Tête : définition de tête


Tête : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TÊTE, subst. fém.

I. − [Chez les êtres vivants]
A. − [Désigne une partie du corps]
1. [d'un être hum.]
a) Partie supérieure du corps humain de forme arrondie qui est rattachée au thorax par le cou, composée de deux parties (le crâne et la face), qui contient l'encéphale, les principaux organes des sens et l'extrémité supérieure des voies respiratoires et digestives. Synon. vx chef; pop., arg. caboche, cafetière, calebasse, carafe, carafon, cassis1, ciboulot, citron, citrouille, coloquinte, margoulette, tirelire.Une des têtes se retourna, et Mariolle (...) aperçut une figure claire, blonde, un peu rousse (...). Le nez fin et retroussé faisait sourire ce visage (Maupass., Notre cœur, 1890, p. 310).C'était effroyable, le sol bouleversé (...), des morts renversés en tous sens, dans d'atroces postures, les bras tordus, les jambes repliées, la tête déjetée, hurlant de leur bouche aux dents blanches, grande ouverte (Zola, Débâcle, 1892, p. 429).
[P. oppos. à voix de poitrine] Voix de tête. Voix de registre aigu produite par la vibration de la partie ligamenteuse des lèvres de la glotte; p. ext., voix aiguë et forte. Synon. voix de fausset (v. fausset1).[Philomène] était délicieusement chatouillée, à vêpres, par une voix de chanteur, élancée, grêle et tendue, une voix de tête, déchirante et tendre (Goncourt, Sœur Philom., 1861, p. 54).
Subst. (désignant gén. un objet en tissu) + de tête.[Pascalon] trouva Tartarin installé sur le divan du petit salon, à l'aise, en caleçon de flanelle, et foulard de tête, comme chez lui à Tarascon (A. Daudet, Port-Tarascon, 1890, p. 236).Tiré de son assoupissement sur le chemin de tête en fausse dentelle, l'occupant du coin (...) fournit au représentant de la compagnie une de ces bandes de papier surchargées de crayon gras (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 222).
α) Locutions
[La tête en tant qu'extrémité supérieure d'une pers.]
Avoir la tête sur les épaules. V. épaule I B 1 d.Couper la tête à qqn. V. couper I A 1 e.En avoir par-dessus la tête. V. dessus1I B 2 c.Avoir la tête (enfoncée) dans les épaules. Avoir le cou excessivement court. Son portrait en buste dans la galerie des Illustres, la tête enfoncée dans les épaules, comme Tiraqueau à Poitiers (Michelet, Journal, 1835, p. 214).
Des pieds à la tête; de la tête aux pieds. V. pied 1reSection I C 3 b.
Pop. Faire une grosse tête, une tête au carré à qqn; mettre la tête au carré. Lors d'une bagarre, donner une correction à quelqu'un en frappant de préférence à la tête. Synon. pop. casser la gueule*, passer à tabac*, se faire tabasser*.Il se fout de notre gueule, la lopette. Je vais lui faire une grosse tête (H. Jaouen, La Mariée rouge, 1983 [1979], p. 43 ds Bernet-Rézeau 1989).
Au fig. Donner, en mettre sa tête à couper. Être absolument certain, convaincu de quelque chose. Synon. donner sa main* à couper, mettre sa main* au feu.Je me levai à trois heures et demie du matin, ma tête à couper que le sommeil et moi feraient deux jusqu'au jour quelle que dût être mon obstination à ramer dans la literie (R. Belleto, Le Revenant, 1984 [1981], p. 475).
[Indiquant un mouvement, une position de la tête]
Tête basse. V. bas1I A 3 c.Tête droite. V. droit2I B 2 a β.Tête haute. V. haut1I A 6.Baisser, courber la tête. V. courber I B.
Rouler, tomber cul par-dessus tête. V. cul I A 1.Donner tête baissée, tête basse dans qqc. V. bas1I A 3 c.Se jeter tête baissée contre, sur qqc. V. jeter IV A 2.
Tête (à) droite, tête (à) gauche. Commandement militaire indiquant la position que doit prendre la tête; p. ext., mouvement latéral, répété de la tête. [Le vieil homme] les aimait, ces soldats, non comme guerriers, mais comme pauvres gens, et, devant les marmites où cuisait leur soupe, il semblait dire, par ses multiples et vifs tête-à-droite, tête-à-gauche:C'est pas ça, c'est pas ça (Renard, Lanterne sourde, 1893, p. 11).
Piquer une tête. Se jeter, partir la tête la première. En partic. Piquer une tête (dans l'eau). Plonger, se précipiter à l'eau. Je piquai une tête pour sauver Modigliani qui naturellement ne savait pas nager (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 200).
Donner de la tête contre. Se cogner la tête contre quelque chose. Un soir l'électricité s'éteignit: une panne; on m'appela d'une autre pièce, j'avançai les bras écartés et j'allai donner de la tête contre un battant de porte si fort que je me cassai une dent (Sartre, Mots, 1964, p. 194).
Se jeter la tête la première, tête baissée. Se précipiter. D'un seul coup, d'un seul bond, aussi précis et réglé qu'une trajectoire mathématique, elle se jeta la tête la première dans le gouffre (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 161).Au fig. Se jeter la tête la première, tête baissée. Faire quelque chose précipitamment, sans réfléchir. Quand il faut que je me livre à l'action, je me jette dedans tête baissée (Flaub., Corresp., 1871, p. 317).
Au fig., fam. Être tombé sur la tête. Être fou, dérangé. C'est vous qui êtes tombée sur la tête, Barbara (Aymé, Mouche, 1957, p. 28).
β) En partic. Tête, une fois qu'elle est séparée du corps. L'agent a essayé la transmission d'une image souvenir: la tête d'un nègre au bout d'une pique, nègre tué pendant la campagne de Madagascar (Warcollier, Télépathie, 1921, p. 272):
1. Tous les étudiants étaient disposés autour des tables d'ardoise et dépeçaient des têtes humaines, pour apprendre l'anatomie de la face. En général, on ne leur donne pas des têtes entières, ce serait du gaspillage. On scie par le milieu des têtes dont on a rasé, au préalable, tout le poil (...). Eh bien, posées à plat, comme des médailles, décolorées par les antiseptiques, détendues par la mort, toutes ces moitiés de têtes se ressemblent affreusement. Ce que j'ai vu là, c'est l'effigie humaine. Duhamel, Confess. min., 1920, p. 167.
Chasseurs de têtes. Peuplades aux mœurs primitives qui ont coutume de conserver la tête de leurs ancêtres ou d'hommes tués lors d'un combat, d'une expédition. La danse d'hommage aux victimes est déjà, dans le cas des chasseurs de têtes, un hommage aux morts (Cuisinier, Danse sacrée, 1951, p. 80).
Réducteur de tête. V. réducteur II 3.
SYNT. Tête aplatie, arrondie, baissée, courbée, inclinée, penchée; tête en poire; côté, derrière, devant, haut, sommet de la tête; artère(s), veine(s) de la tête; muscle(s), squelette, os de la tête; port de tête; avancer, bouger, dresser, hocher, incliner, lever, pencher, relever, remuer, renverser, secouer, (dé)tourner la tête; acquiescer, approuver, branler, dodeliner de la tête; donner un coup sur la tête; avoir les yeux à fleur de tête; marquer la mesure avec sa tête; laisser baller sa tête; se prendre la tête entre les mains; se cogner, appuyer la tête contre qqc.; jeter qqc. à la tête de qqn; branlement, hochement, mouvement de tête.
b) P. méton.
α) Boîte crânienne, crâne. Tête casquée, encapuchonnée; avoir la tête écrasée; avoir qqc. sur la tête; tour de tête. Je ne lui marchandais ni mes forces, ni ma vie [à mon chef] (...), et quand les gendarmes lui ont cassé la tête, je me suis trouvé tout d'un coup comme un orphelin (Aymé, Vogue, 1944, p. 166).
Nu-tête; tête nue. Le crâne découvert. Je suis sûr qu'ils l'ont obligé aux deux choses dont il a le plus horreur: se promener dans les rues tête nue et porter des bretelles (Giraudoux, Siegfried, 1928, ii, 1, p. 62).
Coup de tête. Coup donné avec la partie supérieure du crâne, avec la partie qui se trouve au-dessus de l'arcade sourcilière. (Dict. xxes.). SPORTS (footb.). Coup donné dans le ballon avec le front pour le contrôler, le passer à un partenaire ou pour marquer un but. P. ell. Faire une tête (Dict. xxes.).
Au fig. V. infra I B 1 a loc.
Loc. fig.
Fendre, rompre la tête de qqn. V. fendre A 2 a β.
Casser la tête de qqn. Fatiguer quelqu'un par un comportement trop bruyant, par des paroles incessantes. Synon. fam. casser* les pieds.Le soir, le gamin cassait la tête de sa mère avec des histoires sur son bon ami Florent. Le bon ami Florent avait dessiné des arbres et des hommes dans des cabanes. Le bon ami Florent avait un geste, comme ça (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 726).
(C'est à) se taper, se cogner la tête contre les murs. Se heurter à des difficultés insurmontables, à des situations désespérées, inextricables. (...) gagner cinq mille francs, après huit années de zèle (...) c'est à désespérer de l'existence.C'est monstrueux, interrompit la jeune femme, c'est à se casser tout de suite la tête contre un mur (Zola, Fécondité, 1899, p. 31).Dans quoi nous sommes-nous fourrés! C'est à se taper la tête contre les murs! (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 137).
En partic. Cerveau, en tant que siège de sensations, d'impressions physiques. Souffrir d'un mal à la/de tête; avoir des douleurs de tête; serrement de tête. Je travaille maintenant énormément, si bien que j'ai un mal de tête continu, à force de lire (Flaub., Corresp., 1871, p. 285):
2. ... il m'a pris, hier, une de ces fatigues subites, qui me laissent, durant un assez long temps, à peu près incapable d'effort aussi bien physique qu'intellectuel (...). Ce qui me retient de m'alarmer de ces défaillances, c'est que (...) je les ai connues de tout temps. Durant ma jeunesse, elles étaient accompagnées de maux de tête dont, par la suite, je n'ai plus du tout souffert. Gide, Journal, 1944, p. 261.
Avoir la tête lourde. Ressentir des douleurs dans le cerveau qui donnent une impression de pesanteur. Le poëte, s'éveillant avec la bouche sèche et la tête lourde (...) plongea sa tête dans l'eau fraîche et, comme si cette immersion eût opéré une condensation subite dans son cerveau embrumé de fumées vineuses, tout à coup il se souvint (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p. 158).
Monter, porter à la tête. Être entêtant, grisant. Les plaines étaient couvertes de javelles et de meules de foin, dont l'odeur me portait à la tête sans m'enivrer (Nerval, Filles feu, Sylvie, 1854, p. 610).Ce vin-là ne vous montera jamais à la tête (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 37).
Avoir la tête qui tourne. Avoir des étourdissements, des vertiges. Elle avait merveilleusement chaud, la tête lui tournait de fatigue, d'alcool (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 91).
β) Visage, en tant que les traits reflètent les sentiments, le caractère, l'état d'une personne. Tête bizarre, comique, romantique, sympathique; belle tête. Cet amoureux avait de bien beaux yeux, une barbe épaisse et longue en éventail (...) enfin une véritable tête antique (Balzac, Secrets Cadignan, 1839, p. 315).Il avait une de ces belles têtes « numismatiques », qui semblent faites pour être frappées en médailles (Verne, Île myst., 1874, p. 10).
(Avoir) une bonne tête (fam.). Avoir un visage sympathique, qui inspire confiance. Du Roy le considérait, lui trouvant une bonne tête (Maupass., Bel-Ami, 1885, p. 281).
Avoir une sale tête (fam.)
Avoir un visage antipathique qui n'est pas agréable à regarder. Fontan était un vrai singe, avec son grand nez toujours en branle. Une sale tête! (Zola, Nana, 1880, p. 1307).
Avoir l'air fatigué, en mauvaise santé. Tu as une sale tête, il paraît que tu bois beaucoup, c'est la rumeur publique qui le dit (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 189).
Avoir une tête qui ne revient pas (à qqn) (fam.). Avoir une tête qui généralement est considérée comme antipathique. Il ne voulait pas que les éloges de Paradis amenassent Petit-Pouce à l'avoir dans le nez, lui Pierrot, et que sa petite tête, à lui Pierrot, finisse par ne plus lui revenir, oh mais plus du tout, à lui Petit-Pouce (Queneau, Pierrot, 1942, p. 9).
Avoir ses têtes. Manifester à quelqu'un de l'amitié, de la bienveillance ou de l'aversion sans raisons objectives, sans motifs précis. Cette femme-là, elle avait ses têtes (G. Chevallier, Clochemerle, 1937 [1934], p. 185 ds Rob. 1985).
Faire une tête d'enterrement*, une tête de six pieds de long (fam.). Être triste, abattu. (Dict. xxes.).
Faire une (drôle de) tête (fam.). Manifester, par son expression, le désappointement, la colère, le mécontentement ressenti. Le facteur des recommandés (...) fit une drôle de tête car je n'avais pas un sou de pourboire à lui donner (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 201):
3. ... un pape qu'est-ce que c'est un affreux vieillard et c'est pour ça que le catholique pratiquant lorsqu'il se rend au cinématographe parlant pour voir documentairement le vrai visage du Vatican... c'est pour ça qu'il fait une drôle de tête le catholique pratiquant ce qu'il imaginait (...) c'était un pape... un homme de nuages... Prévert, Paroles, 1946, p. 136.
Faire la tête. Manifester par une expression fermée du visage son mécontentement, sa mauvaise humeur; bouder. Synon. faire la moue*, la gueule* (vulg.).Elle haussait les épaules avec mépris, répétant:(...) Deviens ministre; et tu pourras faire la tête. Jusque-là, tais-toi (Maupass., Bel-Ami, 1885, p. 291).Alban était encore à l'âge où cela vous impressionne qu'on vous fasse la tête: cela lui passera (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 510).
Se payer la tête de qqn (fam.). Se moquer d'une personne, la mystifier. Vous vous êtes payé ma tête, comme vous dites dans votre abominable argot de boulevardier, en me faisant charger à fond ce scélérat de Hefner (Bourget, Cosmopolis, 1893, p. 24).MlleAimée Lanthenay, qui nous donne des leçons, ne parle pas l'anglais avec une pureté excessive, je m'en doute. De sorte que, tout à l'heure, cet imbécile de professeur se paiera ma tête puisque je ne prononce pas mieux, moi! (Colette, Cl. école, 1900, p. 225).
Fam. Avoir une tête à
Avoir une tête à + inf.Avoir une physionomie qui correspond, qui est en harmonie avec telle activité. Avoir une tête à tromper les gens. Y'en avait qu'étaient un peu au-dessus de moi, ils avaient des galons (...) ils me disaient: « Allons! Enlève-toi d'là, avec ta tête à vendre des lacets (...) » (F. Raynaud, Heureux!1976 [1975], p. 205 ds Bernet-Rézeau 1989).
Avoir une tête à + subst. (désignant ce que la tête mérite de recevoir, gén. un coup).Avoir une tête à gifles. Marraine disait que j'avais « une tête à claques », et ça n'est pas impossible. Il y a des visages de gosses qui appellent les coups, cela dépend de l'angle où l'on se trouve (J. Lanzmann, Le Têtard, 1976, p. 80).
Avoir une tête à ça. Emma: Oui! mais vous n'en avez pas moins été l'amant de madame Bocardon! (...) Vernouillet, riant: Ce pauvre M. Bocardon!... Du reste, il a bien une tête à ça! (Labiche, Célimare, 1863, iii, 7, p. 118).
Péj. [Formant des expr. dévalorisantes et fréq. injurieuses pour caractériser une pers.] Avoir une tête de + subst.
[Le subst. désigne un animal] Avoir une tête de chèvre, d'oiseau, de perroquet, de rat. Là, tous les types de la force agile ou brute, depuis le gros marchand de vin (...) jusqu'aux types de petits voyous à tête de chat ou de petits maquereaux (Goncourt, Journal, 1860, p. 727).Montparnasse devint le refuge de la révolution sociale. L'esthète bolchevik Lounatcharsky y discutait de la beauté selon les formules de Karl Marx, Trotsky y jouait aux échecs avec sa tête de congre américain (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 169).
[Le subst. désigne une pers. en tant que caractéristique d'une activité connotée négativement; désigne une collectivité, une pers. dont la physionomie reflète la faible capacité intellectuelle] Tête d'assassin, de cocu, d'imbécile, d'ivrogne, de mouchard; tête de boche, de flamand. Chilly, qui porte sur son visage rasé et tiré le masque mou d'un pédéraste sur une tête d'usurier (Goncourt, Journal, 1860, p. 717).Desrais m'interpella d'un ton maussade et, me montrant le buste:Si tu crois que c'est rigolo, quand on se met au lit, d'être surplombé par cette tête d'abruti (A. France, Vie fleur, 1922, p. 423).
Vulg. [Injure] Tête de nœud. Il ne faudrait tout de même pas nous prendre pour des poires, hé, tête de nœud (Cendrars, Main coupée, 1946, p. 192).
Avoir la tête de l'emploi. Avoir un visage qui correspond tout à fait à la profession, à l'activité exercée. P. plaisant. Alors vous avez vu notre assassin? Comment le trouvez-vous? Tout à fait la tête de l'emploi (Aymé, Tête autres, 1952, p 210).
En partic. Tête grimée, parée de façon à ressembler à quelqu'un de connu, à se faire une physionomie particulière, précise. Bal, dîner de têtes. Pour se faire une tête, il se coupait soigneusement les cheveux à tort et à travers, afin que çà et là une mèche droite et protestante pût indiquer l'excentricité de ses pensées et l'audace de ses intentions (Renard, Journal, 1889, p. 37).On est prié de se costumer ou de se faire « une tête » (Gyp, Province, 1890, p. 173).
c) P. méton. Personne, individu. Je me souviens d'une chanoinesse de Clai, que l'on était bien plus sûr de trouver à Spa qu'à son chapitre. Par trente-six printems sur sa tête amassés, ses modestes appas n'étaient point effacés (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 119).Aujourd'hui (...) je réunis les plus nobles têtes du pays... des têtes égales à la mienne (Bayard, Fille régim., 1840, ii, 3, p. 331).
Têtes couronnées*.
Tête blonde. Jeune enfant. Au réveil, on embrasse toutes ces chères têtes blondes!Avec quelle douce mélancolie ne presse-t-on pas contre son cœur ces gais espiègles! (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 238).
Loc. adv. ou subst. masc. inv.
Tête à tête, en tête à tête. [En parlant de deux pers. qui se retrouvent sans témoin] Face à face. Tête à tête amoureux. Je déclare formellement que je ne veux plus d'un mari qui passe ses journées en tête-à-tête avec des demoiselles dans cette tenue-là (A. Daudet, Femmes d'artistes, 1874, p. 169).Il ne m'est guère possible de parler à plus d'une personne à la fois. Je ne m'entends avec les êtres humains que tête à tête. Dès qu'ils sont deux ou en groupe, je ne sais que leur dire (...) La confidence, l'indiscrétion sont le fruit du tête à tête (Green, Journal, 1955, p. 133).
P. anal. Je ne connais rien de tous ces gens-là, (...) j'ai une telle habitude du tête-à-tête avec moi-même (Léautaud, Journal littér., 1, 1903, p. 67).Tête à tête avec la mort, avec la vérité, avec le souvenir de qqn. Personne ne s'amuse plus (...) à puiser dans ce tête-à-tête avec l'objet, sans hâte et sans utilité prochaine, une certaine science de soi-même, de la manœuvre combinée de son intellect, de son désir, de sa vue et de sa main à propos d'une chose donnée (...) et le public absent (Valéry, Degas, 1936, p. 105).
Tête(-)bêche*.
Par tête. Par personne. À compter d'aujourd'hui, vous n'aurez qu'une table de quatre personnes, une bouteille de vin par tête (Dumas père, Napoléon, 1831, vi, 22etabl., 2, p. 144).Vous verrez un dîner qui coûterait quarante francs par tête chez Baleine, du Rocher de Cancale, et même à ce prix Baleine ne serait pas sûr de réussir (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 212).
Fam. Par tête de pipe, de veau. Le peuple, à qui fut accordé par les radicaux le privilège exorbitant d'avoir par tête de pipe autant de droits civils et politiques qu'un Rezeau (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 113).Mon vieux, lui a dit notre président, si vous faites ça, je vous paie une partie de bowling et un dîner de vingt dollars par tête de veau (Aymé, Mouche, 1957, p. 248).
HIST. Vote par tête. Mais les trois ordres, tels qu'ils sont constitués, pourront-ils se réunir pour voter par têtes? Telle est la véritable question. Non. À consulter les vrais principes, ils ne peuvent voter en commun, ni par têtes, ni par ordres (Sieyès, Tiers état, 1789, p. 50).
Sur la tête de. Sur la personne de. Voilà que tout me retombe sur la tête, parce qu'un vrai personnage de ballets russes s'est avisé de me suivre pas à pas, comme on suit le dompteur, dans l'espérance de le voir mangé (Bernanos, Joie, 1929, p. 668).Au bénéfice de quelqu'un. Mettre de l'argent, prendre une assurance sur la tête de qqn. Ah! si vous vouliez m'aider à me venger, reprit l'ancien négociant, je placerais dix mille francs en viager sur votre tête (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 112).Elle avait réussi à maintenir sur la tête de l'enfant la petite rente mensuelle de trente francs (Zola, Fécondité, 1899, p. 532).
Jeter* qqc., qqn à la tête de qqn. Se jeter* à la tête de qqn.
Arg. Se taper la tête. Faire un bon repas. Synon. se taper la cloche (v. cloche1C 3).Mais dites-moi donc à quoi il peut servir not' député, un gros salaud qu'est déjà millionnaire et qui se tape la tête avec l'argent du Populo? (Aymé, Brûlebois, 1926, p. 125).
DR. [P. oppos. à succession par souche] Succession par tête. Succession individuelle (d'apr. Dupin-Lab. 1846).
P. méton. Vie d'une personne. Jouer, risquer sa tête; répondre de qqn, de qqc. sur sa tête. Vous disiez vrai, l'enjeu Est important, marquis, votre tête est en jeu (Dumas père, Christine, 1830, iii, 1, p. 242).Les époques troublées font perdre beaucoup de temps. La moitié de la vie se passe à sauver sa tête. Autant d'indisponible pour les choses importantes (Montherl., Malatesta, 1946, i, 4, p. 444).
Demander la tête de qqn. Demander la mort, la condamnation à la peine capitale pour un accusé. Ces bonnes gens demandent ma tête, ils me croient sorcier; tous ceux qui disparaissent de la ville, c'est moi, Vésalius, qui les fais enlever pour mes expériences (Borel, Champavert, 1833, p. 70).
Mettre à prix la tête de qqn. Offrir une récompense pour la capture, la mort de quelqu'un. Je le sais, ma tête est à prix, par les coquins qui sont au timon des affaires de l'État; cinq cents espions me cherchent jour et nuit (Marat, Pamphlets, C'en est fait de nous, 1790, p. 201).La tendance communiste se marque chez Anna Seeghers contant l'histoire d'une révolte de pêcheurs, décrivant les manifestations à Berlin contre les ouvriers qu'on pourchasse, qu'on bannit, dont on met la tête à prix (Arts et litt., 1936, p. 48-5).
[Expr. qui atteste de la vérité de qqc., de la certitude d'un fait] Jurer sur la tête de qqn. Je viens de causer avec lui, et je vous jure sur la tête de mon père qu'elle lui est aussi indifférente que s'il ne lui avait jamais parlé (About, Roi mont., 1857, p. 282).Si tu parles, si tu fais un seul pas vers moi, je me jette par cette fenêtre. Je te le jure, Hémon. Je te le jure sur la tête du petit garçon que nous avons eu tous les deux en rêve, du seul petit garçon que j'aurai jamais (Anouilh, Antig., 1946, p. 159).
Tête-Dieu*.
d) Partie supérieure de la tête, où poussent les cheveux. Tête chauve, ébouriffée, frisée, tonsurée; tête blanche, blonde; avoir la tête sale, grasse. Quelques têtes soigneusement poudrées, des queues assez bien tressées annonçaient cette espèce de recherche que nous inspire un commencement de fortune ou d'éducation (Balzac, Chouans, 1829, p. 6).Ceux qui se distinguaient dans le combat se faisaient raser la tête, en signe de virilité (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 251).
HIST. [Pendant la Révolution anglaise de 1642] Tête(-)ronde. Partisan de Cromwell, partisan du Parlement qui portait les cheveux coupés court. Pendant vingt-cinq ans, vêtu de l'habit de tête-ronde et serré par le ceinturon de cuir fauve de Mordaunt, il avait reculé, avec une allure de scorpion blessé, devant la colichemarde de d'Artagnan (Coppée, Contes en prose, 1882, p. 314).P. anal. Halifax: (...) oui, je suis un peu protestant. Sir John: Je m'en suis toujours douté, je t'ai toujours soupçonné d'être tête ronde, au fond (Dumas père, Halifax, 1842, ii, 6, p. 56).
Au fig., fam. Laver, savonner la tête de qqn. Faire de violents reproches à quelqu'un. Synon. passer un savon*.(...) Mais je saurai me défendre, moi et les miens, et je vais de ce pas laver la tête à ces péronelles...Bonté divine! s'écria l'abbé, ne faites pas d'esclandre, mon ami!... Hélène est ma filleule; laissez-moi mener cette affaire et morigéner la jeune fille (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p. 117).Si elle savait comme ils [les professeurs] sont méprisés par les chefs mêmes (...) qui, quand une mère riche se plaint, répondent: « N'ayez peur: je lui laverai la tête! » (Valles, J. Vingtras, Enf., 1879, p. 173).Lavage de tête. Un lavage de tête, aussi un savon ferme, courtois, bref à un sous-chef (Arnoux, Double chance, 1958, p. 144).
Faire dresser les cheveux sur la tête. V. cheveu I C.
2. Partie du corps de certains animaux.
a) Partie antérieure ou supérieure des animaux à station verticale, à symétrie bilatérale, qui porte les principaux organes sensoriels, les cellules nerveuses et généralement la partie supérieure et l'orifice de l'appareil digestif. Tête de bélier, de chat, de chien, de poisson, de sanglier, de singe. Les superbes animaux [des chevaux] (...) relevèrent l'encolure et rejetèrent de côté leurs belles têtes fières, au regard mobile, ombragé de crins (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 234):
4. ... elle dressait en face du busard sa petite tête fine où brasillaient les diamants de ses yeux, sa tête plate de bête féroce montrant dans sa gueule ouverte pour mordre et pour saigner la double rangée brillante et pointue de ses dents, immobile, les babines troussées, le nez froncé, les pointes des moustaches tendues en avant, terrible... Pergaud, De Goupil, 1910, p. 112.
Spécialement
α) ART CULIN. Morceau de boucherie, de charcuterie correspondant à la tête de certains animaux d'élevage. Tête de mouton, de porc (roulée), de veau. La belle Lisa resta debout dans son comptoir [de la charcuterie] (...) Devant elle, s'étalaient (...) la tête de cochon noyée de gelée, un pot de rillettes ouvert et une boîte de sardines dont le métal crevé montrait un lac d'huile (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 666).La tête de veau doit être échaudée, dégorgée, désossée (...), passée au citron avant d'être cuite, enveloppée d'un linge, dans un blanc, en même temps que la langue (Ac. Gastr.1962).Fromage* de tête.
Région. (Canada). Tête fromagée. V. fromage B rem.
β) MYTH. Aigle à deux têtes; les sept têtes de l'Hydre (de Lerne); tête de furie. Tel je le voyais [l'Empereur], tel le voyait un peuple immense, pétrifié par ce grand visage, comme par la tête de Méduse (A. France, Vie fleur, 1922, p. 341).
γ) HIPP. [À propos d'un cheval] Avoir une pelote, une liste en tête. Avoir une tache, une flamme blanche sur le chanfrein. (Dict. xixeet xxes.).
Tête-à-queue*. Mettre la tête au mur. Tourner la tête du cheval contre le mur du manège, le cheval se déplaçant latéralement dans la direction de son regard (d'apr. Petiot 1982).
δ) FAUCONN. Faire la tête à un oiseau. Habituer un oiseau au chaperon. (Dict. xixeet xxes.).
ε) PÊCHE. Tête de poisson. Plomb, cuiller en forme de tête de poisson dans la pêche au lancer. (Dict. xxes.).
ζ) VÉN. [À propos d'un cervidé, d'un sanglier ou plus gén. d'une bête sauvage] Faire tête. Lutter tête contre tête; p. ext., se retourner contre les chiens, se défendre. Aussitôt des piqueurs effarés arrivèrent à eux en criant confusément que le sanglier avait fait tête et renversé madame Delmare (Sand, Indiana, 1832, p. 140).Le long corps musculeux d'un lézard surpris qui fait tête au bruit de la bêche (Giono, Colline, 1929, p. 50).
P. méton. Bois ou corne des bêtes sauvages. Tête bien, mal brunie; tête chevillée, ouverte, perlée. La deuxième tête [du chevrillard] a une petite meule et le bois est déjà creusé de gouttières, il a aussi deux andouillers (...)on dit tête parce que l'animal, dont les bois tombent, en change chaque année (Vialar, Fusil, 1960, p. 199).
Seconde, troisième, quatrième tête. Bois qui pousse la troisième, quatrième, cinquième année. Notre piqueu dira exactement si c'est un cerf (...) si c'est un faon, un daguet, un cerf à sa deuxième, troisième tête, ou un dix cors (Vialar, Rendez-vous, 1952, p. 245).
b) P. méton. Animal considéré par rapport à un troupeau. Nous avons des troupeaux sans cesse renaissants, dont nous ne connaissons même pas le nombre de têtes (Zola, Fécondité, 1899, p. 739).Cet homme charmant, qui avait des centaines de têtes de bétail noble, des centaines d'hectares, et était grand d'Espagne, tira d'un coffret un chiffon noirci de cirage, et donna un petit coup à ses bottines (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 443).
3. Partie du corps humain ou animal.
a) Représentation d'une tête humaine ou animale. Tête peinte, sculptée; tête d'une médaille, d'une monnaie; tête de marionnette, de poupée; tête de chien, de chat, de cheval, de lion. Vous avez sans doute vu au musée espagnol de Paris le portrait de la fille du Greco, magnifique tête que ne désavouerait aucun maître (Gautier, Tra los montes, 1843, p. 40).Un Bali du Caméroun modèle sur sa pipe évasée en argile une tête de nègre, non point certes pour fumer avec plus de plaisir, mais afin de faire montre de son talent de potier (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 199).
ARCHIT. Tête plate. ,,Tête humaine ou animale de faible relief ornant les portails romans, en particulier en Normandie`` (Vogüé-Neufville 1971).
HÉRALD. Tête humaine ou animale employée comme meuble. Les têtes de profil gardent leur nom de Têtes. De face, elles prennent le nom (masculin) de Rencontre. Les deux termes suffiront à les blasonner. Seuls, le lion et le léopard sont exempts de cette règle: de profil est le Lion; de face, le Léopard (P.-B. Gheusi, Le Blason, 1932, p. 251).Tête de maure*.
En partic. Représentation d'une tête humaine.
Vieilli. Support en forme de tête, sur lequel étaient placées les perruques pour les peigner et les boucler. J'ai assisté à la quatre cent-unième représentation d'une féerie (...) On ne peut imaginer de plus médiocres acteurs (...) Quant aux femmes, elles arrivent à ressembler exactement aux têtes de cire des perruquiers (Veuillot, Odeurs de Paris, 1866, p. 137).
Tête de pipe. Fourneau de pipe représentant une tête humaine, généralement une tête d'homme. Eh bien, mon vieux canard, te voilà populaire (...). On vend ta gueule en têtes de pipe et en bouteilles de liqueur (A. France, Île ping., 1908, p. 227).
Tête de Turc. Dynamomètre sur lequel on essaie sa force, dans les foires, en frappant sur une partie repré-sentant une tête coiffée d'un turban; p. anal., personne prise pour cible de critiques, de plaisanteries ou de railleries. Synon. souffre-douleur.Déjà à la Raspelière, Brichot était devenu pour les Verdurin, du grand homme qu'il leur avait paru être autrefois, sinon une tête de Turc comme Saniette, du moins l'objet de leurs railleries à peine déguisées (Proust, Temps retr., 1922, p. 789):
5. ... avec ces gens sans esprit, prompts à la colère et aux paroles vilaines, il avait beau jeu. C'étaient ses plastrons et ses têtes de Turc. Il les affolait. Il les persécutait. Il leur faisait sentir qu'il avait toujours une chiquenaude à leur disposition dès qu'ils deviendraient grossiers. Larbaud, F. Marquez, 1911, p. 39.
PEINT., SCULPT. Tête d'étude, d'expression. Visage, figure travaillée sous le rapport de l'expression d'un sentiment, d'une passion. C'est ici [dans l'abus des détails] que les donneurs de touches aisées et spirituelles, les faiseurs de torse et de tête d'expression, trouvent leur confusion dans leur triomphe (Delacroix, Journal, 1854, p. 169).Fondé par le comte de Caylus (...), le concours de la tête d'expression, l'un des deux concours annuels de l'École des Beaux-Arts, avait pour but d'encourager les jeunes gens dans « l'art de rendre l'expression des passions » (La Sculpt. fr. au XIXes., Paris, éd. de la Réunion des musées nationaux, 1986, p. 42).
ÉQUIT. ANC. Tête de carton, de bois que des cavaliers au galop devaient abattre à la lance, à l'épée ou au pistolet dans un exercice de manège. Course de têtes. (Dict. xixeet xxes.).
b) Hauteur d'une tête humaine, d'une tête animale utilisée comme unité de mesure. Dépasser qqn d'une tête; gagner d'une tête; avoir une tête de plus que qqn. Sa taille [d'Hercule] (...) s'était accrue d'une demi-tête (Proudhon, Guerre et paix, 1861, p. 16).
SPORTS. Gagner, battre d'une courte tête. Gagner, battre de très peu. P. anal. William Paul, à Londres, avait été battu d'une courte tête par Louis Lumière pour ses premières représentations (Sadoul, Cin., 1949, p. 13).
B. − [La tête en tant que siège de l'activité cérébrale, ou considérée du point de vue des activités intellectuelles et du psychisme]
1.
a) Faculté intellectuelle, intelligence, esprit, réflexion. Synon. cerveau, cervelle.Pensez-vous que pour quelqu'un qui travaille de tête... qui est obligé de réfléchir... de méditer, ce soit bien agréable d'entendre chanter toute la soirée? (Kock, Cocu, 1831, p. 239).
[P. allus. à Montaigne, Essais, I, 26: Je voudrais aussi qu'on fût soigneux de lui choisir un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine] Comme tout se tient dans une tête bien faite, voici que par le même chemin qui le rapproche des humanistes dévots, Pascal rejoint aussi les mystiques (Bremond, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 412).
Tête + adj. (précisant la qualité intellectuelle dominante).Tête politique. Donnez-moi une femme au cœur d'artiste et à la tête philosophique, comme MmeKockert, pour converser; et je vous tiens quitte de tous les salons (Amiel, Journal, 1866, p. 256).Elle [Pauline] s'emportait, cherchait des arguments, restait sur le carreau, n'ayant pas la tête métaphysique, comme il le disait (Zola, Joie de vivre, 1884, p. 884).
Locutions
Avoir une petite tête. Être d'une intelligence médiocre, sans idées; ne pas faire preuve de beaucoup de jugement.
Pop., p. plaisant. [Sans jugement péj. concernant les capacités intellectuelles d'une pers.] Petite tête et, en appellatif, petite tête! Hugo: Vous ne fouillerez rien du tout. Slick: Te fatigue pas, petite tête, on a des ordres (Sartre, Mains sales, 1948, 3etabl., 2, p. 86).Marceline et moi, non seulement on est américanophiles, mais en plus de ça, petite tête, et en même temps, t'entends ça, petite tête, en même temps, on est lessivophiles. Hein? ça te la coupe, ça (...) petite tête (Queneau, Zazie, 1959, p. 53).
Avoir une grosse tête (fam.). Être intelligent; p. ext., être intelligent et en tirer vanité, être prétentieux. Je suis une cruche, Jill. Si, si, je suis une cruche. On me le reproche assez, de ne pas lire, et de mal parler. Ça ne me déplaît d'ailleurs pas du tout. C'est reposant de ne pas avoir une grosse tête (R. Fallet, Comment fais-tu l'amour, Cerise?1973 [1969], p. 183).P. méton. Grosse tête. Intellectuel. Suffit les phrases!... C'est très joli de conseiller, de jouer les Gérontes, les Académies, les Grosses Têtes! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 521).
Littér. (Avoir, être) une bonne tête. Être intelligent, doué de capacités intellectuelles certaines. Une sorte de finesse vulgaire (...) s'unissait chez elle à une volonté tenace et en faisait ce qu'on nomme une bonne tête, douée de capacité pour les affaires (Feuillet, Sybille, 1863, p. 7).(Avoir) une forte tête. Être particulièrement intelligent, d'une intelligence brillante. La conscience des opérations de la pensée, qui est la logique méconnue dont j'ai parlé, n'existe que rarement, même dans les plus fortes têtes (Valéry, Variété[I], 1924, p. 232).P. méton. J'ai rêvé alors que les têtes les plus fortes, les inventeurs les plus sagaces, les connaisseurs le plus exactement de la pensée devaient être des inconnus, des avares, des hommes qui meurent sans avouer (Valéry, Soirée avec M. Teste, 1895, p. 17).Être une forte tête. Avoir de grandes capacités intellectuelles. V. fort1III A 1 b.
Avoir la tête vide. Être incapable de réfléchir, de penser à quelque chose. Quand je croyais y penser, il faut croire que je ne pensais rien, j'avais la tête vide, ou tout juste un mot dans la tête (Sartre, Nausée, 1938, p. 162).
Se casser* la tête. Casse-tête*.
Coup de tête. Action rapide irraisonnée, faite sous l'impulsion d'un moment. Eh bien mon ami, puisque c'est tout à fait sérieux, permettez-moi de ne pas vous répondre aujourd'hui (...) Maître est vraiment très malade, je suis moi-même troublée; et vous ne voudriez pas me devoir à une coup de tête (Zola, Dr Pascal, 1893, p. 139).Faire un coup de tête, agir sur un coup de tête. Se conduire de façon irraisonnée, irréfléchie, sans penser aux conséquences. Eh bien, mon enfant, dit-il en l'embrassant au front, il y a donc de la brouille dans le ménage, et nous avons fait un coup de tête? (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 246).Je me suis donné cinq minutes pour réfléchir. Je n'avais pas prêté serment au gouvernement; mais je savais bien qu'en moi-même j'avais accepté de le servir. Ma décision était prise, certes, mais je ne voulais pas, à mon âge, avoir plus tard l'illusion d'avoir agi sur un coup de tête (Malraux, Espoir, 1937, p. 581).
Péj. Avoir une tête sans cervelle, une tête à l'évent (vx), être tête en l'air. Agir inconsidérément, sans réfléchir. − (...) Tant qu'elle était là, on ne s'y reconnaissait plus. Surtout que cette enfant-là était un peu, comment dire, tête en l'air? (Aymé, Jument, 1933, p. 287).
Fam. Prendre la tête. Empêcher de réfléchir, de penser à autre chose, monopoliser toute l'attention. Je t'avais parlé de mon roman? (...)Euh oui, vaguement...Ouais. Eh bien, j'arrête. Ça me prend trop la tête (Fr. Lasaygues, Bruit blanc, 1987, p. 124).Tu m'prends la tête avec tes gueulantes (Sapho, Ils préféraient la lune, 1987, p. 89).
Tête d'oiseau, de moineau, de linotte. Personne étourdie, superficielle, distraite. Elle est coquette, elle est folle; mais cette tête de linotte est meublée comme celle d'un vieux bibliothécaire (A. France, Vie littér., 1888, p. 171).P. méton. Arnoux avait toujours été sans conduite et sans ordre. « Une vraie tête de linotte! Il brûlait la chandelle par les deux bouts! Le cotillon l'a perdu! (..) » (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 261).
Chasseur de têtes. Personne chargée de recruter des cadres de haut niveau. Jacques Imbert, qui a commencé sa carrière chez ITT à sa sortie de l'X, est le président d'une société en expansion: Transac (télécommunications). Un chasseur de têtes vient lui demander de prendre la direction de la Chapelle-Darblay (Le Point,4 déc. 1978, p. 141, col. 1).
Prép. + tête
Dans la tête, en tête. Avoir une affaire, une idée dans la tête, en tête; ressasser, rouler, tourner qqc. dans sa tête. Une espèce de femme en cire de parfumeur, aux yeux d'améthyste; une douce ruminante qui aurait dans la tête à peu près les idées d'une tulipe. Ennui mortel ici, cette année (Goncourt, Journal, 1865, p. 177).Il a un goût de fumée dans la bouche et, vaguement, vaguement, un fantôme d'air dans la tête (Sartre, Nausée, 1938, p. 220).
Faire entrer qqc. dans la tête de qqn. Enseigner, apprendre. Quant à l'arithmétique, trois maîtres d'école avaient successivement renoncé à me faire entrer dans la tête les quatre premières règles (Dumas père, Comment je devins aut. dram., 1833, introd., p. 3).
Mettre du plomb* dans la tête.
(Ne pas) savoir ce que qqn a dans la tête. (Ne pas) connaître les idées, les intentions de quelqu'un. On ne sait pas ce qui se passe dans la tête d'un agonisant (Bernanos, Crime, 1935, p. 781).Je ne sais pas ce qu'elle a dans la tête, ces temps-ci, dit-il d'une voix découragée (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 191).
N'avoir qu'une idée dans la tête, en tête. Ne penser qu'à une seule chose, et agir en fonction de celle-ci. Cette puante rue des Cinq-Diamants m'effraie; le ruisseau est toujours bleu, vert ou noir. J'ai peur qu'il y périsse. Mais quand les jeunes gens ont quelque chose en tête! dit-elle à Césarine en faisant un geste qui expliquait le mot tête par le mot cœur (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 166).Le grand aventurier, qui avait de la branche, de la tradition... C'est fini!... Ou alors, ils se marient!... À peine lancés, ils n'ont plus que cette idée dans la tête: se marier! (Bourdet, Sexe faible, 1931, ii, p. 328).
Mettre qqc. dans la tête de qqn. Persuader quelqu'un de quelque chose; influencer quelqu'un. − (...) Je voudrais devenir, s'il y avait moyen, maréchal. Oui, j'entends, maréchal des logis dans la cavalerie.Non, ce n'est pas cela.Quoi? maréchal ferrant?Non.Propos séditieux. Tu te gâtes, Francisque. Qui diable te met donc ces idées dans la tête? tu ne sais ce que tu dis (Courier, Pamphlets pol., Lettres partic., 1, 1820, p. 57).Se mettre qqc. en/dans la tête. Se persuader de quelque chose; imaginer quelque chose. Ne me suis-je pas mis en tête de n'épouser qu'un honnête homme? (Augier, Ceint. dorée, 1855, p. 340).Se mettre dans la tête que. Les blessures! on peut les guérir toutes si elles sont bien prises. Gangrène et tétanos. On peut guérir le tétanos; au Val-de-Grâce on le guérit. Il faut bien se mettre dans la tête que les blessés sont faits pour être guéris (Barrès, Cahiers, t. 11, 1914, p. 110).
