Neuf : définition de neuf


Neuf : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

NEUF1, adj. et subst. masc. inv.

I. − Adjectif
A. − Adj. numéral cardinal. Huit plus un (noté 9). Bail de neuf ans; gestation de neuf mois; maladie* de neuf mois; polygone à neuf angles et neuf côtés (v. ennéagone); les neuf Muses; dix-neuf, cent neuf, neuf mille. Les neuf choeurs des anges (car ce nombre neuf, carré de trois, a une mystérieuse signification), sont les moteurs des neuf sphères des cieux (Ozanam,Philos. Dante,1838, p.192).Aux 9 cercles de l'Enfer [dans la Divine Comédie] correspondent, sur la montagne du Purgatoire (...) 9 régions (...). De même, le Paradis offre 9 sphères concentriques étagées autour de la Terre (Encyclop. univ.t.51969, p.338):
. Il faut que l'instituteur, et encore mieux l'institutrice, leur apprennent [aux enfants] comment leur mère les a portés pendant neuf mois dans son sein... Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.285.
Poét. Les neufs Soeurs. Les Muses. Et que la vérité... Un jour dise de moi: cet enfant des neuf Soeurs Fut doux en ses écrits et plus doux en ses moeurs (Chénier,Élégies,1794, p.156).
Locutions
[Exprimant la presque totalité, la probabilité la plus grande] Neuf chances sur dix, dix neuf fois sur vingt, quatre vingt dix neuf fois sur cent, les neuf dixièmes (v. dixième ex. 6). Frapper, abattre un ennemi est pour neuf hommes sur dix une volupté auprès de laquelle les plus doux embrassements paraissent fades (A. France,Vie fleur,1922, p.476).Des malheureux qu'on aurait sauvés, neuf fois sur dix, en les trépanant dans les douze heures! (Martin du G.,Thib., Épil., 1940, p.895).
[Exprimant un grand nombre] Les cent dix-neuf, les quatre cent dix-neuf coups. Amuse-toi, fiston, je veux que tu t'amuses. Fais le monsieur, fais le diable, fais les cent dix-neuf coups (Becque,Corbeaux,1882, i, 1, p.67).V. cent I B.
[Parfois emploi subst. par ell. du subst. déterminé] Température de trente-huit [degrés] neuf [dixièmes]; l'Europe des neuf [pays membres du Marché commun] (du 1erjanv. 1973 au 1erjanv. 1981). Muni d'un bail trois, six, neuf, je vins occuper (...) un appartement de 1.500 francs (Courteline,Article 330,1900, p.270).Les groupes de la majorité formèrent la commission des neuf qui prit les mesures pour que l'Assemblée (...) votât le rétablissement de la royauté (Bainville,Hist. Fr., t.2, 1924, p.229).
Canon de neuf. Canon tirant des boulets de neuf livres. Tous les moyens de défense étaient établis (...); il y avait, de plus, un vaisseau de la compagnie d'Hudson, portant vingt-cinq canons de neuf (Voy. La Pérouse,t.1, 1797, p.xli).
TYPOGR. Corps de neuf points; caractère de ce corps. Neuf Guizot. Je poussais le calcul jusqu'à réserver pour l'aurore et le crépuscule les ouvrages imprimés dans un corps plus lisible. Je lâchais un Gogol, composé en neuf Bodoni, pour reprendre aux heures les plus claires Taine ou Balzac (Ambrière,Gdes vac.,1946, p.350).Les interlignes permettent d'espacer les lignes. On dit, par exemple, «un corps 9 interligné 1 point» et lorsque le caractère n'est pas interligné (ou blanchi), «un corps 9 compact» ou «un corps 9 plein» (Encyclop. Sc. Techn.1971, p.856).
B. − Adj. numéral ordinal. [Postposé] Qui occupe, dans une série le rang correspondant au nombre neuf (noté 9 ou ix). Synon. neuvième.Page neuf, chapitre neuf, tome IX, Charles IX, en l'an 9. Mort à Tunis le 25 Août 1270, Louis IX fut immédiatement vénéré comme un saint (Encyclop. univ.t.141972, p.616).
[Antéposé, dans l'indication de l'heure ou avec ell. du subst.] Vous ferez aussi circuler des patrouilles dans les rues et forcerez les habitants à rentrer chez eux à neuf heures (Maupass.,Contes et nouv., t.1, MmeParisse, 1886, p.733).Buvons les cocktails, de sept à neuf, chez les petites camarades de lettres (Blanche,Modèles,1928, p.95).
II. − Subst. masc.
A. − Le nombre neuf. Neuf en chiffres arabes (9), en chiffres romains (IX); multiple de neuf; preuve* par neuf. Neuf! Si l'on en croit les hordes mongoles et plusieurs peuplades de la Nigritie, voilà le plus harmonique des nombres (Senancour,Obermann, t.2, 1840, p.13).On l'entendait, dans le grand silence de la pièce, mâcher des nombres entre ses dents: −(...) un et sept huit et huit seize et neuf vingt-cinq (Courteline,Train 8 h 47,1888, 1repart., iii, p.37).
B. − Le chiffre neuf. Tracer un neuf; neuf arabe, romain. C'est en Inde que l'on trouve les premières traces des chiffres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 actuellement usités: ils datent des premiers siècles de l'ère chrétienne, mais ne sont pas encore utilisés dans un système positionnel (Encyclop. univ.t.111971, p.909).
C. − P. méton.
1. JEUX. Carte portant neuf marques et/ou le chiffre neuf. Neuf de carreau, de coeur, de pique, de trèfle; neuf d'atout; brelan, carré, paire de neuf. −Bataille! cria-t-elle (...). Elle jeta un neuf, ce qui la consterna; mais le frère n'ayant jeté qu'un sept, elle ramassa les cartes, triomphante (Zola,Faute Abbé Mouret,1875, p.1439).
2. Note donnée à un devoir, à un élève. Avoir un neuf sur dix/sur vingt en grammaire, en conduite. Maman me donnait toujours dix sur dix: un neuf nous eût toutes deux déshonorées (Beauvoir,Mém. j. fille,1958, p.25).
3. [À valeur ordinale] Ce qui vient en neuvième position, ce qui porte le numéro neuf (dans un ensemble numéroté). Jouer, miser sur le (numéro) neuf; le neuf a gagné; habiter au neuf de la rue x. Je remonte au jeu. Je vois des numéros... Paff! Mes cinq louis sur le neuf... (Goncourt,Ch. Demailly,1860, p.102).Le Président: La table sous le tilleul? Victor: Le neuf? Je ne vous conseillerai pas le neuf, monsieur le Président. C'est la table maudite (Giraudoux,Cantique des Cantiques,1938, 1, p.21).
En partic. Le neuvième jour (du mois considéré). Nous sommes le 9 Mai; le 9 du mois. Le neuf, je vais à Vichy et je reviens le quinze pour la fête de Marie (Mallarmé,Corresp.,1864, p.125).
Loc. vieillie. Être, entrer dans son neuf. Être au neuvième mois de grossesse, au neuvième jour de maladie (d'apr. Ac. 1798-1878).
REM. 1.
Neuvain, subst. masc.Strophe de neuf vers. Le neuvain romantique présente un rythmus tripartitus : aab ccb ddb. Théophile Gautier l'adopte dans un vers badin de 5 syllabes («Le grillon», Poésies diverses). Victor Hugo l'a choisi pour «Le Feu du Ciel» (Les Orientales) (Morier1975).
2.
Novénaire, subst. masc.,rare. Les neufs Muses. Ô conseil complet des neuf Nymphes intérieures! (...) Rien ne naîtrait si vous n'étiez neuf! Voici soudain (...) le frémissant Novénaire avec un cri! (Claudel,Gdes Odes,1910, p.222).
3.
Novennal, -ale, -aux, adj.Qui dure neuf ans, qui est de neuf ans. La durée du prêt usuraire peut être annuelle, bisannuelle, triennale, novennale, etc. (Proudhon,Propriété, 1840, p.330).
Prononc. et Orth.: [noef]. Liaison devant voyelle ou h muet initial pour qq. mots seulement (ans, heures, hommes et parfois autres) [noevā], [noevoe:ʀ], [noevɔm]. Ailleurs, cette liaison, notée comme gén. par les dict. anc., est vieillie. Devant consonne ou h aspiré, [noe] ou [nø], encore recommandés par Littré, Barbeau-Rhode 1930, Ac. 1935: neuf chevaux [noeʃvo], neuf haches [noeaʃ], sont devenus vieux ou région. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1119 nof (Philippe de Thaon, Comput, éd. E. Mall, 1027); 1119 adj. cardinal vint e nof «29» (Id., ibid., 3061); 1690 subst. masc. (Fur.: Neuf. Terme numeral Le dernier de ceux qui s'écrivent avec un seul caractere... Un neuf de coeur, de carreau); 1675 ordinal être dans son neuf «être dans le neuvième mois de sa grossesse» (Mmede Sévigné à Mmede Grignan, 6 septembre ds Lettres, éd. M. Monmerqué, t.4, p.118, no441). Du lat. novem «id.» corresp. au gr. ε ̓ ν ν ε ́ α. Bbg. Quem. DDL t.10.

