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Fort

Définitions du mot « fort »

Trésor de la Langue Française informatisé

FORT1, FORTE, adj.

[En emploi prédicatif plein, l'idée générale de puissance domine (cf. infra I, II, III)]
I.− [Exprimant un pouvoir physique]
A.− [Appliqué à un animé ou à une partie du corps]
1. Qui est doué d'une grande force, d'une grande vigueur musculaire; qui est capable de fournir de grands efforts. Un homme fort, très fort; un cheval fort; des muscles forts; avoir le bras fort. Un oiseau qui a l'aile forte (Ac.1798-1878).C'était un très grand et très fort garçon, vigoureux et hardi nageur (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Peur, 1884, p. 960).Comme tu as des mains fortes, Aldo. Si puissantes, si fortes (Gracq, Syrtes,1951, p. 184):
1. ... Guignon l'atteignit, et bien qu'il fût malingre et chétif et que le jeune vaurien fût fort et bien découplé, il l'enlaça de ses bras et de ses jambes en même temps, et le fit tomber. Ponson du Terr., Rocambole,t. 1, 1859, p. 560.
[Suivi d'un compl. introd. par de] Être fort des bras, des jambes, des reins.
Expr. et loc.
Fort comme un bœuf, comme un Turc. D'une force exceptionnelle :
2. Cet enfant de l'Auvergne était âgé de vingt-trois ou vingt-quatre ans, et bâti comme un hercule : grand, gros, trapu, ossu, corsu, haut en couleur; fort comme un bœuf de labour, doux et facile à mener comme un petit agneau blanc. About, Nez notaire,1862, p. 106.
Le sexe fort. Les hommes. Il s'était entêté aux besognes pauvres qu'on assigne à l'énergie et au sexe fort dans les îles désertes (Giraudoux, Suzanne,1921, p. 110).
Donner, prêter main(-) forte à qqn. Lui porter assistance, le secourir. Les sergents de la maréchaussée, et même des détachements des régiments de Rouergue, de Schénau, de la Fare, selon les temps, prêtaient main forte aux capucins (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 1, 1870, p. 18).
La manière forte. La contrainte physique, la violence. Recourir à la manière forte. La résignation de Louis XVI aux événements a paru inexplicable. Son invincible aversion pour la manière forte n'est même pas l'unique raison de sa passivité (Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 42).
2. P. anal.
a) [L'idée de résistance étant liée à celle de force] Qui est capable de supporter l'effort, la souffrance, la fatigue. Synon. robuste, solide.Une forte constitution; une race forte. Mon mari est un homme robuste... de forte santé (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 42).Il n'était pas fort. Il a eu des abcès sous le bras. Il n'a pas résisté (Camus, Peste,1947, p. 1234).
b) [L'idée de volume étant liée à celle de force] Qui a des proportions, une taille, un volume important. Synon. massif, puissant, épais.Forte charpente; forte encolure; fortes épaules; bec, cou, nez fort; mâchoire forte; forte barbe, forte moustache. Un beau mâle [le jars] doit avoir la tête forte, le bec puissant, les yeux larges et ardents et le cou long (Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 43).Le violon, un homme fort, assez mal rasé, brun, un Marseillais probable, scandait le refrain sur son instrument (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 106):
3. Elle était jeune, malgré ses formes pleines, sa forte carrure, une stature de robuste paysanne avec laquelle contrastait un visage aux traits agréables, bien que déjà quelque peu empâtés. Daniel-Rops, Mort,1934, p. 440.
P. euphém. Qui est gros, corpulent, opulent. Forte fille, forte personne; dame forte; femme un peu forte; une taille forte; forte bedaine; (personne) forte de poitrine, des hanches. Il n'est pas de grande taille. Il est même un peu fort comme beaucoup de sédentaires (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 75).Elle est grasse, elle a une forte poitrine (Sartre, Nausée,1938, p. 173).
Qui manque de finesse, de délicatesse. Synon. grossier, épais.Les traits gros et forts, osseux, cabossés et comme ébauchés dans de la glaise (Goncourt, Journal,1864, p. 91).
B.− [Appliqué à une chose]
1. Capable d'exercer une action puissante, doué d'une grande efficacité. Explosif fort; remède fort; fort stimulant; forte loupe, fortes lunettes; forte vis; colle forte. La saignée est contraire et nuisible dans cette maladie [le scorbut], ainsi que les vomitifs et les purgatifs forts et actifs (Geoffroy, Méd. pratique,1800, p. 459).Le tender est muni latéralement de tampons montés sur de forts ressorts hélicoïdaux (Bailleul, Matér. roulant ch. de fer,1951, p. 56).
En partic.
[Appliqué à un sens ou à un organe des sens] Qui a une grande acuité. Œil fort, vision forte. Il est certain que les animaux qui ont l'odorat le plus fort ont aussi ces sinus les plus grands (Cuvier, Anat. comp.,t. 2, 1805, p. 633).
CHIM. (Acide) fort, (base) forte, (électrolyte) fort. Qui a un coefficient d'activité élevé, est pratiquement totalement dissocié en ions dans une solution aqueuse. Les uns [les silicates] sont décomposés par les acides forts tel que l'acide chlorhydrique concentré (Meyer, Art émail Limoges,1895, p. 83).Les acides forts doivent leurs propriétés à ce que leur solution renferme beaucoup d'ions à l'état libre, tandis qu'à la même concentration molaire les acides faibles n'en renferment qu'un petit nombre (L. Rougeot, Acides et bases,Paris, P.U.F., 1970, p. 19).Eau-forte*.
2. Qui présente une grande résistance, possède une grande solidité. Fil, papier, ruban, tissu fort; forte corde, forte toile; fortes bottes; forte muraille, forte poutre; plant fort, végétation forte. Forte grille et forte porte qui ne garde plus rien (Michelet, Journal,1843, p. 529).Quel cuir! Fort comme une semelle, souple comme un gant (Pourrat, Gaspard,1930, p. 160).
Locutions
Terres fortes. Terres argileuses et compactes, difficiles à labourer. Les marnes ont par leur désagrégation formé ce qu'on appelle des terres fortes, terres à blé qui depuis plus de deux mille ans ne cessent pas de porter des moissons (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 364).
Coffre-fort*; chambre forte (cf. chambre I B 2).
En partic.
♦ Dans le domaine de l'arm.Qui est en état de résister aux attaques de l'ennemi. Ville forte; château fort (cf. château A). L'extérieur du château révélait une place forte bâtie pour soutenir de longs sièges (Huysmans, Là-bas,t. 1, 1891, p. 181).La 4earmée (...) attaquait et enlevait la forte position allemande établie sur les hauteurs sud d'Orfeuil, s'emparait de points d'appui solides comme ceux de Notre-Dame-des-Champs et du Blanc-Mont (Foch, Mém.,t. 2, 1929, p. 218).
P. métaph. :
4. Quelle image de concentration d'être que cette maison qui se « serre » contre son habitant, qui devient la cellule d'un corps avec ses murs proches. Le refuge s'est contracté. Et davantage protecteur, il est devenu extérieurement plus fort. De refuge, il est devenu redoute. La chaumière est devenue un château fort du courage pour le solitaire qui doit y apprendre à vaincre la peur. Bachelard, Poét. espace,1957, p. 57.
MAR. Navire fort de côté. ,,Navire [qui] résiste fortement à l'effort du vent avant de s'incliner`` (Gruss 1952). Navire fort en bois. Navire ,,qui a les côtés épais`` (Littré).
II.− [Exprimant un pouvoir d'action sur le monde humain]
A.− Doué d'une grande puissance, doté du pouvoir d'exercer son influence, d'agir efficacement. Le Dieu fort. L'expression d'« homme fort » est à la mode. Elle signifie une exploitation intelligente et peu scrupuleuse du fait bien compris (Bourget, Essais psychol.,1883, p. 169).Homme d'action bien plus qu'homme d'église, sa forte personnalité manquait de mesure. Énergique plus qu'il n'eût été nécessaire (...) autoritaire et cassant (Grousset, Croisades,1939, p. 53):
5. ... le pouvoir transformateur de l'homme commença par mettre le monde en chantier et finit par mettre l'homme en question. Trop fort encore pour être esclave, et plus assez pour rester roi, l'individu ne renonce nullement à sa conquête, mais cesse de trouver en elle sa raison d'être... Malraux, Voix sil.,1951, p. 501.
En partic.
1. Dans le domaine pol. et milit.Qui a la force matérielle, dispose des moyens propres à imposer son autorité. Gouvernement, pouvoir, régime fort; roi fort, monarchie forte, nation forte; armée, artillerie forte; une armée forte en artillerie. [Un] parti habile, fort et nombreux (Courier, Pamphlets pol.,Au réd. « Censeur », 1820, p. 44).Quand un peuple est fort civiquement, il est fort militairement. C'est la même force; ou c'est la même faiblesse (Péguy, Argent,1913, p. 1277).Il [le général de Gaulle] réclamait un exécutif fort, un chef de l'État indépendant des partis et supérieur à eux (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 307):
6. Ils ont inscrit au sommet des valeurs morales la possession des avantages concrets, de la force temporelle et des moyens qui les procurent (...). C'est ce qu'ils ont fait, d'abord, en ce qui concerne l'État. On a vu ceux qui, durant vingt siècles, avaient prêché au monde que l'État doit être juste se mettre à proclamer que l'État doit être fort et se moquer d'être juste (...). On les a vus, persuadés que les États ne sont forts qu'autant qu'ils sont autoritaires, faire l'apologie des régimes autocratiques, du gouvernement par l'arbitraire, par la raison d'État... Benda, Trahis. clercs,1927, p. 127.
2. P. anal., JEUX. Carte forte. Carte qui l'emporte sur les autres et permet de faire la levée. Dans les cartes basses, le 10 est le plus fort et l'As le plus faible (Règle du jeu de tarot, Saint-Max-Nancy, 1962).Les jeux de combat sont ici [aux cartes] les jeux à levées où chaque joueur joue une carte à tour de rôle et où la plus forte emporte la levée (Jeux et sp.,1968, p. 387).Couleur forte. Celle où le joueur a les plus fortes cartes. Subst. Jouer dans la forte du mort (au bridge).
B.− Expr. et loc.
1. Avoir affaire à forte partie. Avoir affaire à un adversaire puissant et redoutable, avoir une situation difficile à affronter. Bien que Strouvilhou lui tînt tête, Passavant se sentait à l'aise avec lui, ou plus exactement : prenait ses aises. Certes, il avait affaire à forte partie, le savait, mais se croyait de force et se piquait de le prouver (Gide, Faux-monn.,1925, p. 1195).
2. (Être) fort de. Qui trouve sa force, son assurance dans. Fort de son expérience, de son bon droit, de son innocence. Il revint vers le vieux, qui, fort de son mauvais droit, restait stoïque sous les injures (Zola, Terre,1887, p. 180).
3. Se faire fort de
a) [Suivi d'un subst.] Tirer sa force de, s'autoriser, se prévaloir de quelque chose. « Elle ne passera pas la nuit », avait dit l'abbé Boutarel, se faisant fort de sa longue expérience (Pourrat, Gaspard,1931, p. 285).
b) [Suivi d'un inf.] Se prétendre capable de (faire quelque chose). La Corilla, encore retenue au lit par les suites de son accouchement (...) se faisait fort de débuter dans huit jours si on avait besoin d'elle (Sand, Consuelo, t. 3, 1842-43, p. 136).Lorsque le jeune Augustin adhère à la secte de Mani, c'est précisément parce que les manichéens se font fort de tout expliquer sans jamais faire appel à la foi (Gilson, Espr. philos. médiév.,1931, p. 34).
4. Se porter fort pour qqn. Se porter garant pour quelqu'un. Schwab, après s'être fait expliquer l'effet du régime dotal, se porta fort pour son ami (Balzac, Cous. Pons,1848, p. 81).
Rem. Suivant l'usage, fort reste gén. inv. dans les loc. Se faire fort de, se porter fort pour (cf. supra citat. de Sand et de Gilson), mais cet usage, contesté par certains grammairiens, n'est pas toujours respecté. Les derniers venus qui prétendent m'aimer, se font forts de ne pas admirer Mallarmé (Gide, Corresp. [avec Valéry], 1898, p. 334). Quand la Libre Parole se fit forte de prouver que le député Proust (...) et le sénateur Béral (...) avaient vendu leurs votes à Reinach (Barrès, Leurs fig., 1901, p. 128). D'apr. Colin 1971, fort demeure en principe inv. dans la loc. se faire fort de lorsque celle-ci signifie « assurer qu'on a la capacité de ». ,,Mais l'accord se fait avec le sujet lorsque fort joue le rôle, non pas d'un adverbe, mais d'un adjectif, l'expression signifiant alors « tirer sa force de ». Ils se font forts de la faiblesse de leurs adversaires``. Grev. 1969, § 350 ne fait pas la distinction et considère qu',,on ne peut qu'approuver les auteurs qui dans les expressions se faire fort de, se porter fort pour, font varier l'adjectif fort``.
III.− [Exprimant un pouvoir d'ordre intellectuel ou moral]
A.− [Appliqué à une pers. ou à une faculté humaine]
1. Qui possède une grande puissance de conception, de création, ou une grande habileté. Un homme très fort; imagination, intelligence forte. (Fam.) Il n'est pas (très) fort. Il n'est pas (très) intelligent, (très) malin. C'est un bon garçon, pas très-fort (...) mais bon garçon (Labiche, Célimare,1863, II, 6, p. 64).Il trouvait malgré tout son ami très fort d'avoir « décroché » une invitation pour le jour même (Radiguet, Bal,1923, p. 75):
7. Vous, mon cher Lebrun, vous n'êtes pas un serin, loin de là; vous êtes très fort, vous trouveriez quelque combinaison savante pour réussir, sans risquer ces fâcheuses extrémités. Vogüé, Morts,1899, p. 227.
a) P. méton. [En parlant d'une activité] Qui témoigne d'une grande intelligence ou d'une grande habileté. [Le] jeu nuancé mais fort des Italiens (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. xvii).
Loc. fam. C'est (très) fort; ce n'est pas (très) fort. Il finissait par admirer l'inventeur de cette mécanique à manger les femmes. C'était très fort (Zola, Bonh. dames,1883, p. 461).
P. ext. Qui exige une grande puissance intellectuelle ou un grand effort; qui est difficile. Une forte compétition, tâche. Loc. fam. C'est trop fort pour moi! :
8. On aura la liberté religieuse quand on aura supprimé du Code pénal les attaques à la religion. Mais cela est peut-être trop fort pour les têtes françaises. Flaub., Corresp.,1879, p. 284.
b) Locutions
Esprit fort (cf. esprit, 2esection I C 4 e).
Forte tête
Personne qui a de grandes capacités intellectuelles. C'est une des plus fortes têtes du conseil, de l'assemblée (Ac.1835-1932).Une forte tête et un sévère jugement sont nécessaires aussi au peintre (Alain, Beaux-arts,1920, p. 245).
Personne indocile, qui refuse de se plier à la règle commune ou à l'autorité. Et quel respect pour le chef. Même chez les fortes têtes (Barrès, Cahiers,t. 11, 1914, p. 116).
2. Qui atteint un haut niveau, excelle (dans un domaine, un art, une science, un sport). Un élève fort, très fort. Le Poittevin, un camarade de collège, métaphysicien très fort, nature un peu sèche, mais d'une élévation d'idées extraordinaire (Goncourt, Journal,1860, p. 729):
9. Je lui ai fait expliquer les deux premières pages de Quinte-Curce qu'il n'a pas encore vues. Il s'en est assez bien tiré. Il sait, mais il manque de force d'attention. S'il pouvait joindre cette qualité à l'intelligence naturelle et facile qu'il a, ce serait un fort écolier. Delécluze, Journal,1825, p. 174.
a) P. méton. [En parlant d'un trait caractéristique]
Qui marque un niveau élevé. De fortes connaissances, études. Il [le bibliothécaire] devra être muni d'une forte culture générale, mais avoir aussi un important bagage de connaissances spéciales (Becquet, Organ. loisirs travaill.,1939, p. 42).
Partie forte, point fort de qqc., de qqn. Ce qui fait la valeur de quelque chose, la supériorité de quelqu'un. Les text-books de l'économie marchande habituent les esprits à voir les points forts et à ne pas voir les points faibles de la société marchande (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 588).
b) Fort à, en, sur + subst.Fort à la lutte; fort en géométrie, en grec, en philosophie; fort sur une question. Il [le gamin de Paris] sauterait à cloche-pied les marches du paradis. Il est fort à la savate (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 699):
10. ... Alors tu les potasses, comme ça, tes livres? Tu es fort sur l'histologie, des fois? Moi, de mon temps, on ne l'étudiait guère, et, dans la suite, quand je voulus me mettre au courant, je n'y arrivai qu'avec peine... Aragon, Beaux quart.,1936, p. 202.
Rem. Dupré 1972 précise : ,,Fort à indique la sorte d'activité dans laquelle une personne brille particulièrement. Ce tour se trouve en concurrence avec fort en. On notera que fort en implique un complément désignant une activité intellectuelle ou une connaissance : Fort en mathématiques (...), tandis que fort à implique un complément exprimant une activité physique : Fort à la course, à la lutte, ou un jeu : Fort aux échecs, aux cartes``. Au xixes. fort sur paraît encore en concurrence avec fort à et fort en. Un homme très fort sur les armes (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 454). Cet élève est fort sur la philosophie, sur l'histoire (Ac. 1835, 1878). De nos jours il semble employé de préférence lorsque le compl. désigne un point ou un domaine de connaissances particulier (v. supra ex. 10).
Loc. fam.
Fort(-)en(-)thème(s), subst. Élève qui obtient de brillants résultats. Paul (...) était un fort en thème, toujours premier, donné en continuel exemple par le professeur (Zola, Bonh. dames,1883, p. 448).
Péj. Élève, personne travailleuse et consciencieuse mais d'un esprit borné ou sans originalité profonde. Taine s'applique. C'est vraiment un fort en thème latin, mais la postérité n'aime pas beaucoup ça (Renard, Journal,1908, p. 1198).
Fort en gueule. Qui est prompt à la réplique et à la discussion, souvent sur le mode grossier et violent. Il devenait incongru, mauvais coucheur, mal embouché, fort en gueule (France, Crainquebille,1904, p. 46).Il y a ce soir une grande réunion pour l'Espagne républicaine (...). Et c'est destiné aux intellectuels; on entendra les écrivains les plus forts en gueule (Magnane, Bête à concours,1941, p. 426).
c) Fort pour + inf. ou subst. d'action.Habile à. Il est fort pour parler. Que je suis devenu fort pour détourner la conversation, pour empêcher la question d'être posée! (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 79).La famille est plus forte que les flics pour le chantage sentimental (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 106).
3. Qui est capable d'agir ou de réagir avec énergie (devant une épreuve, une situation difficile, etc.). Caractère fort; nature, volonté forte; être fort contre, dans, devant qqc. Rentrée chez elle, elle employait ses loisirs, non pas aux délassements délicats de la richesse, mais comme la femme forte de l'Écriture à des travaux pénibles et utiles (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 56).Il faut, pour résoudre le problème, une âme large, forte et sereine, qui garde l'équilibre intérieur et désire satisfaire la raison et la justice (Amiel, Journal,1866, p. 244):
11. ... le but final recherché par la méthode naturelle sera la formation d'hommes et de femmes « forts » : forts moralement, grâce à leurs qualités morales de courage, d'énergie, de ténacité et de sang-froid... R. Vuillemin, Éduc. phys.,1941, p. 25.
B.− [Appliqué à une chose]
