Libre : définition de libre


Libre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

LIBRE, adj.

I. − Qui n'est pas soumis à une ou plusieurs contraintes externes.
A. − [Le déterminé désigne l'homme en tant qu'individu particulier ou en tant que membre d'une société politique] Qui n'est pas soumis à la puissance contraignante d'autrui.
1. [En parlant d'un individu particulier, de sa condition]
a) Qui n'appartient pas à un maître. Anton. esclave, serf.Un paysan libre; un enfant né libre; une femme de condition libre. Le simple raisonnement indique que la consommation de l'esclave [nègre] doit être moindre que celle de l'ouvrier libre. Peu importe à son maître qu'il jouisse de la vie; il lui suffit qu'il la conserve (Say, Écon. pol.,1832, p. 227).V. esclave ex. de Michelet, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 125 :
1. Rien de plus incertain que la liberté personnelle dans l'Antiquité. Au milieu de tant de petits états dont la frontière était aux portes de la cité, ou ne pouvait changer de lieu sans risquer d'être réclamé comme esclave, enlevé, vendu, perdu pour jamais. L'homme était alors la principale marchandise dont on commerçait. Au moins, dans nos colonies, la peau blanche garantit l'homme libre. Mais alors nulle différence. Id., ibid.
b) Qui n'est pas retenu prisonnier; qui n'est pas détenu. Après six ans d'une horrible captivité, sur un sol de glace et sous un ciel de fer, libre enfin, il va revoir sa patrie et son vieux père (Sandeau, Mlle de la Seiglière,1848, p. 126).Au début de ma détention (...), ce qui a été le plus dur, c'est que j'avais des pensées d'homme libre (Camus, Étranger,1942, p. 1178):
2. Seulement, remis en liberté provisoire sous caution, un mois avant le procès, et s'étant ainsi présentés devant le tribunal en qualité de prévenus libres, ils purent faire appel et quitter la France dans les vingt-quatre heures. Zola, Argent,1891, p. 418.
P. anal.
[En parlant d'un animal] Anton. de captif.L'air effaré des bêtes fauves quand on les rend libres tout à coup (Flaub., Salammbô, t. 2, 1863, p. 161):
3. Un (...) rossignol né libre, qui seul est le vrai rossignol, a une bien autre valeur que celui qui naît en cage : il chante bien autrement, ayant connu la liberté, la nature et les regrettant. Michelet, Oiseau,1856, p. 249.
[En parlant de la nature, de l'une de ses manifestations] Qui n'est pas soumise à l'homme, domestiquée. Synon. sauvage, vierge.Là, des jasmins ont poussé à l'abandon, et des clématites, avec un petit prunier sauvage, des herbes libres et charmantes (Colette, Cl. à l'école,1900, p. 192).V. basse-cour ex. 3.
Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. Nous sentons invinciblement qu'à notre expansion complète il faut du végétal, du libre, du vivant, des bêtes heureuses, des sources non captées (Barrès, Pitié églises,1914, p. 324).
2.
a) [En parlant d'un individu considéré comme membre d'une société politique] Qui jouit des droits ou libertés politiques reconnu(e)s au citoyen. Article premier. − Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune (Doc. hist. contemp., Décl. droits homme et cit., 1789, p. 47).Il n'est ni juste, ni légal de m'interroger de cette façon. Ce sont des procédés d'inquisiteur, non d'hommes libres dans un pays libre (Maurois, Ariel,1923, 1repart., V, p. 43).La vision paisible d'hommes libres vaquant à leurs occupations, trouvant leur épanouissement dans le cadre de la sécurité politique et matérielle est celle − et celle seule − que les hommes d'État doivent toujours avoir sous les yeux (C.-A. Colliard, Libertés publiques, Paris, Dalloz, 1975 [1950], p. xiv):
4. Il ne faut pas s'étonner que le citoyen libre soit presque toujours un mécontent. Le sujet d'une tyrannie incline à être content, attendu qu'il est dangereux de ne pas l'être. Alain, Propos,1934, p. 1198.