NEUF2, NEUVE, adj. et subst. masc.

I. − Adjectif
A. − [En parlant d'une chose] Qui a l'état, l'aspect frais, inaltéré de ce qui vient d'être fait, ou n'a jamais ou peu servi.
1. [En parlant d'objets que le temps détériore] Qui est fait depuis peu de temps. Anton. vieux, ancien.Maison neuve; quartier neuf; meubles neufs; plâtre neuf. J'ai visité en 1923, l'une des plus délicieuse ville neuve du monde, Kuala Lumpur, qui est née du caoutchouc (Brunhes, Géogr. hum., 1942, p.154).En contre-bas se dressaient les bâtiments: au premier rang deux granges neuves qu'on avait érigées l'année précédente (...). Puis, refoulé à l'arrière, l'entassement des anciennes dépendances (Guèvremont, Survenant, 1945, p.44):
1. ... un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d'un boulevard neuf... Baudel., Poèmes prose, 1867, p.120.
Loc. fig. Faire maison neuve. V. maison I A 3 c β.
[P. oppos. à la ville, au bâtiment primitifs] Qui est plus récent. À Édimbourg. D'abord cherché dans les belles rues de la ville neuve le professeur et médecin Christison (Michelet, Journal, 1834, p.143).Quelques lambris, un trumeau, une peinture écaillée, une tapisserie en loques, attestaient l'ancienne splendeur du château neuf né de la fantaisie d'un Mortola du grand siècle (G. Leroux, Parfum, 1908, p.41).
[Dans un nom de lieu, un patronyme, souvent en comp.] La vraie MmeNourrisson, marchande à la toilette rue Neuve-Saint-Marc (Balzac, Cous. Bette, 1846, p.385).Il s'engagea sur la route de Moulin-Neuf et se trouva presque aussitôt dans les champs (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1367).Loc. fig. Être solide, aller, se porter comme le Pont-Neuf*.
P. anal. ou p.métaph.
Qui vient d'apparaître, de naître. Synon. nouveau.Végétation, verdure neuve. Ce sont de grands chênes ou des hêtres, dont les feuilles toutes neuves, toutes mouillées, sont d'un vert très tendre (Loti, Mon frère Yves, 1883, p.51).Tout semblait neuf, ce matin. Le printemps était neuf, il s'ébauchait à peine (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.279).
Expr. Au gui* l'an neuf; faire peau* neuve.
Qui existe depuis peu, n'est tel que depuis peu. Amitié neuve, gloire toute neuve. M. et MmeRobert Darzac étaient à côté l'un de l'autre. La maîtresse de céans n'avait évidemment point voulu séparer des époux aussi neufs, dont l'union ne datait que de l'avant-veille (G. Leroux, Parfum, 1908, p.48).Ces grimauds frais émoulus du collège, encore tout farcis d'une science purement livresque et mal digérée, et qui vous éberluent de mille citations trop neuves en leur mémoire (Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p.203):
2. Je note ceci pour vous qui aimez la nouvelle noblesse. Jadis La Rochefoucault était de votre avis, il la voulait toute neuve; neuve elle se vendait alors (...). La vieille ne se vendait pas. Courier, Pamphlets pol., Lettres partic. 2, 1820, p.62.
2. [En parlant d'objets que l'usage détériore] Qui n'a pas ou peu servi et a gardé toutes ses qualités (que la fabrication en soit récente ou non). Anton. usé, usagé, vieux, d'occasion.Habit, costume neuf; souliers, draps, torchons neufs; voiture neuve; être à l'état neuf, tout neuf, comme neuf, presque neuf. Je choisis à dessein mes plumes les plus neuves, tant je veux être clair et limpide, et tant je me sens aise d'aborder mon sujet le plus cher (Baudel., Salon, 1846, p.111).Une paire de chaussures neuves coûtait sept cents francs, d'occasion cent cinquante (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.196):
3. Elle jetait à terre le vieux chapeau de paille sordide d'Élie, que depuis des années il se refusait à remplacer, et (...) elle en crevait la coiffe d'un coup de talon: «Comme ça, tu seras bien forcé d'en acheter un neufMontherl., Célibataires, 1934, p.866.
Loc. et expr.
Battant* neuf; flambant* neuf.
Faire balai neuf. V. balai A 4.
Briller comme un sou/un louis neuf; être (luisant/propre) comme un sou neuf. Le coup de soleil dorait la pouliche alezane d'une blondeur de fille rousse. Elle luisait à la lumière comme un louis neuf (Zola, Nana, 1880, p.1400).Alors commença le nettoyage de leurs personnes, ils y allèrent avec le même zèle que pour le logis et en sortirent comme des sous neufs (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.130).
En partic.
Bois neuf. Bois transporté par véhicule et non abîmé par le flottage. Deux mauvaises voies [de bois] (...) de rien du tout: une de flotté et une de neuf, car il n'avait pas pris tout bois neuf, le grippe-sous (Sue, Myst. Paris, t.7, 1843, p.153).
Terre neuve
Terre rapportée pour remplacer la terre usée par les cultures. La terre neuve mise au pied des vignes, l'orage la fait couler sur les routes (Hamp, Champagne, 1909, p.119).
Région qui n'a jamais été mise en culture. Un sujet familier et cher à tous les coeurs canadiens: l'aventure du pionnier, du défricheur de terres neuves (Arts et litt., 1936, p.42-11).
P. anal.
Pays neuf. Pays qui ne semble pas avoir une longue tradition économique, industrielle, culturelle (comme par exemple celle de l'Europe). La colonisation, l'immigration nous mettent en présence de pays, non pas neufs comme on dit à tort, mais autrement organisés sous l'influence d'autres conditions physiques (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p.106).Des pays de vieille civilisation comme la Russie et le Japon, (...) des pays neufs sans passé comme les États-Unis, le Canada ou l'Australie (Lesourd, Gérard, Hist. écon., 1968, p.29).
[En parlant d'un animal] Qui n'a pas encore été utilisé dans certaines expériences, qui n'a pas été contaminé. Cobaye neuf. Procure-toi de nouveaux chiens neufs à la fourrière afin de recommencer des trépanations et des inoculations sous la peau (...) pareilles aux précédentes (Pasteur, Corresp., 1883, p.389).
[En parlant d'une pers. ou d'un attribut, d'une faculté de la pers.] Qui n'est pas épuisé, qui a gardé ou repris toute sa vigueur. Un corps neuf. Tu as cru sérieusement à tes bains... à ton porto (...). C'est la révulsion de ton amour qui m'a fait courir, sous la peau, un sang neuf (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p.141).Pendant les quinze minutes de boxe, Chéri, grisé de ses forces neuves, s'emballait, risquait des coups traîtres (Colette, Chéri, 1920, p.54):
4. Il faisait un bon temps vif, avec de petits coups de vent qui donnaient du jarret à cette colonne de troupes fraîches, toutes neuves, au premier jour de leurs misères. Benjamin, Gaspard, 1915, p.30.
P. métaph. Vous avez dix-neuf ans, des émotions toutes fraîches à satisfaire; la vie est neuve pour vous; le luxe, les plaisirs, le tourbillon enivrant d'une grande ville, vous sont inconnus (Sue, Atar-Gull, 1831, p.11).La pensée lui revenait sans cesse d'une vie toute neuve, toute brillante, intacte −intacte, immaculée −miraculeusement remise entre ses mains, à son bon plaisir, et que la plus légère caresse, le moindre attouchement souillerait pour jamais (Bernanos, M. Ouine, 1943, p.1409).
