Serviteur : définition de serviteur


Serviteur : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SERVITEUR, subst. masc.

A. −
1. Celui qui a des devoirs, des obligations envers un souverain, un État, une collectivité, qui est à leur service. Dautry, avec une largeur de vues caractéristique de ce grand serviteur de l'État, comprend l'importance du problème et donne à Joliot des facilités exceptionnelles: crédits illimités, possibilité de rappeler des armées tout collaborateur qui lui serait nécessaire (Goldschmidt,Avent. atom., 1962, p. 28):
− Son Excellence peut compter sur moi, s'écria le préfet. J'ai déjà mes hommes; il y a un pharmacien à Péronne, un marchand de drap et un fabricant de papier à Doullens; quant aux avocats, ils ne manquent pas, c'est une peste... Oh! j'assure à Son Excellence que je trouverai les douze... Je suis un vieux serviteur de l'Empire. Zola,E. Rougon, 1876, p. 243.
Serviteur de Dieu. Celui qui a voué sa vie au service de Dieu (prêtre, religieux, etc.). Serviteur de Yahvé; serviteur inutile; serviteur vigilant. Ainsi escortés, nous arrivâmes jusqu'au pied d'une grande croix, qui se trouvoit sur le chemin. C'étoit là que le serviteur de Dieu avoit accoutumé de célébrer les mystères de sa religion (Chateaubr.,Génie, t. 2, 1803, p. 230).Je ne suis, en effet, qu'un humble serviteur de Dieu, bien infirme, bien privé peut-être de lumières propres, bien indigne peut-être. Mais, le service que je fais, je le fais selon ma conscience, et je le fais d'une force inébranlable, parce que c'est l'unique vérité que je sers (Montherl.,Port-Royal, 1954, p. 1043).
Serviteur des serviteurs (de Dieu). [Formule appliquée aux Papes] Allez à Rome, vous y verrez son vicaire, le serviteur des serviteurs de Dieu, et il vous fera baiser sa pantoufle (L. Ménard,Rêv. païen, 1876, p. 49).Le Frère Mineur: C'est du Pape en effet qu'il est écrit qu'il est le Serviteur des serviteurs. Le Pape Pie: Telle est la place qui est par excellence la Nôtre, la plus basse entre tous les hommes (Claudel,Père humil., 1920, ii, 1, p. 517).
Serviteur de la loi. Magistrat. Le Juge: Je suis le serviteur de la loi, je ne puis t'accueillir ici. Diego: Tu servais l'ancienne loi. Tu n'as rien à faire avec la nouvelle. Le Juge: Je ne sers pas la loi pour ce qu'elle dit, mais parce qu'elle est la loi (Camus,État de siège, 1948, 2epart., p. 251).
P. anal. Le serviteur d'une dame. Son chevalier servant. − Qui êtes-vous donc, vous? − Juan Moreno, ancien lieutenant aux chasseurs de Ségovie, aujourd'hui cornette aux dragons d'Imérétie, grand serviteur des dames, mais assez entêté (Gobineau,Nouv. asiat., 1876, p. 66).
2. Celui qui engage toute son activité, son énergie, sa passion au service d'un idéal, d'une noble cause, d'une œuvre, etc. Les idées ne sont rien que des faits généralisés. Si elles sont justes, les événements sont tenus de s'y adapter, et le serviteur de l'idée devient ainsi − quel qu'il soit − un serviteur de l'humanité elle-même (Clemenceau,Vers réparation, 1899, p. 535).
B. − Vieilli. Employé attaché à la personne ou à la maison de son employeur. Synon. domestique.Le premier soin de Raphaël, en recueillant l'immense succession de son oncle, avait été de découvrir où vivait le vieux serviteur dévoué sur l'affection duquel il pouvait compter (Balzac,Peau chagr., 1831, p. 198).Le suicide est la forme de mort qui, plus que tout autre, donne à l'entourage le sentiment de culpabilité. Et tout le monde dans l'hôtel, maîtres et serviteurs, avait un air coupable. Même les enfants se demandaient si leur jeu de l'autre jour n'avait pas attiré la punition du Bon Dieu (Druon,Gdes fam., t. 2, 1948, p. 122).
