La langue française

Long, longue

Sommaire

  • Définitions du mot long, longue
  • Étymologie de « long »
  • Phonétique de « long »
  • Citations contenant le mot « long »
  • Traductions du mot « long »
  • Synonymes de « long »
  • Antonymes de « long »

Définitions du mot long, longue

Trésor de la Langue Française informatisé

LONG, LONGUE, adj., adv. et subst.

I. − Adjectif
A. − [Dans l'espace]
1. [Au compar. ou au superl. ou bien suivi d'une indication de mesure] Qui a telle ou telle étendue dans le sens de la longueur (v. ce mot A 1). Anton. large, haut, profond.Une allée longue de cent mètres; une salle plus longue que large. Sous un plafond blanchi à la chaux, long de cent vingt pas, large de soixante (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 161):
1. C'est un homme gros, court, velu, avec des bacchantes frisées, une chevelure aile de corbeau, un anneau à l'oreille gauche, l'œil fier, les sourcils froncés, les dents éclatantes, une fossette au menton, les mains en forme de poings, plus larges que longues, les pieds courts, les orteils épais, les chevilles dodues... Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 168.
2. Absol. Anton. court.
a) Gén. antéposé ou en emploi attributif. Qui a une étendue supérieure à la moyenne dans le sens de la longueur. Longue avenue; long corridor; longue galerie; long cou; longs cheveux; longue chevelure; longues moustaches. Le cours du Danube est long (Littré). Du fond de ces longs couloirs de verdure, on les voyait venir avec leurs collerettes (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 210).Sur le long ruban de route qui se déroule, se marquent par étapes des foyers lumineux (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1565).Ce qui frappait d'abord dans cette longue salle basse et voûtée (...) était un singulier aspect de propreté et d'ordre (Gracq, Syrtes,1951, p. 31).
IMPR. Longues lignes. ,,Texte composé sur toute la largeur de la page, par opposition au texte imprimé en colonnes`` (Brun 1968).
Long comme le bras (loc. fam. et fig., marque l'importance). Elle peut bien être marquise long comme le bras pour ses domestiques. Mais dans les actes de l'état civil ce n'est pas la même chose (Proust, Fugit.,1922, p. 676).
Rare, fam. [En parlant d'une pers.] Voilà que le long Suédois qui précède justement Tartarin s'est arrêté (A. Daudet, Tartarin Alpes,1885, p. 246).Est-ce que vous connaîtriez par hasard une gamine de quatorze à quinze ans, longue et maigre, vêtue d'une robe rose en coton (...)? (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 61).
Vx. [En parlant d'une pers.] Long comme un jour sans pain. Extrêmement grand et maigre. (Dict. xixes.).
Rem. Auj. uniquement au sens temp., infra B, c'est-à-dire à propos d'une journée ennuyeuse, qui n'en finit pas.
Vieilli. Une vue longue. Qui voit loin. (Ds DG, Ac.). De longs regards. ,,Qui se prolongent au loin`` (Littré). Cf. infra B 2 a β.
Longue-vue*.
MAR. Navigation au long cours. ,,Navigation maritime effectuée au delà d'un certain degré de latitude et de longitude fixés par la loi (...) et qui, par suite, est plus longue et présumée plus dangereuse que la navigation au cabotage`` (Cap. 1936). Nos deux frères aînés (...) sont partis comme mousses sur des navires au long cours (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 113).
Capitaine, officier au long cours. Capitaine, officier effectuant la navigation au long cours. Il était alors capitaine au long cours, et voyageait pour un armateur de Saint-Malo (Lautréam., Chants Maldoror,1869, p. 291).
SPORTS. Une longue balle. Balle qui va loin, passe en profondeur (p. ex., en football).
TENNIS. Balle frappée de telle sorte qu'elle rebondisse près de la ligne de fond. Avoir un jeu long. Nous pourrons renvoyer la balle sur le joueur adverse à condition qu'elle soit longue (H. Cochet, Le Tennis, Paris, P.U.F., 1978, p. 65).Emploi adv. Jouer long. Il faut jouer long, c'est-à-dire qu'il faut envoyer la balle près de la ligne de fond adverse (H. Cochet, Le Tennis, Paris, P.U.F., 1978p. 90).
Longue paume*.
b) P. ext., antéposé ou en emploi attributif. Qui est composé d'éléments nombreux qui, à la suite des uns des autres, couvrent une grande étendue. Une longue file de..., série de..., liste de... Une assez longue suite de vers rimés (Gide, Journal,1943, p. 227).
c) Postposé. Qui se caractérise par sa longueur, souvent p. oppos. à un modèle normal, courant. Robe longue; chandail à manches longues; cheveux longs; avoir le cou trop long. Après, tu as dû les admirer avec leurs premières cigarettes, leurs premiers pantalons longs et puis ils ont commencé à sortir le soir (Anouilh, Antig.,1946, p. 186):
2. Dès qu'il consentait à rester immobile et silencieux, Eric Vidame ressemblait à Dante. Il avait un visage maigre, des traits longs et bien dessinés, un toupet dru qui formait promontoire entre deux golfes de front blanc. Duhamel, Suzanne,1941, p. 20.
Chaise* longue.
ANAT. Muscle long fléchisseur du pouce, du petit orteil, muscle long radial... (Méd. Biol.t. 21971, s.v. muscle).
P. anal., CUIS. Sauce longue. Sauce trop claire, trop délayée. (Ds Lar. Lang. fr., Lexis 1975).
Loc. fig. Avoir le bras* long, les dents* longues.
Prendre le chemin le plus long. ,,Se servir des moyens les moins propres à faire réussir promptement ce qu'on a entrepris`` (Ac. 1935).
B. − [Dans le temps]
1. [Au compar. ou au superl. ou bien suivi d'une indication de durée] Qui est de telle ou telle étendue dans le temps. Un séjour long de deux mois; des vacances moins longues. Trois heures, trois heures seulement! cette journée m'avait déjà paru longue d'un siècle... et je n'en avais parcouru qu'un peu plus de la moitié (Benoit, Atlant.,1919, p. 172).
2. Absol., gén. antéposé ou en emploi attributif
a) Qui a une durée étendue, qui dure longtemps ou qui est ressenti comme tel.
α) [Le subst. qualifié désigne un espace de temps] Long intervalle; à longs intervalles; long moment; longue période; temps fort long; longues heures; trouver le temps long. L'absence est horrible, les nuits sont longues, ennuyeuses et fades; la journée est monotone (Napoléon Ier, Lettres Joséph.,1796, p. 54).Mon étonnement (...) est qu'il ait fallu un si long temps pour obtenir ce résultat si simple (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 208).Elle commença à trouver le temps long et, pour se désennuyer, feuilleta un ancien cahier de modes (Guèvremont, Survenant,1945, p. 151).Le soleil entrait de biais par les fenêtres, qui sont orientées de telle sorte que ce phénomène ne peut se produire qu'aux jours les plus longs de l'année (H. Bazin, Vipère,1948, p. 104):
3. Le dimanche est toujours tel que dans notre enfance : Un jour vide, un jour triste, un jour pâle, un jour nu; Un jour long comme un jour de jeûne et d'abstinence Où l'on s'ennuie; où l'on se semble revenu D'un beau voyage en un pays de gaîté verte, Encore dérouté dans sa maison rouverte Et se cherchant de chambre en chambre tout le jour... Rodenbach, Règne silence,1891, p. 113.
Congé de longue durée. À l'expiration du congé de longue durée, le fonctionnaire non encore reconnu apte, mais pour lequel le comité médical conclut à une récupérabilité ultérieure possible, est placé en disponibilité sans traitement (Encyclop. éduc.,1960, p. 294).
AUDIO-VISUEL. Disque, microsillon, cassette longue durée.
De longue date. Depuis longtemps. Je l'ai fort pratiqué, nous sommes amis de longue date, et je le connais bien (Proust, Filles en fleurs,1918, p. 461).
De longue main (vx). Synon. de longue date.Ce meurtre avait été machiné de longue main par les gens du dauphin (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 259).Il fut convenu que je me préparerais de longue main à la lutte électorale sur le terrain que j'avais choisi (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 307).
β) [Le subst. qualifié est un subst. d'action ou d'état] De longs éclats de rire, de longs cris, une longue clameur; un long silence, une longue rêverie; une longue agonie, de longs gémissements; de longs tourments, un long soupir; un long apprentissage; de longs détours; une longue étape; de longues conversations, discussions, énumérations, controverses. Ce sont trois genres d'ennemis que la raison est obligée de combattre sans cesse, et dont elle ne triomphe souvent qu'après une lutte longue et pénible (Condorcet, Esq. tabl. hist.,1794, p. 11).La journée, comme un fruit tardif, sera lente à mûrir. Ah! que cette longue patience s'accorde mal avec l'ardeur d'une âme qui ne peut plus attendre! (Psichari, Voy. centur.,1914, p. 185).
Long regard (cf. supra A 2 a). Regard insistant, fixe. Au milieu des filles fleurs. Celles qui m'entouraient, entièrement décolletées (...) ne me dirent bonjour qu'en coulant vers moi de longs regards caressants comme si la timidité seule les eût empêchées de m'embrasser (Proust, Guermantes 2,1921, p. 423).
