Cf. aventure B 1 b.
JEUX
a) Gros lot. Le plus important que l'on puisse gagner à une loterie :
10. ... je ne crois plus au bonheur, à la joie, à la paix. Ou, quand il m'arrive d'espérer encore, c'est de la même façon qu'on rêve au gros lot quand on a pris un billet de loterie, sans y croire. Daniel-Rops, Mort,1934, p. 122.
Au fig. Événement fortuit qui procure de grands avantages, qui a d'heureuses conséquences :
11. ... aux yeux de certains Français, aujourd'hui, le châtiment suprême compte seul. La condamnation au bagne fait hausser les épaules. À les entendre, on dirait qu'un forçat a gagné le gros lot. Dix ans de détention? En voilà un qui a de la chance! Mauriac, Bâillon dén.,1945, p. 456.
b) Expr. Jouer gros jeu. Engager des sommes d'argent importantes dans un jeu de hasard ou un pari. Quelqu'un du ministère avait suggéré que Gustave jouait aux courses assez gros jeu (Estaunié, Ascension M. Baslèvre,1919, p. 216).
3. Qui dépasse la mesure exprimée ou en donne l'illusion. Gros kilo; grosse demi-heure. Tu deviens furieusement maussade. Il y a un gros quart d'heure que tu n'as ouvert la bouche. As-tu donc envie de te faire chartreux? (Mérimée, Chron. règne Charles IX,1829, p. 41).
B. −
1. [En parlant d'un phénomène physique] Qui atteint une forte intensité. Gros orage; grosse averse, grosse chaleur, grosse chute de neige, grosse houle. Moi je suis toujours à me dire qu'il ne doit rien y avoir de plus plaisant que d'être tranquillement assis dans un office toute la journée (...) à l'abri du froid et du gros soleil (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 170) :
12. ... les vagues lourdes s'attendaient, prenaient leur élan, et, avec un gros bruit déchargeaient leur fardeau d'écume sur le sable assombri. Larbaud, Barnabooth,1913, p. 259.
2. [En parlant d'une manifestation physique ou psychique] Qui présente un certain degré d'intensité ou de gravité. Gros rhume, gros sanglot, gros soupir; grosse colère, grosse déception, grosse émotion, grosse fièvre. Ce sera un gros chagrin pour moi s'il faut quitter cette vieille maison où j'ai de si tendres souvenirs (Flaub., Corresp.,1875, p. 220).Elle dormait de son gros sommeil de jeunesse, elle n'entendait pas même les meubles craquer (Zola, Rêve,1888, p. 102).Bons gros baisers d'enfants, légers Baisers danseurs (Verlaine, Œuvres compl., t. 2, p. 171) :
13. ... − Est-ce que M. Fasquelle est malade? « Oui, Monsieur; une grosse grippe : il en a pour quelques jours à garder le lit. Sa fille est arrivée ce matin de Dunkerque. Elle s'installe ici pour le soigner. » Sartre, Nausée,1938, p. 108.
Gros appétit. Appétit qui réclame une grande quantité de nourriture pour être satisfait :
14. Et Rose, dans sa camisole brodée, au milieu des linges garnis de dentelle, mangea d'un gros appétit (...). − Oh! l'estomac va bien, ce n'est pas l'estomac qui est malade, répétait-elle en trempant ses tartines. Zola, Pot-Bouille,1882, p. 212.
La grosse faim. ,,La faim la plus pressante`` (Ac. 1798-1932). Leur grosse faim s'était apaisée, et ils ne mangeaient plus que d'un air alangui, coupant le fromage par petits morceaux, pour faire durer le régal (Zola, Bête hum.,1890, p. 13).
Grosse voix. Voix grave et forte. Ce sifflement des grosses voix qui veulent se contenir (A. Daudet, Jack, t. 2, 1876, p. 223).Elle demanda d'une voix un peu grosse et moins suave que sa bouche (A. France, Anneau améth.,1899, p. 89).
Faire la grosse voix. Forcer sa voix, prendre un ton grave et sonore pour réprimander ou menacer :
15. Force gendarmes et mouchards à Saint-Malo, les voyageurs fouillés jusqu'aux bottes (...), le sous-préfet faisant la grosse voix, menaces de prison à quiconque passera Napoléon-le-Petit; une terreur énorme de ce petit livre. Hugo, Corresp.,1852, p. 128.
En partic., vx. Le gros mal. L'épilepsie. Il se coucha par terre en sanglotant, en arrachant l'herbe avec ses mains et en s'en couvrant la figure, comme s'il fût tombé du gros mal (Sand, F. le Champi,1848, p. 36).
3. [En parlant d'un acte, d'un fait du domaine intellectuel ou mor.] Qui est grave ou susceptible de conséquences fâcheuses. Gros ennuis, gros soucis; commettre une grosse erreur, une grosse faute; faire un gros effort, un gros sacrifice. Il servait parfois de secrétaire aux dames de la halle, mais c'était se mêler à des complots royalistes et les risques étaient gros (A. France, Dieux ont soif,1912, p. 157) :
16. Si un vase de bois peint portant des fleurs artificielles n'était pas bien nettement placé en symétrie sur l'autel, il croyait que la messe ne valait rien, allait bien vite se confesser de ce gros péché au curé... Stendhal, Lamiel,1842, p. 40.
Grosse affaire. Affaire fâcheuse et qui peut avoir de graves conséquences. Il s'est mis sur les bras une grosse affaire (Ac. 1878-1932).
C. − [En parlant d'une pers.]
1. [Avec un subst. précisant la profession ou la position sociale] Dont la richesse, la puissance économique ou sociale, l'influence est considérable. Gros banquier, gros bourgeois, gros capitaliste, gros commerçant, gros fermier, gros industriel, gros propriétaire; grosse héritière. Des calèches dans lesquelles on se montrait les gros personnages de la cour (G. Leroux, Roul. tsar,1912, p. 45) :
17. MlleAbbatucci (...) est le type parfait de la jeune fille du régime impérial (...). Ses rêves matrimoniaux convoitent un jeune gros fonctionnaire ou, à défaut de ce fonctionnaire, un marquis ou un comte remontant simplement jusqu'aux croisades. Goncourt, Journal,1874, p. 1011.
Emploi subst., gén. au plur., pop. Personne riche, influente. Si vous me laissez encore crever de faim, vous me forcerez à faire un mauvais coup. Tant pis pour vous autres, les gros (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Vagabond, 1887, p. 675) :
18. − ... Toi, t'es un fils de gros, fit-elle, mais elle n'apportait aucun mépris (...) seulement la surprise de se trouver enfin devant un de ces « gros » dont elle s'était fait une tout autre image à travers les paroles de son père. Vialar, Odeurs et sons,1953, p. 74.
Pop. Gros bonnet. Personnage important, dans un domaine quelconque (cf. bonnet B 1). Le crucifix fut définitivement supprimé du « matériel scolaire », selon la gracieuse expression de je ne sais plus quel gros bonnet municipal (Coppée, Bonne souffr.,1898, p. 172).
Grosse légume. Personnage important, en particulier dans la hiérarchie militaire :
19. Et le directeur est un vrai génie! Il aurait dû devenir diplomate. On en raconte des histoires, à ce sujet. Par exemple, tenez, d'un jour à l'autre, on attend la venue ici, au second étage, d'une grosse légume. Camus, Cas intéress.,1955, 2etemps, 10etabl., p. 702.
[Avec un subst. désignant un ensemble de pers., une catégorie sociale] La grosse bourgeoisie. Les vrais girondins mettaient la liberté par-dessus tout. Ils représentaient la grosse bourgeoisie, le grand commerce de mer, les grandes fabrications, enfin les richesses de toutes sortes (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 75).
Grosse maison (vx). ,,Une famille considérable par sa fortune et son importance`` (Littré).
P. méton. Avoir une grosse situation dans l'industrie; occuper une grosse position dans le monde :
20. ... s'ils sont si petits, quand il s'agit d'être attaqués, d'être commentés, d'être critiqués, pourquoi se sont-ils fait de si grosses places dans l'État. Péguy, Argent,1913, p. 1198.
P. anal., pop. Les paysans eux-mêmes, jaloux de voir un d'entre eux faire ce qu'ils appellent un gros mariage, me poursuivraient de leur blâme et de leurs moqueries (Sand, Meunier d'Angib.,1845, p. 128).
2. [Avec un subst. désignant une aptitude, une qualité] Qui est remarquable par cette faculté. Sa mère, une grosse travailleuse, morte à la peine, qui avait servi de bête de somme au père Macquart pendant plus de vingt ans (Zola, Assommoir,1877, p. 408) :
21. ... mon père, qui a été un moment président de la Société des 100 kilos parce qu'il en pesait 150, était non seulement un bambocheur gros mangeur et gros buveur qui tenait tête à n'importe qui à table, mais était aussi un gastronome avisé... Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 197.
Gros joueur. ,,Un homme qui joue gros jeu`` (Littré).
En partic., fam. [Pour renforcer une qualification péj.] Gros cochon, gros malin (p. iron.), gros nigaud, gros paresseux, gros vilain; grosse gourde, grosse gourmande. J'ai suivi les conseils de ce gros bêta de notaire, au demeurant le meilleur des hommes (Romains, Knock,1923, II, 5, p. 13).
III. − Qui est rudimentaire.
A. − [En parlant d'un obj., d'un produit] Dont la qualité est médiocre, dont la fabrication est rudimentaire mais solide. Gros pain, gros vin; grosse étoffe, grosse laine, grosse toile, grosse veste; gros souliers. Il aimait le gros cidre, les gigots saignants (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 25).Les assiettes dont ils se servent sont en grosse faïence et laissent lire sur leur fond blanchâtre et fendillé une maxime morale tirée des livres saints (Du Camp, Hollande,1859, p. 205).Le tablier gris des orphelins, ce tablier de gros coutil qui était comme la couleur même de leurs journées sans tendresse (Roy, Bonheur occas.,1945, p. 247).
Arg. et pop.
Gros bleu, gros rouge, gros-qui-tache. Vin de médiocre qualité, âpre et peu corsé. Les émanations du gros bleu et des vins de liqueur délicatement nuancés lui montent à la tête (Barbusse, Feu,1916, p. 153).Trois minutes plus tard, venu du bistrot d'à côté, le gros rouge était là (Vialar, Morts viv.,1947, p. 32).Le pousse-au-crime, le gros-qui-tache (J.-P. Chabrol, L'Embellie,1968, p. 304 ds Cellard-Rey 1980, s.v. rouquemoute).
Gros tabac, p. ell., gros. Tabac de coupe grossière. Fumer du gros. L'idée lui vint qu'elle fumait peut-être et qu'elle aurait du plaisir à fumer, mais il n'avait que son gros tabac, et il lui acheta des cigarettes fines (Ramuz, A. Pache,1911, p. 192).
Gros cul. Tabac de troupe. Cf. cul III B mar.
Gros bleu, gros vert. Bleu foncé, vert foncé. Le deuil de nos paysannes admet le gros bleu, le gris, le gros vert, le violet, le brun, le puce et le marron (Sand, Corresp., t. 2, 1842, p. 204).
Le gros ouvrage, la grosse besogne, les gros travaux. Travaux pénibles et, en particulier, les plus fatigants des travaux ménagers. Elle s'était emparée de tout un carré du jardin; elle bêchait, plantait des légumes, arrosait. Les gros travaux étaient sa joie (Zola, Conquête Plassans,1874, p. 1080).Le ménage était vite fait, dès le matin, elle avait une fille qui venait pour le gros ouvrage, et la maison n'était pas grande (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 34) :