3. Qui remplace une chose, une personne disparue; qui s'ajoute à quelque chose. Si vous lui demandez [à l'opposition] deux cents millions de ressources neuves, elle vous donnera deux cents discours stériles (Fourier, Nouv. monde industr., 1830, p.42).Déjà, il jugeait sévèrement (...) les jeunes veuves de la guerre qui réclamaient (...) des maris neufs (Colette, Fin Chéri, 1926, p.179).
B. − Au fig. [En parlant d'une pers., sur le plan moral, intellectuel] Synon. novice.
1. [Avec connotation méliorative] Qui a ou a retrouvé toute son innocence, sa fraîcheur, sa candeur; qui n'est pas désabusé par l'expérience de la vie. Ses tristes expériences, ses épreuves, ses souffrances et celles d'Olivier, tout était effacé: il renaissait tout neuf dans ce jeune surgeon de la vie d'Olivier (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1498).S'il faut mentir, les êtres propres, neufs, maladroits comme Michel, détestent le téléphone (Cocteau, Parents, 1938, i, 2, p.188):
5. ... j'ai senti que ma vie me quittait, ma vieille vie avec ses soucis, ses fatigues, ses souvenirs usés. Lewis a serré contre lui une femme toute neuve. Beauvoir, Mandarins, 1954, p.328.
P. méton. [En parlant d'un attribut de la pers.] Il ne serait pas bon que des esprits neufs, ou du moins mal renseignés, fussent mêlés aux jeux de la métaphysique (Barrès, Renan, 1888, p.41):
6. ... cette chimère de rapports réguliers, de perfections, de jouissances positives; brillante supposition dont s'amuse un coeur neuf, et dont sourit douloureusement celui que plus de profondeur a refroidi, ou qu'un plus long temps a mûri. Senancour, Obermann, t.2, 1840, p.149.
Yeux neufs, regard neuf. Regard qui découvre ou paraît découvrir les choses pour la première fois, jugement sans a priori que l'on porte sur quelque chose. Les lettres d'or aux balcons des commerces de gros, baroques et lyriques, achevaient de déconcerter ses yeux neufs (Aragon, Beaux quart., 1936, p.319).C'est un regard neuf que vous portez sur les êtres et sur les choses, depuis le jour où cette ville a refermé ses murs autour de vous et du fléau (Camus, Peste, 1947, p.1296).
En partic. Qui est ignorant des choses de l'amour. Et elle ignorante jusque-là, lui presque neuf encore, faisant ensemble les découvertes de la volupté, s'exaltaient dans le ravissement de cette initiation commune (Zola, OEuvre, 1886, p.160).Le bon seigneur de Montragoux préféra décidément (...) Jeanne la cadette qui était plus fraîche, ce qui ne veut pas dire qu'elle était plus neuve (A. France, Barbe-Bleue, 1909, p.31).
2. Qui manque de pratique, d'expérience dans certaines activités. Oh! cette fille! elle est d'une maladresse! Mais, que voulez-vous? c'est tout neuf, il faut que ce soit formé (Zola, Pot-Bouille, 1882, p.41).
[Neuf + compl. prép. indiquant le domaine où l'on manque d'expérience]Être neuf aux affaires. Quoique complètement neuf à la poésie des sites, j'étais donc exigeant à mon insu, comme ceux qui sans avoir la pratique d'un art en imaginent tout d'abord l'idéal (Balzac, Lys, 1836, p.28).J'étais neuf dans le métier lorsque je répondis par téléphone au chef lointain qui demandait: «Où sont les officiers», qu'ils étaient à table (Alain, Propos, 1921, p.218).
P. anal. [En parlant d'un animal] Alban avait vu que le taureau n'était pas neuf. Il finissait son coup de tête en obliquant vers le ventre de l'homme: il avait déjà été travaillé plusieurs fois, d'évidence, et peu à peu avait appris à déjouer le leurre (Montherl., Bestiaires, 1926, p.440).
C. − [En parlant de réalités concr. ou abstr., gén. avec connotation méliorative] Qui apparaît pour la première fois et ne ressemble pas à ce qui a déjà été vu, fait, dit. Synon. nouveau, original; anton. banal, usé.Fait neuf; situation neuve. Ses parents s'effrayaient de sa prompte croissance Se demandant tous deux, car le cas était neuf, Quelle surnaturelle et maudite puissance (...) Au lieu d'un simple enfant, leur envoyait un boeuf (Pommier, Colifichets, 1860, p.169).Apparitions concrètes d'objets neufs et surprenants, masques, mannequins de plusieurs mètres (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p.111):
7. Thérèse [dansant] suit l'inspiration de sa jeune vie, de son coeur. Et, de temps en temps, par une grâce du ciel, elle trouve un geste neuf, un de ces gestes que les hommes ont peut-être fait mille et mille fois, mais qu'ils n'avaient jamais vus. Duhamel, Suzanne, 1941, p.196.
− Dans le domaine intellectuel, littér., artist.Aperçus neufs; matière, méthode, expression, image neuve; sujet, ton, rythme neuf. Une idée neuve apparaît comme une relation nouvelle ou inattendue que l'esprit aperçoit entre les choses (Cl. Bernard, Introd. méd. exp., 1865, p.55).La tête du jeune homme de gauche, dans le Concert de Giorgione, est d'une substance merveilleuse. Tous les tons y sont fondus, fusionnés, pour une couleur neuve, inconnue, unique à chaque endroit de la toile (Gide, Feuillets, 1895, p.58):
8. D'ailleurs toute nouveauté ayant pour condition l'élimination préalable du poncif auquel nous étions habitués et qui nous semblait la réalité même, toute conversation neuve, aussi bien que toute peinture, toute musique originales, paraîtra toujours alambiquée et fatigante. Proust, J. filles en fleurs, 1918, p.552.
P. méton. [En parlant d'une pers.] Qui a des idées neuves, dont les oeuvres apportent quelque chose de neuf. Il était difficile d'être neuf dans un sujet répété si souvent, mais rien n'est usé pour le génie (Gautier, Tra los montes, 1843, p.43).Il n'est rien de plus neuf que l'espèce d'obligation d'être entièrement neufs que l'on impose aux écrivains. Il faut une bien grande et intrépide humilité, de nos jours, pour oser s'inspirer d'autrui (Valéry, Variété IV, 1938, p.33).
[En parlant de sensations, de sentiments] Que l'on éprouve pour la première fois. L'affection dont elle se sentait entourée (...) et puis aussi ce cadre nouveau, ce pays superbe (...) éveillaient en elle des émotions neuves (Maupass., Mt-Oriol, 1887, p.87).Le bonheur qu'il ressentait était si neuf qu'il n'osait aucun geste de peur d'en détruire l'équilibre (Radiguet, Bal, 1923, p.97).
Expr. Quoi de neuf, rien de neuf, quelque chose de neuf (en partic. à propos d'événements). Qu'est-ce qui s'est passé de neuf? −Il ne s'est rien passé, dit Robert. −Alors? Pourquoi avez-vous changé d'avis? (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.193).Il ne m'arrivait rien de neuf: je retrouvais intact ce que j'avais joué, prophétisé (Sartre, Mots, 1964, p.191).
Rem. L'antéposition de l'adj. est région. (Wallonie, Lorraine) ou styl. Du fond des horizons, d'autres ombres roulaient Et de neuves clartés trouaient la brume épaisse (Verhaeren, Mult. splendeur, 1906, p.59). Joffre, à la Marne, représente cette neuve fermeté de la France (Valéry, Variété IV, 1938, p.74).
II. − Emploi subst. [Corresp. aux différents sens de l'adj.]
