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Dépouiller

Sommaire

  • Définitions du mot dépouiller
  • Étymologie de « dépouiller »
  • Phonétique de « dépouiller »
  • Évolution historique de l’usage du mot « dépouiller »
  • Citations contenant le mot « dépouiller »
  • Images d'illustration du mot « dépouiller »
  • Traductions du mot « dépouiller »
  • Synonymes de « dépouiller »
  • Antonymes de « dépouiller »

Définitions du mot dépouiller

Trésor de la Langue Française informatisé

DÉPOUILLER, verbe trans.

I.− [L'idée dominante est celle d'un retranchement ou d'un abandon]
A.− [L'agent de l'action est distinct de ce qui subit cette action et que désigne le compl. d'obj. dir.]
1. [Ce que l'on ôte et que peut désigner un compl. second. est qqc. qui couvre]
a) [Ce qui subit l'action est un animal] Ôter la peau (d'un animal généralement mis à mort), souvent en vue d'un certain usage. Manger (...) la peau entière du saumon qu'ils dépouillaient avec beaucoup d'adresse (Voy. La Pérouse,t. 3, 1797, p. 64).Sœur Ernestine dépouille et plume le gibier (Renard, Poil Carotte,1894, p. 5).Gaspard cependant dépouillant son lièvre, le coupait en quartiers, préparait le civet avec vin, serpolet, bouquet garni (Pourrat, Gaspard,1925, p. 242).
Rem. 1. Baudr. Chasses 1834 fait remarquer : ,,On ne dit pas écorcher un cerf, un lièvre, etc., etc., mais dépouiller, etc.`` 2. Lorsque le verbe est employé à l'actif, le terme peau apparaît rarement comme compl. de la forme verbale. Chats de mer (...) qu'on a dépouillés de leur peau (Morand, Londres, 1933, p. 304). Lorsque le verbe est employé au passif, ce terme peut constituer le compl. second. : La morue (...) est au préalable lavée et dépouillée de sa peau (Boyer, Pêches mar., 1967, p. 112), ou le suj. de la forme passive : Le poids de la peau fraîchement dépouillée (Bérard, Gobillard, Cuirs et peaux, 1947, p. 19), à comparer à : Une grenouille fraîchement dépouillée (Hist. sc., 1957, p. 1541).
P. anal.
[Le compl. d'obj. dir. désigne un élément dont on enlève ce qui constitue l'enveloppe] Ils dépouillent un œuf de sa coque (J. Rostand, Genèse vie,1943, p. 144).
[Le compl. d'obj. dir. désigne du maïs, du chanvre dont on détache la partie récoltée] Les contes que les paysans de Gascogne disent, dans les soirs d'automne, après souper, sur l'aire des métairies, en dépouillant le maïs (A. France, Vie littér.,1892, p. 73; cf. Jammes, Géorgiques, Chant 5, 1912, p. 15 et Pesquidoux, Livre raison, 1925, p. 15).
[Le compl. d'obj. dir. désigne des chairs enlevées ou qui se détachent] En dépouillant les chairs avec précaution, autour de cette piqûre (Balzac, Annette,t. 4, 1824, p. 8).Emploi pronom. à sens passif. Je sens se dépouiller mes os (Jouve, Trag.,1922, p. 19).
b) [Ce qui subit l'action est un être humain, parfois défunt, ce que l'on ôte est qqc. que l'homme porte sur lui, en partic. un vêtement] Retirer, enlever.
[Gén. avec compl. second. désignant ce qui est enlevé] Des serviteurs les [les jeunes princes] dépouillèrent de leurs gorgerins d'émaux, de leurs ceinturons et de leurs glaives (Gautier, Rom. momie,1858, p. 231).Ses femmes la [la reine] dépouillent de son armure et la revêtent de ses ornements royaux (Valéry, Variété III,1936, p. 117).On dépouilla les cadavres de leurs habits (Queffélec, Recteur,1944, p. 25).
[Sans compl. second.] Dévêtir, déshabiller. Il ordonna que le cadavre de l'amant fût dépouillé comme l'autre, (...) les corps (...) demeurèrent nus au bas des degrés (A. France, Puits Ste Claire,1895, p. 284):
1. Agésilas, pour encourager ses hommes, fit un jour dépouiller les Perses prisonniers; à la vue de ces chairs blanches et molles, les Grecs se mirent à rire... Taine, Philos. de l'art,t. 2, 1865, p. 194.
c) [Ce qui subit l'action est un végétal, ce qui est ôté est le feuillage] Faire tomber les feuilles, la végétation. L'hiver dépouille les arbres de leurs feuilles (Ac.1798-1932).Bois silencieux que novembre dépouille (Moréas, Stances,1901, p. 13).
P. ext. [Ce qui est ôté est l'écorce] Scapin taillait de son couteau une baguette qu'il dépouillait d'écorce (Gautier, Fracasse,1863, p. 159).
Emploi pronom. à sens passif. Se dépouiller feuille à feuille. Les troncs des platanes se dépouillent de leur écorce (A. France, Pt Pierre,1918, p. 101).Les arbres se dépouillent de leurs feuilles (Faral, Vie temps St Louis,1942, p. 82).Une futaie de hêtres se dépouillait lentement, laissant choir une à une ses feuilles (La Varende, Sorcière,1954, p. 183).
P. anal., surtout au part. passé ou en emploi pronom. à sens passif. Se dégarnir de ce qui normalement se trouve au sommet (comme le feuillage à la cime de l'arbre). Déjà mon front se dépouille; je sens un Ugolin, le temps, penché sur moi, qui me ronge le crâne (Chateaubr.Mém.,t. 1, 1848, p. 427).Comme c'était au matin et qu'il [Fontanes] n'était ni coiffé ni poudré, sa tête parut plus dépouillée de cheveux (Sainte-Beuve, Portr. littér.,t. 2, 1844-64, p. 275).
d) Emplois spéc.
LITURG. CATH. (cérémonie du Jeudi Saint). Dépouiller les autels. Enlever temporairement, en les pliant, les nappes qui recouvrent normalement les autels. Après la messe, on dépouille l'autel pour signifier que le Sacrifice est suspendu et jusqu'au Samedi ne sera plus offert à Dieu (Dom G. Lefebvre, Missel quotidien et vespéral,Abbaye de St André, s.v. messe du Jeudi Saint).