22. françois : Je ferai observer à M. le Comte que je suis tout seul pour faire l'ouvrage... émile : C'est vrai... mon cocher m'a quitté... Je compte en prendre un autre... il t'aidera pour la grosse besogne... Labiche, Choix gendre,1869, 8, p. 377.
B. − Au fig.
1. [En parlant des caractéristiques physiques ou psychiques d'une pers. ou de leur manifestation] Gros rire, gros traits; grosse plaisanterie. Je suis resté trois jours sans sortir, constamment occupé à lire un ouvrage de M. Grimm (...) ce qui m'a beaucoup plus amusé que les masques et que la grosse joie allemande (J.-J. Ampère, Corresp.,1827, p. 430).Ces gens-ci ne comprennent pas assez les finesses de la langue française pour sentir les finesses de mes observations; il leur faut du gros esprit de commis-voyageur (Stendhal, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 26).Un gros et lourd accent de province (Goncourt, Journal,1860, p. 698) :
23. Si j'écrivais pour vous tout seul, ce serait fait tout de suite et ce serait beaucoup plus joli. Mais cela m'entrave de penser que des gens comme M. X... par exemple, iront promener là-dedans leur grosse intelligence bourgeoise en se demandant ce que j'ai bien voulu prouver. Loti, Journal,1878-81, p. 162.
Gros bon sens. Bon sens un peu rudimentaire :
24. ... vous êtes une Parisienne exceptionnelle et rayonnante, qui sait tout, qui lit tout, qui peut tout dire et tout juger. Car c'est incroyable : vous auriez le droit d'être frivole, évaporée, aérienne, et vous avez du bons sens, du gros bon sens. Renard, Comédies, Pain mén., 1899, p. 70.
Gros mot.
a) Usuel. Mot grossier ou trivial. Dire des gros mots. Certains, sans faire attention, mettent des gros mots dans la bouche des enfants (Abellio, Pacifiques,1946, p. 30) :
25. Derrière le comptoir, des garçons (...) ou des jeunes femmes généralement jolies, tout ébouriffées, (...) et qu'on pelotte de la main, de la canne ou du parapluie, avec de gros rires et apparemment de gros mots, qui sont loin de les effaroucher. Verlaine, Corresp., t. 1, 1872, p. 61.
b) Mot emphatique. Synon. usuel grand mot :
26. − J'admets très bien que ruiné, dépouillé, raclé, jusqu'à l'os, et légalement désarmé contre les prêteurs et les rapaces, on se fasse justice soi-même. − Par l'assassinat? − Voilà un gros mot. Disons par le meurtre... Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 208.
Grosses vérités. ,,Vérités si palpables que tout esprit peut les saisir`` (Ac. 1835-1932).
2. [En parlant d'une pers., ou d'un ensemble de pers.] Qui manque de finesse d'esprit. De gros vaudevillistes (Goncourt, Journal,1856, p. 234) :
27. Victor Pellerin était un excellent directeur de théâtre. Il choisissait fort bien ses pièces (...). Il n'était pas tenu de suivre le goût du gros public; il se souciait seulement de plaire aux connaisseurs; et il y réussissait assez bien. A. France, Vie fleur,1922, p. 548.
3. Dans le domaine de l'art, de la littératureQui manque de finesse. La Débâcle de Zola. Çà et là, un épisode d'un gros drame de boulevard; mais dans tout le volume, pas une page de grand écrivain (Goncourt, Journal,1892, p. 276) :
28. Jacques Mauclair est inoubliable [dans L'Éternel mari]. On croit d'abord à une caricature, mais il est impossible de caricaturer certains types humains, car plus le trait est gros, plus il est vrai; or, dans bien des cas, on ne rejoint le vrai que par l'excès. Green, Journal,1955-58, p. 124.
REM. 1.
Grossement, adv.D'une manière sommaire ou qui manque de finesse. Plaisanter grossement. Le trousseau était magnifique en linge, robes, argenterie, mais grossement magnifique (Duranty, Malh. H. Gérard,1860, p. 238).On ne conçoit même pas quelles opérations de l'esprit (...) auraient pu déduire de la connaissance, même la plus savante, du passé, une idée, même grossement approximative, de ce qu'est 1932 (Valéry, Variété IV,1938, p. 139).
2.
Grosset, adj.,fam. [En parlant d'une pers.] Un peu gros. [P. réf. à St Simon, Mémoires, 1740-1755, éd. A. de Boilisle, Paris, Hachette, VI, p. 60] Brissac, qui savait beaucoup avec une figure de plat apothicaire, grosset, basset (La Varende, Saint-Simon,1955, p. 14).
3.
Grossium, subst. masc.,arg. Personnage important par sa fortune, l'influence qu'il a dans son milieu. On gagne cent fois plus par le trafic que par le boulot... Les affaires normales nous ennuient. Regarde tous les anciens grossiums du marché noir (H. Bazin, Lève-toi, 1952, p. 103.). [Dans l'avenue d'Iéna] Je m'étais mis à gamberger sur la vie des grossiums qui créchaient dans ce coin (Simonin, Touchez pas au grisbi,1953, p. 210).
Prononc. et Orth. : [gʀo], fém. [gʀo:s]. ,,Devant -ss- primitif, o se prononce fermé et long (ou demi-long en syllabe inaccentuée) : fosse, grosse, adosser, dossier, grosseur, grossier, grossir`` (Buben 1935, § 53). Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) ca 1100 « de volume ou de dimensions importantes » (Roland, éd. J. Bédier, 3159); b) ca 1100 grosse cume p. compar. « de volume ou de dimensions aussi importantes que » (ibid., 3153), d'où « du volume ou de la taille de » 1678-79 (La Fontaine, Fables, IX, 4, Œuvres, éd. H. Régnier, t. 2, p. 377 : qui n'est pas gros comme mon petit doigt); c) 1erquart xiiies. par transposition « de volume sonore important » (Reclus de Molliens, Charité, 118, 3 ds T.-L.); d) fin xives. « qui appartient à la catégorie de ce qui a des dimensions importantes » ici subst. le gros « le gros gibier » (E. Deschamps, Poésies, DCCCLXXXVI, 2, éd. De Queux de Saint-Hilaire, t. 5, p. 71); 1538 gros bestiail (Est. s.v. Armentum); 2. a) 1130-40 fém. grosse « enceinte » (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 954); b) fin xiies. au propre « enflé, gonflé » (Flore et Blancheflor, éd. M. Pelan, ireversion, 2626 : Si oill sont gros por le plorer); c) ca 1165 « dont le volume est augmenté, gonflé » au fig. (avoir) le cuer gros « être courroucé, en colère » (B. de Ste-Maure, Troie, 8061 ds T.-L.) aussi « être valeureux, courageux ou orgueilleux » (cf. T.-L.), 1640 dans l'expression du chagrin le cœur gros de soupirs (Corneille, Cinna, IV, 1, Œuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t. 3, p. 433); d) ca 1165 mer grosse « mer enflée par la tempête, houleuse, agitée » (B. de Ste-Maure, op. cit., 27585, ibid.), d'où mil. xiiies. gros tans « mauvais temps, tempête » (Jean de Tuim, Jules César, 81, 13, ibid.); e) 1450-65 être gros de « être empli du désir de » (Pathelin, éd. Holbrook, p. 12, vers 220 ds IGLF); f) 1549 « qui contient en puissance, qui annonce, qui va engendrer » nues grosses de gresle (Ronsard, Hymne de France, vers 160, Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 1, p. 32); g) 1718 « grossi pour impressionner » faire le gros dos au fig. (Le Roux, Dict. comique, p. 254 ds IGLF : faire le gros dos; c'est à dire, s'enfler de vanité, d'orgueil); av. 1784 faire les gros yeux (Diderot d'apr. Pougens ds Littré); 1837 faire la grosse voix (Balzac, Illus. perdues, p. 19 : une de ses amies qui avait mis des voleurs en fuite en faisant la grosse voix); 3. a) ca 1150 « rude, grossier » gros moz « paroles insultantes » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 4902); b) 1174 « brut, de consistance peu fine » (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 3936); c) ca 1265 au fig. « sans finesse d'esprit » (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, II, 70, p. 248); d) 1269-78 « évident, facile à comprendre » (J. de Meung, Rose, éd. F. Lecoy, 17365); 4. a) ca 1210 « important par sa position sociale, ses richesses ou son pouvoir » gros roi « grand roi » (Foulque de Candie, 6661 ds T.-L.); b) ca 1274 « important, intense » grosse paine (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 19); c) 1280 « important, conséquent » (promesses) grosses (Clef d'Amour, éd. Doutrepont ds T.-L.), cf. aussi 1306 la besoigne est grosse (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, § 419); d) 1690 « le plus important » gros lot (Fur.); 5. a) ca 1225 avec une valeur amplificatrice « entière, totale » une leue grosse (Pean Gatineau, St Martin, 4284 ds T.-L.); b) 1440-75 au fig. avec une valeur amplificatrice renforçant un adj. grosse entiere foi, bon gros léal homme (G. Chastellain, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 195 et p. 269), 1661-79 renforçant l'expression d'une caractéristique, d'une qualité ou d'un état une grosse dupe, une grosse bête (Retz, Œuvres, éd. A. Feillet, J. Gourdault, R. Chantelause, III, 368 ds IGLF); c) 1796 (couleur) « intense, foncée » (Pièces d'Orgères, I-17-49 ro1, ibid.); 6. 1740 prob. d'apr. le sens 5 avec une valeur iron. ou affective mon gros ami (Caylus, Guillaume, Œuvres badines, éd. 1787, X, 29, ibid.); 1808 subst. mon gros (à un enfant) (Hautel). B. Emploi subst. 1. 1erquart xiiies. subst. masc. (ou fém.) « personne corpulente » (Reclus de Molliens, Charité, éd. A. G. Van Hamel, 133, 4); 2. 1erquart xiiies. subst. masc. « celui qui est riche ou puissant » (Id., ibid., 200, 7). Du b. lat. grossus, terme pop. correspondant au lat. class. crassus (gras*), attesté au 1ers. au sens de « gros, épais » et dès le lat. chrét. au fig. au sens de « rude, grossier » (v. FEW t. 4, p. 280 et 281); alors que crassus supplantait pinguis au sens de « gras », grossus est passé dans les lang. rom. avec le sens plus gén. de « gros, de fortes dimensions » qui le met parfois en concurrence, en fr., avec grand (v. FEW t. 4, p. 280 et 281).
STAT.Gros1, v. gros3. Grosse. Fréq. abs. littér. : 7 498. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 6 842, b) 15 400, xxes. : a) 13 365, b) 9 759.
DÉR.
Grosserie, subst. fém.a) Technol. ,,Nom générique des gros ouvrages que font les taillandiers`` (Ac. 1835-1932). En partic. Ouvrage important d'orfèvrerie et, notamment, vaisselle d'argent. Nous ne pouvons que nous limiter aux orfèvres proprement dits, chargés de la « grosserie » en métaux précieux (Grandjean, Orfèvr. xixes., 1962, p. 22).b) Vx. Commerce de gros. Marchand qui fait de la grosserie (Littré). [gʀosʀi]. Ds Ac. dep. 1762. 1resattest. a) 1453 « gros œuvre » charpentier en grosserie (Document ds L. Lottin, Recherches historiques sur la ville d'Orléans, I, 308 ds IGLF); 1554 spéc. « gros ouvrages en argent » (Edit de Henri II, mars 1554 art. VII ds Havard); b) 1611 « commerce de gros » (Cotgr.); de gros1, grosse adj., suff. -erie*.
BBG. Benveniste (É.). Mécanismes de transpos. In : [Mél. Frei (H.)]. Cah. F. Sauss. 1969, no25, pp. 5556. - Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. BergenOslo-Tromsø, pp. 115-119, 390-391, 394-400. - Quem. DDL t. 15 (s.v. bon sens [gros-]). - Spitzer (L.). Über französisch gros. Z. fr. Spr. Lit. 1933, t. 57, pp. 67-76.