Boire à longs traits*. À longue échéance*. À long terme*. De longue haleine*.
Ne pas faire long feu*.
γ) Il serait (trop, assez) long de... Il serait long de tout redire (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 32).Il serait assez long d'en savoir davantage (Gracq, Syrtes,1951, p. 21).
δ) Long à + inf.Qui demande beaucoup de temps.
[Le suj. de l'inf. est une pers.; le subst. qualifié est de l'inanimé]
Long à faire, à réaliser. Tandis que s'achevaient les présentations si longues à raconter (Proust, Guermantes 2,1921, p. 433).
[Le suj. de l'inf. se confond avec le subst. qualifié]
[Il est de l'inanimé] La faiblesse humaine est longue à se familiariser avec la majesté royale (Gautier, Rom. momie,1858, p. 327).Dès le moment cette réponse m'apaisa, me laissant à peine (comme la cicatrice longue à se fermer d'une blessure) un résidu d'angoisse (G. Bataille, Exp. int.,1943, p. 23).
[Il est de l'animé] Lent. Je sentais alors près des femmes une timidité dont je devais être long à me guérir (France, Vie fleur,1922, p. 529).
[Sans inf. exprimé] Eh bien! monsieur l'abbé, si vous êtes allé relancer papa, et si vous avez un mot de lui pour maman, il faudra que vous attendiez que maman ait fini (...). Elle est longue des fois (Zola, Paris, t. 1, 1897, p. 98).
ε) PHONÉT. Syllabe, voyelle longue. Syllabe, voyelle qui a plus de durée qu'une syllabe, une voyelle brève. Il n'y a point de langues où il n'y ait des syllabes longues et brèves, et même des longues plus longues et des brèves plus brèves que d'autres (Destutt de Tr., Idéol. 2,1803, p. 325).Un rythme quantitatif, reposant uniquement sur l'opposition des syllabes longues et brèves (Saussure, Ling. gén.,1916, p. 314).
b) En partic., antéposé. Qui remonte loin dans le temps. Longue histoire, long passé; longue habitude. Une longue tradition centralisatrice (Amén. terr.,1964, p. 10):
4. ... il calcule avec prudence ses démarches et celles d'autrui. Comme sa faiblesse le rend attentif à tous les événements qui peuvent lui nuire, il les prévoit de loin, et sait en profiter par sa longue expérience. C'est à lui qu'appartient de gouverner les membres d'une nombreuse famille. Bern. de St-P., Harm. nature,1814, p. 294.
C. − [En parlant d'un texte, d'un discours, d'un spectacle] Qui a beaucoup et, le plus souvent, qui a trop d'étendue, qui manque de concision. Une longue harangue; un épisode bien long et bien ennuyeux. Quand la chandelle fut éteinte et que la chaumière fut noire, on entendit une voix douce de petite fille commencer une prière en breton (...). Une très longue prière, coupée de répons graves de vieille femme (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 105).Parmi l'abondant courrier que me vaut mon article du Figaro du 10 décembre sur la langue française, une très longue, trop longue lettre signée Gabriel Daures (...) datée de Lourdes, contient de pertinentes remarques, des aveux : il n'a jamais pu s'intéresser aux romans (Gide, Journal,1946, p. 305).
[P. méton.], fam. [En parlant d'un orateur, d'un écrivain...] J'ai été bien long. Le Président : Maître Lemerle, vous avez la parole. (Lemerle déploie son dossier.) Maître, serez-vous long? (France, Crainquebille,1905, 1).C'est ce texte que je voudrais, en m'excusant d'être un peu long − mais je crois que la question en vaut la peine − commenter avec vous aujourd'hui (Pineau, S.N.C.F. et transp.,1950, p. 76).
II. − Emploi adv.
A. − D'une manière longue, avec quelque chose de long. Être long vêtu; s'habiller long. J'aime, simple spectateur, à la voir [la danse] (...) long voilée dans la blonde Allemagne, glisser amoureusement comme un rêve (Zola, Contes Ninon,1874, p. 35).Les femmes n'aiment pas qu'on soit bête [dit Nana]. Elles ne disent rien (...). Mais sois sûr qu'elles en pensent joliment long (Zola, Nana,1880, p. 1274).Ils se fichent un à un dans la cible avec une précision qui vibre long (C. Roy,Le Commerce des classiquesds L.-O. Grundt, p. 317, v. infra bbg.).
B. − Synon. de beaucoup.
1. [Avec un suj. de l'animé]
En dire long sur... Je suis incapable d'en dire plus long pour l'instant (Rivière, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p. 269).
En avoir long à dire sur... Je ne t'en ai pas parlé, de celle-là, lorsque tu pleurais par terre; j'aurais trop long à en dire (Zola, Nana,1880, p. 1337).
En apprendre long à qqn. Il m'en a appris long sur... Tu ne m'en as jamais appris aussi long là-dessus (Colette, Naiss. jour,1928, p. 48).
En savoir long, en connaître long sur... Un mauvais élève du cours de spéciales en sait plus long sur la nature et sur les lois que Descartes et Pascal (Saint-Exup., Terre hommes,1939, p. 255).
2. [Avec un suj. de l'inanimé]
En dire long sur... Être révélateur, significatif. V. dire1III A 2.
En apprendre long sur... La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres (Saint-Exup., Terre hommes,1939p. 139).
III. − Emploi subst.
A. − Subst. masc.
1. Nom de mesure + de long.Un lit qui a deux mètres de long; le hall a trois cent mètres de long. Le papier portait un chiffre de deux pouces de hauteur, rouge, bleu, vert, or, argent, et n'avait lui-même que trois pouces de long (Gobineau, Pléiades,1874, p. 145):
5. Le pays du livre d'occasion a ses frontières aussi. Il va du quai d'Orsay au Jardin des Plantes, sur la rive gauche, et de la Samar, comme on dit, au Châtelet, sur la rive droite. Les boîtes en sont, en principe, accordées par la Ville aux mutilés de la guerre et aux pères d'une famille nombreuse, à raison de soixante-cinq francs par an, sur huit mètres de long. Fargue, Piéton Paris,1939, p. 79.
2. TECHNOL. Scieur de long. Ouvrier qui scie les planches selon la longueur (d'apr. Plais. 1969, s.v. scieur).
ANAT. Long du cou. ,,Muscle qui s'attache à la face antérieure du corps des trois premières vertèbres dorsales et des six dernières cervicales...`` (Littré-Robin 1858). L'arcantérieur (...) qui présente en avant une saillie, tubercule antérieur, pour l'insertion d'un faisceau du long du cou (Gérard, Anat. hum.,1912, p. 94).
3. Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. C'est d'un long! La soirée m'a paru d'un long! (Zola, Assommoir,1877, p. 471).
4. Dans des loc. adv.
a) De son long, de tout son long. De toute la longueur. S'étaler de tout son long. M'allonger de mon long à côté de lui (Claudel, Père humil.,1920, IV, 2, p. 560).Les grands coffres au couvercle bombé pour les vêtements étendus de leur long (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 162).Couché de tout mon long au côté de Vanessa (Gracq, Syrtes,1951, p. 157):
6. D'autres encore avaient fini leur vie, tombés en travers de leurs frères, accrochés dans leur chute à la fourche de deux branches, ou bien, ayant trouvé la terre, étendus de leur long, tout blêmes sur le terreau noir. Genevoix, Raboliot,1925, p. 165.
b) Au long, tout au long, tout du long. Dans toute sa longueur, de bout en bout. Taillée au bord de la pente, d'un côté, pour qu'elle [l'allée] s'essuyât par là, elle fut de l'autre et pour la même raison, bordée d'un fossé dont la terre extraite forma le tertre dressé tout du long (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 126):
7. Une sorte de sentier, en pente vers la mer, une sinueuse allée, creusée entre des étendues de roches et bordée, tout au long, de pins sauvages, ouvre, en bas, ses lourdes grilles dorées sur le sable même de la plage, immergé aux heures du reflux. Villiers de L'I.-A., Contes cruels,1883, p. 105.
Au fig. Au long. Longuement, en détail. Le journal l'Abeille de Bar s'emparait de l'aventure, la commentait au long, blâmait avec une courtoisie sévère ce qu'il appelait l'incurie de M. le colonel baron de la Gondrée (Courteline, Train 8 h 47,1888, 3epart., II, p. 225).
c) En long. Dans le sens de la longueur. Fendre du bois en long. Il avait un pardessus qui lui moulait la taille. Ce pardessus était rayé en long et portait une grosse raie rouge et une seule (Jacob, Cornet dés,1923, p. 99).
Au fig., fam. En long, en large et en travers (rare, de biais). Sous tous ses aspects. On peut prendre les choses en long, en large, de biais, il n'y a jamais qu'un enchaînement de saloperies! (Bernanos, Joie,1929, p. 636).
d) De long en large. Alternativement en longueur et en largeur et, plus généralement, dans tous les sens. Quand vous marchiez, là, de long en large, la tête levée... avec des gestes si dignes... si nobles... (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, I, 15,1923, p. 10) :
8. Et les voilà qui se mettent à déambuler très vite, de long en large, dans ce local exigu qu'on a parcouru en trois enjambées, qui tournent en rond, se croisant, se frôlant, penchés en avant, les mains dans les poches, en tapant la semelle par terre. Barbusse, Feu,1916, p. 155.