A. − Caractère, état de ce qui est neuf. Le neuf de cette pièce annonçait assez un sacrifice fait aux usages du monde par le vieux quincaillier qui recevait rarement (Balzac, C. Birotteau, 1837, p.129).Figures rouges, jupes de mousseline déjà froissées et aplaties, ça n'a plus le neuf de ce matin (Colette, Cl. école, 1900, p.301).
En, dans son neuf. À l'état neuf. On se représente un homme attentif, un peu courbé, avec une palette en son neuf, des huiles limpides, des brosses nettes (Fromentin, Maîtres autrefois, 1876, p.174).Bottines et complet étaient d'ailleurs de bonne qualité, et presque dans leur neuf, malgré leur vingt ans d'âge, M. de Coantré ne les portant que deux ou trois fois l'an, et les entretenant avec le dernier soin (Montherl., Célibataires, 1934, p.773).
Le plus neuf de... Le plus frais, le plus dispos. Dévouant le plus neuf de mes forces à ce qui coûte le plus grand effort (Gide, Journal, 1945, p.282).
B. − Ce qui est neuf.
1. [À valeur de neutre] Une mode d'aventure et de liberté, errante et bénie, qui attrape le neuf, le piquant, le provoquant (Goncourt, Art XVIIIes., 1880, p.3).Il collectionnait les automobiles. Toujours le premier à vouloir le neuf, il les achetait encore imparfaites, et avant qu'elles fussent mises au point (Radiguet, Bal, 1923, p.43).
2. [Souvent à valeur de coll.] Chose neuve. Faire du neuf avec du vieux; faire le neuf et le vieux, le neuf et l'occasion. C'était un grec, entrepreneur de fouilles, marchand et fabricant d'antiquités, vendant du neuf au besoin à défaut de vieux (Gautier, Rom. momie, 1858, p.154):
9. ... les orfèvres modernes ont eu beau reproduire toute cette argenterie d'après les dessins du Pont-aux-Choux, Elstir trouvait ce vieux neuf indigne d'entrer dans la demeure d'une femme de goût... Proust, Prisonn., 1922, p.368.
En partic. Fait nouveau. Je retourne au ministère, voir s'il y a du neuf (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p.809).
Loc. De neuf. V. infra III.
III. − Emploi adv.
A. − Rare. [Verbe + neuf]
1. Avec des choses neuves. Ils narguent au café les maisons importantes, Blousés neuf, et gueulant d'effroyables chansons (Rimbaud, Poés., 1871, p.122).
2. D'une manière neuve. Difficulté qu'ont beaucoup de gens à penser neuf (Barrès, Cahiers, t.11, 1917, p.221).
B. − Loc. adv.
1. À neuf
a) Bâtir à neuf. Construire un nouveau bâtiment. V. accommoder ex. 46.
Au fig. Bâtir, recommencer, refaire à neuf. Nous devrions rebâtir à neuf. (...) Il ne faudrait pas en conclure que la science ne peut faire qu'un travail de Pénélope, qu'elle ne peut élever que des constructions éphémères (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p.209).Comme il aurait voulu pouvoir effacer tout, recommencer tout à neuf! (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1260).
b) Avec des choses neuves. Elle l'a habillé tout à neuf, fit remarquer MmeLecoeur. Il doit lui coûter bon (Zola, Ventre Paris, 1873, p.678).Bourgeois bottés à neuf (Adam, Enf. Aust., 1902, p.150).
Rem. De neuf est plus souvent employé en ce sens. V. infra.
c) De manière à redonner l'aspect de ce qui est neuf. Remettre à neuf; fourbir, peindre, polir à neuf. Encore quinze jours de repos, puis un bon bateau, une cure d'air de France et vous aurez un frère réparé à neuf (Vogüé, Morts, 1899, p.255).Le mobilier, faute d'aération et de chauffage, commençait à verdir de moisissures discrètes. Une remise à neuf du casino (...) serait donc on ne peut mieux venue (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p.173).
d) [Chez Gide] Comme si les choses se présentaient pour la première fois. Synon. à nouveau.Se reporter à neuf (aux faits). Il en était [des billes] que je ne pouvais manier sans être à neuf ravi par leur beauté (Gide, Si le grain, 1924, p.351).Les Nourritures terrestres, restent près de moi, de sorte que je [peux] frémir à neuf en les relisant et raviver mon émotion de phrase en phrase (Gide, Journal, 1943, p.220).
2. De neuf
a) Avec des choses neuves. Nos hommes, qu'on avait habillés de neuf pour qu'ils tinssent dignement leur rang de vainqueurs, refilaient leur linge aux civils (Vercel, Cap. Conan, 1934, p.88).Des beaux gaillards, débraillés, mais avec un foulard de couleur autour du cou (...) et le plus souvent possible chapeautés de neuf (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.147).
b) Rare. De manière à redonner l'aspect du neuf. V. supra à neuf III B 1 c.Le poste peint de neuf, hostile, sans passé, sans odeur, prenait de l'allure, se façonnait peu à peu (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p.39).
3. Rare. En neuf. Synon. de neuf supra III B 2 a.Je parle pas de t'habiller en neuf des pieds à la tête, mais un peu plus richement (Guèvremont, Survenant, 1945, p.167).
Prononc. et Orth.: [noef], [noe:v]. Vieilli et région., Land. 1834, Gattel 1841 [nø] au masc. plur. et p.anal. au masc. sing. Cette prononc. se maintient devant consonne dans des noms propres du type: Neuf-Brisach [nøbʀizak], Neufchâteau, Neufchâtel. Variable ou non selon les aut. dans les expr. du type: flambant neuf: une villa flambant neuve, deux lames entrecroisées, l'une ébréchée, l'autre flambant neuf (Thérive et J. de Lacretelle ds Grev. 1964, § 145). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 980 adj. nous «qui n'a pas encore servi» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 355); ca 1170 loc. adv. de nuef «avec quelque chose de neuf» (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 6478); 1339 de nef «de manière à rendre, ou donner l'aspect du neuf» (16 janv., doc. A. Tournai ds Gdf. Compl.) −1700, Pomey; 1585 à neuf (Du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t.2, p.52); 1800 subst. neuf «ce qui est neuf» (Boiste); 2. a) ca 980 adj. «nouveau, par rapport à ce qui existait déjà» (Passion, 459: Lingues noves il parlaran); ca 1200 terre noeuve «terre nouvellement découverte» (St Jean Bouche d'Or, éd. H. Dirickx-Van der Straeten, 723); b) ca 1165 «récent, qui existe depuis peu» (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 864: dolors noeve); ca 1480 subst. «ce qu'il y a de nouveau» (Myst. du V. Testament, éd. J. de Rothschild, 48220: que ay je de neuf ouy?); c) ca 1208 adj. «original, que l'on fait pour la première fois» (Guillaume le Clerc, Bestiaire, éd. R. Reinsch, p.219, vers 10); 3. a) 1606 «qui n'a pas d'expérience» (Crespin); b) 1561 «qui n'a pas subi l'atteinte des passions» (Jacques Grévin, Gélodacrye, éd. L. Pinvert, p.334). Du lat. novus «nouveau», «récent», «qui n'a pas l'habitude» et «dont on n'a pas l'habitude», également att. comme subst. neutre novum «chose nouvelle» et au plur. novi «écrivains nouveaux, modernes» corresp. du gr. ν ε ́ ο ς «nouveau» d'où «jeune, récent» ou parfois «qui cause un changement».
STAT. Neuf 1 et 2. Fréq. abs. littér.: 9599. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 12154, b) 15091; xxes.: a) 14906, b) 13401.
BBG.Geckeler (H.). Zur Wortfelddiskussion. Untersuchungen zur Gliederung des Wortfelds alt-jung-neu im heutigen Französisch. München, 1971, pp.338-350 (Thèse).

