Donner : définition de donner


Donner : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

DONNER, verbe.

I.− Emploi trans.
A.− [Implique une idée de libéralité] Faire en sorte que quelqu'un ait quelque chose.
1. Céder gratuitement et volontairement la propriété d'une chose.
a) DR. Faire une donation. La femme (...) ne peut donner, aliéner, hypothéquer, acquérir, à titre gratuit ou onéreux, sans le concours du mari (Code civil,1804, art. 217, p. 41).La reine d'Angleterre venait précisément de vous donner les biens de Jane Talbot (Hugo, M. Tudor,1833, I, 6, p. 53):
1. − Avant tout, dit le père de Cécile à Schwab, comme je donnerai par contrat ma terre de Marville à ma fille, je désirerais la marier sous le régime dotal. Balzac, Le Cousin Pons,1847, p. 81.
Donner et retenir ne vaut. ,,Celui qui fait une donation ne peut, sous peine de nullité de l'acte, y ajouter une clause qui en détruise l'effet`` (Ac.).
b) Usuel
α) Faire don, offrir. La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. Le père nous disait aussi que toutes les dames de Rheims donnent leurs bijoux pour la construction de la Justice? (Claudel, Annonce,1912, p. 18):
2. − Je mangerais bien mon bonbon... Mais je m'en passerai, tiens, je te donne mon bonbon, prends-le, c'est pour toi. Et, sournoisement, elle guigne le bon effet de sa générosité. Frapié, La Maternelle,1904. p. 221.
Donner pour. Le duc lui donna pour étrenne autant de napoléons que Lairel espérait de francs (Stendhal, Lamiel,1842, p. 151).Donner en. À l'époque du jour de l'an, il donna en cadeau, à chacune d'elles, une petite montre de cou (Suppl. Mém. Vidocq,t. 1, 1830, p. 33).
En partic. Donner la pièce*, donner un pourboire*. Loc. verbale. Chaque fois qu'on dîne chez quelqu'un, il faut donner pourboire aux domestiques (Michelet, Journal,1837, p. 229).
Loc. fig. Donner sa chemise*, se donner le luxe* de.
Spéc. Offrir à des invités. Donner un bal, un cocktail, une fête, une soirée. Le duc de Westminster donnait des garden-parties célèbres sur des gazons de velours (Morand, Londres,1933, p. 72).Loc. verbale. Donner soirée. Une des femmes de chambre de Mmede la Mole donnait soirée, les domestiques prenaient du punch fort gaiement (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 337).Emploi pronom. à sens passif. Hier chez Véfour où se donnait une réception d'adieu aux ballets qui partent pour je ne sais où (Green, Journal,1947, p. 87).
Au fig. Donner son amour, sa tendresse, son amitié, son cœur à qqn. Donne toute ta tendresse à ton oncle Dufour, il en est digne (Guilbert de Pixér., Coelina,1801, I, 2, p. 7).Je serais bien attrapé si elle me prenait au mot et me donnait son cœur (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 284):
3. Elle pourrait m'abandonner tout son être et même me donner son cœur sans m'arracher à ce désespoir qui grandit à mesure que je l'approche. J. Bousquet, Traduit du silence,1935-36, p. 248.
Loc. fig. [Le suj. désigne une femme] Donner un enfant, un fils. L'an d'après, Marie-Louise lui donnait un fils; l'empire héréditaire avait un héritier (Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 129).Tu m'as dit : un million si je te donnais un enfant. Je t'en donne deux : alors? (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 163).
Absolument
Offrir en cadeau. Dis à Charpentier de m'envoyer deux exemplaires des « Soirées de Médan », un pour prêter et un pour donner (Flaub., Corresp.,1880, p. 21).
Faire l'aumône, la charité. Non seulement elle donne aux pauvres, mais elle va les chercher (Claudel, Poète regarde Croix,1938, p. 97).Je suis agacé par ton obstination à « donner aux bonnes œuvres » (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 181).
Proverbes. Qui donne aux pauvres prête à Dieu; qui donne tôt donne deux fois; la façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
β) Au fig. Renoncer à, faire le sacrifice de, sacrifier. Donner son sang pour la patrie. Tu es prête sans doute à donner ta vie à Dieu, mais agréera-t-il ce sanglant holocauste? (Cottin, Mathilde,t. 1, 1805, p. 287).Il m'avait aussitôt semblé que je pourrais donner ma vie pour elle (Gide, Immor.,1902, p. 405):
4. La valeur morale mise à jour par la révolte, enfin, n'est pas plus au-dessus de la vie et de l'histoire que l'histoire et la vie ne sont au-dessus d'elle. À la vérité, elle ne prend de réalité dans l'histoire que lorsqu'un homme donne sa vie pour elle, ou la lui voue. Camus, L'Homme révolté,1951, p. 366.
Emploi pronom. réfl. Se dévouer, se consacrer entièrement à une personne ou à une chose.
[Le compl. désigne une pers.] C'est pour me donner que je te prends, reprit-il. Je veux me donner à toi tout entier, à jamais (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1406).Elle se donna tout entière à son fils (Maupass., Une vie,1883, p. 202):
5. L'ouvrier accepta l'enfant, l'orphelin adopta l'orpheline. Il la prit, il la veilla, il la vêtit, il la nourrit, il la garda, il l'éleva, il l'aima. Il se donna tout entier à cette pauvre petite créature que la guerre civile jetait dans son échoppe. Hugo, Marie Tudor,1833, I, 4, p. 34.
[Le compl. désigne une chose abstr.] Se donner tout entier à son métier. Tu t'es donné à mes intérêts comme si c'étaient les tiens (Sand, F. le Champi,1850, p. 99).La haute mission à laquelle il se donnait corps et âme (Martin du G., Souv. autobiogr.,1955, p. LXXI):
6. ... pour se donner tout entière à ses méditations religieuses, elle abandonna même l'étude de la musique... Balzac, Annette et le criminel,t. 2, 1824, p. 142.
2. P. ext. Mettre (quelqu'un) en possession (de quelque chose); mettre au pouvoir (de quelqu'un).
a) Fournir (quelque chose à quelqu'un); mettre (quelque chose) à la portée, à la disposition (de quelqu'un).
α) [Le compl. désigne une chose concr. ou abstr.] Donner un siège; donner à boire, à manger; donner le sein* à un enfant; donner le bras* à une femme. Donner de l'avoine à un cheval (Ac.). Dites-lui qu'il apporte sa plume, car je vais lui donner de l'occupation (Barbier, Satires,1865, p. 166).Il lui donnait juste de quoi vivre (Camus, Étranger,1942, p. 1144):
7. Il leur donnait donc (...) non pas un revenu de cinq mille francs, mais un capital de cent mille francs. Et ce capital de cent mille francs, il le leur donnait en consolidés anglais... Jaurès, Ét. socialistes,1901, p. 239.
En partic. Allo, mademoiselle, vous me donnerez le 118 à la Roche-sur-Yon (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 170).Donne-moi ma robe de chambre et une cigarette (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 178):
8. garcin revient vers Estelle et la prend aux épaules. − Donne-moi ta bouche. Un temps. Il se penche sur elle et brusquement se redresse. Sartre, Huis clos,1944, 5, p. 156.
Vieilli. Donner à boire et à manger. ,,Tenir auberge`` (Ac.).
Emploi pronom. réfl. indir. Se doter de. En mars 1935, Goering annonçait que le Reich était en train de se donner une puissante armée de l'air (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 12).
Spécialement
Faire prendre. Donner un médicament à un enfant. Je vais lui donner une tisane bien sucrée (Lacretelle, Silbermann,1922, p. 96).La garde a dit qu'elle lui donnerait du gardénal (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 125):
9. Fabrice, s'écria-t-elle à haute voix, est au pouvoir de ses ennemis, et peut-être à cause de moi ils lui donneront du poison! Stendhal, La Chartreuse de Parme,1839, p. 262.
Administrer. Donner l'extrême-onction à un mourant. Le pape lui donna l'absolution (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 293).Nous nous voyons demain matin, à huit heures. Je te rappelle qu'on donnera la sainte communion (Green, Moïra,1950, p. 103).
Donner la main (à qqn). Le tenir par la main ou lui tendre la main. Elle lui donna sa main à baiser (France, Dieux ont soif,1912, p. 102).Il avait dessiné un homme qui donnait la main à un petit garçon (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 57):
10. henriet. − J'ai été frappé de ce que Soubrier, quand il rencontre de Pradts, lui donne la main le premier et ne se découvre pas... Montherlant, La Ville dont le prince est un enfant,1951, II, 2, p. 888.
P. anal. Donner la patte. Esther laissa prendre sa main comme un chien donne la patte (Balzac, Splend. et mis.,1844, p. 228).
Au fig. Donner la main (à qqn). L'aider. Donner main-forte. Même sens. Une sortie de la garnison parisienne, destinée à donner la main aux armées de province, fut repoussée à Champigny (Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 219):
11. Les officiers étaient eux-mêmes obligés de donner la main dans les virements de bord, tant l'équipage était faible. Dumont d'Urville, Voyage au Pôle Sud,t. 3, 1842, p. 3.
Vieilli. Donner les mains à qqc. L'approuver. Le prieur du couvent (...) s'était empressé de donner les mains à tout ce que Son Excellence avait paru désirer (Stendhal, Hist. peint. Ital.,t. 1, 1817, p. 21).
Expr. fig. Donner la clef* (de l'énigme, du mystère, etc.); donner le bon Dieu* sans confession; donner sa tête* à couper; donner des verges* pour se faire fouetter; donner sa langue* au chat. La donner belle à qqn (cf. beau); de même : Vous nous la donnez bonne, avec votre capitaine et votre commis aux fermes (Jouy, Hermite,t. 2, 1812, p. 297).Donner de la tablature :
12. La manière de produire les différents sons dans certains instruments n'est pas exempte de difficulté : c'est de là qu'est venue l'expression proverbiale donner de la tablature pour dire causer de l'embarras. Rougnon1935.
Spéc., JEUX. Donner les cartes (ou, absol., donner). Les distribuer. Donner beau* jeu. Stéphane (prenant les cartes) : C'est à moi de donner (Augier, Gabrielle,1850, I, p. 342):
13. La mère (...) passe sa vie à lire des livres de piété (...) et à faire le soir quelques parties de whist ou de boston où elle se trompe en donnant, quoiqu'elle donne depuis quarante ans. Stendhal, Journal,1809-11, p. 312.
β) [Le compl. désigne une chose abstr.] Donner la preuve de qqc.; donner des garanties, des sûretés; donner l'assurance que; donner un cours, une leçon, une consultation; donner son vote. Roguin, notaire des Ragon, le rédacteur du contrat de mariage, donna de sages conseils au parfumeur (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 42):
14. ... oui, il est infirmier, les frisous l'ont emmené dans les écuries derrière la caserne, pour donner des soins aux blessés. Sartre, La Mort dans l'âme,1949, p. 220.
Donner pour, comme.On a observé qu'une pareille nourriture amollit la fibre et même le courage. On en donne pour preuve les Indiens, qui vivent presque exclusivement de riz et qui se sont soumis à quiconque a voulu les asservir (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p. 70).
Emploi factitif. Sa mère s'était épuisée pour lui faire donner une éducation digne de son rang (Lamart., Raphaël,1849, p. 248).
Emploi pronom. à sens passif. Il n'y avait que des pistes. L'une menait au bâtiment où se donnaient les cours de littérature (Green, Moïra,1950, p. 239).
Loc. verbales. Donner appui, donner confirmation, donner caution, donner conseil, donner connaissance, donner communication, donner lecture. Ne doit-elle pas apprendre le latin? Et ne puis-je être aisément celui qui viendra lui donner leçon? (Camus, Chev. Olmedo,1957, II, 5, p. 762).
Loc. fig., littér. Se donner (de) garde de. La capacité, les moyens sont aujourd'hui si communs dans la multitude, qu'il faut bien se donner de garde d'éveiller l'idée du concours (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 2, 1823, p. 124).Je me donnai garde de montrer le fond de ma pensée (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 445).
MUS. Donner le la*, la note*, le ton*.
En partic. Faire prendre. À quoi servent ces marchandises séduisantes? Vous le savez : à donner le goût du luxe à nos femmes (Baudry des Loz., Voy. Louisane,1802, p. 39).Toutes les institutions cependant tendent et doivent tendre à donner à la nation des habitudes militaires (Staël, Allemagne,t. 1, 1810, p. 53).Suggérer. Tu devrais me faire un plan de vie, me donner des idées (Montherl., Songe,1922, p. 32).Au fig. Donner des idées. ,,Synonyme d'exciter`` (Macr. 1883). Montrer. Ceci donnera la mesure de son cynisme (Gide, Si le grain,1924, p. 587).Vous n'avez pas honte, un gradé? Vous devriez donner l'exemple (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 40).Octroyer. Point de salut pour l'État, point de bonheur pour ses membres, sans un conseil suprême, permanent et chargé de donner de bonnes lois à la nation (Marat, Pamphlets,Suppl. de l'Offrande à la Patrie, 1789, p. 54).Diffuser. Voilà bientôt un an que la station émettrice « PHOHI » donne régulièrement des programmes pour les Hollandais habitant leurs colonies (Vocabulaire radiophonique,[1933-52]).
Spéc. Procurer (un avantage). L'infériorité des armes gauloises donna l'avantage aux Romains (Michelet, Hist. romaine,t. 1, 1831, p. 201).Procurer (une qualité, un caractère, une propriété, un état, etc.). Donner du courage, de l'énergie à qqn. Le whisky donne aux baisers un goût de lait nouveau (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 254).La bouche fine et légèrement tordue. C'était ça qui lui donnait un charme très singulier (Aragon, 1936, p. 85):
15. ... ce qui donne une volupté pénétrante aux baisers échangés, ce doit être la certitude de pouvoir s'embrasser impunément devant le monde... Zola, La Fortune des Rougon,1871, p. 18.
Emploi pronom. réfl. indir. Se donner bonne conscience*; se donner du cœur*. Pourquoi votre médecin (...) boit-il de l'eau-de-vie pour se donner du cœur (...)? (Flaub., Corresp.,1865, p. 180).Faut comme ça, de temps en temps, que je boive un verre pour me donner des forces et pour me rafraîchir (France, Crainquebille,1904, p. 47).
Loc. verbale. Donner force. Un homme qui traite un point qui me touche de si près et qui pourrait donner force à ses écrits mal fondés, reposant sur une fausseté (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 442):
16. Ces rapports, si l'homme les pouvoit entrevoir, aucun autre législateur que Dieu ne pouvoit leur donner force de loi. Bonald, Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre soc.,1800, p. 143.
Loc. Donner du bon temps (à qqn). Lui procurer du plaisir, l'amuser. Si, ce faisant, je donne du bon temps à des Cacace, tant mieux (Larbaud, Barnabooth,1913p. 241).
Emploi pronom. réfl. indir. Se donner du bon temps. S'en donner (à cœur joie). En profiter pleinement. Nous passerons six mois à la campagne. Vous vous en donnerez là tout à votre aise (Augier, Beau mar.,1859, IV, p. 129).En voilà une vraie noce! Ah! bien, ils s'en donnent!... Dis-donc, Putois, tu les entends! (Zola, Le Bouton de rose,1878, I, 1, p. 223).
γ) [Le compl. désigne une pers.] Donner un précepteur à un enfant (Ac.).
Spéc. Désigner. Il paraît qu'on songe déjà à me donner un successeur (About, Roi mont.,1857, p. 247).
Donner pour, comme.La reine insista pour lui donner comme successeur Tait, évêque de Londres (Maurois, Disraëli,1927, p. 236):
17. falkenskield, − (...) la reine, qui craint son esprit... a été enchantée de lui donner pour successeur... christine. − Quelqu'un qu'elle ne craint pas. falkenskield. − Justement! Un aimable et beau cavalier comme mon gendre. Scribe, Bertrand et Raton,1833, V, 1, p. 215.
δ) Spécialement
[Le compl. désigne une manifestation artistique] Jouer, représenter, interpréter. Donner un concert, un récital; donner une pièce de théâtre. On donnait le ballet de Psyché (Staël, Consid. Révol. fr.,t. 1, 1817, p. 337).Ils ne venaient pas boire, mais donner une sérénade aux consommateurs (T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 268):
18. ... il n'y a plus d'argent pour la musique [dans les villes d'Italie]; au lieu de beaux opéras, l'on donne des pendaisons. Stendhal, Vie de Rossini,1823, p. 239.
Emploi pronom. à sens passif. Hier à la Comédie-Française où se donnait l'Avare. Un acteur très connu jouait le rôle d'Harpagon (Green, Journal,1947, p. 131).
Emploi pronom. réfl., expr. fig. Se donner en spectacle*. Un avocat, lorsqu'il plaide, se donne en spectacle (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 36).
VÉN. Donner le cerf aux chiens. ,,Lancer le cerf`` (Ac.). De même,donner les chiens, donner la meute (Ac.).
Donner au change*. Le vieux dix cors des Orfosses avait donné au change le daguet rouge (Genevoix, Dern. harde,1938, p. 79).Donner le change*.
Au fig. En nous constituant sur le pied de guerre, nos ennemis ont déjà rempli leur objet : toutes les dissertations qui laissent ce point essentiel à l'écart, sont étrangères à la question. Elles ne peuvent servir qu'à donner le change au public (Robesp., Discours,Sur la guerre, t. 8, 1792, p. 151).
b) Accorder. Donner une interview. Orso se hâta de donner son assentiment à ce projet (Mérimée, Colomba,1840, p. 125):
19. La clause portant que les époux se marient sans communauté, ne donne point à la femme de droit d'administrer ses biens, ni d'en percevoir les fruits ... Code civil,1804, art. 1530, p. 283.
SYNT. Donner l'autorisation, la permission de faire qqc; donner le feu* vert; donner son accord, son adhésion, son attention à qqc.; donner son consentement à qqn; donner un délai, du répit; donner sa chance à qqn.
Impersonnellement. Mais j'ai remarqué une disposition analogue chez toutes les personnes véritablement supérieures qu'il m'a été donné de fréquenter (France, Vie littér., t. 1, 1888, p. 117).Jamais par le destin il ne sera donné À ton Iphigénie un jour plus fortuné (Moréas, Iphigénie à Aulis,1903, p. 163):
20. Sans doute ne me sera-t-il pas donné d'assister à la restauration des valeurs morales pour laquelle il y aurait eu joie à vivre... Gide, Journal,1942, p. 134.
Loc. verbales. Donner audience, donner asile; donner acte, donner quittance et décharge, donner gain de cause, donner crédit, donner créance; donner attention, donner réponse; donner suite, donner satisfaction (à une demande). Je vous donne congé de parler, Monsieur le Chancelier (Claudel, Soulier,1929, 4ejournée, 9, p. 913).Je demandai au ministère de me donner autorité sur la place de Paris (Joffre, Mém.,t. 1, 1931, p. 357):
21. À votre sens, l'État marche toujours assez bien, quand il vous donne licence de faire tout ce que vous voulez... Montherlant, La Reine morte,1942, I, 1ertabl., 3, p. 146.
En partic. Concéder, laisser. Monsieur, acheva le comte, je vous donne trois minutes pour recommander votre âme à Dieu (Ponson du Terr., Rocambole,t. 3, 1859, p. 267).Je vous donne un mois pour réfléchir, se hâta d'ajouter le chevalier (Theuriet, Mariage Gérard,1875, p. 122).
Spéc. Combien de jours M. Javelinot me donne-t-il encore à vivre? (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 2etabl., 7, p. 1597).
Emploi pronom. réfl. indir. Je me suis donné quinze ans pour parvenir à mes fins (Duhamel, Journal Salav.,1927, p. 20).Il les a, se dit Lulu en buvant une gorgée pour se donner le temps de réfléchir (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 49).
