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Maître

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Définitions du mot maître

Trésor de la Langue Française informatisé

MAÎTRE1, MAÎTRESSE, subst.

I. − Personne qui a un pouvoir de domination sur les êtres ou les choses.
A. − Personne qui a quelqu'un sous sa dépendance, sous son autorité.
1. Celui, celle qui a quelqu'un à son service. Le maître et l'esclave; les domestiques, les valets d'un maître; la maîtresse et ses servantes; le seigneur et maître d'un vassal; servir son maître. L'évêque (...) s'entretint en détail avec les chevaliers des moyens de réparer les torts faits à la veuve et aux orphelins de leur souverain (...). Ils déclarèrent qu'ils la reconnaissaient toujours pour leur dame et maîtresse, et qu'ils la défendraient envers et contre tous (Montalembert,Ste Élisabeth,1836, p. 186).La vérité est que, de tout temps, les bons maîtres et les bons serviteurs furent rares. On trouve de par le monde peu d'Epictètes et peu de Marc-Aurèles (A. France,Pt Pierre,1918, p. 200).V. esclave ex.1:
1. Différence entre l'esclave et le citoyen (Montesquieu, Rousseau...): l'esclave est soumis à son maître et le citoyen aux lois. Par ailleurs le maître peut être doux et les lois très dures: cela ne change rien. Tout gît dans la distance entre le caprice et la règle. S. Weil,Pesanteur,1943, p. 157.
Proverbes Tel maître, tel valet. Les serviteurs sont souvent à l'image de leur maître et les imitent pour le meilleur ou pour le pire. Je sais que c'est un digne et loyal serviteur... Mais tel maître tel valet, et avec un maître comme vous... (Sue,Atar-Gull,1831, p. 36).
Nul ne peut servir deux maîtres. [P. réf. à la Bible, Matth. 6,24, où les deux maîtres évoqués sont Dieu et Mammon] Le choix est nécessaire entre deux causes, deux partis, deux attitudes opposées ou contradictoires:
2. Ainsi [dans la pensée politique de Dante], par une sagace division du travail que l'Évangile n'avait pas prévue, le chrétien pourra servir à la fois deux maîtres, Dieu pour le ciel et Mammon pour la terre, et partager son âme entre deux obédiences absolues chacune et ultimes chacune, celle de l'Église pour le ciel, celle de l'État pour la terre. Maritain,Human. intégr.,1936, p. 30.
Au fig. Celui auquel une femme est asservie moralement, sentimentalement ou socialement. En grandissant j'obéirai à un nouveau maître et je n'aurai jamais pour lui le quart de la tendresse que j'ai pour vous (Staël,Lettres jeun.,1779, p. 13).V. amant ex. 30 et art. maîtresse.
P. plaisant. Le seigneur et maître (d'une femme). Le mari. Folcoche trichait, lésinait maintenant sur tout. Elle se constituait une cagnotte, l'investissait en petits placements personnels, (...) donnant des leçons à son seigneur et maître, qui gérait «si mal» sa fortune (H. Bazin,Vipère,1948, p. 241).
2. Celui, celle qui exerce un pouvoir.
a) Celui, celle qui exerce le pouvoir politique, qui a des sujets, gouverne un ou plusieurs peuples. Un maître absolu, souverain; le maître de Rome, d'un pays, d'un royaume; les maîtres de l'État, de l'Europe; les maîtres du jour, de l'heure. Rome fut fondée par des brigands, et Rome n'en devint pas moins la maîtresse du monde (La Martelière,Robert,1793, iv, 1, p. 43).Au fond, il pensait aussi que ceux qui ont la charge de la chose publique sont, par définition, des experts rompus à toutes les difficultés internationales (...). Le crédit qu'il apportait aux gouvernants français s'étendait, de même, aux maîtres des autres pays (Martin du G.,Thib.,Été 14, 1936, p. 143):
3. J'entends par despotisme un gouvernement où la volonté du maître est la seule loi; où les corporations, s'il en existe, ne sont que ses organes; où ce maître se considère comme le seul propriétaire de son empire et ne voit dans ses sujets que des usufruitiers... Constant,Esprit de conquête,1813, p. 218.
Expressions
Le roi, l'empereur mon maître. [Formule utilisée par les ambassadeurs pour désigner leur souverain] Le maire de Véretz n'a pas mis un gant de fer, comme fit l'ambassadeur pour souffleter ce pape au nom du roi son maître (Courier,Pamphlets pol.,Gaz. vill.,1823, p. 184).
Ni Dieu, ni maître. [Devise de Blanqui et des anarchistes] Le bon Hercule parcourait la terre, ne reconnaissant ni Dieu ni maître hors de son propre sentiment et de son serment à lui-même. Tel est l'homme libre (Alain,Propos,1922, p. 363).
b) Les maîtres du monde, de la terre. Ceux qui détiennent un grand pouvoir temporel; les puissants, les riches. Il était devenu, en quelques jours, un des maîtres du monde, un de ces financiers omnipotents, plus forts que des rois (Maupass.,Bel-Ami,1885, p. 327).[Chez Feuerbach] le christianisme transcendant, celui de l'au-delà, affermit les maîtres de la terre par le renoncement de l'esclave et suscite un maître de plus au fond des cieux (Camus,Homme rév.,1951, p. 183).
c) Au fig. Le Maître du monde, de l'univers; le Maître souverain. Dieu. Après avoir élevé les yeux de ton intelligence vers le souverain Maître de l'univers (Crèvecoeur,Voyage,t. 3, 1801, p. 140).
Le (divin) Maître. Jésus-Christ. Charitable comme Jésus-Christ, humble comme ce divin Maître, il [un missionnaire] ne cherchoit à convertir les âmes au Seigneur, que par des actes de bienfaisance (Chateaubr.,Natchez,1826, p. 157).Aujourd'hui, je ne m'appartiens plus, je suis lié à un Maître qu'il faudra servir sans défaillance. Mais ce Maître, c'est Jésus, qui a poussé l'amour pour moi jusqu'aux humiliations de l'Incarnation (Billy,Introïbo,1939, p. 156).
3. Celui, celle qui a la prééminence (dans un domaine, dans un lieu), qui peut y faire prévaloir son autorité. Le maître, la maîtresse de céans; être (le) maître en un lieu. La puissance civile, devenue maîtresse dans l'Église (Lamennais,Relig.,1825, p. 105).Le patricien romain était chef de famille, maître supérieur. Il était de plus magistrat religieux, pontife dans l'intérieur de sa famille (Guizot,Hist. civilisation,leçon 4, 1828, p. 13):
4. Dans l'Occident, dominé par les femmes, culte de la souffrance; dans l'Orient, où l'homme est le maître, culte de la sagesse. Montherl., Démon bien,1937, p. 1345.
Expr., loc., proverbes
Maître, maîtresse de (la) maison. Celui, celle qui dirige la maison, et en particulier, assure la réception des hôtes. Un bon maître de maison; faire la maîtresse de maison. Debout l'un près de l'autre, comme le maître et la maîtresse de maison, quand les invités arrivent (Giraudoux,Sodome,1943, ii, 8, p. 145):
5. Tout nouveau venu qui entrait dans la gargote disait en voyant la Thénardier: voilà le maître de la maison. Erreur. Elle n'était même pas la maîtresse. Le maître et la maîtresse, c'était le mari. Elle faisait, il créait. Il dirigeait tout par une sorte d'action magnétique invisible et continuelle. Hugo,Misér.,t. 1, 1862, p. 459.
Servante(-)maîtresse. Servante qui joue le rôle de la maîtresse de maison et qui éventuellement jouit des prérogatives de celle-ci. Le mari a sa femme, le garçon a la maîtresse; et le garçon qui n'a pas la maîtresse a la servante-maîtresse (Goncourt,Journal,1860, p. 844).Une vieille bonne (...), une de ces servantes maîtresses qui sont les tyrans des familles (Maupass.,Contes et nouv.,t. 2, M. Parent, 1886, pp. 586-587).
Charbonnier (est) maître chez lui (ou chez soi). V. charbonnier II A 2 a.
(Capitaine) seul maître à bord (après Dieu). [S'emploie pour désigner qqn qui a plein pouvoir dans son domaine, a la haute main sur la direction d'une action, d'une affaire] Le patron du Nord qui est le père d'une sorte de famille et seul maître à bord comme dans son foyer (Mounier,Traité caract.,1946, p. 91):
6. Tout chef est un pilote. De grands courants historiques emportent le navire qu'il gouverne. Il sait commander s'il est capable de se servir de ces courants, et des faiblesses même de l'équipage, pour mener à bon port ses passagers. Et je consens qu'il soit maître à son bord. Mais pour la durée de la traversée. Maurois,Dialog. commandement,1924, p. XXX.
Être son maître, sa maîtresse. Être indépendant, avoir la faculté d'agir à sa guise, de disposer librement de soi. Ah! Quand ne serai-je plus reine pour être ma maîtresse! (Scribe,Verre d'eau,1840, ii, 1, p. 661).Il y a bien longtemps que la femme me dit: «Mettons-nous sur notre terre, Désiré, on sera nos maîtres.» (Giono,Regain,1930, p. 221).
Vx. Être maître, maîtresse de soi. Même sens (v. aussi infra I B 2 c). Annette est libre, elle est maîtresse d'elle-même, et il faut lui plaire (Balzac,Annette,t. 2, 1824, p. 111).Elle [la femme romaine] n'a rien de ce qui donne l'autorité dans la maison. Jamais elle ne commande; elle n'est même jamais libre ni maîtresse d'elle-même (Fustel de Coul.,Cité antique,1864, p. 103).
En maître. Avec l'autorité de celui qui fait ou prétend faire la loi (v. aussi infra II B 1 c). Agir, commander, parler, s'installer, régner en maître. Au bout de quelque temps, on put voir qu'il avait adopté deux ou trois garçons plutôt humbles, de caractère faible, vers lesquels il allait, sitôt qu'il les avait aperçus, avec des gestes qui commandaient; et il se mettait à discourir en maître parmi eux, le verbe haut et assuré (Lacretelle,Silbermann,1922, p. 26).
Trouver, rencontrer, voir son maître. Trouver plus fort que soi, rencontrer la personne devant laquelle on doit s'incliner. Par mer il [Napoléon] est accouru; L'étranger va voir son maître (Béranger,Chans.,t. 3, 1829, p. 237).Il est bien évident que mon père, que le personnage terrible, irréductible, vient de rencontrer son maître, c'est-à-dire un homme capable de crier plus fort que lui (Duhamel,Terre promise,1934, p. 165).
Être maître. Avoir l'avantage, la supériorité (sur qqn). Goupil était un des forts; il était souvent resté maître dans ces tournois nocturnes (Pergaud,De Goupil,1910, p. 53).Nous subissons une loi de la guerre, que nous ne pouvons éluder. L'ennemi est maître (Van der Meersch,Invas. 14,1935, p. 132).
Être le maître de qqn (dans un domaine). Lui être supérieur, être un modèle pour quelqu'un, lui donner des leçons. Ô femmes! Vous êtes nos maîtresses en fourberie! Qui peut lutter contre vous? (Restif de La Bret.,M. Nicolas,1796, p. 173).En art, en littérature, les anciens sont nos maîtres (Ac.1935).
JEUX. Être maître à une couleur. Avoir la carte la plus forte dans la couleur demandée. Être maître en atout, maître en pique (Nouv. Lar. ill.).
4. Au fig. [Désignant une chose] Ce qui domine, gouverne (quelqu'un ou quelque chose). L'estomac dérangé commande en maître, mais en maître bien indigne de régner, car il remplit mal ses fonctions, et arrête tout le reste (Delacroix,Journal,1847, p. 184).Il s'inclinait devant la nécessité, maîtresse des hommes et des dieux (A. France,Vie fleur,1922, p. 361):
7. Tout l'acte de la construction exige une coordination aussi parfaite que possible entre la mimique, la figuration et la musique, laquelle est ici souveraine maîtresse et doit commander l'action des personnages et des matériaux mouvants. Valéry,Variété III,1936, p. 108.
B. − Personne qui a quelque chose en sa possession ou en sa puissance.
1. Propriétaire (d'un bien). Maître, maîtresse d'une terre, d'une ferme, d'un capital; l'argent n'a point de maître (proverbe). Mon petit journal de la France catholique vient de changer de maître. M. Jean, le directeur, l'a acheté des premiers propriétaires (M. de Guérin,Corresp.,1834, p. 145).Voyez le maître des domaines quand il marche le long des chemins dans la rosée de l'aube, tout seul et n'emportant rien de sa fortune (Saint-Exup.,Citad.,1944, p. 547):
8. Pendant que la terre limitée devient un temple et représente le ciel, l'homme de la terre, le maître du champ et de la demeure qui s'y place devient comme un dieu. Michelet,Hist. romaine,t. 1, 1831, p. 53.
En partic. Possesseur (d'un animal domestique). Le chien et son maître. Elle [une chèvre] se roula gracieusement sur les pieds de sa maîtresse, sollicitant un mot ou une caresse (Hugo,N.-D. Paris,1832, p. 356).
Expr. et loc.
Maison de maître. Maison de campagne habitée par le propriétaire; p. ext., maison spacieuse, opulente. Deux de ces vieilles demeures pourtant sont encore des maisons de maîtres. Les Larroque et les Desqueyroux ont laissé leurs logis d'Argelouse tels qu'ils les reçurent des ascendants (Mauriac,Th. Desqueyroux,1927, p. 186).Il avait loué (...) une maison de maître accotée à une ferme, un château selon la terminologie de la région (Vailland,Drôle de jeu,1945, p. 130).
Cheval, voiture de maître. Cheval, voiture utilisé(e) par le propriétaire. Anton. cheval, voiture de louage.Il n'y avait que les voitures de maître et les fiacres de luxe qui avaient des pneus (Triolet,Prem. accroc,1945, p. 274).
[P. réf. à la fable de La Fontaine iv, 21] L'œil du maître. Le coup d'œil exercé, la surveillance attentive du propriétaire. Le plaisir de Joseph se trouvait gâté par mille petits détails fâcheux qu'il ne pouvait pas ne point remarquer, car rien ne saurait échapper à l'œil du maître (Duhamel,Passion J. Pasquier,1945, p. 182).
DR. Biens sans maître. Biens abandonnés, sans propriétaire. Tous les biens vacans et sans maître, et ceux des personnes qui décèdent sans héritiers, ou dont les successions sont abandonnées, appartiennent à la nation (Code civil,1804, art. 539, p. 100).
2. [Le plus souvent dans des loc. verb.] Être (devenir, se rendre, rester) maître, maîtresse, ou, plus rarement, le maître, la maîtresse de qqc. Avoir quelque chose sous sa domination, sous son contrôle, pouvoir en disposer à son gré. Être maître de la situation, des événements, des phénomènes; être maître de son sort, de sa vie, de la vie de qqn. Croyez-vous que la compagnie n'a pas autant à perdre que vous, dans la crise actuelle? Elle n'est pas la maîtresse du salaire, elle obéit à la concurrence, sous peine de ruine (Zola,Germinal,1885, p. 1323).L'individualisme symbolise l'élan de l'Européen, impatient de toute entrave, pour conquérir le monde, se rendre maître de la nature par la connaissance et l'invention (Lefebvre,Révol. fr.,1963, p. 165):
9. Voilà l'esprit maître de l'espace, et des secrets dévoilés. Le voilà maître du bonheur, maître du temps, seule maîtrise qui permette celle du bonheur. Durry,Nerval,1956, p. 124.
En partic.
a) Dans le domaine milit.[Le compl. désigne un lieu, une position] Conquérir, occuper, tenir en sa possession par la force. Être, se rendre maître du champ de bataille, d'une place, d'une ville. Le bailli de Suffren s'illustra comme un de nos plus grands marins. L'Angleterre n'était plus la maîtresse incontestée des mers (Bainville,Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 14).Nous ne pouvions suspendre nos opérations de marche vers Berlin qu'une fois maîtres de la position du Rhin (Foch,Mém.,t. 2, 1929, p. 284).
b) [Le compl. désigne un phénomène matériel, une force physique émanant d'une chose ou d'un être] Avoir, réduire en son pouvoir par la contrainte ou par un effort physique. Être, se rendre maître d'un incendie, d'une émeute, d'un animal, d'un véhicule. Malgré leurs efforts, le ballon s'abaissait toujours, en même temps qu'il se déplaçait avec une extrême vitesse, suivant la direction du vent (...). Ils n'étaient évidemment plus maîtres de l'aérostat (Verne,Île myst.,1874, p. 5).Alban penché, les dents serrées, tout le visage serré, épiait la seconde où ce ne serait plus lui qui serait maître de l'animal, mais l'animal qui serait maître de lui (Montherl.,Bestiaires,1926, p.417).
c) Souvent en emploi adj. (Être) maître de + subst.
α) [Le compl. désigne un mouvement du corps, du coeur ou de l'esprit] Soumettre au pouvoir de la raison, de la volonté. Être maître de ses gestes, de ses nerfs, de ses passions, de ses idées. Sous le coup d'une terreur panique dont je n'étais plus le maître, je me jetai à deux genoux au pied de mon lit (Vallès,Réfract.,1865, p. 38).Je le vis très calme et très maître de sa pensée; très maître aussi de ses yeux qu'il ne fermait plus (G.Leroux,Parfum,1908, p. 79).Quand je suis dans mes mauvais moments je ne suis plus tout à fait maîtresse de mes associations d'idées (Claudel,Ours et lune,1919, 2, p. 603).
