Ombre : définition de ombre


Ombre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

OMBRE1, subst. fém.

I. − [P. oppos. à la pleine lumière en gén.]
A. −
1. Diminution plus ou moins importante de l'intensité lumineuse dans une zone soustraite au rayonnement direct par l'interposition d'une masse opaque. Ombre épaisse, froide; coin, trou d'ombre; chercher l'ombre; trouver un peu d'ombre; être noyé, plein d'ombre; se remplir d'ombre; être, se cacher, luire, rentrer dans l'ombre.
a) Interception de la lumière par le feuillage des arbres. Ombre verte; donner, faire, jeter de l'ombre. Les feuilles de palmier nous couvraient d'une ombre propice; mais, hors de cette ombre, l'embrasement de la terre et des cieux était tel que nos yeux n'en auraient pu supporter l'éclat (G. Leroux,Parfum,1908, p.74).L'ombre n'est pas un endroit du paysage où la lumière cesse, mais où elle est subordonnée à une lumière qui nous paraît plus intense (Mauclair,Maîtres impressionn.,1923, p.25):
1. La forêt masse en vain ses feuillages plus lents; Le soleil, à travers les cimes incertaines Et l'ombre où rit le timbre argentin des fontaines, Se glisse, darde et luit en jeux étincelants. Heredia,Trophées,1893, p.20.
BOT. Essence, plante d'ombre. Végétal capable de se développer en des lieux à faible luminosité, notamment sous le couvert des arbres. Les hêtres et les sapins sont par excellence des essences d'ombre. Les premiers aiment l'ombre froide, si froide qu'elle devient mauvaise aux autres individus (Pesquidoux,Livre raison,1928, p.23).Les sciophytes (...) sont des plantes d'ombre; elles se contentent d'une lumière atténuée et habitent même les stations obscures (Bot.,1960, p.1284 [Encyclop. de la Pléiade]).V. essence2ex. 1.
b) Interception de la lumière par un écran quelconque. Ombre bleuâtre, noire. On allait (...) détruire les petites rues, supprimer l'ombre, et il n'y aurait plus place pour les penseurs sans domicile dans les coins obscurs (Vallès,Réfract.,1865, p.55):
2. Quoique le soleil donnât en plein dans la cour dont le sol brillait inondé d'une lumière crue, une ombre bleue et fraîche, transparente dans son intensité, baignait l'appartement où l'oeil, aveuglé par les ardentes réverbérations, cherchait d'abord les formes et finissait par les démêler lorsqu'il s'était habitué à ce demi-jour. Gautier,Rom. momie,1858, p.195.
c) Locutions
À l'ombre (de). À l'abri du soleil, sous le couvert (de). V. ombrer ex. de Gressent.
Il fait, il y a, par (x) degrés à l'ombre. Il balance son parapluie, il y a trente-huit degrés à l'ombre (Nizan,Conspir.,1938, p.121).
Familier
Être, mettre qqc. à l'ombre. Être, mettre en lieu sûr. La servante du maire avait mis à l'ombre toutes ses provisions et ne nous avait réservé que ses injures (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres,1847, p.97).
Être, mettre qqn à l'ombre. Être, mettre en prison. Ce n'est pas la première fois qu'on le met à l'ombre. Son Altesse a déjà fait trois ans de maison centrale (A. Daudet,Tartarin de T.,1872, p.128).
Vx. Mettre qqn à l'ombre. Mettre sous terre, tuer. Garcia devait te tuer. Ta garde navarraise n'est qu'une bêtise, et il en a mis à l'ombre de plus habiles que toi (Mérimée,Carmen,1847, p.64).
2. Au fig. Ce qui abrite, protège, exerce une influence bienfaisante. Plus notre vie est publique et plus nous avons besoin d'une tendresse cachée; plus nous sommes exposés aux regards et aux coups, et plus nous est nécessaire l'ombre d'un coeur (Mauriac,Journal 2,1937, p.197).
À l'ombre (de). Sous la protection de. Notre temps n'offre plus de ces facilités de développer à loisir les dons les plus délicats de l'esprit, à l'abri des misères du siècle, à l'ombre d'une immense institution (Valéry,Variété IV,1938, p.24).
B. − P. méton. Partie d'une oeuvre figurant par des hachures, des couleurs plus sombres, etc., les aspects les moins lumineux d'un objet. Jeu d'ombre(s) et de lumière(s); ménager les ombres. Les réalistes de toutes les écoles ont aimé ces ombres violentes qui rendent fortement le relief des corps et font plus éclatantes les clartés (Hourticq,Hist. art,Fr., 1914, p.398).Rien n'est plus beau qu'un vrai dessin, tout nu, sans ombres ni hachures (Alain,Beaux-arts,1920, p.277):
3. ... [Velasquez] formulait la silhouette par un trait continu, le volume par de savantes gradations de l'ombre qui se superposaient au coloris indiquant la chair. Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p.197.
Terre d'ombre. V. ombre3.
P. métaph. Il [le musicien] y trouve [dans les instruments de l'orchestre] tous les tons nécessaires pour revêtir sa pensée, son dessin mélodique, son tissu harmonique, pour y produire des lumières et des ombres (Lavignac,Mus. et musiciens,1895, p.214).
Locutions
Vx. C'est une ombre au tableau. C'est un léger défaut qui rehausse les qualités de telle chose ou personne, sans les effacer. (Dict. xixes. notamment).
Il y a une ombre au tableau, faire ombre au tableau. Il y a/présenter une disparité qui nuit à l'harmonie de l'ensemble. On s'extasiait à tout ce qu'il disait. C'était l'esprit gaulois dans sa fleur (...). Quand le train du château eut pris un cours brillant et régulier, on commença de remarquer qu'il faisait ombre et tache au tableau (Sandeau,Mllede La Seiglière,1848, p.88):
4. Il n'y eut, à l'aller, qu'une ombre à ce tableau innocent. Nous aperçûmes marchant devant nous Gilberte Poquelin. Elle avait (...) l'air doux et effronté d'une gamine qui devient une jeune fille. Alain-Fournier,Meaulnes,1913, p.216.
C. − P. anal.
1. (Endroit marqué par une) coloration foncée sur une surface plus claire. À travers une eau limpide on discerne les mousses vertes en taches d'ombre sur le fond (Louys,Aphrodite,1896, p.79).Je craignais que l'on pût lire sur mon visage les signatures éclatantes du plaisir, en ombres sous mes yeux, en relief sur ma bouche (Sagan,Bonjour tristesse,1954, p.122).
COSMÉT. Ombre à paupières. Poudre colorée qui s'applique sur les paupières. L'ombre et le fard à paupières crème, le crayon qui souligne (...) le bord des paupières (F Magazine,janv. 1978, no1, p.83).
2. Au fig. Faute, souillure morale; aspect négatif, répréhensible de quelque chose. Le rôle que tu joues est un rôle de boue et de lèpre (...); j'ai laissé l'ombre de ta mauvaise réputation passer sur mon honneur (Musset,Lorenzaccio,1834, iii, 3, p.179).Osons donc l'aimer [Villon] pour ses erreurs, qui ont été l'ombre de son rayonnement (Carco,Nostalgie Paris,1941, p.136).
Locutions
Vx. Jeter une ombre sur. V. jeter I E 1 au fig.
Sans (une) ombre. Sans défaut, sans tache. Cet amour s'était conservé intact, sans une ombre, sans une paille, durant douze années (Jammes,Mém.,1922, p.141).
D. − P. ext., littér.
1. Absence totale de lumière, nuit. Quand les longues ombres de la nuit descendent sur la terre et la peuplent d'images fantastiques (Cottin,Mathilde,t.2, 1805, p.274).Ah! ces voix des portraits quand le jour va finir! (...) Avec qui nous causions souvent dans le silence Quand l'ombre s'épandait en noirs tulles flottants (Rodenbach,Règne silence,1891, p.26):
5. L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle; Les anges y volaient sans doute obscurément, Car on voyait passer dans la nuit, par moment, Quelque chose de bleu qui paraissait une aile. Hugo,Légende,t.1, 1859, p.86.
Poét. La reine des ombres. La lune. Le crépuscule encor jette un dernier rayon, Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte (Lamart.,Médit.,1820, p.11).
2. Au fig.
a) Ce qui attriste, inquiète, assombrit le moral, nuit à la sérénité de l'esprit. Ma vie n'aurait peut-être pas été complète sans cette angoisse, ce sera une ombre qui fera valoir des jours célestes (Balzac,Ferragus,1833, p.113).Enchantement (...) à qui rien ne résiste. Ni les désillusions, les lassitudes, les déboires, ces ombres qui assaillent l'homme (Pesquidoux,Livre raison,1928, p.248).
Loc., littér., vieilli
Faire ombre sur; donner, jeter de l'ombre à qqn. Rendre défiant, jaloux, etc. Synon. plus cour. donner, faire, porter ombrage* à (qqn).Mazetto: Prenez garde à la jettatura, seigneur Fabio! (...) Fabio, seul: Je suis fatigué de voir la tête de ce coquin faire ombre sur mon amour (Nerval,Filles feu,Corilla, 1854, p.666).
Rare. Prendre une ombre. Synon. de prendre ombrage*.Nous (...) avons eu la sottise de moquer une petite crise d'orgueil fort excusable à cet âge. Le jeune homme en a pris une ombre que nous ne soupçonnions pas (Cocteau,Bacchus,1952, i, 3, p.49).
P. méton. Expression de tristesse, d'inquiétude. Une ombre passa sur le visage de Condé, éteignit le sourire paterne et durcit les traits (Chardonne,Varais,1929, p.185).
b) Ce qui dissimule, empêche de connaître; ce qui est caché, oublié, mystérieux. Si l'Essai fut un moment connu en France, il fut presque aussitôt oublié (...); une ombre subite engloutit le premier rayon de ma gloire (Chateaubr.,Mém.,t.1, 1848, p.472).L'ombre complice qui s'élève de toutes parts pour cacher l'assassinat (Faure,Hist. art,1921, p.67):
6. Ce que nous avons de plus nôtre, de plus précieux est obscur à nous-mêmes (...) je suis transparente pour quelqu'un [M. Teste], je suis vue et prévue, telle quelle, sans mystère, sans ombres, sans recours possible à mon propre inconnu, −à ma propre ignorance de moi-même! Valéry,Soirée avec M. Teste,1895, p.47.
Locutions
Agir, se passer, se tramer dans l'ombre. Agir,... en secret. Le père Walter, député muet (...), sachant s'effacer, s'occupait dans l'ombre, disait-on, d'une grosse affaire de mines de cuivre, au Maroc (Maupass.,Bel-Ami,1885, p.290).
Laisser, rejeter, etc. qqc. dans l'ombre. Laisser,... dans le doute, sans explication; ne pas mettre en évidence. En clinique, laisser dans l'ombre les altérations des vaisseaux lymphatiques (...), mettre en pleine lumière les altérations bronchiques (Cadet de Gassicourt,Mal. enf.,t.2, 1880, p.193).
Laisser qqn dans l'ombre ou, [le suj. désignant une pers.], demeurer, être, rentrer, rester, végéter, vivre, etc. dans l'ombre/ (plus rarement) à l'ombre. Laisser... dans le retrait, l'effacement, l'oubli. Comment la femme qui a été vantée peut-elle se résoudre à ne l'être plus? Se croit-elle vivante si elle reste à l'ombre, et s'il y a silence autour de sa beauté? (Musset,Confess. enf.s.,1836, p.365).En couple heureux et sage, Ils vivent là dans l'ombre (Lorrain,Modern.,1885, p.34).
Sortir de l'ombre. Sortir de l'anonymat, devenir célèbre. Lorsqu'aux environs de 1889 il sortit de l'ombre, où il avait jusque-là vécu, Carrière ne jugea point qu'il était un homme arrivé (Séailles,E. Carrière,1911, p.93).
Vivre dans l'ombre de qqn. Vivre dans l'entourage et la dépendance de quelqu'un en restant au second plan, généralement par modestie, abnégation. Si du moins il pouvait avoir un tort grave envers moi, qui d'un coup me libérerait! (...) Il y a six ans que je vis dans son ombre. (...) c'est une ombre qui me fait un froid dont je meurs (Montherl.,Malatesta,1946, iv, 4, p.517).
Littér., vx. Sous ombre de, que. Sous couvert d'un prétexte, de raisons fallacieuses. Il a attrapé bien des gens sous ombre de dévotion (Ac.1798-1935).
c) Littér. Mort. Ô terreur! C'est la mort qui brusquement se dresse, La grande aveugle, l'ombre implacable et sans yeux (Hugo,Année terr.,1872, p.319):
7. Comme tout nous surprend dès qu'un homme est passé Dans l'ombre où ne vient pas l'aurore! Se peut-il que l'on soit, l'un du côté glacé, L'autre du côté tiède encore? Noailles,Forces étern.,1920, p.65.
P. méton., vieilli. Ombres de la mort. Manifestations (physiques notamment) de l'approche de la mort. Il perdit connoissance. Les ombres de la mort, ainsi qu'une sueur froide, inondèrent bientôt son visage (Crèvecoeur,Voyage,t.2, 1801, p.368).
II. − [P. réf. à un corps précis]
A. −
1. Figure sombre projetée par un corps qui intercepte la lumière, et reproduisant plus ou moins exactement le contour de ce corps. Ombre projetée; grande(s), longues, petite ombre(s); les ombres du soir; jeter, projeter une/son ombre; les ombres s'allongent. À mes pieds l'ennemie, Mon ombre! La mobile et la souple momie, De mon absence peinte effleurait sans effort La terre où je fuyais cette légère mort (Valéry,J. Parque,1917, p.100).Son ombre répétant ce geste dessinait sur le sol une silhouette mince et biscornue (Lacretelle,Silbermann,1922, p.94):
8. C'est l'heure où l'on allume les lanternes. Alors les ombres s'éveillent sur les grands espaces blancs des murs. Les unes dessinent des nez grotesques dans des visages sans yeux (...); elles surgissent de la paroi par une sorte de prodige, grandissent soudain, montent jusqu'au plafond. D'autres, impalpables, effleurent à peine la blancheur du mur de leur frôlement... Moselly,Le Rouet d'ivoireds Cahiers de la quinzaine, 1907, no4-6, p.26.
[P. allus. à l'oeuvre de Chamisso, Hist. merveilleuse de Peter Schlemihl ou l'Homme qui a vendu son ombre, 1814] Vendre son ombre au diable. Le héros d'Adelbert, Peter Schlemihl, avait vendu son ombre au diable: j'aurais mieux aimé lui vendre mon corps (Chateaubr.,Mém.,t.3, 1848, p.61).
Loc. fig.
Avoir peur de son ombre. Être très peureux. [Les révolutionnaires] se ruaient à l'insanité avec une sorte d'allégresse et de défi, entraînant derrière eux ces stagnants, qui ont peur des mots et de leur ombre (L. Daudet,Le Stupide XIXes.,1922, p.24).
Courir après son ombre. V. courir I B 2 b.
Sauter au delà/hors de son ombre; vous me feriez sauter mon ombre. (Vous me feriez) tenter l'impossible. Sortir de son cadre est une convoitise; sauter hors de notre ombre nous tente les uns et les autres comme la plus délicieuse des espiègleries à faire à notre destinée. (...) on rêve l'impossible (Amiel,Journal,1866, p.200).
2. Spécialement
a) ASTRON. Cône d'ombre. V. cône A 1 a.
b) BEAUX-ARTS, PHYS., etc.
Ombre absolue, droite, infinie, relative, renversée; ombre au flambeau, au soleil:
9. L'ombre portée qui se projette sur le plan horizontal d'un objet perpendiculaire à celui-ci est une ombre droite. L'ombre qui se projette sur un plan vertical est une ombre renversée. Ces deux ombres, appelées toutes deux relatives peuvent se produire ensemble; au contraire, une ombre qui ne rencontre pas de surface sur laquelle elle peut se projeter, comme l'ombre de la terre dans l'espace, est dite absolue. Lorsque la source lumineuse se trouve plus bas que le sommet de l'objet projetant une ombre, cette dernière a tendance à s'allonger indéfiniment; elle est dite pour cela ombre infinie. (...) L'ombre au flambeau est celle qui est produite par une source lumineuse artificielle, par opposition à l'ombre solaire, dite naturelle ou ombre au soleil. Bég.Dessin1978, pp.398-399.
Ombre méridienne. V. méridien I A.
Ombre portée. Ombre projetée par un corps sur un plan quelconque. V. ex. 9.P. métaph. La présence d'une secrétaire amie ne détruit pas en son centre la méditation solitaire, mais l'effleure de l'ombre portée d'une tutélaire tendresse (Du Bos,Journal,1927, p.213).
c) SPECTACLES
Ombres chinoises. V. chinois II A 3 b.
Théâtre d'ombres. Spectacle à base d'ombres chinoises. En 1784, François-Séraphin Dominique (...) obtint de Louis XVI l'autorisation de présenter au Palais-Royal un théâtre d'Ombres chinoises, ou Figures à la Silhouette (...). Toute une littérature naquit de pièces écrites pour le théâtre d'ombres, les plus célèbres étant Le Pont cassé et La Chasse aux canards de Guillemain (Cl. Aveline, Le Code des jeux,Paris, 1961, p.372).
Arg. polytechnique. Séance des ombres. Fête annuelle où officiers, professeurs, membres du personnel, sont caricaturés par les élèves (1861) (d'apr. Esn. 1966). Chaque année a lieu la séance des ombres, où l'on montre aux deux promos les ombres, ou silhouettes, de tout le personnel de l'École [avec des laïus cocasses] (Moch,X-Lex.,1878, p.43).
B. − P. anal. Forme vague (notamment humaine). Ombres mouvantes, silencieuses; ombres d'hommes; une/des ombre(s) passe(nt). Je le suivis quelque temps du regard. Bientôt il ne fut plus qu'une silhouette mouvante, une ombre, un rêve dans la nuit (Tharaud,Fête arabe,1912, p.291).Elle crut apercevoir une forme, une ombre dans une attitude menaçante; elle se signa. L'ombre disparut (Jouve,Paulina,1925, p.206).
Spécialement
BROD. Point d'ombre. Broderie exécutée sur un tissu transparent, caractérisée par des points croisés d'un bord à l'autre du motif sur l'envers du tissu et soulignant en point de piqûre le contour du motif sur l'endroit du tissu. Robe de bébé en linon blanc (...) ornée de fleurs brodées en guirlande au point d'ombre (...). Le point d'ombre est utilisé dans la lingerie et plus encore, dans la layette fine (linon, nansouk, organdi) (Les Points de broderie, Lille-Paris, coll. Thiriez et Cartier-Bresson, s.d., p.27).
HÉRALD. Figure réduite à son contour. Croix d'azur, cantonnée de quatre ombres de soleil de gueules (Grandm.1852).
C. − P. anal. ou au fig.
1. Chose, personne qui accompagne obligatoirement, fidèlement telle autre (parfois en l'imitant exactement). Être l'ombre de qqn. Guénegaud était le chien et l'ombre de la Faustin au théâtre (E. de Goncourt,Faustin,1882, p.139).Si le souvenir n'est que l'exact décalque, l'ombre de la perception, d'où la représentation peut-elle jaillir? (Sartre,Imagination,1936, p.56).J'ai la vanité de me croire supérieur (...) à la mère de mes enfants, à cette ombre tranquille qui m'accompagne (Arnoux,Algorithme,1948, p.12).
Littér. [P. réf. à l'Antiq. romaine] Personne amenée par un invité, convive. Elle bâillait haut, tapait du poing son estomac exigeant, et descendait entraînant les ombres de son festin (...). Point d'hommes à table, ni de rivale (Colette,Apprent.,1936, p.27).
Locutions
Être comme l'ombre et le corps; c'est l'ombre et le corps. Être/ce sont des personnes inséparables. (Dict. xixeet xxes.).
Ne pas lâcher, quitter, etc. qqn plus que son ombre; suivre qqn comme son ombre. Suivre pas à pas, inéluctablement. Ce jeune homme (...) qui ne lâche pas le vicomte plus que son ombre. (...) le meilleur ami de M. le vicomte (Hermant,M. de Courpière,1907, i, 1, p.4).La légende suit l'homme public comme son ombre. Mais c'est presque toujours une ombre fausse (Morand,Excurs. immob.,1944, p.36).
2. Apparence trompeuse, image imparfaite de quelque chose; phénomène éphémère. Ombres vaines. Cette rapide fantasmagorie (...) ces ombre fugitives de gouvernement qui se chassaient les unes les autres (A. de Broglie,Diplom. et dr. nouv.,1868, p.171).Je me mets au travail (...). Ce visage de l'écriture étant somme toute mon vrai visage. L'autre, une ombre qui s'efface. Vite, que je construise mes traits d'encre pour remplacer ceux qui s'en vont (Cocteau,Diff. d'être,1947, p.220).
[P. allus. à La Caverne de Platon] :
10. Je crois que le monde des apparences est le seul qui nous sera jamais connu, que notre esprit ne peut atteindre une réalité essentielle, distincte de ces apparences (...) et que, pour l'homme, les ombres de la caverne, telles qu'elles ont été perçues par lui ou par d'autres hommes, sont la seule réalité. Maurois,Mes songes,1933, p.218.
Locutions
Courir après une ombre. Tenter d'atteindre un objectif irréalisable. En poursuivant en moi quelque secret, vous courez après une ombre (Bernanos,Crime,1935, p.786).
[P. allus. à La Fontaine, Fables vi, 17: Le chien qui lâche sa proie pour l'ombre] Lâcher, laisser, etc. la proie pour l'ombre. Négliger une certitude pour se livrer à un espoir chimérique:
11. ... beaucoup d'autres spéculations et inventions de mon père ne se sont réalisées (...) qu'au bout d'un quart de siècle et d'autres spéculateurs ou financiers en touchèrent les bénéfices (...), mon père ayant depuis longtemps lâché la proie pour l'ombre. Cendrars,Bourlinguer,1948, p.111.
Passer comme une ombre. Être fugace, n'avoir qu'un rôle transitoire. Mais vous m'oublierez, j'aurai passé comme une ombre. (...) Oh! non, n'est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre vie? (Flaub.,MmeBovary,t.1, 1857, p.171).
Vieilli. Prendre l'ombre pour le corps. Prendre l'apparence pour la réalité. (Dict. xixeet xxes.).
3. Image affaiblie d'une réalité passée. La Cène, hélas! à demi effacée, ombre d'un chef-d'oeuvre qui fait pâlir tous les chefs-d'oeuvre (Gautier,Guide Louvre,1872, p.29).À chaque pas un sentiment se lève, l'ombre d'un souvenir, la trace fraîche ou effacée d'une passion (Ghéon,Promenades Mozart,1932, p.255).
Loc. N'être plus que l'ombre de soi-même. Avoir perdu la majeure partie de ses forces physiques et/ou morales. Il lui répondit que sa santé était bonne, mais qu'il n'était plus que l'ombre de lui-même (L. de Vilmorin,Sainte,1934, p.18).
En partic.
MYTH. (notamment gréco-romaine). Ce qui survit d'un défunt aux Enfers:
12. ... je souhaitais ardemment de converser avec l'ombre de Virgile. Ayant dit, je (...) m'élançai sans peur dans le gouffre fumant qui conduit aux bords fangeux du Styx, où tournoient les ombres comme des feuilles mortes (...). Charon me prit dans sa barque, qui gémit sous mon poids, et j'abordai la rive des morts... A. France,Île ping.,1908, p.160.
Loc. Ombres heureuses (v. ce mot II A). Empire, royaume, séjour des ombres. Les Enfers. Ce vivant qui, peut-être, s'engagerait bientôt dans le royaume des ombres (Vialar,Rendez-vous,1952, p.226).
Littér. Défunt tel qu'il se présente à la mémoire des survivants ou lors d'une apparition. Les spirites ne sont jamais parvenus (...) à évoquer une ombre authentique, un spectre pour de bon (Coppée,Bonne souffr.,1898, p.121):
13. «(...) Quelle population entraîne dans l'oubli un vieillard qui meurt! Déjà, les salons sont remplis de parents, peints, sculptés (...). Je suis gardien d'un cimetière; non, pas d'un cimetière, je ne peux pas les croire morts: je me glisse au milieu des ombres: pardon, jolie grand'mère; mes excuses, l'oncle!» Les figures devenaient de plus en plus précises... La Varende,Homme aux gants,1943, p.352.
P. anal. Personne à l'aspect fantomatique. La phtisie l'a diaphanisé. De petit et maigre, il est devenu une ombre. Ses rares poils ont blanchi sur sa figure spectrale (Goncourt,Journal,1865, p.144).
4. Ce qui est sans poids, sans épaisseur, sans importance. Ombre légère. La matière tout entière n'est qu'une parcelle de métal, (...) une bulle d'eau (...); une ombre, enfin, où rien ne pèse que sur soi (Joubert,Pensées,t.1, 1824, p.142).Qu'avait-elle choisi? D'offrir sa vie (...) à des ombres, à des fumées (...). Elle avait donné sa vie à des ombres, à des fantômes. Elle avait donné sa vie à des rêves (Duhamel,Suzanne,1941, p.295).
Loc. Une ombre de, l'ombre de. La plus faible quantité de, une trace, un soupçon de. Une ombre de moustache; sans l'ombre d'un doute; sans une ombre de malice, de pitié. Dès qu'une ombre de bonté s'ébauche dans un acte humain, cette ombre est un reflet de la bonté divine (Bremond,Hist. sent. relig.,t.4, 1920, p.441).V. doute C 1 ex. de Dumas père et faux-semblant ex. de Mauriac.
REM. 1.
Ombromane, subst.Personne qui pratique l'ombromanie. L'ombromane chinois s'aidait de petits accessoires, cartonnages découpés ou autres (Alber,Le Théâtre d'ombres chinoises,Paris, E. Mazo, 1896, p.124).
2.
Ombromanie, subst. fém.Art de projeter avec ses mains, disposées de manière variée, des ombres figurant des sujets divers. À cette époque [fin du XIXesiècle] paraissent quelques livres et de nombreux articles qui traitent de l'ombromanie (D. Bordat, F. Boucrot,Les Théâtres d'ombres,Paris, L'Arche, 1956, p.131).L'ombromanie est une forme particulière des ombres chinoises. Les silhouettes découpées sont remplacées par les mains de l'opérateur, qui se tient entre une source lumineuse et un écran (Cl. Aveline, Le Code des jeux,Paris, 1961, p.374).
3.
Ombrophile, adj.,bot. Qui croît principalement dans les endroits pluvieux. La plupart des Sélaginelles vivent dans les régions tropicales ou subtropicales, et elles sont à la fois amies de la pluie (ombrophiles) et amies de l'ombre (sciophiles) (Bot.,1960, p.667 [Encyclop. de la Pléiade]).
Prononc. et Orth.: [ɔ ̃:bʀ ̥]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 938-50 umbre «protection que donne un ombrage contre les rayons du soleil; espace privé de lumière par l'interposition d'un corps opaque» (Jonas, éd. G. de Poerck, 146); b) mil. xiies. fig. «abri, protection» (Psautier de Cambridge, éd. Fr. Michel, 56, 1: en l'umbre de tes eles espererai); c) 1640 porter ombre «nuire» (Oudin Ital.-Fr.); d) 1667 terme de peint. (Séb. Bourd., Conf., Jouin, p.82 ds Brunot t.6, p.734); 1667 fig. c'est une ombre au tableau (Boileau, Satire IX, éd. A. Cahen, p.131); e) 1745 arg. mettre qqn à l'ombre «le tuer» (Fougeret de Monbron, La Henriade travestie, IV ds Littré); 2. a) ca 1160 par umbre de moi «en prenant prétexte de moi» (Enéas, éd. J. J. Salverda de Grave, 9849); b) 1280 sous ombre de «sous prétexte de» (Clef d'Amour, 1196 ds T.-L.); 3. a) ca 1165 «image réfléchie de quelqu'un, reflet (dans l'eau)» (Benoît de Sainte-Maure, Troie, éd. L. Constans, 17692); b) 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. W. Foerster, 1865: qui peor a de son ombre); c) 1547 «ce qui est vain, ne dure pas» (Melin de Sainct-Gelays, OEuvres, éd. P. Blanchemain, t.1, p.202); d) 1549 combatre son ombre (Est., s.v. combat); e) 1611 courir après son ombre (Cotgr.); f) 1680 c'est l'ombre et le corps (Sévigné, Lettres, éd. Monmerqué, t.6, p.349); g) 1776 ombres chinoises (Arch. de Grenoble, FF 53 ds Brunot t.6, p.1099); 4. 1549 «[dans la mythologie gréco-latine] aspect que prenaient les morts» (Du Bellay, Vers lyriques, II, 18 ds OEuvres, éd. H. Chamard, t.3, p.9); 5. 1585 «ce qui attriste» (Noël du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t.2, p.243). Du lat. umbra «ombre produite par l'interposition d'un corps; ombre d'un objet; ombre d'un mort, fantôme, spectre; lieu ombragé; apparence»; le mot est souv. masc. jusqu'au xvies. Fréq. s.v. ombre3. Bbg. Gilliéron (J.). Pathol. et thérap. verbales. Genève-Paris, 1977, pp.1-7.