Dans ma/ta/sa... tête. De façon purement intellectuelle, en imagination, sans concrétiser. Seul, un homme qui n'aime décidément plus sa maîtresse la quitte sans lui écrire. Je fis et refis vingt lettres dans ma tête (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 148).Tout se passa dans ma tête; enfant imaginaire, je me défendis par l'imagination. Quand je revois ma vie, de six à neuf ans, je suis frappé par la continuité de mes exercices spirituels (Sartre, Mots, 1964, p. 92).
De derrière, par la tête
Idée qui passe par la tête. Idée qui surgit brusquement. Air, folie, soupçon qui passe par la tête. J'ai un gros livre où j'écris mes pensées, tout ce qui me passe par la tête, et je veux vous donner à lire ce que j'y ai écrit de vous dans les premiers jours que je vous ai vu (Musset, Confess. enf. s., 1836, p. 224).Ce que je vous raconte, jadis quand j'étais jeune, plus d'une fois il m'a passé par la tête de l'écrire (Fromentin, Dominique, 1863, p. 168).
Idée, pensée, combine de derrière la tête. Idée, pensée, combine qui n'est pas avouée, qui est cachée:
6. Il est probable que Henry James avait aussi son « idée de derrière la tête », savoir: que seules la qualité de l'écriture, la forme d'une œuvre d'art la défendent contre les attentats du grossier violateur, comme un vêtement si bien taillé que la main brutale qui veut déshabiller sa proie, tâtonne, cherche les boutons de pression ailleurs que là où le couturier vulgaire les eût mis. Blanche, Modèles, 1928, p. 168.
De tête
Loc. adv. Mentalement. Calcul fait de tête. Magis, très décontenancé: (...) C'est un calcul (...) Si j'avais là du papier et un crayon... en cinq minutes... Mais vous avez oublié votre carnet! Désambois: C'est juste!... de tête, on ne peut pas! (Labiche, Vivac. cap. Tic, 1861, ii, 7, p. 461).On sait que Piron, par exemple, faisait toutes ses tragédies de tête et qu'il les récitait de mémoire aux comédiens (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 10, 1865, p. 61).
[En fonction de déterm.] Femme, homme de tête. Femme, homme doué(e) d'intelligence, de volonté et d'esprit de décision. Il faut à tout prix que M. Mairobert ne soit pas élu. C'est un homme de tête (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 41).Brandès, élégante, me conduit à Trouville. Elle m'a prouvé qu'elle reste (...) une femme de tête et d'ordre. Elle m'éblouit par sa façon de conduire (Renard, Journal, 1901, p. 676).
[P. oppos. à cœur] Raisonné, réfléchi, faisant peu référence aux sentiments. Oh! Modeste (...) tu as tenu moralement la même conduite que Bettina sans avoir l'excuse de la séduction; tu as été coquette à froid, et cette coquetterie-là, c'est l'amour de tête, le vice le plus affreux de la Française (Balzac, Modeste Mignon, 1844, p. 164).Que cette passion pour ce méchant était étrange puisqu'elle était toute de tête, et n'avait pas l'excuse d'être égarée par les sens! (Proust, Plais. et jours, 1896, p. 60).
Où ai-je la tête? [Pour exprimer l'étonnement de ne pas avoir pensé à qqc.] Ah! mon Dieu!... j'ai oublié mes bracelets! Je ne sais où j'ai la tête (Labiche, Edgar, 1852, ii, 1, p. 208).
Ne plus savoir où donner de la tête. Être débordé, avoir trop d'occupations, trop de choses à faire; être assailli par trop de sollicitations. [Cathédrale de Séville] L'on est écrasé de magnificences, rebuté et soûl de chefs-d'œuvre, on ne sait plus où donner de la tête (Gautier, Tra los montes, 1843, p. 330).Les fusils pétaient, des moments, à se croire revenus en guerre!... Alors, les gendarmes, tu comprends, ils ne savent plus où donner de la tête. Ils usent leurs nuits à pédaler: quand ils arrivent, c'est éteindu, mais ça s'est rallumé ailleurs (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 240).
b) Mémoire. Avoir de la tête; chercher qqc. dans sa tête; jouer de tête. Pour être maître d'hôtel il ne faut pas être un imbécile; pour prendre toutes les commandes, retenir les tables, il en faut une tête! (Proust, Sodome, 1922, p. 1026).Chaque passant inconnu était d'avance un ennemi. Des visages aperçus à peine, il ne se rappelait ni où ni quand, il les retrouvait tout à coup dans sa tête (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 171).
Loc., fam. [En parlant d'une pers. ayant oublié qqc., et qui doit retourner la chercher] Quand on n'a pas de tête il faut avoir des jambes. Quand on n'a pas de mémoire il faut déployer une activité physique plus grande, il faut recommencer plusieurs fois la même chose pour ne rien oublier. (Dict. xixeet xxes.).
c) [Tête indiquant un état d'esprit, un état affectif] Avoir la tête à ce que l'on fait; examiner qqc. à tête reposée; monter* la tête à qqn; se monter* la tête; tourner* la tête à qqn.
Perdre la tête. Perdre son sang-froid. Steinbock en perd la tête [du décolletage de Valérie] mais le plus ébloui, c'est encore Balzac. « C'était, dit-il, à faire baisser les yeux à tous les hommes âgés de moins de trente-cinq ans » (Colette, Pays connu, 1949, p. 136).
Se mettre martel* en tête.
d) [Tête indiquant un état mental] Conserver toute sa tête. Je me rendis en hâte à l'hôtel du gouverneur (...) Tout y était dans la confusion, jusqu'à la tête du maître (Hugo, Bug-Jargal, 1826, p. 68).Tu es heureux de rester froid. Moi, il y a des heures où je sens ma tête qui déménage (Zola, Germinal, 1885, p. 1339).
(Ne plus) avoir (toute) sa tête, sa tête à soi. (Ne plus) avoir toute sa raison, son bon sens. Quand le docteur Minoret n'aura plus sa tête, cette petite sainte nitouche le jettera dans la dévotion (Balzac, U. Mirouët, 1841, p. 10).Mon frère, qui avait vu ma frayeur de la veille à propos de sa fille, et qui m'aimait véritablement quand il avait sa tête, courut ventre à terre pour amener un médecin (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 48).
Perdre la tête. Devenir fou, ne plus avoir de cohérence dans son comportement. [Le malade] perd d'abord la puissance d'associer des jugements, et bientôt après, celle de comparer, d'assembler, de combiner, de joindre ensemble plusieurs idées pour prononcer sur leurs rapports. On dit alors que le malade perd la tête, qu'il déraisonne, qu'il est en délire (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 254).Oh! marier ma fille et mourir!... dit la malheureuse femme qui perdit la tête (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 15).
e) [Tête indiquant un trait de caractère]
Avoir la tête chaude. Se mettre facilement en colère, être d'un naturel emporté. Messieurs, ajouta-t-il, les Blésois ont la tête chaude, les messieurs comme vous autres ne traversent ordinairement la ville que de nuit (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 52).
Fam. Avoir la tête près du bonnet*. Être irascible, coléreux. Il avait la fine fleur de Liverpool, d'excellents matelots, musclés, sculptés dans la chair et les os, des athlètes, bons marins, grognons, la tête près du bonnet (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 37).
Avoir la tête froide. Garder son sang-froid. Tu fumeras des pipes, tu videras des chopes, et tu seras l'homme le plus heureux du monde. Tâche d'avoir toujours la tête froide, le ventre libre et les pieds chauds: c'est le précepte de la sagesse (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 2).Madame Isotta a autant d'esprit que de vertu, et en outre la tête froide. Avec elle, pas à craindre les lubies ni les poussées de sang de son animal de mari (Montherl., Malatesta, 1946, i, 4, p. 445).
Fam. Avoir la tête dure. Être entêté. Pour en prendre le tour, Amable lui fit recommencer la même opération. À la quatrième fois, Didace s'impatienta:Bon gueux! Amable, que t'as la tête dure! Ben plus dure que le chat! (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 142).
Mauvaise tête. Mauvais caractère, obstiné, querelleur. Faire la mauvaise tête. Elle a du lait à revendre, et du très bon. Seulement, on n'a jamais vu une mauvaise tête pareille, toujours en colère, brutale, insolente (Zola, Fécondité, 1899, p. 303).Le révolté, l'évadé, la mauvaise tête, le voleur d'œufs qui volera un bœuf, « le petit salaud qui a bon cœur » (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 40).
Pop., fam. Tête de + subst. (désignant un animal, une matière rigide caractérisée par sa dureté).
Tête de cochon. Entêté, qui a mauvais caractère. Il voulait même plus que j'en cause tellement qu'il est enfoiré quand il a sa tête de cochon! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 552).Triompher par la famine lui était apparu dangereux. Avec une tête de cochon comme la mienne, on pouvait craindre une résistance acharnée (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 199).P. méton. À ma manière, j'étais une belle tête de cochon (Genevoix, Assassin, 1948, p. 107).
Tête de lard*. Tête de mule. V. mule1.
Tête de bois, tête de fer. Entêté. Nous avons pourtant également bien élevé toutes nos filles! Les autres se sont mariées comme nous avons voulu (...) Mais l'aînée et la dernière ont des têtes de fer (Sand, Meunier d'Angib., 1845, p. 320). − (...) Tu seras rentrée chez toi avant le jour. Ni vu ni connu (...) Allons! ouste!Oh! non! fit-elle. Je ne retournerai pas à Campagne ce soir.Où coucheras-tu, tête de bois?Ici. Sur la route. N'importe où (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 78).
[En insistant sur le côté volontaire du caractère; pour signaler la qualité de la volonté d'une pers.]
N'en faire qu'à sa tête. N'agir qu'en fonction de ce que l'on a soi-même décidé, sans se laisser influencer. Si je gouvernais (...) les commissions seraient purement consultatives, et l'homme de mérite qui les présiderait n'en ferait qu'à sa tête après les avoir écoutées (Delacroix, Journal, 1854, p. 152).Jimmy: (...) je ne pouvais pas prévoir que nous allions tomber là-bas sur le Francesco aux aguets! Isabelle: Mais le Francesco n'aurait pas compté si tu étais resté comme je le voulais! Tu n'en fais jamais qu'à ta tête! Tu vois le résultat? (Bourdet, Sexe faible, 1931, i, p. 281).
Faire tête, tenir tête. S'opposer à d'autres personnes, garder ses opinions, les défendre. Il avait de trop bonnes raisons pour ne pas parler! Il entra avec un petit sourire. Je lui fis tête par un autre sourire, je plastronnai! (Mille, Barnavaux, 1908, p. 234).Il peut lui déplaire de se sentir constamment observé, jugé par moi, et jugé très sévèrement. Je suis seul à lui tenir tête. Je suis très seul (Gide, Journal, 1943, p. 178).Faire tête, tenir tête à qqc. Faire face. La baronne, pour essayer de rallier ces diversités mondaines (...) se déplaçait continuellement, tenait tête à dix conversations différentes (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 128).
(Faire la) forte tête. (Être une) personne indocile, refusant de se plier à la règle commune et à l'autorité. V. fort1III A 1 b.P. méton. Madame Corilla préparait, dans son boudoir, plusieurs fortes têtes à l'enthousiasme et à l'entraînement de la représentation (Sand, Consuelo, t. 3, 1842-43, p. 231).MmeLoiseau se récriait (...) que les gens qui commettaient les attentats étaient des fortes têtes, des révolutionnaires et qu'on ferait aussi bien d'en débarrasser le pays! (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 219).
P. méton. Tête faible. Personne sans volonté. Qu'un commissaire de police s'introduise dans une salle où quelques têtes faibles et vides échauffent réciproquement leurs passions instinctives, nous jetons les hauts cris, la liberté est violée (Renan, Avenir sc., 1890, p. 356).Tête brûlée*. Tête carrée. V. carré1.
2. P. méton. Personne, instance qui conçoit, dirige, organise, fait agir les autres suivant une direction, pour atteindre un but déterminé. Ce qu'il nous faut avant tout, c'est une aristocratie naturelle, c'est-à-dire légitime. On ne peut rien faire sans tête, et le suffrage universel, tel qu'il existe, est plus stupide que le droit divin (Flaub., Corresp., 1871, p. 287):
7. Les révolutions libérales ou démocratiques de 1830 et de 1848 avaient un but très précis: renverser le pouvoir central et le remplacer. Les coups révolutionnaires de Blanqui étaient toujours calculés pour frapper à la tête et au cœur. Il ne disséminait pas ses forces; il les concentrait au contraire pour les porter en quelques points vitaux du système politique gouvernemental. Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 116.
La tête de. Les meneurs, les organisateurs, les personnes les plus représentatives. Les forces intellectuelles et littéraires de la Restauration émanèrent à la fois de trois foyers (...) du salon de Mmede Staël; de la tête du parti monarchique, représenté par M. de Chateaubriand; et aussi d'une simple école, d'abord obscure, de l'École normale (Sainte-Beuve, Chateaubr., t. 1, 1860, p. 34).Société des Gens de Lettres. Toute la tête du nationalisme est là. Coppée sacristain, Rochefort parcheminé, Lemaître fouinard, Barrès de proie, et l'insignifiant oiseau Vandal (Renard, Journal, 1901, p. 651).
Fam. Les grosses têtes. Les principaux dirigeants. Le mariage fut célébré à Saint Honoré d'Eylau. Y assistaient, pour le principal, sept grosses têtes de l'industrie lourde, cinq personnes nobles, un ministre et deux généraux (Aymé, Travelingue, 1941, p. 7).
II. − [À propos de qqc.]
A. − P. anal. (de forme et de position)
1. Partie souvent arrondie qui se trouve à l'extrémité supérieure de quelque chose. Tête d'un arbre, d'un épi, d'une fleur; tête d'une montagne; tête d'un mât. À ces pavillons déserts et poudreux commence une magnifique avenue d'ormes centenaires dont les têtes en parasol se penchent les unes sur les autres et forment un long, un majestueux berceau (Balzac, Paysans, 1844, p. 4).Le flot me balançait, la voile blanche du bateau qui passait se recourbait tendrement sur moi et, là-haut, je voyais le ciel, les nuages, je voyais la souple tête des peupliers lorsqu'ils se baissaient sous le vent et je m'endormais bientôt au chant des laveuses et des hirondelles (Éluard, Donner, 1939, p. 36).
Spécialement
MAR. Tête de roche. Roche qui fait saillie sur un fond marin. (Dict. xixeet xxes.).
AUTOMOB. À soupapes en tête. À soupapes inversées placées dans la culasse amovible qui s'ouvre à la partie supérieure du cylindre. La Lancia « Ardennes » se distinguait par son moteur à quatre cylindres en V très étroit, avec culasse et soupapes en tête commandées par culbuteurs (Tinard, Automob., 1951, p. 337).
RELIURE. Tranche supérieure du dos d'un livre. Rogner un livre en tête; tranche de tête. (Dict. xxes.).
2. Partie terminale arrondie et plus grosse que le reste du corps de quelque chose; partie terminale d'un objet rond. Tête d'un clou, d'une épingle; tête de vis; tête d'ail, d'artichaut; tête d'un poireau; clou à tête dorée, à tête large; épingle à tête de couleur, de diamant, de perle; porte-manteau à trois têtes. Au même instant je sentis un élancement, faible et vif, à mon bras gauche (...) deux tortillements de douleur brève, un au poignet, l'autre à la tête de l'humérus (Arnoux, Paris, 1939, p. 175).Croissance fantastique du champignon qui monte en brandissant sur sa tête ronde la feuille qui l'a vu naître (Colette, Gigi, 1944, p. 193).
Tête d'une comète. ,,Partie composée du noyau et du corps de la chevelure d'une comète et qui est suivie par la projection lumineuse`` (Astron. 1980).
Tête d'un marteau. Partie carrée ou ronde opposée à la pointe ou panne du marteau. [Les tonneliers] emploient encore l'attirail d'un métier très ancien (...) des outils naïfs, avec un manche poli par la main et une grosse tête de fer (Chardonne, Dest. sent. I, 1934, p. 13).
Tête d'un instrument de musique. Partie supérieure du manche où se fixent les cordes. Tête de guitare, de viole. Bustavant qui tient sous le bras droit (...) son violoncelle enveloppé d'une housse verte, forme ventrue dont ne dépasse que la petite tête en volute (Arnoux, Solde, 1958, p. 210).
Spécialement
MÉCAN. [Dans un moteur à explosion] Tête de bielle. Extrémité de la bielle qui s'articule sur le vilebrequin. Le vilebrequin comprend des tourillons, portés par les paliers du bloc cylindre, des manetons sur lesquels tourillonnent les têtes de bielle (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 49).
PÊCHE. Tête de scion. Anneau fixé au bout du scion d'une canne à lancer. (Dict. xxes.).
TECHNOL. Tête perdue. Tête de vis, de clou enfoncée dans la matière de façon à ne pas dépasser de celle-ci. (Dict. xxes.). Tête romaine. Tête de vis sphérique percée d'un trou latéral (d'apr. Chabat t. 2 1876). Tête de cornue. Pièce fixée à la partie supérieure d'une cornue. (Dict. xxes.).
VERRERIE. Extrémité d'une glace. (Dict. xixeet xxes.).
B. − P. anal. (de position)
1.
a) Partie antérieure (d'une chose). Tête de lit. Il la rappela, pour lui montrer trois aunes de guipure qu'il avait trouvées dernièrement « dans une vendue ». Est-ce beau! disait Lheureux; on s'en sert beaucoup maintenant, comme tête de fauteuils, c'est le genre (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 138).En tête de la baignoire, sur une chaise longue, à la natte fine comme un porte-cigare de Manille, un peignoir de vieille guipure (...) recouvrait à demi (...) de petites pantoufles (E. de Goncourt, Faustin, 1882, p. 198).
[Désigne l'avant de qqc. de mobile, qui se déplace] (Fusée à) tête chercheuse. (Fusée munie d'un) dispositif qui permet de se déplacer en suivant la modification de la trajectoire de la cible. On sait qu'un des graves inconvénients des engins automatiques avec « tête chercheuse », pour la lutte anti-aérienne, est qu'ils sont toujours susceptibles d'être trompés sur l'identité des objectifs (Ruyer, Cybern., 1954, p. 48).P. anal., plais. [À propos d'une pers.] Pour aider notre expansion (...) nous engageons un chef de service personnel, « un psychologue dans le siècle », un homme de contacts et de relations, bon analyste, une tête chercheuse de cadres et d'employés (Le Point, 27 avr. 1981, p. 137).
[Désigne un élément (d'un ensemble) qui est situé à une extrémité, à la partie ant.] L'arbre à cames possède un pignon entraînant un arbre commandant la pompe à huile et l'arbre de la tête d'allumage ou allumeur (Chapelain, op. cit., p. 148).
Tête d'enregistrement. Inducteur servant à l'enregistrement d'une information sur un support magnétique (d'apr. Ging.-Lauret 1973). Tête de lecture, d'écriture. Organe électromagnétique utilisé pour la lecture ou l'écriture d'enregistrements sur un support d'information magnétique. Pour effectuer une recherche, il faut faire défiler tout le film sous une tête de lecture appropriée, qui détecte les propriétés demandées (Jolley, Trait. inform., 1968, p. 201).Cour. Synon. de cellule.Il y aura donc deux pistes sonores qui seront lues simultanément par le saphir de la tête de lecture (Disque Fr., 1963, p. 9).Tête enregistrement-lecture. Le Magnon double piste. Il permet tous les mixages et surimpressions sonores. Avec une tête enregistrement-lecture garantie pour la durée de vie de l'appareil (Le Point, 30 oct. 1978, p. 186).
Tête d'impression, tête imprimante. ,,Organe de l'imprimante qui assure l'impression`` (Mess. Télém. 1979).
Partie d'une machine-outil, d'un appareil recevant des mécanismes de commande, ou des mécanismes adaptés à des tâches particulières. Tête amovible, mobile, inclinable; changer la tête d'une mortaise, d'une fraiseuse; fraiseuse à tête multiple. L'organe de coupe [de la moissonneuse-lieuse] (...) [comprend] la lame de scie formée de la tringle sur laquelle sont rivées les sections, et la tête de lame (Passelègue, Mach. agric., 1930, p. 223).
b) Début (de quelque chose). Afin de garantir de tout dommage les marchandises déposées sur le port, la ville avait construit une espèce de pile en maçonnerie (...) qui préservait le pilotis du port en soutenant à la tête du Terrain les efforts des eaux et des glaces (Balzac, Proscrits, 1831, p. 4).Solitaire... C'est un mot à belle figure, son S en tête dressé comme un serpent protecteur (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 34).P. métaph. Coucher du soleil. (...) Impression de solennité de ce passage (...). La tête de ce jour lentement tombe (Valéry, Tel quel I, 1941, p. 132).
Sans queue ni tête. V. queue1II B 1 b.
c) Spécialement
IMPR. Tête de page. Début de la page laissé en blanc dans un livre. (Dict. xxes.).
ŒNOL. Tête (de cuvée(s), de vin). ,,Vin tiré des premières cuvées d'une vendange de qualité (surtout dans les crus de Bourgogne et de Champagne)`` (Fén. 1970). Vin de tête (région. (Sauternais)). Vin provenant du premier pressurage, le meilleur (d'apr. Lich. Vins 1984).
CHIM. Produit de tête (p. oppos. à produit de queue). Substance qui distille la première. (Dict. xxes.).
BÂT. Tête de mur. Face d'extrémité du mur. Une tête de mur est fréquemment constituée par un pilier en pierre, harpé avec la maçonnerie du mur (Noël1968).Tête de chevalement. Pièce horizontale placée sur deux étais. (Dict. xxes.).
CARR. Tête dure. ,,Couche de quelques centimètres à la partie supérieure d'un banc, plus dure que le reste`` (Plais.-Caill. 1958).
d) Partie supérieure d'un ensemble.
BILLARD. En tête. Dans la partie supérieure de la boule. Frapper la bille en tête. Au fig. Prendre, faire qqc. bille en tête. Sans hésiter, franchement. Au lieu de prendre bille en tête par la route départementale qui grimpe en lacets, remonter le torrent par le sentier, jusqu'au sommet (Giono, Hussard, 1951, p. 264).
2.
a) Premiers éléments (d'un ensemble de véhicules, d'un groupe de personnes qui se déplacent dans la même direction ou qui sont orientés dans le même sens). Tête d'une colonne, d'un convoi, d'un cortège, d'un défilé, d'une escorte. La marche de cette colonne sur Mayenne (...) et les divers sentiments qu'elle exprimait, s'expliquaient assez naturellement par la présence d'une autre troupe formant la tête du détachement. Cent cinquante soldats environ marchaient en avant avec armes et bagages (Balzac, Chouans, 1829, p. 7).Des employés (...) embarquaient, arrimaient à grand fracas de métal, dans les voitures de tête de rame, les coffres lourds (Arnoux, Double chance, 1958, p. 141).
En tête. À l'avant, en se portant sur les éléments les plus avancés. Les Anglais, avertis (...) de la marche des Français, les avaient guettés (...) Maintenant, ils les attaquaient en tête et en queue très âprement (A. France, J. d'Arc, t. 2, 1908, p. 403).V. tenir 1reSection I A 1 ex. de Zola.
b) Avant (d'une file de véhicules se déplaçant dans un sens donné). Descendre, monter en tête; voiture, wagon de tête. À un moment notre voiture a pris la tête (Toulet, Tendres mén., 1904, p. 111).Il occupa donc les loisirs de ce voyage souterrain en revisant ses notions de métrologie, vérifiant si à telle gare la sortie se trouvait en tête ou en queue (Queneau, Loin Rueil, 1944, p. 74).
c) Première partie de quelque chose composé de plusieurs éléments, qui se déroule dans un ordre précis; première partie de quelque chose qui a un sens. Tête de chapitre. Lisez le même journal d'un bout à l'autre: vous verrez l'article de tête s'indigner contre la réputation de légèreté faite aux femmes françaises; mais un conte de troisième page vous décrira une scène d'adultère parisien avec tous les airs d'approuver et d'envier ces gens qui ne s'ennuient pas (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 300).
CH. DE FER, TRANSP. Tête de ligne (p. oppos. à terminus). Point de départ de la ligne. Un mardi orageux et stérile (...) vous engage à baguenauder autour des lieux de départ, des têtes de ligne, des caisses vitrées où les provinces lointaines et les nations étrangères dépêchent leurs indigènes (Arnoux, Paris, 1939, p. 150).
ART MILIT. Tête de pont (v. ce mot I B 4 b). Partie d'un pont la plus avancée en territoire ennemi. Pendant qu'on s'acharnait contre la tête du pont de Saint-Martin, trois cents hommes d'armes du roi avaient passé le Tage à la file (Mérimée, Don Pèdre Ier, 1848, p. 179).P. anal. Le monde a frémi d'horreur en apprenant que les gens de Vichy faisaient combattre contre nous et contre les alliés des soldats de l'Empire, en combinaison avec des escadrilles allemandes, dans le but de garder au Levant une tête de pont aux armées du Führer (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 422).
Tête de liste. Premier nom sur une liste; p. méton., personne qui figure en premier. Quant à Laprat-Teulet, tête de liste il recevait des injures et des crachats dont la liste entière était éclaboussée (A. France, Bergeret, 1901, p. 263).En appos. Ce dépôt est effectué par le candidat tête de liste ou par un mandataire désigné par lui (Fonteneau, Cons. munic., 1965, p. 30).
Tête d'affiche. Nom qui figure en haut d'une affiche; p. méton., personne qui tient la vedette. L'illustre tragédien Esprit Chaudval (...), rejeton d'une très digne famille de pilotes malouins et que les mystères de la destinée avaient induit à devenir grand premier rôle de province, tête d'affiche à l'étranger et rival (souvent heureux) de notre Frédérick-Lemaître (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 217).
3. [Dans un groupe à l'intérieur duquel est établi un classement, une hiérarchie] Partie qui est au début, qui regroupe les premiers éléments. Sur le fils aîné reposaient toutes les grandes espérances du père. Frédéric tenait toujours la tête de sa classe (Aymé, Jument, 1933, p. 38).P. méton. Je songeai que je serais convié au banquet de la Saint-Charlemagne et que j'y siégerais parmi les grands et les forts au milieu des têtes des classes (A. France, Vie fleur, 1922, p. 364).
SPORTS. Tête de série. ,,Celui, celle que sa valeur désigne pour rencontrer en série des concurrents, qui sur le papier, lui sont inférieurs`` (Petiot 1982).
4. Au fig. À la tête. Place de celui qui commande, dirige.
a) ART MILIT. (Être) à la tête de ses armées. Le duc d'Angoulême se préparait à franchir la Bidassoa à la tête de quatre vingt mille hommes (A. France, Vie littér., 1888, p. 211).
b) (Être) à la tête de. Exercer des fonctions de direction, diriger une entreprise. On te prêtera vingt mille francs pour acheter son imprimerie, et probablement tu seras à la tête d'un journal (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 683).Maman a tant changé, elle aussi!... Voilà quatre ans qu'elle est à la tête de cet hôpital; quatre ans qu'elle organise, qu'elle décide, qu'elle ne fait pas autre chose que de donner des ordres, de se faire respecter, de se faire obéir (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 847).
P. anal. Disposer de quelque chose, posséder quelque chose. Le brave compagnon qui un matin, à la tête d'un petit capital d'une cinquantaine de mille francs, devient adjudicataire d'une entreprise quelque peu importante (Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 422).L'acte même de préférer semble malaisé à obtenir de moi! (...) De sorte qu'avec Tchekhov, Keats, Pater, James, les Browning et Constant, me voilà à la tête de six livres (Du Bos, Journal, 1924, p. 120).
REM. 1.
Tétère, subst. fém.,arg. Tête, visage. Il s'attrape la tétère... Il se la tripote à deux mains (...), il se pétrit tout le menton... et les joues, le gras, les plis, le nez aussi, les oreilles (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 528).
2.
Têtigué, interj.,vx., théâtre class. [Juron proféré par les paysans] (Ds Lar. Lang. fr., Rob. 1985).
3.
Têtoir, subst. masc.,technol. Cavité dans laquelle on insère une tête d'épingle pour la frapper. (Dict. xixeet xxes.).
Prononc. et Orth.: [tεt]. Homon. tette, formes de téter. Ac. 1694, 1718: teste; dep. 1740: tête. Étymol. et Hist. A. « Partie supérieure du corps de l'homme » 1. tête comme partie du corps, considérée d'un point de vue global a) ca 1050 (Alexis, éd. Chr. Storey, 264: Li serf sum pedre [...], Lur lavadures li getent sur la teste); b) ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 1956: Trenchet la teste; 2101: En la teste ad e dulor e grant mal; 3727: Desur les espalles ad la teste clinee); c) ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 5674: ne tint mie la teste basse, ne fist pas sanblant de coart); d) 1341 à propos de la représentation d'un être humain (Guillaume de Machaut, Remède de Fortune, éd. E. Hoepffner, t. 2, p. 37; Nabugodonosor figure Qu'il vit en songe une estature Grande et haute qui la figure Horrible avoit, Et la teste d'or riche et pure); 2. cette partie du corps, considérée comme siège de la pensée, de la raison, des sentiments, de la mémoire, des organes des sens a) ca 1100 (Roland, 2011: Ansdouz les oilz en la teste li turnent, L'oïe pert e la veüe tute); b) 1160-74 perdre la teste « s'embrouiller » (Wace, Rou, éd. A.-J. Holden, 6241); c) 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier Charrette, éd. M. Roques, 2581: Li quex est ce, savoir le vuel, qui tant a folie et orguel, et de cervel la teste vuide, qu'an cest païs vient...?); d) 1176-81 (Id., Yvain, éd. M. Roques, 2945: La dame dist: Or n'aiez soing, que certes [...] li osterons nos de la teste tote la rage et la tempeste); e) 1249 (Rutebeuf, Cordeliers, 80, éd. E. Faral, t. 1, p. 236: Nos ressemblons la taupe, qui erre soz la mote: Nos avons euz es testes, et si n'en veons gote); f) 1263-65 teste fole (Id., Jacobins, p. 325); g) 1376 ouvrer de sa teste « faire ce qu'on veut » (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 1, 15); puis 1461 faire à sa teste (Jean du Bueil, Jouvencel, éd. Lecestre, t. 1, p. 70); h) 1376 avoir en teste (qqc.) « s'en souvenir » (Modus et Ratio, 74, 75); i) fin xives. avoir trop chaude teste « s'emporter facilement » (Froissart, Chron., éd. L. et A. Mirot, t. 13, p. 111); j) fin xives. (Id., ibid., éd. G. T. Diller, p. 189: [les Englés] n'entendent point bien tous les termes dou langage de France; ne on ne lor scet conment bouter en la teste); k) fin xves. laver la teste (à qqn) « réprimander fortement » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 3, p. 253); l) mil. xvies. chanter a plaine teste (Mellin de Sainct-Gellais, Œuvres, éd. P. Blanchemain, t. 1, p. 274), v. tue-tête; m) α) 1580 teste bien faicte (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 150); β) 1751 examiner (qqc.) à tête reposée (Prévost, Lettres anglaises, t. 1, p. 124); n) α) 1756 (Batteux, Les Beaux-Arts, p. 23: [La Poësie] n'est tenue qu'au vraisemblable; elle invente, elle imagine à son gré; elle peint de tête); β) 1766 (Voltaire, Le Philosophe ignorant, p. 883: faire de tête et sans papier une division de quinze chiffres); o) 1763 avec toute sa tête (en parlant d'un vieillard) (Barbier, Journal, t. 8, p. 107); 3. en réf. aux cheveux, au visage, au crâne a) ca 1100 (Roland, 2931: Sa barbe blanche cumencet [Charles] a detraire, Ad ambes mains les chevels de sa teste); b) 1176-81 la teste nue (Chrétien de Troyes, Yvain, 5648); c) 1385 à propos de l'expression du visage (E. Deschamps, Miroir de mariage, éd. G. Raynaud, t. 9, p. 109: sa teste faire et atourner); d) α) 1400 (Nicolas de Baye, Journal, éd. A. Tuetey, t. 1, p. 292: et [...] estoit si elevé que [...] n'ostast son chaperon de sa teste, non pas devent le Roy); β) 1585 se tenir teste decouverte en presence de (qqn) (Montaigne, op. cit., I, 36, p. 227); 4. tête pris pour vie de quelqu'un a) ca 1100 (Roland, 935: Se trois Rollant, n'en porterat la teste); b) ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 5863: par ma teste); c) ca 1170 (Id., ibid., 5468: onques nus [...] n'i leissast la teste an gage); d) 1174-76 (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2725: Pur les dreiz sa mere [la sainte mere iglise] a li fiz sa teste mise); e) fin xives. (Froissart, Chron., éd. S. Luce, t. 5, p. 57: leur commandèrent, de par le prince et sus le teste, que...); f) 1659 mettre la teste (de qqn) à prix (Boisrobert, Epistres, éd. M. Cauchie, t. 2, p. 127); 5. en réf. à la mesure d'une tête 1176-81 (Chrétien de Troyes, Yvain, 522: Li chevaliers [...] fu sanz dote plus granz de moi la teste tote); 6. en réf. aux extrémités du corps a) 1176-81 (Id., Chevalier Charrette, 2570: Cil [un chevalier] des les piez jusqu'a la teste, sist toz armez, sor son destrier); b) 1507-08 plonger la teste premiere (D'Amerval, Diablerie, éd. Ch.-Fr. Ward, 146b); 7. tête pris pour la personne entière a) ca 1275 (Adenet le Roi, Buevon de Conmarchis, éd. A. Henry, 1239: Secorre nous venront a mainte teste armee); b) 1283 (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, t. 1, p. 226: il se departent par testes autant a l'un comme a l'autre); c) fin xives. (Froissart, Chron., éd. G. Raynaud, t. 10, p. 217: et il i a tels trente mille testes en ceste ville qui ne mengièrent de pain, passet a quinse jours); d) 1461 (Jean du Bueil, Jouvencel, t. 2, p. 233: Et aussi est-il à penser que plusieurs testes congnoissent plus que une ou que deux); e) 1644 testes couronnees (G. de Scudéry, Arminius, p. 44); f) 1686 (Dangeau, Journal, p. 209: elle a feit mettre sur la tête du Duc de Richemond, son fils, les 3000 pieces de rente qu'elle avoit); g) 1789 têtes exaltées (Le Moniteur, t. 2, p. 401); 8. en réf. à la position de la tête par rapport à l'ensemble du corps, notion de position première, avec, éventuellement surajoutée, notion de commandement ou de supériorité a) 1580 loc. (Montaigne, op. cit., II, 17, p. 640: voir à la teste d'un trouppe marcher un chef de belle et riche taille), v. chef; b) 1790 « personne qui dirige un groupe, un mouvement ou un corps constitué » (Le Moniteur, t. 3, p. 27); c) 1885 tête de liste (L'Illustration, 22 août, p. 119c ds Quem. DDL t. 17); d) 1905 sports tête de série (L'Auto, 17 févr. ds Petiot 1982); e) 1941 tête d'affiche (L'Œuvre, 7 mars); 9. en loc. a) α) 1remoit. xiiies. teste a teste « l'un près de l'autre » (Guillaume de Palerme, 4905 ds T.-L.), rare en a. m. fr.; β) 1549 id. « seul à seul (dans un affrontement) » (Amyot, Vies, Alex. le Grand ds Gdf. Compl.); γ) 1549 parler teste a teste ou priveement (Est.); b) α) 1424 rompre sa teste (A. Chartier, Poetical works, éd. J. C. Laidlaw, p. 308); β) 1549 rompre la teste, avoir la teste rompue (Est.); γ) 1606 casser et rompre la teste à qqn (Nicot); c) 1611 ne savoir ou donner de la teste (Cotgr.); d) α) 1666 jeter (qqc.) à la tête de (qqn) (Molière, Misanthrope, III, 5); β) 1671 en parlant d'une femme se jeter à la tête (d'un homme) (Id., Psyché, I, 1). B. P. anal. empl. à propos d'animaux ou de non-animés « partie antérieure ou supérieure » 1. a) ca 1100 (Roland, 2490: A lur chevals unt toleites les seles, Les freins a or e metent jus des testes); b) ca 1180 « ramure d'un cerf » (Hue de Rotelande, Ipomedon, éd. A. J. Holden, 716); c) déb. xves. fromage de teste de sanglier (Taillevent, Viandier, p. 63); 2. a) xiiies. (Li establissement des mestiers de Paris ds E. Boileau, Métiers, éd. Lespinasse et Bonnardot, p. 272: aigrun [désigne l'ensemble des aux, oignons, cives, échalottes...] sans teste); b) 1560 « couronne d'un arbre » (v. Poppe, p. 201); c) 1636 (Monet: le chou fait Téte); 3. a) 1327 (Palgrave, The Antient kalendars and inventories..., t. 3, comptes français, p. 191: une teste d'une croice pour Evesque d'argent surorre); b) xves. teste de clou (Ordonnances relatives aux Métiers de Paris ds Reglemens sur les arts et metiers de Paris, éd. G. B. Depping, p. 371); c) 1489 (Mém. Archeol. Touraine, t. 23, p. 198: chevilles de fert a teste et a goupille); d) 1560 « sommet d'une montagne » (Ronsard, Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 3, p. 70 [var. de feste]); e) 1563 (B. Palissy, Recepte, éd. K. Cameron, p. 129: testes des chapiteaux de colomne); f) 1579 (Larivey, Advertissement ds Anc. Théâtre fr., éd. Viollet Le Duc, t. 5, p. 5: en teste de quelques lignes); g) 1575 « extrémité d'un os » (Paré, Œuvres, éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 2, p. 325); h) 1694 mar. « le ou les premier(s) vaisseau(x) d'une ligne de bataille » (Rapport de J. Bart ds Jal1); i) 1740 (Ac.: on appelle Têtes de vin les premières cuvées des meilleurs vins de Champagne et de Bourgogne); j) 1751 tête à perruque (Crebillon fils, Quel conte, p. 290); k) 1782 jeux « cartes à jouer, représentant les dames, valets et rois » (Encyclop. méthod. Mécan. t. 1, p. 480); 4. loc. 1855 (en parlant d'un cheval) gagner d'une tête (Le Sport, 12 avr. ds Petiot 1982). Du lat. testa littéral. « objet en terre cuite; pot, vase; brique, tuile » d'où « coquille, carapace (des crustacés), v. têt1» (v. OLD), qui a pris à basse époque le sens de « crâne » (att. aux ive-ves., v. Souter Later Latin) d'où le sens de « tête » att. seulement au xes. (dans les gl., mais prob. ant., v. FEW t. 13, 1, p. 281). On admet gén. que testa a été employé dans la lang. pop. à côté de caput, réservé à un niveau de lang. plus élevé, mais le manque d'attest. de testa ne permet pas de trancher la question. Les représentants des 2 mots ont vécu, parallèlement, en France et en Italie pendant plusieurs s. (v. FEW, loc. cit.). Th. D. Crevens (Cross-Language Evidence in Etymology ds Neuphilol. Mitt. t. 83, 1, pp. 53-61) examine les différentes explications justifiant le recours à testa et son passage au sens de « tête »: elles n'apportent pas d'élément décisif pour rejeter l'hyp. de la métaph. (anal. de forme), de laquelle on peut rapprocher l'utilisation dans de nombreuses lang., de noms d'objets usuels, de forme arrondie et gén. creux, pour désigner la tête (parallèles au fr. pop. balle1ou cafetière). Chef et tête étant en partie synon. au Moy. Age, on a cherché à préciser leurs aires d'empl. respectives: P. Le Gentil a conclu à une différence styl. dans la Chanson de Roland (chef serait un mot de valeur gén., dénotant un caractère de « noblesse et grandeur » ou empl. pour désigner la partie supérieure de la tête, tandis que tête, gardant qqc. de sa lointaine orig. pop., aurait une valeur expr., pittoresque), v. Romania t. 71, pp. 49-65; A. Stefenelli reprend en partie les distinctions établies par P. Le Gentil et met en évidence des faits de stéréotypie (p. ex. pour tenir le chief enclin, ou embrunc) ou de prosodie dans qq. textes poét. des xiie-xiiies. (v. A. Stefenelli, Der Synonymenreichtum der altfranzösischen Dichtersprache, pp. 104-109). L'analyse des attest. a. et m. fr. de la docum. permet de préciser: chef et tête fonctionnent comme quasi-synon. dans des cont. où est exprimée une notion de « tête » soit: - au sens global, comme partie du corps (douleur de tête/de chef), qui est à une position extrême (de la tête/du chef aux pieds) et porte les organes de la vue et de l'ouïe (les yeux du chef/de la tête); - au sens de « partie supérieure de la tête, celle qui porte des cheveux » (tête hérissée, blonde... un cheveu de sa tête/son chef) qui peut recevoir une coiffure (heaume, chapeau, couronne...); - soit en réf. à l'attitude (hocher, baisser le chef ou la tête); - soit comme « partie vitale, vie » (fendre, trancher, perdre le chef ou la tête; jurer sur sa tête, cf. les formules de serments par mon chef, par ma tête; également avec métaph. comme dans tête/chef et membres du corps de l'Église); - soit pour les animaux. Mais dans les cont. où l'on réfère à des notions telles que l'intelligence et la raison, l'affectivité ou la mémoire (supra A 2 c, d, e, f, g, h, i, j) c'est le mot tête qui est empl., et ce, de manière régulière, indépendamment du genre des textes ou des particularités styl. individuelles. Fréq. abs. littér.: 49 398. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 62 087, b) 83 838; xxes.: a) 80 469, b) 63 793.
DÉR.
Têteau, subst. masc.,arboric. a) Extrémité d'une maîtresse branche coupée près du pied. (Dict. xixeet xxes.). b) Région. (notamment Centre). Arbre étêté dont les branches commencent à repousser. Synon. têtard (v. ce mot B 1 a).Têteau de chêne. Deschartres (...) me cria de m'accrocher à un têteau de saules qui se trouvait à ma portée, et de laisser noyer la bête (Sand, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 356). [tεto], [te-]. Littré, Lar. Lang. fr., Rob. 1985: têteau. 1resattest. 1737 testaux plur. « arbres qu'on étête souvent » (Bail, cité ds Jaub. Suppl., s.v. sevau), 1777 testeaux (ibid.); de tête, suff. -eau*; mot du Centre de la France et de la Saintonge (v. FEW t. 13, 1, p. 277, 279; Jaub.; G. Musset, Gloss. des pat. et des parlers de l'Aunis et de la Saintonge).
BBG.Greimas (A.-J.) Sém. struct. Paris, 1966, pp. 43-49. − Henry (A.). Notules de lexicogr. d'anc. oïl. Z. rom. Philol. 1983, t. 99, pp. 515-516. − Lecoy (F.). Notes de lexicol. fr. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1970, t. 8, no1, pp. 126-127. − Quem. DDL t. 1, 2, 5, 9, 12, 13, 14, 18, 19, 27, 28, 34, 36, 38, 40. − Renson 1962, pp. 473-475. − Roques (M.). Pour le commentaire de Renart. In: [Mél. Orr (J.)]. Manchester, 1953, pp. 252-257.

