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Sort

Variantes Singulier Pluriel
Masculin sort sorts

Définitions de « sort »

Trésor de la Langue Française informatisé

SORT, subst. masc.

A. −
1. Puissance imaginaire à laquelle est prêtée le pouvoir de présider au destin des hommes et de déterminer le déroulement de leur vie lorsque certains événements semblent dus au hasard. Synon. destin, destinée, hasard.Sort fatal, funeste; heureux, mauvais sort; conjurer le mauvais sort; être favorisé par le sort; les cruautés, les malices du sort.
Ironie du sort. V. ironie A.Coup du sort. V. coup C 2 b.
2. [Dans une interj. exprimant la colère, le dépit, l'étonnement] Hé! monstre de sort! on dirait Monsieur Tartarin (A. Daudet, Tartarin de T., 1872, p. 97).Bon sang de sort de bon dieu de bois! s'exclama La Guillaumette qui le suivait de l'œil (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 29).Coquin* de sort!
B. −
1.
a) [À propos d'un événement possible] Ce qui échoit, ce qui doit arriver à quelqu'un du fait du hasard ou d'un concours de circonstances. Synon. avenir, destin, destinée, fortune (vx).Avoir confiance en son sort; abandonner qqn à son sort; décider de son sort; le sort qui attend qqn; être maître de son sort. Aussi fus-je fort inquiet sur le sort de Lanrezac jusqu'au moment où j'appris que, grâce aux précautions prises par lui, la cavalerie allemande était maintenue en dehors de la zone de marche de nos colonnes (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 354).Nous tenons notre sort entre nos mains: jamais il n'y eut tant d'espoir sur la terre! (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 96).
[P. méton.] Le sort de Troie, des empires. Moi jamais, dans l'erreur de mes illusions, je n'aspire à régler le sort des nations (Delille, Homme des champs, 1800, p. 56).
b) P. anal. Un à un, les mots de ralliement qui ont exprimé la vie, la modification, l'espérance, la promesse, la « bonne nouvelle », et qui ont servi à agglomérer les énergies indépendantes, ont perdu leurs sucs vitaux. Tel fut le sort réservé, tour à tour, aux mots chrétienté, commune, roi, parlement (J.-R. Bloch, Dest. du S., 1931, p. 171).
2. En partic. Situation matérielle ou sociale d'une personne, ou d'une catégorie de personnes. Être heureux, content de son sort; adoucir, améliorer, envier, jalouser le sort de qqn; être résigné à son sort; jouir d'un sort enviable; gémir, se plaindre de son sort; s'intéresser au sort de; le sort des déshérités, des malheureux; sort affreux, déplorable, enviable, heureux, malheureux. Pierre de Bétancourt, frère de l'ordre de saint François (...) fut touché du sort des esclaves, qui n'avoient aucun lieu de refuge pendant leurs maladies (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 509):
Je quittais son bureau ayant arraché quelque concession qui allait adoucir le sort immédiat de mes camarades: l'octroi d'un peu de bois, une attribution de linge, le renouvellement des capotes en mauvais état. Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 341.
Loc. verb. Faire un sort à qqn. Le favoriser, améliorer sa situation matérielle. Il est bien entendu, reprit Mirouët, que je ne donne les cent mille francs qu'au mariage de notre parente, à qui je veux faire un sort par considération pour défunt mon oncle (Balzac, U. Mirouët, 1841, p. 205).
C. −
1. Issue, destination finale d'une chose, d'une affaire en cours. Tel fut le sort de son livre (Ac.1878, 1935).
