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Nouveau

Variantes Singulier Pluriel
Masculin nouveau nouveaux
Féminin nouvelle nouvelles

Définitions de « nouveau »

Trésor de la Langue Française informatisé

NOUVEAU, NOUVEL, -ELLE, adj.

I. − Adjectif
A. − [Avant ou souvent après le subst.] Qui vient d'apparaître.
1. [L'adj. a seulement une valeur temporelle; y correspond l'adv. nouvellement] Synon. récent, neuf; anton. ancien, vieux.
a) [En parlant de plantes, d'êtres vivants] Qui est né, apparu depuis peu. Herbe, végétation nouvelle, feuilles nouvelles, bourgeons nouveaux; gentil coquelicot nouveau (dans une chanson pop.). Il se rappela le visage de Nicole endormie. Bientôt, un petit être nouveau serait là, entre eux (Martin du G., Thib., Consult., 1928, p.1132).D'un coup de bec, ils aveuglent les bourgeons et coupent toutes les pousses nouvelles (Gide, Journal, 1944, p.268):
1. Il faisait chaud; une odeur de fleurs nouvelles, odeur timide encore, intermittente, légère, passait dans l'air, où passaient aussi parfois des frissons froids... Maupass., Contes et nouv., t.2, Chats, 1886, p.1059.
En partic. [En parlant de légumes] De la première récolte de l'année. Carottes, pommes de terre nouvelles. Petits pois nouveaux à la française (Mallarmé, Dern. mode, 1874, p.838).
Vieilli. C'est du fruit nouveau. ,,Se dit de quelque chose de rare, d'inattendu`` (Littré).
P. anal. Vin, cidre nouveau. Le premier vin ou cidre de l'année. Le Beaujolais nouveau est arrivé. Nous allons continuer de vive voix cet entretien (...) en vidant à petits coups un verre de vin nouveau (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p.247).
Littér. L'eau stagnante semblait du sang, sous les reflets rouges du jour nouveau (Maupass., Contes et nouv., t.1, Hist. fille de ferme, 1881, p.35).
P. anal.
La/les génération(s) nouvelle(s)/la nouvelle génération ou la nouvelle vague. Génération formée de personnes jeunes. Cet enseigneur de la jeunesse, pouvant donner aux générations nouvelles la grande leçon d'indépendance et de fierté dont notre pays aurait si grand besoin à cette heure, est demeuré lèvres closes (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p.29).
Qui est au commencement d'une durée, d'un cycle. Le nouvel an (v. an A 1); la nouvelle lune/la lune nouvelle (v. lune B 2 a); la saison nouvelle.
b) [En parlant d'une chose]
α) Qui vient d'être fait, créé ou qui est plus récent qu'une autre chose semblable. Des boulevards nouveaux; un restaurant nouveau; les villes nouvelles; un journal, un livre nouveau. Là, on contait l'aventure du jour, on chantait la chanson nouvelle (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p.246).Tu me voyais marié dans notre ville. Tu me voyais acheter un jour une petite maison rose dans les nouveaux quartiers (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p.132):
2. Oh! comme je ne comprends pas ceux qui achètent des lits nouveaux, des lits sans mémoires. Le mien, le nôtre, si vieux, si usé, et si spacieux, a dû contenir bien des existences. Maupass., Contes et nouv., t.1, Lit, 1882, p.634.
GÉOL. Nouveaux grès rouges. Grès rouges formés au Permien (p. oppos. aux vieux grès rouges du Dévonien). Les dernières couches carbonifères sont recouvertes dans l'Europe occidentale par des roches détritiques dépourvues de fossiles (...) de teintes vives, généralement rouges: ce sont les «Nouveaux grès rouges» (L. Moret, Précis de géol., Paris, Masson, 1958, p.497).
β) Qui n'existe, que l'on n'a acquis que depuis peu de temps. Il a ouvert le bal avec la reine et paraissait plus fier encore de cette distinction que de sa nouvelle dignité de ministre, car il a été nommé... (Scribe, Bertrand, 1833, v, 1, p.215).Tous deux écoutaient l'amour nouveau chanter dans leur coeur (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p.111):
3. Celle-ci, s'étant montrée curieuse de savoir où et comment se forment les enfants, la mère n'avait pas cru devoir lui mentir (...). À quelque temps de là, la petite avait fait part de sa nouvelle science à deux compagnes de son âge... Gide, Journal, 1943, p.230.
γ) Loc. adj. De nouveau + subst.Un comte de nouvelle noblesse. Je ne suis pas fâché de voir tous ces nobles de nouvelle fabrique humiliés par la vieille aristocratie (Delécluze, Journal, 1827, p.406).
c) [En parlant d'une pers.]
α) [La pers. est désignée par sa fonction, son état] Qui est tel depuis peu de temps. Les nouveaux nobles, chrétiens; les nouveaux époux. N'abandonne pas un ancien ami, car le nouveau ne l'égale pas. L'ami nouveau est comme le vin nouveau: quand il est vieux, tu le bois avec plaisir (Chênedollé, Journal, 1818, p.92).M. le baron de Valenod, (...) venait à Paris remercier le ministère de sa baronnie et s'entendre avec lui. (...) dans une réélection qui se préparait, le nouveau baron était le candidat du ministère (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p.278):
4. ... il (...) reconnut parmi les jeunes gens le nouveau bachelier de tantôt qui, dans l'église de la Sorbonne, brûlait un cierge en reconnaissance de son succès... Gide, Faux-monn., 1925, p.1211.
Péj. Nouveau riche. Papa déplie sa serviette, pliée en quatre au beau milieu de l'assiette, selon l'usage. ( (...). Les ronds d'argent ou d'ivoire puent le nouveau riche. Les pochettes brodées aux initiales des convives sentent le petit bourgeois) (H. Bazin, Vipère, 1948, p.271).
[À valeur adv., devant un part. passé ou prés. subst.] Nouvel arrivé, embauché, enrichi; nouveau converti, débarqué, marié, syndiqué. Les Maheu (...) acceptaient les solutions miraculeuses, avec la foi aveugle des nouveaux croyants (Zola, Germinal, 1885, p.1279).La vieille avec force soupirs (...) racontait le drame aux nouveaux venus, un frère de Duffieux et sa femme, qui avaient été avertis par des voisins (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p.95).V. nouveau-né.
P. ell., emploi subst. Celui, celle qui vient d'arriver dans une collectivité, un groupe. Nous étions à l'étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois (Flaub., MmeBovary, t.1, 1857, p.1).
β) Vieilli. Synon. novice, neuf.Être nouveau dans son métier, dans les affaires. (Dict. xixeet xxes.).
2. [L'adj. a une valeur temporelle, mais indique surtout un changement, un renouvellement par rapport à un référent culturel ou spécifique]
a) Qui vient d'être inventé, créé, qui vient de se produire et diffère de ce que l'on connaissait antérieurement. Anton. connu, habituel, traditionnel, classique.Dans le fonctionnement des mécanismes étudiés par la géologie et la géographie physique, on est bien obligé de constater l'apparition de formes absolument nouvelles. Répondre qu'il n'y a pas là de nouveauté réelle, comme dans l'apparition d'une espèce nouvelle en biologie, ce serait une thèse (...) tout à fait gratuite (Ruyer, Esq. philos. struct., 1930, pp.47-48).Le type du bateau était nouveau. Il ne s'agissait pas de mettre au point un navire dont des frères tout à fait semblables avaient fait connaître les qualités et les défauts généraux (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p.64).V. émouvoir II B 2 ex. de Saint-Exupéry:
5. Envisagez, maintenant, le nombre de ces faits radicalement nouveaux, impossible à prévoir, qui, en moins d'un siècle et demi, sont venus surprendre les esprits, depuis le courant électrique jusqu'aux rayons X et aux diverses radiations qui se découvrent depuis Curie... Valéry, Variété III, 1936, p.256.
SYNT. Instrument, objet, outil, jeu, divertissement nouveau; industries, techniques nouvelles; cas, problème, phénomène nouveau; situation nouvelle; espèce nouvelle; genre, type nouveau (de qqc.); d'un genre, d'un type nouveau; façon, manière nouvelle (de faire qqc.).
[Dans une loc. adj.] Nouveau genre; nouvelle formule, manière, version. L'homme nouveau style veut «s'afficher» il choisit la veste Mao à fermeture ZIP (Femme pratique, oct. 1968ds Gilb. 1971, s.v. zip).
α) [Dans le domaine des faits intellectuels, artistiques]Synon. neuf, original.Analyse, méthode, théorie, vue nouvelle; inaugurer une voie nouvelle; emploi, sens nouveau (d'un mot); sujet nouveau; forme nouvelle; accords nouveaux (en musique); école nouvelle. C'est un esprit qui a l'air de saisir rapidement les idées nouvelles, parce qu'il est ennuyé de tout et que la nouveauté le ranime un instant (Constant, Journaux, 1804, p.180).Boris Vian se livre à des créations totales. On peut faire la différence entre des mots nouveaux désignant des objets existants (le députodrome), et des mots nouveaux désignant des choses nouvelles (le pianocktail) (J. Bens, Un Langage univers. dansl'Écume des Jours de B. Vian, p.177 ds Geckeler, p.354, v. bbg. infra):
6. Sans doute est-ce un des mérites de notre temps d'avoir pris conscience, plus qu'aucun autre, de la nécessité pour une oeuvre (...) d'être un fait neuf qui n'existait pas avant lui, qui n'existe pas en dehors de lui. L'oeuvre d'art est une création non seulement parce qu'elle témoigne de valeurs nouvelles, esthétiques, plastiques, mais parce qu'elle apparaît, une fois achevée, comme un petit univers... Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p.210.