De long en long (rare). Elle entendait, par la porte de communication qui se trouvait au milieu de la cloison, l'avare se promenant de long en long dans sa chambre (Balzac, E. Grandet,1834, p. 77).
En long et en large. Synon. plus rare de de long en large.Un quart d'heure, il marcha en long et en large, les yeux fixés sur les rosaces du tapis de moquette (Vogüé, Morts,1899, p. 399).
Au fig. En examinant tous les aspects, amplement. Fritz s'étendait en long et en large sur ces choses (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 111).
e) Prendre au plus long. Prendre par le plus long. Par le chemin le plus long (supra I A 2 c). Si, comme dit le proverbe, qui trouve ici sa juste application, tout chemin mène à Rome, Huysmans a certainement pris par le plus long (Coppée, Bonne souffr.,1898, p. 164).
5. [Dans des loc. prép.]
a) [Sens spatial] (Tout) le long de, au long de. Suivant la longueur. Glisser, cheminer, se propager, s'échelonner le long de... Et de l'autre main, saisissant la chevelure de son fils, il le traîna par terre, au long du corridor, et le précipita par l'escalier (Borel, Champavert,1833, p. 146).Les haies, au long desquelles abondent la fraise, la framboise et la violette (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 550).On ne rencontre de beaux arbres qu'au long des galeries forestières bordant les cours d'eaux (Maran, Batouala,1921, p. 18):
9. Les rides concentriques de l'eau se reflétaient en lumières sur sa robe noire, montaient tout le long d'elle comme des caresses de feu. Montherl., Bestiaires,1926, p. 449.
P. ext. Dans le sens de la hauteur, considérée comme la plus grande dimension. Il avait pris le poignet de Thérèse, qui pendait le long de sa jupe, et le couvrait de baisers (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 663).
b) [Sens temporel] Tout le long de, (tout) au long de, tout du long de. Pendant (toute) la durée de. Expérience acquise au long d'une carrière. Il s'est diverti tout du long de l'année (Ac.).Je m'ennuie tout le long de la journée (Littré).Les jolis éclats de risée, qui retentirent tout au long de la route (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 232).Et tout le long du jour on venait le consulter, des hommes, des femmes, tous des voleurs (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 158):
10. Mais enfin, capitaine, vous ne me surveillerez pas tout au long de ma mission. Et là-bas, au Mexique (...). Votre règlement ne sera plus qu'un souvenir saugrenu. Audiberti, Quoat,1946, 1ertabl., p. 18.
B. − Subst. fém.
1. PHONÉT. Une longue. ,,Syllabe dont la prononciation a plus de durée que la brève`` (DG) :
11. C'est que les brèves et les longues sont extrêmement marquées dans les langues anciennes et dans celles des peuples sauvages, et qu'elles sont presque insensibles dans la plupart des langues modernes. Destutt de Tr., Idéol. 2,1803, p. 326.
MUS. Une longue. Dans l'ancienne notation musicale, note carrée avec queue à droite, qui a une durée double de la brève ou ronde (d'apr. DG).
2. SPORTS. La longue. Jeu provençal différent de la pétanque par la plus longue distance à laquelle on place le cochonnet. L'organisation annuelle de deux fameux concours dans le cadre du Parc Borely : l'un, à pétanque; l'autre à la longue ou jeu provençal (L'Équipe,6 août 1965ds Petiot 1982).
3. En loc. adv. À la longue. Avec le temps, après beaucoup de temps, à force. Enfin, à la longue, il essaya de réagir sur lui-même (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 36).Au début, la lumière et le silence vous grisent... à la longue, ils vous ennuient... (Lenormand, Simoun,1921, p. 39).
Rem. Dans l'ex. suiv., la longue désigne la femme longue à se donner (emploi isolé et fam.). La femme ne craint pas de tendre avec ardeur au vin de la débauche une lèvre altérée, et là nulle ne fait la longue et la sucrée. L'homme attaque la femme, et la femme répond (Barbier, Iambes, 1840, p. 67).
REM. 1.
Longuissime, adj.,rare. [Correspond à supra I C] Très long, trop long. Écrivez-moi de longuissimes lettres où vous direz tout ce qui vous passera par la tête. Plus il y en aura, et mieux ce sera (Flaub., Corresp.,1861, p. 457).
2.
Long-parcours, subst. masc.[Correspond à supra I A 2 a] ,,Voyage aérien qui éloigne un membre de l'équipage (...) de plus de trois mille milles marins de son centre d'affectation`` (Barr. 1967 et 1974).
Prononc. et Orth. : [lɔ ̃], fém. [lɔ ̃:g]. [lɔ ̃:k] devant voyelle ou h non aspiré : un long arrêt [lɔ ̃kaʀ ε], un long hiver [lɔ ̃kivε:ʀ]. Selon Dupré 1972 l'usage mod. a tendance à introduire [g] dans ces cas plutôt que [k] : [lɔ ̃givε:ʀ]. Mais de long en large [dəlɔ ̃ ɑ ̃laʀ ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adj. A. dans le temps 1. 2emoitié xes. « qui dure longtemps » (St Léger, 231 ds Henry Chrestomathie, p. 13); 2. ca 1050 « lassant, ennuyeux en raison d'une durée excessive » lunga atente (Alexis, éd. Chr. Storey, 443); 3. 1215 de longue main « se dit de quelque chose qui prend du temps, qui existe depuis longtemps ou qui demande un long travail » (Calendre, Empereurs ds T.-L., s.v. main); 4. xives. gramm. ditongue longue (cité ds Ch. Thurot, Notices et extraits de divers mss lat. ... ds Not. et extraits des mss de la Bibl. impériale, 1868, t. 222, p. 203); 1627 subst. fém. id. « syllabe longue » observer les longues et les brèves « être très cérémonieux ou très exact » (Mmede Sévigné, Lettres, éd. A. Monmerqué, t. 8, p. 118); 5. 1552 « qui met beaucoup de temps à faire quelque chose » (Estienne, Dict. latinogallicum); 6. 1690 « qui se produit à la fin d'une durée considérable » Bail à longues années (Fur.). B. Dans l'espace 1. a) ca 1100 « qui a une grande étendue dans le sens de la longueur » (Roland, éd. J. Bédier, 2852 : Cez veiez lunges e cez chemins mult larges); b) fin xiies. « qui a telle ou telle étendue d'une extrémité à l'autre » lons pres de quatorze toises (1reContinuation de Perceval, 8307, éd. W. Roach, I, p. 226); 2. ca 1100 « qui porte loin » (Roland, 1755 : la voiz est mult lunge); 3. ca 1160 « qui se caractérise par sa longueur par opposition à un modèle normal » barbe longue (Enéas, 2450 ds T.-L.); 4. 1694 sausse trop longue (Ac., s.v. sausse). C. Dans le temps ou dans l'espace. 1. ca 1150 « d'une œuvre, d'un discours dont le développement est important » (Wace, Vie St Nicolas, 601 ds T.-L.); 2. 1538 « (d'une personne) qui développe trop son sujet » (Est.). II. Loc. A. 1. Ca 1155 le lunc de « suivant la longueur » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 5115); 2. a) ca 1155 de lonc, de lé (Wace, op. cit., 8425 ds T.-L., s.v. lé); 1216 de lon en lé (Anger, Vie St Grégoire, 135, ibid.); 1811 de long en large (Jouy, Hermite, t. 1, p. 41); b) fin xiies. de lonc en lonc (1reContinuation de Perceval, éd. W. Roach, 9615); c) 1660 tirer de long (Oudin Esp.-fr.); 1690 coucher de long une pièce (Fur.); 3. 1230 en lonc ou en lé (Gaydon, 46 ds T.-L.); 1676 en long et en large (Mmede Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t. 5, 74). B. 1. Ca 1260 a la longue (Ph. de Novare, Quatre Ages, 131 ds T.-L.); 2. 1614 aller de longue « avancer, continuer » (Malherbe, Lettres à Peiresc, 152 ds Œuvres, éd. C. Lalanne, III, 402); 1639 tirer de longue « traîner en longueur » (Calde Richelieu, Lettres, Paris, Imprimerie Impériale, VI, p. 469). III. Subst. 1. 1176-81 « après un chiffre, la plus grande dimension d'un objet » set piez de lonc (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 320); 2. 1464 de son long « dans toute sa longueur » (ds Du Cange d'apr. FEW t. 5, p. 408b); 1579 couché de son long (Garnier, La Troade, 254 ds Les Tragédies, éd. W. Foerster, II, 92); 3. 1392-1400 boys sies au lonc « bois sciés suivant la longueur » (Compt. de l'Hôt.-Dieu d'Orl., fo8 vo, Hôp. gén. Orl. ds Gdf. Compl.); 1466 scieurs de long « celui qui scie le bois en long pour faire des planches » (Compt. de Nevers, CG 60, fo27 ro, A. Nevers, ibid., s.v. seieor). IV. adv. 1. 1499 « avec un long vêtement » long vestu (Arch. Nord, 131708, fo33 rods IGLF); 2. av. 1707 en savoir long « être bien informé » (Hauter[oche], Le Coche d'Orléans ds Le Roux 1752); 3. 1813 en avoir long à dire (Courier, Lettres Fr. et Ital., p. 862). I du lat. class. longus « long, étendu dans l'espace et dans le temps »; l'a. fém. longe a été de bonne heure remplacé par longue d'apr. le masc. II, III, IV emploi adv. et subst. de I. Fréq. abs. littér. : 38 919. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 58 259, b) 58 514; xxes. : a) 54 423, b) 51 719. Bbg. Damourette (J.), Pichon (E.). Long hiver. Fr. mod. 1936, t. 4, pp. 349-353. - Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, p. 118, 165; pp. 313-324. - Quem. DDL t. 3 (s.v. long-chevelu et long-voilé); 13, 20. - Sain. Arg. 1972 [1907], p. 75. - Thomas (A.). Encore scieur de long. Romania. 1911, pp. 442-443.

