Fort : définition de fort


Fort : définition du Wiktionnaire

Adjectif

fort \fɔʁ\

  1. Costaud, robuste, vigoureux.
    • Être fort comme un roc.
    • Avoir une forte constitution.
    • Il n’est pas assez fort pour porter tout cela.
  2. Qui est puissant.
    • Vous aurez affaire à forte partie.
    • Un homme est bien fort quand il a pour lui la conscience.
    • La raison du plus fort.
    • Voix forte, voix pleine et qui se fait bien entendre.
  3. Solide.
    • Colle forte.
    • Cette toile est forte, elle durera longtemps.
    • De fortes murailles.
    • Cet arbre est déjà fort.
    • Une planche qui n’est pas assez forte.
    • Avoir la jambe forte, la main forte, etc.
  4. Capable, habile, expérimenté.
    • Cet élève est fort en histoire, en mathématiques, en anglais.
    • Il n’est pas assez fort pour traiter un pareil sujet.
    • Être fort aux échecs.
    • Je ne joue pas contre vous, vous êtes beaucoup plus fort que moi.
    • C’est une forte tête, c’est un homme de beaucoup de jugement, de beaucoup de capacité.
    • C’est une des plus fortes têtes du conseil, de l’assemblée.
    • Avoir la tête forte, se dit de quelqu’un qui porte bien le vin, qui peut en boire beaucoup sans en être incommodé.
  5. Gros.
    • La carnassière, maintenant bien remplie, pesait à ses épaules le poids de deux forts lièvres. — (Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines, 1910, chap. 2)
    • Elle était une de ces femmes auxquelles leur forte taille et leur prestance masculine donneraient le droit de s’habiller, sans qu’on les remarquât, en homme. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • […] une blonde à forte poitrine dont les yeux verts pétillaient d’excitation, se trémoussait sur sa chaise, jappant comme un chiot qui attend son sucre. — (Philippe Labro, L’étudiant étranger, Gallimard, 1986, page 261)
    • (Par extension) Avoir les traits forts.
  6. Intense, qui fait une vive impression sur le goût et sur l’odorat, la vue…
    • Il l’entraîne dans la salle à manger et débahute la bouteille de fort alcool. — (Raymond Queneau, Les derniers jours)
  7. Qui est impétueux, violent, énergique.
    • Forte pluie.
    • Forte douleur.
    • Le coup de tonnerre fut si fort que les vitres en tremblèrent.
    • Donner une forte impulsion.
  8. Qui est important ou considérable.
    • Sa figure intelligente, dont les traits et le teint trahissaient une assez forte proportion de sang soudanais, […], prenait par moments une expression de grande affabilité. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 67)
    • C’est un fort acheteur.
    • Une forte maison.
    • Avoir une forte inclination pour quelque chose.
    • Cela fit une forte impression sur son esprit.
    • Une forte colère.
    • Cela est fort, un peu fort, voilà qui est fort, se dit d’une chose qui étonne désagréablement, qui paraît extraordinaire, difficile à croire ou dure et offensante.
  9. Qui est courageux, magnanime, ferme.
    • C’est un homme qui a l’âme grande et forte.
    • La femme forte de l’écriture.
    • Se porter fort pour quelqu’un, Répondre du consentement de quelqu’un.
  10. Qui est gros et épais de matière, capable de porter un poids ou de résister à un choc.
    • Terre forte, terre grasse, tenace et difficile à labourer.
  11. Qui est en état de résister aux attaques de l’ennemi.
    • Ville forte.
    • Place forte.
  12. Nombreux.
    • Une forte troupe d’ennemis.
    • Un fort parti d’opposition.
    • L’armée ennemie, plus forte de moitié que la nôtre.
  13. Rude, difficile, pénible.
    • Vous lui donnez là une forte tâche.
    • Le plus fort est fait, le plus difficile, le plus désagréable est fait.
  14. (Figuré) Considérable dans son genre et supérieur à une certaine valeur.
    • Une forte somme.
    • Une forte dose.
    • Prix fort, prix marqué sur lequel on peut obtenir certaines réductions.
    • Une forte lunette, une lunette qui a une longue portée.
  15. (Musique) La musique se divise en temps faibles et en temps forts.
    • Appuyer sur les temps forts.
  16. Qui est bien fondé, qui est appuyé sur de bons principes.
    • Cette raison-là est bien plus forte que l’autre.
    • C’est un des plus forts arguments pour prouver l’immortalité de l’âme.
    • Une forte objection.
  17. Par comparaison du plus au moins,
    • À plus forte raison, avec d’autant plus de raison.
    • Un nombre plus fort qu’un autre.
    • Si l’on a des devoirs envers l’humanité, à plus forte raison en a-t-on envers sa patrie.
  18. Il se dit également des expressions, du style, etc., lorsqu’ils joignent l’énergie à la justesse et qu’ils sont capables de frapper, d’entraîner.
    • Une expression forte.
    • Un style fort et concis.
    • L’épithète est un peu forte.
  19. Raisonneur, indiscipliné ou obstiné.
    • Cet officier avait dans sa compagnie quelques fortes têtes, qu’il a fallu mettre à la raison.
    • Un esprit fort, personne qui se pique de ne pas croire les dogmes de la religion et, en général, de quiconque veut se mettre au-dessus des opinions et des maximes reçues.
    • Il fait l’esprit fort.
    • Les prétendus esprits forts.
    • Il n’est pas fort, se dit de quelqu’un qui manque d’intelligence, d’esprit avisé, de malice.
    • Il est fort pour parler, pour pérorer, se dit dans un sens péjoratif ou ironique de celui qui sait beaucoup moins agir que parler.
  20. (Grammaire) Se construit souvent avec la préposition « en » ou « de » suivie d’un nom qui indique le genre de force, la cause, la qualité, les ressources, etc., qui rendent fort.
    • […], ou encore Gérard Bourgoin, le très médiatique industriel du poulet, qui, fort de ses huit mille heures de vol, prend régulièrement les commandes des deux Falcon 10 de son groupe, basés dans son fief de Chailley, dans l'Yonne. — (Aymeric Mantoux, Voyage au pays des ultra-riches, éd. Flammarion, 2010)
    • Être fort des reins.
    • Cette armée est forte en infanterie.
    • Les ennemis sont plus forts en nombre.
    • Une armée forte de cent mille hommes.
    • Être fort en raisons.
    • Ils étaient forts de nos divisions.
    • Être fort de la protection de quelqu’un.
    • Être fort en gueule, Parler haut, parler fort, avoir le propos rude et prompt.
    • Forts de leurs longues expériences, les anciens inspirent humilité et respect.

