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Grand, grande

Sommaire

  • Définitions du mot grand, grande
  • Étymologie de « grand »
  • Phonétique de « grand »
  • Citations contenant le mot « grand »
  • Images d'illustration du mot « grand »
  • Traductions du mot « grand »
  • Synonymes de « grand »
  • Antonymes de « grand »

Définitions du mot « grand, grande »

Trésor de la Langue Française informatisé

GRAND, GRANDE, adj.

I. − [Avec valeur de qualification externe]
A. − [En parlant d'un objet concr., notamment du corps ou des parties du corps] Qui, en raison de ses dimensions, de sa hauteur, de sa longueur, de sa surface, de son volume, dépasse la norme ou la mesure ordinaire.
1. Degré absolu
a) [En parlant de pers., de certains animaux, de certaines parties du corps] Avoir un grand front, un grand nez, de grands pieds, de grands yeux. Il parlait très bien, ouvrant sa grande bouche jusqu'aux oreilles, fermant les yeux à demi d'un air malin, la tête un peu en arrière, et levant ses grands bras comme ceux qui parlent d'abondance (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 175).Cette reine déchue, avec ses grands cheveux en crinière (Loti, Mariage,1882, p. 104) :
1. Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes, Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes, Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil À des neiges d'avril qui croulent au soleil; Mais, ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphire, Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire. Sully Prudh., Solitudes,1869, p. 17.
ANAT. Grand bassin, grand nerf, grand os (cf. Méd. Biol. t. 2 1971). [P. oppos. aux petites lèvres] Les grandes lèvres. Mais bientôt une tuméfaction notable survient du côté des grandes lèvres (Trousseau, Hôtel-Dieu,1895, p. 213).
α) Dont la taille est élevée. Homme grand (cf. infra II A 2 a grand homme), grand gaillard, grande bringue, grand beau jeune homme; grande belle femme; grand bouc, grand échassier, grand chien danois; grand gibier, grands animaux. Vous êtes grand pour votre âge, car vous êtes encore très jeune (H. Bazin, Vipère,1948, p. 210) :
2. ... du côté de l'écran arrivaient des sons en désordre, puis cela prit forme, devint de la musique : la voix d'Édith Piaff chanta comme toujours : ... Il était grand (it. ds le texte), il était beau, Il sentait bon le sable chaud... Triolet, Prem. accroc,1945, p. 70.
ZOOL. Grand corbeau, grand duc, grand fourmilier, grand kangourou, grande salamandre (cf. Zool., t. 4, 1974 [Encyclop. de la Pléiade]).
Expr. fig. Monter sur ses grands chevaux*.
β) [En parlant d'enfants; à l'idée de « taille élevée » peut s'ajouter ou se substituer celle de « avancé en âge »] Cette femme a des enfants déjà grands; elle est déjà grande fille (Ac.). Cet enfant se fait grand (Ac.). Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu'eux! (Pergaud, Guerre boutons, Paris, Gallimard, 1977, p. 110).
P. anal. [En parlant d'animaux ou de végétaux] Ce jeune chien est déjà grand; ce bois commence à devenir grand (Ac.). Les sarcleuses que Fonteneilles envoyait dans les blés déjà grands (R. Bazin, Blé,1907, p. 207).
Emploi subst. [Dans les écoles; p. oppos. aux petits] Les grands. Les écoliers les plus âgés. La cour des grands. Voici un élève que je vous recommande (...). Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l'appelle son âge (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 1).Au réfectoire, facilement dégoûtée, elle mangeait peu, regardant vers les tables où les grandes avaient déjà des airs importants (Chardonne, Dest. sent.,1936, p. 187).
La grande école. V. école ex. 4.
La grande classe. La classe des grands. Une file d'enfants sortait indéfiniment par la porte de la grande classe et, vue du préau, faisait penser à une mèche noirâtre tirée par une maîtresse le long du mur de la cour (Frapié, Maternelle,1904, p. 26).
En partic. Qui est au terme de sa croissance, de son développement; qui a atteint l'âge adulte. Que veux-tu faire quand tu seras grand? Quand le petit oiseau devient grand, il faut qu'il cherche sa nourriture (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 194).Il n'aspirait qu'à devenir grand, pour pouvoir faire tout ce qu'il voulait (Rolland, J.-Chr., Aube, 1904, p. 33).
Emploi subst. hypocoristique. Mon grand, ma grande. Tu as raison, ma grande, tu as raison. Le mieux, si on pouvait, ce serait de tuer la guerre, comme tu dis (Péguy, Myst. charité,1910, p. 31).
Expr. fam. Être assez grand pour + inf.Être capable de, être de taille à. Si la fille tourne mal, elle en aura tout le reproche. Elle est assez grande pour fauter, elle peut bien aussi se défendre... (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 65).
[P. oppos. aux enfants; surtout en parlant aux enfants ou dans la bouche des enfants] Une grande personne. Une personne adulte. Les grandes personnes. Les adultes. J'avais peu d'estime, autrefois, pour les grandes personnes. J'avais tort. On ne vieillit jamais (Saint-Exup., Pilote guerre,1942, p. 361) :
3. Pendant quelque temps, la conversation des grandes personnes (...) bourdonnait à mes oreilles : puis ma mère me prenait dans ses bras, et je sentais qu'elle me déposait dans mon lit. Dumas fils, Fils natur.,1858, I, 1, p. 71.
b) [En parlant de végétaux] Grand arbre, grande fleur, grande forêt. Le vent agitait la rivière; au fond, de grandes herbes s'y penchaient (Flaub., Cœur simple,1877, p. 39).Le chemin des plaines est presque bouché par une grande clématite qui s'est écroulée (Giono, Colline,1929, p. 135).
BOT. [Pour désigner des espèces] Grand basilic, grand plantain, grand soleil; grande capucine, grande ciguë, grande gentiane, grande mauve, grande ortie (cf. Bot., 1960 [Encyclop. de la Pléiade]); grande éclaire*.
c) [En parlant de choses] Synon. étendu, haut, long, spacieux, vaste.Grand appartement, grand édifice, grand escalier, grande bâtisse; grand canapé, grand lit, grande armoire, grande table; grande affiche, grande enveloppe; grand vase, grande bouteille; grand fleuve, grande prairie; grande échelle; grandes orgues*. Le jardin était grand, profond, mystérieux, fermé par de hauts murs aux regards curieux (Hugo, Rayons et ombres,1840, p. 1064).Deux inspecteurs, dans un grand bureau, étaient assis sur les tables et fumaient (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 28).
Arg., pop. Grand format. Billet de banque de la plus forte valeur (d'apr. Sandry-Carrère, 1957).
Emploi subst., loc. Du petit au grand. ,,Par comparaison des petites choses aux grandes`` (Ac.) :
4. En ce moment, vous me donnez le noble spectacle d'un homme qui, ayant cédé à une impatience trop explicable, s'en punit par une générosité. J'ai toujours vu, dans ma vie, que ces retournements vers en haut, après une faiblesse, sont, du petit au grand, le propre des belles âmes. Bourget, Sens mort,1915, p. 211.
PAPET. Grand aigle. V. aigle II B 9.Grand raisin*.
[S'y ajoute une idée d'importance] Grand bazar, grand café, grand chemin, grande route, grande ville; les grands boulevards, les grandes lignes (de chemin de fer). Georgette, quand elle trouve le moment de faire un tour dans une grande épicerie, s'approvisionne de boîtes de conserves diverses (Romains, Hommes bonne vol.,1938, p. 244).Une lande déserte où nous avons l'intention d'édifier une de nos grandes usines de guerre (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 297).
En partic. Grand séminaire*. Grande école*.
Grand ensemble. ,,Groupe important d'habitations collectives, présentant un caractère d'unité architecturale, réalisé en opération concertée, généralement situé dans une agglomération urbaine et doté d'un minimum d'équipements collectifs`` (Envir. 1976). Grand magasin. Magasin à grande surface, ou p. ell., grande surface. ,,Magasin de détail de grandes dimensions (...) installé généralement à la périphérie des villes, doté d'un parc-auto et présentant ses produits en libre service`` (Public. 1976).
MAR. Grand mât. Mât le plus élevé (d'un navire). Notre grand mât avait été brisé la nuit par la foudre, et le mât de misaine, notre unique voile, avait été emporté le matin par le vent (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 140).
Rem. ,,Dans la marine à voile, grand s'applique particulièrement à des objets qui appartiennent au grand mât ou qui en dépendent`` (Bonn.-Paris 1859). Grand cacatois, grand hunier, grand perroquet, grands haubans.
TYPOGR. Grandes capitales. Grand titre. Le grand titre ou frontispice est par excellence la page annonciatrice de l'ouvrage (E. Leclerc, Nouv. manuel typogr.,1932, p. 259).
2. Degré rel. Il est aussi grand que son père; sa maison est plus grande que la vôtre; le sequoia est le plus grand des arbres. Le berceau était grand et solide; trop grand pour la taille de Louis (Romains, Hommes bonne vol.,1932, p. 175).Un frigidaire grand comme une armoire (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 200).V. aussi asperge ex. 7.
Loc. adj. Plus grand que nature. [En parlant d'une statue, d'un tableau] Dont les proportions naturelles sont exagérées, dont la taille ordinaire est dépassée (d'apr. Ac.). Au fig. Les héros de l'épopée sont plus grands que nature (Ac.).
Expr. Avoir les yeux plus grands que le ventre (parfois avoir plus grands yeux que grand ventre). Convoiter plus de nourriture qu'on en peut manger. Au fig. J'ai entrepris une chose bien difficile, mais il n'y a plus à reculer, il faut la continuer! J'ai peur d'avoir eu les yeux plus grands que le ventre! (Flaub., Corresp.,1858, p. 250).
B. − P. ext. [Avec valeur de quantification; le plus souvent antéposé]
1. Élevé, important, considérable.
a) [En parlant de nombres, de dimensions, de mesures] Grand poids, grande hauteur, grande largeur, grande profondeur, grande épaisseur; grande distance; grand nombre de gens; des perles de grand prix. Mmela Comtesse Du Long (...) qui (...) a eu une grande part dans ma vie (Stendhal, Souv. égotisme,1832, p. 8).Il fallait changer le diamètre des cellules, rendre plus grand celui de la partie convexe, plus petit celui de la partie concave (Michelet, Insecte,1857, p. 336) :
5. ... il y a un grand écart entre la généralité relative des prescriptions juridiques et la diversité des fonctions particulières dont elles règlent les rapports, comme le prouve la place importante faite à la coutume dans le droit commercial. Durkheim, Division trav.,1893, p. 95.
MATH., GÉOM. Grand cercle*, grands nombres*.
De grande taille. Animaux de grande taille. Les chefs fidjiens sont de grande taille (Durkheim, Division trav.,1893p. 324).
Loc. subst. L'infiniment grand. L'infini, l'univers. V. creusement ex. de Goncourt, Journal, 1865, p. 138 :
6. ... l'homme est encombré de doutes. Il en sait trop et trop peu. L'infiniment grand le flatte. Il l'envisage. L'infiniment petit le gêne. Il s'y bute. Cocteau, Fin du Potomak,1940, p. 189.
b) [En parlant d'une chose sous l'aspect du nombre, du poids, du prix, etc.] Grande foule, grand orchestre, pièce à grand spectacle; produit de grande consommation; des perles de grand prix; porter de grands fardeaux, faire une grande dépense, avoir une grande fortune, disposer de grands capitaux, faire de grands bénéfices. Il y avait grand monde dans l'antichambre (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 177).Une femme du monde (...) qui faisait de grandes aumônes par l'entremise de son curé (Mérimée, A. Guillot,1847, p. 85).Ils aperçurent une grande affluence dans la boutique d'un charcutier marchand de comestibles (Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 283).
En partic. Grand public*.
Loc. adv. Au grand complet, au grand jamais. Si l'économique suivait ici ses voies, nous n'irions pas fabriquer à grands frais ce que nous trouvons ailleurs à meilleur compte (Alain, Propos,1931, p. 1027).
c) [En parlant d'une zone géographique] Considéré dans sa plus large extension. Ce document vise à donner quelques-uns des éléments essentiels de la situation du Grand Sud-Ouest français, de la dynamique qui l'anime et des perspectives qui s'offrent à lui (Travaux et recherches de prospective,1979, no76).
d) [En parlant d'un espace de temps]
Grande vieillesse. Extrême vieillesse. Grand âge. Âge très avancé. Tu grandis tous les jours, dit la grand'mère à Fanchon (...). Qu'importe mon grand âge, puisque j'ai retrouvé les roses de ma jeunesse sur tes joues (A. France, Nos enfants,1886, p. 2).
Les grandes vacances. Les vacances scolaires d'été. Ils espéraient seulement l'arrivée des grandes vacances et la fin des examens (Nizan, Conspir.,1938, p. 10).
2. [En parlant d'une durée, d'une distance, d'une quantité] Qui atteint largement la mesure indiquée. Synon. bon, long.Il y a deux grandes lieues d'ici là (Ac.). Il vous en faut deux grands mètres (Rob.). Faire deux grands kilomètres à pied (Lar. Lang. fr.). En 1793 le courrier mettait cinq grandes journées, et peut-être six, de Paris à Grenoble (Stendhal, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 129).J'ai pour deux grands mois de travail d'arrache-pied aux Misérables. Après quoi, je me reposerai dans un autre ouvrage (Hugo, Corresp.,1861, p. 361).
Emploi subjectif. Qui semble plus long que la mesure indiquée. Neuf heures! (...) Dix heures! Dieu! que c'est long d'attendre! Les heures sont grandes la nuit (Richepin, Morts biz.,1876, p. 55).Nous gardâmes pour nous seuls notre inquiétude qui dura trois grands jours (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 36).
Loc. adv., au fig. Sur un grand pied. En dépensant beaucoup. Vivre sur un grand pied. Je me mis aux gages d'un célèbre agioteur qui montait sa maison sur un plus grand pied (Jouy, Hermite, t. 3, 1813, p. 174).Il est si nécessaire, recommença Henriette, d'être établi sur un grand pied et d'employer largement ses revenus! (Duranty, Malh. H. Gérard,1860, p. 216).
3. En partic. Éloigné, reculé.
[Dans l'espace] Le grand Nord. Les pépiniéristes de la grande banlieue parisienne (Goncourt, Journal,1872, p. 920).
[Dans le temps] L'Église a conservé les fiançailles, qui remontent à une grande antiquité. Aulu-Gèle nous apprend qu'elles furent connues des peuples du Latium; les Romains les adoptèrent (Chateaubr., Génie, t. 1, 1803, p. 72).
II. − [Avec valeur de qualification interne; le plus souvent antéposé] Qui présente à un degré élevé les qualités ou les propriétés caractéristiques.
Rem. Selon l'être ou l'objet qualifié, l'idée superlative s'accompagne ou non de valeur méliorative (un grand savant / un grand criminel). Avec les substantifs d'action ou de qualité, la valeur est celle d'intensité (un grand coup, un grand courage).
A. − [En parlant d'un animé hum.] Qui surpasse les autres hommes
1. en raison de sa naissance, son rang social, son influence, son pouvoir. Synon. éminent, illustre, noble.Grand dignitaire, grand seigneur, grand personnage, grand bourgeois, grande dame, grande famille, grands ancêtres. En 1215 la coalition des grands barons arracha au roi Jean la grande charte (Guizot, Hist. civilisation, leçon 13, 1828, p. 10).Les demeures des grands banquiers du Second Empire (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 477) :
7. Les Choiseul sont tout ce qu'il y a de plus grand, ils sortent d'une sœur du roi Louis-le-Gros, ils étaient de vrais souverains en Bassigny. Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 254.
Le grand monde. La haute société. Aller dans le grand monde. Je ne l'aime pas, moi, cette plage de Nauplie. Elle a été adoptée par le grand monde, mais on y est très mal pour se baigner (Meilhac, Halévy, Belle Hélène,1865, III, 2, p. 254).