Être maître de soi. Dominer ses passions, ses impulsions, agir ou réagir sous le contrôle de la volonté. Synon. se posséder, se maîtriser.Elle m'a montré ce que c'était qu'une femme forte et maîtresse d'elle-même (J. Bousquet,Trad. du silence,1935, p. 36).Maître de l'événement comme il était le maître de soi (Montherl.,Lépreuses,1939, p. 1396):
10. ... il ne fallait rien moins que sa dignité de témoin et ce sang de soldat qui coulait dans ses veines, pour dominer ses alarmes fraternelles et le contraindre à demeurer calme, froid, parfaitement maître de lui. Ponson du Terr.,Rocambole,t. 3, 1859, p. 403.
β) [Le compl. désigne un objet de connaissance, une discipline, une technique] Connaître de manière approfondie, posséder, maîtriser. On peut reconnaître les hommes vraiment habiles et maîtres de leur sujet au ton de simplicité et de bonhomie qu'ils mettent dans leurs discours (Maine de Biran,Journal,1816, p. 149).C'était en vain que pendant des années, Gustave s'était enfermé dix heures par jour pour se rendre maître du droit, de l'économie, de l'histoire − et aussi de la stratégie (Drieu La Roch.,Rêv. bourg.,1937, p. 203).
d) Être maître de + inf. Avoir la liberté, la possibilité de faire quelque chose. Je desire vous fixer dans ma cour, cependant vous êtes le maître de la quitter (Genlis,Chev. Cygne,t. 2, 1795, p. 5).La duchesse avait passé à la promulgation d'autres décrets qui, s'appliquant à des vivants, pussent lui faire sentir qu'elle était maîtresse de faire ce que bon lui semblait (Proust,Fugit.,1922, p. 577).
II. − Personne qui a autorité ou fait autorité dans un domaine d'activité.
A. −
1. Celui, celle qui a la responsabilité, la direction d'une affaire, d'un service, de l'exécution d'une tâche.
a) Dans le domaine industr.
Maître de forges. Propriétaire d'importantes aciéries dont il assure la direction et l'administration. V. forge B 2 ex. de Barrès et de Lesourd, Gérard.
Maître d'ouvrage, maître de l'ouvrage. Personne physique ou morale qui commande l'exécution d'un ouvrage et en assure le financement. V. infra Gds ensembles habit., 1963, p. 8.
Maître d'oeuvre, maître de l'oeuvre. Personne physique ou morale, mandataire du maître d'ouvrage et responsable de l'exécution des travaux. Dans la construction de ces centrales, l'E.D.F. joue à la fois le rôle de maître de l'oeuvre et d'architecte industriel (Goldschmidt,Avent. atom.,1962, p. 249).L'architecte en chef est maître d'oeuvre responsable. Il coordonnera l'exécution selon le programme approuvé par le maître d'ouvrage (Gds ensembles habit.,1963, p. 8).
P. anal. Celui qui assure la conception, la direction, la réalisation de travaux intellectuels, artistiques, scientifiques. On sent quelle est la grandeur du rôle d'un Kapellmeister wagnérien (...). Il est vraiment le «maître de l'oeuvre» ainsi qu'on appelait au moyen-âge l'architecte d'une cathédrale (P. Lalo,Mus.,1899, p. 174).À la pointe agissante de notre civilisation, le scientifique est le maître d'oeuvre de la grande entreprise de conquérir le monde extérieur (Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p. 57).
b) Dans le domaine comm.
Vieux
Maître, maîtresse d'auberge, de café. Personne qui tient une auberge, un café dont elle est en général propriétaire. Le lendemain à dix heures, Gazonal (...) attendit son amphitryon en piétinant pendant une heure sur le boulevard, après avoir appris du cafétier (nom des maîtres de café en province) que ces messieurs déjeunaient habituellement entre onze heures et midi (Balzac,Comédiens,1846, p. 302).
Maître, maîtresse de pension. Celui, celle qui tient une pension, en particulier une maison d'éducation. Le maître et la maîtresse de pension chez lesquels je mange (Michelet,Journal,1828, p. 709).Son ancienne maîtresse de pension de la rue de Vaugirard lui avait souvent proposé de rentrer chez elle pour y enseigner le dessin (Theuriet,Mariage Gérard,1875, p. 156).
Maître d'hôtel. V. hôtel A 2 a et b.
Vx. Maître, maîtresse de poste. Celui, celle qui tient un relais de poste aux chevaux. Madame Gélinotte (...) autrefois maîtresse de poste à Châtellerault (Labiche,Deux papas,1845, xiv, 1, p. 626).Les maîtres de poste vous louaient leurs chevaux à raison de vingt centimes le kilomètre (Fargue,Piéton Paris,1939, p. 28).
c) Dans le domaine des activités artistiques et des sports
CHORÉGR. Maître de ballet (fém. maître ou maîtresse de ballet). Collaborateur du directeur artistique d'une troupe ou d'une compagnie de ballet, ayant la responsabilité de l'ensemble du spectacle (d'apr. Baril 1964). Elle danse, comme devant, et connaît trois puissants dieux: le directeur du Grand-Théâtre, la maîtresse de ballet et le patron de l'hôtel (Colette,Music-hall,1913, p. 128).V. ballet ex. 2.
CHASSE. Maître d'équipage. Propriétaire des équipages (v. ce mot A 2 a) qui préside à l'organisation et à la direction d'une chasse à courre. La chasse continuait pourtant, et Angèle le savait. Et elle croyait savoir le nom du maître d'équipage (Vialar,Bête de chasse,1952, p.89).
d) Dans le domaine de l'éduc.
Maître, maîtresse d'internat. V. internat A 2 a.
Vieilli. Maître d'étude. V. étude III A 2.Synon. vieilli ou vx maître de quartier*, maître répétiteur*, sous-maître*.
2. [Fém. dans qq. emplois] Personne qui dirige des ouvriers, des employés, des subordonnés. Maître, maîtresse d'atelier.
a) Personne qui dirige à titre de patron, d'employeur (v. aussi infra II B 1). Maître charpentier; maître menuisier. Il n'y a pas de maîtresse lingère ou autre qui ne recommande à ses filles de boutique de parler au monde poliment (Musset,Mimi Pinson,1845, p. 218).Les maîtres sont obligés d'envoyer deux heures par jour à l'école tous les enfants de douze à quinze ans qui travaillent dans leurs ateliers (Taine,Notes Anglet.,1872, p.314).Il [un vieux maçon] n'était employé par les maîtres maçons que dans les temps de grande presse, et on lui confiait volontiers le soin de gâcher le mortier (R. Bazin,Blé,1907, p.192).
Maître imprimeur. Chef d'une entreprise d'imprimerie. On ne la trouve [une certaine «méchanceté professorale»] ni chez les typos ni chez les maîtres imprimeurs. On ne la trouve ni chez les éditeurs ni chez les libraires (Péguy,Argent,1913, p. 1192).
b) Celui qui est le chef d'une équipe. Maître(-)compagnon, maître(-)garçon, maître(-)ouvrier, maître(-)porion, maître(-)valet, etc. Celui qui a autorité sur des compagnons (surtout dans le domaine de la maçonnerie), des garçons de boutique, des ouvriers, des porions, des valets de ferme, etc. Trop heureux jusque-là d'avoir trouvé ce travail de bagne, acceptant la brutale hiérarchie du manoeuvre et du maître ouvrier (Zola,Germinal,1885, p. 1169).Les domaines alors avaient l'aspect de colonies, avec leurs maîtres-valets, leurs bouviers, leurs charretiers, leurs «brassiers» ou ouvriers de main (Pesquidoux,Livre raison,1925, p. 44).La victime serait un certain Jean Niclot, dit Jean-Jean, maître-garçon aux abattoirs de la Villette (Arnoux,Paris,1939, p. 301).
Maître(-)clerc. V. clerc C 1.
Maître(-)coq. V. coq2et maître-queux (s.v. queux).
c) Spécialement
− Dans les métiers de l'armée.Maître ouvrier des corps de troupe. Ouvrier qualifié ayant grade de sous-officier, travaillant dans les corps de troupe sous le contrôle du service de l'Intendance et dirigeant un atelier. Maître bottier. C'était même une chose connue, qu'il avait quelque part, en ville, chez un ami, une complète tenue de fantaisie pour les jours de grandes permissions: un dolman de sous-officier (...), ainsi qu'un pantalon de cheval, retouché sur lui-même par le maître tailleur (Courteline,Train 8 h 47,1888, i, 1, p. 11).V. aussi commissionner ex. 1.
MARINE
Maître d'équipage ou, absol., maître.
Vx, dans la mar. milit.Officier marinier, premier maître de manoeuvre, ayant autorité sur tout l'équipage. Malgré toutes mes précautions cependant, le maître d'équipage passa à travers une crevasse qu'il eût été possible d'éviter; mais chacun sait combien il est difficile d'être prudents avec des matelots (Bellot,Voy. mers polaires,1863, p. 152).
Dans la mar. marchande.Marin qualifié chargé de diriger l'équipage du pont. Le personnel du pont est encadré par une maistrance qui comprend d'abord les «maîtres d'équipage». Ce sont généralement des marins confirmés par plusieurs années de navigation et qui ont le sens de l'autorité (M. Benoist, Pettier,Transp. mar.,1961, p. 157).
MAR. NAT. Maître chargé ou, suivi du nom de la spécialité, maître de manoeuvre, maître canonnier, maître fusilier, maître électricien, maître fourrier, maître commis, etc. Officier marinier le plus gradé dans sa spécialité, chargé du matériel d'un service. Sur sa robe de vieux satin noir un grand col bleu de maître-timonier (A. Daudet,Sapho,1884, p. 168).
MAR. MARCHANDE. Maître au cabotage. ,,Marin qui ayant passé des examens spéciaux, a le droit de commander un navire armé au cabotage`` (Soé-Dup. 1906).
3. [Comme titre donné aux détenteurs de certaines charges, de certaines dignités, de certains postes]
a) Maître des requêtes au Conseil d'État (fém. maître). Membre du Conseil d'État, situé hiérarchiquement au-dessus des auditeurs et au-dessous des conseillers, chargé de présenter des rapports sur les affaires qui lui sont soumises. Un quart des postes de maîtres de requêtes et un tiers de ceux de conseillers peuvent être pourvus «au tour extérieur», c'est-à-dire par nomination, effectuée par le gouvernement, de personnes réunissant les conditions d'âge et de service public prévues par la réglementation (Belorgey,Gouvern. et admin. Fr.,1967, p. 40).
b) Dans le domaine de l'enseign. sup. et de la rech.
Maître(-)assistant (fém. maître). Membre de l'enseignement supérieur situé hiérarchiquement entre l'assistant et le maître de conférences, chargé d'un service d'enseignement et de certains travaux de recherche. La représentation des enseignants exerçant les fonctions de professeur, maître de conférences, maître-assistant (...), doit être au moins égale à celle des étudiants dans les organes mixtes, conseils et autres organismes où ils sont associés (Loi orient. Enseign. sup.,1968, p. 10).
Maître de conférences (fém. maître). V. conférence C 1 a.
Maître de recherche (fém. maître). Membre du corps des chercheurs au Centre national de la recherche scientifique, situé hiérarchiquement entre le chargé de recherche et le directeur de recherche. Lorsque les nécessités du service le demandent, les maîtres de recherche peuvent être maintenus en fonction jusqu'à 70 ans s'ils réunissent les conditions intellectuelles et physiques suffisantes (G. Druesne,Le Centre nat. de la rech. sc.,Paris, Masson, 1975, p. 277).
HIST. DE L'ÉDUC. Grand(-)maître de l'université. Le ministre chargé de l'enseignement. Le grand-maître aura la nomination aux places administratives et aux chaires des collèges et des lycées; il nommera également les officiers des académies et ceux de l'université (Doc. hist. contemp., Décret sur l'organ. de l'université, 1808, p. 132).
c) Dans le domaine des instit. relig.Maître du Sacré-palais. ,,Dominicain qui a pour mission de surveiller au point de vue de la foi, tout ce qui se publie ou s'imprime et déjà au Vatican`` (Marcel 1938). Le Maître du sacré palais a dans son département la censure des livres qui sortent des presses de l'État ecclésiastique (Stendhal,Rome, Naples et Flor.,t. 2, 1817, p. 364).
d) HIST. Maître des hautes, des basses oeuvres (vx). Le bourreau. Synon. exécuteur des hautes, des basses oeuvres (v. bas ex. 52).
e) HISTOIRE
[Au Moy. Âge et sous l'Anc. Régime]
Maître des comptes. Officier de justice des chambres de comptes établies dans les principales villes françaises, situé hiérarchiquement au-dessous du président. Que dis-tu de notre maître des comptes, La Chapelle-Marteau? (Dumas père, Henri III,1829, i, 3, p. 129).Mod. Conseiller(-)maître à la Cour des Comptes. V. conseiller II C.
Maître des eaux et forêts. Officier royal ayant inspection et juridiction sur les eaux et forêts d'une circonscription. Maître particulier; grand(-)maître. La Fontaine, tout maître des Eaux et Forêts qu'il est, ne nous présente ici [dans Adonis] qu'une vénerie de rhétorique pure (Valéry,Variété[I], 1924, p.85).
[Désignant certains dignitaires de la cour] Grand(-) maître de France; maître, grand(-)maître des cérémonies, de la garde-robe. Le sire de Neufchâtel grand-maître de la maison; le sire de Toulongeon, grand-maître de l'écurie (Barante,Hist. ducs Bourg.,t. 4, 1821-24, p. 184).
HIST. ROMAINE. Maître de la cavalerie. Magistrat exceptionnel et inamovible, auxiliaire principal du dictateur et choisi par celui-ci. C'est ce jeune guerrier couvert de blessures, qui triompha de Carrausius; c'est le maître de la cavalerie; c'est le préfet des Gaules (Chateaubr.,Martyrs,t. 2, 1810, p. 179).Lépide fut maître de la cavalerie de César dictateur (Pell.1972).
4. [Désignant le titulaire d'un grade]
a) MAR. Officier marinier de la marine militaire (et, p.anal., de la marine marchande), dont le grade, intermédiaire entre celui de second maître et celui de premier maître, correspond au grade de sergent-major dans l'armée de terre. V. infra ex. de Bonn.-Paris 1859.
[Précédé ou suivi d'un adj. pour désigner les grades inférieurs ou supérieurs à celui de maître] Maître principal. V. aussi contremaître A et quartier-maître.Le Maître et le premier Maître sont choisis parmi les seconds Maîtres qui ont servi, au moins pendant six mois, à bord d'un vaisseau ou d'une frégate, ou d'une corvette de 24 bouches à feu, dans la première classe du grade de second Maître (Bonn.-Paris1859).Il apercevait tout à fait à l'avant, sous le gaillard, l'entrée du poste des matelots et des cabines d'Holmès, des seconds maîtres et du charpentier (Peisson,Parti Liverpool,1932, p. 112).
P. ext., au plur. Ensemble des officiers mariniers d'un navire. Dans tous les entreponts habités [d'un navire de guerre] (logements des officiers et des maîtres, poste de l'équipage, etc.), on recouvre le platelage en acier de linoléum (Croneau,Constr. nav. guerre,t. 1, 1892, p. 366).Le poste des maîtres, la cuisine des maîtres, le canot des maîtres (Le Clère1960).
b)
α) [Dans un ordre civil ou milit., un ordre de chevalerie] Celui qui dirige, le chef. Grand maître de l'ordre de Malte; grand maître des Templiers, des Hospitaliers. Parmi les grands vassaux, les plus puissants (...) étaient les chefs ou Maîtres des ordres de chevalerie établis en Espagne vers le milieu du douzième siècle (...). Un Maître exerçait sur les frères de son ordre une autorité (...) absolue (Mérimée,Don Pèdre Ier,1848, p. 22).
Grand Maître de (l'ordre de) la Légion d'honneur. Le président de la République est le Grand Maître de la Légion d'honneur (Quillet1965).
β) [Dans une loge maçonnique] Franc-maçon qui a le troisième grade. L'initiation, dont les épreuves permettent au profane de devenir apprenti, puis d'accéder aux grades de compagnon et de maître, revêt à la fois une signification symbolique − la renonciation aux habitudes du monde et la découverte de la «lumière» − et une valeur éducative − la préparation au langage des symboles (Encyclop. univ.t. 101971, p. 258).
Grand maître. ,,Chef d'un pouvoir maçonnique qui régit un ensemble de loges`` (Lar. 20e).
c) ARM. Maître de camp. V. mestre1.Don Gregorio Obregon, qui reprend le grade de maître de camp dans les troupes de débarquement (Montherl.,Maître Sant.,1947, i, 4, p. 609).
B. − [Exprimant un degré de qualification professionnelle ou le statut qui y est attaché]
1. [Dans le domaine des métiers]