Absol. La dernière journée s'était écoulée (...) à reculer de quart d'heure en quart d'heure (...) ils [le père Rouault et Charles] s'allaient quitter (...) Charles se donna jusqu'au coin de la haie, et enfin, quand on l'eut dépassée : − Maître Rouault, murmura-t-il... (Flaub., MmeBovary,t. 1, 1857, p. 126).
Loc. fig. Donner (sa) parole. Promettre solennellement. Veux-tu que je te donne ma parole que... (Sartre, Mains sales,1948, 6etabl., 4, p. 242):
22. ... je te donne parole que si je mérite de me retrouver devant Dieu souverain, je demanderai que tu ne meures pas sans confession. Camus, La Dévotion à la croix,1953, 1rejournée, p. 534.
Spéc. [Le suj. désigne une chose] Rendre possible. Donner entrée, passage. La porte qui donnait accès dans le salon du vieux Bob (G. Leroux, Parfum,1908, p. 144):
23. Un haut massif de sapins arrêtait le regard en face. Sur la droite, une trouée donnait vue sur la plaine qui s'étalait, toute nue, jusqu'aux fermes lointaines. Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Première neige, 1883, p. 413.
Au fig. Donner ouverture*. La présomption de survie qui donne ouverture à la succession dans l'ordre de la nature, doit être admise (Code civil,1804, art. 722, p. 132).
α) Décerner, conférer. Donner une décoration, la Légion d'honneur, la palme. Le roi me donne la croix et m'invite à son sacre (Hugo, Corresp.,1825, p. 399).
En partic. Dans cette bonne et chaleureuse lettre, Monsieur, vous me donnez le titre d'ami. Merci mille fois; je ne l'oublierai point, et j'espère vous prouver un jour que vous ne vous êtes point trop aventuré (Ponson du Terr., Rocambole,t. 1, 1859, p. 422).
Emploi factitif. Voyons, pourquoi n'avez-vous pas fait donner le prix de poésie à Rodenbach? (Goncourt, Journal,1892, p. 247).
Emploi pronom. à sens passif. Le hasard m'avait mis entre les mains des volumes très différents de ceux qui se donnaient en prix dans les distributions (Bourget, Disciple,1889, p. 77).
Loc. verbale. Donner rang. Homme, relève-toi. Il t'appelle; il te donne rang parmi ses prêtres (Saint-Martin, Homme désir,1790, p. 342).
β) Attribuer.
Donner de l'importance, de la valeur à qqc. Il faut donner au mot distraction une signification encore plus large (Jacob, Cornet dés,1923, p. 15):
24. ... la surprise et la curiosité donnoient à mes yeux du prix aux moindres choses; je jouissois de tout avec ravissement... Genlis, Les Chevaliers du Cygne,t. 3, 1795, p. 260.
En partic. [Le compl. second désigne une pers.] On lui aurait donné trente ans, quand on l'entendait causer (Zola, Assommoir,1877, p. 690).Je reconnus, sous ses soixante-dix ans, le bon Jacobus Dubroquens. On lui eût donné plus que son âge, à voir les rides de ses joues (France, P. Nozière,1899, p. 125).
Emploi pronom. réfl. indir. Se donner la gloire d'une chose qu'on n'a pas faite (Ac.). On se donne un renom de vertu à peu de frais (Chateaubr., Mém.,t. 2, 1848, p. 578).
Expr. fig. Se donner les gants de. Se faire fort de. Les derniers dissidents (...) se donnèrent les gants de reconnaître les hautes vertus chrétiennes de monseigneur Duèze (Druon, Loi mâles,1957, p. 169):
25. Vous entendez, Paule? L'instituteur et sa femme se donnent les gants de faire écosser leurs haricots par mon petit-fils. On aura tout vu! Mauriac, Le Sagouin,1951, p. 125.
Spéc. Donner raison*, tort*.
Donner (un) nom, un titre. Le composé auquel on donne le nom de cinabre (Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 336).Ici on la nomme Ondine, mais je veux lui donner mon nom, qui est celui de la mère de Dieu (Ménard, Rêv. païen mystique,1876, p. 88).
Donner pour.Michel Lévy, qui passe pour un homme fort habile, m'a proposé de donner pour titre à l'ouvrage « La Révolution française » (Tocqueville, Corresp.[avec Reeve], 1856, p. 164).
Emploi pronom. réciproque. Tuet et Patouillet se donnant de l'illustre (Hugo, Toute la lyre,t. 1, 1885, p. 298).
c) Remettre aux soins de.
α) [Le compl. désigne une chose concr.] Donner un paquet au voiturier (Ac.). La femme est levée. Scholl lui donne cinq francs pour aller chercher de quoi faire un punch (Goncourt, Journal,1857, p. 368):
26. ... La Corbinière lui donna une lettre pour Angélique de Longueval. Mais, craignant qu'elle ne fût vue, il lui recommanda de la mettre sous une pierre avant d'entrer au château, afin que si on le fouillait on ne trouvât rien. Nerval, Les Filles du feu,Angélique, 1854, p. 540.
Expr. fig. Donner du fil* à retordre. En donner à qqn. ,,Le tromper`` (Ac.).
β) [Le compl. désigne une chose abstr.] Donner sa démission. Je lui donnerai la place de caissier, car le père Baudrand me quitte (Balzac, Cous. Pons,1847, p. 318).On lui donna le commandement de la cavalerie lyonnaise (Lamart., Confid.,1849, p. 311).
Loc. verbales. Donner blanc-seing, − carte blanche, - procuration, − mandat :
27. J'attends toujours la lettre que vous m'annoncez de M. Jettrand. Du moment où Tarride ne nie plus la part de Hetzel et où Hetzel déclare qu'il me donne commission de la toucher, je ne comprends plus l'obstacle. Hugo, Correspondance,1863, p. 441.
γ) Spéc. [Le compl. désigne une pers. ou ce qui la représente]
Accorder (en mariage). Donner sa fille en mariage à qqn. Quel père voudrait donner sa fille chérie à un tel homme! (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 449).
Donner sa main. Épouser. Si le conseil des évêques ne lui étoit pas favorable, Mathilde seroit peut-être forcée à donner sa main à Lusignan (Cottin, Mathilde,t. 2, 1805, p. 147).
Arg. Donner qqn.Le livrer à la police, le dénoncer. Je lui ai fait savoir que tu es un chic type, à la coule, incapable de donner les vrais copains (L. Daudet, Phryné,1937, p. 162).C'est dangereux les drogués, dit Henri, ça donnerait père et mère (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 287).
Expr. fig. Donner qqn au diable. Expr. employée pour exprimer l'impatience ou la colère envers qqn :
28. M. Troupeau a arrêté que jusqu'au retour du comte on ne parlerait chez lui que politique; aussi Virginie se meurt d'ennui, et donne au diable M. de Senneville. Kock, La Pucelle de Belleville,1834, p. 196.
Emploi pronom. réfl.
Se donner (à qqn).Se livrer à son pouvoir, se mettre sous sa domination. Les Génois se donnèrent à Charles VI (Ac.). Un peuple était un peuple avant même de se donner à un prince (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 59).
Expr. fig. Se donner au diable. Faire de grands efforts. Ordinairement on se donne au diable pour faire une exposition; avec moi, c'est l'affaire de deux mots (Leclercq, Proverbes dram.,Manie proverbes, 1835, 10, p. 45).
[Le suj. désigne une femme] Se donner (à un homme). Lui accorder ses dernières faveurs. Il prétendait que la femme ne devait se donner qu'en légitimes noces (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 324):
29. ... laissez-moi vous dire que l'opinion de cette... femme n'a pas la moindre valeur. Elle se donnerait à un gorille, si un gorille lui faisait la cour. Green, Moïra,1950, p. 175.
d) Porter à la connaissance de, faire connaître, communiquer. Donner son adresse à qqn; donner les raisons de sa conduite. M. Cavaignac nous a fait la faveur de nous donner le texte authentique (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 462).D'une voix aigre, à peine intelligible, il donna les résultats du premier tour de scrutin (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 27):
30. Le commissaire près du tribunal d'appel donnera ses conclusions par écrit, dans les dix jours qui suivront la réception des pièces... Code civil,1804, art. 293, p. 55.
SYNT. Donner de ses nouvelles à qqn; donner l'emploi de son temps; donner des explications; donner un renseignement, un tuyau*; donner le signalement de qqn; donner son avis, son opinion; donner un démenti; donner l'alarme, le signal; donner l'éveil; donner un avertissement; donner la réplique.
Loc. verbales. Je vous donne avis que je mets demain 27 avril, à la diligence, un paquet à v(otre) adresse (Balzac, Corresp.,1831, p. 513).Je vous donne avertissement que je le ferai (Claudel, Soulier,1929, 1rejournée, 5, p. 667).
Emploi pronom. réciproque. Se donner le mot*.
En partic. Décliner (son nom, etc.). Il donna ses nom et qualités : Docteur David Matthieu, médecin en chef de l'hôpital Ambroise-Paré, officier de la Légion d'honneur (France, Crainquebille,1904, p. 20).
Emploi pronom. réfl. Se donner pour, comme.Se faire passer pour. Un homme se présenta chez lui, qui refusa de se nommer, mais qui se donna comme chevalier de Malte (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 169):
31. Je me donnais pour une femme de condition qui avait épousé à Constantinople un vieux mari expatrié dans sa jeunesse pour duel... Sénac de Meilhan, L'Émigré,1797, p. 1784.
Spécialement
Manifester. Donner des signes d'impatience, d'inquiétude, de perplexité; donner des marques d'estime :
32. ... cher monsieur, vous aurez demain la rosette d'officier de la Légion d'honneur. Je suis heureux que les hasards de la politique et de la vie me permettent de donner ce témoignage d'admiration à l'un des hommes qui honorent le plus les Lettres françaises. Renard, Journal,1900, p. 597.
Loc. verbales. Charles-Marie suivit le commissaire sans donner signe d'émotion (Champfl., Souffr. profess. Delteil,1855, p. 119).Ne me laissez plus, je vous prie, six mois sans me donner signe de vie (Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1855, p. 243).
Signifier, intimer. Je donnai l'ordre au cocher de s'éloigner (Daniel-Rops, Mort,1934, p. 340).
Loc. verbales. Donner ordre, − assignation, − congé. Je donne ordre au 20eCorps de marcher contre le front Baronville (Foch, Mém.,t. 1, 1929, p. 49).
Donner pour.Je leur donnai pour instruction de hâter la formation, autour de Jean Moulin, du Conseil national de la résistance (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 37).
Spéc. Donner ses huit jours à un domestique. Le renvoyer.
Souhaiter. Il donna le bonjour au prêtre (France, Orme,1897, p. 52):
33. Il leva une épaule, questionna un peu, comme par politesse, parla de son voyage, des blés qui s'annonçaient beaux partout, puis donna le bonsoir. Pourrat, Gaspard des Montagnes,Le Château des sept portes, 1922, p. 197.
Au fig. Considérer, regarder comme. Donner une personne ou une chose pour telle ou telle, comme telle ou telle (Ac.). Je ne les donne pas pour des ultramontains bien farouches (Bremond, Hist. sent. relig.,t. 4, 1920, p. 108).
Supposer. À cette époque on donnait 1080 environ comme date de la « chanson » (Thibaudet, Réflex. litt.,1936, p. 211).
3. [Implique une idée d'échange] Céder (quelque chose) en échange de quelque chose. Donner à perte. Combien donnez-vous à vos domestiques par mois? (Ac.1932).Combien voulez-vous que je vous en donne? (Ac.). Danse avec moi, je te donne cent francs (Arland, Ordre,1929, p. 481).Si tu... cesses de frapper le fou, dit Kyo, quand je sortirai je te... donnerai cinquante dollars (Malraux, Cond. hum.,1933, p. 392):
34. Pour se débarrasser de moi, calculais-je, il faudra bien à présent qu'elle me donne au moins vingt dollars... peut-être même davantage... Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 277.
Expr. fam. C'est donné. C'est très bon marché.
Donner pour.On ne donne rien pour rien; en donner à qqn pour son argent. Il donnait par mois cent francs à cette dernière pour la nourriture (Zola, Conquête Plassans,1874, p. 1066).
Donner gros. Vous devriez donner gros pour savoir ce que je sais (Pourrat, Gaspard,1931, p. 232).
P. hyperb. Je donnerais un doigt de ma main pour une vraie nuit, complète, une vraie nuit d'absence, de néant (Duhamel, Nuit St-Jean,1935, p. 87).Je ne donnerai pas un fétu pour changer leur blâme en louange (Guéhenno, Jean-Jacques,1952p. 100):
35. Que ne donnerais-je pour savoir les riens dont s'entretenaient, par exemple quelques personnes attablées dans cette même maison vers 1780... Green, Journal,1946, p. 19.
Donner en.Donner en échange, en acompte, en fief.
Donner à.Le théâtre du Roi à Londres est dirigé par la haute noblesse, qui le donne à entreprise (Stendhal, Rossini,1823, p. 225).
B.− [Implique une idée d'action physique ou morale qui s'exerce sur qqn ou qqc.] Faire en sorte que quelqu'un ou quelque chose ait, reçoive ou obtienne quelque chose.
1. Faire parvenir (quelque chose à quelqu'un ou quelque chose). Muse prends ton luth et me donne un baiser (Musset, Nuit mai,1835, p. 59).Il donna une chiquenaude à sa médaille coloniale (Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 178).On me donne un coup de pied au cul et je tends l'autre fesse (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 365):
36. En passant devant la rue de la Huchette, l'odeur de ces admirables broches qui tournaient incessamment vint chatouiller son appareil olfactif, et il donna un regard d'amour à la cyclopéenne rôtisserie... Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 304.
SYNT. a) Donner une caresse, une gifle; donner à qqn une tape sur l'épaule. b) Donner un coup* de main, un coup* d'œil.
Emploi pronom. réfl. indir. Sylvaine Dual (...) était restée en arrière pour se donner un coup de peigne (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 68).Réciproque. Les deux cousins se donnèrent une poignée de main énergique (Champfl., Bourgeois Molinch.,1855, p. 75).Nous nous donnâmes l'accolade (Du Bos, Journal,1928, p. 212).
Spéc. Donner l'assaut*, la chasse*. Loc. verbale. Donner bataille. On trouvait rarement des généraux empressés à donner bataille (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 239).
En partic. Infliger (une punition, un châtiment, etc.). Donner un pensum, une pénitence; donner le fouet. On donna la bastonnade à plusieurs autres, de qui on exigea en outre des rançons ruineuses (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 269):
37. Quand elle veut donner une correction à mon frère, il saute sur un manche de balai, se campe devant elle, et je te jure qu'elle s'arrête court. Renard, Poil de Carotte,1894, p. 195.
Vieilli. Donner les fers. Mettre aux fers. Quoi, sans égard pour votre rang, on osa vous donner des fers? (Cottin, Mathilde,t. 1, 1805, p. 330).
Spéc., emploi pronom. réfl. indir. Se donner beaucoup de peine, de mal (supra A 2 c γ, se donner au diable). Faire de grands efforts. Elle nous fit mettre à genoux, se donna beaucoup de peine pour soulever la main droite et, à tour de rôle, nous la posa sur le front (H. Bazin, Vipère,1948, p. 28).
Formule de politesse. Donnez-vous la peine de vous asseoir. Donnez-vous la peine d'entrer (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870, p. 333).
2. Faire obtenir (une forme, une tournure, une attitude, un état, etc.).
a) [Le compl. second. désigne une pers.] Donner une expression froide à son visage. Ils [les Chouans] montraient sur leurs figures et dans leurs attitudes cette expression uniforme que donne le malheur (Balzac, Chouans,1829, p. 6).Ses yeux bleus et fixes lui donnaient l'apparence d'une statue d'église (Barrès, Colline insp.,1913, p. 144):
38. Elle s'est luxé le coude cet été et en conserve une certaine prudence à la descente des escaliers, qui lui donnait une allure de vieille dame. Amiel, Journal intime,1866, p. 530.
Emploi pronom. réfl. indir. Se donner l'air, l'apparence de; se donner une contenance, de grands airs de mystère, des airs d'importance. Il se donna les allures d'un matador aux pieds duquel va tomber le taureau furieux (Sorel, Réflex. violence,1908, p. 31):
39. ... Gérard fit une grimace en entrant : telle était sa manière de se donner un maintien vis-à-vis des personnes qu'il voyait pour la première fois. Champfleury, Les Aventures de MlleMariette,1853, p. 13.
b) [Le compl. second. désigne une chose concr.] Donner de la consistance à une sauce. Donner de la pente à un terrain, donner de l'ampleur à une robe (Ac.). L'inclinaison à donner [aux talus d'une carrière] ne correspond pas au talus naturel de la roche en place (J. Cahen, Bruet, Carrières,1926, p. 61):
40. Puis, afin de s'accorder à l'atmosphère d'enthousiasme un peu débraillé, d'improvisation ardente, il [Dubourg] donna du mou à sa cravate... Arnoux, Roi d'un jour,1956, p. 111.
Loc. verbale. Donner tournure. Il y avait sur les portes des cartes de visite manuscrites qui donnaient tournure de châteaux à ces cabanes (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 335).
c) [Le compl. second. désigne une chose abstr.] Elle comprenait que ce qu'elle allait décider cette nuit même donnerait bon ou mauvais pli à toute sa vie (Pourrat, Gaspard,1925, p. 80).Un léger brouillard donnait de la profondeur à toutes les échappées de vue (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 89).
Loc. verbales. Donner corps. Les rêves qui, durant notre sommeil, donnent corps aux émanations de notre vie profonde (Huyghe, Dialogue avec visible,1955, p. 306).Donner forme. Il donne forme à une politique de croissance qui pour nous et pour autrui (...) ne se déduit d'aucune recette néo-classique (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 541).
3. Imprimer, transmettre (une force, un mouvement, etc.). Donner une impulsion, une direction à qqc. Organes musculaires destinés à donner l'impulsion au sang (Cuvier, Anat. comp.,t. 1, 1805, p. 40).Le jeune Rastignac était évidemment l'« amuseur » de cette loge, il donnait le branle à ce rire parisien (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 190):
41. − J'ai besoin de quelqu'un qui puisse lui donner l'élan et la direction de cet élan; donc de quelqu'un presque aussi jeune que lui... Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 358.
Pop. Donner la gomme*.
Loc. verbales. Donner cours*. Je donnais cours à mes invectives avec une joie féroce (Fromentin, Dominique,1863, p. 183).Donner carrière*. Il pouvoit donner carrière à l'impétuosité de ses pensées (Nodier, J. Sbogar,1818, p. 157).Donner effet*. Le gouvernement britannique (...) envisageait de donner effet aux engagements qu'il avait bien voulu prendre (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 370).
4. Spéc. Assigner, indiquer. Donner un rendez-vous.
Donner pour.Tieck donne pour but au poète « la transformation de ces impulsions naturelles en une clarté céleste » (Béguin, Âme romant.,1939, p. 222).
Emploi pronom. réfl. indir. Se donner pour, comme.Je me donnai pour occupation de remplir uniquement la mission d'Olivier (Fromentin, Dominique,1863, p. 223).Les gouvernants démocratiques se donnent pour mission de réaliser l'« unité morale » de la France (Sorel, Réfl. violence,1908, p. 268):
42. On trouverait aisément dans les bons écrivains cette sorte de matière étrangère qu'ils ont reçue d'un narrateur. C'est donc une très bonne condition si l'on se donne comme tâche de fixer un récit que l'on a entendu et qu'on ne veut point changer... Alain, Propos,1923, p. 553.
En partic. Donner à deviner. Défier de deviner :
43. Un des grands amusements de monsieur est d'écrire des vers avec les premières lettres de chaque mot, et de les donner à deviner à toute sa cour. Staël, Lettres de jeunesse,1786, p. 108.