OMBRE2, subst. masc.

ICHTYOL. Poisson (de la famille des Salmonidés) répandu dans les cours d'eau rapides d'Europe, estimé pour sa chair fine, caractérisé par un corps fusiforme, comprimé, à écailles assez grandes, à dos gris bleu, verdâtre, à flancs argentés, marqués de lignes longitudinales gris brun et de points sombres, par une tête petite, à museau pointu et bouche étroite. Ombre commun; ombre de rivière. L'ombre est un superbe poisson d'eaux courantes et fraîches, non torrentueuses (...). L'ombre ne se plaît que dans les rivières à fond de gravier ou de sable (...). On ne le trouve, en France, que dans le Nord-Est, l'Est, le haut bassin du Rhône, le Massif-Central, etc. (...) l'ombre, poisson de rivière, n'a rien de commun avec l'omble, ou omble chevalier, poisson lacustre (J. Nadaud, La Pêche,Paris, Larousse, 1955, pp.301-302).La distribution des Poissons dans les cours d'eau d'Europe occidentale de l'amont vers l'aval reconnaît quatre zones nommées d'après l'espèce dominante: zone à Truite, à Ombre, à Barbeau et à Brème. Les zones à Truite et à Ombre constituent la région salmonicole (Zool.,t.4, 1974, p.1302 [Encyclop. de la Pléiade]).
Rem. Pour ombre-chevalier, v. omble.
Prononc.: [ɔ ̃:bʀ ̥]. Étymol. et Hist. xives. ombre, umbre (Livre des secrez de nature, 306 ds Fr. mod. t.39, p.156); 1611 umbre de rivière (Cotgr.); 1505 «poisson de mer [probablement cernier]» (Desdier Christol, Platine en francoys, 87 voa cité par R. Arveiller ds Mél. Séguy (J.), p.84). Du lat. umbra «poisson du genre sciène», proprement «ombre», le poisson étant ainsi nommé à cause de sa couleur sombre pendant le frai.

OMBRE3, subst. fém.

PEINT. (Terre d')ombre. Ocre brune, servant notamment à ombrer. Synon. terre* de Sienne.Pour faire ce ton d'ombre, quand il est plus jaune sur les parties jaunâtres, mettre le ton de terre d'ombre naturelle, bleu de Prusse et un peu d'ocre jaune (Delacroix,Journal,1853, p.4).La terre d'ombre est une couleur brune, ainsi appelée parce que les premières exploitations du minerai furent faites à Nocera, (...) [en] Ombrie (Coffignier,Coul. et peint.,1924, p.516).
Prononc. et Orth.: [ɔ ̃:bʀ ̥]. Att. ds Ac. dep.1762. Étymol. et Hist. 1762 (Ac.). Abrév. de terre d'ombre att. dep. 1562 (Du Pinet, L'Hist. du monde de C. Pline Second, t.2, p.583) comp. de terre*, de la prép. de* et de ombre1* p. allus. à la couleur foncée de cette argile; a été rapproché à tort de Ombrie région de l'Italie péninsulaire (v. FEW t.14, p.25, note 10).
STAT.Ombre1, 2 et 3. Fréq. abs. littér.: 18322. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 20845, b) 33445; xxes.: a) 28971, b) 24789.

