Bon : définition de bon


Bon : définition du Wiktionnaire

Adjectif

bon \bɔ̃\

  1. Qui a des qualités conformes à ce que l’on attendait.
    • C’est un bon outil que tu utilises.
    • Quelle bonne idée !
    • Ce meuble est de bon goût.
    • Il n’y a rien de bon dans ce livre.
    • Jean est un bon marcheur.
  2. Qui est avantageux ; favorable ; utile ; convenable.
    • Les cache-nez masculins et féminins sont d'un goût parfait au Comptoir des Indes, et, à cette époque de fin d’année, il est bon de signaler les dessins les plus séduisants et les plus nouveaux. — (« Revue des magasins », dans Le Moniteur de la mode: journal du grand monde, n° 50 du 14 décembre 1873, Paris : chez Adolphe Goubaud & fils, p. 2)
    • Cela ne présage rien de bon.
    • Jouir d’une bonne réputation.
    • Vous arrivez au bon moment.
    • Être de bonne humeur.
  3. Agréable pour pratiquer une activité.
    • Alors l’eau était bonne ?
    • La neige était bonne ?
  4. Généreux, qui fait le bien.
    • Cet homme est très bon avec les autres.
    • Vous êtes trop bon.
  5. Conforme aux normes, à la raison, à la justice, à la morale, au devoir, à l’honnêteté.
    • C’est un bon père.
    • Faire un bon usage de sa fortune.
    • Les bonnes mœurs.
    • Être animé de bons sentiments.
    • Les hommes de bonne société se distinguent par leur éducation, leur politesse, leur bon ton.
  6. D’un goût agréable, gouteux.
    • As-tu jamais mangé quelque chose d’aussi bon ?
  7. D’une certaine intensité ; d'une certaine quantité.
    • Après lui avoir massé le cuir chevelu pendant une bonne minute, elle lui remit la tête sous le jet en s'attachant à ne pas crisper les doigts pendant qu'elle le rinçait. — (Tracy Wolff, Un bonheur inattendu, traduit de l'anglais (USA), Éditions Harlequin, 2013, chap. 15)
    • C’est un long vieillard, mince comme un baliveau, un peu courbé par une bonne septantaine d’ans. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Tout d’abord, dans une bonne partie de la région, la demande intérieure est devenue, beaucoup plus que les exportations, une source prépondérante de croissance. — (La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 1992, FAO, 1993, ISBN 9789252032267, p. 66)
    • La lentille de mon ordiphone braqué sur elle peine à suivre ses exploits lumineux. J’envoie un petit film à mon fils, avec une bonne dizaine d’emojis en prime. — (Christophe Ono-Dit-Biot, Croire au merveilleux, Éditions Gallimard, 2017)
  8. (Très familier) Attirant physiquement.
    • Putain grave comme elle est bonne ! — (madmoizelle.com, « T’es bonne » : analyse du phénomène, 13 mai 2006)
    • Le raisonnement semble logique : « Si je mets une photo de moi avec une meuf bonne, toutes les meufs vont croire que je suis un bogosse irrésistible qui se tape uniquement des meufs bonnes, et vont vouloir me pécho par mimétisme ». — (Steeve Bourdieu, L’Art de la drague 2.0, Éditions Flammarion, 2015)
  9. (Absolument) Je te souhaite un bon … Note : Formule de politesse pour souhaiter quelque chose de bon à l’interlocuteur.
    • Bonne journée !
      — Merci, toi aussi.
    • Bon courage !
  10. (Québec) Être doué, talentueux.
    • J’ai trouvé que cette chanteuse était vraiment bonne.
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Bon : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BON, ONNE. adj.
(Voir pour le comparatif MEILLEUR.) Il se dit, tant au sens physique qu'au sens moral, de Ce qui a les qualités convenables à sa nature, à sa destination, à l'emploi qu'on en doit faire, au résultat qu'on en veut obtenir, etc. Une bonne terre. De bon blé. De bon pain. Cette viande a un très bon goût. Des marchandises de bonne qualité. Ce mur est encore très bon. Ce meuble est de bon goût. De bonne musique. Un bon livre. Il n'y a rien de bon dans cet ouvrage. Il se dit même des Choses nuisibles, mais qui sont propres à produire l'effet qu'on en attend. De bon arsenic. De bonne ciguë. Prov. et fig., À bon vin il ne faut point d'enseigne, ou plus ordinairement, À bon vin, point d'enseigne. Voyez ENSEIGNE. Fam., Faire bonne bouche. Voyez BOUCHE. Trouver tout bon, S'accommoder presque également de tout. On dit de même Tout lui est bon. Fam., Choisir une vie courte et bonne, se dit d'un Homme qui mène joyeuse vie, qui mange sa fortune et ruine sa santé. Fam., Avoir bon temps, se donner du bon temps, prendre du bon temps, Se divertir, se récréer. Fig. et fam., Avoir bon pied, bon œil, Être vigoureux, se porter bien. Il ne se dit guère que d'une Personne qui commence à n'être plus jeune. Cet homme est un peu âgé, mais il a bon pied, bon œil. Cette phrase signifie aussi Être vigilant, se tenir sur ses gardes. Il faut avoir bon pied, bon œil avec cet homme-là. On dit quelquefois par ellipse Bon pied, bon œil, Prenez garde à vous. Jouer bon jeu, bon argent, Jouer sérieusement et avec obligation de payer sur-le-champ. Fig. et fam., Y aller bon jeu, bon argent, Agir tout de bon, sérieusement, sans arrière-pensée. On le dit surtout de personnes qui se battent, qui plaident, qui disputent. J'ai cru d'abord qu'ils plaisantaient, mais ils y vont bon jeu, bon argent. Pour les expressions suivantes : Ce calcul est bon, ce compte est bon. Les bons comptes font les bons amis. C'est un homme de bon compte. Soyez de bon compte. Rendre bon compte de sa conduite. Son compte est bon. À bonnes enseignes, à bon escient. Être de bonne famille. Faire une bonne fin. Être de bonne foi. Cette nouvelle vient de bonne main. En bonnes mains. Avoir une bonne maison. Un bon mot. Savoir une chose de bonne part. Aller de bon pied dans une affaire. Une bonne plaisanterie. Avoir une bonne plume. Tenir une chose de bonne source. Un bon tour. Voyez CALCUL, COMPTE, ENSEIGNE, FAMILLE, FIN, FOI, MAIN, etc. Elliptiq. et fam., La bailler bonne à quelqu'un, Vouloir se jouer de lui, lui en faire accroire. La lui garder bonne, Conserver du ressentiment contre lui, avec dessein de se venger dans l'occasion. Elliptiq. et fam., Il m'en a dit de bonnes, Il m'a dit des choses singulières, extraordinaires, peu vraisemblables. Elliptiq., Bon cela, se dit pour approuver une chose, après en avoir désapprouvé une autre. C'est bon, ou elliptiquement Bon, se dit pour marquer approbation, satisfaction, ou pour mieux exprimer que l'on a compris, entendu. Vous lui avez remis ma lettre? c'est bon. Vous avez fait telle démarche? bon. Bon, j'entends. Bon, bon, cela suffit. On s'en sert quelquefois par antiphrase et pour se plaindre. Vous me refusez une chose si simple? c'est bon, je m'en souviendrai. Par exclamation, Bon! exprime l'étonnement, le doute, l'incrédulité, l'insouciance. Il est parti? bon! vous voulez rire. Vous dites qu'il est fâché contre moi? bon!

BON se dit particulièrement de Ce qui est conforme à la raison, à la justice, à la morale, au devoir, à l'honnêteté. Faire un bon usage de sa fortune. La bonne cause. Le bon droit. Une bonne action. De bonnes œuvres. Les bonnes mœurs. Avoir une bonne conduite. Cet enfant a de bonnes qualités. Être animé de bons sentiments. Il l'a fait à bonne intention. Le calme d'une bonne conscience. En récompense de ses bons et loyaux services. Y aller à la bonne foi, tout à la bonne foi, à la bonne franquette. Voyez FOI, FRANQUETTE.

BON se dit aussi des Personnes qui excellent en quelque chose, en quelque profession. Bon marcheur. Bon nageur. Bon danseur. Bon père. Bonne mère. Bon fils. Bon mari. Bon maître. Bon juge. Bon administrateur. Bon médecin. Bon écrivain. Bon peintre. Bon musicien. Bon acteur. Bon ouvrier. On l'applique, dans une acception analogue, à certains animaux et à certaines choses. Un bon cheval de trait. Un bon chien de chasse. Cette poule est une bonne couveuse. Bonne société, bonne compagnie, Société composée de personnes distinguées par leur éducation, leur politesse, leur bon ton. Il reçoit chez lui très bonne société. Voir la bonne société, la bonne compagnie. On dit dans un sens analogue Un homme de bonne société, de bonne compagnie. Une bonne caution, un bon garant, etc., Une caution sûre, un garant sûr, etc. On dit de même, dans le langage commercial, Ce négociant est bon, cette maison est bonne, Ce négociant, cette maison est en état de faire honneur à ses engagements. Fam., À bon entendeur, salut. Voyez ENTENDEUR. Prov. et fig., À bon chat, bon rat. Voyez CHAT. Par injure ou par plaisanterie, C'est un bon coquin, une bonne pièce, une bonne langue. On dit de même, par exclamation, La bonne pièce! la bonne langue, etc. Faire le bon apôtre. Voyez APÔTRE. Fig., C'est une bonne épée, une bonne lame, C'est un homme habile dans l'art de l'escrime, dans l'art d'écrire.

