État : définition de état


État : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ÉTAT, subst. masc.

I.− Manière d'être (soit stable, soit sujette à des variations) d'une personne ou d'une chose. Synon. caractère, degré, situation; anton. devenir, action, mouvement.
A.− Manière d'être d'une personne.
1. [État phys., psychique] S'enquérir de, être rassuré sur l'état (de santé) de qqn; un état alarmant, satisfaisant, stationnaire :
1. Je m'étonnais parfois que ma santé revînt si vite. J'en arrivais à croire que je m'étais d'abord exagéré la gravité de mon état; à douter que j'eusse été très malade, à rire de mon sang craché, à regretter que ma guérison ne fût pas demeurée plus ardue. Gide, Immor.,1902, p. 401.
SYNT. État de faiblesse, de fatigue; état nerveux; état normal, pathologique; l'état de ce malade nous cause (inspire) les plus vives inquiétudes; mon état ne me permet pas de me déplacer actuellement; ce malade est dans un état désespéré.
État général. Équilibre de la santé d'une personne, considéré en dehors de toute atteinte pathologique particulière. Faiblesse, troubles de l'état général; bon état général :
2. L'âge de l'individu peut, pour certaines vaccinations, être une contre-indication; son état de santé intervient également : un mauvais état général doit en principe faire surseoir à la vaccination; de même l'existence d'une infection en cours... QuilletMéd.1965, p. 273.
MÉD., PSYCHOL., PSYCH.
État de mal. Crises en série sans intervalle ou retour à la normale perceptible entre elles. État de mal épileptique, hystérique. En cas d'accès subintrants (état de mal) une saignée peut être tentée (Codet, Psych.,1926, p. 129).Il se crée un véritable état de mal rhumatismal (Barbier dsNouv. Traité Méd.,fasc. 2, 1928, p. 851).
État second. Trouble temporaire au cours duquel le sujet se livre à des actes (parfois antisociaux) sans rapport ou en opposition avec sa personnalité. Le malade, dans un véritable état second, part au hasard, se comportant extérieurement d'une façon qui peut sembler normale et, soudain, se retrouve, tout surpris, en un lieu inconnu (Codet, Psych.,1926p. 125).
Période d'état. Il est d'usage, depuis Hippocrate, d'admettre trois périodes dans l'évolution des maladies aiguës : la période de début, la période d'état, la période de déclinaison (Roger dsNouv. Traité Méd.,fasc. 1, 1926, p. 83).
Rem. Les dict. techn. récents et la docum. enregistrent également : état d'absence (cf. avoir des absences*), état de besoin ou de manque* (en partic. chez un drogué), état de choc*, état crépusculaire*.
État d'ébriété, d'ivresse; conduite en état d'ivresse :
3. Bachelard, à table, se conduisit d'une façon particulièrement malpropre. Il était arrivé dans un état d'ivresse avancé; car, depuis la perte de Fifi, il tombait aux écarts des grandes passions. Zola, Pot-Bouille,1882, p. 345.
Expressions
Souvent fam. Être dans un bel état (par antiphrase), dans un triste état, dans un état horrible (surtout physique). Ma bête l'envoie rouler [le sieur Grange], et l'escadron, quoi, lui passe dessus. Il paraît qu'on l'a relevé en triste état (Pourrat, Gaspard,1925, p. 179).Piteux*, piètre* état; être, (se) mettre dans un (tel, pareil) état.
[En parlant d'une femme] (Être) dans un état intéressant. Être enceinte. On les a pris dans le grenier (...) en considération de ce que le mari est malade et la femme dans un état intéressant (France, Bonnard,1881, p. 273).
2. [État affectif] État d'excitation, de sérénité, de tristesse; état d'accablement. [État intellectuel] État extatique, méditatif; l'état supérieur du yogi :
4. Les secours extérieurs paraissent bien nécessaires à l'homme, pour persister dans un certain état moral ou intellectuel donné, malgré toutes les variations organiques ou sensitives. Maine de Biran, Journal,1818, p. 149.
Expr. et loc.
Ne pas être dans son état normal. Agir d'une façon qui n'est pas conforme à sa manière d'être. Lucie, peux-tu parler ainsi de ton mari (...). Enfin, Dieu merci, tu n'es pas dans ton état normal (Aymé, Quatre vérités,1954, p. 70).
Être, se mettre dans tous ses états. Être, se mettre dans un état d'agitation extrême; s'affoler. La mère, dans tous ses états, le menace [le gamin] de le fouetter (E. de Goncourt, Faustin,1882, p. 81).
SYNT. État d'âme*, état de conscience*, état d'esprit*. Spéc., relig. État de grâce*; les âmes en état de péché mortel.
3. P. ext. Situation, condition d'une personne. État de dépendance, de misère; être réduit à l'état de mendicité :
5. Lorsqu'un homme cède à un autre le droit de disposer de ses bras ou de sa pensée asservie, il se trouve sur le plan social dans un état d'infériorité, de soumission ou d'esclavage. David, Cybern.,1965, p. 78.
Spéc., DR. Être, mettre, placer en état d'arrestation*. Un des membres a proposé que les administrateurs [des subsistances] fussent mis en état d'arrestation. Après une heure de discours, ils se sont réduits à arrêter qu'on nommerait six commissaires qui ne les perdraient pas de vue, qui les suivraient pas à pas dans toutes leurs opérations (Recueils textes d'hist.,1792, p. 61).
P. ext. Le 16 janvier 1820, Birotteau fut déclaré en état de faillite, par un jugement du Tribunal de Commerce de la Seine (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 408):
6. La Chambre, de son autorité, impose à une circonscription un représentant qu'un arrêt ayant la force de chose jugée déclare criminel. Cet arrêt dit que Malvy a méconnu, trahi les devoirs de sa charge, ce qui le constitue en état de forfaiture, et la Chambre impose à une circonscription ce député. C'est inouï. Barrès, Cahiers,t. 11, 1917-18, p. 390.
Rem. Qq. dict. enregistrent, avec la mention ,,class.``, le sens anc. de état « condition de vie, situation concrète dans laquelle s'est trouvée une personne ». Il, elle a traversé bien des états; des états extraordinaires.
4. Locutions
Être en état de + inf. Pouvoir, être capable de. Être en état de supporter qqc. Il était parfaitement en état de m'étrangler avec ses mains, s'il faisait un mauvais rêve (Mérimée, Dern. nouv.,1870, p. 132).Être en mesure de. Nous sommes dès à présent en état d'affirmer telle chose. Je suis en état de vous prouver que le matin du 10 août 1792 le peuple de Paris était encore royaliste (France, Bergeret,1901, p. 168).
Mettre en état de + inf. Rendre capable de, préparer à. Nous leur [aux populations] avons promis de les mettre en état de gérer elles-mêmes leurs propres affaires (Doc. hist. contemp.,1954, p. 199).
Être hors d'état de + inf. Sa blessure le met hors d'état de marcher pendant plusieurs semaines; être, mettre qqn hors d'état de nuire; être hors d'état de payer ses dettes.
Rem. 1. Pour la loc. en état de, qq. dict. gén. donnent, avec la mention ,,class.`` a) Disposé à. b) De manière à. Cf. en partic. Lar. Lang. fr. et Lexis 1975. 2. Les dict. enregistrent également l'emploi de état en gramm. : verbe d'état exprimant un état du suj. p. oppos. à verbe d'action. 3. On rencontre ds la docum. et ds qq. dict. spéc. l'emploi de état en philos. chez Comte, Philos. posit., t. 4, 1839-1842, p. 522 : loi des trois états. Système d'après lequel l'évolution de l'homme depuis sa petite enfance et celle de l'humanité dans son ensemble passeraient par : l'état théologique (ou fictif), l'état métaphysique (ou abstrait) et l'état positif (ou réel), ce dernier étant celui de la maturité et de la science. Quant à la nécessité de l'évolution, Auguste Comte en donne, avec la loi des trois états, qu'il formule en 1822, la définition la plus systématique. Les conclusions de Comte ressemblent curieusement à celles que le socialisme scientifique devait accepter (Camus, Homme rév., 1951, p. 241).
B.− Manière d'être d'une chose. Une marchandise en bon état; état de fraîcheur d'une chose. L'homme traversa la foule, se glissa sous l'auto, et la mit séance tenante en état de repartir (Radiguet, Bal,1923, p. 39):
7. Article 4 − Lors du départ du locataire ou du concessionnaire du droit au bail, les lieux sont restitués au propriétaire dans l'état où ils se trouvent, sans que celui-ci puisse exiger la remise des lieux dans leur état antérieur. Jocard, Tour. et action État,1966, p. 106.
SYNT. État d'abandon, de dégradation, de délabrement; un objet en parfait état de conservation; constater, faire l'état des lieux (cf. infra); vérifier l'état d'une charpente; l'état d'une fortune; l'état du ciel, de la mer, des routes, du temps.
Hors d'état de + inf. ou empl. absol. Un appareil, un véhicule hors d'état (de fonctionner). Hors d'usage, de service :
8. Il convient de visiter et de nettoyer (...) les clapets de cet appareil [niveau d'eau], sinon des incrustations pourraient les mettre hors d'état de fonctionner au moment opportun. Ser, Phys. industr.,1890, p. 145.
Mettre qqc. en état de + inf. Préparer. Les premiers ferronniers devaient préparer leur fer eux-mêmes, c'est-à-dire le mettre en état d'être forgé (Arts et litt.,1935, p. 2203).
Loc., absol. En état; en l'état (sous-entendu en état normal ou antérieur). Tenir une maison en état. Je fais une promenade (...) en attendant que ma chambre soit en état pour me remettre au fameux Poussin (Delacroix, Journal,1853, p. 41).Remettre en état. Réparer. Autour de lui [Patrice Hennedyck], le Nord se réveillait. On travaillait à remettre en état les usines. La ville grouillait d'activité (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 476).Rester, rendre en l'état; vendre en l'état; consommer qqc. en l'état (où la chose se trouve). Tel quel. Faites les morts, mes bons amis; tâchez que les choses restent en l'état, et attendez que nous soyons les maîtres... (Zola, E. Rougon,1876, p. 41).Après la mort de mon pauvre père... et le départ de MlleMorissot... tout était resté en état... Il vaut mieux que quelqu'un en profite (Hermant, M. de Courpière,1907, p. 4).
Rem. Qq. dict., et en partic. Ac., enregistrent l'expr. tenir une chose en état. a) ,,La tenir ferme de manière qu'elle ne se dérange pas. Il faut mettre des liens de fer pour tenir cette poutre en état``. b) ,,La tenir prête. Tenir un compte en état``.
Synon. de stade.L'état larvaire, embryonnaire :
9. Au contraire, un autre insecte, qui, chenille, a fatigué, tissé, filé, n'aura rien à faire plus tard qu'à conter fleurette aux roses. C'est monsieur le papillon. Pour la grande majorité, le dur travail est pour l'enfance, pour l'état de larve ou chenille. Michelet, Insecte,1857, p. 60.
Loc. À l'état + adj.; à l'état de + subst. Le soufre à l'état naissant; à l'état naturel; à l'état adulte, fœtal. Le plan de l'abbaye de Saint-Gall, exécuté vers l'année 820 (...) est un projet à l'état d'esquisse (Lenoir, Archit. monast.,1852, p. 24).Le besoin à l'état pur (Traité sociol.,1968, p. 372):
10. La science des êtres vivants en général, et de l'individu humain en particulier, n'a pas progressé aussi loin [que les sciences de la matière inerte]. Elle se trouve encore à l'état descriptif. Carrel, L'Homme,1935, p. 2.
SYNT. À l'état isolé, latent; à l'état endémique; à l'état vivant; consommer le poisson à l'état frais; une pierre à l'état brut; une plante qui croît à l'état sauvage.
L'état des choses, plus couramment état de choses. Une situation dans son ensemble à un moment donné. Aggraver, améliorer un état de choses; se plaindre d'un, remédier à un état de choses; il faut que cet état de choses cesse :