GROS2, subst. masc.

A. − [En parlant d'une chose]
1. [De son volume] La partie la plus grosse. Le gros de l'arbre (le tronc) (Ac. 1798-1932).
Expr. fig., vx. S'attacher, se tenir au gros de l'arbre. ,,Demeurer attaché à ce qui est le plus ancien, ou le plus généralement établi`` (Ac. 1835, 1878) :
1. On est forcé, quand on cite du saint François de Sales, de retrancher bien des nuances et des finesses qui sont le plut délicat de la pensée (...). Il suffit ici que nous nous attachions au gros de l'arbre et à la principale branche. Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 8, 1851-62, p. 279.
2. [De son importance ou de sa difficulté] La partie essentielle. Le gros du travail; le gros de l'affaire, de l'histoire. Faites seulement le plus gros, je me charge du reste (Ac. 1835-1932). Autrefois les habitants de Cologne ne travaillaient pour ainsi dire pas. Le gros de leur besogne était fait par les lutins (Barrès, Génie Rhin,1921, p. 46) :
2. Quand je vous verrai, je vous raconterai bien en détail ces jours de profondes misères, ces luttes dont vous ne connaissez que le gros, car je ne vous ai fait que des bulletins. Balzac, Lettres Étr., t. 1, 1850, p. 369.
3. [De sa valeur en argent] Il est entendu que le propriétaire du bâtiment, je parle de notre maison, va recevoir le plus gros de l'indemnité (Duhamel, Notaire Havre,1933, p. 157).
4. [De son intensité] Le moment le plus fort. Le gros de l'été, de la pluie, de la tempête. Dans cette cave, au gros de l'hiver, en plein courant d'air, je suais (Sartre, Mur,1939, p. 18).Pendant la nuit il tomba une ou deux petites averses; mais le gros de l'orage éclata plus haut, dans les combes solitaires de la montagne (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 176).
Au gros de, loc. adv., vieillie. Au milieu de, au cœur de. Synon. au fort de.,,Au gros de l'hiver, de la tempête..., « à son moment le plus intense » `` (Rey-Chantr. Expr.1979).
En partic. Le gros de l'eau. ,,La pleine mer au temps des fortes marées`` (DG).
B. − [En parlant d'un ensemble d'êtres animés] Le plus grand nombre. Le gros de l'armée, de l'assemblée, de la nation; le gros des moutons; le gros du monde (vx). Aussitôt les derniers élèves sortis, les deux portes s'étaient refermées. Le gros des marmots enfin se dispersa (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Coup d'état, 1882, p. 181).Concentrer le gros de nos forces dans la partie nord du théâtre des opérations (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 190).
Absol., vx. Un gros de. Un assez grand nombre de. Un gros de fantassins (Ac. 1835-1932). Une belle nuit de mai, le duc de Lorraine se mit en campagne avec un gros de cavaliers (Lorrain, Sens. et souv.,1895, p. 262) :
3. À Paris et dans les provinces on a arrêté un très petit nombre de tapageurs qui avaient sous leurs ordres ou sous leur influence un gros d'imbéciles. Mérimée, Lettres à E. Ellice,1858ds R. Universelle, t. 38, 1929, p. 318.
C. − Spécialement
1. Revenu fixe d'une cure ou revenu principal d'un chanoine. Le casuel de cette cure est plus considérable que le gros (Ac. 1798-1932). Le gros de ce canonicat était considérable (Ac. 1835-1932).
2. Étoffe de soie, plus forte que le taffetas ordinaire. Marie Cressé portait des cotillons en gros de Naples, en ratine de Florence ou en moire (A. France, Génie lat.,1909, p. 98).L'hiver, les vents coulis étaient arrêtés par les doubles portières en gros de Tours de la Bibliothèque (Morand, P. de Saligny,1947, p. 134).
3. COMM. Le commerce de gros et, p. ell., le gros. L'achat et la vente de marchandises par quantités importantes. Marchand en gros, marchand en demi-gros; prix de gros; maison de gros; acheter en gros, vendre en gros. À gauche, la cabane d'Aristée, surmontée de cette enseigne : « Aristée, fabricant de miel, gros et détail, dépôt au mont Hymette. » (Crémieux, Orphée,1858, I, 1ertabl., p. 3).
4. HISTOIRE
a) Droit dû aux fermiers des aides pour chaque muid de vin que l'on vendait en gros. Prendre tant pour le gros (Ac. 1798-1932).
b) Ancienne mesure de poids, égale à la huitième partie de l'once. Deux gros d'arsenic (Gozlan, Notaire,1836, p. 205).Je ne fus pas plutôt seul que je cherchai dans le dictionnaire ce que c'était qu'un décagramme : dix grammes, ou deux gros, quarante-quatre grains (Malot, R. Kalbris,1869, p. 65).
c) Ancienne monnaie, de valeur variable. Gros d'Angleterre :
4. ... Jacques d'Arc signa, comme doyen (...), l'acte par lequel le damoiseau extorquait à ces pauvres gens le paiement annuel de deux gros par feu entier et d'un gros par feu de veuve (...) deux cent vingt écus d'or... A. France, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 29.
Prononc. et Orth. V. gros1. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 el gros « dans la partie la plus grosse, la plus épaisse » (Roland, éd. J. Bédier, 2295); 2. ca 1265 « l'ensemble, le tout » (Ph. de Novare, Quatre Ages, 231 ds T.-L.); 1549 « la partie la plus importante » le plus gros est faict (Est.). B. 1. Ca 1340 désignant une monnaie, v. groschen étymol., cf. aussi fin xiiies. adj. qualifiant une monnaie gros tournois (Adam de La Halle , éd. De Coussemaker, Motets, p. 245); 2. 1606 désignant un poids correspondant à celui de la pièce de monnaie (Nicot). C. 1379 « revenu d'une redevance » (Lit. remiss. ann. 1379 ex Reg. 115 Chartoph. Reg., ch. 321 ds Du Cange, s.v. grossum1). D. 1391 « tissu à gros grain » (Archives du Nord, B 11498, fol. 10 ds IGLF : 1 demy de blanc drap de vilain gros); 1586 gros de Naples « étoffe de soie plus forte que le taffetas » (Rec. Documents, éd. E. Drot ds Höfler 1967, p. 107). E. 1704 « commerce en gros » (Trév.). Substantivation de gros1*. B serait une appellation due à l'épaisseur caractéristique de la pièce de monnaie, v. groschen étymol. C est empr. au lat. médiév. grossum, neutre subst. de grossus désignant le revenu annuel d'un bénéfice (cf. Du Cange, s.v.). E se rattache à la loc. en gros « en grande quantité » (gros3* étymol. 1). Bbg. Quem. DDL t. 9 (s.v. gros d'Angleterre).