Emploi subst. Haut personnage, personne qui occupe une position, un rang social élevés, qui joue un rôle important dans la société. Les grands sont tellement habitués à voir les gens à genoux (Taine, Notes Anglet.,1872, p. 263).
Grand d'Espagne. Titre des plus hauts seigneurs de la noblesse espagnole. Couvrez-vous don César. Vous êtes grand d'Espagne (Hugo, Ruy Blas,1838, III, 5).Je comprends ce grand d'Espagne, qui, après avoir soulevé le suaire d'une belle reine, se jeta dans un cloître et devint un grand saint (E. de Guérin, Journal,1840, p. 401).
[Avec un subst. désignant une dignité, une charge, un grade] Grand chambellan, grand écuyer, grand prêtre, grand veneur, grand maître de l'Université, grand maître de l'ordre de Malte, grand prieur de Cluny, grand aumônier de France; grand officier de la Légion d'honneur, grand chancelier de l'ordre de la Libération. Ce soir [à Brunswick], soirée chez le grand-maréchal; j'y arrive tard. Tristesse de Mmela grand-juge, air d'épuisement du mari (Stendhal, Journal, t. 2, 1801-18, p. 387).
HIST. Titre de certains princes :
8. ... la première de ces figures extraordinaires, la plus rapprochée et la mieux éclairée, c'était le grand-duc de Lithuanie; la deuxième, distincte encore, c'était le grand knez de Moscovie; la troisième, déjà confuse, c'était le grand khan de Tartarie; et, au delà de ces trois visions, le grand shérif sur son trône d'argent, le grand sophi sur son trône d'or, le grand zamorin sur son trône d'airain, le grand mogol entouré d'éléphants et de canons de bronze, le sceptre étendu sur quarante-sept royaumes, le grand lama, le grand cathay, le grand daïr, de plus en plus vagues, de plus en plus étranges, de plus en plus énormes, allaient se perdant les uns derrière les autres dans les brumes profondes de l'Asie. Hugo, Rhin,1842, p. 424.
2. en raison de ses qualités supérieures.
a) [Relativement au mérite, au talent, à l'habileté, etc.] Synon. brillant, célèbre, fameux, génial.Grand homme, grand ministre, grand roi; grand artiste, grand clerc, grand écrivain, grand orateur, grand poète; grand champion, grand journaliste, grand médecin; grande actrice, grande cantatrice; grand esprit. Je levai mon verre en l'honneur de ce grand chef [Catroux] (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 114) :
9. C'était [Christophe Colomb] un grand marin, un homme très averti de la cosmographie de son temps, rapace comme tous ceux de sa patrie ligure, mais un médiocre organisateur. T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 163.
Grand couturier. Créateur de modèles de haute couture; directeur ou animateur d'une maison de haute couture. Un parfum de grand couturier. Je me suis acheté un manteau gris, délicat, chic − oh! chic − dont on dirait qu'il sort de chez un grand couturier (Montherl., J. filles,1936, p. 938).
[Relativement à la connaissance, au goût, etc.] Grand amateur de musique, grand connaisseur de vins. L'abbé Dangeau, de l'Académie française, grand puriste, travaillait à une grammaire et ne parlait d'autre chose (Chamfort, Caract. et anecd.,1794, p. 164).
[Avec un nom propre]
[Précédé de l'art. déf., avec valeur de superl. abs.] Le grand Alexandre, le grand Molière. C'est beaucoup de leurs âmes confondues [Johann Michael, Johann Christophe, Johann Heinrich] que s'est formé le génie du grand Bach (Pirro, J.-S. Bach,1919, p. 11).
[En parlant de certains personnages illustres; précédé de l'art. défini et placé après le nom, grand équivaut à un surnom et prend une majuscule] Alexandre le Grand, Henri le Grand, Louis le Grand.
Rem. Cf. infra III A 2.
b) [Relativement aux qualités mor.] Synon. courageux, élevé, généreux, magnanime, noble.Un grand et noble cœur, il fut grand dans l'adversité, se montrer grand et généreux. Ce front élevé où brille la noblesse d'une grande ame (Cottin, Mathilde, t. 2, 1805, p. 2).Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur (Musset, Nuit mai,1835).Les êtres que j'ai aimés ont toujours été meilleurs et plus grands que moi (Camus, Env. et endr.,1937, p. 20) :
10. ... le prince qui m'abaisse je le méprise. Je suis de sa maison et il se doit de me grandir. Et si je suis grand je grandis mon prince. Saint-Exup., Citad.,1944, p. 919.
Loc. adv. De grand cœur. Avec empressement, volontiers. Faire qqc. de grand cœur. Avant de nous quitter, Pedro tient à nous faire manger dans une venta [petite auberge] (...). Nous acceptons de grand cœur (T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 300).
c) [Avec valeur uniquement superl.] Grand criminel, grand imbécile, grand fripon, grand menteur, grand sot. Vous êtes grand railleur, milord; mais je parie que vous ne rirez pas de ma plaisanterie (Delavigne, Enf. d'Édouard,1833, II, 1, p. 54).Une grande cocotte, comme elle avait été, vit beaucoup pour ses amants, c'est-à-dire chez elle, ce qui peut la conduire à vivre pour elle (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 593) :
11. ... comme donc il lui est difficile d'être grand par le travail ou la vertu, (...) il se berce encore de l'illusion qu'il pourrait être une grande canaille, ou, comme il dit, « un grand salaud. » Duhamel, Maîtres,1937, p. 213.
La grande muette. L'armée. La « grande muette » parle tout le temps, comme on voit, et elle dit vraiment d'excellentes choses (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 199).
En partic. Qui est gravement atteint. Grand brûlé, grand infirme, grand malade, grand invalide de guerre. Cet aquarium communiquait avec la chambre des grands blessés, d'où venaient les cris (Malraux, Espoir,1937, p. 509).Sont qualifiés grands mutilés de guerre les pensionnés titulaires de la carte des combattants, ayant une invalidité due exclusivement à une blessure de guerre ou contractée en service commandé (Guide pratique d'aide soc.,1957, p. 163).
3. en raison de l'importance, de la fréquence de l'exercice de certaines activités. Grand fumeur, grand joueur, grand voyageur. Il (...) mangea très vite, au mécontentement de son hôte, grand mangeur et grand parleur (A. France, Mannequin,1897, p. 50).Il était grand diseur de patenôtres et surveillait mes lectures avec une pieuse sollicitude (Guéhenno, Journal homme 40 ans,1934, p. 91) :
12. Si vous avez un vieux gentilhomme possédé de la manie des inventions et qui passe sa vie dans son laboratoire, quel fils lui donnerez-vous? un hobereau, grand chasseur, grand buveur et grand coureur de filles, cela ne fait pas un pli... Lemaitre, Contemp.,1885, p. 347.
B. − [En parlant d'inanimés concr. ou abstr.]
1. Qui, en raison de ses qualités supérieures, surpasse les autres choses de même genre, de même nature. Grand restaurant, grande cuisine. L'amour des grands vins (...) est un amour presque noble (Huysmans, Oblat, t. 2, 1903, p. 93).
En partic. Grande musique*.
Péj. Grands mots. Mots emphatiques, exagérés. Toujours des grands mots! toujours la prétention, toujours la grosse caisse mise sur l'estomac! (Flaub., Corresp.,1853, p. 174).J'ai toujours eu peur de payer les autres de grands mots, comme de m'en payer moi-même (Romains, Hommes bonne vol.,1939, p. 206).
2. [En parlant d'entités soc. ou pol.] Qui est considérable par son influence, son pouvoir. La grande banque, la grande bourgeoisie, la grande industrie, la grande presse, les grands partis politiques :
13. Ce souverain [de l'île Amsterdam], qui n'est pas encore reconnu par les grandes puissances européennes, se fait là une liste civile de soixante-quinze à quatre-vingt mille francs, en pêchant, salant et expédiant un « cheilodactylus », connu moins savamment sous le nom de morue de mer. Verne, Enf. cap. Grant, t. 2, 1868, p. 30.
3. [En parlant d'une œuvre, d'un produit du génie humain] Qui atteint un haut degré de qualité et / ou d'importance. Grand concert, grand discours, grand roman; grande civilisation. Il s'était mis en tête de créer un grand hebdomadaire de gauche (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 544).
ALCHIM. Le grand œuvre. La pierre philosophale. J'étais comme un sorcier qui cherche le grand œuvre qui laisse de côté ses fourneaux et son alambic un instant, qui se pare de sa plus belle veste et qui va se promener aussi simplement que s'il n'était pas à la veille d'avoir des millions (Janin, Âne mort,1829, p. 93).
En partic. Fondamental, capital. Les grands principes de la philosophie. La propriété est la grande cause du privilège et du despotisme (Proudhon, Propriété,1840, p. 286).Son grand argument contre le jeu était que, mathématiquement, le joueur devait toujours perdre (Zola, Argent,1891, p. 199).Il est écrit que les grandes vérités ne se communiquent que par le silence (Claudel, Soulier,1929, 4ejournée, 2, p. 856).
4.
a) Qui a ou qui annonce un haut degré d'élévation morale ou intellectuelle. Synon. beau, généreux, noble, sublime.Grand caractère, grands sentiments; grand dessein, grande cause, grande pensée, grandes et belles actions; faire de grandes choses. Je suis bien aise que Max t'ait plu. C'est une bonne, belle et grande nature (Flaub., Corresp.,1846, p. 373) :
14. Les ténesmes, la rage de dents, l'anxiété, l'abattement du désespéré n'ont rien de grand, rien d'auguste. Le sens de ce beau vers [« J'aime la majesté des souffrances humaines »] est impossible. Un non-sens peut donc avoir une résonance magnifique. Valéry, Tel quel I,1941, p. 160.
b) Glorieux, illustre. Pourquoi croyez-vous que je cherche à m'entourer des grands noms de l'ancienne monarchie? − Sire, mais peut-être pour la splendeur de votre trône, et pour ménager certaines apparences aux regards de l'Europe (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 957).
C. − [Qualifiant un subst. désignant une action, une qualité, une caractéristique, un sentiment, un état, etc., avec valeur intensive]
1. Qui, par son importance, dépasse la mesure ordinaire. Grand silence, grande animation, grande cohue, grande confusion; grande erreur; grand carnage, grande tuerie; grand sang-froid; commettre un grand crime; courir un grand danger, faire un grand voyage; faire grand cas d'une chose; il est grand temps de partir; grand cabotage*, grand prix*, grands nombres*. Il retourna à la datcha. Le désordre y était grand (G. Leroux, Roul. tsar,1912, p. 125) :
15. Le vieillard avait les yeux pleins de larmes; il parlait si humblement, d'un ton si convaincu. Durtal qui l'admirait et l'aimait pour sa grande science et sa grande bonté ne put s'empêcher de l'embrasser... Huysmans, Oblat, t. 2, 1903, p. 214.
En grand + subst.C'est un livre [La nouvelle Héloïse] lu en grande cachette et malgré mes parents qui m'a fait un honnête homme (Stendhal, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 218).Gavard lui dit une fois, en grande confidence, que MmeQuenu était certainement une belle femme, mais qu'il les aimait « moins blindées que cela » (Zola, Ventre Paris,1873, p. 744).
Loc. prép. Au grand dam1*.
Expr. C'est grand dommage. C'est vraiment dommage. C'est grand dommage que vous n'ayez pas huit ou dix ans de plus (Abellio, Pacifiques,1946, p. 45).
Proverbe. Aux grands maux les grands remèdes. Au fig. Quand nous nous récriions contre une telle perfidie et une telle ingratitude, ils nous répondaient : Aux grands maux, les grands remèdes (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 949).
[Importance de l'énergie ou de l'activité déployée] Grande colère, grand éclat de rire, frapper un grand coup; pousser un grand soupir; jeter, pousser un grand cri; faire de grands gestes; mettre grand soin à + inf. Mille grands baisers sur ton beau front et sur tes yeux si doux (Flaub., Corresp.,1846, p. 377).Rien de tel pour remettre le feu au ventre que la perspective d'un grand chambardement à perpétrer (Martin du G., Souv. autobiogr.,1946-47, p. cxxxi) :
16. M. Déroulède, qui s'était distingué, l'autre semaine, dans une réunion privée, annonce à grand fla-fla qu'il assistera à cette réunion, comme il aurait pu assister aux autres. Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 263.
[Élém. d'une loc. adv. modifiant un verbe d'action] Boire à grands traits, marcher à grands pas, courir à grande allure. La carriole allait grand train, le paysan claquant de la langue pour exciter son cheval (Maupass., Une vie,1883, p. 264).Un berger allemand accouru à grands bonds (Peyré, Matterhorn,1939, p. 20).
À grandes guides (vx). À toute vitesse. Une voiture que tiraient quatre chevaux fringants, conduits à grandes guides (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 279).
À grandes journées. En parcourant chaque jour une distance supérieure à celle qu'on peut ordinairement parcourir en une journée. Marcher à grandes journées. Vers la mi-octobre, je reçus de Copenhague l'ordre de me rendre à grandes journées en Saxe, où mon frère le plénipotentiaire m'attendait depuis deux mois (Milosz, Amour. initiation,1910, p. 248).
Loc. verb. Ouvrir de grands yeux. S'étonner. On a mis plus de deux heures pour aller au cimetière ce qui vous fera tous ouvrir de grands yeux dans votre village car on nan feras [sic] certainement pas autant pour la mère Michu (Proust, Guermantes 2,1921, p. 566).
Interj. Grand Dieu, grands dieux. [Pour renforcer l'expr., pour marquer l'étonnement, la surprise, la colère, etc.] Grands dieux! combien elle est jolie Celle que j'aimerai toujours (Béranger, Chans., t. 2, 1829, p. 117).Il faut que je vous pose une question; est-ce qu'il y a une autre femme? − Oh! grands dieux non! dit-il avec élan. Je ne serai plus jamais amoureux! (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 515).
Expr. Jurer ses grands dieux. Affirmer, protester avec force. Vous avez dû boire tous comme des soupes. Mais l'autre de jurer ses grands dieux (Pourrat, Gaspard,1922, p. 72).Bernard éprouvait beaucoup de dédain pour ces Azévédo : « Ils jurent leurs grands dieux qu'ils ne sont pas d'origine juive » (Mauriac, T. Desqueyroux,1927, p. 193).
[Importance soc.] Grand dîner, grand mariage, grande fête; donner un grand bal; être en grand uniforme, en grande tenue; en grande pompe; en grand apparat. La reine était aussi en grand appareil (Barante, Hist. ducs de Bourg., t. 1, 1821-24, p. 409).Il voyageait dans une limousine automobile de grand luxe (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 167) :
17. Une jeune femme, petite, svelte, jolie, mise avec une grande élégance, exhalant un parfum choisi, passait entre la voiture et la muraille pour entrer aussi dans la maison. Balzac, Cous. Bette,1846, p. 50.
Loc. verb. Avoir grand air2*, avoir grande allure*, faire grand accueil*.
Expr. Mener la grande vie, une grande existence. Mener une vie somptueuse, vivre dans le luxe. Il y a des Laïs et des Aspasies qui mènent (au Caire) une grande existence, et qui se sont enrichies particulièrement aux dépens de l'Angleterre (Nerval, Voy. Orient, t. 1, 1851, p. 245).
[Importance physiol., psychol., affective] Grand amour, grand bonheur, grand émoi, grand enthousiasme, grand étonnement, grand chagrin, grand trouble; grande admiration, grande amitié, grande anxiété, grande déception, grande douleur, grande fatigue, grande indifférence, grande inquiétude, grande joie; éprouver un grand soulagement, ressentir une grande amertume, avoir de grands ennuis; avoir une grande peur du feu. Vous qui avez un si grand ascendant sur ce jeune homme, tâchez de lui mettre un peu de plomb dans la tête (Claudel, Corresp. [avec Gide], 1910, p. 118).Je vous demande de croire à mon remords, à ma grande confusion! (Bernstein, Secret,1913, I, 8, p. 13).
Loc. verb. Avoir grand besoin (de qqn, de qqc., de faire qqc.); avoir grand tort; avoir, prendre, trouver grand plaisir (à faire qqc.); avoir grand mal (à la tête). Il mettait donc grand soin à dissimuler sa surdité aux yeux de tous (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 232).Il [Rousseau] avait grand souci de préserver sa solitude (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 97).