11. La science a tout à gagner elle-même à cette œuvre sociale [développement de la culture scientifique pendant les loisirs]. On se plaint partout de l'indifférence des pouvoirs publics à son égard, on dénonce la crise des laboratoires et celle des vocations désintéressées. Le moyen de changer cet état de choses, préjudiciable à la recherche, est de se concilier l'opinion publique en favorisant la vulgarisation scientifique. Civilis. écr.,1939, p. 2612.
État de fait*. Situation de fait.
État d'un pays, d'une économie :
12. Littéralement, nous avions fini par nous trouver en état permanent de crise politique. Dans la période de vingt et un ans qui sépara la fin de la Grande Guerre de l'irruption mécanique allemande, 20 hommes différents ont été à la tête du Gouvernement de la France. De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 600.
SYNT. État de guerre, état de paix; déclarer, décréter, proclamer l'état de siège, l'état d'urgence; mettre une ville en état d'alerte.
État des connaissances, de la science; dans, en l'état actuel, présent, de la production, des recherches, des travaux. Nous sommes si éloignés de connaître tous les agens de la nature, qu'il serait peu philosophique de nier l'existence des phénomènes, uniquement parce qu'ils sont inexplicables dans l'état actuel de nos connaissances (Laplace, Théorie analyt. probabil.,1812, p. 358):
13. La psychologie attend son Claude Bernard ou son Pasteur. Elle est dans l'état de la chirurgie à l'époque où les chirurgiens étaient des barbiers, de la chimie avant Lavoisier, au moment des alchimistes. Carrel, L'Homme,1935, p. 185.
État de la, d'une question. Point sur une question, à un moment ou un stade précis. Exposer l'état de la question :
14. Parce qu'on fait tous les jours de mauvais vers, faut-il condamner tous les vers? Et n'y a-t-il pas des épopées en vers, d'un ennui mortel? Si le Télémaque n'est pas un poëme, que sera-t-il? Un roman? Certainement le Télémaque diffère encore plus du roman que du poëme, dans le sens où nous entendons aujourd'hui ces deux mots. Voilà l'état de la question; je laisse la décision aux habiles. Chateaubr., Martyrs,t. 1, 1810, p. 24.
Rem. a) Qq. dict. enregistrent dans le domaine jur. affaire en état (pour désigner une affaire en état d'être jugée). Mettre un procès, une affaire en état (Ac.). b) Les dict. et la docum. enregistrent la loc. adv. en tout état de cause (cf. cause IB 2 b).
LING. État de langue. Moment déterminé dans l'évolution d'une langue. On a appliqué le terme de loi à des phénomènes particuliers qui ne sont valables que pour un état de langue déterminé ou pour un moment déterminé de l'évolution d'une langue donnée (Perrot, Ling.,1953, p. 124).Cf. également Saussure, Ling. gén., 1916, p. 143, 170.
SC. PHYS. État de la matière; état solide, liquide, gazeux; état critique d'un corps; état natif; état initial, final d'une réaction chimique; état pur :
15. La température de la planette que nous habitons se trouvant très-voisine du degré où l'eau passe de l'état liquide à l'état solide, et réciproquement, et ce phénomène s'opérant fréquemment sous nos yeux, il n'est pas étonnant que dans toutes les langues, au moins dans les climats où l'on éprouve une sorte d'hiver, on ait donné un nom à l'eau devenue solide par l'absence du calorique. Lavoisier, Chim.,t. 1, 1789, p. 51.
SYNT. État fondamental ou normal; état excité; état initial, final; état métastable, stationnaire d'un atome, d'un noyau.
Rem. Qq. dict. enregistrent en grav. : Conditions d'une planche aux différents états du travail, depuis le premier état jusqu'à l'état de tirage. État d'eau forte pure (avant retouche à la pointe sèche).
1. P. ext., souvent au plur. Constat écrit d'un état de choses en un lieu et à un moment donnés. Dresser, remplir des états journaliers, récapitulatifs; état de récettes et dépenses. Synon. inventaire, liste, contrôle.États nominatifs de pertes (blessés, disparus, tués) (Lubrano-Lavadera, Législ. et admin. milit.,1954, p. 86).État prévisionnel des dépenses de l'assemblée (Ginestet, Ass. parlem. europ.,1959, p. 117).
Contrôle (des personnes). État du personnel; cette personne ne figure plus sur nos états.
État(s) de services d'un employé (fonctionnaire, militaire). Ensemble des services accomplis par cet employé. Fournir de beaux, de brillants états de services. Quelques grognards vantaient leurs états de services (About, Roi mont.,1857, p. 153).M. le gouverneur a bien voulu oublier mes paroles un peu vives en souvenir de mes états de services (A. Daudet, Nabab,1877, p. 184).
État de lieux, plus couramment état des lieux. Inventaire à valeur juridique. Rédiger un état des lieux (supra IB).
Rem. Les dict. enregistrent également état estimatif des meubles, état liquidatif (des biens d'une communauté, d'une succession); état cadastral; état parcellaire [,,liste des propriétaires des parcelles touchées par le tracé d'une voie de communication`` (Barr. 1974)]; état de frais; état d'hypothèques.
2. [L'obj. désigne une pers. ou une chose] Faire état de.
a) Cour. Tenir compte de, mettre en avant le fait que, rapporter. Faire état d'un document, d'une information :
16. [Pour les gens « normaux »] rechercher l'amour d'un garçon, c'est évidemment vouloir abuser de lui. Leur imagination ne va pas plus loin! « Pervertir la jeunesse », cela veut dire, en clair : faire de jeunes invertis, profiter de leur complaisance, de leur passivité... (....). « Ah, si je pouvais tout dire, faire état d'expériences précises, donner des exemples, on verrait à quel point leurs accusations sont injustes! que de fois j'ai été retenu par le respect que m'inspire un être jeune! ... » Martin du G., Notes A. Gide,1951, p. 1399.
Montrer. Je sais qu'il est de profonds moralistes Qui font état d'être sombres et tristes (Meilhac, Halévy, Belle Hélène,1865, III, 7, p. 271).L'orgueil de faire état de sa richesse (Schneider, Charbon,1945, p. 139).
Attacher de l'importance à quelque chose ou à quelqu'un; faire cas de. ,,Je fais beaucoup d'état, peu d'état de cet homme là. Je fais peu d'état de vos menaces`` (Ac.) :
17. Elle [Lauriane] se rappela qu'au moment de la quitter Mario, que l'on disait indisposé, avait haussé les épaules et détourné la tête en disant : « Vous faites trop d'état d'une crampe. Je ne me sens plus aucun mal ». Sand, Beaux MM. de Bois-Doré,t. 2, 1858, p. 257.
b) Vieilli. Compter sur quelque chose ou quelqu'un; être assuré de. ,,Faites état de cette somme. Faites état que vous aurez cette somme avant quinze jours`` (Ac.). Allons, Bernard (...) faites état de moi comme d'un ami (Mérimée, Chron. règne Charles IX,1829, p. 77).
Rem. Qq. dict. enregistrent les sens vx suiv. a) Se proposer de. Je fais état de partir tel jour (Ac. 1835-1932). b) Agir comme. Faire état de chef (d'apr. un ex. de Balzac, cf. en partic. Littré et Rob.). c) Présumer, penser. Je fais état qu'il y a là vingt mille personnes (Ac. 1835, 1878).
II.− Situation d'une personne du point de vue de l'ordre social.
A.− [Sur le plan pers., le plus souvent dans un cont. jur.] État d'une personne. Ensemble des qualités personnelles auxquelles s'attachent des effets juridiques. État d'époux, de Français. La filiation des enfants légitimes se prouve par les actes de naissance inscrits sur le registre de l'état-civil. Art. 320. À défaut de ce titre, la possession de l'état d'enfant légitime suffit (Code civil, Paris, Dalloz, 1977-78, p. 191).
État(-)civil. Ensemble des éléments constatant officiellement l'état d'une personne par rapport à la société; le service public qui établit les actes constatant cet état. Constituer un état-civil; déclaration, fiche d'état-civil; service central, officier de l'état-civil. Registres de l'état-civil. L'Assemblée législative sécularisa l'état-civil en confiant la tenue des registres aux municipalités (L 20 septembre 1792) (Baradat, Organ. préfect.,1907, p. 218):
18. Jean Valjean venait d'atteindre ses soixante ans, âge de l'exemption légale; mais il n'en paraissait pas plus de cinquante; d'ailleurs, il n'avait aucune envie de se soustraire à son sergent-major et de chicaner le comte de Lobau; il n'avait pas d'état civil; il cachait son nom, il cachait son identité, il cachait son âge, il cachait tout; et, nous venons de le dire, c'était un garde national de bonne volonté. Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 77.
Rem. Qq. dict. enregistrent question d'état. ,,Contestation dans laquelle on révoque en doute la filiation de quelqu'un`` (Ac. 1835-1932).
P. ext., lang. cour. L'état de célibat, de célibataire, de mari. Je m'accoutumais à continuer mon enfance et ma jeunesse dans l'état de mariage (Verlaine, Œuvres compl.,t. 4, L. Leclercq, 1886, p. 169).
B.− [Sur le plan soc.]
1. Place occupée dans la société par une personne du fait de sa fortune, de sa profession, de son rang. Vivre au-dessus de, selon son état; avoir un état dans le monde; les devoirs de son état; grâce d'état. Vous! jeune, possédant un état distingué, d'une famille honorable et riche, vous ne pouvez pas craindre un refus? (Dumas père, Mari veuve,1832, 10, p. 263):
19. − Entends-tu bien, Oscar, dit madame Clapart. Vois combien monsieur Godeschal est indulgent, et comme il sait concilier les plaisirs de la jeunesse et les obligations de son état. Balzac, Début vie,1842, p. 456.
Tenir un grand état, un état de prince. Vivre de façon somptueuse :
20. Artevelde se trouva alors comme souverain de la Flandre; il prit le titre de régent et tint état de prince, faisant sonner les trompettes au dehors à l'heure de ses repas, se servant de la belle vaisselle du comte, passant par les villes de Flandre, recevant partout de grands honneurs et des sermens de fidélité. Barante, Hist. ducs Bourg.,t. 1, 1821-24, p. 236.
État de maison. Train de vie luxueux d'une famille qui a de nombreux domestiques et qui reçoit beaucoup. On manquait d'argent pour tout au milieu de l'état de maison le plus splendide (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 24).
Rem. Les dict. gén. enregistrent les sens suivants a) Vieilli. Situation sociale élevée. b) Vx. Manière (somptueuse) de s'habiller, adaptée à son état.
2. P. méton. Profession, travail, tâche. Apprendre, avoir, embrasser, prendre un état; faire son état; horloger de son état :
21. L'état de charpentier m'a toujours plu. « L'état de charpentier! s'écria mon oncle avec une sorte d'explosion de joie, tu n'es vraiment pas dégoûté. Je ne t'en aurais jamais indiqué un autre. Le charpentier, mon enfant, c'est dans ses chantiers que notre divin Maître a daigné choisir son père adoptif... » Nodier, Fée Miettes,1831, p. 72.
État ecclésiastique, militaire. Parmi les métaphysiciens françois qui ont professé la doctrine de Locke, il faut compter au premier rang Condillac, que son état de prêtre obligeoit à des ménagements envers la religion, et Bonnet, qui, naturellement religieux, vivoit à Genève dans un pays où les lumières et la piété sont inséparables (Staël, Allemagne,t. 4, 1810, p. 56).Il [l'oncle Edme] exaltait l'état militaire, l'honneur des officiers, la vertu des Jacobins et distribuait des pièces d'argent à ses jeunes auditeurs s'ils promettaient de combattre, plus tard, pour le roi de Rome (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 191).
C.− [Sur le plan pol.]
1. [Sous l'Ancien Régime]
a) Condition politique et sociale résultant de la division du corps social en clergé, noblesse et tiers-état. La France (...) reconnaissable à sa robe (...) ornée des emblèmes de la noblesse, du clergé et du tiers-état (...). Les trois états du royaume n'étaient pas assez unis pour former (...) un État (France, J. d'Arc,t. 1, 1908, p. lxxi):