BON signifie aussi Qui est clément, miséricordieux, et c'est dans ce sens qu'on dit Dieu est bon. Dieu est tout bon, est souverainement bon. Aimer le bon Dieu. Prier le bon Dieu. S'il plaît au bon Dieu. Bon ange, Ange gardien. Se recommander à son bon ange. Fig., Vous serez mon bon ange, Vous me préserverez de malheur. Bon Dieu! se dit par exclamation pour marquer la surprise où l'on est de quelque chose. Bon Dieu! l'aurait-on jamais pu croire? Il signifie également, en parlant des personnes, Qui est humain, qui aime à faire du bien ou Qui est indulgent, affectueux, facile à vivre. Il n'est ni bon ni méchant. Un femme bonne et charitable. Elle n'est pas jolie, mais elle est bonne. C'est une bonne personne, une bonne fille, une bonne femme. Elle est belle et bonne, aimable et bonne. Il faut être bien bon pour souffrir, pour permettre cela. Vous êtes trop bon. Ce fut un prince pieux et bon. Il est bon pour tous. Ce sont de bonnes gens. On dit de même Avoir le cœur bon. Avoir un bon cœur. Avoir un bon caractère. Être d'un bon commerce. Être de bonne composition, etc. Bon homme se dit, par éloge, d'un Homme plein de droiture, de candeur, d'affection. C'est un homme de mérite et un très bon homme. C'est un si bon homme! Au pluriel, il est généralement remplacé par Bonnes gens, qui signifie des Personnes qui ont de la bonté, de la simplicité. Ces bonnes gens nous ont offert tout ce qu'ils avaient. Fig. et fam., Se montrer bon prince, Agir avec condescendance. Fam., C'est un bon compagnon, un bon vivant, un bon enfant, un bon garçon, un bon diable, C'est un homme de bonne humeur, de bon caractère et commode à vivre. Fig. et fam., Il est bon comme le bon pain, comme du bon pain, C'est un homme extrêmement bon et doux. On dit dans le même sens C'est une bonne pâte d'homme, c'est une bonne âme; et parfois C'est une bonne bête. Fam., Il est bien bon de croire cela, Il faut qu'il soit bien crédule pour croire cela. Que vous êtes bon d'ajouter foi à ses paroles, de penser qu'il veut vous servir! Ironiq., Il est bien bon, je le trouve bon de prétendre, de dire, de faire, etc., Il n'a nulle raison, il ne lui sied pas de prétendre, de dire, de faire, etc. Je vous trouve bon de venir me reprocher cette action, vous qui me l'avez conseillée. Mon bon ami, Ma bonne amie, ou simplement Mon bon, Ma bonne, Termes d'amitié ou de bienveillance qu'on emploie surtout entre égaux, ou de supérieur à inférieur. Bon ami et Bonne amie se disent familièrement pour Amant, maîtresse. Elle a un bon ami. Il va voir sa bonne amie.

BON, suivi des prépositions à, pour, signifie Qui est propre à. C'est un homme bon à tout, bon à employer, bon pour le conseil, bon à consulter. Je m'estime heureux de vous être bon à quelque chose. Conscrit bon pour le service. Un cheval bon pour la charrue. Une viande bonne à manger. Du vin bon à boire. Ce bois n'est bon qu'à brûler. À quoi cela est-il bon? Cela n'est bon à rien. Fig. et fam., N'être bon ni à rôtir ni à bouillir, N'être propre à rien. Il se dit des Choses et des Personnes. Fig. et fam., Si un autre avait dit, avait fait cela, il ne serait pas bon à jeter aux chiens, se dit pour faire entendre que ce qui a été bien reçu venant de quelqu'un aurait été très mal reçu venant d'un autre. Prov., Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Manière de s'excuser d'avoir pris une chose sur laquelle on croit avoir des droits, en disant que le pis aller sera de la rendre. On dit aussi Ce qui est bon à prendre est bon à garder. Prov., À quelque chose malheur est bon, Quelquefois une infortune nous procure des avantages que nous n'aurions pas eus sans elle. Par mépris, Cela est bon pour les petites gens, pour les sots, etc., Cela ne peut convenir, ne peut plaire qu'aux petites gens, qu'aux sots, etc. C'est bon à vous, à lui, etc., C'est à vous, à lui qu'il appartient, qu'il convient de faire, de dire cela. Je n'oserai jamais entreprendre cela : c'est bon à vous. Elliptiquement, Bon pour vous de vous divertir, mais pour moi, non! Par ellipse, en termes de Typographie, Bon à tirer, Ce que l'on écrit sur une épreuve pour permettre de tirer la feuille. On en fait très souvent une espèce de nom. L'auteur n'a pas encore donné son bon à tirer. Mettre le bon à tirer. En termes de Commerce, Bon pour telle somme, Formule qu'on met au bas de certains effets de commerce pour rappeler la somme mentionnée dans le corps de l'écrit. Bon pour cinq cents francs, pour mille francs. On écrit, dans un sens analogue, sur certains billets d'entrée, Bon pour une personne, pour deux personnes, etc. Il signifie encore Qui est avantageux, favorable, utile, convenable. Cela est de bon augure. Cela ne présage rien de bon. De bonnes nouvelles. Jouir d'une bonne réputation. Le temps est bon pour semer, pour planter. L'occasion est bonne. Vous arrivez au bon moment. Avoir bon vent. Prendre la bonne route. C'est un bon métier, un bon commerce. C'est une bonne affaire pour vous. J'ai eu ce livre à bon marché. Si j'agis ainsi, je vous prie de le trouver bon. Trouvez bon que je me retire. À quoi bon le lui dire? À quoi bon? Il s'applique, dans une acception analogue, à l'humeur, à la disposition d'esprit, aux manières d'une personne. Être en bonne humeur, de bonne humeur. Il faut profiter de ses bonnes dispositions, de ses bonnes intentions pour vous. J'ai bonne opinion de cet homme-là. Il l'a fait de bonne volonté, de bon gré, de son bon gré, de bon cœur. Il s'y est prêté de bonne grâce. Être dans les bonnes grâces, obtenir, posséder les bonnes grâces de quelqu'un. Faire bon visage à quelqu'un, lui faire bonne mine, bon accueil. Bon plaisir. Voyez PLAISIR. Prov. et fig., Faire bonne mine à mauvais jeu, Dissimuler adroitement et cacher le mécontentement qu'on éprouve ou le mauvais état où l'on est. Fig. et fam., Faire contre mauvaise fortune, contre fortune bon cœur, S'armer de constance dans le malheur. On dit dans un sens analogue Faire bonne contenance devant l'ennemi. Faire quelque chose de bonne grâce, avoir bonne grâce à le faire. Voyez GRÂCE. Interpréter, expliquer, prendre quelque chose en bonne part. Ce mot se prend en bonne part. Voyez PART. Sur Bonne aventure. Bonne fortune. Bonne feuille. Bonne année. Bon an, mal an. Voyez AVENTURE, FORTUNE, FEUILLE, ANNÉE, AN. La journée, la nuit de ce malade a été bonne, Il l'a bien passée. Donner, souhaiter le bon jour, le bon soir à quelqu'un, Le saluer en lui disant Bon jour ou Bon soir, en lui souhaitant une heureuse journée, etc. : dans ces phrases, Bon jour et Bon soir s'écrivent en un seul mot. On dit de même Souhaiter une bonne nuit, un bon voyage. Souhaiter la bonne année à quelqu'un, etc. Voyez NUIT, VOYAGE, ANNÉE, AN. Adverbialement, De bonne heure. De bon matin. Voyez HEURE, MATIN. Bon pied. Voyez PIED. Il signifie aussi Qui est grand, considérable dans son genre, et qui sert à donner plus de valeur et d'énergie aux noms avec lesquels il se joint. Il y a une bonne lieue d'ici là. Marcher d'un bon pas. Il gagne de bonnes journées. Il a fait de bons profits. Il a un fort bon revenu. Nous aurons une bonne récolte. Ayez bon espoir, bon courage. Donner un bon soufflet. Infliger une bonne correction. Avoir une bonne fièvre. Une bonne pluie, une bonne gelée, Une pluie abondante, une forte gelée, dont l'effet est favorable aux productions de la terre. Fam., Une bonne fois, Nettement, catégoriquement, de manière à n'y plus revenir. Au lieu de le bouder, dites-lui une bonne fois ce que vous avez contre lui. Fig., Tout cela est bel et bon. Voyez BEAU. Il se dit encore comme nom masculin de Ce qui est bon. Le beau et le bon. Le bon et l'honnête. Il signifie particulièrement Bonnes qualités, ce qu'il y a de bon dans la personne ou dans la chose dont il s'agit. C'est un homme qui a du bon et du mauvais. Un fils qui n'a pris de son père que le bon. Faire l'extrait d'un livre et en tirer tout le bon, en prendre tout le bon. Prov., Aux derniers les bons, Ce qui reste de quelque chose après que les autres ont choisi est souvent le meilleur. Il signifie aussi Ce qu'il y a d'avantageux, d'important, de principal en quelque chose. Le bon de l'affaire est que... Le bon de l'histoire, le bon du conte, Ce qu'il y a de plaisant dans un conte, dans une histoire. Le bon de l'histoire est qu'il ne s'aperçut de rien. Avoir du bon dans une affaire, dans un traité, Y trouver du gain, du profit. Il se dit encore comme nom, surtout au pluriel, des Gens de bien : on l'oppose souvent à Méchants. Récompenser les bons et punir les méchants.