SCULPT. Cf. dépouille2ex.
2. P. ext. [Ce que l'on ôte et que désigne le compl. second. est qqc. qui appartient en propre à qqn ou à qqc.]
a) [Avec une idée de violence, de contrainte] Priver quelqu'un ou quelque chose de ce qui lui appartient en propre, généralement par la force.
α) [Ce qui subit l'action et que désigne le compl. d'obj. dir. est un être humain]
[Ce que l'on ôte est une chose, un bien matériel] Dépouiller qqn de tous ses biens, dépouiller les cadavres de leurs bijoux. Synon. déposséder.Elle n'était venue que pour la dépouiller de son misérable petit pécule de prison (E. de Goncourt, Élisa,1877, p. 221).En son absence [du roi d'Angleterre] Philippe Auguste et Jean Sans Terre avaient commencé à le dépouiller de son royaume (Grousset, Croisades,1939, p. 281):
2. Hélas! c'est l'ex-abbaye qu'il me faut dire, un des premiers exploits de la Révolution, en Artois, ayant été de dépouiller les Bénédictins de Saint-Vaast de leurs biens meubles et immeubles. Verlaine, Œuvres posthumes,t. 2, Souvenirs, 1896, p. 236.
[Sans compl. second.] Enlever, arracher son argent, ses biens à quelqu'un. J'ai vu des mères dépouillant leurs enfants, des maris volant leurs femmes (Balzac, Chabert,1832, p. 146).Le fisc nous dépouille (A. France, Lys rouge,1894, p. 254).Des bandits (...) qui, pistolet au poing, viennent rafler les enjeux et dépouiller les joueurs (Morand, New York,1930, p. 192).
[Ce que l'on ôte est une caractéristique, une valeur humaine] Dans le temps où il dépouille Jésus de sa divinité (Barrès, Voy. Sparte,1906, p. 46).Vous vous obstinez, en outre, à me dépouiller de ma réalité, à m'imposer une figure qui n'est pas la mienne (Audiberti, Mal court,1947, II, p. 172).
β) [Ce qui subit l'action est un élément concr. inanimé] Réformer le monothéisme occidental en le dépouillant de ses meilleures institutions (Comte, Catéch. posit.,1852, p. 371).Démantibuler un petit appareil de pesage automatique et le dépouiller de sa recette de gros sous (Gide, Journal,1914, p. 455):
3. Les enfants piétinent les gazons, cassent les branches des arbres, dépouillent de leurs boutons les buissons à fleurs. Et pas un parent pour arrêter cet absurde saccage, où même ils ne prennent pas grand plaisir. Il s'agit seulement de détruire et que ce qui devrait être à tous ne soit plus à personne. Gide, Journal,1942, p. 113.
b) [Sans idée de violence] Enlever quelque chose, causer la disparition de quelque chose.
α) [Ce qui subit l'action est un être humain] Guerre, aventure, avancement social, qui les [certains individus] dépouillent de leurs sentiments d'infériorité (Mounier, Traité caract.,1946, p. 508).
β) [Ce qui subit l'action est une chose concr. ou abstr.] « Voulez-vous savoir si un chant est beau? Dépouillez-le de ses accompagnements... » (Saint-Saëns, Harm. et mélod.,1885, pp. 5-6).Dépouiller la religion des pratiques superstitieuses qui la déshonoraient (A. France, Île ping.,1908, p. 178).L'analyse physico-chimique, en effet, a déjà réussi à dépouiller de leur mystère un grand nombre de phénomènes vitaux (J. Rostand, Vie et ses probl.,1939, p. 146):
4. La poésie est vérité, simplicité. Elle dépouille l'objet d'une crasse de symboles, de métaphores, au point de le rendre invisible, dur et pur. Cocteau, Essai de critique indirecte,1932, p. 195.
Spéc., GRAV. En principe la fonction de la pointe consiste à tracer le dessin en dépouillant le cuivre du vernis qui le recouvre (M. Lalanne, Grav. eau forte,1866, p. 21).
Emploi pronom. à sens passif. [En parlant de la grav.] Perdre de sa force en abandonnant une partie de ses éléments. Quand l'encre, contenant une trop grande quantité de vernis fort ne nourrit plus assez les traits du dessin, les finesses alors disparaissent et la composition « se dépouille » (Chelet, Lithogr.,1933, p. 43).
En partic. [Avec une idée d'amélioration par purification]
ESTHÉTIQUE, en partic. dans le domaine des arts plastiques et littér.Ôter, retirer les ornements afin de simplifier l'expression. Prenez une pièce de vers ou une page de grande éloquence; dépouillez-la de ses métaphores : il ne restera qu'un squelette! (Combarieu, Mus.,1910, p. 61).S'efforçant toujours de dépouiller ses discours de toute éloquence (Magnane, Bête à concours,1941, p. 234).
Dans le domaine de la mus.Il serait facile de reconstituer ici l'ossature primitive de la mélodie, en la dépouillant de ses ornements (D'Indy, Compos. mus.,t. 1, 1897-1900, p. 69).
ART CULIN. ,,Enlever à la cuiller les impuretés montant à la surface d'un mets pendant l'ébullition. Enlever le beurre ou la graisse apparaissant à la surface d'une sauce pendant la cuisson`` (Lasnet 1970).
ŒNOL., emploi pronom. à sens passif. [En parlant du vin] Perdre sa force (tout en gagnant en qualité) en vieillissant et en déposant les impuretés restées après fermentation. Il en est parfois des hommes comme de certains vins qui ont besoin de vieillir et de se dépouiller pour avoir toute leur saveur, toutes leurs qualités (Nerval, Fayolle,1855, p. 121).Les gouvernements sont comme les vins qui se dépouillent et s'adoucissent avec le temps (A. France, Opinions J. Coignard,1893, p. 77).