Ombre : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

ombre \ɔ̃bʁ\ féminin

  1. Obscurité relative que cause un corps opaque en interceptant la lumière.
    Femme à l’ombre (1) d’une ombrelle.
    • La chimère d’un tableau sans ombre, tant poursuivie par les Chinois, était réalisée. Tout était rayon et clarté ; la teinte la plus foncée ne dépassait pas le gris de perle. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Puis, ayant longé un champ d’avoine, étoilé de bleuets et de coquelicots, nous arrivâmes en un verger où des vaches, à la robe bringelée, dormaient couchées à l’ombre des pommiers. — (Octave Mirbeau, « Le Père Nicolas », dans Lettres de ma chaumière, 1885)
    • Son corps n'est plus tellement d'un éphèbe. Il a beau ne vivre qu'à l’ombre pour conserver sa peau blanche laiteuse, il commence à n'être plus un Adonis. — (Henri Charrière, Papillon, éd. Robert Laffont, 1969, page 401)
    • Schlemihl rencontre un mystérieux étranger, grand, ironique, tout de gris vêtu, qui lui offre un marché apparemment brillant : en échange de son ombre, il aura une bourse remplie d’or et inépuisable. Il conclut hâtivement le marché. L’homme en gris se baisse et ramasse sur le sol l’ombre de Schlemihl qu’il roule comme un tapis et emporte sous son bras. — (Michel Tournier, Aldebert von Chamisso et son ombre, dans Les vertes lectures, collection Folio, 2007, page 43)
    • L’ombre de la Terre projetée sur la Lune en provoque l’éclipse.
    1. (Par extension) Absence de clarté ; obscurité ; nuit.
      • Les ombres de la nuit.
      • Le soleil chasse, dissipe les ombres.
    2. Ce qui dissimule ou empêche de connaître, ce qui est caché, oublié, mystérieux.
      • Les ombres du mystère : l’obscurité qui couvre les choses secrètes.
      • Ce que nous avons de plus nôtre, de plus précieux est obscur à nous-mêmes […] je suis transparente pour quelqu’un [M. Teste], je suis vue et prévue, telle quelle, sans mystère, sans ombres, sans recours possible à mon propre inconnu, —à ma propre ignorance de moi-même ! — (Paul Valéry, La Soirée avec monsieur Teste, 1895)
  2. Silhouette, contour projeté par la lumière et intercepté par un corps.
    Une femme et son ombre (2).
    • Parfois les ombres des invités se détachaient minces et noires, en écran, devant les lampes, comme ces petites gravures qu’on intercale de place en place dans un abat-jour translucide dont les autres feuillets ne sont que clarté. — (Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913, réédition Le Livre de Poche, page 53)
    • « […]. Tourne-toi vers le nord, puis, lorsque l’ombre de ton chameau s'étendra à mi-distance de sa hauteur, tu franchiras un oued avec quatre thalas, et un pâturage de hâd. Tu baraqueras le lendemain, etc. » — (Roger Frison-Roche, Reportages africains (1946-1960), textes choisis par Catherine Cuénot, Paris : éd. Arthaud, 2010)
    • Une ombre portée.
    • Il le suit comme son ombre : se dit d’un homme qui en suit un autre partout.
    • Lâcher la proie pour l’ombre : abandonner un avantage réel pour un profit illusoire.
    • Le long des boutiques éclairées, des ombres se succédaient sans hâte. Il y avait des nègres, quelques Chinois, des blancs. Tous reluquaient les filles. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 41)
    1. (Par analogie) Personne anonyme.
      • La seconde a 15 ans, elle en paraît un peu plus, elle vient d’être expulsée d’un hôtel et traîne dans la gare avec d’autres ombres. — (Pascale Robert-Diard, A Marseille, deux femmes, trois enfants et un « dossier de la misère humaine », Le Monde. Mis en ligne le 31 juillet 2019)
    2. (Par analogie) Fidèle ou inséparable compagnon.
      • Guénegaud était le chien et l’ombre de la Faustin au théâtre. — (Edmond de Goncourt, Faustin, 1882)
      • J’ai la vanité de me croire supérieur […] à la mère de mes enfants, à cette ombre tranquille qui m’accompagne. — (Alexandre Arnoux, Algorithme, 1948)
    3. (Par métonymie) Être ou chose que l’ombre accompagne normalement mais qui brille par son absence.
      • Cette espèce animale revêt un intérêt particulier dans le sens où tous et chacun en connaissent les traits de caractère marquants sans jamais en avoir vu l’ombre d’un seul, pour les raisons que celui-ci se fait rare et qu’il vit sur un territoire immense de 250 à 500 km2. — (Le Devoir, 7-8 mai 2005)
      • Souvenons-nous, c’est en 2002, lors du Sommet de Montréal, qu’a été proposé le projet du Quartier des Spectacles. Cinq ans plus tard, la signature lumineuse du Quartier s’est méritée un prix international (!) mais nous n’avons toujours pas vu l’ombre d’une brique. Où sont les grues et les marteaux piqueurs ? — (Cyberpresse, 12 novembre 2007)
    4. Personne amenée par un invité, convive.
      • Debout, grande et cambrée, la taille encore mince au-dessus d’une croupe qui était son orgueil, elle bâillait haut, tapait du poing son estomac exigeant, et descendait entraînant les ombres de son festin, en chantant d’une voix métallique et juste : […] — (Colette, Mes Apprentissages, 1936)
    5. Vague forme humaine.
      • Enfin à la nuit faite, des ombres fantômales, s’avançant hardiment vers l’ennemi, commencent à peupler la paix lacustre et mortuaire. — (Marguerite Baulu, La Bataille de l’Yser, Perrin & Cie, Paris, 1918, page 359)
  3. Légère apparence.
    • En 2012, Adam Goldberg et Matt Apuzzo, d’associated Press, révélèrent un dispositif conjoint CIA/New York Police Department soumettant l’entièreté des communautés musulmanes des États-Unis à une surveillance physique et électronique, sans même l’ombre d’un soupçon suggérant qu’un délit avait été commis. — (Glenn Greenwald traduit par Johan-Frédérik Hel Guedj, Nulle part où se cacher, JC Lattès, 2014, ISBN 978-2-7096-4615-4)
    • Cette nation n’avait plus que l’ombre de la liberté.
    • L’ombre même du mal lui fait peur.
    1. Apparence trompeuse, chimère.
      • Courir après une ombre : Tenter d’atteindre un objectif irréalisable.
  4. (Poésie) Âme après qu’elle a quitté le corps ; fantôme ; esprit.
    • Il n'y a dans l’empire souterrain ni moissons, ni riches vignobles; on y voit le farouche Cerbère, et le hideux nocher du Styx. C'est là que les joues meurtries, et les cheveux consumés par les flammes, la pâle troupe des Ombres erre autour des lacs ténébreux. — (Élégies de A. Tibulle, traduction nouvelle par M. Valatour, livre 1, élégie 10, Paris : chez C.L.F. Panckouke, 1836, p. 65)
    • L’ombre d’Achille, de César, du grand Pompée lui apparut. — Pluton règne sur les ombres.
    • Passer comme une ombre : Être fugace, n’avoir qu’un rôle transitoire.
    1. Personne ou chose personnifiée qui a cessé d’être ou perdu les qualités, les avantages qui faisaient sa force, sa grandeur, son éclat.
      • Le 19 octobre 1929, au Stock Exchange, sur le ticker, cette bande lumineuse couleur vert d’eau, où courent des transactions financières, on vit soudain passer les ombres chiffrées d’une cavalerie en déroute. — (André Maurois, Chantiers américains, 1933)
      • Ce beau génie s’est affaibli avec l’âge, il n’est plus que l’ombre de lui-même.
      • La république romaine n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été autrefois.
  5. (Peinture) Couleur sombre qu’on emploie dans un tableau pour ombrer et donner du relief aux parties éclairées → voir clair-obscur.
    L’ombre (5) de l’arrière-plan met en relief la figure principale.
    • Eh bien, il est fort utile d'avoir tant et tant appris à l'École à dessiner des façades, à les « rendre », à y faire de belles ombres, à les entourer d'arbres et à mettre des grouillots et de petites autos par-devant, car ceux qui vous jugeront ne comprendront que cela. — (Michel Bataille, La ville des fous, éd. Robert Laffont, 1966, page 114)
    • C’est une ombre au tableau : C’est un léger défaut qui rehausse les qualités de telle chose ou personne, sans les effacer.
  6. Ce qui attriste, inquiète, assombrit le moral, nuit à la sérénité de l’esprit, tristesse, spleen, mélancolie.
    • Après, l’ombre redescendait sur la morne chambre d’hôtel où, du matin au soir, elle se morfondait dans l’attente des catastrophes ! — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 24)
    • J’ai passé une bonne, une très bonne journée ; évidemment, il y a eu des petites ombres, mais c’était quand même une bonne journée. — (Colette Vivier, La maison des petits bonheurs, 1939, éd. Casterman Poche, page 194.)
    1. Expression de tristesse, d’inquiétude.
      • Une ombre passa sur le visage de Condé, éteignit le sourire paterne et durcit les traits. — (Jacques Chardonne [Jacques Boutelleau], Les Varais, 1929)
  7. Ombre de château (sens héraldique)
    (Héraldique) Voir ombre de.
    • D’azur à l’ombre de château d’argent, à la bordure engrêlée de gueules, qui est de Châteauvieux du Loir-et-Cher → voir illustration « ombre de château »

Nom commun 2

ombre \ɔ̃bʁ\ masculin

  1. (Ichtyologie) Poisson ostéichthyen d’eau douce de la famille des Salmonidae, de genre Thymallus.
    • Ombre commun.

Nom commun 3

ombre \ɔ̃bʁ\ masculin

  1. (Art) Ocre brune, servant notamment à ombrer.
    • Pour faire ce ton d'ombre, quand il est plus jaune sur les parties jaunâtres, mettre le ton de terre d'ombre naturelle, bleu de Prusse et un peu d'ocre jaune. — (Delacroix, Journal, 1853)
    • La terre d'ombre est une couleur brune, ainsi appelée parce que les premières exploitations du minerai furent faites à Nocera, […] [en] Ombrie. — (Coffignier, Coul. et peint., 1924)

Nom commun 4

ombre \ɔ̃bʁ\ masculin

  1. Variante de hombre.
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Ombre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

OMBRE. n. f.
Obscurité relative qui cause un corps opaque en interceptant la lumière. Se coucher, se reposer, s'endormir à l'ombre d'un arbre, d'un buisson. Se mettre, se promener à l'ombre. Chercher l'ombre et le frais. Cet arbre ne fait guère d'ombre, ne donne guère d'ombre. Cette plante aime l'ombre, vient mieux à l'ombre qu'au soleil. L'ombre de la terre projetée sur la lune en provoque l'éclipse. Fig., Laisser quelqu'un dans l'ombre. Cette action jette une ombre sur sa gloire. Fig., Tout lui fait ombre, Il craint tout ce qui pourrait l'éclipser. On dit plutôt Tout lui fait ombrage. Fig., Passer comme l'ombre, comme une ombre se dit des Choses passagères, de courte durée. La vie des hommes passe comme l'ombre. Le plaisir passe comme une ombre. Fig., et pop., Mettre un homme à l'ombre, Le mettre en prison. Il signifie, par extension, Absence de clarté, obscurité. Les ombres de la nuit. Le soleil chasse, dissipe les ombres. Fig., Les ombres du mystère, L'obscurité qui couvre les choses secrètes. Les ombres de la mort, l'ombre du tombeau, La mort, le tombeau.

OMBRE désigne particulièrement l'Apparence, les contours des corps qui projettent l'ombre. L'ombre à une certaine heure est l'image des corps. Les ombres s'allongent quand le soleil approche du couchant. Ombres chinoises, Silhouettes découpées et projetées en noir sur un écran. Théâtre d'ombres. Fig., Il le suit comme son ombre se dit d'un Homme qui en suit un autre partout. On dit aussi Il ne le quitte pas plus que son ombre; et, figurément, dans le même sens, C'est son ombre. Dans un sens analogue, on appelait Ombres, chez les anciens Romains, les Personnes que les convives invités amenaient avec eux. Fig. et par exagération, Il a peur de son ombre se dit d'un Homme qui s'effraie et s'alarme trop légèrement. Fig., Courir après une ombre, Se livrer à une espérance chimérique. Fig., Lâcher la proie pour l'ombre, Abandonner un avantage réel pour un profit illusoire.

OMBRE signifie aussi Légère apparence. Il n'y a pas ombre de doute, l'ombre d'un doute. Il n'a pas l'ombre de bon sens, de sens commun. Il n'y a pas à cela l'ombre d'une difficulté. Cette nation n'avait plus que l'ombre de la liberté. L'ombre même du mal lui fait peur. Il se dit, figurément, d'une Personne ou d'une chose personnifiée qui a perdu les qualités, les avantages qui faisaient sa force, sa grandeur, son éclat. Ce beau génie s'est affaibli avec l'âge, il n'est plus que l'ombre de lui-même. La république romaine n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été autrefois.

OMBRE, en poésie et dans certaines religions, signifie tantôt l'Âme après qu'elle a quitté le corps, tantôt une Apparence, un simulacre du corps, après que l'âme en a été séparée par la mort. L'ombre d'Achille lui apparut. L'ombre de César. L'ombre du grand Pompée. Les pâles ombres. Pluton règne sur les ombres. Le royaume des ombres. Un magicien qui évoquait les ombres.

OMBRE, en termes de Peinture, se dit des Couleurs sombres qu'on emploie dans un tableau pour représenter les parties des figures ou des objets les moins éclairées, et qui servent à donner du relief aux autres. Ménager les ombres. Les ombres sont bien distribuées dans ce tableau. Ombre portée, Toute ombre qu'un corps projette sur une surface; et l'Imitation qu'on en fait dans un dessin, dans un tableau. Fig., C'est une ombre au tableau se dit d'un Léger défaut qui atténue, mais n'efface point les beautés d'un ouvrage, les bonnes qualités d'une personne. Terre d'ombre, Terre brune et noirâtre dont on se sert dans la peinture pour ombrer.

SOUS L'OMBRE DE, SOUS OMBRE DE, loc. prép. Sous apparence de, sous prétexte de. Il a attrapé bien des gens sous ombre de dévotion, sous ombre de piété, sous l'ombre de la dévotion, de la piété. Il lui a fait un mauvais tour sous ombre d'amitié, sous ombre de lui vouloir du bien.

À L'OMBRE DE, loc. prép. Sous la protection de, à la faveur de. Qu'a-t-il à craindre à l'ombre d'un si puissant protecteur?

Ombre : définition du Littré (1872-1877)

OMBRE (on-br') s. f.
  • 1Espace privé de lumière par interposition d'un corps opaque. Et déjà les vallons Voyaient l'ombre en croissant tomber du haut des monts, La Fontaine, Phil. et Bauc. Le soldat est trop lâche, qui veut toujours être à l'ombre, Bossuet, 1er serm. quinquagés. 2. L'ombre de la terre, ainsi que celle de la lune, est conique, parce que le diamètre du soleil est plus grand que celui de ces planètes, Condillac, Art de rais. V, 9. Si, faisant passer la lumière d'une bougie par un petit trou, vous placez à un pied de distance la surface A d'un pouce carré, cette surface jettera sur B qui est à deux pieds, une ombre de quatre pouces carrés ; sur E qui est à trois pieds, une ombre de neuf pouces ; sur D qui est à quatre pieds, une ombre de seize pouces ; sur cinq, une ombre de 25 ; sur six, une ombre de 36 ; en un mot l'ombre augmentera comme le carré des distances, Condillac, id. III, 3. L'ombre que tout corps jette à la lumière a pu donner naissance à la peinture, celle-ci à l'écriture, Bonnet, Ess. psychol. ch. 18. La terre étant éclairée par le soleil, c'est-à-dire par un corps plus grand qu'elle, et son ombre ayant une forme conique, la partie de cette ombre que traverse la lune doit être d'autant plus large que la lune sera plus près de la terre, Bailly, Hist. astron. mod. t. I, p. 179. Les ombres à midi sont plus courtes en été qu'en hiver, Brisson, Traité de phys. t. II, p. 280, dans POUGENS. On marchait dans la chambre ; ce qui formait de grandes ombres fugitives qui passaient avec rapidité devant les fenêtres, Genlis, Mlle de Clermont. p. 106, dans POUGENS.

    Ombre droite, celle que jette un corps opaque sur le plan horizontal auquel il est perpendiculaire ; ombre renversée, celle qu'il jette sur un plan vertical, ainsi dite parce qu'elle suit, pour sa longueur, des lois inverses de celles de l'ombre droite.