BON s'emploie aussi adverbialement dans diverses phrases. Sentir bon, Avoir une odeur agréable. Tenir bon, Résister avec fermeté. Coûter bon, Coûter extrêmement cher. Il fait bon marcher, se promener, courir, etc., Le temps est favorable à la marche, à la promenade, etc. On dit quelquefois absolument Il fait bon, La température est douce, agréable. Il fait très bon aujourd'hui. Fig., Il fait bon dans cet endroit, On y est agréablement et à son aise. Il fait bon sous ce berceau pendant la chaleur du jour. Dans le sens contraire, Il n'y fait pas bon, On y est désagréablement, on y est exposé à quelque chose de fâcheux, à quelque danger. J'étais à cette bataille, il n'y faisait pas bon. Fam., Il ne fait pas bon avoir affaire à cet homme, Il y a des désagréments, des dangers à craindre pour ceux qui ont affaire à lui. On dit dans un sens analogue, Il ne fait pas bon s'y frotter. Prov., Il fait bon vivre, on apprend toujours, Les plus habiles, les plus expérimentés ont encore quelque chose à apprendre.

TOUT DE BON, loc. adv. Sérieusement. Jusqu'ici, il ne faisait que plaisanter, mais pour cette fois il a menacé tout de bon.

Bon : définition du Littré (1872-1877)

BON (bon, bo-n'. L'n ne se lie pas quand bon n'est pas devant son substantif : il est bon et brave, dites : bon et brave ; mais l'n se lie quand bon est devant son substantif : un bon ami, dites : un bo-n ami ; au pluriel l's se lie : de bons amis, dites : de bon-z amis) adj.
  • 1Qui réunit les qualités de son espèce. Bonne monnaie. Une bonne terre, une terre fertile. Bonne vue. Avoir l'oreille bonne. Cet homme a une bonne constitution. Bon dîner. De bonnes troupes. Bonne mémoire. Bonne réputation. Bon discours. Bon naturel. Avoir une bonne prononciation. Un bon cheval. Un bon chien de chasse. Un bon voilier, en parlant d'un vaisseau. Une bonne armée. Les mânes indignés de tant de bons soldats Contre ma lâcheté ne murmureraient pas, Rotrou, Antig. I, 6. Avoir beaucoup de bons hommes et des terres bien cultivées, Fénelon, Tél. XVIII. Ce roi vit un troupeau qui couvrait tous les champs, Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans, Grâce aux soins du berger, de très notables sommes, La Fontaine, Fabl. X, 10. …Je suis bonne sœur si vous n'êtes bon frère, Corneille, Pomp. II, 3. Le prince est vertueux, et vous êtes bon père, Corneille, Nicom. II, 1. Il est trop bon mari pour être assez bon père, Corneille, ib. III, 4. Je viens en bon sujet vous rendre le repos, Corneille, ib. V, 10. Souffrez qu'un bon sujet vous fasse souvenir Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir, Corneille, Hor. V, 2. Mais ou vous n'avez pas la mémoire fort bonne, Ou vous n'y mettez rien de ce qu'on vous ordonne, Corneille, Nicom. III, 6. …J'ai d'assez bons yeux pour voir ce que je fais, Corneille, Sertor. II, 2. Ai-je de bons avis ou de mauvais soupçons ? Corneille, Cinna, V, 1. Et de pareils amis en bonne politique…, Corneille, Nicom. II, 3. Je leur fais bonne guerre et n'en proscris pas un, Corneille, Sert. III, 2. Que si Dieu ne dédaigne pas de juger ce qu'il a créé, et encore ce qu'il a créé capable d'un bon et d'un mauvais choix, Bossuet, Anne de Gonz. Comment ont-ils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier être lui soit indifférent, et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient également bonnes ? Bossuet, Anne de Gonz. Il y a et il y aura toujours à Paris beaucoup de jeunes gens qui font et qui feront très joliment des vers, mais ce n'est pas assez de les faire bons, il y faut un je ne sais quoi qui force à les retenir par cœur, Voltaire, Lettr. Mme du Deffant, 30 mars 1775.

    Bon compagnon, bon vivant, homme qui est agréable dans les parties de plaisir et qui y prend part volontiers.

    Bon garçon, bon diable, termes familiers qui désignent un homme commode et facile à vivre.

    Faire contre mauvaise fortune bon cœur, bien supporter un revers.

    Faire bonne mine à mauvais jeu, dissimuler le mécontentement qu'on éprouve, le mauvais état où l'on est.

    Familièrement. Le bon temps, le temps passé. Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes, La Fontaine, Fabl. X, 10.

    Se donner du bon temps, se divertir.

    De bons moments, des moments heureux. J'ai passé avec vous de bons moments.

    Il n'a pas la tête fort bonne, c'est un esprit peu judicieux, et même quelquefois sa raison est dérangée. Je crains que la tête du pape ne soit pas fort bonne, Bossuet, Lettr. Quiét. 136.

    Avoir bon pied, être bon marcheur. Avoir bon pied, bon œil, bien marcher et bien voir, et fig. avoir de l'activité, de la vigilance.

    Ironiquement. Une bonne langue, une personne qui dit du mal d'autrui.

    Faire le bon apôtre, contrefaire l'homme de bien.

    C'est bon, c'est-à-dire j'y consens ; laissons cela. C'est bon, il suffit. C'est bon, j'ai compris. C'est bon, il me le payera ; je m'en vengerai.

    Absolument. Il est bon, cela est bien imaginé. Par ma barbe ! dit l'autre, il est bon, et je loue Les gens bien sensés comme toi, La Fontaine, Fabl. III, 5.

    Terme de marine. Bon frais, vent assez fort, mais favorable. Bon plein, vent arrière qui remplit bien toutes les voiles. Bon bord, celui qui, quand on louvoie, se rapproche le plus de la route à faire. Faire bon bras, brasser les vergues du côté du vent. Faire bonne main, amarrer un cordage roide et sans en rien filer. Le bon bout d'un grelin, celui qui est à bord lorsqu'on toue sur ce grelin ; et fig. le côté favorable d'une chose. Dans cette affaire il a le bon bout. Bonne tenue, fond solide sur lequel l'ancre tient bien.

    Terme de manége. Galoper du bon pied, se dit d'un cheval qui, se mettant au galop, part du pied droit. Mettre un cheval sur le bon pied, le faire partir du pied droit.

    Fig. Mettre quelqu'un sur le bon pied, le réduire à faire ce qu'il doit, et aussi le mettre en une position avantageuse. Être dans le monde sur un bon pied, sur le bon pied, avoir une position avantageuse.

  • 2Strict, exact, rigoureux. Puisqu'on fait bonne garde aux murs et sur le port, Corneille, Cid, II, 7. On vous rendra bon compte et des deux rois et d'elles, Corneille, Attila, III, 1. Exécutez cet ordre et m'en rendez bon compte, Rotrou, Bélis. V, 5.
  • 3Habile. Bon pilote. Bon poëte. Bon architecte. Bon orateur. Apprendre la législation sous un bon maître. Bon général. Bon politique.
  • 4Heureux, favorable. Bonne nouvelle. Bon résultat. Avoir une bonne issue. La bonne fortune. Bon augure. C'est bon signe que… Notre bonne étoile. La bonne aventure. La récolte a été bonne. Ne crains pas de succès qui souille ta mémoire ; Le bon et le mauvais sont égaux pour ta gloire, Corneille, Cinna, I, 3. Madame, toutefois parmi leurs bons succès, Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès, Corneille, Cid, I, 4. Et les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins, Corneille, Horace, V, 2. Et quand même l'issue en pourrait être bonne, Corneille, Héracl. II, 7. Ne nous brouillons point avec nos bons destins, Corneille, Sertor. IV, 2. Voyez qu'un bon génie à propos nous l'envoie, Corneille, Hor. I, 1.