a) [Au Moy. Âge et jusqu'au xixes.] Celui qui, ayant accompli son apprentissage et réalisé le chef-d'oeuvre, avait obtenu les lettres de maîtrise et était reçu dans un corps de métier (ce qui lui conférait le droit d'avoir des compagnons et des apprentis). Passer maître; maître juré; maître charpentier, maître drapier, maître sonneur. Fils d'un maître coutelier, reçu maître lui-même dès son enfance, il allait quelquefois servir la messe aux Blancs-Manteaux, où un religieux le distingua, lui apprit le rudiment (Sainte-Beuve,Caus. lundi,t. 6, 1852, p.262).Autrefois, les fêtes patronales étaient célébrées par les maîtres comme par les ouvriers. On se faisait des invitations mutuelles. Tout fraternisait en ces beaux jours. Les maîtres ont laissé crouler leurs associations, leurs confréries (...). Mais la vieille tradition se conserve parmi les compagnons, et cela dans chaque métier, dans toutes les Sociétés, dans tous les devoirs (A. Perdiguier,Mém. d'un compagnon,Paris, Maspéro, 1977[1852-53], pp. 318-319):
11. L'industrie est assez prospère pour que les étuveurs soient constitués en métier: ils sont trois jurés élus par les maîtres, et ils sont soumis à des règlements dont les uns concernent l'hygiène et les autres la morale. Faral,Vie temps st Louis,1942, p. 192.
Au fém. Les Maîtresses étaient dans les Communautés de marchandes et ouvrières, ce qu'étaient les Maîtres (...) dans les Communautés des marchands et ouvriers (Havard t. 3 1889, s.v. maîtresse).
b) Mod., DR. COMM. Maître(-)artisan. ,,Le titre de maître-artisan en son métier constitue la reconnaissance d'une habileté technique, une qualification supérieure dans [le] métier et une culture professionnelle attestée par la possession du brevet de maîtrise`` (Décret du 1ermars 1962 ds J. Robert, L'Artisanat et le secteur des métiers, Paris, A. Colin, 1966, p. 77). V. artisan I A dr. comm.
[Suivi d'un subst. indiquant le métier pour lequel la qualification a été reconnue] V. aussi supra II A 2 a.Cette consécration, c'est l'examen avec ses diverses épreuves dont le résultat permettra à l'élu de se dire maître en serrurerie d'art, maître serrurier constructeur, maître réparateur de serrurerie, etc... ou maître en toutes matières (Fillon,Serrurier,1942, p.44).
Rem. La lang. comm. actuelle abonde en composés où le 1erélém. maître semble seulement destiné à indiquer l'habileté de celui qui exerce le métier en question. Maître-tapissier, maître-verrier. 8 Français sur 10 pourraient recevoir leurs amis autour d'un feu de bois. R.L.D., maître-atrier répond à leurs questions (Femmes d'aujourd'hui, 23 oct. 1968). J.L., Maître-rôtisseur: Grillades au feu de bois (Le Monde 7 avr. 1966 ds Gilb. Mots nouv. 1971).
c) P. anal.
α) [Placé devant un autre subst. pour indiquer le degré de perfection atteint dans un art, une spécialité, un type de comportement ou pour renforcer une qualification injurieuse] Un maître écrivain; un maître sot; un maître filou. Elle m'a prouvé qu'elle reste une maîtresse femme de ménage (Renard,Journal,1901, p. 676).Sénac aurait-il quand même l'étoffe d'un bon salaud moyen, sinon d'un maître salopard? (Duhamel,Maîtres,1937, p. 215).Le maître-argotier Émile Chautard, un simple prote d'imprimerie (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.242).
Maîtresse femme. V. femme I B 2 a.P. anal. Maître homme. Homme très habile dans son domaine. Il attendait l'attaque et toujours triomphait. Ah! celui-là, c'était un maître homme (Coppée,Pour couronne,1895, p. 270).
β) Locutions
Être, passer maître en, dans qqc. Être, devenir très habile dans un art, une science, un type de comportement. V. aussi infra II C 3.J'avais cru d'abord que son art, où il était vraiment passé maître, lui avait donné des supériorités qui dépassaient la virtuosité de l'exécutant (Proust,Sodome,1922, p.1032):
12. Je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories. Écoutez!... Rimbaud,Saison enfer,1873, p. 221.
Rem. Dans cette loc., la forme fém. est attestée au xixes. Vous voilà maîtresse passée en fait de ressources d'esprit et de patience (M. de Guérin, Corresp., 1837, p. 281). Bibi-Djânèm, passée maîtresse en ce genre d'escrime (Gobineau, Nouv. asiat. 1876, p. 128). À l'époque mod., l'élém. subst. paraît inv. Elle est passée maître dans l'art de mentir (Pt Rob.). Je suis passée maître en gentillesse, souriants baisers, formules embaumées (A. Sarrazin, La Traversière, p. 17 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Coup de maître. Œuvre parfaitement réussie; action d'éclat. Au point où il en est, un beau mariage serait un coup de maître (Augier,Effrontés,1861, iv, p. 333).
De main de maître. D'une manière magistrale; avec une habileté consommée ou avec une grande force. Le jeune homme, s'échauffant peu à peu, devient furieux, et rosse de main de maître l'impertinent qui le provoque (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 15).On doit avouer que la discussion du problème est conduite de main de maître. Il faut seulement ajouter que cette maîtrise même ne fait que mieux souligner les dangers de la position (Gilson,Espr. philos. médiév.,1932, p. 28).
(Faire qqc.) en maître. Même sens. Lord David hantait les cavernes (...). On l'appelait Tom-Jim-Jack. Sous ce nom, il était populaire, et fort illustre dans cette crapule. Il s'encanaillait en maître. Dans l'occasion, il faisait le coup de poing (Hugo, Homme qui rit,t. 2, 1869, p. 7).
2. [Dans l'Université]
a) Anciennement. Maître ès-arts. Celui qui avait obtenu les grades universitaires permettant d'enseigner les arts libéraux, en particulier les humanités et la philosophie. Un curé nommé Regnaud, maître ès-arts, homme fort estimé et honoré (Barante,Hist. ducs Bourg.,t. 4, 1821-24, p. 97).
b) Mod. Titulaire de la maîtrise (v. ce mot B 4 b).
C. − Celui, celle qui enseigne, instruit, qui a des élèves, des disciples.
1. Personne qui a pour rôle d'enseigner ou qui fait métier d'enseigner à titre public ou privé.
a) [Comme terme générique] M. Jacquinet, qui a été un des maîtres les plus appréciés de l'École normale (Lemaître,Contemp.,1885, p. 182).J'enviais surtout les élèves d'Alain, ceux qui avaient été initiés dès le commencement de leur vie aux grands anciens, alors qu'il ne s'agissait pour mes maîtres que de savoir ce qu'il fallait savoir pour être reçu au baccalauréat (Mauriac,Nouv. mém. intérieurs,Paris, Flammarion, 1965, p. 300).
b) En partic.
α) [Dans l'enseign. primaire]
Maître, maîtresse (d'école). Celui, celle qui enseigne les matières élémentaires aux enfants dans un établissement scolaire ou dans le particulier. Synon. instituteur, précepteur.Tu vas maintenant apprendre le français, l'histoire, la géographie et l'arithmétique... Ta maîtresse viendra trois fois par semaine (Gyp,Souv. pte fille,1927, p. 67).Certes, le maître d'école n'est pas un savant, mais il unit à une grande expérience des choses de la terre une conscience nette comme un cristal (Menon, Lecotté, Vill. Fr., 1, 1954, p. 39).
P. métaph. Leur maître principal [des petits Hugo] fut le jardin, où leur mère les laissait étudier le premier de tous les livres, la nature (MmeV. Hugo, Hugo,1863, p. 130).
Élève-maître, élève-maîtresse. Personne qui se prépare aux fonctions d'instituteur en recevant une formation dans une école normale. Les élèves-maîtres et élèves-maîtresses pourvus du certificat de fin d'études normales n'ont qu'à subir l'épreuve pratique du certificat d'aptitude pédagogique pour être titulaires de ce dernier diplôme (Encyclop. éduc.,1960, p. 314).
β) [Dans l'enseign. secondaire] Maître, maîtresse auxiliaire. Enseignant, enseignante non titulaire, occupant un poste vacant ou assurant la suppléance en l'absence d'un professeur. Les maîtres auxiliaires ont les mêmes maxima de service que les professeurs donnant le même enseignement (Encyclop. éduc.,1960p. 324).
γ) Vieilli dans la plupart des emplois. [Suivi d'un compl. déterminatif ou d'un subst. apposé indiquant la spécialité] Celui, celle qui enseigne une discipline, un art, une science. Synon. mod. professeur.Maître, maîtresse de français, de chant; maître de danse ou maître à danser. Il vint chez nous (...), trois fois par semaine, un maître d'écriture, un maître de danse, une maîtresse de musique (Sand,Hist. vie,t. 2, 1855, p. 382).
Maître d'armes. V. arme II C 1.
Maître(-)nageur ou, vieilli, maître(-)baigneur. Professeur de natation, chargé aussi de surveiller le bain au bord de la mer ou dans un établissement thermal. Les maîtres baigneurs sont prudents, sachant rarement nager (Proust,J. fille en fleurs,1918, p. 685).
Maître de manège. Celui qui, dans un établissement équestre, dirige les exercices, donne les leçons d'équitation. Synon. mod. instructeur, écuyer-professeur (cf. Tondra Cheval 1979).Dans les promenades avec le maître du manège, il était presque régulièrement jeté par terre (Stendhal,Rouge et Noir,1830, p. 264).
Au fig. Celui ou ce qui donne la connaissance, l'expérience de quelque chose. Pour le Grec (...) la nature est (...) une maîtresse de droiture et de vertu (Renan,St-Paul,1869, p.205).Sur tous les territoires que les Allemands ont occupés, on recueille que les Prussiens sont des maîtres de férocité (Barrès,Cahiers,t. 11, 1918, p. 369).Il faut dire que c'est l'architecture qui est surtout maîtresse de style (Alain,Beaux-arts,1920, p.201).
c) RELIG. Maître, maîtresse des novices. Personne chargée de la formation et de l'instruction des novices dans un institut religieux. Retour de la mère Angélique à Port-Royal (elle y a charge de maîtresse des novices et y fait des conférences qui renouvellent l'esprit) (Sainte-Beuve,Port-Royal,t. 1, 1840, p.342).
d) Au masc., BEAUX-ARTS. Artiste, peintre ou sculpteur, qui dirigeait un atelier et formait des élèves travaillant sous son contrôle, parfois à la même oeuvre. Lorsque le cortège s'est mis en marche, les élèves de Girodet ont été prendre le corps de leur maître (Delécluze,Journal,1824, p. 52).Les artistes de la Renaissance vivent dans l'atelier du maître, ils sont les confidents de sa pensée, les collaborateurs de son oeuvre (Séailles,E. Carrière,1911, p. 65).
Le Maître de (suivi d'un nom de localité ou du titre d'une oeuvre). Formule empl. pour désigner un artiste anc. anonyme que l'on nomme d'après l'une de ses oeuvres ou d'apr. le lieu où il a travaillé Le Maître de Moulins; le Maître de la Sainte Véronique. Une génération passe et voici, attribué au Maître du crucifix de saint François, un Christ conservé par la pinacothèque de Pérouse (Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p. 361).
Dessin de maître. ,,Dessin qui ressemble à un dessin ancien`` (Hugues, Expr. atelier, s.d.).
2. Au masc. Celui qui fait école; celui dont on est le disciple, dont on reçoit et reconnaît l'enseignement, la doctrine (en matière intellectuelle, artistique, morale); celui qui représente un modèle, un guide, un initiateur. Prendre pour maître, se réclamer d'un maître. C'est (...) une véritable transposition d'un art dans un autre. Les maîtres de cet artiste [Redon] sont Baudelaire et surtout Edgar Poe (...); là, est la vraie filiation de cet esprit original (Huysmans,Art mod.,1883, p. 300).Si le langage du maître [Socrate] avait toujours été celui que Xénophon lui prête, comprendrait-on l'enthousiasme dont il enflamma ses disciples et qui traversa les âges? (Bergson,Deux sources,1932, p. 61):
13. ... «Obéir d'abord». Ne t'imagine pas qu'en acceptant cette sentence j'abandonne provisoirement mon libre arbitre. Cela signifie, dans mon esprit: «Choisir ses maîtres, après mûre réflexion, et leur obéir». Tu voudras bien noter que j'ai dit «ses maîtres» et non «ses chefs». L'idée du chef ne m'est pas absolument étrangère, pourtant elle m'est moins sensible que celle du maître. Je veux apprendre − c'est-à-dire prendre, saisir − je veux m'accroître... Duhamel,Maîtres,1937, p. 30.
Loc. et expr.
Maître à penser. Celui qui dirige ou influence la pensée de quelqu'un. À ce moment, en Allemagne, c'était Wolff qui remplissait cet office de maître à penser (Sainte-Beuve,Caus. lundi,t. 7, 1853, p. 459).La littérature polonaise demeure, jusque vers 1920, plus que jamais consciente du rôle patriotique qui lui incombe. L'écrivain n'est pas tant un libre créateur qu'un maître à penser et surtout à sentir nationalement (Arts et litt.,1936, p. 50-8).
Jurer sur la parole du maître. Abdiquer tout esprit critique devant celui auquel on reconnaît une autorité intellectuelle absolue. Ces docteurs (...) jurent, les yeux fermés, sur la parole de leur maître (Delacroix,Journal,1853, p. 109).
[P. allus. à l'argument des scolastiques recourant à l'autorité d'Aristote] Le maître l'a dit. Même sens. L'homme ne dira plus: «Le maître l'a dit». L'homme est émancipé de l'homme. L'homme dira: «La vérité dit, la science dit» (P.Leroux dsLar. 19e, s.v. magister dixit).
3. Au masc. Celui qui est digne de faire école, qui manifeste une compétence exceptionnelle ou un talent supérieur (dans un art, une discipline intellectuelle ou scientifique). V. aussi supra II B 1 c β. Les anciens, les vieux maîtres; un tableau de maître; les maîtres de la peinture, de la musique, de l'éloquence, de la science; les maîtres flamands; les maîtres de l'école flamande. Antoine imaginait son avenir pareil à celui des plus grands maîtres: avant la cinquantaine, il posséderait à son actif nombre de découvertes (Martin du G.,Thib.,Consult., 1928, p. 1130).Enfin vient l'âge où l'on relit, les maîtres surtout, parce que les classiques sont situés à des hauteurs qui permettent de les apercevoir de partout (Morand,Excurs. immob.,1944, p.130):
14. L'artiste qui se borne à imiter la nature n'en saisit que l'individualité: il est esclave. Celui qui interprète la nature (...) en démêle le caractère: il est maître. L'artiste qui l'idéalise y découvre ou y imprime l'image de la beauté: celui-là est un grand maître. Ch. Blanc, Gramm. arts dessin,1876, p. 11.
BEAUX-ARTS. Petit maître. Artiste de valeur, mais de second plan. Nous n'avons souvent pu que nommer quelques-uns de ces «petits maîtres», joie et délices des amateurs (Gautier,Guide Louvre,1872, p. 160).
III. − [Comme appellatif]
A. − [Pour désigner, à l'exclusion des juges, des gens de loi ou officiers ministériels (avocats, notaires, huissiers) ou s'adresser à eux] L'avocat de Landru était nain. Quand il a commencé sa plaidoirie, le président Ravelle lui a dit: Maître Bertet, on plaide debout (Giraudoux,Folle,1944, ii, p. 137).
Loc. fig. Compter de clerc à maître. V. clerc C 2.
B. − Vx ou région. [Suivi du nom ou du prénom, pour désigner des agriculteurs propriétaires ou pour s'adresser à eux; au fém. maîtresse] Le fermier, maître Gouy, vociférait contre un garçon (Flaub.,Bouvard,t. 1, 1880, p. 22).Courez aux Buttes... La maîtresse Honorine, vite, vite! (Martin du G.,Devenir,1909, p. 194).
C. − Vx ou région. Notre maître, notre maîtresse. [Comme titre donné aux propriétaires d'un domaine par les métayers et les valets de ferme s'adressant à eux] «Hé bien! Ça te va-t-il?» Elle répondit avec une physionomie triste: «Quoi, not' maître?» Alors lui, brusquement: «Mais de m'épouser, pardine!» (Maupass.,Contes et nouv.,t. 1, Hist. fille de ferme, 1881, p. 33).
D. − P. allus. littér.
Maître aliboron*.
[P. réf. à un personnage de L'Avare de Molière, à la fois cocher et cuisinier] Maître Jacques. Factotum. Mais nous sommes si peu nombreux à Notre-Dame de l'Âtre que nous devenons forcément des maîtres Jacque [sic]. Voyez le père Étienne qui est cellérier de l'abbaye et hôtelier, il est aussi sacristain et sonneur de cloches (Huysmans,En route,t. 2, 1895, p. 308).
[Par imitation de La Fontaine] Sitôt pétris, sitôt soufflés, Maître Serpent les a sifflés, Les beaux enfants que vous créâtes! (Valéry,Charmes,1922, p. 140).
E. − [Pour s'adresser à un artiste reconnu, à un professeur éminent ou considéré comme tel] J'ai plaisir à donner du Cher Maître aux vieux «Goncourts» et aux survivants de la génération Symbolonaturaliste (Larbaud,Journal,1931, p. 252).
Prononc. et Orth.: [mεtʀ ̭], [-tʀ εs]. Martinet-Walter 1973: 7/17 [-ε:tʀ ̭]. Homon. mètre, mettre. Ac. 1694, 1718: maistre, maistresse; dep. 1740: maître, maîtresse. Étymol. et Hist. V. maître2. Bbg. Quem. DDL t. 10 (s.v. maîtresse du logis); t. 18 (s.v. maîtresse d'école).