P. ext. Nation, pays libre. Nation, pays où les droits politiques du citoyen sont reconnus. Gouvernement libre. Gouvernement qui garantit ces droits. Un gouvernement libre est un gouvernement qui ne fait point de mal aux citoyens, mais qui au contraire leur donne la sûreté et la tranquillité (Stendhal, Amour,1822, p. 175):
5. Jamais il n'exista de nation libre qui n'eût dans sa constitution naturelle des germes de liberté aussi anciens qu'elle; et jamais nation ne tenta efficacement de développer par ses lois fondamentales écrites d'autres droits que ceux qui existaient dans sa constitution naturelle. J. de Maistre, Constit.,1810, p. 8.
Monde libre. [D'un point de vue anticommuniste] Ensemble des pays de régime non socialiste :
6. Le nouveau Président [des États-Unis, H. Truman] avait renoncé au plan d'une harmonie mondiale et admis que la rivalité du monde libre et du monde soviétique dominait tout, désormais. L'essentiel consistait donc à éviter les querelles entre États et les secousses révolutionnaires, afin que tout ce qui n'était pas communiste ne fût pas conduit à le devenir. De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 209.
b) [En parlant d'un état, d'une nation, d'une ville] Qui n'est pas sous une domination étrangère; qui a la souveraineté. Synon. autonome, indépendant.L'État libre d'Irlande. La Grèce est devenue libre du joug de l'islamisme (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 274).Castlereagh, qui voulait une France diminuée, mais libre, et non pas soumise à l'Autriche ou à la Russie, fut conduit à penser que la monarchie bourbonienne était seule à remplir les conditions que l'Angleterre désirait (Bainville, Hist. Fr., t. 2, 1924, p. 134):
7. La visite au Québec, en juillet 1967, du président de la République française, le général De Gaulle, précipite les événements et son « Vive le Québec libre! », lancé du balcon de l'Hôtel de Ville de Montréal internationalise « la question du Québec » et accélère le mouvement indépendantiste. M. Rioux, Les Québecois, Paris, éd. du Seuil, 1974, p. 144.
HISTOIRE
Cité, ville libre. Cité, ville qui possédait son propre gouvernement, ses magistrats et des privilèges propres à son statut. L'origine de la ligue hanséatique fut due au besoin qu'on éprouva au moyen âge de favoriser le commerce de quelques-unes des villes libres impériales de l'Allemagne (Malte-Brun, Géogr. universelle, Paris, Dufour, Boulanger, Legrand, t. 8, 1863, p. 160).Mod. Commune libre. Association de quartier reproduisant d'une manière populaire et quelquefois parodique les actes principaux de la vie d'une commune. Bien avant la création de la Commune Libre de la Butte, de la Vache Enragée et autres corps constitués du dix-huitième arrondissement, Steinlen fut sacré citoyen de Montmartre (Fargue, Piéton Paris,1939, p. 37).
[Seconde Guerre mondiale]
France libre. Mouvement suscité puis organisé à partir de Londres par le général De Gaulle, au lendemain de la capitulation française, refusant cette capitulation et l'occupation allemande du sol français. Les émissions de la France libre; délégué (de la) France libre :
8. En pratique, les fondations du long travail de rétablissement des institutions républicaines furent posées le 18 juin 1940. Ce jour-là, le général De Gaulle lança de Londres sa fameuse proclamation, invitant tous les Français à continuer la lutte et à se rallier à lui. Le 7 août, il signa un accord avec le gouvernement britannique concernant la levée de Forces françaises libres. Il prit le titre de chef des Français libres, et le 27 octobre publia sa première ordonnance à Brazzaville, en Afrique équatoriale française. Celle-ci organisait les pouvoirs publics dans la France libre pour « aussi longtemps qu'il n'aura pu être constitué un gouvernement français et une représentation du peuple français réguliers et indépendants de l'ennemi ». Lidderdale, Parlement fr.,1954, p. 44.
Forces françaises libres (abrév. FFL). V. ex. 8.