Tête : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TÊTE, subst. fém.

I. − [Chez les êtres vivants]
A. − [Désigne une partie du corps]
1. [d'un être hum.]
a) Partie supérieure du corps humain de forme arrondie qui est rattachée au thorax par le cou, composée de deux parties (le crâne et la face), qui contient l'encéphale, les principaux organes des sens et l'extrémité supérieure des voies respiratoires et digestives. Synon. vx chef; pop., arg. caboche, cafetière, calebasse, carafe, carafon, cassis1, ciboulot, citron, citrouille, coloquinte, margoulette, tirelire.Une des têtes se retourna, et Mariolle (...) aperçut une figure claire, blonde, un peu rousse (...). Le nez fin et retroussé faisait sourire ce visage (Maupass., Notre cœur, 1890, p. 310).C'était effroyable, le sol bouleversé (...), des morts renversés en tous sens, dans d'atroces postures, les bras tordus, les jambes repliées, la tête déjetée, hurlant de leur bouche aux dents blanches, grande ouverte (Zola, Débâcle, 1892, p. 429).
[P. oppos. à voix de poitrine] Voix de tête. Voix de registre aigu produite par la vibration de la partie ligamenteuse des lèvres de la glotte; p. ext., voix aiguë et forte. Synon. voix de fausset (v. fausset1).[Philomène] était délicieusement chatouillée, à vêpres, par une voix de chanteur, élancée, grêle et tendue, une voix de tête, déchirante et tendre (Goncourt, Sœur Philom., 1861, p. 54).
Subst. (désignant gén. un objet en tissu) + de tête.[Pascalon] trouva Tartarin installé sur le divan du petit salon, à l'aise, en caleçon de flanelle, et foulard de tête, comme chez lui à Tarascon (A. Daudet, Port-Tarascon, 1890, p. 236).Tiré de son assoupissement sur le chemin de tête en fausse dentelle, l'occupant du coin (...) fournit au représentant de la compagnie une de ces bandes de papier surchargées de crayon gras (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 222).
α) Locutions
[La tête en tant qu'extrémité supérieure d'une pers.]
Avoir la tête sur les épaules. V. épaule I B 1 d.Couper la tête à qqn. V. couper I A 1 e.En avoir par-dessus la tête. V. dessus1I B 2 c.Avoir la tête (enfoncée) dans les épaules. Avoir le cou excessivement court. Son portrait en buste dans la galerie des Illustres, la tête enfoncée dans les épaules, comme Tiraqueau à Poitiers (Michelet, Journal, 1835, p. 214).
Des pieds à la tête; de la tête aux pieds. V. pied 1reSection I C 3 b.
Pop. Faire une grosse tête, une tête au carré à qqn; mettre la tête au carré. Lors d'une bagarre, donner une correction à quelqu'un en frappant de préférence à la tête. Synon. pop. casser la gueule*, passer à tabac*, se faire tabasser*.Il se fout de notre gueule, la lopette. Je vais lui faire une grosse tête (H. Jaouen, La Mariée rouge, 1983 [1979], p. 43 ds Bernet-Rézeau 1989).
Au fig. Donner, en mettre sa tête à couper. Être absolument certain, convaincu de quelque chose. Synon. donner sa main* à couper, mettre sa main* au feu.Je me levai à trois heures et demie du matin, ma tête à couper que le sommeil et moi feraient deux jusqu'au jour quelle que dût être mon obstination à ramer dans la literie (R. Belleto, Le Revenant, 1984 [1981], p. 475).
[Indiquant un mouvement, une position de la tête]
Tête basse. V. bas1I A 3 c.Tête droite. V. droit2I B 2 a β.Tête haute. V. haut1I A 6.Baisser, courber la tête. V. courber I B.
Rouler, tomber cul par-dessus tête. V. cul I A 1.Donner tête baissée, tête basse dans qqc. V. bas1I A 3 c.Se jeter tête baissée contre, sur qqc. V. jeter IV A 2.
Tête (à) droite, tête (à) gauche. Commandement militaire indiquant la position que doit prendre la tête; p. ext., mouvement latéral, répété de la tête. [Le vieil homme] les aimait, ces soldats, non comme guerriers, mais comme pauvres gens, et, devant les marmites où cuisait leur soupe, il semblait dire, par ses multiples et vifs tête-à-droite, tête-à-gauche:C'est pas ça, c'est pas ça (Renard, Lanterne sourde, 1893, p. 11).
Piquer une tête. Se jeter, partir la tête la première. En partic. Piquer une tête (dans l'eau). Plonger, se précipiter à l'eau. Je piquai une tête pour sauver Modigliani qui naturellement ne savait pas nager (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 200).
Donner de la tête contre. Se cogner la tête contre quelque chose. Un soir l'électricité s'éteignit: une panne; on m'appela d'une autre pièce, j'avançai les bras écartés et j'allai donner de la tête contre un battant de porte si fort que je me cassai une dent (Sartre, Mots, 1964, p. 194).
Se jeter la tête la première, tête baissée. Se précipiter. D'un seul coup, d'un seul bond, aussi précis et réglé qu'une trajectoire mathématique, elle se jeta la tête la première dans le gouffre (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 161).Au fig. Se jeter la tête la première, tête baissée. Faire quelque chose précipitamment, sans réfléchir. Quand il faut que je me livre à l'action, je me jette dedans tête baissée (Flaub., Corresp., 1871, p. 317).
Au fig., fam. Être tombé sur la tête. Être fou, dérangé. C'est vous qui êtes tombée sur la tête, Barbara (Aymé, Mouche, 1957, p. 28).
β) En partic. Tête, une fois qu'elle est séparée du corps. L'agent a essayé la transmission d'une image souvenir: la tête d'un nègre au bout d'une pique, nègre tué pendant la campagne de Madagascar (Warcollier, Télépathie, 1921, p. 272):
1. Tous les étudiants étaient disposés autour des tables d'ardoise et dépeçaient des têtes humaines, pour apprendre l'anatomie de la face. En général, on ne leur donne pas des têtes entières, ce serait du gaspillage. On scie par le milieu des têtes dont on a rasé, au préalable, tout le poil (...). Eh bien, posées à plat, comme des médailles, décolorées par les antiseptiques, détendues par la mort, toutes ces moitiés de têtes se ressemblent affreusement. Ce que j'ai vu là, c'est l'effigie humaine. Duhamel, Confess. min., 1920, p. 167.
Chasseurs de têtes. Peuplades aux mœurs primitives qui ont coutume de conserver la tête de leurs ancêtres ou d'hommes tués lors d'un combat, d'une expédition. La danse d'hommage aux victimes est déjà, dans le cas des chasseurs de têtes, un hommage aux morts (Cuisinier, Danse sacrée, 1951, p. 80).
Réducteur de tête. V. réducteur II 3.
SYNT. Tête aplatie, arrondie, baissée, courbée, inclinée, penchée; tête en poire; côté, derrière, devant, haut, sommet de la tête; artère(s), veine(s) de la tête; muscle(s), squelette, os de la tête; port de tête; avancer, bouger, dresser, hocher, incliner, lever, pencher, relever, remuer, renverser, secouer, (dé)tourner la tête; acquiescer, approuver, branler, dodeliner de la tête; donner un coup sur la tête; avoir les yeux à fleur de tête; marquer la mesure avec sa tête; laisser baller sa tête; se prendre la tête entre les mains; se cogner, appuyer la tête contre qqc.; jeter qqc. à la tête de qqn; branlement, hochement, mouvement de tête.
b) P. méton.
α) Boîte crânienne, crâne. Tête casquée, encapuchonnée; avoir la tête écrasée; avoir qqc. sur la tête; tour de tête. Je ne lui marchandais ni mes forces, ni ma vie [à mon chef] (...), et quand les gendarmes lui ont cassé la tête, je me suis trouvé tout d'un coup comme un orphelin (Aymé, Vogue, 1944, p. 166).
Nu-tête; tête nue. Le crâne découvert. Je suis sûr qu'ils l'ont obligé aux deux choses dont il a le plus horreur: se promener dans les rues tête nue et porter des bretelles (Giraudoux, Siegfried, 1928, ii, 1, p. 62).
Coup de tête. Coup donné avec la partie supérieure du crâne, avec la partie qui se trouve au-dessus de l'arcade sourcilière. (Dict. xxes.). SPORTS (footb.). Coup donné dans le ballon avec le front pour le contrôler, le passer à un partenaire ou pour marquer un but. P. ell. Faire une tête (Dict. xxes.).
Au fig. V. infra I B 1 a loc.
Loc. fig.
Fendre, rompre la tête de qqn. V. fendre A 2 a β.
Casser la tête de qqn. Fatiguer quelqu'un par un comportement trop bruyant, par des paroles incessantes. Synon. fam. casser* les pieds.Le soir, le gamin cassait la tête de sa mère avec des histoires sur son bon ami Florent. Le bon ami Florent avait dessiné des arbres et des hommes dans des cabanes. Le bon ami Florent avait un geste, comme ça (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 726).
(C'est à) se taper, se cogner la tête contre les murs. Se heurter à des difficultés insurmontables, à des situations désespérées, inextricables. (...) gagner cinq mille francs, après huit années de zèle (...) c'est à désespérer de l'existence.C'est monstrueux, interrompit la jeune femme, c'est à se casser tout de suite la tête contre un mur (Zola, Fécondité, 1899, p. 31).Dans quoi nous sommes-nous fourrés! C'est à se taper la tête contre les murs! (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 137).
En partic. Cerveau, en tant que siège de sensations, d'impressions physiques. Souffrir d'un mal à la/de tête; avoir des douleurs de tête; serrement de tête. Je travaille maintenant énormément, si bien que j'ai un mal de tête continu, à force de lire (Flaub., Corresp., 1871, p. 285):
2. ... il m'a pris, hier, une de ces fatigues subites, qui me laissent, durant un assez long temps, à peu près incapable d'effort aussi bien physique qu'intellectuel (...). Ce qui me retient de m'alarmer de ces défaillances, c'est que (...) je les ai connues de tout temps. Durant ma jeunesse, elles étaient accompagnées de maux de tête dont, par la suite, je n'ai plus du tout souffert. Gide, Journal, 1944, p. 261.
Avoir la tête lourde. Ressentir des douleurs dans le cerveau qui donnent une impression de pesanteur. Le poëte, s'éveillant avec la bouche sèche et la tête lourde (...) plongea sa tête dans l'eau fraîche et, comme si cette immersion eût opéré une condensation subite dans son cerveau embrumé de fumées vineuses, tout à coup il se souvint (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p. 158).
Monter, porter à la tête. Être entêtant, grisant. Les plaines étaient couvertes de javelles et de meules de foin, dont l'odeur me portait à la tête sans m'enivrer (Nerval, Filles feu, Sylvie, 1854, p. 610).Ce vin-là ne vous montera jamais à la tête (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 37).
Avoir la tête qui tourne. Avoir des étourdissements, des vertiges. Elle avait merveilleusement chaud, la tête lui tournait de fatigue, d'alcool (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 91).
β) Visage, en tant que les traits reflètent les sentiments, le caractère, l'état d'une personne. Tête bizarre, comique, romantique, sympathique; belle tête. Cet amoureux avait de bien beaux yeux, une barbe épaisse et longue en éventail (...) enfin une véritable tête antique (Balzac, Secrets Cadignan, 1839, p. 315).Il avait une de ces belles têtes « numismatiques », qui semblent faites pour être frappées en médailles (Verne, Île myst., 1874, p. 10).
(Avoir) une bonne tête (fam.). Avoir un visage sympathique, qui inspire confiance. Du Roy le considérait, lui trouvant une bonne tête (Maupass., Bel-Ami, 1885, p. 281).
Avoir une sale tête (fam.)
Avoir un visage antipathique qui n'est pas agréable à regarder. Fontan était un vrai singe, avec son grand nez toujours en branle. Une sale tête! (Zola, Nana, 1880, p. 1307).
Avoir l'air fatigué, en mauvaise santé. Tu as une sale tête, il paraît que tu bois beaucoup, c'est la rumeur publique qui le dit (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 189).
Avoir une tête qui ne revient pas (à qqn) (fam.). Avoir une tête qui généralement est considérée comme antipathique. Il ne voulait pas que les éloges de Paradis amenassent Petit-Pouce à l'avoir dans le nez, lui Pierrot, et que sa petite tête, à lui Pierrot, finisse par ne plus lui revenir, oh mais plus du tout, à lui Petit-Pouce (Queneau, Pierrot, 1942, p. 9).
Avoir ses têtes. Manifester à quelqu'un de l'amitié, de la bienveillance ou de l'aversion sans raisons objectives, sans motifs précis. Cette femme-là, elle avait ses têtes (G. Chevallier, Clochemerle, 1937 [1934], p. 185 ds Rob. 1985).
Faire une tête d'enterrement*, une tête de six pieds de long (fam.). Être triste, abattu. (Dict. xxes.).
Faire une (drôle de) tête (fam.). Manifester, par son expression, le désappointement, la colère, le mécontentement ressenti. Le facteur des recommandés (...) fit une drôle de tête car je n'avais pas un sou de pourboire à lui donner (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 201):
3. ... un pape qu'est-ce que c'est un affreux vieillard et c'est pour ça que le catholique pratiquant lorsqu'il se rend au cinématographe parlant pour voir documentairement le vrai visage du Vatican... c'est pour ça qu'il fait une drôle de tête le catholique pratiquant ce qu'il imaginait (...) c'était un pape... un homme de nuages... Prévert, Paroles, 1946, p. 136.
Faire la tête. Manifester par une expression fermée du visage son mécontentement, sa mauvaise humeur; bouder. Synon. faire la moue*, la gueule* (vulg.).Elle haussait les épaules avec mépris, répétant:(...) Deviens ministre; et tu pourras faire la tête. Jusque-là, tais-toi (Maupass., Bel-Ami, 1885, p. 291).Alban était encore à l'âge où cela vous impressionne qu'on vous fasse la tête: cela lui passera (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 510).
Se payer la tête de qqn (fam.). Se moquer d'une personne, la mystifier. Vous vous êtes payé ma tête, comme vous dites dans votre abominable argot de boulevardier, en me faisant charger à fond ce scélérat de Hefner (Bourget, Cosmopolis, 1893, p. 24).MlleAimée Lanthenay, qui nous donne des leçons, ne parle pas l'anglais avec une pureté excessive, je m'en doute. De sorte que, tout à l'heure, cet imbécile de professeur se paiera ma tête puisque je ne prononce pas mieux, moi! (Colette, Cl. école, 1900, p. 225).
Fam. Avoir une tête à
Avoir une tête à + inf.Avoir une physionomie qui correspond, qui est en harmonie avec telle activité. Avoir une tête à tromper les gens. Y'en avait qu'étaient un peu au-dessus de moi, ils avaient des galons (...) ils me disaient: « Allons! Enlève-toi d'là, avec ta tête à vendre des lacets (...) » (F. Raynaud, Heureux!1976 [1975], p. 205 ds Bernet-Rézeau 1989).
Avoir une tête à + subst. (désignant ce que la tête mérite de recevoir, gén. un coup).Avoir une tête à gifles. Marraine disait que j'avais « une tête à claques », et ça n'est pas impossible. Il y a des visages de gosses qui appellent les coups, cela dépend de l'angle où l'on se trouve (J. Lanzmann, Le Têtard, 1976, p. 80).
Avoir une tête à ça. Emma: Oui! mais vous n'en avez pas moins été l'amant de madame Bocardon! (...) Vernouillet, riant: Ce pauvre M. Bocardon!... Du reste, il a bien une tête à ça! (Labiche, Célimare, 1863, iii, 7, p. 118).
Péj. [Formant des expr. dévalorisantes et fréq. injurieuses pour caractériser une pers.] Avoir une tête de + subst.
[Le subst. désigne un animal] Avoir une tête de chèvre, d'oiseau, de perroquet, de rat. Là, tous les types de la force agile ou brute, depuis le gros marchand de vin (...) jusqu'aux types de petits voyous à tête de chat ou de petits maquereaux (Goncourt, Journal, 1860, p. 727).Montparnasse devint le refuge de la révolution sociale. L'esthète bolchevik Lounatcharsky y discutait de la beauté selon les formules de Karl Marx, Trotsky y jouait aux échecs avec sa tête de congre américain (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 169).
[Le subst. désigne une pers. en tant que caractéristique d'une activité connotée négativement; désigne une collectivité, une pers. dont la physionomie reflète la faible capacité intellectuelle] Tête d'assassin, de cocu, d'imbécile, d'ivrogne, de mouchard; tête de boche, de flamand. Chilly, qui porte sur son visage rasé et tiré le masque mou d'un pédéraste sur une tête d'usurier (Goncourt, Journal, 1860, p. 717).Desrais m'interpella d'un ton maussade et, me montrant le buste:Si tu crois que c'est rigolo, quand on se met au lit, d'être surplombé par cette tête d'abruti (A. France, Vie fleur, 1922, p. 423).
Vulg. [Injure] Tête de nœud. Il ne faudrait tout de même pas nous prendre pour des poires, hé, tête de nœud (Cendrars, Main coupée, 1946, p. 192).
Avoir la tête de l'emploi. Avoir un visage qui correspond tout à fait à la profession, à l'activité exercée. P. plaisant. Alors vous avez vu notre assassin? Comment le trouvez-vous? Tout à fait la tête de l'emploi (Aymé, Tête autres, 1952, p 210).
En partic. Tête grimée, parée de façon à ressembler à quelqu'un de connu, à se faire une physionomie particulière, précise. Bal, dîner de têtes. Pour se faire une tête, il se coupait soigneusement les cheveux à tort et à travers, afin que çà et là une mèche droite et protestante pût indiquer l'excentricité de ses pensées et l'audace de ses intentions (Renard, Journal, 1889, p. 37).On est prié de se costumer ou de se faire « une tête » (Gyp, Province, 1890, p. 173).
c) P. méton. Personne, individu. Je me souviens d'une chanoinesse de Clai, que l'on était bien plus sûr de trouver à Spa qu'à son chapitre. Par trente-six printems sur sa tête amassés, ses modestes appas n'étaient point effacés (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 119).Aujourd'hui (...) je réunis les plus nobles têtes du pays... des têtes égales à la mienne (Bayard, Fille régim., 1840, ii, 3, p. 331).
Têtes couronnées*.
Tête blonde. Jeune enfant. Au réveil, on embrasse toutes ces chères têtes blondes!Avec quelle douce mélancolie ne presse-t-on pas contre son cœur ces gais espiègles! (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 238).
Loc. adv. ou subst. masc. inv.
Tête à tête, en tête à tête. [En parlant de deux pers. qui se retrouvent sans témoin] Face à face. Tête à tête amoureux. Je déclare formellement que je ne veux plus d'un mari qui passe ses journées en tête-à-tête avec des demoiselles dans cette tenue-là (A. Daudet, Femmes d'artistes, 1874, p. 169).Il ne m'est guère possible de parler à plus d'une personne à la fois. Je ne m'entends avec les êtres humains que tête à tête. Dès qu'ils sont deux ou en groupe, je ne sais que leur dire (...) La confidence, l'indiscrétion sont le fruit du tête à tête (Green, Journal, 1955, p. 133).
P. anal. Je ne connais rien de tous ces gens-là, (...) j'ai une telle habitude du tête-à-tête avec moi-même (Léautaud, Journal littér., 1, 1903, p. 67).Tête à tête avec la mort, avec la vérité, avec le souvenir de qqn. Personne ne s'amuse plus (...) à puiser dans ce tête-à-tête avec l'objet, sans hâte et sans utilité prochaine, une certaine science de soi-même, de la manœuvre combinée de son intellect, de son désir, de sa vue et de sa main à propos d'une chose donnée (...) et le public absent (Valéry, Degas, 1936, p. 105).
Tête(-)bêche*.
Par tête. Par personne. À compter d'aujourd'hui, vous n'aurez qu'une table de quatre personnes, une bouteille de vin par tête (Dumas père, Napoléon, 1831, vi, 22etabl., 2, p. 144).Vous verrez un dîner qui coûterait quarante francs par tête chez Baleine, du Rocher de Cancale, et même à ce prix Baleine ne serait pas sûr de réussir (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 212).
Fam. Par tête de pipe, de veau. Le peuple, à qui fut accordé par les radicaux le privilège exorbitant d'avoir par tête de pipe autant de droits civils et politiques qu'un Rezeau (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 113).Mon vieux, lui a dit notre président, si vous faites ça, je vous paie une partie de bowling et un dîner de vingt dollars par tête de veau (Aymé, Mouche, 1957, p. 248).
HIST. Vote par tête. Mais les trois ordres, tels qu'ils sont constitués, pourront-ils se réunir pour voter par têtes? Telle est la véritable question. Non. À consulter les vrais principes, ils ne peuvent voter en commun, ni par têtes, ni par ordres (Sieyès, Tiers état, 1789, p. 50).
Sur la tête de. Sur la personne de. Voilà que tout me retombe sur la tête, parce qu'un vrai personnage de ballets russes s'est avisé de me suivre pas à pas, comme on suit le dompteur, dans l'espérance de le voir mangé (Bernanos, Joie, 1929, p. 668).Au bénéfice de quelqu'un. Mettre de l'argent, prendre une assurance sur la tête de qqn. Ah! si vous vouliez m'aider à me venger, reprit l'ancien négociant, je placerais dix mille francs en viager sur votre tête (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 112).Elle avait réussi à maintenir sur la tête de l'enfant la petite rente mensuelle de trente francs (Zola, Fécondité, 1899, p. 532).
Jeter* qqc., qqn à la tête de qqn. Se jeter* à la tête de qqn.
Arg. Se taper la tête. Faire un bon repas. Synon. se taper la cloche (v. cloche1C 3).Mais dites-moi donc à quoi il peut servir not' député, un gros salaud qu'est déjà millionnaire et qui se tape la tête avec l'argent du Populo? (Aymé, Brûlebois, 1926, p. 125).
DR. [P. oppos. à succession par souche] Succession par tête. Succession individuelle (d'apr. Dupin-Lab. 1846).
P. méton. Vie d'une personne. Jouer, risquer sa tête; répondre de qqn, de qqc. sur sa tête. Vous disiez vrai, l'enjeu Est important, marquis, votre tête est en jeu (Dumas père, Christine, 1830, iii, 1, p. 242).Les époques troublées font perdre beaucoup de temps. La moitié de la vie se passe à sauver sa tête. Autant d'indisponible pour les choses importantes (Montherl., Malatesta, 1946, i, 4, p. 444).
Demander la tête de qqn. Demander la mort, la condamnation à la peine capitale pour un accusé. Ces bonnes gens demandent ma tête, ils me croient sorcier; tous ceux qui disparaissent de la ville, c'est moi, Vésalius, qui les fais enlever pour mes expériences (Borel, Champavert, 1833, p. 70).
Mettre à prix la tête de qqn. Offrir une récompense pour la capture, la mort de quelqu'un. Je le sais, ma tête est à prix, par les coquins qui sont au timon des affaires de l'État; cinq cents espions me cherchent jour et nuit (Marat, Pamphlets, C'en est fait de nous, 1790, p. 201).La tendance communiste se marque chez Anna Seeghers contant l'histoire d'une révolte de pêcheurs, décrivant les manifestations à Berlin contre les ouvriers qu'on pourchasse, qu'on bannit, dont on met la tête à prix (Arts et litt., 1936, p. 48-5).
[Expr. qui atteste de la vérité de qqc., de la certitude d'un fait] Jurer sur la tête de qqn. Je viens de causer avec lui, et je vous jure sur la tête de mon père qu'elle lui est aussi indifférente que s'il ne lui avait jamais parlé (About, Roi mont., 1857, p. 282).Si tu parles, si tu fais un seul pas vers moi, je me jette par cette fenêtre. Je te le jure, Hémon. Je te le jure sur la tête du petit garçon que nous avons eu tous les deux en rêve, du seul petit garçon que j'aurai jamais (Anouilh, Antig., 1946, p. 159).
Tête-Dieu*.
d) Partie supérieure de la tête, où poussent les cheveux. Tête chauve, ébouriffée, frisée, tonsurée; tête blanche, blonde; avoir la tête sale, grasse. Quelques têtes soigneusement poudrées, des queues assez bien tressées annonçaient cette espèce de recherche que nous inspire un commencement de fortune ou d'éducation (Balzac, Chouans, 1829, p. 6).Ceux qui se distinguaient dans le combat se faisaient raser la tête, en signe de virilité (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 251).
HIST. [Pendant la Révolution anglaise de 1642] Tête(-)ronde. Partisan de Cromwell, partisan du Parlement qui portait les cheveux coupés court. Pendant vingt-cinq ans, vêtu de l'habit de tête-ronde et serré par le ceinturon de cuir fauve de Mordaunt, il avait reculé, avec une allure de scorpion blessé, devant la colichemarde de d'Artagnan (Coppée, Contes en prose, 1882, p. 314).P. anal. Halifax: (...) oui, je suis un peu protestant. Sir John: Je m'en suis toujours douté, je t'ai toujours soupçonné d'être tête ronde, au fond (Dumas père, Halifax, 1842, ii, 6, p. 56).
Au fig., fam. Laver, savonner la tête de qqn. Faire de violents reproches à quelqu'un. Synon. passer un savon*.(...) Mais je saurai me défendre, moi et les miens, et je vais de ce pas laver la tête à ces péronelles...Bonté divine! s'écria l'abbé, ne faites pas d'esclandre, mon ami!... Hélène est ma filleule; laissez-moi mener cette affaire et morigéner la jeune fille (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p. 117).Si elle savait comme ils [les professeurs] sont méprisés par les chefs mêmes (...) qui, quand une mère riche se plaint, répondent: « N'ayez peur: je lui laverai la tête! » (Valles, J. Vingtras, Enf., 1879, p. 173).Lavage de tête. Un lavage de tête, aussi un savon ferme, courtois, bref à un sous-chef (Arnoux, Double chance, 1958, p. 144).
Faire dresser les cheveux sur la tête. V. cheveu I C.
2. Partie du corps de certains animaux.
a) Partie antérieure ou supérieure des animaux à station verticale, à symétrie bilatérale, qui porte les principaux organes sensoriels, les cellules nerveuses et généralement la partie supérieure et l'orifice de l'appareil digestif. Tête de bélier, de chat, de chien, de poisson, de sanglier, de singe. Les superbes animaux [des chevaux] (...) relevèrent l'encolure et rejetèrent de côté leurs belles têtes fières, au regard mobile, ombragé de crins (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 234):
4. ... elle dressait en face du busard sa petite tête fine où brasillaient les diamants de ses yeux, sa tête plate de bête féroce montrant dans sa gueule ouverte pour mordre et pour saigner la double rangée brillante et pointue de ses dents, immobile, les babines troussées, le nez froncé, les pointes des moustaches tendues en avant, terrible... Pergaud, De Goupil, 1910, p. 112.
Spécialement
α) ART CULIN. Morceau de boucherie, de charcuterie correspondant à la tête de certains animaux d'élevage. Tête de mouton, de porc (roulée), de veau. La belle Lisa resta debout dans son comptoir [de la charcuterie] (...) Devant elle, s'étalaient (...) la tête de cochon noyée de gelée, un pot de rillettes ouvert et une boîte de sardines dont le métal crevé montrait un lac d'huile (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 666).La tête de veau doit être échaudée, dégorgée, désossée (...), passée au citron avant d'être cuite, enveloppée d'un linge, dans un blanc, en même temps que la langue (Ac. Gastr.1962).Fromage* de tête.
Région. (Canada). Tête fromagée. V. fromage B rem.
β) MYTH. Aigle à deux têtes; les sept têtes de l'Hydre (de Lerne); tête de furie. Tel je le voyais [l'Empereur], tel le voyait un peuple immense, pétrifié par ce grand visage, comme par la tête de Méduse (A. France, Vie fleur, 1922, p. 341).
γ) HIPP. [À propos d'un cheval] Avoir une pelote, une liste en tête. Avoir une tache, une flamme blanche sur le chanfrein. (Dict. xixeet xxes.).
Tête-à-queue*. Mettre la tête au mur. Tourner la tête du cheval contre le mur du manège, le cheval se déplaçant latéralement dans la direction de son regard (d'apr. Petiot 1982).
δ) FAUCONN. Faire la tête à un oiseau. Habituer un oiseau au chaperon. (Dict. xixeet xxes.).
ε) PÊCHE. Tête de poisson. Plomb, cuiller en forme de tête de poisson dans la pêche au lancer. (Dict. xxes.).
ζ) VÉN. [À propos d'un cervidé, d'un sanglier ou plus gén. d'une bête sauvage] Faire tête. Lutter tête contre tête; p. ext., se retourner contre les chiens, se défendre. Aussitôt des piqueurs effarés arrivèrent à eux en criant confusément que le sanglier avait fait tête et renversé madame Delmare (Sand, Indiana, 1832, p. 140).Le long corps musculeux d'un lézard surpris qui fait tête au bruit de la bêche (Giono, Colline, 1929, p. 50).
P. méton. Bois ou corne des bêtes sauvages. Tête bien, mal brunie; tête chevillée, ouverte, perlée. La deuxième tête [du chevrillard] a une petite meule et le bois est déjà creusé de gouttières, il a aussi deux andouillers (...)on dit tête parce que l'animal, dont les bois tombent, en change chaque année (Vialar, Fusil, 1960, p. 199).
Seconde, troisième, quatrième tête. Bois qui pousse la troisième, quatrième, cinquième année. Notre piqueu dira exactement si c'est un cerf (...) si c'est un faon, un daguet, un cerf à sa deuxième, troisième tête, ou un dix cors (Vialar, Rendez-vous, 1952, p. 245).
b) P. méton. Animal considéré par rapport à un troupeau. Nous avons des troupeaux sans cesse renaissants, dont nous ne connaissons même pas le nombre de têtes (Zola, Fécondité, 1899, p. 739).Cet homme charmant, qui avait des centaines de têtes de bétail noble, des centaines d'hectares, et était grand d'Espagne, tira d'un coffret un chiffon noirci de cirage, et donna un petit coup à ses bottines (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 443).
3. Partie du corps humain ou animal.
a) Représentation d'une tête humaine ou animale. Tête peinte, sculptée; tête d'une médaille, d'une monnaie; tête de marionnette, de poupée; tête de chien, de chat, de cheval, de lion. Vous avez sans doute vu au musée espagnol de Paris le portrait de la fille du Greco, magnifique tête que ne désavouerait aucun maître (Gautier, Tra los montes, 1843, p. 40).Un Bali du Caméroun modèle sur sa pipe évasée en argile une tête de nègre, non point certes pour fumer avec plus de plaisir, mais afin de faire montre de son talent de potier (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 199).
ARCHIT. Tête plate. ,,Tête humaine ou animale de faible relief ornant les portails romans, en particulier en Normandie`` (Vogüé-Neufville 1971).
HÉRALD. Tête humaine ou animale employée comme meuble. Les têtes de profil gardent leur nom de Têtes. De face, elles prennent le nom (masculin) de Rencontre. Les deux termes suffiront à les blasonner. Seuls, le lion et le léopard sont exempts de cette règle: de profil est le Lion; de face, le Léopard (P.-B. Gheusi, Le Blason, 1932, p. 251).Tête de maure*.
En partic. Représentation d'une tête humaine.
Vieilli. Support en forme de tête, sur lequel étaient placées les perruques pour les peigner et les boucler. J'ai assisté à la quatre cent-unième représentation d'une féerie (...) On ne peut imaginer de plus médiocres acteurs (...) Quant aux femmes, elles arrivent à ressembler exactement aux têtes de cire des perruquiers (Veuillot, Odeurs de Paris, 1866, p. 137).
Tête de pipe. Fourneau de pipe représentant une tête humaine, généralement une tête d'homme. Eh bien, mon vieux canard, te voilà populaire (...). On vend ta gueule en têtes de pipe et en bouteilles de liqueur (A. France, Île ping., 1908, p. 227).
Tête de Turc. Dynamomètre sur lequel on essaie sa force, dans les foires, en frappant sur une partie repré-sentant une tête coiffée d'un turban; p. anal., personne prise pour cible de critiques, de plaisanteries ou de railleries. Synon. souffre-douleur.Déjà à la Raspelière, Brichot était devenu pour les Verdurin, du grand homme qu'il leur avait paru être autrefois, sinon une tête de Turc comme Saniette, du moins l'objet de leurs railleries à peine déguisées (Proust, Temps retr., 1922, p. 789):
5. ... avec ces gens sans esprit, prompts à la colère et aux paroles vilaines, il avait beau jeu. C'étaient ses plastrons et ses têtes de Turc. Il les affolait. Il les persécutait. Il leur faisait sentir qu'il avait toujours une chiquenaude à leur disposition dès qu'ils deviendraient grossiers. Larbaud, F. Marquez, 1911, p. 39.
PEINT., SCULPT. Tête d'étude, d'expression. Visage, figure travaillée sous le rapport de l'expression d'un sentiment, d'une passion. C'est ici [dans l'abus des détails] que les donneurs de touches aisées et spirituelles, les faiseurs de torse et de tête d'expression, trouvent leur confusion dans leur triomphe (Delacroix, Journal, 1854, p. 169).Fondé par le comte de Caylus (...), le concours de la tête d'expression, l'un des deux concours annuels de l'École des Beaux-Arts, avait pour but d'encourager les jeunes gens dans « l'art de rendre l'expression des passions » (La Sculpt. fr. au XIXes., Paris, éd. de la Réunion des musées nationaux, 1986, p. 42).
ÉQUIT. ANC. Tête de carton, de bois que des cavaliers au galop devaient abattre à la lance, à l'épée ou au pistolet dans un exercice de manège. Course de têtes. (Dict. xixeet xxes.).
b) Hauteur d'une tête humaine, d'une tête animale utilisée comme unité de mesure. Dépasser qqn d'une tête; gagner d'une tête; avoir une tête de plus que qqn. Sa taille [d'Hercule] (...) s'était accrue d'une demi-tête (Proudhon, Guerre et paix, 1861, p. 16).
SPORTS. Gagner, battre d'une courte tête. Gagner, battre de très peu. P. anal. William Paul, à Londres, avait été battu d'une courte tête par Louis Lumière pour ses premières représentations (Sadoul, Cin., 1949, p. 13).
B. − [La tête en tant que siège de l'activité cérébrale, ou considérée du point de vue des activités intellectuelles et du psychisme]
1.
a) Faculté intellectuelle, intelligence, esprit, réflexion. Synon. cerveau, cervelle.Pensez-vous que pour quelqu'un qui travaille de tête... qui est obligé de réfléchir... de méditer, ce soit bien agréable d'entendre chanter toute la soirée? (Kock, Cocu, 1831, p. 239).
[P. allus. à Montaigne, Essais, I, 26: Je voudrais aussi qu'on fût soigneux de lui choisir un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine] Comme tout se tient dans une tête bien faite, voici que par le même chemin qui le rapproche des humanistes dévots, Pascal rejoint aussi les mystiques (Bremond, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 412).
Tête + adj. (précisant la qualité intellectuelle dominante).Tête politique. Donnez-moi une femme au cœur d'artiste et à la tête philosophique, comme MmeKockert, pour converser; et je vous tiens quitte de tous les salons (Amiel, Journal, 1866, p. 256).Elle [Pauline] s'emportait, cherchait des arguments, restait sur le carreau, n'ayant pas la tête métaphysique, comme il le disait (Zola, Joie de vivre, 1884, p. 884).
Locutions
Avoir une petite tête. Être d'une intelligence médiocre, sans idées; ne pas faire preuve de beaucoup de jugement.
Pop., p. plaisant. [Sans jugement péj. concernant les capacités intellectuelles d'une pers.] Petite tête et, en appellatif, petite tête! Hugo: Vous ne fouillerez rien du tout. Slick: Te fatigue pas, petite tête, on a des ordres (Sartre, Mains sales, 1948, 3etabl., 2, p. 86).Marceline et moi, non seulement on est américanophiles, mais en plus de ça, petite tête, et en même temps, t'entends ça, petite tête, en même temps, on est lessivophiles. Hein? ça te la coupe, ça (...) petite tête (Queneau, Zazie, 1959, p. 53).
Avoir une grosse tête (fam.). Être intelligent; p. ext., être intelligent et en tirer vanité, être prétentieux. Je suis une cruche, Jill. Si, si, je suis une cruche. On me le reproche assez, de ne pas lire, et de mal parler. Ça ne me déplaît d'ailleurs pas du tout. C'est reposant de ne pas avoir une grosse tête (R. Fallet, Comment fais-tu l'amour, Cerise?1973 [1969], p. 183).P. méton. Grosse tête. Intellectuel. Suffit les phrases!... C'est très joli de conseiller, de jouer les Gérontes, les Académies, les Grosses Têtes! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 521).
Littér. (Avoir, être) une bonne tête. Être intelligent, doué de capacités intellectuelles certaines. Une sorte de finesse vulgaire (...) s'unissait chez elle à une volonté tenace et en faisait ce qu'on nomme une bonne tête, douée de capacité pour les affaires (Feuillet, Sybille, 1863, p. 7).(Avoir) une forte tête. Être particulièrement intelligent, d'une intelligence brillante. La conscience des opérations de la pensée, qui est la logique méconnue dont j'ai parlé, n'existe que rarement, même dans les plus fortes têtes (Valéry, Variété[I], 1924, p. 232).P. méton. J'ai rêvé alors que les têtes les plus fortes, les inventeurs les plus sagaces, les connaisseurs le plus exactement de la pensée devaient être des inconnus, des avares, des hommes qui meurent sans avouer (Valéry, Soirée avec M. Teste, 1895, p. 17).Être une forte tête. Avoir de grandes capacités intellectuelles. V. fort1III A 1 b.
Avoir la tête vide. Être incapable de réfléchir, de penser à quelque chose. Quand je croyais y penser, il faut croire que je ne pensais rien, j'avais la tête vide, ou tout juste un mot dans la tête (Sartre, Nausée, 1938, p. 162).
Se casser* la tête. Casse-tête*.
Coup de tête. Action rapide irraisonnée, faite sous l'impulsion d'un moment. Eh bien mon ami, puisque c'est tout à fait sérieux, permettez-moi de ne pas vous répondre aujourd'hui (...) Maître est vraiment très malade, je suis moi-même troublée; et vous ne voudriez pas me devoir à une coup de tête (Zola, Dr Pascal, 1893, p. 139).Faire un coup de tête, agir sur un coup de tête. Se conduire de façon irraisonnée, irréfléchie, sans penser aux conséquences. Eh bien, mon enfant, dit-il en l'embrassant au front, il y a donc de la brouille dans le ménage, et nous avons fait un coup de tête? (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 246).Je me suis donné cinq minutes pour réfléchir. Je n'avais pas prêté serment au gouvernement; mais je savais bien qu'en moi-même j'avais accepté de le servir. Ma décision était prise, certes, mais je ne voulais pas, à mon âge, avoir plus tard l'illusion d'avoir agi sur un coup de tête (Malraux, Espoir, 1937, p. 581).
Péj. Avoir une tête sans cervelle, une tête à l'évent (vx), être tête en l'air. Agir inconsidérément, sans réfléchir. − (...) Tant qu'elle était là, on ne s'y reconnaissait plus. Surtout que cette enfant-là était un peu, comment dire, tête en l'air? (Aymé, Jument, 1933, p. 287).
Fam. Prendre la tête. Empêcher de réfléchir, de penser à autre chose, monopoliser toute l'attention. Je t'avais parlé de mon roman? (...)Euh oui, vaguement...Ouais. Eh bien, j'arrête. Ça me prend trop la tête (Fr. Lasaygues, Bruit blanc, 1987, p. 124).Tu m'prends la tête avec tes gueulantes (Sapho, Ils préféraient la lune, 1987, p. 89).
Tête d'oiseau, de moineau, de linotte. Personne étourdie, superficielle, distraite. Elle est coquette, elle est folle; mais cette tête de linotte est meublée comme celle d'un vieux bibliothécaire (A. France, Vie littér., 1888, p. 171).P. méton. Arnoux avait toujours été sans conduite et sans ordre. « Une vraie tête de linotte! Il brûlait la chandelle par les deux bouts! Le cotillon l'a perdu! (..) » (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 261).
Chasseur de têtes. Personne chargée de recruter des cadres de haut niveau. Jacques Imbert, qui a commencé sa carrière chez ITT à sa sortie de l'X, est le président d'une société en expansion: Transac (télécommunications). Un chasseur de têtes vient lui demander de prendre la direction de la Chapelle-Darblay (Le Point,4 déc. 1978, p. 141, col. 1).
Prép. + tête
Dans la tête, en tête. Avoir une affaire, une idée dans la tête, en tête; ressasser, rouler, tourner qqc. dans sa tête. Une espèce de femme en cire de parfumeur, aux yeux d'améthyste; une douce ruminante qui aurait dans la tête à peu près les idées d'une tulipe. Ennui mortel ici, cette année (Goncourt, Journal, 1865, p. 177).Il a un goût de fumée dans la bouche et, vaguement, vaguement, un fantôme d'air dans la tête (Sartre, Nausée, 1938, p. 220).
Faire entrer qqc. dans la tête de qqn. Enseigner, apprendre. Quant à l'arithmétique, trois maîtres d'école avaient successivement renoncé à me faire entrer dans la tête les quatre premières règles (Dumas père, Comment je devins aut. dram., 1833, introd., p. 3).
Mettre du plomb* dans la tête.
(Ne pas) savoir ce que qqn a dans la tête. (Ne pas) connaître les idées, les intentions de quelqu'un. On ne sait pas ce qui se passe dans la tête d'un agonisant (Bernanos, Crime, 1935, p. 781).Je ne sais pas ce qu'elle a dans la tête, ces temps-ci, dit-il d'une voix découragée (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 191).
N'avoir qu'une idée dans la tête, en tête. Ne penser qu'à une seule chose, et agir en fonction de celle-ci. Cette puante rue des Cinq-Diamants m'effraie; le ruisseau est toujours bleu, vert ou noir. J'ai peur qu'il y périsse. Mais quand les jeunes gens ont quelque chose en tête! dit-elle à Césarine en faisant un geste qui expliquait le mot tête par le mot cœur (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 166).Le grand aventurier, qui avait de la branche, de la tradition... C'est fini!... Ou alors, ils se marient!... À peine lancés, ils n'ont plus que cette idée dans la tête: se marier! (Bourdet, Sexe faible, 1931, ii, p. 328).
Mettre qqc. dans la tête de qqn. Persuader quelqu'un de quelque chose; influencer quelqu'un. − (...) Je voudrais devenir, s'il y avait moyen, maréchal. Oui, j'entends, maréchal des logis dans la cavalerie.Non, ce n'est pas cela.Quoi? maréchal ferrant?Non.Propos séditieux. Tu te gâtes, Francisque. Qui diable te met donc ces idées dans la tête? tu ne sais ce que tu dis (Courier, Pamphlets pol., Lettres partic., 1, 1820, p. 57).Se mettre qqc. en/dans la tête. Se persuader de quelque chose; imaginer quelque chose. Ne me suis-je pas mis en tête de n'épouser qu'un honnête homme? (Augier, Ceint. dorée, 1855, p. 340).Se mettre dans la tête que. Les blessures! on peut les guérir toutes si elles sont bien prises. Gangrène et tétanos. On peut guérir le tétanos; au Val-de-Grâce on le guérit. Il faut bien se mettre dans la tête que les blessés sont faits pour être guéris (Barrès, Cahiers, t. 11, 1914, p. 110).