Sort de la guerre, d'un combat. Issue heureuse ou malheureuse (d'une guerre, d'un combat). Nous n'avions pas encore livré la grande bataille qui devait décider du sort de la guerre (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 366).
Loc. verb., fam. Faire un sort à qqc.
Accorder un traitement de faveur à quelque chose. Ce mot serait passé inaperçu, si vous ne lui aviez fait un sort en le répétant et en le commentant (Ac.1935).
Iron. En finir de manière radicale avec quelque chose. Faire un sort à une bouteille. (Dict. xxes.).
2. FIN. Sort principal. Capital placé pour assurer une rente. Sort principal d'une rente (Ac.1798-1878).
D. −
1. Hasard auquel on se remet pour effectuer un choix, pour décider de l'issue d'une affaire. Désigner par le sort; le sort décide de; tirage au sort. Voilà, chef. On a tiré au sort pour savoir celui qui viendrait. Et le sort est tombé sur moi (Anouilh, Antig., 1946, p. 160).La lecture du verdict de mort, la dégradation du militaire, le tirage au sort du peloton, le chargement des armes (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 162).
Loc. verb. Tirer qqc./qqn au sort. Recourir au hasard pour procéder à un partage, ou effectuer une désignation. Ne vaudrait-il pas mieux (...) tirer au sort trois membres du bureau? (A. Daudet, Tartarin Alpes, 1885, p. 137).
En partic. Mode de recrutement aux armées qui autrefois consistait à laisser désigner les conscrits par le hasard. (Ds Besch. 1845, Lar. 19e, GDEL).
2. ANTIQ. GR. ET LAT.
a) Dé dont on se servait pour rendre des oracles, sur lequel étaient inscrits des caractères dont on trouvait l'explication dans des tables. Les devins ont souvent utilisé les dés ou sorts sacrés, lorsqu'on venait les consulter (Religions1984).
b) Loc. verb. Jeter le sort. Recourir aux dés pour prendre une décision, pour opérer un choix. (Dict. xixeet xxes.).
Proverbe. Le sort en est jeté. [P. réf. à la phrase prononcée par César avant de franchir le Rubicon « alea jacta est »] Advienne que pourra, la décision est prise. Maintenant, le sort en est jeté. Toutes les dispositions sont prises (Billy, Introïbo, 1939, p. 248).
c) Au plur. Procédés magiques censés faire connaître l'avenir. Les païens nommaient Sorts une espèce de divination qui avait lieu, soit au moyen de dés (...); soit en ouvrant au hasard un livre (Bouillet1859).
d) Objets auxquels il est prêté un pouvoir magique pour se préserver des maléfices. Il avait des amulettes et des espèces de sorts suspendus au cou (Chateaubr., Itinér. Paris Jérus., t. 1, 1811, p. 64).
E. − Effet malfaisant qui atteint quelqu'un ou quelque chose, et qui résulte de pratiques de sorcellerie. Synon. maléfice.Il a fallu que j'aille dans le Bas-Diauville pour une vache qui avait l'enfle; ils croyaient que c'était un sort (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 129).[L'abbé] connaissait (...) des paroles mystérieuses pour écarter les sorts (Maupass., Une Vie, 1883, p. 204).
Il y a un sort (fam.). Une mauvaise chance préside à une entreprise. Il y a un sort sur tout ce qu'il fait (Ac.1878-1935).
Mauvais sort. Fatalité qui s'acharne contre quelqu'un, quelque chose, à la suite de paroles ou de pratiques magiques. Des fées barbues projetaient, dans un regard, sur la nouvelle épouse, le mauvais sort (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 20).