Zone libre. Partie de la France non occupée par l'armée allemande après la signature de l'armistice. Gagner la zone libre; passer en zone libre. Je suis revenu de la zone libre dans le Paris de l'occupation, avec toutes les difficultés et tous les problèmes que cela comportait pour moi (Montherl., Demain,1949, I, 1, p. 706).
B. − [Le déterminé désigne l'homme en tant que personne, son apparence, sa manière d'être] Dont l'action ou l'expression ne rencontre pas d'obstacle.
1. [En parlant d'une pers.]
a) [Sans compl.]
α) Qui décide et agit par soi-même; qui refuse toute sujétion aux choses, toute pression d'autrui. Tout m'a semblé un asservissement, le travail, l'amour, la recherche de la fortune, l'existence même; et à force de vouloir être libre, j'ai fini par vivre seul, en dehors du milieu commun, et je suis devenu malheureux (Du Camp, Mém. suic.,1853, p. 209).Elle se sentait une sympathie obscure, un peu craintive, pour un homme célèbre et qui paraissait néanmoins mépriser la gloire, vivait libre et seul, et pauvre aussi peut-être, dans une indépendance sauvage (Bernanos, Joie,1929, p. 575).Comme pendant la grande guerre, comme en Chine, enveloppé de ce bruit protecteur et pourtant si vulnérable de moteur, Leclerc, la cape grise sur la tête, se sentait libre d'une liberté divine, au-dessus du sommeil et de la guerre, au-dessus des douleurs et des passions (Malraux, Espoir,1937, p. 616).V. aventure ex. 19, ambitionné ex. 6 et autonomie ex. 9 :
9. Rien n'est charmant, à mon sens, comme cette façon de voyager. − À pied! − On s'appartient, on est libre, on est joyeux; on est tout entier et sans partage aux incidents de la route, à la ferme où l'on déjeune, à l'arbre où l'on s'abrite, à l'église où l'on se recueille. On part, on s'arrête, on repart; rien ne gêne, rien ne retient. On va et on rêve devant soi. Hugo, Rhin,1842, p. 154.
Loc. [Pour exprimer le fait qu'on laisse une personne libre de faire/penser ou de ne pas faire/ne pas penser qqc.] Les volontés (les opinions, les goûts) sont libres. On dira, sans doute, que les goûts sont libres en mathématiques (Chasles, Aperçu, hist. orig. et développ. méth. géom.,1837, p. 185):
10. ... que voulez-vous que je vous chante? Je ne suis pas bégueule, je vous en préviens, mais je ne sais pas de couplets de corps de garde. Je ne m'encanaille pas la mémoire! − Connu, dit Marcel, vous êtes une vertu; allez votre train, les opinions sont libres. Musset, Mimi Pinson,1845, p. 229.
Expr. proverbiale. Être libre comme l'air*.
β) Qui n'est pas engagé, obligé moralement, juridiquement, religieusement. Sur ses vêtements noirs elle portait la capuche grise des sœurs de charité libres et n'ayant point fait de vœux (Ponson du Terr., Rocambole, t. 2, 1859, p. 27).
En partic.
Qui n'est pas marié; qui n'a pas de liaison amoureuse. Pourquoi une jeune personne aussi exemplaire et aussi attrayante demeure-t-elle libre, quand elle devrait être dix fois mariée? (Amiel, Journal,1866, p. 523).Bien que divorcée et libre, on ne lui connaissait pas d'amant (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 19).[P. méton. du déterminé.] Un cœur libre. Le cœur d'Isambard étoit encore libre, et n'avoit jamais connu l'amour (Genlis, Chev. Cygne, t. 1, 1795, p. 5).
Qui est inscrit dans un établissement ou qui est membre d'un corps constitué sans être astreint aux devoirs ou obligations propres à cet établissement ou à ce corps constitué. Mon père aurait bien voulu (...) savoir si l'appui de l'Ambassadeur lui vaudrait beaucoup de voix à l'Institut où il comptait se présenter comme membre libre (Proust, Guermantes 1,1920, p. 150).