    Familièrement. Cela ne dit rien de bon, cela n'est pas de bon augure. Ce portrait ne nous dit rien de bon, Molière, Sgan. 6.

    Prendre les choses en bonne part, les prendre dans un sens favorable.

    Avoir bonne opinion de quelqu'un, en parler favorablement. Ne pensez-vous pas que la bonne opinion de soi-même et la complaisance qu'on a pour ses ouvrages est un des péchés les plus dangereux ? Pascal, Prov. 9.

    Bonne année, année favorable. Souhaiter la bonne année, faire, au 1er janvier, un compliment par lequel on souhaite que l'année qui commence soit heureuse.

    Bonne année, année où les récoltes, les biens de la terre sont abondants.

    Bon an, mal an, en compensant les années improductives par les années productives. Il tire de son exploitation, bon an, mal an, dix mille francs.

  • 5Il se dit des dispositions, des manières, de l'air. Il est en bonne humeur. Vous avez bon visage ce matin. Si je l'entretins hier et lui fis bon visage, Corneille, Hor I, 3.

    Ironiquement. Oh ! la bonne figure ! Parbleu ! le voilà bon avec son habit d'empereur romain ! Molière, D. Juan, III, 6.

  • 6Avantageux, utile, convenable, salutaire. Bonne résolution. Il avait pris le bon parti. Donner un bon conseil. Offrir une rade assez bonne. Bon pour la santé. Bon air, air sain. Bon remède. Eaux très bonnes pour l'estomac. Le quinquina est bon contre la fièvre. Il n'est jamais bon de faire le mal. Il est bon de repasser dans son esprit… Il est bon qu'un mari nous cache quelque chose, Corneille, Poly. I, 3. Il est bon cependant de la faire saisir, Corneille, Héracl. IV, 2.

    Trouver bon, approuver. Trouvez bon qu'avec vous mon cœur s'ose expliquer, Corneille, Pomp. IV, 2. Pour le mieux admirer, trouvez bon, je vous prie, Que j'apprenne de vous les troubles de Syrie, Corneille, Rodog. I, 1. Trouvez bon que je vous assure que…, Sévigné, 4.

    Comme bon vous semble, c'est-à-dire à votre volonté. Pour entrer dedans quand bon vous semblerait, Pascal, Prov. 9. Usez-en comme bon vous semble, Corneille, Agés. IV, 6.

    Bon plaisir, consentement, agrément. Je ne le ferai que si c'est votre bon plaisir.

    Dans un sens défavorable, bon plaisir, volonté absolue, capricieuse ; se dit aussi des gouvernements absolus : le régime du bon plaisir.

    À quoi bon, pourquoi. Éclatez, mes douleurs ; à quoi bon vous contraindre ? Corneille, Hor. IV, 4.

    Molière a dit à quoi bon de. Ah ! j'enrage ! à quoi bon de te cacher de moi ? Molière, Fâch. III, 4. À quoi bon de dissimuler ? Molière, Sicil. 7.

  • 7Propre à. Manteau bon pour toutes les saisons. Terrain bon pour la vigne. Eau bonne à boire. Bon à manger. Moisson bonne à couper. Homme qui est bon à tout. Homme qui n'est bon à rien. Une telle maxime n'est bonne qu'à détruire l'amitié. Toute vérité n'est pas bonne à dire. En vain nous appelons mille gens à notre aide, Plus ils sont, plus il coûte, et je ne les tiens bons Qu'à manger leur part des moutons, La Fontaine, Fabl. XI, 1. Ah ! maudit animal [chien] qui n'es bon qu'à noyer ! Que n'avertissais-tu dès l'abord du carnage ? La Fontaine, ib. II, 3. Quel chagrin pour moi de ne vous être bonne à rien ! Sévigné, 415. Je la trouve bonne contre la tristesse, Sévigné, 226. Et toute médecine à tout mal n'est pas bonne, Régnier, Sat. I. [La richesse] Quand elle vient sans les grandeurs, Est bonne à quelque chose, Béranger, Éloge de la richesse. La vertu même… c'est une bizarrerie d'humeur… un parti bon à quelque chose, quand on n'est plus soi-même bon à rien, Massillon, Profession religieuse, sermon 1.

    Familièrement. Refuser ce qu'on donne est bon à faire aux fous, Molière, Dép. am. I, 2.

    C'est bon à vous d'agir et de parler ainsi, il vous convient particulièrement de, etc.

  • 8Solide ; qui a du crédit, de la fortune ; qui est garanti. Une bonne caution. Il a de bons revenus. Dix bonnes mille livres de rente. Une bonne maison de commerce. Faire une bonne maison, amasser du bien.

    Faire une dette bonne, s'en porter caution. Faire bonne garantie. Être bon pour pouvoir payer. Je prends sur moi sa dette et je vous la fais bonne, Corneille, D. San. I, 3. Vous savez que je suis bon pour cette somme, Hamilton, Gramm. 11. Il [le capitaine garde-côte] se contenterait des gages de la charge pour tout intérêt de la somme, et sans être [sans que nous soyons] tenus de les lui faire bons, au cas qu'ils ne fussent pas payés, Saint-Simon, 304, 224. Substantivement. Vous pouvez compter sur 50 pistoles, je vous en fais bon, Lesage, Diable boiteux, II, 194.

    Fig. Je vous fais bon seulement de mon cœur, et vous réponds d'une sincérité pareille à la vôtre, Guez de Balzac, Liv. V, Lett. 20. Cela donnait mauvaise opinion de son esprit, et son esprit faisait bon sur tout ce que l'on en croyait, Hamilton, Gramm. 9.

    Bon argent, de la monnaie qui est bonne, qui a cours ; et figurément : Quoi ! tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire ! Molière, Don Juan, V, 2.

    Jouer bon jeu, bon argent, se dit quand, le jeu étant bon, il faut que l'argent le soit aussi et que l'on paye si l'on perd.

    Fig. À bonnes enseignes, à juste titre, avec toute garantie. Je ne le ferai qu'à bonnes enseignes.

  • 9Grand, considérable. Une bonne provision de livres. Une bonne partie de l'entretien. Une bonne partie de ces contrées. Boire de bons coups. Il a reçu un bon coup. J'ai bonne envie de voir… Je me trouvais avec un bon nombre de voyageurs de différentes nations, Bernardin de Saint-Pierre, Voy. en Silésie.

    Fig. Avoir bon courage, être plein de courage.

  • 10Choisi, distingué, noble, élevé. Bonne famille. Homme de bonne compagnie. Bons sentiments. Les bonnes études. La bonne société. Votre sang est trop bon ; n'en craignez rien de lâche, Corneille, Hor. II, 6. Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie Le rebut d'un tyran dont elle fut la proie, Corneille, Cinna, II, 2. Sachez que j'ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, Molière, l'Av. V, 5. Il n'était fils de bonne mère Qui, les payant à qui mieux mieux [les vers], Pour ses ancêtres n'en fît faire, La Fontaine, Fab. I, 14.

    Les bonnes fêtes, les jours de grandes fêtes. Dès qu'il [le chancelier] alla, après la mort de sa femme, à l'institution des pères de l'Oratoire, dans un petit appartement qu'il y avait, où il se retirait les bonnes fêtes…, Saint-Simon, 358, 226. Que d'une serge honnête elle ait son vêtement, Et ne porte le noir qu'aux bons jours seulement, Molière, Éc. des maris, I, 2.

    Un bon bourgeois, un bourgeois honorable, et aussi un simple bourgeois. Son père, un bon bourgeois, lui sans autre mérite, La Fontaine, Fables, I, 14.

    Bonne ville, nom que l'on donnait, dans l'ancienne monarchie, à un certain nombre de villes importantes. Une députation au roi pour le supplier de revenir en sa bonne ville de Paris, Retz, IV, 231.

  • 11Honnête, vertueux, juste, droit, raisonnable, sensé. De bons jeunes gens. Bonnes mœurs. La bonne cause. Tous les moyens de vaincre étaient bons pour lui. Le bon droit. La bonne foi. Ces raisons, bonnes ou mauvaises. Bon sens. De bonnes inclinations. Une bonne doctrine. Il croit récompenser une bonne action, Racine, Esth. III, 1. Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite ? Corneille, Hor. IV, 2.
  • 12Plaisant, spirituel. Un bon mot. Bonne repartie. Bon conte. Bonne histoire. Bonne farce. [Qui] Glose sur les habits et sur la gentillesse, Se plaît à l'entretien, commente les bons mots, Régnier, Sat. v. Vous dites des bons mots et moi je fais de mauvais contes, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 7 mars 1764. Dans un pays où faire rire c'est presque toujours avoir raison et où les combats littéraires les plus graves se décident le plus souvent à coups de bons mots, Villers, Kant, p. 153.
  • 13Qui a de la bonté. Un bon roi. Auprès d'un homme aussi bon. Femme bonne et enjouée. Bonne mère. Bon père. Bon pour ses parents. Être bon pour quelqu'un. Tu es trop bon pour lui. Vous êtes bien bon, formule de remercîment. Il est trop bon d'avoir cette opinion de moi. Bonnes dispositions envers quelqu'un. Perdre les bonnes grâces de quelqu'un. … Vous êtes si bonne Que vous me conservez la vie et la couronne, Corneille, Pomp. IV, 2. Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel, La Fontaine, Fab. I, 22. Vous dites que tous les hommes ne peuvent pas être grands, mais que tous peuvent être bons, Voltaire, Lett. Marmontel, 1er nov. 1769. On a surpris sa bonne foi ; on lui a volé quinze mille francs ; dans le fond, il est trop bon, Lesage, Turc. III, 9. Son mari est bon homme, Sévigné, 507. Qui est janséniste et pourtant fort bon homme, Pascal, Prov. I. Dont il aurait eu horreur, car il est bon homme, Pascal, Prov. 8. Mon fils nous amuse et nous est très bon, Sévigné, 236. L'essentiel est d'être bon aux gens avec qui l'on vit, Rousseau, Ém. I.