Adverbe

fort \fɔʁ\

  1. D’une manière forte et vigoureuse.
    • Il poussa la porte si fort que le fer à cheval suspendu au linteau de chêne tinta faiblement. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Frappez fort.
    • Heurtez plus fort.
    • Poussez fort.
    • Il nie fort et ferme.
    • De plus fort en plus fort, avec une force croissante.
    • Il crie de plus en plus fort.
    • Frappez de plus fort en plus fort.
  2. Beaucoup. — Note d’usage : Quand on le met devant un adjectif ou devant un adverbe, il marque le superlatif.
    • […] ; Jaurès, […], admire fort un mouvement qui ne serait pas compromis par des violences qui auraient affligé l'humanité ; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.V, La grève générale politique, 1908, p.213)
    • Il vente très fort, des goélands passent, emportés par la tempête, et essaient vainement de remonter le vent. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Je sais fort bien qui est Mr Kipling, bien que vous ayez cru bon dans votre "Étude en rouge" de me faire paeser pour un béotien en décrivant ma culture littéraire comme nulle ! — (Philippe Chanoinat (scénario) & Frédéric Marniquet (dessin), Les Archives secrètes de Sherlock Holmes, vol. 3 : Les adorateurs de Kâli, éd. Glénat BD, 2017, p. 23)
    • Il pleut fort.
    • Elle lui plaît fort. — Cette entreprise lui tient fort au cœur. — J’ai cela fort à cœur.
    • Il en a été fort surpris. — Cet ouvrage est fort estimé des savants. — Il est fort au-dessus de l’ordinaire.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Fort : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FORT, ORTE. adj.
Qui est robuste, vigoureux. Un homme grand et fort. Avoir une forte constitution. C'est un homme fort et qui résiste au travail, à la fatigue. Il n'est pas assez fort pour porter tout cela. Ce cheval est-il assez fort pour ce camion. Fam., Fort comme un Turc, Extrêmement robuste, vigoureux. Il signifie aussi Qui est grand et puissant de corps ou épais de forme; qui est de volume, de dimension épaisse. Un homme fort de poitrine. Cette personne est un peu forte. Par extension, Avoir les traits forts. Il se dit également des Choses et signifie Qui est gros et épais de matière, capable de porter un poids ou de résister à un choc. De fortes murailles. Une forte digue. Cet arbre est déjà fort. Il faut une poutre, une barre de fer plus forte. Une planche qui n'est pas assez forte. Avoir la jambe forte, la main forte, etc. Il se dit pareillement des Étoffes, des toiles, du cuir, etc. Cette étoffe est forte, elle durera longtemps. Terre forte, Terre grasse, tenace et difficile à labourer. Colle forte, Gélatine extraite des matières animales que l'on chauffe pour la rendre liquide. Il se dit aussi des Villes et des places de guerre et alors il signifie Qui est en état de résister aux attaques de l'ennemi. Ville forte. Place forte. Il signifie quelquefois Qui est nombreux. Une forte troupe d'ennemis. Un fort parti d'opposition. L'armée ennemie, plus forte de moitié que la nôtre. Il signifie encore Qui est rude, difficile, pénible. Vous lui donnez là une forte tâche. Fam., Le plus fort est fait, Le plus difficile, le plus désagréable est fait. Il se dit figurément de Ce qui est considérable dans son genre et représente une valeur. Une forte dépense. Recevoir un fort salaire, de forts appointements. Une forte somme. Un nombre plus fort qu'un autre. Un fort mangeur. Une forte dose. Prix fort, Prix marqué sur lequel on peut obtenir certaines réductions. Une forte lunette, Une lunette qui a une longue portée. Voix forte, Voix pleine et qui se fait bien entendre. Au figuré, il signifie particulièrement Qui est impétueux, grand, violent, énergique dans son genre. Forte pluie. Vent fort. Sons forts. Forte gelée. Forte chaleur. Forte douleur. Forte fièvre. Donnez le courant plus fort. Le coup de tonnerre fut si fort que les vitres en tremblèrent. Donner une forte impulsion. Faire une forte résistance. En termes de Métrique et de Musique, La musique se divise en temps faibles et en temps forts. Appuyer sur les temps forts. Par extension, Avoir une forte inclination pour quelque chose. Cela fit une forte impression sur son esprit. Une forte colère. Une forte leçon. Fam., Cela est plus fort que moi, se dit d'un Désir, d'une répugnance, d'une habitude, d'une impression, etc., qu'on ne peut vaincre, surmonter. Fam., Cela est fort, un peu fort, voilà qui est fort, se dit d'une Chose qui étonne désagréablement, qui paraît extraordinaire, difficile à croire ou dure et offensante. On dit aussi C'est un peu fort, c'est trop fort, c'est par trop fort. Il se dit, dans une acception analogue à celle qui précède, de Certaines choses qui font une vive impression sur le goût et sur l'odorat. Liqueurs fortes. Vinaigre fort. Cette eau de Cologne a une odeur très forte. Ce tabac est trop fort pour moi. Il se dit, particulièrement, de Ce qui est excessivement âpre, désagréable au goût, à l'odorat. Du beurre fort. Avoir l'haleine forte. Il signifie aussi Qui est chargé, en parlant d'un Liquide, d'une couleur, etc. Vin fort. Bouillon trop fort. Ce thé est bien fort. Ce café est trop fort. Couleur forte. Des teintes plus fortes. Il signifie en outre Qui est puissant, tant au sens propre qu'au sens figuré. Son parti est le plus fort. Vous aurez affaire à forte partie. Un homme est bien fort quand il a pour lui la conscience. La raison du plus fort. Main-forte. Voyez MAIN. Il signifie encore Qui est bien fondé, qui est appuyé sur de bons principes. Cette raison-là est bien plus forte que l'autre. C'est un des plus forts arguments pour prouver l'immortalité de l'âme. Une forte objection. Par comparaison du plus au moins, À plus forte raison, Avec d'autant plus de raison. Si l'on a des devoirs envers l'humanité, à plus forte raison en a-t-on envers sa patrie. Il se dit également des Expressions, du style, etc., lorsqu'ils joignent l'énergie à la justesse et qu'ils sont capables de frapper, d'entraîner. Une expression forte. Un style fort et concis. L'épithète est un peu forte. Il signifie souvent, au figuré, Qui est habile, expérimenté, capable. C'est un homme fort en matière juridique. Cet élève est fort en histoire, en mathématiques, en anglais. Il n'est pas assez fort pour traiter un pareil sujet. Être fort aux échecs. Je ne joue pas contre vous, vous êtes beaucoup plus fort que moi. C'est une tête forte, une forte tête, C'est un homme de beaucoup de jugement, de beaucoup de capacité. C'est une des plus fortes têtes du conseil, de l'assemblée. Avoir la tête forte, se dit de Quelqu'un qui porte bien le vin, qui peut en boire beaucoup sans en être incommodé. Il se dit encore d'un Caractère raisonneur, d'un indiscipliné, d'un obstiné. Cet officier avait dans sa compagnie quelques fortes têtes, qu'il a fallu mettre à la raison. Un esprit fort, se dit d'une Personne qui se pique de ne pas croire les dogmes de la religion; et, en général, de Quiconque veut se mettre au-dessus des opinions et des maximes reçues. C'est un esprit fort. Il fait l'esprit fort. Les prétendus esprits forts. Fam., Il n'est pas fort, se dit de Quelqu'un qui manque d'intelligence, d'esprit avisé, de malice. Fam., Il est fort pour parler, pour pérorer, se dit dans un sens péjoratif ou ironique de Celui qui sait beaucoup moins agir que parler. Il signifie quelquefois, au figuré, Qui est important, considérable. C'est un fort acheteur. Une forte maison. Il signifie aussi figurément Qui est courageux, magnanime, ferme. C'est un homme qui a l'âme grande et forte. La femme forte de l'Écriture. Se faire fort, S'engager à quelque chose, se rendre caution, se rendre garant. Dans cette locution, le mot Fort reste invariable. Je me fais fort d'en venir à bout. Il se fait fort de réussir. Elle se fait fort d'obtenir la signature de son mari. Ils se faisaient fort d'une chose qui ne dépendait pas d'eux. On dit dans le même sens Se porter fort pour quelqu'un, Répondre du consentement de quelqu'un.

FORT se construit souvent avec la préposition EN, OU avec la préposition DE, suivie d'un nom qui indique le genre de force, la cause, la qualité, les ressources, etc., qui rendent fort. Être fort des reins. Cette armée est forte en infanterie. Les ennemis sont plus forts en nombre. Une armée forte de cent mille hommes. Être fort en raisons. Ils étaient forts de nos divisions. Être fort de la protection de quelqu'un. Être fort de sa conscience. Pop., Être fort en gueule, Parler haut, parler fort, avoir le propos rude et prompt. Il se dit comme nom, surtout dans le style élevé, de Celui qui a la force ou la puissance. Protéger le faible contre le fort. Les forts de la halle, Les portefaix qui font le service de la halle aux blés de Paris et aussi des halles centrales. Il désigne encore l'Endroit le plus fort d'un chose. Le fort de la voûte. Il se dit aussi de l'Endroit le plus épais et le plus touffu d'un bois. S'enfoncer dans le fort du bois. Il se dit, en termes de Chasse, du Repaire, de la retraite de certains animaux qui se réfugient toujours dans l'endroit le plus épais du bois. Le sanglier est dans son fort. Relancer une bête dans son fort. Il se dit figurément et familièrement du Genre de mérite ou de savoir, de la qualité qui distingue une personne, qui la place au-dessus des autres. L'histoire est son fort. C'est le prendre par son fort que de le mettre sur la géométrie. On dit dans un sens analogue : Connaître le fort et le faible d'une affaire. Fam., Le fort portant le faible, Toutes choses étant compensées, ce qui manque d'un côté étant suppléé de l'autre. Il désigne encore le Temps où une chose est dans son plus haut point, dans son plus haut degré. Dans le fort, au fort de l'hiver, de l'été. Au fort de la tempête. Il est dans le fort de sa maladie. Un homme dans le fort de sa passion. Il s'élança courageusement au fort de la mêlée. Garder son sang-froid au fort du danger. On dit aussi Au plus fort de la mêlée, du danger. Il se dit en outre d'un Ouvrage de terre ou de maçonnerie ou revêtu de métal, destiné à résister aux attaques de l'ennemi. Bâtir, attaquer, prendre un fort. Il n'y a qu'un fort de terre qui défende l'entrée du pont. Des forts détachés. La défense du fort de Vaux. Il s'emploie aussi comme adverbe et signifie D'une manière forte et vigoureuse. Frappez fort. Heurtez plus fort. Poussez fort. Il nie fort et ferme. De plus fort en plus fort, Avec une force croissante. Il crie de plus en plus fort. Frappez de plus fort en plus fort. Il signifie aussi Beaucoup; et alors, quand on le met devant un adjectif ou devant un adverbe, il marque le superlatif. Il pleut fort. Elle lui plaît fort. Cette entreprise lui tient fort au cœur. J'ai cela fort à cœur. Il en a été fort surpris. Cet ouvrage est fort estimé des savants. Il est fort au-dessus de l'ordinaire. Fort beau. Fort laid. Fort bien. Fort mal.

Fort : définition du Littré (1872-1877)

FORT (for, for-t' ; le t ne se lie pas : un homme for et hardi ; au pluriel, l's ne se lie pas : des hommes for et hardis ; cependant quelques-uns lient cette s : des hommes for-z et hardis ; quand fort est employé pour le superlatif absolu, le t se lie : elle est for-t aimable ; il se lie aussi dans la locution fort et ferme : for-tè-fèr-m') adj.

Résumé

  • 1° Qui a beaucoup de force.
  • 2° Qui a pour soi la force matérielle.
  • 3° Redoutable par le nombre, l'armement, etc.
  • 4° Capable, par la grosseur, de résister.
  • 5° Grand et puissant de corps.
  • 6° Considérable en son genre, en parlant des choses.
  • 7° Qui est en quelque excès sur la juste mesure.
  • 8° Qui a une longue portée, en parlant de la vision.
  • 9° Dont le son est plein, très marqué.
  • 10° Qui a une grande ténacité.
  • 11° Dru, rangé près à près.
  • 12° Rude, difficile.
  • 13° Chargé, en parlant d'une couleur, d'une liqueur.
  • 14° Qui fait beaucoup d'impression sur le goût, sur l'odorat.
  • 15° Âcre au goût, désagréable à l'odorat.
  • 16° Fig. Qui a de la grandeur, de l'impétuosité, de la violence, en parlant des choses.
  • 17° Un fort marchand.
  • 18° Qui a de la force d'âme et de la fermeté.
  • 19° Habile, capable.
  • 20° Bien fondé, appuyé sur de bons principes.
  • 21° Qui joint l'énergie à la justesse, en parlant du style.
  • 22° Qui a quelque chose d'outré.
  • 23° Terme de fauconnerie.
  • 24° Terme de droit coutumier.
  • 25° S. m. Celui qui a une grande force musculaire.
  • 26° Celui qui a la force ou la puissance.
  • 27° La partie la plus forte, la plus résistante d'une chose.
  • 28° Il se dit en parlant des sons.
  • 29° Ce qui est en excès, en termes de monnaie.
  • 30° Le plus épais, le fourré, en termes de chasse.
  • 31° Ouvrage de terre ou de maçonnerie capable de résister à l'ennemi.
  • 32° Fig. La partie essentielle, principale d'une chose.
  • 33° Le plus haut degré, en parlant de choses physiques et morales.
  • 34° Ce qui fait la force, la supériorité d'une personne.
  • 35° Adv. D'une manière forte.
  • 36° Extrêmement, beaucoup.
  • 1Qui a beaucoup de force. Cet enfant deviendra fort. Cet oiseau a l'aile forte. J'eus beau crier et me défendre [d'être berné] ; la couverture fut apportée ; et quatre des plus forts hommes du monde furent choisis pour cela, Voiture, Lett. 9. Mes gens vous aideront, et je les ai pris forts Pour vous faire service à tout mettre dehors, Molière, Tart. V, 5. Comme elle [la jeunesse] se sent forte et vigoureuse, elle bannit la crainte, et tend les voiles de toutes parts à l'espérance qui l'enfle et qui la conduit, Bossuet, Panég. St Bernard, 1. Les dernières levées étaient trop jeunes et trop faibles, il est vrai ; mais l'armée avait encore beaucoup de ces hommes forts et tout d'exécution, accoutumés aux situations critiques et que rien n'étonnait, Ségur, Hist. de Nap. III, 3.