1. [En parlant d'une opération intellectuelle] Doué du pouvoir de convaincre, d'entraîner l'adhésion de l'esprit de façon contraignante. De fortes raisons; une forte objection, preuve. Le premier objectif, pour Comte, était donc de créer cette « hiérarchie des sciences » (...) parce que, parmi les études spéculatives, elles sont les plus importantes; parce que, à part la philosophie, elles fournissent les plus forts arguments (Marin, Ét. techn.,1954, p. 42):
12. Il n'y a de puissance que dans la conviction. Un raisonnement n'est fort, un poëme n'est divin, une peinture n'est belle que parce que l'esprit ou l'œil qui en juge, est convaincu d'une certaine vérité cachée dans ce raisonnement, ce poëme, ce tableau. Chateaubr., Génie,t. 1, 1803, p. 85.
Loc. À plus forte raison. Pour une raison d'autant plus convaincante; d'autant plus. Dans l'immense majorité des cas, nous nous prononçons sur l'intensité de l'effet sans même connaître la nature de la cause, à plus forte raison sa grandeur (Bergson, Essai donn. imm.,1889, p. 17).Cf. a fortiori.
2. [En parlant d'un phénomène affectant la sensibilité ou le comportement] Qui agit puissamment sur l'individu, le contraint dans sa manière d'agir ou de sentir. Une forte envie, tendance; de forts instincts; des principes forts; une forte discipline; de fortes leçons. Une foi qui avait été confirmée par la forte éducation du travail et de la pauvreté (Lacordaire, Éloge fun. Drouot,1847, p. 44).Cette idée d'en finir se présenta de nouveau, comme une tentation plus forte et plus irrésistible que jamais (Fromentin, Dominique,1863, p. 194):
13. Je ne suis que la proie de quelques sentiments bas qui se disputent la possession de mon âme et de tous ces sentiments, c'est la peur et la paresse qui sont les plus forts. Au delà du bien et du mal? Au-dessous je suis, moi. Larbaud, Barnabooth,1913, p. 191.
Locutions
L'amour est fort comme la mort [P. allus. à la Bible, Cantique des cantiques, ch. 8, 6-7] :
14. L'amour, ma chère petite, est fait de finesses, d'imperceptibles sensations. Nous savons qu'il est fort comme la mort; mais il est aussi fragile que le verre. Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Baiser, 1882, p. 607.
C'est plus fort que moi. Je ne peux résister à (une habitude, un désir, un instinct, etc.). J'ai toujours envie de rire quand on dit la prière! J'ai beau me retenir (...) c'est plus fort que moi (Vallès, J. Vingtras,Enf., 1879, p. 5).
P. ext. Qui tient bon, ne se laisse pas ébranler ou détruire. Synon. ferme, tenace, solide.Croyance forte; une forte résolution; de forts préjugés. Nous ne prétendons pas sans doute que toute conviction forte soit nécessairement intolérante (Durkheim, Divis. trav.,1893, p. 65).Une autre âme, à laquelle il se sentait lié par les plus forts liens passionnés (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 147).
3. [En parlant d'une production intellectuelle ou artistique] Qui frappe le cœur et l'esprit et a un grand pouvoir d'évocation ou de suggestion. Mot, style fort; expression, œuvre forte. Chaque chapitre se montre plein et fort. Leur ensemble, composant une cinquantaine de pages, présente un tout vraiment frappé et fini (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 2, 1823, p. 55).Tout d'un coup, il a jailli de ma section le chant le plus fort et le plus beau de tous les chants patois (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1911, p. 306):
15. ... j'avais pensé à ce que malgré tout il y avait de fort dans un prénom qui, aux yeux de tout le monde et d'Odette elle-même, n'avait que dans la bouche de Swann ce sens absolument possessif. Proust, Prisonn.,1922, p. 100.
Loc. Sens fort. Sens qui garde pleinement son contenu originel, sa valeur expressive. Il [Anouilh] est au sens plein, au sens fort un auteur dramatique (G. Marcel, Heure théâtr.,1959, p. 119).
4. Qui surprend ou choque par son caractère insolite ou excessif. Synon. exagéré, outré, inadmissible, incroyable.Un paradoxe fort; une épithète, une plaisanterie un peu forte. L'histoire parut si forte qu'ils refusèrent tous d'y croire (Tharaud, Mille et un jours Islam,I, 1935, p. 29):
16. ... tout cela (...) lui donnait l'air d'une séraphine qui se serait fait quakeresse et se souviendrait du ciel. Quakeresse est un peu fort : cela serait vrai si les quakers avaient pour tremblement le frisson des étoiles. Mallarmé, Corresp.,1862, p. 59.
Loc. fam. C'est fort, un peu fort, trop fort; le plus fort est que; c'est un peu fort de café; c'est plus fort que de jouer au bouchon. C'était un peu fort de sel, mais il n'y mit aucune malice. Très vite il perçut que ce n'était pas dans les choses admises (Montherl., Bestiaires,1926, p. 475).
Emploi subst. En dire, en faire de fortes. Dire, faire des choses qui heurtent le bon sens ou le bon goût. Les économistes? les économistes! Des fous qui se défient à qui en dira de plus fortes! (G. Leroux, Roul. tsar,1912, p. 74).
5. LING. Formes fortes
a) [Dans les lang. flexionnelles] Formes ,,qui présentent la forme pleine du thème`` (Mar. Lex. 1933). Cas forts; personnes fortes.
b) [Dans un paradigme] Formes ,,qui résistent à l'action assimilatrice d'une forme analogique, et qui finissent ainsi par apparaître irrégulières vis-à-vis des formes unifiées`` (Mar. Lex. 1933). Aoriste fort; prétérit fort; verbes forts.
IV.− [Sans valeur prédicative particulière, marque le haut degré d'intensité de l'élément caractérisé]
A.− Qui se manifeste ou se fait sentir avec violence, atteint un degré d'intensité élevé.
1. [En parlant d'un phènomène physique] Choc, coup très fort; forte secousse; vent fort; marée, mer forte; forte houle; soleil fort; chaleur forte; de fortes gelées, de fortes tempêtes. Pleine mer, tangage très fort; après quoi immense roulis, vent violent (Fromentin, Voy. Égypte,1869, p. 155).Le vent remue les outres gonflées qu'on installe ainsi pour les faire sécher; par forte brise, elles s'entrechoquent avec un bruit sourd de timbales mouillées (T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 232).
2. [En parlant d'un phénomène physiol. ou psychol.] Souffle fort, respiration forte; fort mal de tête; forte fièvre, forte migraine; forte émotion, forte impression; sensation forte; sentiments forts; passions fortes; amitié, espérance, haine forte. Les battements rapides du cœur sont forts, durs, et produisent un bruit analogue à un coup de marteau (Laennec, Auscult.,t. 2, 1819, p. 209).Cependant que notre jouissance ou notre joie est forte, forte comme un fait (Valéry, Variété V,1944, p. 311):
17. Il avait senti jadis l'amertume de l'amour, comme Jules sentait alors celle de l'amitié, douleur plus forte, plus mordante, qui l'empêchait de souffrir d'une autre qui arrivait plus faible, résultat d'une passion moins violente. Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 273.
3. En partic.
a) [En parlant d'un phénomène affectant les organes des sens] Lumière, couleur, teinte forte; bruit fort, sons forts; fort accent, voix forte; parfum fort; forte senteur; goût fort. Les feuilles [du petroselinum] ont, comme toute la plante, une odeur et une saveur fortes, agréables et aromatiques (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog.,t. 2, 1821, p. 535).Les toits rouges des maisons, en bas, riaient au soleil éclatant et froid. L'air était fort et dur (Rolland, J.-Chr.,Adolesc., 1905, p. 371):
18. Ce qui me touche particulièrement, c'est que l'on obtient des damiers équivalents si l'on établit le schéma de la répartition des forces, des points d'attraction : fortes ombres, clairs intenses ou tons purs dans un chef-d'œuvre tendant à la stabilité... Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 72.
α) P. méton. [Appliqué à une substance] Qui a une odeur ou une saveur prononcée. Condiment, fromage fort; moutarde forte; tabac fort. Vous me ferez aussi une salade un peu forte (Leclercq, Prov. dram.,L'Humoriste, 1835, 9, p. 416).Les poissons à la forte sauce poivrée (Faral, Vie temps st Louis,1942, p. 168).
Qui a un degré de concentration élevé. Thé fort. Anton. faible, léger :
19. Ali apporta le café. − Comment le prendrez-vous? dit l'inconnu : à la française ou à la turque, fort ou léger, sucré ou non sucré, passé ou bouilli? Dumas père, Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 407.
Qui a un degré alcoolique élevé. Liqueurs fortes; apéritif fort en alcool. En 1500, on distinguait déjà entre bières fortes et bières légères (Industr. fr. brass.,1955, p. 17):
20. C'était un vin doux et fort, qui coulait dans le gosier comme du miel, et qui, une fois bu, vous chauffait le ventre. Moselly, Terres lorr.,1907, p. 184.
Emploi subst. Eau-de-vie. J'aimerais mieux un petit verre de fort (Labiche, Vivac. cap. Tic,1861, II, 3, p. 451).
β) Péj. Qui est désagréable au goût ou à l'odorat. Goût fort; haleine, odeur forte; beurre fort. Une insupportable odeur de houille et de gaz (...) une senteur forte de chèvres qui auraient gigoté au soleil, se mêlaient aux émanations putrides de la charcuterie et du vin (Huysmans, Sœurs Vatard,1879, p. 14).
b) Emplois techn.
α) MUS. et VERSIF.
Temps fort. [Dans une mesure] Temps qui a la plus grande intensité, est plus accentué que les autres. Anton. temps faible.Il me souvient que naguère, alors que nous étions condisciples au Conservatoire, M. Debussy, quand il jouait du piano, marquait en soufflant avec violence les temps forts de chaque mesure. On le raillait un peu de cette habitude ou de cette manie. Il s'en est bien corrigé. De sa mesure aujourd'hui tous les temps sont faibles, si même elle se divise encore par le temps (C. Bellaigne ds Péter, Debussy,1931, p. 213).
P. métaph. :
21. ... si l'on raconte au malade une histoire, on constate qu'au lieu de la saisir comme un ensemble mélodique avec ses temps forts, ses temps faibles, son rythme ou son cours caractéristique, il ne la retient que comme une série de faits qui doivent être notés un à un. Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 154.
Syllabe forte. Syllabe qui porte un accent d'intensité. Anton. syllabe faible.[Dès la fin du XIes.] Des syllabes accentuées libres deviennent parfois aussi fortes que les accentuées fixes, ou même davantage, et le compte des syllabes s'impose moins sûrement à l'oreille (Grammont, Versif. fr.,1962, p. 148).
Pédale forte. Pédale (d'un piano, d'un célesta, etc.) qui, en libérant les cordes de la pression des étouffoirs, leur permet de résonner librement. Anton. pédale sourde.L'emploi de la petite pédale jointe à la pédale forte, donnera à la sonorité une couleur plus expressive (Cortot, Ét. piano, Chopin,1917, p. 22).
β) PHONÉT. Consonnes fortes ou, subst. fém. plur., fortes. Consonnes ,,qui comportent une intensité notable de l'effort musculaire exigé par l'articulation`` (Mar. Lex. 1933). Synon. consonnes tendues; anton. consonnes douces, consonnes faibles.Les consonnes fortes s'opposent aux consonnes douces : p, t, k, f, s, sont fortes, toutes les autres consonnes sont douces en français (Mounin1974).
B.− [Gén. antéposé] Qui est important en quantité ou en qualité.
1. [Appliqué à une chose concr.] Forte blessure; forte hémorragie; fortes chutes de neige. Un jeune capitaine aviateur, qui avait une forte cicatrice à la joue (Romains, Hommes bonne vol.,1938, p. 257).Il n'y a pas de solution de continuité entre les gouttelettes des nuages ou brouillards, des bruines, des pluies fines et des fortes averses (Maurain, Météor.,1950, p. 128).
Un fort repas, une forte nourriture. Qui est substantiel, plantureux. Le régime substantiel, cette forte alimentation est certainement une des causes de leur grandeur [des Anglais] (Michelet, Journal,1834, p. 753).
2. [Associé à un subst. exprimant une quantité ou un rapport quantitatif] On encourageait beaucoup les artistes, c'est-à-dire qu'on dépensait des sommes assez fortes à soutenir les médiocrités, impuissantes à vivre sans ce secours (Viollet-Le-Duc, Archit.,1872, p. 399):
22. ... pour les deux grandes masses, les Indes et la Chine, les indications que nous possédons sont beaucoup trop vagues; on peut simplement supposer que ces pays ont connu l'accroissement naturel dû à l'écart entre une forte mortalité et une forte natalité, mais cet écart porte sur de telles masses humaines que le progrès est impressionnant. Lesourd, Gérard, Hist. écon.,1968, p. 240.
SYNT. Forte dose, quantité, teneur; forte cuillerée, fort tonnage; forte dimension, épaisseur; fort métrage; forte distance, étape; fort salaire, forte dépense, prime, rançon; fortes pertes; fort détachement; forte escorte; forte portion, proportion; forte moyenne, majorité; fort pourcentage; forte élévation, hausse (de température, de prix); forte amplitude, différence, avance; fort grossissement; forte déclivité, inclinaison, pente; forte densité, condensation, pression, compression, concentration; fort voltage.
Fort de + nom de nombre + subst.Qui est constitué d'un nombre de n éléments. Notre division de gauche, forte d'environ deux mille cinq cents hommes, en avait alors de quinze à vingt mille sur les bras (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870, p. 215).
Locutions
Prix fort. ,,Prix marqué sur un catalogue pour la vente au public [par opposition au prix faible ou net, résultant d'une diminution consentie à certains clients]`` (Éd. 1913). Quant au prix de l'exemplaire (omis sur la couverture), que dirais-tu de 2 frs, prix fort, et 1 fr. 75, prix de libraire (Verlaine, Corresp.,t. 1, 1874, p. 134).
P. ext. Prix très élevé. J'ai payé le prix fort, le tarif de luxe, pour qu'elle ait toutes ses aises (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p. 151).
Monnaie forte, devises fortes. Monnaie, devises qui, sur les marchés des changes, ont, en raison de l'importance de la demande par rapport à l'offre, un cours stable et élevé. Le président Eisenhower a proposé que cette nouvelle institution (...) au capital de 1 milliard de dollars soit créée en vue de consentir des prêts en devises fortes et faibles à très long terme (...) à faible taux d'intérêt (...) et remboursables parfois en devises fortes mais essentiellement en monnaies locales (L'Univers écon. et soc.,1960, p. 4013).
Vieilli. Denier fort ou fort denier. ,,Ce qu'il faut ajouter à la fraction qui excède une somme pour avoir la valeur de la plus petite monnaie au-dessus de la fraction (...) Le fort denier est pour le marchand`` (Littré, s.v. denier). Un capitaliste est à ses yeux [de Gobseck] un homme qui entre, par le fort denier qu'il réclame de son argent, comme associé par anticipation dans les entreprises et les spéculations lucratives (Balzac, Gobseck,1830, p. 420).
3. P. méton. [En parlant d'une pers.] Qui possède, consomme quelque chose en abondance, participe largement à quelque chose. Un fort buveur; un fort actionnaire; le plus fort créancier. L'officier, un jeune et distingué militaire, buveur d'eau et très petit mangeur et qui m'apparaît comme un fort fumeur d'opium (Goncourt, Journal,1892, p. 318).La Cochinchine est de beaucoup, dans l'Indochine Française, le pays le plus fort producteur et le plus fort exportateur [de riz] (Brunhes, Géogr. hum.,1942, p. 144).
Vieilli. Fort marchand. Marchand qui fait de grosses affaires. Cette sauvage propriété appelée alors la Vallée-aux-Loups (...) avait jadis appartenu à un fort brasseur, très riche, de la rue Saint-Antoine (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres,1847, p. 25).
4. P. anal. [Appliqué à une valeur abstr.] De fortes chances. Les enas [les émotifs, inactifs secondaires] à forte secondarité souffrent de tout déguisement, de l'ironie, du secret, de tous les jeux de l'esprit et du cœur (Mounier, Traité caract.,1946, p. 528).
Prononc. et Orth. : [fɔ:ʀ], fém. [fɔ ʀt]. Enq. : /foʀ, -t/. Ds Ac. 1694-1932. Si le subst. fort2ne se lie jamais, il y a flottement quant à la liaison de fort, adj. masc. sing. et de fort, adv. avec le mot suivant. La tendance de la majorité des dict. et des ouvrages est de ne pas lier l'adj. (ex. fort et grand [fɔ ʀegʀ ɑ ̃]) mais de lier l'adv. p. anal. avec trop, tant, etc. (ex. fort aimable [fɔ ʀtεmabl̥]) et la loc. fort et ferme [fɔ ʀtefε ʀm̥], cf. Littré, Barbeau-Rodhe 1930, Nyrop. Phonét. 1951, § 165. Buben 1935, § 232 cite, cependant, qq. aut. qui recommandent la liaison dans le cas de l'adj. et d'autres qui observent que, dans le cas de l'adv., la liaison disparaît de plus en plus et qu'on entend souvent fort ému prononcé [fɔ ʀemy], fort ennuyeux [fɔ ʀ ɑ ̃nɥijø] surtout en province. D'apr. Littré, on ne lie pas non plus le plur. bien qu'on entende parfois faire la liaison. Dans l'a. lang., fort ayant la même forme au masc. qu'au fém. (comme grand), il s'ensuit qu'il reste invar. en genre et en nombre dans les expr. : se faire fort, se porter fort (ex. elle se fait fort de, ils se sont portés fort pour nous). Homon. for, fors, formes de forer (voir ce mot). Étymol. et Hist. A. En parlant d'inanimés 1. a) fin xes. « pénible, ressenti avec acuité (d'une sensation, d'un sentiment) » fort marremens (Passion, éd. d'A. S. Avalle, 121); b) 1306 « qui est solidement fondé, qui emporte l'adhésion » (Joinville, St Louis, éd. N. de Wailly, 1874, § 361 : sairemens... qu'il ne les pooient plus forz faire selonc lour loi); c) ca 1160 « difficile à envisager, à réaliser » (Enéas, éd. S. de Grave, 5641); d) av. 1662 « qui témoigne de la force, de l'habileté » discours fort (Pasc., Moyens, éd. Faugère ds Littré); 2. ca 1100 « solide, robuste » un fort espiet (Roland, éd. J. Bédier, 1306); 3. 1160-74 cité... forte (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 3172) d'où subst. masc. ca mil. xiiies. « endroit fortifié » (Alexandre, Arsenal Version, 147 ds Elliott Monographs, t. 1); 4. ca 1100 « pénible; dur, difficile » bataille .. fort a suffrir (Roland, 3489); 1268 « difficile d'accès; épais, touffu » (Claris et Larris, 4153 ds T.-L.); 5. ca 1100 « qui produit une sensation pénible » forz freiz (Roland, 1118); ca 1220 en parlant d'un vin (La Queste del saint Graal, éd. A. Pauphilet, p. 109). B. En parlant d'êtres animés 1. a) ca 1100 « doué d'une grande force physique » (Roland, 1312); 1186-91 subst. (Chr. de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 8179 : li foible abat le fort); en partic. 1690 « portefaix, crocheteur » (Fur.); b) ca 1265 « capable de supporter les épreuves; courageux » (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, livre II, chap. 18, p. 190); 2. 1160-74 « puissant » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 5570 : Fort fu d'omes); 1360 soi faire fort (Coutumes de Lille, 408 ds T.-L.); 3. 1659 « doué d'aptitudes intellectuelles, habile, capable » (Molière, Précieuses ridicules, scène IX). Du lat. class. fortis « fort, robuste, courageux ». Bbg. Cohen 1946, p. 60. − Grundt (L.-O.) Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen, 1972, passim. − Lire le dict. Actual terminol. 1972, t. 5, no1, p. 2. − Pohl (J.). Contribution à l'hist. de qq. mots. Fr. mod. 1963, t. 31, pp. 300-301. − Tuaillon (G.). R. Ling. rom. 1972, t. 36, pp. 129-134. − Weinrich (H.). Über Regel und Ausnahme bei der Stellung des Adjektivs... Rom. Forsch. 1970, t. 82, pp. 241-252.