Expr. Je vous le donne (à deviner) en dix, en vingt, en mille. Je vous donne en vingt ce qui vient de m'arriver (Druon, Gdes fam.,t. 2, 1948, p. 160):
44. ... la semaine dernière, j'ai eu une visite... Tu ne devines pas qui?... Je te le donne en mille... On a parlé de toi... Mais ton grand copain, voyons, M. Grischa... Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 89.
C.− [Implique une idée d'orig., de causalité, etc.] Faire en sorte que quelqu'un acquière quelque chose ou soit affecté par quelque chose.
1. Être la cause, la source de; avoir pour effet. Une lame élastique de métal, qui prend aussitôt un mouvement alternatif propre à donner un son (Cuvier, Anat. comp.,t. 4, 1805, p. 451).
a) Domaine des événements ou des accidents de la vie.
α) Donner le vertige, la migraine, des frissons; donner la chair de poule. Un pudding de causeries à donner la fièvre cérébrale au bourgeois qui était dans le wagon (Goncourt, Journal,1860, p. 778).Il n'arriva même pas à ce terrible oral, dont la pensée, la nuit, lui donnait des sueurs froides (Rolland, J.-Chr.,Antoinette, 1908, p. 892):
45. ... c'est la mort que je veux, la mort qui délivre, qui sauve de toutes les pourritures... Entends-tu! Je nie la vie, je la refuse, je crache sur elle. Tes fleurs puent, ton soleil aveugle, ton herbe donne la lèpre à qui s'y couche... Zola, La Faute de l'Abbé Mouret,1875, p. 1473.
En partic. [Le suj. désigne une pers. ou un animal] Donner une maladie. La transmettre par contact, par contagion :
46. Dès quinze ans, il en connaissait deux seules espèces [de femmes] : « celles qui veulent vous mettre le grappin » et « celles qui donnent des maladies ». Mauriac, Génitrix,1923, p. 366.
P. anal. Je lui en veux seulement [à son père] de m'avoir donné sa vilaine bouche (Colette, Mais. Cl.,1922, p. 99).
β) [Le suj. désigne une pers.]
Donner (le) jour, donner naissance. Mettre au monde. Une jeune femme, attachée au service de la maison, venait de donner le jour à un beau garçon (Sand, Hist. vie,t. 1, 1855, p. 299).
Donner (la) vie. Faire vivre. Jusqu'à présent on n'a pu donner la vie à la matière brute (C. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 275).Pour donner vie à mes personnages, il me suffit le plus souvent de les laisser agir et parler (Martin du G., Souv. autobiogr.,1955, p. CXVI).
Donner la mort. Faire mourir, tuer. L'hôpital, où ils venaient chercher la guérison, leur a donné la mort (Cadet de Gassicourt, Mal. enf.,t. 1, 1880-84, p. 191).C'était difficile de croire qu'on pouvait donner la mort avec ces engins-là (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 155).
Emploi pronom. réfl. indir. Se donner la mort. Se suicider :
47. ... le commissaire de police de Boulogne n'a trouvé dans la cellule de Henry ni sa valise ni même l'arme dont il s'est servi pour se donner la mort... Clemenceau, Vers la séparation,1899, p. 130.
b) Domaine de la sensation.Donner la berlue*. Elle me donnait des satisfactions charnelles (Proust, Prisonn.,1922, p. 95):
48. Excellente éducation! qui eût fait d'elle la maîtresse déférente mais non intimidée d'un prince, et qui lui laissait tous ses moyens pour donner du plaisir. Qualité trop rare. Barrès, Le Jardin de Bérénice,1891, p. 36.
Loc. verbales. Donner appétit, donner faim, donner soif, donner envie.
Emploi pronom. réfl. indir. Il ferma les yeux, il se donna la volupté de les rouvrir lentement, pour avoir l'éblouissement d'un second réveil (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1334):
49. ... au milieu des blés en été, contre un mur en hiver, elle [la Mouquette] se donnait du plaisir, en compagnie de son amoureux de la semaine. Zola, Germinal,1885, p. 1155.
c) Domaine du sentiment.Donner une émotion; donner du souci, du chagrin, du tourment, de l'ombrage; donner des inquiétudes, des tracas, des regrets, des remords; donner le cafard*. Ses deux premiers enfants ne lui avaient donné qu'une joie froide, un bonheur sans égayement (Goncourt, R. Mauperin,1864, p. 19).Plus j'étais enclin à croire à mon importance, plus tu me donnais le sentiment de mon néant (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 17):
50. Il me semble parfois que j'aimerais mieux me couper la main que de chercher à plaire à ce public-là. Faire des frais pour capter ses suffrages, me donne des répugnances voisines de la révolte. Amiel, Journal intime,1866, p. 154.
Emploi pronom. réfl. indir. Si ton père est malade, ne le quitte pas, Jean, tu te donnerais des remords pour toute ta vie (Balzac, Méd. camp.,1833, p. 85).Pourquoi se donner tant de soucis au sujet de Gilberte (Proust, Sodome,1922, p. 1013).
d) Locutions
Donner à + inf.Prêter à. Donner à rire.
En partic. Donner à entendre*, à penser*, à réfléchir*, à supposer*.
Donner lieu à. Fournir l'occasion de :
51. ... les personnes qui ont été particulièrement actives dans la résistance et dont la présence pourrait donner lieu à des représailles pourront, individuellement, être autorisées à s'éloigner. De Gaulle, Mémoires de guerre,1959, p. 474.
Donner matière à, prétexte à, occasion de. Même sens. Elle doit souvent donner matière à la médisance, car elle parle fort librement (Delécluze, Journal,1824, p. 27).La circoncision donne prétexte à des divertissements assez libres (Faral, Vie temps St Louis,1942, p. 229):
52. Le livre qu'un écrivain doit écrire, le sujet qu'il doit choisir, c'est celui qui lui permet d'employer toute son expérience, d'entrer en relation avec toutes les émotions qu'il a accumulées dans son âme, le livre qui lui donne occasion de déployer son âme. Barrès, Mes cahiers,t. 12, 1919, p. 60.
2. Être à l'origine de.
a) [Le suj. désigne le sol, un arbre, etc.] Produire. Ce pays donne beaucoup de blé. Oliviers sauvages qui n'attendent que la greffe pour donner d'excellents fruits (About, Grèce,1854, p. 112).L'arbre donne les fruits qu'il a transformés de la terre (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 656).
P. métaph. L'intelligence des types cyclothymes oscille autour de la moyenne, tandis que les schizoïdes donnent des rendements extrêmes et très inégaux (Mounier, Traité caract.,1946, p. 605).
P. anal. Cette école a donné des peintres célèbres (Ac.) :
53. Le patriciat vaincu donna un sénatus-consulte par lequel il approuvait et confirmait à l'avance tous les décrets que le peuple porterait cette année-là. Fustel de Coulanges, La Cité antique,1864, p. 396.
b) [Le suj. désigne une chose abstr.] Rapporter. L'emprunt ottoman donne 25%. Voilà tout ce que je sais, mon bibi! (Flaub., Corresp.,1866, p. 216).
c) [Le suj. désigne une pers.] Être l'auteur de. Il donna une traduction nouvelle des dix premiers chapitres du « Sépher » (P. Leroux, Humanité,t. 2, 1840, p. 513).
3. Avoir pour conséquence, pour résultat. Les recherches n'ont rien donné. Un mortier de 280 qui donna d'excellents résultats (Joffre, Mém.,t. 1, 1931, p. 72).De telles opérations ne donnent aucun résultat durable (Carrel, L'Homme,1935, p. 218).
4. Être égal à. 2050 divisé par 11 donne 186 (P. Leroux, Humanité,t. 2, 1840p. 597).
II.− Emploi intrans.
A.− [Implique une idée de direction vers et de contact, de choc]
1. Frapper, battre :
54. On dirait que le soleil du 10 août, qui se lève déjà à l'horizon, lui donne sur la tête [de Saint-Just] et lui embrase le cerveau... Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 5, 1851-52, p. 344.
Expr. Donner sur les doigts (à qqn). Je te préviens, moi, que ma canne en furie Va donner sur les doigts à ta forfanterie (Augier, Diane,1852, II, p. 15).
Au fig. Réprimander :
55. ... j'avais tellement l'impression qu'Andrée cherchait à faire donner sur les doigts à Albertine que mon amie me devenait aussitôt sympathique et que ma colère tombait. Proust, La Prisonnière,1922, p. 283.
Loc. fam.
Donner sur les nerfs (à qqn). L'irriter. La musique surtout me donne sur les nerfs (Augier, Gabrielle,1850, I, p. 377).Il s'aperçoit depuis quelque temps qu'il donne terriblement sur les nerfs à sa femme (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 5, 1863-69, p. 6).
Donner dans l'œil. Plaire :
56. Indéniablement gironde, cette Cora (...) donne dans l'œil au môme Darius, fils d'Artaxerxès, qui s'emballe à fond sur elle quoiqu'elle ait pagnotté avec feu son oncle... Colette, Claudine s'en va,1903, p. 287.
Spéc. [Le suj. désigne le soleil] Darder. Le soleil donnait en plein sur lui [l'inconnu] et faisait rayonner sa chevelure (Sand, Spiridion,1839, p. 205).Quand le soleil y donne c'est une fournaise : quand la tramontane souffle, une glacière (A. Daudet, Pt Chose,1868, p. 53).
Donner de (+ compl. d'instrument, de moyen).Donner de l'éperon, des éperons à un cheval. Si j'avais comme vous une épée au côté, je lui en donnerais du plat sur les épaules (Dumas père, Le Laird de Dumbiky,1844, II, p. 55).Un petit bœuf donne de la corne à un cheval (Michelet, Journal,1854, p. 265):
57. Si j'avais cru que monsieur Alphonse eût voulu m'insulter, je lui aurais sur-le-champ donné de mon couteau dans le ventre. Mérimée, La Vénus d'Ille,1841, p. 290.
Loc. fig. Donner du balai (à qqn). Le chasser :
58. Il y a longtemps que la grosse maman leur a donné du balai, en leur disant : « Filez, salopes! ». Elles ne se le sont pas fait répéter, car elle leur menait la vie dure. France1907.
Absol., spéc. Charger (l'ennemi). Ces troupes n'avaient pas encore donné (Ac.).L'offensive pour dégager Verdun était commencée. Les copains donnaient (Cendrars, Lotiss. ciel,1949, p. 216):
59. Les Autrichiens (...) ne donnèrent pas à Lawfeld et firent retraite. L'armée victorieuse ne put qu'à peine écorner leur arrière-garde. Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 11, 1863-69, p. 98.
Emploi factitif. Allons! faites donner la garde, cria-t-il [Napoléon] (Hugo, Châtim.,1853, p. 276).
2. Heurter. Donner contre, dans.Au détour du couloir, il alla donner de tout son élan dans le ventre d'un employé qui arrivait en sens inverse (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Hérit., 1884, p. 515).Elle [Armande] s'écarta d'un mouvement si farouche qu'elle donna du coude contre un lampadaire monumental (Colette, Képi,1943, p. 196):
60. ... il [Saurit] donna du nez contre une boule osseuse et glabre, le crâne du Marquis. Arnoux, La Nuit de Saint-Avertin,1942, p. 114.
Expr. fig. Ne pas savoir où donner de la tête. Ne savoir que faire, quel moyen employer pour sortir d'embarras. Je ne sais où donner de la tête (...) tu me conseilleras (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 163).
P. anal. Quand la Tricon n'avait pas besoin d'elle [Nana] (...) elle ne savait où donner de son corps (Zola, Nana,1880, p. 1311).
Spéc. Donner dans (le piège, le panneau, etc.). Tomber dans, être pris par. Couleuvres d'eau, (...) vous donnerez encore dans mes nasses (H. Bazin, Vipère,1948, p. 276).
Au fig. Se laisser abuser, tromper. J'ai le regret de dire qu'il s'est trouvé beaucoup d'imbéciles pour donner dans ce piège grossier (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 459).Il ne s'agit pas de donner dans la souricière (Adam, Enfant Aust.,1902, p. 275):
61. Heureusement que je suis là! Sans moi, tu donnais dans le panneau. Tu n'y vois pas plus loin que ton nez. Tu n'as pas plus de défense qu'un bébé. Mauriac, Génitrix,1932, p. 392.
MAR. [Le suj. désigne un navire] Donner de la bande. Pencher sur un côté.
3. Au fig. Donner dans.
a) Croire à, céder à. Moi-même, comme tous les badauds, n'ai-je pas été assez niais pour donner dans cette fable! (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 352).Le commissaire donnait dans cette supposition (Nerval, Illuminés,1852, p. 197).
Expr. Donner tête baissée dans qqc. S'y abandonner, s'y engager sans examen :
62. Je donnai tête baissée dans la sympathie que son petit air souffrant, sa voix faible et sa jolie figure distinguée inspiraient dès l'abord... Sand, Histoire de ma vie,t. 3, 1855, p. 427.
b) Avoir du goût, un penchant pour; se laisser aller à. Donner dans un vice, un défaut; donner dans la dévotion, le luxe. Ces prétendus hommes charitables, qui font les confits, qui vont à la messe, qui donnent dans la prêtraille (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 894).Je croyais que papa ne donnait pas dans la jeune fille... D'habitude, il est pour femmes mariées, ou pour grues (Colette, Cl. Paris,1901, p. 258):
63. Myrto, spirituelle, bonne et jolie, mais qui donne dans le chic, préfère à ses autres amies Parthénis, qui est duchesse et plus brillante qu'elle... Proust, Les Plaisirs et les jours,1896, p. 68.
Spéc. Donner dans le ridicule. ,,Se rendre ridicule`` (Ac.).
4. [Avec l'idée de « être orienté vers »; le suj. désigne une chose] Donner sur, dans.Avoir vue, être situé sur; avoir issue. Sa chambre donne dans le vestibule (Martin du G., Thib.,Belle sais., 1923, p. 885).Nous habitions au cinquième. La fenêtre donnait sur l'impasse (Duhamel, Notaire Havre,1933, p. 125).La porte donne sur le jardin, de plain-pied (Vercors, Silence mer,1942, p. 27).
B.− [Avec une idée d'effort] Émettre ou produire des bruits, des sons, etc. d'une certaine force. Donner de la voix. Tu poursuis ta proie en songe. Tu donnes de la voix, Comme le chien de qui l'âme ne lâche pas la quête (Claudel, Euménides,1920, I, p. 953).
Absolument :
64. Puis tous, presqu'en même temps, se mettent à donner. Un jappe. Ceux-ci ont deux notes prolongées haute, puis basse, et ceux-là jouent du tambour de leur gosier (...) La chasse va. Jammes, Le Roman du lièvre,Clara d'Ellébeuse, 1899, p. 117.
Donner du cor. Sonner du cor. Les piqueurs donnaient du cor toute la journée (Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 87).
P. anal. Les tramways donnaient de la trompe (L. Daudet, Médée,1935, p. 200).
Prononc. et Orth. : [dɔne], (je) donne [dɔn]. Enq. : /don/ (il) donne. Fér. Crit. t. 2 1787 propose doner. Étymol. et Hist. 1. a) 842 « attribuer, octroyer, conférer » (p. ex. la puissance, le pouvoir) (Serments de Strasbourg ds Henry Chrestomathie t. 1, p. 2); b) ca 1100 « attribuer (un nom) » (Roland, éd. J. Bédier, 2508); c) 1remoitié xvies. « attribuer la qualité de, prêter tel ou tel caractère » (Marguerite de Navarre, Nouv., 4 ds Littré); 2. a) 2emoitié xes. « apporter en présent, offrir » (Passion, éd. d'A. S. Avalle, 385); b) ca 1050 spéc. donner l'aumône (Alexis, éd. Chr. Storey, 118); c) 1160-74 emploi abs. « faire des dons, faire l'aumône » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 2161); d'où d) ca 1250 dounant « généreux » (Auberi, 37, 17 ds T.-L.); 3. a) 2emoitié xes. « mettre à la disposition de, remettre » (Passion, éd. d'A. S. Avalle, 342); b) ca 1050 « procurer, accorder » (Alexis, éd. Chr. Storey, 25); c) ca 1050 « transmettre, communiquer » (ici, un conseil) (ibid., 309); d) ca 1100 spéc. [donner congé] me dunez cunget (Roland, éd. J. Bédier, 2177); e) ca 1100 « assurer de (sa foi, sa parole, une promesse) » (ibid., 914); f) mil. xiiies. « fixer, indiquer, informer de (p. ex. une date, l'heure, etc.) » (Joufrois, 291, ds T.-L.); g) 1829 arg. « indiquer à la police, dénoncer » (Mém. d'un forban philosophe, chap. 24, p. 197); 4. a) 2emoitié xes. « appliquer, faire sentir à quelqu'un » (ici, un baiser) (Passion, éd. d'A. S. Avalle, 148); b) ca 1100 spéc. « asséner (des coups) » (Roland, éd. J. Bédier, 1178); d'où c) 1160-70 emploi abs. « frapper, choquer » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 5207) d'où d) 2emoitié xvies. donner dans « venir à, atteindre, se diriger vers » (J. A. de Baif, Mimes, t. 1, p. 54, Blanchemain ds Gdf. Compl.); e) 1580 au fig. (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, I, XXXVI, p. 262); 5. a) ca 1050 « accorder le fait que, permettre le fait que, faire que » (Alexis, éd. Chr. Storey, 370); b) 1269-78 donner à entendre (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 13079); 6. a) ca 1050 « remettre en contrepartie, en paiement de quelque chose » (Alexis, éd. Chr. Storey, 78); b) ca 1130 « payer pour, évaluer à » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, 613); c) 1160-74 « faire gagner, rapporter » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 5636); 7. a) 1130-40 « mettre (une personne) à la disposition de » ici donner en mariage (Wace, Conception ND, éd. R. Ashford, 1138); b) ca 1220 soi donner a « se donner du mal pour quelque chose » (G. de Cambrai, Barlaam et Josaphat, 4764 ds T.-L.); 8. a) ca 1100 « faire, participer à » donner bataille (Roland, éd. J. Bédier, 18); b) début xvies. « exécuter, ou faire exécuter, jouer, présenter » faire donner des aubades ([G. Coquillart], Monologue du Puys, 7, éd. M. J. Freeman, p. 301); 9. ca 1160 « provoquer, engendrer, faire avoir » (ici, un sentiment, un état psychique) (Enéas, 2058 ds T.-L.); 10. ca 1170 « exprimer, manifester » (Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, I, IV, 5). Du lat. class. donare formé sur le dér. de dare « donner » donum (don*) et qui a supplanté dare en gallo-roman. Fréq. abs. littér. : 71 361. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 114 732, b) 101 240; xxes. : a) 91 043, b) 96 590.
DÉR.
Donnable, adj.Qui peut être donné; qui est susceptible d'être donné, disponible. Le verbe de Dieu est celui en qui Dieu s'est fait à l'homme donnable. La parole créée est cela en qui toutes choses créées sont faites à l'homme donnables. Ô mon Dieu, qui avez fait toutes choses donnables, donnez-moi un désir à la mesure de votre miséricorde! (Claudel, Cinq gdes odes,1908, p. 281).Sa définition de ce qu'il nous faut entendre par objectivité, il a fait mille efforts pour nous la donner; à mon sens il n'a pu la donner parce qu'elle n'est pas donnable, vu qu'elle vise un pur mythe (Du Bos, Journal,1925, p. 312). 1reattest. 1908 (Claudel, loc. cit.); de donner, suff. -able*. Fréq. abs. littér. : 4.
BBG. − Gottsch. Redens. 1930, passim.Gougenheim (G.). Une Catégorie lexico-gramm... In : [Mél. Michéa (R)]. Ét. Ling. appl. 1971, no2, pp. 56-64; Mots t. 3 1975, p. 152. − Grimaud (F.). Petit gloss. du jeu de boules. Vie Lang. 1969, p. 113. -Guiraud (P.). Le Champ morpho-sém. du mot tromper. B. Soc. Ling. 1968, t. 63, pp. 96-109. − Koch (Ph.). On Marivaux's expression « se donner la comédie ». Rom. R. 1965, t. 56, pp. 22-29. - Le Bidois (R.). À Propos des mots tandem. Vie Lang. 1954, pp. 554-558. − Martin (E.). S'il faut dire : « Se donner garde » ... Courrier (Le) de Vaugelas. 1876, t. 6, p. 188. − Mmede Genlis et le bon lang. Vie Lang. 1971, p. 473. − Matoré (G.). Proust ling. In : [Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1968, p. 290. −Mihailescu-Urechia (V.), Urechia (A.). Phénomènes inconnus de la lang. Orbis. 1971, t. 20, pp. 10-18. − Pamart (P.). Infiltrations ou invasions. Vie Lang. 1969, p. 318. − Quem. 2es. t. 2 1971; Fichier. − Sain. Lang. par. 1920, p. 415. − Straka (G.). En relisant Menaud, maître-draveur. In : [Mél. Imbs (P)]. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1973, t. 11, no1, p. 282. − Tournemille (J.). Au jardin des loc. fr. Vie Lang. 1964, pp. 341-342.