Dans ma/ta/sa... tête. De façon purement intellectuelle, en imagination, sans concrétiser. Seul, un homme qui n'aime décidément plus sa maîtresse la quitte sans lui écrire. Je fis et refis vingt lettres dans ma tête (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 148).Tout se passa dans ma tête; enfant imaginaire, je me défendis par l'imagination. Quand je revois ma vie, de six à neuf ans, je suis frappé par la continuité de mes exercices spirituels (Sartre, Mots, 1964, p. 92).
De derrière, par la tête
Idée qui passe par la tête. Idée qui surgit brusquement. Air, folie, soupçon qui passe par la tête. J'ai un gros livre où j'écris mes pensées, tout ce qui me passe par la tête, et je veux vous donner à lire ce que j'y ai écrit de vous dans les premiers jours que je vous ai vu (Musset, Confess. enf. s., 1836, p. 224).Ce que je vous raconte, jadis quand j'étais jeune, plus d'une fois il m'a passé par la tête de l'écrire (Fromentin, Dominique, 1863, p. 168).
Idée, pensée, combine de derrière la tête. Idée, pensée, combine qui n'est pas avouée, qui est cachée:
6. Il est probable que Henry James avait aussi son « idée de derrière la tête », savoir: que seules la qualité de l'écriture, la forme d'une œuvre d'art la défendent contre les attentats du grossier violateur, comme un vêtement si bien taillé que la main brutale qui veut déshabiller sa proie, tâtonne, cherche les boutons de pression ailleurs que là où le couturier vulgaire les eût mis. Blanche, Modèles, 1928, p. 168.
De tête
Loc. adv. Mentalement. Calcul fait de tête. Magis, très décontenancé: (...) C'est un calcul (...) Si j'avais là du papier et un crayon... en cinq minutes... Mais vous avez oublié votre carnet! Désambois: C'est juste!... de tête, on ne peut pas! (Labiche, Vivac. cap. Tic, 1861, ii, 7, p. 461).On sait que Piron, par exemple, faisait toutes ses tragédies de tête et qu'il les récitait de mémoire aux comédiens (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 10, 1865, p. 61).
[En fonction de déterm.] Femme, homme de tête. Femme, homme doué(e) d'intelligence, de volonté et d'esprit de décision. Il faut à tout prix que M. Mairobert ne soit pas élu. C'est un homme de tête (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 41).Brandès, élégante, me conduit à Trouville. Elle m'a prouvé qu'elle reste (...) une femme de tête et d'ordre. Elle m'éblouit par sa façon de conduire (Renard, Journal, 1901, p. 676).
[P. oppos. à cœur] Raisonné, réfléchi, faisant peu référence aux sentiments. Oh! Modeste (...) tu as tenu moralement la même conduite que Bettina sans avoir l'excuse de la séduction; tu as été coquette à froid, et cette coquetterie-là, c'est l'amour de tête, le vice le plus affreux de la Française (Balzac, Modeste Mignon, 1844, p. 164).Que cette passion pour ce méchant était étrange puisqu'elle était toute de tête, et n'avait pas l'excuse d'être égarée par les sens! (Proust, Plais. et jours, 1896, p. 60).
Où ai-je la tête? [Pour exprimer l'étonnement de ne pas avoir pensé à qqc.] Ah! mon Dieu!... j'ai oublié mes bracelets! Je ne sais où j'ai la tête (Labiche, Edgar, 1852, ii, 1, p. 208).
Ne plus savoir où donner de la tête. Être débordé, avoir trop d'occupations, trop de choses à faire; être assailli par trop de sollicitations. [Cathédrale de Séville] L'on est écrasé de magnificences, rebuté et soûl de chefs-d'œuvre, on ne sait plus où donner de la tête (Gautier, Tra los montes, 1843, p. 330).Les fusils pétaient, des moments, à se croire revenus en guerre!... Alors, les gendarmes, tu comprends, ils ne savent plus où donner de la tête. Ils usent leurs nuits à pédaler: quand ils arrivent, c'est éteindu, mais ça s'est rallumé ailleurs (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 240).
b) Mémoire. Avoir de la tête; chercher qqc. dans sa tête; jouer de tête. Pour être maître d'hôtel il ne faut pas être un imbécile; pour prendre toutes les commandes, retenir les tables, il en faut une tête! (Proust, Sodome, 1922, p. 1026).Chaque passant inconnu était d'avance un ennemi. Des visages aperçus à peine, il ne se rappelait ni où ni quand, il les retrouvait tout à coup dans sa tête (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 171).
Loc., fam. [En parlant d'une pers. ayant oublié qqc., et qui doit retourner la chercher] Quand on n'a pas de tête il faut avoir des jambes. Quand on n'a pas de mémoire il faut déployer une activité physique plus grande, il faut recommencer plusieurs fois la même chose pour ne rien oublier. (Dict. xixeet xxes.).
c) [Tête indiquant un état d'esprit, un état affectif] Avoir la tête à ce que l'on fait; examiner qqc. à tête reposée; monter* la tête à qqn; se monter* la tête; tourner* la tête à qqn.
Perdre la tête. Perdre son sang-froid. Steinbock en perd la tête [du décolletage de Valérie] mais le plus ébloui, c'est encore Balzac. « C'était, dit-il, à faire baisser les yeux à tous les hommes âgés de moins de trente-cinq ans » (Colette, Pays connu, 1949, p. 136).
Se mettre martel* en tête.
d) [Tête indiquant un état mental] Conserver toute sa tête. Je me rendis en hâte à l'hôtel du gouverneur (...) Tout y était dans la confusion, jusqu'à la tête du maître (Hugo, Bug-Jargal, 1826, p. 68).Tu es heureux de rester froid. Moi, il y a des heures où je sens ma tête qui déménage (Zola, Germinal, 1885, p. 1339).
(Ne plus) avoir (toute) sa tête, sa tête à soi. (Ne plus) avoir toute sa raison, son bon sens. Quand le docteur Minoret n'aura plus sa tête, cette petite sainte nitouche le jettera dans la dévotion (Balzac, U. Mirouët, 1841, p. 10).Mon frère, qui avait vu ma frayeur de la veille à propos de sa fille, et qui m'aimait véritablement quand il avait sa tête, courut ventre à terre pour amener un médecin (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 48).
Perdre la tête. Devenir fou, ne plus avoir de cohérence dans son comportement. [Le malade] perd d'abord la puissance d'associer des jugements, et bientôt après, celle de comparer, d'assembler, de combiner, de joindre ensemble plusieurs idées pour prononcer sur leurs rapports. On dit alors que le malade perd la tête, qu'il déraisonne, qu'il est en délire (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 254).Oh! marier ma fille et mourir!... dit la malheureuse femme qui perdit la tête (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 15).
e) [Tête indiquant un trait de caractère]
Avoir la tête chaude. Se mettre facilement en colère, être d'un naturel emporté. Messieurs, ajouta-t-il, les Blésois ont la tête chaude, les messieurs comme vous autres ne traversent ordinairement la ville que de nuit (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 52).
Fam. Avoir la tête près du bonnet*. Être irascible, coléreux. Il avait la fine fleur de Liverpool, d'excellents matelots, musclés, sculptés dans la chair et les os, des athlètes, bons marins, grognons, la tête près du bonnet (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 37).
Avoir la tête froide. Garder son sang-froid. Tu fumeras des pipes, tu videras des chopes, et tu seras l'homme le plus heureux du monde. Tâche d'avoir toujours la tête froide, le ventre libre et les pieds chauds: c'est le précepte de la sagesse (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 2).Madame Isotta a autant d'esprit que de vertu, et en outre la tête froide. Avec elle, pas à craindre les lubies ni les poussées de sang de son animal de mari (Montherl., Malatesta, 1946, i, 4, p. 445).
Fam. Avoir la tête dure. Être entêté. Pour en prendre le tour, Amable lui fit recommencer la même opération. À la quatrième fois, Didace s'impatienta:Bon gueux! Amable, que t'as la tête dure! Ben plus dure que le chat! (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 142).
Mauvaise tête. Mauvais caractère, obstiné, querelleur. Faire la mauvaise tête. Elle a du lait à revendre, et du très bon. Seulement, on n'a jamais vu une mauvaise tête pareille, toujours en colère, brutale, insolente (Zola, Fécondité, 1899, p. 303).Le révolté, l'évadé, la mauvaise tête, le voleur d'œufs qui volera un bœuf, « le petit salaud qui a bon cœur » (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 40).
Pop., fam. Tête de + subst. (désignant un animal, une matière rigide caractérisée par sa dureté).
Tête de cochon. Entêté, qui a mauvais caractère. Il voulait même plus que j'en cause tellement qu'il est enfoiré quand il a sa tête de cochon! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 552).Triompher par la famine lui était apparu dangereux. Avec une tête de cochon comme la mienne, on pouvait craindre une résistance acharnée (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 199).P. méton. À ma manière, j'étais une belle tête de cochon (Genevoix, Assassin, 1948, p. 107).
Tête de lard*. Tête de mule. V. mule1.
Tête de bois, tête de fer. Entêté. Nous avons pourtant également bien élevé toutes nos filles! Les autres se sont mariées comme nous avons voulu (...) Mais l'aînée et la dernière ont des têtes de fer (Sand, Meunier d'Angib., 1845, p. 320). − (...) Tu seras rentrée chez toi avant le jour. Ni vu ni connu (...) Allons! ouste!Oh! non! fit-elle. Je ne retournerai pas à Campagne ce soir.Où coucheras-tu, tête de bois?Ici. Sur la route. N'importe où (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 78).
[En insistant sur le côté volontaire du caractère; pour signaler la qualité de la volonté d'une pers.]
N'en faire qu'à sa tête. N'agir qu'en fonction de ce que l'on a soi-même décidé, sans se laisser influencer. Si je gouvernais (...) les commissions seraient purement consultatives, et l'homme de mérite qui les présiderait n'en ferait qu'à sa tête après les avoir écoutées (Delacroix, Journal, 1854, p. 152).Jimmy: (...) je ne pouvais pas prévoir que nous allions tomber là-bas sur le Francesco aux aguets! Isabelle: Mais le Francesco n'aurait pas compté si tu étais resté comme je le voulais! Tu n'en fais jamais qu'à ta tête! Tu vois le résultat? (Bourdet, Sexe faible, 1931, i, p. 281).
Faire tête, tenir tête. S'opposer à d'autres personnes, garder ses opinions, les défendre. Il avait de trop bonnes raisons pour ne pas parler! Il entra avec un petit sourire. Je lui fis tête par un autre sourire, je plastronnai! (Mille, Barnavaux, 1908, p. 234).Il peut lui déplaire de se sentir constamment observé, jugé par moi, et jugé très sévèrement. Je suis seul à lui tenir tête. Je suis très seul (Gide, Journal, 1943, p. 178).Faire tête, tenir tête à qqc. Faire face. La baronne, pour essayer de rallier ces diversités mondaines (...) se déplaçait continuellement, tenait tête à dix conversations différentes (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 128).
(Faire la) forte tête. (Être une) personne indocile, refusant de se plier à la règle commune et à l'autorité. V. fort1III A 1 b.P. méton. Madame Corilla préparait, dans son boudoir, plusieurs fortes têtes à l'enthousiasme et à l'entraînement de la représentation (Sand, Consuelo, t. 3, 1842-43, p. 231).MmeLoiseau se récriait (...) que les gens qui commettaient les attentats étaient des fortes têtes, des révolutionnaires et qu'on ferait aussi bien d'en débarrasser le pays! (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 219).
P. méton. Tête faible. Personne sans volonté. Qu'un commissaire de police s'introduise dans une salle où quelques têtes faibles et vides échauffent réciproquement leurs passions instinctives, nous jetons les hauts cris, la liberté est violée (Renan, Avenir sc., 1890, p. 356).Tête brûlée*. Tête carrée. V. carré1.
2. P. méton. Personne, instance qui conçoit, dirige, organise, fait agir les autres suivant une direction, pour atteindre un but déterminé. Ce qu'il nous faut avant tout, c'est une aristocratie naturelle, c'est-à-dire légitime. On ne peut rien faire sans tête, et le suffrage universel, tel qu'il existe, est plus stupide que le droit divin (Flaub., Corresp., 1871, p. 287):
7. Les révolutions libérales ou démocratiques de 1830 et de 1848 avaient un but très précis: renverser le pouvoir central et le remplacer. Les coups révolutionnaires de Blanqui étaient toujours calculés pour frapper à la tête et au cœur. Il ne disséminait pas ses forces; il les concentrait au contraire pour les porter en quelques points vitaux du système politique gouvernemental. Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 116.
La tête de. Les meneurs, les organisateurs, les personnes les plus représentatives. Les forces intellectuelles et littéraires de la Restauration émanèrent à la fois de trois foyers (...) du salon de Mmede Staël; de la tête du parti monarchique, représenté par M. de Chateaubriand; et aussi d'une simple école, d'abord obscure, de l'École normale (Sainte-Beuve, Chateaubr., t. 1, 1860, p. 34).Société des Gens de Lettres. Toute la tête du nationalisme est là. Coppée sacristain, Rochefort parcheminé, Lemaître fouinard, Barrès de proie, et l'insignifiant oiseau Vandal (Renard, Journal, 1901, p. 651).
Fam. Les grosses têtes. Les principaux dirigeants. Le mariage fut célébré à Saint Honoré d'Eylau. Y assistaient, pour le principal, sept grosses têtes de l'industrie lourde, cinq personnes nobles, un ministre et deux généraux (Aymé, Travelingue, 1941, p. 7).
II. − [À propos de qqc.]
A. − P. anal. (de forme et de position)
1. Partie souvent arrondie qui se trouve à l'extrémité supérieure de quelque chose. Tête d'un arbre, d'un épi, d'une fleur; tête d'une montagne; tête d'un mât. À ces pavillons déserts et poudreux commence une magnifique avenue d'ormes centenaires dont les têtes en parasol se penchent les unes sur les autres et forment un long, un majestueux berceau (Balzac, Paysans, 1844, p. 4).Le flot me balançait, la voile blanche du bateau qui passait se recourbait tendrement sur moi et, là-haut, je voyais le ciel, les nuages, je voyais la souple tête des peupliers lorsqu'ils se baissaient sous le vent et je m'endormais bientôt au chant des laveuses et des hirondelles (Éluard, Donner, 1939, p. 36).
Spécialement
MAR. Tête de roche. Roche qui fait saillie sur un fond marin. (Dict. xixeet xxes.).
AUTOMOB. À soupapes en tête. À soupapes inversées placées dans la culasse amovible qui s'ouvre à la partie supérieure du cylindre. La Lancia « Ardennes » se distinguait par son moteur à quatre cylindres en V très étroit, avec culasse et soupapes en tête commandées par culbuteurs (Tinard, Automob., 1951, p. 337).
RELIURE. Tranche supérieure du dos d'un livre. Rogner un livre en tête; tranche de tête. (Dict. xxes.).
2. Partie terminale arrondie et plus grosse que le reste du corps de quelque chose; partie terminale d'un objet rond. Tête d'un clou, d'une épingle; tête de vis; tête d'ail, d'artichaut; tête d'un poireau; clou à tête dorée, à tête large; épingle à tête de couleur, de diamant, de perle; porte-manteau à trois têtes. Au même instant je sentis un élancement, faible et vif, à mon bras gauche (...) deux tortillements de douleur brève, un au poignet, l'autre à la tête de l'humérus (Arnoux, Paris, 1939, p. 175).Croissance fantastique du champignon qui monte en brandissant sur sa tête ronde la feuille qui l'a vu naître (Colette, Gigi, 1944, p. 193).
Tête d'une comète. ,,Partie composée du noyau et du corps de la chevelure d'une comète et qui est suivie par la projection lumineuse`` (Astron. 1980).
Tête d'un marteau. Partie carrée ou ronde opposée à la pointe ou panne du marteau. [Les tonneliers] emploient encore l'attirail d'un métier très ancien (...) des outils naïfs, avec un manche poli par la main et une grosse tête de fer (Chardonne, Dest. sent. I, 1934, p. 13).
Tête d'un instrument de musique. Partie supérieure du manche où se fixent les cordes. Tête de guitare, de viole. Bustavant qui tient sous le bras droit (...) son violoncelle enveloppé d'une housse verte, forme ventrue dont ne dépasse que la petite tête en volute (Arnoux, Solde, 1958, p. 210).
Spécialement
MÉCAN. [Dans un moteur à explosion] Tête de bielle. Extrémité de la bielle qui s'articule sur le vilebrequin. Le vilebrequin comprend des tourillons, portés par les paliers du bloc cylindre, des manetons sur lesquels tourillonnent les têtes de bielle (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 49).
PÊCHE. Tête de scion. Anneau fixé au bout du scion d'une canne à lancer. (Dict. xxes.).
TECHNOL. Tête perdue. Tête de vis, de clou enfoncée dans la matière de façon à ne pas dépasser de celle-ci. (Dict. xxes.). Tête romaine. Tête de vis sphérique percée d'un trou latéral (d'apr. Chabat t. 2 1876). Tête de cornue. Pièce fixée à la partie supérieure d'une cornue. (Dict. xxes.).
VERRERIE. Extrémité d'une glace. (Dict. xixeet xxes.).
B. − P. anal. (de position)
1.
a) Partie antérieure (d'une chose). Tête de lit. Il la rappela, pour lui montrer trois aunes de guipure qu'il avait trouvées dernièrement « dans une vendue ». Est-ce beau! disait Lheureux; on s'en sert beaucoup maintenant, comme tête de fauteuils, c'est le genre (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 138).En tête de la baignoire, sur une chaise longue, à la natte fine comme un porte-cigare de Manille, un peignoir de vieille guipure (...) recouvrait à demi (...) de petites pantoufles (E. de Goncourt, Faustin, 1882, p. 198).
[Désigne l'avant de qqc. de mobile, qui se déplace] (Fusée à) tête chercheuse. (Fusée munie d'un) dispositif qui permet de se déplacer en suivant la modification de la trajectoire de la cible. On sait qu'un des graves inconvénients des engins automatiques avec « tête chercheuse », pour la lutte anti-aérienne, est qu'ils sont toujours susceptibles d'être trompés sur l'identité des objectifs (Ruyer, Cybern., 1954, p. 48).P. anal., plais. [À propos d'une pers.] Pour aider notre expansion (...) nous engageons un chef de service personnel, « un psychologue dans le siècle », un homme de contacts et de relations, bon analyste, une tête chercheuse de cadres et d'employés (Le Point, 27 avr. 1981, p. 137).
[Désigne un élément (d'un ensemble) qui est situé à une extrémité, à la partie ant.] L'arbre à cames possède un pignon entraînant un arbre commandant la pompe à huile et l'arbre de la tête d'allumage ou allumeur (Chapelain, op. cit., p. 148).
Tête d'enregistrement. Inducteur servant à l'enregistrement d'une information sur un support magnétique (d'apr. Ging.-Lauret 1973). Tête de lecture, d'écriture. Organe électromagnétique utilisé pour la lecture ou l'écriture d'enregistrements sur un support d'information magnétique. Pour effectuer une recherche, il faut faire défiler tout le film sous une tête de lecture appropriée, qui détecte les propriétés demandées (Jolley, Trait. inform., 1968, p. 201).Cour. Synon. de cellule.Il y aura donc deux pistes sonores qui seront lues simultanément par le saphir de la tête de lecture (Disque Fr., 1963, p. 9).Tête enregistrement-lecture. Le Magnon double piste. Il permet tous les mixages et surimpressions sonores. Avec une tête enregistrement-lecture garantie pour la durée de vie de l'appareil (Le Point, 30 oct. 1978, p. 186).
Tête d'impression, tête imprimante. ,,Organe de l'imprimante qui assure l'impression`` (Mess. Télém. 1979).
Partie d'une machine-outil, d'un appareil recevant des mécanismes de commande, ou des mécanismes adaptés à des tâches particulières. Tête amovible, mobile, inclinable; changer la tête d'une mortaise, d'une fraiseuse; fraiseuse à tête multiple. L'organe de coupe [de la moissonneuse-lieuse] (...) [comprend] la lame de scie formée de la tringle sur laquelle sont rivées les sections, et la tête de lame (Passelègue, Mach. agric., 1930, p. 223).
b) Début (de quelque chose). Afin de garantir de tout dommage les marchandises déposées sur le port, la ville avait construit une espèce de pile en maçonnerie (...) qui préservait le pilotis du port en soutenant à la tête du Terrain les efforts des eaux et des glaces (Balzac, Proscrits, 1831, p. 4).Solitaire... C'est un mot à belle figure, son S en tête dressé comme un serpent protecteur (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 34).P. métaph. Coucher du soleil. (...) Impression de solennité de ce passage (...). La tête de ce jour lentement tombe (Valéry, Tel quel I, 1941, p. 132).
Sans queue ni tête. V. queue1II B 1 b.
c) Spécialement
IMPR. Tête de page. Début de la page laissé en blanc dans un livre. (Dict. xxes.).
ŒNOL. Tête (de cuvée(s), de vin). ,,Vin tiré des premières cuvées d'une vendange de qualité (surtout dans les crus de Bourgogne et de Champagne)`` (Fén. 1970). Vin de tête (région. (Sauternais)). Vin provenant du premier pressurage, le meilleur (d'apr. Lich. Vins 1984).
CHIM. Produit de tête (p. oppos. à produit de queue). Substance qui distille la première. (Dict. xxes.).
BÂT. Tête de mur. Face d'extrémité du mur. Une tête de mur est fréquemment constituée par un pilier en pierre, harpé avec la maçonnerie du mur (Noël1968).Tête de chevalement. Pièce horizontale placée sur deux étais. (Dict. xxes.).
CARR. Tête dure. ,,Couche de quelques centimètres à la partie supérieure d'un banc, plus dure que le reste`` (Plais.-Caill. 1958).
d) Partie supérieure d'un ensemble.
BILLARD. En tête. Dans la partie supérieure de la boule. Frapper la bille en tête. Au fig. Prendre, faire qqc. bille en tête. Sans hésiter, franchement. Au lieu de prendre bille en tête par la route départementale qui grimpe en lacets, remonter le torrent par le sentier, jusqu'au sommet (Giono, Hussard, 1951, p. 264).
2.
a) Premiers éléments (d'un ensemble de véhicules, d'un groupe de personnes qui se déplacent dans la même direction ou qui sont orientés dans le même sens). Tête d'une colonne, d'un convoi, d'un cortège, d'un défilé, d'une escorte. La marche de cette colonne sur Mayenne (...) et les divers sentiments qu'elle exprimait, s'expliquaient assez naturellement par la présence d'une autre troupe formant la tête du détachement. Cent cinquante soldats environ marchaient en avant avec armes et bagages (Balzac, Chouans, 1829, p. 7).Des employés (...) embarquaient, arrimaient à grand fracas de métal, dans les voitures de tête de rame, les coffres lourds (Arnoux, Double chance, 1958, p. 141).
En tête. À l'avant, en se portant sur les éléments les plus avancés. Les Anglais, avertis (...) de la marche des Français, les avaient guettés (...) Maintenant, ils les attaquaient en tête et en queue très âprement (A. France, J. d'Arc, t. 2, 1908, p. 403).V. tenir 1reSection I A 1 ex. de Zola.
b) Avant (d'une file de véhicules se déplaçant dans un sens donné). Descendre, monter en tête; voiture, wagon de tête. À un moment notre voiture a pris la tête (Toulet, Tendres mén., 1904, p. 111).Il occupa donc les loisirs de ce voyage souterrain en revisant ses notions de métrologie, vérifiant si à telle gare la sortie se trouvait en tête ou en queue (Queneau, Loin Rueil, 1944, p. 74).
c) Première partie de quelque chose composé de plusieurs éléments, qui se déroule dans un ordre précis; première partie de quelque chose qui a un sens. Tête de chapitre. Lisez le même journal d'un bout à l'autre: vous verrez l'article de tête s'indigner contre la réputation de légèreté faite aux femmes françaises; mais un conte de troisième page vous décrira une scène d'adultère parisien avec tous les airs d'approuver et d'envier ces gens qui ne s'ennuient pas (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 300).
CH. DE FER, TRANSP. Tête de ligne (p. oppos. à terminus). Point de départ de la ligne. Un mardi orageux et stérile (...) vous engage à baguenauder autour des lieux de départ, des têtes de ligne, des caisses vitrées où les provinces lointaines et les nations étrangères dépêchent leurs indigènes (Arnoux, Paris, 1939, p. 150).
ART MILIT. Tête de pont (v. ce mot I B 4 b). Partie d'un pont la plus avancée en territoire ennemi. Pendant qu'on s'acharnait contre la tête du pont de Saint-Martin, trois cents hommes d'armes du roi avaient passé le Tage à la file (Mérimée, Don Pèdre Ier, 1848, p. 179).P. anal. Le monde a frémi d'horreur en apprenant que les gens de Vichy faisaient combattre contre nous et contre les alliés des soldats de l'Empire, en combinaison avec des escadrilles allemandes, dans le but de garder au Levant une tête de pont aux armées du Führer (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 422).
Tête de liste. Premier nom sur une liste; p. méton., personne qui figure en premier. Quant à Laprat-Teulet, tête de liste il recevait des injures et des crachats dont la liste entière était éclaboussée (A. France, Bergeret, 1901, p. 263).En appos. Ce dépôt est effectué par le candidat tête de liste ou par un mandataire désigné par lui (Fonteneau, Cons. munic., 1965, p. 30).
Tête d'affiche. Nom qui figure en haut d'une affiche; p. méton., personne qui tient la vedette. L'illustre tragédien Esprit Chaudval (...), rejeton d'une très digne famille de pilotes malouins et que les mystères de la destinée avaient induit à devenir grand premier rôle de province, tête d'affiche à l'étranger et rival (souvent heureux) de notre Frédérick-Lemaître (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 217).
3. [Dans un groupe à l'intérieur duquel est établi un classement, une hiérarchie] Partie qui est au début, qui regroupe les premiers éléments. Sur le fils aîné reposaient toutes les grandes espérances du père. Frédéric tenait toujours la tête de sa classe (Aymé, Jument, 1933, p. 38).P. méton. Je songeai que je serais convié au banquet de la Saint-Charlemagne et que j'y siégerais parmi les grands et les forts au milieu des têtes des classes (A. France, Vie fleur, 1922, p. 364).
SPORTS. Tête de série. ,,Celui, celle que sa valeur désigne pour rencontrer en série des concurrents, qui sur le papier, lui sont inférieurs`` (Petiot 1982).
4. Au fig. À la tête. Place de celui qui commande, dirige.
a) ART MILIT. (Être) à la tête de ses armées. Le duc d'Angoulême se préparait à franchir la Bidassoa à la tête de quatre vingt mille hommes (A. France, Vie littér., 1888, p. 211).
b) (Être) à la tête de. Exercer des fonctions de direction, diriger une entreprise. On te prêtera vingt mille francs pour acheter son imprimerie, et probablement tu seras à la tête d'un journal (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 683).Maman a tant changé, elle aussi!... Voilà quatre ans qu'elle est à la tête de cet hôpital; quatre ans qu'elle organise, qu'elle décide, qu'elle ne fait pas autre chose que de donner des ordres, de se faire respecter, de se faire obéir (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 847).
P. anal. Disposer de quelque chose, posséder quelque chose. Le brave compagnon qui un matin, à la tête d'un petit capital d'une cinquantaine de mille francs, devient adjudicataire d'une entreprise quelque peu importante (Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 422).L'acte même de préférer semble malaisé à obtenir de moi! (...) De sorte qu'avec Tchekhov, Keats, Pater, James, les Browning et Constant, me voilà à la tête de six livres (Du Bos, Journal, 1924, p. 120).
REM. 1.
Tétère, subst. fém.,arg. Tête, visage. Il s'attrape la tétère... Il se la tripote à deux mains (...), il se pétrit tout le menton... et les joues, le gras, les plis, le nez aussi, les oreilles (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 528).
2.
Têtigué, interj.,vx., théâtre class. [Juron proféré par les paysans] (Ds Lar. Lang. fr., Rob. 1985).
3.
Têtoir, subst. masc.,technol. Cavité dans laquelle on insère une tête d'épingle pour la frapper. (Dict. xixeet xxes.).
Prononc. et Orth.: [tεt]. Homon. tette, formes de téter. Ac. 1694, 1718: teste; dep. 1740: tête. Étymol. et Hist. A. « Partie supérieure du corps de l'homme » 1. tête comme partie du corps, considérée d'un point de vue global a) ca 1050 (Alexis, éd. Chr. Storey, 264: Li serf sum pedre [...], Lur lavadures li getent sur la teste); b) ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 1956: Trenchet la teste; 2101: En la teste ad e dulor e grant mal; 3727: Desur les espalles ad la teste clinee); c) ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 5674: ne tint mie la teste basse, ne fist pas sanblant de coart); d) 1341 à propos de la représentation d'un être humain (Guillaume de Machaut, Remède de Fortune, éd. E. Hoepffner, t. 2, p. 37; Nabugodonosor figure Qu'il vit en songe une estature Grande et haute qui la figure Horrible avoit, Et la teste d'or riche et pure); 2. cette partie du corps, considérée comme siège de la pensée, de la raison, des sentiments, de la mémoire, des organes des sens a) ca 1100 (Roland, 2011: Ansdouz les oilz en la teste li turnent, L'oïe pert e la veüe tute); b) 1160-74 perdre la teste « s'embrouiller » (Wace, Rou, éd. A.-J. Holden, 6241); c) 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier Charrette, éd. M. Roques, 2581: Li quex est ce, savoir le vuel, qui tant a folie et orguel, et de cervel la teste vuide, qu'an cest païs vient...?); d) 1176-81 (Id., Yvain, éd. M. Roques, 2945: La dame dist: Or n'aiez soing, que certes [...] li osterons nos de la teste tote la rage et la tempeste); e) 1249 (Rutebeuf, Cordeliers, 80, éd. E. Faral, t. 1, p. 236: Nos ressemblons la taupe, qui erre soz la mote: Nos avons euz es testes, et si n'en veons gote); f) 1263-65 teste fole (Id., Jacobins, p. 325); g) 1376 ouvrer de sa teste « faire ce qu'on veut » (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 1, 15); puis 1461 faire à sa teste (Jean du Bueil, Jouvencel, éd. Lecestre, t. 1, p. 70); h) 1376 avoir en teste (qqc.) « s'en souvenir » (Modus et Ratio, 74, 75); i) fin xives. avoir trop chaude teste « s'emporter facilement » (Froissart, Chron., éd. L. et A. Mirot, t. 13, p. 111); j) fin xives. (Id., ibid., éd. G. T. Diller, p. 189: [les Englés] n'entendent point bien tous les termes dou langage de France; ne on ne lor scet conment bouter en la teste); k) fin xves. laver la teste (à qqn) « réprimander fortement » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 3, p. 253); l) mil. xvies. chanter a plaine teste (Mellin de Sainct-Gellais, Œuvres, éd. P. Blanchemain, t. 1, p. 274), v. tue-tête; m) α) 1580 teste bien faicte (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 150); β) 1751 examiner (qqc.) à tête reposée (Prévost, Lettres anglaises, t. 1, p. 124); n) α) 1756 (Batteux, Les Beaux-Arts, p. 23: [La Poësie] n'est tenue qu'au vraisemblable; elle invente, elle imagine à son gré; elle peint de tête); β) 1766 (Voltaire, Le Philosophe ignorant, p. 883: faire de tête et sans papier une division de quinze chiffres); o) 1763 avec toute sa tête (en parlant d'un vieillard) (Barbier, Journal, t. 8, p. 107); 3. en réf. aux cheveux, au visage, au crâne a) ca 1100 (Roland, 2931: Sa barbe blanche cumencet [Charles] a detraire, Ad ambes mains les chevels de sa teste); b) 1176-81 la teste nue (Chrétien de Troyes, Yvain, 5648); c) 1385 à propos de l'expression du visage (E. Deschamps, Miroir de mariage, éd. G. Raynaud, t. 9, p. 109: sa teste faire et atourner); d) α) 1400 (Nicolas de Baye, Journal, éd. A. Tuetey, t. 1, p. 292: et [...] estoit si elevé que [...] n'ostast son chaperon de sa teste, non pas devent le Roy); β) 1585 se tenir teste decouverte en presence de (qqn) (Montaigne, op. cit., I, 36, p. 227); 4. tête pris pour vie de quelqu'un a) ca 1100 (Roland, 935: Se trois Rollant, n'en porterat la teste); b) ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 5863: par ma teste); c) ca 1170 (Id., ibid., 5468: onques nus [...] n'i leissast la teste an gage); d) 1174-76 (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2725: Pur les dreiz sa mere [la sainte mere iglise] a li fiz sa teste mise); e) fin xives. (Froissart, Chron., éd. S. Luce, t. 5, p. 57: leur commandèrent, de par le prince et sus le teste, que...); f) 1659 mettre la teste (de qqn) à prix (Boisrobert, Epistres, éd. M. Cauchie, t. 2, p. 127); 5. en réf. à la mesure d'une tête 1176-81 (Chrétien de Troyes, Yvain, 522: Li chevaliers [...] fu sanz dote plus granz de moi la teste tote); 6. en réf. aux extrémités du corps a) 1176-81 (Id., Chevalier Charrette, 2570: Cil [un chevalier] des les piez jusqu'a la teste, sist toz armez, sor son destrier); b) 1507-08 plonger la teste premiere (D'Amerval, Diablerie, éd. Ch.-Fr. Ward, 146b); 7. tête pris pour la personne entière a) ca 1275 (Adenet le Roi, Buevon de Conmarchis, éd. A. Henry, 1239: Secorre nous venront a mainte teste armee); b) 1283 (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, t. 1, p. 226: il se departent par testes autant a l'un comme a l'autre); c) fin xives. (Froissart, Chron., éd. G. Raynaud, t. 10, p. 217: et il i a tels trente mille testes en ceste ville qui ne mengièrent de pain, passet a quinse jours); d) 1461 (Jean du Bueil, Jouvencel, t. 2, p. 233: Et aussi est-il à penser que plusieurs testes congnoissent plus que une ou que deux); e) 1644 testes couronnees (G. de Scudéry, Arminius, p. 44); f) 1686 (Dangeau, Journal, p. 209: elle a feit mettre sur la tête du Duc de Richemond, son fils, les 3000 pieces de rente qu'elle avoit); g) 1789 têtes exaltées (Le Moniteur, t. 2, p. 401); 8. en réf. à la position de la tête par rapport à l'ensemble du corps, notion de position première, avec, éventuellement surajoutée, notion de commandement ou de supériorité a) 1580 loc. (Montaigne, op. cit., II, 17, p. 640: voir à la teste d'un trouppe marcher un chef de belle et riche taille), v. chef; b) 1790 « personne qui dirige un groupe, un mouvement ou un corps constitué » (Le Moniteur, t. 3, p. 27); c) 1885 tête de liste (L'Illustration, 22 août, p. 119c ds Quem. DDL t. 17); d) 1905 sports tête de série (L'Auto, 17 févr. ds Petiot 1982); e) 1941 tête d'affiche (L'Œuvre, 7 mars); 9. en loc. a) α) 1remoit. xiiies. teste a teste « l'un près de l'autre » (Guillaume de Palerme, 4905 ds T.-L.), rare en a. m. fr.; β) 1549 id. « seul à seul (dans un affrontement) » (Amyot, Vies, Alex. le Grand ds Gdf. Compl.); γ) 1549 parler teste a teste ou priveement (Est.); b) α) 1424 rompre sa teste (A. Chartier, Poetical works, éd. J. C. Laidlaw, p. 308); β) 1549 rompre la teste, avoir la teste rompue (Est.); γ) 1606 casser et rompre la teste à qqn (Nicot); c) 1611 ne savoir ou donner de la teste (Cotgr.); d) α) 1666 jeter (qqc.) à la tête de (qqn) (Molière, Misanthrope, III, 5); β) 1671 en parlant d'une femme se jeter à la tête (d'un homme) (Id., Psyché, I, 1). B. P. anal. empl. à propos d'animaux ou de non-animés « partie antérieure ou supérieure » 1. a) ca 1100 (Roland, 2490: A lur chevals unt toleites les seles, Les freins a or e metent jus des testes); b) ca 1180 « ramure d'un cerf » (Hue de Rotelande, Ipomedon, éd. A. J. Holden, 716); c) déb. xves. fromage de teste de sanglier (Taillevent, Viandier, p. 63); 2. a) xiiies. (Li establissement des mestiers de Paris ds E. Boileau, Métiers, éd. Lespinasse et Bonnardot, p. 272: aigrun [désigne l'ensemble des aux, oignons, cives, échalottes...] sans teste); b) 1560 « couronne d'un arbre » (v. Poppe, p. 201); c) 1636 (Monet: le chou fait Téte); 3. a) 1327 (Palgrave, The Antient kalendars and inventories..., t. 3, comptes français, p. 191: une teste d'une croice pour Evesque d'argent surorre); b) xves. teste de clou (Ordonnances relatives aux Métiers de Paris ds Reglemens sur les arts et metiers de Paris, éd. G. B. Depping, p. 371); c) 1489 (Mém. Archeol. Touraine, t. 23, p. 198: chevilles de fert a teste et a goupille); d) 1560 « sommet d'une montagne » (Ronsard, Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 3, p. 70 [var. de feste]); e) 1563 (B. Palissy, Recepte, éd. K. Cameron, p. 129: testes des chapiteaux de colomne); f) 1579 (Larivey, Advertissement ds Anc. Théâtre fr., éd. Viollet Le Duc, t. 5, p. 5: en teste de quelques lignes); g) 1575 « extrémité d'un os » (Paré, Œuvres, éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 2, p. 325); h) 1694 mar. « le ou les premier(s) vaisseau(x) d'une ligne de bataille » (Rapport de J. Bart ds Jal1); i) 1740 (Ac.: on appelle Têtes de vin les premières cuvées des meilleurs vins de Champagne et de Bourgogne); j) 1751 tête à perruque (Crebillon fils, Quel conte, p. 290); k) 1782 jeux « cartes à jouer, représentant les dames, valets et rois » (Encyclop. méthod. Mécan. t. 1, p. 480); 4. loc. 1855 (en parlant d'un cheval) gagner d'une tête (Le Sport, 12 avr. ds Petiot 1982). Du lat. testa littéral. « objet en terre cuite; pot, vase; brique, tuile » d'où « coquille, carapace (des crustacés), v. têt1» (v. OLD), qui a pris à basse époque le sens de « crâne » (att. aux ive-ves., v. Souter Later Latin) d'où le sens de « tête » att. seulement au xes. (dans les gl., mais prob. ant., v. FEW t. 13, 1, p. 281). On admet gén. que testa a été employé dans la lang. pop. à côté de caput, réservé à un niveau de lang. plus élevé, mais le manque d'attest. de testa ne permet pas de trancher la question. Les représentants des 2 mots ont vécu, parallèlement, en France et en Italie pendant plusieurs s. (v. FEW, loc. cit.). Th. D. Crevens (Cross-Language Evidence in Etymology ds Neuphilol. Mitt. t. 83, 1, pp. 53-61) examine les différentes explications justifiant le recours à testa et son passage au sens de « tête »: elles n'apportent pas d'élément décisif pour rejeter l'hyp. de la métaph. (anal. de forme), de laquelle on peut rapprocher l'utilisation dans de nombreuses lang., de noms d'objets usuels, de forme arrondie et gén. creux, pour désigner la tête (parallèles au fr. pop. balle1ou cafetière). Chef et tête étant en partie synon. au Moy. Age, on a cherché à préciser leurs aires d'empl. respectives: P. Le Gentil a conclu à une différence styl. dans la Chanson de Roland (chef serait un mot de valeur gén., dénotant un caractère de « noblesse et grandeur » ou empl. pour désigner la partie supérieure de la tête, tandis que tête, gardant qqc. de sa lointaine orig. pop., aurait une valeur expr., pittoresque), v. Romania t. 71, pp. 49-65; A. Stefenelli reprend en partie les distinctions établies par P. Le Gentil et met en évidence des faits de stéréotypie (p. ex. pour tenir le chief enclin, ou embrunc) ou de prosodie dans qq. textes poét. des xiie-xiiies. (v. A. Stefenelli, Der Synonymenreichtum der altfranzösischen Dichtersprache, pp. 104-109). L'analyse des attest. a. et m. fr. de la docum. permet de préciser: chef et tête fonctionnent comme quasi-synon. dans des cont. où est exprimée une notion de « tête » soit: - au sens global, comme partie du corps (douleur de tête/de chef), qui est à une position extrême (de la tête/du chef aux pieds) et porte les organes de la vue et de l'ouïe (les yeux du chef/de la tête); - au sens de « partie supérieure de la tête, celle qui porte des cheveux » (tête hérissée, blonde... un cheveu de sa tête/son chef) qui peut recevoir une coiffure (heaume, chapeau, couronne...); - soit en réf. à l'attitude (hocher, baisser le chef ou la tête); - soit comme « partie vitale, vie » (fendre, trancher, perdre le chef ou la tête; jurer sur sa tête, cf. les formules de serments par mon chef, par ma tête; également avec métaph. comme dans tête/chef et membres du corps de l'Église); - soit pour les animaux. Mais dans les cont. où l'on réfère à des notions telles que l'intelligence et la raison, l'affectivité ou la mémoire (supra A 2 c, d, e, f, g, h, i, j) c'est le mot tête qui est empl., et ce, de manière régulière, indépendamment du genre des textes ou des particularités styl. individuelles. Fréq. abs. littér.: 49 398. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 62 087, b) 83 838; xxes.: a) 80 469, b) 63 793.
DÉR.
Têteau, subst. masc.,arboric. a) Extrémité d'une maîtresse branche coupée près du pied. (Dict. xixeet xxes.). b) Région. (notamment Centre). Arbre étêté dont les branches commencent à repousser. Synon. têtard (v. ce mot B 1 a).Têteau de chêne. Deschartres (...) me cria de m'accrocher à un têteau de saules qui se trouvait à ma portée, et de laisser noyer la bête (Sand, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 356). [tεto], [te-]. Littré, Lar. Lang. fr., Rob. 1985: têteau. 1resattest. 1737 testaux plur. « arbres qu'on étête souvent » (Bail, cité ds Jaub. Suppl., s.v. sevau), 1777 testeaux (ibid.); de tête, suff. -eau*; mot du Centre de la France et de la Saintonge (v. FEW t. 13, 1, p. 277, 279; Jaub.; G. Musset, Gloss. des pat. et des parlers de l'Aunis et de la Saintonge).
BBG.Greimas (A.-J.) Sém. struct. Paris, 1966, pp. 43-49. − Henry (A.). Notules de lexicogr. d'anc. oïl. Z. rom. Philol. 1983, t. 99, pp. 515-516. − Lecoy (F.). Notes de lexicol. fr. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1970, t. 8, no1, pp. 126-127. − Quem. DDL t. 1, 2, 5, 9, 12, 13, 14, 18, 19, 27, 28, 34, 36, 38, 40. − Renson 1962, pp. 473-475. − Roques (M.). Pour le commentaire de Renart. In: [Mél. Orr (J.)]. Manchester, 1953, pp. 252-257.