Neuf : définition du Wiktionnaire

Adjectif numéral

neuf \nœf\ pluriel

  1. (Antéposé) Huit plus un, adjectif numéral cardinal correspondant au nombre 9.
    • J’avais neuf ans et j’attrapais avec mon frère des sauterelles que nous faisions griller dans le jardin pour les manger. — (Francis Carco, Maman Petitdoigt, La Revue de Paris, 1920)
  2. (Postposé) Neuvième.
    • Page neuf.
    • Tome neuf.
    • Henri IX.

Nom commun 1

neuf \nœf\ masculin et féminin identiques invariable

  1. (Au masculin) Nombre 9, entier naturel après huit.
    • Neuf est précédé par huit et précède dix.
  2. (Au masculin) 9, chiffre utilisé dans la numérotation.
    • Quatre-vingt-dix-neuf s’écrit avec deux neuf.
  3. (Par métonymie) Chose portant le numéro neuf.
    • Un neuf de carreau.
  4. (Au masculin) (Avec le) Neuvième jour du mois.
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Neuf : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NEUF. (L'F se prononce. Toutefois il peut ne pas se prononcer quand il est suivi immédiatement d'un mot qui commence par une consonne. Quand il est suivi d'un nom qui commence par une voyelle, on prononce quelquefois l'F comme un V.) adj. numéral cardinal des deux genres
. Qui se compose de huit unités plus une et qui suit immédiatement le nombre huit. Les neuf chœurs des anges. Les neuf Muses. Je vous attendrai jusqu'à neuf heures. Neuf cents. Neuf mille. Neuf cent mille. Dix-neuf. Vingt-neuf. L'an mil neuf cent vingt-neuf. On dit de même : Le nombre neuf. Le chiffre neuf.

NEUF est aussi employé pour Neuvième. Le roi Louis neuf. Page neuf. Chapitre neuf. Verset neuf. En l'an neuf.