[Avec connotation méliorative] Que son style [de David] si nouveau et si hardi soit devenu académique plus tard par l'imitation, c'est un malheur dont on ne saurait rendre l'artiste responsable (Gautier, Guide Louvre, 1872, p.47).Montherlant excelle dans la peinture d'une étrange sensualité de championne, qui est vraiment nouvelle en littérature (Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p.187).V. banal ex. 10.
[Avec connotation péj.] Les habitants de Saumur étant peu révolutionnaires, le père Grandet passa pour un homme hardi, un républicain, un patriote, pour un esprit qui donnait dans les nouvelles idées (Balzac, E. Grandet, 1834, p.11).
[En parlant d'une branche partic. des sc., des arts] Qui reflète des idées, des théories, des procédés nouveaux, qui innove. Linguistique, logique, musique nouvelle; nouveau solfège. Pour un nouveau roman (essai de A. Robbe-Grillet). On a peine à s'imaginer le degré d'irritation et d'obstruction des peintres officiels envers toutes les idées de la peinture nouvelle (Mauclair, Maîtres impressionn., 1923, p.158).Cette nouvelle métaphysique de l'amour, entièrement fondée sur la philosophie de l'être, posait des problèmes également nouveaux touchant la nature, la psychologie même de l'amour humain (Gilson, Espr. philos. médiév., 1932, p.73).La grandeur de Mauriac est là. Il a créé un roman nouveau bien avant le «nouveau roman» (Le Figaro, 6 févr. 1968, p.1 ds Geckeler, p.363, v. bbg. infra).
[Dans des loc. figées ou en voie de lexicalisation, avec l'art. déf.] Nouvelle philosophie*; nouveau roman*.
Art nouveau. Synon. modern style.On voit traîner sur des façades avec une mollesse dégoûtante des protubérances bulbeuses; ils appellent cela les motifs de l'art nouveau (A. France, Île ping., 1908, p.342).Ces hommes [les fondateurs belges de la revue l'Art Moderne] s'intitulent, (...) dès 1884, les croyants de l'Art nouveau, c'est à dire celui qui renie, en tout domaine, le passéisme alors ambiant. D'abord appliquée aux oeuvres des peintres qui rejettent l'académisme, l'expression se restreindra par la suite à l'architecture et aux objets (Encyclop. univ.t.111971, p.142).Emploi adj. Chaise, table art-nouveau. Les noms: Turelure, «impossible et puéril»; Sygne de Coûfontaine, «coco, démodé, art-nouveau, etc.» (Larbaud, Journal, 1934, p.333).V. nettoyer I A ex. de Larbaud.
Nouvelle histoire. Autour de la revue des Annales, fondée en 1929 par Lucien Febvre et Marc Bloch, la France avait donné naissance à un nouveau type d'approche historique (...). Celle qu'il convient désormais de nommer la Nouvelle Histoire claquait la porte à l'ancienne, tournait le dos aux grands hommes, à leurs batailles, à leurs traités. L'histoire était désormais celle, quantifiable, des lentes évolutions économiques ou démographiques, des amples mouvements sociaux, des nappes des mentalités collectives. Une histoire «prisonnière de la longue durée», selon l'expression fameuse de Fernand Braudel, contraignante car s'exerçant à l'insu de ses acteurs (Universalia, Paris, Encyclopaedia Universalis, 1984, p.421).
Nouvelle histoire économique. La nouvelle histoire économique est la science qui s'assigne pour tâche l'étude des faits économiques passés, à la lumière de modèles explicites testés selon les critères rigoureux de l'économétrie. (...) elle a confirmé dès le début son originalité par rapport à l'histoire économique traditionnelle: d'abord par un recours explicite à la théorie économique (...); en second lieu, par l'emploi de techniques statistiques élaborées par les économètres (Encyclop. univ. Suppl.1980).
β) [Dans le domaine des faits soc., pol., écon.]Éducation, justice, législation, religion nouvelle; mode nouvelle; société nouvelle; nouvelles couches (v. couche II A 3). Ou bien il [le parti socialiste allemand] y sera appelé [au pouvoir] par une grande crise, par un cataclysme national, par une guerre malheureuse, par une explosion de misère, bref par une tourmente qui balaiera les pouvoirs anciens et fera nécessairement place aux pouvoirs nouveaux (Jaurès, Ét. soc., 1901, p.55):
7. ... depuis un siècle, les peuples se sont transformés par leur pénétration mutuelle et par l'immense apport de toutes les intelligences de l'univers, bâtissant la morale, la science, la foi nouvelles. Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1577.
[Dans des loc. figées ou en voie de lexicalisation, gén. avec l'art. déf.]
Nouvel ordre* européen, ordre* nouveau, nouveau franc*.
Nouvelle cuisine. «Cuisine moderne», «nouvelle cuisine», «cuisine allégée et inventive»... Nos grands-parents n'étaient-ils que des goinfres au goût figé? (...) certains chroniqueurs gastronomiques laissent croire que le seul grand chambardement dans l'histoire de la cuisine serait intervenu au cours des vingt dernières années (Universalia, 1979, p.430).
Nouvelle droite. L'étiquette «nouvelle droite» a été inventée par un tenant de cette idéologie, Louis Pauwels (...). C'est lui, en effet, qui a expliqué (...): «Mes positions sont celles de ce que l'on pourrait appeler la «nouvelle droite» et qui n'a rien à voir avec la droite bourgeoise, conservatrice et réactionnaire» (Universalia, 1980, p.313).
Nouvelle gauche. Les adeptes du «mouvement hippy» ou de la «nouvelle gauche». Ceux qui jettent des fleurs à la face des policiers en criant «Love» (Ph. Labrods Elle, 25 nov. 1968, p.73 ds Banque Mots 1973, no5).
Nouveau féminisme. Les groupements de femmes qui ont existé en France avant le Mouvement de Libération des Femmes, créé en 1970, étaient réformistes et légalistes (...). Le nouveau féminisme est au contraire radical. Il reprend les mots d'ordre de 1968: changer la vie aujourd'hui même. Ne pas miser sur l'avenir mais agir sans attendre (S. de Beauvoir dsNouvel Observateur,14 févr. 1972,p.47, ds Banque Mots 1973, no5).
Nouvelle pauvreté; nouveaux pauvres. Des pauvres... On les appelle «nouveaux», à l'instar des philosophes et de la cuisine; ça fait plus chic dans une société repue. Leur originalité: ce ne sont pas des miséreux de père en fils, de mère en fille, des déshérités héréditaires ou des enfants de la cloche, mais des gens modestes qui avaient trouvé une place au soleil et qui ont récemment basculé dans un trou noir (Le Nouvel Observateur, 12-18 oct. 1984, p.38, col. 2).La nouvelle pauvreté, dit-il [l'abbé Pierre], c'est la perte d'un emploi, la fin des allocations chômage pour des centaines de familles qui se trouvent, du jour au lendemain, dans l'impossibilité de payer leur loyer, les traites, l'eau, le gaz, l'électricité... (Femmes d'Aujourd'hui, 20-26 nov. 1984, no47, p.9, col.3).
Nouvel ordre (économique) international. L'expression «nouvel ordre économique international» symbolise l'ensemble des revendications des pays du Tiers Monde en face, principalement, des pays industrialisés capitalistes (Universalia, 1979, p.131).
Énergies nouvelles. Sources d'énergie venant d'être découvertes ou déjà connues mais peu exploitées jusque-là, qui bénéficient de techniques d'exploitation modernes (par opposition aux sources d'énergie traditionnelles: charbon, pétrole). Dans ce qu'il est convenu d'appeler «énergies nouvelles», l'énergie éolienne est une des moins simples à utiliser: le vent est capricieux (Le Monde,10 déc. 1975, p.22, col. 3).
γ) [P. méton., en parlant d'une pers.] Qui a adopté des idées, des théories, des comportements nouveaux. Nouveaux romanciers, nouveaux patrons, nouveaux pères. Ils sont bien attachants les nouveaux papas qui (...) biberonnent le petit dernier, traquent la poussière dans les recoins du salon ou touillent la soupe pour toute la maisonnée (Femme Pratique,nov. 1982, no231, p.14):
8. Cette France 78 (...) ne cessa de réinventer des «nouveautés» sorties tout droit des caves du siècle précédent (...). Et tandis que les nouveaux communistes redécouvraient le Jules Guesde de 1890, les nouveaux philosophes le Bakounine de 1880, (...) les nouveaux économistes le Guizot de 1830, les nouvelles femmes commençaient à se demander, pour leur part, s'il n'était pas temps de rentrer chez elles faire de la tapisserie. Universalia, 1979, p.408.
δ) Ère nouvelle, temps nouveaux. Période de renouvellement complet des idées, des valeurs, des moeurs. Raphaël qui annonce par plus d'un trait l'art de la contre-Réforme, créa une sainte Cécile qui portait déjà en elle quelque chose du génie des temps nouveaux (Mâle, Art relig., 1932, p.188):
9. Nous ne sommes même pas capables d'imaginer ce que sera l'homme de demain, l'homme qui n'aura pas connu la pauvreté. L'humanité entre dans une ère nouvelle, nous nous trouvons au tournant décisif de son histoire. Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.170.
ε) Tournures et emplois partic.
Quoi de nouveau, quelque chose de nouveau, rien de nouveau. Synon. neuf.Il n'y a rien de nouveau sous le soleil (p.réf. à Eccl. 1, 9-10). Je ne lis rien et ne puis par conséquent rien vous indiquer de nouveau. Tous ces temps-ci je m'étais occupé de socialisme; mais vous connaissez tout cela (Flaub., Corresp., 1864, p.158).