Wiktionnaire

Adjectif

gros \ɡʁo\

  1. Qui a beaucoup de circonférence ou de volume.
    • Un gros homme.
    • Un gros paquet.
    • Que diable ! te voilà grand et gros regan comme père et mère la cagagne et tu ne saurois trouver dans ta tête le chibrax, forger dans ton esprit quelque ruse glandu, quelque honnête petit stratagème pour ken salement, et ajuster vos affaires ! — (Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671, acte I, scène II)
  2. Se dit, sans songer à la grosseur absolue, pour exprimer la grosseur relative.
    • Les souris sont moins grosses que les rats.
    • Le gros bout et le petit bout.
    • Baptiste est plus gros que son frère.
    • Elle [la grenouille], qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
      Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille
      Pour égaler l’animal [le bœuf] en grosseur […]
      — (Jean de La Fontaine, Fables, livre premier, fable III)
    • Les grosses lettres sont formées de traits plus longs et plus larges que ceux des caractères ordinaires.
  3. Qui surpasse en étendue, en volume, en valeur, en importance, la plupart des choses de même genre.
    • Une grosse rivière.
    • Une grosse fortune.
    • […] Pindare ayant loué dans un de ses ouvrages la ville d’Athènes, les Thébains le condamnèrent à une grosse amende. — (Charles Rollin, Histoire ancienne, livre XIV, VI)
    • L’abbé de Condillac revenait en France avec une pension de dix mille livres et l’assurance d’une grosse abbaye […] — (Voltaire, Lettre à M. Damilaville, 11 décembre [1764])
    • On composerait un gros livre de tout le bien qu’on peut faire ; mais un prince philosophe n’a pas besoin d’un gros livre. — (Voltaire, Politique et législation : La Voix du sage et du peuple)
    • Cette opération [l’irrigation des terres], qui tripleroit les productions, exige de gros capitaux & beaucoup d’esclaves. — (Abbé Raynal, Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, tome VII, 39)
  4. Qui est supérieur en nombre.
    • Un gros escadron de Parthes pleins de joie. — (Pierre Corneille, Rodogune princesse des Parthes, I, 6)
    • Un prince veut faire la guerre ; et, croyant que Dieu est toujours pour les gros bataillons, il double le nombre de ses troupes ; le voilà d’abord ruiné dans l’espérance d’être vainqueur […] — (Voltaire, Des singularités de la nature, XXXIII, 1768)
  5. Un peu plus de…
    • Il y a jusque-là une grosse lieue.
    • Je serai chez toi dans une grosse demi-heure.
  6. (Figuré) Qui a de la gravité ; qui a des suites, des conséquences.
    • Ce n’est pas une grosse affaire.
    • Je suis bien trompée, ou c’est un péché qu’il fait contre les idées de l’amour, des plus gros qu’il se fasse. — (Marquise de Sévigné, Lettre du 29 novembre 1679)
  7. (Familier) Qui a de l'intensité.
    • Un gros rhume
    • Il s’est fait une grosse querelle avec un de ses voisins.
    • La pauvre Mme de Coulanges a une grosse fièvre avec des redoublements. — (Marquise de Sévigné, 313.)
    • J’ai été tenté de me mettre dans une grosse colère à l’occasion de ce qui s’est passé à l’Académie française […] — (Voltaire, Correspondance générale : À M. le Marquis de Condorcet, 11 mai 1772)
  8. Grossi, enflé.
    • Avoir une grosse bosse.
    • La rivière est très grosse depuis plusieurs jours.
    • L’Eurotas était alors fort gros et fort enflé par la fonte des neiges […] — (Charles Rollin, Histoire ancienne, livre XII, chapitre I, IV)
  9. (Vieilli) Simple à comprendre.
    • En l’un [l’esprit de géométrie], les principes sont palpables, mais éloignés de l’usage commun, de sorte qu’on a peine de tourner la tête de ce côté-là, manque d’habitude ; mais, pour peu qu’on s’y tourne, on voit les principes à plein ; et il faudrait avoir l’esprit faux pour mal raisonner sur des principes si gros qu’il est presque impossible qu’ils échappent. — (Blaise Pascal, Pensées, article VII, 1, édition Lahure, 1860)
  10. (Figuré) Sans finesse.
    • Le pays de Lalleu, qui est riche, mais qui n’a que de gros laboureurs, mais gens de bon sens et de bon gros raisonnement, en avoient député à la suite de cette affaire qui les intéressoit beaucoup. — (Louis de Rouvroy de Saint-Simon, Mémoires du duc de Saint-Simon, 1717-1718, tome 15, chapitre VI)
    • Rien ne paraît plus éloigné de l’aimable caractère du chien que le gros instinct brut du cochon […] — (Georges Louis Leclerc de Buffon, Quadrupèdes, tome VIII, page 56)
    • Un gros lourdaud, une grosse brute, un gros butor.
    • Les plus habiles courtisans peuvent être de fort grosses dupes. — (Cardinal de Retz, IV, 90)
    • Clarice Starling : Eh bien, peut-être aimeriez-vous… nous confier vos vues sur ce questionnaire, monsieur.
      Hannibal Lecter : Oh non, non, non, non ! Tout se passait si bien : je vous trouvais courtoise, et réceptive à la courtoisie. Vous aviez gagné ma confiance avec cette… troublante vérité sur M. Miggs. Tout ça pour en arriver à cette pesante transition vers ce questionnaire… Tst tst tst tst tst tst tst… C’est un peu gros.
      — (Ted Tally, traduit par l’Européenne du doublage, Le Silence des agneaux, 1991)
  11. Épais, brut
    • De la grosse toile.
    • Des gros souliers.
    • Un gros vin, couvert et épais.
  12. Grossier, vulgaire.
    • Un gros juron.
    • Passez les mots aux rieurs,
      Les plus gros sont les meilleurs
      Pour la gaudriole.
      — (Pierre Jean de Béranger, La Gaudriole)
  13. En parlant des personnes, riche, opulent ou qui opère en grand.
    • Je me trouvai au palais avec bon nombre de noblesse et de gros bourgeois. — (Cardinal de Retz, III, 339)
    • Sais-tu bien qu’en temps de peste cette fille-là pourrait devenir un très gros parti ? — (Jean-François Regnard, le Retour imprévu, scène 2)
    • Le premier est celui d’un gros négociant qui laissa de grandes richesses à ses enfants […] — (Alain René Lesage, Le Diable boiteux, XII)
  14. Qui présage un évènement redouté.
    • L’avenir est gros de menaces.
    • Pour la troisième fois, et sur un ton intolérablement agressif, il réitéra son insolente question. Un silence gros de danger suivit. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 349 de l’éd. de 1921)
  15. (Vieilli) (Vulgaire) Désigne les femmes enceintes et parfois les animaux femelles gravides.
    • Lorsqu’elle était grosse de son premier enfant.
  16. (Marine) Soulevé en vagues fortes, en parlant de la mer.
    • La mer déjà très grosse, formée de houles aux directions différentes, devient effroyable ; c’est un monstrueux clapotis, sans direction déterminée […] — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GROS, OSSE. adj.
Qui a beaucoup de volume. Il est opposé à Menu et à Petit. Gros homme. Une grosse femme. Il est gros et gras. Grosse tête. Gros ventre. Un gros réjoui. Une grosse réjouie. Gros compère, Un gros garçon. De gros yeux. Les grosses dents. Un gros volume in-folio. Un gros paquet. Une grosse corde. Fig. et fam., C'est un gros bœuf. Voyez BŒUF. Par ironie, Gros comme une puce. Fig. et fam., Il a plus dépensé, il a plus coûté qu'il n'est gros, se dit de Quelqu'un qui a fait beaucoup de folles dépenses, qui a coûté beaucoup à ses parents, à sa famille, etc. Fig. et fam., Il a plus d'esprit qu'il n'est gros, Il a beaucoup d'esprit. Fam., Faire le gros dos se dit des Chats lorsqu'ils relèvent leur dos en bosse, en signe tantôt de colère et tantôt de plaisir. Il se dit figurément et familièrement de Quelqu'un qui semble se prêter avec plaisir à ce qu'on lui dit, à ce qui lui arrive. Sous cette avalanche de compliments, il faisait le gros dos. Prov. et fig., Les gros poissons mangent les petits, D'ordinaire les puissants oppriment les faibles. Fig. et fam., Un gros bonnet. Voyez BONNET. En termes d'Architecture, Les gros murs d'un bâtiment. Voyez MUR. De grosses lettres, de gros caractères, Des lettres, des caractères formés de traits plus longs et plus larges que ceux des caractères ordinaires. On dit dans un sens analogue, en termes de Typographie, Gros canon, gros romain, gros texte, etc. Il se dit quelquefois pour Grossi, enflé accidentellement. Avoir la joue grosse d'une fluxion. Avoir les yeux gros, parce qu'on a mal dormi ou parce qu'on a pleuré. La rivière est très grosse depuis plusieurs jours. Avoir les yeux gros de larmes, se dit lorsque les larmes viennent aux yeux en abondance et qu'on veut les retenir. Fig., Avoir le cœur gros de soupirs, Avoir besoin de se soulager le cœur en poussant des soupirs. Fig. et fam., Avoir le cœur gros, Avoir gros cœur se dit de l'impression pénible que laisse après lui un chagrin, un dépit, un regret. Il a le cœur gros de l'injustice qu'on lui a faite. Il a eu gros cœur de votre départ. On dit dans le même sens Cela fait gros cœur. En termes de Marine, La mer est grosse, Elle est très agitée. Gros temps se dit lorsque le vent est violent et que les vagues sont très fortes. Naviguer par gros temps. Au féminin, il se dit particulièrement d'une Femme enceinte. Sa femme est grosse. Elle est grosse de six mois. Lorsqu'elle était grosse de son premier enfant. Être grosse à pleine ceinture. Par analogie, Événement gros de conséquences. L'avenir est gros de menaces. Il signifie aussi Qui est épais, grossier, ou s'oppose alors à Fin, délié, délicat. Gros fil. Grosse toile. Gros drap. Gros souliers. Gros pain. Gros vin. Ce n'est que de la grosse besogne. Fig. et fam., N'avoir qu'un gros bon sens, Avoir le sens bon et droit, mais peu délicat. On dit quelquefois de même, Le gros bon sens devait vous dire cela, devait vous en avertir. Fig. et fam., Gros rire, Épais et bruyant. On dit dans un sens analogue Grosse gaieté. Grosse plaisanterie. Fig. et fam., Gros mots. Voyez MOT. Fig. et fam., Grosses vérités, Vérités si palpables que tout esprit peut les saisir. Ce sont là de ces grosses vérités qu'il est inutile de démontrer. Il signifie quelquefois Reproches graves et mérités. Dire à quelqu'un de grosses vérités. Fig. et fam., Un gros malin. Voyez MALIN. Gros vert, gros bleu, etc., Vert foncé, bleu foncé, etc. Il se dit, dans un sens plus général, de Certaines choses qui surpassent la plupart des autres choses du même genre, en étendue, en volume, en nombre, en valeur, en importance, etc. Un gros bourg. Une grosse rivière. Un gros ruisseau. Avoir un gros bagage. Une grosse armée. Ce prince avait une très grosse cour. Une grosse abbaye. De grosses dettes. Une grosse somme d'argent. Faire une grosse dépense. Prêter à grosse usure, à gros denier. Gros bétail. Voyez BÉTAIL. Gros gibier. Voyez GIBIER. Gros grains. Voyez GRAIN. Grosse caisse. Voyez CAISSE. Grosse cavalerie. Voyez CAVALERIE. Grosse artillerie, Artillerie d'un fort calibre. Grosses réparations, Les réparations considérables que l'on fait à un bâtiment, telles que le rétablissement des gros murs, des voûtes, des couvertures, etc.; par opposition aux menues réparations, aux réparations de simple entretien. Les grosses réparations sont à la charge du propriétaire, et les menues à celle du locataire. Grosse voix, Voix grave et forte. On dit familièrement Faire la grosse voix, Contrefaire sa voix en lui donnant un ton grave et sonore quand on veut réprimander, gronder. Gros péché, Péché grave. Grosse fièvre, Fièvre violente. On dit de même Un gros rhume. Grosse affaire, Affaire qui a de la gravité, qui a des suites. Il s'est mis sur les bras une grosse affaire. La grosse faim, La faim la plus pressante. Il mangea deux ou trois morceaux pour apaiser la grosse faim. Mettre à la grosse aventure, ou, elliptiquement, à la grosse. Voyez AVENTURE. Fig. et fam., Jouer gros jeu. Voyez JOUER. En parlant des Personnes, il signifie quelquefois Qui est riche ou qui opère en grand. Un gros marchand. Un gros négociant. Un gros bourgeois. Un gros financier. Un gros capitaliste. Il est aussi nom et désigne la Partie la plus grosse. Le gros de l'arbre, La partie la plus grosse de l'arbre, le tronc de l'arbre. Le gros d'une armée, d'une troupe, La principale partie d'une armée, d'une troupe. Un gros de cavalerie, un gros d'infanterie, un gros de cavaliers, un gros de fantassins. Employé comme nom, il signifie encore Ce qu'il y a de principal et de plus considérable; et il est opposé à Détail. Il est chargé du gros et du détail des affaires. On lui a donné le gros de la besogne à faire. Faites seulement le plus gros, je me charge du reste. Le gros, en termes de Commerce. Le commerce en gros, par opposition au commerce de détail. Acheter, vendre en gros. Une maison de gros. Prix de gros, Prix auquel on vend les marchandises en gros. Il se dit par opposition à Casuel, du Revenu fixe et certain d'une cure; et se disait, par opposition à Distribution manuelle, du Revenu principal qu'un chanoine tirait de sa prébende. Le casuel de cette cure est plus considérable que le gros. Le gros de ce canonicat était considérable. Il s'est dit aussi du Droit que l'on payait aux fermiers des aides pour chaque muid de vin que l'on vendait en gros. Les bourgeois ne payaient point le gros du vin de leur cru à l'entrée de la ville. Prendre tant pour le gros. Gros de Naples, gros de Tours, Noms de certaines étoffes de soie que l'on faisait spécialement à Naples, à Tours, et qui étaient un peu plus fortes que le taffetas ordinaire. Employé comme nom, il désignait en outre une Ancienne mesure de poids, la huitième partie de l'once. Il s'employait aussi pour désigner une Monnaie de valeur variable. Il s'emploie aussi adverbialement, dans le sens de Beaucoup. Gagner gros. On dit de même Jouer gros, risquer gros. Il en a gros sur le cœur, sur la conscience. Il signifie aussi De dimensions plus considérables. Écrire gros. Il écrit le plus gros qu'il peut. Fig., Il y a gros à parier que, Il y a de fortes raisons de croire que. Il y a gros à parier qu'il ne viendra pas.

EN GROS, loc. adv., se dit des Circonstances principales d'un événement, d'une affaire. Raconter une histoire en gros et sans s'arrêter aux détails. Dire les choses en gros. Je vous ai rendu compte de cela en gros. Voilà en gros comment les choses se sont passées.

Littré (1872-1877)

GROS (grô, grô-s' ; il est probable qu'au XVIIe siècle on prononçait grosse comme bosse, rosse ; du moins la Fontaine, Fabl. I, 7, fait rimer grosse avec colosse) adj.

Résumé

  • 1° Qui a beaucoup de circonférence, de volume.
  • 2° Il se dit de la grosseur relative.
  • 3° De grosses lettres.
  • 4° Grossi, enflé.
  • 5° Au fémin. Enceinte.
  • 6° Soulevé en vagues fortes.
  • 7° Qui surpasse en étendue, en volume, en importance.
  • 8° Il se dit pour renforcer la signification du substantif.
  • Fig. Qui a de la gravité ; qui a des suites, des conséquences.
  • 10° Riche, opulent, en parlant des personnes.
  • 11° Épais, grossier, opposé à fin, délicat.
  • 12° Grosse voix.
  • 13° Grosse aventure.
  • 14° Gros, avec un nom de couleur.
  • 15° Gros bon.
  • 16° Gros Guillaume.
  • 17° S. m. La partie la plus grosse.
  • 18° Le gros de l'eau.
  • 19° La partie la plus forte en nombre.
  • 20° Ce qu'il y a de principal et de plus considérable.
  • 21° Le gros de l'hiver, de l'été.
  • 22° Il se dit du commerce dans lequel on ne vend que par notables parties.
  • 23° Terme de boucherie, de vénerie.
  • 24° Houille en gros morceaux.
  • 25° Cahier de seize pages.
  • 26° Revenu fixe d'une cure.
  • 27° Droit que l'on payait au fermier des aides.
  • 28° Nom d'étoffes, de dragées, de duvets.
  • 29° Nom d'un poids.
  • 30° Adv. D'une manière grosse.
  • 31° Beaucoup.
  • 32° En gros.
  • 33° Tout en gros.
  • 34° De gros en gros.
  • 1Qui a beaucoup de circonférence, de volume ; il est opposé à menu et petit. Gros homme. Grosse femme. Gros bras. Gros arbre. Un gros paquet. Que diable ! te voilà grand et gros comme père et mère, Molière, Scapin, I, 2.

    Familièrement. Cet homme est gros comme un bœuf, il est très corpulent.

    Fig. Gros comme le bras, voy. BRAS. Tous les plus gros messieurs me parlaient chapeau bas, Monsieur de Petit-Jean, ah ! gros comme le bras, Racine, Plaid. I, 1.

    Fig. et familièrement. Il a plus d'esprit qu'il n'est gros, il a beaucoup d'esprit.

    Il a plus dépensé, il a plus coûté d'or et d'argent qu'il n'est gros, se dit d'un enfant qui a beaucoup coûté à élever, ou d'un prodigue qui a dépensé beaucoup d'argent.

    Gros et gras, qui a de l'embonpoint et une santé florissante. Damilaville est mort, et Fréron est gros et gras ; mais, que voulez-vous ? Thersite a survécu à Achille, Voltaire, Lett. Grimm, 27 déc. 1768.

    Familièrement. Faire le gros dos, se dit des chats lorsqu'ils relèvent leur dos en bosse.

    Fig. Faire le gros dos, faire gros dos, s'enfler de vanité, d'orgueil.

    Fig. Faire sonner la grosse cloche, voy. CLOCHE.

    Fig. Toucher la grosse corde, voy. CORDE.