    Ombre absolue, celle qui est projetée dans l'espace absolu, par exemple l'ombre de la terre ; ombre relative, l'ombre absolue rencontrée par une surface quelconque.

    L'ombre et la lumière, l'ombre considérée dans son contraste avec l'espace lumineux qui l'entoure. Il y a des objets que l'ombre fait valoir, d'autres qui deviennent plus piquants à la lumière, Diderot, Essai sur la peint. ch. 3.

    Fig. Un même caractère a aussi ses traits d'ombre et de lumière qui s'embellissent par leur mélange, Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. VII, p. 427, dans POUGENS.

    Fig. Jeter une ombre sur, obscurcir. Cet hymen jetterait une ombre sur sa gloire, Corneille, Nic. IV, 5. Il me semble, comme à vous, ma bonne, que rien ne peut plus jeter des ombres et des chagrins sur notre société, Sévigné, 17 juill. 1680.

    On dit dans un sens analogue : mêler de l'ombre. Mais, puisque, pour remplir la dignité royale, Votre haute naissance en demande une égale, Perpenna parmi vous est le seul dont le sang Ne mêlerait point d'ombre à la splendeur du rang, Corneille, Sert. II, 2.

    Les grandeurs du monde ne sont qu'ombre et que fumée, c'est-à-dire elles n'ont rien de solide ni de permanent.

    Passer comme l'ombre, comme une ombre, être de courte durée, locution prise de la rapidité avec laquelle l'ombre change dans une journée.

    Fig. Mettre un homme à l'ombre, le mettre en prison. Bon ; je vois mon fripon ; nous l'allons mettre à l'ombre, les Deux arlequins, III, 6, dans le Théât. ital. de Gherardi, t. III, p. 313.

    Mettre à l'ombre, tuer. Il en mit encor vingt à l'ombre ; Mais bientôt, accablé du nombre, La camarde allait le faucher, la Henr. trav. IV. Il cherchera querelle à ce drôle qui n'envoie pas seulement cent sous à sa pauvre sœur, et… - Ici Vautrin se leva, se mit en garde, et fit le mouvement d'un maître d'armes qui se fend, " Et à l'ombre ! " ajouta-t-il, Honoré de Balzac, le Père Goriot.

    Être dans l'ombre, être dans un espace que l'ombre couvre, et fig. ne pas paraître, ne pas figurer. Le rôle qu'on fait jouer à Antoine est peu de chose… c'est une figure dans l'ombre, qui ne sert, à mon avis, qu'à faire sortir le personnage d'Octave, Voltaire, Triumvirat, Notes. Chez nous, où les hommes ont une carrière active, il faut que les femmes soient dans l'ombre ; et ce serait bien dommage d'y mettre Corinne, Staël, Corinne, VIII, 1.

    Fig. Tout lui fait ombre, c'est-à-dire tout lui fait peur, tout excite sa défiance ; par comparaison avec le cheval ombrageux. Des prêtres, des enfants lui feraient-ils quelque ombre ? Racine, Athal. V, 2.

    Faire ombre à quelqu'un, obscurcir le mérite, le crédit de quelqu'un. Je trouve qu'on l'a voulu chasser proprement de l'hôtel de Condé, parce qu'il faisait ombre aux autres, Sévigné, 165. Celui-là fait sa fortune innocemment, et il nous rend ses ennemis par ses bons succès : ou sa vertu nous fait ombre, ou sa réputation nous offusque, Bossuet, 4e serm. Passion, 1.

    Fig. Jeter de l'ombre, inquiéter, rendre jaloux. Poëte, j'eus toujours un chant pour les poëtes ; Et jamais le laurier qui pare d'autres têtes Ne jeta d'ombre sur mon front, Hugo, Odes, III, 1.

  • 2Dans le style élevé, la nuit. Dans l'ombre de la nuit cache bien ton départ, Corneille, Cid, III, 4. Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence, Racine, Brit. II, 2. Mes soldats presque nus, dans l'ombre intimidés, Racine, Mithr. II, 3. Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux, Racine, Phèdre, I, 3. Et, sans me rappeler des ombres des enfers, Racine, Théb. V, 4. La nuit vint m'envelopper de ses ombres, Fénelon, Tél. IX. Dès que la nuit plus sombre Aux crimes des mortels viendra prêter son ombre, Voltaire, Zaïre, IV, 7. L'ombre diminue, Et comme une nue S'élève et s'enfuit ; Le jour la poursuit Et par sa présence Chasse le silence, Enfant de la nuit, Bernis, Poésies diverses, Description poét. mat. p. 96.

    Ombre donnée par les feuillages, ombrage. Déjà moins plein de feu, pour animer ma voix J'ai besoin du silence et de l'ombre des bois, Boileau, Épître VI. …Du mont Cithéron vous recherchiez les ombres, Chénier M. J. Œdipe roi, IV, 4. Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais, Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée, Me couvrent tout entier de silence et de paix, Lamartine, Médit. I, 6.

    Fig. Que de leur feuillage sans nombre à jamais ils puissent faire ombre [donner protection] Aux peuples de tout l'univers, Malherbe, II, 3.

    Fig. L'ombre considérée comme ce qui protége. Depuis que son courage [de Sertorius] à nos destins préside, Un bonheur si constant de nos armes décide, Que deux lustres de guerre assurent nos climats Contre ces souverains [les Romains] de tant de potentats, Et leur laissent à peine, au bout de dix années, Pour se couvrir de nous l'ombre des Pyrénées, Corneille, Sert. II, 1.

    L'ombre de la mort, les ténèbres qui accompagnent la mort. La mort à laquelle vous nous avez condamnés, n'est point une véritable mort ; ce n'est qu'une ombre de la mort dont vous nous avez couverts, pour nous faire porter des marques de votre justice, Bourdaloue, 15e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 451.

    Les ombres de la mort, l'ombre du tombeau, la mort même. La grandeur de la foi éclate bien davantage lorsque l'on tend à l'immortalité par les ombres de la mort, Pascal, Lett. sur la mort de son père. Au plus haut point de sa gloire, sa joie [de Mazarin] est troublée par la triste apparition de la mort ; intrépide, il domine jusqu'entre ses bras et au milieu de son ombre, Bossuet, le Tellier. Ô grandeur humaine… de quelque côté que je te tourne, je trouve toujours la mort en face qui répand tant d'ombres de toutes parts sur ce que l'éclat du monde voulait colorer, Bossuet, Serm. Mort, 1. Quoique environné des ombres de la mort, il avait encore quelque connaissance, Lesage, Gil Blas, X, 2. Des ombres du trépas ses yeux s'enveloppèrent, Voltaire, Henr. VIII. Il faut que nos mystères sombres Soient cachés dans la mort, et couverts de ses ombres, Voltaire, Fanat. IV, 1. Déjà tout se noircit des ombres de la mort, Delille, Én. X.

    Fig. L'ombre de la mort, les ombres de la mort, l'ignorance de Dieu, de la vraie religion. Vous attendrez la lumière, et Dieu la changera en une ombre de mort, en une profonde obscurité, Sacy, Bible, Jérém. XIII, 16. Combien de fois, déplorant l'aveuglement de tant de peuples qui vivent dans les ténèbres, à l'ombre de la mort…, Fléchier, Aiguill. Hâte-toi d'éclairer, ô lumière éternelle, Des malheureux assis dans l'ombre de la mort, Racine, Hymn. le Mercr. à laudes.

  • 3 Terme de peinture. Les endroits les plus bruns et les plus obscurs d'un tableau qui servent à rehausser l'éclat des autres. [Chez Poussin] une manière plus ronde qui ne l'est que par l'adoucissement du terme de l'ombre avec une teinte qui l'unit à la plus prochaine du jour, Noel Coypel, Discours sur la peinture (1670)

    Ombre portée, toute ombre qu'un corps projette sur une surface, et l'imitation qu'on en fait dans un dessin, dans un tableau.

    Fig. C'est une ombre au tableau, se dit d'un léger défaut qui n'efface point les beautés d'un ouvrage, les bonnes qualités d'une personne. C'est une ombre au tableau qui lui donne du lustre, Boileau, Sat. IX. Ce sont des ombres à un beau tableau, Voltaire, Candide, 22.

    On dit aussi en ce sens, ombre absolument. Je vous prie de ne plus dire de mal de votre humeur : votre cœur et votre âme sont trop parfaits pour laisser voir ces légères ombres, Sévigné, 26 janvier 1680.

    Ombre se dit, dans un dessin, dans une carte, dans un plan, de ce qui imite l'ombre, de ce qui est en noir. La glacière de ce pôle, qui en occupe toutes les régions adjacentes jusqu'au 80 ou 81e degré, comme nous l'avons représenté en jetant une ombre sur cette portion de la terre à jamais perdue pour nous, Buffon, Explic. cart. géogr. Œuv. t. XIII, p. 355.

    Fig. Terme de musique. Ombre, nuance de la voix. C'est ainsi qu'on appelle en italien les différentes gradations des fortés et des pianos, dont on doit alternativement faire usage dans les cantilènes pour leur donner un peu de relief, comme les ombres et les demi-teintes servent en peinture à faire ressortir les couleurs, Escudier.

  • 4Fig. Ce qui obscurcit l'âme. Tout respire en Esther l'innocence et la paix ; Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres, Racine, Esth. II, 7.
  • 5 Fig. Le secret qui cache les choses. Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux [des dieux], Même les actions que dans l'ombre il croit faire, La Fontaine, Fabl. IV, 19. Chacun s'en aperçut ; car d'enfermer sous l'ombre Une telle aise, le moyen,…, La Fontaine, Pet. ch. Les ombres sont encore répandues sur le procédé de Montgobert, Sévigné, 441. Dans l'ombre du secret ce feu s'allait éteindre, Racine, Mithr. IV, 4. Nos feux, toujours brûlants dans l'ombre du silence, Trompaient de tous les yeux la triste vigilance, Voltaire, Adél. I, 2. [Le calvinisme] Faible, marchant dans l'ombre, humble dans sa naissance, Voltaire, Henr. I. L'injustice et la tyrannie aiment à se renfermer dans l'ombre ; elles se cachent à ceux qu'elles oppriment, Raynal, Hist. phil. IV, 21.

    Les ombres du mystère, l'obscurité qui couvre les choses secrètes. Jamais l'amour ne fut moins imprudent, Ne sut mieux se voiler dans l'ombre du mystère, Voltaire, Tancr. II, 1.

    Être, rester dans l'ombre, être, demeurer ignoré. La cause de cet événement reste dans l'ombre.

  • 6 Fig. Retraite, solitude, tranquillité. Dans l'ombre de la paix, Corneille, Sert. III, 1. Venise ne le laissa pas longtemps dans les exercices tranquilles et dans l'ombre d'une université, Fontenelle, Guglielmini. La timide infortune aime à gémir dans l'ombre, Dorat, dans GIRAULT-DUVIVIER.
  • 7Image, ressemblance du corps qui projette l'ombre. L'ombre à une certaine heure est l'image du corps ; cette ombre grandit à mesure que le jour baisse.

    Particulièrement. L'ombre jetée par le corps d'une personne. Cadediou, ce coquin a marché dans mon ombre, Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas, Corneille, l'Illus. com. III, 10. Après t'être immolé chez toi ton général, Toi, que faisait trembler l'ombre d'un tel rival, Corneille, Sertor. V, 4. C'est là qu'il [Sénèque] dit de la gloire, qu'elle est à la vertu ce que l'ombre est au corps, Diderot, Claude et Nér. II, 28. Philippe s'en plaignit [aux Lacédémoniens] avec hauteur, et reçut pour toute réponse ces mots : Si tu te crois plus grand après ta victoire, mesure ton ombre ; elle n'a pas augmenté d'une ligne, Barthélemy, Anach. ch. 82.

    Il le suit comme l'ombre fait le corps, il le suit partout.

    On dit aussi : il ne le quitte pas plus que son ombre. [Il] La faisait suivre [sa femme] à toute heure, en tous lieux, Par une vieille… Qui la quittait aussi peu que son ombre, La Fontaine, On ne s'avise. Il y a là une femme de chambre qui ne me quitte non plus que mon ombre, Diderot, Père de famille, IV, 13.

    On dit encore dans le même sens : c'est son ombre, c'est une ombre attachée à ses pas. Je le rencontre partout ; c'est exactement une ombre attachée à mes pas, Genlis, Théât. d'éduc. la Bonne mère, II, 3.

    C'est l'ombre et le corps, se dit de deux personnes qui ne se quittent pas. Mme de Coulanges est toujours obsédée de notre cousin ; il ne paraît plus qu'elle l'aime ; et cependant c'est l'ombre et le corps, Sévigné, 6 avr. 1680.

    Avoir peur de son ombre, avoir peur des moindres choses. Je ne vous dirai point combien de fois elle broncha, et eut peur de son ombre, Scarron, Rom. com. II, 1. Ce même fond me fait craindre mon ombre, toutes les fois que votre amitié est cachée sous votre tempérament, Sévigné, 440. Morgué ! que tu es défiant, Colin ! tu as peur de ton ombre, Dancourt, l'Opéra de village, SC. 1. Je crains toujours de commettre quelque indiscrétion ; mon ombre me fait peur ; c'est apparemment depuis que j'ai été sur le point de n'être plus qu'une ombre, Voltaire, Lett. Richelieu, 11 avr. 1773.

    Fig. Courir après une ombre, se livrer à une espérance chimérique. Chacun se trompe ici-bas ; On voit courir après l'ombre Tant de fous qu'on n'en sait pas La plupart du temps le nombre, La Fontaine, Fabl. VI, 17. Ils courent après une ombre trompeuse, Fénelon, Tél. XI.

    Fig. Prendre l'ombre pour le corps, prendre une chose vaine pour une chose solide. Ah ! ma chère enfant… rien n'est bon que d'avoir une belle et bonne âme : on la voit en toute chose comme au travers d'un cœur de cristal… vous n'avez point vu de dupes là-dessus : on n'a jamais pris longtemps l'ombre pour le corps, Sévigné, 9 sept. 1675.

    On dit de même : l'ombre d'une chose, par opposition à cette chose même, à son existence réelle. Ils avaient l'ombre de la sévérité, mais ils n'en avaient pas le corps, bien loin qu'ils en eussent l'esprit, Bourdaloue, Sévér. évang. 2e avent, p. 426. L'erreur qui nous a fait prendre l'ombre pour la vérité, Massillon, Myst. Résurr.

    Chez les anciens Romains, les personnes que les convives invités amenaient avec eux. Chaque convié [au festin de Crassus] avait la sienne [robe de festin], et on en a encore trouvé de reste pour toutes les ombres, Fénelon, t. XIX, p. 294.

  • 8Selon la doctrine des anciens païens, apparence, simulacre du corps après la mort, soit qu'elle habite les régions de l'enfer, soit qu'elle apparaisse aux vivants. Comme s'il importait, étant ombres là-bas, Que notre nom vécût ou qu'il ne vécût pas, Régnier, Sat. IV. Une ombre est toujours ombre, et des nuits éternelles Il ne sort point de jours qui ne soient infidèles, Corneille, Tois. d'or, I, 3. Son ombre vers mon lit a paru se baisser ; Et moi je lui tendais les mains pour l'embrasser, Racine, Athalie, II, 5. Il y a deux vers dans le 6e livre de l'Énéide, qui ont été fort estimés… : On voyait là, dit la traduction, le cocher Tydacus, Qui tenant l'ombre d'une brosse Nettoyait l'ombre d'un carrosse, Perrault, Mémoires, Avignon, 1759, p. 9. J'y voyais des images plus terribles pour moi que les pâles ombres, Montesquieu, Temple de Gnide, ch. 6. Si vous voulez, chemin faisant, voir des ombres, comme faisait le capitaine de dragons Ulysse dans ses voyages, vous ne pouvez mieux vous adresser que chez moi : je suis la plus chétive ombre de tout le pays, ombre de quatre-vingts ans ou environ, ombre très légère et très souffrante, Voltaire, Lett. Delisle, capitaine de dragons, 12 juill. 1773. Trois fois l'ombre divine échappe à ses transports, Delille, Énéide, VI.