    Familièrement. Être fort comme un Turc, comme un bœuf, extrêmement fort.

    Ironiquement. Il est le plus fort, il portera les coups.

    Fort de, se dit de la partie où l'on a de la force. Fort des bras, des reins.

    Fort de, se dit aussi de la chose qui rend fort. Semblables à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur nourrice, La Bruyère, I.

    Dans le langage biblique, le Dieu fort, Dieu. Mon âme a une soif ardente pour le Dieu fort, le Dieu vivant, Sacy, Bible, Psaumes, XLI, 3. Et, ayant dressé là un autel, il [Jacob] y invoqua le Dieu très fort d'Israël, Sacy, Bible, Génèse, XXXIII, 20.

    Il se dit de la force de certaines choses comparée à la force musculaire. Les gros aimants, même les plus faibles, répandent en proportion leur force à de plus grandes distances que les petits aimants les plus forts, Buffon, Min. t. IX, p. 173, dans POUGENS.

  • 2 Par extension, qui a pour soi la force matérielle. Il [l'Orient] fit Vespasien chef d'un plus fort parti, Corneille, Tite et Bérén. I, 1. La raison du plus fort est toujours la meilleure, La Fontaine, Fabl. I, 10.

    Qui a pour soi la force morale, la puissance, l'influence. Vous aurez affaire à forte partie. Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte ; Et, quelque grand malheur qui m'en doive arriver, Je consens à me perdre afin de la sauver, Corneille, Cinna, II, 1. Il n'a pas à combattre une forte adversaire, Rotrou, Bélis. II, 13. D'un Dieu plus fort que toi dépend ta destinée, Rousseau J.-B. Cantate, Circé. Un Dieu plus fort que toi [vertu] m'entraînait vers le crime, Voltaire, Œdipe, V, 4.

    Être bien fort, avoir beaucoup de force, de puissance, d'influence. Et c'est être bien fort que régner sur tant d'âmes, Corneille, Nicom. I, 1. Madame, on est bien fort quand on parle soi-même, Corneille, Agésilas, IV, 1. Une mère est toujours bien forte sur une fille d'un bon naturel, Rousseau, Conf. IX.

    Fort de, qui puise force et confiance dans… Mais il faut craindre un roi fort de tant de sujets, Corneille, Médée, I, 5. Fier de mes cheveux blancs et fort de ma faiblesse, Corneille, Pulchér. II, 1. Et forte désormais de vos droits et des miens, Corneille, Attila, III, 3. Ne te tiens-tu pas fort de ma poltronnerie ? Molière, Amph. I, 2. Il regrettait ces temps si chers à son grand cœur, Où, fort de sa vertu, sans secours, sans intrigue, Lui seul avec Condé faisait trembler la ligue, Voltaire, Henr. J. Valois plein d'espérance et fort d'un tel appui, Voltaire, ib. IV.

    Fig. Fort de, en parlant de choses. Des traits forts de sens [d'une morale élevée], Lamotte, dans DESFONT. Mes vers sont durs d'accord, mais forts de chose, Vers de LAMOTTE, cité par VOLT. Temple du goût. Je lis le mémoire de Mme Scaliger : il est bien fort de chose [souligné par Voltaire], raisonné à merveille, approfondi, et de la critique la plus vraie et la plus fine, Voltaire, Lett. d'Argental, 23 sept. 1760.

    Terme d'astrologie. Planète forte, planète qui a le pouvoir d'influer efficacement.

    Se faire fort (littéralement, se donner pour assez fort, se dire assez fort pour), se porter caution, s'engager à faire quelque chose. Je me fais fort d'en venir à bout. Le roi, s'il s'en fait fort, pourrait s'en trouver mal, Corneille, Nicom. III, 2. Il se fit fort de les avoir à sa maison de campagne, Hamilton, Gramm. 4.

    Se porter fort pour quelqu'un, répondre de son consentement, et aussi se porter garant pour lui.

    Fort dans ces cas-là est toujours invariable : elle se fait fort, ils se font fort de… Du moins telle est la décision de l'Académie (voy. plus bas la REMARQUE).

    Main-forte. voy. ce mot à son rang alphabétique.

  • 3 Terme de guerre. Redoutable par le nombre, l'armement, la position, etc. L'ennemi était plus fort que nous. Une armée forte de trente mille hommes Une escadre forte de six vaisseaux de ligne. Votre armée est la plus forte en nombre, Corneille, Sophon. I, 4. Une troupe aussi forte, un camp aussi nombreux, Voltaire, Scythes, IV, 2. L'armée d'Alexandre, forte de trois cent mille hommes, contenait ces peuples, Ségur, Hist. de Nap. IV, 1.

    Qui est en état de résister aux attaques de l'ennemi, en parlant de positions, de villes de guerre. Ville forte. La position de l'ennemi était très forte. Le palais de Sylla, notre plus fort asile, Voltaire, Catil. IV, 3.

  • 4Capable, par la grosseur, par l'épaisseur, de résister au choc, au poids, en parlant des choses. De fortes murailles. Une poutre très forte. De la vaisselle d'argent très forte. Il [le rouge-gorge] place son nid près de terre sur les racines des jeunes arbres, ou sur des herbes assez fortes pour le soutenir, Buffon, Ois. t. IX, p. 287.

    Terme de marine. Bâtiment fort de côté, bâtiment qui incline peu par un grand vent de travers. Fort en bois, qui a les côtés épais.

    Il se dit de même des tissus, des cuirs, etc. Un cuir fort. Une étoffe très forte. Un ruban très fort.

    Coffre-fort, voy. COFFRE.

  • 5Grand et puissant de corps. Un homme grand et fort. Un fort cheval.

    On dit de même : Avoir la main forte, le pied fort. Il a le nez un peu fort. Placez la main autrement, et l'on ne s'apercevra plus qu'elle est un peu trop forte et trop caractérisée, Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 196, dans POUGENS. L'Hercule de Glycon a le cou très fort relativement à la tête et aux jambes, Diderot, Pensées sur la peinture, Œuvres, t. XV, p. 213.

  • 6Qui est considérable en son genre, en parlant des choses. C'est une forte maison, on y fait beaucoup de dépense. Recevoir un fort salaire. Une forte dose. Un fort détachement. La plupart des matelots accourant où la paye était la plus forte, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. IV, p. 49, dans POUGENS. Colbert attira d'Italie Dominique Cassini, Huyghens de Hollande, et Roëmer de Danemark par de fortes pensions, Voltaire, Louis XIV, 31. Deux cents talents ! la somme est forte, mais allez dire à votre maître que, pour me tenter, ce ne serait pas trop de sa couronne, Diderot, Claude et Nér. I, 12.

    Un ordinaire fort, une table servie copieusement chaque jour.

    Une forte entrée, une entrée copieuse. On dit dans le même sens un plat fort, un plat copieux.

  • 7Qui est en quelque excès sur la juste mesure. Je soupçonne que ces mesures données par M. Mikhéli sont trop fortes, d'autant qu'elles excèdent de moitié celles qu'ont données MM. Cassini, Scheuchzer et Mariotti qui pourraient bien être trop faibles, Buffon, Addit. Théor. ter. Œuvres, t. XII, p. 439, dans POUGENS.

    Monnaie forte, monnaie évaluée sur un pied avantageux à celui qui la reçoit en payement. Le roi [Charles XII] répandit au hasard mille bourses, qui font quinze cent mille francs de notre argent en monnaie forte, Voltaire, Charles X'II, 6.

    Denier fort, voy. DENIER n° 3 et n° 8.

  • 8Qui a une longue portée, en parlant de la vision. Une forte lunette. Après avoir fait répéter cette expérience à d'autres dont les yeux étaient meilleurs et plus forts que les miens, Buffon, Hist. min. t. VII, p. 321, dans POUGENS.
  • 9Voix forte, voix pleine et qui se fait bien entendre. Il [Télémaque] appelle à lui d'une voix forte les chefs de l'armée, Fénelon, Tél. XVII.

    Terme de grammaire. Articulation forte, celle pour laquelle il faut fermer exactement la bouche pour la prononcer ; plus l'interception est exacte, plus l'articulation sera forte. pa, ta, ka, sont des articulations fortes ; ba, da, ga, sont des articulations faibles.

    Temps fort, en fait de musique, voy. TEMPS.

  • 10Qui a une grande ténacité. Colle forte, voy. COLLE.

    Terre forte, terre grasse, argileuse, tenace et difficile à labourer. J'ai fait tirer de chacun de ces arbres une solive de 22 pieds, sur 5 pouces d'équarrissage ; la première solive qui venait du terrain fort pesait 281 livres ; l'autre qui venait du terrain sablonneux ne pesait que 232 livres, Buffon, Hist. nat. Part. exp. Œuv. t. VIII, p. 226.