Loc. verb. Jeter un sort. Lancer à quelqu'un une malédiction, ensorceler quelqu'un. Elle se nommait Marcelle parmi les hommes, était belle comme le jour et avait épousé un magot nommé Dupont, dont elle était folle, car les fées raffolent des magots. Elle jeta un sort sur mon berceau et partit aussitôt pour les pays d'Outre-Mer, avec son magot (France, Pt Pierre, 1918, p. 11).
Prononc. et Orth.: [sɔ:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. a) Fin xes. « puissance imaginaire supposée fixer le cours de la vie; hasard » sort en gitad « tirer au sort; jouer pour faire un partage » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 270); b) 1833 dans un juron, une exclamation marquant le dépit, la colère, l'étonnement tripaillon de sort (Vidal, Delmart, Caserne, p. 147); 1872 coquin de sort! (A. Daudet, Tartarin de T., p. 1); 2. ca 1120 « ce qui échoit, ce qui doit arriver à quelqu'un du fait du hasard, des circonstances; destin, fortune » (Psautier Oxford, 30, 18 ds T.-L.); 3. a) ca 1120 sorz jeterent « recourir aux dés pour prendre une décision » (Philippe de Thaon, Bestiaire, 2467, ibid.); 1609 fig. le sort en est jeté (Malherbe, Poésies, XXXII, 41 ds Œuvres compl., éd. L. Lalanne, t. I, p. 135); b) 1752 « mode ancien de recrutement des armées » tirer au sort pour la milice (Trév., s.v. tirage); 4. 1330 « fonds qui a été placé en rente, capital » (12 janv., Ord., II, 60 ds Gdf.); 1559 sort principal (Amyot, Caton, 45 ds Littré); 5. a) 1546 « condition matérielle et sociale d'une personne » (Rabelais, Tiers Livre, éd. M. A. Screech, Prologue, p. 15); 1561 « destination finale, issue imposée par le hasard » (J. Grevin, César, éd. L. Pinvert, p. 44); b) 1604 le sort des armes (Montchrétien, David, acte IV ds Tragédies, éd. L. Petit de Julleville, p. 226); c) 1827 faire le sort à qqc. « fait valoir quelque chose; satisfaire » (Hugo, Cromwell, Paris Hetzel Quantin, 1881, V, 5, p. 465); cf. 1883 faire un sort à chaque syllabe (Fustier, Suppl. dict. Delvau, p. 552); 1896 faire un sort à qqc. « l'utiliser à son profit » (Delesalle, Dict. arg.-fr. et fr.-arg., p. 272). II. 1. a) Ca 1100 « parole, regard, maléfice qui, selon une croyance supersticieuse, peut produire des effets extraordinaires et presque toujours malfaisants » le plus souvent au plur. (Roland, éd. J. Bédier, 3665); en partic. 1165 au sing. (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 28792); 1807 mauvais sort (Staël, Corinne, t. 1, p. 200); b) 1680 fam. il y a un sort (Sévigné, Corresp., éd. R. Duchène, t. 2, p. 794); 2. ca 1130 « prophétie, oracle » (Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 426); en partic. au plur. fin xives. « tablettes que l'on tirait au hasard d'une urne et qui portaient les reprises d'un oracle » (Froissart, Chron., éd. L. Mirot, t. 12, p. 221, ligne 8); 3. 1546 « divination pratiquée au moyen d'un ouvrage ouvert au hasard en interprétant le passage qui tombait le premier sous les yeux » sors Homeriques et Virgilianes (Rabelais, op. cit., chap. 10, p. 80, titre); 4. 1811 « objets auxquels on attribue des pouvoirs magiques » des amulettes et des espèces de sorts (Chateaubr., Itinér. Paris Jérus., p. 64). Du lat. class. sortem, acc. de sors qui désignait plusieurs procédés de tirage au sort, en partic. pour consulter les dieux, d'où les sens d'« oracle », « destin, lot, part »; le genre fém. du mot lat. se retrouve parfois en a. et m. fr. ainsi que dans l'ital. sorte et l'esp. suerte. Fréq. abs. littér.: 5 402. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9 966, b) 7 978; xxes.: a) 6 460, b) 6 309. Bbg. Quem. DDL t. 17, 28, 32.