Wiktionnaire

Adjectif

long \lɔ̃\

  1. Qualifie des objets considérés dans leur dimension d’une extrémité à l’autre, par opposition à court.
    • Le palier est long et étroit, le mur est tendu d’une imitation de tapisserie à ramages vert sombre où brille le cuivre d’une applique à gaz. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Chacun d’eux semblait aussi long que le Strand et aussi large que Trafalgar Square. Certains même devaient avoir un tiers de mille de longueur. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 130 de l’éd. de 1921)
    • — La perche, une perche, reprit Grangibus qui ne perdait plus le nord.
      Camus, parmi celles qu’on avait arrachées à une clôture voisine, choisit la plus longue et la plus solide et on la tendit à l’enlisé […]
      — (Louis Pergaud, Un sauvetage, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  2. (Spécialement) (Anatomie) Qualifie les os qui sont ainsi dimensionnés.
    • Les os du métacarpe ont la structure des os longs en général, c'est-à-dire, que leur corps est compacte & que leurs extrémités sont celluleuses. Ils sont creusés par un canal médullaire prononcé. — (Hippolyte Cloquet, Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières : système anatomique, tome 1, Paris : chez la veuve Agasse, 1823, p. 452)
  3. Qualifie une surface considérée dans sa plus grande dimension et par opposition à large.
    • Une table longue. Ce jardin est plus long que large. Un champ long et étroit.
  4. Qui dure longtemps.
    • Pendant de longs siècles, la maison resta bien fragile. A peine différente d'une cabane de bois dans les forêts, bicoque de limon très souvent, elle brûlait ou elle fondait pour un rien. — (Octave Guelliot, Villages et maison des Ardennes, dans la Revue de folklore français et de folklore colonial, Librairie Larose, 1937, vol. 8, p. 188)
    • La courte nuit d’été lui parut cependant interminablement longue. Il éprouvait une sensation désagréable d’insécurité et il s’imaginait, sans la moindre raison, que le jour la dissiperait. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 98 de l’éd. de 1921)
    • L’avalanche de nos obus et de nos torpilles dura quatre longues heures.— (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1915, p. 177)
    • Les îles Galapagos, mon escale prévue, n’étaient qu’à huit cent milles à vol d’oiseau, mais malgré la courte distance, c’était une longue traversée […] — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
  5. (En particulier) Qualifie des ouvrages de l’esprit, soit que l’on en considère l’étendue, soit qu’on ait égard au temps nécessaire pour les lire, les réciter, les entendre.
    • Un long poème.
    • Un long discours.
  6. Qui est lent ou tardif.
    • L'ustensile employé est une cocotte en fonte très épaisse, assez grande. La fonte est longue à chauffer mais, à travers sa matière, la chaleur se répartit plus régulièrement. — (Françoise Bernard, La cuisine, Hachette Pratique, 2011)
    • Cet ouvrier est long à tout ce qu’il fait. — Ces arbres sont longs à pousser.
  7. (Grammaire anglaise) Se dit d’un adjectif comportant trois syllabes (ou deux s’il ne se termine pas par le suffixe adjectival -y).
    • Les mots expensive et anonym sont des adjectifs longs, car ils ont plus de deux syllabes.
    • L’adjectif airless est dit long car il comporte deux syllabes, et ne se termine pas par le suffixe -y ; à l’inverse, l’adjectif bandy est dit court : il se termine par le suffixe adjectival -y.

Nom commun 1

long \lɔ̃\ masculin

  1. Longueur, par opposition à largeur.
    • Le passage du fleuve, large en ce point de deux cents mètres, se fait au moyen d’embarcations plates de six à dix mètres de long. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 143)

Nom commun 2

long \lɔ̃\ masculin

  1. (Chine) (Arts) Dragon chinois, en particulier celui à cinq griffes, symbole de l’empereur.
    • La livrée Impériale est jaune, & tout ce qui appartient à l’Empereur est de la même couleur, sans excepter ses dragons à cinq griffes, qui se nomment long, & sa cotte-d’arme, qui est telle encore que l’Empereur Fo-hi la porta le premier. Personne n’oserait prendre ni l’un ni l’autre sans sa permission ; mais tout le monde peut orner son habit d’un dragon à quatre griffes, qui s’appelle mang. — (Jean-François de La Harpe, Abrégé de l’histoire générale des voyages, seconde partie, livre quatrième, 1780)
    • Long se traduit en occident par ‘dragon’. Appartenant au bestiaire fantastique, l’animal présente un corps de serpent : là s’arrête toute ressemblance entre le long chinois et le dragon occidental. — (Nicole Bisscop, L’empire du dragon : chefs-d’œuvre du Musée du Henan en Chine, 2004)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LONG, ONGUE. adj.
Il se dit des Objets considérés dans leur dimension d'une extrémité à l'autre, par opposition à Court. La harpe a des cordes plus longues les unes que les autres. De longues jambes. Avoir la taille longue et menue. De longs bras. Une longue allée. Un long chemin. Avoir la barbe longue. Vue longue, Vue qui discerne les objets à une grande distance. Lunette de longue vue ou Longue-vue. Voyez LUNETTE. Fig., Avoir les dents longues, bien longues, Être affamé, après avoir été longtemps sans manger. Il signifie, par extension, Avoir une ambition démesurée, des désirs insatiables. Fig. et fam., Avoir le bras long. Voyez BRAS. Elliptiquement, Prendre le plus long, Aller en quelque lieu par le plus long chemin. Figurément, il signifie Se servir des moyens les moins propres à faire réussir promptement ce qu'on a entrepris.