Rem. Cf. aussi infra III A 3.
2. Qui a, qui revêt un caractère exceptionnel, marquant. Grand événement, grande date; le grand soir*. Le fatal 21 de janvier 1793 se leva pour le deuil éternel de la France. Le monarque, averti qu'il falloit mourir, se prépara avec sérénité à ce grand acte de la vie (Chateaubr., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 197).Marcel Proust, sous ses édredons et ses plaids, évoquait les grandes heures de sa vie (Blanche, Modèles,1928, p. 114) :
18. Pour moi, il y a deux grands moments dans la jeunesse. 1. La découverte de la mort, le jour où l'on se dit, pour la première fois, et avec une conviction absolue, profonde : « moi aussi, je mourrai. » 2. La découverte de la fragilité de tout. Green, Journal,1934, p. 221.
DR. FÉOD. Grands jours. ,,Réunions judiciaires qui se tenaient en certaines provinces et qui prononçaient souverainement`` (Gloss. de l'anc. dr. fr., Paris, 1846). La Convention a voulu avoir, comme la royauté, ses Grands Jours, sa Chambre ardente (...). Mais que les Grands Jours de la Convention sont inférieurs aux Grands Jours de la Monarchie (...)! (A. France, Dieux ont soif,1912, p. 145).
[En parlant d'une civilisation, d'une culture] Qui est à son apogée :
19. Bien des églises gothiques sont admirables de face qui, vues de côté, présentent un barbare enchevêtrement de lignes. Un Grec de la grande époque n'eût pas compris la splendeur des arcs-boutants de Notre-Dame et n'y eût vu sans doute qu'un assez pauvre expédient destiné à sauver un édifice malade. Green, Journal,1939, p. 194.
3. [En parlant de certains phénomènes naturels ou de certaines impressions perçues par les sens] Qui se manifeste, qui agit avec une forte intensité. Synon. fort, impétueux, violent.Grand vent, grande averse, grande pluie, grande marée; grand froid, grande chaleur; grand bruit, grande clameur; grand choc; grande lumière; les grandes eaux*; il fait déjà grand jour*; le grand air* de la campagne. Il y avait dans ce temps-là de grands hivers, de brûlants étés (Colette, Sido,1929, p. 23).Un des volets, fermé contre le grand soleil, faisait tain derrière la vitre (Montherl., Lépreuses,1939, p. 1481).
Proverbe. Petite pluie abat grand vent. Au fig. ,,Peu de chose suffit quelquefois pour calmer une grande querelle`` (Ac.).
Loc. adv. De grand matin*. À grande eau. Avec beaucoup d'eau. Rincer à grande eau. Le plancher fut lavé à grande eau (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 626).
MAR. [En parlant de la force du vent] Grand frais. D'une manière forte et régulière. Le ciel s'obscurcit à quatre heures du matin, il venta grand frais; l'horizon ne nous permit plus de distinguer la terre (Voy. La Pérouse,t. 2, 1797, p. 373).
Emploi subst. Le grand de l'eau. Le plus haut point où monte la marée. (Dict. xixeet xxes.).
D. − Emploi subst. neutre. Ce qu'il y a d'élevé, de noble, de sublime (dans les sentiments, dans les actions, dans les pensées, dans le style). Il y a du grand dans cette pensée (Ac. 1835-1878) :
20. Le sublime n'est donc que le suprême degré du beau (...). Une série de gradations, le noble, le grand, le pompeux, le majestueux, le magnifique, le grandiose, etc., marquent l'intensité croissante de l'émotion et les rattachent l'un à l'autre. Bray, Du Beau,1902, p. 268.
Faire du grand. Quoi qu'il en soit, pour revenir à la place de la Bastille, l'architecte de l'éléphant avec du plâtre était parvenu à faire du grand; l'architecte du tuyau de poêle a réussi à faire du petit avec du bronze (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 158).
III. − [Grand élém. de loc. ou dans un syntagme figé; invar. devant un subst. fém. dans certaines loc. anc.]
A. − Avec valeur adj.
1. [Exprime certaines relations de parenté] Grand-papa, grand-père, grand-oncle; grand-maman, grand-mère, grande-tante; grands-parents.
Emploi subst., région. (Sud-Est). Le grand, la grand. Le grand-père, la grand-mère. Ma grand'mère, ma grand, comme on disait alors (Arène, Calanque,1896, p. 69) :
21. ... le vieux s'enferma dans son moulin (...). Il ne voulut pas même garder près de lui sa petite-fille Vivette, une enfant de quinze ans, qui, depuis la mort de ses parents, n'avait plus que son grand au monde. A. Daudet, Lettres moulin,1869, p. 23.
2. [Exprime une idée d'importance]
a) [A valeur de superl.] Le Grand Siècle, la Grande Armée, la Grande Guerre; la Grande Charte.
Les cinq grandes puissances ou, subst., les cinq Grands. Les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies : U.S.A., U.R.S.S., Chine, Grande-Bretagne et France. Les quatre Grands. Les mêmes moins la Chine. L'entente des quatre Grands à Genève (Mauriac, Bloc-notes,1958, p. 187).Les deux Grands (ou les super-Grands). Les U.S.A et l'U.R.S.S. :
22. Dans le concert des cinq grandes puissances où, malgré d'injustes retards, notre pays prend sa place et auquel il va appartenir de réorganiser, pour la paix, le monde bouleversé par la guerre, faudra-t-il que la France soit, encore une fois, la seule dont les représentants se trouvent constamment à la merci d'un mouvement d'une assemblée? De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 592.
GÉOGR., vx. Les grandes Indes. Les Indes orientales (p. oppos. à l'Amérique). Le grand(-)océan. L'océan Atlantique. Le navire lui-même avait les allures et la tenue d'un bandit. Tout léché, éraillé par la mer, depuis trois ans qu'il errait dans les houles du Grand-Océan sans avoir touché aucune terre civilisée (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 346).
b) Loc. subst. Grand-messe, grand-poste, grand-route, grand-rue, grand-ville. L'ennemi venait d'attaquer nos grand' gardes, et l'on s'armait en hâte (A. Daudet, Contes lundi,1873, p. 112) :
23. Jusqu'au moment, répliqua Ned Land, où quelque frégate (...) s'emparera de ce nid de forbans, en enverra son équipage et nous respirer une dernière fois au bout de sa grand'vergue. Verne, Vingt mille lieues, t. 1, 1870, p. 85.
Grand-chambre. [Sous l'Ancien Régime] Principale chambre du parlement. Paul Scarron fut reçu en 1698 au parlement de Paris, où il siégea comme conseiller à la grand'chambre (A. France, Génie lat.,1909, p. 31).
Fam. Grand-chose (toujours dans une phrase négative, avec valeur de pronom indéfini). Ne ... pas grand-chose.Peu de chose, presque rien. N'avoir pas grand-chose à dire. On dit que la liquidation ne laissera pas grand'chose (Chardonne, Épithal.,1921, p. 26).Mais tout l'effort de la société (...) tend à montrer, à rendre intéressantes les femmes qui ne valent pas grand-chose (Montherl., Pitié femmes,1936, p. 1120).
Pas grand-chose. Je me suis beaucoup agité pour pas grand-chose (Gide, École femmes,1929, p. 1293).
Un, une pas grand-chose. Personne de peu de valeur. Ce mari (...) était un assez vilain coco (...) un pas grand'chose (...) qui ne craignit pas de tromper sa femme (Labiche, Si jamais je te pince!1856, III, 16, p. 394).La belle Lisa se sentait furieuse contre cette pas grand-chose qui finirait par les compromettre (Zola, Ventre Paris,1873, p. 740).
3. [Exprime une idée de forte intensité]
a) Loc. verb. Avoir grand-faim, avoir grand-soif, avoir grand-peur, avoir grand-raison; avoir grand-foi; aller grand-erre. Il eut grand-honte devant la vieille Marie qui venait ouvrir les persiennes (Drieu La Roch., Rêv. bourg.,1939, p. 133).Avec une dignité un peu rouge, qui avait grand'peine à ne pas crever en jubilation, il nous a alors offert des cigares (Gracq, Beau tén.,1945, p. 29).
b) Loc. adv. En grand-hâte, à grand-peine. Tous les jeunes gens pénètrèrent en grand'hâte dans la salle commune (Duhamel, Suzanne,1941, p. 166).Nous avons racolé à grand'peine une centaine de malheureux idéalistes et nous leur débitons des bobards sur l'avenir de l'Europe (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 264).V. grand-peine (à).
En grand
Dans des proportions considérables, sur un vaste plan. Travailler en grand. Il fit l'usure en grand (Balzac, E. Grandet,1834, p. 232).On a fait, il y a quelques années, du népotisme en grand (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 387).
En quantité considérable. Fabriquer en grand. Celle-ci [la tourbe] ne se forme en grand que dans la zone tempérée froide (Lapparent, Abr. géol.,1886, p. 201).
Largement. La porte de la chambre s'entrebâilla, puis s'ouvrit en grand (Roy, Bonheur d'occas.,1945, p. 452).
Vieilli
En dimension naturelle. Ensuite, j'ai dessiné en grand tout l'avant du navire qui est sous la fenêtre (Delacroix, Journal,1854, p. 239) :
24. On voit de Masaccio aux Uffizi un vieillard en bonnet et robe grise, tête ridée, un peu moqueuse; c'est un portrait mais non pas un portrait ordinaire; il copie le réel, mais il le copie en grand [it. ds le texte]. Taine, Voy. Ital., t. 2, 1866, p. 143.
Vx. D'une façon moralement élevée. Penser, agir en grand (Ac. 1835-78). Je ne connais pas de plus mauvais pays que les États-Unis pour y vivre honnêtement. On n'y peut traiter en grand aucune affaire (Ponson du Terr., Rocambole, t. 2, 1859, p. 54).
MAR. [En matière de manœuvre] Complètement. Venir en grand sur bâbord (Le Clère 1960).
Vx. À la grande. À la manière des grands. Sa bourse s'ouvrait facilement, il vivait à la grande (Balzac, Mmede La Chanterie,1844, p. 272).Ah, ils auront fait les choses à la grande, sûrement; des gens qui ne se privent de rien (Butor, Passage Milan,1954, p. 67).
c) Expr. C'est grand-pitié. C'est grand'pitié que souvent cet enseignement divin et cette tout humaine prudence [de l'Église] aient été mêlés, confondus (Gide, Feuillets,1937, p. 1286).C'est grand-pitié de voir M. le comte, le dimanche à la messe avec des chausses toutes rapiécées (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 3etabl., 6, p. 1623).
Rem. Dans les composés ou grand entre en composition avec un nom fém., on a longtemps écrit cet adjectif avec une apostrophe (cf. infra prononc. et orth.).
B. − Avec valeur adv.
1.
a) Ouvrir grand. Ouvrir largement. Ouvrir grand la bouche. Il courut vers la porte, l'ouvrit grande (Dierx, Poèmes,1864, p. 64).J'ouvre grands mes bras à cette jeunesse ardente et recueillie (Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 24).
Loc. adj. Grand ouvert. Largement ouvert. Des fleurs du Paradis grandes ouvertes tournaient rapidement devant moi leurs pétales éblouissantes (Flaub., Tentation,1849, p. 275).Le reporter ne peut supporter la vue de ce cadavre encore chaud, aux yeux grand ouverts qui semblent le regarder (G. Leroux, Roul.,1912, p. 109).Les fenêtres étaient grand ouvertes (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 493).
Rem. ,,Dans l'usage contemporain, l'accord est à peu près constant. Cependant, il est possible aussi de suivre la règle de tout (accord au féminin, mais non au masculin pluriel)`` (Dupré 1972).
b) Voir grand. Avoir de larges vues, concevoir de vastes projets, des visées ambitieuses. Du moment qu'il s'agit de la France et quelle que soit temporairement sa situation, c'est la sagesse et la raison de voir grand et de viser haut (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 454) :
25. Mon goût pour l'histoire naturelle trouvait son compte avec ce prince de l'analogie [Carrière]. Il voyait grand, trop grand sans doute, mais quel pionnier de la nature dont il découvrait, en botanique par exemple, des lois qu'il adaptait à ses dessins! Jammes, Mém.,1922, p. 221.
c) Faire grand. Réaliser quelque chose de considérable, de remarquable. Les marchands qui illuminent à la saison des jouets, non pas pour vendre plus, mais pour faire grand, neuf, inouï (Alain, Propos,1933, p. 1125).
2. [Équivaut à un adv. d'intensité] Région. (Suisse romande). Ils habitaient un grand beau chalet, avec un large toit à deux pans (Ramuz, Œuvres compl., t. 6, La Guerre dans le Haut-Pays, Lausanne, éd. Rencontre, 1967, p. 83).Le temps va changer (...). Il fait grand beau aujourd'hui, mais attention à demain! (J. Follonier, La Sommelière, Neuchâtel, Victor Attinger, 1971, p. 23).
Prononc. et Orth. : [gʀ ɑ ̃], fém. [gʀ ɑ ̃:d]. Devant voyelle ou h non aspiré, le masc. se lie (avec assourdissement de [d] en [t]) : un grand âge, un grand homme : [gʀ ɑ ̃tɑ:ʒ], [gʀ ɑ ̃tɔm]. Dans certaines loc. consacrées par l'usage, grand présente au fém. la forme du masc. selon l'anc. manière justifiée par l'étymol. (grandis > grant au masc. et au fém., d mod. étant une réfection savante) : grand-chose, grand-faim, grand-mère, grand-peine, grand-soif, grand-tante. Ces loc. étaient écrites, à tort, avec une apostrophe comme s'il s'agissait d'une élision. Littré souhaitait la suppression de l'apostrophe. Ac. n'adoptera le trait d'union qu'en 1932. L'introduction de celui-ci entraîne une réforme du plur. fém. en faveur de l'accord des 2 termes. L'habitude veut encore des grands-pères mais des grand-mères (Gak, L'Orth. du fr., SELAF, Paris, 1976, p. 269). Gramm. Ac. 1932, p. 84 préconise l'accord des 2 termes et il est le fait de nombreux auteurs (Grev. 1965 § 293). Rem. L'absence de trait d'union ds grand officier, grand prêtre, grand prix, grand vizir s'explique par le sens, du 1erélément : haut placé dans une hiérarchie. Mais grand-duc, grande-duchesse? (fém. mod. parce que de formation récente). Ds les autres cas (grand-mère, grand-soif) cet élément traduit un éloignement dans la généalogie ou une intensité. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 881 grand honestet « grande honorabilité, grand honneur » (Eulalie ds Henry Chrestomathie t. 2, 18); 2. 1130-40 « qui occupe un rang élevé, une situation prééminente » (Wace, Conception N. D., éd. W. R. Ashford, 900). B. a) 1remoitié xes. e faciebat grant iholt (Jonas, ds Bartsch Chrestomathie, 4, 15); b) ca 1100 « qui est d'une taille dépassant la moyenne » (Roland, éd. J. Bédier, 3177); c) id. « qui est considérable par l'extension ou le nombre » grant eschech [= butin] (ibid., 99). C. 1. a) ca 1050 emploi subst. li grant « adulte » (Alexis, éd. Chr. Storey, 184); b) 1825 fém. plur. « élèves les plus âgées » (Mérimée, Théâtre C. Gazul, p. 346); 2. a) ca 1500 ces grands « personnages d'un rang social élevé » (Commynes, Conclusion ds Littré); b) av. 1633 Grands, titre porté par certains nobles espagnols qui jouissaient à la Cour de privilèges exceptionnels (G. Du Faing, Voyage de l'archiduc Albert en Espagne en 1598, éd. 1882, p. 483 ds Reinh., p. 203); av. 1646 Grands d'Espagne (F. de Bassompierre, Mém., éd. 1870-77, t. 1, p. 554, ibid.); 3. a) 1155 subst. masc. « grandeur, taille » (Wace, Brut, 6984 ds T.-L.); b) av. 1679 Un prince qui n'avait rien du grand de ces prédécesseurs « ce qui est noble, élevé » (Retz, Œuvres, éd. Feillet, II, 147); c) 1866 donner dans le grand « avoir un train de vie luxueux » (Littré). D. 1671 adv. en grand (Pomey). Du lat. grandis « grand », « avancé en âge », « imposant, sublime (en parlant du style) »; C 2 b empr. à l'esp. Grande (de España) « id. ». Fréq. abs. littér. : 134 064. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 197 695, b) 220 024; xxes. : a) 189 528, b) 169 586. Bbg. Benveniste (É.). Mécanismes de transpos. In : [Mél. Frei (H.)]. Cah. F. Sauss. 1969, no25, pp. 55-56. - Cohen 1946, p. 40 - Foulet (L.). Sur François Villon, notes et discussions. Romania. 1944, t. 68, pp. 43-151. - Gohin 1903, p. 336. - Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen..., 1972, passim. - Hasselrot 20es. 1972, p. 88. - Lew. 1968, pp. 100-102. - Matoré (G.). Proust ling. In : [Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1968, p. 291.