    Il se dit, dans un sens plus général, de la personne considérée après sa mort. Quoi ! viens-tu jusqu'ici braver l'ombre du comte ? Corneille, Cid, III, 1. …Jouissons, en dépit de l'envie, Des restes glorieux de son illustre vie ; Sa mort me laissera pour ma protection La splendeur de son ombre et l'éclat de son nom, Corneille, Sert. II, 1. Nous avons trouvé tous ses gens en pleurs : l'ombre de ce bon évêque n'a pas laissé de nous donner un très bon souper et de nous loger, Sévigné, 549. Dieu veuille que ces prospérités continuent ! ce serait l'ombre de M. de Turenne qui serait encore dans cette armée, Sévigné, Lett. 5 août 1675. Je voudrais bien avoir causé seulement deux heures avec l'ombre de M. de Turenne, pour prendre la suite de ses desseins, Paroles de Condé allant prendre le commandement de l'armée de Turenne, dans SÉVIGNÉ, 26 août 1675. Enfin, après sa mort [de Mazarin], son ombre était encore la maîtresse de toutes choses, et il paraissait que le roi ne pensait à se conduire que par les sentiments qu'il lui avait inspirés, La Fayette, Hist. de Mme Henriette, 1re partie. Voilà celui qui nous menait dans les hasards ; son ombre eût pu encore gagner des batailles, Bossuet, Louis de Bourbon. De morts et de mourants noblement entouré, Que, vengeant sa défaite et cédant sous le nombre, Ce héros a forcés d'accompagner son ombre, Racine, Baj. V, 11. La satire est pour leur personne et la gloire pour leur ombre, D'Alembert, Liberté de la musique, Œuvres, t. III, p. 389, dans POUGENS.

  • 9 Fig. Légère apparence. Ces ombres de santé cachent mille poisons, Corneille, Rodog. III, 6. Cette feinte douceur, cette ombre d'amitié Vint de ta politique, et non de ta pitié, Corneille, Héracl. I, 2. Et vous l'avez [le cœur] tous deux trop grand, trop magnanime Pour souffrir sans horreur l'ombre même d'un crime, Corneille, Héracl. V, 6. Mais aux ombres du crime on prête aisément foi, Molière, Mis. III, 5. Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence, Molière, ib. Du Chesne [un médecin] m'a dit d'aller toujours dans le carême jusqu'à l'ombre de la moindre incommodité, Sévigné, 17 mars 1680. Je lui demandai [à Ch. de Sévigné qui voulait vendre sa charge] au moins d'attendre un prétexte, l'ombre d'un dégoût, enfin quelque chose qui pût cacher le fond du terrain, Sévigné, 14 févr. 1680. Il est bien dur à M. de Lavardin d'avoir acheté une charge quatre cent mille francs, pour obéir à M. de Fourbin ; car encore M. de Chaulnes a l'ombre du commandement, Sévigné, 2 août 1675. La voilà, malgré ce grand cœur, cette princesse si admirée et si chérie, la voilà telle que la mort nous l'a faite ; encore ce reste tel quel va-t-il disparaître, cette ombre de gloire va s'évanouir…, Bossuet, Duch. d'Orl. Le nom même et l'ombre de division [dans l'Église] faisait horreur à la reine, Bossuet, Mar.-Thér. Ne donnera-t-il [Dieu] à ceux qu'il aime qu'une ombre de félicité ? Bossuet, Hist. II, 6. Il ne lui laissa qu'une ombre de puissance, Bossuet, ib. I, 9. L'ombre d'une faute vous a fait peur, Bossuet, Lett. 160. Des hommes superbes et artificieux qui, pour ne paraître pas dépourvus de la lumière de la vérité, se couvraient de l'ombre d'une trompeuse austérité, Bourdaloue, 3e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. II, p. 360. Ombres et apparences du péché, madame la Dauphine vous poursuivait dans les plus secrets replis de son âme, Fléchier, Dauphine. M. de Montausier [même lorsqu'il se trompait] suivait du moins l'ombre de la vérité et de la justice, Fléchier, Duc de Mont. Du reste, ou mon crédit n'est plus qu'une ombre vaine…, Racine, Mithr. I, 1. Si de tant de maux le funeste inventeur De quelque ombre de bien pouvait être l'auteur, Racine, Athal. III, 4. Les tyrans ont toujours quelque ombre de vertu, Voltaire, Catilina, I, 5. Agités par l'ombre du plaisir qu'ils poursuivent sans cesse et qui leur échappe toujours, Diderot, Interprét. de la nature, n° 27. Il se lève, un long dard s'agite dans sa main, Une ombre de couronne est sur son front hautain, Delille, Paradis perdu, II.
  • 10Il se dit aussi pour exprimer que la chose dont on parle existe à peine. Il passa en Italie avec quelque ombre de joie de songer qu'il sortait des mains de ses ennemis, Voiture, Œuvr. t. II, p. 328. Un courroux si constant pour l'ombre d'une offense M'a trop bien éclairci de votre indifférence, Molière, le Dép. IV, 3. Sans preuve, sans la moindre ombre et sans la moindre apparence, Pascal, Prov. X. Il ne peut pas avoir l'ombre d'un chagrin, Sévigné, 476. Je vous prie, mon cher comte, de recevoir ce petit présent… voilà d'étranges présents, un ruban, une ceinture, un petit pigeon, une ombre, un souffle, un rien, c'est le denier de la veuve, Sévigné, 26 janv. 1689. Il ne me paraît pas qu'il [M. Trouvé] ait l'ombre d'un tort, Sévigné, 9 avril 1683. Je ne vis entre nous aucune ombre de difficulté, Bossuet, Var. 8. Et qu'étant loin de moi, quelque ombre d'amertume Vous fit trouver les jours plus longs que de coutume, Racine, Théb. II, 1. Vous devez à ses pleurs quelqu'ombre de pitié, Racine, Phèdre, II, 3. Clérembault l'assura [Rouvroy] qu'il ne trouverait jamais ombre de la moindre preuve [de parenté avec Saint-Simon], Saint-Simon, 194, 97. Mon cœur sans mouvement… D'aucune ombre d'espoir n'était plus secouru, Voltaire, Fanat. II, 1. Une ombre de respect pour son saint ministère Peut-être adoucira ces vainqueurs forcenés, Voltaire, Orphel. I, 1. C'est l'éloquence la plus vigoureuse sans l'ombre d'effort de rhétorique, Diderot, Lett. à Grimm.

    Pas l'ombre de, pas du tout. De justice, il n'y avait pas l'ombre, Voltaire, Louis XIV, 5. Mais franchement, tu n'as pas le sens commun, mais… pas l'ombre, Mirabeau, Lett. orig. t. II, p. 259, dans POUGENS.

  • 11 Fig. Signe, figure d'une chose à venir ; en ce sens il ne se dit que de l'ancienne loi par rapport à la nouvelle. Les cérémonies et le sacrifice du vieux Testament n'étaient que les ombres des mystères et des vérités du nouveau. Quand sera le voile arraché Qui sur tout l'univers jette une nuit si sombre ? Dieu d'Israël, dissipe enfin cette ombre ; Jusqu'à quand seras-tu caché ? Racine, Esth. II, 9.

    Par extension, image imparfaite. Les règles de la justice humaine nous peuvent aider à entrer dans les profondeurs de la justice divine dont elles sont une ombre ; mais elles ne peuvent pas nous découvrir le fond de cet abîme, Bossuet, Hist. II, 1. Astre dont le soleil n'est que l'ombre grossière, Racine, Hymnes, le lundi à laudes. Ces établissements ne sont que l'ombre de ce que vous ferez un jour, Fénelon, Télém. XXII. Des figures vides et les ombres de l'avenir, Massillon, Carême, Temples.

  • 12 Fig. Il se dit d'une personne ou d'une chose qui a perdu ce qui faisait sa grandeur, son éclat. Vous êtes aussi bien le véritable roi, Je n'en suis plus que l'ombre, et l'âge ne m'en laisse Qu'un vain titre d'honneur qu'on rend à ma vieillesse, Corneille, Nicom. II, 11. Qu'est-ce donc que l'homme ?… n'est-ce pas, si je puis parler de la sorte, un reste de lui-même, une ombre de ce qu'il était dans son origine ? Bossuet, la Vallière. Depuis ce coup fatal le pouvoir d'Agrippine Vers sa chute à grands pas chaque jour s'achemine, L'ombre seule m'en reste, Racine, Brit. I, 1. L'audace d'une femme, arrêtant ce concours [au temple de Jérusalem], En des jours ténébreux a changé ces beaux jours ; D'adorateurs zélés à peine un petit nombre Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre, Racine, Ath. I, 1. Sémiramis n'est plus que l'ombre d'elle-même, Voltaire, Sémir. II, 3. Le sénat, dont l'ombre subsistait, s'élevait souvent contre eux [ces papes], Voltaire, Mœurs, 1. J'approche, hélas ! de la nuit sombre Qui nous engloutit sans retour ; D'un homme je ne suis que l'ombre, Je n'ai que l'ombre de l'amour, Voltaire, Lett. roi de Prusse, 29 août 1742.
  • 13 Terme de blason. Se dit d'une peinture si déliée, qu'on voit le champ de l'écu au travers.

    Ombre de soleil, représentation du soleil, qui n'a pas de visage, mais un disque d'une seule couleur.

  • 14À l'ombre de, loc. prép. Sous le couvert, à l'abri de. À l'ombre d'un toit. Je me repose à cette heure à l'ombre d'une montagne dont cette ville est couverte, Voiture, Lett. 38. Ces esclaves obscurs, Nourris loin de la guerre à l'ombre de ces murs, Racine, Bajaz. IV, 7. Dieux ! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts ! Racine, Phèdre, I, 3.

    Fig. Sous la protection, à la faveur de. Il te fait vivre en paix à l'ombre de ses palmes, Régnier, Épître I. Le prince à mes côtés ferait dans les combats L'essai de son courage à l'ombre de mon bras, Corneille, Cid, I, 6. Je repose sans crainte à l'ombre de tes soins, Rotrou, Bélis. I, 2. Je serai en sûreté et à couvert à l'ombre de vos ailes, Sacy, Bible, Psaum. LX, 5. Je souhaiterais que notre mariage se pût faire à l'ombre du leur, Molière, Bourg. gent. III, 7. Ainsi l'on vit l'aimable Samuel Croître à l'ombre du tabernacle, Racine, Athal. II, 9. C'est à l'ombre de l'indigence Que j'ai trouvé la liberté, Béranger, Indép. Toujours échappé d'Athalie, Quelque enfant que le fer oublie Grandit à l'ombre du Seigneur [en parlant du duc de Bordeaux], Lamartine, Méd. I, 15.

  • 15Sous l'ombre de, sous ombre de, loc. prép. Sous l'apparence, sous le prétexte. Et sous ombre d'agir pour ses folles amours, Il a su pratiquer de si rusés détours…, Corneille, Illus. com. II, 8. Sous ombre de venger sa grandeur méprisée, Corneille, D. Sanche, II, 1. Vous m'avez voulu faire passer pour simple traducteur, sous ombre de soixante et douze vers que vous marquez sur un ouvrage de deux mille, et que ceux qui s'y connaissent n'appelleront jamais de simples traductions, Corneille, Lett. apologétique. Elle [Mme de Grignan] se gouverne un peu à sa fantaisie, et, sous ombre de la philosophie de M. Descartes, qui lui apprend l'anatomie, elle se moque un peu des régimes et des remèdes communs, Sévigné, 13 juin 1679. Tant d'âmes réprouvées, qui, par une simplicité pleine d'indiscrétion, ont adhéré aux sectes et aux hérésies, sous ombre d'une réforme imaginaire, Bourdaloue, 7e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 92. Une mère mondaine qui, sous ombre de leur apprendre la science du monde, leur apprend à se damner, Bourdaloue, Avent, Scandale, 114. On raille les dévotions de l'Église sous ombre de crédulité, Bourdaloue, Dominicales, III, Zèle pour l'honneur de la religion. 287.

    Quand on dit sous l'ombre de… il faut que le substantif suivant ait un article, par exemple : sous l'ombre de l'amitié ; quand on dit sous ombre, le substantif suivant ne prend pas d'article, par exemple : sous ombre d'amitié.

    Sous ombre que, loc. conjonct. signifiant sous prétexte que. Regardez… s'il n'eût pas été mal à propos, qu'en cette occasion, sous ombre que je suis de l'Académie, je me fusse allé piquer de parler bon français, Voiture, Lett. 94. Mais, sous ombre que vous avez à cette heure une infinité d'affaires…, il vous semble que tous les autres ont du loisir, Voiture, Lett. 83. Sous ombre qu'elle est un peu belle, Molière, Psyché, V, 6. Vous faites bien l'entendu, monsieur le comte ; sous ombre que vous écrivez comme un petit Cicéron, vous croyez qu'il vous est permis de vous moquer des gens, Sévigné, Lett. à Bussy, 25 nov. 1655.

    PROVERBE

    Quand le soleil est couché, il y a bien des bêtes à l'ombre.

HISTORIQUE

Xe s. Quant umbre li fesist [un lierre], Fragm. de Valenc. p. 468.

XIe s. Alez en est en son verger sous l'umbre, Ch. de Rol. II.

XIIe s. Si ju aleve [ôte, enlève] en mei l'ombre de mort, Saint Bernard, p. 573. Huem [homme] à vanitedsemblans faiz est ; li jur de lui sicume umbre trespassent, Liber psalm. p. 222. Car qui peor [peur] a de son ombre, S'il puet [peut], volentiers se desconbre D'ancontre de lance ou de dard, Chev. au lyon, v. 1685.

XIIIe s. Vostre bel ombre qui l'atent, Lai de l'ombre. Et s'el est tex [telle] que mantel port, Si le doit porter de tel port, Que trop la veüe n'encombre Du biau cors à qui il fait ombre, la Rose, 13762. Car ses umbres [son ombre] I'ot si trahi [Narcisse], Que cuida veoir la figure D'ung enfant bel à demesure [excès], ID. 1494.

XIVe s. Se le dit abuseur avoit aucune chose prins soubz umbre de la dite abusion, Du Cange, abusor. Par occasion et sous ombre de guerre renouvelée contre les Eques, Bercheure, f° 39, recto.

XVe s. Ha, frès viandiers, cà, cà, cà ! Il vous fault retirer à l'ombre, Que le chault ne vous face encombre, Entrés leans et prenés place (yci entrent en la prison), Seconde journée du mistere de la Passion Jhesus-Christ, dans FR. MICHEL, Argot. Il leur manda par un prelat, sous l'ombre du pape, que…, Froissart, I, I, 106. Il n'y a rien au devant de vous qui vous fasse ombre ni encombrier, Froissart, II, JII, 33. Disoyent qu'ils faisoyent guerre en l'ombre du roy de Navarre [sous la couverture de son nom], Froissart, livre I, p. 264, dans LACURNE.

XVIe s. L'ombre du fort donne au foible assurance, Marot, J. V, 13. Mais sous bel ombre en chambre et galleries Nous pourmenans…, Marot, III, 162. Dont maintenant, qu'en est-il rien qu'ung umbre ? Marot, III, 239. Les uns aiment les fresches ombres des foretz, Du Bellay, J. I, 34, recto. Menander disoit celui-là heureux qui avoit pu rencontrer seulement l'ombre d'un amy, Montaigne, I, 219. Le sieur de Langey, qui desja avoit l'ombre de la verité [la soupçonnait, était sur la trace de l'affaire], Du Bellay, M. 484. Elle n'avoit qu'un songe et une umbre des biens qu'elle avoit esperez, Amyot, Lucul. 32. Les umbres [en un clair de lune] s'estendoient bien plus loing que les corps, Amyot, Pomp. 49. Et la vigne tortisse Mon sepulchre embellisse, Faisant de toutes pars Un ombre espars, Ronsard, 479. Lors ombrageant d'un grand ombre les champs…, Ronsard, 599. Tu m'as donné non un cheval d'Espagne, Mais l'ombre vain d'un cheval par escrit, Ronsard, 961. Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. OMBRE. Ajoutez :
16Sauter au delà de son ombre, tenter l'impossible. Le tempérament de la France et vos dispositions ne le permettent pas, et je ne veux pas sauter au delà de mon ombre, Journ. offic. 23 juin 1874, p. 4256, 2e col.

REMARQUE

Et quant je suys en ces haults boys En la belle umbre, J'ouys le chant si doulx et courtoys D'oyseaulx sans nombre, les Chansons du XVe siècle, publ. par G. Paris, p. 74. À s'en rapporter à l'historique qui accompagne ombre, ce texte est le plus ancien où ombre est féminin.

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Ombre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

OMBRE, s. f. (Optique.) est un espace privé de lumiere, ou dans lequel la lumiere est affoiblie par l’interposition de quelque corps opaque. Voyez Lumiere.

