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Maîtresse

Sommaire

  • Définitions du mot maîtresse
  • Étymologie de « maîtresse »
  • Phonétique de « maîtresse »
  • Citations contenant le mot « maîtresse »
  • Images d'illustration du mot « maîtresse »
  • Traductions du mot « maîtresse »
  • Synonymes de « maîtresse »
  • Antonymes de « maîtresse »

Définitions du mot maîtresse

Trésor de la Langue Française informatisé

MAÎTRE1, MAÎTRESSE, subst.

I. − Personne qui a un pouvoir de domination sur les êtres ou les choses.
A. − Personne qui a quelqu'un sous sa dépendance, sous son autorité.
1. Celui, celle qui a quelqu'un à son service. Le maître et l'esclave; les domestiques, les valets d'un maître; la maîtresse et ses servantes; le seigneur et maître d'un vassal; servir son maître. L'évêque (...) s'entretint en détail avec les chevaliers des moyens de réparer les torts faits à la veuve et aux orphelins de leur souverain (...). Ils déclarèrent qu'ils la reconnaissaient toujours pour leur dame et maîtresse, et qu'ils la défendraient envers et contre tous (Montalembert,Ste Élisabeth,1836, p. 186).La vérité est que, de tout temps, les bons maîtres et les bons serviteurs furent rares. On trouve de par le monde peu d'Epictètes et peu de Marc-Aurèles (A. France,Pt Pierre,1918, p. 200).V. esclave ex.1:
1. Différence entre l'esclave et le citoyen (Montesquieu, Rousseau...): l'esclave est soumis à son maître et le citoyen aux lois. Par ailleurs le maître peut être doux et les lois très dures: cela ne change rien. Tout gît dans la distance entre le caprice et la règle. S. Weil,Pesanteur,1943, p. 157.
Proverbes Tel maître, tel valet. Les serviteurs sont souvent à l'image de leur maître et les imitent pour le meilleur ou pour le pire. Je sais que c'est un digne et loyal serviteur... Mais tel maître tel valet, et avec un maître comme vous... (Sue,Atar-Gull,1831, p. 36).
Nul ne peut servir deux maîtres. [P. réf. à la Bible, Matth. 6,24, où les deux maîtres évoqués sont Dieu et Mammon] Le choix est nécessaire entre deux causes, deux partis, deux attitudes opposées ou contradictoires:
2. Ainsi [dans la pensée politique de Dante], par une sagace division du travail que l'Évangile n'avait pas prévue, le chrétien pourra servir à la fois deux maîtres, Dieu pour le ciel et Mammon pour la terre, et partager son âme entre deux obédiences absolues chacune et ultimes chacune, celle de l'Église pour le ciel, celle de l'État pour la terre. Maritain,Human. intégr.,1936, p. 30.
Au fig. Celui auquel une femme est asservie moralement, sentimentalement ou socialement. En grandissant j'obéirai à un nouveau maître et je n'aurai jamais pour lui le quart de la tendresse que j'ai pour vous (Staël,Lettres jeun.,1779, p. 13).V. amant ex. 30 et art. maîtresse.
P. plaisant. Le seigneur et maître (d'une femme). Le mari. Folcoche trichait, lésinait maintenant sur tout. Elle se constituait une cagnotte, l'investissait en petits placements personnels, (...) donnant des leçons à son seigneur et maître, qui gérait «si mal» sa fortune (H. Bazin,Vipère,1948, p. 241).
2. Celui, celle qui exerce un pouvoir.
a) Celui, celle qui exerce le pouvoir politique, qui a des sujets, gouverne un ou plusieurs peuples. Un maître absolu, souverain; le maître de Rome, d'un pays, d'un royaume; les maîtres de l'État, de l'Europe; les maîtres du jour, de l'heure. Rome fut fondée par des brigands, et Rome n'en devint pas moins la maîtresse du monde (La Martelière,Robert,1793, iv, 1, p. 43).Au fond, il pensait aussi que ceux qui ont la charge de la chose publique sont, par définition, des experts rompus à toutes les difficultés internationales (...). Le crédit qu'il apportait aux gouvernants français s'étendait, de même, aux maîtres des autres pays (Martin du G.,Thib.,Été 14, 1936, p. 143):
3. J'entends par despotisme un gouvernement où la volonté du maître est la seule loi; où les corporations, s'il en existe, ne sont que ses organes; où ce maître se considère comme le seul propriétaire de son empire et ne voit dans ses sujets que des usufruitiers... Constant,Esprit de conquête,1813, p. 218.
Expressions
Le roi, l'empereur mon maître. [Formule utilisée par les ambassadeurs pour désigner leur souverain] Le maire de Véretz n'a pas mis un gant de fer, comme fit l'ambassadeur pour souffleter ce pape au nom du roi son maître (Courier,Pamphlets pol.,Gaz. vill.,1823, p. 184).
Ni Dieu, ni maître. [Devise de Blanqui et des anarchistes] Le bon Hercule parcourait la terre, ne reconnaissant ni Dieu ni maître hors de son propre sentiment et de son serment à lui-même. Tel est l'homme libre (Alain,Propos,1922, p. 363).
b) Les maîtres du monde, de la terre. Ceux qui détiennent un grand pouvoir temporel; les puissants, les riches. Il était devenu, en quelques jours, un des maîtres du monde, un de ces financiers omnipotents, plus forts que des rois (Maupass.,Bel-Ami,1885, p. 327).[Chez Feuerbach] le christianisme transcendant, celui de l'au-delà, affermit les maîtres de la terre par le renoncement de l'esclave et suscite un maître de plus au fond des cieux (Camus,Homme rév.,1951, p. 183).
c) Au fig. Le Maître du monde, de l'univers; le Maître souverain. Dieu. Après avoir élevé les yeux de ton intelligence vers le souverain Maître de l'univers (Crèvecoeur,Voyage,t. 3, 1801, p. 140).
Le (divin) Maître. Jésus-Christ. Charitable comme Jésus-Christ, humble comme ce divin Maître, il [un missionnaire] ne cherchoit à convertir les âmes au Seigneur, que par des actes de bienfaisance (Chateaubr.,Natchez,1826, p. 157).Aujourd'hui, je ne m'appartiens plus, je suis lié à un Maître qu'il faudra servir sans défaillance. Mais ce Maître, c'est Jésus, qui a poussé l'amour pour moi jusqu'aux humiliations de l'Incarnation (Billy,Introïbo,1939, p. 156).
3. Celui, celle qui a la prééminence (dans un domaine, dans un lieu), qui peut y faire prévaloir son autorité. Le maître, la maîtresse de céans; être (le) maître en un lieu. La puissance civile, devenue maîtresse dans l'Église (Lamennais,Relig.,1825, p. 105).Le patricien romain était chef de famille, maître supérieur. Il était de plus magistrat religieux, pontife dans l'intérieur de sa famille (Guizot,Hist. civilisation,leçon 4, 1828, p. 13):
4. Dans l'Occident, dominé par les femmes, culte de la souffrance; dans l'Orient, où l'homme est le maître, culte de la sagesse. Montherl., Démon bien,1937, p. 1345.
Expr., loc., proverbes
Maître, maîtresse de (la) maison. Celui, celle qui dirige la maison, et en particulier, assure la réception des hôtes. Un bon maître de maison; faire la maîtresse de maison. Debout l'un près de l'autre, comme le maître et la maîtresse de maison, quand les invités arrivent (Giraudoux,Sodome,1943, ii, 8, p. 145):
5. Tout nouveau venu qui entrait dans la gargote disait en voyant la Thénardier: voilà le maître de la maison. Erreur. Elle n'était même pas la maîtresse. Le maître et la maîtresse, c'était le mari. Elle faisait, il créait. Il dirigeait tout par une sorte d'action magnétique invisible et continuelle. Hugo,Misér.,t. 1, 1862, p. 459.
Servante(-)maîtresse. Servante qui joue le rôle de la maîtresse de maison et qui éventuellement jouit des prérogatives de celle-ci. Le mari a sa femme, le garçon a la maîtresse; et le garçon qui n'a pas la maîtresse a la servante-maîtresse (Goncourt,Journal,1860, p. 844).Une vieille bonne (...), une de ces servantes maîtresses qui sont les tyrans des familles (Maupass.,Contes et nouv.,t. 2, M. Parent, 1886, pp. 586-587).
Charbonnier (est) maître chez lui (ou chez soi). V. charbonnier II A 2 a.
(Capitaine) seul maître à bord (après Dieu). [S'emploie pour désigner qqn qui a plein pouvoir dans son domaine, a la haute main sur la direction d'une action, d'une affaire] Le patron du Nord qui est le père d'une sorte de famille et seul maître à bord comme dans son foyer (Mounier,Traité caract.,1946, p. 91):
6. Tout chef est un pilote. De grands courants historiques emportent le navire qu'il gouverne. Il sait commander s'il est capable de se servir de ces courants, et des faiblesses même de l'équipage, pour mener à bon port ses passagers. Et je consens qu'il soit maître à son bord. Mais pour la durée de la traversée. Maurois,Dialog. commandement,1924, p. XXX.
Être son maître, sa maîtresse. Être indépendant, avoir la faculté d'agir à sa guise, de disposer librement de soi. Ah! Quand ne serai-je plus reine pour être ma maîtresse! (Scribe,Verre d'eau,1840, ii, 1, p. 661).Il y a bien longtemps que la femme me dit: «Mettons-nous sur notre terre, Désiré, on sera nos maîtres.» (Giono,Regain,1930, p. 221).
Vx. Être maître, maîtresse de soi. Même sens (v. aussi infra I B 2 c). Annette est libre, elle est maîtresse d'elle-même, et il faut lui plaire (Balzac,Annette,t. 2, 1824, p. 111).Elle [la femme romaine] n'a rien de ce qui donne l'autorité dans la maison. Jamais elle ne commande; elle n'est même jamais libre ni maîtresse d'elle-même (Fustel de Coul.,Cité antique,1864, p. 103).
En maître. Avec l'autorité de celui qui fait ou prétend faire la loi (v. aussi infra II B 1 c). Agir, commander, parler, s'installer, régner en maître. Au bout de quelque temps, on put voir qu'il avait adopté deux ou trois garçons plutôt humbles, de caractère faible, vers lesquels il allait, sitôt qu'il les avait aperçus, avec des gestes qui commandaient; et il se mettait à discourir en maître parmi eux, le verbe haut et assuré (Lacretelle,Silbermann,1922, p. 26).
Trouver, rencontrer, voir son maître. Trouver plus fort que soi, rencontrer la personne devant laquelle on doit s'incliner. Par mer il [Napoléon] est accouru; L'étranger va voir son maître (Béranger,Chans.,t. 3, 1829, p. 237).Il est bien évident que mon père, que le personnage terrible, irréductible, vient de rencontrer son maître, c'est-à-dire un homme capable de crier plus fort que lui (Duhamel,Terre promise,1934, p. 165).
Être maître. Avoir l'avantage, la supériorité (sur qqn). Goupil était un des forts; il était souvent resté maître dans ces tournois nocturnes (Pergaud,De Goupil,1910, p. 53).Nous subissons une loi de la guerre, que nous ne pouvons éluder. L'ennemi est maître (Van der Meersch,Invas. 14,1935, p. 132).
Être le maître de qqn (dans un domaine). Lui être supérieur, être un modèle pour quelqu'un, lui donner des leçons. Ô femmes! Vous êtes nos maîtresses en fourberie! Qui peut lutter contre vous? (Restif de La Bret.,M. Nicolas,1796, p. 173).En art, en littérature, les anciens sont nos maîtres (Ac.1935).
JEUX. Être maître à une couleur. Avoir la carte la plus forte dans la couleur demandée. Être maître en atout, maître en pique (Nouv. Lar. ill.).
4. Au fig. [Désignant une chose] Ce qui domine, gouverne (quelqu'un ou quelque chose). L'estomac dérangé commande en maître, mais en maître bien indigne de régner, car il remplit mal ses fonctions, et arrête tout le reste (Delacroix,Journal,1847, p. 184).Il s'inclinait devant la nécessité, maîtresse des hommes et des dieux (A. France,Vie fleur,1922, p. 361):
7. Tout l'acte de la construction exige une coordination aussi parfaite que possible entre la mimique, la figuration et la musique, laquelle est ici souveraine maîtresse et doit commander l'action des personnages et des matériaux mouvants. Valéry,Variété III,1936, p. 108.
B. − Personne qui a quelque chose en sa possession ou en sa puissance.
1. Propriétaire (d'un bien). Maître, maîtresse d'une terre, d'une ferme, d'un capital; l'argent n'a point de maître (proverbe). Mon petit journal de la France catholique vient de changer de maître. M. Jean, le directeur, l'a acheté des premiers propriétaires (M. de Guérin,Corresp.,1834, p. 145).Voyez le maître des domaines quand il marche le long des chemins dans la rosée de l'aube, tout seul et n'emportant rien de sa fortune (Saint-Exup.,Citad.,1944, p. 547):
8. Pendant que la terre limitée devient un temple et représente le ciel, l'homme de la terre, le maître du champ et de la demeure qui s'y place devient comme un dieu. Michelet,Hist. romaine,t. 1, 1831, p. 53.
