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Visage

Définitions du mot « visage »

Trésor de la Langue Française informatisé

VISAGE, subst. masc.

A. − Partie antérieure de la tête d'un être humain, limitée par les cheveux, les oreilles, le dessus du menton.
1. [Considérée en elle-même]
a) [Comme ayant des caractéristiques physiques] Synon. balle1(arg.), bille1(fam.), binette2(fam.), bobine (pop.), bouille4(pop.), face, figure, frimousse (pop.), gueule (pop., fam.), museau (fam.), poire (pop.), portrait (arg., pop.), tête, trogne1(fam.), trombine (pop.), tronche (pop.).Vous ne savez donc plus mon visage et mon nom? Maï, regardez-moi bien; car, pour moi, jeune belle, vos traits et votre nom, Maï, je me les rappelle (Brizeux, Marie, 1840, p. 65).Il ne voyait du visage que le front, les oreilles délicates et l'attache si pure des mâchoires avec l'imperceptible creux d'ombre où il eût voulu poser ses lèvres (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1452).
Rem. D'apr. Rob. 1985 appartient plutôt à la lang. littér. alors que la lang. parlée préfère figure ou tête.
SYNT. Visage asymétrique, étroit, irrégulier, régulier; visage allongé, anguleux, bouffi, émacié, étroit, fin, gras, joufflu, maigre, mince, ovale, rond, triangulaire; visage enfantin, jeune; visage basané, blafard, blême, bronzé, brun, hâlé, livide, pâle, rose, rouge, tanné; visage fané, flétri, lisse, ridé, tuméfié; visage fatigué, vieilli; visage grimé; visage d'ange, d'enfant, de femme, d'homme; beau, charmant, gracieux, joli visage; visage en pleurs, en sang, en sueur; visage de face, de profil, de trois-quarts; lignes, traits du visage; beauté d'un visage; tendre, tourner son visage vers qqc./qqn; frapper qqn au visage; cracher au visage de qqn.
Locutions
Loc. adv.
À visage découvert. V. découvert II A 1 c.Les danseurs de l'Opéra, qui paraissaient autrefois masqués sur le théâtre, se montrent aujourd'hui à visage découvert (Ac.1835, 1878).La comtesse: Oh! que je voudrais voir un bal masqué (...)! Martou (...): C'est là que madame brillerait! elle qui, à visage découvert, a de l'esprit (...), sous le masque, elle en aurait (Dumas père, Mariage sous Louis XV, 1841, ii, 7, p. 142).Au fig. Sans masque, sans chercher à dissimuler. À Vienne, j'avais à combattre des jalousies tantôt agissant à visage découvert, tantôt cachées sous le masque de l'intérêt (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 195).V. découvert II B 1 ex. de Sartre.
À plein visage (vieilli). Avec fougue. Elle le saisit [son fils] à pleins bras et l'embrassa à plein visage (Maupass., Pierre et Jean, 1888, p. 392).Au fig. À plein visage (vieilli). En face, ouvertement. Ces éloges à plein visage n'embarrassaient jamais Louis XIV: il était comme le soleil et ne s'éblouissait pas lui-même (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 11, 1854, p. 20).
Loc. verb.
Avoir bon/mauvais visage (vieilli). Avoir bonne/mauvaise mine. Vous avez bon visage et votre habit me paraît tout neuf (Musset, Lorenzaccio, 1834, I, 4, p. 107).Ma sœur Fanny a mauvais visage depuis hier et ressent des vertiges et des hauts de cœur (Amiel, Journal, 1866, p. 181).
Faire visage (vx). ,,Se tourner vers, faire face`` (Ac. Compl. 1842).
Jeter au visage (de qqn) qqc. Portez à votre lèvre le petit gant de la belle Anna, elle me le jeta au visage dans un moment de triste humeur, parce que j'avais dansé avec Julie (Janin, Âne mort, 1829, p. 213).Au fig. [Le compl. désigne des paroles] Dire à quelqu'un quelque chose de manière brutale pour le blesser ou le décontenancer. Est-ce que mon premier devoir n'est pas de faire en sorte qu'on ne puisse pas, un jour, lui jeter au visage certaines relationstout accidentelles, je sais bien,mais d'un caractère, si je puis dire, éminemment... préjudiciable? (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 599).
Expressions
Paraître/se voir comme le nez au milieu du visage, et, p. iron., cela ne se voit pas plus que le nez au milieu du visage. ,,Se dit d'une chose qui se voit beaucoup et qu'on s'efforcerait en vain de cacher`` (Ac. 1835-1935).
[P. allus. au dieu de la myth. romaine: Janus, représenté avec deux visages opposés] Montrer un visage de Janus. Au fig., littér. Montrer deux aspects différents. De tous temps, le 16 de la rue de Béarn avait montré un visage de Janus. Côté cour, deux files de lumières verticales (...) Côté place, au contraire, jamais plus d'une fenêtre éclairée par étage (Estaunié, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 97).
P. métaph., poét. Sur les portes d'argent, la lune au doux visage Luira comme une enfant qui baise son miroir (Noailles, Éblouiss., 1907, p. 138).
P. anal., arg. ou pop., vieilli. (Gros) visage/visage sans nez. ,,Derrière − Allusion aux rondeurs qui font office de joues`` (Larch. 1880).
b) [Comme étant le lieu où s'expriment les émotions, les sentiments, l'état d'esprit; souvent p. oppos. à masque1] Synon. physionomie.Cet enfant dont le visage rayonne d'une joie si paisible et si profonde (Dupanloup, Journal, 1871, p. 326).Alban, le visage sombre comme si le tonnerre était tombé sur sa maison (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 481).P. anal., rare. [En parlant d'un animal] Les héros, les éléphants, les tigres gardiens du temple ou qui bordent les avenues (...) ont malgré leurs massues, leurs griffes, leurs dents, un visage d'indulgence et un sourire d'accueil (Faure, Hist. art, 1912, p. 175).
SYNT. Expression(s) du visage; visage expressif, fermé, hermétique, impassible, impénétrable; visage immobile, mobile; visage attentif, bouleversé, contrit, décomposé, défait, énergique, étonné, expressif, grave, heureux, hilare, maussade, mélancolique, rayonnant, réjoui, renfrogné, rieur, serein, sévère, souriant, torturé, triste, volontaire; visage qui s'anime, s'assombrit, se décompose, se durcit, se ferme, s'illumine, se rembrunit; lire un sentiment sur un visage.
Vrai, véritable visage. Véritable caractère traduit par l'expression du visage. Sur la première marche de l'échafaud, la mort arrache le masque qu'on a porté toute la vie, et le véritable visage apparaît. Il faut en convenir, celui d'Andrea n'était pas beau à voir... Le hideux coquin! (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 510).
Montrer, révéler son vrai visage, loc. verb. [Le suj. désigne une pers.] Laisser paraître son véritable caractère, sa personnalité par relâchement involontaire du contrôle exercé sur l'expression du visage. Je n'ai jamais observé sans surprise la solennité presque religieuse du marché conclu. Le même homme, qui dissimule si bien, montre soudain son vrai visage lorsque la main de l'autre a frappé dans la sienne (Alain, Propos, 1921, p. 202).Rendre son vrai visage à qqn, loc. fig. Rendre sa personnalité à. Bizet, par le sortilège de sa musique, allait rendre à Carmen son vrai visage de fille passionnée, en faire la créature de sang et de volupté pour qui rien ne compte hormis son caprice (Dumesnil, Hist. théâtre lyr., 1953, p. 152).
Locutions