  • 11Touffu, dru, rangé près à près. Les blés sont forts cette année. Un bois extrêmement fort. Une forte haie l'empêcha de passer.
  • 12Rude, difficile. Un ressort qui est très fort. Une forte tâche. Ils trouvèrent une montagne forte à monter. Il n'est tigre d'Asie, il n'est lion d'Afrique, Ni monstre si funeste et si fort à dompter, Rotrou, Bélis. IV, 6.

    Ce cheval a la bouche forte, il a la bouche dure.

    Un cheval fort en bouche, cheval qui résiste au mors.

  • 13Chargé, en parlant d'une couleur, d'une liqueur. Bouillon fort. Cette lessive est trop forte. Des teintes plus fortes.
  • 14Qui fait beaucoup d'impression sur le goût, l'odorat. Ce tabac est très fort. De fortes épices.

    Liqueurs fortes, liqueurs alcooliques. L'on n'a d'autre intempérance à leur reprocher qu'une passion démesurée pour les liqueurs fortes, Raynal, Hist. phil. XVIII, 16. Le grand muphti, désespéré de voir les mosquées abandonnées, décida que cette boisson [le café] était comprise dans la loi de Mahomet, qui proscrit les liqueurs fortes, Raynal, ib. III, 12.

    Eau-forte, nom de l'acide azotique. Ils cherchent à réveiller leur goût déjà éteint par les eaux-de-vie et par toutes ces liqueurs les plus violentes, il ne manque à leur débauche que de boire de l'eau-forte, La Bruyère, VIII.

    Graver à l'eau-forte, graver sur une planche de cuivre à l'aide de l'eau-forte.

    Eau-forte, estampe tirée sur une planche qui a été préparée à l'eau-forte. Une belle eau-forte.

  • 15Âcre au goût, désagréable à l'odorat. Du beurre fort. Ceux de qui l'haleine est bien forte, Ou bien, pour parler d'autre sorte, Dont l'haleine sent les poireaux, Scarron, Virg. VI. La chair du faon est bonne à manger, celle de la biche et du daguet n'est pas absolument mauvaise, mais celle des cerfs a toujours un goût désagréable et fort, Buffon, Quadrup. t. II, p. 63.
  • 16 Fig. Qui a de la grandeur, de l'impétuosité, de la violence, en parlant des choses. Une forte maladie. Son pouls est fort et élevé. Forte gelée. Le vent a été fort toute la nuit. Forte douleur. Donner une médecine trop forte. Forte chaleur.

    En parlant de la mer, grosse, houleuse. Une forte mer.

    Il se dit, dans un sens analogue, des choses morales. La vérité même ne serait pas assez forte contre vous, Guez de Balzac, liv. I, lett. 2. Si d'un triste devoir la juste violence… Prescrit à ton amour une si forte loi Qu'il te rend sans défense à qui combat pour moi, Corneille, Cid, V, 1. Qu'en présence des rois les vérités sont fortes ! Que, pour sortir d'un cœur, elles trouvent de portes ! Corneille, Nicom. III, 8. Il est assez nouveau qu'un homme de son âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage, Corneille, Sertor. II, 1. Et ce qu'ils ont osé contre leur servitude N'en a rendu le joug que plus fort et plus rude, Corneille, ib. Votre nom pour ce choix est plus fort que le mien, Corneille, Pulchér. I, 4. De la plus forte ardeur vous portez vos esprits Jusqu'à l'indifférence et peut-être au mépris, Corneille, Poly. II, 2. As-tu donc pour la vie une haine si forte ? Corneille, ib. V, 2. Le premier sang versé rend sa fureur plus forte, Corneille, Nicom. V, 4. À moins d'une secrète et forte antipathie, Corneille, Sertor. I, 2. Ta forte passion est d'être brave et leste, Molière, Éc. des femmes, V, 4. M'en acquitter vers elle est ma plus forte envie, Th. Corneille, Ariane, III, 4. Je répétai deux ou trois fois la proposition accordée, ajoutant toujours quelque circonstance plus forte, mais évidemment contenue dans ce qui était accordé, Bossuet, Conférence avec Claude, 2. Qui peut vous inspirer une haine si forte ? Racine, Athal. III, 3. Ceux que des nœuds si forts n'ont pas su retenir, Racine, Théb. III, 6. J'étais comme enlevée ; il y avait quelque chose de trop fort pour moi dans la rapidité des événements qui me déplaçaient, qui me transportaient, Marivaux, Marianne, 3e part. Mon amour est plus fort, plus grand que mes bienfaits, Voltaire, Zaïre, I, 5. Ce nouveau mouvement dans mon cœur est trop fort, Voltaire, M. de Cés. III, 5. Et sur votre vaillance J'ai fondé dès longtemps ma plus forte espérance, Voltaire, Catil. II, 2. Pour murmurer jamais ma tendresse est trop forte, Ducis, Abufar, III, 6.

    Cela est plus fort que moi, je n'y puis résister, en parlant d'une passion, d'une habitude qu'on ne peut vaincre.

  • 17Un fort marchand, un marchand qui fait de grandes affaires. On consulta enfin deux forts laboureurs et deux bons marchands de blé, et il y eut le lendemain plus de pain au marché qu'on n'en voulait, Voltaire, Dict. phil. Conseiller ou juge.
  • 18Qui a de la force d'âme, de la fermeté. La femme forte de l'Écriture. Ô dieux ! que de faiblesse en une âme si forte ! Corneille, Cinna, IV, 6. Une femme forte, pleine d'aumônes et de bonnes œuvres, précédée, malgré ses désirs, par celui que tant de fois elle avait cru devancer, Bossuet, le Tellier. Vous avez une âme forte à qui je dis quelquefois des vérités fortes, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 21 sept. 1764. Fort contre vos raisons, faible contre ses pleurs, Voltaire, Brutus, IV, 1. Nous ne pouvons jamais nous affranchir de la nécessité d'avoir un suprême empire sur nous-mêmes ; si nous ne sommes pas fortes contre le vice, nous sommes obligées de l'être contre la honte, Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 150, dans POUGENS.

    Il se dit, en un même sens, de certaines choses morales ou intellectuelles. Voyons donc ce dernier combat [l'agonie] ; mais encore un coup affermissons-nous ; ne mêlons point de faiblesse à une si forte action, et ne déshonorons pas par nos larmes une si belle victoire, Bossuet, Duch. d'Orl. On n'entendit plus parler de cette éducation forte et sévère de la jeunesse persane, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 396. Je conviens que le sujet n'est guère théâtral pour nous qui, ayant beaucoup plus de goût, de décence, de connaissance du théâtre que les Anglais, n'avons généralement pas des mœurs si fortes, Voltaire, Rome sauvée, Préf. Les Mogols n'avaient plus rien de ces mœurs fortes qu'ils avaient apportées de leurs montagnes, Raynal, Hist. phil. IV, 21.

    On dit quelquefois qu'une œuvre littéraire est forte, quand elle exprime surtout des sentiments de fermeté et de courage, etc. On joue souvent Zaïre parce qu'elle est tendre ; on ne joue pas Brutus parce que cette pièce n'est que forte, Voltaire, Lett. d'Argenson, 4 juin 4739.

  • 19Habile, capable. Vous êtes plus fort que moi aux échecs. Je suis diablement fort sur l'impromptu, Molière, Préc. 10. Vous dites que vous n'êtes pas forte sur la narration, Sévigné, 402. Phocion était fort en raisonnement, et par là venait à bout d'abattre et de renverser la plus haute éloquence, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 86, dans POUGENS. Qui peut en fourberie être si fort que toi ? Regnard, Légat. IV, 2. S'il est faible en talent, il est fort en intrigue, Picard, Méd. et rampant, I, 2. Si monsieur est neuf sur les manières de Paris, vous n'êtes pas très fort sur la géographie, Picard, Provinc. à Paris, IV, 13.

    Absolument. Un homme fort, un homme dont l'esprit a plus d'étendue, de pénétration, de force qu'on n'en a d'ordinaire.

    Un élève fort, un élève qui sait bien ce qu'on lui enseigne. Il est fort en grec, en mathématiques. Malgré la sévérité de ce professeur, j'étudiai sous lui pendant six mois, et je devins un de ses plus forts écoliers, Lesage, Est. Gonzalez, chap. 4.

    Familièrement. Il n'est pas fort, c'est-à-dire il s'en faut de beaucoup qu'il soit habile.

    Familièrement. Il est fort pour parler, il parle plus qu'il n'agit.

    Familièrement, être fort pour, signifie aussi avoir du goût pour. Il est fort pour le spectacle, pour le vin, pour jouer.

    Être fort en gueule, parler beaucoup, avoir la repartie prompte, piquante, insolente. Vous êtes, ma mie, une fille suivante, Un peu trop forte en gueule et fort impertinente, Molière, Tart. I, 1.

    En parlant des ouvrages d'esprit, qui témoigne de la force, de l'habileté. Ce jeune homme a fait une composition très forte. Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux pour prier…, Pascal, Moyens, édit. FAUGÈRE. Dieu veuille que ces derniers tomes soient cent fois plus forts que les premiers ! c'est ainsi qu'il faut répondre aux persécuteurs, Voltaire, Lett. Damilaville, 26 juill. 1764.

    Ironiquement. Dire : quel honneur vous me faites ! Messieurs, vous êtes trop honnêtes ; Ou quelque chose d'aussi fort, Béranger, Acad. et Cav.

    C'est une forte tête, une tête forte, c'est un homme judicieux et sagace.

    Ironiquement, les fortes têtes de l'endroit, les notables les plus habiles d'une localité où il y a peu de lumières.

    Une tête forte, se dit aussi d'un homme qui supporte bien le vin.

    Une imagination forte, imagination qui se représente les choses avec énergie. Les hommes d'une imagination forte, comme Pascal, parlent avec une autorité despotique, Voltaire, Lett. S'gravesende, 1er juin 1738.

    Avoir l'esprit fort, avoir de la vigueur, de la pénétration dans l'esprit. Montrez un esprit fort en un corps abattu, Rotrou, Herc. mour. IV, 1.

    Esprit fort, voy. ESPRIT, n° 20. Si c'est le grand et le sublime de la religion qui éblouit ou qui confond les esprits forts, ils ne sont plus des esprits forts, mais de faibles génies et de petits esprits, La Bruyère, XVI.