FORT2, subst. masc.

I.− [Désigne une pers.]
A.− Individu doué d'une grande force, d'une grande vigueur physique. Demain il descendra de nouveau dans la lice, le fort des forts, le metteur au pas, le plus grand athlète des temps passés, modernes et futurs (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 159).
En partic. Fort de la Halle, des Halles, ou absol., fort. Employé des Halles de Paris chargé de la manutention des marchandises. Ammonius Saccas (...) était un portefaix. Imaginez donc un fort de la Halle créant chez nous un ordre de spéculation analogue à la philosophie de Schelling ou de Hegel (Renan, Avenir sc.,1890, p. 322):
1. Un lutteur, un fort de la Halle, un hercule qui s'enorgueillit des fardeaux soulevés, ne se doute pas des reins héroïques qu'il faut avoir pour se baisser cinq cents fois devant des enfants... Frapié, Maternelle,1904, p. 170.
B.− Domaine soc.Celui qui détient une grande puissance, qui est en position de dominer :
2. ... il [Nietzsche] estime que la majorité des faibles ne saurait contrebalancer l'importance qu'il y a à ce que règne et se réalise la minorité des forts; et ici encore gardons-nous d'aller trop vite, gardons-nous de simplifier : la notion nietzschéenne du fort, si, au moment où Nietzsche d'ailleurs va sombrer, elle aboutit à un César Borgia, est bien autre chose en son essence; et Nietzsche exige du fort tant de vertus que la plupart des gens préféreraient demeurer faibles au risque d'être broyés. Du Bos, Journal,1924, p. 21.
Proverbe. [P. allus. à la fable de La Fontaine, Le Loup et l'agneau, I, 10] La raison du plus fort est toujours la meilleure :
3. L'empereur trouvait qu'il y avait beaucoup trop d'ironie dans cette fable, pour être à la portée des enfants. Elle péchait d'ailleurs, disait-il, dans son principe et sa morale (...). Il était faux que la raison du plus fort fût la meilleure; et si cela arrivait en effet, c'était là le mal, disait-il, l'abus qu'il s'agissait de condamner. Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 874.
C.− Domaine moral.Personne qui possède une grande énergie morale, une grande force de caractère. Ne nous soumets pas aux épreuves; le fort s'y retrempe, mais le faible y succombe (Ménard, Rêv. païen,1876, p. 165):
4. Le fort et le faible offrent deux types de comportement devant l'action complexe. Le fort, plus encore qu'un capitaliste, est un bon entrepreneur de la force psychique. Il exécute facilement et fréquemment des actes qui réclament la mise en jeu de tendances supérieures. Mounier, Traité caract.,1946, p. 269.
II.− [Désigne une chose]
A.− FORTIF. Ouvrage défensif de petite dimension, souvent isolé et situé en dehors d'une ville sur un point stratégique, ou faisant partie du système de fortification d'une place. Fort isolé, détaché; fort à étoile; fort de campagne. Trois petits forts, dont deux armés de douze canons et un de six, garantissent la partie méridionale de la ville de toute entreprise chinoise (Voy. La Pérouse,t. 2, 1797, p. 323):
5. S'il parvient au bois Fumin, il [l'ennemi] emportera aisément la série des retranchements R3, R2 et R1 qui défendent les pentes au-dessus de l'étang de Vaux jusque près du fort. S'il s'empare des retranchements, le fort débordé tombera à son tour. Peut-être une journée lui suffira-t-elle pour opérer ce mouvement tournant qui lui livrera le fameux fort [it. ds le texte] cuirassé... Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 170.
B.− Partie la plus épaisse, la plus résistante (d'une chose). Le fort d'une voûte, d'une poutre; le fort de l'épée. (Dict. xixeet xxes.).
Spécialement
1. MAR. Fort d'un navire. ,,Partie où les couples sont le plus larges, soit un peu au-dessus de la flottaison, soit à la flottaison même`` (Soë-Dup. 1906). Ligne ou lisse du fort (Bonn.-Paris1859).Largeur au fort (Gruss1952).
2. CHASSE. Partie la plus épaisse, la plus touffue d'un bois servant de repaire à certains animaux. S'enfoncer dans le fort du bois; le sanglier est dans son fort. Relancer une bête dans son fort (Ac.1798-1932).Il [le cerf] abordera son vrai fort (...). Et c'est d'un saut oblique, en hourvari (...) qu'il s'envolera vers le cœur du fourré (Genevoix, Routes avent.,1958, p. 120).
C.− Au fig.
1. Moment d'intensité maximum (d'un phénomène physique ou moral). Trois ou quatre saignées qui auroient calmé le fort de l'éréthisme (Geoffroy, Méd. prat.,1800, p. 142).Ces paroles survenaient au plus fort de sa détresse (Flaub., Salammbô,t. 2, 1863, p. 68):
6. L'art comporte une température et répugne à l'énormité. Une description ne devient pas plus émouvante pour avoir mis dix au lieu d'un. On a blâmé Conrad, dans le Typhon, d'avoir escamoté le plus fort de la tempête. Je l'admire au contraire d'arrêter son récit précisément au seuil de l'affreux... Gide, Voy. Congo,1927, p. 692.
SYNT. Dans le fort, au plus fort de la chaleur, de l'été, de l'hiver, de l'orage; au fort, au plus fort de la crise, de la lutte, de la tourmente; au plus fort de sa colère, de sa douleur.
2. Partie la plus importante (d'une chose). Il aurait vu d'un bon œil (...) comme il prenait de l'âge, le fort des travaux de la terre retomber sur les épaules d'un gendre vigoureux et vaillant (Guèvremont, Survenant,1945, p. 28).
Loc. Le plus fort est fait. Le plus gros, le plus dur est fait. Le plus fort était fait. Avec précaution, Gérard franchit le vestibule et monta l'escalier sur la pointe des pieds (Theuriet, Mar. Gérard,1875, p. 19).
3. Ce qui fait la puissance, la valeur, la qualité (d'une personne ou d'une chose). Le fort et le faible de qqc., de qqn; le fort et le fin de qqc. (d'un art, d'une science). Les faire naître [les conspirations], les étouffer, charger la mine, l'éventer, c'est le grand art du ministère; c'est le fort et le fin de la science des hommes d'État (Courier, Pamphlets pol.,Au Réd. du « Censeur », 1820, p. 39).Les parlementaires, comme tous les autres Français, ignoreront le fort et le faible de leur nouvelle Constitution (Mauriac, Nouv. Bloc-notes,1961, p. 155).
[Précédé d'un adj. poss. renvoyant à une pers.] Ce en quoi une personne excelle, manifeste des talents particuliers. La diplomatie n'était pas notre fort (Blanche, Modèles,1928, p. 227):
7. Son fort (...) sa véritable spécialité, c'était s'immiscer sournoisement dans les choses qui ne le regardaient pas... Courteline, Ronds-de-cuir,1893, 1ertabl., p. 45.
Prononc. et Orth. : [fɔ:ʀ]. Cf. fort1. Étymol. et Hist. V. fort1, forte. Bbg. Archit. 1972, p. 164, 211. − Bambeck (M.). Mittellateinische Lexikalia zum FEW. In : [Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1968, t. 2, p. 223.