Tête : définition du Wiktionnaire

Nom commun

tête \tɛt\ féminin

  1. (Anatomie) Partie supérieure du corps, qui est le siège du cerveau et des principaux organes des sens, et qui, chez l’être humain et chez la plupart des vertébrés, tient au reste du corps par le cou.
    • […], et presque aussitôt une tête se pencha hors de la voiture pour voir ce qui se passait, une grosse tête pâle et grasse, une touffe de cheveux sur le front : c’était Napoléon ; […]. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • D’un coup de rasoir, je lui coupai la tête, et le tronc, d’où un flot de sang s’échappait, gigota quelques secondes sur le parquet. — (Octave Mirbeau, La tête coupée)
    • Avoir la tête ronde, la tête plate, la tête pointue. — Avoir la tête enfoncée dans les épaules.
  2. (En particulier) Crâne.
    • Ainsi que cela se produisait chaque fois qu’il avait trop pompé le jour d’avant, il se sentait la tête un peu fiévreuse, le front chaud, les nerfs excités et la gorge sèche. — (Louis Pergaud, Joséphine est enceinte, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Il s’est cassé la tête, il s’est fait un trou à la tête.
    • En tombant, il a failli se fendre la tête.
  3. (Familier) Figure, visage, physionomie.
    • Un grand corps d'ours, bien trop grand pour cette petite tête aux yeux bridés de poupon mal réveillé et pour la petite voix pointue qui en sortait, une voix un peu mielleuse et zozotante d'enfant de chœur vicieux. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Une belle tête. — Une tête sympathique. — Une tête intelligente, stupide. — Il fait une drôle de tête.
  4. (Par métonymie) Chevelure.
    • Au moment où il obliquait vers le seuil, un homme, en manches de chemise, à tête grise et de solide carrure, apparut et le dévisagea. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 370 de l’éd. de 1921)
  5. (Désuet) Scalp.
    • Ils sont d'abord conviés « au conseil de bienvenue et au festin de l'amitié », où ils doivent pleurer les morts, peut-être ceux qu'ils remplacent en étant eux-mêmes adoptés, puis ils participent à la « danse des têtes » (du scalp). — (Gilles Havard, L'Amérique fantôme, Flammarion Québec, 2019, p. 139)
  6. (Par métonymie) Personne ou institution qui organise et dirige l'action.
    • Les Allemands avaient frappé à la tête, et la tête était assommée et conquise, mais sans autre résultat que de permettre au corps d’échapper à sa direction. New York, monstre sans tête, était devenue incapable d’une soumission collective. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 237 de l’éd. de 1921)
  7. (Figuré) Esprit, imagination, mémoire, intelligence, jugement.
    • Se remplir la tête de sottises.
    • Se mettre des chimères en tête, dans la tête.
    • Il n’a que cela en tête.
    • Il s’est mis en tête de partir.
    • Dans l’état où il est, il n’est pas capable d’application; il a la tête encore trop faible, il n’a pas la tête assez forte.
    • C'est pourquoi, en hâte, Il se presse de renvoyer les disciples, dont la tête n'est pas très solide et qui pourraient être gagnés par le mouvement. — (Maurice Zundel, Silence, parole de vie, transcription d'une retraite donnée en 1959, éd. Anne Sigier, 1990, p. 1199)
  8. Fermeté de caractère.
    • Cet homme a de la tête.
  9. Individu ; personne.
    • Casablanca toute entière tenait alors dans l’enceinte de ses murailles. Elle comptait environ 25.000 indigènes dont un cinquième d’israélites et une colonie européenne, femmes et enfants compris, d’approximativement 500 têtes, […]. — (Frédéric Weisgerber, Au seuil du Maroc Moderne, Institut des Hautes Études Marocaines, Rabat : Les éditions de la porte, 1947, page 15)
    • Infinie tristesse d'une volonté paresseuse qui ne ne soucie plus de création. Il est temps de changer de braquet, de chercher des têtes nouvelles, des jeunes de vrai talent, ils existent, on ne les appelle pas. — (Jacques Chancel, « Capuçon (Renaud) », dans Dictionnaire amoureux de la télévision Éditions Plon, 2011)
    • Pour lui, l’« explosion civilisatrice », alliance de modes de production et de consommation par tête élevée, était très largement responsable de la dégradation environnementale, en particulier par le biais d’un progrès technique qui avait rompu la circularité écologique. — (Jacques Véron, Environnement : « Il faut arrêter de mettre la démographie en accusation et promouvoir un développement durable », Le Monde. Mis en ligne le 16 février 2019)
  10. Vie, existence.
    • Il y va de votre tête.
    • On ne se jette pas sans risquer sa tête au travers des secrets de l’État. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
  11. (Élevage) Chacun des animaux d'un cheptel, d'un troupeau.
    • Un ranch pratiquant le naissage aura besoin d'un homme à temps plein pour 400-500 têtes en raison des soins à donner aux veaux à la naissance. — (Doris Sayago, Jean-François Tourrand, Marcel Bursztyn & José Augusto Drummond, L'Amazonie, un demi-siècle après la colonisation, 2010, page 213)
  12. (Équitation) Unité conventionnelle servant à départager les chevaux à l’arrivée, valant environ 50 centimètres.
    • Ce cheval a gagné d’une tête.
  13. (Populaire) Mesure pour la taille de personnes qui correspond à la hauteur d’une tête (sens 1).
    • Il me dépasse d’une tête !
  14. (Arts) Représentation, imitation d’une tête humaine par un peintre, par un sculpteur, etc.
    • Une tête antique. — Cela a l’air d’une tête du Carrache. — C’est une tête du Titien.
  15. (Numismatique) Côté où est l’effigie d'une monnaie.
  16. (Chasse) Bois des cerfs.
    • Le cerf a mis bas sa tête. — Une belle tête de cerf.
    • Tête portant trochures, tête en fourche, tête paumée.
  17. (Par analogie) Sommet de certaines choses, et particulièrement des arbres.
    • Avec un petit caillou situé à 200 mètres dans le nord-est, connu sous le nom de Hazelwood, dont la tête se montre, soit dans le creux des lames, soit couronnée de brisants, Rockall est tout ce qui émerge d'une grande terre disparue. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Des arbres coupés par la tête.
    • Une montagne, un chêne, un sapin qui porte sa tête jusque dans les nues.
  18. (Cuisine) Extrémité d’en haut de certaines plantes, de certains légumes.
    • Des têtes de pavot, des têtes d’artichaut, une tête de chou.
  19. (Parfois) Extrémité inférieure de certains légumes.
    • La tête d’un oignon, la tête d’un poireau.
  20. Extrémité de diverses choses.
    • La distance qui se trouve sur le composteur entre sa tête et la tête de la coulisse inférieure , fixe la longueur de chaque ligne; et c'est ce qu'on nomme la Justification. — (Dictionnaire technologique ou Nouveau dictionnaire universel des arts et métiers, Bruxelles : Lacrosse & Cie, 1839, nouvelle édition avec planches, vol.3, page 285)
    • […]; Mazagan, l'ancienne colonie portugaise ayant conservé l'aspect d'une ville péninsulaire, tête de la route principale conduisant de la côte à Marrakech, à population analogue à celle de Casablanca ;[…] — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 149)
    • La tête d’une aiguille : Le bout qui est percé pour y passer le fil.
    • La tête d’un compas : La partie ronde où les deux branches du compas sont assemblées par une charnière.
    1. (En particulier) L’extrémité ronde ou aplatie qui est opposée à la pointe.
      • La tête d’un clou, d’une vis.
      • La tête d’une épingle.
    2. (En particulier) Partie d'un outil de frappe, dans laquelle entre le manche.
      • La tête d’un marteau, d’une cognée.
      1. (Golf) Partie de la canne qui touche la balle.
  21. (En particulier) (Marine) Extrémité supérieure d’un mât.
  22. (Mécanique) Extrémité de la bielle articulée sur la manivelle ou sur le vilebrequin.
  23. (Anatomie) Extrémité de certains os qui est ronde et soutenue par une partie plus rétrécie nommée col.
    • Comment donc, avec la crue de l’os en longueur par couches juxtaposées , l'éloignement des têtes de l’os peut-il se produire? — (Pierre Flourens, Théorie expérimentale de la formation des os, Paris, Baillière, 1847, page 27)
  24. (Musique) Partie supérieure d’un instrument à cordes où sont fixées les chevilles.
    • La tête d’un violon.
  25. (Astronomie) Nébulosité plus ou moins lumineuse, et généralement de figure ovoïde, qui semble former le corps d’une comète, par opposition à la traînée lumineuse qui l’accompagne ordinairement du côté opposé au soleil, et que l’on appelle la queue.
  26. (Architecture) Partie antérieure d’un élément architectural.
    • Tête de nef.
    • Tête de voussoir.
  27. (Architecture) Épaisseur d’un mur à son extrémité.
  28. Ce qui commence quelque chose, endroit où cette chose commence.
    • La tête d’un canal, d’un bois.
  29. (Militaire) Endroit de la tranchée qui est le plus avancé du côté de l’ennemi.
    • Il fut tué à la tête de la tranchée.
  30. (Militaire) Partie du camp qui regarde le terrain où les troupes doivent être mises en bataille.
    • On fortifia la tête du camp.
    • On assembla les gardes à la tête du camp.
  31. Ouvrage avancé qui protège un passage.
    • Ces troupes gardent la tête de pont.
    • La tête d’un défilé.
  32. Commencement d’un livre, d’une liste, d’une lettre, etc.
    • L’article de tête d’un journal, d’une revue. — Il a mis une belle préface en tête de son livre.
    • Votre nom est en tête de la liste.
  33. (Désuet) En-tête.
    • Faire imprimer des têtes de lettres circulaires, de factures, etc.
  34. Partie d’une armée, d’une colonne de troupes, d’un cortège, etc., qui marche la première, qui ouvre la marche.
    • La tête du cortège, c'était nous, c'est-à-dire Germinal, la jeunesse syndicaliste derrière son drapeau noir. C'est ici qu'étaient groupés les éléments les plus ardemment révolutionnaires de la jeunesse du pays. — (Christian Dupuy, Saint-Junien, un bastion anarchiste en Haute-Vienne, 1893-1923, page 125, Presses universitaires de Limoges, 2003)
  35. (Par extension) L’endroit où se place le premier dans une file.
    • La tête d’une station de voitures.
  36. Ce qu’il y a de meilleur.
    • Têtes de vin.
    • Tête du blé.
  37. (Familier) Personne intelligente, douée dans un ou plusieurs domaines intellectuels.
    • C’est vraiment une tête ; tu devrais lui demander de l’aide.
  38. (Héraldique)
    1. Armoiries avec 3 têtes (sens héraldique)
      Meuble représentant la tête d'un animal dans les armoiries. Elle est représentée de différente façon selon l’animal dont elle est extraite. Une tête de lion sera de profil tandis que celle d'un léopard sera de front. Contrairement au caboché ou au rencontre, le cou est visible en tout ou partie. À rapprocher de caboché, hure, massacre, massacre crucifère et rencontre.
      • Écartelé : au 1er d’azur à l’aigle d’argent, au 2e d’azur à la tête de brebis d’or, coupée et posée de trois-quarts, au 3e de gueules à la tête de cheval d’or, coupée et contournée, au 4e de gueules à la tête de vache coupée d’argent; à la burelle ondée d’argent brochant sur le coupé de l’écartelé, qui est de Longavesnes de la Somme → voir illustration « armoiries avec 3 têtes »
    2. Armoiries avec une tête humaine (sens héraldique)
      Meuble représentant la tête et cou d’un être humain dans les armoiries. Quand ce meuble est utilisé, on précise toujours dans le blasonnement le propriétaire de la tête ou on utilise l’expression : tête humaine. À rapprocher de tête humaine, tête de Maure et triquètre sicilien.
      • Tiercé en pairle renversé : au 1er d’azur à la tête de la Vierge Marie couronnée d’or, au 2e d’argent à la fleur de grémil pourpre bleu (Buglossoides purpurocaeruleum) d’azur boutonnée de pourpre, au 3e de gueules au cerf d’argent, qui est de la commune de Gremilly de la Meuse → voir illustration « armoiries avec une tête humaine »
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Tête : définition du Littré (1872-1877)

TÊTE (tê-t') s. f.

Résumé

  • 1° Partie qui, chez l'homme et les animaux, contient le cerveau et les organes des sens, et qui est unie au corps par le cou.
  • 2° La tête séparée du tronc.
  • 3° Tête de Méduse.
  • 4° Tête de mort.
  • 5° La partie de la tête qui est recouverte par les cheveux.
  • 6° L'intérieur de la tête.
  • Fig. Sur la tête, au-dessus de, en domination.
  • 8° Au-dessus de la tête, se dit de ce qui recouvre, submerge.
  • 9° Par-dessus la tête, plus qu'on ne veut, plus qu'on ne peut.
  • 10° Lever la tête. Tête levée.
  • 11° Tête baissée.
  • 12° Jeter à la tête, au propre et au figuré.
  • 13° Faire tête à.
  • 14° Tête, en termes de manége.
  • 15° Tête, en termes de vénerie.
  • 16° Une belle tête.
  • 17° Représentation d'une tête humaine par un peintre, par un sculpteur.
  • 18° Mesure comparative, à l'aide de laquelle on fixe, en peinture, les dimensions des autres parties du corps.
  • 19° Sur le turf, une tête, la longueur de la tête d'un cheval.
  • 20° Dans les monnaies, côté de la figure.
  • 21° Chevelure.
  • 22° Tête à perruque.
  • 23° Course de la tête.
  • 24° Individu.
  • 25° Personne.
  • 26° Vie.
  • 27° L'ensemble de tout ce qui comprend et imagine.
  • 28° Personne douée de telle ou telle qualité.
  • 29° Tête se dit, avec une épithète, de personnages occupant une position importante.
  • 30° Saine raison.
  • 31° Têtes rondes. Têtes blanches.
  • 32° Chef.
  • 33° Sommet, sommité.
  • 34° Il se dit de ce qui est comparé à une tête.
  • 35° En anatomie, tête d'un os, d'un muscle.
  • 36° Dans les plantes, assemblage d'organes réunis en un faisceau terminal.
  • 37° Extrémité ou partie antérieure d'un objet.
  • 38° Tête, en termes de marine.
  • 39° Tête, en termes de musique.
  • 40° Tête, en termes d'astronomie.
  • 41° Tête, en termes d'architecture.
  • 42° Tête, en termes de guerre.
  • 43° Tête, au trictrac.
  • 44° Il se dit de ce qui sert de commencement.
  • 45° La tête d'une station de fiacre.
  • 46° Tête de ligne, dans les chemins de fer.
  • 47° Tête de ligne, dans une armée navale.
  • 48° Partie d'une armée, d'une troupe, d'un cortége qui marche la première. À la tête de.
  • 49° Corps de troupes qui s'avance vers quelque endroit.
  • 50° Têtes de vin, les premières cuvées.
  • 51° Tête, dite par assimilation de forme.
  • 52° Tête-morte.
  • 53° Tête-de-More.
  • 54° Tête de nègre, chez les relieurs.
  • 55° Noms de quelques plantes.
  • 56° Noms de quelques coquilles.
  • 57° Nom d'un coléoptère.
  • 58° Noms de poissons.
  • 59° Noms de sauriens et de serpents.
  • 60° Noms d'oiseaux.
  • 61° De tête.
  • 62° Tête à tête.
  • 63° Tête pour tête.
  • 64° Ah ! tête ! par la tête !
  • 1Partie qui chez l'homme et les animaux contient le cerveau et les organes des sens, et qui est unie au corps par le cou. Le haut de la tête. Une tête de chapon. Une tête de carpe, de brochet. Vous ne jurerez pas par votre tête, parce que vous n'en pouvez rendre un seul cheveu blanc ou noir, Sacy, Bible, Év. St Matthieu v, 36. Il [Saül] était plus grand que tout le peuple de toute la tête, Sacy, ib. Rois, I, IX, 2. Le dernier acte [de la vie humaine] est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste ; on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais, Pascal, Pens. XXIV, 58, éd. HAVET. Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête ; car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds ; mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée, ce serait une pierre ou une brute, Pascal, ib. I, 2. S'ils [les grands hommes] sont plus grands que nous, c'est qu'ils ont la tête plus élevée ; mais ils ont les pieds aussi bas que les nôtres, Pascal, ib. VI, 30. Pomenars [qui avait un procès criminel] est divin, il n'y a point d'homme à qui je souhaite plus volontiers deux têtes : jamais la sienne n'ira jusqu'au bout, Sévigné, 75. Puisque c'est l'air, et qu'il faudrait changer de place aux brouillards [à cause de la situation élevée du château de Grignan], et mettre au-dessus de votre tête ce qui est au-dessous de vos pieds, Sévigné, 80. Il [le prince de Condé] n'a pas besoin d'armer cette tête qu'il expose à tant de périls ; Dieu lui est une armure plus assurée, Bossuet, Louis de Bourbon. Ses superbes coursiers.. L'œil morne maintenant et la tête baissée, Semblaient se conformer à sa triste pensée, Racine, Phèdre, v, 6. La tête de l'homme est à l'extérieur et à l'intérieur d'une forme différente de celle de la tête de tous les autres animaux, à l'exception du singe, dans lequel cette partie est assez semblable, Buffon, Hist. nat. hom. Œuv. t. IV, p. 313. La tête en entier prend, dans les passions, des positions et des mouvements différents ; elle est abaissée en avant dans l'humilité, la honte, la tristesse ; penchée à côté dans la langueur, la pitié ; élevée dans l'arrogance ; droite et fière dans l'opiniâtreté, Buffon, ib. p. 299. Je ne chercherai point à placer une tête de géant sur un corps de nain, Carmontelle, Prov. Entr'actes, t. IV, p. 3, dans POUGENS. Il est grandi de la tête et fortifié à proportion, Genlis, Ad. et Th. t. I, p. 409, dans POUGENS.

    Mettre la tête à la fenêtre, ouvrir la fenêtre et passer la tête en dehors. Nous avons mis la tête à la fenêtre, et nous avons pris le soleil pour la lune, tant il était pâle, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 10.

    De la tête aux pieds, du haut du corps jusqu'en bas. C'est de la tête aux pieds un homme tout mystère, Molière, Mis. II, 5. Nous le tournâmes en ridicule depuis la tête jusqu'aux pieds, Lesage, Guzm. d'Alf. VI, 8. Pour moi, je souffre de la tête aux pieds dans mon pauvre corps, et mon esprit est à la torture, Voltaire, Lett. d'Argental, 27 déc 1774.

    Donner une tête, piquer une tête, se jeter dans l'eau la tête la première

    Très familièrement, tomber cul par-dessus tête, tomber la tête en bas et le derrière en l'air.

    Fig. Il y va de cul et de tête, comme une corneille qui abat des noix, il s'y emploie de toute sa force, sans ménagement.

    Ce sont deux têtes dans un même bonnet, se dit de personnes liées d'amitié ou d'intérêt.

    Il a la tête près du bonnet, se dit d'un homme prompt et colère. À propos, vous frondez la perruque de Boileau [les vers où il parle de sa perruque] ; vous avez la tête bien près du bonnet, Voltaire, Lett. d'Alemb. 8 oct. 1760.

    C'est vouloir donner de la tête contre les murs, c'est tenter une entreprise où il est impossible de réussir.

    On dit aussi : c'est se donner la tête, c'est donner de la tête contre un mur.

    Fig. et familièrement, ne savoir où donner de la tête, ne savoir que faire, que devenir, quel parti prendre. Apollon et Mercure, étant brouillés là-haut, Ne savaient ici-bas où donner de la tête, Boursault, És. à la cour, I, 5. On ne sait où donner de la tête pour de l'argent [pour avoir de l'argent], Sévigné, 179. Ne sachant plus où donner de la tête, le comte de Soissons eut recours à son cadet, le prince Eugène, Saint-Simon, 109, 198.

    Porter la tête sur un échafaud, sur l'échafaud, avoir la tête tranchée sur un échafaud.

    Par exagération. Je parie ma tête, je parie ma tête à couper, je mettrais ma tête à couper que cela est, je parie to ut ce qu'on voudra que cela est, je me soumets à tout ce qu'on voudra si cela n'est pas

    Fig. Il y a eu beaucoup de têtes cassées à ce siége, on y a tué beaucoup de gens.

    Fig. Avoir cinquante ans, soixante ans sur la tête, être âgé de cinquante ans, de soixante ans.

    Par extension. L'invocation des saints a plus de 1200 ans sur la tête, Jurieu, dans BOSSUET 3e Avert. 8.

    Fig. Sur la tête, se dit de ce qui est conféré à quelqu'un. On mettait sur la tête d'un même homme plusieurs charges ; ce qui était considéré à Carthage comme la preuve d'un mérite non commun, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 205. Chez les Turcs, ces trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, Montesquieu, Esp. XI, 6.

    Fig. Attirer sur sa tête, provoquer contre soi. Antoine sur sa tête attira notre haine En se déshonorant par l'amour d'une reine, Corneille, Cinna, III, 4.

    Fig. et familièrement. Laver la tête à quelqu'un, lui faire une forte réprimande. Il [Benserade parlant du déluge] s'exprime ainsi : Dieu lava bien la tête à son image ; peut-on… dire rien de plus petit ni de plus ridicule ?…, Boileau, Préf. VI, de l'édit. de 1701. Lavons la tête à ce large visage, Voltaire, Enf. prod. I, 2.

    Se jeter dans l'eau la tête la première, s'y précipiter la tête en avant. Lorsqu'on a, comme moi, épousé une méchante femme, le meilleur parti qu'on puisse prendre, c'est de s'aller jeter dans l'eau la tête la première, Molière, G. Dand. III, 15. Pour moi, j'ai bien l'air de me jeter la tête la première dans le lac de Genève, si vous ne réussissez pas dans ce que vous entreprenez, Voltaire, Lett. d'Argental, 22 oct. 1777.

    Fig. et familièrement. Il s'y est jeté la tête la première, il s'est engagé brusquement, inconsidérément dans une affaire périlleuse.

  • 2La tête séparée du tronc. Le fils tout dégouttant du meurtre de son père, Et, sa tête à la main, demandant son salaire, Corneille, Cinna, I, 3. Donnez-moi présentement dans un bassin la tête de Jean-Baptiste, Sacy, Bible, Év. St. Matthieu XIV, 8. On craignait qu'Amurat, par un ordre sévère, N'envoyât demander la tête de son frère, Racine, Baj. I, 3. La tête d'Orphée qui faisait encore de la musique, et qui chantait Eurydice quand on la jetait dans les eaux de l'Ebre, Voltaire, Dict. phil. Sensation. Les Espagnols, au siége de Harlem, ayant jeté dans la ville la tête d'un de leurs prisonniers, les habitants leur jetèrent onze têtes d'Espagnols, avec cette inscription : dix têtes pour le payement du douzième denier, et l'onzième pour l'intérêt, Voltaire, Mœurs, 164.
  • 3Tête de Méduse, voy. MÉDUSE.
  • 4Tête de mort, tête humaine dont il ne reste que la partie osseuse. Mme de Monaco, en mourant, n'avait aucun trait ni aucun reste qui pût faire souvenir d'elle ; c'était une tête de mort gâtée par une peau noire et sèche, Sévigné, à Bussy, 27 juin 1678. Tête de mort, nom que les marchands de tableaux et les doreurs de Paris donnaient aux bordures de bois uni, qui ont six pouces de hauteur sur quatre pouces neuf lignes de largeur ; apparemment de ce que les premières estampes pour lesquelles on en fit, représentaient des têtes de morts.

    Fromage tête de mort, nom populaire du fromage de Hollande en boule.

    Tête de mort, espèce de papillon crépusculaire ; c'est le sphinx tête de mort.

    Tête de mort, trou à la surface d'un ouvrage de menuiserie, causé par la rupture d'une cheville qui s'est brisée au-dessous de la surface.

    Obus tête de mort, obus qu'on employait autrefois, percé de plusieurs trous par lesquels il lançait des matières enflammées.

    Terme de marine. Tête de mort, espèce de nœud.

  • 5Particulièrement, la partie de la tête qui est recouverte par les cheveux. En tombant il a failli se fendre la tête. Les coups à la tête sont dangereux. Accoutumé tout comme les paysans à courir tête nue au soleil, au froid, à s'essouffler, à se mettre en sueur, Rousseau, Hél. v, 3. Je parie qu'à quinze ans elle ne saura ni entrer dans une chambre, ni s'habiller de bonne grâce, ni poser une fleur dans sa tête, Genlis, Ad. et Th. t. II, p. 257, dans POUGENS.

    Tête pelée, tête chauve, se disent en parlant d'une personne qui n'a point du tout de cheveux, ou qui n'en a point sur une partie de la tête.

  • 6L'intérieur de la tête. Mal de tête. Douleur de tête. Ce sont quelques vapeurs qui me viennent de monter à la tête, Molière, Mar. forcé, 4. L'autre jour il me dit : pourquoi touchez-vous à votre tête, ma mère, vous y avez mal ? Sévigné, 570.

    Avoir la tête pesante, embarrassée, éprouver dans la tête un sentiment de pesanteur, d'embarras.

    C'est un casse-tête, voy. CASSE-TÊTE, n° 3 et n° 4.

    Il a la tête bonne, il boit beaucoup sans s'enivrer.

    Porter à la tête, se dit d'une odeur forte, de la vapeur du charbon, de certains vins.

    On dit de même : Ce vin monte à la tête, il envoie des fumées à la tête. Le vin pur monte à la tête, Molière, l'Av. III, 2. Le vin qui monte à la tête Fait jaser le perroquet ; Ce n'est pas la seule bête Dont le vin fait le caquet, Chaulieu, Dial. entre deux perroq.

    On dit dans le même sens : donner dans la tête… Le nouveau [vin] donne fort dans la tête, Quand on le veut boire sans eau, Molière, Amph. III, 2.

    Fendre la tête, la tête me fend, voy. FENDRE, n° 1 et n° 4.

    Rompre la tête à quelqu'un de quelque chose, l'en importuner. [La mouche à la fourmi] Puis allez-moi rompre la tête De vos greniers…, La Fontaine, Fabl. IV, 3.

    Se rompre la tête à faire quelque chose, s'y appliquer avec une contension d'esprit fatigante. Il se rompt la tête à résoudre des problèmes.

    On dit dans le même sens : se casser la tête. Il [le cardinal de Retz] se casse la tête d'application, Sévigné, 12 oct. 1677.

    Crier à tue-tête, crier de toute sa force. La fait crier à tue-tête, Comme on fait après un larron, Scarron, Virg. IV.

    On dit dans le même sens : crier à pleine tête, du haut de sa tête. Il crierait, comme moi, du haut de son gosier ; Et cette autre personne honnête Crierait tout du haut de sa tête, La Fontaine, Fabl. VIII, 12. Ce fut lui [Cléon] qui le premier donna l'exemple de crier à pleine tête dans les assemblées, où jusque-là on avait gardé beaucoup de décence et de modération, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 584, dans POUGENS.

    Voix de tête, voy. VOIX.

  • 7 Fig. Sur la tête, au-dessus de, en domination. Enfin il fit si bien qu'il se trouva sur la tête de tout le monde dans le temps que tout le monde croyait l'avoir encore à ses côtés, Retz, Mém. t. I, liv. II, p. 97, dans POUGENS. Le peuple, forcé par son besoin propre à se donner un maître, ne peut rien faire de mieux que d'intéresser à sa conservation celui qu'il établit sur sa tête, Bossuet, 5e avert. 56. Vous verriez avec horreur et tremblement ce que fait dans les grandes places l'oubli de Dieu et cette terrible pensée de n'avoir rien sur sa tête, Bossuet, Sermons, Impénit. 1.

    Fig. Se mettre sur la tête quelqu'un, l'élever au-dessus de soi. Je vous le dis encor, mettre Othon sur nos têtes, C'est nous livrer tous deux à d'horribles tempêtes, Corneille, Oth. II, 4. Ce ne fut pas sans douleur que Tromp, à qui la naissance, le succès éclatant du dernier combat et les applaudissements de la multitude avaient élevé le courage, se vit mettre Ruyter sur la tête, Pellisson, Hist. de Louis XI.

  • 8Au-dessus de la tête, se dit de ce qui recouvre, submerge. Malheureux Girondins, s'ecriait Danton, ils nous ont précipités dans l'abîme de l'anarchie, ils en ont été submergés ; nous le serons à notre tour, et déjà je sens la vague à cent pieds au-dessus de ma tête, Lamartine, Girondins, XLV.

    Fig. Au-dessus de sa tête, au-dessus de soi. Qu'il n'est pas tout à fait indigne de vos feux, Et qu'il peut en prétendre une juste conquête, N'ayant plus que les dieux au-dessus de sa tête, Corneille, Pomp. IV, 3.

  • 9 Fig. Par-dessus la tête, plus qu'on ne veut ou qu'on ne peut. Je vous fais mille amitiés de Mme de la Fayette, qui m'en a chargée par-dessus la tête, Sévigné, 14 oct. 1676.

    Avoir des affaires par-dessus la tête, avoir beaucoup d'affaires.

    Avoir des dettes par-dessus la tête, être accablé de dettes.

    En avoir par-dessus la tête, être excédé de quelque chose. Il faudrait la quitter si souvent, que j'aurais bientôt du mariage par-dessus la tête, Beaumarchais, Mar. de Fig. III, 5.

  • 10 Fig. Lever la tête, se montrer, paraître avec plus de hardiesse. Quand vous verrez, mes frères, l'iniquité qui lève la tête au milieu même du temple de Dieu, Bossuet, Sermons, sur l'Église, 3. Lève, Jérusalem, lève ta tête altière, Racine, Ath. III, 7. Ceux mêmes qui sont assez sages pour condamner un si grand désordre, ne le sont pas assez pour oser lever la tête les premiers, et pour donner des exemples contraires, Fénelon, Tél. XXII. Lorsque cette république [la Hollande] levait la tête hors de ses marais, le reste de l'Europe était plongé dans les guerres civiles par le fanatisme, Raynal, Hist. phil. XIX, 5.

    On dit de même : relever la tête.

    Tête levée, la tête haute. Ah ! c'est l'original De mes airs de grandeur qui vient tête levée ; Mon éclat emprunté cesse à son arrivée, Destouches, Glor. II, 9.

    Fig. Aller tête levée, la tête levée, aller sans craindre aucun reproche, aucun affront. J'en vois marcher tête levée, Qui n'iraient pas ainsi, j'ose vous l'assurer, Si sur le bout du nez tache pouvait montrer Que telle chose est arrivée, La Fontaine, Petit chien. Socrate… conservant sa liberté, et marchant tête levée au milieu de trente tyrans, qui faisaient tout trembler, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IV, p. 118, dans POUGENS. Je vais tête levée par tout le monde, sans craindre que quelqu'un m'ose faire le moindre reproche, Lesage, Guzm. d'Alf. I, 6.

  • 11Tête baissée, sans regarder devant soi. Une chauve-souris donna tête baissée Dans un nid de belette, La Fontaine, Fabl. II, 5. Heureux ceux qui se jettent tête baissée et les yeux fermés entre les bras du Père des miséricordes ! Fénelon, t. XVIII, p. 388. Il [Dion] crut que l'exemple serait plus efficace que les discours, et se jeta tête baissée au milieu des ennemis, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. v, p. 276, dans POUGENS. Quand on entre dans une chambre où on le tient enfermé [le grand pluvier], il ne cherche qu'à se cacher, à fuir, et va, dans son effroi, donner tète baissée et se heurter contre tout ce qui se rencontre, Buffon, Ois. t. XV, p. 170.

    Fig. Y aller tête baissée, se précipiter aveuglément dans le péril, dans le désordre. Allons-nous-en, tête baissée, Leur montrer que nous sommes gens à les manger à belles dents, Scarron, Virg. II. Il y avait dans cette lettre de quoi faire donner tête baissée dans une aventure plus téméraire que celle qu'on lui proposait, Hamilton, Gramm. 9. Son fils donnait tête baissée dans les égarements de son âge, Marmontel, Cont. mor. École pér.

    Il se dit aussi d'un homme qui entreprend avec chaleur une affaire.

    Il y donne tête baissée, il donne complétement dans le piége.

  • 12Jeter à la tête, lancer quelque chose à la tête de quelqu'un. Il était non-seulement permis par le Deutéronome, mais ordonné d'épouser la veuve de son frère quand elle n'avait point d'enfants ; la veuve était en droit de sommer son beau-frère d'exécuter cette loi, et, sur son refus, elle devait lui jeter un soulier à la tête, Voltaire, Mœurs, 135.

    Fig. Jeter à la tête, présenter d'une façon brusque. Vous m'avez jeté fort à propos vos vers à la tête pour m'amuser et m'empêcher de voir la petitesse de votre lettre, Sévigné, 25 janv. 1690.

    Jeter à la tête, reprocher. Il lui jeta à la tête ses richesses mal acquises. Il lui jeta à la tête qu'il avait été contrebandier.

    Fig. et familièrement. Jeter une marchandise à la tête, l'offrir à vil prix. Il y avait tant de gibier au marché, qu'on le jetait à la tête.

    Fig. et familièrement. Jeter une chose à la tête de quelqu'un, la lui offrir sans qu'il l'ait demandée. D'éloges on regorge, à la tête on les jette, Molière, Mis. III, 7. Les meilleures choses sont dégoûtantes, quand elles sont jetées à la tête, Sévigné, 142. Je voyais, dis-je, un établissement certain qu'on me jetait à la tête, Marivaux, Pays. parv. 1re part. Il est fâcheux à un galant homme à qui tout Paris jette ses filles à la tête, et qui les refuse toutes, de venir lui-même essuyer les dédains d'une jeune citoyenne de village, Marivaux, l'Épreuve, sc. 14.

    Se jeter à la tête, faire les premières avances. Et l'on en est réduite à n'espérer plus rien, à moins que l'on se jette à la tête des hommes, Molière, Psyché, I, 1. Elle n'ira pas se jeter à la tête d'un jeune homme, Rousseau, Ém. IV. Ce sont toujours les fripons qui se jettent à la tête des gens, Picard, Prov. à Paris, IV, 20.