Donner : définition du Wiktionnaire

Verbe

donner \dɔ.ne\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se donner)

  1. Faire un don ; transférer, sans rétribution, la propriété d’une chose que l’on possède ou dont on jouit, à une autre personne.
    • […] puis le voyant mort, car vous le tuâtes du coup, vous prîtes la fuite sur le cheval qu’il vous avait donné. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre III)
    • Les synagogues furent données au clergé pour qu’il les transformât en églises. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Ce n'était pas la première fois que des boîtes de singe entraient dans la maison ; parfois des soldats nous en donnaient, mais jamais nous n’en avions rapporté autant. — (René Lucot, Almanch de la Grande Guerre vers la Victoire de 1917, chap. 4 de Le grand break, Corps 9 éditions, 1985)
    1. Offrir à des invités un dîner, une fête, un bal, etc.
      • Donner un dîner, une soirée, une fête, une matinée musicale, dansante, un bal, un concert, la comédie.
    2. Offrir ; présenter.
      • Elles mangent des sandwichs, des wraps et des chips, rient avec leurs collègues et amis, qui sont parfois au bout du fil. Et visiblement désopilants. Des écureuils et des pigeons attendent qu'on leur donne les restes. — (Justin Cartwright, Au paradis par la voie des eaux, traduit de l'anglais par France Camus-Pichon, Éditions Jacqueline Chambon (Actes Sud), 2017, chap. 8)
  2. Livrer, mettre entre les mains, remettre, confier.
    • Donner un paquet au voiturier. - Donner des papiers à un homme d’affaires, à un notaire. - Donner de l’argent pour aller au marché.
  3. Transmettre en échange, en retour de quelque chose, de quelque service.
    • Combien voulez-vous que je vous en donne ? - Je n’en veux pas donner plus de trente francs. - Il n’a pas voulu me le donner à moins de six euros.
  4. Fournir, surtout en parlant de garanties, de gages, de preuves.
    • La gracieuse négligence, la hardiesse naïve de la Fontaine furent inappréciées par le grand roi ; mais le froid et correct Boileau donna à la poésie des préceptes tels que Louis les auraient donnés lui-même — (Théophile Lavallée, Histoire des Français depuis le temps des Gaulois jusqu’en 1830, t. 3, chap. 4, Charpentier, Paris, 1858, 20e éd., p. 283)
    • La Reine était dans la plus grande détresse de voir son fils compromis dans une telle affaire. A elle, il donna l'assurance qu'il ne jouerai plus à des jeux de hasard, et qu'il ne permettrait pas en sa présence que l'on jouât au baccara. — (Léon Lemonnier, Édouard VII: le roi de l'Entente cordiale, Librairie Hachette, 1949, p. 142)
    • Donner des assurances, des gages, des sûretés. - Donner caution.
    • Donner un répondant. - Donnez-nous-en la preuve.
  5. Administrer.
    • En 1495, on cite une vieille médecienne. Il faut faire appeler la « vieille médecienne et lui demander, en présence des médecins, ce qu'elle a donné à la femme » (malade). — (Mélina Lipinska, Les femmes et le progrès des sciences médicales, Masson, 1930, page 44)
    • Donner des remèdes. - On lui a donné les sacrements. - Donner le viatique, l’extrême-onction.
  6. Infliger, en parlant de supplices, de châtiments, de mauvais traitements.
    • Donner le fouet. - Donner une pénitence. - Donner un pensum. - Donner une tâche. - Donner la chasse.
  7. Livrer un assaut, une bataille.
    • Il résolut de donner l’assaut pendant la nuit. - La bataille se donna le troisième jour.
  8. Diriger, appliquer l’action, l’impression, l’effet de quelque chose sur un objet.
    • Il possédait si bien la carte des fossiles du département qu’il ne donnait jamais un coup de piochon sans exhumer un spécimen rare. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958, p. 70)
    • Donner un baiser. - Donner un coup de poing, un coup de pied, un soufflet. - Donner un coup de sabre, de baïonnette, de bistouri, de lancette, un coup de balai, un coup de peigne, de rabot, de lime, etc.
  9. Accorder ; octroyer.
    • Voilà le genre d’occasion qui n’était pas donné à tout le monde et il s'en fallut d’un rien qu’ivre d’amertume je m’offusquasse de n’y trouver nul profit. — (Max Steen, Schoolblock, éd. Librinova, 2018, 3e étape : Athens (2032-2040))
    • Donner une permission, du repos. - Donnez-moi le loisir d’y penser. - Il ne saurait vous payer, si vous ne lui donnez du temps.
  10. (Figuré) (Familier) Sacrifier par dévouement pour quelqu’un, pour quelque chose.
    • Il est prêt à donner sa vie pour eux. - Donner son sang pour la patrie.
  11. (Figuré) Mettre sous la direction d’un précepteur, d’un gouverneur, d’un maître.
    • Donner un précepteur, un gouverneur à un enfant; lui donner un maître de dessin, de danse, etc.
  12. (Familier) (Par hyperbole) Vendre à bas prix.
    • On donne cela, cela se donne partout au plus bas prix.
    • C’est pas donné !
  13. (Familier) Payer un salaire, des appointements.
    • Combien donnez-vous à vos domestiques par mois ? - On lui donne pour cela mille francs, le logement et la nourriture.
  14. Conférer.
    • Les étranges figures dont tout Mangarévien bigarrait sa peau, jointes à sa longue barbe et sa chevelure flottante, lui donnaient un air martial et terrible […] — (Caret, Archipel de Mangaréva (Îles Gambier), dans Revue de l’Orient, 1844)
    • […] l’abondance fréquente du mica donne à la roche une texture feuilletée et la rend plus délitable […] — (Gustave Malcuit, Contributions à l’étude phytosociologique des Vosges méridionales saônoises, les associations végétales de la vallée de La Lanterne, thèse de doctorat, Société d’édition du Nord, 1929, p. 12)
    • L'aspect actuel d'un monument mégalithique se dressant sur un monticule a donné à Schumacher et Karge la fausse impression que les dolmens furent construits au-dessus des tumulus. — (Moshé Stékélis, Les monuments mégalithiques de Palestine, Masson, 1935, page 30)
  15. Représenter devant le public.
    • A midi, j'allais à la messe militaire. […]. De retour, nous dînions à deux heures et demie, et à cinq heure nous gagnions le théâtre où se donnait un opéra tragi-comique. — (La Vie française à la veille de la révolution (1783-1786) : Journal inédit de Madame Cradock, traduit de l'anglais par Mme Odelphin Balleyguier, Paris : Perrin & Cie, 1911, p.153)
    • Le 7 juin 1983, à la Bernardière, l’orchestre des élèves de l’école donne son premier concert public. — (Roger Cavé & ‎Xavier Quimbre, Saint-Herblain: parcours d'une ville en mouvement, Ed. Cheminements, 2006, page 107)
    • (Par analogie)En même temps plusieurs Chouans se jettent sur les provisions, se les disputent, se les arrachent, et donnent enfin tout l’ignoble spectacle d'une scène de bandits. — (Jacques Duchemin Descepeaux , Lettres sur l'origine de la Chouannerie et sur les Chouans du Bas-Maine, tome 1, Imprimerie royale, 1825, page 325)
    • (Figuré)Quand Napoléon III fut empoigné à Boulogne pour avoir donné une seconde représentation du débarquement à Cannes, on le jeta au cachot et on l'emmena à Paris sans lui donner le temps de changer de chemise. — (Arsène Houssaye, Les Confessions, tome IV : Souvenirs d'un demi-siècle 1830-1880, tome 4, Paris : chez E. Dentu, 1885-1891, chap. 4)
  16. Faire représenter une pièce de théâtre.
    • Racine a donné « Britannicus » en 1669.
  17. Prononcer devant un auditoire.
    • Donner une conférence, un sermon.
  18. Publier ; faire imprimer.
    • Donner un livre, un ouvrage au public. - Il a donné une relation de son voyage.
  19. (Figuré) Annoncer ou présenter une personne ou une chose pour telle ou telle, comme telle ou telle.
    • De même, pour le département de Seine-et-Marne, le dictionnaire topographique paru en 1954 permet de relever les noms de 87 localités disparues : 4 seulement sont données pour paroisses ou villages ; les autres sont des hameaux ou encore des écarts de 3 ou 4 maisons. — (Jean-Marie Pesez et Emmanuel Le Roy Ladurie, Les Villages désertés en France : vue d’ensemble, dans Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 20, n° 2, 1965, p. 261)
    • Je vous donne cet homme-là pour le plus grand fourbe. - Il me l’a donné pour ce qu’il y avait de meilleur, comme ce qu’il y avait de meilleur.
  20. Indiquer.
    • Cette chapelle renferme le tombeau de l’évêque Radulphe, dont l’inscription donne la date de 1266, comme étant celle de la mort du prélat. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Les pouillés donnent, aux environs du XIVe siècle, et pour les quinze diocèses en question, un nombre de paroisses compris entre 5 931 (chiffre minimum) et 6 694 (chiffre maximum). — (Jean-Marie Pesez et Emmanuel Le Roy Ladurie, Les Villages désertés en France : vue d’ensemble, dans Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 20, n° 2, 1965, p. 258)
    • Au poignet, de grosses montres frimeuses et sophistiquées classent leurs propriétaires ; elles peuvent aussi donner l'heure. — (Louis Guillerme, Café-Tigui, ou les tribulations africaines d'un apprenti routard, Lulu.com, 2013, page 124)
  21. Passer du temps avec quelqu’un.
    • Donner sa journée, sa soirée, etc. - Vous êtes bien aimable de nous donner votre soirée.
  22. Employer, consacrer du temps.
    • Donner du temps à quelque chose. - Donner la matinée aux affaires. - Il donne tout son temps à l’étude. - Je donne deux heures par jour à ce travail.
  23. Exposer, énoncer, communiquer, faire connaître par le discours ou autrement.
    • L'invitation à donner son avis est une sorte de figure de rhétorique à laquelle il ne faut pas attribuer trop d'importance, ce que comprend tout à fait la première catégorie d'élèves :« Les disserts, fallait peser le pour et le contre, donner son avis mais en fait faut pas donner son avis parce qu'on se fait cartonner quand même suivant les profs. » — (Anne Barrère, Les lycéens au travail: tâches objectives, épreuves subjectives, Presses universitaires de France, 1997, page 127)
    • Donner de longs détails. - Donner la description de quelque chose. - Donner des renseignements de vive voix.
    • Donner une explication, des explications. - Donner ses raisons. - Donner pour prétexte. - Donner une réponse.
  24. Imposer, prescrire, établir ou indiquer.
    • Donner des lois. - Donner des règles. - Donner à faire quelque chose à quelqu’un. - La leçon que je lui ai donnée à étudier.
    • C’est lui qui donne le ton dans cette société. - Donner un nom à quelqu’un, à une plante, à un animal. Donner un titre à un ouvrage.
  25. Attribuer.
    • Le proviseur adjoint l'écoute poliment et acquiesce à ses suggestions, le valorise et lui donne de l'importance. Je ne sais pas s'il est sincère. — (Rose Ceraudo , En CAE dans un lycée d'une riche banlieue, chez l'auteur, 2012, page 10)
    • Tout le monde lui donne tort. - On lui donne un tel pour père. - On donne un tel pour amant à cette femme.
    • On lui donne tout le blâme, tout l’honneur, toute la gloire. - Se donner l’honneur, la gloire d’une chose qu’on n’a pas faite. - Quel âge donnez-vous à cette personne ? On ne lui donnerait pas plus de trente ans.
  26. (En particulier) Faire prendre à une chose, par un travail, par une action, par un moyen quelconque, une situation, une forme, des dimensions, une apparence, des qualités.
    • Donner de la pente à un terrain. - Donner de l’ampleur à une robe. - Donner de la solidité à un édifice. - Donner le poli à une pièce de métal.
  27. Fournir, produire, rapporter.
    • On avait cueilli autour de l’église et dans le cimetière. Maigrement fruités les arbres donnèrent moins d’une demi-hottée chacun ; mais quelle graine ! Nourrie du suc des Trépassés, ronde comme une prunelle. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Cette fontaine a cessé de donner de l’eau. - Cette source donne de l’eau à toute la ville. - Cette plante a donné de nombreux rejetons.
    • (Absolument) Ce champ a beaucoup donné cette année. - Le blé, le vin a donné, n’a pas donné.
  28. Enfanter, procréer.
    • Sa femme lui a donné un fils. - Elle lui a donné beaucoup d’enfants.
    • (Figuré) Les grands hommes que cette ville a donnés à la France. - Cette école a donné des peintres célèbres.
  29. Causer ; procurer ; faire avoir.
    • […] ; on donne un coup de rouleau de gélatine pour obtenir une planéité parfaite, on laisse sécher et on collodionne avec un collodion à 3 % légèrement riciné […]. — (Agenda Lumière 1930, Paris : Société Lumière & librairie Gauthier-Villars, page 248)
    • Le pinot meunier, rouge aussi, régulier et rustique, atténue l’acidité mais donne des vins fins moins nerveux. — (Alain Ségelle & ‎Monique Chassang, Les Vins de France, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1999, page 63)
    • On nous a fait à tous deux des piqûres antitétaniques, qui nous donneront, paraît-il, de l’urticaire dans deux ou trois jours. Pierre, très abattu, est resté à la clinique. — (Claude Lévi-Strauss, « Chers tous deux » : Lettres à ses parents 1931-1942, Éditions du Seuil, 2015)
    • […] ; l'air est chaud et humide, la foule animée, la latérite omniprésente rouge passé, même si les bords des flaques d'eau du dernier orage donnent l'impression de lèvres de blessure en cours de cicatrisation. — (Alain Rochegude, « Anthropologue du Droit ou Juriste anthropologue ? », dans Anthropologie et Droit, intersections et confrontations, Cahiers d'anthropologie du droit 2004 & Droit et Cultures hors-série 2004/4, Paris : Karthala, 2004, p. 329)
  30. (Par hyperbole) (Surtout au conditionnel) S’engager à faire de grands sacrifices pour qu’une chose fût ou ne fût pas.
    • Je donnerais tout au monde - Je donnerais dix ans de ma vie - Je donnerais tout l’or du monde - Que ne donnerais-je pas pour le revoir !
  31. Communiquer à quelqu’un une maladie contagieuse dont on est atteint.
    • Il lui a donné le sida.
  32. Faire contracter en parlant des goûts, des inclinations, etc., que l’on a soi-même.
  33. (Argot) Dénoncer ; trahir.
    • — Où qu’il travaille ?
      — C’est mon affaire et j’peux le donner
      — Tu le donnerais ?
      — Ah ! Fernande… à toi seule ; j’ai mes raisons…
      — (Francis Carco, Jésus-la-Caille, ch. V, Le Mercure de France, Paris, 1914)
  34. (Intransitif) Faire la charité, l’aumône.
    • Le dernier pilorié fut un nommé Billard, janséniste, qui, ayant fait banqueroute, s’excusait en disant qu’il avait voulu s’enrichir pour donner aux pauvres. — (Le Pilori des Halles, dans Hippocrate revue d’humanisme médical, janvier 1949, n° 1, p. 32)
  35. (Intransitif) Distribuer les cartes à jouer.
    • Je viens de faire, c’est à vous de donner.
  36. (Intransitif) Heurter ; frapper.
    • Le bateau, mal conduit et chargé outre mesure, alla donner dans un de ces bas-fonds qui encombrent le lit de la Loire, et y resta engravé. — (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 2e récit : Suites du meurtre de Galeswinthe — Guerre civile — Mort de Sighebert (568-575), 1833, Union Générale d’Édition, 1965)
    • Et Le Gonidec saute à l’eau aveuglante. Il nage tant bien que mal, et donne contre une échelle. Il s’y cramponne, perd connaissance, mais l’instinct fait qu’il ne lâche point prise. — (José Gers, Sur la mort du Pourquoi pas ?, France libre, vol. 6, 1936)
    • Le vent donne dans les voiles : Il souffle dans les voiles.
    • Le soleil donne à plomb : Il darde ses rayons à plomb.
  37. Fenêtre donnant sur le Nil. (sens 37)
    (Intransitif) Avoir vue sur.
    • Jim manœuvra le cordon d’un vasistas, mais l’ouverture donnait sur la loge de Gaby Million où la vedette avait laissé ses chiens. Les bêtes se mirent à aboyer. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Mes fenêtres donnent sur la rue.
  38. (Intransitif) Avoir issue.
    • Si, par impossible, les assiégeants s’emparaient du deuxième étage, ils ne trouvaient d’autre issue qu’une petite porte latérale donnant dans une salle établie sur des arcs […] — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Ma maison donne d’un côté dans telle rue, et de l’autre dans un passage.
  39. (Intransitif) Tomber, se jeter, se porter dans ou à.
    • Donner dans le piège. - Donner dans une embuscade. - Le brouillard les empêcha de s’apercevoir qu’ils donnaient dans la flotte ennemie. - Un navire qui donne à la côte.
  40. (Intransitif) (Militaire) (Absolument) Aller à la charge contre l’ennemi.
    • Donner sur les ennemis. - Ces troupes n’avaient pas encore donné. - Le général fit donner l’aile gauche, la cavalerie.
    • Rien n’est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. — (Charles de Gaulle, Appel du 18 juin)
  41. (Intransitif) Se livrer, par goût, à une activité.
    • Je crois que la Mariette donne dans la gouinerie. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, p. 221)
    • Donner dans le jeu, dans le luxe, dans la dépense.
  42. (Pronominal)
    • À l’en croire, c’était lui qui dansait, qui levait la jambe, qui se dandinait, tellement il se donnait de mal pour communiquer à ces merveilleuses mais stupides créatures un peu du feu sacré dont il les prétendait dépourvues. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
  43. (Pronominal) S’attacher à quelqu’un ; se dévouer à lui.
    • Il s’est donné à un bon maître. - Ce chien s’est donné à moi.
  44. (Pronominal) (Figuré) Annoncer ou présenter une personne ou une chose pour telle ou telle, comme telle ou telle.
    • Se donner pour riche, pour savant. - Se donner pour ce qu’on n’est pas.
  45. (Pronominal) Se mettre sous la domination de quelqu’un.
    • La cité, fatiguée de la souveraineté de ceux-ci, envoya, en 1444, ses députés au-devant de Charles VII pour se donner à lui. — (Gustave Fraipont, Les Vosges, 1923)
    • Et la France changeait, une fois encore, de régime. Le prince-président que s’était donnée la Deuxième République était devenu l’empereur Napoléon, troisième du nom. — (Jean Valmy-Baysse, La Curieuse Aventure des boulevards extérieurs, Éditions Albin-Michel, 1950, p. 171)
  46. (Pronominal) Vouer à quelqu’un toute son affection.
    • Un cœur qui se donne tout entier.
  47. (Pronominal) Accorder les dernières faveurs, coucher avec un homme, en parlant d’une femme.
    • Cependant elle s’était déjà demandé pourquoi résister à un amant aimé quand elle se donnait, contre son cœur et contre le vœu de la nature, à un mari qu’elle n’aimait plus. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • C'est contre elles et l'air de galanterie que Mme de Chartres prévient sa fille, car cette cour est surpeuplée de femmes de petite vertu, toujours prêtes à se donner, comme des odalisques de sérail, même si elles ne sont plus favorites: […]. — (Constant Venesoen, Études sur la littérature féminine au XVIIe siècle : Mademoiselle de Gournay, Mademoiselle de Scudéry, Madame de Villedieu, Madame de Lafayette, Summa Publications, Birmingham, Alabama, 1990, p. 105)
  48. Désigner une autre personne ; s’appeler entre personnes.
    • Dans ce genre de banquets, on se donne du Docteur par-ci, du Monsieur le Ministre par-là.
    • Mais il commet une erreur de débutant : au lieu de discourir sans notes et de regarder la population dans les yeux, il relit sa longue intervention devant le Comité central et donne du « camarades » à ses compatriotes qui n’en peuvent plus. — (Olivier Guez et Jean-Marc Gonin, La Chute du Mur, Le Livre de Poche, 2011, ISBN 978-2-253-13467-1)
  49. Avoir l’occasion.
    • Il me fut donné de constater qu’ils étaient souvent déroutés par certains raisonnements, lorsqu’il entrait en jeu des nombres inférieurs à l’unité. — (Édouard Bled, « Mes écoles », Robert Laffont, 1977, page 270.)
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Donner : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DONNER. v. tr.
Mettre à la disposition de quelqu'un, sans rétribution, une chose que l'on possède ou dont on jouit pour que lui-même en ait la propriété. Donner de l'argent, une terre, une maison. Donner en toute propriété. Il lui donna une fort belle dot. Il donne tout son bien aux pauvres. Donner en cadeau. Absolument, La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'à donner à propos. Il donne à pleines mains. En termes de Jurisprudence, Donner et retenir ne vaut, Celui qui fait une donation ne peut, sous peine de nullité de l'acte, y ajouter une clause qui en détruise l'effet. Cela a passé en proverbe, pour dire qu'On ne peut retenir ce que l'on donne. Fam. et par exagération, Il donnerait jusqu'à sa chemise, se dit d'un Homme extrêmement charitable et libéral. Fig., On ne donne rien pour rien et Donnant donnant, se disent pour exprimer qu'on ne veut donner une chose qu'en recevant une autre chose. Prov., Qui donne tôt donne deux fois, C'est ajouter au prix d'une grâce que de l'accorder promptement. Prov., La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. Prov., La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a, On ne saurait prétendre recevoir de quelqu'un plus qu'il ne peut donner. Fig. et fam., Donner au diable, et Se donner au diable. Voyez DIABLE. Donner sa vie, ses jours, son sang pour quelqu'un, pour quelque chose, Sacrifier sa vie, répandre son sang par dévouement pour quelqu'un, pour quelque chose. Il est prêt à donner sa vie pour eux. Donner son sang pour la patrie. Fig., Donner un précepteur, un gouverneur à un enfant; lui donner un maître de dessin, de danse, etc., Mettre un enfant sous la direction d'un précepteur, d'un gouverneur; lui faire prendre des leçons de dessin, de danse, etc. Donner une fille en mariage à quelqu'un, La lui accorder pour femme. Il lui a donné sa fille. On dit de même Donner pour époux, pour épouse. Se donner à quelqu'un, S'attacher, se dévouer à lui. Il s'est donné à un bon maître. Ce chien s'est donné à moi. Il signifie aussi Se mettre sous la domination de quelqu'un. Ces peuples se donnèrent aux Romains. Les Génois se donnèrent à Charles VI. Il signifie encore Vouer à quelqu'un toute son affection. Un cœur qui se donne tout entier. Il signifie aussi, en parlant d'une Femme, Accorder les dernières faveurs. Elle s'est donnée à lui. Il signifie encore Livrer, mettre entre les mains, remettre, confier. Donner un paquet au voiturier. Donner des papiers à un homme d'affaires, à un notaire. Donner de l'argent pour aller au marché. Donner en dépôt. Donner en garde. Donner à crédit, à intérêt. Il lui en a donné la garde, le soin. Donner de l'ouvrage à faire. Donner une chose à l'essai, La donner à quelqu'un pour qu'il l'essaie, pour qu'il l'éprouve avant de l'acheter. On m'a donné ce cheval à l'essai. Fig. et fam., Donner du fil à retordre. Voyez FIL. Par exagération et fam., Je donnerais ma tête à couper que cela est ainsi. Voyez COUPER. Fig. et fam., En donner à garder à quelqu'un. Voyez GARDER. On dit aussi, populairement, Il lui en a donné d'une, il lui en a donné d'une bonne, Il lui en a fait accroire. Fig. et fam., En donner à quelqu'un signifie Le tromper, et quelquefois Le battre. Fam., Le donner au plus habile à mieux faire, Défier le plus habile de mieux faire. On dit de même Donner quelque chose à deviner, Défier de le deviner. Je le donne au plus fin à deviner. Je vous le donne à deviner en dix, en vingt. On dit aussi Donner en dix, en vingt, en cent, à faire une certaine chose, Défier de la faire une fois sur dix, sur vingt, sur cent. Voilà un coup bien heureux, je vous donne en dix, en vingt, à en faire un semblable, ou simplement, je vous le donne en dix. En termes de Chasse, Donner le cerf aux chiens, Lancer le cerf. On dit dans le même sens Donner les chiens, la meute. On donna les chiens à propos. On donna la vieille meute. Il signifie aussi Transmettre en échange, en retour de quelque chose, de quelque service. Donner une chose pour une autre, en échange, en retour d'une autre. Donnez-moi votre couteau pour mon canif. Il n'a pas voulu me le donner pour moins de six francs, à moins de six francs. On donne cela, cela se donne partout au plus bas prix. On lui donne pour cela mille francs, le logement et la nourriture. Donner des appointements. Combien donnez-vous à vos domestiques par mois? Combien voulez-vous que je vous en donne? Je n'en veux pas donner plus de trente francs. Par exagération et fam., Je n'en donnerais pas un sou, un fétu, Je ne fais aucun cas de cela, je n'en donnerais pas le moindre prix. Par exagération, Je donnerais tout au monde, je donnerais dix ans de ma vie, je donnerais je ne sais combien, je ne sais quoi, pour que cela fût, pour que cela ne fût pas, se dit quand on veut exprimer que l'on serait disposé à faire de grands sacrifices pour qu'une chose fût ou ne fût pas. On dit de même Que ne donnerais-je pas pour le revoir, pour le sauver! Il signifie encore Fournir, surtout en parlant de Garanties, de gages, de preuves. Donner des assurances, des gages, des sûretés. Donner des otages. Donner caution. Donner un répondant. Donnez-nous-en la preuve. Donner assurance, Assurer quelqu'un de quelque chose. Donner des preuves, des marques, Manifester, faire connaître par les effets. Il a donné des preuves de son courage, des marques de sa fidélité. On dit de même Donner des témoignages d'estime, d'amitié. Donner des signes d'embarras, d'inquiétude, d'impatience, Paraître inquiet, troublé, impatient. Donner, ne pas donner signe de vie, des signes de vie. Voyez SIGNE. Donner lieu, sujet, occasion, matière à faire, à défaire quelque chose, Fournir le sujet, l'occasion. Il se prend aussi pour Présenter, offrir. Donner à boire. Donnez-nous à manger. Donner des sièges. Donnez-moi un couteau, une serviette. On ne donne plus de billets au bureau. Donner une chose pour une autre, au lieu d'une autre. Donnez-moi mes habits. Donner un bouillon. Donner de l'avoine à un cheval. Donner à boire et à manger signifie Tenir auberge. Ici on donne à boire et à manger. Fig. et fam., Donner des verges pour se fouetter, pour se faire fouetter. Voyez VERGE. En termes de jeux de Cartes, Donner les cartes, ou simplement Donner, Distribuer aux joueurs le nombre de cartes qu'il faut à chacun d'eux. À qui est-ce à donner? Je viens de faire, c'est à vous de donner. Fig., Donner beau jeu. Voyez BEAU. Donner beau, la donner belle. Voyez BEAU. Donner la main à une entreprise. Voyez MAIN. Donner la main à une femme. Donner sa main. Donner le bras. Voyez MAIN, BRAS. Fig., Donner les mains à quelque chose. Voyez MAIN. Donner un dîner, une soirée, une fête, une matinée musicale, dansante, un bal, un concert, la comédie, Offrir à des invités un dîner, une fête, un bal, etc. On dit dans le même sens Donner à dîner, à souper. Donner une pièce de théâtre, La représenter devant le public. Que donne-t-on aujourd'hui à ce théâtre? La Comédie-Française donnera demain " Britannicus " et " le Médecin malgré lui ". Donner une pièce de théâtre signifie aussi La faire représenter. Racine a donné " Britannicus " en 1669. Donner une conférence, un sermon, Prononcer devant un auditoire une conférence, un sermon. Donner un livre, un ouvrage au public, Le publier, le faire imprimer. Il a donné une relation de son voyage. Fam., Donner le bonjour, le bonsoir. Voyez BON. Se donner en spectacle. Voyez SPECTACLE. Fig., Donner une personne ou une chose pour telle ou telle, comme telle ou telle, L'annoncer, la présenter comme telle. Je vous donne cet homme-là pour le plus grand fourbe. Il me l'a donné pour ce qu'il y avait de meilleur, comme ce qu'il y avait de meilleur. Se donner pour riche, pour savant, Se faire passer pour riche, pour savant. Se donner pour ce qu'on n'est pas.