Wiktionnaire

Adjectif

grand \ɡʁɑ̃\

  1. De hauteur importante.
    • Personne de vraiment grand, sentait-on, n’aurait eu une expression si virulente et si agressive, bien qu’en réalité Butteridge eût une taille de six pieds deux pouces (1m88) et un poids exactement proportionnel. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 34 de l’éd. de 1921)
  2. (Typographie) Majuscule.
  3. (Figuré) (Grand + un nom de lettre) Notable et représentatif.
    • Il lui parlait d’hôtel, de frais, de remboursement. C’était un vrai con. Avec un grand C. Il venait à peine de lui annoncer que sa grand-mère était morte. Et il lui faisait un exposé sur la générosité de l’administration judiciaire. — (Geraldine Jaujou, La guérisseuse, Éditions Les Nouveaux Auteurs/Prisma Presse, 2015, chap. 2)
    • Oh, je ne crois pas du tout en l’homme avec un grand H, sans quoi je n’aurais rien à faire. Si je croyais en l’homme avec un grand H, il n’y aurait qu’à laisser faire les choses puisque ça marcherait forcément très bien pour cet homme avec un grand H. — (Jacques Ellul, « Sans arme ni armure », dans Paul Ricoeur, Jacques Ellul, Jean Carbonnier, Pierre Chaunu: dialogues, de Olivier Abel, Labor et Fides, 2012, p. 59)
    • C’est Lacan qui utilise vraiment le terme de désir avec un grand D comme l’amour avec un grand A. Ce grand A fait penser au grand Autre, comme au pluriel les amours avec un petit « a », ce « a » qui signifie les objets d’amour, ou l’objet de la pulsion, ou le petit a du petit autre. — (Pierre Jamet, Le noeud de l’inconscient : Nouer la clinique, Erès éditions (Arcanes), 2012, chap. 7)
  4. (Par analogie) De taille, longueur, volume, durée, etc., important, qui dépasse la mesure moyenne ou ordinaire.
    • Le bourreau chef jeta un coup d’œil sur la besogne et parut mécontent : la découpure n’était pas assez grande. — (Ivan Tourgueniev, L’Exécution de Troppmann, avril 1870, traduit par Isaac Pavlovsky, publiée dans ses Souvenirs sur Tourguéneff, Savine, 1887)
    • Et enfin, vous voudriez que Dieu fît courir le soleil, qui est quatre cent et trente-quatre fois plus grand que la terre, rien que pour pommer nos choux ? — (Umberto Eco, L’île du jour d’avant, Grasset & Fasquelle, 1996)
  5. (En particulier) En parlant d’un enfant, d’un adolescent dont la taille se développe.
    • On vous donnera cela quand vous serez plus grand, quand vous serez grand.
    • Vous n’êtes pas encore assez grand pour sortir seul.
    • Une grande personne se dit d’un adulte, par opposition aux enfants.
  6. Qui a grandi.
    • Ce bois commence à devenir grand.
    • Les blés sont déjà grands.
  7. (Figuré) Célèbre, doté d’une réputation positive, qui mérite l’admiration.
    • Politiqueurs cessez vous bavardages,
      Car maintenant l’on connait vos forfaits ;
      Vous n’êtes grands que dans vos tripotages,
      N’espérez plus nous tromper désormais.
      — (Étienne Pédron, la France Ouvrière, dans Chansons socialistes, Lille : à l’Imprimerie ouvrière, 1906, réédition Dijon : Éditions Raisons & Passions, mars 2011, p. 37)
  8. (En particulier) Surnom de personnages illustres, héroïques, méritants. Dans ce sens, il est précédé de l’article.
    • Alexandre le Grand.
  9. (Par extension) (Familier) Beaucoup de. S’emploie notamment avec chose, monde et intérêt, toujours dans une phrase négative.
    • Il n’y a pas grand-chose à voir dans cette région.
    • Ce livre n’ayant pas grand intérêt, il ne passionnait pas grand monde avant que son auteur ne soit victime d’un accident spectaculaire.
  10. Utilisé pour former des locutions honorifiques.
    • Grand vizir, grand secrétaire.
  11. En grande quantité.
    • C’est ainsi que la quasi-totalité des prix des grands produits industriels connaissent au XIXe siècle un trend orienté à la baisse. Dans la sidérurgie française par exemple, les « fers et aciers ouvrés » passent de l’indice 100 en 1850 à l’indice 72 en 1911. — (Jean-Pierre Rioux, La révolution industrielle : 1780-1880, Éditions du Seuil, 1971, p.84)
    • Il n’y avait pas grand monde à ce spectacle.
  12. Extrême ; lointain.
    • Il y avait déjà deux jours que le bateau filait vers le grand Nord, à la vitesse maintenue de vingt nœuds. — (Jean Lhassa, Dernières nouvelles d’ailleurs, Éditions Publibook, 2009, page 209)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GRAND, ANDE. adj.
Qui a beaucoup de hauteur, de profondeur, de longueur, de largeur, de volume ou de capacité. Être de grande taille. Grande distance. Marcher à grands pas. Une grande forêt. Un grand trou. Substantivement, Du petit au grand, Par comparaison des petites choses aux grandes. Travailler, opérer en grand, D'après un vaste plan, d'après une vue générale et complète. On dit dans le même sens Fabriquer en grand. Adverbialement, Voir grand, Avoir des vues larges, excessives. On dit de même Faire grand. Fenêtre, porte toute grande ouverte, Fenêtre, porte largement, entièrement ouverte. En termes de Papeterie, Grand aigle, grand raisin. Voyez AIGLE, RAISIN. Fig. et fam., Ouvrir de grands yeux, Voir, regarder avec surprise, avec curiosité. Plus grand que nature, se dit d'une Statue, d'un tableau où les proportions naturelles sont exagérées, où la taille ordinaire est dépassée. Par extension, Les héros de l'épopée sont plus grands que nature. Fig. et pop., Avoir les yeux plus grands que le ventre, Demander, se faire servir plus de nourriture qu'on n'en peut manger. Il se dit particulièrement d'un Enfant, d'un adolescent dont la taille se développe. Cette femme a des enfants déjà grands. Cet enfant se fait grand. On vous donnera cela quand vous serez plus grand, quand vous serez grand. Vous n'êtes pas encore assez grand pour sortir seul. Elle est déjà grande fille. Il est déjà grand garçon. Il se dit pareillement des Animaux et des plantes. Ce jeune chien est déjà grand. Ce bois commence à devenir grand. Les blés sont déjà grands. Fam., Une grande personne se dit d'une Personne faite, par opposition aux enfants. Les enfants veulent imiter les grandes personnes. Il se dit quelquefois des Choses qui passent un peu la mesure déterminée qu'elles ont ordinairement. Il y a deux grandes lieues d'ici là, Plus de deux lieues. Nous attendîmes deux grandes heures, Plus de deux heures. Marcher à grandes journées, Voyager en faisant chaque jour plus de chemin qu'un homme, qu'une troupe n'en fait ordinairement dans une journée. On dit, dans un sens analogue, Nous passâmes en cet endroit quinze grands jours, Quinze jours qui parurent fort longs. Il se dit, dans un sens plus général, des Choses qui surpassent celles de la même espèce, en qualité ou en quantité. Porter de grands fardeaux. Gouverner un grand empire. Avoir une grande fortune. Faire une grande dépense. Cela ne peut se faire qu'à grands frais. Écrire une grande lettre. Faire de grands changements dans un ouvrage Grand concours de peuple. Grand dîner. Grande cérémonie. En grande pompe. Pièce à grand spectacle. Être en grande tenue. Grande chaleur. Grande pluie. Grand vent. Grand malheur. Grande perte. Ce remède lui a fait grand bien. Je ne vois pas grand mal à cela. Aller grand train. Une grande pensée, un grand dessein. Laisser de grands souvenirs. Faire quelque chose de grand. Se signaler par de grandes actions. Avoir un grand mérite, de grands talents, de grandes vertus, de grands vices. Commettre un grand crime. Être d'une grande douceur, d'une grande faiblesse. Il est parti, à mon grand regret. Faire grand cas d'une chose. Je vous en ai de grandes obligations. Être en grande vénération. Avoir une grande puissance, Un grand crédit, une grande réputation. Avoir un grand nom. Être d'une grande naissance. C'est là de la grande éloquence. Un grand âge, Un âge avancé. Prov., Aux grand maux les grands remèdes. Cela se dit au propre et au figuré. Fig. et fam., De grands mots, Des expressions exagérées, emphatiques. Un discours plein de grands mots. Ces grands mots n'en imposent à personne. Faire une chose de grand cœur, La faire volontiers, avec empressement, avec un grand plaisir. Grand merci. Voyez MERCI. Grand chemin. Voyez CHEMIN. Grand-route, Route importante, notamment Route nationale ou départementale.

GRAND signifie quelquefois Qui est en grande quantité. Il n'a pas grand argent. Il n'y avait pas grand monde à ce spectacle. Grandes eaux se dit en parlant de la Crue extraordinaire des fleuves, des rivières. À l'époque des grandes eaux. Les grandes eaux de Versailles, de Saint-Cloud, Les cascades, les jets d'eau jouant tous ensemble. Fig., Nager en grande eau, Être dans l'abondance, jouir d'une grande fortune, se trouver dans de grandes occasions d'avancer ses affaires. Prov., Petite pluie abat grand vent. Voyez ABATTRE. Grand jour, La lumière du jour, lorsque le soleil est tout à fait levé; le jour aux endroits où rien ne l'obscurcit, ne l'affaiblit. Attendons le grand jour. Il fait déjà grand jour. Examiner une étoffe au grand jour. On le dit, figurément, d'une Grande publicité. Mettre au grand jour les actions de quelqu'un. Il n'ose se produire, il craint le grand jour. On dit aussi le grand jour de la publicité, le grand jour de l'impression. Le grand air, L'atmosphère dans un lieu découvert, par opposition à l'air renfermé dans les habitations, qui ne peut circuler et se renouveler que lentement. S'exposer au grand air. Cet enfant a besoin de grand air, d'aller au grand air. Le grand air de la campagne. Fig., Avoir grand air. Pour cette locution et celles qui lui sont analogues, voyez AIR.

GRAND signifie aussi Qui est important, principal. Les grands États de l'Europe. Les grandes puissances. Les grands établissements de crédit. Un des grands principes de la philosophie. C'est un grand point de savoir bien prendre son temps. Il m'a donné une grande leçon par son exemple. C'est un de mes grands amis. En termes d'Alchimie, Le grand œuvre, La pierre philosophale, la prétendue transmutation des métaux en or. On disait aussi dans le même sens Le grand art. Il signifie également Qui est fort au-dessus des autres par sa naissance, son pouvoir, sa dignité. Les grands dignitaires. Un grand personnage. Un grand seigneur. Substantivement, Les grands de la terre. Spécialement, Un grand d'Espagne, Seigneur titré qui avait le privilège de se couvrir devant le roi. Fam., Trancher du grand seigneur, Faire le grand seigneur. Il est devenu le surnom de quelques princes et de quelques personnages illustres, qui se sont élevés au-dessus des autres par leurs actions héroïques, par leur mérite extraordinaire. Dans ce sens, il est toujours précédé de l'article, et à la suite du nom. Alexandre le Grand. Saint Grégoire le Grand. Albert le Grand. Louis le Grand. Il est aussi le Titre de certains dignitaires, de certains officiers qui en ont d'autres sous eux. Grand maître de l'université. Grand chancelier de la Légion d'honneur. Grand chambellan. Grand aumônier. Grand écuyer. Grand veneur. On dit dans un sens analogue Grand prêtre. Grand pontife. Il est également le Titre que l'on a donné aux divers princes souverains. Le Grand Seigneur. Le Grand Turc. Le Grand Kan. Le Grand Mogol. Le grand-duc de Toscane. On dit dans un sens analogue Le grand-duché de Toscane. On donne ce même titre aux chefs de certains ordres. Grand maître de Malte. Grand maître de l'ordre Teutonique. On dit dans un sens analogue Grande maîtrise. Il se donne pareillement aux officiers principaux de certains ordres. Grand officier de la Légion d'honneur. Grand-croix. Grand cordon. Il se disait aussi en parlant de Certaines charges de divers monastères d'hommes ou de femmes. Grand prieur de Cluny. La grande prieure d'une abbaye. Le grand monde, La société distinguée par la qualité, les dignités, les richesses, la culture de l'esprit, l'élégance des manières de ceux qui la composent. Fréquenter le grand monde. Aller dans le grand monde. Il se dit des Personnes qui surpassent les autres par leur génie, par leurs qualités morales, par leurs talents, etc. Un grand génie. Un grand esprit. Un grand homme. Être au rang des grands hommes. Un grand capitaine. Un grand politique. Un grand médecin. Un grand poète. Un grand peintre. Un grand artiste. Le grand Corneille. Étudier les ouvrages des grands maîtres. Placé devant un adjectif ou un nom pris adjectivement, il lui donne en bonne ou en mauvaise part un sens superlatif. Grand travailleur. Grand lâche. Grand ignorant. Grand sot. Grand criminel. Grand menteur. Grand joueur. Grand buveur. Grande bavarde. Fam., Ils sont grands amis, Ils sont liés d'une étroite amitié. Il se dit quelquefois pour Courageux, magnanime, noble. Il fut grand dans l'adversité. Un grand cœur. Une grande âme. Grand Dieu! Exclamation d'étonnement, de crainte, etc. Fig. et fam., Promettre, jurer ses grands dieux, Promettre, jurer avec de grands serments.

GRAND devant un nom féminin commençant par une consonne ne prend pas d'e dans quelques locutions anciennes consacrées par l'usage. Grand-mère. Grand-croix. Grand-rue. À grand-peine. Faire grand-pitié. Grand-messe. Ce n'est pas grand-chose. Grand-Chambre.

Littré (1872-1877)

GRAND (gran, gran-d' ; le d se lie : un gran-t homme ; au pluriel, l's se lie : de gran-z hommes) adj.

Résumé

  • 1° Qui a des dimensions plus qu'ordinaires.
  • 2° Il se dit pour marquer simplement différence ou égalité entre des objets que l'on compare.
  • 3° Toute grande.
  • 4° D'une taille élevée.
  • 5° Il se dit de ce qui a pris une certaine croissance.
  • 6° Une grande lieue, une grande heure.
  • 7° Qui est en grande quantité.
  • 8° Qui, au physique ou au moral, surpasse la plupart des autres choses du même genre.
  • 9° Il se dit de l'âge.
  • 10° Important, principal.
  • 11° Qui est au-dessus des autres par le rang, par le pouvoir.
  • 12° Se dit aussi de Dieu.
  • 13° Qui est au-dessus des autres par le génie, les qualités morales, le talent.
  • 14° Titre de gloire de certains personnages.
  • 15° Illustre.
  • 16° Grand devant un substantif avec un sens superlatif.
  • 17° Courageux, magnanime, noble.
  • 18° Qui a un caractère de noblesse et d'élévation.
  • 19° Titre des dignitaires les plus élevés dans leur ordre.
  • 20° Titre de certains princes souverains.
  • 21° Grand, épithète de certaines plantes.
  • 22° Grand devant un certain nombre de substantifs féminins ne prend pas l'e.
  • 23° S. m. Les grands, les personnes d'un âge fait, par opposition aux enfants.
  • 24° Un personnage élevé en dignité.
  • 25° Ce qu'il y a de grand, d'élevé, de noble.
  • 26° Le grand de l'eau.
  • 27° En grand.
  • 28° À la grande.
  • 1Qui a des dimensions plus qu'ordinaires. Une grande ligne. Un grand vase. Une grande salle. Une grande ville. De grands hôpitaux. Les grandes distances qui séparent les astres les uns des autres. Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière, Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers ; Et dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines Font encore les vaines, Ils sont mangés des vers, Malherbe, I, 3. Mais à grands pas vers nous je vois quelqu'un marcher, Racine, Esth. III, 1.

    Fig. et familièrement. Ouvrir de grands yeux, regarder avec surprise ou curiosité.

    Le grand Océan, la mer Pacifique.

    Les grandes Indes, l'Amérique.

    Terme de papeterie. Grand aigle, grand raisin, voy. AIGLE, RAISIN.

    Grands brins ou hauts brins, toiles de Bretagne dont la meilleure partie se fabriquait à Dinan.

    Grand mât, voy. MÂT.

  • 2Il se dit pour marquer simplement différence ou égalité entre des objets que l'on compare. Sa maison est moins grande, plus grande, aussi grande que la vôtre. La salle n'est pas assez grande pour contenir tout le monde. Tout est trop grand pour notre esprit ; il faut qu'il raccourcisse tout ce qu'il considère ou qu'il en retranche la plus grande partie pour le proportionner à sa petitesse, Nicole, Ess. de mor. 1er traité, chap. 8. Ce que vous appelez grand est très petit pour un éléphant, et ce que vous appelez petit est un monde pour les insectes, Voltaire, Dict. phil. Apparence.

    Plus grand que nature, se dit d'une statue, d'un tableau qui donne aux personnages une stature plus grande que la taille naturelle.

    Fig. Il faut, dit-on, sur la scène être plus grand que nature, Voltaire, Triumv. Not. Que de vérité et de sagesse dans tout ce que Votre Majesté dit sur cette philosophie des stoïciens, plus grande que nature et si peu propre, avec ses grands mots et ses principes exagérés, à soulager ceux qui souffrent ! D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 9 août 1782.

    Fig. et familièrement. Avoir les yeux plus grands que la panse, avoir plus grands yeux que grand ventre, c'est-à-dire être plutôt rassasié, au physique et au moral, qu'on n'avait cru.

  • 3La fenêtre est restée toute grande ouverte, ouverte autant qu'elle pouvait l'être. Les portes sont toutes grandes ouvertes, Genlis, Th. d'Éd. la Curieuse, v, 8.

    On remarquera cet emploi où grande, tout en étant au féminin, a une signification adverbiale.