    Je suis bon, je suis bien bon de l'écouter, c'est-à-dire je pousse la bonté, la complaisance trop loin en l'écoutant. Ah ! vraiment je suis bonne De leur ouvrir ma porte ; Ils pensent que je suis Fort en peine de ma personne, La Fontaine, Fab. VII, 5.

    Être de bonne composition, être d'une humeur, d'un caractère facile, et aussi n'avoir pas la fermeté ou la probité nécessaire.

    Le bon Dieu, Dieu considéré comme l'être bon par excellence. Un bon Dieu, une image du Christ, ou un crucifix. Combien… De milliers d'autres petits prêtres Qui portent de petits bons Dieux ! Béranger, Infiniment petits.

    Ironiquement et familièrement. Il est bon là, avec les propositions qu'il nous fait, il a tort de nous faire de telles propositions. Je vous trouve bon de parler ainsi.

    Bon cela ! formule d'approbation.

  • 14Simple, crédule. Bon homme, homme simple. Vous êtes trop bons de croire ce que dit chacun. Nos petits enfants nous traiteront de bonnes gens, comme nous traitons nos pères d'imbéciles, Voltaire, Dial. 21. Voilà mille et mille bonnes gens qui n'en voient pas l'importance, Bossuet, Avert. La bonne dupe que M. Turcaret ! Lesage, Turc. IV, 9.
  • 15Souvent il sert uniquement à donner de l'énergie à l'expression par une idée d'augmentation. Il en a augmenté le nombre d'une bonne moitié. J'ai fait quatre bonnes lieues. J'ai attendu un bon quart d'heure. … Fallut deviner et prédire, Mettre à part force bon ducats, La Fontaine, Fab. VII, 15. Hé, la bonne effrontée ! Molière, Sgan. 6. Oses-tu bien paraître devant mes yeux après tes bons déportements ? Molière, Scapin, I, 4. Je saisis cette occasion de lui en parler [à la duchesse d'Orléans] une bonne fois pour toutes, Saint-Simon, 273, 195.

    Bon poids, bonne mesure, poids, mesure qui sont plutôt au delà qu'en deçà du poids, de la mesure exacte.

  • 16Il s'emploie comme terme affectueux. Une bonne vieille. Ma bonne petite. Je ne vous ferai pas plus de compliment que le bon père [jésuite] m'en fit la dernière fois que je le vis, Pascal, Prov. 9.

    Et substantivement, mon bon, ma bonne, terme de caresse et d'amitié. De s'entendre appeler petit cœur ou mon bon, Boileau, Sat. X.

    Ma bonne a aussi quelquefois un sens de dédain ou de supériorité. Payons de hardiesse… je ne vous connais pas, ma bonne, Lesage, Turcaret, V, 9. … Je n'y veux point aller, De peur qu'elle ne vînt encor me quereller ; Que cette bonne femme… - Ah ! certes, c'est dommage Qu'elle ne vous ouît tenir un tel langage ; Elle vous dirait bien qu'elle vous trouve bon, Et qu'elle n'est point d'âge à lui donner ce nom, Molière, Tart. I, 2.

  • 17 Terme de commerce. Bon à payer. Bon pour mille francs.

    Par analogie, billet bon pour une personne, pour deux personnes, billet d'entrée dans un théâtre pour une, pour deux personnes.

  • 18 Terme d'imprimerie. Bon à tirer, mot qu'on écrit sur la dernière épreuve pour indiquer qu'une feuille peut être tirée ; et, substantivement, un bon à tirer, des bons à tirer.

    Bonne feuille, feuille d'un ouvrage tirée sur le papier définitif.

  • 19Bonne au féminin employé dans diverses locutions. La bailler, la donner bonne, tromper quelqu'un, lui faire pièce. Vous me la donnez bonne, La Fontaine, Magn.

    La garder bonne, garder rancune. M. du Maine n'osa répondre une parole [à M. d'Elbœuf] ; sans doute qu'il la lui garda bonne, Saint-Simon, 30, 98.

    En dire de bonnes, en écrire de bonnes, faire des reproches de vive voix ou par écrit. Mme du Châtelet va vous en écrire sur cela de bonnes, Voltaire, Lett. vers, 51. Votre Majesté lui en dirait de bonnes sur l'horreur d'avoir excité une guerre civile, Voltaire, Lettr. à Catherine, 20.

    Courte et bonne, se dit de la vie d'un homme qui l'use rapidement dans les plaisirs.

    À la bonne, naïvement, sans façon.

  • 20À la bonne heure, à propos. Il est arrivé à la bonne heure.

    À la bonne heure est aussi une phrase d'acquiescement. Vous le voulez, à la bonne heure ; que cela se fasse.

  • 21De bonne heure, tôt, par opposition à tard.

PROVERBES

À quelque chose malheur est bon, c'est-à-dire quelque avantage provient d'un accident fâcheux. Quand le malheur ne serait bon Qu'à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu'on le dit bon à quelque chose, La Fontaine, Fab. V, 7.

Après bon vin, bon cheval, c'est-à-dire quand on a un peu bu, on est plus hardi.

À tout bon compte revenir, c'est-à-dire on doit toujours être reçu à recommencer un calcul pour s'assurer s'il est exact.

À bon chat, bon rat, c'est-à-dire bien attaqué, bien défendu.

N'être bon ni à rôtir ni à bouillir, n'être propre à rien.

Il n'est pas bon à jeter aux chiens, c'est-à-dire on ne veut pas de lui, on le condamne, on le repousse.

Une bonne fuite vaut mieux qu'une mauvaise attente, c'est-à-dire il vaut encore mieux prendre la fuite, si le cas l'exige, que d'attendre par imprudence ou par opiniâtreté.

Couvrez-vous, la chaleur vous est bonne, se dit à quelqu'un qui fait trop de cérémonies.

Tout cela est bel et bon, mais l'argent vaut mieux, c'est-à-dire nous ne nous laisserons pas amuser à de belles promesses, à de vaines espérances.

Aux derniers les bons, ce qui reste de quelque chose après que les autres ont choisi est souvent le meilleur.

Il fait bon vivre, c'est-à-dire, on apprend toujours ; les plus habiles, les plus expérimentés ont encore quelque chose à apprendre.

Il fait bon battre un glorieux, il ne s'en vante pas.

Ce qui est bon à prendre est bon à rendre, manière de s'excuser : si j'ai pris à tort, je restituerai. En renversant le proverbe : ce qui est bon à prendre est bon à garder, Beaumarchais, Barbier de Sév. IV, 1. ; c'est-à-dire on ne rend pas ce qui est une fois pris, reçu.Bon jour, bonne œuvre, se dit d'une bonne action faite un jour solennel, et, ironiquement, il a volé le jour de Pâques, bon jour, bonne œuvre. La drôlesse un matin s'en vint, bon jour, bonne œuvre, Jusqu'à notre maison porter ce beau chef-d'œuvre, Regnard, Démocr. V, 3.

Aux bonnes fêtes, les bons coups, c'est-à-dire les malfaiteurs profitent des bonnes fêtes pour faire leurs coups.

À bon entendeur salut, c'est-à-dire comprenez et faites votre profit.

Les bons comptes font les bons amis, c'est-à-dire rien n'entretient mieux les bons rapports que de régler exactement les affaires d'intérêt.

À bon vin point d'enseigne, c'est-à-dire il n'est pas nécessaire de vanter ce qui est bon.

Les bons maîtres font les bons valets, c'est-à-dire il faut qu'il y ait de la douceur et de l'amitié réciproques entre les maîtres et les valets.