Fam. (Ah) ça c'est nouveau! C'est inouï, c'est trop fort!
Il est nouveau de + inf.Il n'est pas nouveau d'utiliser les enquêtes et les questionnaires oraux ou écrits au service de la recherche psychologique (Mounier, Traité caract., 1946, p.24).
P. ell. Septième journée septième travail (...) extraordinaire et tout nouveau! douze athlètes (...) descendront dans la lice (...); notre champion se fait fort de les terrasser successivement: une minute par homme! (Cladel, Ompdrailles, 1879, p.161).
Rem. La publicité fait un usage particulièrement intensif de l'adj. nouveau ainsi employé seul et qui fonctionne comme synon. de jamais vu, inédit, dernier cri.
Emploi subst. Ce qui est nouveau, chose nouvelle. Synon. nouveauté.Vouloir du nouveau, faire du nouveau. Le genre de vie, entré à ce point dans les habitudes, devient un milieu borné dans lequel se meut l'intelligence. Le nouveau paraît l'ennemi (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p.204):
10. Du moment où la Renée de Zola est acceptée par le public et par la presse comme du théâtre nouveau, à quoi sert de chercher du vrai nouveau au théâtre? Goncourt, Journal, 1887, p.669.
En partic. Fait nouveau. −Rien de nouveau depuis hier, chère madame? −Si, mon ami, il y a du nouveau. −Et du bon nouveau, j'espère (...)? (Zola, Fécondité, 1899, p.667).Le soldat gratuit ça c'était du nouveau... tellement nouveau que Goethe, tout Goethe qu'il était, arrivant à Valmy en reçut plein la vue (Céline, Voyage, 1932, p.88).
b) Que l'on ne connaissait pas encore, que l'on vient de découvrir; dont on n'avait pas l'habitude. Je hais ces moments de l'arrivée dans un lieu nouveau, où tout vous est étranger et où vous êtes étranger à tout (Maine de Biran, Journal, 1816, p.199).Quand Fermina Marquez parut dans le collège, amenant avec elle un air nouveau, il s'accusa de s'être laissé, un instant, distraire (Larbaud, F. Marquez, 1911, p.56):
11. Je voyais bien de l'ébahissement sur son visage quand je lui lisais des fragments des Natchez, d'Atala, de René; il [M. de Fontanes] ne pouvait ramener ces productions aux règles communes de la critique, mais il sentait qu'il entrait dans un monde nouveau; il voyait une nature nouvelle; il comprenait une langue qu'il ne parlait pas. Chateaubr., Mém., t.1, 1848, p.482.
En partic.
[En parlant d'un pays, d'une région] Que l'on vient de découvrir, d'occuper. Le nouveau monde (v. ce mot I C 2) ou le nouveau continent; nouvelles terres; nouveaux rivages. On peut aisément croire que dans un pays encore si nouveau, les communications doivent être très-imparfaites et les logemens incommodes (Crèvecoeur, Voyage, t.2, 1801, p.229).Quelle probabilité y avait-il pour que les défricheurs de pays nouveaux vinssent acheter les plans de Quinette, relieur à Grenelle? (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p.83).
Littér. Sous des cieux nouveaux. Ils vont rêvant de chars dorés, d'arcs triomphaux, De chevaux emportant leur gloire dans des flammes, Et d'empires conquis sous des soleils nouveaux! (Samain, Chariot, 1900, p.189).
[En parlant d'une pers.]
Homme nouveau. Inconnu du public jusqu'alors; qui n'est pas d'une famille illustre. Je ne suis pas né sur les marches d'un trône (...). Non, je suis un homme nouveau, je n'ai que mes poings (Zola, E. Rougon, 1876, p.77).P. anal. Mon but est de donner de l'éclat à ma maison nouvelle encore, et de l'illustrer par une des grandes charges du pays (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.101).
Nouveau visage. Personne que l'on rencontre pour la première fois. On ne devait pas avoir, dans la maison, l'habitude des visages nouveaux (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p.56).
[En parlant d'une sensation, d'un sentiment] Que l'on n'avait jamais éprouvé encore. [Ils] se parlaient d'une voix tendre, uniquement pour se dire «toi» et goûter le délice nouveau de cette familiarité (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.223):
12. Furtivement, un sentiment nouveau s'infiltrait en lui, moins stérile que la pitié sur soi ou que le désespoir. Des larmes nouvelles roulèrent sur ses joues. Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1263.
[En parlant d'un point de vue] Que l'on n'avait pas encore envisagé. Éclairer un problème d'un jour nouveau. Le but de la physique mathématique n'est pas seulement de faciliter au physicien le calcul numérique de certaines constantes (...), il est surtout de lui faire connaître l'harmonie cachée des choses en les lui faisant voir d'un nouveau biais (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p.147).Tout cela, qui m'était déjà connu, se présentait à moi sous une lumière nouvelle (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p.910).
Expr. Tout nouveau, tout beau. Ce que l'on découvre paraît plein d'attraits. Madame est assez gentille avec moi. (...) le premier jour, il est rare qu'elles ne soient pas gentilles, ces chameaux-là... Tout nouveau, tout beau... C'est un air connu... Oui, et le lendemain, l'air change, connu aussi... (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p.22).V. beau ex. 123.
Nouveau à/pour + subst. désignant une pers. ou un attribut de la pers.Les cris de: sirop, limonade, bière! bien que nouveaux à mes oreilles et par conséquent sans vulgarité, me blessaient par leur caractère profane (A. France, Vie fleur, 1922, p.386):
13. Ce que vous dites, vous le croyez personnel, mon ami! (...) mais vos paroles ne sont nouvelles que pour vous. −Pour moi, vous récitez un dialogue dont j'ai appris, d'avance, toutes les réponses. Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p.320.
[Avec les adv. toujours, éternellement] Que l'on redécouvre chaque fois, qui garde toute sa fraîcheur. Oui, c'est toujours avec un nouveau plaisir que je te revois (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.67).Il contempla sa chambre. Occupation facile. Sujet de méditation éternellement nouveau et indéfiniment fécond (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p.99).
c) [Par rapport à un référent spécifique] Qui est autre.
α) Qui diffère de ce qu'il était auparavant, qui a pris un aspect nouveau, qui s'est renouvelé. Depuis qu'il l'a quitté, Paris s'est transformé. Une ville nouvelle a surgi qui lui est en quelque sorte inconnue (Hugo, Misér., t.1, 1862, p.535).François jeta sur sa mère un regard nouveau. Il n'avait jamais remarqué sa jeunesse (Radiguet, Bal, 1923, p.83):
14. Alors, commença pour Renée une nouvelle existence (...). Les jeunes gens avaient beau rôder autour d'elle, tous les hommes la dégoûtaient. Louise la fortifiait dans ses bonnes résolutions. Dabit, Hôtel Nord, 1929, p.105.
[En parlant d'une pers. ou p. méton. d'un attribut de la pers.; gén. avec connotation méliorative] Âme nouvelle. J'avais rompu avec mon existence ancienne, et je voulais devenir une femme nouvelle (Gobineau, Pléiades, 1874, p.178).Mais quoi! cette douceur terrible, qui est venue (...) cette bonté en lui, ce coeur nouveau qu'il a senti battre dans sa poitrine, −ce n'est pas vrai, c'est un mirage (Psichari, Voy. centur., 1914, p.233):
15. Le poème (...) permet à l'homme de voir autrement, d'autres choses. Son ancienne vision est morte ou fausse. Il découvre un nouveau monde, il devient un nouvel homme. Éluard, Donner, 1939, p.147.
[P. réf. à 2 Cor. 5. 17, Gal. 6. 15, Éph. 2. 15] Homme nouveau. Le croyant libéré de la puissance du péché par le baptême et vivant par le Saint-Esprit. Et il se sentait devenir un homme nouveau (...). La reine Balkis observait Balthasar. Elle comprit qu'il n'y aurait plus jamais d'amour pour elle dans ce coeur rempli par l'amour divin (A. France, Balth., 1889, p.31).Les signes de l'homme nouveau sont la justice et la sainteté (Éph. 4. 24), la pureté et la vérité (I Cor. 5. 7). Le critère de l'homme nouveau, c'est l'image de Dieu en Christ (Col. 3. 10); car Jésus-Christ est l'homme nouveau, le «dernier Adam» (Rom. 5. 14-15) (Allmen1956).
P. anal. L'épreuve sera courte. Un nouveau sang afflue dans tes veines, ô France! un sang pur et vermeil. Tes fils ont l'âme résolue (Glatigny, Fer rouge, 1870, p.41).
β) Qui diffère de ce qui le précédait. Un nouvel état de choses; prendre de nouvelles dispositions; choisir une nouvelle carrière; former un nouveau cabinet; essayer un nouveau médicament; emménager dans un nouvel appartement. Il faut que la force qui émancipera l'allemand vienne du dehors. Il obéira au régime nouveau avec la même docilité qu'il a témoignée au régime précédent (Barrès, Cahiers, t.11, 1917, p.306).En femmes, il eût toujours aimé la nouveauté; mais une femme nouvelle n'était plus une nouveauté pour lui et la monotonie du changement lui pesait (A. France, Les Sept femmes de la Barbe Bleue, La Chemise, 1930 [1909], p.248):
16. Aucun homme ne peut parler des femmes, cher, parce qu'aucun homme ne comprend que tout nouveau maquillage, toute nouvelle robe, tout nouvel amant, proposent une nouvelle âme... Malraux, Cond. hum., 1933, p.264.