  • 13Faire tête à, présenter la face à. C'est aux environs de Wilsen, où M. de Turenne battit les ennemis de l'année passée, et presque au même endroit, excepté qu'on fait tête à la brèche qu'il avait à dos, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 412. Fig. Tenir tête à quelqu'un, faire tête à quelqu'un, s'opposer à lui, lui résister, ne lui point céder en quelque chose. Viriatus… le plus grand homme que l'Espagne ait opposé aux Romains, et le dernier qui leur a fait tête dans ces provinces avant Sertorius, Corneille, Sertor. Au lecteur. Il [saint Pierre] n'avait pas eu la force de résister à une servante, et le voilà qui tient tête à tous les magistrats de Jérusalem, Bossuet, Panég. St Pierre, 2. Il veut qu'on fasse tête contre tous les vices, et il n'y a que celui-ci [la volupté] contre lequel il ordonne de s'assurer par la fuite, Bossuet, Panég. St Benoît, I. Il [Darius] s'était fortifié de l'infanterie grecque, qu'il avait rangée près de lui, la jugeant seule capable de tenir tête à la phalange macédonienne, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 351. Un petit coin de terre [la Hollande] presque noyé dans l'eau, qui ne subsistait que de la pêche du hareng, est devenu une puissance formidable, a tenu tête à Philippe II, a dépouillé ses successeurs de presque tout ce qu'ils avaient dans les Indes orientales, Voltaire, Mœurs, 164. Pour tenir tête, sire, à un adversaire tel que Votre Majesté, il faudrait du moins que j'eusse tout entière à ma disposition la pauvre petite tête que Dieu m'a donnée, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 14 déc. 1767. Elle avait pour maxime que, lorsque dans le monde on entendait dire du mal de ses amis, il ne fallait jamais prendre vivement leur défense et tenir tête au médisant ; car c'était le moyen d'irriter la vipère et d'en exalter le venin, Marmontel, Mém. VI.

    Faire tête, montrer de la fermeté. Morguant les accidents, fait tête à la fortune, Régnier, Sat. XVI. Fais tête au malheur qui t'opprime, Rousseau J.-B. Odes, II, 4. J'aurais dû peut-être tenir tête à l'orage, si je m'en étais senti le talent, Rousseau, Conf. VIII.

    En un autre sens, faire tête à des visiteurs, leur faire les honneurs de sa maison. Je me trouve dans un pays situé tout juste au milieu de l'Europe ; tous les passants viennent chez moi ; il faut que je tienne tête à des Allemands, à des Anglais, à des Italiens, et même à des Français que je ne verrai plus, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 4 juin 1764.

    Mettre un homme en tête à quelqu'un, opposer à quelqu'un un homme qui puisse lui résister. Chez les Romains, les témoins étaient entendus publiquement en présence de l'accusé, qui pouvait leur répondre, les interroger lui-même, ou leur mettre en tête un avocat, Voltaire, Dict. phil. Criminel.

    Avoir quelqu'un en tête, avoir quelqu'un pour concurrent, pour adversaire. Dans cette terrible journée [la bataille du faubourg St-Antoine] où le ciel sembla vouloir décider du sort de ce prince, où, avec l'élite des troupes, il avait en tête un général si pressant, Bossuet, Louis de Bourbon.

  • 14 Terme de manége. Mettez la tête du cheval à la muraille ; placez la tête ; relevez la tête ; portez la tête en dedans. Avoir la tête dedans ou en dedans, se dit d'un cheval, lorsqu'on le mène de biais sur la volte et qu'on lui fait plier la tête un peu en dedans de la volte.

    Tête de more ou de maure, se dit d'un cheval qui a la tête noire et le reste du corps d'une autre couleur.

    On dit qu'un cheval est en tête, légèrement ou fortement en tête, quand il présente une tache blanche plus ou moins grande sur le front ou sur le chanfrein.

    Dessus de tête, partie supérieure de la têtière d'une bride, qui passe derrière les oreilles du cheval.

  • 15 Terme de vénerie. Bois ou cornes des bêtes fauves.

    Tête portant trochures, bois qui porte trois ou quatre andouillers à la sommité.

    Tête en fourche, bois dont les andouillers du sommet font la fourche.

    Tête paumée, bois dont le sommet s'ouvre et figure une paume de main.

    Tête couronnée, bois dont les andouillers du sommet forment une espèce de couronne.

    Têtes ouvertes, tête de cerf, de daim et de chevreuil, dont les perches sont fort écartées ; ce qui est leur plus belle qualité.

    Tête bien née, tête bien régulière.

    Tête rouée, tête formant une sorte de roue.

    Tête couverte, se dit d'un animal rentré dans ses demeures.

    Les cerfs, dans leur troisième année, se nomment cerfs à la première tête ; dans leur quatrième, cerfs à la seconde tête ; et dans leur cinquième, cerfs à la troisième tête, etc. parce qu'ils ont leur premier bois complet, puis leur deuxième, leur troisième, etc. Mais moi, mon jugement, sans qu'aux marques j'arrête, Fut qu'il n'était que cerf à sa seconde tête, Molière, Fâch. II, 7. Dès que le cerf est à sa quatrième tête, il est assez reconnaissable pour ne s'y pas méprendre, Buffon, Quadrup. t. II, p. 18.

    Terme de fauconnerie. Faire la tête d'un oiseau, accoutumer un oiseau au chaperon.

  • 16Une belle tête, tête d'homme qui produit un bel effet, tant par les traits du visage que par la belle conformation du crâne. Ma taille est deux ou trois doigts au-dessous de la médiocre ; j'ai la tête assez belle avec beaucoup de cheveux gris, Voiture, Lett. 78. J'ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en belle tête, La Rochefoucauld, Son portrait fait par lui-même, imprimé en 1658. Belle tête, dit-il, mais de cervelle point, La Fontaine, Fabl. IV, 14.
  • 17Représentation d'une tête humaine par un peintre, par un sculpteur. Il me semble que j'ai fait beaucoup quand j'ai terminé une tête en un jour, pourvu qu'elle fasse son effet, Poussin, Lett. 20 août 1645. Tant de livres faits sur la peinture par des connaisseurs n'instruiront pas tant un élève que la seule vue d'une tête de Raphaël, Voltaire, Œdipe, Préf. 1729. En général les grosses têtes raccourcissent les figures, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 60, dans POUGENS.

    Tête d'étude se dit d'une tête faite avec soin et qui n'est pas un portrait.

    Fig. et populairement. Faire sa tête, prendre de grands airs.

    Génin, Récréat. t. I, p. 186, explique ainsi cette locution : " Un apprenti qui en a fini avec les nez, les yeux, les bouches et les oreilles passe à l'ensemble ; à partir de ce jour, il est artiste, il fait le fier : il fait sa tête. " Explication douteuse. Il se peut que cela vienne de l'habitude des acteurs de se faire une tête de convention pour la scène.

    Ornement de sculpture qui se met à la clef d'un arc, d'une plate-bande, etc. On dit aussi masque ou mascaron.

    Cartes à jouer à deux têtes, cartes dont les figures ont une tête en haut et une tête en bas, ce qui épargne la peine de les retourner.

  • 18 Terme de peinture. Mesure comparative à l'aide de laquelle on fixe les dimensions des autres parties du corps. L'ensemble d'une figure a de sept têtes à sept têtes et demie.
  • 19Sur le turf, une tête, la longueur de la tête d'un cheval. Ce cheval ne l'a emporté que d'une tête.
  • 20Dans les monnaies, côté de la figure.
  • 21 Par extension, chevelure. Tête frisée. Elle [Mme de Nevers] avait tous les cheveux coupés sur la tête et frisés naturellement par cent papillottes qui lui font souffrir toute la nuit mort et passion ; tout cela fait une petite tête de chou ronde, sans nulle chose par les côtés, Sévigné, 18 mars 1671.

    Tête naissante, cheveux qui reviennent après avoir été coupés, et qui sont déjà un peu longs.

  • 22Tête à perruque, voy. PERRUQUE.

    Têtes pour coiffeurs et pour modistes.

  • 23Course de la tête, sorte d'exercice militaire et de manége qui consiste à frapper au grand galop, avec la lance, l'épée ou le pistolet, des têtes de carton qui sont placées à cet effet. Le roi alla tirer dans son petit parc, Monseigneur courut les têtes, et s'essaya à en courre sept ; on ajoutait aux quatre têtes ordinaires celle du sabre, celle du pistolet et celle de la flèche, Dangeau, I, 51, 3 sept. 1684. Ils disputèrent le prix en une seule course, dans laquelle ils firent chacun quatre têtes, Dangeau, I, 131, 4 mars 1685.

    Tête de Méduse, la seconde tête qui est plate et large d'un pied.

    Tête de more, ou la tête de Turc, la troisième tête.

    Tête de more ou de Turc, se dit aussi d'une enclume en forme de tête qui sert de dynamomètre. Dumas avait un jonc en bois de sycomore, Et près de lui Gautier qui sur la tête more Fait cinq cent vingt pour son écot, Th. de Banville, Odes funambulesques, Lévy, 1859, p. 155.

    Fig. Souvent ce fonctionnaire [le commissaire de police, dans les réunions publiques] n'est pour les orateurs qu'une tête de Turc sur laquelle on trouve agréable de frapper, le journ. la Liberté, 12 nov. 1869.

    Terme de marine. Tête de more, ancien nom du chouquet sur la Méditerranée.

  • 24Individu. Un nombre infini de Romains périrent entre les mains des barbares, faute d'être rachetés à un écu par tête, Bossuet, Hist. I, 11. Si tu [Neptune] me fais revoir l'île de Crète malgré la fureur des vents, je t'immolerai la première tête qui se présentera à mes yeux, Fénelon, Tél. v. À raison de 275 drachmes par tête d'esclave, Nicias possédait un capital de 275000 drachmes ou de 46 talents, qui lui rapportaient plus de dix talents, Letronne, Instit. Mém. inscr. et belles-lettres t. VI, p. 203.

    On le dit des animaux dans un sens analogue. Ce troupeau est composé de tant de têtes.

    Payer tant par tête de loup, payer tant à celui qui tue un loup et qui en apporte la tête.

    Mettre une rente viagère sur la tête de quelqu'un, constituer une rente viagère, pour en jouir durant la vie de quelqu'un. Relativement aux rentes constituées sur deux ou plusieurs têtes… on n'y fait mention que de l'âge de la tête qui est certifiée existante, Décret du 23 floréal an II, rapport Cambon, p. 88. Emprunts ruineux à raison de dix pour cent sur des têtes de tout âge, tout le monde ayant intérêt de choisir de jeunes têtes, ib. p. 90.

    Cette rente, cette pension passera sur la tête d'un tel, il aura cette rente, cette pension après le décès de la personne qui en jouit maintenant.

    Têtes de choix, individus qui, considérés par rapport à certaines conditions de durée de la vie, présentent des qualités exceptionnellement favorables. Terme de jurisprudence. Succéder par tête, se dit lorsque des copartageants viennent de leur chef à la succession et sans représentation d'aucun autre.

  • 25Personne. Tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulé sur une tête qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune, Bossuet, Reine d'Anglet. Depuis plus de six mois éloigné de mon père, J'ignore le destin d'une tête si chère, Racine, Phèdre, I, 1. Tu m'oses présenter une tête ennemie, Racine, ib. IV, 2.

    Tête couronnée, empereur ou roi. Je connais trois têtes couronnées du nord qui feraient honneur à notre Académie, l'impératrice de Russie, le roi de Pologne et le roi de Prusse ; voilà trois philosophes sur le trône, Voltaire, Lett. Marmontel, 20 déc. 1766. À la main des bourreaux ils m'auraient condamnée ! Une tête royale et trois fois couronnée ! P. Lebrun, Marie Stuart, I, 6.

    Familièrement. Il n'y a tête d'homme qui ose entreprendre de faire telle chose, il n'y a aucun homme assez hardi… Tellement donc… qu'il n'y a tête d'homme qui ose lui en parler, Sévigné, 19 oct. 1689.

  • 26Vie. Ta tête répondra de tant de barbaries, Corneille, Médée, v, 7. Me montrant à la cour, je hasardais ma tête, Corneille, Cid, IV, 3. Je ne viens point ici demander ma conquête ; Je viens tout de nouveau vous apporter ma tête, Corneille, ib. v, 8. Nous avons parlé assez sérieusement de ses affaires [de Pomenars], qui ne sont jamais de moins que de sa tête ; le comte de Créancé veut à toute force qu'il ait le cou coupé, Pomenars ne veut pas ; voilà le procès, Sévigné, 70. Il y a des gens qui en veulent à sa tête [de Gadagne], Sévigné, à Pompone, 17 nov. 1664. La vigueur qui, durant cinq ans, lui fit dévouer sa tête aux fureurs civiles, Bossuet, le Tellier.

    Mettre la tête de quelqu'un à prix, promettre une somme à qui le tuera.

    Il lui en coûta la tête, il paya de sa tête, il subit la mort. Et tout autre que vous, malgré cette conquête, Revenant sans mon ordre, eût payé de sa tête, Corneille, Nicom. II, 2.

    Sur la tête, sur la vie. J'en réponds sur ma tête et j'aurai l'œil à tout, Corneille, Héracl. III, 4. Dès ce moment, je mets sur votre tête les moindres fautes qui se commettront, Montesquieu, Lett. pers. 148.

    La prise de cette place a coûté bien des têtes, il en a coûté la vie à bien du monde.

  • 27 Fig. L'ensemble de tout ce qui comprend et imagine. Apollon reconnut ce qu'il [un consultant] avait en tête, La Fontaine, Fabl. IV, 9. J'avais prévu ma chute en montant sur le faîte ; Je m'y suis trop complu ; mais qui n'a dans la tête Un petit grain d'ambition ? La Fontaine, ib. x, 10. Tu te prends à plus dur que toi, Petit serpent à tête folle, La Fontaine, ib. v, 16. Il faut avouer que, quand la vieillesse se met l'amour en tête, elle fait plus d'extravagances que la jeunesse, Hauteroche, Crisp. méd. III, 4. La tête d'une femme est comme une girouette Au haut d'une maison, qui tourne au premier vent, Molière, le Dép. IV, 2. Et [pensez-vous] quand nous nous mettons quelque chose à la tête, Que l'homme le plus fin ne soit pas une bête ? Molière, Éc. des mar. I, 2. C'est une idée qui m'avait passé une fois par la tête, Molière, Impromptu, 1. Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tête, Molière, Fem. sav. II, 9. J'admire Jupiter, et je ne comprends pas Tous les déguisements qui lui viennent en tête, Molière, Amph. Prologue. Tout ce que vous lui direz sera inutile ; elle s'est mis cela dans la tête, Molière, Festin, II, 5. Ce vulgaire dessein [vous marier] vous peut monter en tête ? Molière, Fem. sav. I, 1. Faites, faites, monsieur, les choses à ma tête, Molière, ib. v, 3. J'ai jeté tout cela dans la tête de la Troche, Sévigné, 232. Si Vardes passe à Grignan, comme il me le mande, mettez-lui dans la tête de venir à Vichy, Sévigné, 353. La reine a été deux fois aux Carmélites avec Mme de Montespan, où cette dernière se mit à la tête de faire une loterie, Sévigné, 29 avr. 1676. N'admirez-vous point… de quelle manière les choses entrent différemment dans la tête ? Sévigné, 22 mars 1680. Mme de la Fayette… a dans la tête que vous ne preniez point … l'esprit ni les pensées de Provence, Sévigné, 12 janv. 1689. Elle [la grande-duchesse de Toscane] a dans la tête Mme de Céreste, comme la plus… extravagante personne qu'elle ait jamais vue, Sévigné, 26 juill. 1675. Lorsqu'on a mis dans la tête d'un peuple ignorant que tout est si clair dans l'Écriture, qu'il y entend tout ce qu'il y faut entendre…, Bossuet, Var. VII, 66. Ce pélagianisme… que M. de Jurieu impute à l'Église romaine, n'est assurément que dans sa tête, Bossuet, 2e avert. 18. J'avais tellement le jeu dans la tête, Hamilton, Gramm. 3. Je me suis mis dans la tête que chaque étoile pourrait bien être un monde, Fontenelle, les Mondes, 1er soir. â propos de quoi me supposez-vous l'amour en tête ? je n'ai pas ce bonheur ou ce malheur-là, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 29 août 1764. Le dérangement de la tête influe sur le cœur, et le dérangement du cœur sur la tête, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 1er juin 1759. Il y a peu d'hommes dont la tête ait moins senti l'influence de la vieillesse, Condorcet, Maurepas. Vous connaissez ma tête ; vous le savez, je suis extrême en tout, Genlis, Ad. et Th. t. I, p. 365, dans POUGENS. Il faut que je parle à ces novices ; il s'agit de leur remettre la tête, Genlis, Théât. d'éduc. Cécile, sc. 1. Je vous préviens.. que sa tête est légère, qu'il est étourdi, inconséquent et vain, Genlis, ib. Zélie, III, 2. Toujours des idées romanesques en tête, Beaumarchais, Barb. de Séville, III, 4. Moi, messieurs, j'ai une pauvre tête, peu de jugement ; j'ai été gâté par ma mère, Picard, Deux Philiberts, III, 13.

    Mettez-vous bien dans la tête que, soyez bien convaincu, bien persuadé que. Mettez-vous bien dans la tête, baron, que les femmes ne s'aiment guère, et qu'en particulier la comtesse me hait, Saurin, Mœurs du temps, sc. 1.

    Il a la tête dure, il ne peut rien apprendre.

    Avoir la tête dure, signifie aussi être rebelle, opiniâtre. Vous êtes un peuple d'une tête dure, Sacy, Bible, Exode, XXXIII, 3.

    Il a la tête encore trop faible, il ne peut s'appliquer.

    Avoir martel en tête, avoir dans l'esprit des choses qui inquiètent.

    On dit dans le même sens : Cela lui met martel en tête, lui donne martel en tête ; il en a martel en tête.

    En faire à sa tête, agir à sa tête, faire, agir suivant sa propre volonté. Mais que dorénavant on me blâme, on me loue, Qu'on dise quelque chose, ou qu'on ne dise rien, J'en veux faire à ma tête ; il le fit et fit bien, La Fontaine, Fabl. III, 1. Doucement, doucement, petit garçon, soyez sage. - Je n'en ferai qu'à ma tête, Dancourt, Com. des coméd. Amour charl. III, 17.

    On a dit dans le même sens : faire par sa tête. M. Amelot se pique de tout faire par sa tête, D'Argenson, Mémoires, t. II, p. 131.

    Donner dans la tête, inspirer une passion. Ribaldos lui avait donné dans la tête sans qu'elle en sût rien, Voltaire, Cosi sancta.

    Faire un coup de tête, faire sans réflexion une chose hardie.

    Faire des coups de tête, faire des étourderies.

    Faire un coup de sa tête, se déterminer de soi-même, sans prendre conseil. Qu'on me traite partout du plus grand des faquins, S'il est aucun respect ni pouvoir qui m'arrête, Et si je ne fais pas quelque coup de ma tête, Molière, Tart. III, 1.

    Avoir de la tête, avoir du jugement et du calme. Vous avez de la tête, du jugement, du discernement, Sévigné, 432. On dit dans un sens contraire : n'avoir pas de tête, avoir peu de tête Tout cela arrivait par le peu de tête du chef, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 97, dans POUGENS.

    C'est un homme de tête, c'est un homme qui réunit la capacité à la fermeté. On voit ici ce que peut dans une république, dans un État, un homme de tête et de bon conseil, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 386. M. Oronte est homme d'esprit, homme de tête ; ce n'est point à lui qu'il faut se jouer, Lesage, Crispin rival, sc. 14.

    Avoir de la tête, signifie aussi être opiniâtre, capricieux. C'est une bonne femme, mais elle a de la tête.

    Conserver sa tête, garder le sang-froid nécessaire pour prendre un parti.

    On dit dans le sens contraire : perdre la tête, n'avoir plus sa tête, n'avoir plus la tête à soi. Le lâche qui perd la tête et la raison dans le danger, Genlis, Ad. et Th. t. I, p. 145, dans POUGENS. Le comte : Je ne lui demande rien. - Figaro : Que la quittance de mes cent écus : ne perdons pas la tête, Beaumarchais, Barb. de Séville, IV, 8.

    La tête lui tourne, faire tourner la tête, voy. TOURNER.

    Il a une bonne tête, il a la tête bonne, il a de la force d'esprit et une raison solide. Il avait à beaucoup d'égards ce qu'on appelle une bonne tête, Staël, Corinne, I, 3.

    Avoir la tête chaude, prendre feu, s'emporter aisément. Ma femme bien souvent a la tête un peu chaude, Molière, Fem. sav. II, 5. Je n'aurai pas la tête assez chaude pour me fâcher, Voltaire, Lett. d'Argental, 31 juillet 1769.

    Cet homme a la tête froide, il conserve son sang-froid.

    Avoir la tête légère, être étourdi, inconstant. Nous avons, je le vois, la tête un peu légère, Gresset, Méchant, III, 9.

  • 28Tête se dit pour personne douée de telle ou telle qualité. Si vous en consultiez des têtes bien sensées, Elles vous déferaient de ces belles pensées, Corneille, Nicom. II, 3. M. de Pompone… je n'ai jamais vu une tête si bien faite, Sévigné, 394. Les têtes les plus froides sont les plus animées dans les grandes occasions, Voltaire, Jenni, 2. Saint Paul et saint Augustin, dit le fougueux jésuite, étaient des têtes chaudes qu'on mettrait aujourd'hui à la Bastille, Duclos, Œuv. t. v, p. 124.

    Une bonne tête, une forte tête, personne d'un esprit droit, de jugement, de capacité. Les bonnes têtes vous diront ce qu'il leur semble de votre retour ; je ne veux pas que vous m'en croyiez, croyez-en M. de la Garde, Sévigné, 2 nov. 1673. On en était convenu avec les meilleures têtes de l'assemblée, Bossuet, Lett. 97. Eumène était un homme ferme et la meilleure tête de tous les capitaines d'Alexandre, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 75. Vous autres, fortes têtes, Vous voilà ; vous prenez tous les gens pour des bêtes, Gresset, Méch. I, 4. C'est une tête carrée se dit d'un homme qui a un jugement juste et solide.

    Une tête sage, rassise, posée, personne d'un jugement droit, d'une imagination réglée.

    Une tête faible, personne qui se laisse entraîner par l'imagination, par la terreur, qui se laisse aller trop facilement à tout ce qu'on lui suggère.

    Une tête folle, un extravagant, un jeune homme étourdi, inappliqué.

    Une tête légère, personne qui a peu de suite et de tenue dans les idées, dans la conduite.

    Une tête à l'évent, personne qui manque de jugement, de conduite, dont l'esprit est frivole et le caractère léger.

    On dit de même : tête éventée, écervelée, sans cervelle, de linotte, de girouette.

    Absolument, c'est une tête, se dit quelquefois d'une personne qui manque de jugement, de conduite. Point de nouvelles de Sirven, sinon qu'il est à Toulouse… autre tête encore que ce Sirven ; le monde est fou, Voltaire, Lett. Beaumont, 24 janv. 1770.

    Tête de fer, se dit d'un homme d'une opiniâtreté invincible. Le baron Grothusen remarqua que les Turcs ne mêlaient dans leurs cris aucune injure contre le roi, et qu'ils l'appelaient seulement tête de fer, Voltaire, Charles XII, 6.

    Une tête de fer signifie aussi un homme qui supporte le plus pénible travail de cabinet. C'est une tête de fer, il étudierait vingt heures par jour.

    Mauvaise tête, personne sujette à beaucoup d'écarts et de travers dans sa conduite ou dans ses opinions. Ah, fi, comme vous dites, des mauvaises têtes ! cela gâte tout, et ruine même la société, Sévigné, 29 janv. 1690.

    Mauvaise tête se dit aussi d'un homme qui prend facilement querelle et duel.

  • 29Tête se dit aussi, avec une épithète, de personnages occupant quelque position importante. Les choses en demeurèrent là par la difficulté de soutenir un mensonge si fort avéré par tant de gens principaux et des premières têtes, Saint-Simon, 10, 123. Plusieurs bons bourgeois, plusieurs grosses têtes qui se croient de bonnes têtes, vous disent avec un air d'importance, que les livres ne sont bons à rien, Voltaire, l'Homme aux 40 écus, Proportions.

    Têtes de corps, s'est dit pour ce qu'on appelle maintenant cadre, en termes militaires. Il n'y a d'autre moyen pour former cette armée que de rappeler quelques-unes de vos troupes d'Allemagne, afin d'avoir au moins des têtes de corps, et de faire augmentation de milices pour les y incorporer [1742], Corresp. de Louis XV et de Noailles, t. I, p. 7.

  • 30 Fig. Saine raison. Perdre la tête. Sa tête n'y est plus. La tête est partie. Vous voyez bien, messieurs, qu'il n'a pas sa tête, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 1er juill. 1778. Je crus m'apercevoir que, dans certains moments, il n'avait pas entièrement sa tête, Genlis, Ad. et Th. t. II, p. 408, dans POUGENS.

    Il a encore toute sa tête, il a conservé toute sa tête, se dit d'un vieillard, d'un malade qui garde toutes ses facultés intellectuelles. Elle est visiblement mieux : plus d'assoupissement, toute sa tête, un son de voix naturel, Genlis, Vœux témér. t. III, p. 243, dans POUGENS.

    On dit au sens contraire : il n'a plus de tête ; il n'a plus sa tête.

    C'est une tête perdue, c'est une personne qui montre de l'égarement dans sa conduite, dans ses discours.

    Il a la tête mal timbrée, la tête fêlée ; il a un coup de hache, de marteau à la tête, se dit d'un homme léger, étourdi, bizarre, extravagant.

    On dit dans le même sens : c'est une tête fêlée, c'est une tête mal timbrée.

    Il a des chambres vides à louer dans la tête, se dit d'un homme dont la raison n'est pas saine.

    Autrefois on disait qu'un homme a la tête verte, que c'est une tête verte, pour exprimer qu'il est brusque et évaporé. Pourvu qu'il demeure d'accord qu'il a la tête verte, Sévigné, 23 oct. 1676.

  • 31Têtes rondes, nom par lequel les cavaliers ou partisans de la cour, pendant la guerre de Charles Ier et jusque sous Charles II, désignèrent leurs ennemis, les parlementaires ; il fut plus tard remplacé par celui de whig. Ce sobriquet de tête ronde fut d'abord donné aux Écossais, parce qu'ils avaient les cheveux rasés de fort près (LEGOARANT).

    Têtes blanches, turbans, Turcs. Envoyez cent mille écus à deux favoris du grand seigneur, et, avant qu'il soit six mois, on verra toute l'Italie si pleine de têtes blanches que ses calamités et misères nous feront trop plus de pitié que leurs ruses et finesses ne nous donneront de crainte, Mém. de Villeroy, t. III, p. 98, dans LACURNE.

  • 32Chef. L'empire est à donner, et le sénat s'assemble Pour choisir une tête à ce grand corps qui tremble, Corneille, Pulch. I, 1. Sur moi seul doit tomber l'effort de la tempête ; Quand le bras a failli, l'on en punit la tête ; Qu'on nomme crime ou non ce qui fait nos débats, Sire, j'en suis la tête, il n'en est que le bras, Corneille, le Cid, II, 9. Ainsi Rome n'était pas proprement une monarchie ou une république, mais la tête d'un corps formé par tous les peuples du monde, Montesquieu, Rom. 6. Alors on regardait l'Europe comme un corps à deux têtes ; et ces deux têtes étaient l'empereur et le pape ; les autres princes n'étaient regardés aux diètes de l'empire et aux conclaves que comme des membres qui devaient être des vassaux, Voltaire, Mœurs, 70.
  • 33 Par analogie, sommet, sommité. Qui ne sait de quelles tempêtes Leur fatale main autrefois, Portant la foudre de nos rois, Des Alpes a battu les têtes ? Malherbe, IV, 5. L'arbre étendit trop loin ses branches, et la tête se sécha, Montesquieu, Espr. XXXI, 32. En Suisse, où les têtes des premières montagnes sont couvertes d'une verdure abondante et fleurie, Buffon, Quadrup. t. v, p. 81. Cette fumée enveloppe constamment la tête du volcan, et se répand sur ses flancs en brouillard ténébreux, Buffon, Min. t. III, p. 76. En continuant de marcher au sud, je passai sur une tête de rocher composée en entier de delphinite, Saussure, Voy. Alpes, t. VIII, p. 216.
  • 34Il se dit de ce qui est comparé à une tête.

    La tête d'un compas, la partie ronde où les deux jambes du compas sont assemblées par une charnière.

    La tête d'un marteau, partie du fer d'un marteau qui ne se termine pas en pointe. Il y a des marteaux à deux têtes.

    On dit de même : la tête d'une coignée.

    Boulet à deux têtes, boulet ramé. Les boulets à deux têtes valent douze à quinze livres le cent, Corresp. de Colbert, III, 2, p. 311.

  • 35 Terme d'anatomie. L'extrémité arrondie de certains os longs, comme le fémur, l'humérus. Les têtes des os, qui se durcissent les dernières et qui sont les parties les plus éloignées du milieu, sont aussi les parties les plus grosses de l'os, Buffon, Hist. nat. Hom. Œuv. t. IV, p. 345.

    La portion la plus volumineuse de certains organes mous. La tête de l'épididyme.

    La tête d'un muscle, son attache supérieure.

  • 36Dans les plantes, assemblage d'organes réunis en un faisceau terminal ou formant un ensemble arrondi. C'est dans la cavité même de la tête du chardon que notre chenille se transforme en chrysalide, Bonnet, Observ. 19e, Insect. La tête du cocotier se couronne de dix ou douze feuilles ailées, Raynal, Hist. phil. I, 17.

    Cet oranger fait bien sa tête, la tête en est bien garnie et bien ronde.

    Il se dit de l'extrémité d'en haut. Des têtes de pavots, d'artichauts, ou de pavot, d'artichaut.

    Il se dit dans d'autres plantes, de l'extrémité d'en bas, qui est dans la terre. La tête d'un oignon. La tête d'un poireau.

    Se dit de la réunion de tous les aulx, de toutes les gousses qui ont crû ensemble.

    Tête de la racine, le point de celle-ci qui touche à la tige.

    Dans certains fruits, l'extrémité opposée à la queue. Cette pomme commence à se pourrir par la tête. Poire à deux têtes.

  • 37Extrémité ou partie antérieure d'un objet, d'un instrument quelconque. Tête d'écouvillon, de refouloir, de lanterne.

    La tête d'un clou, d'une vis, l'extrémité ronde ou aplatie qui est opposée à la pointe. Il y a de l'indigence d'esprit à dire également la tête d'un clou, la tête d'une armée, Voltaire, Dict. phil. Langues.

    Clou, vis à tête perdue, clou, vis dont la tête n'excède point la surface de ce qu'ils attachent ou retiennent.

    Tête à la romaine, se dit de la sommité d'une grosse vis, qui est sphérique et percée d'un trou pour la faire tourner.

    Têtes de clous, nom qu'on donne en imprimerie à des caractères usés.

    La tête d'une épingle, l'extrémité ronde opposée à la pointe.

    La tête d'une aiguille, le bout du chas.

    Premier assemblage des pièces de bois d'un train à flotter.

    Petit bout d'un pain de sucre.

    Extrémité d'une bougie, d'une chandelle, par où on l'allume.

    Tête d'un filet, partie supérieure d'un filet qui est tendu verticalement.

    Tête d'un instrument à cordes, le haut du manche, où s'attachent les chevilles.

    Tête de filon, son affleurement.

    Tête de sonde, la partie supérieure d'une sonde.

    Partie de pavé au-devant de deux ruisseaux circulaires qui se réunissent pour n'en former qu'un.

    Terme de tapissier. Le haut d'un rideau.

    En artillerie, tête d'affût, bande en fer qui recouvre la partie antérieure des flasques d'un affût.

  • 38 Terme de marine. Partie avancée ou placée de l'avant. Tête de bossoir. Tête de rade.

    La tête d'un mât, du gouvernail, leur extrémité supérieure.

    Tête d'alouette, se dit d'une espèce de nœud.

    Faire tête à son ancre, se dit d'un bâtiment qui est placé dans la direction de son ancre et de son câble.

    Tête du vent, instant où le vent commence à souffler

    De tête en tête, se dit de la longueur d'un navire mesurée de la tête de l'étrave à celle de l'étambot, ou encore de ses extrémités les plus éloignées.

  • 39 Terme de musique. La tête d'une note, la partie la plus grosse et la plus apparente, dont la position sur la portée détermine quelle est la note.
  • 40 Terme d'astronomie. La tête d'une comète, nébulosité plus ou moins lumineuse qui semble former le corps de l'astre, par opposition à la queue qui est une traînée lumineuse située à la partie opposée.

    Tête du dragon, nœud ascendant de la lune.

  • 41 Terme d'architecture. Tête de nef, la partie antérieure d'une nef.

    Tête de voussoir, la partie antérieure d'un voussoir.

    Tête de mur, l'épaisseur d'un mur à son extrémité.

    Terme de charpenterie. Tête de chevalement, pièce de bois posée horizontalement sur deux étais pour porter un mur, un plancher, un pan de bois chevalé.

    Tête de cabestan, la partie de l'axe qui est percée de mortaises pour le faire mouvoir.

    Terme de serrurerie. Tête de pivot, partie saillante d'un pivot à équerre.

  • 42 Terme de guerre. La tête de la tranchée, l'endroit qui est le plus avancé du côté de la place assiégée.

    La tête du camp, la partie du camp qui regarde le terrein destiné pour y mettre les troupes en bataille. On tire de la prison ce chef infortuné avec sept cents prisonniers qui y étaient avec lui, et on les fait venir à la tête du camp ; Giscon est exécuté le premier, et tous les autres ensuite, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I p. 355, dans POUGENS.

    Tête de pont, ouvrage élevé sur la rive ennemie d'une rivière, pour couvrir des ponts, et assurer à une armée le passage d'une rive à l'autre.

    On dit : les deux têtes du pont, quand le pont est fortifié des deux côtés.

    Tête de défilé, le bout qui regarde l'ennemi.

  • 43Au trictrac, la flèche du coin.
  • 44Il se dit de ce qui sert de commencement. La tête d'un canal, d'un bois. Tête de chapitre. Il n'y a presque point de mots dont la sévérité de cette dame ne veuille retrancher ou la tête ou la queue, pour les syllabes déshonnêtes qu'elle y trouve, Molière, Critique, 6. La première personne qui se présente [dans une généalogie] est un fort grand seigneur, il y a plus de cinq cents ans, des plus considérables de son pays, dont nous trouvons la suite jusqu'à nous ; il y a peu de gens qui puissent trouver une si belle tête, Sévigné, à Bussy, 22 juillet 1685. Arrivé avec son armée à la tête de deux chemins, dont l'un conduit à Jérusalem, l'autre à Rabbath, capitale des Ammonites, ce prince incertain et flottant délibère lequel il prendra, Rollin, Hist. anc. Préface.

    En tête ou à la tête, au commencement, au frontispice. Cette morale qui a en tête un Dieu crucifié, Pascal, Pensées pour les Provinciales, I, éd. FAUGÈRE. Quoi ! mes pères ! afficher vous-même dans Paris un livre si scandaleux, avec le nom de votre père Meynier à la tête, Pascal, Prov. XVI. La préface qu'ils mirent à la tête de leur confession de foi, Bossuet, Var. 11. En Angleterre, le parlement qui fit mourir Charles Ier sur un échafaud, commença par mettre le nom du prince à la tête de toutes les résolutions qu'il prenait pour le perdre, Voltaire, Charles XII, 2.

    Terme d'imprimerie. Ligne de tête, celle qui est ordinairement occupée par le titre courant, et par le numéro ou folio de la page.

    Terme de commerce. Avoir tête et queue, se dit d'une pièce d'étoffe qui n'a point été entamée.

    Terme de chemin de fer. Fourgon de tête, fourgon à bagages qui est placé immédiatement après le tender.

  • 45La tête d'une station de fiacres, l'endroit où elle commence.

    Se dit quelquefois de la voiture qui est la première de la file. Prendre la tête. Faire marcher la tête.

  • 46 Terme de chemin de fer. Têtes de ligne, le point d'où part un chemin de fer et celui où il aboutit. Paris et Brest sont les deux têtes de ligne du chemin de fer de l'Ouest.

    Fig. Paris est tête d'opinion, comme, en langage de chemins de fer, il est tête de ligne, E. de Girardin, la Liberté, 26 mai 1869.

  • 47 Terme de marine. Tête d'une ligne de bataille, le premier ou les premiers vaisseaux de cette ligne. Le Fortuné menait la tête, Il aborda celui de la tête des Hollandais ; mais, ses grappins ayant rompu, les vaisseaux se séparèrent, Rapport de J. Bart, 11 juill. 1694, dans JAL.
  • 48Partie d'une armée. d'une colonne de troupe, d'un cortége, etc. qui marche la première. La tête du cortége. Peut-être il vaudrait mieux, en tête d'une armée, Faire parler pour moi toute ma renommée, Corneille, Héracl. II, 7. S'il [le peuple] le voit à sa tête, il en fera son roi, Corneille, Nicom. v, 5. Je perdis un de mes frères, qui fut tué à la tête ou régiment de la reine, dragons, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 239, dans POUGENS. La tête de l'armée ayant décampé, Mairan, Élog. du Card. de Fleury. Les boulets traversaient de tête en queue sa colonne, Ségur, Hist. de Nap. XI, 7.

    Il fut cassé à la tête de sa compagnie, en présence de sa compagnie, devant les premiers rangs. Entre nous, l'État n'a pas grand besoin de vous, puisqu'il vous a remercié de vos services à la tête de votre compagnie, Regnard, Attendez-moi sous l'orme, 9.

    Ce régiment a la tête de tout, il forme l'avant-garde de toute l'armée.

    Fig. Tenir la tête, se dit, dans le cours d'un scrutin, du candidat qui a le plus de voix.

    À la tête de, à la première place, au premier rang, le plus souvent avec l'idée de commandement ou de supériorité. Elle marche comme un général à la tête d'une armée royale, Bossuet, Reine d'Anglet. Toujours grand dans l'action et dans le repos, il parut à Chantilly comme à la tête des troupes, Bossuet, Louis de Bourbon. Les Volsques, toujours battus par les Romains, espérèrent de se venger, ayant à leur tête le plus grand homme de Rome [Coriolan], Bossuet, Hist. III, 6. La cour rassemblait alors un assez grand nombre de gens illustres par l'esprit, MM. Racine, Despréaux, de la Bruyère, de Malezieu, de Court ; M. de Meaux était à la tête, Fontenelle, Malezieu. Génie rare [Galilée] et dont on verra toujours le nom à la tête de plusieurs des plus importantes découvertes sur lesquelles soit fondée la philosophie moderne, Fontenelle, Viviani. Phidias mérite, par bien des raisons, d'être mis à la tête des sculpteurs, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re part. p. 82. Le célèbre philosophe Leibnitz… qui s'était mis en Allemagne à la tête d'une école opposée [à Newton], attaqua ces expressions du philosophe anglais [espace pur, durée], Voltaire, Phil. Newt. I, 2. Pierre Alexiovitz, qui, vingt ans auparavant, n'avait pas une barque dans la mer Baltique, se voyait alors maître de cette mer, à la tête d'une flotte de trente grands vaisseaux de ligne, Voltaire, Charles XII, 7. Vous êtes à la tête de la bonne compagnie, et je vis dans la retraite, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 26 juill. 1764. Les premiers qui marchent dans une carrière restent toujours à la tête des autres dans la postérité, Voltaire, Lett. Faugères, 3 mai 1776.

    Être à la tête des affaires, en avoir la direction. Ceux qui sont à la tête des grandes affaires, ne trouvent pas moins d'embarras dans leur propre parti que dans celui de leurs ennemis, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 388, dans POUGENS. Ce peuple [Athéniens], qui tous les jours met à la tête de ses affaires des gens que je ne voudrais pas mettre à la tête des miennes, Barthélemy, Anach. ch. 27.

    On dit de même : être à la tête d'une maison, d'une administration, d'une entreprise, etc. Je suis à la tête d'une bonne manufacture de fer étamé et de cuivre, Voltaire, Jeannot et Colin. Sétoc fut appelé du fond de l'Arabie pour être mis à la tête du commerce de Babylone, Voltaire, Zadig, 21.

    Familièrement. Être à la tête de, posséder. Si l'on se souvient que je suis à la tête de quatre mille livres de rente, Marivaux, Pays. parv. 7e part.

  • 49 Particulièrement. Corps de troupes qui s'avance vers quelque endroit, soit pour s'opposer à l'ennemi, soit pour lui dérober la connaissance de quelque chose (sens aujourd'hui peu usité). L'armée montra une tête de ce côté-là.
  • 50Têtes de vin, les premières cuvées des meilleurs vins de Bourgogne et de Champagne.

    Tête du blé, le blé de la meilleure qualité.

  • 51Tête de chat, petit moellon que l'on a trop arrondi.

    Tête de moine, sorte de fromage du Cantal, de forme entièrement ronde.

    Bourrelet qui est formé à l'extrémité d'une glace coulée.

    Tête de palastre, bout de chaque serrure qui affleure l'épaisseur de la porte et dans lequel est pratiqué le passage du pêne.

    Terme de marbrier. Partie saillante formée par un élégissement dans un travers de cheminée, etc.

  • 52Ancien terme de chimie. Tête-morte, résidu ; on dit plus souvent : caput mortuum. Je vois des mixtes, tels que les végétaux et les animaux, que je décompose et dont je tire quelques éléments grossiers, l'esprit, le phlegme, le soufre, le sel, la tête-morte, Voltaire, Phil. Newt. I, 8.

    Fig. Peut-être dans tous ces creusets des philosophes y a-t-il une ou deux onces d'or ; mais tout le reste est tête-morte, fange insipide dont rien ne peut naître, Voltaire, Dict. phil. Philosophie, IV.

  • 53Tête-de-More, vaisseau de cuivre étamé en dedans, qui sert dans quelques distillations (avec une M majuscule).
  • 54 Terme de relieur. La tête de nègre, couleur noire tirant sur le bleu, avec un reflet rougeâtre.
  • 55Tête d'âne, la centaurée scabieuse.

    Tête de carpe, espèce d'agaric.

    Tête de coq l'hedysarum caput galli, Linné.