22. Je prie qu'on fasse attention à la différence énorme qu'il y a entre l'assemblée du Tiers état et celle des deux autres ordres. La première représente vingt-cinq millions d'hommes et délibère sur les intérêts de la nation. Les deux autres, dussent-elles se réunir, n'ont de pouvoirs que d'environ deux cent mille individus et ne songent qu'à leurs privilèges. Sieyès, Tiers état,1789, p. 79.
b) P. ext., au plur. Les états. Représentants des trois états réunis en assemblée; l'assemblée ainsi formée. Assister aux états; réunion des états; les cahiers des états; États généraux (convoqués par le roi). Absol. Les États généraux réunis dans une ville. Les États de Blois, d'Orléans (Ac.). États provinciaux. Assemblée des trois états existant dans quelques provinces (p. ex. la Bourgogne, la Bretagne). Gaston. − (...) Les états de Bretagne (...). Le régent. − Les mécontents de Bretagne. (...) Gaston. − Les mécontents sont si nombreux qu'ils peuvent être regardés comme les représentants de la province! (Dumas père, Fille du régent,1846, III, 4, p. 214):
23. Les nobles, les ecclésiastiques et les bourgeois sont tenus d'abandonner au roi, durant une année, le dixième, par exemple, de tous leurs revenus. Ce que je dis là des impôts votés par les états généraux doit s'entendre également de ceux qu'établissaient, à la même époque, les différents états provinciaux sur leurs territoires. Tocqueville, Anc. Rég. et Révol.,1856, p. 181.
2. P. ext. Réunion plénière. Il y a eu, cet automne, sur les bords du lac Léman la réunion la plus étonnante; c'étaient les états généraux de l'opinion européenne (Stendhal, Rome, Naples et Flor.,t. 2, 1817, p. 285).Les États généraux du commerce et de l'industrie (Davau-Cohen1972).
III.− Manière d'être des personnes vivant en société.
A.− Gén. État civilisé, sauvage. Si nous demandions pour quel motif la liberté de l'état sauvage a été jugée fausse et détruite, le premier enfant venu nous répondrait ce qu'il y a réellement à répondre. La liberté de l'état sauvage n'était, en fait, qu'une abominable oppression, parce qu'elle se combinait avec l'inégalité des forces (L. Blanc, Organ. trav.,1845, p. xxi).
État de nature. La pensée de Rousseau, plus dynamique que celle de la plupart des philosophes du XVIIIesiècle, entrevoit dans l'histoire évolutive de l'humanité une étape pré-sociale correspondant à l'état de nature dans lequel l'homme, à l'abri des conventions, des préjugés et de la haine, est bon, pur et innocent (Hist. sc.,1957, p. 1563).
B.− Forme particulière d'un gouvernement; nature d'un régime politique. État populaire. Distinguons donc entre les prêtres dans un état monarchique et les prêtres dans une république (Chateaubr., Essai Révol.,t. 2, 1797, p. 355).Il [un moine nommé Agaric] jugeait l'état démocratique contraire à la société sainte à laquelle il appartenait corps et âme (France, Île ping.,1908, p. 199).
C.− [Avec une majuscule] Autorité politique souveraine, civile, militaire ou éventuellement religieuse, considérée comme une personne juridique et morale, à laquelle est soumise un groupement humain, vivant sur un territoire donné. L'autorité de l'État; l'intérêt supérieur de l'État; conspirer contre l'État; États fédéraux; États-Unis d'Amérique. Chez les Grecs, l'État était une puissance absolue, et (...) aucun droit individuel ne tenait contre lui (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 428):
24. ... en supprimant l'élection du Président de la République, le maréchal Pétain supprimait la Présidence de la République elle-même, comme, plus tard, il a supprimé la République en substituant au mot de « République » le mot de « État français », en faisant disparaître tous les insignes rappelant le régime qui nous est cher, en supprimant tout ce qui fait le fondement des lois de la République, en supprimant tout ce qui fait nos traditions républicaines. Procès Pétain,t. 1, 1945, p. 22.
SYNT. a) La défense de l'État; cour de sûreté de l'État; police d'État. b) Enseignement, lycée d'État; diplôme, doctorat d'État. c) Église, religion d'État; la séparation de l'Église et de l'État. d) Chef, homme d'État; ministre, secrétaire d'État; raison*, secret d'État; conseil d'État. e) Conception de l'État; État bourgeois, capitaliste, prolétarien. f) L'État-nation, l'État-parti, l'État-patron, l'État-providence. Super-État.
Affaire d'État (dans le domaine pol.). Dans la mesure très étroite où un simple écrivain, qui ne se soucie pas d'usurper, peut donner son avis sur une affaire d'État dont il n'a pas en mains les pièces, il est permis de regretter les conditions dans lesquelles cette alliance [avec la Russie] disproportionnée a été conclue (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 16).Au fig. Ce n'est pas la peine d'en faire une affaire d'État.
Coup d'État (dans le domaine pol.). Le coup d'État du 18 Brumaire. Au fig. Action, décision soudaine et spectaculaire. Ce fut un coup d'État dans la ville de Laon; les uns blâmaient et les autres approuvaient; les vieillards ne se rappelaient pas avoir, même dans les souvenirs de la République, entendu parler de soumettre au régime militaire des enfants de huit ans (Champfl., Souffr. profess. Delteil,1853, p. 6).
[P. allus. littér.] Le vaisseau de l'État; le char de l'État.
[P. allus. hist.] :
25. Cependant nous voyons que rien ne semble plus juste aux peuples orientaux que le despotisme de leurs souverains (...); que Louis XIV pensait être dans le vrai lorsqu'il tenait ce propos l'État, c'est moi; que Napoléon regardait comme un crime d'État de désobéir à ses volontés. Proudhon, Propriété,1840, p. 153.
Loc. Créer, être, former un État dans l'État. Pour exprimer le fait qu'un groupe (parti, entreprise industrielle, corporation) acquiert un pouvoir tel au sein de l'État qu'il peut échapper à son autorité voire lui dicter ses volontés. La cooptation pure, c'est-à-dire le recrutement des juges par les juges eux-mêmes sans contrôle supérieur risque de faire du corps judiciaire un État dans l'État (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 161).
Au fig. :
26. Son mari [de Madame Anserre] jouait le rôle de satellite obscur. Être l'époux d'un astre n'est point chose aisée. Celui-là cependant avait eu une idée forte, celle de créer un État dans l'État, de posséder son mérite à lui, mérite de second ordre, il est vrai; mais enfin, de cette façon, les jours où sa femme recevait, il recevait aussi; il avait son public spécial qui l'appréciait, l'écoutait, lui prêtait plus d'attention qu'à son éclatante compagne. Maupassant, Contes et nouv.,t. 1, Gâteau, 1882, p. 774.
P. méton. Administration suprême de l'État. L'État et le département; un agent de l'État; être à la charge de l'État :
27. Les hypothèses de développement et d'organisation de la vie urbaine engagent une conception de l'homme, les finances de l'État et celles des collectivités locales, définissent les droits et les obligations des particuliers, enfin fixent le rôle d'une ville. Belorgey, Gouvern. et admin.,1967, p. 353.
SYNT. a) Administration d'État; l'appareil, les rouages, le service de l'État. b) Budget, finances de l'État; remplir les caisses de l'État; les ressources de l'État; gaspiller les deniers de l'État; recevoir une subvention de l'État; l'aide financière de l'État; banque, bourse, emprunt d'État; rente de l'État; cet appareil est la propriété de l'État. c) Domaine, monopole de l'État; chemins de fers de l'État, d'État (vieilli); réseau (d')État. d) Capitalisme, socialisme d'État.
D.− P. ext. Ressortissant d'un État; un grand État; les jeunes États africains. Synon. nation, pays, puissance, royaume, empire :
28. ... qu'il est absurde et souverainement funeste que la terre soit divisée en vastes États, tandis que vos politiques eux-mêmes avouent que le peuple d'un petit État peut seul être libre et bon, parce qu'il peut seul connoître l'union et la simplicité. Senancour, Rêveries,1799, p. 197.
Vieilli. Les États de l'Église, d'un monarque. Elle [la duchesse] écrivit au comte dès qu'elle fut hors des États du prince (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 455).
Spéc., DR. INTERN. [Du point de vue des relations et modalités des relations entre États] Nation (ou groupe de nations) dotée d'un gouvernement (ou d'une autorité politique souveraine) reconnu par la communauté internationale :
29. Une Commission Européenne des Droits de l'Homme est prévue pour être saisie de requêtes collectives ou individuelles et enquêter sur les affaires en litige. Si sept États membres en expriment le désir, une Cour Européenne des Droits de l'Homme sera créée pour trancher les cas litigieux. Par cette Convention, les États signataires acceptent de soumettre à un contrôle international leurs actes relatifs aux plus importants droits de l'homme et aux libertés fondamentales. Pt manuel Conseil Europe,1951, p. 48.
Prononc. et Orth. : [eta]. Indications, en ce qui concerne la voyelle finale, d'un timbre autre que le timbre ant. : ,,Les finales en -at, -ac, -ap, etc., -a, -oi, sont moyennes`` (Rouss.-Lacl. 1927, p. 138); ,,les finales plurielles -a(t)s, -a(c)s, (...) sont moyennes`` (ibid., p. 136); ,,états rime avec las, appas, etc.`` (Littré). ,,Le t ne se lie pas dans le parler ordinaire`` (Littré). Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1213 subst. masc. estate « manière d'être à un moment donné d'une chose ou d'une personne » (Fet des Romains, L.-F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p. 14); 2. 1467 estat « liste énumérative constatant la condition des choses (ou personnes) à un moment donné » (Lettre de Louis XI, III, 172 ds Bartzsch, p. 107). B. 1. 1285 « situation sociale ou professionnelle, condition » (Rose, éd. F. Lecoy, 6233); fin xives. « charge, position » (E. Deschamps, Balade, éd. Queux de Saint-Hilaire, 195, 9, t. 2, p. 14); 2. ca 1376 estat « condition politique et sociale en France sous l'Ancien Régime » (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, § 152 : trois estas); 3. [1549 « ensemble des qualités qui distinguent l'individu dans la cité et dans la famille » (Est. d'apr. FEW t. 12, p. 249a)]; 1756 état civil « condition des personnes d'après leur naissance » (Encyclop. t. 6, p. 19a). C. 1. Ca 1500 « nation soumise à une même autorité » (Ph. de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 3, p. 32); 2. [1549, Est. d'apr. FEW t. 12, p. 250a] spéc. 1594 Secretaire d'Estat (Satyre Ménippée, éd. Ch. Read, p. 68). Empr. au lat. class. statǔ « action de se tenir », « position, situation », souvent associé aux termes civitas, imperium d'où le b. lat. « état, forme de gouvernement » (Blaise) avec peut-être infl. de l'ital. stato « forme de gouvernement » (1300-13, Dante, Inf., 27 ds Tomm.-Bell., v. aussi FEW t. 12, p. 251, note 10) et « administration d'une société » (1537-40, Guicciardini, Stor., 9, 457 ds Tomm.-Bell.); b. lat. jur. « statut d'une personne », lat. médiév. « inventaire » (xiiies. ds Nierm.); cf. Gœlzer ds Arch. Lat. Med. Aev. t. 2, 1926, pp. 39-40. Fréq. abs. littér. : 30 573. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 58 818, b) 34 826; xxes. : a) 34 597, b) 40 365. Bbg. Baader (H.). Einige Bemerkungen zur Geschichte der Wörter cité, ville und état. München, 1968, pp. 35-48. − Bellet (R.). Formation et développement du vocab. chez Vallès journaliste (1848-1871). Cah. Lexicol. 1969, no15, pp. 5-20. − Gohin 1903, p. 307. − Jonard (N.). L'idée de patrie en Italie et en France au xviiies. R. de Litt. comp. 1964, t. 38, no1, pp. 61-100. − Pucheu (R.). Le Fr. « modéré ». Fr. Monde. 1971, no80, p. 46.