Wiktionnaire

Adjectif

fort \fɔʁ\

  1. Costaud, robuste, vigoureux.
    • Être fort comme un roc.
    • Avoir une forte constitution.
    • Il n’est pas assez fort pour porter tout cela.
  2. Qui est puissant.
    • Vous aurez affaire à forte partie.
    • Un homme est bien fort quand il a pour lui la conscience.
    • La raison du plus fort.
    • Voix forte, voix pleine et qui se fait bien entendre.
  3. Solide.
    • Colle forte.
    • Cette toile est forte, elle durera longtemps.
    • De fortes murailles.
    • Cet arbre est déjà fort.
    • Une planche qui n’est pas assez forte.
    • Avoir la jambe forte, la main forte, etc.
  4. Capable, habile, expérimenté.
    • Cet élève est fort en histoire, en mathématiques, en anglais.
    • Il n’est pas assez fort pour traiter un pareil sujet.
    • Être fort aux échecs.
    • Je ne joue pas contre vous, vous êtes beaucoup plus fort que moi.
    • C’est une forte tête, c’est un homme de beaucoup de jugement, de beaucoup de capacité.
    • C’est une des plus fortes têtes du conseil, de l’assemblée.
    • Avoir la tête forte, se dit de quelqu’un qui porte bien le vin, qui peut en boire beaucoup sans en être incommodé.
  5. Gros.
    • La carnassière, maintenant bien remplie, pesait à ses épaules le poids de deux forts lièvres. — (Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines, 1910, chap. 2)
    • Elle était une de ces femmes auxquelles leur forte taille et leur prestance masculine donneraient le droit de s’habiller, sans qu’on les remarquât, en homme. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • […] une blonde à forte poitrine dont les yeux verts pétillaient d’excitation, se trémoussait sur sa chaise, jappant comme un chiot qui attend son sucre. — (Philippe Labro, L’étudiant étranger, Gallimard, 1986, page 261)
    • (Par extension) Avoir les traits forts.
  6. Intense, qui fait une vive impression sur le goût et sur l’odorat, la vue…
    • Il l’entraîne dans la salle à manger et débahute la bouteille de fort alcool. — (Raymond Queneau, Les derniers jours)
  7. Qui est impétueux, violent, énergique.
    • Forte pluie.
    • Forte douleur.
    • Le coup de tonnerre fut si fort que les vitres en tremblèrent.
    • Donner une forte impulsion.
  8. Qui est important ou considérable.
    • Sa figure intelligente, dont les traits et le teint trahissaient une assez forte proportion de sang soudanais, […], prenait par moments une expression de grande affabilité. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 67)
    • C’est un fort acheteur.
    • Une forte maison.
    • Avoir une forte inclination pour quelque chose.
    • Cela fit une forte impression sur son esprit.
    • Une forte colère.
    • Cela est fort, un peu fort, voilà qui est fort, se dit d’une chose qui étonne désagréablement, qui paraît extraordinaire, difficile à croire ou dure et offensante.
  9. Qui est courageux, magnanime, ferme.
    • C’est un homme qui a l’âme grande et forte.
    • La femme forte de l’écriture.
    • Se porter fort pour quelqu’un, Répondre du consentement de quelqu’un.
  10. Qui est gros et épais de matière, capable de porter un poids ou de résister à un choc.
    • Terre forte, terre grasse, tenace et difficile à labourer.
  11. Qui est en état de résister aux attaques de l’ennemi.
    • Ville forte.
    • Place forte.
  12. Nombreux.
    • Une forte troupe d’ennemis.
    • Un fort parti d’opposition.
    • L’armée ennemie, plus forte de moitié que la nôtre.
  13. Rude, difficile, pénible.
    • Vous lui donnez là une forte tâche.
    • Le plus fort est fait, le plus difficile, le plus désagréable est fait.
  14. (Figuré) Considérable dans son genre et supérieur à une certaine valeur.
    • Une forte somme.
    • Une forte dose.
    • Prix fort, prix marqué sur lequel on peut obtenir certaines réductions.
    • Une forte lunette, une lunette qui a une longue portée.
  15. (Musique) La musique se divise en temps faibles et en temps forts.
    • Appuyer sur les temps forts.
  16. Qui est bien fondé, qui est appuyé sur de bons principes.
    • Cette raison-là est bien plus forte que l’autre.
    • C’est un des plus forts arguments pour prouver l’immortalité de l’âme.
    • Une forte objection.
  17. Par comparaison du plus au moins,
    • À plus forte raison, avec d’autant plus de raison.
    • Un nombre plus fort qu’un autre.
    • Si l’on a des devoirs envers l’humanité, à plus forte raison en a-t-on envers sa patrie.
  18. Il se dit également des expressions, du style, etc., lorsqu’ils joignent l’énergie à la justesse et qu’ils sont capables de frapper, d’entraîner.
    • Une expression forte.
    • Un style fort et concis.
    • L’épithète est un peu forte.
  19. Raisonneur, indiscipliné ou obstiné.
    • Cet officier avait dans sa compagnie quelques fortes têtes, qu’il a fallu mettre à la raison.
    • Un esprit fort, personne qui se pique de ne pas croire les dogmes de la religion et, en général, de quiconque veut se mettre au-dessus des opinions et des maximes reçues.
    • Il fait l’esprit fort.
    • Les prétendus esprits forts.
    • Il n’est pas fort, se dit de quelqu’un qui manque d’intelligence, d’esprit avisé, de malice.
    • Il est fort pour parler, pour pérorer, se dit dans un sens péjoratif ou ironique de celui qui sait beaucoup moins agir que parler.
  20. (Grammaire) Se construit souvent avec la préposition « en » ou « de » suivie d’un nom qui indique le genre de force, la cause, la qualité, les ressources, etc., qui rendent fort.
    • […], ou encore Gérard Bourgoin, le très médiatique industriel du poulet, qui, fort de ses huit mille heures de vol, prend régulièrement les commandes des deux Falcon 10 de son groupe, basés dans son fief de Chailley, dans l'Yonne. — (Aymeric Mantoux, Voyage au pays des ultra-riches, éd. Flammarion, 2010)
    • Être fort des reins.
    • Cette armée est forte en infanterie.
    • Les ennemis sont plus forts en nombre.
    • Une armée forte de cent mille hommes.
    • Être fort en raisons.
    • Ils étaient forts de nos divisions.
    • Être fort de la protection de quelqu’un.
    • Être fort en gueule, Parler haut, parler fort, avoir le propos rude et prompt.
    • Forts de leurs longues expériences, les anciens inspirent humilité et respect.

Adverbe

fort \fɔʁ\

  1. D’une manière forte et vigoureuse.
    • Il poussa la porte si fort que le fer à cheval suspendu au linteau de chêne tinta faiblement. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Frappez fort.
    • Heurtez plus fort.
    • Poussez fort.
    • Il nie fort et ferme.
    • De plus fort en plus fort, avec une force croissante.
    • Il crie de plus en plus fort.
    • Frappez de plus fort en plus fort.
  2. Beaucoup. — Note d’usage : Quand on le met devant un adjectif ou devant un adverbe, il marque le superlatif.
    • […] ; Jaurès, […], admire fort un mouvement qui ne serait pas compromis par des violences qui auraient affligé l'humanité ; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.V, La grève générale politique, 1908, p.213)
    • Il vente très fort, des goélands passent, emportés par la tempête, et essaient vainement de remonter le vent. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Je sais fort bien qui est Mr Kipling, bien que vous ayez cru bon dans votre "Étude en rouge" de me faire paeser pour un béotien en décrivant ma culture littéraire comme nulle ! — (Philippe Chanoinat (scénario) & Frédéric Marniquet (dessin), Les Archives secrètes de Sherlock Holmes, vol. 3 : Les adorateurs de Kâli, éd. Glénat BD, 2017, p. 23)
    • Il pleut fort.
    • Elle lui plaît fort. — Cette entreprise lui tient fort au cœur. — J’ai cela fort à cœur.
    • Il en a été fort surpris. — Cet ouvrage est fort estimé des savants. — Il est fort au-dessus de l’ordinaire.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FORT, ORTE. adj.
Qui est robuste, vigoureux. Un homme grand et fort. Avoir une forte constitution. C'est un homme fort et qui résiste au travail, à la fatigue. Il n'est pas assez fort pour porter tout cela. Ce cheval est-il assez fort pour ce camion. Fam., Fort comme un Turc, Extrêmement robuste, vigoureux. Il signifie aussi Qui est grand et puissant de corps ou épais de forme; qui est de volume, de dimension épaisse. Un homme fort de poitrine. Cette personne est un peu forte. Par extension, Avoir les traits forts. Il se dit également des Choses et signifie Qui est gros et épais de matière, capable de porter un poids ou de résister à un choc. De fortes murailles. Une forte digue. Cet arbre est déjà fort. Il faut une poutre, une barre de fer plus forte. Une planche qui n'est pas assez forte. Avoir la jambe forte, la main forte, etc. Il se dit pareillement des Étoffes, des toiles, du cuir, etc. Cette étoffe est forte, elle durera longtemps. Terre forte, Terre grasse, tenace et difficile à labourer. Colle forte, Gélatine extraite des matières animales que l'on chauffe pour la rendre liquide. Il se dit aussi des Villes et des places de guerre et alors il signifie Qui est en état de résister aux attaques de l'ennemi. Ville forte. Place forte. Il signifie quelquefois Qui est nombreux. Une forte troupe d'ennemis. Un fort parti d'opposition. L'armée ennemie, plus forte de moitié que la nôtre. Il signifie encore Qui est rude, difficile, pénible. Vous lui donnez là une forte tâche. Fam., Le plus fort est fait, Le plus difficile, le plus désagréable est fait. Il se dit figurément de Ce qui est considérable dans son genre et représente une valeur. Une forte dépense. Recevoir un fort salaire, de forts appointements. Une forte somme. Un nombre plus fort qu'un autre. Un fort mangeur. Une forte dose. Prix fort, Prix marqué sur lequel on peut obtenir certaines réductions. Une forte lunette, Une lunette qui a une longue portée. Voix forte, Voix pleine et qui se fait bien entendre. Au figuré, il signifie particulièrement Qui est impétueux, grand, violent, énergique dans son genre. Forte pluie. Vent fort. Sons forts. Forte gelée. Forte chaleur. Forte douleur. Forte fièvre. Donnez le courant plus fort. Le coup de tonnerre fut si fort que les vitres en tremblèrent. Donner une forte impulsion. Faire une forte résistance. En termes de Métrique et de Musique, La musique se divise en temps faibles et en temps forts. Appuyer sur les temps forts. Par extension, Avoir une forte inclination pour quelque chose. Cela fit une forte impression sur son esprit. Une forte colère. Une forte leçon. Fam., Cela est plus fort que moi, se dit d'un Désir, d'une répugnance, d'une habitude, d'une impression, etc., qu'on ne peut vaincre, surmonter. Fam., Cela est fort, un peu fort, voilà qui est fort, se dit d'une Chose qui étonne désagréablement, qui paraît extraordinaire, difficile à croire ou dure et offensante. On dit aussi C'est un peu fort, c'est trop fort, c'est par trop fort. Il se dit, dans une acception analogue à celle qui précède, de Certaines choses qui font une vive impression sur le goût et sur l'odorat. Liqueurs fortes. Vinaigre fort. Cette eau de Cologne a une odeur très forte. Ce tabac est trop fort pour moi. Il se dit, particulièrement, de Ce qui est excessivement âpre, désagréable au goût, à l'odorat. Du beurre fort. Avoir l'haleine forte. Il signifie aussi Qui est chargé, en parlant d'un Liquide, d'une couleur, etc. Vin fort. Bouillon trop fort. Ce thé est bien fort. Ce café est trop fort. Couleur forte. Des teintes plus fortes. Il signifie en outre Qui est puissant, tant au sens propre qu'au sens figuré. Son parti est le plus fort. Vous aurez affaire à forte partie. Un homme est bien fort quand il a pour lui la conscience. La raison du plus fort. Main-forte. Voyez MAIN. Il signifie encore Qui est bien fondé, qui est appuyé sur de bons principes. Cette raison-là est bien plus forte que l'autre. C'est un des plus forts arguments pour prouver l'immortalité de l'âme. Une forte objection. Par comparaison du plus au moins, À plus forte raison, Avec d'autant plus de raison. Si l'on a des devoirs envers l'humanité, à plus forte raison en a-t-on envers sa patrie. Il se dit également des Expressions, du style, etc., lorsqu'ils joignent l'énergie à la justesse et qu'ils sont capables de frapper, d'entraîner. Une expression forte. Un style fort et concis. L'épithète est un peu forte. Il signifie souvent, au figuré, Qui est habile, expérimenté, capable. C'est un homme fort en matière juridique. Cet élève est fort en histoire, en mathématiques, en anglais. Il n'est pas assez fort pour traiter un pareil sujet. Être fort aux échecs. Je ne joue pas contre vous, vous êtes beaucoup plus fort que moi. C'est une tête forte, une forte tête, C'est un homme de beaucoup de jugement, de beaucoup de capacité. C'est une des plus fortes têtes du conseil, de l'assemblée. Avoir la tête forte, se dit de Quelqu'un qui porte bien le vin, qui peut en boire beaucoup sans en être incommodé. Il se dit encore d'un Caractère raisonneur, d'un indiscipliné, d'un obstiné. Cet officier avait dans sa compagnie quelques fortes têtes, qu'il a fallu mettre à la raison. Un esprit fort, se dit d'une Personne qui se pique de ne pas croire les dogmes de la religion; et, en général, de Quiconque veut se mettre au-dessus des opinions et des maximes reçues. C'est un esprit fort. Il fait l'esprit fort. Les prétendus esprits forts. Fam., Il n'est pas fort, se dit de Quelqu'un qui manque d'intelligence, d'esprit avisé, de malice. Fam., Il est fort pour parler, pour pérorer, se dit dans un sens péjoratif ou ironique de Celui qui sait beaucoup moins agir que parler. Il signifie quelquefois, au figuré, Qui est important, considérable. C'est un fort acheteur. Une forte maison. Il signifie aussi figurément Qui est courageux, magnanime, ferme. C'est un homme qui a l'âme grande et forte. La femme forte de l'Écriture. Se faire fort, S'engager à quelque chose, se rendre caution, se rendre garant. Dans cette locution, le mot Fort reste invariable. Je me fais fort d'en venir à bout. Il se fait fort de réussir. Elle se fait fort d'obtenir la signature de son mari. Ils se faisaient fort d'une chose qui ne dépendait pas d'eux. On dit dans le même sens Se porter fort pour quelqu'un, Répondre du consentement de quelqu'un.

FORT se construit souvent avec la préposition EN, OU avec la préposition DE, suivie d'un nom qui indique le genre de force, la cause, la qualité, les ressources, etc., qui rendent fort. Être fort des reins. Cette armée est forte en infanterie. Les ennemis sont plus forts en nombre. Une armée forte de cent mille hommes. Être fort en raisons. Ils étaient forts de nos divisions. Être fort de la protection de quelqu'un. Être fort de sa conscience. Pop., Être fort en gueule, Parler haut, parler fort, avoir le propos rude et prompt. Il se dit comme nom, surtout dans le style élevé, de Celui qui a la force ou la puissance. Protéger le faible contre le fort. Les forts de la halle, Les portefaix qui font le service de la halle aux blés de Paris et aussi des halles centrales. Il désigne encore l'Endroit le plus fort d'un chose. Le fort de la voûte. Il se dit aussi de l'Endroit le plus épais et le plus touffu d'un bois. S'enfoncer dans le fort du bois. Il se dit, en termes de Chasse, du Repaire, de la retraite de certains animaux qui se réfugient toujours dans l'endroit le plus épais du bois. Le sanglier est dans son fort. Relancer une bête dans son fort. Il se dit figurément et familièrement du Genre de mérite ou de savoir, de la qualité qui distingue une personne, qui la place au-dessus des autres. L'histoire est son fort. C'est le prendre par son fort que de le mettre sur la géométrie. On dit dans un sens analogue : Connaître le fort et le faible d'une affaire. Fam., Le fort portant le faible, Toutes choses étant compensées, ce qui manque d'un côté étant suppléé de l'autre. Il désigne encore le Temps où une chose est dans son plus haut point, dans son plus haut degré. Dans le fort, au fort de l'hiver, de l'été. Au fort de la tempête. Il est dans le fort de sa maladie. Un homme dans le fort de sa passion. Il s'élança courageusement au fort de la mêlée. Garder son sang-froid au fort du danger. On dit aussi Au plus fort de la mêlée, du danger. Il se dit en outre d'un Ouvrage de terre ou de maçonnerie ou revêtu de métal, destiné à résister aux attaques de l'ennemi. Bâtir, attaquer, prendre un fort. Il n'y a qu'un fort de terre qui défende l'entrée du pont. Des forts détachés. La défense du fort de Vaux. Il s'emploie aussi comme adverbe et signifie D'une manière forte et vigoureuse. Frappez fort. Heurtez plus fort. Poussez fort. Il nie fort et ferme. De plus fort en plus fort, Avec une force croissante. Il crie de plus en plus fort. Frappez de plus fort en plus fort. Il signifie aussi Beaucoup; et alors, quand on le met devant un adjectif ou devant un adverbe, il marque le superlatif. Il pleut fort. Elle lui plaît fort. Cette entreprise lui tient fort au cœur. J'ai cela fort à cœur. Il en a été fort surpris. Cet ouvrage est fort estimé des savants. Il est fort au-dessus de l'ordinaire. Fort beau. Fort laid. Fort bien. Fort mal.