    Bien fondé, appuyé sur de bons principes. De forts arguments. Une objection forte. De fortes preuves. Il [Corneille] a un nom très respecté, il est mort ; voilà déjà une raison bien forte (je ne dis pas bien bonne) en sa faveur, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 27 janv. 1762.

    À plus forte raison, voy. RAISON.

  • 21Il se dit du style, des expressions, pour dire que l'énergie est jointe à la justesse. Un style fort et concis. Une éloquence forte et rapide. Madame a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs ; le matin elle fleurissait, avec quelles grâces vous le savez ; le soir nous la vîmes séchée, et ces fortes expressions, par lesquelles l'Écriture exagère l'inconstance des choses humaines, devaient être pour cette princesse si précises et si littérales, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Terme de peinture. Qui a de la précision et ne laisse rien de douteux. Contours forts.

  • 22Il se dit, en un autre sens, des expressions qui ont quelque chose d'outré, de dur, de dépassant la mesure. Le paradoxe est fort, Molière, Femm. sav. IV, 3. L'épithète est un peu forte, Molière, Critique, 2. S'il faut user de termes forts, la force de la vérité me les arrache, Bossuet, Var. Défense, 1er disc. § 54. Le comte de Polignac a écrit au nonce une lettre un peu forte, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 6 déc. 1717. Les éloges que Virgile, Horace et Ovide même prodiguèrent à Auguste étaient beaucoup plus forts [que les éloges prodigués à Louis XIV] ; et, si on songe aux proscriptions, ils étaient assurément bien moins mérités, Voltaire, Frag. sur l'hist. art. XXVIII. Après Milton, après le Tasse, Parler de moi serait trop fort, Et j'attendrai que je sois mort, Pour apprendre quelle est ma place, Voltaire, Stances, 1.

    Familièrement. Cela est fort, paraît fort, voilà qui est fort, ou c'est trop fort, c'est par trop fort, c'est un peu fort, se dit d'une chose qu'on ne peut croire, qui surprend désagréablement. Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la cour, De Caillières, 1690.

  • 23 Terme de fauconnerie. Volée du poing fort, action de lancer les oiseaux de poing sur le gibier.
  • 24 Terme de droit coutumier. Forte clameur, amende que payait en quelques endroits celui qui perdait un procès.
  • 25 S. m. Celui qui a une grande force musculaire ; il ne se dit que dans cette locution, les forts de la halle, les portefaix qui font le service de la halle au blé de Paris. De la halle on dirait deux forts : Peut-être ce sont des milords, Béranger, Boxeurs.

    Se dit aussi de ceux qui portent les marchandises dans les ports.

  • 26Celui qui a la force ou la puissance. Protéger le faible contre le fort. L'épouvante a surpris les forts de Moab, et tous les habitants de Chanaan ont séché de crainte, Sacy, Bible, Exode, XV, 15. Le patient vaut mieux que le fort, et celui qui dompte son cœur vaut mieux que celui qui prend des villes, Bossuet, Duch. d'Orl. Quelquefois la sagesse a maîtrisé le sort ; C'est le tyran du faible et l'esclave du fort, Voltaire, Pélop. I, 1.

    Le pain des forts, voy. PAIN.

    Dans le langage de la chaire, le fort armé, le diable. Le fort armé, c'est le démon… Jésus-Christ a chassé ce fort armé, quand il a ébranlé le cœur endurci et qu'on a fait pénitence, Bossuet, Médit. sur les Évang. Sermon sur la mont. 19e jour.

  • 27La partie la plus forte, la plus résistante d'une chose. Le fort de la voûte, d'une poutre.

    Mettre du bois sur son fort, le placer dans la position où il résiste le mieux à la charge.

    Le fort du pied, le côté qui appuie le plus sur la terre.

    Le fort de l'épée, le tiers du tranchant qui est à partir du talon, et avec lequel on pare surtout. Zadig sut parer le coup, en opposant ce qu'on appelle le fort de l'épée au faible de son adversaire, Voltaire, Zadig, 21.

    Le mi-fort, la partie de l'épée qui vient après le fort et qui est entre ce qu'on nomme le fort et le faible.

    Fort de la pique, le milieu de cette arme.

    Fort d'une balance romaine, le côté qui est le moins éloigné du centre ou point de suspension.

    Terme de marine. Le fort d'un navire, le milieu qui en est la partie la plus enfoncée et en même temps la plus large.

    Ligne du fort, se dit, dans un navire, de la ligne jusqu'à laquelle il enfonce quand on le charge de toutes les marchandises qu'il peut porter commodément et sans péril, et qui est au-dessus de la ligne d'eau.

    Le fort et le faible, ce qu'il y a de fort et de faible dans une personne, dans une chose. Les hommes d'ailleurs, qui tous savent le fort et le faible les uns des autres, agissent aussi réciproquement comme ils croient le devoir faire, La Bruyère, XI. Je connais le fort et le faible de tous les états de la vie, Dancourt, Retour des officiers, sc. 6. Le fort et le faible de tous les gouvernements a été examiné de près dans les derniers temps, Voltaire, Dict. phil. États, Gouvernements. Enfin après avoir examiné le fort et le faible des sciences, il fut décidé que monsieur le marquis apprendrait à danser, Voltaire, Jeannot et Colin.

    Du fort au faible, le fort portant le faible, c'est-à-dire toute compensation faite. Quatre chevaux porteront tout cela, du fort au faible.

  • 28Se dit en parlant des sons. Il [le rossignol] saute du grave à l'aigu, du doux au fort, Chateaubriand, Génie, I, V, 5.
  • 29 Terme de monnaie. Le fort, ce qui est en excès. Travailler sur le fort, tailler des flans ou espèces qui pèsent plutôt plus que moins et au delà du poids ordinaire.
  • 30 Terme de chasse. Le plus épais du bois et des buissons, où les bêtes sauvages se retirent (on voit à l'historique que fort a été employé en termes de chasse bien avant de l'être en termes de fortification). Relancer la bête dans son fort. Il entre dans le fort, se mêle avec les piqueurs, La Bruyère, VII. Lorsque les louves sont prêtes à mettre bas, elles cherchent au fond du bois un fort, un endroit bien fourré, au milieu duquel elles aplanissent un espace assez considérable en coupant, en arrachant les épines avec les dents, Buffon, Quadr. t. II, p. 193. Autrefois on en faisait le vol à l'épervier ou au faucon ; et, dans cette petite chasse, le plus difficile était de faire partir l'oiseau [le râle d'eau] de son fort, Buffon, Ois. t. V, p. 239. Les ombrages ne sont pour l'autre que des viandis, des forts, Rousseau, Ém. IV.

    Fig. Lorsque l'ennui pénètre dans mon fort, Priez pour moi : je suis mort, je suis mort, Béranger, Mort viv.

    Piquer dans le fort, pousser son cheval au galop dans le plus fourré du bois.

    Sortir du fort, rentrer au fort, se dit de la bête quand elle débuche et se rembuche. Un loup… Sortant hors de son fort rencontre une lionne, Régnier, Sat. III.

  • 31Ouvrage de terre ou de maçonnerie capable de résister aux attaques de l'ennemi. Et l'on ignore encor parmi ses ennemis L'art de reprendre un fort qu'une fois il a pris, Corneille, Nicom. I, 2. Un fort ne se rend point qui n'est point combattu, Rotrou, Herc. mour. I, 1. Du débris de leurs forts il couvre ses frontières, Racine, Esth. Prol. Pour moi, loin de la ville établi dans ce fort, Voltaire, Tancr. III, 1.

    Forts de campagne, ceux qui sont faits pour garder des passages, ou pour défendre des lignes.

    Fort à étoile, fort construit par angles rentrants et saillants, et ressemblant par sa forme à une étoile. Le fort Louis, qui défend cette partie de l'établissement, n'est qu'un misérable fort à étoile, incapable d'une résistance un peu opiniâtre, Raynal, Hist. phil. XIII, 32.

    Fort détaché, fort qui ne tient pas au corps de la place. Les forts détachés autour de Paris.

  • 32 Fig. La partie essentielle, principale d'une chose. Ce n'est pas sur moi que tombe le fort de cette accusation, Pascal, Prov. 17. Voici le fort de l'objection, Bossuet, Hist. II, 13. Le fort de la dispute entre Zénon et Arcésilas roulait sur le témoignage des sens, Rollin, Hist. anc. liv. XXVI, 2e part ch. 1er.

    Le fort et le fin, ce qu'il y a de plus difficile dans un art, dans une science. Te prouver à toi-même en grec, hébreu, latin, Que tu sais de leur art et le fort et le fin, Boileau, Sat. VIII.

    Le plus fort, ce qu'il y a de plus difficile, de plus pénible. Que reste-t-il ? le plus fort en est fait, La Fontaine, Rich. Voilà le plus fort passé, Sévigné, 470.

    De son plus fort, autant que l'on peut. Que j'y courrais, et tout de mon plus fort, La Fontaine, Herm.

  • 33Le plus haut degré, en parlant de choses physiques. L'on ne pria les saints qu'au fort de la tempête, Régnier, Sat. VI. Pareille à ces éclairs qui dans le fort des ombres…, Corneille, Hor. III, 1. Pendant ce temps heureux, passé comme un éclair, Je me couchais sans feu dans le fort de l'hiver, Molière, Sgan. II. Point de glace, bon Dieu ! dans le fort de l'été, Au mois de juin…, Boileau, Sat. III. Xipharès… qu'au fort du combat une troupe rebelle…, Racine, Mithr. V, 4. Ce fut au fort des fêtes que l'on faisait pour cette nouvelle reine, dans tout l'éclat d'une cour brillante, que le chevalier de Grammont vint contribuer à sa magnificence et à ses plaisirs, Hamilton, Gramm. 6.