En partic. Possesseur (d'un animal domestique). Le chien et son maître. Elle [une chèvre] se roula gracieusement sur les pieds de sa maîtresse, sollicitant un mot ou une caresse (Hugo,N.-D. Paris,1832, p. 356).
Expr. et loc.
Maison de maître. Maison de campagne habitée par le propriétaire; p. ext., maison spacieuse, opulente. Deux de ces vieilles demeures pourtant sont encore des maisons de maîtres. Les Larroque et les Desqueyroux ont laissé leurs logis d'Argelouse tels qu'ils les reçurent des ascendants (Mauriac,Th. Desqueyroux,1927, p. 186).Il avait loué (...) une maison de maître accotée à une ferme, un château selon la terminologie de la région (Vailland,Drôle de jeu,1945, p. 130).
Cheval, voiture de maître. Cheval, voiture utilisé(e) par le propriétaire. Anton. cheval, voiture de louage.Il n'y avait que les voitures de maître et les fiacres de luxe qui avaient des pneus (Triolet,Prem. accroc,1945, p. 274).
[P. réf. à la fable de La Fontaine iv, 21] L'œil du maître. Le coup d'œil exercé, la surveillance attentive du propriétaire. Le plaisir de Joseph se trouvait gâté par mille petits détails fâcheux qu'il ne pouvait pas ne point remarquer, car rien ne saurait échapper à l'œil du maître (Duhamel,Passion J. Pasquier,1945, p. 182).
DR. Biens sans maître. Biens abandonnés, sans propriétaire. Tous les biens vacans et sans maître, et ceux des personnes qui décèdent sans héritiers, ou dont les successions sont abandonnées, appartiennent à la nation (Code civil,1804, art. 539, p. 100).
2. [Le plus souvent dans des loc. verb.] Être (devenir, se rendre, rester) maître, maîtresse, ou, plus rarement, le maître, la maîtresse de qqc. Avoir quelque chose sous sa domination, sous son contrôle, pouvoir en disposer à son gré. Être maître de la situation, des événements, des phénomènes; être maître de son sort, de sa vie, de la vie de qqn. Croyez-vous que la compagnie n'a pas autant à perdre que vous, dans la crise actuelle? Elle n'est pas la maîtresse du salaire, elle obéit à la concurrence, sous peine de ruine (Zola,Germinal,1885, p. 1323).L'individualisme symbolise l'élan de l'Européen, impatient de toute entrave, pour conquérir le monde, se rendre maître de la nature par la connaissance et l'invention (Lefebvre,Révol. fr.,1963, p. 165):
9. Voilà l'esprit maître de l'espace, et des secrets dévoilés. Le voilà maître du bonheur, maître du temps, seule maîtrise qui permette celle du bonheur. Durry,Nerval,1956, p. 124.
En partic.
a) Dans le domaine milit.[Le compl. désigne un lieu, une position] Conquérir, occuper, tenir en sa possession par la force. Être, se rendre maître du champ de bataille, d'une place, d'une ville. Le bailli de Suffren s'illustra comme un de nos plus grands marins. L'Angleterre n'était plus la maîtresse incontestée des mers (Bainville,Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 14).Nous ne pouvions suspendre nos opérations de marche vers Berlin qu'une fois maîtres de la position du Rhin (Foch,Mém.,t. 2, 1929, p. 284).
b) [Le compl. désigne un phénomène matériel, une force physique émanant d'une chose ou d'un être] Avoir, réduire en son pouvoir par la contrainte ou par un effort physique. Être, se rendre maître d'un incendie, d'une émeute, d'un animal, d'un véhicule. Malgré leurs efforts, le ballon s'abaissait toujours, en même temps qu'il se déplaçait avec une extrême vitesse, suivant la direction du vent (...). Ils n'étaient évidemment plus maîtres de l'aérostat (Verne,Île myst.,1874, p. 5).Alban penché, les dents serrées, tout le visage serré, épiait la seconde où ce ne serait plus lui qui serait maître de l'animal, mais l'animal qui serait maître de lui (Montherl.,Bestiaires,1926, p.417).
c) Souvent en emploi adj. (Être) maître de + subst.
α) [Le compl. désigne un mouvement du corps, du coeur ou de l'esprit] Soumettre au pouvoir de la raison, de la volonté. Être maître de ses gestes, de ses nerfs, de ses passions, de ses idées. Sous le coup d'une terreur panique dont je n'étais plus le maître, je me jetai à deux genoux au pied de mon lit (Vallès,Réfract.,1865, p. 38).Je le vis très calme et très maître de sa pensée; très maître aussi de ses yeux qu'il ne fermait plus (G.Leroux,Parfum,1908, p. 79).Quand je suis dans mes mauvais moments je ne suis plus tout à fait maîtresse de mes associations d'idées (Claudel,Ours et lune,1919, 2, p. 603).
Être maître de soi. Dominer ses passions, ses impulsions, agir ou réagir sous le contrôle de la volonté. Synon. se posséder, se maîtriser.Elle m'a montré ce que c'était qu'une femme forte et maîtresse d'elle-même (J. Bousquet,Trad. du silence,1935, p. 36).Maître de l'événement comme il était le maître de soi (Montherl.,Lépreuses,1939, p. 1396):
10. ... il ne fallait rien moins que sa dignité de témoin et ce sang de soldat qui coulait dans ses veines, pour dominer ses alarmes fraternelles et le contraindre à demeurer calme, froid, parfaitement maître de lui. Ponson du Terr.,Rocambole,t. 3, 1859, p. 403.
β) [Le compl. désigne un objet de connaissance, une discipline, une technique] Connaître de manière approfondie, posséder, maîtriser. On peut reconnaître les hommes vraiment habiles et maîtres de leur sujet au ton de simplicité et de bonhomie qu'ils mettent dans leurs discours (Maine de Biran,Journal,1816, p. 149).C'était en vain que pendant des années, Gustave s'était enfermé dix heures par jour pour se rendre maître du droit, de l'économie, de l'histoire − et aussi de la stratégie (Drieu La Roch.,Rêv. bourg.,1937, p. 203).
d) Être maître de + inf. Avoir la liberté, la possibilité de faire quelque chose. Je desire vous fixer dans ma cour, cependant vous êtes le maître de la quitter (Genlis,Chev. Cygne,t. 2, 1795, p. 5).La duchesse avait passé à la promulgation d'autres décrets qui, s'appliquant à des vivants, pussent lui faire sentir qu'elle était maîtresse de faire ce que bon lui semblait (Proust,Fugit.,1922, p. 577).
II. − Personne qui a autorité ou fait autorité dans un domaine d'activité.
A. −
1. Celui, celle qui a la responsabilité, la direction d'une affaire, d'un service, de l'exécution d'une tâche.
a) Dans le domaine industr.
Maître de forges. Propriétaire d'importantes aciéries dont il assure la direction et l'administration. V. forge B 2 ex. de Barrès et de Lesourd, Gérard.
Maître d'ouvrage, maître de l'ouvrage. Personne physique ou morale qui commande l'exécution d'un ouvrage et en assure le financement. V. infra Gds ensembles habit., 1963, p. 8.
Maître d'oeuvre, maître de l'oeuvre. Personne physique ou morale, mandataire du maître d'ouvrage et responsable de l'exécution des travaux. Dans la construction de ces centrales, l'E.D.F. joue à la fois le rôle de maître de l'oeuvre et d'architecte industriel (Goldschmidt,Avent. atom.,1962, p. 249).L'architecte en chef est maître d'oeuvre responsable. Il coordonnera l'exécution selon le programme approuvé par le maître d'ouvrage (Gds ensembles habit.,1963, p. 8).
P. anal. Celui qui assure la conception, la direction, la réalisation de travaux intellectuels, artistiques, scientifiques. On sent quelle est la grandeur du rôle d'un Kapellmeister wagnérien (...). Il est vraiment le «maître de l'oeuvre» ainsi qu'on appelait au moyen-âge l'architecte d'une cathédrale (P. Lalo,Mus.,1899, p. 174).À la pointe agissante de notre civilisation, le scientifique est le maître d'oeuvre de la grande entreprise de conquérir le monde extérieur (Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p. 57).
b) Dans le domaine comm.
Vieux
Maître, maîtresse d'auberge, de café. Personne qui tient une auberge, un café dont elle est en général propriétaire. Le lendemain à dix heures, Gazonal (...) attendit son amphitryon en piétinant pendant une heure sur le boulevard, après avoir appris du cafétier (nom des maîtres de café en province) que ces messieurs déjeunaient habituellement entre onze heures et midi (Balzac,Comédiens,1846, p. 302).
Maître, maîtresse de pension. Celui, celle qui tient une pension, en particulier une maison d'éducation. Le maître et la maîtresse de pension chez lesquels je mange (Michelet,Journal,1828, p. 709).Son ancienne maîtresse de pension de la rue de Vaugirard lui avait souvent proposé de rentrer chez elle pour y enseigner le dessin (Theuriet,Mariage Gérard,1875, p. 156).
Maître d'hôtel. V. hôtel A 2 a et b.
Vx. Maître, maîtresse de poste. Celui, celle qui tient un relais de poste aux chevaux. Madame Gélinotte (...) autrefois maîtresse de poste à Châtellerault (Labiche,Deux papas,1845, xiv, 1, p. 626).Les maîtres de poste vous louaient leurs chevaux à raison de vingt centimes le kilomètre (Fargue,Piéton Paris,1939, p. 28).
c) Dans le domaine des activités artistiques et des sports
CHORÉGR. Maître de ballet (fém. maître ou maîtresse de ballet). Collaborateur du directeur artistique d'une troupe ou d'une compagnie de ballet, ayant la responsabilité de l'ensemble du spectacle (d'apr. Baril 1964). Elle danse, comme devant, et connaît trois puissants dieux: le directeur du Grand-Théâtre, la maîtresse de ballet et le patron de l'hôtel (Colette,Music-hall,1913, p. 128).V. ballet ex. 2.
CHASSE. Maître d'équipage. Propriétaire des équipages (v. ce mot A 2 a) qui préside à l'organisation et à la direction d'une chasse à courre. La chasse continuait pourtant, et Angèle le savait. Et elle croyait savoir le nom du maître d'équipage (Vialar,Bête de chasse,1952, p.89).
d) Dans le domaine de l'éduc.
Maître, maîtresse d'internat. V. internat A 2 a.
Vieilli. Maître d'étude. V. étude III A 2.Synon. vieilli ou vx maître de quartier*, maître répétiteur*, sous-maître*.
2. [Fém. dans qq. emplois] Personne qui dirige des ouvriers, des employés, des subordonnés. Maître, maîtresse d'atelier.
a) Personne qui dirige à titre de patron, d'employeur (v. aussi infra II B 1). Maître charpentier; maître menuisier. Il n'y a pas de maîtresse lingère ou autre qui ne recommande à ses filles de boutique de parler au monde poliment (Musset,Mimi Pinson,1845, p. 218).Les maîtres sont obligés d'envoyer deux heures par jour à l'école tous les enfants de douze à quinze ans qui travaillent dans leurs ateliers (Taine,Notes Anglet.,1872, p.314).Il [un vieux maçon] n'était employé par les maîtres maçons que dans les temps de grande presse, et on lui confiait volontiers le soin de gâcher le mortier (R. Bazin,Blé,1907, p.192).
Maître imprimeur. Chef d'une entreprise d'imprimerie. On ne la trouve [une certaine «méchanceté professorale»] ni chez les typos ni chez les maîtres imprimeurs. On ne la trouve ni chez les éditeurs ni chez les libraires (Péguy,Argent,1913, p. 1192).
b) Celui qui est le chef d'une équipe. Maître(-)compagnon, maître(-)garçon, maître(-)ouvrier, maître(-)porion, maître(-)valet, etc. Celui qui a autorité sur des compagnons (surtout dans le domaine de la maçonnerie), des garçons de boutique, des ouvriers, des porions, des valets de ferme, etc. Trop heureux jusque-là d'avoir trouvé ce travail de bagne, acceptant la brutale hiérarchie du manoeuvre et du maître ouvrier (Zola,Germinal,1885, p. 1169).Les domaines alors avaient l'aspect de colonies, avec leurs maîtres-valets, leurs bouviers, leurs charretiers, leurs «brassiers» ou ouvriers de main (Pesquidoux,Livre raison,1925, p. 44).La victime serait un certain Jean Niclot, dit Jean-Jean, maître-garçon aux abattoirs de la Villette (Arnoux,Paris,1939, p. 301).
Maître(-)clerc. V. clerc C 1.
Maître(-)coq. V. coq2et maître-queux (s.v. queux).
c) Spécialement
− Dans les métiers de l'armée.Maître ouvrier des corps de troupe. Ouvrier qualifié ayant grade de sous-officier, travaillant dans les corps de troupe sous le contrôle du service de l'Intendance et dirigeant un atelier. Maître bottier. C'était même une chose connue, qu'il avait quelque part, en ville, chez un ami, une complète tenue de fantaisie pour les jours de grandes permissions: un dolman de sous-officier (...), ainsi qu'un pantalon de cheval, retouché sur lui-même par le maître tailleur (Courteline,Train 8 h 47,1888, i, 1, p. 11).V. aussi commissionner ex. 1.
MARINE
Maître d'équipage ou, absol., maître.