État : définition du Wiktionnaire

Nom commun

état \e.ta\ masculin

  1. Disposition dans laquelle se trouve une personne, une chose, une affaire.
    • Point de raillerie! « L’Europe est dans un état tel, que la moindre effervescence peut mettre en péril son repos, son équilibre factice. » — (Émile de Girardin, Paix et liberté: questions de l’année 1863, page 190)
    • Nous donnons donc un coup d'œil à nos armes à feu et nous assurons qu'elles sont chargées et en état de servir le cas échéant. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 45)
    • Le vieux von Winterfeld entra bientôt dans le coma ; parmi les blessés, trois se rétablissaient assez rapidement, alors que l’état des autres empirait, par suite du manque de bonne nourriture. — (H.G. Wells, La Guerre dans les Airs, 1908, traduit par Henry-D. Davray & B. Kozakiewicz, page 249, Mercure de France, 1921)
    • Ainsi sur les 93 kilomètres de route nationale, seuls les 23 de la récente RN3 sont en excellent état ; les autres ne sont maintenus dans un état circulable qu’au prix d’un entretien lourd et dispendieux. — (Guy Fontaine, Mayotte, page 156, Karthala Éditions, 1995)
  2. Liste, registre.
    • État des pensions.
  3. Mémoire, inventaire.
    • État de frais.
    • État des lieux.
    • L’état des meubles qui garnissent un appartement.
    • Dresser l’état, un état.
    • Arrêter, signer un état.
  4. Profession, condition.
    • État ecclésiastique.
    • État de mariage.
    • Vivre selon son état.
    • Remplir les devoirs de son état.
    • L’état de charge d’une batterie.
  5. (Automatique) Ensemble des valeurs permettant de décrire un système à un instant donné, par opposition à ce qu’il était l’instant d’avant et ce qu’il sera l’instant d’après.
  6. (Informatique) Ensemble structuré de variables permettant de décrire un élément de programme susceptible de changer dans le temps.
  7. (Politique) Variante orthographique de État.
    • Il faut abandonner cette idée de la révolution parfaite où tout marchera du jour au lendemain, que les gens seront dans une société autogérée sans état, etc. — (Stéphane Barth, Les militants internationalistes engagés dans les Forces démocratiques syriennes, Université Paris Nanterre, 2019, page 57)
    • Ce gouvernement était fédératif ; c'est-à-dire que la Gaule était divisée en une multitude de petits états indépendants, ayant leur vie propre, et ne se rattachant les uns aux autres que par une association peu étroite. — (François-Xavier Masson, Annales ardennaises, ou Histoire des lieux qui forment le département des Ardennes et des contrées voisines, Mézières : imprimerie Lelaurin, 1861, page 29)
  8. (Par ellipse) (Au pluriel) (France) (Histoire) États généraux.
    • Le roi et les privilégiés auraient voulu que les états délibérassent comme en 1614, c'est-à-dire « par ordre ». Les privilégiés auraient eu immanquablement la majorité et les états auraient été incapables d'opérer aucune réforme sérieuse. — (Jacques Godechot, Les constitutions de la France depuis 1789, Garnier-Flammarion, 1970, p.22)
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État : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉTAT. n. m.
Disposition dans laquelle se trouve une personne, une chose, une affaire. Bon, mauvais, heureux, malheureux, pitoyable état. État de maladie, de faiblesse, de souffrance. Son état n'a pas changé depuis hier. État d'innocence. Être en état de grâce. Il a envoyé s'informer de l'état de votre santé. Tel est l'état des choses. Dans cet état de choses. En quel état avez-vous trouvé cette affaire? Je vois ses affaires en mauvais état. Il est dans un état à faire pitié. Il n'est pas dans son état naturel, ordinaire. Il n'est pas en état de faire cette dépense. Il est hors d'état de rien entreprendre. Je voudrais être en état de vous servir. États des corps, États solide, liquide ou gazeux. L'état de nature, par opposition à L'état de société, se dit des Mœurs, de la vie que l'on suppose exister chez l'homme isolé ou chez des troupes d'hommes n'ayant subi aucune influence civilisatrice. Les théologiens chrétiens distinguent : l'état de nature pure, l'état de nature intègre, l'état de nature déchue et relevée. L'état de la question, L'exposition et le développement des rapports à considérer dans une question. État du ciel, Position où se trouvent les astres les uns à l'égard des autres dans un certain moment. Trouver l'état du ciel pour tous les jours du mois. En termes de Jurisprudence, État de prévention, État de l'inculpé contre lequel le juge d'instruction du tribunal de première instance a déclaré qu'il y a lieu de suivre. État d'accusation, État du prévenu contre lequel la chambre des mises en accusation a prononcé le renvoi à la Cour d'assises. En termes de Procédure, Mettre un procès, une affaire en état, Faire les procédures et les productions nécessaires pour qu'elle puisse être jugée. Mettre les choses, les lieux en état, Mettre les choses, les lieux dans la disposition convenable à leur destination. Tenir une chose en état, La tenir ferme, de manière qu'elle ne se dérange pas. Il faut mettre des liens de fer pour tenir ces poutres en état. Tenir une chose en état, signifie aussi La tenir prête. Tenir un compte en état. Tenir les choses en état, Les tenir en suspens, les laisser comme elles sont. Toutes choses demeurant en état, Sans qu'il soit fait de changement à l'état des choses, les choses demeurant dans leur situation et dans leur force et valeur actuelles. Faire état, Estimer, faire cas. Je fais beaucoup d'état, peu d'état de cet homme-là. Je fais peu d'état de ses menaces. Il signifie encore Présumer, penser, se proposer de. Je fais état de partir tel jour. Il signifie en outre Être assuré de, compter sur. Faites état de cette somme. Faites état que vous aurez cette somme dans quinze jours. Il signifie aussi S'appuyer sur, tenir compte de. Faire état d'une pièce. Ne pas faire état d'un document, d'un témoignage.