    Il se dit, dans le même sens, des choses non physiques. Dans le fort de ma colère, je n'ai point fait de plaintes contre vous qui ne fussent accompagnées de louanges, Voiture, Lett. 55. Ici, au contraire, il nous a fallu reprendre celle-ci [Corbie] dans le fort d'une infinité d'autres affaires qui nous pressaient de tous côtés, Voiture, ib. 74. Et vous donne, au plus fort de vos adversités, Le sceptre que j'attends et que vous méritez, Corneille, Médée, II, 5. Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainte, Corneille, Poly. II, 3. [Il] Se jette furieux au plus fort du danger, Rotrou, Antig. I, 4. Il ne manqua pas non plus au fort de la conversation… d'être saisi par quatre hommes masqués, Scarron, Rom. com. I, 9. Leur triomphante joie, au fort d'un tel outrage, Molière, Psyché. Prol. Toujours tu me verras, au fort de mon ennui, Mettre tout mon plaisir à te parler de lui, Racine, Alex. IV, 3.

    Ce qui fait la force, la supériorité d'une personne. La critique est son fort. Tout le fort de cet homme est la mémoire. C'est ici son fort, et l'endroit fatal où il prend de nouveaux avantages, Guez de Balzac, le Barbon. Le principal effet de l'émulation, c'est de nous inspirer un désir de l'emporter sur notre adversaire dans les choses où il fait son fort, Bossuet, 4e sermon, Annonc. 1. Même sur le siége, qui est son fort [de Vauban] et où il décide souverainement…, La Bruyère, XII. Il voulut provoquer Matta par son fort, Hamilton, Gramm. 4. Nous inventons des réponses aux objections de l'adversaire, et nous ne songeons à lui que pour trouver le défaut de ses opinions ; d'où il arrive que nous sommes plus instruits de ce que nous appelons nos bonnes intentions que de celles où il met le fort de sa cause, Bayle, Comment. philos. IV, 2.

    Faire fort sur, compter sur, arguer de. Je n'ai jamais trouvé, parmi nos prétendus réformés, aucun homme de bon sens qui fît fort sur cet article, Bossuet, Var. XIII, § 10.

  • 35Fort, adv. D'une manière forte. Pousser fort. Les chirurgiens, qui, ayant lié le bras médiocrement fort, au-dessus de l'endroit où ils ouvrent la veine, font que le sang en sort plus abondamment que s'ils ne l'avaient point lié, Descartes, Méth. V, 7. Fort, madame, frappez comme il faut, Molière, G. Dand. II, 11. Elle m'embrassa fort, Sévigné, 12.

    Il se dit, dans le même sens, des choses morales. Mme d'Orgimont aime plus fort, mais vous aimez mieux, Genlis, Veillées du château t. I, p. 152, dans POUGENS. Jamais l'amitié N'a parlé dans mon cœur plus fort que la pitié, Arnault, Oscar, II, 1.

    Familièrement. De plus fort en plus fort, avec une force croissante. Il crie de plus fort en plus fort.

  • 36Extrêmement, beaucoup. Il gèle fort. Fort beau. Fort aimable. Fort heureusement. Fort bien. Fort mal. Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause, Corneille, Cinna, IV, 5. Et je m'étonne fort d'où vous vient cette audace, Corneille, Rodog. IV, 6. Vous m'obligerez fort d'en prendre le souci, Corneille, Théod. II, 1. …Je suis un valet, mais fort homme d'honneur, Molière, l'Ét. II, 9. Quelque fort qu'on s'en défende, Il faut y venir un jour, Molière, Princ. d'Él. V, 5e interm. Je trouvai ici le chevalier à mon arrivée ; nous causâmes fort, il me dit des choses particulières et très agréables, Sévigné, 30 oct. 1680. Il est fort de nos amis, j'ai reçu de lui mille consolations cet hiver passé, Sévigné, 8 juill. 1685. Je postulerai fort et ferme une place dans votre académie, Voltaire, Lett. Devaux, 1751. Du reste ils sont fort les maîtres de m'excommunier, si cela les amuse, Rousseau, Lett. à Meuron, 23 mars 1765. S'il suffit d'être homme pour nous plaire, pourquoi donc me déplaisez-vous si fort ? Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 4. Madame est fort amie avec Mme de Saint-Alban, Genlis, Théât. d'éduc. l'Intrigante, I, 1.

    Si fort, suivi d'un adjectif. Un si rare service et si fort important Veut l'honneur le plus rare et le plus éclatant, Corneille, Hor. V, 2.

PROVERBES

Jeunesse est forte à passer, c'est-à-dire c'est un temps difficile à passer.

Vos fortes fièvres quartaines, se disait par forme d'imprécation.

REMARQUE

1. Plusieurs grammairiens ont réclamé contre la décision qui oblige à dire : Cette femme se fait fort de fournir la somme demandée ; ils se font fort de… Déjà, en 1668, Marguerite Buffet, Observ. p. 195, prétendait qu'il fallait dire : Elle se fait forte. La vérité est que la locution était parfaitement régulière quand fort était des deux genres ; l'ancienne langue disait uns hom fors, une femme fors. Aujourd'hui que fort fait au féminin forte, il ne reste plus là qu'un archaïsme qui mériterait sans doute d'être conservé s'il s'était transmis sans variation ; mais depuis longtemps, comme on peut voir à l'historique, l'analogie nouvelle de la langue l'a enfreint. Voilà pour le féminin ; quant au pluriel, dire : Ils se font fort et non forts, cela n'est fondé ni sur l'archaïsme ni sur la grammaire ; fort est ici adjectif et non adverbe.

2. Nodier et quelques autres ont signalé fort de… comme un néologisme blâmable. Mais on peut voir au n° 2, que ce n'est point un néologisme. À quoi on peut ajouter que, grammaticalement, il n'y a rien à blâmer dans cette tournure.

HISTORIQUE

XIe s. Et bels et forz et isnels et legers, Ch. de Rol. CI. Ce dist Rolanz : forz est nostre bataille, ib. CXXVIII. Siglent à fort et nagent et gouvernent, ib. CLXXXVI. [Ils] Vestent hauberz blancs et forz et legers, ib. CCLXXXII. Ceste dolor ne demenez tant fort, ib. CCVIII.

XIIe s. Car je ne sui si forz ne si hardiz Qu'envers amor [je] me peüsse contendre, Couci, v. Car tant est fort et cruels sa prisons, ib. XII. Vous irez à Cologne, la fort cité garnie, Sax. VII. Et [ils ont] les murs crevantés de fort arene bise, ib. XII. Li arcs des forz est surmuntez, e li fieble sunt esforcié, Rois, p. 6.

XIIIe s. Li hom fors veraiement sostient molt de choses terribles et de grans outrages por enprendre ce que convient et por laissier ce que est à laissier, Latini, Trés. p. 300. Jà soit ce que en chascune chose soient entremeslé tuit li quatre element, il convient que la force des uns i soit plus fors, selonc ce que plus i abonde, Latini, ib. p. 107. Trop estoit la vile fors, Villehardouin, CXXXV. Derrier le haterel [cou] [ils] lui ont si fort noué [la corde], Berte, X. Que nul esploit ne porra faire ; Que [car] li set buef ne puent traire, Que trop est fort la terre et dure, Ren. 15551. Chil [celui-là] est fors lerres [larron] qui vent coivre por or ou estaint por argent, Beaumanoir, XXXI, 10.

XIVe s. Et devez savoir que le demourant de chest [ce] chapistre est mal à entendre, fort à translater, et aussi comme inutile quant à ceste science, Oresme, Eth. VI, 10. Et semblablement celui qui est fort de corps ou celui qui est bien taillés à courir, Oresme, ib. 27. …Aristote entent tousjours par fors ceulx qui ont la vertu de fortitude, Oresme, ib. 79. Ceulx desquelz l'ire est forte à oster et dure longuement, Oresme, ib. 129. En toutes choses c'est fort de prendre le moien et de assener au moien, Oresme, ib. 54. Ceulx exemples t'ay dit de la mort, Mais je te vueill dire plus fort, C'est de la roe de fortune Qui fait son tour comme la lune, Le livre du bon Jehan, 77. Il estoit grans et fors, et s'estoit bien fourniz, Et desirans des armes de faire les deliz, Guesclin, 319. Bertran à son voloir venir ne pooit mie, Car souvent ot affaire contre forte partie, ib. 17118. Et je me fai bien fort, devant tous en oyant, Que nous tous qui ci sommes assemblez en estant, Irons avecque lui du tout à son commant, ib. 5357. S'est che moult fort à faire, par Dieu qui crea tout, Baud. de Seb. VI, 586. Les peres avoient fet leur fet et leur fort de lui delivrer, Bercheure, f° 46, verso. S'il advient que tu destournes un cerf des taillis et tu le poursuis jusques au fort, Modus, f° XII, verso.

XVe s. On nous avoit informés que, si vous aviez mille lances, vous seriez forts assez pour combattre les Anglois ; je me fais fort que vous en avez bien mille et plus, Froissart, II, II, 236. Et jurerent à estre bons Anglois, de ce jour en avant, tant que le roi d'Angleterre ou personne forte de par lui les voudroit ou pourroit tenir en paix devers les François, Froissart, I, I, 302. Oncques ne fut que le fort ne mangeast le foible, le riche, le pauvre, Gerson, Harengue au roi Charles VI, p. 16. De cy dormir suis bien d'acort ; Car nous avons fait le plus fort, le Livre des trois rois. Grand tourment a, puisque si fort se plaint, Je l'oy crier piteusement secours, Orléans, Bal. 27. Anuy, soussy, soing et merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort, Tourmentez moy de plus fort en plus fort, Orléans, Chanson, 74. Et que si, dirent elles, nous nous faisons fortes pour lui, Jeh. de Saintré, chap. 4. Par ma foy, il pert [il paraît] bien que vous n'estes gueres sage ; mais, au fort, faites vostre guise, car il ne m'en chault, Les 15 joies de mariage, p. 61. Et faisoit-on de plus fort en plus fort grands joyes, cheres, festes et esbateures, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1412. … Eulx aussi l'ayderoient, c'est à savoir chascune seigneurie de huit galées ; et se faisoient forts de ceulx de Rhodes, Boucic. I, chap. 29. Si leur dict que voirement tant avoyent mefait que plus ne pouvoient… mais que au fort [à la rigueur] tout leur seroit pardonné, ib. III, 8. Ce seroit aussi forte chose, Passer par le tro d'une aguille Un chamel, teste [texte] est d'evangile, Com d'un riche mondain seroit Qui en paradis entreroit, Deschamps, Poésies mss. f° 269. J'ai toujours ouï dire que contre forts et contre faux ne valent ne lettres ne sceaux, De la Marche, Mém. liv. II, p. 621, dans LACURNE. Il n'y a si fort que de commencer [le plus difficile est de commencer], Perceforest, t. IV, f° 137. Et qu'au fort s'il falloit qu'ils mourussent pour executer une telle entreprinse, qu'ils prendroient la mort en gré, Commines, II, 12. La compagnie dejeunoit au plus fort et faisoit le chaudeau, Louis XI, Nouv. LIII.