P. anal. ou avec une nuance péj. Celui qui a l'esprit servile ou qui n'appartient pas à la classe dominante. La haine de l'université contre Jeanne d'Arc est la même qui avait associé les docteurs aux bouchers, les intellectuels aux cabochiens. L'odieux du procès et de la condamnation doit équitablement se partager entre les Anglais et leurs serviteurs français, du parti bourguignon, le parti de l'Angleterre, le parti de l'étranger (Bainville,Hist. Fr., t. 1, 1924, p. 122).Dans un monde brutalement divisé en maîtres et en serviteurs, il faut enfin avouer publiquement une alliance longtemps cachée avec les maîtres, ou proclamer le ralliement au parti des serviteurs. Aucune place n'est laissée à l'impartialité des clercs (Nizan,Chiens garde, 1932, p. 239).
P. métaph. Dumas fils disait: « L'argent est un bon serviteur et un mauvais maître ». Ne pas se subordonner à l'argent. Il est magnifique de l'avoir et d'en user; il est détestable de vivre pour l'avoir (Barrès,Cahiers, t. 11, 1917, p. 308).
C. − Vx. [Dans des formules de politesse ou pour prendre congé] J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur. Ma femme, Monsieur, me charge de vous dire de sa part mille choses obligeantes (Courier,Lettres Fr. et Ital., 1821, p. 901).Vos trois hôtes vous renouvellent leurs remerciements et vous prient de faire accepter leurs hommages à Mmede La Morvonnais. Votre dévoué serviteur et ami respectueux (M. de Guérin,Corresp., 1833, p. 98).
Serviteur! [Interjection exprimant un départ précipité] Quand on fut sorti de la charmille, Bouvard, pour étonner son monde avec l'écho, cria de toutes ses forces: − « Serviteur! Mesdames! » Rien! Pas d'écho (Flaub.,Bouvard, t. 1, 1880, p. 51).Oui! Je comprends, Colonel. Je comprends tout, j'arrangerai. Pas la peine d'expliquer. Je suis maître de la situation. Serviteur! Il raccroche (Ghelderode,Pantagleize, 1934, ii, 5etabl., p. 94).
Vx. Faire un serviteur (à qqn). Faire la révérence. Les enfants mêmes, sur le trottoir, autrefois dressés à lui faire « un beau serviteur », se sauvèrent d'elle (Goncourt,G. Lacerteux, 1864, p. 99).
Prononc. et Orth.: [sε ʀvitœ:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1050 servitor « celui qui sert Dieu » (Alexis, éd. Chr. Storey, 169); 2. gén. 1155 servitur « celui qui est au service de qqn » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 10458); 3. 1564 formule de politesse (à la fin des lettres) votre tres humble et tres obéissant serviteur (Thierry d'apr. FEW t. 11, p. 547a); 1608-13 formule de civilité (Régnier, Sat., III ds Littré); 4. 1680 (Rich.: Serviteur. Ce mot se dit en parlant à de petis enfans et veut dire révérence [Faites serviteur à Monsieur, C'est à dire, baisez la main et faites lui la révérance]); faites serviteur qualifié de « vieille loc. » dep. Lar. 19e. Empr. au b. lat. des inscriptionsservitor, -oris « serviteur de Dieu », « fidèle serviteur d'un saint; desservant d'une église », et « servant (à table dans un monastère) » ca 530 ds Blaise Lat. chrét., formé sur le supin servitum de servire, v. servir. Fréq. abs. littér.: 2 626. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 446, b) 4 120; xxes.: a) 3 357, b) 2 293. Bbg. Richard (W.) 1959, p. 116, 118, 120. − Vardar Soc. pol. 1973 [1970], p. 306.