MAÎTRE2, MAÎTRESSE, adj.

A. −
1. De maître, d'un maître. La conscience maîtresse s'oppose à la conscience serve (J. Vuillemin, Essai signif. mort, 1949, p. 142).
Qui convient à un maître, est digne d'un maître (par sa force, son autorité, sa qualité, etc.). V. magistral I B 1 et 2. Une voix maîtresse:
1. Plus tard, il arrivera à cette manière pleinement maîtresse, plus resserrée et particulièrement heureuse et qui fait de lui le plus habile, le plus parfait discoureur, le plus piquant historien de l'Académie. Proust, Chron., 1922, p. 50.
2. P. méton. Qui est formé, constitué de maîtres. Dans les villes d'Eubée la classe maîtresse s'appelait les chevaliers (Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p. 325).Garde au fond de ton coeur ce qu'il forme d'amer, Et reçois le décret de la Race maîtresse (Valéry, Cantate du Narcisse, 1939, p. 258).
B. − [En parlant d'une chose comparée à d'autres de même nature]
1. Qui est le plus important (par ses dimensions, sa position, son rôle, sa valeur, etc.). Synon. principal, fondamental, majeur, essentiel; anton. secondaire, accessoire.Maîtresse pièce ou pièce maîtresse (d'un ouvrage, d'un ensemble); maîtresse poutre ou poutre maîtresse (d'une charpente). V. aussi maître-autel.Le maître brin d'une plante (Ac.1798-1935).Rien ne ressemble à l'enthousiasme que sa vue [du Pont-Neuf] excita, lorsque, après de grands travaux, il eut (...) rejoint plus étroitement les trois cités de la maîtresse ville (Nerval, Nouv. et fantais., 1855, p. 191).
Spécialement
a) ARBORIC. Maîtresse branche ou branche maîtresse (d'un arbre). La branche principale, ,,celle qui se détache du haut du tronc, au-dessus du fût`` (Plais. 1969). Synon. branche-mère.
b) MARINE
Maître(-)couple. Couple situé à l'endroit où le navire présente le maximum d'ouverture:
2. Dieu pétrit la mer. Nous sommes perdus. J'entends craquer les maîtres couples du navire... Ils ne doivent point se révéler puisqu'ils sont cadres et armatures. Saint-Exup., Citad., 1944, p. 527.
Maître(-)bau. Le plus long des baux d'un navire et qui correspond au maître couple. (Dict. xixeet xxes.). P. ell. Largeur, coupe au maître. On appelle «coupe au maître» un plan en coupe du navire ayant comme repère le maître-bau ou le maître-couple (Le Clère1960).
c) MÉCANIQUE
Maître(-)couple. ,,La plus grande section d'un mobile pratiquée perpendiculairement à la direction du mouvement. Maître couple d'un fuselage d'avion, d'une automobile`` (Quillet 1965). V. supra B 1 b.[Les] fuselages [d'avions] (...) doivent (...) affecter une forme fuselée ayant son maître couple au tiers avant (Guillemin, Constr., calcul et essais avions, 1929, p. 92).
[Pour désigner la pièce principale d'un système, celle qui commande ce système] Anton. asservi.Maître pendule. À la position de repos, freins desserrés, il n'y a pas d'interruption dans le circuit hydraulique depuis le maître cylindre jusqu'aux cylindres de roues (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 256).
d) JEUX
Atout maître. Carte d'atout la plus forte. Lorsque l'adversaire se trouve posséder un atout maître, et un seul, il y a généralement intérêt à ne pas le faire tomber (G. Versini, Le Bridge, Paris, P.U.F., 1968, p. 93).
Carte maîtresse. Carte la plus forte de celles qui restent à jouer dans une couleur donnée. Les journalistes, tout naturellement, sont amenés, quand ils relatent des péripéties de la vie internationale, à employer des métaphores qui s'en inspirent [des jeux]: le bluff, les surenchères, les pions que l'on déplace, les atouts que l'on abat ou que l'on dissimule, (...) les cartes que l'on abat, les cartes maîtresses et les relances (Jeux et sports, 1967, p. 769).
e) Dans le domaine intellectuel et moral.Les qualités maîtresses (de qqn, d'un ouvrage); l'oeuvre maîtresse de qqn. Pour eux, au fond, la pensée maîtresse, la grande idée centrale, c'est l'idée de Naquet. La France donnant l'exemple, prenant l'initiative du désarmement (Barrès, Cahiers, t. 10, 1913, p. 71).Cette faculté de métamorphose qui est sa faculté maîtresse, Amiel la possède à l'échelle cosmique pour l'infiniment petit non moins que pour l'infiniment grand (Du Bos, Journal, 1921, p.26).
Maître mot. Mot doté d'un pouvoir spécial, d'une énergie, d'une efficacité particulière:
3. ... que nous devions ne plus tenir compte de ce que Pascal (...) a baigné d'une admirable lumière, et qu'il faisait tenir dans les cinq mots inscrits sur le papier dont il ne se sépara jamais: Grandeur de l'âme humaine, que nous devions avoir honte de cet héritage et le jeter par-dessus bord, alors il ne nous reste plus, dans l'excès de notre indignation, que d'appeler à notre secours Ubu, cet alittérateur illustre, et que de lui emprunter le maître mot qu'il a eu, le premier, l'inspiration d'écrire en six lettres. Mauriac, Mém. intér., 1959, p. 217.
2. [Avec une valeur de superl. abs.] Qui est très important (par ses dimensions, sa force, sa valeur, etc.). Un marteau qui (...) frappait sur la tête grimaçante d'un maître-clou (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 26).Quelle ruse maîtresse cachait cette apparence? (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 181).Vous n'avez jamais connu les batailles d'Orient, où tous les coups sont maîtres (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 180).
Prononc. et Orth.: [mεtʀ ̭], [-tʀ εs]. Martinet-Walter 1973: 7/17 [-ε:tʀ ̭]. Homon. mètre, mettre. Ac. 1694, 1718: maistre; 1740-1835: maître; dep. 1878: maître, maîtresse. Étymol. et Hist. A. Maître, maîtresse en appos. ou adj. 1. a) ca 1100 le plus maistre «principal, le plus important» (Roland, éd. J. Bédier, 1818); ca 1150 mestre clerc «le premier du clergé, qui dirige les offices dans l'église» (Wace, Vie St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 966); 1155 maistre esturman «timonier» (Id., Brut, éd. I. Arnold, 11214); b) 1669 maîtresse femme (Widerhold Fr.-All.); c) 1832 maître compagnon (Raymond); 2. a) 1487 maistresse ville «capitale» (Garbin ds FEW t. 6, 1, p. 41a); b) mar. 1611 maître cable (Cotgr.); 1754 maître couple (Encyclop., s.v. couple); c) technol. 1694 maîtresse pièce (Ac.); d) 1845 maîtresses cartes «cartes du quatrième lot et de la dernière qualité qui puissent entrer dans un jeu» (Besch.) [cf. 1763 subst. maîtresses «cartes qui ont des défauts (terme de cartier)» (Encyclop., t. 23, Cartier, p. 3)]; 1902 atout maître (Nouv. Lar. ill.). B. Personne qui exerce une domination 1. a) 1155 «celui qui a autorité sur d'autres» (Wace, Brut, éd. citée 3120); b) 1160-74 «possesseur d'un animal domestique» (Id., Rou, éd. A. J. Holden, III, 8277); 2.a)ca 1190 «seigneur (par rapport au vassal)» (Floovant, éd. S. Andolf, 856); b) ca 1500 le maistre des seigneurs «Dieu» (Commynes d'apr. FEW t. 6, 1, p. 34b); 1685 le maître du monde (La Fontaine, Philémon et Baucis ds Œuvres. éd. H. Régnier, t. 6, p. 156); 3. loc. a) 1176 estre a mestre «avoir trouvé son maître» (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A.Micha, 938); 2emoitié xiiies. trover son mestre (Blancandin, éd. F.P.Sweetser, 1877); b) ca 1274 estre maistre de qqc. «être libre d'en disposer, d'en décider» (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 356); 1462 estre maistre de «dominer, en venir à dominer» (Villon, Testament, éd. J. Rychner et A. Henry, 760); c) 1538 faire le maître «user et abuser de son pouvoir» (Est., s.v. sustinere); d) 1538 être maître de soi «ne dépendre de personne» (ibid., s.v. imperiosus); e) 1667 être maître de + inf. «avoir la liberté, le pouvoir de» (Racine, Andromaque, IV, 5); f) 1668 l'œil du maître (La Fontaine ds Œuvres, éd. cit., t.1, p.352); 4. a) 1532 maître de la maison «celui qui commande dans la maison» (Rabelais d'apr. FEW t.6, 1, p.36b); 1673 maîtresse du logis (Mmede Sévigné, Let., à Mmede Grignan, 25 oct., I, 616 ds Quem. DDL t. 10); b) 1588 maistre de famille (Montaigne, Essais, livre II, chap. 22, éd. P. Villey, p.680). C. Personne qualifiée pour diriger 1. a) 1160-74 «celui qui conduit le personnel, dirige les opérations d'un service» (Wace, Rou, éd. cit. II, 1417); b) ca 1225 mestre d'ostel «majordome» (Hist. G. le Maréchal, 6544 ds T.-L.); c) 1297 mastre des comptes (A.N. J 654, pièce 16 ds Gdf. Compl.); d) 1350 maistre de l'euvre «celui qui dirige la construction d'un édifice» (H. Loh, Histoires tirées de l'Ancien Testament, p.40); e) 1418 maistre ouverier «ouvrier qualifié» (Règlements et privilèges des XXXII métiers de la cité de Liège, fasc. I: les Fèvres, éd. G. Hansotte, p.39 [3]); f) 1688 maître d'équipage «officier choisi parmi les matelots les plus expérimentés pour avoir soin de l'équipement des vaisseaux dans un arsenal» (Miege); 1835 «sous-officier qui a autorité sur tout l'équipage» (Ac.); 2. a) 1155 «celui qui enseigne, précepteur» (Wace, Brut, éd. cit., 5612); xiiies. il n'est maistre ne clerc d'escolle (Renaut, Galeran, éd. L. Foulet, 1277); 1567 maistresse d'escole (Baif, Euvres, Le Brave, III, 226 ds Quem. DDL. t18); b) 1461 «maître d'armes» (Chastellain, Chronique, éd. Kervyn de Lettenhove, t.3, p.44); 1538 maistre en fait d'armes (Est., s.v. lanista); c) 1636 maître danseur «maître de danse» (Monet, s.v. danseur); 3. a) 1155 maistre Wace «titre académique» (Wace, Brut, éd. cit., 7); b) 1432 maistre en ars (doc. ds Gdf. Compl.); 1633 maistre ès arts «grade universitaire qui donne le droit d'enseigner certaines matières» (La comédie des proverbes ds Anc. Th. fr., éd. Viollet Le Duc, t.9, p.94); c) 1845 maître de conférences «professeur à l'Ecole Nationale Supérieure de Paris» (Besch., s.v. conférence); 1893 «adjoint d'un professeur en titre à l'Université» (DG); 4. a) ca 1160 «celui qui est expert, qui excelle en quelque art ou science» (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 2204); ca 1190 n'avoir son maistre «être le plus habile de son métier» (Floovant, éd. cit., 2031); 1538 de main de maître «qui dénote une habileté supérieure» (Est., s.v. fabre); b) ca 1190 «personne dont on est le disciple, que l'on prend pour modèle» (Conon de Béthune, Chansons, éd. A. Wallensköld, p.9, 51); c) 1690 Beaux-Arts «grand peintre qui fait école» (Fur.); 5. mil. xiiies. «celui qui après avoir été apprenti, est reçu dans un corps de métier» (doc. ds Fagniez t.1, p.206). D. Titre donné à certaines pers. 1. a) fin xiies. «médecin» (Raoul de Cambrai, éd. P. Meyer et A. Longnon, 6270); b) 1461 «titre donné aux gens de robe (avocat, notaire, huissier...)» (Chastellain, Chronique, éd. citée, t.3, p.71); 2. a) 1176-81 «appellation en parlant à une personne» (Chr. de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 5211); b) 1435 maistre Mousche «homme astucieux» (doc. ds Revue d'hist. du théâtre, 1954, p.148); c) p. plaisant. 1668 maître Corbeau, maître Renard (La Fontaine, Le Corbeau et le Renard ds Fables, éd. citée, t.1, p.62). Du lat. magister «chef, directeur, celui qui enseigne» qui a supplanté comme nom commun le lat. class. dominus (dom*, dame*). Fréq. abs. littér. (maître1 et 2): 20532. Fréq. rel. littér. (maître1 et 2): xixes.: a) 30971, b) 36350; xxes.: a) 32371, b) 21943. Bbg. Arrivé (M.). Maître, instituteur... Fr. Monde. 1966, no44, pp.37-39. _ Behrens D. 1923, pp.44-45. _ Cohen 1946, p.8. _ Dauzat Ling. fr. 1946, p.10. _ Dub. Pol. 1962, p.337. _ Gall. 1955, p.51. _ Sculpt. 1978, p.544 (s.v. maître fondeur, maître sculpteur). _ Quem. DDL t.3 (s.v. maître mot), 17 (s.v. maître à penser). _ Spitzer (L.). Sprachwissenschaft. Afrz. Chief Hauptstadt... Z. rom. Philol. 1937, t.57, p.575. _ Vardar Soc. pol. 1973, [1970], pp.264-265.