Vx, dans la mar. milit.Officier marinier, premier maître de manoeuvre, ayant autorité sur tout l'équipage. Malgré toutes mes précautions cependant, le maître d'équipage passa à travers une crevasse qu'il eût été possible d'éviter; mais chacun sait combien il est difficile d'être prudents avec des matelots (Bellot,Voy. mers polaires,1863, p. 152).
Dans la mar. marchande.Marin qualifié chargé de diriger l'équipage du pont. Le personnel du pont est encadré par une maistrance qui comprend d'abord les «maîtres d'équipage». Ce sont généralement des marins confirmés par plusieurs années de navigation et qui ont le sens de l'autorité (M. Benoist, Pettier,Transp. mar.,1961, p. 157).
MAR. NAT. Maître chargé ou, suivi du nom de la spécialité, maître de manoeuvre, maître canonnier, maître fusilier, maître électricien, maître fourrier, maître commis, etc. Officier marinier le plus gradé dans sa spécialité, chargé du matériel d'un service. Sur sa robe de vieux satin noir un grand col bleu de maître-timonier (A. Daudet,Sapho,1884, p. 168).
MAR. MARCHANDE. Maître au cabotage. ,,Marin qui ayant passé des examens spéciaux, a le droit de commander un navire armé au cabotage`` (Soé-Dup. 1906).
3. [Comme titre donné aux détenteurs de certaines charges, de certaines dignités, de certains postes]
a) Maître des requêtes au Conseil d'État (fém. maître). Membre du Conseil d'État, situé hiérarchiquement au-dessus des auditeurs et au-dessous des conseillers, chargé de présenter des rapports sur les affaires qui lui sont soumises. Un quart des postes de maîtres de requêtes et un tiers de ceux de conseillers peuvent être pourvus «au tour extérieur», c'est-à-dire par nomination, effectuée par le gouvernement, de personnes réunissant les conditions d'âge et de service public prévues par la réglementation (Belorgey,Gouvern. et admin. Fr.,1967, p. 40).
b) Dans le domaine de l'enseign. sup. et de la rech.
Maître(-)assistant (fém. maître). Membre de l'enseignement supérieur situé hiérarchiquement entre l'assistant et le maître de conférences, chargé d'un service d'enseignement et de certains travaux de recherche. La représentation des enseignants exerçant les fonctions de professeur, maître de conférences, maître-assistant (...), doit être au moins égale à celle des étudiants dans les organes mixtes, conseils et autres organismes où ils sont associés (Loi orient. Enseign. sup.,1968, p. 10).
Maître de conférences (fém. maître). V. conférence C 1 a.
Maître de recherche (fém. maître). Membre du corps des chercheurs au Centre national de la recherche scientifique, situé hiérarchiquement entre le chargé de recherche et le directeur de recherche. Lorsque les nécessités du service le demandent, les maîtres de recherche peuvent être maintenus en fonction jusqu'à 70 ans s'ils réunissent les conditions intellectuelles et physiques suffisantes (G. Druesne,Le Centre nat. de la rech. sc.,Paris, Masson, 1975, p. 277).
HIST. DE L'ÉDUC. Grand(-)maître de l'université. Le ministre chargé de l'enseignement. Le grand-maître aura la nomination aux places administratives et aux chaires des collèges et des lycées; il nommera également les officiers des académies et ceux de l'université (Doc. hist. contemp., Décret sur l'organ. de l'université, 1808, p. 132).
c) Dans le domaine des instit. relig.Maître du Sacré-palais. ,,Dominicain qui a pour mission de surveiller au point de vue de la foi, tout ce qui se publie ou s'imprime et déjà au Vatican`` (Marcel 1938). Le Maître du sacré palais a dans son département la censure des livres qui sortent des presses de l'État ecclésiastique (Stendhal,Rome, Naples et Flor.,t. 2, 1817, p. 364).
d) HIST. Maître des hautes, des basses oeuvres (vx). Le bourreau. Synon. exécuteur des hautes, des basses oeuvres (v. bas ex. 52).
e) HISTOIRE
[Au Moy. Âge et sous l'Anc. Régime]
Maître des comptes. Officier de justice des chambres de comptes établies dans les principales villes françaises, situé hiérarchiquement au-dessous du président. Que dis-tu de notre maître des comptes, La Chapelle-Marteau? (Dumas père, Henri III,1829, i, 3, p. 129).Mod. Conseiller(-)maître à la Cour des Comptes. V. conseiller II C.
Maître des eaux et forêts. Officier royal ayant inspection et juridiction sur les eaux et forêts d'une circonscription. Maître particulier; grand(-)maître. La Fontaine, tout maître des Eaux et Forêts qu'il est, ne nous présente ici [dans Adonis] qu'une vénerie de rhétorique pure (Valéry,Variété[I], 1924, p.85).
[Désignant certains dignitaires de la cour] Grand(-) maître de France; maître, grand(-)maître des cérémonies, de la garde-robe. Le sire de Neufchâtel grand-maître de la maison; le sire de Toulongeon, grand-maître de l'écurie (Barante,Hist. ducs Bourg.,t. 4, 1821-24, p. 184).
HIST. ROMAINE. Maître de la cavalerie. Magistrat exceptionnel et inamovible, auxiliaire principal du dictateur et choisi par celui-ci. C'est ce jeune guerrier couvert de blessures, qui triompha de Carrausius; c'est le maître de la cavalerie; c'est le préfet des Gaules (Chateaubr.,Martyrs,t. 2, 1810, p. 179).Lépide fut maître de la cavalerie de César dictateur (Pell.1972).
4. [Désignant le titulaire d'un grade]
a) MAR. Officier marinier de la marine militaire (et, p.anal., de la marine marchande), dont le grade, intermédiaire entre celui de second maître et celui de premier maître, correspond au grade de sergent-major dans l'armée de terre. V. infra ex. de Bonn.-Paris 1859.
[Précédé ou suivi d'un adj. pour désigner les grades inférieurs ou supérieurs à celui de maître] Maître principal. V. aussi contremaître A et quartier-maître.Le Maître et le premier Maître sont choisis parmi les seconds Maîtres qui ont servi, au moins pendant six mois, à bord d'un vaisseau ou d'une frégate, ou d'une corvette de 24 bouches à feu, dans la première classe du grade de second Maître (Bonn.-Paris1859).Il apercevait tout à fait à l'avant, sous le gaillard, l'entrée du poste des matelots et des cabines d'Holmès, des seconds maîtres et du charpentier (Peisson,Parti Liverpool,1932, p. 112).
P. ext., au plur. Ensemble des officiers mariniers d'un navire. Dans tous les entreponts habités [d'un navire de guerre] (logements des officiers et des maîtres, poste de l'équipage, etc.), on recouvre le platelage en acier de linoléum (Croneau,Constr. nav. guerre,t. 1, 1892, p. 366).Le poste des maîtres, la cuisine des maîtres, le canot des maîtres (Le Clère1960).
b)
α) [Dans un ordre civil ou milit., un ordre de chevalerie] Celui qui dirige, le chef. Grand maître de l'ordre de Malte; grand maître des Templiers, des Hospitaliers. Parmi les grands vassaux, les plus puissants (...) étaient les chefs ou Maîtres des ordres de chevalerie établis en Espagne vers le milieu du douzième siècle (...). Un Maître exerçait sur les frères de son ordre une autorité (...) absolue (Mérimée,Don Pèdre Ier,1848, p. 22).
Grand Maître de (l'ordre de) la Légion d'honneur. Le président de la République est le Grand Maître de la Légion d'honneur (Quillet1965).
β) [Dans une loge maçonnique] Franc-maçon qui a le troisième grade. L'initiation, dont les épreuves permettent au profane de devenir apprenti, puis d'accéder aux grades de compagnon et de maître, revêt à la fois une signification symbolique − la renonciation aux habitudes du monde et la découverte de la «lumière» − et une valeur éducative − la préparation au langage des symboles (Encyclop. univ.t. 101971, p. 258).
Grand maître. ,,Chef d'un pouvoir maçonnique qui régit un ensemble de loges`` (Lar. 20e).
c) ARM. Maître de camp. V. mestre1.Don Gregorio Obregon, qui reprend le grade de maître de camp dans les troupes de débarquement (Montherl.,Maître Sant.,1947, i, 4, p. 609).
B. − [Exprimant un degré de qualification professionnelle ou le statut qui y est attaché]
1. [Dans le domaine des métiers]
a) [Au Moy. Âge et jusqu'au xixes.] Celui qui, ayant accompli son apprentissage et réalisé le chef-d'oeuvre, avait obtenu les lettres de maîtrise et était reçu dans un corps de métier (ce qui lui conférait le droit d'avoir des compagnons et des apprentis). Passer maître; maître juré; maître charpentier, maître drapier, maître sonneur. Fils d'un maître coutelier, reçu maître lui-même dès son enfance, il allait quelquefois servir la messe aux Blancs-Manteaux, où un religieux le distingua, lui apprit le rudiment (Sainte-Beuve,Caus. lundi,t. 6, 1852, p.262).Autrefois, les fêtes patronales étaient célébrées par les maîtres comme par les ouvriers. On se faisait des invitations mutuelles. Tout fraternisait en ces beaux jours. Les maîtres ont laissé crouler leurs associations, leurs confréries (...). Mais la vieille tradition se conserve parmi les compagnons, et cela dans chaque métier, dans toutes les Sociétés, dans tous les devoirs (A. Perdiguier,Mém. d'un compagnon,Paris, Maspéro, 1977[1852-53], pp. 318-319):
11. L'industrie est assez prospère pour que les étuveurs soient constitués en métier: ils sont trois jurés élus par les maîtres, et ils sont soumis à des règlements dont les uns concernent l'hygiène et les autres la morale. Faral,Vie temps st Louis,1942, p. 192.
Au fém. Les Maîtresses étaient dans les Communautés de marchandes et ouvrières, ce qu'étaient les Maîtres (...) dans les Communautés des marchands et ouvriers (Havard t. 3 1889, s.v. maîtresse).
b) Mod., DR. COMM. Maître(-)artisan. ,,Le titre de maître-artisan en son métier constitue la reconnaissance d'une habileté technique, une qualification supérieure dans [le] métier et une culture professionnelle attestée par la possession du brevet de maîtrise`` (Décret du 1ermars 1962 ds J. Robert, L'Artisanat et le secteur des métiers, Paris, A. Colin, 1966, p. 77). V. artisan I A dr. comm.
[Suivi d'un subst. indiquant le métier pour lequel la qualification a été reconnue] V. aussi supra II A 2 a.Cette consécration, c'est l'examen avec ses diverses épreuves dont le résultat permettra à l'élu de se dire maître en serrurerie d'art, maître serrurier constructeur, maître réparateur de serrurerie, etc... ou maître en toutes matières (Fillon,Serrurier,1942, p.44).
Rem. La lang. comm. actuelle abonde en composés où le 1erélém. maître semble seulement destiné à indiquer l'habileté de celui qui exerce le métier en question. Maître-tapissier, maître-verrier. 8 Français sur 10 pourraient recevoir leurs amis autour d'un feu de bois. R.L.D., maître-atrier répond à leurs questions (Femmes d'aujourd'hui, 23 oct. 1968). J.L., Maître-rôtisseur: Grillades au feu de bois (Le Monde 7 avr. 1966 ds Gilb. Mots nouv. 1971).
c) P. anal.
α) [Placé devant un autre subst. pour indiquer le degré de perfection atteint dans un art, une spécialité, un type de comportement ou pour renforcer une qualification injurieuse] Un maître écrivain; un maître sot; un maître filou. Elle m'a prouvé qu'elle reste une maîtresse femme de ménage (Renard,Journal,1901, p. 676).Sénac aurait-il quand même l'étoffe d'un bon salaud moyen, sinon d'un maître salopard? (Duhamel,Maîtres,1937, p. 215).Le maître-argotier Émile Chautard, un simple prote d'imprimerie (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.242).
Maîtresse femme. V. femme I B 2 a.P. anal. Maître homme. Homme très habile dans son domaine. Il attendait l'attaque et toujours triomphait. Ah! celui-là, c'était un maître homme (Coppée,Pour couronne,1895, p. 270).
β) Locutions
Être, passer maître en, dans qqc. Être, devenir très habile dans un art, une science, un type de comportement. V. aussi infra II C 3.J'avais cru d'abord que son art, où il était vraiment passé maître, lui avait donné des supériorités qui dépassaient la virtuosité de l'exécutant (Proust,Sodome,1922, p.1032):
12. Je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories. Écoutez!... Rimbaud,Saison enfer,1873, p. 221.