Serviteur : définition du Wiktionnaire

Nom commun

serviteur \sɛʁ.vi.tœʁ\ masculin

  1. Celui qui est au service d’une personne ou d’une collectivité.
    • Un fidèle serviteur de l’État. — Ce roi sut récompenser ses zélés serviteurs.
    • Un grand serviteur de Dieu, est un homme d’une grande piété, d’une grande charité, uniquement occupé de la prière et des bonnes œuvres.
  2. (En particulier) Pour parler d'un domestique. Ne s’emploie guère, dans le style ordinaire, qu’avec une épithète, ou dans certaines locutions.
    • Et ces costumes, ils se trouvaient étendus dans les séchoirs, numérotés par habilleuses, car on leur donnait aussi des serviteurs pour s’en vêtir ! — (Jean Valmy-Baysse, La curieuse aventure des boulevards extérieurs, Éditions Albin-Michel, 1950, p.179)
    • Devoirs des serviteurs envers leurs maîtres.
    • Maîtres et serviteurs, tous mangeaient à la même table.
    • Le témoin devra déclarer s’il est parent, allié ou serviteur de l’une des parties. Note : on se sert plus communément du mot Domestique mais, en termes de l’Écriture et aussi dans le style soutenu, on emploie toujours le mot Serviteur.
    • Heureux le serviteur que son maître trouvera veillant!
  3. Celui qui se dévoue avec attachement.
    • Du Paty l’a compris et, connaissant par expérience l’implacabilité du criminel aux abois, il se voit abandonné sans recours à toutes les puissances du mal dont il fut le serviteur, […]. — (Georges Clemenceau, Au Cherche-Midi dans L’Aurore, 3 juin 1899 - En réunion dans Justice militaire, Stock, 1901, p.98)
    • J’ai toujours été serviteur de votre père, de votre famille.
    • Je suis votre ami et votre serviteur.
  4. Formule de politesse dont on se servait pour finir les lettres et qui est aujourd’hui peu usitée.
    • Votre serviteur,
    • Votre très humble et très obéissant serviteur,
  5. formule de politesse dont on se servait en saluant quelqu’un.
    • Je suis votre serviteur ou, elliptiquement,
    • Votre serviteur,
  6. (Ironique) (Familier) Je suis votre serviteur, je suis son serviteur se dit à quelqu’un ou de quelqu’un pour marquer que l'on refuse ce qu’il demande ou ce qu’il propose, ou que l’on n’est point du même avis.
    • Vous me demandez telle chose, je suis votre serviteur.
    • On peut aussi l'exprimer de manière elliptique :
      • Serviteur, Je n’en veux rien faire, je n’en ferai rien.
      • Il réclame des excuses ?
        Serviteur !
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Serviteur : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SERVITEUR. n. m.
Celui qui est au service d'une personne ou d'une collectivité. Un fidèle serviteur de l'État. Ce roi sut récompenser ses zélés serviteurs. C'est un grand serviteur de Dieu, C'est un homme d'une grande piété, d'une grande charité, uniquement occupé de la prière et des bonnes œuvres.

SERVITEUR se dit particulièrement des Domestiques et ne s'emploie guère, dans le style ordinaire, qu'avec une épithète, ou dans certaines locutions. Bon serviteur. Fidèle serviteur. Les vieux serviteurs. Devoirs des serviteurs envers leurs maîtres. Maîtres et serviteurs, tous mangeaient à la même table. Le témoin devra déclarer s'il est parent, allié ou serviteur de l'une des parties. On se sert plus communément du mot Domestique; mais, en termes de l'Écriture et aussi dans le style soutenu, on emploie toujours le mot Serviteur. Heureux le serviteur que son maître trouvera veillant! Il s'emploie encore, en termes de Civilité, pour marquer l'attachement, le dévouement. J'ai toujours été serviteur de votre père, de votre famille. Je suis votre ami et votre serviteur. Votre serviteur, votre très humble et très obéissant serviteur, Formule de politesse dont on se servait pour finir les lettres et qui est aujourd'hui peu usitée. Je suis votre serviteur ou, elliptiquement, Votre serviteur et Serviteur, Formule de civilité dont on se servait en saluant quelqu'un et qui est également peu usitée aujourd'hui. Ironiquement et fam., Je suis votre serviteur, je suis son serviteur se dit à quelqu'un ou de quelqu'un pour marquer qu'on refuse ce qu'il demande ou ce qu'il propose, ou que l'on n'est point du même avis. Vous me demandez telle chose, je suis votre serviteur. On dit aussi, elliptiquement : Serviteur, Je n'en veux rien faire, je n'en ferai rien. Il réclame des excuses? Serviteur!