Wiktionnaire

Nom commun - français

sort \sɔʁ\ masculin

  1. La destinée considérée comme cause des divers événements de la vie.
    • Le sort en a ainsi ordonné. - Les caprices du sort. - Le sort aveugle. - Le sort jaloux.
    • Nous serons heureux en dépit du sort. - Braver, affronter, supporter les coups du sort. - Se plaindre du sort. - être poursuivi, accablé par le sort.
  2. Effet de la destinée ou de la rencontre fortuite des événements bons ou mauvais.
    • Vous verrez […] que nous serons côte à côte au festin. Quel singulier hasard, en vérité ! Depuis deux heures le sort nous marie… — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre V)
    • Le temps était calme et le navire dériva vers l’Équateur, sans que l’équipage se souciât de son sort. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 419 de l’édition de 1921)
    • Nos vétérans, du Québec et du Canada, ont connu les guerres justes. Mais leur sort, lui, trop souvent, ne l’aura pas été. — (Josée Legault, Se souvenir de quoi, au juste?, Le Journal de Montréal, 12 novembre 2020)
  3. (En particulier) Condition ou état d’une personne sous le rapport de la richesse.
    • Ah ! si j’avais de quoi vous faire un sort, je serais tellement heureux que je n’ose ni ne veux y penser. Sans amis, […] m’unir à une douce, pieuse, charmante femme comme vous, Elfy […], ce serait trop de bonheur ! — (Comtesse de Ségur, L’Auberge de l’Ange-Gardien, 1888)
    • Le dogme de la réincarnation […] a malheureusement l’effet pervers de contraindre les déshérités à la résignation, puisque leur lamentable sort présent dépend de mauvaises actions d’une vie antérieure. — (Louis Dubé, La sagesse du dalaï-lama : Préceptes et pratique du bouddhisme tibétain, dans Le Québec sceptique, n°66, été 2008, page 5)
  4. Condition des choses, ce qu'il leur advient.
    • Tel fut le sort de son livre. - Son discours assura le sort de cette proposition. - Ce système eut le sort de beaucoup d’autres.
  5. Manière de décider quelque chose par le hasard.
    • Le sort est tombé sur un tel. - Le sort en a décidé autrement. - Tirer au sort.
  6. (Superstition) Ensemble de paroles, de regards, de caractères, de maléfices par lesquels, suivant une croyance superstitieuse, on peut produire des effets extraordinaires, et presque toujours malfaisants.
    • Ces pauvres gens disent qu’on a jeté un mauvais sort sur leurs troupeaux. - Il prétend qu’on lui a jeté un sort.
    • Et quand la lignée des Monarques est faillie, & que le droit est dévolu aux états, en ce cas il est beaucoup plus sûr d'y procéder par sort, ayant fait chois des plus dignes, ou de ceux qui font égaux, que d'entrer aux termes d'élection: comme il se fît entre les sept Princes de Perse: pourvu que Dieu y soit appelé, en gardant la forme des anciens Hébreux, qui disaient, Seigneur Dieu donne le sort: à fin que tout charme, & sortilège en soit hors. Ainsi le grand Samuel, quand il fut question de faire un Roy nouveau, fît assembler tout le peuple, & le sort fut tiré des douze lignées: & la lignée de Benjamin étant venue, on tira les familles de Benjamin: & en la famille de Cis le sort tomba sus Saül, que Samuel avait au paravant sacré par le mandement de Dieu, afin qu'on ne pensât point que le Royaume fût dévolu fortuitement. — (Jean Bodin, Livre sixième, «Les six livres de la République de J. Bodin», Paris, 1577)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SORT. n. m.
La destinée considérée comme cause des divers événements de la vie. Le sort en a ainsi ordonné. Les caprices du sort. Le sort aveugle. Le sort jaloux. Nous serons heureux en dépit du sort. Braver, affronter, supporter les coups du sort. Se plaindre du sort. Être poursuivi, accablé par le sort. Il se dit de l'Effet de la destinée, de la rencontre fortuite des événements bons ou mauvais. Je plains votre sort. Son sort est heureux. Son sort est déplorable. Il se plaint continuellement de son sort. Personne n'est content de son sort. Je veux partager votre sort. Ordonnez de mon sort. Vous êtes l'arbitre de mon sort. Mon sort est dans vos mains. C'est un triste sort que le sien. Il se dit particulièrement de la Condition, de l'état d'une personne sous le rapport de la richesse. Cette succession améliorera son sort. Il a réglé par son testament le sort de ses trois enfants. Faire un sort à quelqu'un. Il désigne aussi la Condition des choses. Tel fut le sort de son livre. Son discours assura le sort de cette proposition. Ce système eut le sort de beaucoup d'autres. Fig., Faire un sort à une chose, La propager, la faire valoir. Ce mot serait passé inaperçu si vous ne lui aviez fait un sort en le répétant et le commentant.