Loc. adj. inv., au fig. À deux visages, à double visage. [En parlant d'une pers.] Hypocrite, trompeur, plein de duplicité. Dans toutes les provinces de France, dans tous les villages, dans les villes, il voyait grouiller ces gens à double visage (Aymé, Uranus, 1948, p. 22).[En parlant d'un inanimé abstr.] Vérité à deux visages. Celle qui devait être une si grande reine [Catherine de Médicis] joua le rôle de servante. Elle fit ainsi l'apprentissage de cette politique à deux visages qui fut le secret de sa vie (Balzac, Cather. de Médicis, Introd., 1843, p. 37).
Loc. verb. [Le suj. désigne une pers.]
Changer de visage. Changer d'expression, pâlir ou rougir d'émotion; prendre un air différent selon les diverses occasions. Quelquefois (...) un mot suffisait pour le faire changer de visage et le jeter dans un silence embarrassant (Fromentin, Dominique, 1863, p. 23).
Composer son visage, se composer le/un visage. Lui donner un caractère qui ne correspond pas aux sentiments éprouvés. Arrivé sur les pas de sa femme, il la laissa pleurer copieusement, se composa, séance tenante, un visage non point recueilli, mais sérieux (Duhamel, Le Voyage de Patrice Périot, 1930, p. 181 ds Rob. 1985).Pour leur donner le change, j'avais marché vite, je séchais mes pleurs, je reprenais souffle, et composais mon visage (Mauriac,La Pharisienne,1941,p. 53, ds Rob. 1985).
Faire bon/mauvais visage (à qqn/qqc.). Faire bon/mauvais accueil à quelqu'un/quelque chose, en particulier lorsqu'on lui est hostile. Je résolus donc de faire bon visage au festin, selon mon devoir et mon plaisir (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 130).Il admira le don que possédait cet homme d'être désagréable. Il ignorait ses raisons de faire mauvais visage aux riches snobs qui venaient le gratifier de leurs visites indiscrètes (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1489).P. anal., rare, littér. [Le suj. désigne un animal] Pendant que le baudet contemple le savant, Et que le vautour fait au hibou bon visage (Hugo, Art d'être gd-père, 1877, p. 18).
Faire/offrir/montrer (un) visage de bois (à qqn) (fam.). Fermer la porte au nez de quelqu'un. P. métaph. L'oncle Lannuzel aurait voulu que les gens restassent dans leurs maisons et que l'île offrît un visage de bois aux envahisseurs, mais il s'agissait là d'une discipline inhumaine (Queffélec, Recteur, 1944, p. 202).Empl. pronom. Se faire un visage de bois (au fig., fam.). Prendre un visage fermé, mécontent. Chacun pérorait (...) empêchant les autres de l'interrompre, se faisant soudain un visage de bois quand l'un d'eux disait qu'il avait fait ceci, cela, comme si c'était une part de sa propre gloire qui lui était enlevée (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 436).
Trouver visage de bois. (au fig., fam.). Trouver porte close en allant voir quelqu'un ou ne trouver personne. Synon. trouver porte* de bois.Tu n'as donc pas vu que le khan d'en bas était abandonné? Je l'ai si bien vu, que j'y ai trouvé visage de bois (About, Roi mont., 1857, p. 63).Les Laharanne, eux, allaient à Hargouët voir les Sainte-Mary. Mais ils ont trouvé visage de bois (Toulet, J. fille verte, 1918, p. 9).[Parfois p. ell. sous la forme visage de bois] Visage de bois, personne n'ouvre quand je frappe (Arnoux, Calendr. Fl., 1946, p. 330).
2. Partie antérieure de la tête considérée comme singularisant l'être humain; p. méton., être humain caractérisé par son visage. Visage ami, familier, connu, étranger, inconnu, nouveau; visage de connaissance; mettre, placer un nom sur un visage. Quelques visages de connaissance sont passés dans la rue rapides, joyeux, insouciants. Pas un n'a levé les yeux sur mes fenêtres (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 281).Autour des fauteuils à coquilles dorées, impérieux et vides, se tenaient les humbles visages de malheur de toutes les guerres (Malraux, Espoir, 1937, p. 545).
Visage pâle. V. pâle A 1.
Sans visage, loc. adj. inv. Qui exécute un destin aveugle ou représente une force aveugle:
... le conflit n'en apparaîtra qu'avec une force plus dramatique entre les deux adversaires qui, dès aujourd'hui, s'affrontent sous d'autres apparences, la personne et la masse, c'est-à-dire, plus profondément, entre ce qui se soumet aux destins et ce qui leur résiste, entre les dieux sans visage et l'homme. Daniel-Rops, Ce qui meurt et ce qui naît, 1937, p. 10 ds Rob. 1985.
B. − P. anal. ou au fig.
1. Littér. Apparence, aspect que prend ou présente une chose; image.
a) Domaine concr.Le calme visage de sa terre natale lui était plus fraternel que la gigantomachie alpestre (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1435).Tout était propre, ciré, brillant. Le salon en prenait un visage d'une intensité extraordinaire comme celui d'une vieille qui porte des rides (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 181).
b) Domaine abstr.Visage de la fortune, de la justice; visages de la vérité. C'est si simple, n'est-ce pas, l'amour? Tu ne lui prêtais pas ce visage ambigu, tourmenté? (Colette, Vagab., 1910, p. 277).Ils ne comprirent plus rien à rien (...) tant le même acte montrait de visages divers, noble sous telle lumière, bas sous telle autre, cruel à la fois et généreux (Saint-Exup., Citad., 1944, p. 51).Vrai visage. Ensemble des caractéristiques véritables de quelque chose, sous les apparences. Voir les choses sous leur vrai visage. La communauté de sentiments et d'intérêts aboutit à donner à la liberté son vrai visage qui est enthousiasme, union, unité (Vedel, Dr. constit., 1949, p. 224).
Loc. adj.
Subst. + à visage humain
[Le subst. désigne une notion abstr. notamment un système pol. ou écon., une instit., un organisme, une collectivité, une activité] Mesuré, modéré, à dimension humaine; qui respecte le plus possible l'individu, la personne. Un homme dynamique [Giscard], en bonne santé, décidé à promouvoir un capitalisme à visage humain (Le Nouvel Observateur, 31 mai 1976, p. 76, col. 2).La ferme française du début du XXIesiècle ne sera ni un kolkhoze aux centaines d'ouvriers ni un big business à l'américaine. Une entreprise à visage humain, restée familiale, un peu plus grande qu'aujourd'hui (Le Point, 7 nov. 1983, p. 96, col. 1).
En partic. Socialisme à visage humain. Socialisme qui tient compte de l'individu, prend en compte les aspirations individuelles. Par socialisme libéral, j'entends socialisme à visage humain. Je suis contre la bureaucratie, la centralisation (Le Sauvage, 1erjanv. 1977, p. 123, col. 1).
[Le subst. désigne une pers. qui sait humaniser une activité, une fonction réputée impersonnelle, voire inhumaine] Les mères travailleuses qui ne peuvent pas écouter France-Inter entre quinze et seize heures pourront enfin s'imprégner de la sagesse d'une psychanalyste à visage humain [Françoise Dolto] (Le Nouvel Observateur, 5 sept. 1977, p. 65, col. 3).
Subst. + à visage + adj.Propre à une idéologie, une nation ou une région, etc., (désignée par l'adjectif). Tenter de saisir comment le sionisme, utopie à visage laïque et socialiste, a pu passer du projet textuellieu par excellence où s'exerce l'utopie à une réalité historique qui clôt la fable tout en l'incarnant (Le Nouvel Observateur, 19 juill. 1980, p. 61, col. 1).Le socialisme, un socialisme à visage breton, est la vraie foi de la maison (Le Nouvel Observateur, 16 nov. 1984, p. 113, col. 2).