Serviteur : définition du Littré (1872-1877)

SERVITEUR (sèr-vi-teur) s. m.
  • 1Celui qui est au service, aux gages d'autrui. Je dois vous avertir, en serviteur fidèle, Qu'en sa faveur déjà la ville se rebelle, Corneille, Poly. III, 5. Et j'ai des serviteurs et ne suis point servi, Molière, Femm. sav. II, 7. Tel est le conseil de Dieu, et la sage économie que ce grand père de famille a établie dans sa maison : il a voulu avoir des serviteurs vigilants et perpétuellement attentifs, Bossuet, Sermons, Nécessité pressante de s'éveiller, 2. N'oublions jamais que le serviteur peut valoir mieux que son maître, Diderot, Claude et Nér. II, 67.

    Dans le langage biblique, au lieu de domestique, on dit toujours serviteur. Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte de respect, Sacy, Bible, St Pierre, 1re épît. II, 18.

  • 2 Fig. Il se dit de ceux qui rendent des services à l'État, au prince. Comme ils [les rois] n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs ; Et tombent avec eux d'une chute commune Tous ceux que la fortune Faisait leurs serviteurs, Malherbe, I, 3. La reine croyait assurer au roi des serviteurs, en conservant à Dieu des fidèles, Bossuet, Reine d'Anglet. M. de Montausier racontait que ses pères avaient toujours été fidèles serviteurs des rois leurs maîtres, mais qu'ils n'avaient pas été leurs flatteurs, Fléchier, Duc de Mont.

    Serviteur de l'État, homme zélé et fidèle dans ce qui regarde le service de l'État.

  • 3Il se dit de ceux qui servent Dieu. Josué, fils de Nun, serviteur du Seigneur, mourut âgé de cent dix ans, Sacy, Bible, juges, XI, 8. C'est moi qui ai fait la terre avec les hommes et les animaux… et maintenant j'ai voulu soumettre ces terres à Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur ; il l'appelle son serviteur, quoique infidèle, à cause qu'il l'a nommé pour exécuter ses décrets, Bossuet, Reine d'Anglet. Nous pouvons dire que nous voyons en Louis, non un roi, mais un serviteur de Jésus-Christ, Bossuet, Mar.-Thér. Quoi qu'en pense le monde, Dieu ne manque point encore de vrais serviteurs, Bourdaloue, 7e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 79.

    C'est un grand serviteur de Dieu, c'est un homme d'une grande piété.

    Serviteur des serviteurs de Dieu, qualification que le pape se donne dans ses bulles.

  • 4 En termes de civilité, attaché à, disposé à rendre service. Pardieu, monsieur, je vous suis serviteur, Régnier, Sat. III. Toute votre maison m'a toujours été chère ; Et j'étais serviteur de monsieur votre père, Molière, Tart. V, 4. Vous savez combien je suis de ses serviteurs, Bossuet, Lett. quiét. 428.

    Votre serviteur, se dit pour se désigner soi-même sans se nommer par son nom. Point du tout, on vous chasse et votre serviteur, Gresset, le Méch. II, 1. Quoi ! m'écriai-je encore, c'est donc vous qui êtes le mari qu'on me propose, monsieur ? C'est justement votre serviteur, me dit-il, Marivaux, Marianne, 6e part.

    Je suis votre serviteur, ou, elliptiquement, votre serviteur, et quelquefois, simplement, serviteur, formule de politesse dont on se sert en saluant quelqu'un. Votre serviteur Gille, Cousin et gendre de Bertrand, Singe du pape en son vivant, La Fontaine, Fabl. IX, 3. Après s'être bien dit serviteur, moi le vôtre, Boursault, Fables d'Ésope, II, 6. …Si l'on ne voulait vous souffrir ni vous voir, On vous dirait : monsieur, serviteur et bon soir, Baron, le Jaloux, III, 12. Quel honneur ! quel bonheur ! Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur, Béranger, Sénateur.

    Votre serviteur, votre très humble et très obéissant serviteur, formules de politesse pour finir les lettres.