REMARQUE

1. Le comparatif de bon est meilleur et le superlatif est le meilleur ; et plus bon ou le plus bon sont des barbarismes : il est meilleur que moi ; et non, il est plus bon que moi ; le meilleur des hommes, et non le plus bon des hommes. " Cependant, dit M. Jullien, il suffit souvent de changer la construction de la phrase pour rendre correct ce comparatif composé. Personne n'hésiterait à demander si un vin est plus ou moins bon qu'un autre. Cependant cette phrase se résout analytiquement en plus bon et moins bon. On dirait de même qu'une tisane est plus qu'une autre bonne contre telle maladie, bien qu'on ne pût pas dire qu'elle est plus bonne que cette autre. "

2. Acheter, vendre bon marché est incorrect ; il faut : acheter, vendre à bon marché.

3. Il est arrivé à bonne heure est mauvais, et l'on doit dire : il est arrivé de bonne heure. À bonne heure, fort usité dans certaines provinces, n'a rien d'incorrect en soi (car la préposition à se dit avec heure), mais c'est une grave faute contre l'usage.

4. Faut-il dire : de bons mots ou des bons mots ? La règle est d'employer de sans article quand le substantif est précédé de son adjectif ; par conséquent, de bons mots est la locution correcte ; mais, considérant bon mot comme un terme unique dû à l'usage, on pourra employer des, de même que l'on dit : des jeunes gens.

SYNONYME

1. UN BON HOMME, UN HOMME BON., Le sens change suivant la position de l'adjectif. Un bon homme, c'est un homme qui a de la bonhomie. Un homme bon, c'est un homme qui a de la bonté.

2. DE BON GRÉ, DE BONNE VOLONTÉ, DE BON CŒUR, DE BONNE GRÂCE. Ces quatre termes expriment l'acquiescement, mais non un acquiescement de même nature, puisque gré, volonté, cœur et grâce diffèrent. De bon gré exprime l'absence de contrainte et une détermination volontaire ; c'est l'opposé de malgré : on fait de bon gré ce qu'on ne fait pas malgré soi. De bonne volonté dit quelque chose de plus ; un homme de bonne volonté est un homme que sa volonté porte à faire ce qu'on lui demande ; non-seulement il n'y est pas contraint, mais encore il le veut lui-même. Avec de bon cœur, le cœur intervient, la volonté y est et de plus la cordialité et l'entrain qu'elle donne. Enfin de bonne grâce exprime que la grâce s'y joint : faire une chose de bonne grâce, c'est la faire sans qu'on ait besoin de nous prier et avec une manière qui rehausse le prix de ce qu'on fait.

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Bon : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

BON, adj. (Métaph.) S’il est difficile de fixer l’origine du beau, il ne l’est pas moins de rechercher celle du bon. Il se fait aimer, ainsi que le beau se fait admirer, dans les ouvrages de la nature & dans les productions des arts. Mais quelle est son origine, & quelle est sa nature ? en a-t-on une notion précise, une véritable idée, une exacte définition ? Ce qui embarrasse le plus, ce sont les diverses acceptions qu’il reçoit, selon les diverses circonstances où on l’applique. Il signifie tantôt une bonté d’être, tantôt une bonté animale, tantôt une bonté raisonnée propre à l’être pensant. Essayons de developper ces divers sens.

La bonté d’être consiste dans une certaine convenance d’attributs qui constitue une chose ce qu’elle est. Tous les êtres en ce sens sont nécessairement bons, parce qu’ils ont ce qui les constitue tels qu’ils sont ; & il est même impossible qu’ils ne l’ayent pas. J’ajoûte que tous les êtres sont également bons de ce genre de bonté. Mais outre les rapports intérieurs, qui constituent leur bonté absolue, ils en ont encore d’extérieurs, d’où résulte leur bonté relative. La bonté relative consiste dans l’ordre, l’arrangement, les rapports, les proportions, & la symmétrie que les êtres ont les uns avec les autres. Ici commence cette variété infinie de bonté qui différencie si fort tous les êtres. Ils ne sont pas tous également nobles & parfaits : un corps organisé est sans doute préférable à une masse brute & grossiere. Par la même raison, un corps organisé & en même tems animé, l’emportera sur un corps organisé qui ne l’est pas ; & parmi les êtres animés, qui doute qu’il n’y en ait de plus parfaits les uns que les autres ? On diroit que la nature a ménagé, pour la perfection de cet univers, une espece de gradation qui nous fait monter à des êtres toûjours plus parfaits, à mesure qu’on s’avance dans la sphere qui les comprend tous. Ces nuances, il est vrai, ces passages imperceptibles n’ont plus lieu, quand il est question de passer du monde matériel au monde spirituel. De l’un à l’autre le trajet est immense : mais quand nous sommes une fois parvenus au monde spirituel, qui pourroit exprimer la distance qui sépare l’ame des bêtes, des sublimes intelligences celestes ? Les nuances qui distinguent les différentes especes d’esprits sont imperceptibles, & cependant très-réelles. Rien n’est plus mince que la barriere qui sépare l’instinct d’avec la raison, & cependant ils ne se confondent jamais. Voyez l’article Esprit, où nous avons eu soin d’en caractériser les différentes especes, & d’assigner, autant qu’il est possible, les limites qui séparent les unes des autres.

Tous les êtres qui entrent dans la composition de ce grand tout qu’on appelle l’univers, ne sont donc pas egalement bons, il est même nécessaire qu’ils ne le soient pas. C’est de l’imperfection plus ou moins grande des differens êtres, que résulte la perfection de cet univers. On conçoit qu’il seroit beaucoup moins parfait, s’il ne comprenoit dans sa totalité que des êtres de la même espece, ces êtres fussent-ils les plus nobles de tous ceux qui le composent. La trop grande uniformité déplait à la longue ; du moins elle ne tient pas lieu de la variété, qui compense ce qui manque aux êtres finis. Croit-on qu’un monde, qui ne seroit formé que de purs esprits, fût plus parfait qu’il ne l’est aujourd’hui ? qui ne voit que le monde matériel laisseroit par son absence un grand vuide dans cet univers ? On pourroit étendre cette reflexion jusqu’au mêlange de vertus & de vices, dont nous sommes ici bas le spectacle & les spectateurs tout à la fois. Un monde d’où seroient bannis tous les vices, ne seroit certainement pas si parfait qu’un monde qui les admet. La vertu prise en elle-même, est sans doute préférable au vice, de même que l’esprit est par sa nature plus noble que le corps : mais quand on considere les choses par rapport au grand tout, dont ils sont partie, on s’apperçoit aisément que pour une plus grande perfection, il étoit nécessaire qu’il y eût des imperfections dans le monde physique & dans le monde moral.

Si mala sustulerat, non erat ille bonus.


Voyez l’article Manichéisme, où ce raisonnement est développé dans toute sa force.

Rien n’est sans doute plus admirable que tous ces rapports, que la main du Créateur a ménagés entre les différens êtres. Ils sont plus ou moins immédiats, suivant le plus ou moins de variété de ces êtres. Il en est d’eux comme des vérités, qui tiennent toutes les unes aux autres, moyennant les vérités intermédiaires qui servent à les réunir. La bonté de cet univers consiste dans la gradation des différens êtres qui le composent. Ils ne sont séparés que par des nuances, comme nous l’avons déjà remarqué ; il ne se trouve aucun vuide dans le passage du regne minéral au regne végétal, ni dans le passage de celui-ci au regne animal ; autrement, pour me servir de la pensée de l’illustre Pope, il y auroit un vuide dans la création, où, un degré etant ôté, la grande échelle seroit détruite. Qu’un chaînon soit rompu, la chaine de la nature l’est, & l’est également, soit au dixieme, soit au dix-millieme chaînon. C’est alors qu’on verroit, pour continuer la pensée du poete Anglois, la terre perdre son équilibre & s’écarter de son orbite, les planetes & le soleil courir sans regle au-travers des cieux, un être s’abysmer sur un autre être, un monde sur un autre monde, toute la masse des cieux s’ébranler jusques dans son centre, la nature frémir jusqu’au throne de Dieu, en un mot tout l’ordre de cet univers se détruire & se confondre.

Il faudroit être stupide & insensible, pour ne pas appercevoir la dépendance & la subordination de tous les êtres qui entrent dans la composition de ce tout admirable : mais il faudroit être encore pis que tout cela pour l’attribuer à un hazard aveugle. Voyez Hasard & Épicuréisme. L’esprit ne peut être frappé sans admiration de cette multiplicité de rapports, de ces combinaisons infinies, de cet ordre, de cet arrangement qui lie toutes les parties de l’univers ; & l’on peut dire que plus il saisira de rapports, plus la bonté des êtres se manifestera à lui d’une maniere sensible & frappante. Dieu seul connoît toute la bonté qu’il a mise dans ses ouvrages, parce qu’il est lui seul capable de connoître parfaitement la justesse qui brille dans ses ouvrages, le rapport mutuel qui se trouve entr’eux, l’harmonie qui fait d’eux un tout régulier & sagement ordonné, en un met l’ordre établi pour les conserver. La chaine qui attire & réunit toutes les parties est entre les mains de Dieu, & non entre celles de l’homme. Petites parties de ce tout, comment pourrions-nous le comprendre ? « Tout ce que nous voyons du monde, dit dans son style énergique le sublime Paschal, n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature : nulle idée n’approche de l’étendue de ses espaces : nous avons beau enfler nos conceptions, nous n’enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses : c’est un cercle infini, dont le centre est par-tout, la circonférence nulle part : enfin, c’est un des plus grands caracteres sensibles de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée..... L’intelligence de l’homme tient, dans l’ordre des choses intelligibles, le même rang que son corps dans l’étendue de la nature : & tout ce qu’elle peut faire, est d’appercevoir quelqu’apparence du milieu des choses, dans un desespoir éternel d’en connoître ni le principe ni la fin. Toutes choses sont sorties du néant, & portées jusqu’à l’infini : qui peut suivre ces étonnantes démarches ? l’auteur de ces merveilles les comprend, nul autre ne le peut faire ». Pensées de Pasch. ch. xxij.