P. métaph. [Sans idée d'amélioration] Toutes les nourritures spirituelles qui l'avaient soutenue [Philomène] jusque-là, se dépouillaient de même et perdaient pour elle leurs douceurs fortifiantes (Goncourt, Sœur Philom.,1861, p. 68).
B.− [L'agent de l'action est aussi l'être qui subit cette action, le compl. désignant ce qui est ôté étant gén. accompagné d'un déterm. poss. réfl.] Perdre quelque chose, faire abandon de.
1. [Ce qui est ôté est qqc. qui couvre]
a) [En parlant d'un animal, en partic. pour désigner la mue] Abandonner, se dégager de (sa peau, son cocon, etc.)
α) Emploi trans. Dépouiller sa peau. Un papillon dépouille peu à peu sa chrysalide et s'envole (Courier, Lettres Fr. et It.,1808, p. 774).
Rem. Except., le compl. d'obj. désigne le corps et non ce dont l'animal se dégage : Les serpents dépouillent leur corps dans le conduit vert d'un fourré profond (Schwob. Monelle, 1894, p. 17).
P. métaph. Vous avez dépouillé la peau de la vieille noblesse, qui n'est plus de mise aujourd'hui (Balzac, U. Mirouët,1841, p. 134).
β) Emploi pronom. réfl. Un papillon qui s'est dépouillé de ses enveloppes (Maine de Biran, Journal,1820, p. 290).[Sans compl. second.] Les serpents se dépouillent tous les ans (Ac.1835-1932).
P. métaph. [Désiré] s'était dépouillé de la peau du provincial (Balzac, U. Mirouët,1841p. 8).L'humanité est en train de se dépouiller d'une de ses chrysalides (Amiel, Journal,1866, p. 147).
b) [En parlant d'un être humain; ce qui est ôté est qqc. que l'on porte sur soi]
α) Emploi trans. Dépouiller ses habits, sa redingote; dépouiller ses ornements sacerdotaux (cf. desservant ex. 2).Si j'avais pu me séparer de mes souvenirs de collège aussi précipitamment que j'en dépouillai la livrée... (Fromentin, Dominique,1863, p. 129).Cette robe de plage (...) je la dépouille en me tortillant comme une couleuvre qui abandonne sa peau (H. Bazin, Lève-toi,1952, p. 16).
P. métaph. [P. réf. à St Paul, Ép. aux Colossiens, III, 9-10 : Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau] Dépouiller le vieil homme. Se défaire de ses mauvais penchants, des inclinations d'une nature corrompue; p. ext. renoncer à ses habitudes anciennes. Il n'a pas dépouillé le vieil homme; il reste, par l'esprit, citoyen de la vieille petite planète (A. France, Vie littér.,1890, p. 43).On a beau s'y ingénier; jamais on ne dépouille entièrement le vieil homme (Léautaud, Essai de sentiment.,1899, p. 56).
Expr. anal. Tous les jeunes gens qui se présentaient chez lui (...) étaient de petits Talma. Il fallait six mois pour leur faire dépouiller le grand acteur, et voir s'ils avaient quelque chose en propre (Stendhal, Rome, Naples et Flor., t. 1, 1817, pp. 12-13).S'étant vu inculquer autrefois, et ayant gardé à son insu, le respect de certains sujets, il croyait dépouiller l'universitaire en prenant avec eux des hardiesses qui, au contraire, ne lui paraissaient telles, que parce qu'il l'était resté (Proust, Swann,1913, p. 251).
β) Emploi pronom. réfl. Se dépouiller de ses vêtements. Se dépouiller de cet accoutrement de marche forcée (Sand, Jacques,1834, p. 269).Le prêtre se dépouille de sa chasuble (Huysmans, Là-bas,t. 1, 1891, p. 64):
5. − Je vois ce qu'est Monsieur le curé, soupira Céleste, trop bon, trop tendre. Par ici, les gens sont durs. Monsieur le curé devra se défendre ou sans quoi... Elle fit comiquement le geste de se dépouiller de sa jupe et de son caraco. Bernanos, Un Crime,1935, p. 737.
Proverbe. Il ne faut pas se dépouiller avant de se coucher. ,,Il ne faut pas se dessaisir de son bien de son vivant, si l'on ne veut être à la merci d'autrui`` (J.-F. Rolland, Dict. mauv. lang., 1813, p. 51). Cf. Ac. 1798-1878.
2. [Ce qui est ôté est qqc. qui appartient en propre à qqn] Quitter, abandonner plus ou moins volontairement quelque chose.
a) [Ce que l'on abandonne est un bien matériel] Emploi pronom. réfl.
[Avec un compl. second.] Le jeune abbé songeait dès lors à se dépouiller de ses bénéfices et à tout quitter (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 5, 1859, p. 100).
[Sans compl. second.] Au temps où elle [Madame Burle] croyait à son fils, elle s'était dépouillée, il lui avait mangé ses petites rentes (Zola, Cap. Burle,1883, p. 8).S'ils se dépouillent, c'est pour une plus grande vie (et non pour une autre vie). C'est du moins le seul emploi valable du mot « dénuement » (Camus, Noces,1938, p. 83).
b) [Ce que l'on abandonne est une possession non matérielle, un caractère, une attitude, etc.]
α) Emploi trans. Je dépouillerai pour vous toute vanité (Balzac, Langeais,1834, p. 261).Quel repos ce sera de dépouiller ma défiance! (Gide, Caves,1914, p. 825).Pour simplement dépouiller cette crainte, qui avait dominé notre enfance, des pensums et des retenues (Saint-Exup., Courr. Sud,1928, p. 10).
Rem. Cet emploi peut parfois être rapproché de l'emploi I B 1 b α. Quant à lui, il dépouilla sa placidité, plus vite qu'un homme n'ôte sa veste, et bondit hors des fauteuils (Barrès, Serv. All., 1905, p. 64).