Wiktionnaire

Nom commun

maître \mɛtʁ\ masculin (orthographe traditionnelle) (le féminin est maîtresse pour les définitions 1 à 7, parfois identique au masculin pour les suivantes)

  1. Personne qui exerce son autorité.
    • Comment un homme a-t-il pu devenir le maître d’un autre homme, et par quelle espèce de magie incompréhensible a-t-il pu devenir le maître de plusieurs autres hommes ? — (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1767)
    • Et tous, me voyant en bons termes avec le maître tout-puissant, sont pour moi pleins d'amabilité et de prévenances. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 95)
    • J’aimais à relire la vie des flibustiers […] maîtres de ces parages au XVIIe et au XVIIIe siècle, avant que l’entente franco-anglaise mît fin à cette guerre de pillage et de course. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • « Le maître de maison » désigne le chef de famille.
  2. (Par extension) Ce qui exerce sa domination.
    • Au total, la Révolution n’est restée maîtresse du terrain qu’en Russie, après une lutte acharnée des Rouges contre les Blancs, ceux-ci soutenus par les puissances occidentales. — (Jacques Delpierrié de Bayac, Histoire du Front populaire, Fayard, 1972, page 13)
  3. (Éducation) Maître d’école ; enseignant dans une école primaire.
    • Mêmes les gamines grandelettes peuvent prier en se rendant à l’école et au retour : ça leur fera oublier les prônes du maître d’école, ce suppôt de Satan-là. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Pàtsa s'avance en traînant les pieds, prend la craie et commence, laborieusement, à tracer : « Il n'ai pas a l'école passe qu'il a la pécole. »
      Éclat de rire général dans la classe. Le maître a du mal à retenir un sourire.
      — (Robert Dagany, La Muette d'Arenc: Marseille 1950, Le Fioupélan éditions, 2011, chap. 45)
  4. Propriétaire ; patron.
    • Les fermiers et les paysans n’avaient point vu de maîtres au château depuis un temps immémorial. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Joseph, le valet de chambre, entra, présenta à son maître un plateau de vieux laque japonais, au centre duquel une carte de visite se pavanait. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : Gavinard)
    • En qualité d’enfant du pays et je crois bien d’enfant de la maison, il avait, vis-à-vis de son maître, autant de privautés que de tendresse. « Monsieur notre maître, » disait-il toujours, soit qu’il parlât de lui ou qu’il lui parlât, et le maître à son tour le tutoyait par une habitude qu’il avait gardée de sa jeunesse et qui perpétuait des traditions domestiques assez touchantes entre le jeune chef de famille et le vieux André. — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, pages 25-26)
    • Moi, je n’ai jamais eu de maison. ç’a été d’abord l’hospice, et puis j’ai été à maîtres, et ça sera comme ça jusqu’au bout. — (Marcel Arland, Terre natale, 1938, réédition Le Livre de Poche, page 154)
    • Entre eux, les tondeurs sedanais font des assemblées. Après avoir bien réfléchi et discuté avec les maîtres depuis avril, le 1er août 1750 ils décident d’engager la « cloque », c’est à dire la grève générale des sept cents compagnons, et de « muleter » les jaunes de cinquante livres d’amende selon la tradition du compagnonnage auquel ils semblent appartenir. — (Henri Manceau, Des luttes ardennaises, 1969)
  5. (En particulier) (Élevage) Propriétaire d’un animal domestique.
    • Pendant que le maître buvait des petits verres de trois-six, le chien s’était mis à rôder dans les environs, fouillant avidement les tas d’ordures […] — (Octave Mirbeau, « La Mort du chien » dans Lettres de ma chaumière, 1886)
    • Le cheval qui est le compagnon fidèle de l’homme est aussi capable de le suivre dans toutes ses pérégrinations […] Comme son maître, il est cosmopolite […] — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
    • La nourriture incrassante qu’elles recevaient de la main de leur maître, en les faisant passer peu à peu à l’état de poulardes, nuisait à la régularité de leur pondaison. — (Alexandre Dumas, Histoire de mes Bêtes, Michel Lévy frères, 1867, page 253)
  6. (Antiquité) (En particulier) Propriétaire d’un esclave.
  7. (Par extension) (Sexualité) Celui qui prend le rôle de soumettre un partenaire, lequel accepte celui d’être soumis.
  8. Éducateur.
    • Un troisième ami de la maison, le principal du collège d'Arbois, M. Romanet, exerça une influence décisive sur la carrière de Louis Pasteur. Ce maître, qui se proposait chaque jour d'élever davantage l'esprit et le cœur de ses collégiens, inspirait à Pasteur quelque chose de plus que le respect et la reconnaissance; c'était de l’admiration. — (René Vallery-Radot, La vie de Pasteur, Hachette, 1900, Flammarion, 1941, page 14)
  9. (Arts) (Mélioratif) Personne qui domine un art.
    • Le maître de danse lui fit observer, avec toute la politesse possible, qu'on devait dire le coude-pied, parce que , disait-il , en joignant l'exemple au précepte, le pied fait le coude en cet endroit. — (Alexandre Boniface, Manuel des amateurs de la langue française, 1re année, 1813, Paris : chez l'auteur, chez Pillet, chez Le Normant, chez Périsse & Compère, chez Alex. Johanneau, de l'Imprimerie Pillet, 1814, page 151)
    • […] Marguerite, d’une aiguille d’or à la pointe arrondie, sondait les plaies avec toute la délicatesse et l’habileté que maître Ambroise Paré eût pu déployer en pareille circonstance. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre X)
    • Les maîtres en droit enseignent au nombre de nombreux principes sacro-saints du droit universellement admis, un principe révélé en latin dont la traduction en français s’énonce comme suit : nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. — (Mamadou Koulibaly, La Guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, L’Harmattan, 2003, page 49)
    • Maître du dojo.
  10. Titre des personnes revêtues de certaines charges.
    • Maître des comptes.
  11. (Justice) Titre qu’on donne à un avocat, à un notaire ou à un huissier de justice en France, en Belgique et au Canada.
  12. (Éducation) Titre de quelqu’un qui est titulaire d’une maîtrise en France.
  13. (Militaire) (France) Grade donné à un sous-officier dans la Marine nationale française, situé entre son supérieur hiérarchique, le premier maître, et son subordonné, le second maître. Ce grade correspond à celui de sergent-chef dans l’armée de terre française. Les codes OTAN sont OR-7 et OR-6.
  14. (Franc-maçonnerie) Ancien compagnon ayant atteint le troisième et dernier degré.
    • Tous les officiers d’une loge doivent être maîtres maçons. Ils sont élus annuellement.
  15. (Informatique) Élément depuis lequel on synchronise, par opposition à l’esclave.
  16. (Militaire) Grade OR-6 de la marine.
  17. (Militaire) Grade OR-7 de la marine.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MAÎTRE. (féminin : MAÎTRESSE.) n. m.
Celui qui commande, qui domine, soit de droit, soit de fait. Dieu est le maître de l'univers. César se rendit maître de la république. Rome fut la maîtresse du monde. Agir, parler en maître. Chacun est maître, le maître chez soi. Le maître de la maison. La maîtresse du logis. Maîtresse de maison, Celle qui dirige son ménage. Il se dit spécialement d'une Femme du monde qui reçoit des visites ou des invités. Se rendre maître d'une place, d'un poste, d'une position, S'en emparer par la force, par la conquête. On dit dans un sens analogue : Après une lutte acharnée, l'ennemi resta maître du champ de bataille. Se rendre maître des esprits, des cœurs, Prendre de l'empire sur les esprits, gagner les cœurs. Se rendre maître de la conversation, Y jouer le principal rôle, la diriger sur le sujet qu'on préfère. Se rendre maître du feu, Arrêter les progrès d'un incendie. Être maître du feu, S'être assuré que le feu ne fera plus de progrès. Être maître de ses passions, Les dompter, les vaincre. Être maître de soi, Se posséder. Au cours de cette séance orageuse, il est resté maître de lui. Cet écrivain, cet orateur, ce poète est maître de son sujet, est maître de sa matière, Il la possède et il est en état de la bien traiter. Ce chanteur est maître de sa voix, Il la dirige avec facilité. Être le maître, être maître de faire quelque chose, Avoir la liberté, le pouvoir de faire quelque chose. Vous êtes maître de choisir. Vous êtes le maître d'y aller ou de n'y pas aller. On dit absolument, Vous êtes bien le maître; et par civilité, Nous irons où il vous plaira, où vous voudrez, vous êtes le maître. Trouver son maître, Avoir affaire à quelqu'un de plus fort, de plus habile que soi. On dit dans un sens analogue : En art, en littérature, les anciens sont nos maîtres. Il désigne encore Celui, celle qui a des domestiques. Bon maître. Mauvais maître. Servir son maître. Ce valet de chambre change sans cesse de maître. Cette femme est bonne maîtresse, elle traite bien ses domestiques. Prov., Tel maître, tel valet, Les valets prennent les habitudes de leurs maîtres. Fig., Par une façon de parler empruntée de l'Écriture, Nul ne peut servir deux maîtres, On ne peut être l'homme de deux causes qui s'opposent, de deux opinions qui se contredisent.

MAÎTRE signifiait jadis Possesseur, propriétaire. Il n'est plus guère employé qu'à propos d'un chien : Ce chien a perdu son maître. Ce chien a tout de suite reconnu la voix de son maître; et dans les expressions suivantes : Cheval de maître, voiture de maître, par opposition à Cheval de louage, voiture de louage. Fig., L'œil du maître, La surveillance, la sollicitude du propriétaire. Il n'y a rien de tel que l'œil du maître. Prov., L'argent n'a point de maître, Rien ne fait connaître à qui appartient une pièce de monnaie perdue. Fam., Il trouvera maître, se dit d'un Bijou, d'un objet perdu et signifie Il y aura quelqu'un qui le réclamera ou qui se l'appropriera.

MAÎTRE signifie en outre Celui qui enseigne quelque art ou quelque science. Maître de danse. Maître d'armes. Il a travaillé à la satisfaction de tous ses maîtres. Le maître avait réuni tous ses anciens élèves. Dans cette acception, il tend de plus en plus à être remplacé par Professeur. On dit Professeur de mathématiques, d'anglais, de violon. Cependant on dit encore Maîtresse de piano. Maître de conférences, Celui qui, dans une Université, est adjoint au professeur en titre pour diriger les exercices pratiques. Maître ès arts, Celui qui avait reçu, dans une Université, les degrés qui donnaient pouvoir d'enseigner les humanités et la philosophie. Maître, maîtresse de pension, Celui, celle qui prend des enfants en pension pour les instruire. Maître, maîtresse d'école, Celui, celle dont l'école est destinée à donner aux enfants les connaissances les plus élémentaires. On dit aujourd'hui Instituteur, institutrice primaire. Maître, maîtresse d'étude, Celui, celle qui, dans un collège, surveille les élèves pendant les heures de travail et de récréation. On dit plutôt aujourd'hui Répétiteur, répétitrice. Fig., Le temps est un grand maître, Le temps résout beaucoup de difficultés. Jurer sur la parole du maître, Adopter aveuglément et soutenir les opinions d'un homme en qui l'on a une confiance absolue. Le maître l'a dit, Sentence empruntée des Anciens et qui signifie qu'Un chef d'école a décidé une question et que ses disciples ne se permettent pas d'examiner, de discuter après lui.

MAÎTRE s'est dit aussi de Celui qui, après avoir été apprenti, était reçu avec les formes ordinaires dans quelque corps de métier. Maître cordonnier, tailleur, maçon, charron. Il se dit encore aujourd'hui des Artisans qui emploient ou dirigent plusieurs ouvriers, qui ont des ateliers, qui font des entreprises, etc. Le devis du maître maçon. Maître imprimeur. Fig. et fam., Il est passé maître en fourberie, C'est un grand fourbe. Maître chanteur. Voyez CHANTEUR. Maître clerc, Celui qui dans une étude de notaire ou d'avoué est le premier des clercs. On dit plutôt aujourd'hui Premier clerc. Maître d'hôtel, Celui des domestiques qui dirige le service de table. En termes de Marine, Maître d'équipage, ou simplement Maître, Le premier sous-officier de manœuvre, qui a autorité sur toutes les personnes de l'équipage. On dit aussi, dans des sens analogues, Maître canonnier; maître charpentier; etc. En termes de Chasse, Maître d'équipage désigne Celui qui dirige une chasse à courre.

MAÎTRE se joint quelquefois à des adjectifs ou à des noms désignant des défauts, des vices, pour indiquer que ces défauts, ces vices sont portés à leur plus haut degré. Maître sot. Maître coquin. Maître fripon. On dit aussi, dans un sens favorable, Un maître homme, une maîtresse femme, Un homme, une femme entendus, habiles, qui savent se faire obéir, se faire servir.

MAÎTRE se dit aussi de Celui qui possède un grand talent, une supériorité reconnue en quelque matière que ce soit. Les maîtres de l'art. Un maître écrivain. Coup de maître. Un travail fait de main de maître. Il se dit particulièrement, en termes de Beaux-Arts, des Grands peintres, sculpteurs ou musiciens. Les maîtres de l'école française, de l'école vénitienne. Un tableau de maître. Les maîtres italiens, les maîtres flamands. Ce tableau est d'un grand maître. Les petits maîtres se dit des Maîtres qui se sont spécialisés dans les compositions de genre et de dimensions réduites. Les petits maîtres du XVIIIe siècle.

MAÎTRE, en termes de Palais et de Procédure, est aussi un Titre qu'on donne aux avocats, aux avoués, aux notaires, etc. Maître N., n'avez-vous rien de plus à dire pour la défense de l'accusé? Par-devant maître un tel et son confrère, notaires à Paris. Fam., Maître aliboron. Voyez ALIBORON. Fig. et fam., Maître Jacques, Homme qui réunit plusieurs emplois dans une maison, par allusion à L'Avare, comédie de Molière. Il est à la lois cuisinier, valet de chambre, cocher; c'est un maître Jacques. Fam., Petit-maître, Jeune homme qui se fait remarquer par une élégance recherchée dans sa mise et par un ton avantageux avec les femmes. Il fait le petit-maître. Petite-maîtresse, Femme qui est d'une élégance recherchée dans son ton, dans ses manières, dans sa parure, dans son ameublement. Elle a une coquetterie de petite-maîtresse. Des airs, des manières de petite-maîtresse.

MAÎTRE est aussi le Titre des personnes revêtues de certaines charges. Maître des requêtes. Maître des comptes. Maître des cérémonies. Maître de chapelle, Celui qui est chargé de diriger le chant dans une église, et plus particulièrement de former les enfants de chœur.

MAÎTRE était encore un Titre qu'on donnait aux chefs des ordres militaires, des ordres de chevalerie. Grand maître de l'ordre de Malte. Grand maître de l'université, Titre donné, à diverses époques, au chef de l'Université de France.

MAÎTRESSE signifie spécialement Femme ou fille qui vit avec un homme dans un commerce d'amour et de galanterie. C'est sa maîtresse. Il a eu plusieurs maîtresses.

MAÎTRE et MAÎTRESSE se disent aussi adjectivement pour signifier Qui est premier ou principal, en parlant des Choses inanimées qui sont de même nature. Le maître brin d'une plante. La maîtresse poutre. La maîtresse branche. Le maître-autel, L'autel principal dans une église.

Littré (1872-1877)

MAÎTRE (mê-tr') s. m.