LONG se dit aussi d'une Surface considérée dans sa plus grande dimension et par opposition à Large. Une table longue. Ce jardin est plus long que large. Un champ long et étroit. Il signifie encore Qui dure plus ou moins longtemps. En été les jours sont longs. Le temps est long à qui attend. Votre solitude ne sera pas de longue durée. Il y a un très long temps qu'on ne l'a vu. Son absence a été longue. Un long voyage. De longues souffrances. Une longue et heureuse vie. Un long règne. Un long repos. Des raisons longues à déduire. Cela serait trop long à vous raconter. Une longue suite d'observations. Boire à longs traits. Bail à long terme, Bail dont la durée s'étend au-delà du nombre d'années des baux ordinaires. Ouvrage, affaire de longue haleine. Voyez HALEINE. Voyage, Capitaine au long cours. Voyez COURS. Syllabe longue, voyelle longue ou, elliptiquement, Longue, nom féminin, Syllabe, voyelle dont la prononciation doit avoir plus de durée que celle d'une syllabe, d'une voyelle brève. A est long dans pâte et bref dans rate. Le dactyle est composé d'une longue et de deux brèves.

LONG se dit particulièrement des Ouvrages de l'esprit, soit que l'on en considère l'étendue, soit qu'on ait égard au temps nécessaire pour les lire, les réciter, les entendre. Un long poème. Un long discours.

LONG signifie aussi Qui est lent, tardif. Cet ouvrier est long à tout ce qu'il fait. Ces arbres sont longs à pousser.

LONG est aussi nom masculin et signifie Longueur, par opposition à Largeur. Ces rideaux ont deux mètres de long. S'étendre de son long, tout de son long, Tomber à terre, ou se coucher, en déployant ou en laissant aller son corps dans toute sa longueur. Scieur de long. Voyez SCIEUR. Fam., Il nous en a dit long, bien long, Il nous a dit beaucoup de choses sur tel sujet. Fam., En savoir long, bien long, En savoir plus long qu'il ne faut. Il se dit dans un sens favorable, mais toujours familièrement, pour Être bien instruit d'une matière, la connaître dans tous ses détails. Il faut tenir compte de son opinion, il en sait long sur ce sujet. Il signifie encore Savoir beaucoup de choses défavorables sur quelqu'un. Il en sait long sur vous, sur votre compte. On dit de même : Il m'en a dit long sur vous.

DE LONG EN LONG, loc. adv. En longueur, dans le sens de la longueur. Il faut mettre ce bois de long en long. Fendre en long. En long et en large, En longueur et en largeur, alternativement. Il n'est guère usité que dans cette phrase, Se promener, aller en long et en large. On dit plutôt dans le même sens De long en large.

AU LONG, TOUT AU LONG, loc. adv. Amplement. Il a traité, il a expliqué cela bien au long. Je vous écrirai plus au long. Cet auteur en parle tout au long dans son ouvrage.

DE LONGUE MAIN, loc. adv. Depuis longtemps. Je le connais de longue main.

LE LONG DE, TOUT LE LONG DE, TOUT DU LONG DE, AU LONG DE, loc. prép. En côtoyant. Le long de la rivière. Allez tout le long, tout du long de l'eau, tout le long de la prairie, du chemin, au long du bois. Prov. et fig., Tout du long de l'aune. Voyez AUNE.

TOUT LE LONG DE, TOUT DU LONG DE signifient aussi Pendant toute la durée de. Il a jeûné tout le long du carême. Il travaille tout le long de la semaine. Il s'est diverti tout du long de l'année.

À LA LONGUE, loc. adv. Avec le temps. Il marche bien les premiers jours; mais, à la longue, il se lasse. Tout s'use à la longue. À la longue, on en viendra à bout.

Littré (1872-1877)

LONG (lon ; lon-gh' ; le g devant une consonne ne se prononce pas : un lon chemin ; devant une voyelle ou une h muette il se lie et se prononce comme un k ; un lon-k espoir ; au pluriel, l's se lie : les lon-z espoirs) adj.
  • 1Qui s'étend en une ligne étendue, par opposition à court. Une longue ligne de soldats. Taille longue et menue. Le cours du Danube est long. Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou, La Fontaine, Fabl. VII, 4. En longs habits de lin, Racine, Ath. II, 1. On ne concevait pas comment la tête de cette colonne pourrait traîner et soutenir, dans une si longue route, une aussi lourde masse d'équipages, Ségur, Hist. de Nap. IX, 1.

    Fig. Le divorce est signé de cette même main Que l'on voit à longs flots verser le sang romain, Voltaire, Triumv. I, 2.

    De longs regards, des regards qui se prolongent au loin ; ils expriment la douleur, l'amour, une passion. D'où vient qu'en m'écoutant, vos yeux, vos tristes yeux Avec de longs regards se tournent vers les cieux ? Racine, Brit. V, 1.

    Les races longues cornes, ou, simplement, les longues cornes, groupe de bêtes bovines occupant autrefois les parties occidentales des îles Britanniques, et qui avaient pour caractère commun des cornes longues, courbées d'abord en bas et relevées.

    Longue laine, nom commun à toutes les races ovines dont la laine est lisse, longue de 15 à 35 centimètres, et propre au peignage.

    Fig. Avoir les dents longues, bien longues, être privé de nourriture depuis longtemps, ou, simplement, avoir faim.

    Fig. Il a les bras longs, les mains longues, son pouvoir s'étend bien loin. Les jansénistes ont la phrase trop longue : fasse le ciel qu'ils n'aient jamais les bras longs ! Voltaire, Lett. La Harpe, 2 juin 1768.

    Elliptiquement. Prendre le plus long, aller en quelque lieu par le plus long chemin. Promettez-moi de prendre toujours le plus long et le plus sûr ; il n'y a nulle comparaison entre s'ennuyer et se noyer, Sévigné, 17 nov. 1688. Mon philosophe Damilaville, qui avait fait pendant quelques mois la consolation de ma vie, est parti et a pris son plus long pour aller voir un ami avec lequel il restera quelque temps, Voltaire, Lett. d'Argental, 8 oct. 1765.

    Fig. Prendre le plus long, se servir des moyens les moins propres à faire réussir promptement ce qu'on a entrepris.

  • 2Habit long, la soutane et le manteau que portent les ecclésiastiques. Il était en habit long.
  • 3Vue longue, vue qui discerne les objets à une grande distance.

    Lunette de longue vue, ou, simplement, longue-vue, lunette d'approche, lunette avec laquelle on voit les objets éloignés.

  • 4Pâte longue, voy. PÂTE.
  • 5Il se dit de la plus grande dimension d'une surface, par opposition à large. Ce jardin est plus long que large. Un champ long et étroit.

    Un carré long, un parallélogramme à angles droits.

  • 6Qui dure plus ou moins de temps. Beaucoup par un long âge ont appris comme vous Que le malheur succède au bonheur le plus doux, Corneille, Horace, V, 2. Que vivre sans vous voir est un sort rigoureux… C'est une longue mort, Corneille, le Ment. III, 5. L'autre [la Discorde], diligente, Courait vite aux débats, et prévenait la paix ; Faisait d'une étincelle un feu long à s'éteindre, La Fontaine, Fabl. VI, 20. Ai-je pris sur moi-même un assez long empire ? Molière, Mis. V, 7. Le monde n'a point de longues injustices, Sévigné, 9 sept. 1675. Vous qui, éblouis de l'éclat du monde, admirez le tranquille cours d'une si longue et si belle vie, Bossuet, le Tellier. Une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'univers, Bossuet, Reine d'Anglet. Ce ne sont pas les années, c'est une longue préparation qui vous donnera de l'assurance [au moment de la mort], Bossuet, le Tellier. Je ne vous raconterai pas la suite trop fortunée de ses entreprises [de Cromwell]… ni cette longue tranquillité qui a étonné l'univers, Bossuet, Reine d'Anglet. Les nouvelles d'Espagne sont un peu longues à venir, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 9 mai 1712. Que m'importe, après tout, que Néron plus fidèle D'une longue vertu laisse un jour le modèle ? Racine, Brit. I, 1. Toujours évanouie, Madame, elle ne marque aucun reste de vie Que par de longs soupirs et des gémissements, Racine, Baj. IV, 5. Ses longs mugissements font trembler le rivage, Racine, Phèdre, V, 6. Ah ! que le temps est long à mon impatience ! Racine, Esth. II, 1. Un long amas d'honneurs rend Thésée excusable, Racine, Phèdre, I, 1. Le souper fut plus long que le dîner ; on se parla avec plus de confiance, Voltaire, Zadig, 2. Gortz et Gyllembourg, ses ministres, furent retenus près de six mois, et ce long outrage confirma en lui tous ses desseins de vengeance, Voltaire, Russie, II, 8. Ce meurtre est annoncé par de longs cris de joie, Chénier M. J. Charles IX, V, 2. Au bout d'un quart d'heure qui fut long [qui me parut long], Courier, Lett. 1er nov. 1807.