    Ironiquement et familièrement : je suis votre serviteur, je suis son serviteur, ou, elliptiquement, serviteur, se dit à quelqu'un ou de quelqu'un quand on n'est pas de son avis, quand on refuse ce qu'il propose, ce qu'il demande. Serviteur, c'est un fourbe, je le connais et je ne m'y fie point. Serviteur au portier, Dit-il, et de courir, La Fontaine, Fabl. IX, 10. Je louerai, si l'on veut, son train et sa dépense, Son adresse à cheval, aux armes, à la danse : Mais pour louer ses vers, je suis son serviteur, Molière, Mis. IV, 1. Valère : Si je ne vous croyais l'âme trop occupée, J'irais parfois chez vous passer l'après-soupée. - Sganarelle : Serviteur, Molière, Éc. des mar. I, 5. Si elles [les nièces de Voltaire] se marient à des bourgeois de Paris, serviteur très humble, elles sont perdues pour moi, Voltaire, Lett. Thiriot, 21 déc. 1737. Du grand Napoléon je suis l'admirateur ; S'il me croit son sujet, je suis son serviteur, Guichard, Épigr. contre Napoléon.

    Familièrement. Serviteur à, se dit pour signifier qu'il n'y a plus moyen de faire telle ou telle chose. Voilà l'hiver, serviteur à la promenade. J'ai la goutte, serviteur aux bons dîners. Avec une femme on a des enfants, c'est la coutume ; auquel cas, serviteur au collatéral, Marivaux, Fauss. confid. I, 3.

    Populairement. Faites serviteur à monsieur, à madame, se dit aux petits enfants à qui l'on dit de faire la révérence. Il [le bourgeois] fit venir son fils, qui était un petit garçon de sept ans : Jeannot, faites serviteur, lui dit-il, Caillières, Bon et mauv. usage, Convers. 1re.

  • 5Celui qui courtise une femme. Des hommes comme vous ne sont que des conteurs ; Vraiment, c'est bien à moi d'avoir des serviteurs, Corneille, Gal. du Palais, IV, 10. On devient grandelette, Puis grande tout à fait, et puis le serviteur, La Fontaine, Coupe. J'ai perdu tout mon bonheur ; J'ai perdu mon serviteur, Rousseau, Devin du vill. sc. 1.

SYNONYME

SERVITEUR, DOMESTIQUE. Ces deux mots sont synonymes pour le sens, et ne varient que pour l'emploi. Dans le style et le parler ordinaire on dit domestique et non pas serviteur : Mon domestique vous portera ma lettre ; j'ai un nouveau domestique, etc. Mais, hors de l'usage de la conversation et du style semblable à la conversation, on peut, si l'on veut, dire serviteur au lieu de domestique : Un fidèle serviteur ; le maître et ses serviteurs, etc.

HISTORIQUE

XIe s. Deus fist l'imagine, pur sue amur, parler Al servitor ki serveit à l'alter [autel], Saint Alexis, XXXIV.

XIIe s. Mais nus clerc [nous clercs], qui en sumes ministre e servitur [de la maison de Dieu], Th. le mart. 147.

XIIIe s. Bien doi dire mon consire [avis], Dont sui pensaire ; Car servire et jausire [celui qui jouit] Sui et amaire, Ms. de poés. franç. avant 1300, t. II, p. 901, dans LACURNE. Où sont li riche servitour Ki me servoient nuit et jor ? Gui de Cambrai, Barb. et Jos. p. 263.

XIVe s. S'elles [femmes qui quittent leur pays pour entrer en service] fussent sans tache, elles fussent maistresses et non serviteresses, Ménagier, II, 3.

XVe s. Gouvernement fut en une maison, Où serviteurs ot en grande abondance, Deschamps, Admin. de l'hostel du prince. Quant ilz furent trestous dedans entrez, ils regarderent combien ilz povoient bien avoir perdu de lours gens, si trouverent qu'il leur en failloit bien encores cent chevaliers, sans les serviteurs, Lancelot du lac, t. III, f° 141, dans LACURNE. Estoit capitaine dudit chasteau pour les Anglois Reynaud de St-Jean, escuyer gascon et serviteur du Captal de Buch, J. Chartier, Hist. de Charles VII, p. 222, dans LACURNE.