Littré (1872-1877)

FORT (for, for-t' ; le t ne se lie pas : un homme for et hardi ; au pluriel, l's ne se lie pas : des hommes for et hardis ; cependant quelques-uns lient cette s : des hommes for-z et hardis ; quand fort est employé pour le superlatif absolu, le t se lie : elle est for-t aimable ; il se lie aussi dans la locution fort et ferme : for-tè-fèr-m') adj.

Résumé

  • 1° Qui a beaucoup de force.
  • 2° Qui a pour soi la force matérielle.
  • 3° Redoutable par le nombre, l'armement, etc.
  • 4° Capable, par la grosseur, de résister.
  • 5° Grand et puissant de corps.
  • 6° Considérable en son genre, en parlant des choses.
  • 7° Qui est en quelque excès sur la juste mesure.
  • 8° Qui a une longue portée, en parlant de la vision.
  • 9° Dont le son est plein, très marqué.
  • 10° Qui a une grande ténacité.
  • 11° Dru, rangé près à près.
  • 12° Rude, difficile.
  • 13° Chargé, en parlant d'une couleur, d'une liqueur.
  • 14° Qui fait beaucoup d'impression sur le goût, sur l'odorat.
  • 15° Âcre au goût, désagréable à l'odorat.
  • 16° Fig. Qui a de la grandeur, de l'impétuosité, de la violence, en parlant des choses.
  • 17° Un fort marchand.
  • 18° Qui a de la force d'âme et de la fermeté.
  • 19° Habile, capable.
  • 20° Bien fondé, appuyé sur de bons principes.
  • 21° Qui joint l'énergie à la justesse, en parlant du style.
  • 22° Qui a quelque chose d'outré.
  • 23° Terme de fauconnerie.
  • 24° Terme de droit coutumier.
  • 25° S. m. Celui qui a une grande force musculaire.
  • 26° Celui qui a la force ou la puissance.
  • 27° La partie la plus forte, la plus résistante d'une chose.
  • 28° Il se dit en parlant des sons.
  • 29° Ce qui est en excès, en termes de monnaie.
  • 30° Le plus épais, le fourré, en termes de chasse.
  • 31° Ouvrage de terre ou de maçonnerie capable de résister à l'ennemi.
  • 32° Fig. La partie essentielle, principale d'une chose.
  • 33° Le plus haut degré, en parlant de choses physiques et morales.
  • 34° Ce qui fait la force, la supériorité d'une personne.
  • 35° Adv. D'une manière forte.
  • 36° Extrêmement, beaucoup.
  • 1Qui a beaucoup de force. Cet enfant deviendra fort. Cet oiseau a l'aile forte. J'eus beau crier et me défendre [d'être berné] ; la couverture fut apportée ; et quatre des plus forts hommes du monde furent choisis pour cela, Voiture, Lett. 9. Mes gens vous aideront, et je les ai pris forts Pour vous faire service à tout mettre dehors, Molière, Tart. V, 5. Comme elle [la jeunesse] se sent forte et vigoureuse, elle bannit la crainte, et tend les voiles de toutes parts à l'espérance qui l'enfle et qui la conduit, Bossuet, Panég. St Bernard, 1. Les dernières levées étaient trop jeunes et trop faibles, il est vrai ; mais l'armée avait encore beaucoup de ces hommes forts et tout d'exécution, accoutumés aux situations critiques et que rien n'étonnait, Ségur, Hist. de Nap. III, 3.

    Familièrement. Être fort comme un Turc, comme un bœuf, extrêmement fort.

    Ironiquement. Il est le plus fort, il portera les coups.

    Fort de, se dit de la partie où l'on a de la force. Fort des bras, des reins.

    Fort de, se dit aussi de la chose qui rend fort. Semblables à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur nourrice, La Bruyère, I.

    Dans le langage biblique, le Dieu fort, Dieu. Mon âme a une soif ardente pour le Dieu fort, le Dieu vivant, Sacy, Bible, Psaumes, XLI, 3. Et, ayant dressé là un autel, il [Jacob] y invoqua le Dieu très fort d'Israël, Sacy, Bible, Génèse, XXXIII, 20.

    Il se dit de la force de certaines choses comparée à la force musculaire. Les gros aimants, même les plus faibles, répandent en proportion leur force à de plus grandes distances que les petits aimants les plus forts, Buffon, Min. t. IX, p. 173, dans POUGENS.

  • 2 Par extension, qui a pour soi la force matérielle. Il [l'Orient] fit Vespasien chef d'un plus fort parti, Corneille, Tite et Bérén. I, 1. La raison du plus fort est toujours la meilleure, La Fontaine, Fabl. I, 10.

    Qui a pour soi la force morale, la puissance, l'influence. Vous aurez affaire à forte partie. Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte ; Et, quelque grand malheur qui m'en doive arriver, Je consens à me perdre afin de la sauver, Corneille, Cinna, II, 1. Il n'a pas à combattre une forte adversaire, Rotrou, Bélis. II, 13. D'un Dieu plus fort que toi dépend ta destinée, Rousseau J.-B. Cantate, Circé. Un Dieu plus fort que toi [vertu] m'entraînait vers le crime, Voltaire, Œdipe, V, 4.

    Être bien fort, avoir beaucoup de force, de puissance, d'influence. Et c'est être bien fort que régner sur tant d'âmes, Corneille, Nicom. I, 1. Madame, on est bien fort quand on parle soi-même, Corneille, Agésilas, IV, 1. Une mère est toujours bien forte sur une fille d'un bon naturel, Rousseau, Conf. IX.

    Fort de, qui puise force et confiance dans… Mais il faut craindre un roi fort de tant de sujets, Corneille, Médée, I, 5. Fier de mes cheveux blancs et fort de ma faiblesse, Corneille, Pulchér. II, 1. Et forte désormais de vos droits et des miens, Corneille, Attila, III, 3. Ne te tiens-tu pas fort de ma poltronnerie ? Molière, Amph. I, 2. Il regrettait ces temps si chers à son grand cœur, Où, fort de sa vertu, sans secours, sans intrigue, Lui seul avec Condé faisait trembler la ligue, Voltaire, Henr. J. Valois plein d'espérance et fort d'un tel appui, Voltaire, ib. IV.

    Fig. Fort de, en parlant de choses. Des traits forts de sens [d'une morale élevée], Lamotte, dans DESFONT. Mes vers sont durs d'accord, mais forts de chose, Vers de LAMOTTE, cité par VOLT. Temple du goût. Je lis le mémoire de Mme Scaliger : il est bien fort de chose [souligné par Voltaire], raisonné à merveille, approfondi, et de la critique la plus vraie et la plus fine, Voltaire, Lett. d'Argental, 23 sept. 1760.

    Terme d'astrologie. Planète forte, planète qui a le pouvoir d'influer efficacement.

    Se faire fort (littéralement, se donner pour assez fort, se dire assez fort pour), se porter caution, s'engager à faire quelque chose. Je me fais fort d'en venir à bout. Le roi, s'il s'en fait fort, pourrait s'en trouver mal, Corneille, Nicom. III, 2. Il se fit fort de les avoir à sa maison de campagne, Hamilton, Gramm. 4.

    Se porter fort pour quelqu'un, répondre de son consentement, et aussi se porter garant pour lui.

    Fort dans ces cas-là est toujours invariable : elle se fait fort, ils se font fort de… Du moins telle est la décision de l'Académie (voy. plus bas la REMARQUE).

    Main-forte. voy. ce mot à son rang alphabétique.

  • 3 Terme de guerre. Redoutable par le nombre, l'armement, la position, etc. L'ennemi était plus fort que nous. Une armée forte de trente mille hommes Une escadre forte de six vaisseaux de ligne. Votre armée est la plus forte en nombre, Corneille, Sophon. I, 4. Une troupe aussi forte, un camp aussi nombreux, Voltaire, Scythes, IV, 2. L'armée d'Alexandre, forte de trois cent mille hommes, contenait ces peuples, Ségur, Hist. de Nap. IV, 1.

    Qui est en état de résister aux attaques de l'ennemi, en parlant de positions, de villes de guerre. Ville forte. La position de l'ennemi était très forte. Le palais de Sylla, notre plus fort asile, Voltaire, Catil. IV, 3.

  • 4Capable, par la grosseur, par l'épaisseur, de résister au choc, au poids, en parlant des choses. De fortes murailles. Une poutre très forte. De la vaisselle d'argent très forte. Il [le rouge-gorge] place son nid près de terre sur les racines des jeunes arbres, ou sur des herbes assez fortes pour le soutenir, Buffon, Ois. t. IX, p. 287.

    Terme de marine. Bâtiment fort de côté, bâtiment qui incline peu par un grand vent de travers. Fort en bois, qui a les côtés épais.

    Il se dit de même des tissus, des cuirs, etc. Un cuir fort. Une étoffe très forte. Un ruban très fort.

    Coffre-fort, voy. COFFRE.

  • 5Grand et puissant de corps. Un homme grand et fort. Un fort cheval.

    On dit de même : Avoir la main forte, le pied fort. Il a le nez un peu fort. Placez la main autrement, et l'on ne s'apercevra plus qu'elle est un peu trop forte et trop caractérisée, Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 196, dans POUGENS. L'Hercule de Glycon a le cou très fort relativement à la tête et aux jambes, Diderot, Pensées sur la peinture, Œuvres, t. XV, p. 213.

  • 6Qui est considérable en son genre, en parlant des choses. C'est une forte maison, on y fait beaucoup de dépense. Recevoir un fort salaire. Une forte dose. Un fort détachement. La plupart des matelots accourant où la paye était la plus forte, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. IV, p. 49, dans POUGENS. Colbert attira d'Italie Dominique Cassini, Huyghens de Hollande, et Roëmer de Danemark par de fortes pensions, Voltaire, Louis XIV, 31. Deux cents talents ! la somme est forte, mais allez dire à votre maître que, pour me tenter, ce ne serait pas trop de sa couronne, Diderot, Claude et Nér. I, 12.

    Un ordinaire fort, une table servie copieusement chaque jour.

    Une forte entrée, une entrée copieuse. On dit dans le même sens un plat fort, un plat copieux.

  • 7Qui est en quelque excès sur la juste mesure. Je soupçonne que ces mesures données par M. Mikhéli sont trop fortes, d'autant qu'elles excèdent de moitié celles qu'ont données MM. Cassini, Scheuchzer et Mariotti qui pourraient bien être trop faibles, Buffon, Addit. Théor. ter. Œuvres, t. XII, p. 439, dans POUGENS.

    Monnaie forte, monnaie évaluée sur un pied avantageux à celui qui la reçoit en payement. Le roi [Charles XII] répandit au hasard mille bourses, qui font quinze cent mille francs de notre argent en monnaie forte, Voltaire, Charles X'II, 6.

    Denier fort, voy. DENIER n° 3 et n° 8.

  • 8Qui a une longue portée, en parlant de la vision. Une forte lunette. Après avoir fait répéter cette expérience à d'autres dont les yeux étaient meilleurs et plus forts que les miens, Buffon, Hist. min. t. VII, p. 321, dans POUGENS.
  • 9Voix forte, voix pleine et qui se fait bien entendre. Il [Télémaque] appelle à lui d'une voix forte les chefs de l'armée, Fénelon, Tél. XVII.

    Terme de grammaire. Articulation forte, celle pour laquelle il faut fermer exactement la bouche pour la prononcer ; plus l'interception est exacte, plus l'articulation sera forte. pa, ta, ka, sont des articulations fortes ; ba, da, ga, sont des articulations faibles.

    Temps fort, en fait de musique, voy. TEMPS.

  • 10Qui a une grande ténacité. Colle forte, voy. COLLE.

    Terre forte, terre grasse, argileuse, tenace et difficile à labourer. J'ai fait tirer de chacun de ces arbres une solive de 22 pieds, sur 5 pouces d'équarrissage ; la première solive qui venait du terrain fort pesait 281 livres ; l'autre qui venait du terrain sablonneux ne pesait que 232 livres, Buffon, Hist. nat. Part. exp. Œuv. t. VIII, p. 226.

  • 11Touffu, dru, rangé près à près. Les blés sont forts cette année. Un bois extrêmement fort. Une forte haie l'empêcha de passer.
  • 12Rude, difficile. Un ressort qui est très fort. Une forte tâche. Ils trouvèrent une montagne forte à monter. Il n'est tigre d'Asie, il n'est lion d'Afrique, Ni monstre si funeste et si fort à dompter, Rotrou, Bélis. IV, 6.

    Ce cheval a la bouche forte, il a la bouche dure.

    Un cheval fort en bouche, cheval qui résiste au mors.

  • 13Chargé, en parlant d'une couleur, d'une liqueur. Bouillon fort. Cette lessive est trop forte. Des teintes plus fortes.
  • 14Qui fait beaucoup d'impression sur le goût, l'odorat. Ce tabac est très fort. De fortes épices.

    Liqueurs fortes, liqueurs alcooliques. L'on n'a d'autre intempérance à leur reprocher qu'une passion démesurée pour les liqueurs fortes, Raynal, Hist. phil. XVIII, 16. Le grand muphti, désespéré de voir les mosquées abandonnées, décida que cette boisson [le café] était comprise dans la loi de Mahomet, qui proscrit les liqueurs fortes, Raynal, ib. III, 12.

    Eau-forte, nom de l'acide azotique. Ils cherchent à réveiller leur goût déjà éteint par les eaux-de-vie et par toutes ces liqueurs les plus violentes, il ne manque à leur débauche que de boire de l'eau-forte, La Bruyère, VIII.

    Graver à l'eau-forte, graver sur une planche de cuivre à l'aide de l'eau-forte.

    Eau-forte, estampe tirée sur une planche qui a été préparée à l'eau-forte. Une belle eau-forte.

  • 15Âcre au goût, désagréable à l'odorat. Du beurre fort. Ceux de qui l'haleine est bien forte, Ou bien, pour parler d'autre sorte, Dont l'haleine sent les poireaux, Scarron, Virg. VI. La chair du faon est bonne à manger, celle de la biche et du daguet n'est pas absolument mauvaise, mais celle des cerfs a toujours un goût désagréable et fort, Buffon, Quadrup. t. II, p. 63.
  • 16 Fig. Qui a de la grandeur, de l'impétuosité, de la violence, en parlant des choses. Une forte maladie. Son pouls est fort et élevé. Forte gelée. Le vent a été fort toute la nuit. Forte douleur. Donner une médecine trop forte. Forte chaleur.