Résumé

  • 1° Celui qui commande soit de droit soit de fait.
  • 2° Celui qui possède des esclaves.
  • 3° Roi, empereur, prince souverain.
  • 4° Celui qui par la force entre en possession, en domination.
  • 5° Il se dit des choses abstraites dont on dispose comme un maître fait de ce qu'il possède.
  • 6° Propriétaire.
  • 7° Celui qui enseigne quelque art ou quelque science.
  • Fig. Celui qui enseigne, instruit, sans être un maître d'enseignement.
  • 9° Celui qui est savant, expert, éminent en quelque art ou science.
  • 10° Celui qui, après avoir été apprenti, était reçu avec les formes régulières dans quelque corps de métier.
  • 11° Qualification donnée à des artisans qui emploient ou dirigent plusieurs ouvriers, qui ont des ateliers, qui font des entreprises, etc.
  • 12° Maître clerc ; maître garçon ; maître valet, etc.
  • 13° Dans la marine, diverses significations du mot maître.
  • 14° Maître des hautes œuvres, des basses œuvres.
  • 15° Titre qu'on donne aux avocats, aux avoués et aux notaires.
  • 16° Il se dit familièrement en parlant à des gens de condition peu relevée et en parlant d'eux.
  • 17° Titre des personnes revêtues de certaines charges.
  • 18° Maître de chapelle.
  • 19° Maître d'hôtel.
  • 20° Anciennement, soldat cavalier.
  • 21° Il se joint à certains termes d'injure pour les renforcer, et aussi comme éloge à certaines qualifications.
  • 22° En termes de chasse, nom de certaines cordes.
  • 23° Petits-maîtres.
  • 1Celui qui commande soit de droit soit de fait. Le maître de la maison. Un maître de maison. Bon maître. Mauvais maître. C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois, Corneille, Théod. III, 3. Flatter ceux du logis, à son maître complaire, La Fontaine, Fabl. I, 5. Jean Lapin allégua la coutume et l'usage : Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis Rendu maître et seigneur, La Fontaine, ib. VII, 16. J'ignore ce qu'au fond le serviteur peut être ; Mais pour homme de bien je garantis le maître, Molière, Tart. I, 1. Je n'aurais pas l'esprit d'être maître chez moi ? Molière, F. sav. V, 2. Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde [Dieu]… et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnés à un maître si bienfaisant, Bossuet, Louis de Bourbon. Laborieux valet du plus commode maître Qui, pour te rendre heureux, ici-bas pouvait naître, Boileau, Ép. X. Andromaque, sans vous, N'aurait jamais d'un maître embrassé les genoux, Racine, Andr. III, 6. Comment un homme a-t-il pu devenir le maître d'un autre homme, et par quelle espèce de magie incompréhensible a-t-il pu devenir le maître de plusieurs autres hommes ? Voltaire, Dict. phil. Maître. Le sang de Jupiter aurait ici des maîtres ! Voltaire, Mérope, I, 2. Ce qu'il faut fuir n'est pas la campagne, mais la maison des grands et des princes, qui ne sont point les maîtres chez eux, et ne savent rien de ce qui s'y fait, Rousseau, Lett. à Mirab. Corr. t. VII, p. 16, dans POUGENS.

    Fig. J'aime fort la liberté et le libertinage de votre vie et de vos repas, et qu'un coup de marteau ne soit pas votre maître, Sévigné, 25 juill. 1689.

    Seigneur et maître, sorte de pléonasme dont on se sert quelquefois dans le langage familier. Il est ici seigneur et maître.

    Une femme dit quelquefois, par plaisanterie, en parlant de son mari : mon seigneur et maître.

    Il a bon maître, c'est-à-dire il est au service ou dans la dépendance d'un homme puissant qui saura le protéger.

    Un air de maître, ton, manières de commandement, de supériorité. Ce qui est rare, c'est l'air de maître avec lequel ce monsieur [un annotateur du Siècle de Louis XIV] ose dire…, Voltaire, Mél. hist. Suppl. au siècle de Louis XIV, I.

    Heurter, frapper en maître, frapper à la porte d'une maison plusieurs coups de suite, ou seulement un coup très fort. Cependant, sans délai, messieurs frappent en maître, Régnier, Sat. X. On frappe à l'huis ; le logis aux verrous Était fermé ; la femme à la fenêtre Court en disant : celui-là frappe en maître : Serait-ce point par malheur mon époux ? La Fontaine, Rémois. Quel bruit à descendre m'oblige, Et qui frappe en maître où je suis ? Molière, Amph. III, 5.

    On dit de même : sonner en maître.

    Parler en maître, avoir le ton du commandement. C'est a vous de sortir, vous qui parlez en maître, Molière, Tart. IV, 7. Pharnace croit peut-être Commander dans Nymphée et me parler en maître, Racine, Mithr. I, 1. Et [ces lieux] ne s'attendaient pas, lorsqu'ils nous virent naître, Qu'un jour Domitius me dût parler en maître, Racine, Brit. III, 8.

    Fig. Chercher maître, ne pas savoir encore de quel parti on se rangera, quelle opinion on adoptera soit en politique, soit en religion, etc.

    Être son maître, ne dépendre de personne. Ce jeune homme est devenu trop tôt son maître. Il a vingt-huit ans, il est son maître, il vous aime avec passion ; qui peut l'empêcher de vous épouser ? Genlis, Théât. d'éduc. I, 7.

  • 2 Particulièrement. Celui qui possède des esclaves. L'esclave n'a qu'un maître : l'ambitieux en a autant qu'il y a de gens utiles à sa fortune, La Bruyère, VIII. La raison veut que le pouvoir du maître ne s'étende point au delà des choses qui sont de son service, Montesquieu, Esp. XV, 12. Il fallut des lois terribles pour établir la sûreté de ces maîtres cruels, qui vivaient au milieu de leurs esclaves comme au milieu de leurs ennemis, Montesquieu, ib. Si un maître avait été tué dans un voyage, on faisait mourir ceux qui étaient restés avec lui, et ceux qui s'étaient enfuis, Montesquieu, ib. 16.
  • 3Roi, empereur, prince souverain. Seigneur, il est bien dur de se voir sous un maître Dont on le fut toujours, et dont on devrait l'être, Corneille, Pulch. II, 2. Qu'il est peu de sujets fidèles à leurs maîtres ! Corneille, Nicom. V, 8. Il fut maître paisible de tout l'Orient, Bossuet, Hist. I, 7. Le tyran se rendit le maître, Bossuet, Hist. I, 10. Nous voyons mourir tous les jours nos inférieurs, nos égaux, nos maîtres, Fléchier, Dauphine. Aussitôt, rassemblant nos lévites, nos prêtres, Je leur déclarerai l'héritier de leurs maîtres, Racine, Athal. I, 2. …pour le choix d'un maître Athènes se partage, Racine, Phèdre, I, 4. Et moi qui sur le trône ai suivi mes ancêtres, Moi fille, femme, sœur et mère de vos maîtres…, Racine, Brit. I, 2. Je vais donner, seigneur, un maître à Babylone, Voltaire, Sémiram. II, 7. Égisthe, avec les siens, d'un pas précipité, Vole, croit le punir, arrive et voit son maître, Voltaire, Oreste, V, 7.

    Mon maître, le roi mon maître, l'empereur mon maître, etc. expressions qu'emploient ordinairement les ambassadeurs ou autres agents d'un souverain, en pays étranger, lorsqu'ils parlent de lui.

    Maître du monde, possesseur d'une grande partie de la terre que par exagération on nomme le monde. Ce qui a le plus contribué à rendre les Romains maîtres du monde, c'est qu'ayant combattu successivement contre tous les peuples, ils ont toujours renoncé à leurs usages, sitôt qu'ils en ont trouvé de meilleurs, Montesquieu, Rom. 1.

    Maître du monde, se dit aussi de la puissance divine. Mais quand nous serions rois, que donner à des dieux ? C'est le cœur qui fait tout : que la terre et que l'onde Apprêtent un repas pour les maîtres du monde, La Fontaine, Phil. et Bauc.

    Il se dit enfin des souverains. Avant qu'ils [les fils des rois] sachent qu'ils sont hommes et qu'ils sont pécheurs, on leur apprend qu'ils ont des sujets, et qu'ils sont les maîtres du monde, Fléchier, Duc de Mont. Parle : peut-on le voir sans penser, comme moi, Qu'en quelque obscurité que le sort l'eût fait naître, Le monde en le voyant eût reconnu son maître ? Racine, Bér. I, 5.

    Les maîtres de la terre, les rois, les princes. Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre ; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs, Malherbe, I, 3.

    Le grand maître, Dieu. Qu'il fallait porter ma reconnaissance plus loin, et appliquer toute l'ardeur du génie à quelque nouvel essai de ses forces qui n'eût point d'autre but que le service de ce grand maître et l'utilité du prochain, Corneille, Ép. au pape Alexandre VII.

    Le grand maître, se dit aussi d'un homme qui a toute autorité. Le grand maître a parlé ; voudrez-vous l'en dédire, Vous qu'on voit après lui le premier de l'empire ? Corneille, Othon, II, 3.

    Le maître des humains, Dieu. Malheureux ! vous quittez le maître des humains Pour adorer l'ouvrage de vos mains ! Racine, Esth. II, 9.

  • 4Celui qui, par la force, entre en possession, en domination. Ayant battu les ennemis, il fut le maître de la campagne. Il resta maître du champ de bataille. Se rendre maître d'une place, d'une province, d'un poste.

    Se rendre maître de, arrêter les progrès. On ne put se rendre maître de l'émeute. Le jour favorisa les efforts du duc de Trévise ; il se rendit maître du feu ; les incendiaires se tinrent cachés, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6.

    On dit dans le même sens : être maître de. Les magistrats furent enfin maîtres de la sédition. Être maître du feu.

    Fig. Se rendre maître de, acquérir la disposition de, manier, tourner à son gré. Se rendre maître des esprits, des cœurs. On ne leur laisse [aux peuples] plus rien à ménager quand on leur permet de se rendre maîtres de leur religion, Bossuet, Reine d'Anglet.

    Se rendre maître de la conversation, la diriger sur le sujet que l'on veut.

    Fig. Il a trouvé son maître, il a trouvé quelqu'un plus fort, plus savant que lui. C'était un querelleur, mais il a trouvé son maître.

    On dit dans le même sens : voir son maître. Ma plume t'apprendra quel homme je puis être. - Et la mienne saura te faire voir ton maître, Molière, Femmes sav. III, 5. On disait : il [Napoléon de Sainte-Hélène] va paraître ; Par mer il est accouru, L'étranger va voir son maître, Béranger, les Souvenirs du peuple.

    Vous êtes mon maître, se dit à celui par qui on a été vaincu dans quelque exercice, à un Jeu.

    On dit dans un sens analogue : Les Italiens sont nos maîtres en musique. g. Maître se dit de toutes les choses abstraites, intellectuelles, morales dont on dispose comme un maître fait de ce qu'il possède. Être maître de ses passions. On en voit qui ne sont pas toujours maîtres de leur peur, La Rochefoucauld, Max. 215. …à l'orgueil de ce traître, De mes ressentiments je n'ai pas été maître, Molière, Tart. V, 3. Ô ciel ! de mes transports puis-je être ici le maître ? Molière, Mis. IV, 3. Si j'étais maître de vos disputes, je vous interdirais le mot de Jansénius de part et d'autre, Pascal, Prov. 18. Il ne fut pas le maître de son émotion, Sévigné, 403. Dans le temps que nous voulons la députation pour mon fils, dont apparemment M. de Chaulnes sera le maître cette année, Sévigné, 25 juill. 1689. De quels yeux le regardions-nous [Louis XIV], lorsqu'aux dépens d'une santé si chère… et que, maître de sa douleur comme de tout le reste des choses, nous le voyions tous les jours… ? Bossuet, Louis de Bourbon. De quelle importance, de quel éclat, de quelle réputation au dedans et au dehors d'être le maître du sort du prince de Condé ! Bossuet, le Tellier. Il n'était point à Sparte entre tous ces amants Dont le père d'Hélène a reçu les serments ; Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole, S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole, Racine, Iph. II, 3. On est maître de la vie des autres quand on ne compte pour rien la sienne, Fénelon, Tél. XX.

    Être maître de soi, avoir de l'empire sur soi-même. Je suis maître de moi comme de l'univers, Corneille, Cinna, V, 3. Il ne disait, maître de lui-même, que ce qu'il voulait, Bossuet, le Tellier. Pygmalion paraît maître de tous les autres hommes, mais il n'est pas maître de lui-même, car il a autant de maîtres et de bourreaux qu'il a de désirs violents, Fénelon, Tél. III. J'admire et ne plains point un cœur maître de soi, Qui, tenant ses désirs enchaînés sous sa loi, S'arrache au genre humain pour Dieu qui le fit naître, Voltaire, 5e discours.

    Cet écrivain, cet orateur, ce poëte est maître de son sujet, de sa matière, il possède bien son sujet, sa matière, et est capable de les bien traiter.

    Ce chanteur est maître de sa voix, il la dirige avec facilité.

    Être le maître, être maître de faire quelque chose, avoir la liberté, le pouvoir de faire quelque chose. Achevez votre hymen, j'y consens ; mais du moins Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins… Différez-le d'un jour, demain vous serez maître, Racine, Andr. IV, 5. L'on me dit à l'oreille : il a cinquante mille livres de rente… si je commence à le regarder avec d'autres yeux, et si je ne suis pas maître de faire autrement, quelle sottise ! La Bruyère, VI. Maître de se venger, on pardonne aisément, Saurin, Spartac. V, 5.

    Absolument. Être le maître ou maître, dominer sans contestation.

    Fig. Hé bien, Phénix, l'amour est-il le maître ? Racine, Andr. II, 5.

    Vous êtes bien le maître, vous pouvez faire ce que vous voudrez. Çà, de quoi s'agit-il ? parlez, vous voilà maître ; Mais surtout soyez bref, Regnard, Fol. am. II, 5.

    Par civilité. Nous irons où il vous plaira, où vous voudrez, vous êtes le maître.

  • 6Propriétaire. Il est maître de cette terre, de ce château. Du palais d'un jeune lapin, Dame belette, un beau matin, S'empara : c'est une rusée ; Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée, La Fontaine, Fabl. VII, 16. Dites moi, s'il vous plaît, monsieur, à qui peut être Le château que voilà. - Mais… il est à son maître, Regnard, Fol. am. I, 5.

    L'œil du maître, la surveillance, la sollicitude du propriétaire. Il n'est, pour voir, que l'œil du maître, La Fontaine, Fabl. IV, 21.

    Il trouvera maître, se dit d'un objet de quelque prix, égaré, et signifie : il y aura quelqu'un qui le réclamera ou qui se l'appropriera.

  • 7Celui qui enseigne quelque art ou quelque science. L'école normale est destinée à former des maîtres. Maître de langue. Maître de langue allemande. Maître de français. Il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie, Molière, Bourg. gent. III, 3. Son latin et son bon sens le rendent un bon écolier, et ma routine et les bons maîtres que j'ai eus me rendent une bonne maîtresse, Sévigné, 60. Nous attendons encore un maître italien, Regnard, le Distr. I, 4. Combien d'hommes illustres en tous genres n'ont eu d'autre maître qu'eux-mêmes, et n'en ont été que plus grands ! D'Alembert, Éloge de Perrault.

    Maître ès arts, celui qui avait reçu, dans une université, les degrés qui donnaient pouvoir d'enseigner les humanités et la philosophie. Le lion, pour bien gouverner, Voulant apprendre la morale, Se fit un beau jour amener Le singe, maître ès arts chez la gent animale, La Fontaine, Fabl. XI, 5.

    Maître des sentences, surnom de Pierre Lombard, au XIIe siècle, auteur d'un livre qui portait ce titre.

    Dans les communautés religieuses. Père maître, celui qui dirige les novices.

    Maître de pension, celui qui prend des enfants en pension pour les instruire

    Maître d'école, celui qui enseigne aux enfants dans une école publique les connaissances les plus élémentaires. Par cet endroit passe un maître d'école, La Fontaine, Fabl. I, 19. J'étais roi à Syracuse, je suis maître d'école à Corinthe, Barthélemy, Anach. ch. 63.

