Laid : définition de laid, laide


Laid, laide : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

LAID, LAIDE, adj. et subst.

I. − Adjectif
A. − [L'appréciation est à dominance esthétique]
1. Qui, par sa forme, sa couleur, son aspect, son manque d'harmonie, est désagréable à voir et heurte l'idée que l'on se fait du beau. Trouver qqc. laid; ça fait laid; laide bâtisse en granit; laid au possible; comme tout est triste et laid! Le collège était laid, sale, mal odorant (France, Pt Pierre,1918, p. 268).L'appartement était petit, laid, misérable; son mobilier était sordide (Gide, Si le grain,1924, p. 419).
[En parlant d'un mot] Le mot clématite (qui n'est d'ailleurs pas laid) (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 43).
2. En partic.
a) [En parlant d'une pers., de son aspect physique, notamment de son visage, d'une attitude, d'une pose] Laid à faire peur, à faire fuir (le diable), à faire pleurer, à faire faire un écart à une mule, à dégoûter; laid comme un pou, une chenille, un démon; extrêmement, horriblement, effroyablement, monstrueusement, affreusement laid; laid de visage, de figure; avoir les yeux laids; une femme laide et même affreuse; laide et presque hideuse; des poses laides. La haine, surtout, rend laid; elle fait grimacer (Renan, Drames philos., Caliban, 1878, II, 1, p. 393).Un rire esclave est laid sur tout visage (Alain, Propos,1930, p. 919):
1. Il était laid : des cheveux crépus, courts et collés sur un crâne ovoïde; d'énormes oreilles; mais un regard chaud, pensif, et d'une tendresse inépuisable. Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 39.
En laid (loc. adv.). En accentuant la laideur. Ne trouves-tu pas qu'il ressemble en laid à la femme de chambre (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 24).
P. plaisant. Le sexe laid (p. oppos. à beau sexe). D'un côté étaient les fauteuils réservés aux dames, derrière le trône du roi et de la reine; de l'autre étaient les chaises destinées au sexe laid (About, Roi mont.,1857, p. 288).
b) [En parlant d'un animal] Un chat mouillé est laid (Alain, Propos,1930, p. 918).Des mouettes immobiles, laides et grises, semblables à des canards disgracieux, reposaient sur une patte (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 138).
3. P. anal., rare
a) [En parlant d'un son, d'un bruit] Synon. de désagréable.Il y a très peu de différence entre un son juste et harmonieux et un son faux ou laid, entre une belle courbe et un contour sans grâce (Alain, Propos,1921, p. 342).Une petite phrase musicale, toujours la même et fort laide (Green, Journal,1932, p. 82).
Emploi adv. Madame X..., m'écrivant sur une émission radiophonique de La Reine morte : « Un mot a sonné laid à mes oreilles : sueur » (Montherl., Notes théâtre,1954, p. 1075).
b) [En parlant d'une impression tactile] Un malséant corsage, de couleur morne, d'étoffe laide au toucher (Gide, Porte étr.,1909, p. 567).
c) [En parlant d'une abstraction] Sa laide ressemblance avec... Tout ce qui sent la peine ou demande grâce est laid (Alain, Beaux-arts,1920, p. 87).
4. Rare. [En parlant du temps] Synon. de mauvais.Un temps laid (p. oppos. à beau temps); il faisait laid et froid. Depuis que nous sommes ici il a fait assez laid (Flaub., Corresp.,1851, p. 301).Quand le temps est laid et rechignant, c'est d'un triste au milieu des landes (Pourrat, Gaspard,1925, p. 51).
5. P. plaisant. L'échapper laide (p. oppos. à l'échapper belle). Oui, dit-il : je l'ai échappé laide (Renard, Journal,1894, p. 231).
B. − [L'appréciation est à dominance morale]
1. [En parlant d'un comportement, d'une attitude, de paroles, d'une pensée] Qui inspire le mépris, la désapprobation. Synon. de vil.Une laide affaire; une laide et mauvaise action; sous de laides caresses; de laides pensées; que le vice est laid!; traverser des temps bien laids; la nature humaine est laide et mauvaise. Il y avait chez elles la jalousie, la haine de la fille tombée pour celle qui est demeurée propre, le désir, la laide et sourde envie de la faire déchoir à son tour (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 241).La vérité est si laide que je n'ose pas la regarder (J. Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 87):
2. Il y a dans Musset, à de certaines heures, dans Baudelaire plus souvent, dans Verlaine, dans Rimbaud, des nuances d'humeur noire, d'une humeur triste, subtile, piètre, laide, mesquine, mêlée de peur, d'angoisse. Barrès, Cahiers, t. 10, 1913, p. 182.
En laid. Le boulevard est plein de caricatures, toutes contre le peuple. On le représente grossier, débauché, crapuleux, semblable à la cour, mais en laid (Courier, Pamphlets pol., Livret de Paul-Louis, vigneron, 1823, p. 165).
Rare. [En parlant d'une pers. ou d'une collectivité] Le paysan sans religion est la plus laide des brutes (Renan, Avenir sc.,1890, p. 489).Une compagnie si pharisaïque, si médiocre, si laide par tant de côtés (Bloy, Journal,1904, p. 238).