DONNER se dit aussi, dans un sens particulier, pour Administrer quelque chose. Donner des remèdes. Donner une douche. On lui a donné les sacrements. Donner le viatique, l'extrême-onction. Il se dit également dans le sens d'Infliger, en parlant de Supplices, de châtiments, de mauvais traitements. Donner la question. Donner le fouet. Donner une pénitence. Donner un pensum. Donner une tâche. Donner la chasse. Donner chasse. Voyez CHASSE. Donner un assaut, une bataille, un combat, Livrer un assaut, une bataille. Il résolut de donner l'assaut pendant la nuit. La bataille se donna le troisième jour. Il signifie encore Diriger, appliquer l'action, l'impression, l'effet de quelque chose sur un objet. Donner un coup de poing, un coup de pied, un soufflet. Donner un baiser. Donner atteinte, une atteinte. Donner un coup de sabre, de baïonnette. Donner un coup de bistouri, de lancette. Fam., Donner un coup de pied jusqu'à cet endroit. Donner un coup de rabot, un coup de lime, un coup de balai, un coup de peigne, etc. Voyez COUP. Donner un coup de collier; Donner un coup d'épaule; Donner un coup de main. Voyez COLLIER, COUP, MAIN. Il signifie en outre Accorder, octroyer. Donner permission. Donner audience. Il ne saurait vous payer, si vous ne lui donnez du temps. Donner du délai, un délai. Donner du répit. Donner terme. Donner mainlevée. Donner quittance et décharge. Donnez-moi quelque répit. Donnez-lui un peu de repos. Donnez-moi le loisir d'y penser. Donner la préférence. Donner son amitié. Je lui donne ma voix, mon suffrage. Je vous donne gain de cause, ou Je vous donne gagné. Donner des secours. Donner la vie à son ennemi. On lui a donné la place, l'emploi qu'il sollicitait. On lui a donné sa grâce. Il ne m'a pas été donné de voir ce beau jour. Il n'est pas donné à l'homme de tout connaître. Je vous donne la liberté du choix, ou Je vous en donne le choix. Il ne faut rien donner au hasard. Donner trop aux conjectures. Il donne tout à son plaisir. Donner créance, Croire, ajouter foi. Donner attention, Être attentif, écouter. Donner parole, donner sa parole. Voyez PAROLE. Donner congé. Donner à quelqu'un son congé. Voyez CONGÉ. Fam., Se donner du bon temps. Voyez TEMPS. Dans un temps donné, dans un espace donné. Pendant une certaine durée, dans un certain espace, que l'on a accordé, octroyé en le fixant, en le déterminant. En un point donné, Dans un endroit déterminé. S'en donner à cœur joie. Voyez CŒUR. Donner carrière; Donner cours. Voyez CARRIÈRE, COURS. Donner sa journée, sa soirée, etc., à quelqu'un, La passer avec lui. Vous êtes bien aimable de nous donner votre soirée. Donner du temps à quelque chose, Y employer, y consacrer du temps. Donner la matinée aux affaires. Il donne tout son temps à l'étude. Je donne deux heures par jour à ce travail. Il se dit également en parlant de Ce qu'on expose, qu'on énonce, de ce que l'on communique, de ce que l'on fait connaître par le discours ou autrement. Donner de longs détails. Donner la description de quelque chose. Donner des renseignements de vive voix. Donner des avis, des conseils. Donner son avis, son opinion. Donnez-en un exemple. Donner une explication, des explications. Donner ses raisons. Donner pour prétexte. Donner une réponse. Donner un démenti. Donner le signalement de quelqu'un. Donner des ordres, des instructions. Donner le mot d'ordre, une consigne. Donner avis, donner connaissance de quelque chose. Donner une nouvelle. On dit en des sens analogues Donner la figure d'une plante, d'un animal. Donner la représentation d'un monument. Donner la carte d'un pays. Donner les dimensions d'un objet. Se donner le mot. Voyez MOT. Donner un jugement, un arrêt, Rendre un arrêt, porter une sentence, les prononcer. Il se dit aussi en parlant de Ce qu'on impose ou qu'on prescrit, de ce qu'on établit ou qu'on indique. Donner des lois. Donner des règles. Donner à faire quelque chose à quelqu'un. La leçon que je lui ai donnée à étudier. Le chef d'orchestre donne le mouvement du morceau qui va être exécuté. C'est lui qui donne le ton dans cette société. C'est moi qui en ai donné le plan. Donner un nom à quelqu'un, à une plante, à un animal. Donner un titre à un ouvrage. Donner ordre à quelque chose, Y pourvoir. Donner des bornes à ses désirs, à son ambition, Borner ses désirs, son ambition. Se donner de garde, se donner garde. Voyez GARDE. Donner exemple, donner l'exemple, Faire quelque chose que les autres font après vous. Donner bon exemple, le bon exemple, le mauvais exemple. Tant de mauvais exemples donnés à cet enfant l'ont perdu. Donner jour, donner heure, Assigner, marquer un certain jour, une certaine heure. On dit de même Donner rendez-vous, un rendez-vous. En termes de Procédure, Donner assignation, Assigner par un exploit à comparaître par-devant le juge. Il signifie aussi Attribuer. Tout le monde lui donne tort. On lui donne un tel pour père. On donne un tel pour amant à cette femme. On lui donne tout le blâme, tout l'honneur, toute la gloire. Se donner l'honneur, la gloire d'une chose qu'on n'a pas faite, et, figurément et familièrement, S'en donner les gants. Voyez GANT. Quel âge donnez-vous à cette personne? Quel âge croyez-vous qu'elle ait? On ne lui donnerait pas plus de trente ans. Il signifie encore Causer, procurer, faire avoir. Cette grande fatigue lui a donné la fièvre. Donner du chagrin, du dépit. Donner du plaisir, de la satisfaction, de la joie. Donner de la jalousie, de l'émulation, de l'amour. Cela lui donna envie d'étudier. Donner de l'appétit, du dégoût. Donner des espérances. Cela donna du cœur, du courage aux troupes. Donner de la hardiesse, de l'assurance. Donner de l'éducation à ses enfants. Les manières que donne l'usage du monde. Donner une mauvaise idée, une fausse idée de quelque chose. Donner bonne opinion de soi. Cet arbre donne beaucoup d'ombre. Cette porte nous donne bien du froid. Donner du jour à un appartement. Donner l'être, la vie, le jour. Donner naissance à un schisme. Donner la mort. Donner de l'occupation. Cette affaire lui a donné bien de la peine. Donnez-vous la peine d'entrer. Se donner beaucoup de mal pour réussir. Je veux m'en donner le plaisir. Je me donnerai cette satisfaction. Donner des résultats. Donner prise sur soi. Donner place. L'ascendant, l'autorité que lui donne son grand âge. Cet argument donne plus de force à mon raisonnement. Cela donne plus de prix au bienfait. Il se dit particulièrement, dans le même sens, en parlant de la Situation, de la forme, de la dimension, de l'apparence, des qualités qu'on fait prendre à une chose par un travail, par une action, par un moyen quelconque. Donner de la pente à un terrain. Donner de l'ampleur à une robe. Donner deux mètres de hauteur à un mur. Donner de la solidité à un édifice. Donner le poli à une pièce de métal. Donner du lustre à une étoffe. Ce peintre donne toujours à ses personnages des attitudes forcées. Donner un tour piquant à la conversation. Donner une maladie, Communiquer à quelqu'un une maladie contagieuse dont on est atteint. Donner ses goûts, ses inclinations, son humeur, etc., à quelqu'un, Lui faire contracter les goûts, les inclinations, etc., que l'on a soi-même. Donner l'alarme. Voyez ALARME. Donner à courir, à travailler, etc., Mettre dans la nécessité de faire beaucoup de démarches, de courses, de travailler beaucoup, etc. Donner à penser, à songer, Donner à quelqu'un sujet de penser. Cela lui donna fort à penser. Donner à rire, Donner sujet de rire par quelque chose de ridicule. Ne croyez-vous pas que, par cette conduite, vous donnez à rire à tout le monde? On dit de même Donner la comédie. Voyez COMÉDIE. Donner à entendre, Faire entendre, faire comprendre, insinuer. On lui donna à entendre qu'il ferait bien de se retirer. Donner le branle. Voyez BRANLE. Se donner l'air gai, l'air triste, l'air humble. Se donner des airs, de grands airs. Voyez AIR. Se donner de l'air; donner de l'air. Voyez AIR. Il se dit encore dans un sens particulier qui est analogue au précédent, en parlant de Tout ce qu'une chose fournit, produit ou rapporte. Cette fontaine a cessé de donner de l'eau. Cette source donne de l'eau à toute la ville. Cette plante a donné de nombreux rejetons. Ce pommier donnait autrefois beaucoup de fruits; maintenant il ne donne rien. Ces terres ont donné l'année dernière quarante hectolitres de blé. Cet impôt donne tant annuellement. Les profits que cette entreprise a donnés. Son emploi lui donne de quoi vivre. Absolument, Ce champ a beaucoup donné cette année. Par extension, Le blé, le vin a donné, n'a pas donné. Il se dit également pour Enfanter, procréer. Sa femme lui a donné un fils. Elle lui a donné beaucoup d'enfants. Donner des citoyens à la patrie, des défenseurs à l'État. Fig., Les grands hommes que cette ville a donnés à la France. Cette école a donné des peintres célèbres. Il s'emploie souvent comme verbe intransitif et signifie Heurter, frapper, toucher. Donner de la tête contre la muraille en tombant. Donner contre un écueil, contre un banc de sable. Donner de la tête contre les murs signifie aussi Se désespérer. Fig. et fam., Ne savoir où donner de la tête, Ne savoir que faire, que devenir, ne voir aucun remède à ses affaires; ou encore Être très occupé, très affairé ou ne pouvoir suffire à ses occupations. Donner des éperons à un cheval, donner des deux, Piquer son cheval des deux éperons à la fois, pour lui faire prendre une allure très rapide. Fig. et fam., Donner de l'encensoir par le nez. Voyez ENCENSOIR. Le vent donne dans les voiles, Il souffle dans les voiles. Le soleil donne à plomb, Il darde ses rayons à plomb. On dit dans un sens analogue Le soleil lui donne dans les yeux. Fig. et fam., Donner dans l'œil à quelqu'un, Faire une impression vive sur lui par des agréments extérieurs. Fig. et fam., Donner sur les doigts à quelqu'un. Voyez DOIGT. En termes de Musique, Donner du cor, Jouer, sonner du cor. Donner de la langue. Voyez LANGUE. On dit dans un sens analogue Donner de la voix. Il signifie aussi Tomber, se jeter, se porter dans ou à. Donner dans le piège. Donner dans une embuscade. Le brouillard les empêcha de s'apercevoir qu'ils donnaient dans la flotte ennemie. Un navire qui donne à la côte. Fig. et fam., Donner dans le piège, dans le panneau, Se laisser attraper, tromper. Il a donné dans le panneau qu'on lui avait tendu. On dit aussi, dans le même sens, Donner dedans. On voulut lui faire croire telle chose, il donna dedans. On dit encore Donner dans quelque chose, S'y laisser engager ou déterminer. Il n'est pas homme à donner là-dedans. Fig. et fam., Donner tête baissée dans quelque chose, S'y porter avec ardeur, sans rien examiner, sans rien craindre. Aussitôt qu'on lui eut proposé cette affaire, il y donna tête baissée. Cela se dit aussi d'une Personne qui donne complètement dans un piège. En termes de Guerre, Donner sur les ennemis, ou, absolument et plus ordinairement, Donner, Aller à la charge contre l'ennemi. Ces troupes n'avaient pas encore donné. Le général fit donner l'aile gauche, la cavalerie. Fig., Donner dans un ridicule, Y tomber. Donner dans le ridicule, Se rendre ridicule. Donner dans le jeu, dans le luxe, dans la dépense, Se livrer au goût du jeu, du luxe. On dit de même Donner dans la dévotion. Il signifie encore Avoir vue sur. Mes fenêtres donnent sur la rue. Il signifie également Avoir issue. Ma maison donne d'un côté dans telle rue, et de l'autre dans un passage.

ÉTANT DONNÉ et ÉTANT DONNÉ QUE se disent à propos d'une chose reconnue par tous comme certaine, indéniable. Étant donné sa stupidité, on ne pouvait attendre autre chose de lui.

Donner : définition du Littré (1872-1877)

DONNER (do-né) v. a.

Résumé

  • 1° Faire don ou donation.
  • 2° accorder.
  • 3° procurer.
  • 4° causer, être cause de.
  • 5° communiquer, transmettre.
  • 6° donner la vie.
  • 7° faire le sacrifice de.
  • 8° remettre.
  • 9° attribuer, supposer.
  • 10° donner pour, vouloir faire passer pour.
  • 11° donner un rival, en parlant d'une femme qui préfère un homme à un autre.
  • 12° fournir.
  • 13° apporter, présenter.
  • 14° donner, en parlant de certaines munificences qu'on fait.
  • 15° donner une pièce de théâtre, la faire jouer ou la représenter.
  • 16° octroyer, concéder.
  • 17° consacrer.
  • 18° donner à, abandonner.
  • 19° donner du monseigneur.
  • 20° exposer, énoncer.
  • 21° prescrire, imposer.
  • 22° appliquer sur une personne.
  • 23° donner, en parlant de choses qui fournissent.
  • 24° produire.
  • 25° donner un enfant, le mettre au monde.
  • 26° donner, suivi de certains noms et formant une locution dont le sens est déterminé par le nom.
  • 27° permettre.
  • 28° donner la main.
  • 29° donner une couche.
  • 30° donner le feu trop chaud.
  • 31° donner, terme de jeux de cartes et de jeu de paume.
  • 32° donner carrière.
  • 33° donner, en termes de vénerie.
  • 34° donner, en termes de marine.
  • 35° donner à, suivi d'un verbe à l'infinitif.
  • 36° le donner en.
  • 37° en donner à quelqu'un, en donner d'une.
  • 38° en donner du long et du large.
  • 39° se donner, donner à soi ; s'en donner.
  • 40° donner, verbe neutre, donner à la grosse.
  • 41° heurter contre.
  • 42° donner dans un piége.
  • 43° donner sur, donner à, donner au travers.
  • 44° donner dans un passage, s'y engager.
  • 45° charger dans un combat.
  • 46° être situé.
  • 47° donner des deux.
  • 48° s'allonger, en termes de marine.
  • 49° donner du cor, en sonner.
  • 50° se donner, verbe réfléchi, faire don de soi-même, être donné.
  • 51° se vouer.
  • 52° se livrer, se rendre.
  • 53° prendre un mari.
  • 54° s'offrir, se présenter.
  • 55° être publié.
  • 56° s'adonner.
  • 57° se donner pour, se faire passer pour.
  • 58° être engagé, en parlant d'une bataille.
  • 1Faire don ou donation de quelque chose à quelqu'un. Donner des étrennes. Donner l'aumône. Il lui a donné cette maison en toute propriété. Que vous donnera-t-on au jour de l'an ? Mon gentilhomme, donnez, s'il vous plait, aux garçons quelque chose pour boire, Molière, Bourgeois, II, 9. Refuser ce qu'on donne est bon à faire aux fous, Molière, Dép. am. 1, 2. Elle avait une magnificence royale, et l'on eût dit qu'elle perdait ce qu'elle ne donnait pas, Bossuet, Reine d'Anglet. On ne doit point donner le corps de Jésus-Christ à ceux qui retombent toujours dans les mêmes crimes, Pascal, Prov. 16. Je te donne d'Aman les biens et la puissance, Racine, Esth. III, 7. Il dit au comte Piper qu'il était plus flatté de donner que de gagner des royaumes, Voltaire, Charles XII, 2. Ce prince, qui ne perdait jamais une occasion d'honorer le mérite dans ses ennemis, lui [à un officier qui avait défendu contre lui une place] donna une épée de sa main, lui fit un présent considérable d'argent, et le renvoya sur parole, Voltaire, ib. 2. Vous refuserez grâce où j'en voudrais donner, Corneille, Attila, III, 2.

    Fig. Il n'en donnerait pas sa part aux chiens ou au chat, il prétend bien avoir part à ce dont il s'agit.

    Familièrement et ironiquement. On lui en donnera, c'est-à-dire il n'aura pas, ce n'est pas pour lui que… Ce malotru courtise cette demoiselle ; on lui en donnera, d'aussi jolies filles. Nigaud ! on lui en donnera des nigauds comme moi ; dans un an j'aurai vingt-trois ans et demi, Vadé, Nicaise, sc. 11.

    Donner à Dieu, diriger vers Dieu l'intention de quelque chose. Vous accordez aux hommes l'effet extérieur et matériel de l'action, et vous donnez à Dieu le mouvement spirituel et intérieur de l'intention, Pascal, Prov. 7.

    Absolument. Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne ; La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne, Corneille, Ment. I, 1. Il est plus digne d'un prince de donner que de recevoir, Perrot D'Ablancourt, Apophth. p. 6, dans RICHELET. S'il donne, il est prodigue, et s'il épargne, avare, Rotrou, Vencesl. I, 1. Vous joignez aux bienfaits un air si gracieux Qu'on ne vit jamais dans le monde De roi qui donnât plus ni qui sût donner mieux, La Fontaine, Poésies mêlées, LIV, Fiesque au roi. Soutenons bien nos droits ; sot est celui qui donne, C'est ainsi devers Caen que tout Normand raisonne, Boileau, Épît. II. Il y a du plaisir à rencontrer les yeux de celui à qui on vient de donner, La Bruyère, IV. La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'à donner à propos, La Bruyère, ib. C'est rusticité que de donner de mauvaise grâce ; le plus fort et le plus pénible est de donner ; que coûte-t-il d'y ajouter un sourire ? La Bruyère, VIII. Il faut avouer qu'il s'est trouvé des hommes qui refusaient plus honnêtement que d'autres ne savaient donner ; qu'on a dit de quelques-uns, qu'ils se faisaient si longtemps prier, qu'ils donnaient si sèchement et chargeaient une grâce qu'on leur arrachait de conditions si désagréables, qu'une plus grande grâce était d'obtenir d'eux d'être dispensés de rien recevoir, La Bruyère, ib. L'on remarque, dans les cours, des hommes avides… si vous demandez : que font ces gens à la cour ? ils reçoivent et envient tous ceux à qui l'on donne, La Bruyère, ib.

    Il donnerait jusqu'à sa chemise, c'est un homme d'une extrême libéralité.

    En jurisprudence, donner et retenir ne vaut, c'est-à-dire celui qui fait une donation, ne peut, sous peine de nullité de l'acte, y ajouter une clause qui en détruise l'effet ; et, dans le langage général, on ne peut avoir la disposition de la chose qu'on a donnée.

    Faire l'aumône. Qui donne aux pauvres prête à Dieu, Hugo, Feuill. d'aut. 32. Donnez, méchants, Dieu vous pardonne ; Donnez, ô bons, Dieu vous bénit ! Hugo, Voix, 2.

  • 2Accorder. Donner sa fille en mariage à quelqu'un. Il m'a donnée à vous, et nul autre que moi N'a droit de l'en dédire et me choisir un roi, Corneille, Nicom. I, 1.

    Dans le même sens. Son père lui donna pour mari un jeune homme très recommandable. On lui donna pour femme une jeune fille appartenant à une famille distinguée. La femme qu'il s'est donnée.

    On dit dans un sens analogue, donner un domestique à quelqu'un, l'attacher à son service. Arlequin, vous êtes à présent à monsieur ; vous le servirez, je vous donne à lui, Marivaux, Fausses confid. I, 8.

  • 3Procurer. Donner un précepteur, des maîtres à son fils. La passion donne de l'éloquence. Cela donne du poids à votre opinion, la confirme, l'appuie. Sans donner à ses pas une règle certaine, Il erre vagabond où le pied le conduit, Malherbe, I, 4. Le fer qui les tua [les innocents] leur donna cette grâce, Que, si de faire bien ils n'eurent pas l'espace, Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi, Malherbe, I, 4. Et les siens, secondant la force de ses coups, Lui donnent le moyen de joindre son époux, Mairet, Mort d'Asdrub. V, 1. Nous devons bien chérir cette vertu parfaite Qui de nos ravisseurs nous donne la défaite, Corneille, Médée, IV, 3. Possédez le repos comme vous le donnez, Rotrou, Bélis. I, 6. Je veux donner la vie et la paix aux Romains, Du Ryer, Scévole, V, 6. Donnez un digne chef à de si dignes bras, Brébeuf, Phars. V. Donne enfin quelque trêve à ces vagues pensées Donne quelque relâche à ces vastes souhaits, Brébeuf, ib. Mais quand tout l'univers au trouble s'abandonne, Qui peut donner la paix si la mort ne la donne ? Brébeuf, ib. J'ai voulu vous donner les moyens de me plaire, Racine, Androm. IV, 3. Et il n'y a pas un être appelé la vie qui donne le sentiment à un corps organisé ? Voltaire, Dial. VIII, 2. Impatient de donner un roi à la Pologne, il proposa au prince Alexandre de monter sur le trône, dont la fortune s'opiniâtrait à écarter son frère, Voltaire, Charles XII, 2.

    Se donner, donner à soi, faire qu'on ait, qu'on possède. Il brûle d'être à Rome, afin d'y recevoir Du maître qu'il s'y donne et l'ordre et le pouvoir, Corneille, Sertor. I, 2. Donne-toi pour unique but Le grand œuvre de ton salut, Corneille, Imit. I, 23. Un homme de mérite se donne, je crois, un joli spectacle, lorsque la même place… dont il est refusé, il la voit accorder à un homme qui n'a point d'yeux pour voir, ni d'oreilles pour entendre, ni d'esprit pour connaître, La Bruyère, VIII. Cette considération universelle qu'il s'était donnée par sa victoire, il l'augmentait en ne perdant pas un moment pour en profiter, Voltaire, Russie, I, 19. Tancrède en se donnant un maître despotique, Voltaire, Tancr. I, 1. Ne sentez-vous pas, si vous êtes de bonne foi, que les hommes ne se donnent rien et qu'ils sont sous la main d'un maître absolu ? Voltaire, Dial. VII, 2. Les Anglais allèrent attaquer dans le nouveau monde l'ennemi qu'ils venaient de se donner, Raynal, Hist. phil. X, 9.

    Se donner du bon temps, se divertir.

  • 4Causer. Cela lui a donné bien de la peine. Donner de l'appétit. Cela donne bonne opinion de lui. Et ses trois frères morts par la main d'un époux Lui donneront des pleurs bien plus justes qu'à vous, Corneille, Hor. IV, 4. Je viens de voir pour mes péchés cette méchante rapsodie de l'École des femmes ; je suis encore en défaillance du mal de cœur que cela m'a donné, Molière, Critique, 3.

    Donner de la peine à quelqu'un, lui imposer une occupation fatigante.

    Se donner la peine, avoir soin de. Il semble que l'on devrait décider sur cela avec plus de précaution et se donner seulement la peine de douter si…, La Bruyère, XII.

    Par politesse. Donnez-vous la peine de vous asseoir.

    Se donner de la peine, travailler beaucoup, se fatiguer.

    Se donner du tourment, du chagrin, etc. Être tourmenté, chagriné. Comme tout fait ombrage aux soucis qu'il se donne ! Corneille, Imit. II, 3. La plus brillante fortune ne mérite point ni le tourment que je me donne, ni les petitesses où je me surprends, ni les humiliations ni les hontes que j'essuie, La Bruyère, VIII.

    Donner bien de l'exercice, susciter bien des embarras. C'est une mauvaise affaire et qui lui donnera bien de l'exercice.

    Se donner une entorse, se donner un accès de fièvre, causer à soi-même une entorse, un accès de fièvre. Inspirer. Et vous ai-je ordonné D'éteindre tout le feu que je vous ai donné ? Corneille, Othon, I, 5. La reine, qui surtout craint de vous voir régner, Vous donne des terreurs pour vous faire éloigner, Corneille, Rodog. III, 2. Je n'avais pas beaucoup d'envie de me trouver à cette course, mais j'y veux aller exprès et employer toute chose pour lui donner de l'amour, Molière, Princ. d'Él. II, 5. Je donne aux immortels la peur que j'ôte aux hommes, Rotrou, Hercule mourant, I, 1. Il étonna tous ceux qui pensaient l'étonner, Et, n'ayant pas d'effroi, mérita d'en donner, Brébeuf, Phars. V. Comme je trouve bien plus important de donner au monde de l'horreur de vos opinions sur ce sujet que de justifier la fidélité de mes citations, Pascal, Prov. 14. Malgré la juste horreur que son crime me donne, Racine, Andr. IV, 3. Je voudrais qu'il me battît encore, reprit la dame en poussant des cris ; je le méritais bien, je lui avais donné de la jalousie, Voltaire, Zadig, 9.

  • 5Communiquer, transmettre. Donner la peste. Il est à craindre que cet enfant ne donne la rougeole, la coqueluche à ses frères. Ceux qui avaient prévenu le danger mortel de la petite vérole en se la donnant, Voltaire, Louis XIV, 41.

    Donner ses goûts, son humeur à quelqu'un, lui inspirer les goûts, l'humeur que l'on a soi-même. Les Espagnols enfin t'ont donné leur fureur, Voltaire, Alz. V, 5.

  • 6Donner la vie, engendrer, amener à l'existence. Vous savez donc quel sang vous a donné la vie ? Racine, Athal. IV, 4.

    On dit dans le même sens : donner l'être. Certes vos sentiments font assez reconnaître Qui vous donna la main et qui vous donna l'être, Corneille, Pomp. III, 4.

    Par extension. Donner la vie, rendre la santé. Il était très malade ; l'air de la campagne lui a donné la vie.