  • 4Il se dit d'une taille élevée. Un homme grand. Une grande femme. Un grand cheval. Judas assembla tous les Israélites qui étaient en Galaad, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, Sacy, Bible, Machab. I, v, 45. [Chamillart] C'était un grand homme qui marchait en dandinant, Saint-Simon, 70, 146.
  • 5Il se dit de ce qui a pris une certaine croissance. Quand les arbres seront grands. Cette femme a des enfants déjà grands. Ce jeune chien est déjà grand. Quand les blés seront plus grands. Petit poisson deviendra grand, Pourvu que Dieu lui prête vie, La Fontaine, Fabl. v, 3.

    Familièrement. Il est bien assez grand pour se servir lui-même, se dit par moquerie de quelqu'un qui se fait servir comme fait un enfant. On fut demander à Matta s'il n'était pas assez grand pour faire lui même ses présents à Mme de Senantes, sans les envoyer par le chevalier de Grammont, Hamilton, Gram. 4. Ma foi, ma sœur, tu es assez grande pour te surveiller toi-même, Picard, Petite ville, II, 1.

    Familièrement. Une grande personne, les grandes personnes, se dit de personnes d'âge fait, par opposition aux enfants.

    Grande fille, voy. FILLE, n° 3.

  • 6Il y a deux grandes lieues d'ici là, il y a deux lieues et plus. Deux grandes heures, deux heures et plus. Vous avez… Encor quinze grands jours à demeurer ici, Th. Corneille, l'Inconnu, IV, 4. Je crois qu'elle m'aura deux grands mois tout au moins, Destouches, Homme sing. IV, 2.

    Marcher à grandes journées, voyager en faisant chaque jour plus de chemin qu'un homme, qu'une troupe n'en fait d'ordinaire dans une journée. Antiochus reçut la nouvelle de cette défaite à peu près en même temps qu'il eut avis que le consul romain s'avançait à grandes journées dans la Macédoine, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 391.

  • 7Qui est en grande quantité. Il n'a pas grand argent. Il y aura grand monde chez lui ce soir.

    Grand jour, voy. JOUR.

    Le grand air, l'atmosphère libre, en un lieu découvert, par opposition à l'air enfermé dans les habitations. Il se trouve mal, il faut le porter au grand air. Les couleurs de presque tous les corps souffrent des altérations très sensibles lorsqu'ils demeurent longtemps exposés au grand air ou au grand jour, Bonnet, Lett. à Rozier, Œuv. t. x, p. 27, dans POUGENS.

    Un homme du grand air, voy. AIR 2.

    Grandes eaux, se dit de la crue extraordinaire d'un fleuve, d'une rivière. À l'époque des grandes eaux.

    Grandes eaux de Saint Cloud, de Versailles, les jets d'eau et les cascades jouant toutes ensemble.

    Fig. et familièrement. Nager en grande eau, être dans l'abondance, avoir tout à souhait, être en passe de faire fortune.

  • 8Qui, au physique ou au moral, surpasse la plupart des autres choses de même genre. Porter de grands fardeaux. Ecrire une grande lettre. Grande fatigue. Il se fit un grand bruit. Un grand silence succéda à ces paroles. J'ai une grande nouvelle à vous apprendre. Un grand nombre. Avoir de grands vices. Il n'y a pas grand mal à cela. Je sais qu'il [l'empire de Rome] doit s'accroître, et que tes grands destins Ne le borneront pas chez les peuples latins, Corneille, Hor. I, 1. Vous avez grand sujet d'appréhender pour elle, Corneille, Héracl. IV, 1. Avec un grand soupir, Corneille, Nicom. III, 2. Après ce grand exemple en vain on délibère, Corneille, ib. v, 2. Ce sont des coups d'essai, mais si grands que peut-être Le Capitole a droit d'en craindre un coup de maître, Corneille, ib. III, 2. Seigneur, le bruit est grand et l'auteur incertain, Corneille, Othon, v, 3. L'intendant ne parle que de votre magnificence, de votre grand air, de vos grands repas ; Madame de Vins en est toute étonnée, Sévigné, 423. Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons, Bossuet, Reine d'Anglet. Quoique personne n'ignore les grandes qualités d'une reine dont l'histoire a rempli tout l'univers…, Bossuet, ib. Dans la plus grande fureur des guerres civiles, jamais on n'a douté de sa parole ni désespéré de sa clémence, Bossuet, ib. Si elle eut de la joie de régner sur une grande nation, c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire du bien, Bossuet, ib. Je ne puis soutenir ces grandes paroles par lesquelles l'arrogance humaine tâche de s'étourdir, Bossuet, Duch. d'Orl. C'est une grande parole, chrétiens, et qui mérite d'être écoutée avec tous les sentiments de respect que la religion est capable de nous inspirer, Bourdaloue, Myst. Résurr. de J. C. t. I, p. 316. Voilà les plus grands coups ; Seigneur, continuez, la victoire est à vous, Racine, Bérén. IV, 6. L'entreprise sans doute est grande et périlleuse, Racine, Athal. v, 3. J'oserai devant lui rompre ce grand silence, Racine, Esth. II, 7. Il semble que le trop grand empressement est une recherche importune ou une vaine affectation de marquer aux autres de la bienveillance par ses paroles et par toute sa conduite, La Bruyère, Théophraste, XII. Et c'est du sein des grands obstacles Que naissent les grandes beautés, Lamotte, Odes, t. I, P. 350, dans POUGENS. Mais sitôt que Séide Aura rougi ses mains de ce grand homicide, Voltaire, Fan. IV, 1. Canut, roi de Danemark, qu'on a nommé le Grand et qui n'a fait que de grandes cruautés, réunit sous sa domination le Danemark et l'Angleterre, Voltaire, Mœurs, XLII. Mes mains désespérées Dans ce grand abandon seront plus assurées, Voltaire, Oreste, IV, 4. …Jamais chef ou roi, pontife ou citoyen, Ne conçut un projet aussi grand que le mien, Voltaire, Fanat. II, 5. Je fus obligé de sortir du château quelque temps après que M. le baron vous eut renvoyé à grands coups de pied dans le derrière, Voltaire, Candide, 24. …Des grands périls les grands efforts sont nés, Saurin, Spart. IV, 3. Vous parlez du respect de la propriété ; Il est des droits plus grands, ceux de l'humanité, Chénier M. J. Gracques, II, 3. Va, dit la fée, à tort tu t'en alarmes ; De grands talents ont de moins beaux succès ; Ses chants légers seront chers aux Français, Et du proscrit adouciront les larmes, Béranger, le Tailleur et la Fée. À cette vue [des flammes se dirigeant sur le Kremlin], un grand soupçon s'empare de leur esprit ; les Moscovites, connaissant notre téméraire et négligente insouciance, auraient-ils conçu l'espoir de brûler avec Moscou nos soldats ivres de vin, de fatigue et de sommeil ? Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6. La royauté avait été déplacée par la noblesse ; il restait donc une imposante coalition de toutes les grandes fortunes et de tous les grands noms de l'Angleterre, Villemain, Littér. fr. 18e siècle, 2e part. 2e leçon. La grande armée se disait, sous le premier empire, de l'armée commandée par Napoléon lui-même, et surtout de l'armée qui fit la campagne de Russie.

    Pièce à grand spectacle, pièce à décors et à changements à vue.

    Fig. De grands mots, des mots emphatiques, des expressions exagérées, et aussi des mots techniques peu connus. Ah ! monsieur Lysidas, vous nous assommez avec vous grands mots, Molière, Critique, 7.

    Grand chemin, voy. CHEMIN, n° 2.

    Grand merci, voy. MERCI.

    Le grand remède, les grands remèdes, les préparations mercurielles administrées pour le traitement de la syphilis.

    Le grand remède se dit aussi du remède définitif, de celui auquel on a recours quand les autres sont épuisés. Le grand remède pour le mal de dents, c'est d'arracher la dent malade.

    Terme d'alchimie. Le grand art, l'art de faire la pierre philosophale. Le grand œuvre, voy. ŒUVRE.

    Terme d'ancienne législation. Grandes audiences, se disait des audiences que le parlement consacrait aux causes des rôles, par opposition aux petites audien ces.

    Dans l'ancienne organisation judiciaire, grands jours, voy. JOUR.

    Grand conseil, voy. CONSEIL, n° 9.

  • 9Il se dit de l'âge. Un grand âge.

    Une grande jeunesse, âge très peu avancé dans la vie. On ne put lui confier cette affaire à cause de sa grande jeunesse.

    Grande vieillesse, âge très avancé. C'était un homme courageux [Mazeppa], entreprenant et d'un travail infatigable, quoique dans une grande vieillesse, Voltaire, Charles XII, 4.

  • 10Important, principal. Un des grands principes de la philosophie. C'est un grand point de savoir bien prendre son temps. À la veille d'un si grand jour [la bataille de Rocroi], Bossuet, Louis de Bourbon.
  • 11Il se dit des personnes qui surpassent les autres par le rang, par le pouvoir, par la dignité. Une grande dame. Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes, Corneille, Cid, I, 3. Vous dirai-je les noms de ces grands personnages ? Corneille, Cinna, I, 3. Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous s'étudient à satisfaire leur avarice, Sacy, Bible, Jérémie, VI, 13. Considérez ces grandes puissances que nous regardons de si bas, Bossuet, Duch. d'Orl. Voilà les vérités que j'ai à traiter et que j'ai crues dignes d'être proposées à un si grand prince et à la plus illustre assemblée de l'univers, Bossuet, ib. Savez-vous que l'intention de Dieu n'est pas que vous soyez plus grand pour avoir plus de sujets, mais seulement qu'il y ait plus de sujets à qui vous soyez utile ? Bourdaloue, 2e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 49. C'est-à-dire qu'on est grand par tout ce qui ne vient pas de nous, et qu'on ne l'est ni dans sa personne, ni par sa personne, Bourdaloue, 2e dim. après la Pentec. Dominic. t. IV, p. 18. La règle de voir de plus grands que soi doit avoir ses restrictions ; il faut quelquefois d'étranges talents pour la réduire en pratique, La Bruyère, IX. Dieux ! si, devenant grand, souvent on devient pire, Si la vertu se perd quand on gagne l'empire, Racine, Théb. IV, 3. Grande reine, est-ce ici votre place ? Racine, Athal. II, 5. Dieux ! que plus on est grand, plus vos coups sont à craindre ! Voltaire, Mérope, II, 3. Plus le coupable est grand, plus grand est le supplice, Voltaire, Sémir. v, 8. On l'entendait répéter [un des ministres de Napoléon] que l'empereur n'était pas assez grand, qu'il fallait qu'il fût plus grand encore pour pouvoir s'arrêter, Ségur, Hist. de Nap. II, 5.

    Grand seigneur, voy. SEIGNEUR.

    Familièrement. Trancher du grand seigneur, affecter le train, le ton d'un grand seigneur.

    Absolument. Trancher du grand, affecter la grandeur, la magnificence.

    Familièrement. Les grands parents, les plus considérables d'entre les proches parents, et aussi les grand-père, grand'mère, grands oncles, etc.

    Le grand monde, voy. MONDE.

    Par extension, il se dit parfois des choses en ce sens. Henri… Ne refuse à mes vœux un favorable appui ; Et, si pour ton autel ce n'est chose assez grande, Pense qu'il est si grand qu'il n'aurait point d'offrande, S'il n'en recevait point que d'égales à lui, Malherbe, I, 4. Je vous conseille d'écrire à notre bon cardinal sur cette grande mort, il en sera touché, Sévigné, Lett. 5 août 1675.

  • 12Se dit aussi de Dieu. De moi [pour moi], toutes les fois que j'arrête les yeux à voir les ornements dont tu pares les cieux, Tu [Dieu] me sembles si grand et nous si peu de chose, Que mon entendement Ne peut s'imaginer quelle amour te dispose à nous favoriser d'un regard seulement, Malherbe, I, 1. Dieu seul est grand, mes frères, et dans ces derniers moments surtout où il préside à la mort des rois de la terre, Massillon, Louis le Grand.

    Grand Dieu, exclamation d'étonnement, de crainte etc.

    Grands dieux, quand il est question de païens. Exterminez, grands dieux, de la terre où nous sommes, Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes, Voltaire, Mahomet, III, 8.

    Promettre, jurer ses grands dieux, faire de grandes protestations.

  • 13Il se dit des personnes qui surpassent les autres par le génie, par les qualités morales, par les talents, etc. Une grande reine. Une grande impératrice. Un grand peintre. Un grand musicien. Son ombre épouvanta votre grand Annibal, Corneille, Nicom. III, 2. Il a servi l'empire et fut grand capitaine, Rotrou, Bélis. I, 2. Le grand cardinal de Richelieu, Bossuet, le Tellier. Lorsque David, un si grand guerrier, déplora la mort de deux fameux capitaines qu'on venait de perdre, il leur donna cet éloge : plus vites que les aigles, plus courageux que les lions, Bossuet, Louis de Bourbon. Je vous dirais qu'il fut le plus grand de nos princes, Racine, Alex. v, 1. De grands hommes commandaient de petites armées, et ces armées faisaient de grandes choses, Hamilton, Gramm. 2. Grand politique, général accompli, modeste au milieu des plus grands emplois et des honneurs les plus éclatants, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 393, dans POUGENS. Voilà comment on devient un grand homme de guerre, Rollin, ib. t. VIII, p. 344. Nous sommes assez grands pour être sans envie, Voltaire, Tancr. v, 1. Henri IV, que nous révérons aujourd'hui et que nous aimons, si on ose le dire, comme un dieu tutélaire, était un très grand homme ; mais le temps de Louis XIV fut un très grand siècle, Voltaire, Fragm. sur l'hist. art. 20. Le grand Condé pleurant aux vers du grand Corneille, Voltaire, Dial. Paris. Russe. Nous allons perdre le grand Haller, et probablement, à l'heure que je vous écris, il n'est plus ; vous n'avez pas besoin que je vous fasse sentir toute la grandeur de cette perte, vous qui savez comme moi tout ce que la physiologie, la botanique, la médecine, les lettres, la religion doivent à cet homme aussi respectable qu'illustre, Bonnet, Lett. div. Œuvres, t. II, p. 206, dans POUGENS. Mon enfant, quel éclair sinistre ! C'était l'astre d'un favori Qui se croyait un grand ministre Quand de nos maux il avait ri, Béranger, Étoiles qui filent.

    Un grand esprit, une personne remarquable par l'étendue de ses idées, par la grandeur de ses conceptions. Elle avait un grand esprit, de grandes vues, un grand art de posséder noblement une grande fortune, Sévigné, 348.

  • 14Titre de gloire de certains princes ou personnages illustres (en cet emploi, Grand prend une majuscule), etc. Alexandre le Grand. Henri le Grand. Saint Grégoire le Grand. Louis XIV, qui venait de recevoir le nom de Grand à l'hôtel de ville de Paris en 1680, Voltaire, Observ. sur les mém. de Noailles. Le Tartufe essuya autrefois de plus violentes contradictions ; il fut enfin vengé des hypocrites ; j'espère l'être des fanatiques ; car enfin Mahomet est Tartufe le Grand, Voltaire, Lett. Cideville, 1er sept. 1742.

    On remarquera que l'épithète se met avant le substantif lorsqu'on parle du mérite du personnage : le grand Alexandre. Mais, lorsqu'on veut distinguer le personnage d'autres qui portent le même nom, alors l'épithète doit toujours être après le substantif : Alexandre le Grand.

  • 15Illustre. êtes-vous d'Athènes la grande ? La Fontaine, Fabl. IV, 7. Un Élie dont le nom est grand parmi les Juifs, Bossuet, Hist. II, 10. Mon cœur, jaloux du sort de ces grands malheureux, Veut s'élever, madame, et tomber avec eux, Racine, Théb. IV, 3. Notre nation… se fait une gloire de copier leurs mœurs [des grands]… tout devient honorable d'après de grands modèles, Massillon, Pet. car. Ex. des grands.

    Une grande maison, une famille illustre par son rang, par son ancienneté. Je vois la maison de France, la plus grande, sans comparaison, de tout l'univers, et à qui les plus puissantes maisons peuvent bien céder sans envie, puisqu'elles tâchent de tirer leur gloire de cette source, Bossuet, Duch. d'Orl.

    La grande nation, terme dont on se servait sous le premier empire pour désigner la nation française. Depuis dix ans, leurs routes [des départements de l'Est] étaient couvertes de voyageurs de tous les rangs qui venaient admirer la grande nation, la capitale chaque jour embellie, les chefs-d'œuvre de tous les arts et de tous les siècles que la victoire y avait rassemblés, Ségur, Hist. de Nap. III, 1.

  • 16Grand devant un substantif lui donne, en bonne ou en mauvaise part, un sens superlatif. Grand buveur. Grand poltron. Grand lâche. Grand imbécile. Grand menteur. Grande bavarde. Je vous crois grand latin et grand docteur juré, Molière, le Dép. II, 7. Grands Aristarques de Trévoux, Boileau, Épigr. 35. Homère, le grand théologien et le grand prophète des Grecs, Fleury, Mœurs des Israél. tit. XXII, 2e part. p. 273, dans POUGENS.