ÉTAT signifie aussi Liste, registre. État des pensions. Il signifie également Mémoire, inventaire. État de frais. État de dépense. État de lieux. L'état des meubles qui garnissent un appartement. Dresser l'état, un état. Arrêter, signer un état. Il signifie aussi Profession, condition. État ecclésiastique. État de mariage. Vivre selon son état. Remplir les devoirs de son état. Être au-dessus de son état, Avoir des sentiments ou des lumières supérieures à sa condition. Il y a des grâces d'état se dit des Aptitudes, des qualités qui naissent quelquefois de la situation où l'on se trouve. Il se dit aussi des Illusions qui nous aident à supporter une position pénible. Il se dit aussi quelquefois par ironie. L'état civil d'une personne, La condition d'une personne d'après les actes publics qui établissent sa naissance, sa filiation légitime, illégitime ou adoptive, son mariage, son décès, etc. On lui conteste son état civil, on dit qu'il est irrégulier. Certifier l'état civil de quelqu'un. En termes de Procédure, Question d'état, Contestation dans laquelle on révoque en doute la filiation de quelqu'un. Soulever une question d'état. Actes de l'état civil, registres de l'état civil, Les actes, les registres qui constatent l'état civil des personnes. Officier de l'état civil, Magistrat municipal chargé de constater les faits qui constituent l'état civil des personnes et d'en tenir les registres. Le tiers état, se disait autrefois de cette Partie de la nation qui députait aux États généraux et qui, n'étant comprise ni dans le clergé, ni dans la noblesse, constituait la roture. Par extension, le mot Tiers signifiait, dans l'assemblée, les Députés du tiers état. On appliquait aussi cette appellation couramment à la Portion la plus éclairée de la roture, c'est-à-dire à la Bourgeoisie. Les doléances, les droits du tiers état. Les députés du tiers état. On dit aussi parfois, dans le langage politique, le quatrième état pour désigner la Classe populaire par opposition aux autres classes. États généraux, ou, absolument, Les états, s'est dit autrefois, en France, de l'Assemblée des trois ordres du royaume, qui étaient le clergé, la noblesse et le tiers état. Les états de Blois, d'Orléans, de Tours, etc., Les états généraux tenus à Blois, à Orléans, etc. États provinciaux s'est dit autrefois, en France, des États particuliers qui coopéraient à l'administration dans quelques provinces, appelées par cette raison Pays d'états. Les états de Languedoc, de Bretagne, etc. Convoquer, assembler, tenir les états. Les cahiers des états. Les députés des états.

ÉTAT se dit encore de la Forme du gouvernement d'un peuple, d'une nation. État monarchique, démocratique ou populaire, aristocratique, constitutionnel, républicain, etc. Il désigne aussi le Gouvernement, l'administration d'un pays, d'une société politique. Ministre d'État. Secrétaire d'État. Conseil d'État. Conseiller d'État. Maximes d'État. C'est un grand homme d'État. Secret d'État. Affaires d'État. Il se dit aussi de la Communauté des citoyens d'une même nation, de l'ensemble de la nation. Il y a les droits de l'État et ceux de l'individu. Dans le revenu des contributions, il y a tant pour l'État et tant pour les départements et les communes. Il se dit également d'un Peuple, en tant qu'il est constitué en corps de nation, qu'il forme une société politique distincte. Servir l'État. Les lois fondamentales de l'État. Leurs enfants seront élevés aux frais de l'État. Le trésor, la marine de l'État. Réformer l'État. Troubler l'État. Les intérêts de l'État. Un État pauvre, obéré. Les soutiens, les défenseurs de l'État. Il se dit aussi du Gouvernement d'un pays. L'État français. En France, l'État a tel ou tel droit. En France, la poste est une administration d'État. Il se dit pareillement des Pays qui sont sous une même domination. Étendre les bornes d'un État. Un grand État. Raison d'État se dit des Considérations d'intérêt public par lesquelles on se conduit dans le gouvernement d'un État. La raison d'État n'a pas permis que... On a souvent voulu justifier par la raison d'État les mesures les plus odieuses. Coup d'État, Mesure extraordinaire, et toujours violente, à laquelle un gouvernement, une assemblée ou une partie de ceux qui détiennent l'autorité a recours, lorsque la sûreté de l'État est, suivant eux, compromise. Faire, conseiller, risquer un coup d'État. Il se dit, figurément, de Tout ce qui est décisif dans quelque affaire importante. Il a fait un coup d'État dans sa famille. Fig., Affaire d'État, Affaire importante. Ce n'est pas une affaire d'État. La moindre chose est pour lui une affaire d'État.

État : définition du Littré (1872-1877)

ÉTAT (é-ta ; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire ; Chifflet, Gramm. p. 217, dit qu'il ne se prononce jamais, même devant une voyelle ; au pluriel, l's se lie : des é-ta-z enrichis par le commerce, les É-ta-z unis ; cependant l'ancienne prononciation, celle qu'on a pu entendre dans la bouche des vieillards était é-ta unis ; états rime avec las, appas, etc.) s. m.
  • 1Manière d'être, fixe et durable. On entend ici par le mot de bonheur un état, une situation telle qu'on en désirât la durée sans changement ; et en cela le bonheur est différent du plaisir qui n'est qu'un sentiment agréable, mais court et passager, et qui ne peut jamais être un état, Fontenelle, Bonh. Œuvres, t. III, p. 247, dans POUGENS.

    L'état de nature, par opposition à l'état de société, se dit de la vie des hommes sauvages ou des hommes supposés dans l'état d'isolement. Selon le philosophe de Genève [J. J. Rousseau], l'état de nature est un état de paix ; selon le philosophe de Malmesbury [Hobbes], c'est un état de guerre, Diderot, Opin. des anc. philos. (hobbisme).

    Terme de théologie. État d'innocence, l'état auquel le premier homme a été, avant le péché, dans une connaissance parfaite et dans un amour actuel de Dieu, sans concupiscence.

    État de grâce, de péché, état de l'âme réconciliée, non réconciliée.

    Terme de jurisprudence. État des personnes, l'ensemble des qualités juridiques d'une personne, de ses droits et de ses obligations.

    Qualité à raison de laquelle une personne exerce un droit ou accomplit une obligation. État de mineur, de femme mariée.

    État civil, condition d'une personne dérivant des actes qui constatent les rapports de parenté, de mariage, et les autres faits de la vie civile. Actes de l'état civil, registres de l'état civil, actes, registres qui constatent l'état civil des personnes. Officier de l'état civil, fonctionnaire chargé de tenir les registres de l'état civil.

    Question d'état, contestation dans laquelle on révoque en doute la filiation de quelqu'un, ou son état et ses capacités personnelles.

    État de prévention, état de l'inculpé contre lequel la chambre du conseil de première instance a déclaré qu'il y a lieu à suivre. État d'accusation, état du prévenu contre lequel la chambre d'accusation a prononcé le renvoi à la cour d'assises.

    Terme d'astronomie. État du ciel, disposition où se trouvent les astres les uns à l'égard des autres dans un certain moment.

    Terme de marine. État absolu, différence entre l'heure donnée par le chronomètre ou montre marine et l'heure du lieu que l'on considère ; on en déduit la détermination de la longitude.

    En physique, manière d'être de la matière pondérable, qui se présente sous trois formes : l'état solide, l'état liquide et l'état gazeux.

    Terme de chimie. État naissant, état dans lequel des substances, se dégageant de combinaisons, naissent pour ainsi dire et sont aptes à en former de nouvelles.

    Terme d'arts. État d'une gravure, tirages d'une même planche aux divers degrés d'avancement de l'œuvre. L'artiste, à chaque phase de son travail (trait, premières tailles, travail à l'eau forte, pointillé, travail à la roulette), fait tirer une épreuve pour se rendre compte de l'effet ; ces épreuves sont nécessairement très rares, et de plus attestent d'une façon irrécusable le rang de chacune dans le tirage général.

    Terme de médecine. L'état d'une maladie, le point où, cessant de croître, elle ne décline pas encore.

  • 2Faire état de, agir comme ; emploi aujourd'hui peu usité. Il ne faut plus que les hérétiques fassent état de chefs de parti, Guez de Balzac, le Prince, 2.

    Faire état de, compter sur. Faites état de moi, monsieur, comme du plus chaud de vos amis, Molière, Impr. III.

    Faire état de, se proposer. Destin se coucha de bonne heure pour ne pas faire attendre Verville, qui faisait état de partir de grand matin, Scarron, Rom. com. II, 12. Sinon, faites état de m'arracher le jour Plus tôt que de m'ôter l'objet de mon amour, Molière, Éc. des mar. III, 8. Ceux qui font état de le [Dieu] servir, Bourdaloue, Domin. I, Affl. des justes, 126. Faites état de me voir arriver au départ des hirondelles, Courier, Lett. II, 6.

    Faire état que, présumer, penser, être assuré. Fais état que demain nous assure à jamais Et dedans et dehors une profonde paix, Corneille, Médée, II, 4. Faites état que la magnificence Ne consista que…, La Fontaine, Diable. Faites état qu'il ne lui manquait rien, La Fontaine, Aveux. Faites état que jamais les pères, les papes, les conciles ni l'Écriture, n'ont parlé de cette sorte, Pascal, Prov. 4. Nous ferons état que ce qu'elle [l'Église] a réglé ne nous exempte pas de ce qu'elle a abandonné à notre prudence, Bourdaloue, Car. I, Cendres, 88.