    Le long temps, la longue durée du temps ; un long temps, un long intervalle de temps (voy. TEMPS).

    Long espoir, espoir qui s'étend loin dans l'avenir. Quittez le long espoir et les vastes pensées, La Fontaine, Fabl. XI, 8.

    Terme de marine. Voyage de long cours, voyage par mer dont le but et le terme sont fort éloignés. Capitaine au long cours.

    Oiseau de long vol, oiseau capable de faire en volant de longues traversées. Comme ce n'est point un oiseau de long vol [le manakin], il n'est guère probable qu'il ait traversé la mer pour arriver à l'île de Cuba, Buffon, Ois. t. VIII, p. 153.

    Bail à longues années, à long terme, bail dont la durée s'étend au delà du nombre d'années des baux ordinaires.

    Longue échéance, terme qui n'arrive qu'après un long temps. Bail à longue échéance.

    Terme de pratique. Assignation à longs jours, assignation qui accorde un délai plus long que le délai ordinaire.

    De longue haleine, voy. HALEINE, n° 3.

    C'est du pain bien long, se dit en parlant d'un travail dont on ne peut pas voir si tôt le profit.

    Faire courte messe et long dîner, aimer la bonne chère plus que la piété.

    Vous m'avez donné le carême bien long, c'est-à-dire vous prenez un bien long terme.

    Elliptiquement. Il ne la fera pas longue, c'est-à-dire il ne vivra pas longtemps.

  • 7Syllabe longue, voyelle longue, syllabe, voyelle dont la prononciation a plus de durée que celle d'une syllabe, d'une voyelle brève. Chez les anciens la syllabe longue valait deux syllabes brèves. Épier si des vers la rime est brève ou longue, Régnier, Sat. IX. Toute syllabe masculine, qu'elle soit brève ou non au singulier, est toujours longue au pluriel, D'Olivet, Prosod. franç. art. 4, récap. (Ce que dit ici d'Olivet est la règle de son temps et des temps précédents : le chat, les châ, le sot, les sô, etc. ; cette règle tombe beaucoup en désuétude, à tort du reste, car elle différenciait le singulier du pluriel dans beaucoup de mots).

    Substantivement, une longue, une syllabe longue. Le dactyle est composé d'une longue et de deux brèves.

    Fig. et familièrement. Observer les longues et les brèves, être très cérémonieux, et aussi être exact en tout ce qu'on fait. Notre vrai plaisir, c'est de penser que nous partons lundi, après avoir observé toutes les longues et brèves du cérémonial de Bourbon [lieu d'eaux], Sévigné, 9 oct. 1687.

    Il en sait les longues et les brèves, se dit d'une personne habile et intelligente en quelque affaire.

  • 8Qu'il faut beaucoup de temps pour lire ou réciter. Un long discours. Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme, Boileau, Art p. II.
  • 9Qui pèche par trop d'étendue, par la diffusion. Rien n'est long que le superflu, Dicte-moi ce que je dois dire, Et ne me laisse rien écrire Qui ne soit digne d'être lu, Lamotte, Odes, t. I, p. 181, dans POUGENS.

    Il se dit des personnes, dans le même sens. J'évite d'être long, et je deviens obscur, Boileau, Art p. I.

  • 10Lent, tardif. Les vieillards sont longs en tout. Ces arbres sont longs à pousser, à croître. Ou Rome à ses agents donne un pouvoir bien large, Ou vous êtes bien long à faire votre charge, Corneille, Nicom. III, 3.
  • 11 S. m. Longueur, par opposition à largeur. Ces rideaux ont deux aunes de long.

    S'étendre de son long, tout de son long, tomber à terre ou se coucher, en donnant au corps toute sa longueur. Cependant de son long, sans pouls et sans haleine…, Régnier, Sat. X. Un homme étendu de son long auprès d'une haie fit grand'peur à leurs chevaux, Scarron, Rom. com. II, 13. Je veux faire tomber sur cette idole la foudre de la vérité évangélique ; je veux l'abattre tout de son long devant la croix de mon Sauveur, Bossuet, Sermons, Honneur du monde, Préambule. Quand vous écrirez à votre grand'maman [la duchesse de Choiseul] qui ne m'écrit point, mettez-moi tout de mon long à ses pieds, Voltaire, Lett. Mme du Deff. 5 avr. 1771.

    Fig. Tirer la langue d'un pied de long, être dans quelque grande nécessité.

    Familièrement. Il nous en a dit long, bien long, c'est-à-dire il nous a dit beaucoup de choses sur tel sujet.

    En savoir long, bien long, avoir des connaissances fort étendues. J'aime mieux être ignorant avec elle [Votre Majesté], que d'en savoir si long avec l'auteur du Système de la nature sur des choses où l'on ne sait rien, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 3 janv. 1771. Ce Corneille Agrippa pourtant en sait bien long ! Hugo, Hernani, IV, 1.

    En savoir long, signifie aussi être adroit, habile, rusé. Voyez un peu la malice ! oh ! elle en sait long, Genlis, Théât. d'éduc. la Lingère, II, 4.

    Savoir le court et le long d'une affaire, en savoir toutes les particularités.

    Scieur de long, ouvrier qui scie des pièces de bois en long pour faire des planches.

    Terme d'anatomie. Le long du cou, muscle qui s'attache à la face antérieure du corps des trois premières vertèbres dorsales et des six dernières cervicales.

    Le long, grande auge dans laquelle les saliniers font déposer la muire.

  • 12De long ; en long, loc. adv. En longueur, dans le sens de la longueur. Fendre du bois en long. Terme de fauconnerie. Voler en long, se dit d'un oiseau qui vole en ligne droite.

    Fig. Avoir les côtes en long, être très paresseux.

    Familièrement. Tirer de long, s'esquiver, s'enfuir. La colombe l'entend, part et tire de long, La Fontaine, Fabl. II, 12.

    Fig. Tirer de long, apporter des délais dans une affaire. Les courriers du cardinal de Bouillon tirèrent tant de long qu'il [le cardinal] parvint à atteindre ce qu'il désirait, Saint-Simon, 78, 5.

    Terme de vénerie. Tirer de long, faire suivre les chiens.

    En long et en large, en longueur et en largeur, alternativement. Aller en long et en large. Je me promène en long et en large, Sévigné, 314.

    On dit dans le même sens : de long en large.

  • 13Au long, tout au long, loc. adv. Amplement, avec étendue, avec détail. Viens m'en conter au long la pitoyable histoire, Tristan, Mariane, V, 2. Apprends-moi plus au long la véritable histoire, Corneille, Cid, IV, 3. …Les consolateurs De ce triste devoir tout au long s'acquittèrent, La Fontaine, Fabl. XII, 6. Il serait superflu de parler au long de la glorieuse naissance de cette princesse, Bossuet, Reine d'Anglet. Le poëme de l'Anti-Lucrèce dont nous parlerons bientôt plus au long, Mairan, Éloge du card. de Polignac. Nous [les compilateurs] avons l'habitude De rédiger au long, de point en point, Ce qu'on pensa ; mais nous ne pensons point, Voltaire, Temple du goût.
  • 14De longue main, loc. adv. Depuis longtemps. Parce qu'il est malaisé de se défaire si promptement d'une opinion à laquelle on est accoutumé de longue main, Descartes, Méd. II, 13. Et de si longue main je connais ta prudence…, Corneille, Médée, III, 2.
  • 15Tout du long, loc. adv. Dans toute la longueur. Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne firent mettre un jour des pétards tout du long de l'allée, Saint-Simon, 113, 232.

    Dans toute la durée. Ayant crié et disputé dans la rue tout du long de la journée, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5. Il faut faire payer exactement toutes les rentes que doit Lajarie tout du long de son bail, Sévigné, 23 mars 1687. Le long du jour il vous enchante, Voltaire, Thélème et Macare.