    Fig. Parler à un homme des grosses dents, voy. DENT, n° 4.

    Terme d'architecture. Les gros murs d'un bâtiment, ceux qui, formant l'enceinte de ce bâtiment, portent les combles, les voûtes, etc. par opposition aux murs de refend et de cloison.

    Grosses réparations, celles des gros murs, des voûtes, des couvertures, etc. par opposition à menues réparations, celles qui ne sont que d'entretien.

    Gros bétail, les bœufs, les vaches, etc. par opposition aux brebis, moutons, etc.

    Grosse viande, voy. VIANDE.

    La grosse faim, la faim la plus pressante, celle qui ne peut s'apaiser qu'avec la grosse viande ou chose semblable. Il se mit à table, et, quand la grosse faim fut calmée…

    Gros gibier, les cerfs, daims, chevreuils, etc. par opposition aux lièvres, perdrix, bécasses.

    Gros fruits, les grains, les vins, les foins, etc.

    Gros grains, se dit du froment, du méteil et du seigle, par opposition aux grains que l'on sème en mars, dits menus grains, tels que l'orge, l'avoine, le mil, la vesce, etc.

    Grosse dîme, voy. DÎME.

    Gros décimateur, celui à qui appartenait la grosse dîme. Un moine gros décimateur avait intenté un procès à des citoyens qu'il appelait ses paysans, Voltaire, l'H. aux 40 écus, audience du contrôleur général.

    Gros bagage, le bagage d'une armée, d'une troupe en marche, qui ne peut être transporté que sur des voitures, par opposition au menu bagage qui peut être transporté sur des bêtes de somme.

    Grosse cavalerie, la cavalerie pesamment armée, les cuirassiers, les carabiniers, etc.

    Grosse artillerie, l'artillerie composée de pièces d'un fort calibre.

    Terme de serrurerie. Gros fers, ceux qui n'ont été travaillés qu'à la forge et qui servent à la solidité des bâtiments.

    Terme d'horticulture. Gros musc, voy. MUSC.

  • 2Il se dit, sans songer à la grosseur absolue, pour exprimer la grosseur relative. Les souris sont moins grosses que les rats. Le gros bout et le petit bout. Elle [la grenouille], qui n'était pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse, s'étend et s'enfle et se travaille Pour égaler l'animal [le bœuf] en grosseur, La Fontaine, Fabl. I, 3. Comprenez-vous bien cette étendue, et qu'un million de terres comme la nôtre ne seraient toutes ensemble pas plus grosses que le soleil ? La Bruyère, XVI.

    Familièrement. Pas plus gros que rien, très petit. Je vais vous attendre au Carnavalet, où il me semble que je m'en vais vous rendre mille petits services, pas plus gros que rien, Sévigné, 368.

  • 3De grosses lettres, de gros caractères, des lettres, des caractères plus forts que les caractères ordinaires.

    Terme d'imprimerie. Gros canon, caractère en usage dans les affiches (voy. CANON 2). Gros œil, voy. ŒIL.

    Écrire en gros, se dit des enfants que l'on exerce d'abord à former de grosses lettres.

    Plume taillée en gros, pour écrire en gros.

  • 4Grossi, enflé. Avoir la joue grosse. Et l'eau grosse et rapide, et la nuit assez noire M'ont dérobé la fin de sa tragique histoire, Corneille, Cinna, IV, 2. L'Eurotas était alors fort gros et fort enflé par la fonte des neiges, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. V, p. 398.

    Avoir les yeux gros de larmes, les avoir remplis de larmes. Fi donc ! une femme ne sort de ce spectacle que les yeux gros de larmes et le cœur de soupirs, Poinsinet, Cercle, sc. 3.

    On dit aussi : De grosses larmes roulaient sur ses joues.

    Fig. Cœur, sein gros de soupirs, se dit d'une personne qui a besoin de se soulager le cœur en soupirant. Le sein gros de soupirs et tout trempé de pleurs, Tristan, M. de Chrispe, III, 1. Le cœur gros de soupirs, les sanglots à la bouche, Corneille, Cinna, IV, 2.

    On dit de même : le cœur gros de chagrin. Et je m'en sens le cœur tout gros de fâcherie, Molière, Éc. des mar. II, 5.

    Absolument. Avoir le cœur gros, avoir un chagrin profond.

  • 5 Adj. f. Enceinte. Elle est grosse à pleine ceinture. Le corps [de Scarron lui-même déformé par la maladie] à la vérité en est fort irrégulier, comme vous l'avez pu voir, et même on me défend aux femmes grosses, Scarron, Œuv. t. I, p. 195, dans POUGENS. La crainte de blesser sa femme grosse de cinq mois, Sévigné, 20. Cette pauvre madame de Béthune est encore grosse du troisième, Sévigné, 49. L'historien du Mogol rapporte qu'Alanku, étant fille, fut grosse d'un rayon céleste, Voltaire, Mœurs, introd. premier homme.

    On dit qu'une femme est grosse de tel homme, quand cet homme est le père de l'enfant qu'elle porte dans le sein.

    On l'a dit figurément, et alors il a pu prendre le masculin. Le serpent qui est concentré dans le mal et qui est gros de la mort, Diderot, Opin. des anc. phil. Zend-Avesta.

    Fig. Une nuée grosse d'orage, une nuée qui porte l'orage. Cette nuée, grosse de foudre et d'éclairs, vint fondre sur la Picardie, qu'elle trouva à découvert, Voiture, Lett. 74.

    Fig. Gros de, grosse de, qui entraîne, qui porte comme conséquence. L'avenir est gros de malheurs. Le présent est gros de l'avenir, Diderot, Opin. des anc. philos. (Leibnitzianisme) Cette année 1762 me paraît grosse de grands événements politiques et civils, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 31 mars 1762.

    Envies de femme grosse, appétits déréglés, et, au figuré, goûts extravagants.

    Qui a envie de, désireux. La princesse d'Orléans et moi, étions, comme on dit, gros de nous voir, Saint-Simon, 292, 228.

    Être gros de, pour avoir envie de, a été tout à fait à la mode à Paris dans le XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe siècle. Cette locution passablement ridicule, qui provenait du XVIe siècle, est tombée en désuétude.

  • 6 Terme de marine. Soulevé en vagues fortes. La mer est grosse. Une grosse mer qui régnait au large, malgré le calme des vents, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg. p. 174.

    Gros temps, temps où le vent souffle avec force et soulève beaucoup la mer. Plus un navire est petit, plus il est en danger dans les gros temps, Montesquieu, Esp. XXI, 6.

  • 7Qui surpasse en étendue, en volume, en valeur, en importance, la plupart des choses de même genre. Une grosse rivière. Polybe, en parlant de l'un de ces princes, marque en termes formels qu'il payait de grosses pensions à divers tyrans de la Grèce, qui étaient les ennemis déclarés de la liberté, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 566. Il [Aristomène] leva les meilleures troupes qu'il put trouver ; il envoya Scopas en Étolie avec de grosses sommes d'argent, pour y lever autant de troupes qu'il pourrait, Rollin, ib. t. VIII, p. 237. Pindare ayant loué dans un de ses ouvrages la ville d'Athènes, les Thébains le condamnèrent à une grosse amende, Rollin, ib. t. II, p. 110. J'ai commencé à établir entre Pétersbourg et ma colonie un assez gros commerce, Voltaire, Lett. Richelieu, 16 déc. 1771. L'abbé de Condillac revenait en France avec une pension de dix mille livres et l'assurance d'une grosse abbaye, Voltaire, Lett. Damilaville, 11 déc. 1764. On composerait un gros livre de tout le bien qu'on peut faire ; mais un prince philosophe n'a pas besoin d'un gros livre, Voltaire, Pol. et lég. La Voix du peuple. Cette opération, qui triplerait les productions, exige de gros capitaux et beaucoup d'esclaves, Raynal, Hist. phil. XIII, 39. Il circulait un assez gros numéraire à la Barbade, Raynal, ib. IX, 9.

    Jouer gros jeu, jouer beaucoup d'argent. Et d'ailleurs il n'est pas si facile qu'on pense D'être fort honnête homme et de jouer gros jeu, Deshoulières, t. I, p. 106. Fig. Jouer gros jeu, s'engager dans une affaire hasardeuse.

    Un gros joueur, un homme qui joue gros jeu. Il était gros joueur, raisonnablement distrait, Hamilton, Gramm. 9.

    Qui est supérieur en nombre. Un gros escadron de Parthes pleins de joie, Corneille, Rodog. I, 6. Les Parthes à la foule aux Syriens mêlés… Font leur suite assez grosse…, Corneille, ib. V, 2. Il y avait beaucoup de duchesses, la cour fort grosse, Sévigné, Lett. 17 janv. 1689. La cour était toujours grosse chez la reine, Hamilton, Gramm. 6. Il envoya sur-le-champ un gros détachement de son armée contre Jérusalem, Rollin, Traité des Ét. V, ch. II, 2e part. art. 2e. Il avait amassé dans ses arsenaux des armes pour équiper trois armées aussi grosses que celle qu'il avait actuellement, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 13, dans POUGENS. Et s'étant fait accompagner d'une grosse escorte, Vertot, Révol. rom. VII, p. 208.

    Les gros bataillons, les armées les plus puissantes. Un prince veut faire la guerre, et, croyant que Dieu est toujours pour les gros bataillons…, Voltaire, Singul. natur. 31.

  • 8Se dit quelquefois pour renforcer la signification du substantif auquel il est joint. Il y a jusque-là une grosse lieue. Croyant se mettre à table, il vint (j'en ai bien ri) Une grosse heure après qu'on en était sorti, Boissy, Babillard, sc. 2.
  • 9 Fig. Qui a de la gravité ; qui a des suites, des conséquences. Ce n'est pas une grosse affaire. Je suis bien trompée, ou c'est un péché qu'il fait contre les idées de l'amour, des plus gros qu'il se fasse, Sévigné, Lett. 29 nov. 1679.

    Une grosse fièvre, fièvre violente. Un gros rhume. La pauvre Mme de Coulanges a une grosse fièvre avec des redoublements, Sévigné, 313.

    Familièrement. Grosse querelle, querelle violente ou sur une chose importante. Il s'est fait une grosse querelle avec un de ses voisins.

    Une grosse colère, une colère violente. J'ai été tenté de me mettre dans une grosse colère à l'occasion de ce qui s'est passé à l'Académie française, Voltaire, Lett. Condorcet, 11 mai 1772.

  • 10En parlant des personnes, riche, opulent. Une grosse héritière. Je me trouvai au palais avec bon nombre de noblesse et de gros bourgeois, Retz, III, 339. À placer sans raison, le mot de gros partout, Et cent autres encor qu'on soutient de bon goût, Hauteroche, Bourg. de qual. I, 5. Ceux du loup [ses parents], gros messieurs, l'ont fait apprendre à lire, La Fontaine, Fabl. XII, 17. Qui parmi ses parents Pouvait compter les plus gros de la ville, La Fontaine, Cal. …Et l'on sait qu'une fille, Pour enrichir un frère, en faire un gros seigneur, Doit renoncer au monde…, Regnard, Distrait, IV, 2. Sais-tu bien qu'en temps de peste cette fille-là pourrait devenir un très gros parti ? Regnard, le Retour imprévu, sc. 2. Pour qu'elles aient la rage au cœur de voir Colette devenir grosse madame, Dancourt, Mari retrouv. sc. 2. Un gros négociant qui laissa de grandes richesses à ses enfants, Lesage, Diable boit. 12. Ce gros marchand, à qui vous avez fait un billet de neuf cents francs pour trente pistoles d'étoffe qu'il vous a fournie, aurait-il obtenu sentence contre vous ? Lesage, Crisp. riv. de son maître, sc. 1. Qu'il me laisse mon pauvre Arlequin, qui n'est pas plus gros monsieur que je suis grosse dame, Marivaux, Doubl. inconst. I, 1. Grand financier signifie un homme très intelligent dans les finances de l'État ; gros financier ne veut dire qu'un homme enrichi dans la finance, Voltaire, Dict. phil. Grand. Elle prenait le train de devenir bientôt une grosse fermière, Rousseau, Confess. VI.