β) Emploi pronom. réfl. Se dépouiller d'habitudes, de son nom. Ursule Creton (...) ne pouvait se dépouiller de la rancune qu'elle nourrissait contre la femme qui avait favorisé la passion de sa belle-sœur et du comte (Champfl., Bourgeois Molinch.,1855, p. 312).Cette espèce agressive de sincérité dont je tends à me dépouiller (Valéry, Corresp.[avec Gide]. 1899, p. 355).Il faut se dépouiller du goût français lorsqu'on visite les églises espagnols (T'Serstevens, Itinér. esp.,1933, p. 42).
Rem. 1. Dans tous les cas où l'emploi trans. et l'emploi pronom. réfl. existent parallèlement, le 1erest senti comme vieilli ou littér., le 2ecomme usuel. 2. La docum. atteste l'emploi adj. du part. prés. La doctrine mortifiante et dépouillante de Condren (Bremond, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 437).
II.− [L'idée dominante est celle d'extraction, de sélection]
A.− [En vue d'une étude approfondie]
1. CRIT. [Le compl. d'obj. dir. désigne des documents] Soumettre à une lecture attentive, à une analyse critique afin de dégager les éléments requis par une recherche précise. Dépouiller un dossier, un inventaire, un registre. Vous allez dépouiller cette correspondance; (...) et vous me montrerez votre classement, vos pointages (Vallès, J. Vingtras,Bachel., 1881, p. 373).Sainton et Rathery ont dépouillé 230 cas de maladie de Parry et trouvé 10 cas de mydriase (Souques dsNouv. Traité Méd.,fasc. 8, 1925, p. 201):
6. Au lieu de chercher des documents sur les actes, sur les personnes mêmes des Jacobins, il faudrait dépouiller les archives des ordres religieux qui existaient à cette époque. Huysmans, En route,t. 2, 1895, p. 294
2. P. ext.
a) Par obligation ou habitude professionnelle, prendre connaissance du contenu, en en retenant l'essentiel. Ce travail consistait à dépouiller les journaux, à en extraire le moindre article, le mot, où l'on parlait de son ministre, avec le nom de la feuille consigné en marge (A. Daudet, Évangéliste,1883, p. 151).Élisabeth revenue d'Oxford pour servir au bureau qui dépouille la presse étrangère (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 173).
b) Ouvrir et lire pour une connaissance plus ou moins approfondie. Heures du courrier, chauds moments de la vie d'écrivain! Lacérées les enveloppes, dépouillées les lettres d'inconnus (Colette, Fanal,1949, p. 127):
7. M. Jules d'Escorailles, qu'il avait pris pour secrétaire, dépouillait la correspondance, sur un coin du bureau. Il ouvrait soigneusement les enveloppes avec un canif, parcourait les lettres d'un coup d'œil, les classait. Zola, Son Excellence E. Rougon,1876, p. 216.
B.− [En vue de connaître les résultats d'un comptage] Dépouiller un recensement.
Dépouiller un vote, un scrutin. Extraire les bulletins de vote de l'urne et compter les voix ou suffrages, afin de dégager le résultat de l'élection. Le jeudi 20 décembre 1848, l'Assemblée constituante, (...) étant en séance, à la suite d'un rapport du représentant Waldeck-Rousseau, fait au nom de la commission chargée de dépouiller le scrutin pour l'élection de la présidence de la République... (Hugo, Nap. le Pt,1852, p. 3).Ils [les secrétaires] dépouillent les votes par bulletins ou constatent le résultat des votes à main levée ou par « assis et levés » (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 410).
Rem. Canada 1930 et Dionne 1909 attestent, entre autres, les sens suiv. a) Être en pente. Le chemin dépouille; ce chemin va en dépouillant. b) Glisser sur une pente. La voiture va en dépouillant. Ces sens sont peut-être à rattacher à tailler en dépouille (cf. dépouille2A).
Prononc. et Orth. : [depuje], (je) dépouille [depuj]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1135 despoillier [aucun, de ses dras (vêtements)] (Le Couronnement de Louis, 1305 ds T.-L.); [ses armes à aucun] (Ibid., 2173); 2. ca 1265 [sa pel] (en parlant d'un serpent) « quitter sa peau » (Brunet Latin, Tresor, éd. Carmody, I, CXXXXII); 3. 1erquart xiiies. « enlever à quelqu'un ce qu'il a pour se l'approprier » (Reclus de Molliens, Miserere, 91, 9 ds T.-L.); 4. 1580 fig. despouiller « enlever » (Montaigne, Essais, II, XII, éd. A. Thibaudet, p. 532); 5. 1611 « dépecer un animal après lui avoir ôté la peau » (Cotgr.); 6. 1690 « analyser (...) un livre, un registre » (Fur.). Du lat. class. despoliare « dépouiller, spolier » et « dépouiller de ses vêtements, dénuder » en lat. impérial. Fréq. abs. littér. : 1 237 (dépouillant : 128). Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 506, b) 1 730; xxes. : a) 1 540, b) 1 267.
DÉR.
Dépouillage, subst. masc.a) Action de retirer la peau d'une bête morte. Synon. dépouillement (cf. ce mot I A 1 a).Après la mort de l'animal et son dépouillage (Bérard, Gobilliard, Cuirs et peaux,1947, p. 27).P. ext. Le dépouillage d'ancienne toile, y compris le nettoyage des portes-tapisserie. Opération qui consiste à supprimer une toile posée sur des bâtis pour protéger le papier contre l'humidité (Robinot, Vérif., métré et prat. trav. bât.,6, 1930, p. 81).b) Action d'enlever la peau ou l'écorce d'un végétal. Le dépouillage du grain à la traîne et au rouleau demandait les mêmes préparatifs (Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 145). [depuja:ʒ]. 1reattest. 1921 id.; du rad. de dépouiller, suff. -age*. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Gottsch. Redens. 1930, p. 302, 382.