NEUF est aussi nom masculin. (Dans ce cas l'F se prononce fortement.) Le produit de neuf multiplié par trois est vingt-sept. Écrire un neuf, deux neuf. On dit de même Le neuf de la rue Royale. Il signifie encore, en termes de Jeu, Toute carte, tout domino, etc., marqués de neuf points. Un neuf de cœur, de trèfle, etc.

Neuf : définition du Littré (1872-1877)

NEUF (neuf' ; quand neuf est devant une consonne et une h aspirée, l'f ne se prononce pas : neu chevaux, neu haches ; quand il est devant une voyelle ou une h muette, l'f se prononce comme un v : neu-v ans, neu-v hommes ; enfin, quand neuf n'est suivi d'aucun mot ou qu'il n'est suivi ni d'un adjectif ni d'un substantif, l'f se prononce : ils étaient neuf, neuf et demi, tous les neuf arrivèrent à la fois) nom de nombre des deux genres.
  • 1Nombre impair qui suit immédiatement huit. Neuf cents. Neuf mille. Trente-neuf. Je vous avoue que je serais fort aise d'avoir courtisé avec succès, une fois en ma vie, la Muse de l'opéra ; je les aime toutes neuf, et il faut avoir le plus de bonnes fortunes qu'on peut, sans être pourtant trop coquet, Voltaire, Lett. d'Argental, 12 mars 1740. Le sexe en esprit nous surpasse ; Et l'on compte sur le Parnasse Neuf Muses contre un Apollon, Panard, Chans. et Vaudev. Œuv. t. III, p. 399, dans POUGENS. La toile [d'un tableau], comme la salle à manger de Varron : jamais plus de neuf convives, Diderot, Pensées sur la peinture, Œuv. t. XV, p. 207, dans POUGENS.

    On dit de même : le nombre neuf. Numéro neuf. Le chiffre neuf.

    Terme de musique. Neuf-huit, mesure contenant neuf croches divisées en trois temps. Neuf-quatre, mesure de neuf noires en trois temps.

  • 2Il s'emploie quelquefois comme nombre ordinal. Le roi Louis neuf (qu'on écrit presque toujours Louis IX). Chapitre neuf. Page neuf. Si vous voulez avoir quelque repos avec moi, ne lisez point Virgile ; je ne vous pardonnerais jamais les injures que vous lui pourriez dire ; cependant si vous pouviez vous faire expliquer le sixième livre et le neuf où est l'aventure de Nisus et d'Euryale…, Ch. Sévigné, à Mme de Grignan, dans SÉV. 23 juill. 1677.

    Substantivement. Le neuf, le neuvième jour du mois. Nous sommes le neuf.

    Le neuf de janvier, de mai, etc. ou le neuf janvier, le neuf mai, etc. le neuvième jour de janvier, de mai (voy. la remarque à DEUX, n° 4).

    Familièrement. Le neuf d'une femme, son neuvième mois de grossesse. Cette femme est entrée dans le neuf, dans son neuf. Elle est demeurée pour un procès, et ce procès l'a jetée si avant dans son neuf, qu'elle a fait venir la sage-femme d'ici…, Sévigné, 18 août 1677. Monseigneur alla faire collation au bout de la ménagerie avec madame la Dauphine, qui est entrée dans son neuf, Dangeau, I, 364.

    Le neuf se dit aussi du neuvième jour d'une maladie. Il est, il entre dans le neuf, dans son neuf.

  • 3 S. m. Neuf se dit pour le nombre neuf. Le produit de neuf multiplié par trois est vingt-sept.

    Il se dit aussi pour le chiffre neuf. Un neuf de chiffre. Faire un neuf, deux neuf (sans s).

  • 4Au jeu de cartes, un neuf de cœur, un neuf de carreau, etc. une carte qui est marquée de neuf points de carreau, de cœur, etc.

    Il a un pluriel, et il n'y prend pas l's. J'ai tous les neuf dans mon jeu.

HISTORIQUE

XIIe s. Le diesme [dixième] en feseient turner, E les testes as nof colper, Rou, 9850. De Joseph li sovint, qui si altre noef frere Vendirent pur deniers…, Th. le mart. 65.

XIIIe s. Avec Constance [elle] fu bien neuf ans et demi, Berte, LIX.

XVIe s. En la ville de Paris, il y avoit un avocat plus estimé que neuf hommes de son estat, Marguerite de Navarre, Nouv. XX.

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Neuf : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

NEUF, adj. ce qui n’a point ou peu servi. Une étoffe neuve, une toile neuve, un habit neuf.

Dans le commerce de bois de chauffage, on appelle bois neuf celui qui vient par bateau & qui n’a pas flotté. Voyez Bois. Dictionnaire de Comm. (G)

Neuf, (Maréchall.) On appelle cheval neuf celui qui n’a été ni monté ni attelé. Pié & quartier neuf, Voyez Pied & Quartier.

1. Neuf, (Arithmétique.) c’est le dernier ou le plus grand des nombres exprimés par un seul chisfre. On peut le concevoir ou comme le produit de 3 multiplié par lui-même, ou comme la somme des trois premiers termes de la suite des impairs : d’où il résulte également (Voyez Impair) qu’il est un quarré dont 3 est la racine.

Deux propriétés l’ont rendu célebre, & font encore l’admiration de ceux qui n’en pénetrent pas le mystere.

2. Premiere propriété. La somme des chiffres qui expriment un multiple quelconque de 9, est elle-même un multiple de 9.... Comme réciproquement tout nombre dont la somme des chiffres est un multiple de 9, exprime lui-même un multiple de 9. 63, par exemple (multiple de 9) donne pour la somme de ses chiffres 6+3=9...378 (autre multiple de 9) donne 3+7+8=18=9×2.. &c.

Pareillement si on écrit au hasard une suite de chiffres en nombre quelconque, pourvu seulement que leur somme soit 9 ou l’un de ses multiples, comme 1107, 882, 11115, &c. on est assuré que le nombre résultant se divise exactement par 9.

3. Seconde propriété. Si l’on renverse l’ordre des chiffres qui expriment un nombre quelconque, la différence du nombre direct au nombre renversé, est toujours un multiple de 9.

Par exemple, 73−37=36=9×4....826−628=198=9×22.., &c.

4. Comme le nombre 9 ne tire ses propriétés que du rang qu’il occupe dans notre système de numération, où il précede immédiatement la racine 10 de notre échelle arithmétique, pour rendre la démonstration générale & applicable à tout autre nombre qui tienne respectivement le même rang dans son échelle particuliere, nommant r la racine d’une échelle quelconque, nous démontrerons les deux propriétés pour un nombre r−1 pris indéterminément ; mais avant que d’y procéder, il est bon de rappeller à l’esprit quelques propositions ou claires par elles-mêmes, ou prouvées ailleurs, desquelles dépend la démonstration.