    Fig. et familièrement. Un gros bonnet, un personnage important.

    C'est un des gros colliers de l'ordre, il a une grande autorité dans sa compagnie.

    Dans quelques provinces, substantivement. Les gros, les notables, les riches.

    Une grosse maison, une famille considérable par sa fortune et son importance. Vergy est une grosse et ancienne maison de Bourgogne, et de telle prééminence, qu'elle fut alliée à la maison de Bourgogne, Paradin, Annales de Bourgogne, t. II, p. 228.

    Une grosse maison, se dit d'une maison où il y a beaucoup de domestiques, où il se fait beaucoup de dépenses. C'est bien à elle d'avoir seule une grosse maison, des habits magnifiques, Regnard, le Retour imprévu, sc. 1.

    Une grosse maison, se dit encore, dans le commerce, d'une maison qui fait beaucoup d'affaires.

    Une grosse fortune, de grandes richesses. Il ne tenait qu'à vous Dans votre état, avec une grosse fortune, De trouver une femme, et dix mille pour une, Collin D'Harleville, Vieux célib. II, 2.

    Gros air, air d'importance.

    Familièrement. Faire une grosse figure, être dans un rang élevé.

    Une grosse table, une table bien servie où l'on a beaucoup de monde. En perdant au jeu et en tenant une grosse table, Hamilton, Gramm. 6.

    Faire du gros d'or, s'est dit pour : faire l'important. Il est vrai qu'il [Furetière] fait du gros d'or, et qu'il s'est donné un air de dignité avec une canne que les méchants plaisants disent être l'instrument de son supplice ; et auprès de lui les du Cange, les Ménage et tant d'autres ne sont que des écoliers, Charpentier, dans FURETIÈRE, factums, t. II, p. 233.

  • 11Epais, grossier, opposé à fin, délicat. Gros fil. Grosse toile. Gros drap.

    Gros vin, vin couvert et épais.

    Moudre en grosse, voy. MOUDRE.

    Les gros ouvrages, dans une maison, ce qu'il y a de plus pénible dans le service, laver les appartements, écurer les casseroles, nettoyer les souliers, etc. Elle aura sous elle une servante qui fera par son ordre les gros ouvrages de la maison, Bossuet, Règlem. pour les fill. Propag. de la foi, VI, 11.

    Fig. Des choses grosses, des choses qui sont palpables, grossières, que l'esprit n'a aucune peine à saisir. En l'un [l'esprit de géométrie], les principes sont palpables, mais éloignés de l'usage commun, de sorte qu'on a peine de tourner la tête de ce côté-là, manque d'habitude ; mais, pour peu qu'on s'y tourne, on voit les principes à plein ; et il faudrait avoir l'esprit faux pour mal raisonner sur des principes si gros qu'il est presque impossible qu'ils échappent, Pascal, Pensées, art VII, 1, edit. LAHURE, 1860.

    Fig. et familièrement. N'avoir qu'un gros bon sens, avoir le sens bon et droit, mais peu délicat. Le pays de Lalleu n'a que de gros laboureurs, mais gens de bon sens et de bon gros raisonnement, Saint-Simon, 473, 92. Rien ne paraît plus éloigné de l'aimable caractère du chien que le gros instinct brut du cochon, Buffon, Quadrup. t. VIII, p. 56.

    C'est un gros fin, se dit, par contre-vérité, de celui qui n'est guère fin.

    Un gros lourdaud, un gros animal, une grosse bête, un gros butor, c'est-à-dire un homme stupide, maladroit, grossier. Les plus habiles courtisans peuvent être de fort grosses dupes, Retz, IV, 90.

    À la grosse, grossièrement. C'est un ouvrage fait à la grosse.

  • 12Grosse voix, voix grave et forte.

    Faire la grosse voix, contrefaire sa voix en lui donnant un ton grave.

    Terme de chasse. Gros ton, le ton bas de la trompe.

    Terme de vétérinaire. Gros d'haleine, se dit d'un cheval qui devient facilement essoufflé par l'exercice ; locution qui vient de ce que le cheval a l'haleine grosse, c'est-à-dire bruyante.

    Bruyant, éclatant. Gros rire. Grosse gaieté.

    Fig. et familièrement. Gros mot, parole offensante ou de querelle. Ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles On en vient sur un rien, plus des trois quarts du temps, La Fontaine, Fabl. XII, 8. De part et d'autre [MM. de Rohan et de Chaulnes] les grosses paroles commencèrent à échapper entre les dents, Saint-Simon, 26, 47.

    De gros mots, des jurements.

    Familièrement. Gros juron, jurement grossier. Lâcher de gros jurons.

    De gros mots, des paroles un peu libres, qui sentent la gaudriole. Passez les mots aux rieurs ; Les plus gros sont les meilleurs Pour la gaudriole, Béranger, la Gaudriole.

    Fig. et familièrement. Grosses vérités, vérités dures, reproches graves.

    Dire les gros mots, signifie aussi parler sans révérence, et, par une antiphrase délicate, faire un compliment sous l'apparence contraire. Eh bien ! madame, puisqu'il faut dire les gros mots, que ferez-vous avec votre esprit et vos grâces, si Votre Altesse n'a pas une demi-douzaine de gens de mérite pour sentir le vôtre ? Voltaire, Lett. margr. de Baireuth, dans Revue française, février 1866, p. 202.

  • 13Mettre à la grosse aventure, ou, simplement, à la grosse, voy. AVENTURE.

    On dit de même : contrat à la grosse, prêter à la grosse, prêt à la grosse. Les contrats à grosse aventure, autrement dits contrats à la grosse ou à retour de voyage, pourront être par-devant notaires, ou sous signature privée… l'argent à la grosse pourra être donné sur le corps et quille du vaisseau, etc. Ordonn. août 1681.

  • 14Gros vert, gros bleu, vert foncé, bleu foncé.
  • 15 Terme de papeterie. Gros bon, pâte commune faite de vieux chiffons, qui s'emploie à faire le papier dit aussi gros bon.
  • 16Du gros Guillaume, mot parisien qui se disait pour du gros pain de ménage.
  • 17 S. m. La partie la plus grosse. Le gros de l'arbre, le tronc,

    Fig. Qu'heureux est ce moment où sa bonté [de Dieu] déploie Sur un gros d'amertume un peu de ses douceurs ! Corneille, Imit. II, 8.

    Fig. Se tenir au gros de l'arbre, s'attacher à l'autorité, suivre le parti le plus fort, ne pas s'écarter de ce qui est établi.

    Terme de charpente. Se dit d'une pièce de bois dont deux dimensions sont égales. Poutre de quinze pouces de gros, poutre dont chaque face est de quinze pouces.

    Terme de jardinier. Couper au gros, pousser le retranchement d'un rameau jusqu'à la grosse branche.

  • 18 Terme de marine. Le gros de l'eau, la pleine mer au temps des syzygies de la lune. La partie la plus forte en nombre. On voit naître de là mille sourdes pratiques Dans le gros de son peuple et dans ses domestiques, Corneille, Nicom. II, 1. Un des cavaliers se détacha du gros au galop, et prit les devants, Scarron, Rom. com. I, 14. Judas en fut averti, et il marcha aussitôt avec les plus vaillants de ses troupes, pour aller attaquer le gros de l'armée du roi qui était à Emmaüs, Sacy, Bible, Machab. I, IV, 3. Le cardinal de Lorraine pressait l'ouverture du colloque, bien que le gros des prélats, et surtout le cardinal de Tournon, archevêque de Lyon, qui les présidait comme le plus ancien cardinal, y eussent une extrême répugnance, Bossuet, Var. IX, § 92. Les éléphants et les chevaux marchaient à la tête ; il suivait avec le gros de son infanterie, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 395. Il y a des gens d'un très grand mérite chez les Velches, mais le gros de la nation est ridicule et détestable, Voltaire, Lett. Mme du Duffant, 5 déc. 1770. Il y a deux heures que j'en suis séparé ; il n'était point avec le gros de la chasse quand je l'ai perdu, Collé, Part. de chasse de Henri IV, II, 7.

    Le gros du monde, la plus grande partie du monde. Le gros du monde se comporte ainsi. La nouvelle comtesse de Mailly, noble, magnifique, mais glorieuse à l'excès, désagréable avec le gros du monde, Saint-Simon, 3, 55. L'envie de voir de près quelques-uns des mystères newtoniens cachés jusqu'ici au gros du monde, Voltaire, Lett. Pitot, 17 mai 1737.

    Un gros, un grand nombre de, une grande troupe de. Un gros de courtisans en foule l'accompagne, Corneille, Poly. I, 4. Suivi d'un gros armé d'amis et de valets, Corneille, Théod. V, 8. Un chétif centenier des troupes de Mysie Qu'un gros de mutinés élut par fantaisie, Corneille, Héracl. I, 2. Qu'il est aisé de rompre ce gros de désespérés, Fléchier, Théodose, IV, 56. Et l'on dit que, suivi d'un gros d'amis fidèles, On l'a vu se mêler au milieu des rebelles, Racine, Mithr. IV, 6. Gobert aurait eu bon marché de cette poignée de gens trop éloignés de leurs gros, Saint-Simon, 29, 86.

  • 20Ce qu'il y a de principal et de plus considérable. M. de Vaugelas donna les siens [papiers], qui étaient fort courts, et ne touchaient que le gros de ce dessein [le plan du dictionnaire], auquel il offrait de nouveau de contribuer, Pellisson, Hist. Acad. III. Il tombe ensuite en des parenthèses qui peuvent passer pour épisodes, mais qui font oublier le gros de l'histoire, et à lui qui vous parle, et à vous qui le supportez, La Bruyère, V. Ceux-ci faisaient bientôt passer le gros de leurs discours au reste de l'armée, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 448.
  • 21Le gros de l'hiver, le gros de l'été, temps de ces deux saisons où le froid, la chaleur a le plus d'intensité.
  • 22Le gros se dit du commerce dans lequel on ne vend que par notables parties, par opposition au commerce de détail. Marchand en gros. Tenir le gros.

    Demi-gros, commerce où l'on vend à la fois en gros et en détail. Cet épicier fait le demi-gros.

  • 23 Terme de boucherie. Gros de langue, nom d'une région du bœuf, maniement impair, simple, commun aux deux sexes, qui, latéralement, répond au bord inférieur de la terminaison du muscle sterno-maxillaire.

    Terme de vénerie. Gros des nombles, morceau de la cuisse du cerf. On dit par corruption gros dénome ou gros d'énome.

  • 24Le gros, se dit, dans le département du Nord, de la houille en gros morceaux.
  • 25 Terme de relieur. Cahier de seize pages, dans la feuille in-douze.
  • 26Le gros, le revenu fixe d'une cure, par opposition au casuel.

    Le revenu principal qu'un chanoine tire de sa prébende, par opposition à distribution manuelle.

  • 27Droit que l'on payait aux fermiers des aides pour chaque muid de vin que l'on vendait en gros.
  • 28Gros de Naples, gros de Tours, étoffes de soie qu'on fabrique à Naples, à Tours, ainsi appelées parce qu'elles sont à gros grains.

    Gros de Verdun. nom d'une sorte de dragée.

    Gros d'autruche, ou ploc d'autruche, le plus gros du duvet de cet animal, qu'on sépare du fin, pour l'employer aux lisières des draps fins de laine destinés à la teinture en noir.

  • 29 Terme d'ancienne métrologie. La cent vingt-huitième partie de la livre, ou la huitième partie d'une once. Un gros d'argent, de soie.

    Anciennement, en Flandres, livre de gros, monnaie de compte entre les marchands, qui valait six livres, comme le sol de gros valait six sols.

  • 30Gros, adv. D'une manière grosse.

    Écrire gros, écrire en caractères plus gros que d'habitude. Mon cher ange, je suis presque aveugle, j'écris de ma main et le plus gros que je peux, Voltaire, Lett. d'Argental, 24 novemb. 1770.