Wiktionnaire

Verbe

dépouiller \de.pu.je\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se dépouiller)

  1. Mettre à vif un animal en lui enlevant la peau.
    • Dépouiller un lièvre, un lapin, une anguille.
    • Devant la porte, encadrant un grand paysage de plaine, agrandi encore par le vent, la femme du garde dépouillait de belles anguilles toutes vives. — (Alphonse Daudet, Paysages gastronomiques, dans Contes du lundi, 1873, Fasquelle, collection Le Livre de Poche, 1974, page 210.)
    • Un soir, Simonet venait de tuer le veau et le laissait se refroidir, avant de le dépouiller, ce qui est contraire à toutes les règles de la boucherie et d’un effet reconnu déplorable sur la qualité de la viande à débiter. — (Marcel Jouhandeau, Chaminadour, Gallimard, 1941 et 1953, collection Le Livre de Poche, page 38.)
  2. (Par extension) Démunir, dégarnir de ce qui couvre.
    • Zariffa et ses compagnes dépouillaient les orangers de leurs fruits vermeils, que les hommes alignaient dans des caissettes de bois. — (Out-el-Kouloub, Zariffa, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
  3. (Figuré)
    • On concevra donc que si le débourreur est placé à une certaine distance du cylindre d’entrée, les peignes passant par dessus le dépouilleront de toutes les parties de laine en trop et les entraîneront avec eux. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature ; 1re partie : Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)
  4. (Figuré) Priver une personne, une collectivité, une chose organisation de sa propriété, de ce qui lui appartient.
    • Je défie le plus scrupuleux défenseur de la propriété de contester ces principes, à moins se déclarer ouvertement qu’il entend par ce mot le droit de dépouiller et d’assassiner ses semblables. — (Maximilien de Robespierre, Sur les subsistances, séance de la Convention du 2 décembre 1792)
    • L’expérience montre que la bourgeoisie se laisse facilement dépouiller, pourvu qu’on la presse quelque peu et qu’on lui fasse peur de la révolution […] — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence Chap. I, Lutte de classe et violence, 1908)
    • Mais, sous la Convention, l’exaltation des passions atteint son paroxysme. La lutte, de politique qu’elle était, devient antireligieuse. La Révolution pourchasse les prêtres, brime les croyants, dépouille les églises […] — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
  5. Examiner un compte, un dossier, un registre pour en donner l’état abrégé, l’extrait, le sommaire.
    • Dépouiller une revue, des archives, des registres. — Dépouiller un dossier, un compte, un inventaire.
  6. (Par analogie) Compter les suffrages d’un scrutin.
  7. (Par analogie) (Comptabilité) Analyser dans le détail, en parlant d’un compte.
  8. (Quelquefois) Se dépouiller d’une chose. — Note : Il a alors pour complément d’objet le nom qui désigne la chose ôtée.
    • Le Déjeuner sur l'herbe (1959-1960) de Manet : il en force le côté partousard en dépouillant les hommes de leurs habits noirs et en les lestant de testicules généreux. — (Suzanne Ferrieres-Pestureau, « La violence mobilisée pour conjurer la peur de la femme et de la mort », chap. 12 de La violence à l’œuvre, Éditions du Cerf, 2018)
    • Le ver à soie dépouille sa première forme. — Dépouiller ses vêtements.
    • (Figuré) Dépouiller tout sentiment humain. Dépouiller l’orgueil, la vanité.
  9. (Pronominal) Quitter sa peau, muer, en parlant de certains animaux.
    • Les serpents se dépouillent tous les ans.
  10. (Pronominal) (Par extension) Perdre une partie de ses qualités spéciales, du fait de sa vieillesse, pour un vin.
  11. (Pronominal) (Par extension) Se Démunir, se dégarnir de ce qui couvre.
    • […] elles se dépouillaient elles-mêmes en toute hâte de leurs bijoux, que les bandits empochaient avec des grimaces de plaisir. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • Arrivé dans ce local, M. le curé se dépouilla de son surplis, qu’il accrocha dans une armoire ad hoc déjà encombrée de vêtements sacerdotaux et dont il referma la porte sur moi. — (Beausapin, « Les Aventures d'une punaise : racontées par elle-même », dans La Gaudriole, vol. 2, 1892, p. 404)
    • La donation entre vifs est un acte par lequel le donateur se dépouille actuellement et irrévocablement de la chose donnée en faveur du donataire qui l’accepte. — (Article 894, Code civil, France, version en vigueur au 1er janvier 2007)
    • (Figuré) Se dépouiller de ses erreurs, de ses préjugés.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DÉPOUILLER. v. tr.
Mettre à vif un animal en lui enlevant la peau. Dépouiller un lièvre, un lapin, une anguille.