SORT désigne encore la Manière de décider quelque chose par le hasard. Le sort est tombé sur un tel. Le sort en a décidé. Tirer au sort. Fig., Le sort en est jeté, Le parti en est pris. Fig., Le sort des armes, Le combat, considéré relativement à l'incertitude du succès. Il a voulu tenter une troisième fois le sort des armes.

SORT Se dit aussi de Paroles, de regards, de caractères, de maléfices par lesquels, suivant une croyance superstitieuse, on peut produire des effets extraordinaires, et presque toujours malfaisants. Ces pauvres gens disent qu'on a jeté un mauvais sort sur leurs troupeaux. Il prétend qu'on lui a jeté un sort. Fig. et fam., Il y a un sort sur tout ce qu'il fait, Rien de ce qu'il fait ne lui réussit.

Littré (1872-1877)

SORT (sor ; le t ne se lie pas : un sor infortuné ; au pluriel, l's ne se lie pas : des sor infortunés ; cependant quelques-uns la lient : des sor-z infortunés) s. m.
  • 1Destinée, considérée comme cause des événements de la vie, suivant l'idée des anciens. Défions-nous du sort, et prenons garde à nous Après le gain d'une bataille, La Fontaine, Fabl. VII, 13. Chacun songe comment il s'acquittera de sa condition ; mais, pour le choix de la condition et de la patrie, le sort nous le donne, Pascal, Pens. XXV, 80, édit. HAVET. Que si d'un sort fâcheux la maligne inconstance Vient par un coup fatal faire tourner la chance, Boileau, Sat. IV. Jeunes et tendres fleurs par le sort agitées, Racine, Esth. I, 1. Dans le vulgaire obscur si le sort l'eût placé…, Racine, Ath. II, 7. Montrez-nous, héros magnanimes, Votre vertu dans tout son jour ; Voyons comment vos cœurs sublimes Du sort soutiendront le retour, Rousseau J.-B. Ode à la fortune. Je gémissais du sort qui m'avait amené là, comme si ce sort n'eût pas été mon ouvrage, Rousseau, Confess. II. Quand le sort une fois a marqué sa victime, Rien ne change l'arrêt, injuste ou légitime, Ducis, Macbeth, I, 1. Plus nous sommes heureux, plus le sort nous fait peur, P. Lebrun, le Cid d'And. II, 3.

    On le personnifie quelquefois. Le Sort, de sa plainte touché, Lui donne un autre maître, La Fontaine, Fabl. VI, 9.

  • 2Effet de la destinée, rencontre fortuite des événements. Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures, On pense en être quitte en accusant son sort, La Fontaine, Fabl. V, 11. Je ne crois point que la nature Se soit lié les mains et nous les lie encor Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort, La Fontaine, ib. VIII, 16. Enfin il faut céder à votre sort ; vous avez soutenu l'État, qui est attaqué par une force invincible et divine, Bossuet, Reine d'Anglet. De quelle importance, de quel éclat, de quelle réputation au dedans et au dehors il était d'être le maître du sort du prince de Condé ! Bossuet, le Tellier. Les dieux me sont témoins qu'à vous plaire bornée, Mon âme à tout son sort s'était abandonnée, Racine, Mithr. III, 5. Peu faite pour être ouvrière, Dans les cartes cherchons mon sort, Béranger, Cartes.
  • 3Il se dit quelquefois pour vie. Tous les miens, à mes yeux, terminèrent leur sort, Voltaire, Alz. I, 1.
  • 4 Particulièrement. État d'une personne par rapport à la condition, à la richesse. Cette succession améliorera son sort. La splendeur de son sort doit hâter sa ruine, Racine, Ath. II, 7.