  • 31Beaucoup. J'ai vu dans le palais une robe mal mise Ganer gros…, La Fontaine, Fabl. VII, 15. M. de Duras n'a prêté serment [de maréchal] que parce que les gens du roi, qui en touchent gros, s'avisèrent qu'il n'avait prêté ni celui de maréchal de France, ni celui de gouverneur de la Franche-Comté, Saint-Simon, 5, 68. À la fin, et à force de donner gros, le marché [entre Monsieur et le cardinal de Bouillon pour le Dauphiné d'Auvergne] fut conclu, Saint-Simon, 24, 28. Mais il est clair qu'on me donne en échange De l'amitié pour de l'amour, C'est perdre gros…, Imbert, Jaloux sans amour, I, 5.

    Cela coûte gros, cela coûte beaucoup (locution née pendant la révolution, dit Mme de Genlis, Mém. t. V, p. 91).

    Au jeu, coucher gros, jouer gros jeu.

    Fig. Risquer beaucoup. Il veut tout ou rien, c'est coucher gros.

    Il signifie aussi avancer quelque chose d'extraordinaire. Il dit bien des gasconnades, il couche gros.

    Fig. Il y a gros à parier que, il y a de fortes raisons de croire que.

  • 32En gros, loc. adv. Par grande quantité. Vendre en gros. Marchand en gros, en demi-gros.

    Considéré ensemble. Quand je regarde en gros la longue absence où il me paraît que nous sommes condamnés, j'avoue que j'en frémis, Sévigné, 564. En gros j'ai fait de vous un portrait fort avantageux, Fénelon, Dial. des morts mod. dial. 6. Les hommes fripons en détail sont en gros de très honnêtes gens, Montesquieu, Esp. XXV, 2.

    D'une manière sommaire. Voilà l'histoire en gros, Molière, l'Ét. IV, 1. Les autres péchés dont on s'accuse en gros, Pascal, Prov. 10. N'entrez point dans ce détail ; mais dites en gros que qui fait plaisir au frère, en fait à la sœur, Sévigné, 503. Elle savait en gros les malheurs de mon fils, Sévigné, 464. Je vous ai rapporté en gros quelque chose de ces prophéties, Bossuet, Hist. II, 5.

  • 33Tout en gros, loc. adv. Seulement, pas davantage. Il y avait vingt personnes tout en gros.
  • 34De gros en gros, d'une façon générale. Nous ne jugeons ordinairement des êtres que par des comparaisons assez grossières ; nous les comparons de gros en gros dans leur forme et dans leur structure, et, si cet examen superficiel ne nous offre aucun trait de similitude, nous ne nous avisons guère d'en soupçonner, Bonnet, Paling. philos. IV, 2.

PROVERBES

Grosse tête, peu de sens, c'est-à-dire la grosseur de la tête n'indique pas la capacité de l'esprit.

Les gros poissons mangent les petits, c'est-à-dire les faibles souffrent de l'injustice des puissants.

REMARQUE

L'habitude de dire un gros seigneur, de gros messieurs, avait fait substituer généralement gros à grand, et l'on disait un gros général pour un grand général ; cela ne se dit plus. On dit cependant encore : gros major.

HISTORIQUE

XIe s. Fendus en est mis olifans [mon cor] el gros [dans la partie grosse], Ch. de Rol. CLXVII. La hanste en fu grosse come uns tinel, ib. CCXXVII.

XIIe s. Par mi le gros du pis [il] lui fait l'espié glacier [glisser], Sax. X. Si m'aït Diex, ma douce suer ; à tort avez si gros le cuer, Gautier D'Arras, Ille et Galeron. Car mult out [il eut] felun quer [cœur] e gros e surquidié [outrecuidant], E li diables out [eut] dedenz lui pris sun sié, Th. le mart. 131. Je sui grosse de vif enfant ; Nel puis or mais celer avant, Grégoire le Grand, p. 12.

XIIIe s. Nostre Sires, au commencement, fist une grosse matiere sans forme et sans figure, Latini, Trésor, p. 104. Gros arbres est sovent crolez par petit vent, et les hautes tours chieent [tombent] plus pesamment, Latini, ib. p. 448. Je dout [crains] qu'à ce viegne [vienne], Que France s'en plaigne, Et chascuns, gros et menu, Et li jeune et li chenu, Hues de la Ferté, Romanc. p. 190. Et s'il vendoit vin en gros, Tailliar, Recueil, p. 109. Ne ele ne pooit pas estre grosse del duc, que il avoit grant piece esté devant sa mort que ele ne l'avoit veü, Merlin, p. 66, verso. Où mainte grosse peine [elle] endura et soufri, Berte, I. Et li vins de gros noirs ou de goet [doit estre prisiés] cascuns muis six sous de rente, Beaumanoir, XXVII, 25. S'il vient à cort, chacuns l'en chace Par groz moz ou par vituperes, Rutebeuf, 22. Si oel [ses yeux] sont gros pour le plorer, Fl. et Bl. 2855. Si vous pri, fist-il, que vous y pensez ; et, pource que la besoingne est grosse, je vous donne respit de me respondre, Joinville, 254.

XIVe s. [Les deux armées criant que Henry roi d'Angleterre et Louis VII en vinssent aux mains, et celui-ci le voulant bien :] à ce respondit le roi Henry : Je ne prens mie si en gros [je ne m'affecte pas tellement], que je perde pour telles paroles mon chasteau, Chron. de St Denis, t. I, f° 237, dans LACURNE. Et Bertran et sa gent à Saumur s'en alerent, Grosse ville françoise, et là se reposerent, Guesclin. 18582. Le gros du cuer et sa rachine est en haut, H. de Mondeville, f° 23, verso.

XVe s. Les menus mestiers de la ville, voulsissent ou non les gros, se partirent du marché, Froissart, II, II, 57. Depuis la grosse bataille de Poitiers, Froissart, Prologue. Le roy Robert d'Escosse, qui moult preux avoit esté, estoit demouré vieil et foible et si chargé de la grosse maladie [lèpre], ce disoit-on, que mourir luy convenoit, Froissart, liv. I, p. 24, dans LACURNE. Et quant il fut parvenu par devant le soudan, qui estoit assis pompeusement en une haute galerie, le fit estre une grosse heure en bas ou environ en sa presence, Monstrelet, II, 37. Quant l'esprevier vole bien pour l'aloe [l'alouette], Il souffist bien, sans voler pour le gros, Deschamps, Poésies mss. f° 229. Nul ne pourroit dire comment son cœur fut gros et enflé contre les Vénitiens, Bouciq. II, 9. Brief, je suis gros de ceste piece [c'est-à-dire j'en ai envie], Il m'en convient avoir…, Patelin. Pieulz du gros du bras et le haut d'un homme, Hist. de Loys III de Bourbon, p. 93, dans LACURNE. Il ne fault doubter que nul jour sans perte et gaigne ne se passe tant d'ung costé que d'autre, mais de grosses il n'y avoit riens, Commines, I, 9. Son armée estoit très grosse, Commines, II, 2. Les ungs les recueilloient [accueillaient] avec grosses parolles et grosses menasses, Commines, II, 3. Après la grosse pluie que la compagnie eut plus d'une grosse heure et demie sur le dos, on arriva à l'hostel, Louis XI, Nouv. LXXXI.

XVIe s. Craindre en tout heurt est indice de groz et lasche cueur, Rabelais, Pant. IV, 22. Le tainct est gros, la gorge n'est plus telle Que quand d'aimer vous requis autrefois, Saint-Gelais, 137. Au travers le gros des ennemis, Montaigne, I, 63. Je ne luicte point en gros ces vieux champions là, et corps à corps, Montaigne, I, 157. Le but et la visée d'un capitaine doibt regarder la victoire en gros, Montaigne, I, 342. Il avoit le cœur trop gros [haut] pour…, Montaigne, II, 47. Une grosse et vehemente fiebre, Montaigne, III, 205. Qu'il viene en la faculté de théologie, et on parlera à lui des grosses dents, Lanoue, 101. Pour se dedommager et recompenser, ils [les juges] vendent en detail (comme aucuns ont dit) ce qu'on leur a vendu en gros, Lanoue, 102. De grosses rentes, Lanoue, 150. …Et la voyant [la cavalerie] venir à eux en gros, Lanoue, 314. Quand ils entendent que les chrestiens arment en gros, aussi font-ils de leur costé, Lanoue, 421. Nicias s'en vint devers luy, qui, en luy embrassant les genoux, avec les grosses larmes aux yeux, le…, Amyot, Marcel. 32. Toutefois les plus gros et les plus gens de bien de la ville, voyant le tort qu'on luy faisoit, prirent sa cause en main, Amyot, Arist. 10. Que Philippus vouloit, à son prejudice, avancer par ce gros mariage Aridaeus, et le laisser son successeur au royaume, Amyot, Alex. 16. Ce gros latin et ces vers grossiers furent…, D'Aubigné, Hist. III, 203. Pour deslayer et destremper le sang trop gros, Paré, Introd. 6. Nonobstant qu'il eut un gros esprit [ esprit épais ], Nuits de Straparole, t. I, p. 401, dans LACURNE. En cette façon ceux qui avoient esté gros seigneurs en ce monde icy, gaignoient leur pauvre, mechante et paillarde vie là bas, Rabelais, II, 3. Le greffier pour son registre et gros de lettres, dix sols parisis, Coust. gén. t. I, p. 648. Les barques ne pouvoient s'approcher de la terre que d'un gros d'eau [grande marée] qui ne vient que de quinze en quinze jours, Rohan, Mém. t. I, p. 231, dans LACURNE. Les habitants nous assurerent qu'il y avoit un autre gué plus proche de l'embouchure de la mer, et qu'à minuit precisement l'eau seroit basse, et plus basse qu'elle n'estoit à midi, car c'estoit gros d'eau [le plein de la marée], Bassompierre, Mém. t. III, p. 129, dans LACURNE. Se trouvans de gros chrestiens [mauvais chrétiens] qui estiment que l'eau beniste est un amusoir du peuple, emprunté de ceremonies payennes, Pasquier, Recherches, liv. VIII, p. 701, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GROS,
13Ajoutez :

Billet de grosse, billet qui est souscrit par suite d'emprunt à la grosse (DALLOZ).

35Une somme grosse, une somme payée en bloc, par opposition à somme payée par fractions. Que si la compagnie a consenti à verser à l'appelant, dès le mois d'août 1866, une somme grosse de 33,750 fr. à titre de courtage dû sur les dix premières primes à verser annuellement par la compagnie des chemins portugais, Gaz. des Trib. 4 août 1876, p. 759, 1re col.
36Ancien terme de finance. Le gros, sou prélevé par livre sur le commerce en gros des boissons, Neymarck, Colbert et son temps, t. I, p. 143.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* GROS, adj. (Gramm.) terme de comparaison ; son correlatif est petit. Il me paroît dans presque tous les cas, s’étendre aux trois dimensions du corps, la longueur, la largeur, & la profondeur, & en marquer une quantité considérable dans le corps appellé gros par comparaison à des corps de la même espece. J’ai dit presque dans tous les cas, parce qu’il y en a où il ne désigne qu’une dimension ; ainsi un gros homme est celui dont le corps a plus de diametre que l’homme n’en a communément, relativement à la hauteur de cet homme ; alors petit n’est pas son correlatif ; il se dit de la hauteur, & un petit homme est celui qui est au-dessous de la hauteur commune de l’homme.

GROS TOURNOIS, (Hist. des monn.) ancienne monnoie de France en argent, qui fut d’abord faite à bordure de fleurs-de-lis.

Les gros tournois succéderent aux sous d’argent ; ils sont quelquefois nommés gros deniers d’argent, gros deniers blancs, & même sous d’argent ; il n’est rien de si célebre que cette monnoie depuis S. Louis jusqu’à Philippe de Valois, dans les titres & dans les auteurs anciens, où tantôt elle est appellée argenteus Turonensis, tantôt denarius grossus, & souvent grossus Turonensis. Le nom de gros fut donné à cette espece, parce qu’elle étoit alors la plus grosse monnoie d’argent qu’il y eût en France, & on l’appella tournois, parce qu’elle étoit fabriquée à Tours, comme le marque la légende de Turonus civis pour Turenus civitas.