    Tête de mort, l'antirrhinum orontium, L.

  • 56Tête d'araignee, nom marchand d'une coquille univalve, le murex tribule.

    Tête de barbet, nom marchand d'une coquille univalve, le murex noueux de Linné, devenu la cérite ou mieux la cérite goumier de Bruguière. Il est appelé en Languedoc le tutarel.

    Tête de bécasse, nom marchand d'une coquille univalve, le murex haustellum (mer des Indes et Moluques) de Linné.

    Tête de fourmilier ou de tamanoir, espèce de coquille, la pyrrhule canaliculée, univalves de Lamarck, murex canaliculé (mers glaciales, Canada) de Linné, appelé aussi tête d'Isis.

    Tête de requin, nom vulgaire d'une coquille univalve, le casque bourse, que l'on trouve dans l'île de l'Ascension.

    Tête de serpent, espèce de coquille univalve, le strombe lentigineux qu'on nous apporte de l'océan Indien, Legoarant

  • 57Tête armée, nom donné par Geoffroy à l'aphodie fouisseur, coléoptères, de Fabricius.
  • 58Tête d'âne, ou âne, nom donné, dans les départements méridionaux, au chabot ou cotte goujon, acanthoptérygiens.

    Tête de lièvre, espèce de poisson, le gobie lagocéphale, acanthoptérygiens. Tête nue, nom distinctif de l'esox gymnocéphale de Linné, malacoptérygiens abdominaux, lequel fait actuellement partie du genre érythrine.

    Tête de tortue, le tétraodon testudiné, plectognathes ; il habite les mers de l'Inde, Legoarant

  • 59Tête fourchue, basilic d'Amboine, nom donné par Lacépède au lophyre fourchu (sauriens) d'Oppel (île d'Amboine).

    Tête de chien, espèce de boa.

    Tête noire, espèce de couleuvre.

    Tête plate, espèce de gecko.

  • 60Tête blanche, le suiriri, oiseau d'Amérique.

    Tête noire, nom donné à quelques oiseaux. Fauvette, bouvreuil à tête noire.

    Grosse tête, bouvreuil et gros-bec (Picardie).

  • 61De tête, loc. adv. De mémoire, d'imagination. Faire un paysage, un portrait de tête. Il [Crébillon] imaginait des sujets de romans qu'il composait ensuite de tête et sans les écrire ; car sa mémoire était aussi prodigieuse que sa paresse était insurmontable, D'Alembert, Élog. Créb.

    Agir de tête, payer de tête, prendre son parti de sang-froid, avec résolution, dans une occasion difficile.

  • 62Tête à tête, loc. adv. seul à seul. Pour être tête à tête, on n'en est pas moins sage, Hauteroche, les Appar. tromp. I, 6. Quoi ! l'on ne peut jamais vous parler tête à tête ? à recevoir le monde on vous voit toujours prête, Molière, Mis. II, 3. Elle [la maréchale de Clérenbaut] perdit mille louis contre le petit d'Harouys, tête à tête, Sévigné, 27 déc. 1679. Je m'en vais faire de grandes promenades toute seule tête à tête, comme disait Tonquedec, Sévigné, 63. Pardon de ce volume dont je vous ennuie ; que ne puis-je vous ennuyer tête à tête, et vous dire combien je vous suis attaché ! Voltaire, Lett. Richelieu, août 1750.

    S. m. Tête-à-tête, entrevue d'une personne avec une autre. J'évite le tête-à-tête avec cette comtesse ridicule dont vous m'embarrassez, Molière, Comtesse, 1. M. de Louvois a ménagé à Mme de Montespan un tête-à-tête avec le roi, Maintenon, Lett. à Mme de Fontenac, 1680, t. I, p. 71, dans POUGENS. Tu crois, dans les douceurs qu'un tendre amour apprête, Soutenir de Daphné l'éternel tête-à-tête, Voltaire, Disc. 4. Interromps ou préviens les trop longs tête-à-tête, Rousseau, Hél. IV, 13. Les amants qui ont usé le premier feu de la passion sont charmés qu'on coupe la longueur du tête-à-tête, Duclos, Œuv. t. VIII, p. 166.

    L'Académie, à tête-à-tête substantif, met ordinairement des traits d'union ; pourtant elle l'écrit aussi sans traits d'union. Ils ont dîné, ils ont été se promener maritalement en tête à tête, au mot maritalement.

  • 63Tête pour tête, loc. adv. se dit pour exprimer une rencontre inopinée ; l'un devant l'autre. Mme de B*** que je trouvai l'autre jour tête pour tête, Sévigné, 14 mars 1689. Il lui est arrivé plusieurs fois de se trouver tête pour tête à la rencontre d'un prince et sur son passage, La Bruyère, XI.
  • 64Ah ! tête ! par la tête ! espèce de jurement. Ils sont d'intelligence ; ah ! tête, Corneille, l'Illus. III, 10. Par la mort ! par la tête ! par le ventre ! si je le trouve, je le veux échiner, Molière, Scapin, II, 9. Ah ! tête ! ah ! ventre ! que ne le trouvé-je à cette heure avec tout son secours ! Molière, ib. II, 9.

PROVERBES

Grosse tête, peu de sens, la grosseur de la tête n'augmente pas la capacité de l'esprit.

Tête de fou ne blanchit jamais, se dit des personnes qui, ne faisant attention à rien et à personne, n'ont point de souci et ne prennent guère de cheveux blancs.

Le poisson commence toujours à sentir par la tête.

À laver la tête d'un More, à laver la tête d'un âne, on perd son temps et sa lessive, on perd sa peine à corriger un homme incorrigible.

Autant de têtes, autant d'opinions, autant de personnes, autant de manières de voir.

Mauvaise tête et bon cœur, les gens étourdis et emportés ont souvent un bon cœur. Tu crois te justifier en disant que tu as une mauvaise tête et un bon cœur ; belle excuse ! Picard, Deux Philiberts, I, 11.

Il est comme le bonnetier, il n'en fait qu'à sa tête, se dit d'un opiniâtre.

Une tête de mouton est une bisque de gueux.

Sa tête donne bien du mal à ses pieds, se dit d'un homme inquiet.

Quand on n'a pas bonne tête, il faut avoir bonnes jambes, se dit des gens étourdis, sujets à oublier, que leurs oublis forcent à courir beaucoup pour les réparer.

HISTORIQUE

XIe s. Dunc [il] rendra le chatel [l'avoir] e vingt sols pur la teste, Lois de Guill. 4. De noz ostages ferat trencher les testes, Ch. de Rol. IV.

XIIe s. Tous li moins courrouciez s'estoit bien aatis [résolu], Qu'ains [auparavant] i lairroit la teste que il fust asservis, Sax. XXVI.

XIIIe s. Comment que vilenages viennent, il se departent par teste, autant à l'un comme à l'autre, Beaumanoir, XIV, 11.

XIVe s. Girars ha male teste, mais bientost se revient ; à gens qui tost se muevent faire ainssin le convient, Girart de Ross. V. 945. Mais il le savoit bien estre de telle teste, Qu'il croyoit le consoil malvais plus que l'oneste, ib. V. 3211. Distribuant egalement et par testes, c'est à dire tant à I'un comme à l'autre, Bercheure, f° 22, verso.

XVe s. Et faisoit commander sur la teste, que nul ne mist devant les bannieres, Froissart, I, I, 41. Les compagnons qui ouïrent le comte et messire Gautier ainsi parler, mirent leurs testes ensemble [délibérèrent ensemble] et dirent l'un à l'autre…, Froissart, I, I, 217. Sitost qu'il le virent, ils commencerent à murmurer et à bouter trois testes en un chaperon, et dirent : Voici celui qui est trop grand maistre et qui veut ordonner de la comté de Flandre à sa volonté, Froissart, I, I, 248. Le roi d'Angleterre entendit aux paroles de ce comte dessus nommé si parfaitement, que oncques puis ne lui purent issir hors de la teste, Froissart, II, II, 237. Je suis informé de pieça que le roi de France a bien vingt mille hommes d'armes, ce sont soixante mille testes armées, Froissart, II, II, 185. Je n'en pensois pas moins ; car l'archevesque, où que il soit, a trop chaude teste, Froissart, II, III, 50. Vous savez… Que, quant une femme s'arreste à peu de chose ou autrement, Jamès n'en fera qu'à sa teste, Mistere d'Orleans, p. 462. Autres fois la teste lui fent De doleur…, Deschamps, Poesies mss. f° 252. Quand la teste Dieu jurera, Deschamps, ib. f° 32. Adonc un bourgois honourable Qui Jehan Maillart fut appelés… Dist au prevost, teste levée, Que jà clef ne seroit livrée, Deschamps, Miroir de mariage, p. 147. Ainsi escouterent, et le sire de Roqueton dist : j'ay bien oy gens qui sont entre cy et le pont ; or que nous ne facions point la teste sourde ; escoutons encores l'un çà l'autre là au coing de ceste haie, le Jouvencel, f° 62, dans LACURNE. [Louis XI] homme de teste, ouvrant de soy mesmes sans conseil de nulluy, Chastelain, Chr. des ducs de Bourg. II, 48. Ils devoient combatre de haches, et en ferir chascun quinze coups de la teste et martel, sans rien toucher de la pointe ny d'estoc, Math. de Coucy, Hist. de Charles VII, p. 555, dans LACURNE. Onques puis ne trouva le roy de France homme qui osast lever la teste contre luy, Commines, V, 1. Sergens armez dont chascun tenoit une arbalestre tendue, et avoit sur chascune encoche ung vireton de telle teste que pour froisser et tuer ung cheval, Perceforest, t. I, f° 37. Foy que doy les yeulz de ma teste, De son courroux forment m'ennuie, la Passion de N. S. J. C. … Vous estes Tenu l'une des saiges testes Qui soit en toute la paroisse, Patelin. Hélas ! j'ay usé par ci devant de ma teste, j'ay voulu suivre mon seul sens par trop d'obstination, l'Amant ressuscité, p. 535, dans LACURNE.

XVIe s. Ils ocioient ceulx qui s'opiniastroient à leur faire teste, Amyot, Lyc. 49. Des testes d'oignons, Amyot, Numa, 27. Il acorda que l'on eschangeroit les prisonniers en rendant 250 drachmes d'argent pour chasque teste, Amyot, Fab. 19. La premiere hostie immolée, le devin luy en monstra le foye qui n'avoit point de teste ; mais, à la seconde qu'il immola, se trouva une belle et grosse teste du foye, Amyot, Marc. 48. Le cheval jetta par terre son maistre tout armé de pied en teste comme il estoit, Amyot, Arist. 34. Et si dit on que à la veue de son capitaine il combatit teste à teste contre un des ennemis et le desfeit, Amyot, Mar. 3. Le gros bout du foye, qu'on appelle la teste, desfailloit, Amyot, Cimon, 33. Crier à pleine teste, Amyot, Nicias, 14. Ilz leur meirent au devant une teste de leurs hommes d'armes bardez et armez de toutes pieces, et espandirent leur chevaux legers çà et là à l'entour d'eulx, Amyot, Crass. 48. Il meit en teste à Agesilaus qu'il entreprist ce voyage, Amyot, Agés. 7. Les aulx ou oignons, et generalement toutes les plantes ayans teste, Paré, Animaux, 21. Passe temps : On luy avoit tout refusé [à un fol qui vient de prendre un morceau sur la table].Je pleige d'autant : Il en a de sa teste usé, Recueil de farces, p. 346. Je ne pense pas qu'on cognoisse les fols par la teste, encores qu'on die : il a la teste mal faite, Bouchet, Serées, III, p. 248, dans LACURNE. La vertu n'est pas plantée à la teste d'un mont coupé, rabotteux et inaccessible, Montaigne, I, 176. J'ay voulu que ces vers portassent votre nom en teste, Montaigne, I, 222. Il y a apparence que les Turcs ne voudroyent faire là leur teste [prendre cette ville pour point de résistance], Lanoue, 441. … Se saisir d'Orleans pour là dresser une grosse teste, si on venoit aux armes, Lanoue, 546. Un des plus braves gentils-hommes de ce royaume, et qui avoit du feu et du plomb en la teste, Lanoue, 564. J'ay desjà cinquante ans sur la teste, Lanoue, ib. M. le prince, estant deslogé, dressa sa teste vers la Normandie, Lanoue, 591. On fit un conseil de guerre de sept testes seulement, D'Aubigné, Mém. p. 137. Vous estes fils de serfs, et vos testes tondues Vous font ressouvenir de vos meres vendues, D'Aubigné, Tragiques, Princes. Les deux gros, n'aiant pris loisir que de prendre leurs sallades, donnent teste pour teste, D'Aubigné, Hist. I, 328. L'amiral avoit interrompu, disant avoir pour suspects ceux qui l'avoient condamné au gibet, et avoient mis sur sa teste 50 000 escus, D'Aubigné, ib. II, 15. Après plusieurs altercations, sur ce que Mirambeau ne se pourroit faire avouer des hardies paroles qu'il avoit prononcées, les desputez le prirent sur leur teste, D'Aubigné, ib. II, 252. Je vous apporterai cent doubles ducats à deux testes, D'Aubigné, ib. II, 332. Teste Dieu pleine de reliques [jurement], Brantôme, Cap. fr. t. I, p. 102. Ce fut un grand sujet de joye à toute l'armée de se voir ainsi portée de la teste à la queue [d'une fâcheuse situation à une bonne] en un moment par l'arrivée imprevue d'un chef dont l'attente avoit jusqu'alors soutenu ses esperances, Mém. de Tavannes, p. 196, dans LACURNE. Ce vieux et rusé capitaine [le prince de Parme] lui faisoit [ à Henri IV désireux d'engager une bataille] tousjours des testes d'infanterie [lui présentait toujours quelque infanterie pour l'arrêter], Sully, Mém. t. I, p. 425. Tenez chaud le pied et la teste, au demeurant vivez en beste, Cotgrave La maladie des enfants de Pavin, la teste plus grosse que le poing, Oudin, Curios. franç. Avoir des grillons en la teste, Oudin, ib.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TÊTE.
6Ajoutez :

Se monter la tête, se passionner (voy. MONTER, n° 38). Le lendemain il était recherché et fêté ; ses vers retentissaient dans le monde élégant et lettré, où l'on se montait la tête pour lui, selon le mot de Fontanes, Ch. de Mazade, Lamartine, dans Rev. des Deux-Mondes.

9Par-dessus la tête. Ajoutez :

Par-dessus la tête, en ne tenant pas compte de telle ou telle personne. Savez-vous comment s'est effectuée cette convention ? elle a été négociée et conclue aux Tuileries, par-dessus la tête du ministre des finances, par-dessus la tête de tous les ministres, Journ. offic. 15 mai 1872, p. 3246, 1re col.

65 En termes de marchand de houille, têtes-de-moineau, voy. GAILLETIN au Supplément.
66La tête bleue, papillon dit aussi le double oméga, bombyx caeruleocephala.
67 Terme militaire. Cheval de cavalerie supérieur aux autres. Chevaux de carrière et de manége, 1700 francs ; chevaux de tête, 1200 francs ; chevaux de troupe : réserve, 1000 francs ; ligne, 900 francs ; légère, 800 francs ; chevaux arabes : tête, 800 francs ; troupe, 600 francs, Journ. offic. 20 déc. 1873, p. 7947, 1re col. Pour se couvrir des risques et des frais de son industrie, l'éleveur devait compter sur l'appui de l'administration et le haut prix des chevaux de tête qu'il pouvait lui vendre, Bocher, Rapp. à l'Assemblée nationale, n° 1910, p. 82.
68Tête de mort, un peroxyde de fer. On range dans la même classe [oxydes de fer artificiels] les préparations que l'on désigne communément dans le commerce sous les noms de brun de Van Dyck et de rouge de Van Dyck ou tête de mort, et qui sont, du reste, de simples peroxydes de fer, Douanes, Tarif de 1877, note 356.
69Tête de chou, un chou pommé et faisant tête. Des têtes de choux ont été payées 5 shillings (6 fr. 25) la pièce [aux mines de diamant du Cap], Journ. offic. 18 mai 1872, p. 3339, 2e col.
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Tête : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TÊTE, s. f. (Anat.) la partie la plus haute du corps d’un animal. Voyez Corps & Animal.

Pline, & quelques autres anciens naturalistes, parlent d’un peuple appellé Blemmye, qui n’avoit point de tête. Voyez Blemmie.

Il est parlé dans les voyageurs & dans les géographes modernes, de certains peuples qui se rendent la tête aussi plate que la main, & qui mettent la tête de leurs enfans, dès qu’ils sont nés, entre deux presses, ou planches, sur le front & le derriere de la tête pour l’applatir. Ils demeurent dans la province de Cosaque, sur la riviere des Amazones, dans l’Amérique méridionale.

Les anatomistes regardent la tête comme le ventre le plus élevé du corps humain, & c’est elle qu’ils disséquent la derniere, parce que les parties qu’elle contient, sont moins sujettes à la corruption. Voyez Ventre.

On divise la tête en deux parties ; l’une est la partie chevelue, appellée en latin calvaria, qui est couverte de cheveux. Voyez Cheveux.

L’autre sans cheveux, qui est la face, ou le visage, appellée vultus par les Latins, & προσοπον par les Grecs, c’est-à-dire, regardant devant soi. Voyez Face.

On subdivise la premiere partie en quatre, savoir le front, qui est l’endroit le plus humide & le plus tendre, & que les médecins appellent sinciput, comme qui diroit, summum caput. Voyez Front & Sinciput.

Le derriere, appellé occiput, & par les Grecs ινιον, parce que tous les nerfs qu’ils appellent inés, prennent leur origine de-là. Voyez Occiput & Nerf.

Le milieu, ou le haut de la tête, appellé couronne, & par les anatomistes vertex a vertendo, parce que les cheveux tournent là en rond. Voyez Vertex.

Enfin les côtés sont appellés tempes, tempora, parce que c’est-là que le poil commence à blanchir, ou à montrer le tems ou l’âge de l’homme. Voyez Temple.

On donne à l’os, ou à la boëte osseuse qui renferme le cerveau, le nom général de crâne ; il est composé de huit os. Voyez Crane.

L’os du front s’appelle coronal, os de la poupe, ou sans vergogne ; d’où vient qu’on appelle les impudens, effrontés. Voyez Os du front, ou Frontal.

Les rois ont la couronne sur la tête dans les fêtes solemnelles ; les évêques la mitre. Voyez Couronne, Mitre, &c.

Les anciens cavaliers portoient un heaume, & les soldats un casque ou pot-en-tête. Voyez Heaume, Casque, &c.

Tête se dit aussi du sommet des arbres ou des plantes. Voyez Arbre & Elaguer.

On donne aussi le nom de tête à l’extrémité des os. Voyez Os.

Quand l’os a un bout rond qui avance en-dehors, soit apophyse ou épiphyse, on lui donne le nom de tête. Voyez Apophyse.

Si son principe est grele & s’élargit peu-à-peu, on l’appelle col. Voyez Col.

S’il aboutit en pointe, on l’appelle coronoïde ou coracoïde, à cause qu’il ressemble à un bec de corneille. Voyez Coronoïde, Coracoïde.

Quand cette tête est plate, on l’appelle condyle ou double tête, comme sont les extrémités des os des doigts. Voyez Condyle.

On dit aussi la tête d’un muscle, en parlant de son extrémité ; & on dit la tête du foie, en parlant de sa partie la plus élevée. Voyez Muscle.

Le sommet est appellé sinciput, ou bregma. Voyez Bregma.

L’os du derriere de la tête est appellé occipital, ou os de la proue. Voyez Occipital. Et ceux des tempes temporaux, ou os des tempes. Voyez Temporaux.

Les os qui composent le crâne, sont liés ensemble par des sutures. Voyez Suture.

La tête est le siege des principaux organes des sens, savoir des yeux, des oreilles, &c. Elle contient aussi le cerveau enveloppé de ses meninges, dans lequel on croit qu’est le siege de l’ame. Voyez Sens, Cerveau, &c.

La tête est mue par dix paires de muscles, savoir, le splénius, le complexus, le grand droit, le petit droit, l’oblique supérieur, l’oblique inférieur, le mastoïdien, le grand droit interne, le petit droit interne, & le droit latéral. Voyez la description de chacun de ces muscles aux noms qui leur conviennent.

Les Orientaux couvrent la tête d’un turban, & les Occidentaux d’un chapeau. Voyez Turban, Chapeau, & Bonnet.

Têtes, en Anatomie, nom de deux des tubercules quadrijumeaux. Voyez Quadrijumeaux.

Tête de coq, (Anatomie.) caroncule ou éminence qui est dans l’uretre, près de l’endroit où les vaisseaux séminaux envoient la semence dans ce canal. Son usage est, à ce que croyent la plûpart des anatomistes, d’empêcher que la semence ne cause un gonflement douloureux, en allant heurter contre l’orifice du côté opposé. (D. J.)

Tête des insectes. (Hist. nat. des insect.) partie antérieure de l’insecte. Nous ferons sur cette partie quelques légeres observations générales.

Il est si difficile de reconnoître la tête de divers insectes, qu’on seroit presque tenté de croire qu’ils n’en ont point du tout. Celle des uns est fort petite, à proportion de leurs corps ; & celle des autres est fort grande ; cette proportion entre la tête & le corps, n’est pas toujours la même dans le même insecte ; ceux qui l’ont écailleuse, l’ont petite chaque fois qu’ils doivent muer, & grosse chaque fois qu’ils ont mué : on en comprend aisément la raison ; les écailles l’empêchent de croitre tandis que le corps grossit, ce qui fait qu’alors sa grandeur relative par rapport au corps, diminue continuellement. Lorsque les insectes se disposent à muer, la substance de la tête d’un grand nombre, se retire dans leur cou & dans leur premier anneau ; là, n’ayant point ordinairement d’écailles qui la gênent, elle s’étend & grossit ; & lorsque l’animal a quitté sa vieille peau, on est surpris de lui voir une tête deux fois plus grosse qu’elle n’étoit auparavant. Comme l’insecte ne mange ni ne croît point tandis que sa tête se forme, on peut observer à son égard cette singularité que son corps & sa tête ont alternativement chacun leur tour pour croître ; ensorte que lorsque le corps ne croît pas, la tête croît, & que lorsque le corps croît, la tête ne croit pas.

Les têtes des insectes n’ont pas toutes la même figure : l’on en voit de rondes, de plates, d’ovales, de quarrées, de larges, de pointues ; les uns l’ont toute unie, les autres l’ont raboteuse, & quelques-uns comme les phalenes, y ont des poils.

On remarque encore beaucoup de diversité dans la situation de la tête des insectes ; elle est tout-à-fait visible chez les uns, & on a de la peine à la découvrir chez les autres ; il y a même plusieurs especes d’insectes qui peuvent faire entrer leur tête dans le corps, ensorte qu’il n’en paroisse absolument rien : tels sont plusieurs sortes de vers qui se changent en mouches ; tels sont encore les limaces & les limaçons.

Quelques-uns cachent leur tête sous leur dos, comme les tortues sous leurs écailles, & ils l’enveloppent tellement, qu’à peine peut-on la voir. C’est ainsi que plusieurs chenilles & scarabées, cachent leur tête sous l’écaille qu’ils portent sur le dos.

Enfin quoique le plus grand nombre des insectes portent la tête droite, il y en a cependant qui l’ont un peu inclinée, & c’est une remarque qu’on a faite dans les phalenes. (D. J.)

Tête, (Hist. nat. Botan.) les Botanistes disent que les fleurs ou les graines sont ramassées en maniere de tête, lorsqu’elles sont entassées par petits bouquets : c’est ce qu’on appelle en latin, flores in capitulum congesti. (D. J.)

Tête de dragon, (Hist. nat. Botan.) genre de plante d’Amérique, dont on ne connoît encore qu’une seule espece : voici ses caracteres. Son calice est long & tubuleux ; ses feuilles sont plus étroites que celles du pêcher ; le casque de la fleur est creux, entier, s’ouvrant & se fermant ; sa barbe est divisée en trois segmens, & chaque segment en deux ; ces segmens forment deux especes de mâchoires, ensorte que toute la fleur représente, en quelque maniere, la gueule ouverte d’un serpent, d’un dragon, ou plutôt est semblable à la digitale ; ses fleurs croissent en petites guirlandes ; deux ou trois forment la guirlande, & elles sont placées aux nœuds des tiges. Le pistil s’éleve du calice de la fleur, & est fixe en maniere de clou ; les quatres embryons qui l’environnent, mûrissent en autant de graines.

Cette plante est nommée draco-cephalon americanum par Brugnius, prod. 1. 34. digitalis americana, purpurea, folio serrato, dans les act. ac. reg. par. 79.

M. de la Hire prétend que les fleurs de cette plante amériquaine, ont une propriété singuliere ; c’est que si on les sait aller & venir horisontalement dans l’espace d’un demi-cercle, elles restent en quelque endroit que ce soit de cet espace, sitôt que l’on cesse de les pousser ; ce phénomene qui paroit étonnant, & que dans un autre siecle eût été regardé comme une merveille, dépend de la seule situation des fleurs, de leur figure, & de la maniere dont elles sont attachées à la tige de la plante qui les porte.

En effet, ceux qui connoissent cette plante, jugeront sans peine, en l’examinant, 1°. que le pédicule de la fleur faite en gueule étant mollet & flexible, il peut être facilement mû à droite & à gauche, sans être rompu, ce qui n’arrive pas aux fleurs des autres plantes, qui ont ordinairement leur pédicule roide & faisant du ressort ; 2°. que le pédicule de cette fleur, tendant à l’abaisser en bas, sa pesanteur y contribuant aussi, le calice s’appuie sur la petite feuille qui les soutient, & s’y accroche par les petits poils dont sa base est garnie ; ainsi toutes les fois que l’on fera mouvoir la fleur horisontalement, elle doit nécessairement s’arrêter dès que l’on cessera de la pousser ; ceux qui ne connoissent pas cette plante curieuse, en trouveront la représentation dans les mém. de l’acad. des Sciences, année 1712. Le fait dont on vient de parler, n’est que pour les curieux en général ; voici une autre observation de M. de la Hire pour les Botanistes en particulier.

Outre la forme d’une tête de dragon, à quoi M. Tournefort prétend que la fleur de dracocephalon ressemble, & en quoi il fait consister toute la différence générique qu’il établit entre ce genre de plante, & presque tous les autres, dont les fleurs sont en gueule (auxquelles succedent après que la fleur est passée, 4 semences renfermées au fond du calice de la fleur), M. de la Hire a remarqué, qu’il y a à la base des semences qu’elle porte, entre les graines & le côté inférieur du calice, une espece de dent pointue, courbée par le bout en-haut, arrondie par-dessous, creusée par-dessus, ayant une arrête dans le milieu suivant sa longueur. Cette partie se distingue aisément d’avec les embryons des semences, non-seulement par sa figure, mais par sa couleur ; on peut même l’appercevoir à la vue simple, quoique les embryons des semences soient encore très petits ; car elle a presque autant de volume elle seule, que les embryons en ont tous quatre ensemble, & elle excede ordinairement leur grandeur. (D. J.)

Tête d’une coquille, (Conchyl.) autrement dite clavicule ; c’est la partie pyramidale extérieure & intérieure d’une coquille tournée en spirale ; elle prend vers le milieu jusqu’au sommet. (D. J.)

Tête, c’est un mot usité dans les anciens écrits pour exprimer chef ou personne. Voyez Chef.

Ce mot est évidemment formé du mot pole ; la tête ou le chef étant, pour ainsi dire, le pole du microcosme. Voyez Pole.

C’est pourquoi les Anglois se servent du mot to poll, pour l’action de recueillir & d’écrire les noms des personnes qui donnent leur voix à une élection. Voyez Voter, Voix, Suffrage, Election, &c.

Tête, (Critiq. sacrée.) κεφαλή ; ce mot au figuré se prend dans l’Ecriture, 1°. pour commencement ; 2°. pour le point capital de quelque chose, Luc, x. 17. La pierre rejettée est la principale du coin. 3°. pour le chef qui gouverne, I. Rois. xv. 17. N’êtes-vous pas devenu le chef de toutes les tribus d’Israël ? 4°. pour la vie, I. Paral. xij. 10. David retournera à Saül sur le péril de notre tête ; 5°. pour état, royaume : Ephraim fortitudo capitis mei, psal. v. 9. Ephraim est la force de mon royaume ; 6°. pour origine, source de quelque chose, bras d’un fleuve ; 7°. il signifie poison ; il sucera la tête des aspics, Job, xx. 16.

Voici les façons de parler proverbiales mentionnées dans l’Ecriture. Aller la tête baissée, c’est gémir dans la tristesse, Jérém. ij. 10. courber la tête, c’est affecter un air mortifié. Le jeûne, dit Is. lviij. 5. consiste-t il à faire comme un cercle de sa tête, en baissant le cou ? Donner de la tête contre quelque chose, c’est s’obstiner à le faire avec entêtement. Les Juifs se sont opiniâtrés, dederunt caput, à vouloir retourner à leur premiere servitude. II. Esdras, ix. 17. Elever la tête de quelqu’un, c’est le mettre en honneur, IV. Rois, xxv. 27. Oindre la tête de quelqu’un avec des parfums, c’est le combler de toutes sortes de biens, Ps. xxij. 5. Lever la tête, c’est prendre courage, Eccles. xx. 11.

Branler la tête, exprime les différens sentimens dont on est affecté ; ainsi c’est quelquefois un signe de mépris & d’insulte. Sennacherib a secoué sa tête derriere vous, ô Jérusalem ! IV. Rois, xix. 21. D’autres fois c’est une marque de joie & de sensibilité. Les parens de Job, après sa guérison, vinrent s’en réjouir avec lui, & hochoient la tête sur lui, Job, xlij. 11.

Découvrir la tête, marquoit quelquefois le deuil, Levit. x. 6. & quelquefois aussi on se couvroit la tête dans des momens d’amertume. Le roi couvrit la tête, en s’écriant, mon cher fils Absalon ! II. Rois, xix. 4. (D. J.)

Tête, (Jurisprud.) on entend par-là celui qui prend une portion virile ou entiere dans une succession.

Faire une tête, c’est être compté pour une portion virile.

Succéder par têtes, c’est lorsque chacun des héritiers prend une portion virile ; au lieu que succéder par souches, ou par tige, c’est lorsque plusieurs héritiers, descendans d’une même souche, viennent par représentation de leur pere & mere, ou autre parent, & ne prennent tous ensemble que la part qu’auroit eu le représenté.

Pour savoir quand on succede par souches ou par tête, Voyez Représentation, Souche, Succession. (A)

Tête, s. f. (Art Numismat.) côté de la médaille opposé au revers. L’on voit peu de médailles antiques sans tête, c’est-à-dire sans qu’on y ait frappé la tête ou le buste, soit de quelque divinité, soit de quelque personnage humain ; ou bien il se rencontre sur ce côté de la médaille, quelque chose qui en tient lieu. Il se trouve aussi très-peu de médailles antiques sans revers, à moins qu’elles ne soient incuses.

Les têtes se connoissent d’abord par la légende ; mais les ornemens qui les accompagnent, sont autant d’énigmes capables d’embarrasser par leur obscurité, si l’on n’a au-moins les premieres notions de la science des antiquaires. C’est à tracer ces premieres notions, à l’égard de têtes, que cet article est destiné.

Les têtes ou personnages qui se voient sur les médailles, sont quelquefois de simples têtes qui finissent avec le col ; quelquefois ce sont des bustes avec les épaules & les bras ; quelquefois des figures à mi-corps. Chacune de ces positions reçoit des ornemens différens.

Les simples têtes sont quelquefois toutes nues, d’autres fois couvertes en diverses façons.

Nous ne parlerons point de celle des femmes, parce qu’il n’est pas possible de donner de noms propres à leurs différentes coëffures. On ne peut que les connoître à l’œil, & les exprimer ensuite par des noms qui aient quelque analogie aux coëffures modernes : cependant on trouvera dans le Valesiana, pag. 99. 103. un petit article sur les coëffures qui se voient sur les médailles des impératrices. Ce léger essai auroit dû porter des antiquaires à faire quelques recherches sur les différentes coëffures qui ont été en usage, tant dans le haut que dans le bas Empire ; mais personne n’y a songé.

Dans les médailles impériales, lorsque la tête est toute nue, c’est ordinairement la marque que ce n’est point une tête d’empereur, mais de quelqu’un de ses enfans, ou véritables ou adoptifs, ou de quelque héritier présomptif de l’Empire. Tel est le jeune Néron, Aelius adopté par Hadrien, Aurelius par Antonin, &c. ou bien ce sont des princes qui n’ont jamais regné, comme Drusus, Germanicus, &c. Cependant on ne peut sur cela faire de regle générale, car si l’on vouloit dire que personne n’a porté sur les médailles la couronne avant que de regner, on feroit voir de simples césars couronnés de laurier, ou parés du diadème, comme Constantin le jeune, & Constantius dans la famille de Constantin. Et si l’on vouloit avancer, qu’au moins tous les empereurs regnans ont pris la couronne ou le diadème, on montreroit avec la même facilité plusieurs médailles d’Auguste dejà empereur, de Néron, de Galba, d’Othon, d’Hadrien, &c. où leur tête se trouve toute nue.

Les têtes couvertes, le sont ou du diadème, ou d’une couronne, ou d’un casque, ou d’un voile, ou de quelque ornement étranger.

Des ornemens de têtes sur les médailles. Le diadème est plus ancien que la couronne. C’est le propre ornement des rois, qui n’est devenu que dans le bas Empire, celui des empereurs. Je sai qu’un savant a prétendu que le diadème étoit un privilege attaché à la qualité d’auguste. Et Jornandès dit, qu’Aurelien est le premier des empereurs romains qui s’en soit paré. Le diadème est un tissu, tantôt plus & tantôt moins large, dont les extrémités nouées derriere la tête, tombent sur le col. Ce n’est que depuis Constantin que les empereurs romains s’en sont servis, en le relevant par des perles & par des diamans, ou simples ou à double rang ; & permettant même aux impératrices de le porter, ce qui ne s’étoit point vu dans le haut Empire, ou jamais tête de femme ne fut couronnée. Je dis dans l’Empire, & dans le haut Empire, parce que nous trouvons des reines sur les médailles greques & dans le bas Empire, qui portent le diadème ou la couronne, témoin Jotape, Theodora, Galeria Valeria.

La couronne des empereurs est ordinairement de laurier, le droit de la porter fut accordé à Jules-César par le sénat, & ses successeurs ont continué d’en jouir.

Justinien est le premier qui ait pris une espece de couronne fermée, qui tantôt est plus profonde en forme de bonnet, & tantôt plus plate en approchant du mortier de nos présidens, excepté qu’elle est surmontée d’une croix, & souvent bordée de perles à double rang. C’est ce que M. du Cange nomme camelaucium, que l’on a confondu ordinairement avec le mantelet qu’on appelle camail, à cause de la ressemblance du mot, quoique l’un soit fait pour couvrir les épaules, au lieu que l’autre est pour couvrir la tête.

Les couronnes radiales se donnoient aux princes, lorsqu’ils étoient mis au rang des dieux, soit devant, soit après leur mort : cette sorte de couronnes n’étant propres qu’à des déïtés, comme dit Casaubon.

Je ne prétens pas néanmoins faire de cela une maxime constante ; car je sai combien il y faudroit d’exceptions, particulierement depuis les douze Césars. Nous ne voyons point qu’aucun empereur vivant ait pris la couronne radiale avant Néron, qui la méritoit le moins de tous ; Auguste même n’ayant eu cet honneur qu’après sa mort.

Il se trouve sur les médailles plusieurs autres façons de couronnes qu’il faut distinguer : les unes appellées rostrales, sont composées de proues de vaisseaux enlacées les unes dans les autres ; elles se donnoient après les victoires navales. Agrippa reçut cette couronne d’Auguste, après qu’il eut défait les flottes de Sextus Pompeius, & de M. Antoine.

D’autres appellées murales, sont composées de tours ; c’étoit la récompense de ceux qui avoient pris des villes, comme c’est l’ornement des génies & des déités qui les protegent. C’est pourquoi Cybele, déesse de la terre, & tous les génies particuliers des provinces & des villes, portent des couronnes tourelées.

On en voit de chêne que l’on donnoit à ceux qui avoient sauvé la vie à un citoyen ; telle est celle qui enferme les inscriptions, ob cives servatos, & qui se voit quelquefois sur la tête même du prince.

Il y en a de destinées à couronner ceux qui remportoient le prix aux jeux publics. Ainsi aux jeux de l’isthme de Corinthe, nommés isthmia, les victorieux étoient couronnés d’ache, qui est une espece de persil plus fort & plus grand que le nôtre ; on en voit la forme sur une médaille de Néron. Hadrien en faveur d’Antinoüs, en fit faire une de lotus, à laquelle il donna son nom, Ἀντινόεια, qui se lit sur ses médailles.

Les prêtres pour marquer le sacerdoce, en faisoient de crânes de bœufs, enlacés avec les plats où l’on mettoit les entrailles des victimes, & les rubans dont elles étoient parées quand on les conduisoit à l’autel ; cette couronne se trouve sur une médaille d’Auguste.

Les déités ont leurs têtes ornées de couronnes particulieres ; Bacchus est couronné tantôt de pampre, tantôt de lierre ; Hercule en porte une d’un feuillage semblable au lierre ; celle de Cérès est d’épis de blé ; celle de Flore est de fleurs.

Au reste, le lecteur peut voir sur les couronnes, les diadèmes & les autres ornemens de tête, représentés sur les médailles des rois, des empereurs, des impératrices, des prêtres, des athletes, &c. le savant ouvrage de Charles Paschal, intitulé Caroli Paschalii coronæ opus, libris X. distinctum, quibus res omnis coronaria, è priscorum monumentis eruta, continetur. Paris, 1610 in-4°. & Lugd. Bat. 1671, in-8°.

On peut aisément connoître à l’œil les différentes façons de casques, soit à la greque, soit à la romaine. C’est le plus ancien habillement de tête qui paroisse sur les médailles, & le plus universel ; les rois, les empereurs, & les dieux même s’en sont servis. Le casque qui couvre la tête de Rome, a d’ordinaire deux aîles, comme le pétase de Mercure. Celui de quelques rois est paré des cornes du Jupiter Hammon, ou simplement de cornes de taureau ou de belier, pour marquer une force extraordinaire.

Les habillemens étrangers sont la mitre des rois d’Arménie & de Syrie, presque semblable à celle de nos évêques, excepté qu’elle est quelquefois carrée, ou crenelée par le haut. Tel est sur les médailles l’ornement de tête d’Abgare roi d’Edesse.

La tiare, fort semblable à celle des papes, servoit aux rois de Perse & aux Parthes.

On voit aussi le bonnet phrygien ou arménien, sur les médailles de Midas, d’Athys, & sur celle de Zemiscès, dont le revers qui représente l’adoration des mages, fait voir ces trois princes avec ce même bonnet. Telle est du moins la pensée de M. du Cange, que tout le monde n’approuve pas : mais ce n’est pas ici le lieu de décider ce différend.

Plusieurs rois grecs ont affecté de se coëffer de la dépouille de lion, à l’imitation d’Hercule, comme Philippe pere d’Alexandre. A leur exemple quelques empereurs s’en sont parés, Commode, Alexandre, Severe, &c. c’est ce qui paroît par les têtes de leurs médailles.

Le voile qui couvre souvent la tête des princes & des princesses, marque ou les fonctions sacerdotales qu’ils exercent, comme de faire des sacrifices, ou qu’ils sont mis au rang des dieux ; honneur qui leur a été rendu par les Payens jusqu’à Constantin, dont on souffrit l’apothéose sur la monnoie, les empereurs chrétiens ne se croyant pas encore assez maîtres pour bannir généralement toutes les cérémonies payennes. Mais bientôt après, les princes & les princesses affecterent par dévotion, de faire paroître sur leurs médailles une main qui sortoit du ciel, & qui leur mettoit la couronne sur la tête ; telles sont les médailles d’Eudoxia & de son mari Arcadius, d’Honorius, de Galla Placidia, &c.

On remarque quelquefois, sur-tout dans les médailles du bas Empire, tout-autour de la tête des empereurs, une espece de cercle rayonnant que l’on appelle nimbe. Voyez Nimbe.

Les têtes des déités portent comme les princes, ou la couronne, ou le casque, ou le voile, ou le bonnet, ou quelqu’autre symbole qui les doit faire reconnoître.

La couronne de laurier distingue Apollon, & le génie du sénat ou du peuple, appellé ἱερὰ σύνκλητος ἱερὸς δῆμος.

La couronne d’épis, est le symbole de Cérès.

La couronne de fleurs fait connoître Flora.

La couronne de lierre ou de pampre, marque Bacchus ou les bacchantes.

La couronne de rayons marque le Soleil, quand les rayons partent de la tête, sans être liés par un cercle.

Le casque convient à Mars & à Minerve ; mais quand il est surmonté par le chat-huant, c’est indubitablement Minerve.

La barette avec deux aîles, est le chapeau de Mercure, nommé par les Latins petasus.

Un bonnet sans bords, comme nos bonnets de nuit, marque Vulcain, les Cyclopes, ou les cabires & forgerons.

Deux semblables bonnets, surmontés chacun d’une étoile, marquent Castor & Pollux. On dit que ce sont les coques des œufs dont on prétend qu’ils sont sortis.

Le bonnet recourbé en pointe, se donne au dieu Lunus.

Le boisseau qui se voit sur la tête de Sérapis & de tous les génies, désigne la Providence, qui ne fait rien qu’avec mesure, & qui nourrit les hommes & les animaux.