2. Ensemble des traits moraux caractéristiques d'une personne, d'une nation, etc. Le visage d'un pays. J'aurais voulu vous composer plus habilement les différents visages de mon illustre prédécesseur [Anatole France] (Valéry, Variété IV, 1938, p. 47).Après tout, moi-même, n'ai-je pas plusieurs visages, celui des affaires et celui de la famille, (...) celui de l'échéance et celui des rentrées? (Arnoux, Paris, 1939, p. 38).
Prononc. et Orth.: [viza:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1100 « partie antérieure de la tête de l'homme » (Roland, éd. J. Bédier, 283: vairs out les oilz e mult fier lu visage); b) 1636 expr. (J. Auvray, Banquet des muses, p. 199: il n'y paroit non plus qu'un nez en un visage); 1690 (Fur.: il y paroist comme le nez au visage); 1718 (Ac., s.v. nez: cela paroist [...] comme le nez au milieu du visage); c) α) 1580 en visage descouvert fig. « ouvertement » (Montaigne, Essais, II, 12, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 545); 1651 à visage découvert (Corneille, Nicomède, Avis au lecteur, classiques Bordas, p. 31); β) 1700 à visage découvert « sans masque, sans voile » (Dangeau, Journal, éd. Soulié, Dussieux, de Chennevières, t. 7, p. 240); 2. ca 1330 faux visage « masque » (Guillaume de Digulleville, Pélerinage vie hum., éd. J. J. Stürzinger, 8373: hors en sacha Ceste boiste et [ce] fauz visage). B. 1. a) Fin xiies. expr. faire lait visage à (Moniage Guillaume, éd. W. Cloetta, 2eréd., 2620: Lors li rekigne si li fait lait visage), attest. isolée; à nouv. fin xves. faire bon/mauvais visage à (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, V, 4, t. 2, p. 127: il [...] luy fist très bon visaige; VII, 10, t. 3, p. 61: que tout homme luy fit mauvais visaige); b) 1388 expr. faire visage de bois (Arch. du Nord, B 1681, fo47 ds IGLF Moy. Âge: je en viens et m'y a l'on fait visage de bos); fin xves. trouver visage de bois (Jean Molinet, Chron., éd. G. Doutrepont et O. Jodogne, t. 2, p. 100: ilz trouverent visaige de boix); c) 1538 expr. changer de visage (Est.: Mutare vultum, changer de visage); 1549 (Est.: Ung homme qui change de visage quand il veult, Vertumni facies); d) 1900 expr. (Moréas, Iphigénie, I, 4, p. 31: ... cet homme soumis S'est montré tout à coup avec son vrai visage); 1927 montrer son vrai visage (Du Bos, Journal, p. 142); 2. déb. xves. « expression des traits de la face » (Christine de Pisan, Mutation de fortune, éd. S. Solente, t. 3, p. 184, 18646: a visages desconfortez). C. 1. a) 1342 (à) deux visages, pour exprimer la tromperie, la duplicité (Renart le Contrefait, éd. G. Raynaud et H. Lemaître, t. 2, p. 74, 29656: paroles qui ont deux visages); fin xives. (Froissart, Chron., éd. G. Raynaud, t. 9, p. 204: une paix à deux visages); b) 1862 le vrai visage de qqc./qqn « ce qu'il est en réalité » (Hugo, Misér., t. 2, p. 664: mon vrai visage, je l'aurais caché); 1869 (Id., Corresp., p. 217: vous avez rendu à l'Homme qui Rit son vrai visage); 1894 (France, Lys rouge, p. 50: le vrai visage de Napoléon); c) 1864 expr. sans visage « dont le véritable caractère est inconnu » (Barb. d'Aurev., Memor. pour l'A... B..., p. 424: une foule sans visage dans l'église); d) 1968 à visage humain (à propos des événements du printemps 1968 en Tchécoslovaquie) (Le Monde, 22 août, p. 1, col. 4: à Prague, un leader communiste parle de donner au socialisme « un visage humain »); 1968 (L'Aurore, 28 août, p. 6, col. 1: le socialisme au visage humain); 1971 p. ext. (M. Wandruszka, Pour une linguistique à visage humain ds Fr. mod. t. 39, p. 3) [cf. en 1904, Noailles, Visage émerv., p. 57: tout cela [les péchés, les fautes] a un visage humain]; 2. 1580 « aspect (d'une chose) » (Montaigne, op. cit., I, 38, p. 235: nostre ame [...] se la represente [la chose] par un autre visage). D. 1. a) 1560 p. méton. « la personne elle-même » (Ronsard, Œuvres compl., éd. P. Laumonier, t. 7, p. 131, 3 [var.]: pour aimer sottement un visage trop beau); 1627 (Ch. Sorel, Le Berger extravagant, t. 1, p. 826: Combien y a t'il que vous n'avez veu ce visage? ce visage m'a voulu quereller. C'est un fort plaisant visage); b) ca 1629 expr. épouser un visage (Corneille, Mélite, I, 1, vers 110: j'espouse un visage); 2. 1855 visages pâles « les Blancs, pour les Indiens d'Amérique » (Mérimée, Mél. hist. et littér., p. 56). Dér. de l'a. fr. vis « visage » (cf. vis-à-vis); suff. -age*. Au sens D 2, cf. l'angl. pale-face (1822 ds NED). Visage a concurrencé, puis supplanté vis, usuel jusqu'au xves. (cf. vis-à-vis) et chère*, usuel jusqu'au xvies. À partir de cette époque, visage se trouve en concurrence avec face, mais l'emporte largement en fréq. sur ce dernier, jusqu'à nos jours, et ne voit son hégémonie éclipsée que temporairement au xixes. par figure, dont le sens de « visage » est apparu au xviiies. (v. Renson, pp. 664-681). Fréq. abs. littér.: 19 948. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 15 134, b) 21 854; xxes.: a) 26 759, b) 44 125.
DÉR. 1.
Visagisme, subst. masc.Art de mettre en valeur la beauté, le caractère d'un visage, par des soins, des techniques esthétiques, par l'harmonie des lignes et des couleurs entre la coiffure et le maquillage, etc. Dans sa retraite, elle apprend tout sur la diététique, dévore des traités de psychologie, s'initie au visagisme (Écho de la mode, 19 mai 1968, p. 69, col. 2). [vizaʒism̭]. 1resattest. [1936 (n. déposé par F. Aubry d'apr. Rob. Suppl. 1970)], 1956 (Le Monde, 15 nov. ds Gilb. 1971); de visage, suff. -isme*, sur le modèle de paysagisme*.
2.
Visagiste, subst. masc.Esthéticien(ne), coiffeur spécialisé(e) dans le visagisme. C'est en rencontrant un jardinier que Fernand Aubry a trouvé à enclore son ambition en un mot (...). Vous êtes horticulteur? Je suis paysagiste. (...) Et voilà Aubry courant comme un fou jusqu'à la rue du Cirque (...). On clouerait sur la porte le panonceau: « Visagiste » (Combat, 7 oct. 1960, p. 9, col. 4).Visagiste-coiffeur. Check-up Coiffure, vous assure pendant quatre heures les services d'un visagiste-coiffeur qui vous apprend à tirer le meilleur parti de vos cheveux (Elle, 9 déc. 1977, p. 148, col. 3).En appos. à valeur d'adj. Devenir esthéticienne, c'est bien, mais devenir « esthéticienne visagiste », c'est mieux (Elle, 12 sept. 1977, p. 14, col. 2).P. anal. Lorsque, par extension, des fabricants spécialisés de portes et de fenêtres s'intitulent « les visagistes de votre maison », pourquoi en serions-nous choqués? Les portes, les fenêtres ne sont-elles pas les yeux et les bouches de nos demeures, qu'elles contribuent à « personnaliser »? (Giraud-PamartNouv.1974). [vizaʒist]. 1resattest. [1936 (n. déposé par F. Aubry d'apr. Rob. Suppl. 1970)], 1937 (B. officiel de la propriété industr. t. 57, 3epart., p. 890, no272283: Fernand Aubry, « visagiste » [marque déposée le 6 avril 1937 par M. F. Aubry, 5, rue du Cirque, Paris]), 1946 (M. De Trailles ds Carrefour, 28 février, p. 8 c: les spécialistes que l'on nomme parfois « visagistes »); de visage, suff. -iste*, sur le modèle de paysagiste*. Mot créé par F. Aubry (cf. l'anecdote rapportée ds Combat, 7 oct. 1960, p. 9, col. 3 et 4).
BBG.Hemming (T. D.). Lexicology and old Fr. Mod. Lang. R. 1968, t. 63, pp. 820-821. − Mudimbe (V. Y.). Air: ét. sém. Wien, 1979, pp. 452-453. − Renson 1962, pp. 160-213; 222-223 (s.v. visagiste). − Stefenelli (A.). Der Synonymenreichtum der altfrz. Dichtersprache. Wien, 1967, pp. 114-117.