Nous sommes forcés de joindre le témoignage de notre raison, au témoignage aveugle des créatures inanimées & matérielles, dont la beauté, la disposition & l’économie annoncent si hautement la grandeur de celui qui les a faites. Un spectacle digne de Dieu, peut bien être digne de nous. Moyse rapporte que lorsque Dieu eut achévé l’ouvrage des six jours, il considera tous les êtres d’une seule vûe, & que les ayant comparés entr’eux & avec le modele éternel dont ils étoient l’expression, il en trouva la beauté & la perfection excellente. L’univers parut à ses yeux comme un tableau qu’il venoit de finir, & auquel il avoit donné la derniere main. Il trouva que chaque partie avoit son usage, chaque trait sa grace & sa beauté : que chaque figure étoit bien située & faisoit un bel effet : que chaque couleur étoit appliquée à propos, mais sur-tout que l’ensemble en étoit merveilleux : que les ombres mêmes donnoient du relief au reste : que le lointain en s’attendrissant faisoit paroître ce qui étoit plus proche avec une force nouvelle ; & que les objets les plus remarquables, recevoient une nouvelle beauté par le lointain, dont ils n’étoient séparés que par une diminution imperceptible de teintes & de couleurs. Qui considéreroit ce tableau de plus près, pourroit appercevoir dans le plan de la création celui de la rédemption. Si quelques défauts nous frappent dans cet immense tableau, souvenons-nous que ce sont des ombres que la main de l’éternel y a jettées exprès pour en faire sortir les figures ; que leur ordre & leur situation contribuent à lui donner une beauté qu’il n’auroit pas ; & que prendre occasion de ces defauts pour critiquer l’univers & son auteur, ce seroit ressembler à un ciron, dont les yeux seroient fixés sur les ombres d’un tableau, & qui prononceroit que ce tableau est défectueux, qu’il n’y reconnoît aucune ordonnance, ni le vrai ton des couleurs.

La bonté animale est une économie dans les passions, que toute créature sensible & bien constituée reçoit de la nature. C’est en ce sens qu’on dit d’un chien de chasse, qu’il est bon, lorsqu’il n’est ni lâche ni opiniâtre : c’est aussi en ce sens qu’on dit d’un homme, qu’il est bien constitué, lorsqu’il regne dans ses membres la proportion qui s’ajuste le mieux avec les fonctions auxquelles l’a destiné la providence. La bonté animale sera d’autant plus parfaite, que les membres bien proportionnés conspireront d’une façon plus avantageuse à l’accomplissement des fonctions animales. Par une suite des lois que Dieu a établies, il doit s’exciter dans l’ame telles ou telles sensations à l’occasion de telles ou telles impressions qui auront été faites sur les organes de nos sens. Si donc elles ne s’y excitoient pas, il y auroit alors un défaut d’œconomie animale. On en peut voir un exemple bien sensible dans les personnes paralytiques. Le défaut d’œconomie animale se trouve aussi dans ceux qui ont des mouvemens convulsifs, qu’ils ne peuvent arrêter ni suspendre. On peut dire la même chose de ceux qui sont fous & stupides. Les uns ont trop d’idées, & les autres n’en ont pas assez, par un défaut de conformation dans le cerveau. Il est des personnes qui sont nées sans aucun goût pour la Musique, & d’autres pour qui les vers les mieux faits ne sont qu’un vain bruit. Ce défaut d’organes dans ces sortes de personnes est, comme l’on voit, un défaut d’œconomie animale. On peut dire en général, que c’est là le grand défaut de ces esprits stupides & grossiers, dont la portée ne sauroit atteindre au raisonnement le plus simple. Les organes du corps, qui les voile & les enveloppe, sont si épais & si massifs, qu’il ne leur est presque pas possible de déployer leurs facultés ni de faire leurs opérations. Plus les organes sont delicats, plus les sensations qu’ils occasionnent sont vives. Il y a des animaux qui nous surpassent par la délicatesse de leurs organes : le lynx a la vûe plus perçante que nous ; l’aigle fixe le soleil qui nous ébloüit ; le chien a plus de sagacité que nous dans l’odorat ; le toucher de l’araignée est plus subtil que le nôtre, & le sentiment de l’abeille plus exquis & plus sûr que celui que nous éprouvons : mais n’envions point aux animaux l’avantage qu’ils ont sur nous en cette partie. Si nous avions l’œil microscopique du lynx, nous verrions le ciron : mais notre vûe ne pourroit s’etendre jusqu’aux cieux. Si le toucher étoit plus sensible & plus délicat, nous serions blessés par tous les corps environnans ; les douleurs & les maladies s’introduiroient par chaque pore. Si nous avions l’odorat plus vif, nous serions incommodés des parties volatiles d’une rose, & leur action sur le cerveau en ébranleroit trop violemment les fibres. Avec une oreille plus fine, la nature se feroit toûjours entendre à nous avec un bruit de tonnerre, & nous nous trouverions étourdis par le plus leger souffle de vent. Croyons que les organes, dont la nature nous a doüés, sont proportionnés au rang que nous tenons dans l’univers. S’ils étoient plus grossiers ou plus délicats, nous ne nous trouverions plus si propres aux fonctions animales, qui sont une suite de notre constitution. Après qu’on a pesé toutes les choses dans la balance de la raison, on est forcé de reconnoitre la bonté & la sagesse de la providence également & dans ce qu’elle donne & dans ce qu’elle refuse, & de convenir avec Pope, en dépit de l’orgueil & de la raison qui s’égare, de cette vérité évidente, que tout ce qui est, est bien. Nous nous regardons comme dégradés, parce qu’il a plû à l’auteur de notre être de nous assujettir aux organes d’un corps : mais il pourroit se trouver, en approfondissant la matiere, que cette influence de l’union de l’ame avec le corps, s’exerce peut-être plus au profit qu’aux dépens de nos facultés intellectuelles. Voyez les articles Esprit & Résurrection, où cette question est agitée.

La bonté raisonnée, qualité propre à l’être pensant, consiste dans les rapports des mœurs avec l’ordre essentiel, éternel, immuable, regle & modele de toutes les actions réfléchies : elle est la même que la vertu. Voyez cet article.

Jusqu’ici nous h’avons considéré le bon, que par les rapports qu’il a avec notre esprit. Pris en ce sens, il rentre dans l’idée du beau, qui n’est autre chose que la perception des rapports ; voyez cet article : mais il y a un autre bon, dont les rapports sont plus immédiats avec nous, parce qu’ils touchent notre cœur de plus près. La bonté qui résulte de ces rapports, est plus intimement liée avec notre être, plus proportionnée à nos intérêts : il n’y a qu’elle qui ait de l’ascendant sur notre cœur, & qui l’ouvre au sentiment. L’autre bonté nous est, pour ainsi dire, étrangere ; elle ne nous touche presque pas : si elle a des charmes, ce n’est que pour notre esprit. Nous admirons les êtres en qui paroît cette premiere bonté : mais nous n’aimons que ceux qui participent à cette autre bonté ; & l’amour que nous leur portons se mesure sur les différens degrés de cette bonté relative. Le bon, pris dans ce secord sens, se confond avec l’utile ; de sorte que tous les êtres qui nous sont utiles, renferment cette bonté qui intéresse le cœur, ainsi que cette autre bonté qui plaît à l’esprit, est l’apanage de tous les êtres qui sont beaux.

Le bon a donc deux branches, dont l’une est le bon qui est beau, & l’autre le bon qui est utile. Le premier ne plaît qu’à l’esprit, & le second intéresse le cœur : l’un n’obtient de nous que des sentimens d’estime & d’admiration, tandis que nous réservons pour l’autre toute notre tendresse. Un être qui ne seroit que beau pour nous, se feroit seulement estimer & admirer de nous. Dieu, tout Dieu qu’il est, auroit beau déployer à notre esprit toutes les perfections qui le rendent infini, il ne trouveroit jamais le chemin de notre cœur, s’il ne se montroit à nous comme bienfaisant. Sa bonté pour nous est le seul attribut qui puisse nous arracher l’hommage de notre cœur. Et que nous serviroit le spectacle de sa divinité, s’il ne nous rendoit heureux ?