    Familièrement. Ils sont grands amis, ils sont liés par l'amitié.

  • 17Courageux, magnanime, noble. Attale a le cœur grand, l'esprit grand, l'âme grande, Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi, Corneille, Nicom. II, 3. Et fût-il sous ta rage à tes pieds abattu, Il est plus grand que toi s'il a plus de vertu, Corneille, Attila, III, 4. Les sentiments d'orgueil qui corrompent d'autant plus les âmes, qu'elles sont plus grandes et plus élevées, Bossuet, Reine d'Anglet. Que jamais on n'est grand qu'autant que l'on est juste, Boileau, Sat. X. Je voyais bien que votre âme était haute, mais je ne soupçonnais pas qu'elle fût grande, Montesquieu, Eucrate et Sylla. Ce roi plus grand que la fortune Dédaignait comme vous une pompe importune, Voltaire, Œdipe, IV, 1. Et prenant désormais des sentiments plus grands, Voltaire, Brutus, V, 1. Insensible à sa chute et grand dans ses misères, Voltaire, Zaïre, II, 1. Je me sens assez grand pour ne pas t'abuser, Voltaire, Mah. II, 5. Tu me crois assez grand pour oublier l'outrage, Voltaire, Mérope, v, 2. Faire une chose de grand cœur, la faire très volontiers.
  • 18Qui a un caractère de noblesse et d'élévation. Quel est ce vieillard blanc, aveugle et sans appui ? Serait-ce un habitant de l'empire céleste ? Ses traits sont grands et fiers…, Chénier, Idylles, aveugle.

    Terme de beaux-arts. Grande manière, manière appropriée aux sujets nobles, aux compositions vastes et de grandes dimensions.

  • 19Titre des dignitaires les plus élevés dans leur ordre. Grand maître de l'université. Grand chancelier de la Légion d'honneur. Grand référendaire. Grand chambellan. Jonathan, fils du roi, était grand maître du palais, et jugeait le peuple, Sacy, Bible, Rois, IV, XV, 6. Mon père fut aussi quelque temps grand louvetier, Saint-Simon, 6, 84.

    Dans un sens analogue. Grand prêtre, grand pontife, grande prêtresse, etc. Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur, De notre dernier roi Josabeth est la sœur, Racine, Athal. I, 1.

    Titre donné aux chefs de certains ordres. Grand maître de Malte.

    On dit de même grande maîtrise.

    Se dit encore de certains officiers principaux des mêmes ordres. Grand prieur de France. Grand officier de la Légion d'honneur. Grand cordon. Le roi manda à monseigneur d'envoyer le grand prieur à la Bastille, Saint-Simon, 59, 239.

    Grand-croix, voy. ce mot à sa place.

    Monsieur le Grand se disait, dans l'ancienne cour, du premier écuyer de la grande écurie du roi. Le roi dit à monsieur le Grand [Louis de Lorraine, comte d'Armagnac] : accommodez-vous pour le rang avec le comte de Soissons, Sévigné, 490.

    Se dit enfin de certaines charges de divers monastères d'hommes ou de femmes. Grand prieur de Cluny. La grande prieure de telle abbaye.

    Grand vicaire, voy. VICAIRE.

  • 20Titre de certains princes souverains. Le Grand Seigneur. Le Grand Khan. Le Grand Mogol. Le Grand Turc. Le grand-duc de Toscane. Mahomet II fut le premier prince ottoman qualifié Grand Turc par les chrétiens, en raison de l'étendue de sa domination par comparaison avec le sultan d'Iconium que Monstrelet désigne sous le nom de Petit Turc.

    On dit de même un grand-duché.

  • 21 Terme de botanique. Grand baume, la tanaisie. Grande marjolaine, l'origan.

    Terme de zoologie. Grand cachalot, le physeter.

  • 22Grand, devant un certain nombre de mots féminins, ne prend pas l'e du féminin. En voici la liste.

    Grand'bande, anciennement, sorte d'orchestre pour danser. Le bal et la grand'bande, à savoir deux musettes, Molière, Tart. II, 3. En grand'cérémonie, La Fontaine, la Femme confesseur.

    Grand'chambre, une chambre de l'ancien parlement. C'est honnêteté à M. de Harlay, et non pas un devoir de prendre avis de la grand'chambre, Saint-Simon, 21, 242. En toute autre occasion, on dit : une grande chambre.

    Grand'chère. Faire grand'chère. Mais il faudrait dire : faire une grande chère.

    Grand'chose. Je voudrais, m'en coûtât-il grand'chose, Pour la beauté du fait, avoir perdu ma cause, Molière, Mis. I, 1.

    On trouve aussi grande chose, bien moins usité. Ce n'était pas grande chose pour lui, Hamilton, Gramm. 9. Mais il faudrait dire : une grande chose.

    Grand'coiffe. À sa grand'coiffe, à sa fine étamine, Gresset, Vert-vert, III.

    Grand'faim. Grand'soif. Comme Schah-Abbas avait grand'faim, les aliments grossiers lui parurent plus agréables que les mets exquis de sa table, Fénelon, t. XIX, p. 90. Grand'soif, bon appétit, Destouches, Glor. II, 14. Mais il faudrait dire : une grande faim, une grande soif.

    Grand'garde, en termes militaires, sorte de poste avancé. Une grande garde serait tout autre chose, serait une garde nombreuse.

    Grand'hâte. Il avait eu grand'hâte de la marier, Sévigné, 62.

    Grand'honte. Quand trois filles passant, l'une dit : C'est grand'honte Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils, La Fontaine, Fabl. III, 1. Mais il faudrait dire : une grande honte.

    Grand'mère. Voyez grand'mère à sa place.

    Grand'messe. Avez-vous entendu la grand'messe ?

    À grand'peine. À grande peine n'est pas usité.

    Grand'peur. La pauvre femme eut si grand'peur Qu'elle chercha quelque assurance Entre les bras de son époux, La Fontaine, Fabl. IX, 15. Mais il faudrait dire : une grande peur.

    Grand'pitié. Ce pauvre Lauzun ne vous fait-il pas grand'pitié ? Sévigné, 257. Mais il faudrait dire : une grande pitié.

    La grand'rue se dit souvent de la rue principale d'une ville.

    Grand'salle, salle du palais de justice à Paris. La chicane en fureur mugit dans la grand'salle, Boileau, Sat. VIII. Partout ailleurs on dit : une grande salle.

    La grand'sœur. Ayant sans cesse et le père et la mère, Et la grand'sœur avec le petit frère, De ses deniers mariant la grand'sœur, Et du petit payant le précepteur, La Fontaine, Belph.

    Voy. GRAND'TANTE à sa place.

    La Fontaine a dit en grand'pompe : Alibech fut festinée en grand'pompe, Diable. Mme de Sévigné a dit la grand'mode : C'est la grand'mode, Sévigné, 212.

    Vaugelas a dit : la plus grand'part.

    Ménage dit qu'on n'a point trouvé d'autre raison pour l'élision de l'e dans ces cas que l'usage qui l'a établie. Mais d'une part il n'y a point d'e élidé, et d'autre part la raison de cette forme est fournie de la façon la plus simple par l'ancienne langue. Grand, venant du latin grandis qui a la même terminaison pour le masculin et le féminin, n'avait non plus qu'une seule terminaison pour les deux genres dans l'ancien français : une grant cité, etc. Cet usage, parfaitement régulier, comme on voit, se trouva en contradiction avec celui qui survint et qui donna à ces adjectifs une terminaison féminine. Mais, de cette contradiction, il résulta que grand fut maintenu par le parler habituel en accord avec quelques noms féminins. Ainsi il n'y a point d'e élidé et, partant, point d'apostrophe à mettre. Il serait meilleur de supprimer cette apostrophe que de présenter à l'esprit la fausse idée d'une suppression qui serait une anomalie sans raison ; mais un homme seul n'a pas autorité suffisante pour cela. Voy. à GRAND'MÉRE l'anomalie ridicule à laquelle conduit cette apostrophe.

  • 23 S. m. Les grands, les personnes d'un âge fait, par opposition aux enfants. Racontez des fables, flattez, amusez ; grands et petits courent après vous, Fénelon, Dial. des morts anc. 44.

    Dans les lycées et colléges, les grands, les écoliers les plus âgés. En ce sens il se dit aussi au singulier : un grand.

    Le féminin est usité dans les pensions de filles. Les grandes. Une grande.

  • 24Un personnage élevé en dignité. Des hommes, tout ainsi je ne puis reconnaître Les grands, mais bien ceux-là qui méritent de l'être, Et de qui le mérite, indomptable en vertu, Force les accidents et n'est point abattu, Régnier, Sat. XI. Les grands, pour s'affermir achetant des suffrages…, Corneille, Cinna, II, 1. Hélas ! on voit que de tout temps Les petits ont pâti des sottises des grands, La Fontaine, Fabl. II, 4. Les grands pour la plupart sont masques de théâtre ; Leur apparence impose au vulgaire idolâtre, La Fontaine, ib. IV, 14. Vous, favori ! vous, grand, défiez-vous des rois ; Leur faveur est glissante : on s'y trompe, et le pire, C'est qu'il en coûte cher…, La Fontaine, ib. x, 10. Tous les discours sont des sottises Partant d'un homme sans éclat ; Ce seraient paroles exquises, Si c'était un grand qui parlât, Molière, Amph. II, 1. Un grand, dans son idée, n'est pas un seul homme, c'est un homme environné de tous ceux qui sont à lui, et qui s'imagine avoir autant de bras qu'ils en ont tous ensemble, parce qu'il en dispose et qu'il les remue, Nicole, Ess. de mor. 1er traité, chap. 1. Et la vertu des grands n'est pas d'aimer leurs femmes, Boursault, Ésope à la cour, II, 2. Il faut avec les grands un peu de retenue, Boileau, Sat. v. Vois s'il s'offre à tes yeux quelque grand de ma cour, Racine, Esth. II, 4. Ce qui est dans les grands splendeur, somptuosité, est dissipation, folie, ineptie dans le particulier, La Bruyère, VII. Les grands dédaignent les gens d'esprit qui n'ont que de l'esprit ; les gens d'esprit méprisent les grands qui n'ont que de la grandeur ; les gens de bien plaignent les uns et les autres, qui ont ou de la grandeur ou de l'esprit, sans nulle vertu, La Bruyère, IX. Les grands veulent être applaudis ; et, comme l'imitation est de tous les applaudissements le plus flatteur et le moins équivoque, on est sûr de leur plaire, dès qu'on s'étudie à leur ressembler, Massillon, Pet. car. Ex. des grands. Il n'est pas besoin de connaître beaucoup les maisons des grands pour savoir que d'y être bien avec tout le monde, c'est un chef-d'œuvre de conduite et de sagesse, et souvent d'autant plus difficile que l'on a d'ailleurs de plus grandes qualités, Fontenelle, Dodart. Grand est autre que puissant ; on peut être l'un et l'autre, mais le puissant désigne une place importante ; le grand annonce plus d'extérieur et moins de réalité ; le puissant commande, le grand a des honneurs, Voltaire, Dict. phil. Grand. À leurs seuls intérêts les grands sont attachés, Voltaire, Tancr. I, 6. Un grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal, Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 2. Au reste, cette désunion entre ses grands ne déplaisait pas à Napoléon, elle l'instruisait ; leur accord l'eût inquiété, Ségur, Hist. de Nap. III, 2.

    Un demi-grand, un personnage intermédiaire entre les grands et ceux qui ne le sont pas. Réfléchissant profondément sur le caractère des grands et des demi-grands qui sacrifient si légèrement la liberté des hommes et l'honneur des femmes, Voltaire, l'Ingénu, 15.

    Grand d'Espagne, titre de la première distinction en Espagne, qui donne, entre autres priviléges, celui de se couvrir devant le roi.

  • 25Ce qu'il y a de grand, d'élevé, de noble. La fausse gloire ne le tentait pas ; tout tendait au vrai et au grand, Bossuet, Louis de Bourbon. Il y a cinq sources du grand, l'élévation d'esprit, le pathétique, les figures, la noblesse de l'expression, la composition et l'arrangement des paroles, Boileau, Longin, Sublime, 6. Ce style [des flatteurs] sert au prince à se consoler du grand et de l'excellent par le médiocre, La Bruyère, IX. Et là il commença l'exécution d'un dessein qu'il méditait depuis longtemps, digne d'un homme accoutumé au grand pendant tout le cours de sa vie, Fontenelle, Marsigli. Démarche qui, si elle manquait de succès, ne pouvait être justifiée qu'auprès du petit nombre de ceux qui reconnaissent le grand partout où il se trouve, Fontenelle, Czar Pierre. Le grand, le solide de la religion prend la place, dans un bon esprit, de tout le frivole qui l'avait amusé, Massillon, Carême, Mot. de conv. Toi qui du grand, du pathétique As sur la harpe prophétique Répandu le charme vainqueur, Lamotte, Od. t. I, p. 429, dans POUGENS. Il [le czar Pierre] aimait le grand et l'extraordinaire autant que Charles XII, Gortz et Alberoni ; mais il l'aimait en fondateur d'un État, en législateur, en vrai politique, Voltaire, Russ. II, 8. Je croyais qu'on allait faire Du grand et du neuf, Béranger, Restaur. de la chanson.

    Terme de beaux-arts. Le grand, ce qui se distingue par la puissance d'exécution et la grandeur de pensée.

    Se dit aussi du luxe, de la dépense. Donner dans le grand.

    Du petit au grand, en comparant les petites choses aux grandes.

    Aller du petit au grand, commencer par de petites choses, pour parvenir à de plus grandes.

    Argumenter du petit au grand, tirer de ce qui est petit une conclusion sur ce qui est grand.

  • 26 Terme de mer. Le grand de l'eau, le plus haut point où une marée monte dans le mois.
  • 27En grand, loc. adv. De dimension naturelle. Il s'est fait peindre en grand. Les petites machines ne réussissent point en grand, parce que les frottements les dérangent, Voltaire, Polit. et législ. Pens. admin. publ. 26.

    En grand, avec toute l'étendue que comporte la chose dont il s'agit. Les instruments nécessaires pour la culture en grand.

    Fig. Puis en grand m'étant fait voleur, J'eus d'un baron mœurs et langage, Béranger, Reliques.

    En grand se dit aussi par comparaison avec ce qui est plus petit. On veut que l'univers ne soit en grand que ce qu'une montre est en petit, Fontenelle, les Mondes, 1er soir. Le schisme entre Samarie et Jérusalem était en petit ce que le schisme entre les Grecs et les Latins est en grand, Voltaire, Dict. phil. Alexandre.

    Fig. Travailler en grand, travailler sur un vaste plan, d'après une vue générale et complète.

    Penser, agir en grand, penser, agir d'une manière noble, élevée. Il y a… des savants qui connaissent, qui expliquent tout ; qui… s'élancent dans un infini en grand, où ils ne peuvent atteindre, Bernardin de Saint-Pierre, 1re étude. Toujours en grand nous calculons, vieux habits ! vieux galons ! Béranger, V, habits.

    En grand, en gros, en masse. Il avait vu en grand les mœurs des nations, leurs usages et leurs polices, Marmontel, Mém. VI.

  • 28À la grande, loc. adv. À la manière des grands seigneurs. On ne peut voyager ni plus agréablement, ni plus à la grande, Sévigné, 547. Un grand train, deux carrosses à six chevaux, un fourgon, huit cavaliers, enfin, à la grande, Sévigné, Lett. du 11 avr. 1689. Devenu président à mortier, il [de Mesmes] se persuada qu'il était un seigneur et vécut à la grande, Saint-Simon, 319, 164.

PROVERBES

Petite pluie abat grand vent, la pluie fait cesser le vent> ; et fig. peu de chose suffit pour calmer un grand emportement.

Aux grands maux, les grands remèdes.

Service, promesse de grands, voy. HÉRITAGE.

Qui a grand, grand lui faut, les personnes riches se marient entre elles.

REMARQUE

1. Grand, adjectif, avec demi ne prend pas de tiret : Diviser le demi grand arc. Papier demi grand aigle. Grand substantif en prend un : Un demi-grand.

2. Un grand homme est un homme d'un grand mérite intellectuel et moral. Un homme grand est un homme d'une grande taille.

3. Grande avec femme ne signifie que la taille, et l'on ne dit ni : c'est une grande femme, pour exprimer c'est une femme de grand mérite, comme on dit c'est un grand homme ; ni les grandes femmes de l'antiquité, comme les grands hommes de l'antiquité.

HISTORIQUE

Xe s. Por o [pour cela] s' furet morte [elle serait morte] à grand honestet, Eulalie. E faciebat grant iholt [chaud], Fragm. de Valenc. p. 468.