Télesphore dieu de la santé, porte une capotte toute semblable à celle de nos matelots, ou des soldats qui sont l’hiver en faction.

Junon est souvent voilée ; mais celle qui préside aux nôces sous le nom de Juno pronuba, est enveloppée presque à mi-corps, d’un grand voile nommé flammeum. Junon, dite Sospita, est coëffée d’une dépouille de chevre avec les deux cornes.

Il y a d’autres déités, particulierement chez les Egyptiens, qui ont la tête nue avec un symbole ; Apis est un taureau qui porte une fleur de lotus entre les deux cornes, une marque blanche au milieu du front, & le croissant blanc sur la tête. Osiris a le même symbole ; Isis & le Canope, portent sur le devant de la tête, une espece de fleur plus large & plus épanouie que le lys : on dit que c’est la fleur d’aurone, dite par les Grecs ἀβρότονον. Elle est commune aux deux Canopes, pour l’un & l’autre sexe, comme on le voit sur quelques médailles ; le dieu retenant le nom de Canope, & la déesse prenant celui d’Euménythis. L’Espérance porte la même fleur, plus approchante du lis.

Les têtes parées des symboles de plusieurs déités différentes, se nomment Panthées. Voyez Panthées.

Des ornemens de bustes. Les bustes qu’on voit sur les médailles, se trouvent accompagnés de symboles qui leur sont particuliers, sur-tout quand les deux bras paroissent, comme il est ordinaire dans les médaillons, & dans les plus petites médailles du bas Empire. Souvent ils tiennent dans la main un globe, pour marquer qu’ils sont les maîtres du monde. Ce globe est quelquefois surmonté d’une Victoire aîlée, qui tient une couronne afin de faire connoître que c’est à la Victoire que le prince doit l’empire du monde ; quelquefois ce globe est surmonté d’une croix, sur-tout depuis Constantin.

Le sceptre qu’ils tiennent à la main lorsqu’ils sont en habit consulaire, & c’est ainsi que sont presque toujours les empereurs de Constantinople, est surmonté d’un globe chargé d’une aigle. Dès le tems d’Auguste, on voit sur les médailles le sceptre consulaire dont nous parlons.

Phocas est le premier qui ait fait ajouter une croix à son sceptre.

Lorsqu’ils sont représentés en armes, outre le casque & le bouclier, ils ont ordinairement un javelot à la main ou sur l’épaule.

Quand ils sont en robe dans le bas Empire, le sceptre est une férule, nommée νάρθηξ, qui consiste en une tige assez longue, dont le haut est carré & plat. L’usage en est fort ancien parmi les Grecs, qui appelloient leurs princes narticophores, porte-férules.

Dans la famille de Constantin, & dans quelques autres, on voit souvent les princes portant une espece de guidon, nommé labarum.

La foudre qui est quelquefois placée derriere la tête des princes, comme sur une médaille d’Auguste, marque la souveraine autorité, & un pouvoir égal à celui des dieux.

Depuis Anastase, on voit dans la main des empereurs une espece de sachet, ou de rouleau long & étroit, dont il n’est pas aisé de pénétrer le mystere. Les uns prétendent que c’est un mouchoir plié, que celui qui présidoit aux jeux jettoit de sa loge pour les faire commencer ; & que c’est pour cela que les consuls dont nous avons les figures, en tiennent un semblable. D’autres veulent que c’est ce sachet que l’on présentoit à l’empereur à la cérémonie de son sacre : il étoit plein de cendre & de poussiere, & on le nommoit akakia. Peut-être que ceux qui disent simplement, que ce n’est qu’un rouleau de papiers & de mémoires que l’on présentoit aux princes & aux consuls, & qu’ils tenoient à la main pour y répondre, sont aussi bien fondés que les autres dans leurs conjectures ; d’autant plus que lorsque les statues sont entieres, on voit ordinairement au pié une petite cassette pour serrer ces papiers.

Le croissant est souvent employé pour soutenir le buste des princesses ; elles tiennent dans l’état, dont le prince est le soleil, la place que l’on donne à la lune dans le ciel. Le dieu Lunus porte le croissant aux épaules pour symbole naturel, selon la pensée superstitieuse de certains peuples qui ont cru que la lune étoit une déité mâle, & que ceux qui l’adoroient comme une déesse étoient malheureux dans leur mariage.

Le buste des Amazones est ordinairement orné d’une petite hache d’armes, qu’elles portent sur l’épaule avec un petit bouclier fait en croissant, que les Latins nomment pelta.

Les Cabires portent un gros maillet à deux têtes ; & Vulcain des tenailles & un marteau, qui souvent dans le revers se mettent avec l’enclume.

Anubis est connu par sa tête de chien, & par le sistre d’Isis qu’on lui met à la main.

La massue & la dépouille de lion est le symbole d’Hercule, & des princes qui prétendoient être de ses descendans, ou les imitateurs de sa valeur, comme les Macédoniens.

Je finis par ces especes de bustes qui vont jusqu’à mi-corps, tels qu’il s’en rencontre sur des médaillons ou sur le grand bronze. On y voit le casque, le bouclier, & un cheval qu’on tient par la bride, pour marquer les victoires remportées, ou dans les combats de la guerre, ou dans les jeux du cirque.

Il se trouve encore sur les médailles, principalement sur les greques, d’autres petits symboles du côté de la tête, qui sont la marque ou des charges que possédoient ceux qui y sont représentés, ou des victoires qu’ils avoient remportées, ou les monogrammes des villes, ou les symboles des déites honorées singulierement par les princes ou par les villes, ou des contre-marques de la différente valeur des monnoies. (Le chevalier de Jaucourt.)

Tête de maure, (Chim.) chapiteau d’un alembic à long col, pour porter les vapeurs dans un tonneau qui sert de réfrigérant.

Tête de mouche, (Médecine.) nom françois de la maladie des yeux, nommée par les médecins grecs myocephalon, mot formé de μῦα, mouche, & de κεφαλὴ, tête ; c’est une petite tumeur pas plus grosse que la tête d’une mouche, qui se forme sur l’uvée de l’œil par une petite rupture de la cornée. Cette espece de staphylome ne cause pas tant de difformité que les autres, quelque partie de l’œil qu’elle occupe, & ne détruit pas entierement la vue, quand elle se trouve dans la cornée opaque ; mais quand elle est dans la cornée transparente, elle la détruit presque toujours, ou la diminue considérablement, tant à cause du dérangement de l’uvée, que par la cicatrice qui a précédé. Il ne faut point toucher à cette petite tumeur, parce qu’elle est sans remede. Tout ce qu’on peut faire dans les commencemens, c’est de se servir de collyres desséchans & astringens ; afin d’empêcher autant qu’il est possible, l’accroissement de la petite tumeur. Dans la suite il arrive souvent qu’elle vient à diminuer en se desséchant.

Tête de negre, (Comm. d’Afrique.) c’est ainsi qu’on nomme sur les côtes d’Afrique, où les Européens font la traite des negres, ceux qui sont âgés depuis 16 ou 17 ans jusqu’à 30. On leur donne le même nom aux îles Antilles. Ricard.

Tête, (Archit.) ornement de sculpture qui sert à la clé d’un arc, d’une platebande, &c. Les têtes représentent ordinairement des divinités, des vertus, des saisons, des âges, &c. avec leurs attributs, comme un trident à Neptune, un casque à Mars, un caducée à Mercure, un diadème à Jupiter, une couronne d’épis à Cerès, &c. On emploie aussi des têtes d’animaux par rapport aux lieux, comme une tête de bœuf ou de bélier, pour une boucherie ; de chien, pour un chenil ; de cerf ou de sanglier, pour un parc ; de cheval, pour une écurie, &c.

Tête de bœuf, ou de bélier décharnée. Ornement de sculpture des temples des payens, par rapport à leurs sacrifices, qui entroit dans les métopes de la frise dorique, & dans d’autres endroits. Il y a une tête de bœuf à une sépulture de la famille Métella, près de Rome, appellée à cause de cela, capo di bove.

Tête de chevalement. Piece de bois qui porte sur deux étaies, pour soutenir quelque pan de mur ou quelque encoignure, pendant qu’on fait une reprise par sous-œuvre.

Tête de mur. C’est ce qui paroît de l’épaisseur d’un mur dans une ouverture, qui est ordinairement revêtu d’une chaîne de pierre ou d’une jambe étriere.

Tête de voussoir. C’est la partie de devant, ou de derriere d’un voussoir d’arc.

Tête perdue. On appelle ainsi toutes les têtes ou boutons, vis & cloux qui n’excedent point le parement de ce qu’ils attachent ou retiennent. Daviler.

Tête de canal, (Archit. hydraul.) c’est l’entrée d’un canal, & la partie la plus proche du jardin, où les eaux viennent se rendre après le jeu des fontaines. C’est aussi un bâtiment rustique en maniere de grotte, avec fontaines & cascades, au bout d’une longue piece d’eau. Telle est la tête du canal de Vaux-le-vicomte, qui est un ouvrage très-considérable.

Tête de maure, (Artillerie.) espece de grenade qu’on tire avec le canon. (D. J.)

Tête de porc, caput porcinum, disposition de troupes dont les anciens se servoient quelquefois. Voyez Coin.

Tête, se dit dans la marche des troupes, de la partie la plus avancée ou qui marche la premiere ; ainsi la tête d’une colonne, dans les marches, est formée des premieres troupes de la colonne. La tête est opposée à la queue, qui est formée des troupes qui marchent les dernieres.

La tête du camp, est aussi sa partie la plus avancée ou qui fait face à l’ennemi. Voyez Front de bandiere.

Dans les sapes, la tête est de même la partie la plus avancée du travail vers la place. (Q)

Tête de la tranchée, (Fortific.) c’est sa partie la plus avancée vers la place. Voyez Tranchée.

Tête ou Tête de more, (Marine.) Voyez Chouquet.

Tête de l’ancre, (Marine.) c’est la partie de l’ancre, où la vergue est jointe avec la croisée.

Tête du vent, (Marine.) c’est le tems où le vent commence à souffler.

Tête, en Musique ; la tête ou le corps d’une note, est cette partie de la note qui en détermine la position, & à laquelle tient la queue quand elle en a. Voyez Queue.

Avant l’invention de l’Imprimerie il n’y avoit que des notes noires ; car la plûpart des notes étant quarrées, il eût été trop long de les faire blanches en écrivant. Dans l’impression, on forma des têtes de notes blanches, c’est-à-dire vuides dans le milieu. Aujourd’hui les unes & les autres sont en usage, &, toutes choses d’ailleurs égales, une tête blanche marque toujours une durée double de celle d’une tête noire. Voyez Notes, Valeur des notes, &c.

Tête du rouet, en terme de Cardeur, c’est le bout du rouet qui pose à terre, & qui porte les marionettes, les tasseaux, & la broche.

Tête, en terme de Cirier, c’est l’extrémité d’une bougie, d’un cierge, &c. par laquelle ils doivent être allumés : on a soin d’enfermer la tête de la meche dans un feret, pour l’empêcher de s’imbiber de cire. Voyez Feret.

Tête de bougie, (Cirerie.) c’est le côté où la meche n’est point couverte de cire ; cette tête se fait en mettant le haut de la meche dans des ferets lorsqu’on commence la bougie, & en coupant avec un couteau de bois la cire du côté de cette meche, quand on l’a roulée pour achever. Savarv. (D. J.)

Tête à trois coups, (Clouterie.) on appelle ainsi les clous ordinaires pour les distinguer des clous à crochets & des clous à tête plate : ce nom de tête à trois coups, leur vient de ce qu’on en forge la tête en la frappant trois fois du marteau, ce qui forme trois especes de triangles irréguliers. (D. J.)

Tête de champignon, (Clouterie.) ce sont de grands clous dont la tête est ronde, de près d’un pouce de diametre, & presque d’autant de hauteur, creuse en-dedans, & de la figure d’un champignon ; ils ont deux pointes soudées ensemble, longues d’environ six pouces, qui s’ouvrent & se rivent séparément, quand elles ont percé les planches & traverses où on les attache ; ils servent aux portes cocheres dont ils arrêtent les barres qui sont derriere, & forment en-devant une espece d’ornement en quinconce. (D. J.)

Tête emboutie, en terme de Cloutier, c’est la plus grosse sorte de broquettes qui se fassent & se débitent par les cloutiers : elle est ainsi nommée de ce que la tête du clou en est relevée & arrondie. (D. J.)

Tête platte, (Clouterie.) on nomme ainsi les clous à ardoise & à latte, qu’on appelle autrement clous à bouche. (D. J.)

Tête rabatue, (Clouterie.) les clous à tête rabattue, sort de gros clous qui servent à clouer & attacher les bandes de fer qu’on met aux roues de charrette ; ceux qui sont destinés aux roues de carrosses & de chaises ne sont pas si forts, & s’appellent simplement clous à bandes. (D. J.)

Tête de mort, terme de Doreur, les peintres & doreurs du pont Notre-Dame & du quai de Gêvres, appellent ainsi les bordures de bois uni qui ont six pouces de hauteur sur quatre pouces neuf lignes de largeur : leur nom vient de ce que les premieres estampes pour lesquelles on les fit, représentoient une tête de mort. Savary. (D. J.)

Tête, en terme d’Epinglier, n’est autre chose qu’un tour de laiton en forme d’anneau, que l’on a filé sur le moule au rouet, & coupé un-à-un, pour être fortement appliqué sur le métier, à la partie de l’épingle destinée à l’empêcher de blesser les doigts, ou de sortir de l’endroit où on l’a piquée.

Tête, (Fonder. de caracteres.) ce mot se prend quelquefois parmi les fondeurs de caracteres d’Imprimerie, pour ce qu’on nomme autrement l’œil de la lettre ; on doit pourtant y faire quelque différence, l’œil étant proprement la gravure en relief de la lettre, & la tête le haut ou la table de la lettre où est cette gravure : une lettre bien fondue ne doit être ni forte en pié, ni forte en tête. (D. J.)

Tête. (Jardinage.) s’emploie pour désigner le haut d’un parterre ; on dit la tête d’un bois, d’un canal, d’une cascade, pour exprimer la partie par où commencent ces pieces.

Tête et queue, terme de Manufacturiers, on dit chez les Manufacturiers & chez les Marchands, qu’une piece d’étoffe a tête & queue, quand elle n’a point été entamée, qu’elle est toute entiere. (D. J.)

Tête de cheval, (Maréchal.) elle doit en général être menue, seche, déchargée de chair, & médiocrement longue. Elle est composée des oreilles, du toupet, du front, des carmies, des salieres, des yeux, du chanfrein, de la ganache, du canal, de la barbe ou barbouchet, du menton, des naseaux, du bout du nez, des levres. Le dedans de la bouche est composé des dents de devant, des crocs, crochets ou écaillons, des dents mâchelieres, des barres, de la langue & du palais. Voyez chacun de ces mots aux lettres qui leur conviennent.

Il y a des têtes de conformations différentes ; savoir, de longues, de larges ou quarrées, de courtes, de busquées ou moutonnées, & de petites ; mais la beauté d’une tête de cheval est d’être petite, déchargée de chair, de façon que les veines paroissent à-travers la peau ; celles qui approchent le plus de cette description approchent le plus de la beauté. Les têtes busquées ou moutonnées, c’est-à-dire celles qui depuis les yeux jusqu’au bout du nez, forment une ligne convexe quand on les regarde de côté, passent pour belles ; mais celles qui en les regardant ainsi, forment une ligne concave en s’enfonçant vers le milieu du chanfrein, & se relevant ensuite pour former les naseaux, sont les plus vilaines & les plus ignobles de toutes. C’est un défaut pour une tête d’être trop longue. Le front large qui fait la tête quarrée, n’est pas une beauté. La tête grosse est un défaut, de même que la tête mal attachée ou mal pendue, c’est-à-dire commençant un peu trop bas, & au dessous du haut du cou. Lisse en tête, voyez Chanfrein. Marqué en tête, voyez Etoile. La tête à la muraille, voyez Passeger. Porter bien la tête, la tête dans les nues, voyez Porter. Placer sa tête, voyez Placer. Relever la tête, voyez Relever. On dit aux voltes qn’un cheval a la tête dedans, lorsqu’on le mene de biais sur la volte, & qu’on lui fait plier un peu la tête en-dedans de la volte. Courir les têtes, exercice d’académie ; on place une tête de carton dans la carriere, & l’écolier tantôt armé d’une épée, & tantôt d’un dard, tâche de l’enlever ou de la frapper en courant à cheval à toutes jambes.

Tête, en termes de Marchand de modes, est un rang de blonde beaucoup plus étroite, qui sert comme de bord au côté du fichu qui touche sous le menton. Voyez Fichu. Ce petit rang est monté & froncé sur un ruban ainsi que les deux autres qui forment le bas du fichu.

Tête de cheveux, terme de Perruquier, c’est le côté des cheveux par où ils ont été coupés & détachés de la tête ; l’autre extrémité se nomme la pointe. C’est par le côté de la tête qu’on tresse les cheveux sur le métier pour pouvoir en faire une perruque. Voyez Cheveux.

Tête a perruque, (Perruquier.) ce sont des morceaux de bois sculptés, auxquels on a donné la forme & les dimensions d’une tête d’homme. Elle est ordinairement montée sur un pié ou pivot d’une hauteur suffisante pour que l’ouvrier puisse s’en servir commodément.

Il y a des têtes qui ne servent que pour y mettre les perruques, quand on veut les peigner & poudrer.

Il y en a d’autres qui sont faites exprès pour monter les perruques. Elles sont construites de la même maniere que les autres, excepté qu’on y attache en plusieurs endroits de petits clous ou pointes crochues, par le moyen desquelles le perruquier assujettit la coëfe quand il veut monter une perruque.

Comme on fait des perruques suivant la grosseur de la tête de ceux qui les commandent, & que les têtes ne sont pas toutes de la même grosseur, les perruquiers ont des têtes à perruques de six ou sept grosseurs différentes : ils les distinguent par les numéros 1, 2, 3, 4, &c. la plus petite est appellée du numéro 1, & ainsi de suite.

Quand la tête de celui qui commande une perruque ne se trouve pas précisément de la grosseur de quelqu’une de ces différentes têtes à perruque, l’ouvrier se sert de la tête du degré immédiatement au-dessous, & supplée au défaut de grosseur par des cartes ou papiers qu’il place entre la tête & la coëffe. Voyez les figures.

Tête, en termes de Raffineur, est le petit bout d’un pain de sucre. Toute l’étude d’un rafineur est de faire de belles têtes au sucre, parce que comme c’est la derniere qui se fait, il est à présumer que le pain entier est parfait quand elle est belle ; & c’est pour cela que les marchands ne visitent que la tête des pains quand ils achetent de cette marchandise. Voyez les Pl.

Tête d’un rot, (terme de Rotiers.) ils nomment la tête d’un rot, la partie supérieure d’un rot, & la partie inférieure ils l’appellent le pié. (D. J.)

Tête, (Sculpture.) ornement qu’on place à la clé d’une arcade, d’une plate-bande, au-dessus d’une porte, d’une fenêtre, & en d’autres endroits. Ces sortes de têtes représentent quelquefois des divinités, des vertus, des saisons, des âges, &c. avec leurs attributs, comme un trident à Neptune, un casque à Mars, un caducée à Mercure, un diadème à Junon, une couronne d’épis de blé à Cérès, &c. On emploie aussi dans ces sortes d’ornemens, non-seulement des têtes d’hommes, mais des têtes d’animaux ; ainsi on met des têtes de cerfs sur la porte des parcs, des têtes de chien pour les chenils, des têtes de cheval pour une écurie, comme à la belle écurie de Chantilli, &c. (D. J.)

Tête, en termes de Serrurerie & Taillanderie, &c. est la partie du marteau qui est ordinairement quarrée, ou ronde, opposée à la panne ; elle doit être acérée.

Tête d’argue, s. f. (terme de Tireur d’or.) c’est la partie supérieure d’un gros billot quarré élevé de deux piés de terre, qui a deux entailles, dont l’une sert à placer & appuyer les filieres, & l’autre à faire passer les lingots par les pertuis des mêmes filieres pour les tirer à l’argne. Savary. (D. J.)

Tête, (Tisseranderie.) on nomme en terme de rotiers, la tête d’un rot, la partie supérieure du rot ; l’inférieure s’appelle le pié. (D. J.)

Tete, s. f. (terme de Manege.) Ce mot entre en plusieurs façons de parler de manege : ainsi on dit, passager un cheval la tête & les hanches dedans ; cette phrase signifie, porter un cheval de côté sur deux lignes paralleles au pas, ou au trot ; de sorte que le cheval pliant le cou, tourne la tête au-dedans de la volte, & regarde le chemin qu’il va faire. On dit qu’un cheval place bien sa tête, qu’il porte en beau lieu, en parlant de son action & de son encolure. On dit aussi qu’il a la tête dedans, quand il manie sur les voltes de biais, & en pliant un peu la tête. (D. J.)

Têtes, courir les, (terme de Manege.) ce qu’on nomme courir les têtes, est une sorte d’exercice à cheval, qui se fait en quatre courses à toute bride. La premiere pour enlever avec la lance une tête de carton posée pour cet effet sur un poteau ; la seconde pour lancer un dard contre une tête semblable ; la troisieme pour lancer un dard contre une tête de Méduse peinte sur un rond de bois ; & la derniere pour relever de terre une troisieme tête avec la pointe de l’épée. (D. J.)

Tête, en Fauconnerie, on dit faire la tête d’un oiseau, c’est-à-dire l’accoutumer au chaperon.

Tête, se dit aussi du bois de cerf, les cerfs quittent tous les ans leurs têtes, c’est-à-dire leur bois, on dit une tête bien née.

On connoît l’âge d’un cerf par la tête ; on dit qu’un cerf est à sa premiere tête. Voyez Dagues.

La deuxieme tête du cerf, est le bois qu’il pousse en commençant sa troisieme année dite porte six, parce que chaque perche porte deux petits andouillers outre les deux bouts de la perche.

Troisieme tête qu’il pousse en commençant sa quatrieme année.

Quatrieme tête en commençant la cinquieme année.

Cinquieme tête en commençant sa sixieme année ; passé six ans, c’est un vrai cerf de dix cors.

Tête portant trochures, qui portent trois ou quatre chevilles andouillers ou épois à la sommité de leur bois.

Tête enfourchée, dont les dards du sommet font la fourche, on dit aussi tête bien chevillée.

Tête paumée, celle dont la sommité s’ouvre & représente les doigts & la paume de la main.

Tête couronnée, celle dont les cors font une espece de couronne, elles sont rares.

Tête faux marquée, est celle dont les deux côtés ne portent pas autant de cors l’un que l’autre ; par exemple, quand il n’y a que six cors d’un côté & sept de l’autre ; on dit alors, tête faux marquée, ce cerf porte quatorze faux marqués, car le plus emporte le moins.

Tête rouée, terme de Vénerie ; tête rouée se dit des têtes de cerfs, daim & chevreuil, dont les perches sont serrées. Salnove. (D. J.)

Tête de maure, terme de Blason, on appelle têtes de maure des têtes représentées de profil, bandées, liées & tortillées. (D. J.)

Tête, au jeu du revertier, se dit de la onzieme case, ou de la lame du coin qui est à la droite de celui contre qui on joue. Il est à-propos de la bien garnir, parce que l’on case bien plus aisément après. Il n’y a aucun risque d’y mettre jusqu’à sept ou huit dames.

Tête-chevre, Crapaud volant, caprimulgus, oiseau de nuit qui ressemble plus au coucou qu’à la chouette ; il a environ 10 pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue ; sa tête est grosse à proportion du corps, cependant cette différence est moins sensible que dans les autres oiseaux de son genre, tels que les chouettes, les hiboux, &c. il a le bec petit, noir & un peu courbe ; l’ouverture de la bouche est un peu grande ; il y a sur les côtés de la piece supérieure du bec des poils noirs & roides, qui ressemblent à des soies. Toute la face inférieure de cet oiseau est variée de petites bandes noires & de bandes blanches, mêlées de roux ; le derriere de la tête & le dessus de la face supérieure du cou sont cendrés, à l’exception du milieu de chaque plume qui est noir. Les grandes plumes des aîles & celles du second rang sont d’un noir mêlé de roux, & les petites ont de plus un peu de cendré. La queue a 4 pouces & demi de longueur, elle est composée de dix plumes qui ont des bandes noires transversales ; l’espace qui se trouve entre les bandes est d’un cendré, mêlé d’une teinte de roux avec de petits points noirs ; les deux plumes extérieures de chaque côté ont à leur extrémité une tache d’un jaune pâle, mêlé de noir. Les piés sont couverts de plumes presque jusqu’aux doigts seulement sur la partie antérieure ; ces doigts ont une couleur noirâtre ; ces ongles sont petits & noirs ; celui du doigt du milieu est le plus long, & il a sur le côté intérieur un appendice denté comme celui des hérons. Cet oiseau varie un peu pour les couleurs, soit par rapport à l’âge ou à la différence du sexe ; il y a des individus qui ont une grande tache blanche sur les trois premieres grandes plumes des aîles, & une autre sur les deux plumes extérieures de la queue près de leur extrémité. On a donné le nom de tête-chevre à cet oiseau, parce qu’on prétend qu’il s’attache aux mamelles des chevres dans les campagnes, & qu’il en suce le lait. Willughbi, ornit. Voyez Oiseau.

Tête-plate, (Hist. d’Amériq.) nom françois qui répond à celui d’omagnas, dans la langue du Pérou ; & à celui de camberas, dans la langue du Brésil. Les peuples qui habitent le long de la riviere des Amazones, ont la bisarre coutume de presser entre deux planches, le front des enfans qui viennent de naître, & de leur procurer l’étrange figure applatie qui en résulte, pour les faire mieux ressembler, disent-ils, à la pleine lune. Le plus difficile à comprendre, c’est qu’il n’en résulte pas des dérangemens considérables dans l’organe du cerveau. (D. J.)

Tête-ronde, (Hist. d’Anglet.) sobriquet qu’on donna sous Charles I. en 1641 au parti du peuple, qui vouloit exclure les évêques de la chambre haute. Les apprentis de plusieurs métiers qui coururent cette année dans Londres & dans Westmunster, en criant, point d’évêques, portoient alors leurs cheveux coupés en rond. La reine voyant dans la foule de ces apprentifs, un nommé Barnadiston, se mit à dire, ho la belle tête-ronde ! Telle est l’origine du nom de tête-ronde qui fut donné aux parlementaires de la chambre basse, comme le nom de cavalier fut donné aux partisans du roi. Ces deux sobriquets durerent jusqu’au rétablissement de Charles II, qu’ils furent changés peu-à-peu, en ceux de Torys & Whigs. (D. J.)

Tête a l’Anglois, Melon épineux, melocactus, genre de plante à fleur monopétale, campaniforme tubulée, profondement découpée & soutenue par un calice qui devient dans la suite un fruit semblable à une olive, & charnu, qui renferme une petite semence. Ces fruits sont réunis en maniere de tête dans beaucoup d’especes. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante.

Tête d’ane, Voyez Chabot.

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Étymologie de « tête »

Étymologie de tête - Littré

Wallon, tiess ; bourg. téte ; génev. dire de tête, savoir de tête, dire par cœur, savoir par cœur ; provenç. espagn. portug. et ital. testa ; du lat. testa, vase de terre cuite, et, plus tard, par assimilation, crâne, tête : testa est pour tersta, comme tostus est pour torstus, et se rattache au radical sanscr. tars, sécher (voy. TERRE et TORRIDE).

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Étymologie de tête - Wiktionnaire

Du moyen français teste, de l’ancien français teste, du latin testa (« pot en terre cuite, brique, tuile »), et par extension tout objet en terre cuite d’où « cruche », « amphore », « pot », « coupe » puis « crâne ».
Le mot a sans doute été employé dans la langue populaire au départ, comme on dirait aujourd’hui « il n’en a pas lourd dans la marmite », et finit par totalement remplacer le classique caput qui a donné « chef » et dont le sens originel ne se retrouve plus guère que dans « couvre-chef ».
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Phonétique du mot « tête »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tête tɛt play_arrow

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  • L’animal souffrait d’une plaie béante à la tête comme s’il avait reçu un coup de hache… , Nouvion-en-Ponthieu. Une jument mutilée à la tête | Le Journal d'Abbeville
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  • Pari réussi pour le technicien concarnois dont l’équipe est parvenue à garder sa cage inviolée en dépit, notamment, d’une tentative de Djigla dans les pieds duquel Viot se jetait parfaitement à la 26e. Dix minutes plus tard, le portier de l’USC était suppléé par son montant droit sur une tête de Ibnou Ba, consécutive à un corner frappé au second poteau. En début de deuxième période, les Niortais poussaient mais manquaient de justesse dans le dernier geste à l’image d’une grosse double occasion à la 50e minute de jeu. Le Telegramme, Football. Concarneau tient tête aux Chamois Niortais (L2) en amical - Football - Le Télégramme
  • L’information a été « officialisée » par Bertrand Masson sur Facebook. L’adjoint à la Culture de Nancy a salué l’arrivée d’« un nouveau visage à la tête d’une institution nancéienne, qui porte un projet de grande qualité artistique et une volonté de dialogue soutenu avec les publics ». , Culture - Loisirs | Julia Vidit prendra la tête du Théâtre de la Manufacture en janvier 2021
  • Mercedes-Benz a dévoilé que sa berline prévue pour 2021, la classe S W223, serait équipée d’un système d’affichage tête haute basé sur la réalité augmentée entièrement projeté sur le pare-brise de la voiture. Vidéo ! Génération-NT, Mercedes Classe S 2021 : un affichage tête haute en réalité augmentée dévoilé (vidéo)
  • Elle confectionne à Bozouls des têtes de lit pour enfants sous la marque "Rêves en tête". centrepresseaveyron.fr, A Bozouls, Isabelle Grès fabrique des rêves plein la tête pour les enfants - centrepresseaveyron.fr
  • Dylan Pereira conserve la tête de la Porsche Mobil 1 Supercup 2020 et reviendra sur la piste la semaine prochaine, encore à Silverstone, pour la cinquième course du championnat, qui ouvrira le Grand Prix du 70e anniversaire de la Formule 1. Le Quotidien, Porsche Mobil 1 Supercup : Dylan Pereira toujours en tête | Le Quotidien
  • Pour différentes raisons, votre boule de poils dort aussi sur votre tête et vous vous demandez pourquoi ? Blasting News, Chat : s'il dort sur votre tête, ce n'est pas seulement pour l'odeur de vos cheveux
  • Il y a quelques jours, le ministre de la Santé avait fortement recommandé le port du masque dans la rue. Face à la hausse des cas de coronavirus, de plus en plus de villes rendent cette mesure obligatoire. La métropole lilloise est la dernière en date. La règle entrera en vigueur dès lundi dans certaines rues. Bien que la nouvelle obligation ait été bien accueillie, son application risque d'être un casse-tête. Ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de 20H du 31/07/2020 présenté par Audrey Crespo-Mara sur TF1. Vous retrouverez au programme du JT de 20H du 31 juillet 2020 des reportages sur l’actualité politique économique, internationale et culturelle, des analyses et rebonds sur les principaux thèmes du jour, des sujets en régions ainsi que des enquêtes sur les sujets qui concernent le quotidien des Français. LCI, Le casse-tête du masque obligatoire dans la métropole lilloise | LCI
  • Jean Castex à la tête du gouvernement, mal de crâne en vue pour les Républicains. Les premiers pas du nouveau Premier ministre d'Emmanuel Macron, ex-sarkozyste, auront montré qu'il est bien décidé à s'appuyer sur sa jambe droite, empiétant toujours plus sur les thématiques chères à son ancien parti, LR. Ainsi, l'ancien secrétaire général adjoint à l'Elysée sous Nicolas Sarkozy s'est présenté comme l'homme des « territoires » — LR s'en revendique le parti — a mis dès le début en avant son étiquette de « gaulliste social ». leparisien.fr, Les Républicains face au casse-tête Castex - Le Parisien
  • Lorsqu'un train entre en gare d'Évry-Val-de-Seine, les têtes se retournent à la recherche d'indication pour rejoindre Le Bras de Fer ou Évry-Courcouronnes. En vain. Les habitués se dirigent, tête baissée, vers l'escalier censé mener au bus de substitution, sur le pont. leparisien.fr, A Évry, les travaux du RER D font tourner la tête des voyageurs - Le Parisien
  • Le pilote Volkswagen a signé le scratch des spéciales 1 et 3, ne laissant échapper la 2e que pour 6 dixièmes de seconde au profit de David Salanon. Après 15 km chronométrés, Nicolas Latil vire en tête au classement général pour 2,8 secondes devant le double vainqueur sortant Romain Roche, régulier au volant de sa toute nouvelle C3, mais qui a dû se contenter d’une 2e place sur chacune des trois spéciales du jour. , Sport | Gap Racing : Nicolas Latil vire en tête
  • 37 enfants d'un centre de loisirs, se sont plaints de maux de tête et de nausées, lors d'un trajet en car, suite à une odeur de gazole provenant du véhicule. Dépêchés rapidement sur place, les pompiers n'ont constaté aucune odeur ni concentration de gazole dans l'air.  France 3 Hauts-de-France, 37 enfants victimes de maux de tête et de nausées dans un car sont secourus au péage de Setques dans le Pas-de-Calais
  • « Quand on joue 120 minutes et qu’on n’est pas récompensés par le trophée, c’est d’autant plus dommageable. Il faudra travailler psychologiquement. J’ai commencé à le faire après le match avec le groupe. C’est important de garder la tête haute et de se rendre compte tout ce qu’on a fait de bien. Cela doit nous servir pour se qualifier pour les 1/4 de finale de la Champions League, c’est notre objectif désormais. Il va falloir laisser de la récupération à mes joueurs. Il faudra se reposer et mettre en place un protocole de récupération pour retrouver de la fraîcheur pour vendredi. » www.OL.fr, Rudi Garcia : « Important de garder la tête haute pour la Juventus »
  • Le peloton, peu de public et beaucoup de masques : la première course depuis mars et le confinement, la Route d’Occitanie, s’est élancée samedi à quatre semaines du Tour de France avec une abondance de précautions à Saint-Affrique (Aveyron) où la question sanitaire était dans toutes les têtes. midilibre.fr, Les cuisses en rodage, la tête au Covid, le vélo a enfin repris en France - midilibre.fr
  • Qui n’a jamais rêvé d’une soirée à la belle étoile… La tête dans les nuages, en pleine nature mais un peu mieux installé que dans un simple sac de couchage. À Puycornet, Julien Sohier invite les voyageurs à passer la nuit dans une bulle, au sens propre comme au figuré. Perchée à 185 m d’altitude, en aval d’une crête, la "NeBULeuse" offre une vue imprenable sur la prairie et les bois du Quercy blanc. Le soir venu, il suffit de lever les yeux au ciel pour admirer la voie lactée. ladepeche.fr, Logements insolites dans le Tarn-et-Garonne : une nuit pour buller, la tête dans les étoiles - ladepeche.fr
  • Face au film "Chacun sa vie" sur France 2, à la série "Commissaire Montalbano" sur France 3 et au magazine "Capital" sur M6 c'est TF1 qui s'impose en tête des audiences de ce dimanche soir grâce au biopic "Dalida". Europe 1, "Dalida" : TF1 en tête des audiences ce dimanche
  • La Française Céline Boutier fait partie du trio de tête au Drive On Championship, tournoi de reprise du LPGA, après le 2e tour disputé à huis clos samedi dans l'Ohio. Boutier, qui a rendu une carte de 71 pour compter un total de -5, partage cette position avec l'Américaine Danielle Kang et l'Anglaise Jodi Ewart Shadoff. L'Équipe, Céline Boutier pointe en tête du Drive On Championship - Golf - LPGA - L'Équipe
  • Le peloton, peu de public et beaucoup de masques : la première course depuis mars et le confinement, la Route d’Occitanie, s’est élancée samedi à quatre semaines du Tour de France avec une abondance de précautions à Saint-Affrique (sud) où la question sanitaire était dans toutes les têtes. , Sport | Les cuisses en rodage, la tête au Covid : le vélo a repris en France
  • L'Américain Brendon Todd a conservé pour un coup d'avance les commandes du tournoi WGC St. Jude Invitational à Memphis, samedi, lors du 3e tour qui a vu le tenant du titre Brooks Koepka rester en embuscade. Todd, qui a rendu une carte de 69, sa moins bonne depuis jeudi, a connu une journée mouvementée avec 4 bogeys commis, compensés par 5 birdies, dont un réussi sur son avant-dernier trou qui lui a permis de rester en tête. L'Équipe, Brendon Todd s'accroche en tête du WGC St. Jude Invitational - Golf - WGC - L'Équipe
  • Audiences TV : "Dalida" en tête sur TF1, France 3 et M6... LaProvence.com, Actualités | Audiences TV : "Dalida" en tête sur TF1, France 3 et M6 complètent le podium | La Provence
  • La parité dans la haute administration policière gagne du terrain avec la nomination de Pascale Regnault-Dubois à la tête des CRS. lejdd.fr, Pour la première fois, une femme, Pascale Regnault-Dubois, prendra la tête des CRS
  • Chaque été, 120.000 personnes viennent en Champagne pour les vendanges. Un sur deux vient de l'étranger, une statistique qui explique le casse-tête des vignerons pour trouver de la main d'oeuvre, à l'heure du coronavirus, sans compter sur l'incertitude autour du rendement de cette récolte 2020. France Bleu, Vendanges 2020 : le casse-tête des recrutements de vendangeurs en plein crise
  • Après avoir têté sa mère, un homme doit têter l'oreille de sa femme : il ne doit jamais prendre de décision sans la consulter. De Massa Makan Diabaté / Le Boucher de Kouta
  • L'autruche qui enfouit sa tête dans le sable veut, en tout cas, vous donner le sentiment que cette tête est la la partie la plus importante de sa personne. De Katherine Mansfield / Journal
  • Paris est une grosse tête par rapport à la France. La France devient hydrocéphale, et ce n'est pas dans les grosses têtes qu'il y a les gros cerveaux. De Julien Green / Julien Green en liberté avec Marcel Jullian
  • Les immeubles capitalistes, c'est des jambes, des pieds. La tête ? On la voit pas. La tête du capitalisme, c'est invisible. C'est comme Dieu. De Roch Carrier / Le deux-millième étage
  • Un tête-à-tête permanent avec Dieu, dans cette vie, serait accablant. Il faut à l'amour un peu d'absence. De Christian Bobin / Mozart et la pluie
  • Bureaucratie : mille-pattes à mille têtes dont ni pattes ni têtes ne fonctionnent d'une manière synchrone ; lorsqu'elles fonctionnent. De Georges Elgozy / L'Esprit des mots ou l'antidictionnaire
  • Selon les sondages, les Français consomment cinquante-huit rouleaux annuels de papier hygiénique par tête. Qu'est-ce qu'ils entendent par tête ? De Frédéric Dard
  • L’homme est la tête, la femme est le cou ; la tête regarde là où le cou tourne. De Proverbe russe
  • Il y a deux sortes de chefs d'orchestre : ceux qui ont la partition dans la tête et ceux qui ont la tête dans la partition. De Arturo Toscanini
  • Homme sans femme, tête sans corps ; femme sans homme, corps sans tête. De Jean-Paul Richter / Blumen, Frucht und Dornenstücke
  • Celui qui n'a jamais perdu la tête, c'est qu'il n'avait pas de tête à perdre. De Marcel Achard / Gugusse
  • L'intelligence ne se mesure pas des pieds à la tête, mais de la tête au ciel. De Napoléon Bonaparte
  • On n'est pas responsable de la tête qu'on a, mais de la tête qu'on fait. De Proverbe chinois
  • N'ayons ni la tête dans le coeur, ni le coeur dans la tête. De Joseph Roux
  • Mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine. De Michel de Montaigne
  • Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut bien la peine. Georges Jacques Danton,
  • Il est commode de couper ou de couronner une tête, mais dérisoire à la réflexion. C'est croire que cette tête enferme une Cause Première. Paul Valéry, Moralités, Gallimard
  • Il y a quelquefois une tête tellement vraie que tu peux avoir des rapports avec cette tête comme avec une vraie. Pablo Ruiz Picasso, Conversations avec Christian Zervos, 1935 in Cahiers d'art
  • Je voudrais aussi qu'on fût soigneux de lui* choisir un conducteur** qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine, et qu'on y requît tous les deux, mais plus les mœurs et l'entendement que la science. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 26Essais Henri Estienne dans son Apologie pour Hérodote
  • Il était de ceux qui pensent avec le derrière de la tête. Max Jacob, Le Cornet à dés, Gallimard
  • Le cul voudrait arriver avant la tête, mais la tête ne veut quand même pas. Georges Duhamel, Le Désert de Bièvres, Mercure de France
  • Toute tête est un entrepôt, où dorment des statues de dieux et de démons de toute taille et de tout âge, dont l'inventaire n'est jamais dressé. Michel Butor, Passage de Milan, Éditions de Minuit
  • Une belle Minerve est l'enfant de ma tête Une étoile de sang me couronne à jamais […]. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Calligrammes, Tristesse d'une étoile , Gallimard
  • Mon corps n'en fait qu'à sa tête. Marcel Achard, L'Idiote, III, Josefa , Gallimard

Images d'illustration du mot « tête »

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Traductions du mot « tête »

Langue Traduction
Corse capu
Basque burua
Japonais
Russe глава
Portugais cabeça
Arabe الرأس
Chinois
Allemand kopf
Italien testa
Espagnol cabeza
Anglais head
Source : Google Translate API

Synonymes de « tête »

Source : synonymes de tête sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « tête »


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