    Fig. Donner la vie à quelqu'un, causer une vive joie à quelqu'un qui était dans la douleur, le tirer d'une extrême inquiétude. Cette bonne nouvelle lui a donné la vie.

    Par opposition. Donner la mort, tuer, faire mourir. Enée donna la mort à Turnus. Ce poison donne une prompte mort. Ce jour va vous donner la naissance et la mort, Voltaire, Œdipe, III, 4.

    Se donner la mort, se tuer soi-même.

    Par exagération. Donner la mort à quelqu'un, lui causer une extrême douleur.

  • 7Faire le sacrifice de. Donner sa vie, son sang pour la patrie. Mais c'en est une [générosité] encor d'un plus illustre rang, Quand on donne au public les intérêts du sang, Corneille, Cid, IV, 2.
  • 8Remettre. Je le lui ai donné à lui-même. Je lui ai donné le flambeau dans les mains. Donner un paquet au messager. Ce qu'on donne aux méchants toujours on le regrette ; Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête, Il faut qu'on en vienne aux coups, La Fontaine, Fabl. II, 7. Çà, donnez-moi que j'aille acheter votre esclave [il s'agit d'argent à mettre dans la main], Molière, l'Étour. II, 7. Le mis-tu [un enfant] dans ses bras ? - Oui, je le lui donnai, Voltaire, Œdipe, V, 3. Steinbock se fit donner de force plus qu'il n'avait demandé ; on exigea même de la ville une contribution, Voltaire, Charles XII, 2.

    Fig. Donner des verges pour se fouetter, fournir nous-mêmes ce qui sera employé contre nous.

    Livrer. Donner de la marchandise à crédit. Donner quelque chose à l'essai. Donner en dépôt. Donner de l'ouvrage à faire.

    Céder en échange, en retour ; offrir un prix. Donnez-moi votre couteau pour mon canif. Me donnez-vous cela pour dix francs ?

    Donner un pois pour avoir une fève, donner un œuf pour avoir un bœuf, c'est-à-dire faire un présent de peu de valeur, afin d'en recevoir un d'un plus grand prix.

    Par exagération. Je n'en donnerais pas une obole, pas un fétu. Je ne donnerais pas un sou de notre métier, Molière, Mal. imag. I, 9.

    Je donnerais tout au monde, tout ce que je possède, pour que cela ne fût pas ; c'est-à-dire je ferais tous les sacrifices. Du meilleur de mon cœur je donnerais sur l'heure Les vingt plus beaux louis de ce qui me demeure…, Molière, Tart. V, 4. Je donnerais volontiers la moitié de ma fortune pour qu'en ce moment vous eussiez mon âge. - Et moi, mon ami, répondit le vieillard, en souriant tristement, je donnerais pour cela ma fortune entière, dussé-je payer ce rajeunissement d'une petite promenade en votre compagnie au bois de Boulogne ou à Vincennes, Ch. de Bernard, la Cinquantaine, § X.

    On dit dans un sens analogue : je donnerais dix ans de ma vie, je donnerais je ne sais combien, je ne sais quoi.

  • 9Attribuer, supposer. On lui donne un tel pour collaborateur. Quel âge lui donne-t-on ? Quelques voyageurs donnent au Sénégal un cours de huit cents lieues. On ne donnerait pas cinquante ans à cet homme qui toutefois en a près de soixante-dix. Elle donne son enfant à un tel, c'est-à-dire elle dit qu'un tel est le père de cet enfant. À des fantômes vains donnez moins de pouvoir, Corneille, Tois. d'or, I, 3. Et l'on pourrait donner à la nécessité Ce qui n'est qu'un effet de la légèreté, Corneille, Perthar. I, 4. Je me souviens toujours du soir qu'elle eut envie de voir Damon, sur la réputation qu'on lui donne et les choses que le public a vues de lui, Molière, Critique, 2. J'ignore le détail du crime qu'on vous donne, Molière, Tart. V, 6. Le premier tableau que j'ai vu à Chantilly est une tête de St Jean-Baptiste qu'on donne au Titien, Fénelon, t. XIX, p. 462. Vous donnez aux bonnes œuvres des gens de bien des motifs corrompus, Massillon, Car. Injust. du monde. L'auteur de cet ouvrage est inconnu ; quelques-uns le donnent à Tacite, d'autres à Quintilien, mais sans beaucoup de fondement, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. XI, 2e part. p. 697, dans POUGENS.

    Se donner, donner à soi, s'attribuer. Ne vous donnez sur moi qu'un pouvoir légitime, Corneille, Pomp. IV, 3. … l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse, La Fontaine, Fabl. II, 19. Nonnius par ce traître est mort assassiné ; N'avons-nous pas sur lui le droit qu'il s'est donné ? Voltaire, Catil. IV, 4.

  • 10Donner quelqu'un, quelque chose pour, vouloir faire passer quelqu'un, quelque chose pour. … Je ne vous le donne pas pour un homme dont…, Hamilton, Gramm. 4. Ces penchants que vous nous donnez pour invincibles, ne les avez-vous pas mille fois surmontés ? Massillon, Car. Samarit.
  • 10Donner un rival, en parlant d'une femme qui préfère un homme à un autre. … Palmire, à mes pieds, par un arrêt fatal Insulte à Mahomet et lui donne un rival, Voltaire, Fanat. II, 4.
  • 11Fournir. Donner des sûretés, un gage. Donner des preuves, des marques d'estime.

    Donner des témoignages de, faire preuve de. Après tant de témoignages invincibles qu'ils ont donnés de leur foi, Pascal, Prov. 16.

    Donner lieu, matière, sujet à…, fournir le sujet, l'occasion. Ne nous donnez-vous pas sujet de juger que ce n'est point Dieu que vous considérez dans cette crainte ? Pascal, ib. 13.

    Manifester. Donner des signes d'embarras. Il ne donnait plus aucun signe de vie.

    Fig. Ne pas donner signe de vie, ne pas répondre, ne pas se mouvoir, ne pas agir.

  • 12Apporter, présenter. Donnez-moi mes habits, un siége. Voulez-vous mettre votre habit ? - Oui, donnez-le-moi, Molière, Bourg. II, 8.
  • 13Il se dit de certaines munificences qu'on fait. donner un repas, une fête. Donner un bal. Ce n'est ici qu'un bal à la hâte ; mais, l'un de ces jours, nous vous en donnerons un dans les formes, Molière, Préc. 13.
  • 14Donner une pièce, se dit de l'auteur qui fait représenter une pièce de théâtre. C'est une répétition que je fais faire en province, pour donner la pièce à Paris, quand vous le jugerez à propos, Voltaire, Lettres en vers et en prose, 73.

    Donner une pièce, se dit des acteurs, du théâtre qui représentent une pièce. Le Théâtre Français donne aujourd'hui ma pièce, Piron, Métrom. I, 8.

    Fig. Donner la comédie, faire rire de soi. Ce fut une seconde comédie que le chagrin de notre ami ; il la donna en galant homme à toute l'assemblée, et chacun demeura d'accord qu'on ne pouvait pas mieux jouer qu'il fit, Molière, Critique, 6.

  • 15Octroyer, concéder. Donner audience. Donner un délai. On lui donna la meilleure place. Et qui peut nier qu'après Dieu Sa gloire [de Henri IV], qui n'a point d'exemples, N'ait mérité que dans nos temples On lui donne le second lieu ? Malherbe, II, 4. Profitez du moment que mon amour vous donne, Racine, Mithr. IV, 4.

    Je ne lui donne pas six mois à vivre, je pense qu'avant six mois il sera mort. Je ne donne pas deux années aux ennemis de la raison et de l'État pour rentrer dans le bon sens [avant deux ans ils seront rentrés], Voltaire, Lett. abbé Mignot, 24 juin 1771.

  • 16Consacrer. Donne aux saints devoirs d'un chrétien Tout ce que Dieu te donne à vivre, Corneille, Imit. I, 23.
  • 17Donner à, abandonner. Pareils ministres sont loin de rien donner au hasard, Guez de Balzac, Avis écrit. La première règle est de ne pas se déterminer au hasard, et, dans l'affaire de l'éternité, ne rien donner à l'opinion et à l'exemple, Guez de Balzac, ib. Salut. S'il est vrai qu'un grand donne plus à la fortune, lorsqu'il hasarde une vie destinée à couler dans les ris, le plaisir et l'abondance, qu'un particulier qui ne risque que des jours qui sont misérables, il faut avouer aussi qu'il a un tout autre dédommagement, qui est la gloire et la haute réputation, La Bruyère, IX.

    Laisser prévaloir. Il a beaucoup donné à la faiblesse paternelle. Sire, ne donnez rien à mes débiles ans, Corneille, Hor. V, 3. Ce qu'on vous voit ici donner à la nature, Molière, Psyché, II, 1. Quelque sobres qu'ils soient, ils donnent à la volupté ce qu'ils pensent donner à la seule nécessité, Pascal, Prov. 4. Il craignait toujours de trop donner à la nature, Bossuet, Louis de Bourbon. Il n'a rien donné au plaisir, rien à l'intérêt, Bossuet, Pensées, 14. On donne souvent à la vanité ce qu'on croit donner à la vérité, Massillon, Car. Tiédeur, 2. Ce n'est pas une constance de philosophe ; il ne donne rien aux spectateurs, Massillon, Or. fun. Conty. L'on y donne quelquefois [dans les cours] les dehors à la piété, pour réserver plus sûrement le cœur à l'amertume de la jalousie, Massillon, Or. fun. Dauphin. Notre régularité n'est qu'une décence que nous donnons au monde et au sérieux de notre état, Massillon, Confér. Zèle c. les scand. Absolument. Il [un prédicateur] ne croit pas qu'on puisse sans péché donner à ses plaisirs quand on a des créanciers ; les dépenses lui paraissent des vols qui nous ôtent le moyen de faire justice, Sévigné, 379.

  • 18 Familièrement. Donner du Monseigneur à quelqu'un, lui donner ce titre par flatterie. À chaque vers il vous a donné de la divinité et a fait des exclamations si hautes qu'on a pu les ouïr du grand chemin, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 35. À son avènement dans le monde, au lieu de votre Excellence, il se faisait donner de votre Doctrine, Guez de Balzac, le Barbon. De l'écrit obligeant le sien [son cœur] tout transporté Ne me donnait pas moins que de la déité, Molière, Dép. II, 4.

    Donner du respect à quelqu'un, terminer une lettre qu'on lui écrit par des expressions qui marquent le respect. Ne vous ai-je pas donné du cordialement ? Sévigné, 440. Je n'ai point encore bien vu comment est pour vous celui à qui vous donnez de l'obéissant et qui n'aurait que de l'affectionné sans son maître, Maintenon, Lett. Duc de Noailles, 1er mars 1711.

    Se donner de l'Excellence, se faire donner le titre d'Excellence. Vous qui vous donnez de la Hautesse et de l'Éminence, La Bruyère, XII.

  • 19Exposer, énoncer. Donner ses raisons. Donner pour prétexte. Donner la description d'un objet.

    Faire connaître, communiquer. Je ne vous fais point d'excuses de ne vous avoir pas dit hier la nomination de M. l'évêque d'Angers que le roi m'avait donnée en secret, Maintenon, Lett. Card. de Noailles, 24 mars 1706.

  • 20Imposer, prescrire, assigner. Donner un pensum. Donner un nom à une plante, un titre à un ouvrage.

    Donner le nom à un enfant, le tenir sur les fonts baptismaux.

    Donner ordre à quelque chose, y pourvoir. Donne pour ce grand jour [la mort], donne ordre à tes affaires, Corneille, Imit. I, 24.

    Donner le mot d'ordre, ou, absolument, le mot, fixer le mot par lequel des patrouilles et des factionnaires se reconnaissent.

    Fig. Donner le mot d'ordre, donner la direction dans une affaire, dans un parti.

    Se donner le mot, convenir de, s'entendre pour. Légistes, docteurs, médecins, quelle chute pour vous, si nous pouvions tous nous donner le mot de devenir sages ! La Bruyère, XII.

    Donner des lois à un pays, en être le législateur. Solon a donné des lois à Athènes.

    Fig. Donner des lois, commander en maître. Qui, tout vaincu qu'il est, bravant le nom de roi, Dans vos propres États vous donnerait la loi, Corneille, Pomp. I, 1. Né pour donner des lois, commencez par vous-même, Rotrou, Vencesl. I, 1.

    On dit dans le même sens donner la loi. Pense, mortel, à t'y résoudre [à la mort] ; Ce sera bientôt fait de toi ; Tel aujourd'hui donne la loi Qui demain ne sera que poudre, Corneille, Imit. I, 23.

    Par analogie. Donner des fers, mettre dans la servitude. [Ils] Se disputent l'honneur de nous donner des fers, Voltaire, Tancr. I, 1.

  • 21Appliquer sur une personne. Donner des remèdes. Donner les sacrements. Donner la question.

    Donner un coup, frapper. Donner un coup de poing. Donner un coup de hache. Quand on nous donne un soufflet, doit-on l'endurer plutôt que de tuer celui qui le veut donner, ou bien est-il permis de tuer pour éviter cet affront ? Pascal, Prov. 14.

    Donner un coup de rabot, de lime, de peigne à quelque chose, passer le rabot, la lime, le peigne une ou plusieurs fois sur quelque chose.

    Donner un revers, donner du revers, frapper avec le revers de la main. Et fig. Toutefois n'allez pas, sur cette sûreté, Donner de vos revers au projet que je tente, Molière, l'Étour. II, 1.

    Donner un coup de pied, frapper avec le pied. Le cheval lui donna un coup de pied.

    Par ellipse du mot coup. Donner à quelqu'un du pied dans le derrière.

    Fig. et familièrement. Il ne se donne pas de coups de pied, se dit d'un homme qui parle trop avantageusement de lui-même.

    Par une autre figure. Donner un coup de pied chez quelqu'un, jusqu'à tel endroit, y aller.

    Donner un coup d'épaule, secourir quelqu'un, aider à quelque chose. Il a besoin d'un coup d'épaule pour réussir dans ses démarches. L'affaire n'avance point ; ne pourriez-vous pas y donner un coup d'épaule ?

    Le cheval donne un coup de collier, quand il appuie fortement sur le collier pour tirer. Et fig. donner un coup de collier, faire un effort grand et momentané. Il y a beaucoup de besogne ; pour l'achever, il faut donner un coup de collier. Nous avons donné un bon coup de collier à cette affaire.

  • 22Donner, en parlant de choses qui fournissent. Cette fontaine donne de l'eau à toute la ville.
  • 23Produire. Ces terres ont beaucoup donné l'année dernière. Son commerce lui donne de quoi vivre. Cette école a donné des peintres célèbres.

    Absolument. Les pêchers ont donné avec abondance, La Bruyère, XII.

    Fournir une humeur. La plaie donne beaucoup de pus.

    Et absolument. La plaie ne donne plus.

  • 24Donner un enfant, se dit, par rapport au mari ou même à l'État, d'une femme qui met un enfant au monde. Ils donnent des enfants à l'État, et les élèvent avec honnêteté, Voltaire, Dial. XXVI, Pensées détachées. Le ciel bénit nos feux, tu me donnas un fils, Chénier M. J. Gracques, I, 4.
  • 25Donner, suivi de certains noms, forme une locution dont le sens correspond à celui du verbe dont le nom dérive, ou du moins est déterminé par le nom. Donner assaut. Donner la bastonnade. Donner à quelqu'un son congé.

    Donner l'alarme, avertir de l'approche de l'ennemi. Les sentinelles donnèrent l'alarme. Fig. Avertir de quelque danger, inspirer quelque crainte. Donner une alarme bien chaude ; et elliptiquement, dans le langage familier, la donner bien chaude.

    Donner bataille, se dit de deux armées qui combattent. La bataille fut donnée dans les plaines de la Belgique. Résous-toi donc, Porsenne, à ce péril extrême De donner chaque instant des combats pour toi-même, Du Ryer, Scévole, IV, 6. Si les ennemis veulent une bataille, elle est donnée présentement, Maintenon, Lett. Duc de Noailles, 2 août 1710. C'est maintenant qu'on donne un combat véritable, Voltaire, Catil. V, 3.

    Donner une baie, donner la baie, tromper. Le sort a bien donné la baie à mon espoir, Molière, l'Étour. II, 13.

    Donner une cassade, des cassades, faire accroire quelque chose à quelqu'un.

    Donner un conseil, conseiller. Et quand tu peux donner un conseil salutaire Qui les porte à bien faire, Donne-t'en le plus ample et le plus prompt avis, Corneille, Imit. I, 21.

    Donner la bénédiction, bénir. Donner l'absolution, absoudre. Donner l'exclusion, exclure. Donner attention, être attentif, écouter attentivement. Donner croyance, croire, ajouter foi.

    Donner des bornes à ses désirs, à ses projets, les borner, les limiter.

    Donner un libre cours à, laisser toute liberté de se manifester. Donner un libre cours à ses larmes, à sa colère.

    Donner cours à une monnaie, la faire recevoir.

    Donner cours à une nouvelle, à une opinion, la divulguer, la propager. Ne vous imaginez pas que j'aie dessein de donner cours à une nouvelle opinion…, Guez de Balzac, Socr. chrét. Disc. 7.

    Donner bon exemple, donner le bon exemple, être exemplaire en sa conduite. Sage dans sa vie, dans ses mœurs, il donne un exemple qui prêche mieux que les missionnaires, Courier, Réponse aux anonymes, 1.

    Donner exemple, donner l'exemple, en bonne ou en mauvaise part, être le premier à faire quelque chose.

    Donner jour à une affaire, en faire naître l'idée, l'occasion.

    Donner des leçons, être professeur, enseigner. Il gagne sa vie en donnant des leçons. Et, figurément, donner des leçons, instruire, faire rentrer en soi-même. L'infortune lui a donné des leçons. Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires… est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons, Bossuet, Reine d'Anglet.

    En un autre sens et familièrement, donner une leçon, infliger une réprimande, une correction, ou, en parlant des choses, faire réfléchir, instruire par une fâcheuse expérience. Cela lui a donné une leçon. Avez-vous quelques nouvelles à me donner ? - Non des nouvelles, mais une leçon. - Venant de vous, madame, elle n'a rien qui puisse blesser : je suis encore dans l'âge où on les reçoit, et depuis longtemps madame est dans celui où on les donne, Scribe, la Calomnie, III, 9.

    Donner parole, donner sa parole, promettre formellement. Il m'a donné parole de venir. Il m'a donné sa parole qu'il viendrait.

    Donner des paroles, de belles paroles, amuser par de belles promesses, sans avoir aucune intention de les tenir.

    Donner passage, laisser passer. Elbing, bâtie sur un bras de la Vistule, ne profita pas de la faute des Dantzickois ; elle balança trop à donner passage aux troupes suédoises, Voltaire, Charles XII, 2.

    Donner des louanges, des éloges, louer. Le roi son mari lui a donné jusqu'à la mort ce bel éloge, qu'il n'y avait que le seul point de la religion où leurs cœurs fussent désunis, Bossuet, Reine d'Anglet.

    Donner ses pensées à quelque chose, les y appliquer. Et donnez vos pensers à des objets meilleurs, Mairet, Sophon. V, 6.

    Donner des pleurs, des regrets, pleurer, regretter. Au malheur des vaincus donnait toujours des pleurs, Corneille, Hor. I, 1. Le déplorable état où je vous abandonne Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne, Corneille, Poly. IV, 3. J'approuve cependant les regrets qu'on lui donne, Ducis, Hamlet, I, 1.

    Donner rendez-vous, donner un rendez-vous, assigner un lieu, une heure, pour se rencontrer.

    Terme de procédure. Donner assignation, assigner par un exploit à comparaître devant le juge.

    Donner jour, donner heure, fixer un jour, une heure pour un rendez-vous, une affaire, etc. Je lui ai donné heure dans la soirée.

    Donner un rôle à un acteur, charger un acteur de jouer un rôle. Je ne me souviens point du tout d'avoir donné aucun rôle cette année ; je n'ai aucun ambassadeur au tripot, et vous êtes maître absolu, Voltaire, Lett. Richelieu, 15 juillet 1763. Donner son temps à quelqu'un, à quelque chose, employer son temps pour quelqu'un, pour quelque chose. Le roi prend tout mon temps ; je donne le reste à Saint-Cyr, à qui je voudrais le tout donner, Maintenon, Lettre à Mme Brinon, t. II, p. 233, dans POUGENS.

    Donner sa journée, sa soirée à quelqu'un, la passer avec lui. Il nous a donné le peu de temps qu'il a passé à Paris. Passons chez Octavie, et donnons-lui le reste D'un jour autant heureux que je l'ai cru funeste, Racine, Brit. V, 3.

    Donner du temps à quelque chose, employer à cette chose un certain espace de temps. Il se lève de très bonne heure, et donne sa matinée au travail du cabinet. Si, tandis que je donne aux veilles, aux alarmes Des jours toujours à plaindre et toujours enviés…, Racine, ib. II, 3.

    Donner tort à quelqu'un, dire qu'il a tort ; lui donner raison, dire qu'il a raison.

    Se donner des torts, se rendre coupable d'un tort. Il s'est donné des torts dans la rupture de ce mariage.

    Donner l'air, faire paraître. Cela lui donne l'air d'un fou.

    En un même sens. La licence leur donnait je ne sais quoi de farouche, Fénelon, Tél. XVI.

    Se donner l'air gai, un air de gaieté, se montrer gai.

    Se donner des airs de…, s'attribuer sans raison une qualité. Il se donne des airs de savant. Se donner des airs de grandeur.

    Se donner des airs, de grands airs, affecter des manières au-dessus de sa condition.

    Donner un arrêt, une sentence, les rendre, les prononcer.

    Donner des ridicules à quelqu'un, le rendre ridicule, le rendre l'objet de la risée. Ils vous ont donné des ridicules ; que ne leur en donnez-vous ? Voltaire, Dial. 9.

    Donner un tour piquant à sa pensée, rendre une pensée d'une façon piquante. Donner un mauvais tour aux actions les plus innocentes, les présenter d'une manière qui les fasse paraître mauvaises.

    Donner un sens favorable, défavorable à…, interpréter d'une manière favorable, défavorable. Je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse d'honneur qui prend tout en mauvaise part, donne un sens criminel aux plus innocentes paroles et s'offense de l'ombre des choses, Molière, Critique, 3.

  • 26Permettre. Qui nous donnera que nous puissions perdre cette partie de notre liberté ? Bossuet, I, Vêture, 4. Qui me donnera que vous veniez dans mon âme pour en prendre possession ! Massillon, Avent, Dispositions. Donnez-moi, sur le penchant de la vie, d'en tracer le cours sans m'égarer, Bernardin de Saint-Pierre, Harm. liv. V, Harm. hum. Oh ! qui m'aurait donné d'y sonder sa pensée, Lorsque le souvenir de sa grandeur passée Venait comme un remords l'assaillir loin du bruit ? Lamartine, Méd. II, 7.