2. Fam. C'est laid de + inf.; il est laid de + inf.; ce qui est laid, c'est de + inf.Comme c'est laid d'être jaloux, d'être indiscret. Ce qui est absurde et laid c'est d'envoyer des tas de malheureux paysans, qui n'en ont pas la moindre envie, s'entr'égorger comme des pourceaux (Alain-Fournier, Corresp. [avec Rivière], 1905, p. 174).Se méfier, c'est laid et lâche (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 399).Mon pauvre petit. Comme c'est laid, n'est-ce pas, de vivre? (Anouilh, Répét.,1950, IV, p. 110).
II. − Emploi subst.
A. − Masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est laid. Anton. le beau.C'est d'un laid!
1. [Correspond à I A supra] Il est des cœurs épris du triste amour du laid (Gautier, 1ervers deRibeira ds España, Paris, Fasquelle, 1845).Les romantiques avaient cru que l'art était surtout dans le laid (Michelet, Peuple,1846, p. 16).L'enrichissement du village précipite son évolution vers le banal et le laid (Jocard, Tour. et action État,1966, p. 170):
3. − Enfin! vont dire ici les gens qui, depuis quelque temps, nous voient venir, nous vous tenons! vous voilà pris sur le fait! Donc, vous faites du laid [romain ds le texte] un type d'imitation du grotesque un élément de l'art! Mais les grâces... mais le bon goût... Ne savez-vous pas que l'art doit rectifier la nature? qu'il faut l'anoblir? Les anciens ont-ils jamais mis en œuvre le laid et le grotesque? Hugo, Préf. Cromwell, Paris, Gallimard, 1963 [1827], p. 417.
2. [Correspond à I B supra] Ce n'est pas une raison pour m'irriter contre le laid, contre le crime, contre l'enfer, contre les bourreaux (Massis, Jugements,1923, p. 99).
B. − Masc. ou fém. Celui qui est laid, celle qui est laide. Cette petite-vérole est pourtant bonne à quelque chose, c'est une excuse pour les laids. Moi, par exemple, ne puis-je pas dire que sans elle j'étais joli garçon? (Courier, Lettre Fr. et It.,1809, p. 805).Qu'elle aille au diable, la laide! (Claudel, Violaine,1892, I, p. 496):
4. Quand elles arrivent dans nos villes, avec leurs superbes bagages, les belles à peu près nues sous leur soie ou leur fourrure, les laides portant arrogamment leur laideur comme une beauté parce que c'est une laideur étrangère, c'en est fini, dans l'armée et dans l'art, de la paix des ménages. Giraudoux, Amphitr. 38,1929, I, 3, p. 44.
Prononc. et Orth. : [lε], fém. [lεd]. Ds Passy 1914 fém. [lε:d] (var.). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Ca 1100 « désagréable, horrible, odieux, repoussant (d'une personne) » (Roland, éd. J. Bédier, 3238 : La premere [eschele] est des Canelius les laiz). A. Adj. 1. 1155 « qui est d'aspect désagréable » (Wace, Brut, 1563 ds T.-L. : Methael fu la plus laie); 2. a) 1155 « horrible » (Id., op. cit., 9176, ibid. : laide destructïun); b) ca 1160 « qui inspire le mépris » (Moniage Guillaume, I, 347, ibid. : cose laide); ca 1160 lait tens (Eneas, 192, ibid.); 1160-74 li roiz... mout li fet leide chere (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 175). B. Subst. 1. 1121-34 faire grant lait « causer un préjudice » (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1104 ds T.-L.); 2. 1668 « laideur » (Racine, Plaideurs, III, 3). De l'a. b. frq. laiþ « désagréable, contrariant, rebutant », de la même famille que l'all. leid, adj. et Leid, subst. « mal, peine, souffrance, douleur » (cf. Kluge20et Duden Etymol.), et qui correspond à l'a. h. all. leid « désagréable, affligeant »; m. h. all. leid « id. ». Le sens primitif « désagréable, outrageant, odieux », attesté dès le début du xiies. en fr., s'est maintenu dans les dér. dialectaux, comme le norm. laidure « outrage » et le manceau laidanger « outrager », v. FEW t. 16, p. 439b. Le sens esthétique, bien que déjà attesté au tout début du xiies. ne s'est répandu qu'à partir du xives., et a fini par évincer le sens premier du mot. Fréq. abs. littér. : 2 570. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 671, b) 4 644; xxes. : a) 4 481, b) 3 467.
DÉR.
Laidement, adv.a) [Correspond à I A supra] Sa mère tombait dans de brefs sommeils comme dans des trous et ronflait laidement (Mauriac, Génitrix,1923, p. 384).Grand'mère, ma mère, mes grandes tantes, ma cousine Alice, avaient toutes des boucles d'oreilles qui en tiraillaient laidement les bouts gras ou maigres (Gyp, Souv. pte fille,1927, p. 61).b) [Correspond à I B supra] Elle le savait bien, que cela finirait; et ce qu'elle ferait au bout de cette impasse, elle l'avait décidé aussi. Seulement, pourquoi si vite? Pourquoi si laidement? (A. Daudet, Pte paroisse,1895, p. 168).À la nouvelle que le capitaine de Soissons avait de la sorte agi laidement, contre son honneur, Jeanne s'écria (France, J. d'Arc, t. 2, 1908, p. 163).[lεdmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1878. 1resattest. a) ca 1100 « péniblement, douloureusement » (Roland, éd. J. Bédier, 2573), b) ca 1100 « d'une manière outrageuse, injurieuse » (ibid., 2581); de laid, suff. -(e)ment2*. Fréq. abs. littér. : 10.
BBG.Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, p. 229. - Nilsson-Ehle (H.). Vx fr. lait, laidement. Rom. Philol. 1954/55, t. 8, pp. 79-90. - Quem. DDL t. 17.