Rem. Dans cette loc., la forme fém. est attestée au xixes. Vous voilà maîtresse passée en fait de ressources d'esprit et de patience (M. de Guérin, Corresp., 1837, p. 281). Bibi-Djânèm, passée maîtresse en ce genre d'escrime (Gobineau, Nouv. asiat. 1876, p. 128). À l'époque mod., l'élém. subst. paraît inv. Elle est passée maître dans l'art de mentir (Pt Rob.). Je suis passée maître en gentillesse, souriants baisers, formules embaumées (A. Sarrazin, La Traversière, p. 17 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Coup de maître. Œuvre parfaitement réussie; action d'éclat. Au point où il en est, un beau mariage serait un coup de maître (Augier,Effrontés,1861, iv, p. 333).
De main de maître. D'une manière magistrale; avec une habileté consommée ou avec une grande force. Le jeune homme, s'échauffant peu à peu, devient furieux, et rosse de main de maître l'impertinent qui le provoque (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 15).On doit avouer que la discussion du problème est conduite de main de maître. Il faut seulement ajouter que cette maîtrise même ne fait que mieux souligner les dangers de la position (Gilson,Espr. philos. médiév.,1932, p. 28).
(Faire qqc.) en maître. Même sens. Lord David hantait les cavernes (...). On l'appelait Tom-Jim-Jack. Sous ce nom, il était populaire, et fort illustre dans cette crapule. Il s'encanaillait en maître. Dans l'occasion, il faisait le coup de poing (Hugo, Homme qui rit,t. 2, 1869, p. 7).
2. [Dans l'Université]
a) Anciennement. Maître ès-arts. Celui qui avait obtenu les grades universitaires permettant d'enseigner les arts libéraux, en particulier les humanités et la philosophie. Un curé nommé Regnaud, maître ès-arts, homme fort estimé et honoré (Barante,Hist. ducs Bourg.,t. 4, 1821-24, p. 97).
b) Mod. Titulaire de la maîtrise (v. ce mot B 4 b).
C. − Celui, celle qui enseigne, instruit, qui a des élèves, des disciples.
1. Personne qui a pour rôle d'enseigner ou qui fait métier d'enseigner à titre public ou privé.
a) [Comme terme générique] M. Jacquinet, qui a été un des maîtres les plus appréciés de l'École normale (Lemaître,Contemp.,1885, p. 182).J'enviais surtout les élèves d'Alain, ceux qui avaient été initiés dès le commencement de leur vie aux grands anciens, alors qu'il ne s'agissait pour mes maîtres que de savoir ce qu'il fallait savoir pour être reçu au baccalauréat (Mauriac,Nouv. mém. intérieurs,Paris, Flammarion, 1965, p. 300).
b) En partic.
α) [Dans l'enseign. primaire]
Maître, maîtresse (d'école). Celui, celle qui enseigne les matières élémentaires aux enfants dans un établissement scolaire ou dans le particulier. Synon. instituteur, précepteur.Tu vas maintenant apprendre le français, l'histoire, la géographie et l'arithmétique... Ta maîtresse viendra trois fois par semaine (Gyp,Souv. pte fille,1927, p. 67).Certes, le maître d'école n'est pas un savant, mais il unit à une grande expérience des choses de la terre une conscience nette comme un cristal (Menon, Lecotté, Vill. Fr., 1, 1954, p. 39).
P. métaph. Leur maître principal [des petits Hugo] fut le jardin, où leur mère les laissait étudier le premier de tous les livres, la nature (MmeV. Hugo, Hugo,1863, p. 130).
Élève-maître, élève-maîtresse. Personne qui se prépare aux fonctions d'instituteur en recevant une formation dans une école normale. Les élèves-maîtres et élèves-maîtresses pourvus du certificat de fin d'études normales n'ont qu'à subir l'épreuve pratique du certificat d'aptitude pédagogique pour être titulaires de ce dernier diplôme (Encyclop. éduc.,1960, p. 314).
β) [Dans l'enseign. secondaire] Maître, maîtresse auxiliaire. Enseignant, enseignante non titulaire, occupant un poste vacant ou assurant la suppléance en l'absence d'un professeur. Les maîtres auxiliaires ont les mêmes maxima de service que les professeurs donnant le même enseignement (Encyclop. éduc.,1960p. 324).
γ) Vieilli dans la plupart des emplois. [Suivi d'un compl. déterminatif ou d'un subst. apposé indiquant la spécialité] Celui, celle qui enseigne une discipline, un art, une science. Synon. mod. professeur.Maître, maîtresse de français, de chant; maître de danse ou maître à danser. Il vint chez nous (...), trois fois par semaine, un maître d'écriture, un maître de danse, une maîtresse de musique (Sand,Hist. vie,t. 2, 1855, p. 382).
Maître d'armes. V. arme II C 1.
Maître(-)nageur ou, vieilli, maître(-)baigneur. Professeur de natation, chargé aussi de surveiller le bain au bord de la mer ou dans un établissement thermal. Les maîtres baigneurs sont prudents, sachant rarement nager (Proust,J. fille en fleurs,1918, p. 685).
Maître de manège. Celui qui, dans un établissement équestre, dirige les exercices, donne les leçons d'équitation. Synon. mod. instructeur, écuyer-professeur (cf. Tondra Cheval 1979).Dans les promenades avec le maître du manège, il était presque régulièrement jeté par terre (Stendhal,Rouge et Noir,1830, p. 264).
Au fig. Celui ou ce qui donne la connaissance, l'expérience de quelque chose. Pour le Grec (...) la nature est (...) une maîtresse de droiture et de vertu (Renan,St-Paul,1869, p.205).Sur tous les territoires que les Allemands ont occupés, on recueille que les Prussiens sont des maîtres de férocité (Barrès,Cahiers,t. 11, 1918, p. 369).Il faut dire que c'est l'architecture qui est surtout maîtresse de style (Alain,Beaux-arts,1920, p.201).
c) RELIG. Maître, maîtresse des novices. Personne chargée de la formation et de l'instruction des novices dans un institut religieux. Retour de la mère Angélique à Port-Royal (elle y a charge de maîtresse des novices et y fait des conférences qui renouvellent l'esprit) (Sainte-Beuve,Port-Royal,t. 1, 1840, p.342).
d) Au masc., BEAUX-ARTS. Artiste, peintre ou sculpteur, qui dirigeait un atelier et formait des élèves travaillant sous son contrôle, parfois à la même oeuvre. Lorsque le cortège s'est mis en marche, les élèves de Girodet ont été prendre le corps de leur maître (Delécluze,Journal,1824, p. 52).Les artistes de la Renaissance vivent dans l'atelier du maître, ils sont les confidents de sa pensée, les collaborateurs de son oeuvre (Séailles,E. Carrière,1911, p. 65).
Le Maître de (suivi d'un nom de localité ou du titre d'une oeuvre). Formule empl. pour désigner un artiste anc. anonyme que l'on nomme d'après l'une de ses oeuvres ou d'apr. le lieu où il a travaillé Le Maître de Moulins; le Maître de la Sainte Véronique. Une génération passe et voici, attribué au Maître du crucifix de saint François, un Christ conservé par la pinacothèque de Pérouse (Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p. 361).
Dessin de maître. ,,Dessin qui ressemble à un dessin ancien`` (Hugues, Expr. atelier, s.d.).
2. Au masc. Celui qui fait école; celui dont on est le disciple, dont on reçoit et reconnaît l'enseignement, la doctrine (en matière intellectuelle, artistique, morale); celui qui représente un modèle, un guide, un initiateur. Prendre pour maître, se réclamer d'un maître. C'est (...) une véritable transposition d'un art dans un autre. Les maîtres de cet artiste [Redon] sont Baudelaire et surtout Edgar Poe (...); là, est la vraie filiation de cet esprit original (Huysmans,Art mod.,1883, p. 300).Si le langage du maître [Socrate] avait toujours été celui que Xénophon lui prête, comprendrait-on l'enthousiasme dont il enflamma ses disciples et qui traversa les âges? (Bergson,Deux sources,1932, p. 61):
13. ... «Obéir d'abord». Ne t'imagine pas qu'en acceptant cette sentence j'abandonne provisoirement mon libre arbitre. Cela signifie, dans mon esprit: «Choisir ses maîtres, après mûre réflexion, et leur obéir». Tu voudras bien noter que j'ai dit «ses maîtres» et non «ses chefs». L'idée du chef ne m'est pas absolument étrangère, pourtant elle m'est moins sensible que celle du maître. Je veux apprendre − c'est-à-dire prendre, saisir − je veux m'accroître... Duhamel,Maîtres,1937, p. 30.
Loc. et expr.
Maître à penser. Celui qui dirige ou influence la pensée de quelqu'un. À ce moment, en Allemagne, c'était Wolff qui remplissait cet office de maître à penser (Sainte-Beuve,Caus. lundi,t. 7, 1853, p. 459).La littérature polonaise demeure, jusque vers 1920, plus que jamais consciente du rôle patriotique qui lui incombe. L'écrivain n'est pas tant un libre créateur qu'un maître à penser et surtout à sentir nationalement (Arts et litt.,1936, p. 50-8).
Jurer sur la parole du maître. Abdiquer tout esprit critique devant celui auquel on reconnaît une autorité intellectuelle absolue. Ces docteurs (...) jurent, les yeux fermés, sur la parole de leur maître (Delacroix,Journal,1853, p. 109).
[P. allus. à l'argument des scolastiques recourant à l'autorité d'Aristote] Le maître l'a dit. Même sens. L'homme ne dira plus: «Le maître l'a dit». L'homme est émancipé de l'homme. L'homme dira: «La vérité dit, la science dit» (P.Leroux dsLar. 19e, s.v. magister dixit).
3. Au masc. Celui qui est digne de faire école, qui manifeste une compétence exceptionnelle ou un talent supérieur (dans un art, une discipline intellectuelle ou scientifique). V. aussi supra II B 1 c β. Les anciens, les vieux maîtres; un tableau de maître; les maîtres de la peinture, de la musique, de l'éloquence, de la science; les maîtres flamands; les maîtres de l'école flamande. Antoine imaginait son avenir pareil à celui des plus grands maîtres: avant la cinquantaine, il posséderait à son actif nombre de découvertes (Martin du G.,Thib.,Consult., 1928, p. 1130).Enfin vient l'âge où l'on relit, les maîtres surtout, parce que les classiques sont situés à des hauteurs qui permettent de les apercevoir de partout (Morand,Excurs. immob.,1944, p.130):
14. L'artiste qui se borne à imiter la nature n'en saisit que l'individualité: il est esclave. Celui qui interprète la nature (...) en démêle le caractère: il est maître. L'artiste qui l'idéalise y découvre ou y imprime l'image de la beauté: celui-là est un grand maître. Ch. Blanc, Gramm. arts dessin,1876, p. 11.
BEAUX-ARTS. Petit maître. Artiste de valeur, mais de second plan. Nous n'avons souvent pu que nommer quelques-uns de ces «petits maîtres», joie et délices des amateurs (Gautier,Guide Louvre,1872, p. 160).
III. − [Comme appellatif]
A. − [Pour désigner, à l'exclusion des juges, des gens de loi ou officiers ministériels (avocats, notaires, huissiers) ou s'adresser à eux] L'avocat de Landru était nain. Quand il a commencé sa plaidoirie, le président Ravelle lui a dit: Maître Bertet, on plaide debout (Giraudoux,Folle,1944, ii, p. 137).
Loc. fig. Compter de clerc à maître. V. clerc C 2.
B. − Vx ou région. [Suivi du nom ou du prénom, pour désigner des agriculteurs propriétaires ou pour s'adresser à eux; au fém. maîtresse] Le fermier, maître Gouy, vociférait contre un garçon (Flaub.,Bouvard,t. 1, 1880, p. 22).Courez aux Buttes... La maîtresse Honorine, vite, vite! (Martin du G.,Devenir,1909, p. 194).
C. − Vx ou région. Notre maître, notre maîtresse. [Comme titre donné aux propriétaires d'un domaine par les métayers et les valets de ferme s'adressant à eux] «Hé bien! Ça te va-t-il?» Elle répondit avec une physionomie triste: «Quoi, not' maître?» Alors lui, brusquement: «Mais de m'épouser, pardine!» (Maupass.,Contes et nouv.,t. 1, Hist. fille de ferme, 1881, p. 33).
D. − P. allus. littér.
Maître aliboron*.
[P. réf. à un personnage de L'Avare de Molière, à la fois cocher et cuisinier] Maître Jacques. Factotum. Mais nous sommes si peu nombreux à Notre-Dame de l'Âtre que nous devenons forcément des maîtres Jacque [sic]. Voyez le père Étienne qui est cellérier de l'abbaye et hôtelier, il est aussi sacristain et sonneur de cloches (Huysmans,En route,t. 2, 1895, p. 308).
[Par imitation de La Fontaine] Sitôt pétris, sitôt soufflés, Maître Serpent les a sifflés, Les beaux enfants que vous créâtes! (Valéry,Charmes,1922, p. 140).
E. − [Pour s'adresser à un artiste reconnu, à un professeur éminent ou considéré comme tel] J'ai plaisir à donner du Cher Maître aux vieux «Goncourts» et aux survivants de la génération Symbolonaturaliste (Larbaud,Journal,1931, p. 252).
Prononc. et Orth.: [mεtʀ ̭], [-tʀ εs]. Martinet-Walter 1973: 7/17 [-ε:tʀ ̭]. Homon. mètre, mettre. Ac. 1694, 1718: maistre, maistresse; dep. 1740: maître, maîtresse. Étymol. et Hist. V. maître2. Bbg. Quem. DDL t. 10 (s.v. maîtresse du logis); t. 18 (s.v. maîtresse d'école).