    Dans toute l'étendue, d'un bout à l'autre. Je suis tellement libertine quand j'écris, que le premier tour que je prends règne tout du long de ma lettre, Sévigné, 20 juillet 1679. M. le chancelier a fait lire le projet [pièce dans le procès de Fouquet] tout du long, Sévigné, 4 déc. 1664.

    Tout du long, sans interruption. Çà, je veux étouffer le courroux qui m'enflamme, Et tout du long t'ouïr sur ta commission, Molière, Amph. II, 1. Je vous ai laissés tout du long quereller, Molière, Tart. II, 4. Nous craignons bien que vous n'ayez tout du long Mme la Grande Duchesse, Sévigné, 11 juin 1675.

    Entièrement. J'ose me flatter que ce parlement se fera un honneur de réparer entièrement les malheurs de la famille Sirven, et que le roi payera les frais tout du long, Voltaire, Lett. d'Argental, 29 nov. 1769.

    Fig. Être tout du long dans un livre, dans un récit, y figurer avec détail. L'histoire de la guerre de 1741, où vous êtes tout du long, paraîtra un jour ; mais c'est un fruit qu'il faut laisser mûrir, Voltaire, Lett. Richelieu, 27 sept. 1755.

    Tout du long, en côtoyant. Allez tout du long du ruisseau.

    Tout du long de l'aune, sans discontinuer. C'est véritablement la tour de Babylone, Car chacun y babille et tout du long de l'aune, Molière, Tart. I, 1.

    Il en a eu tout du long de l'aune, c'est-à-dire il a été battu, ou maltraité en quelque affaire.

    Elliptiquement. En donner tout du long, à quelqu'un, le bien battre, le malmener, et aussi se jouer de lui. Le traître ! tout du long il nous en a donné, Hauteroche, Espr. follet, V, scèn. dern.

  • 16En donner à quelqu'un du long et du large, le bien battre. Morbleu, tu as menti ; il faut t'en faire tâter tout du long et tout du large, Hauteroche, Crispin méd. III, 2. Donnons-en à ce fourbe et du long et du large, Molière, l'Ét. IV, 7.
  • 17Le long, tout le long, au long de, loc. prép. En côtoyant. Allez avec les miens au long de ce rivage, Tristan, Panthée, V, 6. Faites plusieurs fosses le long du lit de ce torrent, Sacy, Bible, Rois, IV, III, 16. Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe, La Fontaine, Fabl. II, 12. Je voulus prendre le long de la mer, Hamilton, Gramm. 7. Ses larmes coulèrent le long de ses joues, Fénelon, Tél. I. [Anciennement dans les théâtres] le lieu de la scène était resserré par une foule de spectateurs, les uns assis sur des gradins, les autres debout au fond du théâtre et le long des coulisses, Marmontel, Mém. IV.

    Tout le long, pendant toute la durée de. Je m'ennuie tout le long de la journée.

  • 18À la longue, loc. adv. Avec le temps. Ne quittons pas pourtant ; à la longue on fait tout, Corneille, la Gal. du Palais, I, 1. Mais à la longue il trouva si peu de rapport entre son esprit et celui de son invisible…, Scarron, Rom. com. I, 9. À la longue on n'y durerait pas, Sévigné, 558. Le plus habile l'emporte à la longue, Bossuet, Hist. III, 2. Pourquoi la matière propre à faire un soleil ne pourra-t-elle pas se ramasser à la longue en un certain lieu ? Fontenelle, les Mondes, 5e soir.
  • 19Tirer de longue, susciter des délais, des retardements. Porto-Carrero se mit à presser Monteleone de faire le mariage de Mortare avec sa fille ; le duc tira de longue ; mais enfin, serré de près…, Saint-Simon, 90, 186. Un mandement à faire, puis à mettre à l'examen, était de quoi tirer de longue et faire naître toutes les difficultés qu'on voudrait, Saint-Simon, 315, 109.

REMARQUE

1. Marg. Buffet, 1668, Observ. p. 198, blâme l'expression de longue main : " On dit sans penser faire de faute : On connaît ces gens-là de longue main, il faut dire : de longtemps. " Cette expression remonte au XIVe ou XVe siècle et est acceptée par l'usage.

2. Chevallet a dit que la locution de longue main était une méprise de la langue qui avait changé de longuement en de longue main. Il est certain que de longuement s'est dit ; Voici des exemples du XIIe siècle : Des autres s'est li reis partis Od [avec] ceus qui plus amerement Heent [haïssent] le duc de longuement, Chron. des ducs de Norm. t. II, p. 202. Moult est li deables gringnos… Argumens set faire od soffime [sophisme] ; Kar es ceus [cieux] fu e en abisme ; Si a apris de longuement, ib. p. 353. Il ne faut pas prendre longuement pour l'adverbe ; c'est un substantif qui signifie retard, longueur ; voy. dans du Cange mettre longuement à une chose, au mot longare. Mais l'existence de la locution de longuement ne prouve rien contre de longue main ; longue main, qui figurément signifiait pouvoir, puissance, a pu passer au sens de longueur de temps, sans aucune méprise de la part de la langue. Les Allemands disent aussi von langer Hand, depuis longtemps.

HISTORIQUE

XIe s. De lunc dei [du doigt du milieu], de l'altre qui porte l'anel, Lois de Guill. 13. Veez m'espée, qui est e bone e lunge, Ch. de Rol. LXXV. Lunc un autel belement [ils] l'entererent, ib. CCLXXI.

XIIe s. Et de lonc et de lé, Roncis. 19. Je t'ai moult lonc [longtemps] portée [mon épée], ib. 23. En vielle geste est escrit de lons ans, ib. 86. Tant s'est amors affermée En mon cuer [cœur] à lonc sejor, Couci, I. Mainte longue semaine Trai [je passe], quant sui loing de lui [elle], ib. VIII. Mais bien me pourra grever Lons desirs sans conforter, ib. p. 119.

XIIIe s. De longues terres longues nouvelles [celui qui revient de loin a beaucoup à dire], Prov. du vilain, ms. de St-Germain, f° 74, dans LACURNE. Et il virent le lonc et le lé de la vile, qui de toutes autres estoit souveraine, Villehardouin, LXI. Cinq piés [Pepin] ot et demi, de long plus n'en ot mie, Berte, II. Se j'ai chanté, ne m'a gaire valu ; Au long aler [à la longue], se Deu plait, me vaudra, Poés. franç. av. 1300, t. I, p. 487, dans LACURNE. Et li crestien avoient tendut une roie [un rets], parmi l'aigue, de lonc en lonc le pont pour les aventures que avenir pooient, Chr de Rains, 96. Ne vous chaut s'il [un vêtement] est cors ou lons, la Rose, 8554. Bien doit estre cele m'amie Qui veut que j'aie longe vie, Fl. et Bl. 2540.

XVe s. Et disoit aux chevaliers qui estoient delez lui : que ce Lombard la fait longue [combien il emploie de temps] ! il nous fait ci mourir de froid, Froissart, I, I, 327. Et me fut dit que de longue main ce duc d'Irlande avoit fait si grand attrait d'or et d'argent…, Froissart, II, III, 80. Je seray ici dedans trois sepmaines au plus long, se Dieu me garde de prison ou de maladie, Perceforest, t. IV, f° 49. N'y aura si estrange proposition que, au respondre, il ne repete de point en point par ordre, et à chascun si bien et si vivement responde ou replique, s'il affiert, qu'il semble que de longue main ait estudié la matiere, Christine de Pisan, Hist. de Charles V, II, 16. Dieu, prevoiant leurs faultes futures, leura souffert de longue main… , Chastelain, Chron. du duc Philippe, proesme. Et tant d'aultres auctorités qui se trouveroient très longues à dire, J. de Saintré, ch. 5. À fin que, le temps advenir, ses faits soient tousjours cause de bon exemple, il est bon que cy soient presentés tout long, Bouc. III, 3. Tout au long du chemin, Commines, I, 2. Toutes fois il recouvra ses pieces [son argent] à la longue, Commines, VII, 5.