    Maître d'étude, celui qui, dans un lycée, collége ou pensionnat, surveille les élèves pendant les heures d'étude et de récréation.

    Maître de danse ou maître à danser, celui qui enseigne la danse. Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il faut, Molière, Bourg. gent. II, 3. Si j'étais maître à danser, je ne ferais pas les singeries de Marcel, Rousseau, Ém. II.

    Maître de musique, maître de piano, etc. celui qui enseigne la musique, le piano, etc.

    Maître de chant ou maître à chanter, celui qui enseigne la musique vocale.

    Terme de manége. Avoir les pieds en maître à danser, avoir les pointes des pieds trop en dehors.

    Maître à danser, compas à l'usage des horlogers, dont les branches croisées ressemblent par le bas à deux jambes portant leurs pieds en dehors.

    Maître de ballet, celui qui dirige l'exécution des ballets.

    Maître de musique, nom donné au chef de la musique d'un régiment ; il a le grade de sergent-major.

    Maître de musique, musicien gagé pour composer de la musique ou la faire exécuter.

    Maître en fait d'armes ou maître d'armes, celui qui enseigne l'escrime. Monsieur, voilà votre maître d'armes qui est là, Molière, Bourg. gent. II, 2.

    Maître d'académie, écuyer qui tient un manége.

  • 8 Fig. Celui qui enseigne, instruit, sans être un maître d'enseignement. Il doit savoir qu'un jour il me fera raison D'avoir réduit mon maître [Annibal] au secours du poison, Corneille, Nicom. II, 3. Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse Ne m'a jamais appris à faire une bassesse, Corneille, ib. Jamais un si digne maître n'avait expliqué par de si doctes leçons les commentaires de César, Bossuet, Louis de Bourbon. Mais Calchas est ici… Le ciel souvent lui parle ; instruit par un tel maître, Il sait tout ce qui fut et tout ce qui doit être, Racine, Iph. II, 1. Ses voisins firent à Rome une résistance inconcevable et furent ses maîtres en fait d'opiniâtreté, Montesquieu, Rom. 1.

    Jurer sur la parole du maître, suivre en tout et aveuglément les opinions d'un philosophe, d'un savant, d'un chef d'école.

    Dans un sens très analogue. Le maître l'a dit, c'est-à-dire il n'y a point d'objection à soulever, celui qui a toute autorité sur notre raison a prononcé (c'est une locution qui provient de l'école de Pythagore).

    Ce qui enseigne, instruit. Le temps est un grand maître, il règle bien des choses, Corneille, Sertor. II, 4. Il le faut avouer, l'amour est un grand maître, Molière, Éc. des f. III, 4. Les mauvais succès sont les seuls maîtres qui peuvent nous reprendre utilement, et nous arracher cet aven d'avoir failli qui coûte tant à notre orgueil, Bossuet, Reine d'Anglet. Instruit par le malheur, ce grand maître de l'homme, Voltaire, Brutus, I, 2. Ah ! celui qui a dit que le malheur était le grand maître de l'homme, a dit bien plus vrai qu'il n'a cru : il n'a vu dans le malheur qu'un maître de sagesse et de conduite ; il n'y a pas vu tout ce qu'il est, un plus grand maître de réflexions et de pensées, D'Alembert, Tomb. l'Espinasse. Le plaisir et la douleur, voilà donc nos premiers maîtres ; ils nous éclairent parce qu'ils nous avertissent si nous jugeons bien ou si nous jugeons mal, Condillac, Log. I, 1.

  • 9Celui qui est savant, expert, éminent en quelque art ou science. Il est maître en éloquence, en poésie. L'autre [Condé], comme un homme inspiré, dès la première bataille s'égale aux maîtres les plus consommés, Bossuet, Louis de Bourbon. Ce grand maître de la perfection chrétienne, et qui avait été instruit par Jésus-Christ même, Bourdaloue, 10e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 263. Principe universellement reconnu parmi les pères et les maîtres de la vie spirituelle, Bourdaloue, Exhort. sur l'obéiss. relig. t. I, p. 277. Quant à la morale, celui qui a fourni à l'admirable Pope tous les principes de son Essai sur l'homme, est sans doute le plus grand maître de sagesse et de mœurs qui ait jamais été, Voltaire, Philos. Déf. de mil. Bolingbr. préf.

    Coup de maître, voy. COUP, n° 12.

    Main de maître, voy. MAIN.

    Les maîtres de la lyre, voy. LYRE.

    Il se dit particulièrement des grands peintres. Les maîtres de l'école française.

    Les petits maîtres, certain nombre de graveurs qui sont ainsi désignés dans les catalogues d'estampes.

    Fig. Celui qui excelle à. Vous seriez un grand maître à faire des romans, Corneille, Ment. I, 6. En matière de fourbe il est maître, il y pipe, Corneille, ib. III, 3. Mais il faut réserver à d'autres cet emploi [de vous louer, Mme de Montespan] ; Et d'un plus grand maître [Louis XIV] que moi Votre louange est le partage, La Fontaine, Fabl. VII, à Mme de Montespan.

    En maître, à la façon de celui qui excelle. Il écrit en maître. Que vous avez l'air tendre, Et qu'en maître déjà vous savez vous y prendre ! Molière, Mélic. II, 4. Celui qui, après avoir été apprenti, était reçu avec les formes régulières dans quelque corps de métier ; ce que l'on appelait passer maître. Il est passé maître. Quand on est fils de maître, on est bientôt savant, Boursault, Fables d'Ésope, III, 5. Qu'il fasse toujours son chef-d'œuvre, et que jamais il ne passe maître, Rousseau, Ém. III.

    Fig. et familièrement. Il est passé maître en…, c'est un homme habile en… soit qu'il s'agisse ou non d'une chose louable. Bien que maîtres passés en l'art de bien parler, Régnier, Sat. I. Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ; L'autre était passé maître en fait de tromperie, La Fontaine, Fabl. III, 5. Que l'on m'amène un âne, un âne renforcé, Je le rendrai maître passé, La Fontaine, ib. VI, 19. Ô toi qui peins d'une façon galante, Maître passé dans Cythère et Paphos, La Fontaine, Imit.

    Par plaisanterie. Passer quelqu'un maître, ne pas l'attendre pour dîner.

    Maître juré, voy. JURÉ 2, n° 2.

    Terme de franc-maçonnerie. Celui qui a été reçu dans la chambre du milieu, qui dirige les apprentis et les compagnons.

  • 11Aujourd'hui, qualification donnée à des artisans qui emploient ou dirigent plusieurs ouvriers, qui ont des ateliers, qui font des entreprises, etc.

    Maître d'œuvre, l'ouvrier qui commande aux autres dans un atelier. Le vieux [castor] y fait marcher le jeune sans relâche ; Maint maître d'œuvre y court, et tient haut le bâton, La Fontaine, Fabl. X, 1.

    Maître de pelle, garçon boulanger chargé d'enfourner.

    Terme de pêche. Maître de grave, celui qui, après la pêche de la morue, est chargé de faire sécher sur la grève les poissons dont on veut faire du stockfisch.

    Ancien terme d'eaux et forêts. Maîtres des œuvres, se disait autrefois de ceux qui étaient chargés des constructions civiles et navales.

  • 12Maître clerc, celui qui, dans une étude de notaire ou d'avoué, est le premier des clercs.

    Maître garçon, celui qui est le premier entre ses compagnons dans une maison, dans une boutique, etc. Je suis, dit-il au sergent, le maître garçon de ce cabaret, Lesage, Diable boît. ch. 7, dans POUGENS.

    Maître valet, celui qui, dans une ferme, est à la tête des domestiques, et dirige l'exploitation sous le propriétaire ou fermier.

    Maître compagnon, celui qui conduit l'atelier pour le maître maçon et qui le remplace.

    Tambour maître ou maître tambour, celui qui dans un régiment apprend aux autres tambours à battre la caisse. Il ne faut pas confondre le tambour maître avec le tambour major, qui n'est que pour la parade.

  • 13 Terme de marine. Maître d'équipage, sous-officier qui a autorité sur tout l'équipage.

    Maître calfat, le chef des calfats.

    Maître canonnier, sous-officier qui commande aux canonniers et a le détail de tout ce qui touche à l'artillerie.

    Maître chargé, titre donné à un maître qui a la responsabilité d'un détail à bord ou dans un port.

    Maître haleur, titre donné dans quelques ports à un homme qui préside au halage des navires que le vent et la marée ne favorisent point assez pour pouvoir entrer dans le port, ou pour en sortir.

    Anciennement, patron de navire marchand, de navire de transport. Sa Majesté ayant été informée que quelques-uns des officiers subalternes se sont donné la liberté, pendant les campagnes qu'ils ont faites sur les vaisseaux, de frapper et maltraiter les maîtres desdits vaisseaux pour des causes légères ou par pur emportement, et voulant prévenir la suite d'un désordre aussi préjudiciable à son service…, Colbert à Vauvré, 1681, dans JAL.

    Maître valet, ancien nom du commis aux vivres ou cambusier.

  • 14Maître des hautes œuvres, le bourreau.

    Maître des basses œuvres, celui qui cure les puits, qui vide les fosses d'aisance.

  • 15 Terme de palais et de pratique. Titre qu'on donne aux avocats, aux avoués et aux notaires. Par-devant maître un tel notaire à Paris. J'ai vu dans le palais une robe mal mise Gagner gros ; les gens l'avaient prise Pour maître tel, qui traînait après soi Force écoutants, La Fontaine, Fabl. VII, 15.

    Titre qui était porté par tous les membres du parlement français.

    Maître ès lois, jurisconsulte.

    Compter de clerc à maître, voy. CLERC, n° 3.

  • 16Maître se dit familièrement en parlant à des gens de condition peu relevée et en parlant d'eux. Maître un tel, j'ai un mot à vous dire. Que veut dire ceci ? notre maître Simon [un usurier] qui parle à votre père ! Molière, Avare, II, 2.

    C'est dans ce sens que la Fontaine a donné à quelques animaux la qualification de maître. Maître corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage, Fabl. I, 2.

    Maître gonin, voy. GONIN.

    Maître aliboron, voy. ALIBORON.

    Maître Jacques, voy. JACQUES.

  • 17Titre des personnes revêtues de certaines charges. Maître des requêtes. Maître des comptes. Maître des cérémonies. Maître de la garde-robe. Cinquante maîtres des requêtes déclarèrent d'une voix unanime toute la famille Calas innocente, et la recommandèrent à l'équité bienfaisante du roi, Voltaire, Comment. œuv. aut. Hen.

    On dit aussi grand maître des cérémonies, grand maître de la garde-robe, etc. Calingford était grand maître de sa maison [à M. de Lorraine] et à la tête de son conseil, Saint-Simon, 104, 113. C'est toujours au premier gentilhomme de la chambre, au grand maître des jeux et des plaisirs que j'ai l'honneur de m'adresser, Voltaire, Lett. Richelieu, 5 mai 1773.

    Grand maître de l'université de France, titre donné au chef de l'université sous le premier empire lors de la fondation de l'université impériale. C'est un des titres que prend le ministre de l'instruction publique.

    Maître du sacré palais, titre d'un religieux dominicain, qui demeure dans le palais du pape, et qui a la principale autorité pour examiner les livres, et pour donner la permission d'imprimer.

    Grand maître, titre donné aux chefs des ordres militaires, des ordres de chevalerie. Le grand maître de l'ordre de Malte. Le grand maître des Templiers

  • 18Maître de chapelle, celui qui est chargé de diriger le chant dans une église, et de former les enfants de chœur.

    Il se dit quelquefois pour maître de musique, mais seulement en parlant des orchestres d'Italie.

  • 19Maître d'hôtel, homme chargé de diriger tout ce qui concerne la table dans une grande maison. Vatel, le grand Vatel, maître d'hôtel de M. Fouquet, qui l'était présentement de M. le Prince, cet homme d'une capacité distinguée de toutes les autres, dont la bonne tête était capable de contenir tout le soin d'un État… s'est poignardé, Sévigné, 46. Pour la première fois je vis avec beaucoup d'étonnement le maître d'hôtel servir l'épée au côté et le chapeau sur la tête, Rousseau, Confess. III.

    Terme de cuisine. Sauce à la maître d'hôtel, sauce composée principalement de beurre frais, sel, poivre, filet de vinaigre et fines herbes hachées.

    Anciennement. Maître queux, le chef des cuisiniers dans une grande maison. Nous ferons ce soir une chère Chère ; Vous n'y recevrez, maître queux, Qu'eux [les archers], Hugo, Ball. 11.

  • 20Anciennement, soldat cavalier. M. de Saint-Thou, allant reconnaître un mouvement des ennemis, avec trente maîtres, en rencontra deux cents, Sévigné, 214. Il avait pris huit ou dix maîtres commandés par un officier de sa connaissance, Hamilton, Gramm. 5. Les maîtres [dans les gendarmes et les mousquetaires] ne sont point officiers, et ne veulent point passer pour cavaliers, Saint-Simon, 471, 234. Le maréchal de Villars, en 1707, envoya cinquante maîtres, pour la détruire [une prétendue colonne érigée par l'empereur en souvenir de la victoire de Blenheim] ; on ne trouva rien, Voltaire, Louis XIV, 19, note g. L'empereur rassembla autour de lui tous les officiers de cavalerie encore montés ; il appela cette troupe d'environ cinq cents maîtres, son escadron sacré, Ségur, Hist. de Nap. XI, 3.
  • 21Dans le langage familier, maître se joint quelquefois à certains termes d'injure, dont il augmente l'énergie. Taisez-vous, maître sot ; cette rue où nous sommes est celle que je cherche, Scarron, Jodelet ou le maître val. I, 1. Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons Regardaient rôtir des marrons, La Fontaine, Fabl. IX, 17. Holà ! maître sot ; vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de remontrances, Molière, D. Juan, I, 2. Voilà un maître fou ; je me flatte que personne n'a pu adopter une idée aussi extravagante, Voltaire, l'Homme aux 40 écus, Mariage. Vous n'exaltez, maîtres gloutons, Que la gloire des marmitons, Béranger, Gourmand.

    Il se joint aussi comme éloge à des qualifications d'ailleurs indifférentes ou honorables. Dans toute sa personne il a je ne sais quoi Qui d'abord fait juger que c'est un maître roi, Molière, Mélic. I, 3.

    Un maître homme, un maître sire, un homme entendu, habile, qui sait se faire obéir, se faire servir. Champagne : C'était donc un maître homme. - Dubois : Il ne dormait jamais, Campistron, Jaloux désabusé, I, 5.

    Dans un sens analogue, il se dit des choses inanimées, et signifie alors premier ou principal. Le maître chevron. J'ai bravé sur leur maître autel Ces dieux qu'adore l'avarice, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 22.

    Terme de marine. Maître bau, la poutre du pont placée dans la partie la plus large. Maître couple, le couple de membrure le plus ouvert. Maître gabarit, la partie la plus large du bâtiment.

  • 22 Terme de chasse. Nom donné aux cordes qui, bordant le haut et le bas des pièces de toile et des panneaux, servent à les tendre.
  • 23Petits-maîtres, nom qui fut donné, durant la Fronde, aux membres d'un parti à la tête duquel se placèrent Condé, le prince de Conti et le duc de Longueville. On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement, celle des importants ; on appelait celle de Condé le parti des petits-maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État ; il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de petits-maîtres, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée, Voltaire, Louis XIV, 4.

    Fig. et familièrement. Petit-maître, jeune homme qui a de la recherche dans sa parure, et un ton avantageux avec les femmes. Mais ce siècle peu raffiné N'avait pas encor vu paraître Un être insolent et borné Que l'on appelle petit-maître ; Le premier fat de l'univers Fut le fils du roi de Pergame, Bernis, Épît. 8. Je n'avais vu que des acteurs récitant des vers à d'autres acteurs, dans un petit cercle entouré de petits-maîtres, Voltaire, Lett. Villette, 1er sept. 1765.

    Fig. On tourne tout en ridicule, tout le monde est petit-maître aujourd'hui, et c'est le bon air de mépriser les bonnes choses à mesure qu'elles sont meilleures, D'Argenson, Mém. t. I, p. 101.

PROVERBES

Il n'y a si petit métier qui ne nourrisse son maître.