SE DÉPOUILLER, se dit du Phénomène par lequel certains animaux quittent leur peau. Les serpents se dépouillent tous les ans. Par extension, il se dit d'un Vin à qui la vieillesse a fait perdre une partie de ses qualités spéciales. Par extension, il signifie encore Démunir, dégarnir de ce qui couvre. Les voleurs l'ont dépouillé de tout ce qu'il portait sur lui. Il s'est dépouillé de ses vêtements pour se jeter à la nage. L'hiver dépouille les arbres de leurs feuilles. Un arbre se dépouille de ses feuilles. Le chêne se dépouille très tard. Fig., Se dépouiller de ses erreurs, de ses préjugés. Il signifie, au figuré, Priver une personne, une collectivité, une chose personnifiée de sa propriété, de ce qui lui appartient. Dépouiller un homme de son bien, de ses emplois, de ses honneurs. Un père qui se dépouille de ses biens en faveur de ses enfants. Vous vous dépouillez au profit d'un ingrat. Il signifie aussi Examiner un compte, un dossier, un registre pour en donner l'état abrégé, l'extrait, le sommaire. Dépouiller une revue, des archives, des registres. Dépouiller un dossier, un compte, un inventaire. On dit dans un sens analogue Dépouiller un scrutin, Compter les suffrages. Il a quelquefois pour complément d'objet le nom qui désigne la chose ôtée et alors il signifie Se dépouiller de cette chose. Le ver à soie dépouille sa première forme. Dépouiller ses vêtements. Fig., Dépouiller tout sentiment humain. Dépouiller l'orgueil, la vanité. Fig., Dépouiller le vieil homme, se dépouiller du vieil homme signifie, en termes d'Écriture sainte, Se défaire des inclinations de la nature corrompue; et, dans le langage familier, Renoncer à ses vieilles habitudes. On a dit, dans un sens analogue, Dépouiller l'homme, pour signifier Perdre les sentiments humains, les faiblesses humaines. Fig., Un style très dépouillé, Un style dont tout ornement est exclu.

Littré (1872-1877)

DÉPOUILLER (dé-pou-llé, ll mouillées, et non dé-pou-yé) v. a.
  • 1Ôter la peau d'un animal. Dépouiller un lièvre, une anguille.
  • 2Ôter à quelqu'un ses vêtements. On l'a dépouillé de tous ses habits. … leurs habits charmés, malgré nos vains efforts, Sont des brasiers secrets attachés à leurs corps ; Qui veut les dépouiller, lui-même les déchire, Corneille, Médée, V, 1.
  • 3Enlever aux arbres leurs fruits, leurs feuilles, à la terre ses moissons. L'hiver dépouille les arbres de leurs feuilles. Si des gens fussent venus pour dépouiller vos vignes, ne vous auraient-ils pas laissé quelques raisins ? Sacy, Bible, Jérémie, XLIX, 9. Tantôt, comme une abeille ardente en son ouvrage, Elle s'en va de fleurs dépouiller le rivage, Boileau, Art p. II.

    Absolument. Récolter. Le fermier a dépouillé cette année pour mille écus de grains. C'est au fermier à dépouiller cette année.

  • 4Quitter en parlant d'un vêtement, et, en général, de ce qui nous enveloppait ; en ce sens, il ne s'emploie que dans le style soutenu. Dépouiller ses vêtements. Le ver à soie dépouille alors sa première forme, et devient papillon.

    Fig. Si votre ambition ne va qu'à la couronne, Je dépouille pour vous l'éclat qui m'environne, Rotrou, Antig. I, 6. [Elle] Semble avoir dépouillé cet orgueil indomptable…, Corneille, Perthar. II, 5. Ah ! c'en est trop enfin, et mon âme blessée Dépouille un vieux respect où je l'avais forcée, Corneille, Héracl. V, 3. Prenez mes sentiments et dépouillez les vôtres, Rotrou, Vencesl. I, 3. Dépouillez devant eux l'arrogance d'auteur, Boileau, Art p. I. Non, il faut à tes yeux dépouiller l'artifice, Racine, Esth. II, 1. Je tremble qu'Athalie… Et d'un respect forcé ne dépouille les restes, Racine, Athal. I, 1. Avez-vous dépouillé cette haine si vive ? Racine, ib. II, 5. On est bien aise de voir que Mithridate n'avait pas dépouillé toute humanité, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. X, p. 224, dans POUGENS. Zamore au même instant dépouillant sa colère, Voltaire, Alz. V, 2. Celui-ci [le czar] n'ayant pas dépouillé la rudesse de son éducation et de son pays, aussi terrible à ses sujets qu'admirable aux étrangers, Voltaire, Charles XII, 4.

    Dépouiller l'homme, perdre les sentiments humains, ou les faiblesses humaines. Qu'on a de peine à dépouiller entièrement l'homme, dit Pyrrhon, Fénelon, Pyr.

    En termes de l'Écriture, dépouiller le vieil homme, se dépouiller du vieil homme, quitter ses anciennes et mauvaises habitudes. Ma raison s'est troublée et mon faible a paru ; Mais j'ai dépouillé l'homme et Dieu m'a secouru, Corneille, Théod. V, 3.

  • 5Enlever à quelqu'un ce qu'il a. Les voleurs l'ont entièrement dépouillé. Tâche à t'en revêtir [de ma gloire], non à m'en dépouiller, Corneille, Hor. IV, 7. Plus il me ferait honte et mettrait en lumière Le crime d'en avoir dépouillé l'héritière, Racine, Brit. II, 3. C'est par cette dernière grâce que la mort change de nature pour les chrétiens, puisque, au lieu qu'elle semblait être faite pour nous dépouiller de tout, elle commence, comme dit l'Apôtre, à nous revêtir et nous assure éternellement la possession des biens véritables, Bossuet, Duch. d'Orl. Le rude hiver des années dernières acheva de la dépouiller de ce qui lui restait de superflu… et l'aumône lui apprenait à se retrancher tous les jours quelque chose de nouveau, Bossuet, Anne de Gonz. Chaque femme demandera à sa voisine et à son hôtesse des vases d'or et d'argent, et des vêtements précieux ; vous en habillerez vos fils et vos filles, et vous dépouillerez l'Égypte, Sacy, Bible, Exode, III, 22. Je n'aurais point pour eux dépouillé l'orphelin, Voltaire, Tancr. I, 1. Quand il sut… que les paysans russes… qu'il faisait payer généreusement afin d'en attirer d'autres, étaient dépouillés de ces vivres qu'ils nous apportaient, par nos soldats affamés…, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 8.