XVIe s. Que les serviteurs se rendent serviables à leurs maistres, et diligens à leur complaire, Calvin, Instit. 307. En ceste nuict le dieu d'amours resveille Ses serviteurs…, Marot, I, 353. Estant touts deux serviteurs [poursuivants] de la sœur du sieur de Foungueselles, Montaigne, I, 253. Parler tousjours d'un langage maestral à ses serviteurs, Montaigne, III, 278. Amoureux qu'on appelle maintenant serviteurs, H. Estienne, Apol. d'Hérod. p. 64, dans LACURNE. Bon maistre, bon serviteur, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 102. À peine sera bon maistre qui n'a esté serviteur, Leroux de Lincy, ib. p. 229. Sans la resistance que luy fit à la porte de Bussy un qui luy est aujourd'huy serviteur, il nous eust pris, Sat. Mén. édit. LABITTE, p. 181.

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Serviteur : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SERVITEUR, s. m. (Morale.) Les noms de maîtres & de serviteurs sont aussi anciens que l’histoire, & ne sont donnés qu’à ceux qui sont de condition & de fortune différente ; car un homme libre se rend serviteur d’un autre, en lui vendant pour un certain tems son service, moyennant un certain salaire. Or, quoique cela le mette communément dans la famille de son maître, & l’oblige à se soumettre à sa discipline & aux occupations de sa maison, il ne donne pourtant de pouvoir au maître sur son serviteur que pendant le tems qui est marqué dans le contrat ou le traité fait entr’eux. Les serviteurs mêmes, que nous appellons esclaves, ne sont soumis à la domination absolue & au pouvoir arbitraire de leurs maîtres que par infraction de toutes les lois de la nature. (D. J.)

Serviteur, (Théologie.) terme qui, dans l’Ecriture-sainte, se prend en divers sens.

1°. La signification la plus commune emporte avec soi l’idée d’esclave : car anciennement chez les Hébreux & les peuples voisins, la plûpart des serviteurs étoient esclaves, c’est-à-dire, absolument assujettis à leur maître, qui avoit droit de disposer de leurs personnes, de leurs corps, de leurs biens, & même de leur vie dans certains cas.

Les Hébreux avoient de deux sortes de serviteurs ou d’esclaves, comme il paroît par le Lévitique, c. xxv. v. 44. & seq. Les uns étoient ou étrangers ou achetés, ou pris à la guerre, & leurs maîtres les gardoient, les échangeoient ou les vendoient, en un mot en disposoient comme de leurs biens. Les autres étoient des esclaves hébreux qui vendoient leur liberté, pressés par l’indigence, ou qui étoient vendus pour leurs dettes, ou étoient livrés pour être esclaves par leurs parens, dans les cas de leur nécessité. Ces sortes d’esclaves hébreux ne demeuroient en esclavage que jusqu’à l’année du jubilé. Alors ils pouvoient rentrer en liberté, sans que le maître pût les retenir malgré eux. Que s’ils restoient volontairement chez leur maître, on les amenoit devant les juges, ils y faisoient leur déclaration qu’ils renonçoient pour cette fois au privilege de la loi ; on leur perçoit l’oreille avec une alêne, en les appliquant au montant de la porte de leur maître ; & dès-lors ils ne pouvoient plus recouvrer leur liberté, si ce n’est en l’année du jubilé qui se célebroit au bout de 49 ans.

2°. Serviteur se prend aussi pour marquer un homme attaché au service d’un autre par choix & librement, par inclination : comme Josué étoit serviteur de Moïse, Elisée d’Elie, Giezi d’Elisée, S. Pierre, S. André & les autres de Jesus-Christ.

3°. Serviteur se met souvent pour les sujets d’un prince. Les serviteurs de Pharaon, les serviteurs de Saül & ceux de David sont leurs sujets en général, ou leurs officiers & leurs domestiques en particulier. De même aussi les Philistins, les Syriens & plusieurs autres peuples sont appellés dans l’Ecriture serviteurs de David, parce que ce prince les avoit soumis & qu’ils lui payoient tribut.