    Impersonnellement et au passif. Il fut donné à celui-ci [Cromwell] de tromper les peuples et de prévaloir contre les rois, Bossuet, Reine d'Anglet. C'était à elle qu'il était donné de rassembler les gentils, Bossuet, Hist. II, 12. Puisqu'il t'est donné d'entrer dans le royaume de la nuit, Fénelon, Tél. XVIII. Il n'est pas donné à l'homme de porter plus loin la vertu [que saint Louis], Voltaire, Mœurs, 58.

  • 27Donner la main, présenter la main pour qu'on la prenne, ce qui est une sorte de civilité. La réconciliation est faite ; il lui a donné la main, ils se sont donné la main. Adieu, donne la main ; que malgré ta jalouse, J'emporte chez Pluton le nom de ton épouse, Corneille, Médée, V, 5.

    Donner la main à une dame, la prendre par la main pour la conduire.

    Donner la main, céder le pas, la place d'honneur. Donner la main chez soi. Cette locution vieillit ; on dit plutôt donner le pas.

    Donner sa main, se dit, dans le style élevé, d'une femme qui épouse un homme. Vous donnez votre main, vous donnez vos États, Voltaire, Sémiramis, III, 5.

    Terme de manége. Donner la main, lâcher la bride au cheval.

    Fig. Donner les mains, céder ; locution tirée du latin où elle se dit du vaincu qui tend les mains, en signe qu'il se rend. De façon que le philosophe fut obligé de donner les mains, La Fontaine, Vie d'Ésope.

    Par extension. Donner la main ou les mains à quelque chose, la favoriser. Pourvu que votre cœur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains, Molière, Mis. V, 7. Donne la main à mon dépit, et soutiens ma résolution, Molière, B. Gent. III, 9.

    Donner le bras, présenter son bras à demi fléchi à une personne pour qu'elle y passe le sien. On donne le bras pour fournir un appui, mais aux dames ce n'est d'ordinaire qu'une simple politesse.

    Donner le bras, se dit aussi de celui ou celle qui passe son bras dans celui d'un autre. Elle donnait le bras à son mari.

    Donner la patte, se dit des animaux, et particulièrement des chiens dressés à offrir la patte. Que fait-il [un petit chien] ? il donne la patte, Puis aussitôt il est baisé, La Fontaine, Fab. IV, 5.

  • 28 Terme de peinture. Donner une couche, étendre une couche de peinture, un enduit, sur un objet.
  • 29Donner le feu trop chaud, trop ardent à la viande, la faire rôtir à trop grand feu. Dans le même sens, donner le four trop chaud à du pain, à de la pâtisserie.

    Donner un feu doux, un feu de chasse, appliquer aux diverses opérations le feu qui leur convient.

  • 30 Terme de jeu. Distribuer. Donner les cartes. Et, absolument, donner. C'est à vous à donner. Je donne, il en prend six, et demande à refaire, Molière, Fâch. II, 2.

    Donner beau jeu, donner des cartes favorables. Et, figurément, donner beau jeu à quelqu'un, lui présenter une occasion favorable de faire ce qui lui convient.

    Au jeu de paume, donner beau, jouer la balle de manière qu'elle soit facile à prendre. Et, figurément, donner beau ou la donner belle à quelqu'un, donner à quelqu'un une bonne occasion de faire ou de dire quelque chose.

    Ironiquement. Vous me la donnez belle, vous me trompez, vous vous moquez. Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle D'insulter ainsi notre ami, La Fontaine, Fabl. XII, 2.

    Dans le même sens, vous me la donnez bonne.

    Donner le reste, livrer la balle ou le volant à son partenaire de manière qu'il ne puisse les renvoyer. Je lui ai donné son reste.

    Fig. Donner son reste à quelqu'un, le battre, le corriger. Il ne fera plus le tapageur, je lui ai donné son reste.

    Par une autre figure, donner son reste à quelqu'un, ne laisser aucune de ses assertions sans réponse. Vous avez beau raisonner, monsieur est frais émoulu du collége, et il vous donnera toujours votre reste, Molière, Mal. imag. II, 7.

  • 31 Terme de manége. Donner carrière à un cheval, le laisser libre de courir.

    Fig. Donner carrière, laisser liberté d'agir. Donner carrière à ses passions, à son esprit.

    Se donner carrière, se laisser aller au sentiment qui emporte, à l'impulsion qu'on ressent.

    Se donner carrière aux dépens d'autrui, s'en moquer.

  • 32 Terme de vénerie. Donner à courre, détourner et remettre l'animal que l'on chasse.

    Donner le relais, lâcher après la bête les chiens placés en relais.

    Donner le cerf aux chiens, lancer le cerf.

    Même sens, donner les chiens, la meute. On donna les chiens à propos.

  • 33 Terme de marine. Donner la bande, se dit d'un bâtiment incliné sur le côté.

    Donner telle voile à tel autre bâtiment, marcher aussi bien que ce dernier sans avoir comme lui cette voile déployée.

    Donner tant pour la lame, augmenter le sillage quand on est vent arrière.

    Donner chasse ou la chasse à l'ennemi, le poursuivre ; et, en général, poursuivre. L'aigle donnait la chasse à maître Jean lapin, La Fontaine, Fabl. II, 8.

  • 34Donner à, suivi d'un verbe à l'infinitif, présenter, remettre. Donnez-nous à manger. Il lui donna un livre à lire. Donnez-moi ce paquet à porter. Si le roi dans l'instant, pour sauver le coupable, Ne lui donne à baiser son sceptre redoutable, Racine, Esth. I, 3.

    Je donnerais ma tête à couper que cela est ainsi, se dit pour affirmer quelque chose de la manière la plus positive.

    Donner à téter à un enfant, le faire téter.

    Donner à laver, présenter une cuvette et de l'eau pour qu'on se lave les mains.

    Donner à boire et à manger, tenir auberge.

    Donner du fil à retordre à quelqu'un, lui susciter des difficultés, des embarras.

    Donner à connaître, faire connaître. Le remords du péché se trouvera dès l'heure même à l'entrée de ton cœur, ce qui nous donne à connaître que ce remords est à la tête de toutes les grâces, Bourdaloue, 9e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 151.

    Donner à discourir, à parler, faire discourir, faire parler. Ce serait trop donner à discourir au monde, Corneille, le Ment. II, 1.

    En mauvaise part, donner à parler, faire tenir de soi de mauvais propos. Cette femme par ses imprudences donne à parler d'elle.

    Donner à rire, se rendre un objet de moquerie. Il y a longtemps que vos façons de faire donnent à rire à tout le monde, Molière, Bourg. gent. III, 3.

    Donner à penser, à songer, susciter des réflexions dans l'esprit de quelqu'un, l'inquiéter. Cela lui donna fort à penser.

    Donner à entendre, insinuer. On nous donne à entendre que nous ne pouvons plus rester ici.

    Donner à courir, à travailler, mettre dans la nécessité de courir, de travailler.

  • 35 Familièrement. Le donner en dix, en cent, donner quelque chose à deviner ou à faire ou à supporter ; locution dans laquelle le est un mot indéterminé (voy. LE). Hé bien ! en sommes-nous enfin venus à bout ? Je le donne en six coups au fourbe le plus brave, Molière, l'Étour. II, 7. C'est un chef-d'œuvre que d'avoir inventé un habit sérieux qui ne fût pas noir ; et je le donne en six coups aux tailleurs les plus éclairés, Molière, Bourgeois, II, 8. Si je suis affligé, ce n'est pas pour des prunes ; Et je le donnerais à bien d'autres qu'à moi De se voir sans chagrin au point où je me voi, Molière, Sgan. 16. Devinez-la ; je vous le donne en trois, Sévigné, 9.

    On dit aussi dans le même sens je vous donne, sans le mot le. Et je donne aux plus fins à pouvoir en ce jour Vous reconnaître pour l'amour, Molière, Psyché, III, 1. En donner à quelqu'un, lui en donner d'une, le tromper, mentir. Il est mort ! quoi ! monsieur, vous m'en donnez aussi, Corneille, le Ment. IV, 3. Et vous laissant passer pour ce que vous vouliez, Je vous en donnai plus que vous ne m'en donniez, Corneille, ib. V, 6. Je viens de tout entendre et voir ton artifice… Tu payes d'imposture et tu m'en as donné, Molière, l'Étour. I, 10. Pour toi premièrement et pour ce bon apôtre Qui veut m'en donner d'une et m'en jouer d'une autre, Molière, ib. IV, 5.

    Par similitude de construction. Donner d'une chose, vouloir la faire accroire. On nous a donné d'une convalescence pleine de langueur, Sévigné, 278.

    En donner d'une, se dit d'une femme qui trompe son mari, ou d'un homme qui séduit la femme d'un autre. Nos femmes, ce dit-il, nous en ont donné d'une, La Fontaine, Joc. Oh ! oh ! l'homme de bien, vous m'en voulez donner, Molière, Tart. IV, 17.

    En donner à garder, tromper, abuser. À la fin je triomphe, et l'on ne m'en donnera plus à garder, Fagan, Pupille, sc. 21.

    Pour l'explication de la préposition de dans la locution en donner d'une, voy. le n° 39.

  • 36En donner du long et du large à quelqu'un, lui en donner tout du long de l'aune, le battre violemment ou lui en faire accroire. Donnons-en à ce fourbe et du long et du large, Molière, l'Étour. IV, 7.
  • 37Se donner, donner à soi, acheter pour soi. Je me suis donné une montre pour mes étrennes. Il se fit habiller depuis les pieds jusqu'à la tête et se donna du linge.

    Se donner patience, patienter. J'avais bien de la peine à me donner patience.

    Se donner garde, se défier, éviter. Donnez-vous garde de ce mauvais pas.

    On dit aussi se donner de garde, tournure dans laquelle de garde est, partitivement, le complément direct de se donner. Donnez-vous-en bien de garde, seigneur, si vous voulez m'en croire, Molière, Pr. d'Él. III, 2. Je venais l'avertir de se donner de garde, Molière, l'Étour. IV, 1.

    C'est de la même façon que Mme de Sévigné a dit se donner d'un air au lieu de se donner un air. Si je voulais, je me donnerais d'un air de solitude, Sévigné, 384.

    C'est enfin de la même façon qu'on dit en donner d'une.

    Familièrement. S'en donner, lâcher le frein à un désir, à un besoin, aux amusements. Que je vais m'en donner et me mettre en beau train De raconter nos vaillantises ! Molière, Amph. III, 6. Pour cette nuit il faut que je m'en donne [à dormir], Racine, Plaid. I, 1. Les dimanches, point ne défends La joie à ces pauvres enfants ; J'aime alors qu'on s'en donne, Béranger, Mon curé.

    On dit dans un sens analogue s'en donner jusqu'aux gardes. S'il eût été de l'humeur de Don Quichotte, il eût trouvé là de quoi s'en donner jusqu'aux gardes, et il se fût cru pour le moins Esplandian ou Amadis, Scarron, Rom. com. I, 9. Enfin le souper vint bon ou mauvais ; la Rapinière but tant qu'il s'enivra, et la Rancune s'en donna aussi jusqu'aux gardes, Scarron, ib. I, 4.

    Se donner au cœur joie de quelque chose, ou s'en donner à cœur joie, en jouir pleinement.

    Populairement, se donner des talons, du talon dans le derrière, se livrer à une vive joie, se moquer de tout ce qui peut arriver, et aussi passer son temps en toute sorte de divertissements.

    DONNER, v. n.

  • 38Donner à la grosse, placer son argent à la grosse aventure.
  • 39Heurter contre. La voiture donna contre la muraille. Le navire alla donner contre un écueil. Une balle se réfléchit quand elle donne contre la muraille, Descartes, Monde, 14. Ceux qui restaient allèrent donner contre les chaînes des navires et furent tous ou assommés ou faits prisonniers, Fléchier, Hist. de Théodose, III, 64.

    Atteindre. Il était si preste à donner où il tirait qu'il tuait les oiseaux en volant, Vaugelas, Q. C. 411. Disputer avec son valet lequel donnera mieux dans un blanc avec des flèches, La Bruyère, Théoph. 27.

    Frapper, porter un coup. Et je veux pour signal que cette même main Lui donne, au lieu d'encens, d'un poignard dans le sein, Corneille, Cinna, I, 3. Mais on sait au moins, ce dit-on, Que Pallas donna du bâton à l'écrivain de cette histoire, Scarron, Virg. trav. VIII. Elle lui donnera sur sa vilaine joue, Sévigné, 70. Il vous donnera de son épée dans le ventre, Hamilton, Gramm. 10.

    Terme de manége. Donner dans les cordes, se dit d'un cheval attaché par le caveçon entre les deux piliers, lorsque, en avançant, il tend également les deux cordes.

    Terme de marine. Donner à la côte, aller échouer à terre par nécessité, ou faire naufrage.

    Donner sur les doigts à quelqu'un, le frapper sur les doigts, et fig. le tancer.

    Donner sur les oreilles à quelqu'un, le frapper, le maltraiter. Je te donnerai sur les oreilles, Molière, Pourc. III, 9.

    Donner du nez en terre, tomber la face en avant, et fig. échouer dans une entreprise.

    Donner de la tête contre…, se heurter la tête contre. Il donna de la tête contre la muraille et se blessa grièvement.

    Fig. Ne savoir où donner de la tête, ne savoir que faire, que devenir.

    Donner tête baissée dans quelque chose, s'y porter avec ardeur et avec une sorte d'aveuglement.

    Très familièrement. Donner de cul et de tête, se frayer un passage en heurtant et poussant, et fig. employer tout ce que l'on a de force et de ressources pour réussir.

    Par extension. Le soleil donne à plomb. Le vent donne dans les voiles. Les Suédois s'avancèrent la baïonnette au bout du fusil, ayant au dos une neige furieuse qui donnait au visage des ennemis, Voltaire, Charles XII, 2.

    Donner dans la tête, être capiteux, en parlant d'un vin. Ce vin donne dans la tête.

  • 40Donner dans un piége, dans un filet, être pris à ce piége, dans ce filet.

    Fig. Se laisser prendre par. Il est homme enfin à donner dans tous les panneaux qu'on lui présentera, Molière, Pourc. I, 4. Il ne faut point douter qu'elle ne donne à pleine tête dans cette tromperie, Molière, Am. magn. IV, 4. Ils donneront dans les filets de nos célestes pêcheurs, Bossuet, André, 1. L'infortuné Caméron donna dans le piége, Hamilton, Gramm. 3.

    Donner dans, se laisser aller à. Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps, Molière, Mis. I, 1. De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant Semblent si fort donner dans les mœurs d'à présent, Molière, ib. I, 1. Vous donnez furieusement dans le marquis ! Molière, l'Av. I, 5. Les riches bijoux, les meubles somptueux où donnent ses pareilles avec tant de chaleur, Molière, ib. II, 6. Vous n'avez garde de donner dans ce défaut, Sévigné, 491. Carlostad donna dans des nouveautés, du moins Luther l'en accuse, et il est vrai qu'il était dans une grande liaison avec les Anabaptistes, Bossuet, Var. II, § 11. L'orgueil donne dans des projets insensés, Bossuet, Mar. Th. Je ne m'étonne pas que Léger ait donné dans cette erreur, Bossuet, Var. 11. Elle était d'une confiance à donner dans tout ce qu'on voulait, Hamilton, Gramm. 7. N'avez-vous point de honte de donner dans les visions d'un jaloux ? Hamilton, ib. 8. D'où vient que vous-même, qui paraissez avoir de l'homme de bon sens, vous avez donné dans cette rêverie ? Fontenelle, Artémise, Raimond Lulle. Si le fils de François 1er donnait dans les opinions des réformés, Voltaire, Phil. II, 25. Philon, qui vivait en Égypte au temps de Jésus-Christ, donna tête baissée dans les allégories et dans le sens mystique, Diderot, Opin. des anc. phil. (juifs). J'ai cru bonnement à la charte ; j'ai donné dans la charte en plein ; je le confesse, à ma très grande honte, Courier, Réponse aux anonymes, 1.

    Il se dit aussi des personnes par lesquelles on se laisse captiver. … Que diriez-vous qu'un roi, cherchant à plaire, Comme un aventurier, donnât dans la bergère ? Regnard, Démocr. II, 5.

    S'occuper beaucoup de. J'admire qu'on donne avec tant d'action dans les choses du dehors, Sévigné, 157. Elle vous doit apprendre à ne pas donner dans les choses extérieures, Bossuet, Lett. Corn. 109. De quelque indifférence qu'elle eût donné dans cette intrigue, Hamilton, Gramm. 8.

    Se plaire excessivement à. Tout le monde donne là dedans aujourd'hui, on ne court plus qu'à cela ; et l'on voit une solitude effroyable aux grands ouvrages, lorsque des sottises ont tout Paris, Molière, Critique, 7.

    User habituellement. Les esprits justes donnent naturellement dans la métaphore, La Bruyère, I. Empêchez-la de donner dans la justice de croire, et dans le respectueux attachement, Sévigné, 50.

    Donner dans le sens de quelqu'un, être de même sentiment que lui. Descartes, pour l'aimant, donne fort dans mon sens, Molière, Femmes sav. III, 2. Il évite de donner dans le sens des autres et d'être de l'avis de quelqu'un, La Bruyère, V.

    Donner dans les yeux, dans la vue de quelqu'un, à quelqu'un, l'éblouir, le tenter par un certain éclat. Ce sont les rayons et les éclairs de ces grandes vérités… qui me donnent dans la vue, Guez de Balzac, liv. IV, lett. 6. La robe de Médée a donné dans mes yeux, Corneille, Médée, II, 5.

    Fig. Donner dans l'œil, donner dans les yeux, donner dans la vue, plaire. Ce jeune homme paraît avoir donné dans l'œil à ma fille. Tu n'en conviens pas, mais cette demoiselle t'a donné dans l'œil. Ils se sont donné dans l'œil réciproquement. Ce M. le comte qui va chez elle lui donne peut-être dans la vue, Molière, Bourg. gent. III, 9.

  • 41Donner sur un plat, y revenir à plusieurs fois, en manger à plusieurs reprises.

    Donner sur, s'attacher à, rechercher de préférence. J'ai cette manie de vouloir donner généralement sur tout ce qu'il y a de plus beau, Molière, Préc. 10.

    Donner à, mordre à. Voilà l'appât ; il y a donné, Bossuet, II, Démons, 2.

    Donner à, croire. Enfin il est constant que l'on n'a point donné Au bruit que contre vous sa malice a tourné, Molière, Mis. V, 1. Ce sont ces âmes volages et dissipées qui donnent à tout sans réflexion, Bourdaloue, Exhort. Char. env. les pauvres, t. I, p. 38.

    Donner chez, fréquenter. Nous donnions chez les dames romaines, Et tout le monde là parlait de nos fredaines, Molière, Femmes sav. II, 4.

    Donner au travers de, se jeter au milieu de. Je donnai tout au travers d'un sable mouvant où j'enfonçai jusques au menton, Hamilton, Gramm. 7. Fig. Donner au travers, employer sans discernement. Un homme qui donne au travers des purgations et des saignées, Molière, Mal. im. III, 3.

  • 42Donner dans un passage, s'y engager. La troupe donna dans une rue étroite et s'y embarrassa. Un régiment, trompé par l'obscurité, dépassa la première ligne, et alla donner tout au milieu des cuirassiers russes, qui l'assaillirent et le mirent en désordre, Ségur, Hist. de Napol. VII, 6.

    Terme de marine. Donner à pleines voiles dans une passe, y entrer toutes voiles dehors.

    Fig. Donner à pleines voiles dans un parti, dans une opinion, les embrasser avec ardeur, sans réserve.

  • 43Charger dans un combat. Le régiment donna vaillamment, et fut très maltraité. Je ne vous dirai point comment les miens donnèrent, Tristan, Mort de Chrispe, I, 3. Enfin Horace seul est partout où l'on donne, Du Ryer, Scévole, I, 3. Déjà les deux armées… N'attendaient, pour donner, que le commandement, Corneille, Hor. I, 3. Le maréchal a donné sur l'arrière-garde des ennemis, Sévigné, 313. On donna sans quartier sur ces deux Franguis [souris de France] qui voulaient faire la loi aux autres, Fénelon, t. XIX, p. 58. Les bas officiers ont refusé de donner, ayant peu d'envie de combattre avec la noblesse, Courier, I, 262.

    Par extension, donner sur, critiquer vivement, censurer, parler mal. Vous auriez bien pu vous passer de donner sur les dévotes en faisant le portrait de Mme d'Aubigné, Maintenon, Lett. d'Aubigné, 19 déc. 1681.

  • 44Être situé. La maison donne sur la rue. Les croisées donnent sur le jardin. Si le mur du jardin qui donne sur la rue, Chénier M. J. Fénelon, II, 4.
  • 45Donner des deux, piquer vigoureusement de l'éperon le cheval pour accélérer sa marche. À travers champs s'enfuit, donne des deux, La Fontaine, Or.
  • 46 Terme de marine. S'allonger, en parlant d'un cordage ou d'une toile à voile.
  • 47Donner se dit, en quelques circonstances, pour faire entendre un son. Donner du cor, en sonner. Le chien donne de la voix, il aboie en chassant.

    SE DONNER, v. réfl.

  • 48Se donner, faire don de soi-même. Il [Dieu] vous donne des lois, il se donne lui-même, Racine, Athal. I, 4. Le blé pour se donner, sans peine ouvrant la terre, N'attendait point qu'un bœuf pressé de l'aiguillon Tracât à pas tardifs un pénible sillon, Boileau, Ép. III.

    Être donné. Cela ne se vend pas, cela se donne.

    Être vendu. Cela se donne partout à tel prix.

  • 49Se vouer. Les commencements de Luther, durant lesquels Mélanchthon se donna tout à fait à lui, étaient spécieux, Bossuet, Var. V, § 1. Ceux qui se donnent à Dieu, Pascal, dans COUSIN. On voudrait tout quitter, si l'on se donnait à Dieu, Massillon, Or. fun. Prof. 1. Ceux qui ont eu le bonheur de se donner à Dieu, Massillon, Avent, Disp.
  • 50Se livrer, se rendre. Hérode est contraint de se donner au vainqueur, Bossuet, Hist. I, 9. Ces peuples se donnèrent au roi de Perse, Bossuet, Déf.
  • 51Se donner, dans le style élevé, en parlant d'une femme qui prend un mari. Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas, Demeurez en état d'être toujours ma femme, Corneille, Sertor. III, 4. Loin de me retenir par des conseils jaloux, Elle me conjurait de me donner à vous, Racine, Baj. V, 4. Hélas ! peut-on deux fois se donner en sa vie ? Voltaire, Alz. III, 7.

    Il se dit aussi d'une femme qui accorde les dernières faveurs. Elle s'est donnée à lui. Donnez-vous, ne vous donnez pas, Ce sera toujours même affaire ; Pour qui ménagez-vous les trésors de l'amour ? La Fontaine, Petit chien.