Wiktionnaire

Nom commun

visage \vi.zaʒ\ masculin

  1. (Anatomie) Face humaine ; partie antérieure de la tête, qui comprend le front, les yeux, le nez, les joues, la bouche, le menton et les oreilles.
    • Il serait délicat d’insister sur l’apparence regrettable qu’ont prise certains visages féminin qui ont été trop longtemps exposés aux attaques des fards ; ceux-ci ont pu à un certain moment donner un éclat particulier au visage, mais ils l’ont souvent irrémédiablement flétri. — (Marcel Hégelbacher; La Parfumerie et la Savonnerie., 1924, page 126)
    • J’aperçois, dans le décor que la pénombre commence à envahir, le modelé de mon front, l’ovale de mon visage et, sous ma paupière clignante, mon regard par lequel j’entre en moi comme dans un tombeau. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Marcelle voyait devant soi ce visage incompréhensible comme une phrase dont on aurait mélangé tous les mots dans un chapeau. — (Jules Supervielle, Le voleur d’enfants, Gallimard, 1926, collection Folio, page 128.)
    • Le grand air de l’Océan mordait notre visage avec une violence telle que nous avons dû, à plusieurs reprises, étaler sur les joues et le nez de la vaseline, dont nous nous étions munis. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • Une expression matoise parcourut le visage de l’homme aux lunettes noires sans qu’il me fût possible d’en deviner la cause. — (Francis Carco, Les Hommes en cage, Éditions Albin Michel, Paris, 1936, p. 79)
    • Coupé par un immense béret, son petit visage bien rasé, triangulaire et anguleux comme celui d’un fennec, souriait. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
  2. (Par extension) Son air ; son expression.
    • Il me semble n’y avoir vu encore que des visages effarouchés ou rébarbatifs. Peut-être aussi les Parisiens ont-ils peur de l’orage. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre IV)
    • Son visage portait les marques de la plus profonde perplexité et, visiblement, il se demandait si Tacherot ne se moquait pas un peu de lui. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 76)
    • Par un mystérieux tour de force, il avait réussi à se raser et à lisser ses cheveux dorés. Son visage était tout à fait séraphique. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 262 de l’éd. de 1921)
  3. (Par extension) Aspect d’une chose.
    • Je percevais au tremblement de leur voix, au miel de leurs paroles, cette terrible servitude qui les liait à ce qu’on nomme l’amour, d’un mot trop doux parce qu’on ne veut pas lui donner son véritable visage de bestialité et d’animalité. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 32)
    • La guerre prend un double visage : elle est en même temps une guerre de position et une guerre de mouvement. — (François Roth, La Guerre de 70, Fayard, 1990)
  4. La personne même, en tant qu’on la connaît par le visage.
    • Henri, d’une investigation prompte, examinait les tablées. Pas un visage connu. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 11)
  5. (Par extension) (Figuré) Ensemble des traits moraux caractéristiques d’une personne, d’une nation, etc.
    • Cet historien n’a pas représenté tel pays sous son vrai visage.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

VISAGE. n. m.
Face de l'homme, partie antérieure de la tête, qui comprend le front, les yeux, le nez, les joues, la bouche, le menton et les oreilles. Visage large, rond, plein, ovale, étroit, plat, maigre, bouffi, boursouflé. Visage blême, pâle, rouge, enflammé, enluminé, couperosé. Un beau visage. Un visage agréable. Un visage efféminé. Il se porte bien, il a bon visage. Son visage ne m'est pas inconnu. L'indignation était peinte sur son visage. Fam., Il n'a rien d'humain que le visage se dit d'un Homme cruel, barbare. Fig. et fam., Il a un visage de pleine lune se dit d'un Homme qui a une face large et pleine. Fig. et fam., Cela se voit comme le nez au milieu du visage et, par ironie, Cela ne se voit pas plus que le nez au milieu du visage se dit d'une Chose qui se voit beaucoup et qu'on s'efforcerait en vain de cacher. Fig. et fam., Trouver visage de bois se dit lorsque, venant chez quelqu'un, on y trouve la porte fermée. Il s'emploie, par extension, pour dire qu'on ne trouve personne, quoique la porte ne soit pas fermée.

VISAGE se dit aussi de l'Air du visage, de l'expression. Avoir un visage riant, gai, ouvert, serein, content. Avoir un visage triste, renfrogné, morne, mélancolique, chagrin. Fam., Avoir un visage de déterré, un visage de l'autre monde, Être hâve, pâle et défait. Faire bon visage, mauvais visage à quelqu'un, Lui faire bonne ou mauvaise mine, bon ou mauvais accueil. Fig., Faire à mauvaise fortune bon visage. Se composer le visage, Prendre un air sérieux, prendre une expression étudiée qui convient aux circonstances. Changer de visage, Changer de couleur, rougir, pâlir; laisser voir son émotion. Il signifie encore Prendre un air sérieux ou enjoué, triste ou gai, selon les diverses occasions.

VISAGE se dit encore de la Personne même, en tant qu'on la connaît par le visage. Voilà bien des visages que je ne connais point. Des visages nouveaux. Par extension, il se dit figurément de l'Ensemble des traits moraux caractéristiques d'une personne, d'une nation, etc. Cet historien n'a pas représenté tel pays sous son vrai visage.

À VISAGE DÉCOUVERT, loc. adv. Sans masque, sans voile. Il s'emploie surtout au figuré. C'est un homme franc, qui se montre à visage découvert. Attaquer quelqu'un à visage découvert.

Littré (1872-1877)

VISAGE (vi-za-j') s. m.
  • 1La partie antérieure de la tête où sont le front, les yeux, le nez, la bouche. Vous vîtes mon cœur dès la première fois que vous vîtes mon visage, Guez de Balzac, liv. VIII, lett. 11. Quelque graves et dissimulés qu'ils soient, à la première alarme le masque leur tombe à terre ; on apprend toujours les affaires sur leur visage : on y lit l'après-dînée les dépêches qu'ils ont reçues le matin, Guez de Balzac, Des ministres et du ministère. Mettre bien la franchise et la feinte en usage ; Porter tantôt un masque, et tantôt un visage, Rotrou, Vencesl. I, 1. Ayez pour lui, monsieur, des sentiments meilleurs ; Il s'est bien converti dans un si long voyage, C'est un tout autre esprit sous le même visage, Corneille, Suite du Ment. II, 4. Les Églises de Judée qui croyaient en Jésus-Christ ne me connaissaient pas de visage, Sacy, Bible, St Paul, Épît. aux Galat. I, 22. Oh ! mon Dieu ! que vous vous portez bien, et que vous avez là un vrai visage de santé ! Molière, l'Av. II, 6. [à l'apothicaire M. Fleurant] Allez, monsieur, on voit bien que vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages, Molière, Mal. imag. III, 4. Portant sur son visage la majesté de tant de rois dont elle tirait sa naissance, Fléchier, Mar.-Thér. La jeunesse en sa fleur brille sur son visage, Boileau, Lutr. I. Ce guerrier… Est robuste de corps, terrible de visage, Boileau, ib. v. Il se déguise en vain : je lis sur son visage Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage, Racine, Brit. I, 1. Quelle aimable pudeur sur leur visage est peinte ! Racine, Esth. I, 2. Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles, La Bruyère, III. Son visage était des plus mignons ; mais c'était toujours le même visage ; on eût dit qu'elle le tirait le matin d'un étui, pour l'y remettre en se couchant, sans s'en être servie dans la journée, Hamilton, Gram. x. Voilà un visage qui ne m'est pas inconnu, Dancourt, l'Opér. de village, sc. 3. Là, dans la chambre et dans l'appartement [au moment de la mort du Dauphin], on lisait apertement sur les visages, Saint-Simon, 293, 240. C'était, comme on l'a dit depuis, le visage d'Adonis sur le corps d'Hercule ; c'était la majesté avec les grâces, Voltaire, Princ. de Babyl. 1. Vous avez bien raison, M. de Thibouville a le visage trop rond pour un conspirateur ; vous savez que César croyait que les visages longs et maigres étaient de vraies faces de conjurés, Voltaire, Lett. d'Argental, 11 févr. 1764. Fais brûler un ouvrage utile, les étincelles t'en sauteront au visage, Voltaire, Facéties, Réfl. pour les sots. Vous avez beau dire que vous n'avez plus de visage à offrir à M. Pigal [qui allait à Ferney, pour la statue de Voltaire] ; le génie, tant qu'il respire, a toujours un visage que le génie, son confrère, sait bien trouver, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 30 mai 1770. Mon visage est flétri des regards du soleil, Chénier, Lydé. Le visage humain exerce un grand pouvoir sur le cœur humain, Staël, Corinne, XIV, I.