4°. Les serviteurs de Dieu, les serviteurs du Seigneur sont les prêtres, les prophetes, ceux qui font profession d’une piété particuliere. On donne souvent à Moïse le nom d’homme de Dieu, de serviteur de Dieu par excellence ; & S. Paul prend aussi lui même cette qualité.

On se donne quelquefois à soi-même, dit M. de Voltaire, des titres fort humbles, pourvu que l’on en reçoive des autres de fort élevés. Le pape s’appelle lui-même serviteur des serviteurs de Dieu. Un bon prêtre du Holstein écrivit un jour à Pie IV. à Pie IV. serviteur des serviteurs de Dieu. Il alla ensuite à Rome solliciter son affaire, & l’inquisition le fit mettre en prison pour lui apprendre à écrire.

5°. Dans l’Ecriture, serviteurs ou esclaves, opposés à libres & aux enfans des promesses, marque les Juifs par opposition aux chrétiens. Les Juifs n’étoient que les esclaves figurés par Agar & par Ismaël ; les chrétiens sont les enfans de la liberté figurés par Sara & par Isaac, comme S. Paul l’établit dans ses épîtres, & sur-tout dans celle aux Galates. Calmet, Dictionn. de la Bibl. tom. III. pag. 545.

Serviteurs, s. m. pl. (terme de comm. de Chirurg.) on appelle serviteurs ou garçons, chez les maîtres chirurgiens de Paris, ceux qu’on nomme compagnons chez les maîtres de communautés des arts & métiers. Les garçons ou serviteurs peuvent aspirer à la maîtrise, & être admis à faire le grand chef-d’œuvre quand ils ont servi six ans consécutifs chez un des maîtres, ou sept ans chez plusieurs. (D. J.)

Serviteur, en terme de Raffinerie, sont des ouvriers loués à l’année, qui sont sous les ordres du contre-maître, & doivent lui obéir sans replique. Il faut que ce soit des hommes sorts & robustes, pour supporter les grandes fatigues d’une raffinerie. C’est pour cela qu’on les nourrit sans leur épargner ni pain, ni vin, ni bonne chere. Ils s’engagent pour un an. On ne peut les renvoyer qu’après ce terme, à moins que ce ne soit pour cause de bassesse ou d’infidélité.

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Étymologie de « serviteur »

Étymologie de serviteur - Littré

Wallon, sierviteur ; provenç. servire, serveire, servidor ; espagn. servidor ; ital. servitore ; du lat. servitorem, de servire, servir. Le vieux franç. et le provenç. servire sont le nominatif (du latin servitor) ; et servitor, servidor sont le régime (du latin servitórem).

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Étymologie de serviteur - Wiktionnaire

Du latin servitor.
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Phonétique du mot « serviteur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
serviteur sɛrvitœr play_arrow

Citations contenant le mot « serviteur »