Laid, laide : définition du Wiktionnaire

Adjectif

laid \lɛ\

  1. Qui a quelque défaut qui se remarque dans les proportions, dans les formes ou dans les couleurs qui constituent la beauté chez les hommes et chez les animaux.
    • C'est M. Lefèvre, l’ancien acteur des Variétés, qui a fait éclore un jour cette phrase dans la bouche de mademoiselle Juliette, une figurante laide et rousse qu'Odry, par antiphrase, appelait Joliette. — (Joachim Duflot, Les secrets des coulisses des théâtres de Paris: mystères, mœurs, usages, Paris : chez Michel Lévy frères, 1865, p. 90)
    • Cet enfant est bien constitué, mais il est laid de visage. — Elle est laide à faire peur. — Ce chien est des plus laids.
  2. Qui est désagréable à voir.
    • Ce meuble est laid.
    • Cette maison, cette tapisserie, cette étoffe est fort laide.
    • Le temps est bien laid.
  3. Qui est déshonnête, contraire à la bienséance, au devoir.
    • Ce que vous faites là, ce que vous dites là est laid.
    • Mauvaise putain qui me mignote, se frotte à moi, se dit toute prise d’amour, profite de la faiblesse que j’ai pour elle, et me berne quand je dors, et me dérobe mon sceau de roi ? Ne sais-tu pas qu’il n’est acte plus laid, pire que vol ? Que d’aucuns sujet (sic) en mon royaume, fût-ce le plus grand, je ne tolérerais qu’il usât du cachet d’autrui sans le faire bâtonner ? Et c’est du mien qu’on se sert ! — (Maurice Druon, Les Rois maudits, tome 6, « Le Lis et le Lion »)
    • Bien et mal sont d'ailleurs intimement liés à beau et laid. Une mauvaise action est qualifiée d'affreuse au même titre qu'une peinture jugée inesthétique. On dit à un enfant : « C'est très laid ce que tu as fait là », et on parle d'un beau geste. — (Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse, La Table Ronde, Pocket spiritualité, 1999, p. 371)