MAÎTRE2, MAÎTRESSE, adj.

A. −
1. De maître, d'un maître. La conscience maîtresse s'oppose à la conscience serve (J. Vuillemin, Essai signif. mort, 1949, p. 142).
Qui convient à un maître, est digne d'un maître (par sa force, son autorité, sa qualité, etc.). V. magistral I B 1 et 2. Une voix maîtresse:
1. Plus tard, il arrivera à cette manière pleinement maîtresse, plus resserrée et particulièrement heureuse et qui fait de lui le plus habile, le plus parfait discoureur, le plus piquant historien de l'Académie. Proust, Chron., 1922, p. 50.
2. P. méton. Qui est formé, constitué de maîtres. Dans les villes d'Eubée la classe maîtresse s'appelait les chevaliers (Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p. 325).Garde au fond de ton coeur ce qu'il forme d'amer, Et reçois le décret de la Race maîtresse (Valéry, Cantate du Narcisse, 1939, p. 258).
B. − [En parlant d'une chose comparée à d'autres de même nature]
1. Qui est le plus important (par ses dimensions, sa position, son rôle, sa valeur, etc.). Synon. principal, fondamental, majeur, essentiel; anton. secondaire, accessoire.Maîtresse pièce ou pièce maîtresse (d'un ouvrage, d'un ensemble); maîtresse poutre ou poutre maîtresse (d'une charpente). V. aussi maître-autel.Le maître brin d'une plante (Ac.1798-1935).Rien ne ressemble à l'enthousiasme que sa vue [du Pont-Neuf] excita, lorsque, après de grands travaux, il eut (...) rejoint plus étroitement les trois cités de la maîtresse ville (Nerval, Nouv. et fantais., 1855, p. 191).
Spécialement
a) ARBORIC. Maîtresse branche ou branche maîtresse (d'un arbre). La branche principale, ,,celle qui se détache du haut du tronc, au-dessus du fût`` (Plais. 1969). Synon. branche-mère.
b) MARINE
Maître(-)couple. Couple situé à l'endroit où le navire présente le maximum d'ouverture:
2. Dieu pétrit la mer. Nous sommes perdus. J'entends craquer les maîtres couples du navire... Ils ne doivent point se révéler puisqu'ils sont cadres et armatures. Saint-Exup., Citad., 1944, p. 527.
Maître(-)bau. Le plus long des baux d'un navire et qui correspond au maître couple. (Dict. xixeet xxes.). P. ell. Largeur, coupe au maître. On appelle «coupe au maître» un plan en coupe du navire ayant comme repère le maître-bau ou le maître-couple (Le Clère1960).
c) MÉCANIQUE
Maître(-)couple. ,,La plus grande section d'un mobile pratiquée perpendiculairement à la direction du mouvement. Maître couple d'un fuselage d'avion, d'une automobile`` (Quillet 1965). V. supra B 1 b.[Les] fuselages [d'avions] (...) doivent (...) affecter une forme fuselée ayant son maître couple au tiers avant (Guillemin, Constr., calcul et essais avions, 1929, p. 92).
[Pour désigner la pièce principale d'un système, celle qui commande ce système] Anton. asservi.Maître pendule. À la position de repos, freins desserrés, il n'y a pas d'interruption dans le circuit hydraulique depuis le maître cylindre jusqu'aux cylindres de roues (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 256).
d) JEUX
Atout maître. Carte d'atout la plus forte. Lorsque l'adversaire se trouve posséder un atout maître, et un seul, il y a généralement intérêt à ne pas le faire tomber (G. Versini, Le Bridge, Paris, P.U.F., 1968, p. 93).
Carte maîtresse. Carte la plus forte de celles qui restent à jouer dans une couleur donnée. Les journalistes, tout naturellement, sont amenés, quand ils relatent des péripéties de la vie internationale, à employer des métaphores qui s'en inspirent [des jeux]: le bluff, les surenchères, les pions que l'on déplace, les atouts que l'on abat ou que l'on dissimule, (...) les cartes que l'on abat, les cartes maîtresses et les relances (Jeux et sports, 1967, p. 769).
e) Dans le domaine intellectuel et moral.Les qualités maîtresses (de qqn, d'un ouvrage); l'oeuvre maîtresse de qqn. Pour eux, au fond, la pensée maîtresse, la grande idée centrale, c'est l'idée de Naquet. La France donnant l'exemple, prenant l'initiative du désarmement (Barrès, Cahiers, t. 10, 1913, p. 71).Cette faculté de métamorphose qui est sa faculté maîtresse, Amiel la possède à l'échelle cosmique pour l'infiniment petit non moins que pour l'infiniment grand (Du Bos, Journal, 1921, p.26).
Maître mot. Mot doté d'un pouvoir spécial, d'une énergie, d'une efficacité particulière:
3. ... que nous devions ne plus tenir compte de ce que Pascal (...) a baigné d'une admirable lumière, et qu'il faisait tenir dans les cinq mots inscrits sur le papier dont il ne se sépara jamais: Grandeur de l'âme humaine, que nous devions avoir honte de cet héritage et le jeter par-dessus bord, alors il ne nous reste plus, dans l'excès de notre indignation, que d'appeler à notre secours Ubu, cet alittérateur illustre, et que de lui emprunter le maître mot qu'il a eu, le premier, l'inspiration d'écrire en six lettres. Mauriac, Mém. intér., 1959, p. 217.
2. [Avec une valeur de superl. abs.] Qui est très important (par ses dimensions, sa force, sa valeur, etc.). Un marteau qui (...) frappait sur la tête grimaçante d'un maître-clou (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 26).Quelle ruse maîtresse cachait cette apparence? (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 181).Vous n'avez jamais connu les batailles d'Orient, où tous les coups sont maîtres (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 180).
Prononc. et Orth.: [mεtʀ ̭], [-tʀ εs]. Martinet-Walter 1973: 7/17 [-ε:tʀ ̭]. Homon. mètre, mettre. Ac. 1694, 1718: maistre; 1740-1835: maître; dep. 1878: maître, maîtresse. Étymol. et Hist. A. Maître, maîtresse en appos. ou adj. 1. a) ca 1100 le plus maistre «principal, le plus important» (Roland, éd. J. Bédier, 1818); ca 1150 mestre clerc «le premier du clergé, qui dirige les offices dans l'église» (Wace, Vie St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 966); 1155 maistre esturman «timonier» (Id., Brut, éd. I. Arnold, 11214); b) 1669 maîtresse femme (Widerhold Fr.-All.); c) 1832 maître compagnon (Raymond); 2. a) 1487 maistresse ville «capitale» (Garbin ds FEW t. 6, 1, p. 41a); b) mar. 1611 maître cable (Cotgr.); 1754 maître couple (Encyclop., s.v. couple); c) technol. 1694 maîtresse pièce (Ac.); d) 1845 maîtresses cartes «cartes du quatrième lot et de la dernière qualité qui puissent entrer dans un jeu» (Besch.) [cf. 1763 subst. maîtresses «cartes qui ont des défauts (terme de cartier)» (Encyclop., t. 23, Cartier, p. 3)]; 1902 atout maître (Nouv. Lar. ill.). B. Personne qui exerce une domination 1. a) 1155 «celui qui a autorité sur d'autres» (Wace, Brut, éd. citée 3120); b) 1160-74 «possesseur d'un animal domestique» (Id., Rou, éd. A. J. Holden, III, 8277); 2.a)ca 1190 «seigneur (par rapport au vassal)» (Floovant, éd. S. Andolf, 856); b) ca 1500 le maistre des seigneurs «Dieu» (Commynes d'apr. FEW t. 6, 1, p. 34b); 1685 le maître du monde (La Fontaine, Philémon et Baucis ds Œuvres. éd. H. Régnier, t. 6, p. 156); 3. loc. a) 1176 estre a mestre «avoir trouvé son maître» (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A.Micha, 938); 2emoitié xiiies. trover son mestre (Blancandin, éd. F.P.Sweetser, 1877); b) ca 1274 estre maistre de qqc. «être libre d'en disposer, d'en décider» (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 356); 1462 estre maistre de «dominer, en venir à dominer» (Villon, Testament, éd. J. Rychner et A. Henry, 760); c) 1538 faire le maître «user et abuser de son pouvoir» (Est., s.v. sustinere); d) 1538 être maître de soi «ne dépendre de personne» (ibid., s.v. imperiosus); e) 1667 être maître de + inf. «avoir la liberté, le pouvoir de» (Racine, Andromaque, IV, 5); f) 1668 l'œil du maître (La Fontaine ds Œuvres, éd. cit., t.1, p.352); 4. a) 1532 maître de la maison «celui qui commande dans la maison» (Rabelais d'apr. FEW t.6, 1, p.36b); 1673 maîtresse du logis (Mmede Sévigné, Let., à Mmede Grignan, 25 oct., I, 616 ds Quem. DDL t. 10); b) 1588 maistre de famille (Montaigne, Essais, livre II, chap. 22, éd. P. Villey, p.680). C. Personne qualifiée pour diriger 1. a) 1160-74 «celui qui conduit le personnel, dirige les opérations d'un service» (Wace, Rou, éd. cit. II, 1417); b) ca 1225 mestre d'ostel «majordome» (Hist. G. le Maréchal, 6544 ds T.-L.); c) 1297 mastre des comptes (A.N. J 654, pièce 16 ds Gdf. Compl.); d) 1350 maistre de l'euvre «celui qui dirige la construction d'un édifice» (H. Loh, Histoires tirées de l'Ancien Testament, p.40); e) 1418 maistre ouverier «ouvrier qualifié» (Règlements et privilèges des XXXII métiers de la cité de Liège, fasc. I: les Fèvres, éd. G. Hansotte, p.39 [3]); f) 1688 maître d'équipage «officier choisi parmi les matelots les plus expérimentés pour avoir soin de l'équipement des vaisseaux dans un arsenal» (Miege); 1835 «sous-officier qui a autorité sur tout l'équipage» (Ac.); 2. a) 1155 «celui qui enseigne, précepteur» (Wace, Brut, éd. cit., 5612); xiiies. il n'est maistre ne clerc d'escolle (Renaut, Galeran, éd. L. Foulet, 1277); 1567 maistresse d'escole (Baif, Euvres, Le Brave, III, 226 ds Quem. DDL. t18); b) 1461 «maître d'armes» (Chastellain, Chronique, éd. Kervyn de Lettenhove, t.3, p.44); 1538 maistre en fait d'armes (Est., s.v. lanista); c) 1636 maître danseur «maître de danse» (Monet, s.v. danseur); 3. a) 1155 maistre Wace «titre académique» (Wace, Brut, éd. cit., 7); b) 1432 maistre en ars (doc. ds Gdf. Compl.); 1633 maistre ès arts «grade universitaire qui donne le droit d'enseigner certaines matières» (La comédie des proverbes ds Anc. Th. fr., éd. Viollet Le Duc, t.9, p.94); c) 1845 maître de conférences «professeur à l'Ecole Nationale Supérieure de Paris» (Besch., s.v. conférence); 1893 «adjoint d'un professeur en titre à l'Université» (DG); 4. a) ca 1160 «celui qui est expert, qui excelle en quelque art ou science» (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 2204); ca 1190 n'avoir son maistre «être le plus habile de son métier» (Floovant, éd. cit., 2031); 1538 de main de maître «qui dénote une habileté supérieure» (Est., s.v. fabre); b) ca 1190 «personne dont on est le disciple, que l'on prend pour modèle» (Conon de Béthune, Chansons, éd. A. Wallensköld, p.9, 51); c) 1690 Beaux-Arts «grand peintre qui fait école» (Fur.); 5. mil. xiiies. «celui qui après avoir été apprenti, est reçu dans un corps de métier» (doc. ds Fagniez t.1, p.206). D. Titre donné à certaines pers. 1. a) fin xiies. «médecin» (Raoul de Cambrai, éd. P. Meyer et A. Longnon, 6270); b) 1461 «titre donné aux gens de robe (avocat, notaire, huissier...)» (Chastellain, Chronique, éd. citée, t.3, p.71); 2. a) 1176-81 «appellation en parlant à une personne» (Chr. de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 5211); b) 1435 maistre Mousche «homme astucieux» (doc. ds Revue d'hist. du théâtre, 1954, p.148); c) p. plaisant. 1668 maître Corbeau, maître Renard (La Fontaine, Le Corbeau et le Renard ds Fables, éd. citée, t.1, p.62). Du lat. magister «chef, directeur, celui qui enseigne» qui a supplanté comme nom commun le lat. class. dominus (dom*, dame*). Fréq. abs. littér. (maître1 et 2): 20532. Fréq. rel. littér. (maître1 et 2): xixes.: a) 30971, b) 36350; xxes.: a) 32371, b) 21943. Bbg. Arrivé (M.). Maître, instituteur... Fr. Monde. 1966, no44, pp.37-39. _ Behrens D. 1923, pp.44-45. _ Cohen 1946, p.8. _ Dauzat Ling. fr. 1946, p.10. _ Dub. Pol. 1962, p.337. _ Gall. 1955, p.51. _ Sculpt. 1978, p.544 (s.v. maître fondeur, maître sculpteur). _ Quem. DDL t.3 (s.v. maître mot), 17 (s.v. maître à penser). _ Spitzer (L.). Sprachwissenschaft. Afrz. Chief Hauptstadt... Z. rom. Philol. 1937, t.57, p.575. _ Vardar Soc. pol. 1973, [1970], pp.264-265.