On voit par-là combien s’abusent de pieux visionnaires, qui follement amoureux d’une perfection chimérique, s’imaginent qu’ils peuvent aimer dans Dieu autre chose que sa bonté bienfaisante. Quel désintéressement ! ils veulent que leur amour pour Dieu soit si pur, si généreux, si gratuit, si indépendant de toutes vûes intéressées, que même à l’égard de Dieu on se contente du plaisir de l’aimer, sans rien attendre & sans rien espérer de lui. Ce n’est pas ici le lieu de combattre ces excès impies, qui sont contraires à la loi naturelle, & qui deshonorent la Religion, sous la vaine apparence d’une perfection chimérique qui en détruit les fondemens. Voyez les articles Charité & Quiétisme, où sont refutées ces absurdités, aussi impies qu’insensées ; mais qui sont les suites nécessaires d’un desintéressement absolu.

Un être peut nous être utile de deux manieres ; ou par lui-même, ou par quelque chose qui soit distingué de lui. Ce qui ne nous est utile que comme moyen, nous ne l’aimons pas pour lui-même, mais seulement pour la chose à laquelle il nous fait parvenir : ainsi nous n’aimons pas les richesses pour elles-mêmes, mais bien pour les plaisirs que nous achetons à leurs dépens ; j’excepte pourtant les avares, pour qui la possession des richesses est un véritable bien : ceux-ci sont heureux par la vûe de l’or, & les autres ne le sont que par l’usage qu’ils en font. Mais un être nous est-il utile par lui-même ? c’est alors que nous l’aimons pour lui-même & que notre cœur s’y attache : ou cet être nous satisfait du côté de la conscience & de la raison, ce qui est un bien durable, solide, & qui n’est point sujet à de fâcheux revers ; & alors on lui donne le nom de bien honnête : ou bien cet être ne nous satisfait que du côté de la cupidité, & se trouve par conséquent exposé au dégoût & à l’inquiétude ; & alors on lui donne simplement le nom de bien agréable entant qu’opposé à l’honnêteté.

Après avoir considéré le bon dans les êtres naturels, il est naturel de l’examiner dans ceux qu’on appelle artificiels : ils ont été inventés sur le modele de la nature ; d’où je conclus que leur perfection dépend plus ou moins de leur imitation de la nature. Mais de même que dans les ouvrages de la nature il y a un bon & un beau, qui ne dépendent ni du hasard ni du caprice, ainsi dans les productions des arts il y a des lois immuables qui nous guident dans nos connoissances & dans nos goûts ; & on ne peut en aucune façon violer ces lois tracées avec tant d’éclat dans les ouvrages de la nature, que l’esprit & le goût n’en soient révoltés.

Il se trouve, avons-nous dit, dans les ouvrages de la nature deux sortes de bontés, l’une, qui rentre dans la même signification que la beauté, & qui pour cette raison ne flatte que l’esprit ; & l’autre, qui retient le nom de bonté, & qui intéresse notre cœur. Quand un objet réunit en soi ces deux genres de bonté, c’est-à-dire qu’il étend & perfectionne nos idées d’une part, & que de l’autre il nous présente des intérêts qui nous sont chers, qui tiennent à la conservation ou à la perfection de notre être, qui nous font sentir agréablement notre propre existence, nous prononçons que cet objet est bon ; & il l’est d’autant plus, qu’il possede ces avantages dans un plus haut degré. Pareillement une production de l’art, où le bon se réunissant avec le beau, renfermera toutes les qualités dont elle a besoin pour exercer & perfectionner à la fois notre esprit & notre cœur, sera d’autant plus parfaite, qu’elle attachera plus agréablement notre esprit, & qu’elle intéressera plus vivement notre cœur.

Parmi les ouvrages de la nature, il y en a qui ne sont que beaux, & qui ne plaisent qu’à l’esprit. La même chose se trouve dans les productions des arts : ainsi un théoreme de Géométrie, difficile, mais sans usage, n’est qu’un beau théoreme. Voyez Beau. Mais de même qu’il y a des ouvrages de la nature qui sont bons & beaux en même tems, parce qu’ils contiennent en soi de quoi réveiller des idées qui nous attachent & nous intéressent, il y en a aussi parmi les productions des arts qui produisent en nous le même effet, mais toûjours d’une maniere subordonnée à la nature, parce que la nature en tout surpasse l’art : in omni re procul dubio vincit imitationem veritas. Le cœur n’est touché des objets que selon le rapport qu’ils ont avec son avantage propre ; c’est ce qui regle son amour ou sa haine : or le cœur a plus d’avantage à attendre des objets naturels que des objets artificiels. Ce que l’art présente au cœur n’est qu’un phantôme, qu’une apparence ; & ainsi il ne peut lui apporter rien de réel. Ce qu’il y a de plus touchant pour nous, c’est l’image des passions & des actions des hommes, parce qu’elles sont comme des miroirs où nous voyons les autres, avec des rapports de différence ou de conformité. Il y auroit ici un beau problème à résoudre, savoir qui de Corneille ou de Racine a mieux peint les passions ; le premier, en nous élevant au-dessus de l’homme ; le second, en nous rendant à nos foiblesses naturelles. Voyez Tragédie. (X)

Bon, (en terme de Pratique.) est un terme par lequel on ratifie une promesse, une cellule ; faire bon, c’est promettre de payer pour soi ou pour autrui. (H)

* Bon, (Hist. mod.) c’est le nom d’une fête que les Japonois célebrent tous les ans en l’honneur des morts ; on allume ce jour-là à chaque porte grand nombre de lumieres, & chacun s’empresse de courir aux tombeaux de ceux qui leur ont autrefois appartenu, avec des mets bien choisis qui sont destinés à la nourriture des morts.

Bon, terme d’honneur dont on se sert dans le commerce pour désigner un marchand riche & solvable. Vous pouvez confier votre marchandise à M. N. je vous garantis qu’il est bon.

Bon d’aunage. Voyez Aunage, & Bénéfice d’aunage.

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Bon : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « bon » les plus populaires.

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Étymologie de « bon »

Étymologie de bon - Wiktionnaire

Du latin bŏnus. (880) (Cantilène de sainte Eulalie) buona (« bonne »), puis buen, forme tonique diphtonguée. Cette forme céda face à la forme proclitique atone bon.
(XVIIIe siècle) Sens de « document ayant une valeur confirmée », dérivé de l’usage d’écrire bon à (payer), bon pour (accord) sur les documents commerciaux.
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Phonétique du mot « bon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bon bɔ̃ play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « bon »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bon »

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  • Terre noire fait bon blé. De Proverbe auvergnat
  • Pour faire un bon vainqueur il faut être bon perdant. De Mika Hakkinen / Malaisie - Octobre 2000
  • Chez les végétariens, un bon rire vaut un bon tofu ! De Michèle Bernier / Le Petit Livre de Michèle Bernier
  • Il est toujours bon d'être bon. De Victor Hugo / Philosophie prose
  • Ce qui est bref et bon est deux fois bon. De Baltasar Gracian y Morales
  • Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. De Proverbe français
  • Conseil : cadeau bon marché. De Tristan Bernard / Mots-croisés
  • Un bon livre est un bon ami. De Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre / Paul et Virginie
  • Bon menteur, bon vendeur. De Proverbe québécois
  • Rien n'est bon ni mauvais en soi, tout dépend de ce que l'on en pense. William Shakespeare, Hamlet, II, 2, Hamlet
  • Le diable est diable parce qu'il se croit bon. Ramiro de Maeztu, La crisis del humanismo, I, La herejía alemana
  • Les leçons de la vie nous enseignent que, parfois, pour être bon, il faut cesser d'être honnête. Jacinto Benavente, El hijo de Polichinela
  • C'est n'être bon à rien de n'être bon qu'à soi. François Marie Arouet, dit Voltaire, Mélanges, Sur la vraie vertu
  • Véritablement bon est l'homme rare qui jamais ne blâme les gens des maux qui leur arrivent. Paul Valéry, Choses tues, Gallimard
  • J'ai toujours cru que le beau n'était que le bon mis en action, que l'un tenait intimement à l'autre, et qu'ils avaient tous deux une source commune dans la nature bien ordonnée. Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse
  • Les hommes ne sont ni généralement bons ni généralement mauvais, mais ils possèdent et exercent tout ce qu'il y a de bon et de mauvais ici-bas. Napoléon Ier, Cité par Las Cases dans le Mémorial de Sainte-Hélène
  • Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez. Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, Le Jeu de l'amour et du hasard, I, 2
  • Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • On estime beaucoup les femmes bonnes, mais sans esprit, […] mais on finit par bâiller auprès d'elles. Henri Frédéric Amiel, Journal intime, 12 juillet 1866

Images d'illustration du mot « bon »

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Traductions du mot « bon »

Langue Traduction
Portugais bom
Allemand gut
Italien buono
Espagnol bueno
Anglais good
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Synonymes de « bon »

Source : synonymes de bon sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bon »


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