Lemme I. 5. Soient deux nombres avec leur différence, ce qui en fait trois ; de ces 3 nombres si deux pris comme on voudra sont multiples d’un quatrieme nombre quelconque, le troisieme l’est aussi..... qu’on nomme les deux nombres par des lettres, conformément à l’hypothèse, & l’on sentira l’évidence de la proposition.

Lemme II. 6. La différence de deux puissances quelconques de la même racine, est un multiple de cette racine diminuée de l’unité ; c’est-à-dire que , & par une suite (faisant l’exposant ) sont multiples de ...pour la preuve, voyez Exposant.

Corollaire. 7. La différence d’un chiffre a pris suivant une valeur relative quelconque au même chiffre pris, suivant toute autre valeur relative, ou suivant sa valeur absolue, est un multiple de .

Cette différence (voy. Échelle arithmétique) peut être représentée généralement par . . ; mais la quantité qui multiplie a est (lemme II.) un multiple de : donc le produit même, ou la différence qu’il représente, l’est aussi.

Et ce qu’on dit d’un chiffre pris solitairement s’applique de soi-même à un nombre composé de tant de chiffres qu’on voudra ; il est clair que la différence totale aura la même propriété qu’affectent toutes & chacune des différences partiales dont elle est la somme.

8. Cela posé, revenons aux propriétés citées du nombre .

Premiere propriété. (Voyez-la n°. 2.) On peut l’énoncer ainsi : si plusieurs chiffres en nombre quelconque, pris suivant leur valeur relative, donnent un multiple de , ces mêmes chiffres pris suivant leur valeur absolue, donneront aussi un multiple de .

Démonstration. La différence des deux résultats est (coroll.) un multiple de  ; mais (par supposition) le premier l’est aussi : donc (lemme I.) le second l’est pareillement.

Au reste cette démonstration est telle que sans y rien changer elle prouve également l’inverse de la proposition.

Seconde propriété. Voyez-le n°. 3.

Démonstration. En renversant l’ordre des chiffres on ne fait qu’échanger leur valeur relative ; mais (coroll.) la différence qui résulte de cet échange est un multiple de  : donc, &c.

Observez que l’objet de cette seconde démonstration n’est qu’un cas très-particulier de ce qui résulte du corollaire ci-dessus ; il établit la propriété non seulement pour le cas du simple renversement des chiffres, mais généralement pour toute perturbation d’ordre quelconque, entiere ou partiale, qu’on peut supposer entr’eux.

9 Il est clair que tout sous-multiple de participera aux mêmes propriétés qu’on vient de démontrer pour même . . . . aussi 3 en notre échelle en jouit-il aussi pleinement que 9 ; 2 & 3 aussi pleinement que 6 dans l’échelle septenaire, & 1 dans toutes les échelles, parce que 1 est sous-multiple de tous les nombres.

10. Mais le nombre 9 (& ceci doit s’entendre de tout autre ) a encore une autre propriété qui jusqu’ici n’avoit point été remarquée . . . c’est que la division par 9 de tout multiple de 9 peut se réduire à une simple soustraction : en voici la pratique.

Soit 3852 (multiple de 9) proposé à diviser par 9.

Ecrivez 0 au-dessus du chiffre qui exprime les unités, & dites, qui de 0 ou (en empruntant sur tel chiffre qu’il appartiendra) qui de 10 paye reste 8 ; écrivez 8 à la gauche du 0 avec un point au-dessus, pour marquer qu’il en a été emprunté une unité, & qu’il ne doit plus être pris que pour 7.

Puis dites, qui de 7 paie 5, reste 2 ; écrivez 2 à la gauche du 8.

Enfin dites, qui de 2 ou (en empruntant) qui de 12 paie 8, reste 4, écrivez 4 à la gauche du 2 avec un point au-dessus....& tout est fait : car , montre que l’opération est consommée ; ensorte que négligeant le 0 final, le reste 428 est le quotient cherché.

On voit que cette soustraction est plus simple même que l’ordinaire, qui exige trois rangs de chiffres, tandis que celle-ci n’en a que deux : au reste elle porte aussi sa preuve avec elle ; car si l’on ajoute (en biaisant un peu) le dernier chiffre du nombre inférieur avec le pénultieme du supérieur, le pénultieme de celui-là avec l’antépénultieme de celui-ci, & ainsi de suite, la somme vous rendra le nombre supérieur même, s’il ne s’est point glissé d’erreur dans l’opération.

11. La raison de cette pratique deviendra sensible, si l’on fait attention que tout multiple de 9 peut lui-même être conçu comme le résultat d’une soustraction. En effet, , ce qu’on peut disposer ainsi :

s
m
j

nommant s le nombre supérieur, m celui du milieu, j l’inférieur. Il suit de la disposition des chiffres que le dernier de m est le même que le pénultieme de s, le pénultieme de m le même que l’antépénultieme de s, &c.

Maintenant le nombre j étant proposé à diviser par 9, il est clair (construction) que le quotient cherché est le nombre m, mais (encore par constr.) ; d’où , & voilà la soustraction qu’il est question de faire ; mais comment y procéder, puisque s, élément nécessaire, n’est point connu ?

Au-moins en connoît-on le dernier chiffre, qui est toujours o : on peut donc commencer la soustraction. Cette premiere opération donnera le dernier chiffre de m=(suprà) au pénultieme de s ; celui-ci fera trouver le pénultieme de m=à l’antépénultieme de s, & ainsi de l’un en l’autre, le chiffre dernier trouvé de m étant celui dont on a besoin dans s pour continuer l’opération.

Dans l’addition qui sert de preuve à la regle, c’est le nombre j qu’on ajoute au nombre m, ce qui évidemment doit donner le nombre s ; car puisque , il suit que .

12. Observez (derniere figure) que dans la soustraction employée pour multiplier 428 par 9, il se fait deux emprunts, l’un sur le 8, l’autre sur le 4, & que d’un autre côté la somme des chiffres du multiple 3852 est 18, ou 9 pris deux fois, ce qui n’est point un hasard, mais l’effet d’une loi générale. La somme des chiffres du multiple contient 9 autant de fois qu’il y a eu d’emprunts dans la soustraction qui a servi à le former. On en verra plus bas la raison.

13. Il suit que si la soustraction s’exécutoit sans faire d’emprunt, la somme des chiffres du multiple seroit = 0, conséquence révoltante par l’imagination, mais qui, entendue comme il faut, malgré la contradiction qu’elle semble renfermer, ne laisse pas d’être exactement vraie.

Pour s’en convaincre, que dans le même exemple aux chiffres on substitue des lettres, ou simplement que laissant subsister les chiffres, on procede à la soustraction par la méthode algébrique, on aura

4 2 8 0
- 4 2 8
4. 2-4. 8-2. -8.