    Faire état de, estimer, attacher de l'importance, faire cas. J'en fais autant d'état comme de chènevottes, Régnier, Sat. x. Quoique je ne fisse pas profession de mépriser la gloire en cynique, je faisais néanmoins fort peu d'état de celle que je n'espérais point pouvoir acquérir qu'à faux titres, Descartes, Méth. I, 13. Je ne fis plus état de la toison dorée, Corneille, Médée, II, 5. Avez-vous su l'état qu'on fait de Curiace ? Corneille, Hor. II, 4. Ou si de mes conseils vous faites peu d'état, Corneille, Nicom. IV, 5. Et, faisant peu d'état de m'avoir outragée, [il] Prétend m'avoir rendue encor son obligée, Rotrou, Bélis. IV, 1. Dis à ta maîtresse Qu'avecque ses écrits elle me laisse en paix, Et que voilà l'état, infâme, que j'en fais, Molière, Dép. am. I, 6. Il connaîtra l'état que l'on fait de ses feux, Molière, Éc. des mar. II, 7. Je ferais plus d'état du fils d'un crocheteur qui serait honnête homme que du fils d'un monarque qui vivrait comme vous, Molière, le Fest. de P. IV, 6. Afin de lui faire connaître Quel grand état je fais de ses nobles avis, Molière, F. sav. IV, 4. Les chrétiens font-ils plus d'état des biens de la terre, ou font-ils moins d'état de la vie des hommes que n'en font les idolâtres et les infidèles ? Pascal, Prov. 14. Et son lâche attentat Vous fait voir que de lui vous faisiez trop d'état, Montfleury, Femme juge et partie, v, 1.

  • 3Disposition dans laquelle une personne se trouve. Nous pouvons beaucoup, sire, en l'état où nous sommes, Corneille, Pomp. IV, 1. Ma tante est toujours dans un état déplorable [fort malade], Sévigné, 143. Ces voyages ont dû vous mettre en mauvais état, Sévigné, 395. Et peut-être après tout en l'état où je suis Sa mort avancera la fin de mes ennuis, Racine, Andr. I, 4. Regarde en quel état tu veux que je me montre, Vois ce visage en pleurs…, Racine, Mithr. II, 1. Que vous semble, mes sœurs, de l'état où nous sommes ?… Est-ce Dieu, sont-ce les hommes Dont les œuvres vont éclater ? Racine, Esth. II, 9. Mon père, en quel état [à genoux] vous vois-je devant moi ? Racine, Athal. IV, 2. La Grèce ignore que je [Philoctète] souffre ; ma douleur augmente ; les Atrides m'ont mis dans cet état ; que les dieux le leur rendent ! Fénelon, Tél. X. Ils [Machaon et Podalire] me guérirent, ou du moins me mirent dans l'état où vous me voyez, Fénelon, ib.

    Être dans son état naturel, ordinaire, être comme d'habitude, n'avoir rien qui trouble. Qu'avez-vous ? vous n'êtes pas dans votre état naturel, Diderot, Éloge de Richardson. Tout le monde a remarqué que vous n'étiez pas dans votre état ordinaire, Genlis, Ad. et Théod. t. I, lett. 49, p. 417, dans POUGENS.

    Être dans un état affreux, être grièvement blessé ou malade, et, au moral, être dans de grandes souffrances.

    Ironiquement. Il est dans un bel état, il est très sali, tout déchiré, ou, au moral, il est dans des affaires très embarrassantes.

    Populairement. Être dans tous ses états, être fort troublé, fort agité. On dit de même mettre, se mettre dans tous ses états. Laissez-le tranquille, vous allez le mettre dans tous ses états. Pour un rien il se met dans tous ses états.

    État se dit aussi des choses. Mon arc est en bon état, Mais ton cœur est bien malade, La Fontaine, Imitation d'Anacréon. Mes mains sont toujours au même état, Sévigné, 295. La cour le rappelle en vain ; il persista dans sa retraite, tant que l'état des affaires le put souffrir, encore qu'il n'ignorât pas ce qu'on machinait contre lui durant son absence, Bossuet, le Tellier. Pour savoir si les armes et toutes les autres choses nécessaires à la guerre étaient en bon état, Fénelon, Tél. XI. Mon fils avait envoyé ce merle s'informer de l'état de votre santé et de tout ce qui se passait à Babylone, Voltaire, Princ. de Babylone, 4.

    Être en état de, être dans une situation telle que l'on peut… Mon père est en état de vous accorder tout, Corneille, Poly. IV, 5. Vous achèverez au sortir du combat, Si toutefois Carlos vous en laisse en état, Corneille, D. Sanche, III, 1. Le monde est si inquiet, qu'on ne pense presque jamais à la vie présente et à l'instant où l'on vit, mais à celui où l'on vivra ; de sorte qu'on est toujours en état de vivre à l'avenir, et jamais de vivre maintenant, Pascal, Extraits des lettres à Mlle de Roannez, édit. HAVET, p. 499. Il laissa son royaume en état de s'accroître sous ses successeurs, Bossuet, Hist. I, 7. Son âme était en état de paraître devant Dieu, Sévigné, 204.

    Il se dit avec que et le subjonctif. Je suis bien en état que l'on me vienne voir ! Molière, Tart. v, 3.

    Être hors d'état de, ne pouvoir pas. Le pilote était hors d'état de connaître le danger, Fénelon, Tél. IV.

    Mettre en état, hors d'état, donner, ôter le pouvoir de. Je le mets hors d'état d'être jamais malade, Corneille, Ment. IV, 1. Et l'eût mise en état, malgré tout son appui, De s'en plaindre à Pompée auparavant qu'à lui, Corneille, Pomp. II, 4. Il mit un vaisseau en état de voguer, Fénelon, Tél. VII.

    Absolument. En état, en bonne condition. Mettre les choses, les lieux en état, les disposer d'une manière propre, convenable à leur destination. Et j'en serai plus libre et bien plus en état, La Fontaine, Fabl. IV, 12. Les puissances de votre âme étaient encore en état, Massillon, Car. Rechute.

    Tenir une chose en état, la tenir prête. Qu'avons-nous de plus important en cette vie que le soin de mettre en état ce compte redoutable que nous devons rendre au juge éternel ? Massillon, Car. Lazare. Terme de procédure. Mettre un procès, une affaire en état, faire les procédures et les productions nécessaires pour qu'elle puisse être jugée. La mettre hors d'état, faire quelque nouvelle procédure qui la recule.

    Ancien terme de jurisprudence. Se mettre en état, se disait d'une personne qui, décrétée de prise de corps, ou condamnée par contumace, ou ayant obtenu des lettres de grâce, se constituait prisonnière afin de se justifier ou de faire entériner sa grâce.

    Laisser les choses en état, les laisser telles qu'elles se trouvent, sans y rien changer.

    En l'état, les choses étant ainsi. En l'état, il ne serait pas prudent d'aller plus avant.

    En tout état de cause, quoi qu'il en soit. En tout état de cause, un dénonciateur qui se cache joue un rôle odieux, bas, lâche, Rousseau, Dialogue V.

  • 4L'état de la question, l'exposition de tout ce qui concerne une question, une affaire. Il fallait fixer l'état de la question pour que le peuple l'eût toujours devant les yeux ; autrement, dans le cours d'une grande affaire, cet état de la question changerait continuellement, et on ne le reconnaîtrait plus, Montesquieu, Esp. VI, 4.
  • 5État de situation, proprement manière d'être d'une situation, écrit, exposé qui indique quel est à un moment donné le recouvrement de l'impôt, quel est le nombre d'hommes présents à un corps de troupes, d'élèves dans les écoles et les colléges, etc. Bien plus, il veut que l'inflexibilité des états de situation se plie à cette illusion ; il en conteste les résultats ; l'opiniâtreté du comte de Lobau ne peut vaincre la sienne, par là il veut sans doute faire comprendre à son aide de camp ce qu'il désire que les autres croient, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 11.

    Absolument. État, liste, tableau. Dresser un état des pensions.

    État de la France, de l'Angleterre, titre de certains livres qui contiennent le dénombrement des charges, des dignités, des forces, etc. La résolution de rayer M. de Cambrai de l'état de cette année, Bossuet, Lett. quiét. 404.

    Mémoire, détail article par article. État de comptes. État de dettes. État de frais.

    État d'hypothèques, indication des hypothèques qui grèvent un immeuble.

    État de lieux, acte contenant la description détaillée d'un immeuble loué ou affermé.

  • 6Position sociale. Il ne faut pas avoir des goûts au-dessus de son état. Il se piqua pour certaine femelle De haut état, La Fontaine, Magn. La cause la plus immédiate de la ruine et de la déroute des personnes des deux conditions, de la robe et de l'épée, est que l'état seul, et non le bien, règle la dépense, La Bruyère, VI. Heureux qui, satisfait de son humble fortune, Libre du joug superbe où je suis attaché, Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché ! Racine, Iph. I, 1. Vous êtes dans l'état où fut Apollon, Fénelon, Tél. II. Comme il [Massillon] parlait la langue de tous les états en parlant au cœur de l'homme, tous les états couraient à ses sermons, D'Alembert, Éloges, Massillon. Le seul avantage que donnent les lumières, si c'en est un, est de n'envier l'état de personne, sans en être plus content du sien, D'Alembert, Apol. le l'étude, Œuvres, t. IV, p. 206, dans POUGENS. Qu'il est doux de les voir, dévorés d'amertume, S'ennuyer par état et ramper par coutume ! Bernis. Épît. IV, Indép.

    Être au-dessus de son état, se dit d'une personne qui a des sentiments ou des lumières supérieures à la condition où elle est.

    Autrefois condition élevée au-dessus du peuple et de la bourgeoisie. Il y a en France trois sortes d'états, l'église, l'épée et la robe, Montesquieu, Lett. pers. 44. En préférant le célibat, le luxe et ce qu'on appelait un état, au bonheur si doux d'être époux et pères de famille, Décret du 23 floréal an II, rapport de Cambon, p. 94. Cette convoitise des offices et états (curée autrefois réservée aux nobles limiers) est devenue plus âpre depuis que tous les rangs y peuvent prétendre, Courier, I, 168.

    Manière de vivre. Tenir état de prince.

    Tenir un grand état, vivre splendidement.

    Avoir un grand état de maison, avoir une maison considérable, un grand nombre de domestiques. Ils étalent une grande magnificence ; mais, du reste, ils n'ont ni dîner, ni souper, point d'état de maison, Genlis, Ad. et Th. t. III, lett. 1, p. 12, dans POUGENS.

    Tenir un état, représenter.

    Façon de se vêtir. Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir l'état que vous portez ? Molière, l'Av. I, 5.