Qui a compagnon a maître, c'est-à-dire, dans une société on ne saurait, de son chef, disposer de rien.

L'argent n'a point de maître, rien ne fait connaître à qui appartient une pièce de monnaie perdue.

Pain coupé n'a point de maître, on peut toujours prendre un morceau de pain qui est tout coupé.

Les bons maîtres font les bons valets.

Nul ne peut servir deux maîtres, c'est-à-dire il est difficile de vaquer à deux emplois à la fois, de mener de front deux affaires, etc. ; proverbe emprunté à l'Évangile.

Tel maître, tel valet, c'est-à-dire les valets suivent l'exemple du maître, particulièrement en mal.

Qui sert bon maître, bon loyer en reçoit.

Il faut être compagnon de sa femme et maître de son cheval, c'est-à-dire il faut traiter doucement l'une et gourmander l'autre.

REMARQUE

L'Académie écrit maître autel sans trait d'union ; mais à autel, elle écrit maître-autel. On peut donc mettre ou omettre le trait d'union.

HISTORIQUE

XIe s. Tut le plus maistre, il apele Besgun (Besgun qui de tous est le chef), Ch. de Rol. CXXXV.

XIIe s. [Chevaliers] Qu'il ot fait adouber en son maistre donjon, Saxons, VIII. Qui estoit en la vile en sa maistre meson, ib. XXII. Le maistre cercle [du casque] [il] en a jus avalé, Ronc. 91. La cruiz arcevesqual fist porter à sa destre, Et la reisgne del frein tint en la main senestre : Fait out sun avocat de Jesu Crist sun mestre, Th. le mart. 38. Helyarep e Abia li fiz Sisa furent maistre escrivain de la curt Josaphat, Rois, p. 237.

XIIIe s. Se lor pese [s'ils sont fâchés] de ce que vous ai dit, Si s'en prennent à mon maistre d'Oisi, Qui m'a apris à chanter dès enfance, Quesnes, Romanc. p. 98. [Le lion] A son maistre estranglé, qui fut de Picardie, Berte, II. Qu'il soit de ceste chose et maistre et conseillere, ib. XI. Je sui maistre [grand sénéchal] le roy qui France a à garder, ib. CXII. De Symon fist li rois son mestre conseiller, ib. CXXIX. …mais que [si ce n'est que] de blanc un peu les diaspra Li maistres qui les fist [des armoiries], ib. CXXXI. La fille Alimodes le roi Vit son ami en tel effroi ; Bien sait qu'il a trouvé son maistre, Blancandin. De tel geu com l'en fait des mains Estoit-ele dame et il mestre, Lai de l'ombre. Il m'avoit pris à menacier, Et je le soi si enlacier De blanches paroles et pestre, Que j'en ai resté à bon maistre, Ren. 16282. Quant les chevaus furent ens, nostre mestre notonnier escria à ses notonniers qui estoient ou bec de la nef…, Joinville, 210. Et li fiex [fils] malles [mâle] de la tierce feme demanda l'uistieme de tout l'iretage, c'est à savoir les deux pars des fiés et le mestre manoir et l'ommage de le [la] tierce partie de ses sereurs, Beaumanoir, XVII, 6. Escier est une cité moult grant qui est vers maistre [septentrion], Marc Pol, p. 706. Lié [joyeux] sont de chou [ce] que il n'y a Peril et que bien garira ; Car li maistre [médecins] ainsi dit leur ont, Du Cange, magister.

XIVe s. L'office du maistre d'ostel est de pourveoir des salieres pour la grant table, hanaps, etc. Ménagier, II, 4. Et encor, dit Henris, je vouldrai qu'il m'ottrie [octroie] Daniot et Turquant, qui sont de sa maisnie, De son maistre conseil et là où plus se fie, Guesclin. 9318. Car chascun si faisoit le mestre, En Bretaigne duc vouloit estre, Livre du bon Jehan, V. 2448. En nostre ville d'Aucerre avoit quatre maistres appellez maistres du patron de la jauge, Du Cange, magister. Mestre Yves, mestre des paveillons, prendra une provende d'avoine, Du Cange, ib. À la relacion de deux des maistres de la loy [rabbins] des dis Juys [Juifs], Du Cange, ib. Le mestre des hereges [maître des hérétiques, inquisiteur], Du Cange, ib. De la partie de noz bien amez le maistre escole et docteurs regens en l'estude d'Angiers, nous a esté exposé que comme le dit maistre escole à cause de sa dignité de maistre escolerie soit chief et recteur du dit estude…, Du Cange, magiscola.

XVe s. Les aucuns [prisonniers] mis incontinent à finance, combien que messire Bertrand ne le fust pas si tost, d'autant que messire Jehan Chandos, qui estoit son maistre [qui l'avoit fait prisonnier], ne le vouloit point delivrer, Froissart, livre I, p. 329, dans LACURNE. Et fist en celle maniere plusieurs grans maistres [grands personnages de Gand] tuer, Froissart, ib. p. 38. Et tellement se maintint en cest estour [joute] que, ainçois qu'il trouvast son maistre il porta dix chevaliers par terre, Perceforest, t. V, f° 29. Mauvaisement peult l'homme estre maistre de son mestier, devant qu'il ayt la main mise à l'œuvre, Perceforest, t. IV, f° 114. Le coup descendit sur le col du cheval et luy trencha le maistre os, et le chevalier et le cheval cheurent tous en ung mont à terre, ib. t. I, f° 86. Maistre Michel de Cernay, aumosnier du roy l'an 1385 ; il avoit esté maistre d'escolé du dit roy, lors qu'il estoit dauphin l'an 1378, Godefroy, Annot. sur l'hist. de Charles VI, p. 783, dans LACURNE. Ne te pars plus de la maison, Si ce n'est pour ton grant honeur ; Quand ton maistre et ton droit seigneur Chevauchera, là yras-tu, Deschamps, Poésies mss. f° 520. Jean Taillecourt maistre joueur de l'espée à deux mains et du boucler, Du Cange, magister. Le principal se nommoit maistre Lievin Bouc, la quelle mai trise luy venoit pour ce qu'il avoit esté maistre des maçons de la dite ville de Gand, et non pas pour aucune science de quelque degré qu'il eut acquise, Mathieu de Coucy, Hist. de Charles VII, p. 622, dans LACURNE. Si dit qu'il sera d'or en avant maistre de soy, Bouciq. I, 6. Car se venir peux en la fin, Passé seras maistre ordinaire, Villon, Franches repues. Je congnois le maistre au valet, Villon, Ballade des menus propos. Et premierement que quiconque veult estre maistre et avoir la franchise d'icelluy mestier, il convient que icelluy maistre viengne par devers les jurez dudit mestier, en leur requerant qu'il leur plaise de le recevoir à estre passé maistre audit mestier… Item, il convient que celluy qui veult estre ainsy passé maistre fasse son experiment devant les maistres…, Ordonn. déc. 1485.

XVIe s. Laissant croistre amont le jetton du milieu, qui se trouvera le plus droit, pour servir de maistre-pied ou tige, De Serres, 638. Vous verrez que ces mestres de camp ont perdu leur maistrise, et ont leurs soldats pour ennemis depuis qu'ils se sont faits valets, D'Aubigné, Faen. III, 21. Le grand maistre de l'artillerie avoit ses lieutenans et 59 canonniers, D'Aubigné, Hist. III, 87. Le maistre des ceremonies planta sa banniere au premier ranc de la maistresse main, que l'on dict communement de l'evangile, Carloix, III, 2. Cela fait [le vif argent ainsi préparé], on peut dire estre un maistre Jehan, qui fait choses grandes et et quasi miraculeuses, pourveu qu'on le sçache bien manier à luy faire sauter le baston…, Paré, XXIII, 47. C'est [le jour de la mort] le maistre jour, c'est le jour juge de touts les aultres, Montaigne, I, 67. Se rendre maistre de sa cholere, Montaigne, II, 115. L'un des maistres-queux de la maison d'Antonius, Amyot, Anton. 33. Tant vault le petteler [l'action de fouler aux pieds, de marcher] du maistre du jardin comme vault le fumer d'aultruy, Génin, Récréat. t. II, p. 250. Quant au mot de maistre, si est-ce que nous rapportons aujourd'hui ceste qualité aux moindres, comme sont les escoliers et maistres es arts et maistres des mestiers, Pasquier, Recherch. livre VIII, p. 688, dans LACURNE. Dans les roolles [du parlement] sont les clercs qualifiez maistres, et les laiz [laïques] messires parce que c'estoient gens suivans les armes ; ny pour cette qualité de messire ou monsieur, ceux-cy n'estoient plus authorisez que les maistres, parce que, quand on parloit des seigneurs de parlement en leur general, on les appeloit ordinairement maistres du parlement, Pasquier, ib. liv. II, p. 46. Les procureurs et gens de langue, en fournissant quelque procès, seront tenus de fournir en mesme temps une procuration en forme de leurs maistres ou cliens, Nouv. coust. génér. t. I, p. 942. Je ne peux pas finir la presente sans vous faire part de l'avis qui nous a esté donné de la reprise de Javarin par les chrestiens, ainsi que vous verrez par la lettre d'Orlandin, maistre des couriers de Lyon, que je vous envoye, Mém. de Bellievre et de Sillery, p. 265, dans LACURNE. Un jour vint au roy Alexandre un maistre d'œuvres [architecte], nommé Dinocrates, adverti que le roy vouloit construire une ville magnifique de son nom, Machiavel, Disc. sur Tite Live, p. 21, dans LACURNE. Proverbe qui dit que de grand maistre hardy valet, H. Estienne, Apol. pour Hérod. p. 674, dans LACURNE. On dit qu'il n'est ouvrage que de maistre, Molinet, p. 142, dans LACURNE. À pere, à maistre et à Dieu tout puissant nul ne peut rendre l'equivalent, Cotgrave En pont, en planche et en riviere, valet devant, maistre derriere, Cotgrave Jamais ne gaigne qui precede à son maistre, Cotgrave Il est plus d'ouvriers que de maistres, Cotgrave Nouveau apprenti n'est pas maistre, Cotgrave À ton maistre ne te dois jouer, Ni à plus haut que toy frotter, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 87. Le tiltre ne fait pas le maistre, Leroux de Lincy, ib. p. 88.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MAÎTRE. Ajoutez :

23Petits-maîtres.

Voici l'explication que Mme de Motteville donne de cette dénomination. Quand il [le prince de Condé] venait chez la reine, il remplissait sa chambre des personnes du royaume les plus qualifiées ; ses favoris, qui étaient la plupart des jeunes seigneurs qui l'avaient suivi dans l'armée, et participant à sa grandeur comme ils avaient eu part à la gloire qu'il y avait acquise, avaient été appelés les petits-maîtres parce qu'ils étaient à celui qui le paraissait être de tous les autres, Mém. p. 111.

24Maître, dans les îles Normandes, celui dont un autre est le mandataire, le représentant, l'avocat. Serment prêté par trois avocats reçus par la cour royale de Guernesey, le 13 avril 1874 :… Qu'en vos plaideries… vous ne proposerez, ne controuverez aucuns faits, que votre maître ou son attourné ne vous dit ou affirme être vrais…, Gaz. de Guernesey, 14 avril 1874.
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Étymologie de « maître »

(Date à préciser) De l’ancien français maistre (1080), lui-même issu du latin magister (« celui qui commande ou dirige, maître qui enseigne »).
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Picard, mète, moite, moète ; wallon, mais' ; bourguign. moitre ; provenç. majestre, maiestre, mayestre, maestre, mestre ; espagn. maestre ; portug. mestre ; ital. maestro ; du lat. magistrum, qui est de même radical que magis (voy. MAIS). D'après Corssen, magister et minister, qui sont symétriques, sont deux doubles comparatifs formés de is pour ios, ius (sanscr. iyans,) et ter, sanscr. tara. Magister = may-ius-ter, le plus grand ; minister = min-ius-ter, le plus petit. Mahitre ou le Mahitre, nom propre qu'on rencontre, est peut-être une ancienne forme conservée (voy. maïstresse à l'historique de MAÎTRESSE).

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Phonétique du mot « maître »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
maître maitr

Citations contenant le mot « maître »

  • Le temps sera le maître de celui qui n'a pas de maître. De Proverbe arabe
  • Celui qui a un maître n'est pas maître de ce qu'il porte sur le dos. De Proverbe nigritien
  • Il faut être maître de soi pour être maître du monde. De Charles Quint
  • Achetez la presse, et vous serez maîtres de l'opinion, c'est-à-dire les maîtres du pays. De Adolphe Crémieux
  • Il est dur de travailler pour un maître âpre, mais il est plus dur encore de n'avoir point de maître pour qui l'on travaille. De Oscar Wilde
  • Nous ne pouvons pas tous être les maîtres, et les maîtres ne peuvent pas tous être fidèlement servis. De William Shakespeare / Othello
  • On n'a pas d'autre maître que soi-même ; il faut que ce maître soit dur. De Jean Guéhenno
  • Celui qui persiste à suivre avec fidélité un maître déchu est le vainqueur du vainqueur de son maître. De William Shakespeare / Antoine et Cléopâtre
  • C'est parce qu'ils sont sans visage que les maîtres sont nos maîtres. De Denys Gagnon
  • L’homme est un animal qui du moment où il vit parmi d’autres individus de son espèce a besoin d’un maître. Or ce maître, à son tour, est tout comme lui un animal qui a besoin d’un maître. De Emmanuel Kant
  • Qui est maître de sa soif est maître de sa santé. De Auguste Brizeux
  • Le maître doit faire honneur à sa maison, et non la maison au maître. De Cicéron
  • Où il n’y a point de maître, tout le monde est maître ; où tout le monde est maître, tout le monde est esclave. De Jacques-Bénigne Bossuet / La Politique tirée de l’Ecriture Sainte
  • La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne sait pas que ce n'est pas là qu'un fantasme produit par un nouveau noeud dans la lanière du maître. De Franz Kafka / Préparatifs de noce à la campagne
  • Celui qui est le maître de lui même est plus grand que celui qui est le maître du monde. De Bouddha
  • C’est un événement rare, unique même, et il convient de le saluer comme il se doit : le Musée Gustave Moreau a acheté, pour la première fois de sa création, une œuvre du maître. Il faut dire que la tâche… La Tribune de l'Art, Le Musée Delacroix acquiert et restaure une esquisse du maître - La Tribune de l'Art
  • Ainsi installé à Giverny, Monet y fait venir non seulement ses amis de Paris mais aussi toute une compagnie de peintres étrangers rêvant de parler au maître qui ne les reçoit pas. En attendant leur chance, ils peignent Giverny et ils logent chez Baudy où se retrouvent également les amis de Monet. Le restaurant Baudy est toujours là et après un dîner, propose aux visiteurs de visiter son jardin. The Conversation, Monet à Giverny : un maître en son village
  • Des années 1950 à nos jours, de nombreux artistes ont puisé leur inspiration chez Matisse. Parmi les huit plasticiens présentés, Marco del Re occupe une place à part. Décédé en novembre dernier, il est le plus fidèle à l'esprit du grand maître. "On a presque l'impression que Matisse est venu guider l'esprit ou le pinceau de l'artiste", analyse Thomas Wierzbinski, directeur adjoint et conservateur du Musée Matisse.  Franceinfo, "Tout va bien Monsieur Matisse " : huit artistes revisitent l'art du maître des couleurs au musée du Cateau-Cambrésis
  • Bien des années après ses débuts sur Nickelodeon, Avatar, le dernière maître de l'air reste un véritable phénomène culturel. Dexerto.fr, Une fan d'Avatar, le dernier maître de l'air s'illustre en tant que Suki | Dexerto
  • Commence alors un feuilleton judiciaire long de vingt-sept ans, d’autant plus incroyable qu’il oppose un esclave et son maître. L'Obs, L’affaire Furcy : l’esclave qui attaqua son maître en justice

Images d'illustration du mot « maître »

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Traductions du mot « maître »

Langue Traduction
Anglais master
Espagnol maestro
Italien maestro
Allemand meister
Chinois
Arabe رئيس
Portugais mestre
Russe мастер
Japonais 主人
Basque maisu
Corse maestru
Source : Google Translate API

Synonymes de « maître »

Source : synonymes de maître sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « maître »

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