    Dans le même sens, avec un nom de chose. Les vainqueurs dépouillèrent les musées. L'inquiétude dont il était ressaisi se décelait par des ordres de colère ; ce fut alors qu'il fit dépouiller les églises du Kremlin de tout ce qui pouvait servir de trophée à la grande armée, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 10.

    Fig. Faut-il qu'un seul sentiment dépouille ainsi toute la vie ? Staël, Corinne, XVII, 8.

  • 6Peler, dénuder. L'eau bouillante lui a dépouillé toute la jambe. La gangrène a dépouillé l'os.
  • 7 Terme de mouleur. Dépouiller une figure moulée, ôter toutes les pièces du moule et tout ce qui a servi au travail.
  • 8 Terme de marine. Dépouiller une côte, tomber sous le vent de cette côte. Peu usité.
  • 9Faire le relevé, l'examen sommaire ; établir le compte de. Dépouiller un inventaire. Dépouiller le scrutin.

    Dépouiller un livre, un registre, en faire des extraits, en tirer tout ce qui s'y trouve d'utile, ou de remarquable.

  • 10Se dépouiller, v. réfl. S'ôter ce qui enveloppe. Il s'est dépouillé de ses habits pour se jeter à la nage. Les serpents se dépouillent tous les ans. Quoi ! Seigneur, dit-elle, vous voulez détruire cette parure ? Pour prévenir votre colère, je commencerai moi-même à m'en dépouiller, Bossuet, la Vallière. L'homme ne périt pas tout entier : il ne fait que se dépouiller de son enveloppe terrestre, et n'est que transformé, Bonnet, Œuvres mél. t. XVIII, p. 205.

    Par extension. La terre se dépouille de sa verdure. Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques, Racine, Esth. III, 9. Les arbres toujours verts transpirent moins en temps égal que ceux qui se dépouillent, Bonnet, Contempl. nat. 6e part. ch. 3.

    Se dénuder. La gangrène s'étant étendue, l'os se dépouilla.

    Se dépouiller en faveur de quelqu'un, se dessaisir de ce qu'on possède. Amasser du bien avec de grands travaux, élever une fille avec beaucoup de soin et de tendresse, pour se dépouiller de l'un et de l'autre entre les mains d'un homme qui ne nous touche de rien, Molière, Am. méd. I, 5. Ne pouvant encore se dépouiller d'un héritage qu'il n'a pas, il se dépouille au moins par avance de ses droits, Bourdaloue, 3e dim. après Pâques, Domin. t. II, p. 103. Les femmes se dépouillèrent avec joie de tous leurs ornements pour fournir aux frais de la guerre, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 351, dans POUGENS.

    Fig. Renoncer. César, se dépouillant du pouvoir souverain, Nous ôtait tout prétexte à lui percer le sein, Corneille, Cinna, III, 4. Je me dépouillerai de toute passion, Rotrou, Vencesl. IV, 6. Dépouillonsnous ici d'une vaine fierté, Boileau, Sat. X. De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé, Racine, Athal. III, 7.

    Se dépouiller se dit aussi d'un liquide qui, par le repos ou en vieillissant, se débarrasse des particules qui en troublaient la transparence. Mettez ce vin en bouteille ; il s'y dépouillera. L'air se dépouille ainsi des vapeurs nuisibles, Bonnet, Contempl. nat. 5e part. ch. 14.

    PROVERBE

    Il ne faut pas se dépouiller avant que de se coucher, c'est-à-dire il ne faut pas se dessaisir de son bien, le partager à ses enfans ou héritiers, de son vivant.

SYNONYME

DÉPOUILLER un vêtement, se DÉPOUILLER d'un vêtement ; DÉPOUILLER l'orgueil, l'amour, se DÉPOUILLER de l'orgueil, de l'amour. Des auteurs ont cherché à établir une différence entre ces locutions, mais, quelque attention qu'on y porte, on ne peut distinguer entre elles aucune nuance réelle.

HISTORIQUE

XIIe s. Touz nuz soit despoillez ses cors et ses façons, Ronc. p. 200. Mais quant il ot chanté, n'esteit pas despuilliez [de ses ornements pontificaux] ; Mais iloec s'est asis einsi apareilliez, Th. le mart. 35. Il vos convint primerains despoillier : En la fontaine entrerez tos premiers, Raoul de C. 293.

XIIIe s. Tantost il fait la pucelle despoiller [deshabiller] et desceindre ; Et la batit d'un frein là où [il] la put ateindre, Audefroi le Bastard, Romancero, p. 14. Et Aliste ma fille je ferai despoillier [déshabiller], Berte, X. Le drap dessus sa robe [ils] lui font tost despoillier, ib. XI. Sachiez, ne m'est mie legier De ma pelice despoillier, Ren. 19584. L'en ne doit rien priser moillier [femme] Qui homme bée à despoillier, la Rose, 4594. Se aucuns est depollez et requiert estre resaisiz, il ne souffist pas tant solemant de dire que il ait esté despolliez, Liv. de just. 21. Et si ne li deut on pas despouillier sa robe qu'il a acoustumé à vestir à cascun jor, Beaumanoir, LIV, 7.