La nouvelle alliance (v. alliance D 2); le Nouveau Testament*.
[Le subst. désigne une personne du point de vue de sa fonction] Qui succède à celui qui occupait cette fonction. Le nouveau président, le nouveau pape, le nouveau professeur. Sa façade Louis XVI, que ses nouveaux propriétaires se hâtèrent d'écraser sous un massif fronton (Gide, Si le grain, 1924, p.366).
B. − [Correspond à la loc. adv. de nouveau, le plus gén. antéposé] Synon. second, autre, de plus, supplémentaire.
1. Qui s'ajoute à ou remplace une chose de même type (en étant ou non tout à fait semblable). Chaque jour me faisait découvrir de nouvelles raisons d'admirer mon ami (A. France, Vie fleur, 1922, p.403).À Fès même, la révolte est encore mal étouffée, et l'on s'attend à de nouvelles échauffourées (Gide, Journal, 1944, p.262):
17. «Que ça finisse!» tout, plutôt que d'assister, impuissant, pendant une nuit encore, puis une nouvelle journée et peut-être une nouvelle nuit, à ce spectacle de l'enfer! Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1295.
SYNT. Une nouvelle fois; une nouvelle occasion; jusqu'à nouvel ordre*; boire un nouveau verre de vin; allumer une nouvelle cigarette; planter de nouveaux sapins; acheter une nouvelle voiture, de nouvelles robes; faire de nouvelles expériences, une nouvelle édition, de nouveaux progrès; prendre de nouvelles informations, de nouveaux renseignements; avoir de nouveaux griefs, de nouveaux arguments; ajouter de nouveaux détails.
[En parlant d'une pers.] Avoir un nouvel enfant; se faire de nouveaux amis; prendre un nouvel époux. Elle continuait à rire, heureuse de l'idée qu'elle allait avoir tout à l'heure un nouvel amant, plus jeune encore que tous les autres (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p.127).Dans l'hypothèse la plus favorable, si nul créancier nouveau ne survenait, il allait lui rester deux mille francs (Montherl., Célibataires, 1934, p.798).
2. Qui renaît, reparaît. Commencer une nouvelle jeunesse; reprendre de nouvelles forces; donner une nouvelle vie à qqc. Le limier (...) devinant la ruse du pillard, sans perdre un instant et pris d'une nouvelle ardeur s'était mis à sa poursuite (Pergaud, De Goupil, 1910, p.50):
18. Que de fois j'eusse voulu me plonger dans l'abîme de ces mers dévorantes, et tirer de tous les élémens, de toutes les secousses, une nouvelle énergie, quand je sentais la mienne s'éteindre au milieu des feux qui me consumaient! Krüdener, Valérie, 1803, p.13.
3. [Avec un nom propre] Qui rappelle une personne, une chose, un fait connu(e), qui en semble la réplique. La nouvelle Athènes: Paris. L'ingénieuse antiquité auroit cru que Vénus avoit noué sa ceinture autour de ces nouvelles Cythères, pour les défendre des orages (Chateaubr., Génie, t.2, 1803, p.338).Giap aurait donc agité devant les Américains la crainte d'un nouveau Dien-Bien-Phu (Le Monde,7 févr. 1968, p.1 ds Geckeler, p.365, v. bbg. infra):
19. Quelle noble tâche −et quelle gloire! −ce serait pour un jeune poète de génie, de se manifester, nouveau Chateaubriand, comme le précurseur d'une renaissance de la foi! Coppée, Bonne souffr., 1898, p.120.
[Dans des titres d'oeuvres] Les Nouveaux Lundis (de Sainte-Beuve), Les Nouvelles Nourritures (de Gide).
[En comp., dans des noms de villes, de régions, de pays] La Nouvelle-Orléans, la Nouvelle-Angleterre, la Nouvelle-Zélande, les Nouvelles-Hébrides, etc.
Rem. 1. Nouveau est souvent postposé au subst. dans les emplois correspondants au A et souvent antéposé dans les emplois de B, mais son sens dépend moins de sa place que du cont. 2. Nouveau forme avec certains subst. comme monde, testament de véritables comp. Je parlai à Carmen de quitter l'Espagne, et de chercher à vivre honnêtement dans le Nouveau-Monde (Mérimée, Carmen, 1847, p.66).
II. − Emploi adv.
A. − [Avec part. passé formant un adj. ou un subst. comp.] V. aussi supra I A 1 c.Du beurre nouveau battu, des vins nouveau percés (Littré). V. nouveau-né.Les nouveau-venus (...) pour la plupart ne s'attendaient pas à pareille rencontre (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p.66).Il ne semble pas que les pestiférés nouveau venus aient jamais été en contact direct avec les autres, parqués dans des quartiers fermés (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p.21).
Rem. Certains aut. font l'accord. Les merles nouveaux arrivés sur leur couvée d'oisillons (Pergaud, De Goupil, 1910, p.90). Je regarderai tout de suite ce que devient, à travers ma joie nouvelle venue, mon besoin d'écrire (J. Bousquet, Trad. du silence, 1936, p.122).
B. − Loc. adv.
1. À nouveau
a) D'une manière différente, sur de nouvelles bases; comme si c'était la première fois. Chaque sommeil passe l'éponge sur les jours antérieurs, et je recommence tout à nouveau. L'avenir et le passé s'effacent et je ne m'occupe que du présent (Amiel, Journal, 1866, p.297).Il s'agit simplement d'empêcher la Cour de Cassation d'instruire l'affaire à nouveau, comme la loi lui en fait le devoir (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p.219).
FIN. Créditer, débiter à nouveau. Créditer, débiter sur un nouveau compte. (Dict. xixeet xxes.).
b) P. ext. Synon. de nouveau.Consacrer à nouveau plusieurs mois de ma vie à un sujet qu'au fond j'aborde uniquement en raison de mon intimité avec l'auteur (Du Bos, Journal, 1927, p.218).La main de la promeneuse s'est à nouveau balancée (Aragon, Beaux quart., 1936, p.329).
2. De nouveau. Encore une fois. Elle allait de nouveau tenter une expérience qui, plus d'une fois déjà, lui avait réussi (Ponson du Terr., Rocambole, t.3, 1859, p.388).L'électricité, qu'on nous avait rendue hier, est de nouveau coupée (Gide, Journal, 1943, p.164).
REM.
Novelette, subst. fém.,,Jeune brebis qui n'a pas encore eu d'agneau`` (Fén. 1970).
Prononc. et Orth.: [nuvo], [-εl]. [-o] devant consonne: un nouveau manteau; [-εl] devant voyelle ou h muet: un nouvel enfant, un nouvel habit. V. beau/bel, fou/fol, mou/mol. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adj. A. Qui est de création ou d'apparition récente 1. début xiies. «jeune (d'un être vivant)» (Psautier d'Oxford, 68, 36 ds T.-L.: vedel novel); 2. ca 1130 «neuf» (Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 50: targe novele); 3. 1130-40 «frais (d'une chose)» (Wace, Conception Notre-Dame, éd. W. R. Ashford, 1277-78: Mana resemblot de blanchor Novele neif e blanche flor); 4. ca 1165 «qui a acquis un titre ou des fonctions qu'il n'avait pas encore» (Benoît de Ste-Maure, Troie, 30273 ds T.-L.); 5. fin xiies. «inexpérimenté» (Brut de Munich, 2725, ibid.). B. Qui succède à une personne ou à une chose de même espèce 1. ca 1150 «récent» (Charroi de Nîmes, éd. D. McMillan, 14: Ce fu en mai, el novel tens d'esté); cf. début xiies. a. fr.-prov., p. oppos. à vieux, ancien (Albéric de Pisançon, Alexandre, 11, in Elliott Monographs, 38, p.38: Del temps novel ne del antic Nuls hom vidist un rey tan ric); 2. 1119 «qui remplace une chose de même espèce arrivée à son terme» nuvele lune (Philippe de Thaon, Comput, 2492 ds T.-L.); 3. ca 1165 «qui vient après une personne ou une chose de même espèce» (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 23942: seignor novel); spéc. 1679 «qui présente les mêmes caractéristiques qu'un personnage célèbre, réel ou imaginaire» (La Fontaine, Fables, X, 14, 15, éd. H. Régnier, t.3, p.82: nouveau Jupiter);. II. Loc. adv. 1. de nouveau a) 1121-34 de nuvel «récemment» (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1072 ds T.-L.); b) ca 1160 de novel «une fois de plus» (Eneas, 3266, ibid.); 2. à nouveau a)1835 banque «sur un nouveau compte» (Ac.); b) 1864 «une nouvelle fois» (Renouvier, Essais crit. gén., introd., p.LXVI). III. Subst. A. En parlant d'une chose 1. 1198 «terre nouvellement défrichée» (Rubrique d'une charte de 1198, Cart. du Paraclet, fo243 ro, Arch. Aube ds Gdf.); 2. ca 1658 «ce qui est neuf, inédit» (La Fontaine, Clymène ds OEuvres, éd. H. Régnier, t.7, p.149: Il me faut du nouveau, n'en fût-il point au monde). B. 1832 en parlant d'une personne, désigne celui qui arrive dans une collectivité déjà constituée (Balzac, L. Lambert, p.37). Du lat. novellus «nouveau, jeune, récent», dér. dimin. de novus (cf. neuf2).
STAT.Nouveau et nouvelle adj. et subst. Fréq. abs. littér.: 53735. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 75767, b) 68588; xxes.: a)75295, b) 81844.
DÉR.
Nouvelet, -ette, adj.,vx ou littér. Diminutif de nouveau. V. supra I A 1.Cerf nouvelet, Noël nouvelet. Sur les feuilles nouvelettes s'égrenaient les gouttelettes d'une petite pluie bénie (Rolland, C. Breugnon, 1919, p.57). [nuv(ə)lε], fém. [-εt]. 1reattest. 1remoitié xiiies. «tout nouveau» (Première Continuation de Perceval, éd. W. Roach et R.H. Ivy, t.2, 13745: flors novelestes); de no(u)vel (nouveau); suff. -et*.
BBG. Geckeler (H.). Zur Wortfelddiskussion. Untersuchungen zur Gliederung des Wortfelds alt - jung - neu im heutigen Frz. München, 1971, pp.350-369. _ Grundt (L. O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, p.153, 158; pp.162-164. _ Quem. DDL t.3, 11, 13, 15, 17.