La théorie des ombres est fort importante dans l’Optique & dans l’Astronomie ; elle est le fondement de la Gnomonique & de la théorie des éclipses. Voyez Cadran, Gnomonique & Eclipse.

En voyant l’ombre suivre exactement toutes les situations du soleil, ou plutôt en observant que les mouvemens de l’ombre sont les mêmes que ceux des rayons, qui parviendroient jusqu’à terre s’ils n’étoient interrompus, l’astronome s’instruit de la marche du soleil par la marche de l’ombre ; il fait tomber ou reçoit l’ombre d’une pyramide, d’un stile ou d’une colonne sur des lignes & sur des points, où elle lui montre tout-d’un-coup & sans efforts de sa part, l’heure, l’élévation du soleil sur l’horison, & jusqu’au point précis du signe céleste sous lequel il se trouve actuellement. Au lieu de l’ombre, on peut faire passer par un trou un rayon vif qui vienne de son extrémité blanchir & désigner parmi des points & des lignes tracés par terre ou ailleurs, l’endroit qui a rapport au progrès du jour ou du mois qui s’écoule. On pratique une petite ouverture ronde ou à la voûte ou à la muraille qui fait ombre du côté du midi, à un pavé ou à un parquet. On étend sur ce pavé une lame de marbre ou de cuivre qui dirige ses extrémités vers les deux poles : on nomme cette ligne méridienne, parce qu’elle embrasse nécessairement tous les points sur lesquels tombera le rayon du soleil chaque jour de l’année, au moment que cet astre est également distant de son lever & de son coucher. Cette diversité y est exprimée par autant de marques qui distinguent précisément les solstices, les équinoxes & les éloignemens journaliers du soleil, depuis l’équateur jusqu’à l’un & l’autre des tropiques dans lesquels sa course est renfermée. Voyez un plus grand détail sur cet objet aux articles Gnomon & Méridienne.

Comme on ne peut rien voir que par le moyen de la lumiere, l’ombre en elle-même est invisible. Lors donc qu’on dit que l’on voit une ombre, on entend que l’on voit des corps qui sont dans l’ombre, & qui sont éclairés par la lumiere que réfléchissent les corps collatéraux, ou qu’on voit les confins de la lumiere.

Si le corps opaque qui jette une ombre est perpendiculaire à l’horison, & que le lieu sur lequel l’ombre est jettée soit horisontal, cette ombre s’appelle ombre droite : telle est l’ombre des hommes, des arbres, des bâtimens, des montagnes, &c.

Si le corps opaque est placé parallelement à l’horison, l’ombre qu’il jette sur un plan perpendiculaire à l’horison se nomme ombre verse.

Lois de la projection des ombres par les corps opaques. 1°. Tout corps opaque jette une ombre dans la même direction que les rayons de lumiere, c’est-à-dire vers la partie opposée à la lumiere. C’est pourquoi à mesure que le corps lumineux ou le corps opaque changent de place, l’ombre en change également.

2°. Tout corps opaque jette autant d’ombres différentes qu’il y a de corps lumineux pour l’éclairer.

3°. Plus le corps lumineux jette de lumiere, plus l’ombre est épaisse. Ainsi l’épaisseur de l’ombre se mesure par les degrés de lumiere dont cet espace est privé. Ce n’est pas que l’ombre qui est une privation de lumiere, soit plus forte pour un corps que pour un autre, mais c’est que plus les environs de l’ombre sont éclairés, plus on la juge épaisse par comparaison.

4°. Si une sphere lumineuse est égale à une sphere opaque qu’elle éclaire, l’ombre que répand cette derniere sera un cylindre, & par conséquent elle sera toujours de la même grandeur, à quelque distance que le corps lumineux soit placé : de sorte qu’en quelque lieu qu’on coupe cette ombre, le plan de la section sera un cercle égal à un grand cercle de la sphere opaque.

5°. Si la sphere lumineuse est plus grande que la sphere opaque, l’ombre formera un cône. Si donc on coupe l’ombre par un plan parallele à la base, le plan de la section sera un cercle, & ce cercle sera d’autant plus petit, qu’il sera plus éloigné de la base.

6°. Si la sphere lumineuse est plus petite que la sphere opaque, l’ombre sera un cône tronqué ; par conséquent elle deviendra toujours de plus grande en plus grande. Donc, si on la coupe par un plan parallele à la base, ce plan sera un cercle d’autant plus petit, qu’il sera plus proche de la base, mais ce cercle sera toujours plus grand qu’un grand cercle de la sphere opaque.

7°. Pour trouver la longueur de l’ombre ou l’axe du cône d’ombre d’une sphere opaque éclairée par une sphere plus grande, les demi-diametres des deux étant comme CG & IM, Pl. d’optique, fig. 12. & les distances entre leurs centres GM étant données, voici comme il faut s’y prendre. Tirez la ligne FM parallele à CH, alors vous aurez IM=CG ; & par conséquent FG sera la différence des demi-diametres GC & IM. Par conséquent comme FG, qui est la différence des demi-diametres, est à GM, qui est la distance des centres, de même CF, qui est le demi diametre de la sphere opaque, est à MH, qui est la distance du sommet du cône d’ombre au centre de la sphere opaque. Si donc la raison de PM à MH est bien petite, de sorte que MH & PM ne different pas considérablement, MH pourra être pris pour l’axe du cône d’ombre, sinon la partie PM doit en être soustraite. Pour la trouver, cherchez la valeur de l’arc LK, car en la soustrayant d’un quart de cercle, il restera l’arc IQ, qui est la mesure de l’angle IMP. Cet arc LK se trouvera aisément, car il est la mesure de l’angle LMK, lequel est égal à l’angle MHI ; or cet angle MHI est un des angles du triangle rectangle MHI, dont les côtés MI & MH sont connus : ainsi on trouvera facilement l’angle MHI. Puis donc que dans le triangle MIP, qui est rectangle en P, nous avons, outre l’angle IMQ, le côté IM, le côté MP est aisé à trouver par la Trigonométrie.

Par exemple, si le demi diametre de la terre MI=1, & qu’on suppose le demi-diametre du soleil de 15 minutes (voyez Diametre), on en conclura que l’angle MIP ou KML n’est que de 16′ : car à cause de la petitesse du globe M par rapport au globe du soleil G, & de la grande distance GM du soleil, l’angle GMF ou KLM est à-peu près égal au demi-diametre du soleil. D’où il s’ensuit que MP n’est qu’environ la 228e partie de MI ou de I, c’est-à-dire dans la raison du sinus de 15′ au sinus total, ou à-peu près comme 15′ à 57 degrés. Voyez Sinus. Donc comme MH contient aussi environ 228 fois MI, il s’ensuit qu’on peut négliger PM par rapport à MH, & prendre MH ou 228 demi-diametres de la terre pour la longueur de l’axe du cône.

On voit par la solution précédente que la distance GM du corps opaque au corps lumineux est toujours en rapport constant avec la longueur MH de l’axe du cône, puisque le rapport de ces deux signes est égal à celui qu’il y a entre la différence FG des demi-diametres, & le demi-diametre MI du corps opaque. D’où il est aisé de conclure que si la distance GM diminue, il faut diminuer pareillement la longueur de l’ombre ; par conséquent l’ombre diminuera continuellement à mesure que le corps opaque approchera du corps lumineux.

8°. Trouver la longueur de l’ombre que fait un corps opaque T S, fig. 13, la hauteur du corps lumineux, par exemple du soleil au-dessus de l’horison (c’est à-dire l’angle SUT), & la hauteur du corps étant donnés. Puisque dans le triangle rectangle STUT est un angle droit, l’angle U & le côté TS sont donnés, on trouvera par la Trigonométrie la longueur de l’ombre U T. Voyez Triangle.

Ainsi, supposé que la hauteur du soleil est de 37°. 45′. & la hauteur d’une tour 178 piés, TU sera 241 piés .

9°. La longueur de l’ombre TU & la hauteur du corps opaque TS étant données, trouver la hauteur du soleil au-dessus de l’horison.

Puisque dans le triangle rectangle STU, qui est rectangle en T, les côtés TU & TS sont donnés, on trouve l’angle U par la proportion suivante. Comme la longueur de l’ombre TU est à la hauteur du corps opaque TS, de même le sinus total est à la tangente de la hauteur du soleil au-dessus de l’horison. Ainsi, si TS est 30 piés & TU 45, TUS sera 33°. 41′.

10°. Si la hauteur du corps lumineux, par exemple du soleil sur l’horison TUS, est 45° ? la longueur de l’ombre TU est égale à la hauteur du corps opaque ; car alors l’angle U étant de 45 degrés, l’angle TSU est aussi de 45 degrés, & par conséquent les côtés TS, TU opposés à ces angles sont égaux.

11°. Les longueurs des ombres T Z & TU du même corps opaque TS, à différentes hauteurs du corps lumineux, sont comme les cotangentes de ces hauteurs, ou, ce qui revient au même, comme les tangentes des angles TSU, complémens des hauteurs SUT.

Ainsi, comme la cotangente d’un angle plus grand est moindre que celle d’un angle plus petit, plus le corps lumineux est haut, c’est-à dire plus l’angle SUT est grand, plus l’ombre diminue ; c’est pour cela que les ombres à midi sont plus longues en hiver qu’en été.

12°. Pour mesurer la hauteur de quelque objet, par exemple, d’une tour AB, fig. 14, par le moyen de son ombre projettée sur un plan horisontal ; à l’extrémité de l’ombre de la tour C enfoncez un bâton, & mesurez la longueur de l’ombre AC : enfoncez un autre bâton en terre dont la hauteur DE soit connue, & mesurez la longueur de son ombre EF ; alors dites, comme EF est à AC, ainsi DE est à AB. Si donc AC est 45 piés, EF 4 & ED 5 piés, AB sera 36 piés.

13°. L’ombre droite est à la hauteur du corps opaque, comme le cosinus de la hauteur du corps lumineux est au sinus de cette même hauteur.

14°. La hauteur du corps lumineux demeurant la même, le corps opaque AC, fig. 15, sera à l’ombre verse AD, comme l’ombre droite EB est au corps opaque DB.

Ainsi, 1°. le corps opaque est à l’ombre verse comme le co-sinus de la hauteur du corps lumineux est à son sinus ; par conséquent l’ombre verse AD est au corps opaque AD, comme le sinus de la hauteur du corps lumineux est à son co-sinus. 2°. Si DB=AC, alors DB sera une moyenne proportionnelle entre EB & AD, c’est-à-dire que la longueur du corps opaque sera moyenne proportionnelle entre son ombre droite & son ombre verse. 3°. Quand l’angle C est 45°. le sinus & le co-sinus sont égaux, & par conséquent l’ombre verse est égale à la longueur du corps opaque.

Pour trouver l’ombre d’un corps irrégulier quelconque exposé à un corps lumineux de figure quelconque, il faut imaginer de chaque point du corps lumineux une espece de pyramide ou cône de rayons qui viennent raser le corps, de maniere qu’on ait autant de pyramides qu’il y a de points dans le corps lumineux ; & l’ombre parfaite du corps sera contenue dans l’espace ou portion d’espace qui sera commune à toutes ces pyramides : car il est visible que cet espace ne recevra aucun rayon de lumiere. Toutes les autres portions d’espace qui ne recevront pas de rayons de quelques points, mais qui en recevront de quelques autres, seront dans la penombre, & cette penombre sera plus ou moins dense à différens endroits, selon qu’il tombera en ces endroits des rayons d’un moindre ou d’un plus grand nombre de points du corps lumineux. Voyez Penombre.

La théorie des ombres des corps & de leur penombre est très-utile dans l’Astronomie, pour le calcul des éclipses. Voyez Eclipse.

Les ombres droites & les ombres verses sont de quelque utilité dans l’arpentage, en ce que par leur moyen on peut assez commodément mesurer les hauteurs, soit accessibles, soit inaccessibles. On se sert des ombres droites quand l’ombre n’excede point la hauteur, & des ombres verses quand l’ombre est plus grande que la hauteur. Pour cet effet on a imaginé un instrument qu’on appelle ligne des ombres, au moyen duquel on détermine les rapports des ombres droites & des ombres verses de tout objet à sa hauteur.

Au reste, il n’est pas inutile de remarquer que tout ce qu’on démontre, soit dans l’optique, soit dans la perspective sur les ombres des corps, est exact à la vérité du côté mathématique ; mais que si on traite cette matiere physiquement, elle devient alors fort différente. L’explication des effets de la nature dépend presque toujours d’une géométrie si compliquée, qu’il est rare que ces effets s’accordent avec ce que nous en aurions attendu par nos calculs. Il est donc nécessaire dans les matieres physiques, & par conséquent dans le sujet que nous traitons, de joindre l’expérience à la spéculation, soit pour confirmer quelquefois celle-ci, soit pour voir jusqu’où elle s’en écarte, afin de déterminer, s’il est possible, la cause de cette différence.

Ainsi on trouve, par exemple, dans la théorie que l’ombre de la terre doit s’étendre jusqu’à 110 de ses diametres ; & comme la lune n’en est éloignée que d’environ 60 diametres, il s’ensuivroit de-là que quand elle tomberoit ou toute entiere ou en partie dans l’ombre de la terre, cet astre tout entier ou sa partie éclipsée devroit disparoître entierement, comme quand la lune est nouvelle, puisqu’alors la lune entiere ou sa partie éclipsée ne recevroit aucun des rayons du soleil. Cependant elle ne disparoît jamais ; elle paroît seulement rougeâtre & pâle, même au plus fort de l’éclipse, ce qui prouve qu’elle n’est que dans la pénombre, & qu’ainsi l’ombre de la terre ne s’étend pas jusqu’à 110 de ses diametres.

Feu M. Maraldi voulant éclaircir ce phénomene, a fait des expériences en plein soleil avec des cylindres & des globes, pour voir jusqu’où s’étend leur ombre véritable. Voyez mémoires de l’acad. 1711. Il a trouvé que cette ombre, qui devroit s’étendre à environ 110 diametres du cylindre ou du globe, ne s’étend, en demeurant toujours également noire, qu’à une distance d’environ 41 diametres. Cette distance devient plus grande quand le soleil est moins lumineux. Passé la distance de 41 diametres, le milieu dégénere en pénombre, & il ne reste de l’ombre totale que deux traits fort noirs & étroits qui terminent de part & d’autre la pénombre, suivant la longueur. Ces deux traits sont de la noirceur qui appartient à l’ombre véritable ; l’espace qu’occupe la fausse pénombre & ces deux traits, appartiendroit à l’ombre véritable, parce qu’il est de la largeur qui convient à celle-ci. La largeur de la fausse pénombre diminue & s’éclaircit à mesure qu’on s’éloigne, & les deux traits noirs gardent toujours la même largeur. Enfin, à la distance d’environ 110 diametres, la fausse pénombre disparoît, les deux traits noirs se confondent en un, après quoi l’ombre véritable disparoît entierement, & on ne voit plus que la pénombre. Il faut remarquer que la vraie pénombre qui doit dans la théorie entourer & renfermer l’ombre véritable, accompagne des deux côtés les deux traits noirs d’ombre.

Quand l’ombre est reçue assez proche du cylindre, & qu’elle n’a pas encore dégénéré en fausse pénombre, on voit autour de la vraie pénombre, des deux côtés & en dehors, deux traits d’une lumiere plus éclatante que celle même qui vient directement du soleil, & ces deux traits s’affoiblissent en s’éloignant.

M. Maraldi, pour expliquer ce phénomene, prétend que les rayons de lumiere qui rasent ou touchent le corps opaque, & qui devroient renfermer l’ombre, ne continuent pas leur chemin en ligne droite après avoir rasé le corps, mais se rompent & se replient vers le corps, de maniere qu’ils entrent dans l’espace où il ne devroit point du tout y avoir de lumiere, si les rayons continuoient leur chemin en ligne droite. Il compare les rayons de lumiere à un fluide qui rencontre un obstacle dans son cours, comme l’eau d’une riviere qui vient frapper la pile d’un pont, & qui tourne en partie autour de la pile, de maniere qu’elle entre dans l’espace où elle ne devroit point entrer si elle suivoit la direction des deux tangentes de la pile. Selon M. Maraldi, les rayons de lumiere tournent de la même façon autour des cylindres & des globes ; d’où il résulte, 1°. que l’ombre réelle ou l’espace entierement privé de lumiere, s’étend beaucoup moins qu’à la distance de 110 diametres ; 2°. que les deux bords ou arcs du cylindre autour desquels les rayons tournent, n’en étant nullement éclairés, doivent toujours jetter une ombre véritable ; & voilà les deux traits noirs qui enferment la fausse pénombre, & dont rien ne peut faire varier la largeur. Comme ces bords sont des surfaces physiques qui par leurs inégalités causent des réflexions dans les rayons, ce sont ces rayons réfléchis qui tombant au-dehors de la vraie pénombre, & se joignant à la lumiere directe qui y tombe aussi, forment par-là une lumiere plus éclatante que la lumiere directe. Cette lumiere s’affoiblit en s’éloignant, parce que la même quantité de rayons occupe toujours une plus grande étendue ; car les rayons qui sont tombés paralleles sur le cylindre, vont en s’écartant après la réflexion.