XIe s. Deüz services et mout granz amistez, Ch. de Rol. III. Granz trente lieues l'ouirent-il respondre [le cor de Rolant], ib. CXXX. Veer [vous] poez les grans chemins poudreux, Ch. de Rol. CLXXIV. Puis si s'escrie [Charlemagne] à sa voiz grant et haute, ib. CCXII. Hauz est li jurs, et par est granz la feste, ib. CCLXXII.

XIIe s. Granz quinze lieues en est la voix allée, Ronc. p. 84. En haut s'escrient li petit et li grant, ib. 119. Grans fust ma joie et ma peine legere, Couci, XVIII.

XIIIe s. Et sachent bien li grant et li menor [les moindres] Que là doit-on faire chevalerie, Quesnes, Romancero, p. 93. Dont commença mout grans la guerre entre les François et les Grieus, Villehardouin, XCIX. Moult fu grans la renommée par les terres, quant cil dui se croisierent, Villehardouin, ib. Que tout li grant seignor, li comte et li marquis, Berte, v. Sages soies et acointables, De paroles dous et resnables Et as grans gens et as menues, la Rose, 2111.

XIVe s. Nuls boulangers ou tallemelliers, vendans ou amenans pain dans Paris pour vendre, ne pourront mettre pain en un sac de deux paires [espèces de bleds], mais tout d'un grain et d'un grand [contenance], Ordonn. des rois, t. II, p. 351. Mais quant je serai grant et li tamps enterra [entrera, viendra], Je arai tel cheval qui chier vous coustera, Guesclin. 128.

XVe s. Histoire et matiere de grand louange, Froissart, Prol. Il envoya grand or et grand argent à plusieurs cardinaux et prelats…, Froissart, I, I, 11. Le discord et les grands haines qui estoient entre…, Froissart, I, I, 16. Or estoit-il d'ordonnance en l'hostel de Foix, que moult souvent Gaston et Ivain son frere bastard se vestoient de cottes et d'habits ensemble, car ils estoient aucques d'un grand et d'un age, Froissart, II, III, 13. Ses grans affaires [de Louis XI], Commines, Prol. Les mutations sont grandes, Commines, I, 1. En grant richesse, Commines, I, 2. Son artillerie estoit belle et grande, Commines, ib. Les pluyes les plus grandes qu'il est possible de dire, Commines, II, 3. Or voyez vous la mort de tant de grands hommes, en si peu de temps, qui tant ont travaillé pour s'accroistre [hommes considérables, princes], Commines, Conclusion. Tous autres princes et hommes de moyen estat qui ont vescu sous ces grands, Commines, ib. Si estoie je jeune fille quand elle estoit grande demoiselle, Les 15 joies de mariage, p. 29.

XVIe s. Grands chaines d'or, dont maint beau corps est ceint, Marot, I, 177. Il est vray : mais si peut-on faindre Aucunes fois une amytié, Qui n'est pas si grand la moytié Comme on la demontre par signes, Marot, II, 10. En si grand jeunesse, Marot, I, 210. Ce conte qu'un grand me feit de…, Montaigne, I, 17. Il y a grand à dire entre la cause de celuy qui… et celuy qui…, Montaigne, I, 123. Nous estimons grande chose nostre mort, Montaigne, II, 381. Ce n'est pas si grand chose de se tuer, Montaigne, II, 383. Paroles grandes et dignes d'un tel philosophe, Montaigne, III, 12. Grand maistre en la science de bourrellerie, Montaigne, III, 301. Il estoit encore grand jour, Amyot, Philop. 24. Faire voir le grand pere [prendre un jeune enfant par les oreilles et l'enlever de terre], Oudin, Curios. fr. Grand bandon fait grand larron, Cotgrave Grands bœufs ne font pas les grandes journées, Cotgrave Il n'est pas si grand jour qui ne vienne à vespre, Cotgrave À grand cheval grand gué, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GRAND. Ajoutez :
29S. f. pl. Les grandes, les femmes des grands. Je sue sang et eau à faire ces sortes d'écriture [lettres aux personnages haut placés], et j'accouche autant de fois que j'écris des lettres aux grands et aux grandes, Guez de Balzac, Lett. inédites, LXXXII, éd. Tamizey-Larroque.
30Tout en grand se dit, en termes de marine, d'un navire qui n'a souffert aucun dommage. Il convient de reconnaître que le bateau le Danemark, qui s'est arrêté dans la ligne de navigation, tout en grand et sans secousse, a péri par un vice qui lui était propre, ou s'est échoué sur un écueil que la compagnie du touage ne pouvait connaître, Gaz. des Trib. 24 juin 1874, p. 600, 4e col.
31Dans l'ancienne monarchie, monsieur le Grand, le grand écuyer. Madame la Grand, la femme de monsieur le Grand, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

REMARQUE

On dit depuis quelque temps : Faire grand, pour travailler en grand, à la grande. Faites grand, Sire, fut une flatterie adressée dans le temps à Napoléon III. Il fait grand, chose importante pour l'Opéra, et l'on sent qu'il pourrait remplir aisément ce vaste cadre, Th. Gautier, Feuilleton, Monit. universel, 30 nov. 1868. Faire grand est très peu français.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

GRAND, adj. GRANDEUR, s. f. (Gramm. & Litterat.) c’est un des mots les plus fréquemment employés dans le sens moral, & avec le moins de circonspection. Grand homme, grand génie, grand esprit, grand capitaine, grand philosophe, grand orateur, grand poëte ; on entend par cette expression quiconque dans son art passe de loin les bornes ordinaires. Mais comme il est difficile de poser ces bornes, on donne souvent le nom de grand au médiocre.

On se trompe moins dans les significations de ce terme au physique. On sait ce que c’est qu’un grand orage, un grand malheur, une grande maladie, de grands biens, une grande misere.

Quelquefois le terme gros est mis au physique pour grand, mais jamais au moral. On dit de gros biens, pour grandes richesses ; une grosse pluie, pour grande pluie ; mais non pas gros capitaine, pour grand capitaine ; gros ministre, pour grand ministre. Grand financier, signifie un homme très-intelligent dans les finances de l’état. Gros financier, ne veut dire qu’un homme enrichi dans la finance.

Le grand homme est plus difficile à définir que le grand artiste. Dans un art, dans une profession, celui qui a passé de loin ses rivaux, ou qui a la réputation de les avoir surpassés, est appellé grand dans son art, & semble n’avoir eu besoin que d’un seul mérite. Mais le grand homme doit réunir des mérites différens. Gonsalve, surnommé le grand capitaine, qui disoit que la toile d’honneur doit être grossierement tissue, n’a jamais été appellé grand homme. Il est plus aisé de nommer ceux à qui l’on doit refuser l’épithete de grand homme, que de trouver ceux à qui on doit l’accorder. Il semble que cette dénomination suppose quelques grandes vertus. Tout le monde convient que Cromwel étoit le général le plus intrépide de son tems, le plus profond politique, le plus capable de conduire un parti, un parlement, une armée. Nul écrivain cependant ne lui donne le titre de grand homme, parce qu’avec de grandes qualités il n’eut aucune grande vertu.

Il paroît que ce titre n’est le partage que du petit nombre d’hommes dont les vertus, les travaux, & les succès ont éclaté. Les succès sont nécessaires, parce qu’on suppose qu’un homme toûjours malheureux l’a été par sa faute.

Grand tout court, exprime seulement une dignité. C’est en Espagne un nom appellatif honorifique, distinctif, que le roi donne aux personnes qu’il veut honorer. Les grands se couvrent devant le roi, ou avant de lui parler, ou après lui avoir parlé, ou seulement en se mettant en leur rang avec les autres.

Charles Quint confirma à 16 principaux seigneurs les priviléges de la grandesse ; cet empereur, roi d’Espagne, accorda les mêmes honneurs à beaucoup d’autres. Ses successeurs en ont toûjours augmenté le nombre. Les grands d’Espagne ont long-tems prétendu être traités comme les électeurs & les princes d’Italie. Ils ont à la cour de France les mêmes honneurs que les pairs.

Le titre de grand a toûjours été donné en France à plusieurs premiers officiers de la couronne, comme grand-sénéchal, grand-maître, grand-chambellan, grand-écuyer, grand-échanson ; grand-pannetier, grand-véneur, grand-louvetier, grand-fauconnier. On leur donna ce titre par prééminence, pour les distinguer de ceux qui servoient sous eux. On ne le donna ni au connétable, ni au chancelier, ni aux maréchaux, quoique le connétable fût le premier des grands officiers, le chancelier le second officier de l’état, & le maréchal le second officier de l’armée. La raison en est qu’ils n’avoient point de vice-gérens, de sous-connétables, de sous-maréchaux, de sous-chanceliers, mais des officiers d’une autre dénomination qui exécutoient leurs ordres ; au lieu qu’il y avoit des maîtres-d’hôtel sous le grand maître, des chambellans sous le grand-chambellan, des écuyers sous le grand-écuyer, &c.

Grand qui signifie grand-seigneur, a une signification plus étendue & plus incertaine ; nous donnons ce titre au sultan des Turcs, qui prend celui de padisha, auquel grand-seigneur ne répond point. On dit un grand, en parlant d’un homme d’une naissance distinguée, revêtu de dignités ; mais il n’y a que les petits qui le disent. Un homme de quelque naissance ou un peu illustré, ne donne ce nom à personne. Comme on appelle communément grand seigneur celui qui a de la naissance, des dignités, & des richesses, la pauvreté semble ôter ce titre. On dit un pauvre gentil-homme, & non pas un pauvre grand seigneur.

Grand est autre que puissant ; on peut être l’un & l’autre. Mais le puissant désigne une place importante. Le grand annonce plus d’extérieur & moins de réalité. Le puissant commande : le grand a des honneurs.

On a de la grandeur dans l’esprit, dans les sentimens, dans les manieres, dans la conduite. Cette expression n’est point employée pour les hommes d’un rang médiocre, mais pour ceux qui par leur état sont obligés à montrer de l’élévation. Il est bien vrai que l’homme le plus obscur peut avoir plus de grandeur d’ame qu’un monarque. Mais l’usage ne permet pas qu’on dise, ce marchand, ce fermier s’est conduit avec grandeur ; à-moins que dans une circonstance singuliere & par opposition on ne dise, par exemple, le fameux négociant qui reçut Charles-Quint dans sa maison, & qui alluma un fagot de canelle avec une obligation de cinquante mille ducats qu’il avoit de ce prince, montra plus de grandeur d’ame que l’empereur.

On donnoit autrefois le titre de grandeur aux hommes constitués en dignité. Les curés en écrivant aux évêques, les appelloient encore votre grandeur. Ces titres que la bassesse prodigue & que la vanité reçoit, ne sont plus guere en usage.

La hauteur est souvent prise pour de la grandeur. Qui étale la grandeur, montre la vanité. On s’est épuisé à écrire sur la grandeur, selon ce mot de Montagne : nous ne pouvons y atteindre, vengeons-nous par en médire. Voyez Grandeur & l’article suivant. Article de M. de Voltaire.

Grand, s. f. (Philos. Mor. Politiq.) les grands : on nomme ainsi en général ceux qui occupent les premieres places de l’état, soit dans le gouvernement, soit auprès du prince.

On peut considérer les grands ou par rapport aux mœurs de la société, ou par rapport à la constitution politique. Par rapport aux mœurs, voyez les articles Courtisan, Gloire, Grandeur, Faste, Flaterie, Noblesse, &c. Nous prenons ici les grands en qualité d’hommes publics.

Dans la démocratie pure il n’y a de grands que les magistrats, ou plûtôt il n’y a de grand que le peuple. Les magistrats ne sont grands que par le peuple & pour le peuple ; c’est son pouvoir, sa dignité, sa majesté, qu’il leur confie : de-là vient que dans les républiques bien constituées, on faisoit un crime autre fois de chercher à acquérir une autorité personnelle. Les généraux d’armée n’étoient grands qu’à la tête des armées ; leur autorité étoit celle de la discipline ; ils la déposoient en même tems que le soldat quittoit les armes, & la paix les rendoit égaux.

Il est de l’essence de la démocratie que les grandeurs soient électives, & que personne n’en soit exclu par état. Dès qu’une seule classe de citoyens est condamnée à servir sans espoir de commander, le gouvernement est aristocratique. Voyez Aristocratie.

La moins mauvaise aristocratie est celle où l’autorité des grands se fait le moins sentir. La plus vicieuse est celle où les grands sont despotes, & les peuples esclaves. Si les nobles sont des tyrans, le mal est sans remede : un sénat ne meurt point.

Si l’aristocratie est militaire, l’autorité des grands tend à se réunir dans un seul : le gouvernement touche à la monarchie ou au despotisme. Si l’aristocratie n’a que le bouclier des lois, il faut pour subsister qu’elle soit le plus juste & le plus modéré de tous les gouvernemens. Le peuple pour supporter l’autorité exclusive des grands, doit être heureux comme à Venise, ou stupide comme en Pologne.

De quelle sagesse, de quelle modestie la noblesse Vénitienne n’a-t-elle pas besoin pour ménager l’obéissance du peuple ! de quels moyens n’use-t-elle pas pour le consoler de l’inégalité ! Les courtisanes & le carnaval de Venise sont d’institution politique. Par l’un de ces moyens, les richesses des grands refluent sans faste & sans éclat vers le peuple : par l’autre, le peuple se trouve six mois de l’année au pair des grands, & oublie avec eux sous le masque sa dépendance & leur domination.

La liberté romaine avoit chéri l’autorité des rois ; elle ne put souffrir l’autorité des grands. L’esprit républicain fut indigné d’une distinction humiliante. Le peuple voulut bien s’exclure des premieres places, mais il ne voulut pas en être exclu ; & la preuve qu’il méritoit d’y prétendre, c’est qu’il eut la sagesse & la vertu de s’en abstenir.

En un mot la république n’est une que dans le cas du droit universel aux premieres dignités. Toute prééminence héréditaire y détruit l’égalité, rompt la chaîne politique, & divise les citoyens.

Le danger de la liberté n’est donc pas que le peuple prétende élire entre les citoyens sans exception, ses magistrats & ses juges, mais qu’il les méconnoisse après les avoir élûs. C’est ainsi que les Romains ont passé de la liberté à la licence, de la licence à la servitude.

Dans les gouvernemens républicains, les grands revêtus de l’autorité l’exercent dans toute sa force. Dans le gouvernement monarchique, ils l’exercent quelquefois & ne la possedent jamais : c’est par eux qu’elle passe ; ce n’est point en eux qu’elle réside ; ils en sont comme les canaux, mais le prince en ouvre & ferme la source, la divise en ruisseaux, en mesure le volume, en observe & dirige le cours.

Les grands comblés d’honneurs & dénués de force, représentent le monarque auprès du peuple, & le peuple auprès du monarque. Si le principe du gouvernement est corrompu dans les grands, il faudra bien de la vertu & dans le prince & dans le peuple pour maintenir dans un juste équilibre l’autorité protectrice de l’un, & la liberté légitime de l’autre : mais si cet ordre est composé de fideles sujets & de bons patriotes, il sera le point d’appui des forces de l’état, le lien de l’obéissance & de l’autorité.

Il est de l’essence du gouvernement monarchique comme du républicain, que l’état ne soit qu’un, que les parties dont il est composé forment un tout solide & compacte. Cette machine vaste toute simple qu’elle est, ne sauroit subsister que par une exacte combinaison de ses pieces ; & si les mouvemens sont interrompus ou opposés, le principe même de l’activité devient celui de la destruction.

Or la position des grands dans un état monarchique, sert merveilleusement à établir & à conserver cette communication, cette harmonie, cet ensemble, d’où résulte la continuité réguliere du mouvement général.

Il n’en est pas ainsi dans un gouvernement mixte, où l’autorité est partagée & balancée entre le prince & la nation. Si le prince dispense les graces, les grands seront les mercenaires du prince, & les corrupteurs de l’état : au nombre des subsides imposés sur le peuple, sera compris tacitement l’achat annuel des suffrages, c’est-à-dire ce qu’il en coûte au prince pour payer aux grands la liberté du peuple. Le prince aura le tarif des voix, & l’on calculera en son conseil combien telle & telle vertu peuvent lui coûter à corrompre.

Mais dans un état monarchique bien constitué où la plénitude de l’autorité réside dans un seul sans jalousie & sans partage, où par conséquent toute la puissance du souverain est dans la richesse, le bonheur & la fidélité de ses sujets, le prince n’a aucune raison de surprendre le peuple : le peuple n’a aucune raison de se défier du prince : les grands ne peuvent servir ni trahir l’un sans l’autre ; ce seroit en eux une fureur absurde que de porter le prince à la tyrannie, ou le peuple à la révolte. Premiers sujets, premiers citoyens, ils sont esclaves si l’état devient despotique ; ils retombent dans la foule, si l’état devient républicain : ils tiennent donc au prince par leur supériorité sur le peuple ; ils tiennent au peuple par leur dépendance du prince, & par-tout ce qui leur est commun avec le peuple, liberté, propriété, sûreté, &c. aussi les grands sont attachés à la constitution monarchique par intérêt & par devoir, deux liens indissolubles lorsqu’ils sont entrelacés.