Article lié : « Nouvel » ou « nouveau » ?

Wiktionnaire

Adjectif - français

nouveau \nu.vo\

  1. (Objectivement) Qui n’existait pas auparavant, avant telle date donnée, avec rien de pareil ni de comparable.
    • Le nouveau campement est établi à une douzaine de kilomètres de l’ancien, dans une plaine ondulée et verdoyante. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 119)
    • Ces personnes nouvelles, que les jeunes gens trouvaient fort anciennes, et que d’ailleurs certains vieillards qui n’avaient pas été que dans le grand monde croyaient bien reconnaître pour ne pas être si nouvelles que cela, n’offraient pas seulement à la société les divertissements de conversation politique et de musique dans l’intimité qui lui convenaient ; il fallait encore que ce fussent elles qui les offrissent, car pour que les choses paraissent nouvelles si elles sont anciennes, et même si elles sont nouvelles, il faut en art, comme en médecine, comme en mondanité, des noms nouveaux. — (Marcel Proust, Le Temps retrouvé, Gallimard, 1927, page 48-49)
    • Car les propos que Schnitzler tient par ailleurs sur la psychanalyse freudienne sont dans l’ensemble nettement critiques et se résument assez bien dans telle de ses formules : « Ce n’est pas la psychanalyse qui est nouvelle, c’est seulement Freud » — la nouveauté elle-même n’étant apparemment considérée comme une valeur en soi. — (Philippe Forget, « De la fidélité à la responsabilité », présentation pour la nouvelle d’Arthur Schnitzler La Nouvelle rêvée de 1926, 1991, page 26)
    • Difficile à croire au premier coup d’œil, mais cette nouvelle Golf est entièrement nouvelle. — (Alexandre Bataille, « Volkswagen Golf 7 : sur le toit de l’Europe », Caradisiac, 22 octobre 2012)
    • Le nouvel A350 d’Airbus concurrent annoncé du 787 Dreamliner de Boeing, a effectué vendredi son premier vol d’essai. — (La Tribune de Genève)
    • Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication terme utilisé depuis les années 1990-2000 pour caractériser certaines technologies dites nouvelles telles que Internet, les smartphones, BlueTooth.
    • La phablette — combinaison d’un ordinateur portable et d’un smartphone — a été un des produits nouveaux de l’année 2012.
    • L’Adirondack Blue est une nouvelle variété de pomme de terre — bleue — créée en 2003.
    • Une invention est considérée comme nouvelle si elle n’est pas comprise dans l’état de la technique. — (Article L611-11 du code de la propriété intellectuelle.)
    • La nouvelle année 2017.
  2. (Subjectivement) Que l’on n’avait jamais vu auparavant.
    • Un nouveau visage : une personne qu’on n’a pas encore vue. Qui n’avait jamais été vu(e).
    • Un nouveau député fraichement élu.
  3. Qui tire de son caractère récent une valeur de création, d’invention, un sentiment de nouveauté intrinsèque.
    • Il semble que les premiers mots des Métamorphoses d’Ovide, In nova fert animus, soient la devise du genre humain […] Un colporteur ne se chargera pas d’un Virgile, d’un Horace, mais d’un livre nouveau […] Les femmes se plaignent depuis le commencement du monde des infidélités qu’on leur fait en faveur du premier objet nouveau qui se présente, et qui n’a souvent que cette nouveauté pour tout mérite. — (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1760, article Nouveauté)
    • La mauvéine a été la nouvelle couleur du milieu du xixe siècle. Elle a été à l’origine de la mauve mania.
  4. Nouveau pour quelqu’un ; qui était jusqu’ici inconnu de lui ; dont il n’a pas l’habitude.
    • Enfin, si on lui vole sa maîtresse, il est douteux qu’il puisse faire totalement abstraction de la réalité de cet incident et s’en dédommager par la surprise d’un sentiment nouveau. — (Robert Musil, L’Homme sans qualités, 1930-1932 ; traduction de Philippe Jaccottet, 1956, page 22)
    • Le critère minimum permettant de reconnaitre une innovation est le fait d’être nouveau pour la firme [… ] Une innovation est nouvelle pour le marché quand l’entreprise est la première à la lancer sur le son marché […] Une innovation est nouvelle pour le monde quand l’entreprise est la première à la lancer sur tous les marchés et dans tous les secteurs d’activité, nationaux et internationaux. — (OCDE et Eurostat, Manuel d’Oslo : Principes directeurs proposés pour le recueil et l’interprétation des données sur l’innovation, 2005, § 207, 209 et 210)
    • C'était à qui danserait, jouerait ou chanterait avec le plus d'entrain. Les casseux-de-veillée comme moi n'étaient pas populaires. Mais comme j'étais "nouveau", on me pardonnait. — (Jean-Claude Castex, Rivière-Rouge, Vancouver : Éditions P.O., 2015, page 296)
  5. (Œnologie) En parlant d’un vin : ayant subi une très courte vinification, et consommé moins d’un an après la récolte.
    • Ainsi, ils en font un vin bourru, c'est-à-dire , un vin nouveau et doux qui n'a point fermenté, et qu'ils vendent aussitôt. — (Philip Miller et Laurent Marie de Chazelles, Dictionnaire des jardiniers, Guillot, 1785, page 115)
  6. (Pour les personnes) Qui n’a pas d’expérience ou d’habitude ; sans ancienneté.
    • Cette serveuse est nouvelle. Elle commence aujourd’hui.
  7. Autre, qui succède à un moment donné à un être ou à une chose de même ordre.
    • Avant-hier il a plu toute la journée, mais le soir, malgré le ciel couvert, tout le monde guettait anxieusement l’apparition de la lune nouvelle. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 131)
    • Le nouveau permis de conduire arrive en 2013. — (Le Figaro, 4 février 2013)
    • Le nouveau billet de 5 euros donne un visage à l’Europe. — (Le Figaro Économie, 1er mai 2013)
    • Plus léger, plus résistant, intégrant une lumière à courte portée et une suspension à sangles, le nouveau casque, baptisé F1XF, a été entièrement repensé même s’il garde l’aspect visuel de son illustre prédécesseur. — (« Les pompiers français auront bientôt un nouveau casque », Le Parisien, 10 octobre 2013)
    • Un nouveau produit.
    • Elle m’a présenté son nouvel époux.
    • Il me faut une nouvelle voiture pour remplacer la mienne.
  8. Ressemblant, semblable, en conformité, dans une suite temporelle, avec une autre personne ou une autre chose.
    • Sebastian Vettel, le nouveau fangio selon Sir Stirling Moss.
    • Messi, le nouveau Maradona.
    • Le nouveau canal de Suez.
  9. De plus, supplémentaire.
    • Nouveau naufrage d’un bateau de migrants en Méditerranée. — (Le Monde.fr, 11 octobre 2013)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NOUVEAU, NOUVELLE. adj.
Qui est récent, qui commence d'être ou de paraître, qui n'existe ou qui n'est connu que depuis peu de temps. Vin, blé, fruit nouveau. Pommes de terre nouvelles. Un livre nouveau. Un modèle nouveau. Une invention nouvelle. Un instrument nouveau. Mode, pièce nouvelle. Manière nouvelle. Édition nouvelle. Religion nouvelle. Opinion nouvelle. Des mots nouveaux. Les nouveaux riches Les nouveaux pauvres. N'avez-vous rien, ne savez-vous rien, ne nous direz-vous rien de nouveau? Qu'y a-t-il de nouveau? Quoi de nouveau? Cela est nouveau pour moi. Cela m'est nouveau. C'est pour moi une chose nouvelle. Il fait au masculin Nouvel devant les mots commençant par une voyelle ou une H muette. Un nouvel appartement. Le nouvel hôpital. Un nouvel et fâcheux événement. Substantivement, Voici du nouveau. Vous aimez le nouveau. Il me faut du nouveau. Souvent on préfère le nouveau à l'excellent. Il se dit aussi des Personnes. Le nouveau, la nouvelle, Celui, celle qui vient d'arriver au collège, dans un atelier, dans une compagnie. L'an nouveau, Le commencement de l'année. La saison nouvelle, Le printemps. La nouvelle lune, La lune qui commence. En termes de Procédure, Fait nouveau, Fait qui n'a pas encore été produit dans une instance précédente. Prov., Tout ce qui est nouveau paraît beau ou Tout nouveau, tout beau. Placé devant un participe passé pris substantivement, il a un sens adverbial et signifie Récemment. Des nouveaux mariés, Des gens récemment mariés. Un nouveau venu, Un homme venu depuis peu. Un nouveau-né, Un enfant qui vient de naître. Les nouveaux convertis, Les gens qui viennent de se convertir. Dans ce sens, Nouveau s'accorde, sauf dans Nouveau-né.