MAÎTRESSE, subst. fém.

I. − [Fém. de maître dans certains emplois] V. maître1et maître2.
II. − Femme avec laquelle un homme entretient des relations charnelles hors mariage. Synon. (bonne, petite) amie (p. euphém. ou fam.), concubine, favorite (d'un roi, d'un prince).La noblesse prétendait devoir seule fournir des maîtresses aux princes; et quand Louis XV prit les siennes dans la roture, les femmes titrées se plaignirent (Courier,Pamphlets,Procès, 1821, p. 94).L'intimité du couple ronge le noyau de l'homme. Prenez une maîtresse. Vous l'appellerez mon trésor. Le trésor, alors, adieu! (Audiberti,Quoat,1946, 1ertabl., p. 18):
1. En France les filles peuvent donner à beaucoup d'hommes autant de bonheur que les femmes honnêtes, c'est-à-dire du bonheur sans amour, et il y a toujours une chose qu'un Français respecte plus que sa maîtresse, c'est sa vanité. Un jeune homme de Paris prend dans une maîtresse une sorte d'esclave, destinée surtout à lui donner des jouissances de vanité. Stendhal,Amour,1822, p. 138.
2. ... à Paris, presque tout le monde a deux femmes, c'est presque un minimum. Mais on ne les montre pas en même temps. Généralement on montre sa femme et on cache sa maîtresse, ou bien, ça commence à se faire beaucoup, on montre sa maîtresse et on cache sa femme. Flers, Caillavet,M. Brotonneau,1923, iii, 5, p. 22.
SYNT. Être, devenir la maîtresse de qqn; avoir, entretenir une, plusieurs maîtresse(s); épouser sa maîtresse; les maîtresses du roi; maîtresse en titre; maîtresse déclarée.
Prononc. et Orth.: [mεtʀ εs]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1180 «gouvernante, duègne» (Fierabras, 66 ds T.-L.); 2. a) xiiies. [date du ms.] «fille ou femme aimée de quelqu'un, ainsi nommée à cause de l'empire qu'elle exerce sur l'homme qui l'aime» (Guillaume Le Vinier, Poésies, éd. Ph. Ménard, p. 77, 24); b) 1357 «femme aimée et recherchée en mariage» (Miracles ND par personnages, éd. G. Paris et U. Robert, t. 3, p. 78, 265); c) 1660 «femme qui, hors du mariage, entretient des relations charnelles avec un homme» (Molière, Sganarelle, 6). Fém. de maître*. Fréq. abs. littér.: 6 903. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 10340, b) 14281; xxes.: a)9930, b) 6909. Bbg. Boel (E.). Le Genre des n. désignant les professions et les situations fém. en fr. mod. R. rom. 1976, t. 11, pp.38-39. _ Saint-Jacques (B.). Sex, dependency and language. Linguistique. Paris. 1973, t. 9, p. 95.

Wiktionnaire

Nom commun

maîtresse \mɛ.tʁɛs\ féminin (pour un homme on dit : maître) (orthographe traditionnelle)

  1. Femme ou entité qui domine, dirige, possède.
    • À quoi songes-tu donc ? s’informa la maîtresse du logis, surprise de l’inattention qu’elle lisait dans les yeux de l’artiste. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
  2. (En particulier) La propriétaire d’un animal domestique.
    • La maîtresse d’un chat, d’un chien, etc. :
  3. (Éducation) Femme qui enseigne, surtout aux enfants.
    • […], nous arrivions en classe la bouche en feu et les larmes aux yeux, tant le piment était fort. Cela consternait la maîtresse de français, qui ne voyait pas quel plaisir nous pouvions y trouver. — (Françoise Vergès, À vos mangues !, traduction de Dominique Malaquais, dans Politique africaine, 2005/4, n° 100, p. 315)
  4. (Familier) Amante, partenaire sexuelle en dehors du mariage.
    • C’était un amant qui allait s’instruire de son sort à la cabane de sa maîtresse. — (François-René de Chateaubriand, Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert)
    • Encore ! s’écria Alice. Vous ne plaisez donc qu’à des types mariés vous deux ? Et tu es sa maîtresse naturellement ! — (Colette ; Le Toutounier, 1939)
    • Je savais aussi qu’il y avait des abonnés qui avaient droit au foyer et que nombre de ces abonnés avaient pour « maîtresses » (mot que j’ai toujours abhorré parce qu’il me fait penser à « maîtresse d’école ») des danseuses. — (Michel Leiris, L’âge d’homme, 1939, collection Folio, page 45.)
    • Mais la maîtresse de nos jours ne se contente plus du flan et de la galette ; quand elle accroche un fils de bourgeois, elle exige de la soie, des fourrures et du palissandre. — (Paul Lafargue, « Sapho », paru dans Le Socialiste, 2 janvier 1886)
    • Cette gentillesse qui abrégeait les formes et supprimait les fadaises ridicules que tout garçon se croit tenu de débiter à la belle fille dont il essaie de faire sa maîtresse, m’avait séduit. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Les négociants en ânes qui vivaient hors de chez eux à longueur de temps et étaient absents huit à neuf mois dans l'année ne pouvaient éviter d'avoir une maîtresse quelque part. — (Liu Zhenyun , En un mot comme en mille, traduit du chinois par Isabelle Bijon & Wang Jiann-Yuh, Éditions Gallimard, 2013, chap. 2)

Forme d’adjectif

maîtresse \mɛ.tʁɛs\

  1. Féminin singulier de maître.
    • Or, si Pline revenait en ce monde, il verrait la chirurgie maîtresse de ces trois maux, tailler ou lithotritier les calculeux, réséquer ou gastro-entérostomiser les ulcères de l’estomac et attaquer, en plein crâne, la névralgie trifaciale. — (Jean de Gourmont, Émile Forgue, Henri Bouquet, L’euthanasie en France au début du XXe siècle : quelques réflexions d’époque sur Encyclopédie thématique sur l’inaptitude, 4 mars 2006)
    • Œuvre, pensée, qualité maîtresse : œuvre, pensée, qualité principale
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MAÎTRE. (féminin : MAÎTRESSE.) n. m.
Celui qui commande, qui domine, soit de droit, soit de fait. Dieu est le maître de l'univers. César se rendit maître de la république. Rome fut la maîtresse du monde. Agir, parler en maître. Chacun est maître, le maître chez soi. Le maître de la maison. La maîtresse du logis. Maîtresse de maison, Celle qui dirige son ménage. Il se dit spécialement d'une Femme du monde qui reçoit des visites ou des invités. Se rendre maître d'une place, d'un poste, d'une position, S'en emparer par la force, par la conquête. On dit dans un sens analogue : Après une lutte acharnée, l'ennemi resta maître du champ de bataille. Se rendre maître des esprits, des cœurs, Prendre de l'empire sur les esprits, gagner les cœurs. Se rendre maître de la conversation, Y jouer le principal rôle, la diriger sur le sujet qu'on préfère. Se rendre maître du feu, Arrêter les progrès d'un incendie. Être maître du feu, S'être assuré que le feu ne fera plus de progrès. Être maître de ses passions, Les dompter, les vaincre. Être maître de soi, Se posséder. Au cours de cette séance orageuse, il est resté maître de lui. Cet écrivain, cet orateur, ce poète est maître de son sujet, est maître de sa matière, Il la possède et il est en état de la bien traiter. Ce chanteur est maître de sa voix, Il la dirige avec facilité. Être le maître, être maître de faire quelque chose, Avoir la liberté, le pouvoir de faire quelque chose. Vous êtes maître de choisir. Vous êtes le maître d'y aller ou de n'y pas aller. On dit absolument, Vous êtes bien le maître; et par civilité, Nous irons où il vous plaira, où vous voudrez, vous êtes le maître. Trouver son maître, Avoir affaire à quelqu'un de plus fort, de plus habile que soi. On dit dans un sens analogue : En art, en littérature, les anciens sont nos maîtres. Il désigne encore Celui, celle qui a des domestiques. Bon maître. Mauvais maître. Servir son maître. Ce valet de chambre change sans cesse de maître. Cette femme est bonne maîtresse, elle traite bien ses domestiques. Prov., Tel maître, tel valet, Les valets prennent les habitudes de leurs maîtres. Fig., Par une façon de parler empruntée de l'Écriture, Nul ne peut servir deux maîtres, On ne peut être l'homme de deux causes qui s'opposent, de deux opinions qui se contredisent.

MAÎTRE signifiait jadis Possesseur, propriétaire. Il n'est plus guère employé qu'à propos d'un chien : Ce chien a perdu son maître. Ce chien a tout de suite reconnu la voix de son maître; et dans les expressions suivantes : Cheval de maître, voiture de maître, par opposition à Cheval de louage, voiture de louage. Fig., L'œil du maître, La surveillance, la sollicitude du propriétaire. Il n'y a rien de tel que l'œil du maître. Prov., L'argent n'a point de maître, Rien ne fait connaître à qui appartient une pièce de monnaie perdue. Fam., Il trouvera maître, se dit d'un Bijou, d'un objet perdu et signifie Il y aura quelqu'un qui le réclamera ou qui se l'appropriera.