    Un sort, une condition, avec l'idée de quelque chose de durable et de définitif. Faire un sort à quelqu'un. Votre Excellence m'a gratifié de la conciergerie du château ; c'est un fort joli sort, Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 5. Le sort qu'un bon maître assure toujours à un domestique sincèrement affectionné, Genlis, Théât. d'éduc. la March. de modes, sc. 9.

  • 5 Fig. Condition des choses, comparée au sort des hommes. L'idolâtrie semblait triompher : elle regardait le christianisme comme une nouvelle secte de philosophie qui avait le sort de toutes les autres, Bossuet, Hist. II, 12. Tel fut chez nous le sort du théâtre comique, Boileau, Ep. VII. Le sort que le public a daigné faire à Pyrrhus, tout brillant qu'il a été…, Crébillon, Ép. déd. de Pyrrh. Un homme célèbre qui a assez vécu pour sa réputation, mais trop peu pour le progrès des sciences, Pascal, sentit combien il était important d'assurer le sort de la conception de Torricelli, Condillac, Traité des syst. 16.
  • 6Le sort principal d'une rente, le capital placé (acception vieillie ; on dit : le principal, le capital). Aucun ne leur ouvrit sa bourse [aux trois animaux commerçants] ; Et le sort principal, et les gros intérêts, Et les sergents, et les procès, Et le créancier à la porte Dès devant la pointe du jour…, La Fontaine, Fabl. XII, 7. Si vous voulez m'assurer mon sort principal, Pascal, Prov. VIII.
  • 7 Terme d'antiquité. Le sort ou les sorts, prétendu moyen de connaître l'avenir, à l'aide de dés qu'on jetait. Le sort, qui s'appelle en hébreu phur, fut jeté dans l'urne devant Aman, pour savoir en quel mois et en quel jour on devait faire tuer toute la nation juive, Sacy, Bible, Esther, III, 7. Le sort est l'effet du hasard et comme la décision ou l'oracle de la fortune ; mais les sorts sont les instruments dont on se sert pour savoir quelle est cette décision ; les sorts étaient le plus souvent des espèces de dés sur lesquels étaient gravés quelques caractères ou quelques mots dont on allait chercher l'explication dans des tables faites exprès, Fontenelle, Oracles, I, 18. Les usages étaient différents sur les sorts : dans quelques temples, on les jetait soi-même ; dans d'autres, on les faisait sortir d'une urne, d'où est venue cette manière de parler si ordinaire aux Grecs : le sort est tombé, Fontenelle, ib. Les plus célèbres entre les sorts étaient à Préneste et à Antium, deux petites villes d'Italie, Fontenelle, ib. On consulte aussi l'oracle par le moyen des sorts ; ce sont des bulletins ou des dés qu'on tire au hasard de l'urne qui les contient, Barthélemy, Anach. ch. 36.

    Sort ou sorts homériques ou virgiliens, divination au moyen d'un passage d'Homère ou de Virgile, pris au hasard.

    Sort des apôtres, divination par un passage des Actes des Apôtres

    Sort des saints, pratique par laquelle on cherchait à connaître l'avenir par les premières paroles qui s'offraient en ouvrant l'Écriture sainte.

    Jeter le sort, jeter au sort, se disait autrefois de l'action de jeter les dés pour décider quelque chose, pour faire un partage, etc. On jeta au sort, afin que la dixième partie demeurât dans cette sainte cité, Sacy, Bible, Esdras, II, Néhém. XI, 1. Le sort ayant été jeté pour la famille de Caath, treize villes des tribus de Juda, de Siméon et de Benjamin échurent aux enfants d'Aaron grand prêtre, Sacy, ib. Josué, XXI, 4. Il [David] voit… ses habits partagés, sa robe jetée au sort, Bossuet, Hist. II, 4.

    Fig. Jeter le sort, tirer au sort. Allons jeter le sort pour la dernière fois, Corneille, Androm. I, 3.