    Il n'a rien d'humain que le visage, se dit d'un homme cruel, barbare.

    Frapper au visage, donner un coup sur le visage, un soufflet.

    Son visage lui fait honneur, se dit d'une personne qui a le corps maigre et le visage plein.

    Visage mettable, visage fort passable, qui n'est point à dédaigner. Oui, vraiment, ce visage est encor fort mettable, Molière, l'Ét. I, 6.

    Fig. Il y paraît comme le nez au visage, se dit d'une chose qui a laissé des marques fort visibles.

    Fig. et ironiquement. Cela ne paraît pas plus que le nez au milieu du visage, se dit d'une chose qui frappe tous les yeux, et qu'on s'efforcerait en vain de cacher.

    Tourner visage, faire face, en parlant de gens qui, poursuivis, fuient, et qui, s'arrêtant, se retournent et résistent. Il [Marcus Emilius] fit plus, il ordonna aux siens de tuer impitoyablement les premiers des fuyards qu'ils rencontreraient, et qui refuseraient de tourner visage, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 410, dans POUGENS.

    Fig. Tourner visage, se détourner de, être contraire. Il n'est rien ici-bas… Qui ne tourne visage à mon contentement, Régnier, Élég. I.

    Fig. et populairement. Trouver visage de bois, trouver fermée la porte de quelqu'un qu'on va voir ; et, par extension, ne rencontrer personne au logis où l'on fait visite.

    Trouver visage de bois, signifie aussi manquer son coup, être confus, avoir un pied de nez.

    Un visage de pleine lune, un visage plein et large.

    Visage de prospérité, visage gras, rempli, vermeil.

    Visage de plâtre, visage fardé de blanc et de rouge.

  • 2 Par extension, la personne même, en tant qu'on la connaît par le visage. Leur sombre inimitié [des Romains] ne fuit point mon visage, Racine, Brit. IV, 3. J'y voyais entrer à tout moment de nouveaux visages, dont il y en avait toujours quelques-uns qui me donnaient sujet de faire des remarques réjouissantes, Lesage, Est. Gonz. 37. Depuis un mois pourtant ce visage est chez moi ; Je n'en gardais jamais aussi longtemps, ma foi, Collin D'Harleville, Inconst. I, 7.

    De beaux visages, de belles personnes. Tu sais comme Florame à tous les beaux visages Fait par civilité toujours de feints hommages, Corneille, la Suiv. I, 1.

    Fig. Épouser un visage, épouser une femme pour sa beauté. Alors ne pense pas que j'épouse un visage, Je règle mes désirs suivant mon intérêt, Corneille, Mél. I, 1.

  • 3 Par ironie, un visage, une personne qu'on tient en peu d'estime. Parbleu, il semble à ce visage, qu'il n'y a que lui qui sache quelque chose, Hauteroche, Crisp. médec. I, 7. Eh bien, qu'est-il devenu, ce visage-là ? Dancourt, Cur. Compiègne, sc. 13.

    Un plaisant visage, un homme digne d'être moqué. Quel ami j'avais fait de ce plaisant visage ! Corneille, Mélite, II, 7. Ha, vraiment, beau fils de Vénus, Vous êtes un plaisant visage ! Scarron, Virg. III. Il ne nous a pas priés de sa noce ? vraiment, c'est un plaisant visage, Dancourt, Moul. Jav. sc. dern. C'est un plaisant visage que M. Naquart de penser à moi, Dancourt, Bourg. de qualité, I, 3.

  • 4Air, mine, physionomie. Ne me regarde plus d'un visage étonné, Corneille, Cid, III, 1. Dix jours entiers il considère la mort avec un visage assuré, tranquille, Bossuet, le Tellier. Dans les audiences vulgaires, l'un toujours précipité vous trouble l'esprit ; l'autre, avec un visage inquiet et des regards incertains, vous ferme le cœur, Bossuet, ib. Le cœur de l'homme change son visage, soit pour le bien, soit pour le mal, Bossuet, Polit. V, II, 2. L'aveugle parut alors changer de voix et de visage, et, prenant un ton d'autorité…, Bossuet, Anne de Gonz. Du moins, s'il faut céder, si, contre notre usage, Il faut d'un suppliant emprunter le visage, Racine, Mithr. III, 1. Au moins, si j'avais pu préparer son visage, Racine, Bajaz. I, 4.

    Un visage de bois flotté, un visage de cuir bouilli, un visage défait, de mauvaise apparence.

    Avoir un visage d'excommunié, un visage de déterré, un visage de l'autre monde, être pâle et défait.

    Fig. Avoir le visage allongé, le visage long, se dit d'une personne confuse, désappointée. Les sentiments sont divers chez Monsieur : les uns ont le visage allongé d'un demi-pied [à cause du retour du chevalier de Lorraine] ; d'autres l'ont raccourci d'autant ; on dit que celui du chevalier de Beuvron est infini, Sévigné, 12 févr. 1672.

    Bon visage, visage qui indique la santé ; mauvais visage, visage qui indique indisposition, maladie. La Rancune dit encore à Ragotin qu'il avait mauvais visage ; l'Olive lui dit la même chose, Scarron, Rom. com. II, 9. M. de Crussol, qui tient le premier rang pour les bons mots, disait en regardant sa femme plus rouge que les rubis dont elle était parée : Messieurs, elle n'est pas belle, mais elle a bon visage, Sévigné, 184. Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m'en féliciter ; dites : je vous trouve bon visage, La Bruyère, V. Enfin ma vaine terreur s'en est allée avec ton mauvais visage, Rousseau, Hél. VI, 2.

    Faire bon visage, mauvais visage à quelqu'un, lui faire bon ou mauvais accueil. Si je l'entretins hier et lui fis bon visage, Corneille, Hor. I, 3. Si cela est, il est bien étonnant qu'à son retour on ne lui ait pas fait plus mauvais visage, et qu'elle ait toujours joui de sa pension sans interruption, Rousseau, Conf. III.

    Fig. Que je fais, en riant, bon visage aux ennuis, Régnier, Sat. X.

    Se faire, se composer le visage, prendre un air conforme à la circonstance. Il fut longtemps à se faire un visage et une contenance ; enfin il entra, Sévigné, 412. Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage, Sur les yeux de César composent leur visage, Racine, Brit. v, 5.

    Se composer le visage, prendre un air sérieux.

    Changer de visage, changer de couleur, rougir, pâlir, etc. Vous vous troublez, madame, et changez de visage, Racine, Brit. II, 3. À ce mot de témérité, Idoménée changea de visage, ses yeux se troublèrent, il rougit, Fénelon, Tél. XI.

    Changer de visage, se démonter le visage, prendre tel visage qu'on veut, prendre l'air qu'on juge convenable aux diverses occasions.

    Un homme à deux visages, un fourbe.