    En parlant de la mer, grosse, houleuse. Une forte mer.

    Il se dit, dans un sens analogue, des choses morales. La vérité même ne serait pas assez forte contre vous, Guez de Balzac, liv. I, lett. 2. Si d'un triste devoir la juste violence… Prescrit à ton amour une si forte loi Qu'il te rend sans défense à qui combat pour moi, Corneille, Cid, V, 1. Qu'en présence des rois les vérités sont fortes ! Que, pour sortir d'un cœur, elles trouvent de portes ! Corneille, Nicom. III, 8. Il est assez nouveau qu'un homme de son âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage, Corneille, Sertor. II, 1. Et ce qu'ils ont osé contre leur servitude N'en a rendu le joug que plus fort et plus rude, Corneille, ib. Votre nom pour ce choix est plus fort que le mien, Corneille, Pulchér. I, 4. De la plus forte ardeur vous portez vos esprits Jusqu'à l'indifférence et peut-être au mépris, Corneille, Poly. II, 2. As-tu donc pour la vie une haine si forte ? Corneille, ib. V, 2. Le premier sang versé rend sa fureur plus forte, Corneille, Nicom. V, 4. À moins d'une secrète et forte antipathie, Corneille, Sertor. I, 2. Ta forte passion est d'être brave et leste, Molière, Éc. des femmes, V, 4. M'en acquitter vers elle est ma plus forte envie, Th. Corneille, Ariane, III, 4. Je répétai deux ou trois fois la proposition accordée, ajoutant toujours quelque circonstance plus forte, mais évidemment contenue dans ce qui était accordé, Bossuet, Conférence avec Claude, 2. Qui peut vous inspirer une haine si forte ? Racine, Athal. III, 3. Ceux que des nœuds si forts n'ont pas su retenir, Racine, Théb. III, 6. J'étais comme enlevée ; il y avait quelque chose de trop fort pour moi dans la rapidité des événements qui me déplaçaient, qui me transportaient, Marivaux, Marianne, 3e part. Mon amour est plus fort, plus grand que mes bienfaits, Voltaire, Zaïre, I, 5. Ce nouveau mouvement dans mon cœur est trop fort, Voltaire, M. de Cés. III, 5. Et sur votre vaillance J'ai fondé dès longtemps ma plus forte espérance, Voltaire, Catil. II, 2. Pour murmurer jamais ma tendresse est trop forte, Ducis, Abufar, III, 6.

    Cela est plus fort que moi, je n'y puis résister, en parlant d'une passion, d'une habitude qu'on ne peut vaincre.

  • 17Un fort marchand, un marchand qui fait de grandes affaires. On consulta enfin deux forts laboureurs et deux bons marchands de blé, et il y eut le lendemain plus de pain au marché qu'on n'en voulait, Voltaire, Dict. phil. Conseiller ou juge.
  • 18Qui a de la force d'âme, de la fermeté. La femme forte de l'Écriture. Ô dieux ! que de faiblesse en une âme si forte ! Corneille, Cinna, IV, 6. Une femme forte, pleine d'aumônes et de bonnes œuvres, précédée, malgré ses désirs, par celui que tant de fois elle avait cru devancer, Bossuet, le Tellier. Vous avez une âme forte à qui je dis quelquefois des vérités fortes, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 21 sept. 1764. Fort contre vos raisons, faible contre ses pleurs, Voltaire, Brutus, IV, 1. Nous ne pouvons jamais nous affranchir de la nécessité d'avoir un suprême empire sur nous-mêmes ; si nous ne sommes pas fortes contre le vice, nous sommes obligées de l'être contre la honte, Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 150, dans POUGENS.

    Il se dit, en un même sens, de certaines choses morales ou intellectuelles. Voyons donc ce dernier combat [l'agonie] ; mais encore un coup affermissons-nous ; ne mêlons point de faiblesse à une si forte action, et ne déshonorons pas par nos larmes une si belle victoire, Bossuet, Duch. d'Orl. On n'entendit plus parler de cette éducation forte et sévère de la jeunesse persane, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 396. Je conviens que le sujet n'est guère théâtral pour nous qui, ayant beaucoup plus de goût, de décence, de connaissance du théâtre que les Anglais, n'avons généralement pas des mœurs si fortes, Voltaire, Rome sauvée, Préf. Les Mogols n'avaient plus rien de ces mœurs fortes qu'ils avaient apportées de leurs montagnes, Raynal, Hist. phil. IV, 21.

    On dit quelquefois qu'une œuvre littéraire est forte, quand elle exprime surtout des sentiments de fermeté et de courage, etc. On joue souvent Zaïre parce qu'elle est tendre ; on ne joue pas Brutus parce que cette pièce n'est que forte, Voltaire, Lett. d'Argenson, 4 juin 4739.

  • 19Habile, capable. Vous êtes plus fort que moi aux échecs. Je suis diablement fort sur l'impromptu, Molière, Préc. 10. Vous dites que vous n'êtes pas forte sur la narration, Sévigné, 402. Phocion était fort en raisonnement, et par là venait à bout d'abattre et de renverser la plus haute éloquence, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 86, dans POUGENS. Qui peut en fourberie être si fort que toi ? Regnard, Légat. IV, 2. S'il est faible en talent, il est fort en intrigue, Picard, Méd. et rampant, I, 2. Si monsieur est neuf sur les manières de Paris, vous n'êtes pas très fort sur la géographie, Picard, Provinc. à Paris, IV, 13.

    Absolument. Un homme fort, un homme dont l'esprit a plus d'étendue, de pénétration, de force qu'on n'en a d'ordinaire.

    Un élève fort, un élève qui sait bien ce qu'on lui enseigne. Il est fort en grec, en mathématiques. Malgré la sévérité de ce professeur, j'étudiai sous lui pendant six mois, et je devins un de ses plus forts écoliers, Lesage, Est. Gonzalez, chap. 4.

    Familièrement. Il n'est pas fort, c'est-à-dire il s'en faut de beaucoup qu'il soit habile.

    Familièrement. Il est fort pour parler, il parle plus qu'il n'agit.

    Familièrement, être fort pour, signifie aussi avoir du goût pour. Il est fort pour le spectacle, pour le vin, pour jouer.

    Être fort en gueule, parler beaucoup, avoir la repartie prompte, piquante, insolente. Vous êtes, ma mie, une fille suivante, Un peu trop forte en gueule et fort impertinente, Molière, Tart. I, 1.

    En parlant des ouvrages d'esprit, qui témoigne de la force, de l'habileté. Ce jeune homme a fait une composition très forte. Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux pour prier…, Pascal, Moyens, édit. FAUGÈRE. Dieu veuille que ces derniers tomes soient cent fois plus forts que les premiers ! c'est ainsi qu'il faut répondre aux persécuteurs, Voltaire, Lett. Damilaville, 26 juill. 1764.

    Ironiquement. Dire : quel honneur vous me faites ! Messieurs, vous êtes trop honnêtes ; Ou quelque chose d'aussi fort, Béranger, Acad. et Cav.

    C'est une forte tête, une tête forte, c'est un homme judicieux et sagace.

    Ironiquement, les fortes têtes de l'endroit, les notables les plus habiles d'une localité où il y a peu de lumières.

    Une tête forte, se dit aussi d'un homme qui supporte bien le vin.

    Une imagination forte, imagination qui se représente les choses avec énergie. Les hommes d'une imagination forte, comme Pascal, parlent avec une autorité despotique, Voltaire, Lett. S'gravesende, 1er juin 1738.

    Avoir l'esprit fort, avoir de la vigueur, de la pénétration dans l'esprit. Montrez un esprit fort en un corps abattu, Rotrou, Herc. mour. IV, 1.

    Esprit fort, voy. ESPRIT, n° 20. Si c'est le grand et le sublime de la religion qui éblouit ou qui confond les esprits forts, ils ne sont plus des esprits forts, mais de faibles génies et de petits esprits, La Bruyère, XVI.

    Bien fondé, appuyé sur de bons principes. De forts arguments. Une objection forte. De fortes preuves. Il [Corneille] a un nom très respecté, il est mort ; voilà déjà une raison bien forte (je ne dis pas bien bonne) en sa faveur, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 27 janv. 1762.

    À plus forte raison, voy. RAISON.

  • 21Il se dit du style, des expressions, pour dire que l'énergie est jointe à la justesse. Un style fort et concis. Une éloquence forte et rapide. Madame a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs ; le matin elle fleurissait, avec quelles grâces vous le savez ; le soir nous la vîmes séchée, et ces fortes expressions, par lesquelles l'Écriture exagère l'inconstance des choses humaines, devaient être pour cette princesse si précises et si littérales, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Terme de peinture. Qui a de la précision et ne laisse rien de douteux. Contours forts.

  • 22Il se dit, en un autre sens, des expressions qui ont quelque chose d'outré, de dur, de dépassant la mesure. Le paradoxe est fort, Molière, Femm. sav. IV, 3. L'épithète est un peu forte, Molière, Critique, 2. S'il faut user de termes forts, la force de la vérité me les arrache, Bossuet, Var. Défense, 1er disc. § 54. Le comte de Polignac a écrit au nonce une lettre un peu forte, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 6 déc. 1717. Les éloges que Virgile, Horace et Ovide même prodiguèrent à Auguste étaient beaucoup plus forts [que les éloges prodigués à Louis XIV] ; et, si on songe aux proscriptions, ils étaient assurément bien moins mérités, Voltaire, Frag. sur l'hist. art. XXVIII. Après Milton, après le Tasse, Parler de moi serait trop fort, Et j'attendrai que je sois mort, Pour apprendre quelle est ma place, Voltaire, Stances, 1.

    Familièrement. Cela est fort, paraît fort, voilà qui est fort, ou c'est trop fort, c'est par trop fort, c'est un peu fort, se dit d'une chose qu'on ne peut croire, qui surprend désagréablement. Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la cour, De Caillières, 1690.

  • 23 Terme de fauconnerie. Volée du poing fort, action de lancer les oiseaux de poing sur le gibier.
  • 24 Terme de droit coutumier. Forte clameur, amende que payait en quelques endroits celui qui perdait un procès.
  • 25 S. m. Celui qui a une grande force musculaire ; il ne se dit que dans cette locution, les forts de la halle, les portefaix qui font le service de la halle au blé de Paris. De la halle on dirait deux forts : Peut-être ce sont des milords, Béranger, Boxeurs.

    Se dit aussi de ceux qui portent les marchandises dans les ports.

  • 26Celui qui a la force ou la puissance. Protéger le faible contre le fort. L'épouvante a surpris les forts de Moab, et tous les habitants de Chanaan ont séché de crainte, Sacy, Bible, Exode, XV, 15. Le patient vaut mieux que le fort, et celui qui dompte son cœur vaut mieux que celui qui prend des villes, Bossuet, Duch. d'Orl. Quelquefois la sagesse a maîtrisé le sort ; C'est le tyran du faible et l'esclave du fort, Voltaire, Pélop. I, 1.

    Le pain des forts, voy. PAIN.

    Dans le langage de la chaire, le fort armé, le diable. Le fort armé, c'est le démon… Jésus-Christ a chassé ce fort armé, quand il a ébranlé le cœur endurci et qu'on a fait pénitence, Bossuet, Médit. sur les Évang. Sermon sur la mont. 19e jour.

  • 27La partie la plus forte, la plus résistante d'une chose. Le fort de la voûte, d'une poutre.

    Mettre du bois sur son fort, le placer dans la position où il résiste le mieux à la charge.

    Le fort du pied, le côté qui appuie le plus sur la terre.

    Le fort de l'épée, le tiers du tranchant qui est à partir du talon, et avec lequel on pare surtout. Zadig sut parer le coup, en opposant ce qu'on appelle le fort de l'épée au faible de son adversaire, Voltaire, Zadig, 21.

    Le mi-fort, la partie de l'épée qui vient après le fort et qui est entre ce qu'on nomme le fort et le faible.

    Fort de la pique, le milieu de cette arme.

    Fort d'une balance romaine, le côté qui est le moins éloigné du centre ou point de suspension.

    Terme de marine. Le fort d'un navire, le milieu qui en est la partie la plus enfoncée et en même temps la plus large.

    Ligne du fort, se dit, dans un navire, de la ligne jusqu'à laquelle il enfonce quand on le charge de toutes les marchandises qu'il peut porter commodément et sans péril, et qui est au-dessus de la ligne d'eau.

    Le fort et le faible, ce qu'il y a de fort et de faible dans une personne, dans une chose. Les hommes d'ailleurs, qui tous savent le fort et le faible les uns des autres, agissent aussi réciproquement comme ils croient le devoir faire, La Bruyère, XI. Je connais le fort et le faible de tous les états de la vie, Dancourt, Retour des officiers, sc. 6. Le fort et le faible de tous les gouvernements a été examiné de près dans les derniers temps, Voltaire, Dict. phil. États, Gouvernements. Enfin après avoir examiné le fort et le faible des sciences, il fut décidé que monsieur le marquis apprendrait à danser, Voltaire, Jeannot et Colin.

    Du fort au faible, le fort portant le faible, c'est-à-dire toute compensation faite. Quatre chevaux porteront tout cela, du fort au faible.

  • 28Se dit en parlant des sons. Il [le rossignol] saute du grave à l'aigu, du doux au fort, Chateaubriand, Génie, I, V, 5.
  • 29 Terme de monnaie. Le fort, ce qui est en excès. Travailler sur le fort, tailler des flans ou espèces qui pèsent plutôt plus que moins et au delà du poids ordinaire.
  • 30 Terme de chasse. Le plus épais du bois et des buissons, où les bêtes sauvages se retirent (on voit à l'historique que fort a été employé en termes de chasse bien avant de l'être en termes de fortification). Relancer la bête dans son fort. Il entre dans le fort, se mêle avec les piqueurs, La Bruyère, VII. Lorsque les louves sont prêtes à mettre bas, elles cherchent au fond du bois un fort, un endroit bien fourré, au milieu duquel elles aplanissent un espace assez considérable en coupant, en arrachant les épines avec les dents, Buffon, Quadr. t. II, p. 193. Autrefois on en faisait le vol à l'épervier ou au faucon ; et, dans cette petite chasse, le plus difficile était de faire partir l'oiseau [le râle d'eau] de son fort, Buffon, Ois. t. V, p. 239. Les ombrages ne sont pour l'autre que des viandis, des forts, Rousseau, Ém. IV.

    Fig. Lorsque l'ennui pénètre dans mon fort, Priez pour moi : je suis mort, je suis mort, Béranger, Mort viv.

    Piquer dans le fort, pousser son cheval au galop dans le plus fourré du bois.

    Sortir du fort, rentrer au fort, se dit de la bête quand elle débuche et se rembuche. Un loup… Sortant hors de son fort rencontre une lionne, Régnier, Sat. III.

  • 31Ouvrage de terre ou de maçonnerie capable de résister aux attaques de l'ennemi. Et l'on ignore encor parmi ses ennemis L'art de reprendre un fort qu'une fois il a pris, Corneille, Nicom. I, 2. Un fort ne se rend point qui n'est point combattu, Rotrou, Herc. mour. I, 1. Du débris de leurs forts il couvre ses frontières, Racine, Esth. Prol. Pour moi, loin de la ville établi dans ce fort, Voltaire, Tancr. III, 1.

    Forts de campagne, ceux qui sont faits pour garder des passages, ou pour défendre des lignes.

    Fort à étoile, fort construit par angles rentrants et saillants, et ressemblant par sa forme à une étoile. Le fort Louis, qui défend cette partie de l'établissement, n'est qu'un misérable fort à étoile, incapable d'une résistance un peu opiniâtre, Raynal, Hist. phil. XIII, 32.

    Fort détaché, fort qui ne tient pas au corps de la place. Les forts détachés autour de Paris.