NOUVEAU s'oppose à Ancien, vieux dans certaines locutions et signifie Relativement récent, plus récemment connu, employé. Le nouveau monde, La partie du monde qui a été découverte à la fin du quinzième siècle et à laquelle on a donné le nom d'Amérique. Nouveau style, Manière de compter dans le calendrier depuis qu'il a été réformé par Grégoire XIII. Nouveau Testament, Les Évangiles, avec les Actes des apôtres, les Épîtres et l'Apocalypse, par opposition à l'Ancien Testament, Les livres saints qui ont précédé la naissance de JÉSUS-CHRIST.

NOUVEAU, en parlant des Personnes, signifie Qui est novice, inexpérimenté. Cet homme est bien nouveau dans son métier, dans son emploi. Cet homme est bien nouveau dans le monde, est bien nouveau, est tout nouveau dans les affaires. Un homme nouveau se dit d'un Homme sans naissance, que son mérite ou les circonstances ont poussé aux premiers rangs. Il se dit encore d'un Homme dont la valeur ou l'importance vient d'être mise en lumière. Nouvel homme, Homme nouveau, Le chrétien régénéré par la grâce. Il se dit par opposition à Vieil homme. Un nouveau visage, Une personne qu'on n'a pas encore vue. Je change de domestiques le moins que je peux, je n'aime pas les nouveaux visages. Il ne se plaît pas dans cette société, parce qu'on y voit toujours de nouveaux visages.

NOUVEAU signifie encore Autre, qui succède à un être ou à une chose de même ordre. Un nouvel époux. Un nouvel enfant. Un nouveau cheval. Un nouveau livre. Nouveau dessein. Nouvel armement. Nouvelle édition. Nouvelle religion. Nouvelle patrie. Dans ce sens, il se place généralement avant le nom, tandis qu'il se met le plus souvent après le nom dans le sens de Récent ou de Novice. Une nouvelle robe, Une robe différente de celle qu'on avait auparavant; Une robe nouvelle, Une robe d'une mode toute récente. Un nouveau livre, Un autre livre; Un livre nouveau, Un livre qui vient de paraître.

NOUVEAU se dit quelquefois d'une Personne ou d'une chose qui a de la ressemblance, de la conformité avec une autre personne ou une autre chose. C'est un nouveau César, un nouvel Alexandre, un nouvel Attila. La Nouvelle Héloïse. La terre semblait être menacée d'un nouveau déluge.

DE NOUVEAU, loc. adv. Une fois de plus. Il a été accusé de nouveau. On l'a emprisonné de nouveau.

À NOUVEAU, loc. adv. De façon complètement différente. Ce travail est manqué, il faut le refaire à nouveau. En termes de Banque, de Commerce, il signifie Sur la suite du compte ou Sur un autre compte. Créditer, débiter, porter à nouveau.

Littré (1872-1877)

NOUVEAU (nou-vô ou nou-vèl, nouvè-l') adj.
  • 1Qui est ou apparaît pour la première fois. Qu'y a-t-il de nouveau ? Votre vertu est si connue que, si je n'en publie que ce que j'en sais, je n'y annoncerai rien de nouveau, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 4. Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? Que ce soit aux rives prochaines ; Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau, Toujours divers, toujours nouveau, La Fontaine, Fabl. IX, 2. Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau ; la disposition des matières est nouvelle, Pascal, Pens. VII, 9, éd. HAVET. De là viennent toutes les disputes des hommes, qui se reprochent ou de suivre leurs fausses impressions de l'enfance, ou de courir témérairement après les nouvelles, Pascal, ib. III, 3. Tu mandes que nous t'avons écrit ce que tu nous écris ; je ne me souviens pas de t'en avoir parlé, et si peu que cela m'a été très nouveau, Pascal, Lett. à Mme Périer, 5 nov. 1648. Je suis accoutumé à son zèle ; mais le vôtre m'est tout nouveau, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 3. Goûtez tout le plaisir d'une grandeur nouvelle, Racine, Théb. V, 3. Et c'est cette vertu, si nouvelle à la cour, Dont la persévérance irrite mon amour, Racine, Brit. II, 2. Cette offense en son cœur sera longtemps nouvelle, Racine, ib. IV, 4. La pompe de ces lieux, Je le vois bien, Arsace, est nouvelle à tes yeux, Racine, Bérén. I, 1. Nouvel objet, nouveau désir, Favart, Soliman II, I, 7. Ces nouveaux objets, ces mœurs nouvelles auraient amusé Formosante, si elle avait pu être occupée d'autre chose que d'Amazan, Voltaire, Princ. de Babyl. 5. Combien la rage de dire des choses nouvelles a-t-elle fait dire de choses extravagantes ! Voltaire, Dict. phil. Homme. Un poison tout nouveau me surprit en ces lieux, Voltaire, Orphel. II, 6. De quel trouble nouveau tous mes sens sont atteints ! Voltaire, Zaïre, II, 3. Un nouveau sang m'anime, un nouveau jour m'éclaire, Voltaire, Mérope, V, 1. Quand un nouvel abus s'introduit, ce n'est point innover que d'y proposer un nouveau remède, Rousseau, Lett. de la mont. 7. Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques, Chénier, l'Invention. Aussi pensait-il [Napoléon] souvent à ne plus souffrir de puissance ancienne en Europe, et voulait-il seul faire époque, être une ère nouvelle pour les trônes, et qu'enfin tout datât de lui, Ségur, Hist. de Nap. I, 3.

    Fig. C'est du fruit nouveau, se dit de quelque chose de rare, d'inattendu. C'est du fruit nouveau que de vous voir. Voilà du fruit nouveau dont son fils le régale, Regnard, le Joueur, I, 7.

  • 2Qui existe ou est connu depuis peu de temps. La Grèce et Rome sont des républiques nouvelles, en comparaison des Chaldéens, des Indiens, des Chinois, des Égyptiens, Voltaire, Pyrrh. hist. X.

    Qui est contraire à la tradition. Nouvelle doctrine. Nouvelle religion.

    L'esprit nouveau, l'esprit qui porte les hommes à l'innovation, à la rénovation.

  • 3Se dit de celui qui prend un caractère, une doctrine, une fonction qu'il n'avait pas. Les nouveaux chrétiens. Ayant parlé de cette sorte, Le nouveau saint ferma sa porte, La Fontaine, Fabl. VII, 3. Partout du nouveau prince on vantait la clémence, Racine, Esth. III, 4. Ô cher Moultou ! nouveau Génevois, vous montrez pour la patrie toute la ferveur que les nouveaux chrétiens avaient pour la foi, Rousseau, Lett. à M. le doct. Tronchin, Corr. t. V, p. 4, dans POUGENS.

    Nouveau chrétien, nom qu'on donnait, en Espagne et en Portugal, aux Maures et aux Juifs convertis, et même à leurs enfants et à toute leur postérité.

  • 4Mots nouveaux, mots qui commencent à se répandre, mais que l'usage n'a pas encore autorisés. Ce mot [pouvoir prochain] me fut nouveau et inconnu, Pascal, Prov. I.
  • 5Un habit nouveau, un habit d'une nouvelle mode ; un nouvel habit, un habit différent de celui qu'on avait auparavant.

    Nouveaux livres, d'autres livres que ceux que l'on a ou que l'on a lus ; livres nouveaux, livres qui ont paru depuis peu. Philaminte : Le brutal ! - Armande : Et vingt fois, comme ouvrages nouveaux, J'ai lu des vers de vous qu'il n'a point trouvés beaux, Molière, Femmes sav. IV, 2.