  • Ce grand serviteur de la Couronne, vécut deux ans à Lequeitio au Pays basque espagnole auprès de la famille impériale, un dévouement moral et financier total pour former l’archiduc Otto, fils aîné du couple impérial, qui devint plus tard député européen. DH Les Sports +, Mémoires d’un fidèle serviteur de la monarchie austro-hongroise - DH Les Sports+
  • "Dernier des barons gaullistes", Albin Chalandon, ancien garde des Sceaux et ex-PDG d'Elf-Aquitaine, est décédé à l'âge de 100 ans, après avoir mené une double carrière d'homme politique et d'homme d'affaires. Son décès a été annoncé jeudi 31 juillet par son lointain successeur, le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, qui a salué la mémoire d'un "grand serviteur" de la République. Public Senat, Mort à 100 ans d'Albin Chalandon, le "dernier des barons gaullistes" | Public Senat
  • Il y a quelques jours, le football algérien a perdu l’un de ses plus loyaux serviteurs en la personne de Zoubir Abderrahim, un vrai militant du football de base. Le football béjaoui ne l’oubliera jamais. Il a consacré sa vie au football et ses acteurs. El Watan, Zoubir Abderrahim : Un serviteur du football est parti | El Watan
  • Les associations Les Amis de la Résistance sur le Ségala Tarnais et Aveyronnais ayant participé à la libération du Carmausin (AARS), et Les Compagnons de Villelongue et Amis du Maquis Antoine Tarn/Aveyron des groupes Veny (CVAMA), annoncent le décès d’Henri Salinier, résistant et serviteur du Souvenir de la Résistance Française. Il avait 96 ans. Henri Salinier a fait toute la campagne du bataillon Antoine vers l’Allemagne d’août à décembre 1944. Ce résistant était le porte-drapeau qui représentait le corps Rhin/Danube. Henri était présent à toutes les cérémonies pour rendre les honneurs à ses camarades. À 90 ans passés, pour le 70e anniversaire de la commémoration de la Libération de la ville de Carmaux, lui, l’Aveyronnais, a participé à toutes les cérémonies du Ségala Aveyronnais et Tarnais y compris le tour de ville de Carmaux, soit plusieurs kilomètres de marche. Lorsqu’il est entré en maison de retraite, il a souhaité que son drapeau soit déposé à la mairie de Naucelle. Tout son honneur se trouve là dans ces dernières volontés. Ses obsèques ont eu lieu jeudi 23 juillet à 14 h 30 en l’église de Saint-Martial, commune de Tauriac-de-Naucelle. ladepeche.fr, Carmaux. Décès d’Henri Salinier, résistant et serviteur du Souvenir de la Résistance - ladepeche.fr
  • L'esclave est un serviteur qui ne discute point et se soumet à tout sans murmure. Quelquefois il assassine son maître mais il ne lui résiste jamais. De Alexis de Tocqueville / De la démocratie en Amérique
  • N’estime l’argent ni plus ni moins qu’il ne vaut : c’est un bon serviteur et un mauvais maître. De Alexandre Dumas, fils / La Dame aux camélias
  • Dieu n'a fait ni maître ni serviteur, je ne veux donner ni recevoir de lois. De Denis Diderot
  • Quand le voleur pactise avec le serviteur de la maison, il peut faire sortir un boeuf par la cheminée. De Proverbe kurde
  • L'Etat est notre serviteur et nous n'avons pas à en être les esclaves. De Albert Einstein / Comment je vois le monde
  • Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. De Albert Einstein
  • L’homme doit être lui-même afin qu’il soit mieux le serviteur de tous. De Carl Gustav Jung / Le crépuscule des idoles
  • Le fanatisme, toujours serviteur du faux. Même au service du vrai, il serait haïssable. De Jean Rostand / Inquiétudes d'un biologiste
  • Pour l'amour d'une rose, le jardinier est le serviteur de mille épines. De Proverbe turc
  • De ce qui arrive au maître, le serviteur reçoit aussi sa part. De Proverbe allemand
  • Dis ton secret à ton serviteur et tu en auras fait ton maître. De Proverbe anglais
  • Le désordre est le meilleur serviteur de l'ordre établi. De Jean-Paul Sartre
  • On n'applaudit pas le serviteur dans la maison du Maître ! De Pie X
  • La vérité est un serviteur maladroit qui , en nettoyant, casse les assiettes. De Karl Kraus
  • Qui ne sait pas être serviteur ne pourrait être maître. De Anton Tchekhov / Correspondance
  • Le souverain est le premier serviteur de l'État. Frédéric II, le Grand,
  • Maintenant, ô Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix ; car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples. , Évangile selon saint Luc, II, 29-32
  • Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu. , Épîtres de saint Pierre, Ière, II, 16
  • Bon appétit, Messieurs ! Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! Voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison. Victor Hugo, Ruy Blas, III, 2, Ruy Blas
  • L'argent […] est un bon serviteur et un mauvais maître. Alexandre Dumas dit Dumas fils, Préface de la Dame aux camélias

Images d'illustration du mot « serviteur »

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Traductions du mot « serviteur »

Langue Traduction
Corse servitore
Basque cerbitzari
Japonais サーバント
Russe служащий
Portugais servo
Arabe خادم
Chinois 仆人
Allemand diener
Italien servitore
Espagnol servidor
Anglais servant
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Synonymes de « serviteur »

Source : synonymes de serviteur sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « serviteur »



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