MAÎTRE signifie en outre Celui qui enseigne quelque art ou quelque science. Maître de danse. Maître d'armes. Il a travaillé à la satisfaction de tous ses maîtres. Le maître avait réuni tous ses anciens élèves. Dans cette acception, il tend de plus en plus à être remplacé par Professeur. On dit Professeur de mathématiques, d'anglais, de violon. Cependant on dit encore Maîtresse de piano. Maître de conférences, Celui qui, dans une Université, est adjoint au professeur en titre pour diriger les exercices pratiques. Maître ès arts, Celui qui avait reçu, dans une Université, les degrés qui donnaient pouvoir d'enseigner les humanités et la philosophie. Maître, maîtresse de pension, Celui, celle qui prend des enfants en pension pour les instruire. Maître, maîtresse d'école, Celui, celle dont l'école est destinée à donner aux enfants les connaissances les plus élémentaires. On dit aujourd'hui Instituteur, institutrice primaire. Maître, maîtresse d'étude, Celui, celle qui, dans un collège, surveille les élèves pendant les heures de travail et de récréation. On dit plutôt aujourd'hui Répétiteur, répétitrice. Fig., Le temps est un grand maître, Le temps résout beaucoup de difficultés. Jurer sur la parole du maître, Adopter aveuglément et soutenir les opinions d'un homme en qui l'on a une confiance absolue. Le maître l'a dit, Sentence empruntée des Anciens et qui signifie qu'Un chef d'école a décidé une question et que ses disciples ne se permettent pas d'examiner, de discuter après lui.

MAÎTRE s'est dit aussi de Celui qui, après avoir été apprenti, était reçu avec les formes ordinaires dans quelque corps de métier. Maître cordonnier, tailleur, maçon, charron. Il se dit encore aujourd'hui des Artisans qui emploient ou dirigent plusieurs ouvriers, qui ont des ateliers, qui font des entreprises, etc. Le devis du maître maçon. Maître imprimeur. Fig. et fam., Il est passé maître en fourberie, C'est un grand fourbe. Maître chanteur. Voyez CHANTEUR. Maître clerc, Celui qui dans une étude de notaire ou d'avoué est le premier des clercs. On dit plutôt aujourd'hui Premier clerc. Maître d'hôtel, Celui des domestiques qui dirige le service de table. En termes de Marine, Maître d'équipage, ou simplement Maître, Le premier sous-officier de manœuvre, qui a autorité sur toutes les personnes de l'équipage. On dit aussi, dans des sens analogues, Maître canonnier; maître charpentier; etc. En termes de Chasse, Maître d'équipage désigne Celui qui dirige une chasse à courre.

MAÎTRE se joint quelquefois à des adjectifs ou à des noms désignant des défauts, des vices, pour indiquer que ces défauts, ces vices sont portés à leur plus haut degré. Maître sot. Maître coquin. Maître fripon. On dit aussi, dans un sens favorable, Un maître homme, une maîtresse femme, Un homme, une femme entendus, habiles, qui savent se faire obéir, se faire servir.

MAÎTRE se dit aussi de Celui qui possède un grand talent, une supériorité reconnue en quelque matière que ce soit. Les maîtres de l'art. Un maître écrivain. Coup de maître. Un travail fait de main de maître. Il se dit particulièrement, en termes de Beaux-Arts, des Grands peintres, sculpteurs ou musiciens. Les maîtres de l'école française, de l'école vénitienne. Un tableau de maître. Les maîtres italiens, les maîtres flamands. Ce tableau est d'un grand maître. Les petits maîtres se dit des Maîtres qui se sont spécialisés dans les compositions de genre et de dimensions réduites. Les petits maîtres du XVIIIe siècle.

MAÎTRE, en termes de Palais et de Procédure, est aussi un Titre qu'on donne aux avocats, aux avoués, aux notaires, etc. Maître N., n'avez-vous rien de plus à dire pour la défense de l'accusé? Par-devant maître un tel et son confrère, notaires à Paris. Fam., Maître aliboron. Voyez ALIBORON. Fig. et fam., Maître Jacques, Homme qui réunit plusieurs emplois dans une maison, par allusion à L'Avare, comédie de Molière. Il est à la lois cuisinier, valet de chambre, cocher; c'est un maître Jacques. Fam., Petit-maître, Jeune homme qui se fait remarquer par une élégance recherchée dans sa mise et par un ton avantageux avec les femmes. Il fait le petit-maître. Petite-maîtresse, Femme qui est d'une élégance recherchée dans son ton, dans ses manières, dans sa parure, dans son ameublement. Elle a une coquetterie de petite-maîtresse. Des airs, des manières de petite-maîtresse.

MAÎTRE est aussi le Titre des personnes revêtues de certaines charges. Maître des requêtes. Maître des comptes. Maître des cérémonies. Maître de chapelle, Celui qui est chargé de diriger le chant dans une église, et plus particulièrement de former les enfants de chœur.

MAÎTRE était encore un Titre qu'on donnait aux chefs des ordres militaires, des ordres de chevalerie. Grand maître de l'ordre de Malte. Grand maître de l'université, Titre donné, à diverses époques, au chef de l'Université de France.

MAÎTRESSE signifie spécialement Femme ou fille qui vit avec un homme dans un commerce d'amour et de galanterie. C'est sa maîtresse. Il a eu plusieurs maîtresses.

MAÎTRE et MAÎTRESSE se disent aussi adjectivement pour signifier Qui est premier ou principal, en parlant des Choses inanimées qui sont de même nature. Le maître brin d'une plante. La maîtresse poutre. La maîtresse branche. Le maître-autel, L'autel principal dans une église.

Littré (1872-1877)

MAÎTRESSE (mê-trè-s') s. f.
  • 1Celle qui domine, dirige, possède. Les domestiques et leur maîtresse. Fille, femme, mère, maîtresse, reine, telle que nos vœux l'auraient pu faire, Bossuet, Mar.-Thér. Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresse, Racine, Ath. II, 5. Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse, Éprouvez seulement son ardente amitié, Racine, Esth. II, 7. [La femme] La nuit, le jour, veut être, à mon avis, Tant qu'elle peut, la maîtresse au logis, Voltaire, Ce qui plaît, etc.

    Dame et maîtresse, sorte de pléonasme qui se dit quelquefois dans le langage familier. Elle est ici dame et maîtresse.

    Maîtresse de maison, la dame qui, à titre d'épouse, de parente ou autre, dirige une maison. Une maîtresse de maison, attentive à faire ses honneurs, n'aurait pas, en pleine santé, pour des étrangers des soins plus marqués, plus obligeants, plus aimables que ceux que Julie mourante avait pour sa famille, Rousseau, Hél. VI, 11.

    Maîtresse de soi-même, femme qui peut disposer de son sort comme elle veut. Maîtresse de moi-même, il veut bien qu'une fois Je puisse de mon sort disposer à mon choix, Racine, Mithr. V, 2. Libre dans vos bontés, maîtresse de vous-même, Voltaire, Olymp. IV, 4. Quand je serai ma maîtresse, Je ferai comme ma tante, je me lèverai tard aussi, Genlis, Théât. d'éduc. la Bonne mère, I, 1.

    Maîtresse d'elle-même, se dit aussi d'une femme qui se possède. Le roi trouva une grande différence dans l'humeur de Mme de Maintenon [par opposition à Mme de Montespan] ; il trouva une femme toujours modeste, toujours maîtresse d'elle-même, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 88, dans POUGENS.

    Être maîtresse de, être la maîtresse de, disposer à son gré. Je suis peu maîtresse de mon temps, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 28 juill. 1698.

    Absolument. Être la maîtresse, faire ce qu'on veut. Vous me dites que je pleure, et que je suis la maîtresse ; il est vrai, ma fille, que je ne puis m'empêcher de pleurer : mais ne croyez pas que je sois tout à fait la maîtresse de partir, quand je le voudrai, Sévigné, 17 fév. 1672.

    Être maîtresse de, contenir, dominer. La raison ne doit-elle pas être maîtresse de tous nos mouvements ? Molière, le Bourg. gent. II, 4. Une émotion dont je ne suis pas maîtresse, Sévigné, 440. D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse, Racine, Bajaz. I, 4. Votre trouble à Mathan n'a-t-il point trop parlé ? - J'ai fait ce que j'ai pu pour m'en rendre maîtresse, Racine, Athal. III, 6. Ces transports dont votre âme à peine est la maîtresse, Voltaire, Mérope, III, 6.

  • 2Il se dit des armées qui s'emparent. Pendant que le parlement d'Angleterre songe à congédier l'armée, cette armée, toute indépendante, réforme à sa mode le parlement, qui eût gardé quelques mesures, et se rend maîtresse de tout, Bossuet, Reine d'Anglet. Ses armées, maîtresses de Naples au nom de l'archiduc son frère, et maîtresses, en son propre nom, du Bolonais, du Ferrarais, d'une partie de la Romagne, menaçaient Rome, Voltaire, Ann Emp. de l'Allem. sous Joseph 1er et Charles VI.

    Fig. Il n'aura point une multitude de femmes qui se rendent maîtresses de son esprit, ni une quantité immense d'or et d'argent, Sacy, Bible, Deutéron. XVII, 17. De ses derniers soupirs [de Claude mourant] je me rendis maîtresse, Racine, Brit. IV, 2.

  • 3 Fig. Il se dit de choses qu'on personnifie. Et forçant sa vertu d'être encor la maîtresse, Corneille, Pomp. III, 1. La rébellion longtemps retenue, à la fin tout à fait maîtresse, Bossuet, Reine d'Anglet. Le valeureux comte de Fontaines, qu'on voyait [à Rocroy] porté dans sa chaise, et, malgré ses infirmités, montrer qu'une âme guerrière est maîtresse du corps qu'elle anime, Bossuet, Louis de Bourbon. Ce n'est pas un défaut que d'avoir le cerveau propre pour imaginer fortement les choses et recevoir des images très distinctes et très vives des objets les moins considérables, pourvu que l'âme demeure toujours la maîtresse de l'imagination, Malebranche, Rech. vér. III, II, 1. Bientôt ils [les flatteurs] vous diront que les plus saintes lois, Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois, Racine, Ath. IV, 3. Déjà de tout le camp la discorde maîtresse Avait sur tous les yeux mis son bandeau fatal, Racine, Iphig. V, 6.
  • 4Celle qui possède un pays à titre souverain. Vous vîtes ces maîtresses du monde [Anne et Marie-Thérèse] vivre parmi vous [religieuses du Val-de-Grâce] comme vous qui l'avez quitté, Fléchier, Mar.-Thér. Je songe quelle était autrefois cette ville [Troie], Si superbe en remparts, en héros si fertile, Maîtresse de l'Asie…, Racine, Andr. I, 2. Mais Rome veut un maître et non une maîtresse, Racine, Brit. IV, 2. Maîtresse d'un État plus vaste que les siens [de Ninus], J'ai rangé sous vos lois vingt peuples de l'aurore, Qu'au siècle de Bélus on ignorait encore, Voltaire, Sémir. III, 6.

    La reine ma maîtresse, l'impératrice ma maîtresse, expressions qu'emploient les ambassadeurs et autres agents politiques en parlant de leur souveraine.

    La maîtresse du monde, de la terre, des nations, Rome. Et Rome est aujourd'hui la maîtresse du monde, Corneille, Nicom. III, 2. Rome, toujours faible, toujours dans l'anarchie, esclave quelquefois des Allemands, et en proie à tous les fléaux, continua d'être la maîtresse des nations, Voltaire, Mœurs, 41. Rome, dont le destin, dans la paix, dans la guerre, Est d'être en tous les temps maîtresse de la terre, Voltaire, Henr. IV. Encor quelques moments, un dieu qui vous seconde Va mettre entre vos mains la maîtresse du monde, Voltaire, Rom. sauv. II, 6. Rome, reine des rois, reine en héros féconde, La terreur, la maîtresse et l'exemple du monde, Delille, Énéide, VI.

    Dans le style biblique, la maîtresse des nations, Jérusalem. La maîtresse des nations est devenue comme veuve, la reine des provinces a été assujettie au tribut, Sacy, Bible, Jérémie, Lament. I, 1.

  • 5Fille ou femme recherchée en mariage, ou, simplement, aimée de quelqu'un, ainsi dite de l'empire qu'elle exerce sur l'homme qui l'aime. Ils semblent, comme moi, servir une maîtresse, Corneille, Cinna, I, 3. M'en croyez-vous, seigneur ? ne la revoyez point ; Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses, Vous trouverez à Rome assez d'autres maîtresses, Et dans ce haut degré de puissance et d'honneur Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur, Corneille, Poly. II, 1. Qui trahit sa maîtresse aisément fait connaître Que sans aucun scrupule il trahirait son maître, Corneille, Perthar. IV, 2. Plus on aime une maîtresse, plus on est près de la haïr, La Rochefoucauld, Max. 111. Quoique les maux se succèdent ainsi les uns aux autres [dans l'amour], on ne laisse pas de souhaiter la présence de sa maîtresse par l'espérance de moins souffrir ; cependant, quand on la voit, on croit souffrir plus qu'auparavant, Pascal, Amour. J'ignore ce grand art qui gagne une maîtresse, Boileau, Sat. I. Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse [des sultans], Ils daignent quelquefois choisir une maîtresse, Racine, Baj. I, 3. Elle aura le pouvoir d'épouse et de maîtresse, Racine, Brit. III, 4. Rome l'alla chercher [Cléopâtre] jusques à ses genoux [d'Antoine], Et ne désarma point sa fureur vengeresse Qu'elle n'eût accablé l'amant et sa maîtresse, Racine, Bérén. II, 2. Rien n'encourage plus aux actions vertueuses, que d'avoir pour témoin et pour juge de sa conduite une maîtresse dont on vent mériter l'estime, Voltaire, Babouc. Vous vieillirez, Ô ma belle maîtresse, Vous vieillirez, et je ne serai plus, Béranger, Bonne vieille. J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ? Musset, Chanson.