XVe s. Ceste nuyt, qui fut la tierce, le dit duc ne se despouilla oncques, seullement se coucha par deux ou trois fois sur son lict, Commines, II, 9.

XVIe s. C'est le prix de l'espée que vous cherchez, non de la gaine : vous n'en donnerez à l'adventure pas un quatrain, si vous l'avez despouillée, Montaigne, I, 325. Il deffendoit aux siens de despouiller leurs ennemis vaincus, Montaigne, I, 353. Les peres disent : je ne me veulx pas despouiller devant que m'aller coucher, Montaigne, II, 75. Nostre ame leur faict desvestir et despouiller leurs conditions corruptibles, Montaigne, II, 198. Hercules et Bacchus, qui par l'excellence de leur vertu despouillerent ce qu'il y avait de mortel et de passible en eulx, Amyot, Pélop. 30. Parquoy, après avoir dressé un trophée, et despouillé les morts, s'en retournerent en leurs maisons bien joyeux, Amyot, ib. 32. Ilz ne despouillerent leurs armes, ne desbriderent leurs chevaulx, ny ne feirent penser leurs playes, que…, Amyot, ib. 61. Alors il quittoit et despouilloit le manteau de capitaine, Amyot, Crassus et Nicias, 5. Omphale oste secrettement le masque à Hercules, et luy despouille sa peau de lion, Amyot, Anton. et Démét. 4. La demoiselle de la Mothe qui ne despouilloit point [ne se déshabillait], et avoit du feu en sa chambre, r'allie quelques soldats…, D'Aubigné, Hist. II, 60. Tout abricot despouille nettement son noiau, au contraire l'auberge [l'alberge] le tient fermement, De Serres, 678. Quand tes sages propos depouillerent l'escorce De tant d'opinions que frivoles j'avois, Ronsard, 252.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DÉPOUILLER. Ajoutez :
11 Terme de magnanerie. Se dit du ver à soie qui se débarrasse de son enveloppe. Elle remarqua, un jour, qu'un beau ver, à la quatrième mue, n'avait pas pu se dépouiller complétement, et que partie de ce dépouillement étranglé à l'avant-dernier anneau de l'insecte formait un sac assez plein, J. Santy, Mém. d'Agriculture, etc. 1870-71, p. 261.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

DÉPOUILLER un compte, un livre, un journal, un registre, en termes de Commerce, c’est en extraire les articles, les parties, les sommes, ou les autres choses dont on a besoin pour son commerce ou pour ses affaires. Dictionn. de Comm. de Trév. & Chambers. (G)

Dépouiller, (Fondeur en sable.) Les Fondeurs de menus ouvrages appellent dépouiller leurs modeles, les tirer du sable après les avoir légerement cernés tout-au-tour avec la tranche de fer. Voyez Fondeur en sable.

Dépouiller, (Jardin.) se dit quand on cueille tous les fruits d’un arbre, quand on lui coupe toutes les branches.

On le peut dire encore d’un oranger, d’un laurier qui se dépouille de ses feuilles, quand la séve ne les nourrit plus. (K)

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Étymologie de « dépouiller »

(1829) au sens de « relever les votes d'un scrutin », (1690) au sens d’« examiner un compte ». (XIIe siècle) De l’ancien français despoiller, du latin despoliare, de spoliare, « spolier ».
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Voy. DÉPOUILLE ; wallon, dispouii ; provenç. despuelhar, despolhar ; catal. despullar ; espagn. despojar ; ital. spogliare ; du latin despoliare, de de, et spoliare.

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Phonétique du mot « dépouiller »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
dépouiller depwijr

Évolution historique de l’usage du mot « dépouiller »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « dépouiller »

  • Dépouiller l’Histoire de sa vérité, c’est comme dépouiller quelqu’un d’une partie de sa personnalité. C’est un crime. De Haruki Murakami / 1Q84, Livre 1
  • Il n'y a que les pauvres qu'on puisse dépouiller. De Jean Cassou / Le livre de Lazare
  • La vraie force de l'intelligence n'est pas de comprendre les choses compliquées, mais de les dépouiller de ce qui les empêche d'être simples. De Pierre Billon / L'ultime alliance
  • La statistique est l'art de dépouiller les chiffres de toute la réalité qu'ils contiennent. "Un" égale "un", parfois ; le plus souvent : 1 = x. De Rémy de Gourmont
  • Heureux qui a quelque chose à donner, car à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. Paul Claudel, L'Otage, I, 1, Sygne , Gallimard
  • Heureux qui est dépouillé injustement, car il n'a plus rien à craindre de la justice. Paul Claudel, L'Otage, I, 1, Sygne , Gallimard
  • Le second tour des municipales est désormais joué pour les trente-cinq communes du Montreuillois dont les électeurs étaient appelés aux urnes ce dimanche, plus de trois mois après le premier tour. C’est maintenant une question de patience pour mettre fin au suspense, le temps de dépouiller les bulletins. La Voix du Nord, Trente-cinq communes du Montreuillois ont voté ce dimanche: suivez notre direct
  • Deux faux policiers ont été arrêtés mercredi par la police cantonale bernoise et placés en détention. Ils ont réussi à convaincre une femme que son argent n'était plus en sécurité. La victime s'est fait dépouiller de plus de 100'000 francs, avant de contacter la police. , 20 minutes - Elle se fait dépouiller de 100’000 francs avant de les balancer

Images d'illustration du mot « dépouiller »

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Traductions du mot « dépouiller »

Langue Traduction
Anglais strip
Espagnol tira
Italien striscia
Allemand streifen
Chinois 跳闸
Arabe قطاع
Portugais faixa
Russe полоса
Japonais ストリップ
Basque banda
Corse striscia
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Synonymes de « dépouiller »

Source : synonymes de dépouiller sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « dépouiller »

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