XVIe s. L'effet receu de tes premiers efforts, De tes hauts faits advenir nous faits forts, Marot, I, 236. [Un homme si bas] Vous pourroit-il saluer hautement ? Fort lui seroit, car petite clochette A beau branler, avant qu'un haut son jecte, Marot, II, 90. Tien-toy donc fort du seul Dieu triumphant…, Marot, III, 285. Le Dieu, le fort, l'Eternel parlera, Marot, IV, 292. Elles ont nez, et ne sauroient jouir D'odeur douce ne forte, Marot, IV, 325. Le Dieu de Jacob c'est un fort Pour nous encontre tout effort, Marot, IV, 292. Amour grava vostre beauté Au plus fort de ma loyauté, Du Bellay, J. III, 54, recto. Qui quiert le feu aux veines d'une pierre, Qui court au bois, forts des bestes sauvages, Du Bellay, J. IV, 40, recto. Madame a esté merveilleusement malade d'une forte colique. …elle se trouve fort foible encores, Marguerite de Navarre, Lett. 11. Si j'entendoys aussi bien comme l'on peult vaincre par rigueur et audace ung cœur obstiné que vous faictes la passion de M. de Saint-Pol, je me feroys forte que le roy seroit obey, Marguerite de Navarre, Lett. 104. Au plus fort de son mal, il ne fait que parler et s'esbattre, Marguerite de Navarre, ib. 84. Si vous m'aimez autant que vous dites, je suis sure que, pour avoir ma bonne grace, rien ne vous sera fort [difficile] à faire, Marguerite de Navarre, Nouv. XXIV. Ayant esté bien fort offensé par les Limosins, Montaigne, I, 1. Forte battaille, Montaigne, I, 19. Il n'est rien qui abastardisse si fort une nature bien née, Montaigne, I, 183. Au fort de l'eloquence de Cicero, plusieurs entroient en admiration, Montaigne, I, 189. Le pouls lui bat fort, Montaigne, I, 339. Dans le plus fort du doubte, Montaigne, II, 106. C'estoit l'homme du monde le plus fort [difficile] à tenir, car il ne se passoit jour qu'il ne fist quelque folie, Despériers, Contes, IV. Il trouvoit le vin assez fort sans eau, buvant sicut terra sine aqua, Despériers, ib. LXXXVII. Theseus se faisant fort, et promettant qu'il viendroit au dessus du Minotaure, Amyot, Thésée, 20. Le fer entra si avant dedans la terre, qui estoit forte et grasse, que nul ne le peut arracher, Amyot, ib. 32. Ceulx qui estoient plus faits et plus forts apportoient du bois : ceulx qui estoient plus petits et plus foibles, des herbes, Amyot, Lyc. 36. Themistocle leur nia fort et ferme, Amyot, Thémist. 37. Le louant comme un fort homme de bien, Amyot, Caton, 51. Les Macedoniens luy en sceurent fort mauvais gré, et l'en blasmerent fort, Amyot, Pyrrhus, 59. La barbe forte et espesse, le front large, le nez aquilin, Amyot, Anton. 5. Teligni jure et asseure savoir bien que c'estoit pour un fort de plaisir [petite guerre] qu'on vouloit attaquer dans la cour du Louvre, D'Aubigné, Hist. II, 16. Il avoit esté contraint de se retirer en son logis et y tenir fort cinq ou six heures, Carloix, I, 20.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FORT. Ajoutez :
37Dans les raffineries de salpêtre, eaux fortes, celles qui n'ont plus qu'à passer une fois sur des terres neuves pour devenir eaux de cuite.
38De plus fort, plus fortement, avec plus de force. L'ordonnance du 20 juillet 1825, voulant assurer de plus fort l'exécution complète de la loi du 1er mai 1822, Gaz. des Trib. 4 janv. 1873, p. 10, 3e col.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Fort : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

FORT, adj. voyez les articles Force.

FORT, s. m. c’est dans l’Art militaire, un lieu ou un terrein de peu d’étendue fortifié par l’art ou par la nature, ou par l’un & l’autre en même tems.

Les forts different des villes fortifiées, non-seulement parce qu’ils renferment un espace plus petit, mais encore parce qu’ils ne sont ordinairement occupés ou habités que par des gens de guerre. Ce sont des especes de petites citadelles destinées à garder des passages importans, comme le fort des Barraux. Ils servent encore à occuper des hauteurs sur lesquelles l’ennemi pourroit s’établir avantageusement, à couvrir des écluses, des têtes de chaussées, &c. Tel est le fort de Scarpe auprès de Doüay, celui de Nieulay à Calais, de saint François à Aire, &c.

Lorsque la ligne de défense de ces forts a 120 toises, ou environ, on les appelle forts royaux. (Q)

Fort de Campagne ; c’est une espece de grande redoute dont les côtés se flanquent réciproquement, & qui ne se construit que pendant la guerre. On s’en sert alors pour couvrir & garder des postes ou des passages importans.

Lorsque les forts de campagne sont triangulaires ou quarrés, & qu’ils sont ouverts d’un côté, on leur donne le nom de redoutes. Voyez Redoute. Mais quand ils sont fermés de tous côtés, & qu’ils donnent des feux croisés, c’est alors qu’ils portent proprement le nom de forts.

La grandeur des forts de campagne varie suivant l’usage auquel on les destine ; mais leur ligne de défense doit toûjours être plus petite que celle des villes fortifiées. On peut la fixer entre 40 & 60 toises au plus, ce qui est à-peu-près la plus grande longueur que l’on peut donner aux côtés de ces forts. Ils sont formés d’un fossé de 10 ou 12 piés de profondeur sur 15 ou 18 de largeur ; d’un parapet de huit ou neuf piés d’épaisseur & de sept de hauteur, & assez ordinairement d’un chemin couvert, palissadé lorsqu’on a la commodité de le faire.

Pour construire un fort de campagne triangulaire, décrivez d’abord un triangle équilatéral. Divisez chacun de ses côtés en trois parties égales ; prolongez une de ces parties au-delà du triangle, & faites ce prolongement égal à cette partie. Tirez ensuite de son extrémité au sommet de l’angle opposé au côté prolongé, la ligne de défense. Faites la gorge égale au tiers du côté, & élevez le flanc de maniere qu’il fasse un angle à-peu-près de 100 degrés, avec les deux autres tiers du même côté. Faites après cela la même chose sur les autres côtés du triangle ; & il sera fortifié par trois demi-bastions. Il y a des auteurs qui fortifient le triangle avec des bastions entiers ; mais les angles de ces bastions se trouvent alors si aigus, qu’ils n’ont aucune solidité.

La fortification du quarré avec des demi-bastions se fait de la même maniere que celle du triangle ; excepté qu’au lieu de diviser le côté en trois parties égales, on le partage en quatre, & que le prolongement de chaque côté est pris du quart de ce côté, de même que la gorge du demi-bastion.

Cette sorte de fortification donne des angles morts ou rentrans, qui ne sont pas défendus ; mais le peu d’élévation des forts de campagne rend ces angles bien moins défectueux ou préjudiciables que dans les villes de guerre, parce que l’espace qui n’est pas défendu se trouve alors beaucoup plus petit.

Parmi les forts de campagne, il y en a qu’on nomme forts à étoile, parce qu’ils en ont à-peu-près la figure. Ils sont formés de quatre, cinq, ou six côtés qui donnent autant d’angles saillans & rentrans.

Pour faire un fort en étoile qui soit exagonal ou qui ait six angles rentrans, il faut d’abord décrire un triangle équilatéral, diviser chaque côté en trois parties égales des deux extrémités de la partie du milieu de chaque côté & de son intervalle, décrire deux arcs qui se coupent dans un point en-dehors le triangle ; tirant de ce point des lignes aux centres de ces arcs, on aura le fort tracé.

Si l’on veut un fort pentagonal à étoile, on commencera par décrire un pentagone de la grandeur qu’on jugera nécessaire ; on divisera ensuite chaque côté en deux également, & du point du milieu on élevera une perpendiculaire en-dedans le pentagone. On donnera à cette perpendiculaire le quart du côté ; & par son extrémité on tirera aux angles du pentagone des lignes qui formeront les angles rentrans de ce polygone.

Si l’on trouve que cette construction donne les angles saillans trop aigus, on les augmentera en diminuant un peu la grandeur de la perpendiculaire, qui peut être réduite à la cinquieme ou à la sixieme partie du côté du pentagone.

On construira de la même maniere un quarré en étoile, en donnant environ la septieme ou la huitieme partie du côté du quarré à la perpendiculaire élevée en-dedans sur le milieu de chaque côté.

Si l’on veut faire un fort à étoile à huit angles, il faut commencer par en construire un à quatre, de la maniere qu’on vient de l’enseigner ; ensuite, de l’extrémité du tiers de chaque côté, pris de part & d’autre du sommet des angles rentrans, & de l’intervalle de ces deux extrémités, décrire deux arcs qui se couperont dans un point ; tirant de ce point des lignes au centre de ces arcs, on aura l’étoile à huit angles.