    Profession. En Égypte, le fils était obligé d'embrasser l'état de son père. Vous riez de cette nécessité où l'on est en France de prendre un état, Chateaubriand, René, 198.

  • 7Anciennement, réunion de députés des divers ordres représentant soit le pays tout entier, soit une province. J'allai dîner lundi chez M. de Chaulnes qui fait tenir les états deux fois par jour, Sévigné, 74. Une tenue d'états ou les chambres assemblées pour une affaire très capitale n'offrent point aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une table de gens qui jouent un grand jeu, La Bruyère, VI. Leurs prérogatives furent de présider aux grands états du peuple, Montesquieu, Esp. I, 14. J'ai ouï dire qu'un roi d'Aragon ayant assemblé les états d'Aragon et de Catalogne, les premières séances s'employèrent à décider en quelle langue les délibérations seraient conçues, Montesquieu, Lett. pers. 109.

    Tenir les états, les présider au nom du roi. M. de Chaulnes ne tiendra pas nos états [de Bretagne], Sévigné, 168.

    Salle des états, ancien nom appliqué aujourd'hui, dans le nouveau Louvre, à la salle où l'Empereur ouvre les sessions, en y réunissant le Sénat et le Corps Législatif.

    Les états généraux ou, absolument, les états, l'assemblée des trois ordres du royaume. Des cas si pressants qu'il y aurait danger à remettre la levée de l'impôt après la convocation des états, Fénelon, t. XXII, p. 434. Ils assemblaient souvent les états généraux, sans lesquels il n'y a point proprement de nation, Raynal, Hist. phil. I, 18.

    Par extension. Il [Alexandre] se hâta d'arriver à cette grande ville [Babylone], pour y tenir comme les états généraux de l'univers, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VI, p. 574, dans POUGENS.

    Le tiers état, la partie de la nation française qui n'était comprise ni dans le clergé ni dans la noblesse, et qui formait le tiers ou troisième ordre dans les états généraux. Palsambleu ! l'amour est un fat ; Sans égard pour ma naissance, Il me fait soupirer, gémir, sentir l'absence, Comme un amant du tiers état, Regnard, Attendez-moi sous l'orme, sc. 10.

    Pays d'états, pays où les députés des différents ordres de la population interviennent dans le gouvernement.

    Pays d'états, en France, provinces qui avaient des assemblées locales, où l'on traitait les affaires de la province. On les opposait ordinairement aux pays d'élection.

    Les États-Généraux, nom qu'au XVIIe siècle on donnait souvent à la Hollande.

  • 8La forme du gouvernement d'un peuple, d'une nation. État monarchique. État républicain. J'ose dire, seigneur, que par tous les climats Ne sont pas bien reçus toutes sortes d'états, Corneille, Cinna, II, 1. Les Athéniens affranchis dressent des statues à leurs libérateurs et rétablissent l'état populaire, Bossuet, Hist. I, 8. Les enfants commencent entre eux par l'état populaire, La Bruyère, XI.
  • 9Le gouvernement, l'administration suprême d'un pays. L'État ne doit pas entraver l'action du pouvoir municipal. Ministre d'État. Secrétaire d'État. Conseil d'État.

    Le chef de l'État, le roi, l'empereur, le président, le dictateur, etc. Tous, dégalonnant leurs costumes, Vont au nouveau chef de l'État De l'aigle mort vendre les plumes, Béranger, Deux grenad.

    Homme d'État, homme qui gouverne un pays ou une branche de l'administration d'un pays ; et aussi celui qui a les qualités nécessaires pour gouverner. Richelieu, Cromwell et Frédéric II de Prusse furent de grands hommes d'État.

    Coup d'État, voy. COUP.

    Raison d'État, considérations d'intérêt public par lesquelles on se conduit dans le gouvernement d'un État. La raison d'État est un mauvais prétexte pour justifier une action criminelle. Il n'est point de sottise Dont par raison d'État leur esprit ne s'avise, Régnier, Sat. x. Et les raisons d'État…, Corneille, Pomp. I, 2.

    On a dit aussi raisons de l'État. Car ce n'est point l'amour qui fait l'hymen des rois ; Les raisons de l'État règlent toujours leur choix, Corneille, D. Sanche, IV, 5.

    Par analogie. Les scrupules d'État qu'il fallait mieux combattre, Assez et trop longtemps nous ont gênés tous quatre, Corneille, Tite et Bér. III, 2. Vos chimères d'État, vos indignes scrupules, Corneille, ib. III, 5.

    C'est dans un sens analogue à raison d'État que Corneille a dit vertu d'État. La justice n'est pas une vertu d'État, Corneille, Pomp. I, 1.

    Affaires d'État, les affaires qui sont du ressort du gouvernement. Les ordres de la cour obligeaient l'ambassadeur à concerter toutes choses avec l'intendant, à qui la divine Providence fait faire ce léger apprentissage des affaires d'État, Bossuet, le Tellier.

    Fig. et familièrement. Affaire d'État, affaire importante. La moindre chose pour lui est une affaire d'État.

    Crime d'État, tentative pour renverser les pouvoirs établis. Et d'un mot innocent faire un crime d'État, Boileau, Sat. IX.

    Par analogie. Autant que je le puis, je déguise son crime, Et nomme seulement imprudence d'État Ce que nous aurions droit de nommer attentat, Corneille, Sophon. V, 6.

    Lettres d'État, lettres que le roi accordait pour suspendre le jugement et les poursuites contre une personne, qui, étant au service de l'État, ne pouvait vaquer à ses affaires.

  • 10L'ensemble des citoyens considéré comme un corps politique. Si l'on doit regarder les États comme immortels, y considérer les commodités à venir comme présentes…, Voiture, Lett. 74. Et que l'État demande aux princes légitimes Des prix pour les vertus, des peines pour les crimes, Corneille, Hor. v, 2. Nous avons vu que tout l'État est en la personne du prince, Bossuet, Politique, VI, I, 1. Dans le calme d'une profonde paix vous aurez des moyens de vous signaler, et vous pouvez servir l'État sans l'alarmer, comme vous avez fait tant de fois, en exposant au milieu des plus grands hasards de la guerre une vie aussi précieuse et aussi nécessaire que la vôtre, Bossuet, Reine d'Anglet. La reine, qui se trouva grosse et qui ne put par tout son crédit faire abandonner ces deux siéges qu'on vit enfin si mal réussir, tomba en langueur ; et tout l'État languit avec elle, Bossuet, ib. Je vous croirai Burrhus, lorsque dans les alarmes Il faudra soutenir la gloire de nos armes, Ou lorsque, plus tranquille, assis dans le sénat, Il faudra décider du destin de l'État, Racine, Brit. III, 1. Le grand principe de Lycurgue, et Aristote le répète en termes formels, était que, comme les enfants sont à l'État, il faut qu'ils soient élevés par l'État et selon les vues de l'État, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. II, p. 544, dans POUGENS. La réunion de toutes les forces particulières, dit très bien Gravina, forme ce qu'on appelle l'État politique, Montesquieu, Espr. I, 3. La vie des États est comme celle des hommes, Montesquieu, ib. x, 2. Chaque État a ses lois Qu'il tient de la nature, ou qu'il change à son choix, Voltaire, Brutus, I, 2. Et j'ai toujours connu qu'à chaque événement Le destin des États dépendait d'un moment, Voltaire, M. de Cés. I, 1. Ce qui fonde un État le peut seul conserver, Voltaire, Sémir. III, 6.
  • 11L'étendue de pays soumise à une seule souveraineté politique. Que le plus grand État ne peut souffrir qu'un maître, Corneille, Perthar. I, 1. Régnez toujours, Porus, je vous rends vos États, Racine, Alex. v, 3. Près de la borne où chaque État commence…, Béranger, Ste Alliance.

    L'État ecclésiastique, les États du pape. On a dit de même les États ou l'État de Venise, de Toscane.

REMARQUE

On a pris l'habitude d'écrire avec un É majuscule État, quand il signifie le gouvernement d'un pays, un corps de nation, l'ensemble d'un pays sous une même domination : ministre d'État ; coup d'État ; les lois fondamentales de l'État ; l'étendue des États de ce prince.

HISTORIQUE

XIIIe s. Lors est la terre en bon estat ; Cunte e barun e li prelat, N'est nuls à ki li reis ne pleise, Édouard le conf. v. 872. Restorer, e metre en estat, E enricher de riches duns [une église], ib. v. 2275. Mès s'il ont en eus engrestiés [méchanceté], Orguel ou quelques mauvestiés, Li grant estat où il s'encroent, Plus tost le mostrent et descloent, la Rose, 6287. Li enfant demorent en le [la] saizine, et li plais en l'estat où il estoit quant li peres morut dusqu'à l'aage des enfans, Beaumanoir, 69.

XIVe s. Et dist Charles de Blois : Heraux, venez avant ; Sur quel estat veut-il qu'on voist [qu'on aille] parlementant ? Guesclin. 5559.

XVe s. Tenez estat, ainsi comme à message de roi appartient, car nous le voulons, et tout sera payé, Froissart, II, II, 45. Et en telle maniere la plus grand' partie de ses gens se confesserent et mirent en bon estat, Froissart, I, I, 284. Là estoyent les femmes d'estat [de distinction] de Paris mandées, dancié, chanté, et fait joyeuse chiere, Christine de Pisan, Charles V, III, 32. Prince, qui veult que le bon temps reviengne, Les trois estas en bonnes meurs repringne [reprenne], Deschamps, Souffrance du peuple. Et feut advisé que c'estoit le moings mal que la royne presidast en conseil, que laisser les choses en l'estat que elles estoient, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1408. Sire, dist la pucelle, il fait bon acquerre honneur ; car, par les grans honneurs, vient on aux grands estats, Perceforest, t. II, f° 97. Belles filles, je vous prie que vous ne soyez pas des premieres à prendre les estats nouveaulx [les nouvelles modes], Le Chev. de la Tour, Instruct. à ses filles, f° 12, dans LACURNE. La veille du jour de Noel, le roy alla tenir son estat [résider] au palais, et demoura là jusques au jour St Thomas, Monstrelet, t. I, f° 93, dans LACURNE. De quoy tu n'as rien fait dont il puisse apparoir par estat [réellement], Ordonn. des rois de Fr. t. III, p. 70. Du costé du roy fuyt ung homme d'estat [de haut rang] qui s'enfuyt jusques à Lusignen sans repaistre, et du costé du conte ung autre homme de bien, Commines, I, 4. Tel perdoit ses offices et estats pour s'en estre fuy, et furent donnés à autres qui avoient fuy dix lieues plus loing, Commines, ib. Le roy arriva en la ville de Paris en l'estat qu'on doit venir pour reconforter le peuple, car il y vint en très grande compaignie, Commines, I, 8. Il [Louis XI] estoit naturellement amy des gens de moyen estat et ennemy des grans qui se pouvoient passer de luy, Commines, I, 10.