Si on se sert de globes au lieu de cylindres, l’ombre disparoît beaucoup plûtôt, savoir à 15 ou 16 diametres ; elle se change alors en une fausse pénombre entourée d’un anneau noir circulaire, puis d’un anneau de vraie pénombre, & ensuite d’un autre anneau de lumiere fort éclatante. La fausse pénombre disparoît à 110 diametres, & l’anneau qui l’environne se change en une tache noire obscure ; passé cette distance, on ne voit plus que la pénombre. M. Maraldi croit que la raison pour laquelle l’ombre disparoît beaucoup plutôt avec des globes qu’avec des cylindres, c’est que la figure des globes est plus propre à faire tourner les rayons de lumiere que la figure du cylindre.

L’ombre de la terre ne s’étend donc qu’à 15 ou 16 diametres, & ainsi il n’est pas surprenant que la lune ne soit pas totalement obscurcie dans les éclipses. Mais nous avons vu que la fausse pénombre est toujours entourée d’un anneau noir jusqu’à la distance de 110 diametres : ainsi, suivant cette expérience, il paroîtroit s’ensuivre que la lune devroit paroître totalement obscurcie au commencement & à la fin de l’éclipse, ce qui est contre les observations. M. Maraldi, pour expliquer ce fait, dit que l’atmosphere de la terre doit avoir son ombre à l’endroit où devroit être l’anneau noir ; & comme cette ombre est fort claire à cause de la grande quantité de rayons que l’atmosphere laisse passer, elle doit, selon lui, éclairer l’anneau obscur, & le rendre à-peu-près aussi lumineux que la fausse pénombre. Mais suivant cette explication, la prétendue clarté de l’anneau noir devroit être d’autant moindre que la distance seroit plus grande ; & cependant les observations & la théorie prouvent que la pénombre est d’autant plus claire que la distance est plus grande. M. Maraldi ne se dissimule pas cette objection ; & pour y répondre, il croit qu’on doit attendre des observations plus décisives sur la différente obscurité de la lune éclipsée. Quoi qu’il en soit, & quelle que doive être l’ombre de la terre, les expériences que nous venons de rapporter n’en sont pas moins certaines & moins curieuses.

Le P. Grimaldi a observé le premier qu’en introduisant la lumiere du soleil par un trou fait à la fenêtre d’une chambre obscure, l’ombre des corps minces cylindriques, comme un cheveu, une aiguille, &c. exposés à cette lumiere, étoit beaucoup plus grande qu’elle ne devroit être, si les rayons qui rasent ce corps & qui doivent en terminer l’ombre, suivoient exactement la ligne droite. M. Newton a observé après lui ce phénomene. Le P. Grimaldi l’attribue à une diffraction des rayons, c’est-à-dire qu’il prétend que les deux rayons extrèmes qui rencontrent le corps & qui en sont les tangentes, ne suivent pas cette direction de tangentes, mais s’en écartent au-dehors, comme s’ils fuyoient les bords qu’ils ont rencontrés. M. Newton a adopté cette explication, & en a fait voir l’accord avec son système général de l’attraction. M. Maraldi, après avoir répété ces mêmes expériences, a cru devoir en donner une autre explication : on en peut voir le détail dans les mémoires de l’académie de 1723. Nous nous contenterons de dire ici que ces expériences & l’explication qu’il en donne ont beaucoup de rapport avec les expériences que nous avons rapportées sur les globes & les cylindres, & avec l’explication que ce même auteur en donne. Voyez Diffraction. Jusqu’ici nous avons supposé que les points qui sont dans l’ombre d’un corps sont absolument privés de lumiere, & cela est vrai mathématiquement, en ne considérant qu’un corps isolé ; mais il n’en est pas ainsi dans la nature : on peut regarder l’ombre, physiquement parlant, comme une lumiere diminuée. Dans ce sens elle n’est pas un néant comme les ténebres : des lois invariables aussi anciennes que le monde, font rejaillir la lumiere d’un corps sur un autre, & de celui-ci successivement sur un troisieme, puis en continuant sur d’autres, comme par autant de cascades ; mais toujours avec de nouvelles dégradations d’une chûte à l’autre. Sans le secours de ces sages lois, tout ce qui n’est pas immédiatement & sans obstacle sous le soleil, seroit dans une nuit totale. Le passage du côté des objets qui est éclairé à celui que le soleil ne voit pas, seroit dans toute la nature comme le passage des dehors de la terre à l’intérieur des caves & des antres. Mais par un effet des ressorts puissans que Dieu fait jouer dans chaque parcelle de cette substance légere, elle pousse tous les corps sur lesquels elle arrive, & en est repoussée, tant par son ressort que par la résistance qu’elle y éprouve. Elle bondit de dessus les corps quelle a frappés & rendus brillans par son impression directe : elle est portée de ceux-là sur ceux des environs ; & quoiqu’elle passe ainsi des uns aux autres avec une perte toujours nouvelle, elle nous montre ceux mêmes qui n’étoient point tournés vers le soleil.

L’écarlate semble changer de nature en passant dans l’ombre ; elle change encore en passant dans une ombre plus forte. Tous les corps, même ceux qui ont les couleurs les plus claires, se rembrunissent à mesure qu’ils se détournent des traits du soleil & des premieres réflexions de la lumiere, ce qui met partout des différences ; car en relevant ou détachant un objet par le secours d’un fond ou d’un voisinage plus ou moins brun, elle embellit, elle caractérise & démêle à nos yeux ce que l’éloignement ou l’uniformité de la couleur auroit confondu.

L’étude du mélange & des diminutions graduelles de la lumiere & des ombres, fait une des plus grandes parties de la Peinture. En vain le peintre sait-il composer un sujet, bien placer ses figures & dessiner le tout correctement, s’il ne sait pas par les affoiblissemens & par les justes degrés du clair & de l’obscur, rapprocher certains objets, en reculer d’autres, & leur donner à tous du contour, des distances, de la fuite, un air de vérité & de vie.

Les Graveurs, pour multiplier les copies des plus riches tableaux, ne mettent point d’autre couleur en œuvre que le blanc de leur papier, qu’ils convertissent en tant d’objets qu’ils veulent, par les masses & par les degrés d’ombre qu’ils y jettent ; ou bien tout au contraire ils sillonnent de gros traits leur cuivre : ensorte que le papier qu’on appliqueroit sur cette planche noircie, ne présenteroit après l’impression qu’une ombre uniforme ou une noirceur universelle. Ils effacent ensuite sur ce cuivre plus ou moins de ces traits : les points d’ombre affoiblis deviennent autant de points de l’objet ; & plus ces points d’ombre sont applanis & bien effacés, plus les objets deviennent forts & relevés. M. Formey.

Ombre en perspective est la représentation de l’ombre d’un corps sur un plan. Elle differe de l’ombre réelle comme la représentation ou la perspective du corps differe du corps même. L’apparence d’un corps opaque & d’un corps lumineux dont les rayons sont divergens (par exemple d’une chandelle, d’une lampe, &c.), étant donnée, trouver l’apparence de l’ombre suivant les lois de la Perspective : en voici la méthode. Du corps lumineux qu’on considere dans ce cas comme un point, & qu’on suppose déjà rapporté sur le plan du tableau, de maniere qu’on sache en quel endroit l’œil doit le voir, laissez tomber une perpendiculaire sur le plan géométral, c’est-à-dire trouvez dans ce plan la position du point sur lequel tombe une perpendiculaire tirée du milieu du corps lumineux ; & des différens angles ou points élevés de ce corps, tracé scenographiquement, laissez tomber des perpendiculaires sur le plan : joignez ces points sur lesquels tombent les perpendiculaires par des lignes droites, avec le point sur lequel tombe la perpendiculaire qu’on a laissé tomber du corps lumineux ; & continuez ces lignes vers le côté opposé au corps lumineux ; enfin par les angles les plus élevés du corps opaque, & par le centre du corps lumineux tirez des lignes qui coupent les premieres, les points d’intersection sont les termes ou les limites de l’ombre.

Par exemple, supposez qu’on demande de projetter l’apparence de l’ombre d’un prisme ABCDED, Pl. de Perspective, fig. 8. n°. 2, tracé scénographiquement ; comme les lignes AD, BE & CF sont perpendiculaires au plan géométral, & que LM est pareillement perpendiculaire au même plan (car le corps lumineux est donné si la hauteur LM est donnée), tirez les lignes droites GM & HM par les points MD & E ; par les points élevés A & B, tirez les lignes droites GL & HL, qui coupent les premieres en G & en H. Comme l’ombre de la ligne droite AD se termine en G, & l’ombre de la ligne droide BE en H, & que les ombres de toutes les autres lignes droites conçues dans le prisme donné sont comprises entre les points GHDE ; GDEH sera l’apparence de l’ombre projettée par le prisme.

Cette construction suppose au reste que l’élévation de l’œil soit la même que celle du corps lumineux. Mais en général, quelle que soit la position de l’œil, on peut avoir la perspective de l’ombre par les regles ordinaires, en regardant l’ombre comme une figure donnée.

M. l’abbé de Gua a démontré, dans les usages de l’analyse de Descartes, que la projection de l’ombre d’une courbe sur un plan quelconque, étoit une autre courbe du même ordre ; ce qu’il est très-aisé de prouver en considérant que l’équation entre les coordonnées de l’ombre montera toujours au même degré que l’équation entre les co-ordonnées de la courbe. Cette proposition est analogue à celle-ci, que la section d’un cône quelconque par un plan quelconque, est toujours du même degré que la courbe qui est la base du cône. Pour la démonstration de ces deux propositions, il ne faut que deux ou trois triangles semblables, au moyen desquels on verra que les co-ordonnées de la courbe & de l’ombre seront réciproquement exprimées par des équations où ces coordonnées ne monteront qu’au premier degré : d’où il est aisé de voir que les équations de la courbe & de l’ombre seront aussi du même degré. On peut voir le détail de la démonstration dans l’ouvrage cité de M. l’abbé de Gua. (O)

Sur la génération des courbes par les ombres, voyez l’article Courbe.

Ombre, (Géog.) obscurité causée par un corps opaque opposé à la lumiere ; la Géographie considere principalement l’ombre causée dans la lumiere du soleil, & en tire plusieurs usages que nous allons expliquer sommairement.

Les hommes ont remarqué de bonne-heure que lorsque le soleil éclaire l’hémisphere où ils sont, tous les corps élevés, comme les arbres, les hommes eux-mêmes, jettent une ombre ; mais elle ne va pas toujours du même côté. Elle est infailliblement en ligne droite avec le corps opaque & le soleil ; & comme cet astre parcourt successivement divers points de l’horison, l’ombre le suit fidellement dans son cours, & est tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Par exemple, si l’on plante perpendiculairement une perche bien droite dans un champ, après en avoir observé l’ombre à midi, on verra que l’ombre de six heures du matin & de six heures du soir, font ensemble une ligne droite qui coupe à angles droits l’ombre du midi au pié de la perche. A quelque heure du jour que ce soit, l’ombre que jette un corps élevé perpendiculairement est toujours en droite ligne avec le corps lumineux.

Les soleil semble sortir de l’horison, il s’éleve jusqu’à midi, après quoi il descend, & se perd dans l’horison qui nous le dérobe peu à peu, & enfin il disparoît entierement. Ces différens degrés de hauteur mettent une extrème variété entre les différentes longueurs des ombres. Plus il est bas, plus elles sont longues ; plus il est haut, plus elles sont courtes. Il s’ensuit qu’étant au point de midi dans la plus grande hauteur où il puisse être ce jour-là ; l’ombre la plus courte est celle que donne alors le corps élevé.

Le soleil n’est pas toujours dans la même hauteur à son midi par rapport à nous : durant les équinoxes, il est dans l’équateur : il s’en écarte ensuite pour s’avancer de jour en jour vers l’un ou vers l’autre tropique. Quand il est au tropique du capricorne, ce qui arrive au solstice d’hiver, il est dans son plus grand éloignement par rapport à nous. Il s’éleve beaucoup moins haut que quand il est dans l’équateur, & par conséquent l’ombre du midi, quoique la plus courte de celles de tout ce jour-là est plus longue à proportion, que celles du midi des jours où il est dans l’équateur.

Après être arrivé au tropique d’hiver, il se rapproche de jour en jour de l’équateur, & la longueur de l’ombre à midi décroît à proportion jusqu’à l’équinoxe du printems, alors il avance vers le tropique du cancer, & comme par-là il se rapproche encore plus de nous, l’ombre de midi continue à s’accourcir à proportion, parce qu’alors il s’éleve d’autant plus par rapport à notre pays.

Il est donc aisé de comprendre que les saisons mettent une grande différence entre la longueur des ombres à midi. Celles du solstice d’été sont les plus courtes ; celles du solstice d’hiver sont les plus longues ; celles des équinoxes sont moyennes entre ces deux longueurs. Plus les climats que nous habitons sont éloignés de l’équateur terrestre (car la terre a aussi le sien) plus l’ombre méridienne d’un corps élevé doit être longue, à proportion de l’éloignement. Cela s’ensuit naturellement des principes qui viennent d’être déduits. Prenons un même jour, par exemple, le premier Juin à midi, l’ombre d’une perche de douze piés sera plus longue en Suede qu’à Paris, & à Paris qu’à Alger. Cela est facile à concevoir.

Ceci posé, l’ombre peut servir à connoître combien les lieux sont plus proches ou plus éloignés de l’équateur ; elle peut aussi servir à déterminer la durée des saisons ; aussi voyons-nous que dans la plus haute antiquité, les nations savantes ont élevé des colonnes ou des obélisques, dont l’ombre étant observée par d’habiles gens, servoit à déterminer le cours du soleil & les saisons qui en dépendent.

Ces colonnes, ces obélisques des anciens surmontés d’une boule, n’étoient pas un simple ornement, mais un instrument de mathématique qui servoit à décrire sur le terrein par le moyen de l’ombre, le chemin que le soleil fait ou semble faire dans le ciel. Une preuve décisive de l’ancienneté de ces obélisques ; c’est qu’on en voit sur des médailles grecques antiques, & antérieures à Pythéas de Marseille. Telle est entr’autres celle de Philippe, roi de Macédoine, rapportée par Goltzius. t. III. tab. xxx. n. 5.

L’ombre d’un obélisque à sa pointe, répond au bord supérieur du soleil : pour avoir le point central du soleil, il faut quelque chose qui rectifie cela. En mettant une boule, le centre de l’ombre qu’elle forme, donne ce point sans autre opération, ce qui est une facilité. La différence qui résulte du calcul de l’ombre d’un obélisque, avec, ou sans cette boule, est considérable, puisqu’elle est de tout le demi-diametre du soleil ; & cette différence doit être observée pour la justesse du calcul astronomique.

Ces obélisques ont été appellés gnomon, γνώμων, mot qui en grec signifie ce qui montre, ce qui marque, ce qui fait connoître, & que l’on a adopté en notre langue. La science de l’ombre a recommencé à être cultivée avec succès en ces derniers siecles, & a produit cette variété prodigieuse de cadrans solaires pour toutes les expositions possibles.

Ce que nous avons dit jusqu’à présent des ombres ne convient généralement qu’aux peuples situés entre l’équateur & le pole septentrional, vers lequel leur ombre est toujours tournée à midi. Au-de-là de l’équateur, c’est tout le contraire. L’ombre d’un objet élevé se tourne toujours vers le sud, lorsqu’il est midi. Cela se conclud sans peine du principe général, que l’ombre est toujours opposée en droite ligne au corps lumineux. Puisque les habitans de ce pays-là sont entre la ligne du soleil & le pole méridional, il faut qu’à midi leur ombre soit tournée nécessairement vers ce pole.