Les angles rentrans des forts à étoiles ne sont pas propres à être défendus (voyez Angle mort) ; & cette considération a fait dire à quelques auteurs que ces forts étoient des cometes fatales à ceux qui les construisoient. Mais ce jugement est un peu rigoureux ; car il est certain qu’on peut s’en servir assez avantageusement pour garder différens postes à la guerre. Ils étoient autrefois en usage dans les lignes de circonvallation ; on s’en sert plus rarement aujourd’hui. M. de Clairac dit dans son livre de l’ingénieur de campagne, qu’il en fit construire un de cette espece sur la Queich en 1743, qui fut approuvé. (Q)

Fort à Etoile, voyez ci devant Fort de Campagne. (Q)

Fort Royal ; c’est celui dont la ligne de défense a environ 120 toises. Voyez Ligne de Défense & Fort. (Q)

Fort & Forts, s. m. nom donné à une espece de monnoie d’or, frappée par les ordres de Charles de France, duc d’Aquitaine, fils de Charles VII. & frere de Louis XI.

Ce prince y étoit représenté d’un côté la couronne en tête, déchirant un lion, avec ces mots : Karolus Francorum Regis filius Acquitanorum Dux. On voit au revers une croix fleurdelisée & cantonnée de lis & de léopards ; au milieu est l’écu du prince, qui porte écartelé au 1er & au 4e de France, au 2e & 3e d’Aquitaine, qui est d’or au léopard de gueules ; on lit autour : Tu es Domine Deus meus, fortitudo mea et laux mea.

Le nom de cette monnoie se trouve conservé dans le traité de Budé, de asse & partibus ejus, où en parlant en général des monnoies d’Angleterre, & en particulier de celle qu’on appella des nobles à la rose, qu’Edoüard prince de Galles & duc d’Aquitaine fit faire en grande quantité, il dit qu’elles étoient moins pesantes que celles de Charles d’Aquitaine, qu’on appelloit des forts. Rosatos, Edoüardeosque pondere superant Carolei Aquitaniæ nummi qui fortes appellantur.

Il est aisé de comprendre pourquoi on donna le nom de fort à cette monnoie. Elle étoit plus forte que celle des ducs prédécesseurs de Charles de France ; d’ailleurs l’action dans laquelle ce prince étoit représenté, avoit pû contribuer à cette dénomination qui s’accorde encore avec le mot fortitudo qu’on lit dans l’inscription du revers. Enfin ce nom pouvoit avoir été pris par opposition à celui de hards, qu’on avoit donné aux monnoies des princes anglois, derniers ducs d’Aquitaine, & prédécesseurs de Charles de France, qui y étoient représentés tenant une épée nue. Ce nom qui se communiqua aux petites especes de cuivre & de billon, a formé selon toutes les apparences celui de liard, dont nous nous servons, comme qui diroit li hardi, c’est-à-dire en vieux françois le hardi. Mém. de l’acad. des Belles-Lettres, tom. I. (G)

Fort, Denier fort, prêter son argent au denier fort, c’est le prêter sur un pié au-delà du taux ordonné par le prince, ou le donner à un plus haut prix que celui qui est reglé par le courant de la place. Ceux qui prêtent leur argent au denier fort, sont réputés usuriers. Voyez Usure. Diction. du Comm. & Chamb. (G)

Fort se dit des poids & des mesures. On dit qu’une mesure est plus forte dans un endroit que dans un autre, pour faire entendre qu’elle contient davantage dans un lieu que dans l’autre ; qu’une balance est trop forte, lorsqu’elle ne trebuche pas avec facilité ; qu’un poids est trop fort, lorsqu’il n’est pas juste, & qu’il est plus pesant qu’il ne faut.

On appelle le fort de la balance romaine, le côté le moins éloigné du centre de la balance, qui sert à peser les marchandises les plus pesantes. Diction. de Comm. & Chamb. (G)

Fort, parmi les Commerçans, & sur-tout à Paris, signifie un porte-faix, un crocheteur, un gagne denier qui travaille à la décharge ou au transport des marchandises.

Les principaux lieux de Paris où il y a des forts établis, sont la douane, la halle aux draps, la halle aux toiles, le port Saint-Paul, & le port Saint-Nicolas.

Les forts de la douane dépendent des fermiers-généraux : ceux de la halle aux draps sont préposés par les maîtres & gardes-drapiers & merciers : ceux de la halle aux toiles sont placés par les officiers de cette halle ; & ceux des ports sont autorisés par les prevôt des marchands & échevins.

Dans chacun de ces endroits, il n’y a qu’un certain nombre de forts reglé, n’étant pas permis à d’autres personnes de la ville d’y venir travailler à leur préjudice. Voyez Gagne-denier. Dictionnaire de Commerce. (G)

Fort, adv. en Musique, s’écrit dans les parties pour marquer qu’il faut forcer le son avec véhémence, mais sans le hausser ; chanter à pleine voix, tirer beaucoup de son de l’instrument ; ou bien, pour détruire le mot doux sur les notes où l’on veut faire cesser de chanter ou joüer doux. Voyez Doux.

Les Italiens ont encore le superlatif fortissimo, dont on n’a guere besoin dans la Musique françoise : car on y chante ordinairement très-fort. (S)

Fort de bouche, (Manége.) cheval dont la bouche est forte, cheval qui a de la gueule. Voy. Mors. (e)

Fort, on dit volée de poing fort, c’est quand on jette les oiseaux de poing après le gibier.

Fort, (Bot. & Arts méch.) est l’épaisseur du bois.

Fort-Dauphin, (Géog.) fort de l’île de Madagascar, sur la pointe méridionale de la province d’Anossi. Il a été bâti par les François, présentement abandonné, & est à 1d 37′ 20″. au-delà du tropique du Capricorne. (D. J.)

Fort de l’Ecluse, (Géog.) arx clausulæ ; fort de France sur un grand rocher, & à quelques lieues de Genêve, à la droite du Rhône. Long. 23. 48. lat. 46. 12. (D. J.)

Fort-Louis, (le) Géog. Arx Ludovicia ; place forte de France, en Alsace, bâtie par Louis XIV. dans une île formée par le Rhin, à 8 lieues de Strasbourg & de Landau, 12 de Philisbourg, 5 de Weissenbourg. Longit. 25d 44′ 0″. latit. 48d 48′ 0″. (D. J.)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Fort : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « fort » les plus populaires.

✍️

Étymologie de « fort »

Étymologie de fort - Littré

Bourguig.  ; provenç. fort ; espagn. fuerte ; portug. et ital. forte ; du latin fortis.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de fort - Wiktionnaire

Du latin fortis.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « fort »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fort fɔr play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « fort »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « fort »

  • Place de choix faite à la jeunesse donc, mais aussi aux femmes avec le concert exceptionnel de Jocelyne Béroard, la diva du groupe Kassav, qui restera un des temps forts de cette édition 2020. Toute l'actualité des Outre-mer à 360°, 49ème Festival culturel de Fort-de-France : Une édition placée sous le signe de la résistance et de la solidarité intergénérationnelle - Toute l'actualité des Outre-mer à 360° - Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
  • Le fort de Cormeilles-en-Parisis sera le site emblématique francilien de la troisième édition du Loto du patrimoine. Une consécration pour la fortification militaire appartenant au conseil régional et administré par l'Agence des espaces verts d'Ile-de-France. Les Echos, Val-d'Oise : le Fort de Cormeilles-en-Parisis, lauréat du loto du patrimoine | Les Echos
  • D’où l’idée du terrain d’aéromodélisme. Pas d’habitations… Ou presque : le fort est à moins de 200 mètres, au milieu des arbres. « Et comme c’est une cuvette, le bruit est encore plus fort », reprend le couple. , Tourisme | Les occupants du fort repoussent les hélicoptères
  • Tête fort chevelue embellit le beau et enlaidit le laid. De Plutarque / Vies parallèles
  • Contre l'adversité se prouve l'homme fort. De Maurice Scève / Microcosme
  • La pluie tombe toujours plus fort sur un toit percé. De Proverbe japonais
  • Réfléchir, c’est à dire à écouter plus fort. De Samuel Beckett / Molloy
  • Un roi faible affaiblit le peuple le plus fort. De Luis Vaz de Camoens / Les lusiades
  • Tout chien est fort à la porte de son maître. De Proverbe guadeloupéen
  • Mourir, c'est passer du côté du plus fort. De Jean Rostand
  • La beauté parle fort mais la bonté parle longtemps. De Anonyme
  • Ce qui ne me détruit pas me rend plus fort. De Friedrich Nietzsche
  • Celui qui crie le plus fort a toujours raison. De William Cowper
  • On est plus fort quand on est poli. De André Ribaud
  • Le vin est fort, le roi est plus fort, les femmes le sont plus encore. De Martin Luther / Propos de table
  • Plus loin, plus haut, plus fort. De Père Didon / Jeux Olympiques
  • Plus fort, plus haut, plus vite. De Pierre de Coubertin
  • Fort est qui abat, plus fort est qui se relève. De Anonyme
  • L'homme le plus fort du monde est celui qui est le plus seul. Henrik Ibsen, Un ennemi du peuple
  • La raison du plus fort est toujours la meilleure. Jean de La Fontaine, Fables, le Loup et l'Agneau
  • Le hasard, voyez-vous, ne sert que les hommes forts et c'est ce qui indigne les sots. Émile Gaboriau, L'Affaire Lerouge
  • La menace du plus fort me fait toujours passer du côté du plus faible. François René, vicomte de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe
  • Beauté forte à genoux devant la beauté frêle ! Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Femmes damnées
  • Les âmes fortes ne sont ni jalouses ni craintives : la jalousie est un doute, la crainte est une petitesse. Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage
  • Oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices. Honoré de Balzac, César Birotteau

Images d'illustration du mot « fort »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « fort »

Langue Traduction
Corse forte
Basque indartsu
Japonais 強い
Russe сильный
Portugais forte
Arabe قوي
Chinois 强大
Allemand stark
Italien forte
Espagnol fuerte
Anglais strong
Source : Google Translate API

Synonymes de « fort »

Source : synonymes de fort sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fort »


Mots similaires