  • 32 Fig. La partie essentielle, principale d'une chose. Ce n'est pas sur moi que tombe le fort de cette accusation, Pascal, Prov. 17. Voici le fort de l'objection, Bossuet, Hist. II, 13. Le fort de la dispute entre Zénon et Arcésilas roulait sur le témoignage des sens, Rollin, Hist. anc. liv. XXVI, 2e part ch. 1er.

    Le fort et le fin, ce qu'il y a de plus difficile dans un art, dans une science. Te prouver à toi-même en grec, hébreu, latin, Que tu sais de leur art et le fort et le fin, Boileau, Sat. VIII.

    Le plus fort, ce qu'il y a de plus difficile, de plus pénible. Que reste-t-il ? le plus fort en est fait, La Fontaine, Rich. Voilà le plus fort passé, Sévigné, 470.

    De son plus fort, autant que l'on peut. Que j'y courrais, et tout de mon plus fort, La Fontaine, Herm.

  • 33Le plus haut degré, en parlant de choses physiques. L'on ne pria les saints qu'au fort de la tempête, Régnier, Sat. VI. Pareille à ces éclairs qui dans le fort des ombres…, Corneille, Hor. III, 1. Pendant ce temps heureux, passé comme un éclair, Je me couchais sans feu dans le fort de l'hiver, Molière, Sgan. II. Point de glace, bon Dieu ! dans le fort de l'été, Au mois de juin…, Boileau, Sat. III. Xipharès… qu'au fort du combat une troupe rebelle…, Racine, Mithr. V, 4. Ce fut au fort des fêtes que l'on faisait pour cette nouvelle reine, dans tout l'éclat d'une cour brillante, que le chevalier de Grammont vint contribuer à sa magnificence et à ses plaisirs, Hamilton, Gramm. 6.

    Il se dit, dans le même sens, des choses non physiques. Dans le fort de ma colère, je n'ai point fait de plaintes contre vous qui ne fussent accompagnées de louanges, Voiture, Lett. 55. Ici, au contraire, il nous a fallu reprendre celle-ci [Corbie] dans le fort d'une infinité d'autres affaires qui nous pressaient de tous côtés, Voiture, ib. 74. Et vous donne, au plus fort de vos adversités, Le sceptre que j'attends et que vous méritez, Corneille, Médée, II, 5. Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainte, Corneille, Poly. II, 3. [Il] Se jette furieux au plus fort du danger, Rotrou, Antig. I, 4. Il ne manqua pas non plus au fort de la conversation… d'être saisi par quatre hommes masqués, Scarron, Rom. com. I, 9. Leur triomphante joie, au fort d'un tel outrage, Molière, Psyché. Prol. Toujours tu me verras, au fort de mon ennui, Mettre tout mon plaisir à te parler de lui, Racine, Alex. IV, 3.

    Ce qui fait la force, la supériorité d'une personne. La critique est son fort. Tout le fort de cet homme est la mémoire. C'est ici son fort, et l'endroit fatal où il prend de nouveaux avantages, Guez de Balzac, le Barbon. Le principal effet de l'émulation, c'est de nous inspirer un désir de l'emporter sur notre adversaire dans les choses où il fait son fort, Bossuet, 4e sermon, Annonc. 1. Même sur le siége, qui est son fort [de Vauban] et où il décide souverainement…, La Bruyère, XII. Il voulut provoquer Matta par son fort, Hamilton, Gramm. 4. Nous inventons des réponses aux objections de l'adversaire, et nous ne songeons à lui que pour trouver le défaut de ses opinions ; d'où il arrive que nous sommes plus instruits de ce que nous appelons nos bonnes intentions que de celles où il met le fort de sa cause, Bayle, Comment. philos. IV, 2.

    Faire fort sur, compter sur, arguer de. Je n'ai jamais trouvé, parmi nos prétendus réformés, aucun homme de bon sens qui fît fort sur cet article, Bossuet, Var. XIII, § 10.

  • 35Fort, adv. D'une manière forte. Pousser fort. Les chirurgiens, qui, ayant lié le bras médiocrement fort, au-dessus de l'endroit où ils ouvrent la veine, font que le sang en sort plus abondamment que s'ils ne l'avaient point lié, Descartes, Méth. V, 7. Fort, madame, frappez comme il faut, Molière, G. Dand. II, 11. Elle m'embrassa fort, Sévigné, 12.

    Il se dit, dans le même sens, des choses morales. Mme d'Orgimont aime plus fort, mais vous aimez mieux, Genlis, Veillées du château t. I, p. 152, dans POUGENS. Jamais l'amitié N'a parlé dans mon cœur plus fort que la pitié, Arnault, Oscar, II, 1.

    Familièrement. De plus fort en plus fort, avec une force croissante. Il crie de plus fort en plus fort.

  • 36Extrêmement, beaucoup. Il gèle fort. Fort beau. Fort aimable. Fort heureusement. Fort bien. Fort mal. Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause, Corneille, Cinna, IV, 5. Et je m'étonne fort d'où vous vient cette audace, Corneille, Rodog. IV, 6. Vous m'obligerez fort d'en prendre le souci, Corneille, Théod. II, 1. …Je suis un valet, mais fort homme d'honneur, Molière, l'Ét. II, 9. Quelque fort qu'on s'en défende, Il faut y venir un jour, Molière, Princ. d'Él. V, 5e interm. Je trouvai ici le chevalier à mon arrivée ; nous causâmes fort, il me dit des choses particulières et très agréables, Sévigné, 30 oct. 1680. Il est fort de nos amis, j'ai reçu de lui mille consolations cet hiver passé, Sévigné, 8 juill. 1685. Je postulerai fort et ferme une place dans votre académie, Voltaire, Lett. Devaux, 1751. Du reste ils sont fort les maîtres de m'excommunier, si cela les amuse, Rousseau, Lett. à Meuron, 23 mars 1765. S'il suffit d'être homme pour nous plaire, pourquoi donc me déplaisez-vous si fort ? Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 4. Madame est fort amie avec Mme de Saint-Alban, Genlis, Théât. d'éduc. l'Intrigante, I, 1.

    Si fort, suivi d'un adjectif. Un si rare service et si fort important Veut l'honneur le plus rare et le plus éclatant, Corneille, Hor. V, 2.

PROVERBES

Jeunesse est forte à passer, c'est-à-dire c'est un temps difficile à passer.

Vos fortes fièvres quartaines, se disait par forme d'imprécation.

REMARQUE

1. Plusieurs grammairiens ont réclamé contre la décision qui oblige à dire : Cette femme se fait fort de fournir la somme demandée ; ils se font fort de… Déjà, en 1668, Marguerite Buffet, Observ. p. 195, prétendait qu'il fallait dire : Elle se fait forte. La vérité est que la locution était parfaitement régulière quand fort était des deux genres ; l'ancienne langue disait uns hom fors, une femme fors. Aujourd'hui que fort fait au féminin forte, il ne reste plus là qu'un archaïsme qui mériterait sans doute d'être conservé s'il s'était transmis sans variation ; mais depuis longtemps, comme on peut voir à l'historique, l'analogie nouvelle de la langue l'a enfreint. Voilà pour le féminin ; quant au pluriel, dire : Ils se font fort et non forts, cela n'est fondé ni sur l'archaïsme ni sur la grammaire ; fort est ici adjectif et non adverbe.

2. Nodier et quelques autres ont signalé fort de… comme un néologisme blâmable. Mais on peut voir au n° 2, que ce n'est point un néologisme. À quoi on peut ajouter que, grammaticalement, il n'y a rien à blâmer dans cette tournure.

HISTORIQUE

XIe s. Et bels et forz et isnels et legers, Ch. de Rol. CI. Ce dist Rolanz : forz est nostre bataille, ib. CXXVIII. Siglent à fort et nagent et gouvernent, ib. CLXXXVI. [Ils] Vestent hauberz blancs et forz et legers, ib. CCLXXXII. Ceste dolor ne demenez tant fort, ib. CCVIII.

XIIe s. Car je ne sui si forz ne si hardiz Qu'envers amor [je] me peüsse contendre, Couci, v. Car tant est fort et cruels sa prisons, ib. XII. Vous irez à Cologne, la fort cité garnie, Sax. VII. Et [ils ont] les murs crevantés de fort arene bise, ib. XII. Li arcs des forz est surmuntez, e li fieble sunt esforcié, Rois, p. 6.

XIIIe s. Li hom fors veraiement sostient molt de choses terribles et de grans outrages por enprendre ce que convient et por laissier ce que est à laissier, Latini, Trés. p. 300. Jà soit ce que en chascune chose soient entremeslé tuit li quatre element, il convient que la force des uns i soit plus fors, selonc ce que plus i abonde, Latini, ib. p. 107. Trop estoit la vile fors, Villehardouin, CXXXV. Derrier le haterel [cou] [ils] lui ont si fort noué [la corde], Berte, X. Que nul esploit ne porra faire ; Que [car] li set buef ne puent traire, Que trop est fort la terre et dure, Ren. 15551. Chil [celui-là] est fors lerres [larron] qui vent coivre por or ou estaint por argent, Beaumanoir, XXXI, 10.

XIVe s. Et devez savoir que le demourant de chest [ce] chapistre est mal à entendre, fort à translater, et aussi comme inutile quant à ceste science, Oresme, Eth. VI, 10. Et semblablement celui qui est fort de corps ou celui qui est bien taillés à courir, Oresme, ib. 27. …Aristote entent tousjours par fors ceulx qui ont la vertu de fortitude, Oresme, ib. 79. Ceulx desquelz l'ire est forte à oster et dure longuement, Oresme, ib. 129. En toutes choses c'est fort de prendre le moien et de assener au moien, Oresme, ib. 54. Ceulx exemples t'ay dit de la mort, Mais je te vueill dire plus fort, C'est de la roe de fortune Qui fait son tour comme la lune, Le livre du bon Jehan, 77. Il estoit grans et fors, et s'estoit bien fourniz, Et desirans des armes de faire les deliz, Guesclin, 319. Bertran à son voloir venir ne pooit mie, Car souvent ot affaire contre forte partie, ib. 17118. Et je me fai bien fort, devant tous en oyant, Que nous tous qui ci sommes assemblez en estant, Irons avecque lui du tout à son commant, ib. 5357. S'est che moult fort à faire, par Dieu qui crea tout, Baud. de Seb. VI, 586. Les peres avoient fet leur fet et leur fort de lui delivrer, Bercheure, f° 46, verso. S'il advient que tu destournes un cerf des taillis et tu le poursuis jusques au fort, Modus, f° XII, verso.

XVe s. On nous avoit informés que, si vous aviez mille lances, vous seriez forts assez pour combattre les Anglois ; je me fais fort que vous en avez bien mille et plus, Froissart, II, II, 236. Et jurerent à estre bons Anglois, de ce jour en avant, tant que le roi d'Angleterre ou personne forte de par lui les voudroit ou pourroit tenir en paix devers les François, Froissart, I, I, 302. Oncques ne fut que le fort ne mangeast le foible, le riche, le pauvre, Gerson, Harengue au roi Charles VI, p. 16. De cy dormir suis bien d'acort ; Car nous avons fait le plus fort, le Livre des trois rois. Grand tourment a, puisque si fort se plaint, Je l'oy crier piteusement secours, Orléans, Bal. 27. Anuy, soussy, soing et merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort, Tourmentez moy de plus fort en plus fort, Orléans, Chanson, 74. Et que si, dirent elles, nous nous faisons fortes pour lui, Jeh. de Saintré, chap. 4. Par ma foy, il pert [il paraît] bien que vous n'estes gueres sage ; mais, au fort, faites vostre guise, car il ne m'en chault, Les 15 joies de mariage, p. 61. Et faisoit-on de plus fort en plus fort grands joyes, cheres, festes et esbateures, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1412. … Eulx aussi l'ayderoient, c'est à savoir chascune seigneurie de huit galées ; et se faisoient forts de ceulx de Rhodes, Boucic. I, chap. 29. Si leur dict que voirement tant avoyent mefait que plus ne pouvoient… mais que au fort [à la rigueur] tout leur seroit pardonné, ib. III, 8. Ce seroit aussi forte chose, Passer par le tro d'une aguille Un chamel, teste [texte] est d'evangile, Com d'un riche mondain seroit Qui en paradis entreroit, Deschamps, Poésies mss. f° 269. J'ai toujours ouï dire que contre forts et contre faux ne valent ne lettres ne sceaux, De la Marche, Mém. liv. II, p. 621, dans LACURNE. Il n'y a si fort que de commencer [le plus difficile est de commencer], Perceforest, t. IV, f° 137. Et qu'au fort s'il falloit qu'ils mourussent pour executer une telle entreprinse, qu'ils prendroient la mort en gré, Commines, II, 12. La compagnie dejeunoit au plus fort et faisoit le chaudeau, Louis XI, Nouv. LIII.

XVIe s. L'effet receu de tes premiers efforts, De tes hauts faits advenir nous faits forts, Marot, I, 236. [Un homme si bas] Vous pourroit-il saluer hautement ? Fort lui seroit, car petite clochette A beau branler, avant qu'un haut son jecte, Marot, II, 90. Tien-toy donc fort du seul Dieu triumphant…, Marot, III, 285. Le Dieu, le fort, l'Eternel parlera, Marot, IV, 292. Elles ont nez, et ne sauroient jouir D'odeur douce ne forte, Marot, IV, 325. Le Dieu de Jacob c'est un fort Pour nous encontre tout effort, Marot, IV, 292. Amour grava vostre beauté Au plus fort de ma loyauté, Du Bellay, J. III, 54, recto. Qui quiert le feu aux veines d'une pierre, Qui court au bois, forts des bestes sauvages, Du Bellay, J. IV, 40, recto. Madame a esté merveilleusement malade d'une forte colique. …elle se trouve fort foible encores, Marguerite de Navarre, Lett. 11. Si j'entendoys aussi bien comme l'on peult vaincre par rigueur et audace ung cœur obstiné que vous faictes la passion de M. de Saint-Pol, je me feroys forte que le roy seroit obey, Marguerite de Navarre, Lett. 104. Au plus fort de son mal, il ne fait que parler et s'esbattre, Marguerite de Navarre, ib. 84. Si vous m'aimez autant que vous dites, je suis sure que, pour avoir ma bonne grace, rien ne vous sera fort [difficile] à faire, Marguerite de Navarre, Nouv. XXIV. Ayant esté bien fort offensé par les Limosins, Montaigne, I, 1. Forte battaille, Montaigne, I, 19. Il n'est rien qui abastardisse si fort une nature bien née, Montaigne, I, 183. Au fort de l'eloquence de Cicero, plusieurs entroient en admiration, Montaigne, I, 189. Le pouls lui bat fort, Montaigne, I, 339. Dans le plus fort du doubte, Montaigne, II, 106. C'estoit l'homme du monde le plus fort [difficile] à tenir, car il ne se passoit jour qu'il ne fist quelque folie, Despériers, Contes, IV. Il trouvoit le vin assez fort sans eau, buvant sicut terra sine aqua, Despériers, ib. LXXXVII. Theseus se faisant fort, et promettant qu'il viendroit au dessus du Minotaure, Amyot, Thésée, 20. Le fer entra si avant dedans la terre, qui estoit forte et grasse, que nul ne le peut arracher, Amyot, ib. 32. Ceulx qui estoient plus faits et plus forts apportoient du bois : ceulx qui estoient plus petits et plus foibles, des herbes, Amyot, Lyc. 36. Themistocle leur nia fort et ferme, Amyot, Thémist. 37. Le louant comme un fort homme de bien, Amyot, Caton, 51. Les Macedoniens luy en sceurent fort mauvais gré, et l'en blasmerent fort, Amyot, Pyrrhus, 59. La barbe forte et espesse, le front large, le nez aquilin, Amyot, Anton. 5. Teligni jure et asseure savoir bien que c'estoit pour un fort de plaisir [petite guerre] qu'on vouloit attaquer dans la cour du Louvre, D'Aubigné, Hist. II, 16. Il avoit esté contraint de se retirer en son logis et y tenir fort cinq ou six heures, Carloix, I, 20.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FORT. Ajoutez :
37Dans les raffineries de salpêtre, eaux fortes, celles qui n'ont plus qu'à passer une fois sur des terres neuves pour devenir eaux de cuite.
38De plus fort, plus fortement, avec plus de force. L'ordonnance du 20 juillet 1825, voulant assurer de plus fort l'exécution complète de la loi du 1er mai 1822, Gaz. des Trib. 4 janv. 1873, p. 10, 3e col.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FORT, adj. voyez les articles Force.