Pour distinguer les ombres, on les nomme du nom de la partie du monde vers laquelle elles se jettent ; l’ombre d’une pyramide à six heures du matin est occidentale, à midi septentrionale pour nous, meridionale pour les peuples au-delà de l’équateur, & à six heures du soir elle est orientale ; ceci n’a pas besoin d’être prouvé.

Les Grecs appellent l’ombre σκία ; de-là viennent tous ces mots terminés en scii, & formés de diverses propositions, comme α, sans ; ἀμφὶς, de deux côtés ; περὶ, tout à l’entour, ou du mot ἑτερος, l’un ou l’autre ; & ces mots que les géographes latins ont emprunté des Grecs, ont servi à distinguer les habitans du globe terrestre par la différence des ombres.

Ainsi on appelle asciens, ascii, du mot ἀσκιος, sans ombre, les peuples qui à midi n’ont point d’ombre, ce qui ne convient qu’aux peuples situés entre deux tropiques : car en certains tems de l’année, ils ont à midi le soleil à leur zénith ; ou pour dire la même chose en termes vulgaires, le soleil passe à plomb sur leurs têtes, de façon que leur ombre est alors sous eux. Cela n’arrive pas en même tems à tous les peuples situés entre les deux tropiques, mais successivement & à mesure que le soleil s’approche du tropique vers lequel ils sont ; par exemple, tous les peuples qui sont sous l’équateur n’ont point d’ombre à midi dans le tems des équinoxes. Ils ne commencent à en avoir, que quand il s’éloigne vers l’un ou vers l’autre des tropiques : alors ceux qui sont entre l’équateur & le tropique, dont le soleil s’approche de jour en jour, deviennent asciens, ou sans ombre à midi, à mesure que le soleil passe par leur parallele.

Les amphisciens, amphiscii, sont ceux qui ont deux ombres différentes, c’est-à-dire dont l’ombre est alternativement septentrionale ou méridionale ; cela est commun aux peuples qui habitent la zone torride. Supposons une pyramide ou un obélisque sur la côte d’or en Guinée au bord de la mer, auprès de Saint George de la Mine ou Elmina, comme l’appellent les Hollandois, ou en tel autre lieu de cette côte ; lorsque le soleil est par les 3d environ 30′, cette pyramide ou cet obélisque sera sans ombre ; mais lorsqu’il s’avance vers le tropique du cancer, ou qu’il en revient, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à ce parallele que nous avons dit de 3 deg. environ 30 min. l’ombre de la pyramide ou de cet obélisque sera méridionale & tombera dans la mer. Au contraire, lorsque le soleil aura repassé ce parallele, l’ombre de la pyramide ou de l’obélisque sera septentrionale, & tombera dans les terres.

Il faut bien se ressouvenir que nous ne parlons ici que de l’ombre de l’instant du midi vrai. Le lecteur se rappellera aussi ce que nous avons dit de l’ombre de six heures du matin, & de celle de six heures du soir, qui, quoique jettées l’une à l’occident, l’autre à l’orient, font ensemble une ligne droite continuée aux deux côtés de la perche, dont le pié les unit. Il en est de même de l’ombre méridionale ou septentrionale qu’aura successivement la pyramide dont nous parlons ; ces deux ombres feront ensemble une ligne droite.

Les perisciens, periscii, sont ceux dont les ombres tournent autour d’eux. On sait que les peuples qui demeureroient sous un des poles, n’auroient dans toute l’année qu’un jour de six mois, & une nuit d’une égale durée ; or il est aisé de comprendre que ne perdant de vûe le soleil qui ne quitte point leur horison pendant six mois, leur ombre devroit tourner autour d’eux autant de fois qu’il y a de jours de vingt-quatre heures, dans ces six mois de jour perpétuel dont ils jouiroient. Il est ici question de l’ombre perpétuelle, & de toutes les heures, & non pas de l’ombre méridienne qui est toujours tournée du même côté, selon le pole.

Mais si l’on conçoit que le méridien ne se termine pas au pole, & qu’il se continue au delà en faisant un cercle entier, alors le soleil coupe deux fois le méridien, une fois à midi, & l’autre fois à minuit. Pour nous il disparoît, & lorsqu’il parcourt la partie inférieure de notre méridien, il ne peut nous donner d’ombre puisque sa lumiere nous est cachée ; mais les peuples que nous supposons sous le pole, ne cessent point de le voir pendant six mois, puisqu’il ne quitte point leur horison. Alors l’ombre de midi & l’ombre de minuit, tracées sur une même ligne qui est le méridien, se jettent en deux parties opposées, & font ensemble une ligne droite ; & ces deux ombres sont à douze heures l’une de l’autre. Si le corps élevé qui forme l’ombre, est précisément sous le pole, les deux ombres seront également tournées vers le midi. S’il est à quelque distance, l’ombre à midi sera septentrionale, & à minuit méridionale.

Les hétérosciens, heteroscii, sont les peuples dont l’ombre méridienne est toujours tournée du même côté. Cela convient à ceux qui habitent entre le tropique & le cercle polaire. Ceux qui sont au nord du tropique, ont toujours l’ombre méridienne septentrionale : ceux qui vivent au sud du tropique du capricorne, ont toujours l’ombre méridienne au midi.

Les peuples situés sous l’un ou l’autre des deux tropiques, n’ont point d’ombre quand le soleil est arrive a leur tropique. Le reste de l’année, ils ont une ombre qui est toujours la même à midi. C’est ce que les Géographes expriment par ces paroles, qu’ils sont asciens & hétérosciens.

Les peuples de la zone torride, situés entre les deux tropiques, n’ont point d’ombre quand le soleil passe par leur parallele ; mais dès qu’il s’en écarte, ils ont une ombre qui est ou septentrionale ou méridionale, selon qu’il avance vers l’un ou vers l’autre tropique ; c’est ce que veulent dire ces mots osciens & amphisciens.

Les peuples des zones tempérées n’ont qu’une ombre, qui est toujours ou septentrionale ou méridionale, comme nous l’avons expliqué ci dessus. Ainsi ils sont hétérosciens, & ne sauroient être asciens, parce que le soleil n’arrive jamais à leur parallele.

Les peuples des zones froides ont toujours durant six mois, le soleil qui tourne autour d’eux, & fait tourner leur ombre de même. Il coupe deux fois en vingt-quatre heures le méridien ; ainsi ils sont Périsciens, comme nous l’avons dit ci-dessus. (D. J.)

Ombre, Umbre, Maigre, Dainc, umbra, (Histoire naturelle, Ictiologie.) poisson de mer que l’on a nommé ombre parce qu’il a sur les côtés du corps des bandes transversales d’une couleur jaune, obscure & de différentes teintes ; ces bandes représentent des ombres par leur position ; il y a successivement depuis la tête jusqu’à la queue une bande de couleur foncée, & une autre d’une couleur plus claire. Ce poisson est plus grand que le corps, il a le même nombre de nageoires ; mais elles sont plus courtes & moins noires, principalement celles du ventre & du dos. Il est de couleur noirâtre, & il a un tubercule placé à l’extrémité de la mâchoire inférieure ; la tête est couverte de petites écailles. Il y a devant les yeux deux enfoncemens un peu grands, & plusieurs petits sur la mâchoire inférieure. Les mâchoires sont entierement dépourvûes de dents. L’ombre a la chair blanche séche, & d’un goût très-bon, mais elle est difficile à digérer. On sert ce poisson sur les meilleures tables. Rondelet, hist. des poissons I. part. liv. V. chap. jx. Voyez Poissons.

Ombre de riviere, umbra fluviatilis, poisson de riviere auquel on a donné le nom d’ombre, à cause de sa couleur brune ; il croît jusqu’à une coudée ; il a deux nageoires sur le dos, deux sur le ventre & une à chaque ouie : il ressemble à la truite, mais il a la tête plus longue & la bouche plus petite. Les mâchoires sont dépourvûes de dents, & moins pointues que dans la truite : les yeux sont fort ouverts, la queue est large & fourchue. Il y a sur les côtés du corps une ligne de couleur obscure, qui s’étend depuis les ouies jusqu’à la queue. La chair de ce poisson est blanche, seche & de bon goût. Rondelet, hist. des poissons, I. part. chap. iij. Voyez Poisson.

Ombre, terre d’(Hist. nat. Minéral. & Peint.) umbra, creta umbria. C’est une terre d’un brun plus ou moins foncé ; elle est légere & en poussiere ; elle a la proprieté de s’enflammer dans le feu, & de répandre une odeur fétide. Son nom paroît venir de l’Ombrie, pays d’Italie, d’où il vient sous ce nom une terre d’un brun clair. La terre de Cologne est une terre colorée plus foncée.

La propriété que la terre d’ombre a de s’enflammer & de répandre une odeur désagréable, fait voir qu’elle contient une substance bitumineuse de la nature du charbon de terre.

M. Emanuel Mendez d’Acosta, dans son hist. nat. des fossiles, p. 101. & ss. met la terre d’ombre au rang des ochres ; il parle d’une terre d’ombre trouvée en Angleterre qui produisit un phénomene très-curieux. Une personne ayant pulvérisé cette terre d’ombre & l’ayant mêlée avec de l’huile de lin, pour la broyer & s’en servir à peindre, en fit un tas, après quoi il sortit de sa chambre, & à son retour au bout de trois quart-d’heures, il trouva que ce tas s’étoit enflammé de lui-même, & répandoit une odeur insupportable. La même expérience a été réiterée à Londres avec le même succès. Cette terre d’ombre avoit été tirée d’une mine de plomb de la province de Derbyshire, à environ dix brasses de profondeur au-dessous de la surface de la terre ; on dit qu’il y en a une couche fort épaisse.

Il y auroit lieu de croire, que cette inflammation spontanée est venue de quelques portions d’alun, contenues dans cette terre, qui a fait avec l’huile de lin une espece de pyrophore. (—)

Ombre, (Littér.) umbra. Les latins appelloient ombres, ceux qu’un convié amenoit de son chef à un festin d’invitation. Plutarque a fait là-dessus un grand chapitre dans le septieme livre de ses propos de table. (D. J.)

Ombre, (Mythol.) dans le système de la théologie payenne, ce qu’on appelloit ombre, n’étoit ni le corps, ni l’ame, mais quelque chose qui tenoit le milieu entre le corps & l’ame, quelque chose qui avoit la figure & les qualités du corps de l’homme, & qui servoit comme d’enveloppe à l’ame, c’est ce que les Grecs appelloient idolon ou phantasma, & les latins umbra, simulachrum ; ce n’étoit donc ni le corps, ni l’ame qui descendoit dans les enfers, mais uniquement cette ombre. Ulysse voit l’ombre d’Hercule dans les champs élisés, pendant que ce héros est dans les cieux. Il n’étoit pas permis aux ombres de traverser le styx, avant que leurs corps eussent été mis dans un tombeau ; mais elles étoient errantes sur le rivage pendant cent ans, au bout desquels elles passoient enfin à cet autre bord si désiré. (D. J.)

Ombre, (terme de Blason.) ce mot se dit de l’image d’un corps qui est si déliée qu’on voit le champ de l’écu à travers. On nomme aussi ombre de soleil, ses représentations où on ne figure pas un nez, des yeux, une bouche, comme on fait ordinairement. Ménétrier.

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Étymologie de « ombre »

Étymologie de ombre - Littré

Wallon, âbion, obion, contracté pour ombion, diminutif de ombre ; Berry, umbre ; provenç. ombra, umbra ; espagn. sombra ; ital. ombra ; du lat. umbra. Il semble naturel de rapporter umbra à ὄμϐρος, pluie, lat. imber ; ce serait le sanscr. ambhas, abhra, la pluie, le nuage qui obscurcit. Comme on voit à l'historique, ombre a été longtemps masculin et féminin.

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Étymologie de ombre - Wiktionnaire

(Nom 1) (Date à préciser) Du latin umbra.
(Nom 2) (Date à préciser) Du latin umbra, poisson ainsi nommé en latin, en raison de sa couleur sombre pendant le frai[1].
(Nom 3) (Date à préciser) Ellipse de terre d’ombre, de même étymon que les deux précédents mais, également appelé terre de Sienne, rapproché de Ombrie par fausse étymologie.
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Phonétique du mot « ombre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ombre ɔ̃br play_arrow

Citations contenant le mot « ombre »

  • En France, le nombre de malades hospitalisés continue de grimper. Le couvre-feu a été étendu L'Avenir de l'Artois, Louvre-Lens : l’homme dans l’ombre de la lumière
  • 50 ans après sa disparition, l'icône de la mode Coco Chanel fait l'objet d'une grande rétrospective au palais Galliera à Paris, actuellement suspendue en raison de la crise sanitaire. France Télévisions revient sur le parcours et les zones d'ombre de la grande couturière.  Franceinfo, Les codes éternels et les zones d'ombre de l'icône Coco Chanel
  • Deux ans après la découverte du corps de Théo Hallez à Lens, un homme a été mis en examen pour meurtre et incarcéré, il y a trois semaines. Jordan Mullier fait figure de principal suspect dans la mort de l’adolescent. Mais de nombreuses incertitudes demeurent, à tel point que la piste d’une mort accidentelle n’est pas écartée. La Voix du Nord, Mort de Théo à Lens : les zones d’ombre d’une enquête interminable
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  • La lumière est l'ombre de Dieu. De Anonyme / Inscription sur les cadrans solaires
  • La parole est l’ombre de l’action. De Démocrite / Les Penseurs grecs avant Socrate
  • La paix est à l’ombre des sabres. De Proverbe arabe
  • Notre ombre n'éteint pas le feu. De Paul Eluard
  • Le soleil Ne sait rien de l'ombre. De Eugène Guillevic / Du domaine
  • Le hasard est l'ombre de Dieu. De Proverbe arabe
  • Chaque cheveu fait son ombre sur la terre. De Proverbe espagnol
  • Le soleil de midi ne fait pas d'ombre. De Koan zen
  • L'événement à venir projette son ombre. De Thomas Campbell
  • L’homme est l’ombre d’un songe, et son oeuvre est son ombre. De Marie de Gournay / L’Ombre de la Demoiselle de Gournay
  • Nos jours passent comme l'ombre. De Anonyme / Inscription latine gravée sur un cadran solaire
  • Les âmes, libellules de l'ombre... De Victor Hugo
  • Les fleurs éclosent à l'ombre. De Anonyme / Belize
  • Même le lilas blanc a une ombre. De Proverbe français
  • Jamais le soleil ne voit l’ombre. De Léonard de Vinci
  • Les plus jolies choses du monde, Tom, ne sont que des ombres. Charles Dickens, Martin Chuzzlewit, 12
  • Nous, nés d'hier, nous ne savons rien, notre vie sur terre passe comme une ombre. , Ancien Testament, Job VIII, 9
  • Je vois bien que nous ne sommes, nous tous qui vivons ici, rien de plus que des fantômes ou que des ombres légères. Sophocle, Ajax, 125-126 (traduction Mazon)
  • L'homme est le rêve d'une ombre. Pindare, Huitième Pythique, 95
  • Nos jours passent comme des ombres. Anonyme,
  • Chaque ombre à son âme reconnaît la lumière. Tristan Tzara, Entre-temps, Le Calligraphe
  • Certaines vérités n'ont de force que dans l'ombre et piétinées. Au grand jour, elles s'envolent, regagnent leur ciel impérissable. Roger Nimier, Le Hussard bleu, Gallimard
  • Le splendide génie éternel n'a pas d'ombre. Stéphane Mallarmé, Poésies, Toast funèbre
  • Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle. Victor Hugo, La Légende des siècles, Booz endormi
  • Il y a, en nous, une part d'éternité dépendant de l'ombre. Pierre Fournier, dit Pierre Gascar, L'Arche, Gallimard
  • Chacun est l'ombre de tous. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, Les Armes de la douleur, V , Éditeurs français réunis
  • Nous nous promenons entre des ombres, ombre nous-mêmes pour les autres et pour nous. Denis Diderot, Éléments de physiologie
  • Le dormeur est une ombre, lui qui ouvre sa porte aux ombres. Yves Bonnefoy, L'Improbable, Mercure de France

Traductions du mot « ombre »

Langue Traduction
Corse ombra
Basque itzala
Japonais
Russe тень
Portugais sombra
Arabe ظل
Chinois 阴影
Allemand schatten
Italien ombra
Espagnol sombra
Anglais shadow
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Synonymes de « ombre »

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