  • 52S'offrir, se présenter. À se donner lui-même en spectacle aux Romains, Racine, Brit. III, 4.
  • 53Être publié. Il s'est, depuis quelque temps, beaucoup donné de brochures sur les affaires publiques. Un écrit scandaleux sous votre nom se donne, Boileau, Ép. VI.

    Être représenté, en parlant d'une pièce de théâtre. Cette comédie s'est donnée cinquante fois de suite.

  • 54S'adonner. En se donnant au plaisir, Pascal, dans COUSIN. Il [Bossuet] s'était déjà donné aux oraisons funèbres, Voltaire, Louis XIV, 32.
  • 55Se donner pour, se faire passer pour. Il parle de roture devant des roturiers qui sont riches et qui se donnent pour nobles, La Bruyère, XI. Il s'était donné pour grand politique, Hamilton, Gramm. 7. Vous vous étiez donné pour une âme forte, Massillon, Av. Jugem. Voilà où en sont presque tous ceux qui se donnent dans le monde pour incrédules, Massillon, Car. Doutes.
  • 56Se dit d'une bataille qui s'est engagée. Le roi Auguste demandait pardon de la victoire, protestant que la bataille s'était donnée malgré lui ; que les Russes et les Polonais de son parti l'y avaient obligé, Voltaire, Russie, I, 15.

PROVERBES

À donner donner, à vendre vendre, c'est-à-dire il faut se comporter selon la circonstance, donner si l'on donne, vendre si l'on vend.

Qui donne tôt donne deux fois, c'est-à-dire on ajoute au prix d'une grâce en ne la faisant pas attendre.

Donner tard, c'est refuser.

Qui donne au commun ne donne à pas un, c'est-à-dire personne ne nous sait de gré de ce que nous donnons au public.

Qui peu donne veut qu'on vive, c'est-à-dire, qui donne peu fait espérer qu'il donnera encore une autre fois.

Qui donne ce qu'il aime ne prend ce qu'il désire.

On ne donne rien pour rien.

REMARQUE

1. Donner faisait jadis au subjonctif, que je doin, que tu doins, qu'il doint ; cette forme se trouve encore dans des auteurs du XVIIe siècle et même du XVIIIe : À tous époux Dieu doint pareille joie, La Fontaine, Diable. Dieu te doint pour guerdon de tes œuvres si saintes…, Régnier, Sat. XII. Or prions Dieu qu'il leur doint paradis, Rousseau J.-B. Épig. III, 24. Cette forme peut encore être employée dans le style épigrammatique, marotique.

2. Donner faisait jadis au futur, je donrai, et, au conditionnel, je donrois. Régnier a encore cette forme : Mais de ce côté-là je leur donrois quittance, Sat. XII. Étant déjà failli de cœur, Qui me donra de la vigueur ? Régnier, Stances relig.

3. Dans en donner d'une, la locution complète est : il en avait deux, il m'en a donné d'une (voy. l'historique).

HISTORIQUE

IXe s. In quant Deus savir et podir me dunat [donne], Serment.

Xe s. Mult laetatus, por que Deus cel edre [ce lierre] li donat à sun repausement, Fragm. de Valenc. p. 468.

XIe s. Si est raisun que il dunge dix solz, Lois de Guill. 5. Je nen ai ost qui bataille lui done, Ch. de Rol. 11. Vous lui durrez ors [ours] et lions et chiens, ib. III. Se Deus ce dunet que je de là repaire [revienne], ib. X. Sire, dist Guenes, dunez mei le congié, ib. XX. … Qui tel conseil lui dunent, ib. XXVIII. De cops ferir, receveir et duner, ib. X. Respont li quens : Deus le me doinst venger ! ib. CXVI. Li noms joyeuse [à] l'espée fut dunét, ib. CLXXIX.

XIIe s. Dogner se warde [se donner garde], Saint Bernard, Sermons mss. dans LACURNE. Sur son escu [il] li va grant cop doner, Ronc. p 61. Que mort [il] lui dogne, que desirée l'a, ib. p. 175. Aussi com vous le me poez doner, Quant vous plaira, le me poez retraire, Couci, II. Et si bel ueil [ses beaux yeux], vair et riant et clair, M'orent ainz pris que [je] m'osasse doner, ib. VI. Or le [mon cœur] doinst Diex à droit port arriver ; Car il s'est mis en mer sans aviron, ib. X. [Je] N'en donroie le desir Pour tout l'avoir dessouz ciel, ib. XI. [Amour] Qui tout me done à vous entierement, ib. XVI. En vostre amor, qui donra mort ou vie, ib. XX. Li cuens de Blois devroit bien mercier Force d'amours qui lui dona amie, ib. XX. Fol est et gars qui à dame se done, Quesnes, Romancero, p. 86. Donez moi, Sires [Dieu], que [je] ne soie oubliée, Et [que] mes amis aviegne à la vesprée, ib. p. 38. Et cume l'arche vint en l'ost, li poples. Deu dona un merveilleus cri, que tute la terre rebundi, Rois, 15. … Vostre merci, biau frere ; D'or en avant, sui-je vostre donée ; Car je me doing à vos sans demorée, Raoul de C. 224.

XIIIe s. [Ils] Ne donroient de moi la monte d'un festu, Berte, LI. Si lui donriens [donnerions] no terre et trestout notre avoir, ib. LXV. Car me donez un don, par amor [je] le vous pri, ib. LXXI. Vous quidiés que li rois françois m'eust tant donné à faire que je ne peusse cha venir, Chron. de Rains, p. 76. Jà n'auré mal por itel songe. - Sire, fet-ele, Diex le donge ! Ren. 1515. Li rois Phoroneus meïsmes, Qui, si comme nous apreïsmes, Ses lois au pueple grec donna, la Rose, 8787. Li ribaus dist en audience : Sire juges, donnés sentence Por moi ; car la pucele est moie [mienne], ib. 5624. Après te doins en penitence, Que nuit et jor sans repentence En bien amer soit ton penser, ib. 2243. Ce que la chasuble estoit de sarge de Reins, senefie que la croiserie sera de petit esploit, aussi comme vous verrés, se Dieu vous donne vie, Joinville, 299. Et de ce, fist le roy, vous en doins je un exemple du conte de Bretaigne, Joinville, 200. Quant il orent ce fait ou deux fois ou trois, un de nos serjans tint son glaive parmi le milieu et le lança à un des Turs à cheval, et li en donna parmi les costes, Joinville, 231. Il dit que il en donroit cuer à ses ennemis, Joinville, 214.

XIVe s. Guillaume Robelin, donné et rendu [homme qui s'est donné et rendu] de nostre amé et feal cousin le comte de Sancerre, Du Cange, donati. Tu as oy dire ung proverbe qui est bon : s'aucun ne donne, on lui tault [prend], Modus, f° LXVIII, verso. Le nom de election le donne à entendre, car il signifie que la chose eslisible…, Oresme, Eth. 66. Li vilains nous en a une belle donnée, Qui nous a fait venir et regarder la bée, Guesclin. 1496. Puisqu'à vous deux plait bien de ce fait otroier, Je vous en donne jour de venir au champier, ib. 1696.

XVe s. Car ne voloie là que nuls Sceuist que je fuisse en penser, Car donné euisse à penser à ceux qui tout à paix estoient Et qui avec moi s'esbatoient, Froissart, Espinette amour. Appareille-toi de venir à notre feste, je te promets que, si je te rencontre sur les rangs, à la joute, je le te donnerai belle ou tu à moi, Froissart, III, IV, 80. Une [fusée] vint donner contre la croysée de la fenestre où…, Commines, I, 5. En leur donnant bien à congnoistre, Commines, I, 10. Voyant ne povoir donner remede, Commines, I, 13. Puis voulut departir et donner la bonne nuit au bourgeois et à sa compagnie, Louis XI, Nouv. I. Ce pauvre clerc fut puni par la façon que est dit et par le faux donnerà-entendre [rapport] de son compagnon, Louis XI, ib. XLII. Eulx estant sur la mer, par grant orage de temps, force de vent et tourmente de mer, ilz furent contrains de donner à terre en la coste d'Angleterre, Lettres patentes de Charles VII, Viriville, p. 77. Non a, je ne sçay si je songe ; Je n'ay point aprins que je donge Mes drapz en dormant ne veillant, Patelin. … Nulz ne peut mieulz secourir Ne ne doit, tant com sa personne, Autruy ; car nature le donne [le suggère], Deschamps, Poésies mss. f° 133, dans LACURNE. Quant la pucelle l'aura, je le tiendrai moult bien employé ; car la grande beauté de son viaire [visage] donne bien [mérite bien] que prouesse en soit faicte et mainte chevalerie, Perceforest, t. I, f° 133.

XVIe s. Le roy, tant humain quoique homme, ne fist mourir à qui il peut pardonner ; voyant le cas à lui seul toucher, lui donna la corde [le sauva d'être pendu], et voulut que nul des autres pour ce forfait encoureyt mort, Jean D'Auton, Annal. de Louis XII, f° 110, dans LACURNE. Aulcuns vouloient leur donner la chasse, Rabelais, Garg. I, 48. Madame, donnez vous guarde de tumber, Rabelais, Pant. II, 16. Donnez dessus à vostre mast, gualantement à la vieille escrime, Rabelais, ib. II, 29. Ma mignonne, Je vous donne Le bon jour, Marot, II, 114. Je donrois quinze à l'Aretin, Et si gaignerois la partie, Marot, II, 140. Quant l'occasion s'y donnera, vous connoistrés que vous n'avez point amé personnes ingrates, Marguerite de Navarre, Lettre 170. Le bruit que chacun lui donnoit d'estre l'un des plus adroits et hardis aux armes qui feust de son temps, Marguerite de Navarre, Nouv. 4. Donnons à l'ordre politique de les souffrir patiemment, Montaigne, I, 13. Donner parole [à quelqu'un] de…, Montaigne, I, 17. Donner prinse à…, Montaigne, I, 21. Se donner plus d'affaire que…, Montaigne, I, 33. L'imagination donne la fiebvre et la mort à ceulx qui la laissent faire, Montaigne, I, 91. Je vous donne à penser s'il y a une seule des…, Montaigne, I, 97. Les quatre années qu'il m'a esté donné de jouir de…, Montaigne, I, 219. Où que je veuille donner, il me fault forcer quelque barriere de la coustume, Montaigne, I, 158. Il fault donner jusques aux dernieres limites du plaisir, Montaigne, I, 284. Se donner à la mort [se tuer], Montaigne, I, 300. Je leur donne [je concède] que ce soit le pire accident de nostre estre, Montaigne, I, 303. Au dedans, où nuls yeulx ne donnent que les nostres, Montaigne, III, 18. Ne regardans sinon qu'à se donner du bon temps, Lanoue, 495. Il vint une louve qui leur donna la mammelle, Amyot, Rom. 3. Si alloient les Sabins donner droit dedans [ce bourbier], n'eust esté le danger de Curtius qui les en garda, Amyot, ib. 27. Ceste bataille fust donnée le dernier jour de febvrier, Amyot, Publ. 16. Il alla donner de la teste tant qu'il peut, contre un des degrez, Amyot, Tim. 45. Il se donna du tout à servir à la chose publique tant qu'il vescut, Amyot, Pélop. 7. On le tourne de sorte que le soleil luy donne tousjours dedans les yeux, Amyot, Artax. 20. Deux heures après, nos estradiots se donnent au chemin de Pluviers, D'Aubigné, Hist. II, 192. Qui tost donne, deux fois donne, H. Estienne, Précell. p. 184. Petit don, longuement attendu, n'est pas donné, mais bien vendu, H. Estienne, ib. Il en avoit deux, il m'en a donné d'une, Contes d'Eutrap. p. 164, dans LACURNE. Plus donne qui peu, tost et de son gré, que qui plus, tard et contre son gré, Génin, Récréat. t. II, p. 247. Qui prend se vend ; qui donne s'abandonne, Contes de Songecreux, f° 175, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DONNER.
7Ajoutez : Il a donné [sacrifié] tous ses ressentiments à M. de Turenne, Sévigné, Lett. août 1671.
41Ajoutez : Donner sur les nerfs, agacer, irriter, Journ. offic. 13 déc. 1872, p. 7748, 3e col.

REMARQUE

Ajoutez :
4Ce vers de V. Hugo : Qui donne aux pauvres prête à Dieu, cité au n° 1, se trouve dans la Bible, Proverbes, XX, 17. Cette remarque n'a pas pour but d'ôter un vers au grand poëte ; mais, dans un dictionnaire historique, il faut toujours essayer de remonter aux origines.
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Donner : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

DONNER, (Comm.) se dit assez ordinairement dans le négoce en détail, pour signifier que la vente des marchandises a été considérable, ou qu’elle n’a pas été bonne. En ce sens on dit : la vente a bien donné ou a mal donné.

Donner du tems, se dit parmi les Marchands, pour accorder du terme, du délai à un débiteur.

Donner à la grosse, c’est hasarder son argent sur un vaisseau, ou sur les marchandises de la cargaison, moyennant un intérêt de tant pour cent. Voyez Grosse avanture. Dict. de Commerce & de Trévoux. (G)

Donner à la coste, (Marine.) cela se dit lorsqu’on est forcé de s’échoüer à terre, soit par la force du mauvais tems, soit pour se sauver lorsqu’on est poursuivi par quelque corsaire. (Z)

Donner des culées, (Mar.) Voyez Culée.

Donner un grand hunier à un vaisseau, (Marine.) on se sert de cette expression dans la Marine, en comparant la vîtesse de deux vaisseaux, pour dire, que quand l’un n’auroit pas sa voile de grand hunier, il iroit aussi vîte que l’autre qui l’auroit déployée. (Z)

Donner vent devant, (Marine.) c’est mettre le vent sur les voiles, pour ensuite courir sur un autre air de vent, & changer sa route. Voyez Virer. (Z)

Donner des deux à un cheval, en terme de Manege, c’est le frapper avec les deux éperons. Donner le pli, c’est la même chose que plier. Donner leçon à un cheval, c’est lui apprendre ses airs de Manége. Donner dans les cordes, se dit d’un cheval qu’on a attaché avec le cavesson entre les deux piliers. Il donne dans les cordes, lorsqu’en avançant entre les deux piliers, il tend également les deux cordes qui tiennent par un bout à son cavesson, & par l’autre à chaque pilier. Donner un coup de colier, se dit d’un cheval de voiture qui tire vigoureusement, sur-tout lorsqu’il faut faire sortir la voiture de quelque mauvais pas. Donner quatre doigts de bride, est une expression qui signifie qu’il faut lâcher un peu les renes au cheval. Donner l’herbe ou le verd à un cheval, c’est le nourrir dans l’écurie avec de l’herbe verte fraîche coupée, au lieu de foin & d’avoine ; ce qu’on fait pour le rafraîchir. Donner un coup de corne, c’est saigner un cheval au palais, au moyen d’un coup qu’on y donne avec le petit bout d’une corne de chamois ou de cerf. Donner des plumes à un cheval, c’est une opération à l’épaule. Donner la main ou donner la bride, c’est lâcher la bride.

Se donner de la peine, se dit d’un cheval qui n’ayant point de vîtesse, galope en se donnant bien du mouvement, & cependant galope lourdement, & n’avance point. Voyez Galoper.

Donner haleine, (Maréc.) Voyez Haleine.

Donner le cerf aux chiens & les autres bêtes, (Vénerie.) c’est lancer & faire découpler les chiens sur les voies.

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Étymologie de « donner »

Étymologie de donner - Littré

Berry, douner ; wallon, diner ; bourg. denai ; provenç. et espagn. donar ; portug. doar ; ital. donare ; du latin donare, de donum, don ; comparez le grec δοῦναι, le sanscrit da, le latin dare.

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Étymologie de donner - Wiktionnaire

(842) Du moyen français donner, de l'ancien français doner, du latin dōnāre (« offrir, faire un don »).
Pour une raison difficile à cerner, le classique dăre (« donner ») a été totalement éliminé en Gaule, contrairement à l’Italie et à la péninsule ibérique, vraisemblablement de bonne heure, puisqu’en occitan, donner se dit aussi donar. Sanskrit दा, (« donner »).
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Phonétique du mot « donner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
donner dɔne play_arrow

Conjugaison du verbe « donner »

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Évolution historique de l’usage du mot « donner »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « donner »

  • Afin de sortir d’un mécanisme binaire dans la façon de donner son avis politique, la plateforme ne permet pas de dire simplement oui ou non aux mesures. L’association utilise un autre système de vote : le jugement majoritaire. Numerama, Convention citoyenne pour le climat : vous pouvez donner votre avis sur les propositions
  • Alors que l’Église de France fait face à des difficultés financières après la pandémie de Covid-19 et lance un appel aux dons, un jeune homme prénommé Matthieu Devillard a décidé de reprendre exactement la trame de la vidéo en appelant à donner… au denier plutôt que de chercher à faire fortune. « Salut à toi jeune catholique », commence-t-il avant de lancer : « Savais-tu que 95% des ressources de l’Eglise proviennent de 5% des fidèles ». Et de décliner ensuite sur le ton de l’humour les besoins bien réels des diocèses et de conclure par le désormais fameux « moi je crois que la question elle est vite répondue ! ». Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle, Donner au denier : « moi, je crois que la question elle est vite répondue ! »
  • Si le salon d’Harmonie se nomme « l’Excellence », ce n’est pas anodin. La coiffeuse a banni les jeux de mots capillaires pour laisser place à la sobriété. En plus de n’utiliser que des produits bios, vegans et faits maison, elle a décidé de donner une seconde vie à ce qui représente près de 50 % des déchets d’un salon de coiffure. La Voix du Nord, Donner une seconde vie aux cheveux: une coiffeuse d’Hellemmes a relevé le défi
  • Penché sur des dizaines de dossiers, il rassemble photos, fiches descriptives, données médicales... Un travail de fourmi pour recenser tout ce qui pourrait permettre de donner un nom aux 29 femmes, 30 hommes et deux enfants qui ont péri lorsque leur embarcation clandestine a chaviré, début juin, au large de Sfax (centre-est). L'Obs, En Tunisie, la tentative de donner un nom aux migrants morts en Méditerranée
  • En cette hésitante période d’après-confinement, les entreprises croisent les doigts : pourvu que la remotivation des troupes ne soit pas une tâche vigoureuse surtout avec l’arrivée des vacances. Tous les Français ont vécu des expériences et éprouvé des sentiments tout aussi inédits. Comment leur (re)donner un élan de motivation et de productivité à quelques semaines des vacances d’été qui restent inscrites au programme ? La lettre économique et politique de PACA, PARIS : Après le déconfinement arrive les vacances, comment (re)donner un élan de motivation à ses équipes ? - La lettre économique et politique de PACA
  • Certaines voix comptent. Celles qui inondent de leur logorrhée tout l’espace à portée de voix. D’autres, plus économes en mots, pèsent tout autant. Faire entendre sa voix répond au besoin essentiel d’exister. Dans une pièce, c’est à voix haute qu’on dépose son empreinte sonore, annonçant sa présence. Mais dans la société tout entière, comment avoir voix au chapitre ? Tout le monde n’a pas une voix de stentor ni même l’envie de faire parader son timbre en tribune. On eut donc recours à un stratagème. C’est ainsi qu’une voix peut se donner les lèvres closes et se glisser anonymement sur un bulletin de vote. Donner sa voix à des représentants politiques qui, en contrepartie, élèvent la voix au nom des autres. Ces tribuns en meetings, ces crooners de matinales radios ont pour qualité première d’avoir su apprivoiser leur voix. Car quoi de plus commun que de détester la sienne ? Marianne, Le fou des mots : donner de la voix
  • Pour se donner, il faut s'appartenir. De Vauvenargues
  • Il faut traduire, commenter, publier, imprimer, réimprimer, clicher, stéréotyper, distribuer, crier, expliquer, réciter, répandre, donner à tous, donner à bon marché, donner au prix de revient, donner pour rien, tous les poëtes, tous les philosophes […] De Victor Hugo / William Shakespeare
  • A trop se donner on s'abandonne. De Jacques Ferron / Le Don Juan Chrétien
  • Il est toujours stupide de donner des conseils, mais en donner de bons est absolument fatal. De Oscar Wilde / Le Portrait de Mr W. H.
  • Il est parfois plus facile de donner un prix que de donner raison. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Un baiser ne peut pas se donner sans prendre, ni se prendre sans donner. De Anonyme
  • La liberté consiste moins à donner beaucoup qu'à donner à propos. De Jean de La Bruyère / Caractères
  • Il faut donner quelque chose au hasard. De Philibert-Joseph Le Roux / Dictionnaire Comique et proverbial
  • Un saule ne peut donner du raisin. De Proverbe bulgare
  • Il faut donner du temps au temps. De Miguel de Cervantès
  • Mieux vaut donner peu que promettre. De Proverbe malinké
  • Ma joie de donner est morte à force de donner. De Friedrich Nietzsche
  • Donner, c’est donner ; reprendre, c’est voler. De Proverbe français
  • Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. , Évangile selon saint Matthieu, VII, 7
  • Quand tu […] donnes, tu dois […] donner de bon cœur. , Ancien Testament, Deutéronome XV, 10
  • On promet beaucoup pour se dispenser de donner peu. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Réflexions et Maximes
  • Il faut affirmer si nous voulons comprendre, et nous donner si nous voulons sentir. Jean-Paul Sartre, Situations II, Gallimard
  • Il se faut prêter à autrui et ne se donner qu'à soi-même. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, III, 10
  • Même pour se soumettre, il faut être libre ; pour se donner, il faut être à soi. Jules Michelet, Les Jésuites
  • Qu'on adopte donc comme principe de notre vie ce qui a toujours été un principe et le sera toujours : sortir de soi, donner, librement et obligatoirement : on ne risque pas de se tromper. Marcel Mauss, Le Don, P.U.F.
  • On se donne en donnant. Marcel Mauss, Le Don, P.U.F.
  • Les classes et les nations et aussi les individus doivent savoir s'opposer sans se massacrer et se donner sans se sacrifier les uns aux autres. Marcel Mauss, Le Don, P.U.F.
  • La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'à donner à propos. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Du cœur
  • Il y a autant de générosité à recevoir qu'à donner. Julien Green, Moïra, Plon
  • Donner avec ostentation ce n'est pas très joli, mais ne rien donner avec discrétion ça ne vaut guère mieux. André Isaac, dit Pierre Dac, L'Os à moelle, Julliard
  • Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne : La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. Pierre Corneille, Le Menteur, I, 1, Cliton
  • Le difficile, ce n'est pas de donner, c'est de ne pas tout donner. Sidonie Gabrielle Colette, La Naissance du jour, Flammarion
  • Heureux qui a quelque chose à donner, car à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. Paul Claudel, L'Otage, I, 1, Sygne , Gallimard
  • Se donner n'a de sens que si l'on se possède. Albert Camus, Carnets, Gallimard

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Traductions du mot « donner »

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Synonymes de « donner »

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Antonymes de « donner »



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