  • 5 Fig. Il se dit des aspects divers des choses. La plupart des choses du monde, ayant deux visages, sont trouvées ou bonnes ou mauvaises, selon qu'elles sont considérées, Malherbe, Lett. à la Princ. de Conti, 29 mars 1614. Un moment donne au sort des visages divers, Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers, Corneille, Cid, I, 1. Cet amas d'actions indignes, dont on a peine, devant le monde, d'adoucir le mauvais visage, Molière, D. Juan, IV, 6. L'on ne quitte point sa part de la fortune, quand on a des raisons d'y prétendre, et qu'elle commence à nous montrer un visage plus doux, Sévigné, 13 mars 1680. Il connaissait les deux visages de la justice : l'un, facile dans le premier abord ; l'autre, sévère et impitoyable, quand il faut conclure, Bossuet, le Tellier. Chaque mot eut toujours deux visages divers [deux sens, une équivoque], Boileau, Art p. II. Tout ressemble à Janus ; tout, avec le temps, a un double visage, Voltaire, Lett. Florian, 3 avril 1767.
  • 6Faux visage s'est dit pour masque.

    Fig. La plupart des vices se couvrant d'un faux visage de vertu, Fléchier, Sermons, Samaritain.

  • 7À visage découvert, loc. adv. Sans masque, sans voile. Les acteurs jouent à visage découvert. Zélis, allant à la mosquée il y a quelques jours, laissa tomber son voile, et parut presque à visage découvert devant tout le peuple, Montesquieu, Lett. pers. 147.

    Fig. Quand les passions ne peuvent nous vaincre à visage découvert, elles prennent le masque de la sagesse pour nous surprendre, Rousseau, Ém. v. Croiriez-vous bien qu'il n'a pas été permis à ce dernier de se défendre à visage découvert contre ce coquin qui attaque sous le masque ? D'Alembert, Lett. à Voltaire, 14 juill. 1767.

SYNONYME

VISAGE, FACE. Bien que face soit le mot propre, puisque visage ne contient que l'idée de vue, cependant visage a remplacé généralement face. Face ne se dit plus au sens de visage que dans le style très élevé ou au contraire dans le style plus familier, et dans le langage anatomique.

HISTORIQUE

XIe s. Vairs [il] out les ieux et mult fier le visage, Ch. de Rol. X. Rollans reguardet Ollivier al visage, ib. CXLVI.

XIIe s. Ne regarder [je] n'os [ose] son simple visage, Tant [j'] en redout mes ieuz à departir, Couci, XI. Jofroiz li Angevins se dresse en son estage ; Bel chevalier i ot de cors et de visage, Sax. XXVI.

XIIIe s. Quant il furent passez et les Turs virent que nous gardions le pont, il les lesserent quant ils virent que nous avions tourné les visages vers eulz, Joinville, 227.

XIVe s. Icelluy Clays avoit esté à sa maison, armez à fol visage [masque], le jour du nouvel an, Du Cange, visagium. Un fol visage [un masque] avoit cascuns, Que ne les coneüst aucuns, Jean de Condé, t. II, p. 19.

XVe s. Tantost retournerent audit lieu de Paris, en intention de r'emouvoir le peuple ; mais on leur ferma les portes au visage, Monstrelet, I, 205. Les Gantois se mettoient devant et remontroient grand visage [avaient une contenance hardie], Froissart, II, II, 58. Et disoient les anciens des pays voisins et lointains que c'estoit une paix à deux visages, Froissart, II, II, 58. Le roy d'Angle terre le print à grant plaisir et parloit de bon visage [d'un air satisfait], Commines, IV, 10. À Pietre, le paintre, pour XIIIe faulx visaiges et XIIIe barbes, De Laborde, Émaux, p. 543. Que se le roy veult faire bon visage [bonne contenance], Et mettre sus gens contre les Anglès…, Deschamps, Poésies mss., f° 120. Malgré vos visaiges [malgré vous], nous porterons les clefs de vos maisons, et vous en bouterons dehors vous et les vostres, Chron. scandal. de Louis XI, p. 74 dans LACURNE. Puis vint celle part où le conte estoit, si luy arracha son heaulme de la teste si rudement qu'il lui faict le sang jaillir par le nez et parmi la bouche, puis lui abbat le visaige de son heaulme, Lancelot du lac, t. II, f° 66. Elle tourna contre eux, et, tant peu qu'elle eust de gens, elle leur fit visage, et marcha contre les Anglois à grands pas et estendard desployé, Hist. de la pucelle d'Orl. p. 512, dans LACURNE. Fortune, par son cruel visaige, nous feit, à ce matin, cheoir es mains du pervers lignage Damant l'enchanteur…, Perceforest, t. VI, f° 103.

XVIe s. Qui ne bée point aprez la faveur des princes… ne se picque pas beaucoup de la froideur de leur recueil et de leur visage, Montaigne, IV, 165. L'inconstance de la fortune fait qu'elle nous doibve presenter toute espece de visages…, Montaigne, I, 252. Maintenir tousjours notre visage rassis, Montaigne, I, 67. Que ce qu'il vient d'apprendre, il [le maître] le lui face mettre [au disciple] en cent visages [formes, manières], Montaigne, I, 161. Nostre ame se represente la chose par un aultre visage [face, point de vue], Montaigne, I, 272. Les amys et compagnons d'Aristobulus lui firent visage de bois, et, sans lui donner l'entrée de la premiere porte, le renvoyerent comme il estoit venu, Joséphe, Guerre, I, 5, trad. de DES ESSARTZ. Tout le jour nostre artillerie battit le visage de la tour, Montluc, Mém. t. II, p. 455. Le roy trouve à Poitiers visage de pierre, et si est sa cornette blanche saluée de trois coups de canon, Pasquier, Lettres, t. II, p. 89. Rouge visage et grosse pance Ne sont signe de penitence, Cotgrave

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

VISAGE, (Anat. Physiol. Chirurg. Médec.) partie externe de la tête ; le philosophe diroit, c’est le miroir de l’esprit ; mais nous ne sommes ici que physiologistes, anatomistes, il faut se borner à son sujet.

Le visage ou la face comprend ce qui dans toute l’étendue superficielle de la tête se présente contre la partie chevelue & le cou ; savoir, le front, les sourcils, les paupieres, les yeux, le nez, les levres, la bouche, le menton, les joues & les oreilles. Voyez tous ces mots.

Cicéron remarque dans son traité des lois, liv. I. ch. ix. qu’on ne trouve dans aucun animal de face semblable à celle de l’homme ; il n’y en a aucun sur la face duquel on puisse observer tant de signes de pensées, & de passions internes. Nous comprenons tous quels sont ces signes, quoique nous ne puissions guere les caractériser en détail ; mais pour en dire quelque chose en général, nous savons que la rougeur monte au visage dans la honte, & que l’on pâlit dans la peur ; ces deux symptômes qui dependent de la structure & de la transparence du réseau cutané, ne se trouvent dans aucun autre animal, & forment dans l’homme une beauté particuliere.

C’est encore sur le visage que paroissent les ris & les pleurs, deux autres symptômes des passions humaines, dont l’un est fait pour assaisonner les douceurs de la société, & l’autre pour émouvoir la compassion des caracteres les plus durs. Combien de différens mouvemens des muscles qui aboutissent aux yeux & au reste du visage, lesquels muscles sont mis en action par les nerfs de la cinquieme ou de la sixieme paire, & qui par conséquent ont une étroite communication avec le plexus particulier à l’homme ?

Cette diversité prodigieuse des traits du visage, qui fait qu’entre plusieurs milliers de personnes, à peine en voit-on deux qui se ressemblent, est une chose admirable en elle-même, & en même tems très-utile pour l’entretien des sociétés ; ainsi, tous les hommes pouvant être aisément distingués sur leur simple physionomie, chacun reconnoit sans méprise ceux avec lesquels il a quelqu’affaire ; c’est par-là qu’on peut rendre un témoignage certain de ce que quelqu’un a dit, fait ou entrepris ; toutes choses dont il n’y auroit pas moyen de s’assurer, s’il se ne trouvoit sur le visage de chaque personne quelque trait particulier qui empêchât de la confondre avec toute autre.