    Fig. Le sort en est jeté, le parti en est pris, la chose est décidée. Et quand de mes souhaits je n'aurais jamais rien, Le sort en est jeté, l'entreprise en est faite ; Je ne saurais brûler d'autre feu que du sien, Malherbe, V, 6. Le sort en est jeté, me voilà déclaré piccinniste, Genlis, Veillées du château les Deux réputations.

  • 8Manière de décider une chose par le hasard. Le sort est tombé sur un tel. Tirer au sort. Le sort, dit le prélat, vous servira de loi [pour choisir deux personnes], Boileau, Lutr. I. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne, il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie ; mais, comme il est défectueux par lui-même, c'est à le régler et à le corriger que les grands législateurs se sont surpassés, Montesquieu, Esp. II, 2. Toutes ces épreuves par le sort qui n'étaient que des superstitions, Voltaire, Dict. phil. Épreuve.
  • 9Le sort des armes, le combat considéré relativement à l'incertitude du succès. Est-ce lui qui naguère aux dépens de sa vie Sauva des ennemis votre empereur Décie, Qui leur tira mourant la victoire des mains, Et fit tourner le sort des Perses aux Romains ? Corneille, Poly. I, 3. Qui sera notre appui, si le sort des batailles Vous rend un corps sans vie au pied de nos murailles ? Corneille, Sophon. I, 4. On ne se servit d'artillerie aux siéges des places que sous le roi de France Charles V ; et les lances firent toujours le sort de la bataille dans presque toutes les actions, jusqu'aux derniers temps de Henri IV, Voltaire, Mœurs, 75.
  • 10Il s'est dit pour chance, probabilité. Un mémoire excellent de M. Daniel Bernoulli sur la mesure du sort, Buffon, Ess. arith. mor. Œuv. t. X, p. 113. Selon les lois de l'analyse des sorts… je ne dois point être surpris qu'une chose arrive lorsqu'elle est possible, Diderot, Pens. phil. 21.
  • 11Paroles, caractères, etc. par lesquels les ignorants croient que l'on peut opérer des maléfices. On dit que ce berger a mis un sort dans l'écurie de son maître, et que cela a fait mourir les chevaux. C'est quelque sort qu'il faut qu'il ait jeté sur toi, Et tu seras cent fois plus heureuse avec moi, Molière, Éc. des f. V, 4. Le peuple romain ne voulait point les prendre [les gerbes recueillies dans les champs de Tarquin], croyant qu'un mauvais sort y était attaché, Staël, Corinne, IV, 5. Crains qu'une vieille, en sa misère, Ne jette un sort sur ton printemps, Béranger, Ch. et laitière. Il paraît que les mauvaises paroles tentent le mauvais sort, et qu'elles portent malheur à ceux qui les disent, Georges Sand, Maîtres sonneurs, 13e veillée.

    Fig. Il y a un sort, il semble qu'un sortilége, qu'une mauvaise chance préside à… Savez-vous bien qu'il y a un sort dans ce tourbillon [la cour] qui empêche d'abord de sentir le charme du repos et de la tranquillité ? Sévigné, 12 janv. 1680. Il faut que ce soit un sort, voyez-vous, Dancourt, Maison de camp sc. 4. J'ai écrit maintes lettres à M. Basili ; mais il y a un sort sur toute ma correspondance, Courier, Lett. I, 325.

HISTORIQUE

XIe s. N'i remeindrat ne sorz [sortilége] ne falserie, Ch. de Rol. CCLVIII.

XIIe s. Je dis : li miens Deus tu es, es tues mains les meies sorz, Liber psalm. p. 37.

XIIIe s. Quant Judas deguerpi les disciples par traïson, les autres apostles getierent sors por veoir qui deust estre mis en son leu ; li sors en vint sor Mathias, Latini, Trésor, p. 566.

XIVe s. Ma sors ha esté la premiere ; chascuns des autres, là où sa sort charra [tombera], venra [viendra] en ceste guise, Bercheure, f° 32, verso. E ! royne Calabre, bien i veïstes cler ; Mes peres vous oï bien vo sort declarer, Baud. de Seb. IV, 485.