Nom commun

laid \lɛ\ masculin (pour une femme on dit : laide)

  1. Une personne laide.
    • Fi ! Le laid !
    • Fi ! La laide !
    • Une fausse laide.
    • On pense tous secrètement que les choses viennent plus facilement aux gens beaux; ce sont les laids qui doivent faire l'effort de devenir créatifs et de se distinguer en sortant des proverbiaux « sentiers battus ». — (Thomas O. St-Pierre, Miley Cyrus et les malheureux du siècle, éditions Atelier 10, Montréal, 2018, p. 51.)
  2. (Au masculin) En parlant des choses.
    • Ils accepteront la division en homme productif et en homme de culture. Cette division elle-même est un phénomène culturel, comme la croyance à l’esprit et à la matière, au bien et au mal, au beau et au laid. — (Henri Laborit, Éloge de la fuite, 1976, Le Livre de poche, page 52-53)
    • Les romantiques ont fait une place toute nouvelle à l’expression du laid dans la littérature.
    • Je vous ai dit le beau de l’aventure, mais voici le laid.
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Laid, laide : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LAID, LAIDE. adj.
Qui a quelque défaut qui se remarque dans les proportions, dans les formes ou dans les couleurs qui constituent la beauté chez les hommes et chez les animaux. Cet enfant est bien constitué, mais il est laid de visage. Elle est laide à faire peur. Ce chien est des plus laids. Il signifie généralement Qui est désagréable à voir. Ce meuble est laid. Cette maison, cette tapisserie, cette étoffe est fort laide. Le temps est bien laid. Il signifie, dans le langage familier, Qui est déshonnête, contraire à la bienséance, au devoir. Ce que vous faites là, ce que vous dites là est laid.

LAID s'emploie aussi substantivement. Fi! le laid! Fi! la laide! Une fausse laide. Il s'emploie encore comme nom masculin, en parlant des Choses. Le beau et le laid en art. Les romantiques ont fait une place toute nouvelle à l'expression du laid dans la littérature. Je vous ai dit le beau de l'aventure, mais voici le laid.

Laid, laide : définition du Littré (1872-1877)

LAID (lè, lè-d' ; le d se lie dans les cas rares où cet adjectif précède son substantif : un lè-t animal ; Chifflet, même en ce cas, dit que le d ne se prononce pas, Gramm. p. 213. Autrement, il ne se lie pas, prononcez : lè à faire peur ; au pluriel, l's se lie : de lè-z animaux) adj.
  • 1Qui déplaît à la vue, pour quelque défectuosité dans la forme ou la couleur, en parlant du corps et de ses parties. Un visage laid. Elle a les mains laides, la gorge laide. Elle est laide à faire peur. Il est laid comme une chenille. M. Arnauld [le célèbre Arnauld] est un petit homme noir et laid, né à Paris, fils d'un savant avocat qui a autrefois plaidé vigoureusement contre les jésuites, Patin, Lettres, t. II, p. 237. On ne saurait dire si Ésope eut sujet de remercier la nature, ou bien de se plaindre d'elle ; car, en le douant d'un très bel esprit, elle le fit naître difforme et laid de visage, La Fontaine, Vie d'Ésope. Mlle d'Arpajon est fiancée aujourd'hui à Versailles avec M. le comte de Rouci ; on veut qu'il ait dit à Mlle d'Arpajon : Mademoiselle, encore que vous soyez laide, je ne laisserai pas de vous bien aimer, Sévigné, 7 fév. 1689. Guilleragues disait hier que Pellisson abusait de la permission qu'ont les hommes d'être laids, Sévigné, 5 janv. 1674. Ne trouvez-vous pas qu'elle ressemble à Javotte (c'était une fille qui la servait, et qui en effet me ressemblait, mais en laid) ? Marivaux, Marianne, 5e part. Et si c'était un monstre ? - Oh ! tais-toi ; tu m'excèdes ; Les personnes d'esprit sont-elles jamais laides ? Piron, Métromanie, II, 8. J'ai souvent remarqué que, dans les villages où la pauvreté est moins grande que dans les autres villages voisins, les hommes y sont aussi mieux faits et les visages moins laids, Buffon, Hist. nat. homme. Quoiqu'il [Cratès] fût laid de visage et bossu, il inspira la passion la plus violente à Hipparchia, sœur du philosophe Métrocle, Diderot, Opin. des anc. phil. (cyniques).