    Docteurs nouveaux, docteurs qui prêchent une doctrine nouvelle, une doctrine hétérodoxe, non avouée ; nouveaux docteurs, ceux qui ont reçu nouvellement le doctorat.

    Chose nouvelle, chose nouvellement faite, arrivée, mise à la mode ; nouvelle chose, chose autre que celle qu'on tenait, dont on s'occupait.

    Le nouveau vin est le vin nouvellement mis en perce, ou du vin différent de celui qu'on buvait ; le vin nouveau, c'est le vin nouvellement fait. Était-ce un vin à faire fête ?… Était-il vieux ou nouveau ?… Le nouveau donne fort dans la tête, Quand on le veut boire sans eau, Molière, Amph. III, 2.

    Pommes de terre nouvelles, pommes de terre de la nouvelle récolte, au moment où elles viennent en concurrence avec celles de l'année précédente encore conservées.

  • 6Autre, qui a changé. Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle, M'en refit une image et si noble et si belle…, Molière, Princ. d'Él. I, 1.
  • 7Autre, qui se renouvelle. Quand Bacchus comblera de ses nouveaux bienfaits Le vendangeur ravi de ployer sous le faix, Boileau, Épître VI. Quoi ! vous en attendez quelque injure nouvelle ! Racine, Andr. II, 1. Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs, Racine, Brit. IV, 3. Il est vrai, dans l'horreur de ce péril nouveau …, Voltaire, Zaïre, II, 3. La traduction qu'il [l'abbé Delille] a entreprise de l'Énéide, prépare un nouveau tourment à l'envie, et de nouvelles sottises aux mauvais critiques, D'Alembert, Éloges, Segrais.
  • 8Le nouvel an et l'an nouveau, le commencement de l'année.

    La saison nouvelle, le printemps. La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle, La Fontaine, Fabl. I, 1.

  • 9La nouvelle lune, le commencement du mois lunaire, qui a lieu lorsque la lune se trouve en conjonction avec le soleil et est invisible pour nous. La lune est nouvelle.

    Nouvelle lune moyenne, celle qui est calculée d'après les mouvements moyens.

    Nouvelle lune véritable, temps précis de la conjonction pour un observateur qui serait placé au centre de la terre.

  • 10Le nouveau monde, voyez MONDE.
  • 11 Terme de chronologie. Le nouveau style, voy. STYLE.
  • 12Nouveau Testament, voyez TESTAMENT.
  • 13 En termes de pratique, passer titre nouvel. (Nouvel ne s'emploie après le substantif que dans ce seul exemple.)

    On dit aussi dans le même style : articuler faits nouveaux.

    Terme d'ancienne jurisprudence. Nouveaux acquêts, héritage pour lequel les gens de mainmorte n'avaient point payé les amortissements.

  • 14Un homme nouveau, celui qui commence à se distinguer, et qui n'a pas de naissance. Chrysippe, homme nouveau et le premier noble de sa race, La Bruyère, VI.
  • 15Nouvel homme et homme nouveau, le chrétien régénéré par la grâce. " Notre vieil homme périt, dit saint Paul, et se renouvelle de jour en jour, " et ne sera parfaitement nouveau que dans l'éternité, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 3. On devenait des hommes nouveaux, Massillon, Avent, Disp.

    Terme de théologie. Nouvel Adam, Jésus-Christ.

    Il se dit des choses dans le même sens. Ce langage nouveau que produit ordinairement le cœur nouveau, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 3. Quoi ! attendre à commencer une vie nouvelle, lorsqu'entre les mains de la mort, glacés sous ses froides mains, vous ne saurez si vous êtes avec les morts ou encore avec les vivants ! Bossuet, Louis de Bourbon.

  • 16Un nouveau visage, une personne qu'on n'a pas encore vue. Je change de domestiques le moins que je peux, je n'aime pas les nouveaux visages.
  • 17Autre, qui vient après. Son père Icare l'aura contrainte [Pénélope] d'accepter un nouvel époux, Fénelon, Tél. VII. Les Romains eurent à peine dompté les Carthaginois, qu'ils attaquèrent de nouveaux peuples, Montesquieu, Rom. 5.

    Autre, second, qui a de la ressemblance ou de la conformité avec. Un nouvel Alexandre. La terre semblait menacée d'un nouveau déluge. Poussons jusqu'au ciel nos acclamations [pour Louis XIV révoquant l'édit de Nantes], et disons à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Marcien, à ce nouveau Charlemagne…, Bossuet, le Tellier. Ce nouvel Ixion n'embrasse que de l'air, Deshoulières, Poés. Réflexions morales. Florence était alors une nouvelle Athènes, et, parmi les orateurs qui vinrent de la part des villes d'Italie haranguer Boniface VIII sur son exaltation, on compte dix-huit Florentins, Voltaire, Mœurs, 82. Il y avait déjà un comédien appelé Molière, auteur de la tragédie de Polyxène ; le nouveau Molière fut ignoré pendant tout le temps que durèrent les guerres civiles en France, Voltaire, Vie de Molière.

  • 18Qui sort de la règle, qui est singulier, extraordinaire. J'ai vu une lettre du pape, un peu sèche, à son fils aîné ; c'est un style si nouveau à nous autres Français, que nous croyons que c'est à un autre qu'il parle, Sévigné, 17 juillet 1680. Vous êtes frappée comme moi de cette disposition de la Providence [qui sépare Mme de Sévigné et Mme de Grignan] ; mais vous l'envisagez avec plus de courage que moi ; car cette dureté m'est toujours nouvelle, Sévigné, 11 déc. 1675. Cela m'est tout à fait nouveau ; vous dites qu'il y a un secret pour changer les métaux en or, Fontenelle, Artémise, Raimond Lulle.

    Il est nouveau de, avec l'infinitif, ou il est nouveau que, avec le subjonctif, c'est-à-dire c'est une chose nouvelle, rare. Il est assez nouveau qu'un homme de son âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage, Corneille, Sert. II, 1. Il fut nouveau de voir des maréchaux de France obéir à d'autres, Saint-Simon, 6, 76.

  • 19En parlant des personnes, novice, inexpérimenté. Nous arrivons tout nouveaux aux divers âges de la vie, et nous y manquons souvent d'expérience malgré le nombre des années, La Rochefoucauld, Max. 405. Êtes-vous si nouveau que de ne savoir pas Que c'est pour Alcidor qu'elle tend ses appas ? Racan, Bergeries, II, 3, Arténice. Comme je suis encore fort nouveau dans mes affaires, Ch. Sévigné, dans SÉV. t. VII, p. 382, édit. RÉGNIER.
  • 20 S. m. Ce qui n'a pas été vu, dit, fait. Voilà du nouveau. Vous aimez le nouveau. Qu'y a-t-il de nouveau ? Mais surtout évitez Les traits que tant de fois l'églogue a répétés ; Il me faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde, La Fontaine, Climène, comédie. Quoique les hommes soient plus frappés du nouveau que de l'excellent, Raynal, Hist. phil. V, 28.

    Familièrement. Voilà du nouveau, voilà une conduite étrange, blâmable, inattendue.

  • 21 S. f. Nouvelle de Hollande, variété de tulipe.
  • 22 Adv. Nouvellement. Du beurre nouveau battu. Des vins nouveau percés. Les nouveau-nés. Une fille nouveau-née.

    Avec d'autres participes que né et qui sont pris substantivement, il est adjectif et s'accorde. Les nouveaux venus. Une nouvelle venue. Une nouvelle convertie. Une voix est sortie contre les nouveaux mariés, Bossuet, Hist. II, 8.

    Nouveau converti, nouvelle convertie, nom que l'on donnait, sous Louis XIV, aux réformés qu'on avait forcés de quitter leur religion.

    S. f. pl. Les Nouvelles Converties, nom d'une communauté de filles catholiques.

  • 23De nouveau, loc. adv. De rechef, encore une fois. De nouveau l'on combat et nous sommes surpris, Corneille, Poly. I, 4. Je viens tout de nouveau vous apporter ma tête, Corneille, Cid, V, 8.
  • 24À nouveau, loc. adv. De rechef, une seconde fois. C'est un travail à refaire à nouveau.

    Terme de banque et de commerce. À nouveau, sur un nouveau compte.

PROVERBES

Tout ce qui est nouveau paraît beau, ou, plus brièvement, tout nouveau tout beau.

À nouvelles affaires, nouveaux conseils.

REMARQUE

Nouveau mis immédiatement devant un substantif commençant par une voyelle, ou par une h muette, se change en nouvel : un nouvel hôte ; mais, quand le substantif ne suit pas tout près, on n'y change rien : un nouveau et rare moyen.

HISTORIQUE

XIIe s. Novele mort [il] lor convient assentir [il faut qu'ils se résignent à une nouvelle mort], Roncisv. 60. Novele amor où j'ai mis mon penser, Couci, II. Li noviauz temps et mais et violete, ib. VI. Touz jours m'est plus s'amours fresche et novele…, ib. XVIII.

XIIIe s. Et par le commun conseil des François et des Grieus fu devisé, que li noviaus empereres seroit coronnés à la feste Saint Pierre, à l'entrant d'aoust, Villehardouin, LXXXVII. Le tans qu'il fu bastars ne li doit pas estre conté, si que el tans qu'il ist [sort] de bastardie, il est nouviax nés comme à estre hoirs, Beaumanoir, XVIII, 24.