Que penserons-nous de Trébellius Calca, dit un historien romain, Valere Maxime, c. xv. avec quelle assurance ne soutint-il pas qu’il étoit Clodius ? Lorsqu’il voulut entrer en possession de son bien, il plaida sa cause avec tant d’avantage devant les centumvirs, que le tumulte du peuple ne laissoit presque aucun lieu d’espérer une sentence équitable ; cependant dans cette cause unique, la droiture & la religion des juges triompherent de la fourberie du demandeur, & de la violence du peuple qui le soutenoit.

Les parties du visage étant du nombre de celles qui sont les plus exposées à la vue, il faut avoir égard à deux choses dans le pansement des plaies qui leur arrivent. Premierement de conserver à chaque partie respective, l’usage auquel elle est destinée ; en second lieu, de tâcher qu’il n’y reste point de cicatrices capables de les défigurer. Mais comme la visage est composé de plusieurs parties différentes, chacune demande un traitement particulier, qui doit être indiqué à l’article de chacune de ces parties, front, sourcils, paupieres, œil, nez, joues, &c.

La petite vérole est de toutes les maladies celle qui fait le plus grand tort au visage ; mais on prévient ses outrages par l’inoculation, qui est la plus belle & la plus utile découverte de toute la médecine.

Les autres difformités plus ou moins grandes de cette partie de la tête, sont la goute-rose, dont on peut voir l’article, les taches de naissance, celles de rousseur, & la grosseur du teint.

Les taches de naissance sont sans remedes. Les taches de rousseur se dissipent souvent d’elles-mêmes, & quelquefois sont profondement enracinées dans les petits vaisseaux de la peau. L’esprit-de-vin mêlé avec un peu d’huile de behen, & appliqué tous les soirs sur le visage, par le moyen d’un petit pinceau, dissipe les taches de rousseur, qui viennent du hale du soleil.

La grosseur du teint a souvent pour origine le rouge qu’on met sur le visage ; car il est certain qu’il gâte le teint, desseche la peau, & la ronge.

On lit dans les mémoires de l’académie des Sciences, que le moyen de conserver la fraîcheur du visage, est d’en empêcher la transpiration par des drogues dont l’huile soit la base ; mais cet avis seroit dangereux, loin d’être utile.

Le grand air, le grand vent, & la sueur longue & fréquente grossissent le teint. Il y a des femmes qui se ratissent le visage avec des morceaux de verre pour se rendre la peau plus fine, mais elles la rendent encore plus grosse, & plus disposée à se racornir. Il ne faut jamais passer rien de rude sur le visage ; il faut se contenter de le laver fort simplement avec un peu d’eau de son, qui ne soit ni froide, ni chaude, ou avec du lait d’ânesse tout fraîchement trait. Quant à la flétrissure du teint qui naît des années, Horace savoit ce qu’il en faut penser quand il écrivoit à Posthumus.

Labuntur anni ; nec pietas moram
Rugis adfert, indomitæque senectæ.

(D. J.)

Visage, (Séméiotique.) on peut tirer des pronostics du visage dans la plûpart des maladies, & surtout dans celles qui sont aiguës, comparées avec l’état où elles étoient lorsque le malade se portoit bien ; car, c’est un bon signe d’avoir le visage d’un homme qui se porte bien, & tel que le malade l’avoit lui-même en santé. Autant le visage s’éloigne de cette disposition, autant y a-t-il proportionnellement de danger.

Le changement du visage qui ne vient pas de la maladie, mais de quelques causes accidentelles, comme du défaut de sommeil, d’un cours de ventre, du défaut de nourriture, ne forme aucun pronostic fâcheux, qu’autant que ces choses subsistent long-tems.

A l’égard de la couleur, la rougeur de visage est quelquefois un bon signe, comme lorsqu’elle indique un saignement de nez ; & l’on doit encore plus s’y fier, lorsqu’elle est jointe avec d’autres signes qui prognostiquent le même événement, suivant ce que dit Hippocrate, coac. prænot. 142, que lorsqu’une personne qui a la fievre a une grande rougeur au visage, & un violent mal de tête, accompagné d’un pouls fort, elle ne manque guere d’avoir une hémorrhagie ; mais il faut en même tems ajouter à ces signes ceux de coction.

C’est un mauvais signe, lorsqu’au commencement d’une maladie, surtout d’une maladie aiguë, le visage est différent de ce qu’il étoit dans l’état de santé ; & le danger est d’autant plus grand qu’il s’éloigne de ce premier état.

Telle est l’habitude du visage dans laquelle, comme dit Hippocrate, au commencement des prognostics, le nez est aigu, les yeux enfoncés, les tempes creuses, les oreilles froides, retirées, leurs lobes renversés, la peau du front dure, tendue, seche, & la couleur du visage tirant sur le pâle, le verdâtre, le noir, le livide, ou le plombé ; c’est ce que les médecins appellent avec raison une face cadavéreuse ; & lorsqu’elle est telle au commencement, c’est-à-dire, les trois premiers jours d’une maladie, c’est un signe de mort.

Lorsque dans quelques maladies chroniques, comme dans la phthisie & dans l’empyéme, le visage s’enfle, c’est un vice de la sanguification, & qui est d’un très-fâcheux prognostic.

La couleur vermeille des joues dans les fievres lentes, indique une péripneumonie ou un empyème, qui dégénere en consomption lorsque la toux s’y rencontre.

Voilà quelques prognostics généraux qu’Hippocrate tire du visage. Il faut le lire attentivement sur cette matiere, & y joindre les excellentes réflexions de ses commentateurs. (D. J.)

Visage, maladies du, (Médec.) le visage dans les maladies présente un grand nombre d’indications, que la plûpart des auteurs n’ont pas décrites avec assez d’exactitude ; mais dans notre plan, nous devons nous contenter des principaux phénomenes qui concernent ces maladies.

Les couleurs du visage sont très-visibles. La naturelle qui imite si bien la blancheur du lys, & le rouge vif de la rose est une marque que la matiere morbifique n’a point passé dans les voies de la circulation ; la couleur pâle est toujours suspecte. La noire est un symptome de mélancolie & de bile corrompue ; celle qui est d’un rouge constant, est une preuve que le sang se porte au cerveau avec trop d’impétuosité ; celle au contraire qui se dissipe & revient, ordinaire aux scorbutiques, à ceux qui sont attaqués de maladies chroniques & de cacochimie, est dangereuse pour les phthisiques & ceux qui crachent le pus ; la couleur livide produite par l’embarras du sang à retourner au cœur, par la stagnation des humeurs & leur corruption, annonce du danger. Il est ordinaire de voir un cercle livide sur les yeux des cacochimes, des femmes enceintes, & de celles qui sont attaquées de suppression de regles ou de fleurs blanches. La couleur jaune est un signe d’ictere ou de cacochimie ; les changemens de couleur sont fréquens dans les sujets attaqués de convulsions ; les taches présentent différentes indications, suivant la différence de la couleur du visage qui les accompagne.

Un visage cadavéreux est celui qu’un grand nombre d’auteurs appellent hippocratique, parce qu’Hippocrate en a fait la peinture suivante. Les yeux sont concaves, le nez éfilé, les tempes affaissées, les oreilles froides & resserrées, la peau dure, la couleur pâle ou noire, les paupieres livides, ainsi que les levres & le nez ; le bord de l’orbite de l’œil devient plus éminent ; on remarque des ordures autour des yeux, le mouvement des paupieres est languissant, l’organe de la vue est à demi fermé, la pupille se ride & ne rend point la peinture des objets ; tous ces accidens annoncent la mort : s’ils sont la suite d’une diarrhée, ils marquent une extrème foiblesse, le ralentissement de la circulation, la colliquation de la graisse & des bonnes humeurs, leur corruption & leur défaut.

La convulsion & la paralysie du visage, le spasme cynique, la contorsion de la bouche, le grincement des dents, le tremblement de la mâchoire & autres choses semblables sont extrèmement dangereuses, parce que ces symptomes proviennent de l’affection des nerfs qui partent du cerveau. Cet état exige l’application des topiques nervins sur la tête & les narines, outre les remedes opposés aux causes.