XVIe s. L'amiral, à qui la demeure en un lieu estoit ruineuse, après quelques canonades fit filer de longue, D'Aubigné, Hist. I, 325. Cettui-ci, homme violent aux autres choses, ne la fit pas longue [ne vécut pas longtemps] après ce refus, D'Aubigné, ib. II, 28. Si la douleur est longue, elle est legiere, Montaigne, I, 304. Avoir la veue longue, Montaigne, III, 58. Le soleil porta, tout le long d'un an, le deuil de sa mort, Montaigne, II, 382. Estant cheute de son long esvanouïe, Montaigne, III, 181. La longueur du temps adjouxtée à l'assiduité de labeur en la manufacture d'un ouvrage, lui donne force et vigueur de longue durée, Amyot, Péricl. 26. De longue main il estoit en dissension avec ceulx de sa maison, Amyot, ib. 68. Il s'alla camper au long de la riviere d'Aufide, Amyot, Fab. 31. Alcibiades se jetta tout de son long emmy la place au-devant du chariot, Amyot, Alc. 3. S'attendant bien que la guerre prendroit long trait, et iroit en grande longueur soubs Nicias, Amyot, ib. 39. Les roys ont les mains longues, Condé, Mémoires, p. 598. Longues paroles font les jours courts, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

LONG.
12De long. Ajoutez :

Aller de long, continuer. Je l'ai trouvé [votre livre] si bien à mon goût, qu'il a fallu que je sois allé de long, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

19Ajoutez :

Aller de longue, avancer. Puisque je me suis mis dans le chemin de l'impudence, il faut aller de longue, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

REMARQUE

Ajoutez :

3. À côté de tirer de longue, causer des délais, on trouve aussi, au neutre, tirer de longue, éprouver des délais. Le roi juge l'affaire si importante qu'aussitôt qu'il a cru qu'elle pouvait tirer de longue, il s'est résolu de s'avancer jusques à Pignerol, Richelieu, Lettres, etc., t. VI, p. 468 (1639).

4. Ajoutez un exemple de longue main (voy. la discussion à Rem. 2), lequel est du XIIIe s. : Fouke Cringnon et Wautier sen frere, qui tenoient les II moies de terre devant dites et qui avoient paiet de longe main les deus mines de blé…, Charte du Vermandois de 1238, dans Bibl. des ch. 1874, t. XXXV, p. 457.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

LONG, adj. (Gram.) voyez Longueur.

Long, en Anatomie, nom d’un grand nombre de muscles, par opposition à ceux qui sont nommés courts. Voyez Court.

Le long extenseur de l’avant-bras. Voy. Anconé.

Le long radial externe. Voyez Radial.

Le long palmaire. Voyez Palmaire.

Le long extenseur du pouce de la main & du pié. Voyez Extenseur.

Le long supinateur. Voyez Supinateur.

Le long extenseur commun du pié ou orteils. Voyez Extenseur.

Le long peronier. Voyez Peronier.

Le long dorsal. Voyez Dorsal.

Le long fléchisseur commun des orteils. Voyez Perforant.

Le long du cou vient des parties latérales du corps des quatre à cinq vertebres supérieures du dos, & s’insere aux cinq à six vertebres inférieures du cou.

Long jointé, (Maréchal.) se dit du cheval qui a la jointure, c’est-à-dire, le paturon trop long. Chevaucher long. Voyez Chevaucher.

Un cheval long jointé n’est pas propre à la fatigue, parce qu’il a le paturon si pliant & si foible, que le boulet donne presque à terre.

Long, terme de Fauconnerie, on dit voler en long.

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Étymologie de « long »

(Adjectif) (Xe siècle) Du latin longus (« qui dure longtemps »). Long terme apparaît en 1250. (1080) lonc.
(Nom 1) (1165)
(Adverbe) (1050) longes, « longuement ».
(Nom 2) Du chinois , lóng (« dragon »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Génev. à la longe, à la longue ; provenç. long, lonc, loing ; port. longo ; ital. lungo ; du lat. longus ; comp. l'allem. lang ; polon. dlugo ; russe, dolgo, grec, δόλιχος ; anc. persan, dranga ; sanscr. dîrgha. La forme polonaise porte à supposer un latin dlongus ; mais Curtius et Corssen contestent ces rapprochements, et rattachent longus au grec λαγγάζω, λογγάζω, tarder, être long. En somme, l'étymologie reste encore obscure.

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Phonétique du mot « long »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
long lɔ̃

Citations contenant le mot « long »

  • Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire : Un vers était trop faible, et vous le rendez dur ; J'évite d'être long, et je deviens obscur. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Beau chemin n'est jamais long. De Proverbe provençal
  • A long terme, nous sommes tous morts. De John Maynard Keynes
  • C’est long à élever, un père. De Christine Latour / La Dernière Chaîne
  • La cruauté demande un long apprentissage. De Pierre Turgeon / Faire sa mort comme faire l'amour
  • Que c'est long à venir, une civilisation ! Que c'est long à crever ! De Andrée Maillet / A la mémoire d'un héros
  • Le chemin est long du projet à la chose. De Molière
  • Le jour est court et l'ouvrage est long. De Le Talmud
  • Quand c'est impossible, c'est plus long. De Donald Westlake
  • Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours. De Napoléon Bonaparte
  • Quand on prie c'est toujours long. De Gérard Bessette / Le cycle
  • Lorsque le saucisson est trop long, on y remédie facilement. De Proverbe danois
  • Tout délai nous est long qui retarde nos joies. De Ovide
  • Mourir est un instant, vivre est un long supplice. De Bernard-Joseph Saurin / Beverlei
  • Etre humain est un long travail d'illusion. De Bernard Noël
  • La roue tourne. Le Covid-19 a coupé les lignes aériennes et c'est bien un long de chemin de croix que poursuit le commerce parisien. La capitale s'est vidée de ses visiteurs étrangers, les Moyen-Orientaux, mais aussi les Américains ou les Japonais, les riches clients qui affolent la détaxe. Paris était jusqu'à présent la première destination touristique mondiale avec 29 millions de voyageurs par an, dont 60 % déclaraient venir pour le shopping. Les Echos, Le long chemin de croix du commerce parisien | Les Echos
  • « A chaque fois que l'Europe affronte un changement majeur, elle donne l'impression de jouer un psychodrame, confie un diplomate français rompu aux arcanes de Bruxelles. Face à des chiffres aussi énormes, et au saut philosophique que représente pour certains des Vingt-sept l'endettement commun, le tout dans un contexte post-Brexit, il n'est pas anormal que le sommet soit si long et difficile. » leparisien.fr, Plan de relance en Europe : un long marathon et un accord au finish - Le Parisien
  • Cette réprobation n’est pas nouvelle. La réputation de Charles Mangin est mêlée depuis longtemps. D’un côté, le vainqueur de l’Allemagne en 1918, l’homme de l’offensive de Villers-Cotterêts, apprécié de Clemenceau et de Foch, et qui très tôt avait taxé ­Pétain de passivité et de couardise ; de l’autre le « boucher du Chemin des Dames », qui regardait peu à la vie de ses soldats. Après sa mort en 1925, sa veuve refusera hautement que la médaille militaire lui fût conférée à titre posthume, parce que le gouvernement avait eu l’étrange idée d’envoyer le maréchal « vainqueur de Verdun » la lui proposer. La Croix, Le long de la Seine : une étincelle venue d’on ne sait où
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  • La honte, ça passe quand la vie est longue. De Jean-Paul Sartre / Morts sans sépulture
  • L'exil est une espèce de longue insomnie. De Victor Hugo
  • Le mariage est une longue conversation. De Friedrich Nietzsche
  • Le génie est une longue impatience. De Paul Claudel / Journal
  • Une longue souffrance n’acquitte rien. De Proverbe néerlandais
  • Toute tolérance devient à la longue un droit acquis. De Georges Clemenceau / Au soir de la pensée
  • Qui vit la mort jouit d’une longue vie. De Lao-Tseu / Tao Te King
  • Les amants à la longue deviennent des maris. De Catherine Bernard / Riquet à la houppe
  • La plus longue heure du jour est celle du sermon. De François Béroalde de Verville
  • A la femme comme à la chèvre, longue corde ! De Proverbe portugais
  • Plaisirs de longue durée ne sont plus plaisirs. De Christine de Suède / Maximes
  • Votre agonie est longue, Votre mort est certaine. De Proverbe guadeloupéen
  • La vie est démesurément longue, démesurément courte. De Georges Perros / Papiers collés
  • Une longue jeunesse est devant les choses. De Roger Bordier / La Grande Vie
  • La vie bien employée est longue. De Léonard de Vinci
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Traductions du mot « long »

Langue Traduction
Anglais long
Espagnol largo
Italien lungo
Allemand lange
Chinois
Arabe طويل
Portugais longo
Russe длинный
Japonais 長いです
Basque luze
Corse longu
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Synonymes de « long »

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