Quoique Philippe d’Alsace comte de Flandres, qui succéda à son pere en 1185, eût fait fabriquer avant S. Louis des gros d’argent avec la bordure de fleurs-de-lis, S. Louis passe pour l’auteur des gros tournois de France avec pareille bordure ; c’est pourquoi dans toutes les ordonnances de Philippe le Bel & de ses successeurs, où il est parlé de gros tournois, on commence toûjours par ceux de S. Louis : cette monnoie de son tems étoit à onze deniers douze grains de loi, & pesoit un gros sept grains  : il y en avoit par conséquent cinquante-huit dans un marc. Chaque gros tournois valoit douze deniers tournois ; de sorte qu’en ce tems-là le gros tournois étoit le sou tournois. Il ne faut pourtant pas confondre ces deux especes ; la derniere a été invariable & vaut encore douze deniers, au lieu que le gros tournois a souvent changé de prix.

Remarquez d’abord, si vous le jugez à-propos, la différence de l’argent de nos jours à celui du tems de S. Louis ; alors le marc d’argent valoit 54 sous 7 den. il vaut aujourd’hui 52 liv. ainsi le gros tournois de S. Louis, qui valoit 12 den. tournois, vaudroit environ 18 s. de notre monnoie actuelle.

Remarquez encore que les gros tournois, qui du tems de S. Louis étoient à 11 den. 12 grains de loi, ne diminuerent jamais de ce côté-là ; qu’au contraire ils furent quelquefois d’argent fin, comme sous Philippe de Valois, & souvent sous ses successeurs, à 11 den. 15, 16, 17 grains : mais il n’en fut pas de même pour le poids & pour la valeur ; car depuis 1343 sous Philippe de Valois, leur poids diminua toûjours, & au contraire leur valeur augmenta ; ce qui montre que depuis S. Louis jusqu’à Louis XI. la bonté de la monnoie a toûjours diminué, puisqu’un gros tournois d’argent de même loi, qui pesoit sous Louis XI. 3 den. 7 grains, ne valoit sous S. Louis que 12 den. tournois, & que ce même gros sous Louis XI. ne pesant que 2 den. 18 grains & demi, valoit 34 den.

Enfin observez que le nom de gros s’est appliqué à diverses autres monnoies qu’il faut bien distinguer des gros tournois : ainsi l’on nomma les testons grosse capitones ; les gros de Nesle ou négelleuses, étoient des pieces de six blancs. Les gros de Lorraine étoient des carolus, &c. mais ce qu’on nomma petits tournois d’argent étoit une petite monnoie qui valoit la moitié du gros tournois : on les appelloit autrement mailles ou oboles d’argent, & quelquefois mailles ou oboles blanches.

M. le Blanc, dans son traité des monnoies, vous donnera les représentations des gros tournois pendant tout le tems qu’ils ont eu cours. Au reste cette monnoie eut différens surnoms selon les différentes figures dont elle étoit marquée ; on les appella gros à la bordure de lis, gros à la fleur-de-lis, gros royaux, gros à l’O, gros à la queue, parce que la croix qui s’y voyoit avoit une queue ; gros à la couronne, parce qu’ils avoient une couronne, &c. (D. J.)

Gros, ou Groat, (Hist. mod.) en Angleterre signifie une monnoie de compte valant quatre sous. Voyez Sou.

Les autres nations, savoir les Hollandois, Polonois, Saxons, Bohémiens, François, &c. ont aussi leurs gros. Voyez Monnoie, Coin, &c.

Du tems des Saxons, il n’y avoit point de plus forte monnoie en Angleterre que le sou, ni même depuis la conquête qu’en firent les Normans jusqu’au regne d’Edoüard III. qui en 1350 fit fabriquer des gros, c’est-à-dire de grosses pieces, ayant cours pour 4 den. piece : la monnoie resta sur ce pié-là jusqu’au regne d’Henri VIII. qui en 1504 fit fabriquer le premier les schelins. Voyez Schelin & Groschen.

Gros, est aussi une monnoie étrangere qui répond au gros d’Angleterre. En Hollande & en Flandres on compte par livres de gros, valant six florins chacune. Voyez Livre. Chambers. (G)

Gros, (Commerce.) droit d’aides établi en plusieurs provinces de France : on le nomme droit de gros, parce qu’il se perçoit sur les vins, bierres, cidres, poirés, & eaux-de-vie qui se vendent en gros.

Ce droit consiste au vingtieme du prix de la vente de ces liqueurs ; on pretend que son établissement est de l’an 1355, sous le regne du roi Jean. Diction. de Commerce. (G)

Gros, (Pharmacie.) voyez Dragme.

Gros, (Marine.) le gros du vaisseau, c’est l’endroit de sa plus grande largeur vers le milieu ; on y met les plus épais bordages, parce que le bâtiment fatigue plus en cet endroit, & qu’il a moins de force que vers l’avant & l’arriere. (Z)

Gros tems, signifie tems orageux, vent forcé, ou tempéte.

Gros d’Haleine, (Manége & Maréchall.) cheval qui souffle considérablement dans l’action & dans le travail, & dont le flanc néanmoins n’est nullement altéré dans le repos, ni plus agité qu’il ne doit l’être naturellement ensuite d’une course violente. Communément il fournit avec autant de vigueur que si l’on ne pouvoit pas lui reprocher cette incommodité, plus disgracieuse pour le cavalier qui le monte que préjudiciable au service dont l’animal lui peut être.

Nous l’attribuons en général à un défaut de conformation : dans ces sortes de chevaux en effet les côtes sont ordinairement plates & serrées, & la capacité du thorax trop peu vaste pour permettre une grande dilatation des poumons ; or ce viscere se trouvant gêné dans son expansion & dans son jeu, il n’est pas étonnant que l’animal soit obligé d’inspirer & d’expirer plus fréquemment, sur-tout dans des momens où l’action des muscles hâte & accélere plus ou moins la marche circulaire, & où le cheval est machinalement obligé de faire de continuels efforts pour faciliter le cours du sang dans des canaux qu’il ne sauroit parcourir avec promptitude & avec aisance, dès que l’extension n’est pas telle qu’elle puisse en favoriser le passage.

Souvent aussi l’animal est gros d’haleine, attendu l’étroitesse de la glotte, de la trachée artere, & principalement des nasaux, dont il est d’autant plus essentiel que le diametre soit considérable, que la plus grande quantité de l’air inspiré & expiré enfile spécialement leurs cavités ; c’est ce qu’il est très-aisé d’observer dans les tems froids & rigoureux ; on voit en effet alors que l’espece de nuage résultant des vapeurs condensées des poumons, sort & s’échappe en plus grande partie par cette voie que par la bouche ; d’où l’on doit juger de l’inconvénient du resserrement du double canal qui forme les fosses nasales, & de la nécessité de sa largeur & de son évasure, pour l’accomplissement d’une respiration libre & parfaite.

L’impossibilité de remédier à un vice qui reconnoît de pareilles causes, est sensible ; mais le cheval n’en étant pas moins utile, pourquoi nous plaindrions-nous de notre impuissance ? Nous devons cependant faire attention à ce qu’il ne provienne pas d’un polype (voyez Polype), ou de la viscosité de l’humeur bronchiale ; ce qui n’est pas extraordinaire dans des chevaux gros d’haleine, qui font entendre un rallement produit presque toûjours par les différentes collisions de l’air contre les matieres visqueuses qui tapissent les canaux aériens : dans ce dernier cas, le flanc de l’animal n’est point aussi tranquille, & il est fort à craindre qu’il ne devienne poussif, si l’on n’a recours promptement aux médicamens incisifs, atténuans, & fondans, tels que la poudre du lierre terrestre, de racine de meum, d’énula campana, d’iris de Florence, de cloportes, d’éthiops minéral, d’acier, ou de plumbum ustum, &c. qu’il est très-à-propos de lui donner exactement tous les matins & à jeun dans une jointée d’avoine. Voyez Pousse. (e)

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Étymologie de « gros »

Berry, grôt, groût, grous, grousse ; bourg. grô ; mâconnais, grou ; picard, cros ; esp. groso, grueso ; port. et ital. grosso ; du lat. grossus, qui se trouve dans la latinité de l'âge inférieur ; comp. l'allem. gross ; anc. haut-allem. grôz ; angl. great, qui signifient grand ; c'est sans doute, comme Diez le remarque, de la forme germanique que vient grôt, groût du Berry.

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(Adjectif) (Noms communs 1 et 2) Du bas latin grossus, à rapprocher de l’allemand groß, du vieux haut allemand grôz.
(Nom commun 3) De l'italien grosso, du latin denarius grossus (« gros denier »).
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Phonétique du mot « gros »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
gros gro

Citations contenant le mot « gros »

  • Une suite de petites volontés fait un gros résultat. De Charles Baudelaire / Mon Coeur mis à nu
  • - Mais... mon cher ami ! - Là, là. Pas de gros mots. De Paul-Jean Toulet / Le carnet de monsieur du Paur
  • Les hommes aiment les gros seins et les gros compliments. De Françoise Chandernagor / La Première épouse
  • Une petite hache coupe un gros arbre. De Proverbe guadeloupéen
  • Bouge le gros orteil. De Uma Thurman / Kill Bill : Volume 1
  • Plus le mensonge est gros, plus il passe. De Joseph Goebbels
  • Avec un petit appât on capture de gros poissons. De Proverbe chinois
  • Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés. De Victor Hugo
  • Plus petit est le bois, plus gros semble le lièvre. De Proverbe hollandais
  • Tous jugements en gros sont lâches et imparfaits. De Michel de Montaigne / Essais
  • Parlez doucement, et tenez un gros bâton, vous irez loin. De Theodore Roosevelt
  • Le livre des peut-être est un fort gros volume. De Proverbe anglais
  • La popularité ? C'est la gloire en gros sous. De Victor Hugo / Ruy Blas
  • Crever gros... crever maigre... La différence est pour les porteurs. De Francis Blanche / Mon oursin et moi
  • J'ai toujours pensé qu'il fallait être gros pour réussir ! En France, seuls les gros sont marrants. De Coluche / Pensées et anecdotes
  • Il y a un an, huit producteurs bio auvergnats se retrouvaient pour monter une plateforme de vente de légumes en demi-gros, pour proposer leurs productions à la grande et moyenne distribution. Aujourd'hui, ils sont 47 et accompagnent le développement de l'agriculture biologique en Auvergne. France Bleu, La relance éco : Auvabio, la plateforme de vente demi-gros des producteurs booste le bio en Auvergne
  • D’habitude, des bombes de cette puissance, il en sélectionne très peu. « Parce que ce n’est pas forcément ce qui apporte le plus d’effets. » En revanche les bombes de 200 mm, ce qui se tire de plus gros en France, ça peut monter très haut. « Jusqu’à 180 m ! », annonce François Bouchot, patron de JSE, société en charge du feu d’artifice du 14-Juillet à Nancy. Autrement dit, l’un des très rares feux majeurs en France. , Coronavirus | Le seul gros feu d'artifice de la région sera tiré à Nancy
  • La Semcoda (Société d'économie mixte de construction du département de l'Ain) a procédé à une importante augmentation de capital, ainsi qu'à une réorganisation de sa gouvernance. Une somme de 79 millions d'euros (M€) a été injectée pour consolider les fonds propres du bailleur social, qui s'élèvent désormais à près de 500 M€. Trois actionnaires ont remis la main à la poche. Le Département, principal propriétaire de cette "sem", a versé 25 M€. CDC habitat Adestia, filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC, l'État pour faire simple) a déboursé 32,50 M€, et Action logement (collecteur du 1 %, la contribution des entreprises privées à la construction de logement) a signé un chèque de 21,50 M€. Ces deux derniers gros opérateurs du logement en France deviennent des partenaires prépondérants : chacun détient 21,45 % du capital de la Semcoda. L'un et l'autre disposent désormais d'une directrice ou un directeur délégué(e) au sein de la direction générale de l'entreprise. lavoixdelain.fr, Économie - Deux gros opérateurs du logement viennent au secours de la Semcoda

Images d'illustration du mot « gros »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « gros »

Langue Traduction
Anglais large
Espagnol grueso
Italien grande
Allemand groß
Chinois
Arabe ضخم
Portugais ampla
Russe большой
Japonais
Basque handiak
Corse grande
Source : Google Translate API

Synonymes de « gros »

Source : synonymes de gros sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « gros »

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