    Familièrement. Un laid magot, homme extrêmement laid ; une laide guenon, femme extrêmement laide.

    Il se dit aussi des animaux. Un chien fort laid.

  • 2En général, désagréable à voir. Cette maison est laide. Le temps est bien laid aujourd'hui. Ils me firent laide grimace, Scarron, Virg. III. Un magister, s'empressant d'étouffer Quelque rumeur parmi la populace, D'un coup dans l'œil se fit apostropher, Dont il tomba faisant laide grimace, Rousseau J.-B. Épigr. I, 25.
  • 3Déshonnête, contraire à la bienséance, au devoir. Ce que vous dites là est bien laid. Il est bien laid à vous d'avoir manqué à votre promesse.
  • 4 S. m. et f. Celui qui est laid, celle qui est laide. Fi ! le laid ! Mlle de Noailles, sans exception, la plus aimable laide du monde, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 22 fév. 1706. Si une laide se fait aimer, ce ne peut être qu'éperdument, La Bruyère, IV.
  • 5 S. m. Ce qui est laid, par opposition au beau. Des artistes ont préconisé le laid.

    Ce qu'il y a de laid en quelque chose. Je vous ai dit le beau de l'aventure, mais voici le laid. Mais le premier [le début du plaidoyer], monsieur, c'est le beau. - C'est le laid, Racine, Plaid. III, 3.

    PROVERBE

    Il n'y a point de belle prison ni de laides amours, il n'y a point de prison qui plaise, ni de femme aimée qui ne plaise.

HISTORIQUE

XIe s. La premiere [eschele, escadron] est des Canelius les laiz, Ch. de Rol. CCXXXV.

XIIe s. Signor, dit l'apostoles, moult est cist hontes [du masculin] lais, Sax. X. Il nous orent jugié à mort laide et vilaine, ib. XX. Prendre mari est chose à remenant ; N'est pas marchés qu'on laist quant [on] se repent ; Tenir l'esteut [il faut le tenir], soit lait ou avenant, Romanc. p. 73. Membrer [souvenir] vous doit que laide cruauté Fait qui ocist son lige home demaine, Couci, XI. Signor, seje vous di le voir [vrai], D'un affaire tous certains sui ; Ferés m'en vous lait [du mal] ne anui ? Le lai d'Ignaurès.

XIIIe s. [Elle] Mout faisoit laide chere [figure] et mout ert [était] emplorée, Berte, XVI. Cil jour [il] fit mout lait temps et de froide maniere, ib. X. Si nous semble que des ores en avant nous averiesmes nul lait [honte] dou rendre le castiel, Chr. de Rains, 139. Quant aucuns est tenus en prison par lais dis ou por ce qu'il ne veut respondre en cort, Beaumanoir, XXX, 25. Lede estoit et sale et foulée Cele ymage, et megre et chetive, Et aussi vert cum une cive, la Rose, V. 196. … il ne fu onques nulz lais amans Ne laide amie ; ensi en est li dis [le dit], Poésies franç. Vatic. f° 169, dans LACURNE.

XVIe s. Disant qu'il trouvoit cela laid et mal seant à une personne d'honneur, que de tenser ses serviteurs, et quereller avec eulx pour son ventre, Amyot, Caton, 44. Quant à sa personne, il n'estoit pas laid de son visage, Amyot, Philop. 3. La couleur en est belle, ressemblant au velours orangé ; mais tant plus laide en est la senteur, puante, et qui pis est mal saine, De Serres, 572. Le cas sera tenu et reputé pour laid et vilain, Nouv. coust. gén. t. II, p. 13.