Le résultat qui représente le multiple contient quatre termes, distingués entr’eux par des points, nommant (relativement au rang) pairs les second & quatrieme, & impairs les premier & troisieme ; si l’on fait séparément la somme des termes pairs & celle des impairs, la premiere sera , & la seconde  : où l’on voit que les mêmes chiffres sont contenus dans l’une & dans l’autre somme, mais avec des signes contraires ; ensorte que si l’on vient à ajouter les deux sommes ensemble, tous ces chiffres se détruisant mutuellement, le résultat sera 0.

Et c’est en effet ce qui devroit toujours arriver, sans que pour cela il y eût contradiction, ni que le multiple qu’on devoit trouver fût réellement anéanti ; car il faut bien prendre garde que ses chiffres ne se détruisent mutuellement, que parce qu’en faisant leur somme on ne les prend que suivant leur valeur absolue, & qu’on ne les doit prendre que sur ce pié là. Si l’on avoit égard à leur valeur relative, dès-lors −8, par exemple, ne seroit plus propre à faire évanouir +8, parce que celui ci seroit 80, tandis que l’autre ne seroit encore que 8, & ainsi des autres chiffres.

14. Mais, demandera-t-on, pourquoi ce qui devroit toûjours arriver n’arrive-t-il jamais ? c’est que suivant notre méthode particuliere de faire les opérations de l’Arithmétique dans la soustraction proposée (où la quantité excédante est terminée par un 0) il y a nécessairement & dès le premier pas un emprunt à faire ; car quel est l’effet de cet emprunt ? c’est, de deux termes consécutifs, de diminuer l’un d’une unité, & d’augmenter l’autre de 10. Voilà donc deux nouveaux termes (10 & −1) à introduire dans la somme de ceux du multiple, & qui resteront après que les autres se seront détruits par la contrariété de leurs signes. Cette somme ne sera donc plus 0, comme auparavant, mais 10−1 ou 9, répété autant de-fois qu’il se sera fait d’emprunts ; car ces nouveaux chiffres ayant par-tout le même signe, ne se détruiront pas (comme font les autres) par l’addition de deux sommes.

15. Cela même fournit une nouvelle démonstration de la premiere propriété, & qui semble mieux entrer dans la nature de la chose. On voit non-seulement que la somme des chiffres qui expriment un multiple de 9, doit elle-même être un multiple de 9 ; on est même en état de déterminer ce multiple, qui se regle sur le nombre des emprunts faits dans la soustraction qui a servi à le former ; nombre aisé lui-même à déterminer par l’inspection seule de celui qu’il s’agit de multiplier par 9. En effet, si tous les chiffres du nombre proposé sont croissans de droite à gauche, il y aura autant d’emprunts que le nombre même contient de chiffres, & autant de moins que cet ordre se trouvera de fois troublé. Ainsi pour 842 il y en aura trois, au lieu que pour 428 (formé des mêmes chiffres) il n’y en a que deux, parce que la loi d’accroissement n’a pas lieu du 8 au 2… Si deux chiffres consécutifs sont semblables, quand il y a eu emprunt sur le premier, il y en a aussi sur le second, parce que la diminution causée par le premier emprunt les range sous la loi d’accroissement ; mais s’il n’y en a point sur le premier, il n’y en aura point non plus sur le second. Par exemple, pour 33 il y en aura deux ; mais pour 338 il n’y en aura qu’un, qui tombera sur le 8. La somme des chiffres qui expriment 33×9, sera donc 18, tandis que celle des chiffres qui expriment 338×9 (nombre cependant beaucoup plus grand que le premier) ne sera que 9.

Cet article est de M. Rallier des Ourmes, conseiller d’honneur au présidial de Rennes, à qui l’Encyclopédie est redevable de beaucoup d’autres morceaux.

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Étymologie de « neuf »

Étymologie de neuf - Wiktionnaire

(Adjectif numéral, Nom commun 1) Du latin nŏvem (« neuf »).
(Adjectif, nom commun 2) (1119, écrit nof) Du latin nŏvus (« nouveau »).
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Phonétique du mot « neuf »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
neuf nœf play_arrow

Citations contenant le mot « neuf »

  • Patrimoine, animations, randonnées, loisirs ou découvertes… suivez ces neuf bons plans proposés par les offices de tourisme béarnais pour savourer pleinement votre séjour en Béarn cette semaine. La-R%C3%A9publique-des-Pyr%C3%A9n%C3%A9es, Des idées et neuf bons plans pour sortir ce week-end ou pendant les vacances - La République des Pyrénées.fr
  • En chute depuis la mise en place des mesures sanitaires mi-mars 2020, le marché du VUL neuf réduit sa chute en juin (-13,8%), avec 177 807 unités. Autoactu.com, Europe : la France regagne du terrain sur le marché du VUL neuf en juin | autoactu.com
  • En plus de présenter de nombreux avantages, comme la personnalisation du logement ou les frais de notaire réduits, investir dans le neuf vous permet d'avoir la possibilité de bénéficier d’un ou plusieurs dispositifs fiscaux.  SeLogerNeuf, Quels sont les dispositifs fiscaux pour investir dans l'immobilier neuf ? | Fiscalité SeLogerNeuf
  • Dans ce contexte difficile pour le logement neuf, lié à une double crise, sanitaire et de l’offre, la difficulté sera de réalimenter le marché en offre nouvelle dans les mois à venir. ladepeche.fr, Logement neuf à Toulouse : la chute post Covid - ladepeche.fr
  • La beauté du neuf, tout de même, c'est d'être propre. De Jules Renard
  • Le soleil brillait, n’ayant pas d’alternative, sur le rien de neuf. De Samuel Beckett / Murphy
  • En dessous de la poussière du temps, je suis toujours neuf. De Patricia Vallier
  • Une terrasse de neuf étages commence par un tas de terre. De Lao-Tseu
  • Un homme sur mille est un meneur d'hommes ; les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres sont des suiveurs de femmes. De Francis Blanche
  • Ce qui a de la valeur n'est pas neuf, et ce qui est neuf n'a pas de valeur. De Daniel Webster / Discours de 1826
  • C'est quand même toujours neuf, l'amour. De Christian Oster / Une Femme de ménage
  • La joie est dans le risque à faire du neuf. De Marilyn Ferguson / Les enfants du verseau
  • Beau projet et drap neuf rétrécissent à l’usage. De Proverbe scandinave
  • La femme, comme le chat, a neuf vies. De John Heywood / Proverbs in the English tongue
  • Mille choses avancent ; neuf cent quatre-vingt-dix-neuf reculent : c'est là le progrès. De Henri-Frédéric Amiel / Journal intime
  • Le neuf suscite la colère des habitudes. De Jacques Attali / Le Premier Jour après moi
  • La solitude conserve neuf. De Paul Léautaud
  • Balaie neuf balaie bien. De Proverbe guadeloupéen

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