Cependant l’ambition des grands semble devoir tendre à l’aristocratie ; mais quand le peuple s’y laisseroit conduire, la simple noblesse s’y opposeroit, à-moins qu’elle ne fût admise au partage de l’autorité ; condition qui donneroit aux premiers de l’état vingt mille égaux au lieu d’un maître, & à laquelle par conséquent ils ne se résoudront jamais ; car l’orgueil de dominer qui fait seul les révolutions, souffre bien moins impatiemment la supériorité d’un seul, que l’égalité d’un grand nombre.

Le desordre le plus effroyable de la monarchie, c’est que les grands parviennent à usurper l’autorité qui leur est confiée, & qu’ils tournent contre le prince & contre l’état lui-même, les forces de l’état déchiré par les factions. Telle étoit la situation de la France lorsque le cardinal de Richelieu, ce génie hardi & vaste, ramena les grands sous l’obéissance du prince, & les peuples sous la protection de la loi. On lui reproche d’avoir été trop loin ; mais peut-être n’avoit-il pas d’autre moyen d’affermir la monarchie, de rétablir dans sa direction naturelle ce grand arbre courbé par l’orage, que de le plier dans le sens opposé.

La France formoit autrefois un gouvernement fédératif très-mal combiné, & sans cesse en guerre avec lui-même. Depuis Louis XI. tous ces co-états avoient été réunis en un ; mais les grands vassaux conservoient encore dans leurs domaines l’autorité qu’ils avoient eue sous leurs premiers souverains, & les gouverneurs qui avoient pris la place de ces souverains, s’en attribuoient la puissance. Ces deux partis opposoient à l’autorité du monarque des obstacles qu’il falloit vaincre. Le moyen le plus doux, & par conséquent le plus sage, étoit d’attirer à la cour ceux qui dans l’éloignement & au milieu des peuples accoûtumés à leur obéir, s’étoient rendus si redoutables. Le prince fit briller les distinctions & les graces ; les grands accoururent en foule ; les gouverneurs furent captivés, leur autorité personnelle s’évanoüit en leur absence, leurs gouvernemens héréditaires devinrent amovibles, & l’on s’assûra de leurs successeurs ; les seigneurs oublierent leurs vassaux, ils en furent oubliés ; leurs domaines furent divisés, aliénés, dégradés insensiblement, & il ne resta plus du gouvernement féodal que des blasons & des ruines.

Ainsi la qualité de grand de la cour n’est plus qu’une foible image de la qualité de grand du royaume. Quelques-uns doivent cette distinction à leur naissance. La plûpart ne la doivent qu’à la volonté du souverain ; car la volonté du souverain fait les grands comme elle fait les nobles, & rend la grandeur ou personnelle, ou héréditaire à son gré. Nous disons personnelle ou héréditaire, pour donner au titre de grand toute l’étendue qu’il peut avoir ; mais on ne doit l’entendre à la rigueur que de la grandeur héréditaire, telle que les princes du sang la tiennent de leur naissance, & les ducs & pairs de la volonté de nos rois. Les premieres places de l’état s’appellent dignités dans l’église & dans la robe, grades dans l’épée, places dans le ministere, charges dans la maison royale ; mais le titre de grand, dans son étroite acception, ne convient qu’aux pairs du royaume.

Cette réduction du gouvernement féodal à une grandeur qui n’en est plus que l’ombre, a dû coûter cher à l’état ; mais à quelque prix qu’on achette l’unité du pouvoir & de l’obéissance, l’avantage de n’être plus en bute au caprice aveugle & tyrannique de l’autorité fiduciaire, le bonheur de vivre sous la tutele inviolable des lois toûjours prêtes à s’armer contre les usurpations, les vexations & les violences ; il est certain que de tels biens ne seront jamais trop payés.

Dans la constitution présente des choses il nous semble donc que les grands sont dans la monarchie françoise, ce qu’ils doivent être naturellement dans toutes les monarchies de l’Univers ; la nation les respecte sans les craindre ; le souverain se les attache sans les enchaîner, & les contient sans les abattre : pour le bien leur crédit est immense ; ils n’en ont aucun pour le mal, & leurs prérogatives mêmes sont de nouveaux garans pour l’état du zele & du dévouement dont elles sont les récompenses.

Dans le gouvernement despotique tel qu’il est souffert en Asie, les grands sont les esclaves du tyran, & les tyrans des esclaves ; ils tremblent & ils font trembler : aussi barbares dans leur domination que lâches dans leur dépendance, ils achetent par leur servitude auprès du maître, leur autorité sur les sujets, également prêts à vendre l’état au prince, & le prince à l’état ; chefs du peuple dès qu’il se révolte, & ses oppresseurs tant qu’il est soûmis.

Si le prince est vertueux, s’il veut être juste, s’il peut s’instruire, ils sont perdus : aussi veillent-ils nuit & jour à la barriere qu’ils ont élevée entre le throne & la vérité ; ils ne cessent de dire au souverain, vous pouvez tout, afin qu’il leur permette de tout oser ; ils lui crient, votre peuple est heureux, au moment qu’ils expriment les dernieres gouttes de sa sueur & de son sang ; & si quelquefois ils consultent ses forces, il semble que ce soit pour calculer en l’opprimant combien d’instans encore il peut souffrir sans expirer.

Malheureusement pour les états où de pareils monstres gouvernent, les lois n’y ont point de tribunaux, la foiblesse n’y a point de refuge : le prince s’y reserve à lui seul le droit de la vindicte publique ; & tant que l’oppression lui est inconnue, les oppresseurs sont impunis.

Telle est la constitution de ce gouvernement déplorable, que non-seulement le souverain, mais chacun des grands dans la partie qui lui est confiée, tient la place de la loi. Il faut donc pour que la justice y regne, que non-seulement un homme, mais une multitude d’hommes soient infaillibles, exempts d’erreur & de passion, détachés d’eux-mêmes, accessibles à tous, égaux pour tous comme la loi ; c’est-à-dire qu’il faut que les grands d’un état despotique soient des dieux. Aussi n’y a-t-il que la théocratie qui ait le droit d’être despotique ; & c’est le comble de l’aveuglement dans les hommes que d’y prétendre ou d’y consentir. Article de M. Marmontel.

Grand, adject. en Anatomie, se dit de quelques muscles, ainsi appellés par comparaison avec d’autres qui sont petits.

Le grand zigomatique. Voyez Zigomatique.
Le grand oblique. Oblique.
Le grand droit. Droit.
Le grand complexus. Complexus.
Le grand dorsal. Dorsal.
Le grand fessier. Fessier.
Le grand pectoral. Pectoral.
Le grand dentelé. Dentelé.
Grand rond. Rond.

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Étymologie de « grand »

Provenç. et espagn. gran ; portug. et ital. grande ; du latin grandis.

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(880) De l’ancien français grant (forme épicène). Du latin grandis (« grand », « avancé en âge »), qui a éliminé le classique magnus en bas latin.
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Phonétique du mot « grand »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
grand grɑ̃

Citations contenant le mot « grand »

  • La modération des grands hommes ne borne que leurs vices. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Réflexions et Maximes
  • L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux. François Marie Arouet, dit Voltaire, Œdipe, I, 1, Philoctète
  • Qu'il est grand ! plus grand encore mort que vivant ! Henri III,
  • Grands hommes ! Voulez-vous avoir raison demain ? Mourez aujourd'hui. Victor Hugo, Littérature et philosophie mêlées
  • L'esprit de parti abaisse les plus grands hommes jusques aux petitesses du peuple. Jean de La Bruyère, Les Caractères, De l'homme
  • Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • La modération des grands hommes ne borne que leurs vertus. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Poésies, II
  • Le privilège des grands hommes est de donner des secousses à leur siècle. La secousse donnée, sauve qui peut. Louis XVIII, Le Songe de Maurepas
  • Il faut être plus grands, malgré nous. Napoléon Ier, Lettres, à Alexandre Ier, 2 février 1808
  • C'est le succès qui fait les grands hommes. Napoléon Ier, Cité par Las Cases dans le Mémorial de Sainte-Hélène
  • Dans une grande âme tout est grand. Blaise Pascal, Discours sur les passions de l'amour
  • Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu'eux ! Louis Pergaud, La Guerre des boutons, Mercure de France
  • Rien de grand ne se fait sans chimères. Ernest Renan, L'Avenir de la science, Lévy
  • La fin de l'humanité c'est de produire de grands hommes. Ernest Renan, Dialogues et fragments philosophiques, III, Rêves , Lévy
  • Les grands hommes sont plus grands que nature dans le souvenir. Ce que nous voyons en eux, c'est à la fois le meilleur d'eux et le meilleur de nous. Émile Chartier, dit Alain, Préliminaires à la mythologie, Flammarion
  • Pour avoir le droit d'admirer les erreurs d'un grand homme, il faut savoir les reconnaître, quand le temps les a mises au grand jour. Jean Le Rond d'Alembert, Discours préliminaire à l' Encyclopédie
  • Tous les vrais grands hommes aiment à se laisser tyranniser par un être faible. Honoré de Balzac, L'Illustre Gaudissart
  • Les nations n'ont de grands hommes que malgré elles, - comme les familles. Charles Baudelaire, Fusées
  • Napoléon est si grand qu'on dirait que l'empire du monde ne fut pour lui qu'un pis-aller. Léon Bloy, Le Pèlerin de l'absolu, Mercure de France
  • Tu l'as bien connu ? C'était un grand diable, Leste comme un cerf et fort comme un bœuf ; Le causeur d'ailleurs le plus agréable Il brisait un sou comme on casse un œuf. Paul Déroulède, Les Chants du soldat, Calmann-LévyÀ la manière de ( Reboux et Muller), troisième série
  • Une compagnie formée exclusivement de grands hommes serait peu nombreuse et semblerait triste. Anatole François Thibault, dit Anatole France, Les Opinions de Jérôme Coignard, Calmann-Lévy
  • […] Certains hommes répandent, pour ainsi dire de naissance, un fluide d'autorité dont on ne peut discerner au juste en quoi il consiste […] Il en va de cette matière comme de l'amour qui ne s'explique point sans l'action d'un inexprimable charme. Charles de Gaulle, Le Fil de l'épée, Plon
  • Napoléon, dans le concours des grands hommes, est toujours avant Parmentier. Charles de Gaulle, Le Fil de l'épée, Plon
  • Les grands noms sont toujours de grandes raisons aux petits génies. Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires
  • […] Il est, à mon sens, d'un plus grand homme de savoir avouer sa faute que de savoir ne pas la faire. Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires
  • Le salut se fera par des grands hommes. Ernest Renan, Dialogues et fragments philosophiques, III, Rêves , Lévy
  • Le génie et la vertu ne s'accrochent que par hasard. Ce n'est pas chez les grands hommes qu'il faut aller chercher les modèles pour les ordinaires et nécessaires vertus sociales. Remy de Gourmont, Promenades littéraires, Mercure de France
  • Cent ans après sa mort, le plus grand bonheur qui puisse arriver à un grand homme, c'est d'avoir des ennemis. Henri Beyle, dit Stendhal, Armance
  • Les grands hommes se passionnent pour les petites choses, quand les grandes viennent à leur manquer. Alexis Clérel de Tocqueville, Correspondance, à G. de Beaumont, 22 mars 1857
  • Les grands hommes meurent deux fois, une fois comme hommes, et une fois comme grands. Paul Valéry, Cahier B 1910, Gallimard
  • Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes méchants. John Emerich Dalberg, 1er baron Acton, Historical Essays and Studies
  • La gloire des grands hommes tient pour un quart à leur audace, pour deux quarts au hasard, pour le dernier quart à leurs crimes. Ugo Foscolo, Ultime Lettere di Jacopo Ortis, 4 décembre 1798
  • Le monde est incapable de vivre au niveau de ses grands hommes. sir James Frazer, Le Rameau d'or, XXXVII The Golden Bough, XXXVII
  • Un peuple est un détour que prend la nature pour parvenir à six ou sept grands hommes - et pour les éviter ensuite. Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir Die fröhliche Wissenschaft
  • Petit poisson deviendra grand. De Jean de La Fontaine / Le Petit Poisson et le pêcheur
  • Dieu seul est grand. De Jean-Baptiste Massillon / L’enterrement de Louis XIV - 1715
  • Petite pluie abat grand vent. De Proverbe français
  • Petite aide fait grand bien. De Germaine Guèvremont / Marie-Didace
  • Âne. Le lapin devenu grand. De Jules Renard / Histoires naturelles
  • Une petite impatience ruine un grand projet. De Confucius
  • Un décor est un grand sentiment dramatique. De Louis Jouvet
  • Dans une grande âme, tout est grand. De Blaise Pascal / Discours sur les passions de l'amour
  • Il faudrait ne jamais devenir grand. De Jean Anouilh / Antigone
  • Peu d'aide fait grand bien. De Proverbe québécois
  • L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a publié sa nouvelle liste rouge des espèces animales et végétales menacées. Une révision indiquant que les lémuriens de Madagascar et le grand hamster d'Alsace sont en danger critique, et la baleine franche de l'Atlantique Nord à un pas de l'extinction. Déforestation, réchauffement climatique, chasse et pêche..., les activités humaines n'y sont pas étrangères. Futura, Lémuriens, grand hamster d’Alsace et baleine franche sont proches de l'extinction
  • Chaque année plus de 500 films, des 4 coins du monde, sont en compétition aux Green Deauville Awards, qui récompense des oeuvres dédiées à l'écologie. "Il faut sauver les Alpes" signé Nicolas Plain et Laurent Lichtenstein a décroché le grand prix du documentaire de la 9ème édition France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, Le Grenoblois Nicolas Plain remporte le grand prix du documentaire avec "Il faut sauver les Alpes"
  • Un grand centre de dédouanement est contruit en urgence dans le Kent à partir de ce lundi pour gérer les 10 000 camions quotidiens. France 3 Hauts-de-France, Brexit : un grand centre de dédouanement construit en urgence dans le Kent pour gérer les 10 000 camions quotidiens
  • Autour de l’an mil, l’abbaye de Cluny, aujourd’hui petite bourgade tranquille de Saône-et-Loire, fut à la pointe du renouveau spirituel de l’Occident. L’Europe religieuse se restructure alors et nombre de monastères se placent sous la dépendance de la lointaine Cluny. Ainsi en est-il pour l’abbaye de Moissac qui verra son apogée pendant sa période clunisienne. Il est possible aujourd’hui de relier à pied les sites clunisiens grâce à de nombreux sentiers en France et en Suisse. Un de ces sentier de grande randonnée a été ouvert il y a six ans sous l’impulsion de l’association des "Amis de l’abbaye de Saint-Maurin" dans le Lot-et-Garonne, à portée de jet de pierre du Tarn-et-Garonne. Il se trouve que Saint-Maurin est un de ces sites clunisiens remarquables de ce carrefour entre Quercy, Guyenne et Gascogne, avec l’abbaye de Moissac et les prieurés de Moirax et Layrac en Lot-et-Garonne. L’idée était de les réunir sur un sentier croisant ici le Compostelle, empreint de spiritualité et traversant un vrai pays de cocagne. Gérard Deflisque est le président des Amis de l’abbaye de Saint-Maurin et de la commission des chemins de Cluny, et également administrateur à la Fédération Européenne des Sites Clunisiens : "Ce chemin relie quatre sites clunisiens majeurs dans la région, et il fait partie des Grands Itinéraires Culturels du Conseil de l’Europe", nous a-t-il confié. Le sentier d’une longueur de 106 kilomètres, relie deux voies de Compostelle qu’il emprunte en partie, le GR 65 à l’ouest de Moissac et le GR 652 au sud-ouest d’Agen, ce qui permet un accès aisé, notamment ferroviaire, dans un sens comme dans l’autre. On trouve toutes les indications pratiques sur le site de l’association. On peut désormais poursuivre de Moissac jusqu’à Lalbenque dans le Lot grâce à une autre association, "Chemin en Quercy", avant peut-être dans quelques années la jonction avec les sentiers clunisiens auvergnats qui descendent vers Conques. Car ils sont nombreux, ces sentiers, convergeants également vers l’Espagne et Saint-Jacques de Compostelle. Un magnifique patrimoine, à découvrir également avec trois boucles d’une quarantaine de kilomètres ouvertes autour de Saint-Maurin. ladepeche.fr, Le chemin de Cluny : l’autre grand sentier - ladepeche.fr

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Traductions du mot « grand »

Langue Traduction
Anglais tall
Espagnol grande
Italien grande
Allemand hoch
Chinois
Arabe كبير
Portugais alta
Russe высокий
Japonais 背が高い
Basque altuerako
Corse altu
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Synonymes de « grand »

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