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Laid, laide : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

LAID, adj. (Gram. Mor.) se dit des hommes, des femmes, des animaux, qui manquent des proportions ou des couleurs dont nous formons l’idée de beauté ; il se dit aussi des différentes parties d’un corps animé ; mais quoi qu’en disent les auteurs du dictionnaire de Trévoux, & même ceux du dictionnaire de l’académie, on ne doit pas dire, & on ne dit pas quand on parle avec noblesse & avec précision, une laide mode, une laide maison, une étoffe laide. On fait usage d’autres épithetes ou de périphrases, pour exprimer la privation des qualités qui nous rendroient agréables les êtres inanimés ; il en est de même des êtres moraux ; & ce n’est plus que dans quelques proverbes, qu’on emploie le mot de laid dans le sens moral.

Les idées de la laideur varient comme celles de la beauté, selon les tems, les lieux, les climats, & le caractere des nations & des individus ; vous en verrez la raison au mot Ordre. Si le contraire de beau ne s’exprime pas toujours par laid, & si on donne à ce dernier mot bien moins d’acceptions qu’au premier, c’est qu’en général toutes les langues ont plus d’expressions pour les défauts ou pour les douleurs, que pour les perfections ou pour les plaisirs.

Laid se dit des especes trop différentes de celles qui peuvent nous plaire, & difforme se dit des individus qui manquent à l’excès des qualités de leur espece ; laid suppose des défauts, & difforme suppose des défectuosités : la laideur dégoûte, la difformité blesse.

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Étymologie de « laid »

Étymologie de laid - Littré

Provenç. laid, laig, lait, lag, lai ; ital. laido ; du germanique ; anglo-sax. ladh, odieux ; anc. haut allem. leid, désagréable ; suéd. led. Laid a donc signifié haïssable, avant de signifier vilain. Le latin lædere, à cause du sens, ne peut entrer en ligne de compte ; læsus n'aurait pu donner les sens que laid a dans l'historique, et que l'étymologie germanique justifie très-bien.

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Étymologie de laid - Wiktionnaire

Du vieux-francique *laiþ « désagréable, contrariant, rebutant », équivalent de l’anglo-saxon ladh (« odieux »), de l'ancien haut allemand leid (« désagréable »), qui se retrouve en allemand sous la forme leid. Laid a d’abord eu un sens purement moral (qui subsiste dans les dialectes cf. cauchois faire laid à « contrarier, faire honte ») avant de signifier vilain.
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Phonétique du mot « laid »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
laid play_arrow

Citations contenant le mot « laid »

  • C'est très laid les scrupules. C'est ce qui défigure le criminel. De Pierre Drieu La Rochelle / Gilles
  • Un homme qui possède un compte chez Cartier ne peut être considéré comme laid. De Caroline Otéro / Souvenirs et vie intime
  • Le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille. De Victor Hugo / Cromwell
  • Quand on est laid, on n'a jamais vingt ans. De Jean Anouilh / L'invitation au château
  • Il ne faut pas retourner certaines vertus : leurs envers est plus laid que bien des vices. De Marie d’Agoult
  • Le monde est aussi laid que le péché, et presque aussi agréable. De Frederick Locker-Lampson
  • Il était si laid que, lorsqu'il faisait des grimaces, il l'était moins. De Jules Renard
  • Un homme laid ne doit pas reprocher au miroir d’être de travers. De Proverbe chinois
  • La résolution chrétienne de considérer le monde comme laid et mauvais a rendu le monde laid et mauvais. De Friedrich Nietzsche / Le gai savoir
  • Tête fort chevelue embellit le beau et enlaidit le laid. De Plutarque / Vies parallèles
  • Souvent le cochon le plus laid a la meilleure part. De Proverbe italien
  • Le laid peut être beau, le joli, jamais. De Paul Gauguin
  • C'est laid un homme qui a peur. De Jean Anouilh / Antigone
  • Le mot "peinture" est laid ! De René Magritte
  • Le laid est beau et le beau est laid. William Shakespeare, Macbeth, I, 1, les sorcières
  • Guilleragues disait hier que Pellisson abusait de la permission qu'ont les hommes d'être laids. Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, Correspondance, à Mme de Grignan, 5 janvier 1674
  • Si une laide se fait aimer, ce ne peut être qu'éperdument. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Du cœur

Traductions du mot « laid »

Langue Traduction
Corse brutta
Basque itsusiak
Japonais 醜い
Russe уродливый
Portugais feio
Arabe البشع
Chinois 丑陋
Allemand hässlich
Italien brutta
Espagnol feo
Anglais ugly
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Synonymes de « laid »

Source : synonymes de laid sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « laid »



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