    Faire une maîtresse, faire maîtresse, prendre une maîtresse. Si l'on me dédaigne, je laisse La cruelle avec son dédain, Sans que j'attende au lendemain De faire nouvelle maîtresse, D'Urfé, Astrée, I, 1. …Et déjà vous avez fait maîtresse ? - Dorante : Si je n'en avais fait, j'aurais bien peu d'adresse, Moi qui depuis un mois suis ici de retour, Corneille, Ment. I, 5.

  • 6Femme ou fille qui vit avec un homme dans un commerce de galanterie. Elle avait envie d'être la maîtresse du roi, elle l'est, Sévigné, 216. La duchesse de Valentinois ne pouvait pardonner à Mme d'Étampes de lui avoir ôté le titre de maîtresse du roi, La Fayette, Princesse de Clèves, Œuv. compl. t. II, p. 43, dans POUGENS. On lui reprochait [à Henri IV, empereur d'Allemagne] publiquement d'avoir des maîtresses, Voltaire, Mœurs, 46. Il fallait une maîtresse [à Louis XV] : le choix tomba sur Mlle Poisson [Mme de Pompadour], fille d'une femme entretenue et d'un paysan de la Ferté-sous-Jouarre qui avait amassé quelque chose à vendre du blé aux entrepreneurs des vivres, Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr. Dans un État purement monarchique tel que la France, une maîtresse avare ou dissipatrice ruine le peuple, Diderot, Claude et Nér. I 47. Je possède jeune maîtresse Qui va courir bien des dangers, Béranger, Ma dern. chanson. J'avais vingt ans, une folle maîtresse, Béranger, Grenier.

    Maîtresse déclarée, nom qu'on donnait sous l'ancienne monarchie à la femme qui portait publiquement le titre de maîtresse du roi. Mme de la Vallière fut la première maîtresse déclarée, et il [Louis XIV] la fit duchesse de Vaujour, Duclos, Règne de Louis XIV, Œuv. t. V, p. 178. Le roi sans doute aura des maîtresses ; mais il n'y en aura plus de déclarées, Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 191, dans POUGENS.

    Fig. Épouser sa maîtresse, devenir possesseur d'une chose, et, par la possession même, s'en dégoûter. J'aimerais mieux y demeurer par choix que d'y être forcée ; vous savez ce que dit l'abbé d'Effiat ; il a épousé sa maîtresse ; il aimait Véret quand il n'était pas obligé d'y demeurer ; il ne peut plus y durer, parce qu'il n'ose en sortir, Sévigné, 4 août 1677.

  • 7Celle qui enseigne. Une maîtresse de piano, de chant. Une maîtresse de langue. Je voudrais que vous sussiez que la maîtresse des novices est la plus importante charge de la maison, et, en un sens, plus que la supérieure, Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 20 juin 1708. Les enfants voient fort bien les vices ou les vertus de leurs maîtresses ; il faut parler à une fille de sept ans aussi sensément qu'à une de vingt, Maintenon, ib. 9 avril 1713.

    Fig. Imagination, c'est cette partie décevante dans l'homme, cette maîtresse d'erreurs et de fausseté…, Pascal, Pens. III, 3, éd. HAVET. Ce qu'une judicieuse prévoyance n'a pu mettre dans l'esprit des hommes, une maîtresse plus impérieuse, je veux dire l'expérience, les a forcés de le croire, Bossuet, Reine d'Anglet. L'oisiveté est la maîtresse de tous les crimes, Bourdaloue, Dim. de la Séptuagés. Dominic. t. I, p. 356.

    Maîtresse de pension, dame qui est à la tête d'un pensionnat de jeunes filles.

    Maîtresse d'école, femme qui enseigne dans une école les éléments aux petites filles.

  • 8Maîtresse se joint à des qualifications injurieuses pour les renforcer. Une maîtresse coquine.

    Il se joint aussi à des qualifications indifférentes ou louables, également pour les renforcer. Un beau matin, sa femme, qui était une maîtresse commère, entre dans son cabinet, Saint-Simon, 154, 5.

    Une maîtresse femme, une femme capable, habile, résolue. Elle parla avec tant de force qu'une nouvelle servante, qui l'entendait, l'interrompit en s'écriant : Pardi, voilà encore une maîtresse femme, Genlis, Mme de Maintenon, t. II, p. 273, dans POUGENS.

    Il se dit, dans un sens analogue, des choses inanimées, et signifie principal. Cet heureux poëme n'a extraordinairement réussi que parce qu'on y voit les deux maîtresses conditions (permettez-moi cette épithète) que demande ce grand maître [Aristote] aux excellentes tragédies, Corneille, Cid, Avert. Soit que l'âme ait le cerveau entier immédiatement sous sa puissance, soit qu'elle y ait quelque maîtresse pièce par où elle contienne les autres parties, comme un pilote conduit tout le vaisseau par le gouvernail, Bossuet, Conn. III, 15. La capacité principale et la qualité maîtresse du président était pour les négociations, Sainte-Beuve, Causeries, 15 mai 1854.

    Maîtresse pièce, la principale pièce d'un ouvrage quelconque.

    Terme de marine. Maîtresse varangue, celle qui répond au maître couple.

    Maîtresse ancre, la plus grosse ancre d'un bâtiment.

    Maîtresse levée, la section verticale passant par l'axe ou le milieu de la largeur des branches du maître couple.

    Maîtresses garcettes, les deux garcettes centrales d'une bande de ris, etc.

    Terme de pêche. Maîtresse corde, la plus grosse des cordes dont on se sert pour le genre de pêche appelé pêche aux cordes.

  • 9Petite-maîtresse, femme qui est d'une élégance recherchée dans son ton, dans ses manières, dans sa parure, et qui a un air avantageux. La coquetterie fait les plus extravagantes petites-maîtresses, Rousseau, Ém. V. Mme de Bose aurait été sa fille ; elle était brillante et petite-maîtresse, Rousseau, Confess. VII.

HISTORIQUE

XIIIe s. [Il] A respondu : dame prestresse, Jà fustes vous sa maïstresse, Lai d'Ignaurès.

XVe s. Celle maistresse [gouvernante] estoit vieille dame, si sçavoit assez de charmes et d'enchantemens. Lancelot du lac, t. II, f° 30. La dame en sa maistresse chambre, gisante sur une couchette, ib. t. I, f° 30.

XVIe s. Ame maistresse de ses passions, Montaigne, I, 83. Lui presentant Bradamante ou Angelique pour maistresse à jouir, Montaigne, I, 176. Brantôme, citant ces mots de J. de Saintré : sa dame et amoureuse, ajoute : Car de ce temps ce mot de maistresse ne s'usoit, Dames galantes, t. II, p. 221, dans LACURNE. Vous qui, pipez d'amour, d'erreur et de jeunesse, Adorez vainement une folle maistresse, Desportes, Élég. I, 19.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MAÎTRESSE. - REM. Ce passage de Molière montre bien l'emploi ordinaire, dans le XVIIe siècle, de maîtresse au sens de femme qu'on recherche en mariage. [Harpagon dit à sa fille en lui parlant de Marianne, qu'il veut épouser : ] Pour vous, ma fille,… préparez-vous à bien recevoir ma maîtresse qui vous doit venir visiter, Molière, l'Avare, III, 3.

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Étymologie de « maîtresse »

Dérivé de maître ; bourguig. moitresse ; provenç. majestra, magestra, maistra ; espagn. maestra ; portug. mestra ; ital. maestra. Au XIIe siècle on trouve maistriere dans le sens de femme avec qui on a commerce d'amour : S'uns gentils hom fist de moi sa maistriere, Raoul de C. 54.

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(XIVe siècle) Du latin magister, ancien français maistresse. Dérivé de maître avec le suffixe -esse.
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Phonétique du mot « maîtresse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
maîtresse maitrɛs

Citations contenant le mot « maîtresse »

  • L'usage, en Occident, est d'avoir une seule femme et un petit nombre de maîtresses. De Saki
  • L'homme bien élevé vit chez sa maîtresse et meurt chez sa femme. De Henry Becque
  • Les circonstances sont les maîtresses des faibles et les outils des sages. De Samuel Lover
  • L'épithète doit être la maîtresse du substantif, jamais sa femme légitime. De Alphonse Daudet
  • Les Français sont jaloux de leurs maîtresses, et jamais de leurs femmes. De Giacomo Casanova / Mémoires
  • Prendre une maîtresse quand on est marié, c'est d'avoir une résidence secondaire. De André Birabeau
  • La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières, comme la maîtresse la plus exigeante. De Eugène Delacroix
  • Il est assez facile de trouver une maîtresse, et bien aisé de conserver un ami ; ce qui est difficile, c'est de trouver un ami et de conserver une maîtresse. De Duc de Lévis / Réflexions sur l'amour et l'amitié
  • Une excellente maîtresse, c'est une épouse manquée... Mais une bonne épouse n'est qu'une maîtresse ratée ! De Henri Jeanson / Amis comme avant
  • La pauvreté est une maîtresse dispendieuse. De Paul Michaud / Quelques arpents de neige
  • Une maîtresse est reine, une femme est esclave. De Proverbe portugais
  • La nécessité est maîtresse et tutrice de la nature. De Léonard de Vinci
  • La sorcellerie est la maîtresse de l'apparence. De Marie-Madeleine Davy / Le Désert intérieur
  • Une maîtresse est aussi embarrassante qu'une femme, quand on n’en a qu'une. De Alfred Capus
  • Hugues Aufray : à 90 ans, il démarre une nouvelle vie avec sa maîtresse ! Public.fr, Hugues Aufray : à 90 ans, il démarre une nouvelle vie avec sa maîtresse !
  • C’est l’histoire d’un chat un peu crédule qui vole au secours de sa maîtresse. Wamiz, Ce chat « sauve » sa maîtresse d’une araignée pas comme les autres (Vidéo) - Vidéos - Wamiz
  • Devant les sept élèves (sur 20), première surprise. «  Les enfants étaient heureux d’être là ! Ce n’était même pas le fait de retrouver les copains. C’était retrouver l’école, la vie normale. C’est super d’être en vacances, mais c’était anormal pour eux, de ne pas être à l’école alors qu’on devrait y être. C’est un peu comme nous avec le boulot. » Aussi, malgré leurs 8 ou 9 printemps, ils étaient bien au fait du virus qui perturbait leur quotidien. « On a fait plusieurs visios avec leur maîtresse. Ils ont pu lui montré leurs travaux en arts plastiques. » ladepeche.fr, À Lacapelle-Biron, bénévolement, il a remplacé la maîtresse après le déconfinement - ladepeche.fr
  • En effet, la maîtresse Fabienne Dufraysse venait d’achever sa dernière journée d’enseignement dans l’école où elle enseignait en classe de maternelle petite et moyenne sections. , Lot. Le Montat dit au revoir à la maîtresse Fabienne | Actu Lot
  • Les enfants de la classe unique étaient partagés entre joie et tristesse en ce dernier jour d’école. Joie de partir pour deux mois de vacances, mais tristesse de ne pas retrouver leur maîtresse pour la prochaine rentrée. Hélène Claus, en effet, après avoir occupé le poste pendant onze années, est mutée à Volmunster. « Je garderai le souvenir d’une ambiance de classe exceptionnelle et je regretterai le dernier jour de classe où nous allions tous nous baigner à l’étang », a-t-elle confié, tout sourire. , Education | Au revoir maîtresse Hélène

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Traductions du mot « maîtresse »

Langue Traduction
Anglais mistress
Espagnol amante
Italien padrona
Allemand herrin
Chinois 情妇
Arabe عشيقة
Portugais amante
Russe госпожа
Japonais 愛人
Basque andrea
Corse amante
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Synonymes de « maîtresse »

Source : synonymes de maîtresse sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « maîtresse »

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