XVIe s. Certains estats dans les Indes…, Montaigne, I, 54. Affaires d'estat, Montaigne, I, 47. Jamais homme ne feit moins d'estat [ne compta moins sur] de sa durée, Montaigne, I, 78. Estat [de santé] florissant, Montaigne, I, 91. La philosophie faict estat [profession] de serener les tempestes de l'ame, Montaigne, I, 176. Ils sont morts en estat de n'avoir pas leur saoul à manger, Montaigne, I, 257. Ainsi faites estat [comptez] que je m'en voys quand et vous, Montaigne, III, 183. Tout cela se peut apeler faire un estat dans l'estat, D'Aubigné, Hist. III, 456. Je luy appris encore à dire souvent, maxime d'estat, maladie d'estat, periode d'affaires, etc. D'Aubigné, Conf. II, 1. Jouer à honnestes jeux, comme aux merveilles, aux estats, aux ventes, aux rencontres et autres, Yver, p. 524. Ce livret contenoit l'estat de la monition dont il avoit fait provision pour la guerre, de bledz, d'armes, etc. Amyot, Cat. d'Ut. 77. Il avoit d'estat de l'empereur 12500 escus tous les ans, Paré, Préface. Autres medicamens sont requis au commencement qu'en l'augment, en l'augment qu'en l'estat, en l'estat qu'en la declinaison, Paré, Introd. 22. Commis et deputez specialement pour le tiers estat, mesmes pour l'estat de labour [les laboureurs], Coust. génér. t. I, p. 335.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉTAT.
9Raison d'État. Ajoutez aux exemples cités, ceux-ci : Ce lion ayant été contraint, pour quelques raisons d'État, de sortir de Libye avec toute sa famille, Voiture, Lettre 41. Que la raison d'État ne souffrait point qu'on rendît compte à personne des commandements du souverain, Perrot D'Ablancourt, Tac. 7. La raison d'Etat se donne de beaux priviléges ; ce qui lui paraît utile devient permis ; et tout ce qui est nécessaire est honnête en fait de politique, Hamilton, Gramm. 6.
12Conditions d'administration et de service où se trouvent les places de guerre et les villes de garnison. État de paix. État de guerre. L'autorité civile est tenue de se concerter avec l'autorité militaire au sujet de toutes les mesures à prendre en vue de la mise éventuelle en état de guerre. L'état de guerre existe, en temps de guerre, pour les places de première ligne, celles qui sont à moins de cinq journées de l'ennemi ; en temps de paix, pour les places de première ligne qui sont ouvertes par suite de travaux.

État de siége, condition d'une ville, d'un territoire par laquelle les pouvoirs de l'autorité civile passent tout entiers à l'autorité militaire. L'état de siége est déclaré par une loi ou par un décret ; il résulte de l'investissement, d'une attaque, d'une sédition.

13 Au pl. Les États, dans les îles Normandes, conseil administratif, législatif et financier d'une île, composé de la justice et des principaux habitants ; on distingue les États de Jersey, les Etats de Guernesey, les États d'Aurigny.

États de Jersey, corps composé des baillis, jurés, recteurs des paroisses, connétables des paroisses, et (depuis 1857) d'un ou plusieurs députés de chaque paroisse de l'île.

À Guernesey, États de délibération, assemblée ordinaire des États, composée des baillis, jurés, procureur de S. M., recteurs et députés des douzaines ; États d'élection, états assemblés pour l'élection des jurés ou du prévôt de S. M. ou pour certaines affaires spéciales, composés des bailli, jurés, procureur de S. M., recteurs, et de tous les douzeniers et connétables des paroisses.

États d'Aurigny, assemblée publique des juge et jurés avec les procureur et contrôle de S. M. et les douzeniers ; les membres de la cour seuls y ont voix délibérative.

14État matrice, état matriciel, état qui sert de matrice, dans les comptes, dans les impositions, etc.

REMARQUE

Ajoutez :

2. J. J. Rousseau a dit mettre dans l'état de, au lieu de mettre en état de : Avec le zèle que vous me marquez pour les devoirs attachés à ce lien [la maternité], c'eût été grand dommage que M. Roguin ne vous eût pas mise dans l'état de les remplir, Lett. à Mme Roguin, 31 mars 1764. Cela est très incorrect.

3. Il est dit au numéro 3° que se mettre en état pour signifier qu'une personne décrétée de prise de corps, ou condamnée par contumace, ou ayant des lettres de grâce, se constituait prisonnière afin de se justifier ou de faire entériner la grâce, est un ancien terme de jurisprudence. Le voici employé de nos jours pour un condamné qui veut faire juger son pourvoi en cassation : Abrogation complète de l'art. 421 du Code d'instruction criminelle qui veut qu'avant de faire juger son pourvoi en cassation, le condamné se mette en état, c'est-à-dire se constitue prisonnier ou obtienne sa mise en liberté provisoire, Gaz. des Trib. 20 juill. 1876, p. 707, 3e col. Un escroc du grand monde avait obtenu, pour remplacer sa mise en état, sa mise en liberté provisoire, ib. p. 708, 1re col.

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Étymologie de « état »

Étymologie de état - Littré

Bourguig. étay ; provenç. estat, stat ; espagn. estado ; ital. stato ; du latin status, état, de stare, être debout, fixe (voy. ESTER et STABLE).

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Étymologie de état - Wiktionnaire

De l’ancien français estat, issu du latin status (« tenir debout, tenir droit »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « état »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
état eta play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « état »

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Citations contenant le mot « état »

  • L’état d’urgence sanitaire doit prendre fin vendredi. Et cela devrait changer plusieurs choses. D’abord, depuis le 16 mars la rémunération des heures supplémentaires et complémentaires qui pouvait être exonérée d’impôts sur le revenu jusqu’à 7500 euros, ce sera terminé. Le plafond d'exonération reviendra à son montant initial c'est-à-dire 5000 euros. RMC, Fin de l'état d'urgence sanitaire: qu'est-ce que cela va changer?
  • C'est leur premier acte en tant que maire : à Strasbourg et Bordeaux, Jeanne Barseghian et Pierre Hurmic, deux écologistes tout juste élus, déclarent l'état d'urgence climatique sur leur territoire. Des centaines de conseils municipaux à travers le monde ont pris le même engagement. Mais celui-ci doit impérativement s'accompagner d'une action climatique ambitieuse, au risque de perdre tout sens.  , État d’urgence climatique déclaré à Strasbourg et Bordeaux, deux villes emportées par des écologistes
  • Le parquet de Bayonne a indiqué la mise en examen de quatre personnes, suspectée d'avoir participé à l'agression qui a laissé Philippe Monguillot, 59 ans, en état de mort cérébrale ce dimanche 5 juillet. midilibre.fr, Chauffeur de bus en état de mort cérébrale : les transports à l'arrêt pendant une minute - midilibre.fr
  • Engagée depuis les années 1970, la désindustrialisation a connu des pointes vers 1990 et 2000. Néanmoins, elle reste considérée comme synonyme de modernité jusqu’à la crise de 2007-2008. Après cette dernière, qui provoqua une nouvelle accentuation du phénomène, l’exécutif fut contraint de prendre un certain nombre d’initiatives. Parmi elles figurent les états généraux de l’industrie, les investissements d’avenir, la BPI (Banque publique d’investissement), le CICE, et une Conférence nationale de l’industrie, devenu aujourd’hui Conseil national de l’industrie (CNI), ambitionnant d’être l’un des principaux outils de la reconquête industrielle en France. FO y joue un rôle essentiel, participant activement à l’ensemble des comités stratégiques de filière et aux groupes de travail, agissant en tant qu’expert et force de proposition pour muscler un secteur créateur de richesses et d’emplois dans notre pays. Elle agit également au sein du CESE, dont elle a soutenu les différents avis sur la question industrielle, indique Éric Keller, secrétaire fédéral de FO Métaux. Force Ouvrière, Industrie : l’emploi exige un État stratège - Force Ouvrière
  • Avec la sortie de l’état d’urgence sanitaire prévue samedi, la vie va-t-elle reprendre comme avant? Votée le 4 juillet dernier par le Parlement, la loi qui encadre cette nouvelle étape ne consiste pas à faire table rase de toutes les mesures barrières mises en œuvre depuis plusieurs mois. Le Figaro.fr, Sortie de l’état d’urgence sanitaire: l’étau se desserre prudemment
  • Les restrictions prévues par l'état d'urgence sanitaire seront levées à partir de ce vendredi, excepté à Mayotte et en Guyane. La loi du 11 mai prolongeait certaines mesures exceptionnelles que dès demain retourneront à la normalité. leparisien.fr, Trêve hivernale, jour de carence… Ce que change la fin de l’état d’urgence vendredi - Le Parisien
  • L'Etat, c'est la providence des gens sans état. De Marc Grangé
  • Les individus sont sortis de l'état sauvage, les nations y sont restées. Alexandre Vinet, Philosophie et morale sociale
  • De toutes les circonstances de la vie, le choix d'un état est celle où la méprise est plus ordinaire. Jean-Baptiste Massillon, Sermons, Sur la vocation
  • La civilisation est un produit naturel, tout comme l'état sauvage ; ce sont des fleurs différentes poussées dans la même forêt. Remy de Gourmont, Promenades littéraires, Mercure de France
  • [Les trois états successifs de toute pensée et de toute connaissance] : l'état théologique, ou fictif ; l'état métaphysique, ou abstrait ; l'état scientifique, ou positif. Auguste Comte, Cours de philosophie positive
  • L'œil existe à l'état sauvage. André Breton, Le Surréalisme et la Peinture, Gallimard

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Traductions du mot « état »

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Corse statu
Basque estatu
Japonais 状態
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Allemand zustand
Italien stato
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Anglais state
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Synonymes de « état »

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