FORT, s. m. c’est dans l’Art militaire, un lieu ou un terrein de peu d’étendue fortifié par l’art ou par la nature, ou par l’un & l’autre en même tems.

Les forts different des villes fortifiées, non-seulement parce qu’ils renferment un espace plus petit, mais encore parce qu’ils ne sont ordinairement occupés ou habités que par des gens de guerre. Ce sont des especes de petites citadelles destinées à garder des passages importans, comme le fort des Barraux. Ils servent encore à occuper des hauteurs sur lesquelles l’ennemi pourroit s’établir avantageusement, à couvrir des écluses, des têtes de chaussées, &c. Tel est le fort de Scarpe auprès de Doüay, celui de Nieulay à Calais, de saint François à Aire, &c.

Lorsque la ligne de défense de ces forts a 120 toises, ou environ, on les appelle forts royaux. (Q)

Fort de Campagne ; c’est une espece de grande redoute dont les côtés se flanquent réciproquement, & qui ne se construit que pendant la guerre. On s’en sert alors pour couvrir & garder des postes ou des passages importans.

Lorsque les forts de campagne sont triangulaires ou quarrés, & qu’ils sont ouverts d’un côté, on leur donne le nom de redoutes. Voyez Redoute. Mais quand ils sont fermés de tous côtés, & qu’ils donnent des feux croisés, c’est alors qu’ils portent proprement le nom de forts.

La grandeur des forts de campagne varie suivant l’usage auquel on les destine ; mais leur ligne de défense doit toûjours être plus petite que celle des villes fortifiées. On peut la fixer entre 40 & 60 toises au plus, ce qui est à-peu-près la plus grande longueur que l’on peut donner aux côtés de ces forts. Ils sont formés d’un fossé de 10 ou 12 piés de profondeur sur 15 ou 18 de largeur ; d’un parapet de huit ou neuf piés d’épaisseur & de sept de hauteur, & assez ordinairement d’un chemin couvert, palissadé lorsqu’on a la commodité de le faire.

Pour construire un fort de campagne triangulaire, décrivez d’abord un triangle équilatéral. Divisez chacun de ses côtés en trois parties égales ; prolongez une de ces parties au-delà du triangle, & faites ce prolongement égal à cette partie. Tirez ensuite de son extrémité au sommet de l’angle opposé au côté prolongé, la ligne de défense. Faites la gorge égale au tiers du côté, & élevez le flanc de maniere qu’il fasse un angle à-peu-près de 100 degrés, avec les deux autres tiers du même côté. Faites après cela la même chose sur les autres côtés du triangle ; & il sera fortifié par trois demi-bastions. Il y a des auteurs qui fortifient le triangle avec des bastions entiers ; mais les angles de ces bastions se trouvent alors si aigus, qu’ils n’ont aucune solidité.

La fortification du quarré avec des demi-bastions se fait de la même maniere que celle du triangle ; excepté qu’au lieu de diviser le côté en trois parties égales, on le partage en quatre, & que le prolongement de chaque côté est pris du quart de ce côté, de même que la gorge du demi-bastion.

Cette sorte de fortification donne des angles morts ou rentrans, qui ne sont pas défendus ; mais le peu d’élévation des forts de campagne rend ces angles bien moins défectueux ou préjudiciables que dans les villes de guerre, parce que l’espace qui n’est pas défendu se trouve alors beaucoup plus petit.

Parmi les forts de campagne, il y en a qu’on nomme forts à étoile, parce qu’ils en ont à-peu-près la figure. Ils sont formés de quatre, cinq, ou six côtés qui donnent autant d’angles saillans & rentrans.

Pour faire un fort en étoile qui soit exagonal ou qui ait six angles rentrans, il faut d’abord décrire un triangle équilatéral, diviser chaque côté en trois parties égales des deux extrémités de la partie du milieu de chaque côté & de son intervalle, décrire deux arcs qui se coupent dans un point en-dehors le triangle ; tirant de ce point des lignes aux centres de ces arcs, on aura le fort tracé.

Si l’on veut un fort pentagonal à étoile, on commencera par décrire un pentagone de la grandeur qu’on jugera nécessaire ; on divisera ensuite chaque côté en deux également, & du point du milieu on élevera une perpendiculaire en-dedans le pentagone. On donnera à cette perpendiculaire le quart du côté ; & par son extrémité on tirera aux angles du pentagone des lignes qui formeront les angles rentrans de ce polygone.

Si l’on trouve que cette construction donne les angles saillans trop aigus, on les augmentera en diminuant un peu la grandeur de la perpendiculaire, qui peut être réduite à la cinquieme ou à la sixieme partie du côté du pentagone.

On construira de la même maniere un quarré en étoile, en donnant environ la septieme ou la huitieme partie du côté du quarré à la perpendiculaire élevée en-dedans sur le milieu de chaque côté.

Si l’on veut faire un fort à étoile à huit angles, il faut commencer par en construire un à quatre, de la maniere qu’on vient de l’enseigner ; ensuite, de l’extrémité du tiers de chaque côté, pris de part & d’autre du sommet des angles rentrans, & de l’intervalle de ces deux extrémités, décrire deux arcs qui se couperont dans un point ; tirant de ce point des lignes au centre de ces arcs, on aura l’étoile à huit angles.

Les angles rentrans des forts à étoiles ne sont pas propres à être défendus (voyez Angle mort) ; & cette considération a fait dire à quelques auteurs que ces forts étoient des cometes fatales à ceux qui les construisoient. Mais ce jugement est un peu rigoureux ; car il est certain qu’on peut s’en servir assez avantageusement pour garder différens postes à la guerre. Ils étoient autrefois en usage dans les lignes de circonvallation ; on s’en sert plus rarement aujourd’hui. M. de Clairac dit dans son livre de l’ingénieur de campagne, qu’il en fit construire un de cette espece sur la Queich en 1743, qui fut approuvé. (Q)

Fort à Etoile, voyez ci devant Fort de Campagne. (Q)

Fort Royal ; c’est celui dont la ligne de défense a environ 120 toises. Voyez Ligne de Défense & Fort. (Q)

Fort & Forts, s. m. nom donné à une espece de monnoie d’or, frappée par les ordres de Charles de France, duc d’Aquitaine, fils de Charles VII. & frere de Louis XI.

Ce prince y étoit représenté d’un côté la couronne en tête, déchirant un lion, avec ces mots : Karolus Francorum Regis filius Acquitanorum Dux. On voit au revers une croix fleurdelisée & cantonnée de lis & de léopards ; au milieu est l’écu du prince, qui porte écartelé au 1er & au 4e de France, au 2e & 3e d’Aquitaine, qui est d’or au léopard de gueules ; on lit autour : Tu es Domine Deus meus, fortitudo mea et laux mea.

Le nom de cette monnoie se trouve conservé dans le traité de Budé, de asse & partibus ejus, où en parlant en général des monnoies d’Angleterre, & en particulier de celle qu’on appella des nobles à la rose, qu’Edoüard prince de Galles & duc d’Aquitaine fit faire en grande quantité, il dit qu’elles étoient moins pesantes que celles de Charles d’Aquitaine, qu’on appelloit des forts. Rosatos, Edoüardeosque pondere superant Carolei Aquitaniæ nummi qui fortes appellantur.

Il est aisé de comprendre pourquoi on donna le nom de fort à cette monnoie. Elle étoit plus forte que celle des ducs prédécesseurs de Charles de France ; d’ailleurs l’action dans laquelle ce prince étoit représenté, avoit pû contribuer à cette dénomination qui s’accorde encore avec le mot fortitudo qu’on lit dans l’inscription du revers. Enfin ce nom pouvoit avoir été pris par opposition à celui de hards, qu’on avoit donné aux monnoies des princes anglois, derniers ducs d’Aquitaine, & prédécesseurs de Charles de France, qui y étoient représentés tenant une épée nue. Ce nom qui se communiqua aux petites especes de cuivre & de billon, a formé selon toutes les apparences celui de liard, dont nous nous servons, comme qui diroit li hardi, c’est-à-dire en vieux françois le hardi. Mém. de l’acad. des Belles-Lettres, tom. I. (G)

Fort, Denier fort, prêter son argent au denier fort, c’est le prêter sur un pié au-delà du taux ordonné par le prince, ou le donner à un plus haut prix que celui qui est reglé par le courant de la place. Ceux qui prêtent leur argent au denier fort, sont réputés usuriers. Voyez Usure. Diction. du Comm. & Chamb. (G)

Fort se dit des poids & des mesures. On dit qu’une mesure est plus forte dans un endroit que dans un autre, pour faire entendre qu’elle contient davantage dans un lieu que dans l’autre ; qu’une balance est trop forte, lorsqu’elle ne trebuche pas avec facilité ; qu’un poids est trop fort, lorsqu’il n’est pas juste, & qu’il est plus pesant qu’il ne faut.

On appelle le fort de la balance romaine, le côté le moins éloigné du centre de la balance, qui sert à peser les marchandises les plus pesantes. Diction. de Comm. & Chamb. (G)

Fort, parmi les Commerçans, & sur-tout à Paris, signifie un porte-faix, un crocheteur, un gagne denier qui travaille à la décharge ou au transport des marchandises.

Les principaux lieux de Paris où il y a des forts établis, sont la douane, la halle aux draps, la halle aux toiles, le port Saint-Paul, & le port Saint-Nicolas.

Les forts de la douane dépendent des fermiers-généraux : ceux de la halle aux draps sont préposés par les maîtres & gardes-drapiers & merciers : ceux de la halle aux toiles sont placés par les officiers de cette halle ; & ceux des ports sont autorisés par les prevôt des marchands & échevins.

Dans chacun de ces endroits, il n’y a qu’un certain nombre de forts reglé, n’étant pas permis à d’autres personnes de la ville d’y venir travailler à leur préjudice. Voyez Gagne-denier. Dictionnaire de Commerce. (G)

Fort, adv. en Musique, s’écrit dans les parties pour marquer qu’il faut forcer le son avec véhémence, mais sans le hausser ; chanter à pleine voix, tirer beaucoup de son de l’instrument ; ou bien, pour détruire le mot doux sur les notes où l’on veut faire cesser de chanter ou joüer doux. Voyez Doux.

Les Italiens ont encore le superlatif fortissimo, dont on n’a guere besoin dans la Musique françoise : car on y chante ordinairement très-fort. (S)

Fort de bouche, (Manége.) cheval dont la bouche est forte, cheval qui a de la gueule. Voy. Mors. (e)

Fort, on dit volée de poing fort, c’est quand on jette les oiseaux de poing après le gibier.

Fort, (Bot. & Arts méch.) est l’épaisseur du bois.

Fort-Dauphin, (Géog.) fort de l’île de Madagascar, sur la pointe méridionale de la province d’Anossi. Il a été bâti par les François, présentement abandonné, & est à 1d 37′ 20″. au-delà du tropique du Capricorne. (D. J.)

Fort de l’Ecluse, (Géog.) arx clausulæ ; fort de France sur un grand rocher, & à quelques lieues de Genêve, à la droite du Rhône. Long. 23. 48. lat. 46. 12. (D. J.)

Fort-Louis, (le) Géog. Arx Ludovicia ; place forte de France, en Alsace, bâtie par Louis XIV. dans une île formée par le Rhin, à 8 lieues de Strasbourg & de Landau, 12 de Philisbourg, 5 de Weissenbourg. Longit. 25d 44′ 0″. latit. 48d 48′ 0″. (D. J.)

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Étymologie de « fort »

Bourguig.  ; provenç. fort ; espagn. fuerte ; portug. et ital. forte ; du latin fortis.

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Du latin fortis.
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Phonétique du mot « fort »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fort fɔr

Évolution historique de l’usage du mot « fort »

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Citations contenant le mot « fort »

  • Tête fort chevelue embellit le beau et enlaidit le laid. De Plutarque / Vies parallèles
  • D’où l’idée du terrain d’aéromodélisme. Pas d’habitations… Ou presque : le fort est à moins de 200 mètres, au milieu des arbres. « Et comme c’est une cuvette, le bruit est encore plus fort », reprend le couple. , Tourisme | Les occupants du fort repoussent les hélicoptères
  • Oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices. Honoré de Balzac, César Birotteau
  • Les âmes fortes ne sont ni jalouses ni craintives : la jalousie est un doute, la crainte est une petitesse. Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage
  • Beauté forte à genoux devant la beauté frêle ! Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Femmes damnées
  • La menace du plus fort me fait toujours passer du côté du plus faible. François René, vicomte de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe
  • Le hasard, voyez-vous, ne sert que les hommes forts et c'est ce qui indigne les sots. Émile Gaboriau, L'Affaire Lerouge
  • La raison du plus fort est toujours la meilleure. Jean de La Fontaine, Fables, le Loup et l'Agneau
  • L'homme le plus fort du monde est celui qui est le plus seul. Henrik Ibsen, Un ennemi du peuple
  • Fort est qui abat, plus fort est qui se relève. De Anonyme
  • Plus fort, plus haut, plus vite. De Pierre de Coubertin
  • Plus loin, plus haut, plus fort. De Père Didon / Jeux Olympiques
  • Le vin est fort, le roi est plus fort, les femmes le sont plus encore. De Martin Luther / Propos de table
  • On est plus fort quand on est poli. De André Ribaud
  • Celui qui crie le plus fort a toujours raison. De William Cowper
  • Ce qui ne me détruit pas me rend plus fort. De Friedrich Nietzsche
  • La beauté parle fort mais la bonté parle longtemps. De Anonyme
  • Mourir, c'est passer du côté du plus fort. De Jean Rostand
  • Tout chien est fort à la porte de son maître. De Proverbe guadeloupéen
  • Un roi faible affaiblit le peuple le plus fort. De Luis Vaz de Camoens / Les lusiades
  • Réfléchir, c’est à dire à écouter plus fort. De Samuel Beckett / Molloy
  • La pluie tombe toujours plus fort sur un toit percé. De Proverbe japonais
  • Contre l'adversité se prouve l'homme fort. De Maurice Scève / Microcosme
  • Le fort de Cormeilles-en-Parisis sera le site emblématique francilien de la troisième édition du Loto du patrimoine. Une consécration pour la fortification militaire appartenant au conseil régional et administré par l'Agence des espaces verts d'Ile-de-France. Les Echos, Val-d'Oise : le Fort de Cormeilles-en-Parisis, lauréat du loto du patrimoine | Les Echos
  • Place de choix faite à la jeunesse donc, mais aussi aux femmes avec le concert exceptionnel de Jocelyne Béroard, la diva du groupe Kassav, qui restera un des temps forts de cette édition 2020. Toute l'actualité des Outre-mer à 360°, 49ème Festival culturel de Fort-de-France : Une édition placée sous le signe de la résistance et de la solidarité intergénérationnelle - Toute l'actualité des Outre-mer à 360° - Toute l'actualité des Outre-mer à 360°

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Traductions du mot « fort »

Langue Traduction
Anglais strong
Espagnol fuerte
Italien forte
Allemand stark
Chinois 强大
Arabe قوي
Portugais forte
Russe сильный
Japonais 強い
Basque indartsu
Corse forte
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Synonymes de « fort »

Source : synonymes de fort sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fort »

Fort

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