XIVe s. En maint lieu disoit-on aux enfanz nouveau nez : Taisiez-vous, taisiez-vous, ou jà le comperrez [vous le payerez] : Bertran de Claquïn est de ça arrivez, Guesclin, 44.

XVe s. En eux reposant pour estre plus frais et plus nouveaux quand leurs ennemis viendroient, Froissart, I, I, 284. Monseigneur… laissez les choses en leur estat ancien, et ne faites rien de nouvel, Froissart, II, II, 52. Les vieilles font les nouvelles, En parolles gracieuses Et accointances joyeuses, Orléans, Rondeau. Beau cousin, lui dict le roy, vous soyez le bien venu, voulez-vous rien ? y ha il aucune chose de nouveau ? Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1414. Se vous y voyez aucune chose de nouveau, à nouveau fait fault nouveau conseil, le Jouvencel, f° 81, dans LACURNE. Messire Jehan seigneur de Lannoy, chevalier de l'ordre de la toison, homme sçachant et nouvel [ingénieux, inventif], De la Marche, Mém. liv. I, p. 411, dans LACURNE.

XVIe s. Il ne se fait rien de nouveau sous le soleil, Marguerite de Navarre, Nouv. IV. Comme douleurs de nouvel amassées Font souvenir des liesses passées…, Marot, I, 244. Quant un nouveau empereur venait à estre receu au senat, on luy crioit…, Amyot, Préf. XXIII, 51. Et ne doit-on point trouver nouveau que le peuple d'Athenes ait eu si grand soing d'exercer la charité envers ces femmes ? Amyot, Arist. 67. Ilz appelloient hommes nouveaux ceulx qui n'estoient point nobles de race, ains commençoient à s'ennoblir eulx mesmes, Amyot, Caton, 1. Il passa en Asie avec une seule legion qu'il leva de nouveau [pour la 1re fois] à Rome, Amyot, Lucul. 13. Il n'y est pas nouveau [il a de l'expérience en cela], H. Estienne, Précell. p. 79. De nouveau seigneur nouvelle mesgnie, Cotgrave Vieux peché fait nouvelle honte, Cotgrave Voyant sur nostre sejour La belle aulbe retournée, Pour serener d'un beau jour La lumiere nouveau née, Du Bellay, J. Œuvres, p. 454, dans LACURNE. Encores qu'il ne soit pas nouveau de veoir…, Montaigne, I, 92. Intenter libel d'interdict de possession, que l'on appelle vulgairement de nouvel trouble et empeschement de saisine, Gr. coust. de France, liv. II, ch. 21, p. 138, dans LACURNE.

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Étymologie de « nouveau »

Picard, nouviau ; bourguig. nôveà ; provenç. novell, novelh, noel ; catal. novell ; espagn. et portug. novel ; ital. novello ; du lat. novellus, diminutif de novus, neuf (voy. NEUF 2).

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(milieu XIIe siècle) Du latin novellus (« récent, qui vient d’apparaître »), diminutif de novus et qualifiant surtout les jeunes plantes et les jeunes animaux.
Novus est issu de l’indo-européen *néwos qui a donné new en anglais, neu en allemand, nový en tchèque, nowy en polonais, νέος, néos, en grec ancien, نو (no/now) en persan, etc.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « nouveau »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
nouveau nuvo

Fréquence d'apparition du mot « nouveau » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « nouveau »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « nouveau »

  • Il faut faire quelque chose de nouveau pour voir du nouveau.
    Georg Christoph Lichtenberg — Aphorismes
  • Personne n’est trop vieux pour se fixer un nouvel objectif ou faire de nouveaux rêves.
    Les Brown
  • On peut comparer le monde à un bloc de cristal aux facettes innombrables. Selon sa structure et sa position, chacun de nous voit certaines facettes. Tout ce qui peut nous passionner, c’est de découvrir un nouveau tranchant, un nouvel espace.
    Alberto Giacometti
  • A nouvel an, nouvel élan.
    Christelle Heurtault
  • « Tu me payes un café ? » elle a demandé, « Voilà, voilà, je me doutais, elle allait réclamer quelque chose, je m’en doutais » je l’ai de nouveau regardée du haut en bas, elle était fagotée comme l’as de pique, son chemisier pas net la boudinait, sa jupe était tout élimée, ses habits semblaient récupérés, dans une poubelle, peut-être ?
    Richard Beugné — Les confessions de Nono Crobe
  • Lorsque le jour se lève c'est un autre rêve qui commence, et à chaque jour succède un jour plus clair, à chaque éblouissement un nouvel éblouissement...
    Louis Gauthier — Les Grands Légumes célestes vous parlent
  • Tout nouveau, tout beau.
    Proverbe français
  • Si les Français perdent une bataille, une épigramme les console ; si un nouvel impôt les charge, un vaudeville les dédommage ; si une affaire sérieuse les occupe, une chansonnette les égaye (...).
    Carlo Goldoni — Mémoires
  • Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu’elle va mourir, qu’elle est jeune et qu’elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… Et, depuis que ce rideau s’est levé, elle sent qu’elle s’éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n’avons pas à mourir ce soir.Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l’heureuse Ismène, c’est Hémon, le fils de Créon. Il est le fiancé d’Antigone. Tout le portait vers Ismène : son goût de la danse et des jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi, car Ismène est bien plus belle qu’Antigone ; et puis un soir, un soir de bal où il n’avait dansé qu’avec Ismène, un soir où Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouver Antigone qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et il lui a demandé d’être sa femme. Personne n’a jamais compris pourquoi. Antigone a levé sans étonnement ses yeux graves sur lui et elle lui a dit « oui » avec un petit sourire triste… L’orchestre attaquait une nouvelle danse, Ismène riait aux éclats, là-bas, au milieu des autres garçons, et voilà, maintenant, lui, il allait être le mari d’Antigone. Il ne savait pas qu’il ne devait jamais exister de mari d’Antigone sur cette terre et que ce titre princier lui donnait seulement le droit de mourir.Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c’est Créon. C’est le roi. Il a des rides, il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d’Œdipe, quand il n’était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes. Mais Œdipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses objets, il a retroussé ses manches, et il a pris leur place.Quelquefois, le soir, il est fatigué, et il se demande s’il n’est pas vain de conduire les hommes. Si cela n’est pas un office sordide qu’on doit laisser à d’autres, plus frustes… Et puis, au matin, des problèmes précis se posent, qu’il faut résoudre, et il se lève, tranquille, comme un ouvrier au seuil de sa journée.La vieille dame qui tricote, à côté de la nourrice qui a élevé les deux petites, c’est Eurydice, la femme de Créon. Elle tricotera pendant toute la tragédie jusqu’à ce que son tour vienne de se lever et de mourir. Elle est bonne, digne, aimante. Elle ne lui est d’aucun secours. Créon est seul. Seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien non plus pour lui.Ce garçon pâle, là-bas, au fond, qui rêve adossé au mur, solitaire, c’est le Messager. C’est lui qui viendra annoncer la mort d’Hémon tout à l’heure. C’est pour cela qu’il n’a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà…Enfin les trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes, leurs chapeaux sur la nuque, ce sont les gardes. Ce ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et des petits ennuis comme tout le monde, mais ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l’heure. Ils sentent l’ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents et toujours satisfaits d’eux-mêmes, de la justice. Pour le moment, jusqu’à ce qu’un nouveau chef de Thèbes dûment mandaté leur ordonne de l’arrêter à son tour, ce sont les auxiliaires de la justice de Créon.Et maintenant que vous les connaissez tous, ils vont pouvoir vous jouer leur histoire. Elle commence au moment où les deux fils d’Œdipe, Étéocle et Polynice, qui devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle, se sont battus et entre-tués sous les murs de la ville, Étéocle l’aîné, au terme de la première année de pouvoir, ayant refusé de céder la place à son frère. Sept grands princes étrangers que Polynice avait gagnés à sa cause ont été défaits devant les sept portes de Thèbes. Maintenant la ville est sauvée, les deux frères ennemis sont morts et Créon, le roi, a ordonné qu’à Étéocle, le bon frère, il serait fait d’imposantes funérailles, mais que Polynice, le vaurien, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux et des chacals… Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera impitoyablement puni de mort.Pendant que le Prologue parlait, les personnages sont sortis un à un. Le Prologue disparaît aussi. L’éclairage s’est modifié sur la scène. C’est maintenant une aube grise et livide dans une maison qui dort. Antigone entr’ouvre la porte et rentre de l’extérieur sur la pointe de ses pieds nus, ses souliers à la main. Elle reste un instant immobile à écouter. La nourrice surgit.
    Jean Anouilh —  Antigone
  • Le soleil se renouvelle chaque jour. Il ne cesse pas d'être éternellement nouveau.
    Héraclite, d'Éphèse — Fragment, 6 (traduction Battistini)
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Traductions du mot « nouveau »

Langue Traduction
Anglais new
Espagnol nuevo
Italien nuovo
Allemand neu
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Arabe جديد
Portugais novo
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Basque berriaren
Corse novu
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Synonymes de « nouveau »

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Antonymes de « nouveau »

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