XVe s. Si disent les sorts de mon pays et les devins d'Egypte, que je dois estre sire et roi de tout le monde, Froissart, II, III, 26. Vous ne menrez [mènerez] les deux pucelles plus avant par vos enchantemens… icy ne vauldront vos sors [sortiléges] ; car il vous fault mourir, Perceforest, t. VI, f° 35. Madame getta son sort [fit ses opérations de divination], mais trouva que ce lignage n'avoit gueres de povoir, et viendroit ung chevalier qui tous les mettroit à mort, ib. t. IV, f° 135.

XVIe s. Puys doncques que tel est ou ma sort ou ma destinée, ma deliberation est servir et es ungs et es aultres, Rabelais, Pant. III, Prol. Or ne sont pas les sieges des damnez Sans quelque sort et jugement donnez, Du Bellay, J. IV, 52, recto. Heureux et trois et quatre fois Le sort des armes et des lois ! Du Bellay, J. IV, 67, recto. Des tesmoings que son bon sort luy fournit tout à propos, Montaigne, I, 255. Par ainsi ne mettoit il pas tout son argent au hasard de la fortune, ains une petite partie de son sort principal [capital] seulement, et en tiroit un bien gros profit de l'usure, Amyot, Caton, 45. Icelle maison est louée à iceluy louandier au sort de l'année precedente par mesme loyer, Nouv. coust. gén. t. IV, p. 903. Apportez moy les œuvres de Virgile, et, par trois fois avec l'ongle les ouvrans, explorerons, par les vers du nombre entre nous convenu, le sort futur de vostre mariage ; car, comme par sorts homeriques, souvent on a rencontré sa destinée, Rabelais, III, 10. Le sort, l'usure et les interetz je pardonne, Rabelais, III, 15.

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Étymologie de « sort »

Provenç. sort ; espagn. suerte ; ital. sorte ; du lat. sortem. Sors vient de serere, enfiler ; comparez SÉRIE. Les sortes, suivant Mommsen (tr. fr. I, 242), étaient, dans l'origine, des tailles de bois enfilées d'un cordon, et qui, jetées à terre, tombaient en décrivant diverses figures à peu près comme les runes scandinaves.

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Du latin sors, sortis (« tirage au sort », « destin ») qui donne aussi sorte.
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Phonétique du mot « sort »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sort sɔr

Fréquence d'apparition du mot « sort » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « sort »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « sort »

  • Le tricheur est celui qui corrige le sort, donc le réel : c'est un mystique en son genre.
    Antonin Artaud — Lettre à Steve Passeur, 13 décembre 1931 , Gallimard
  • Plus grande est notre fortune Et plus sombre est notre sort.
    Robert Desnos — Le Bain avec Andromède, Éditions de Flore
  • Personne ne sort de son lit pour dormir par terre.
    Proverbe indien
  • Personne ne sort avant du ventre de sa mère.
    Proverbe arabe
  • Le vin entre et la raison sort.
    Proverbe français
  • Rien ne sort de rien.
    Alcée
  • Lorsque le vin entre, le secret sort.
    Le Talmud
  • La morale, ça ne sort personne de la fosse commune.
    Tahar Ben Jelloun — La réclusion solitaire
  • Le dernier recours de ceux que le sort a frappés est l'idée du sort.
    Emil Michel Cioran
  • Blessé lors de la finale de FA Cup entre Arsenal et Chelsea, César Azpilicueta est sorti du terrain en pleurs.
    Onze Mondial — Arsenal - Chelsea : Azpilicueta sort sur blessure en larmes
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Traductions du mot « sort »

Langue Traduction
Anglais fate
Espagnol destino
Italien sorte
Allemand schicksal
Chinois 命运
Arabe مصير
Portugais destino
Russe судьба
Japonais 運命
Basque patu
Corse u distinu
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Synonymes de « sort »

Source : synonymes de sort sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « sort »

Combien de points fait le mot sort au Scrabble ?

Nombre de points du mot sort au scrabble : 4 points

Sort

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