L’enflure du visage présente différens pronostics ; car quand elle vient de la trop grande impétuosité du sang, ce qu’on nomme alors visage refrogné, elle pronostique dans les maladies aiguës le délire, la phrénésie, la convulsion, les parotides, l’hémorrhagie. Dans l’esquinancie, elle est très à craindre : elle est un signe favorable dans la petite vérole. Mais dans les maladies chroniques, pituiteuses, dans les hydropisies, elle présage l’augmentation du mal. Il y a beaucoup à craindre quand elle accompagne la toux & le vomissement. Si cette enflure diminue à proportion de la cause, c’est une bonne marque ; mais si cette diminution est une suite de l’affoiblissement des forces & d’une métastase qui s’est faite intérieurement, on doit tout appréhender.

Les blessures du visage ne permettent pas qu’on fasse une suture sanglante ; dans ce cas, comme dans la brûlure & la petite-vérole, il faut éviter, s’il est possible, que le traitement de la blessure ne cause de la difformité.

Les pustules, la rougeole, les dartres ont leur traitement particulier. Une sueur abondante qui se forme autour du visage offre dans les maladies un symptome dangereux.

Les différens changemens de couleur du visage produits par diverses passions de l’ame, donnent leurs différens pronostics ; la cure regarde celle des passions mêmes. (D. J.)

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Étymologie de « visage »

(c. 1100) Du moyen français visage, de l’ancien français vis (« visage »), usuel jusqu’au XVe siècle – encore vivant dans vis-à-vis (« face-à-face ») – avec le suffixe -age, du latin visum (« visage »).
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Wallon, vizeg ; bourguign. et Berry, visaige ; prov. visatge ; esp. visage ; port. visagem ; anc. it. visaggio ; d'une forme fictive visaticum ; du lat. visum, vu, qui avait pris le sens de visage et avait donné à l'ancienne langue vis, visage.

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Phonétique du mot « visage »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
visage vizaʒ

Citations contenant le mot « visage »

  • Les défauts de l'esprit augmentent en vieillissant, comme ceux du visage. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Le visage humain fut toujours mon grand paysage. Sidonie Gabrielle Colette, Trait pour trait, Le Fleuron
  • Marquise, si mon visage A quelques traits un peu vieux, Souvenez-vous qu'à mon âge Vous ne vaudrez guère mieux. Pierre Corneille, Poésies diverses, LVIII, Stances à Marquise Du Parc
  • […] Quoi de plus commun que de se croire deux nez au visage, et de se moquer de celui qui se croit deux trous au cul ? Denis Diderot, Les Bijoux indiscrets
  • La voix est un second visage. Gérard Bauër, Carnets, Gallimard
  • Au temps du carnaval, l'homme se met sur son masque un visage de carton. Xavier Forneret, Sans titre, par un homme noir, blanc de visage
  • La cour est un lieu sacré où l'homme doit tenir sous son contrôle les deux traîtres dont il ne peut se défaire : sa parole et son visage. Jean Giraudoux, Ondine, II, 9, le chambellan , Grasset
  • Atteint par une maladie infectieuse au visage, Benoît XVI, 93 ans, est "extrêmement fragile", selon un article du quotidien régional allemand Passauer Neue Presse, qui cite un biographe de l'ancien pape, Peter Seewald. , Atteint par une maladie infectieuse au visage, Benoît XVI, 93 ans, est "extrêmement fragile", selon un article paru dans la presse allemande
  • Vers le dimanche 26 juillet 2020, le jeune homme a dévoilé pour la première fois le visage de son fils Marceau. Magazine Sextant, Koh-Lanta : Claude montre enfin le visage de son fils Marceau !
  • Tu as le visage de la bonne journée de ta vie. Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz, Les Sept Solitudes, le Vieux Jour , Jouve
  • Il* a donné à l'homme un visage levé vers le ciel. Ovide en latin Publius Ovidius Naso, Les Métamorphoses, I, 85
  • L'on m'a dit aussi que vous vous fardiez. Fort bien ! Dieu vous a donné un visage, et vous vous en fabriquez un autre. William Shakespeare, Hamlet, III, 1, Hamlet à Ophélie
  • Le premier visage au monde est un visage de femme. De Fabrice Colin / Or not to be
  • Coeur heureux fait visage épanoui. De Proverbe anglais
  • Notre vrai visage nous attend. De Jacques Lacarrière / Sourates
  • Maccablé : cadavre au visage soucieux. De Alain Finkielkraut / Petit fictionnaire illustré
  • Le visage est le miroir du coeur. De Proverbe français
  • Qui coupe son nez dégarnit son visage. De Proverbe français
  • J'ai eu longtemps un visage inutile, mais maintenant j'ai un visage pour être aimé, j'ai un visage pour être heureux. De Paul Eluard
  • Le visage est l'image de l'âme. De Cicéron
  • Le discours est le visage de l’âme. De Sénèque
  • Le visage humain fut toujours mon grand paysage. De Colette / En Pays connu
  • Le vrai blason de chacun, c'est son visage. De Marcel Jouhandeau / De l'abjection
  • Qui son visage farde à son cul pense. De Proverbe indien
  • Pour une femme, une idée a toujours un visage. De Francis de Croisset
  • T.B., un Téteghemois de 59 ans, devait répondre de violences sur sa concubine ce jeudi. Le 10 juillet, la victime appelle la police. Elle a été poussée au sol et a reçu un coup de poing au visage. Rue Mozart, les forces de l’ordre le trouvent dans le jardin, ivre. Ils voient la marque du coup au visage de sa compagne et embarquent T.B. au poste, en dépit de vaines protestations. À 8 heures, le lendemain, il daigne enfin souffler dans l’éthylomètre qui affiche 0,80 g d’alcool dans le sang. La Voix du Nord, Téteghem: il jure que les traces de coups sur le visage de sa concubine sont des traces de bronzage
  • Elle était la première patiente à avoir reçu une greffe du visage aux États-Unis. Connie Culp est décédée mercredi à l'âge de 57 ans, des complications d'une infection sans lien avec sa greffe, rapporte CNN. , Santé | La première Américaine greffée du visage est morte
  • Moundir est un heureux papa de deux adorables enfants. Si depuis la naissance de son deuxième bambin, il n'a jamais montré son visage, cette fois-ci, ses plus de 400 000 abonnés ont pu le découvrir pour la première fois. amomama.fr, Moundir dévoile le visage de son fils Ali pour la première fois, près d’un an après sa naissance
  • Une femme a été inculpée après avoir, semble-t-il, toussé délibérément au visage d’un policier à deux reprises avant de lui poser ses deux gros chiens. News 24, Une femme de 24 ans est accusée de `` tousser délibérément au visage d'un policier '' - News 24
  • En outre, la récente pandémie de COVID-19 au début de 2020 a un impact sur le marché mondial de Instrument de nettoyage du visage. En raison de la propagation sans précédent du coronavirus à travers le monde, le marché mondial de Instrument de nettoyage du visage est entravé dans divers secteurs tels que l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Europe, l’Asie-Pacifique, le Moyen-Orient et l’Afrique, etc. De nombreux fabricants sont confrontés à ce problème en raison de la pandémie du coronavirus. De nombreuses industries connaissent aussi des fluctuations de la demande, qui peuvent principalement changer les tendances chez les consommateurs. Journal l'Action Régionale, Impact du marché Instrument de nettoyage du visage mondial de Covid-19 (2020 à 2027) | Clarisonic, Olay, Philips, Clinique Laboratories, FOREO – Journal l'Action Régionale

Images d'illustration du mot « visage »

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Traductions du mot « visage »

Langue Traduction
Anglais face
Espagnol cara
Italien viso
Allemand gesicht
Chinois 面对
Arabe وجه
Portugais cara
Russe лицо
Japonais
Basque aurpegia
Corse faccia
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Synonymes de « visage »

Source : synonymes de visage sur lebonsynonyme.fr

Visage

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