Auditeur*, externe* libre.
γ) Qui est disponible. Anton. occupé, pris (fam.), retenu.Être libre à déjeuner. Le soir, à huit heures, vous mettrez son bureau en ordre, et à dix vous serez libre (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 232).Un chauffeur de taxi, libre pour quelques minutes entre le passage de deux trains (Roy, Bonheur occas.,1945, p. 50).
b) [Avec compl. prép. de]
α) Libre de + subst.
Qui est délivré, exempt de. Libre de tout souci, il put se livrer sans contrainte au doux penchant qui l'attirait vers la dot de Mademoiselle Steimbourg (About, Nez notaire,1862, p. 199).Les membres de ce haut conseil seraient libres de toute recherche, de tout enseignement. Il ne feraient pas de discours. Ils ne publieraient pas de livres (Carrel, L'Homme,1935, p. 353).
SYNT. (Être) libre d'attache, d'inquiétude; libre de tout(e) crainte, engagement, entrave, lien, obligation, préjugé, responsabilité.
Qui est maître de. La main de cette Antonia dont vous désirez d'occuper le cœur n'étoit à dédaigner pour personne (...); et Antonia, libre de son choix, ne l'arrêteroit que sur vous (Nodier, J. Sbogar,1818, p. 173).En me demandant ma signature, n'est-ce pas, vous me laissez absolument libre de ma personne? (Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 501).Pour mener une campagne d'opinion, vous devez être libre, vous m'entendez bien, libre de vos mouvements, de vos décisions (Duhamel, Combats ombres,1939, p. 207).
SYNT. (Être) libre de ses actes, de son cœur, de son corps, de ses gestes, de sa pensée, de son sort, de son temps.
En partic., vieilli. Être libre de sa parole. Ne pas tenir ses promesses. Les Étoliens, peuple brigand, pirates de terre, toujours libres de leur parole et de leurs sermens (Michelet, Hist. romaine, t. 2, 1831, p. 53).
β) Libre de + inf.Qui a la faculté, la possibilité, le droit de + inf. Mercédès ne dépend de personne, n'est-ce pas? Et elle est bien libre d'aimer qui elle veut? (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 32).À sa mansarde où, matin et soir, les habitués de la place des Vosges étaient libres de l'apercevoir accoudé à la fenêtre (Estaunié, Ascension M. Baslèvre,1919, p. 8).V. autoriser ex. 6 :
11. Ah! Je voudrais qu'on me laissât tranquille, être oublié; libre de penser à mon gré sans qu'il en coûtât rien à personne et d'exprimer sans contrainte ou crainte des censures le balancement de ma pensée. Gide, Journal,1941, p. 64.
Tournure impers., vieilli. Il est libre à qqn de + inf.Il est permis, autorisé, loisible à quelqu'un de + inf. Par ce traité, il est libre aux généraux vendéens de rester en France ou de passer en Angleterre (Chateaubr., Mél. hist.,1827, p. 342).
P. ell., cour. [Avec une idée de risque à assumer] Libre à + pron. pers. (de + inf.).Quand vous lirez cette lettre, vous aurez le souvenir en votre pouvoir. Libre à vous de tout oublier (Balzac, Illus. perdues,1839, p. 201).Inutile, Simon, de t'encourager au travail. Ou tu travailleras, ou tu te passeras de pain. Cela est ton affaire et je ne m'en mêlerai plus. S'il te plaît de mourir au pied d'une borne kilométrique couvert de haillons, libre à toi... (Giraudoux, Simon,1926, p. 7).
2.
a) [En parlant d'une manière d'être ou d'agir] Qui ne manifeste ou ne dénote aucune gêne, aucune retenue. La confiance libre et naïve que l'on a pour une mère (M. de Guérin, Corresp.,1836, p. 247).Drumont est très libre d'esprit, très vraiment gai, avec un rien de griserie de son succès (Goncourt, Journal,1886, p. 567).De beaux yeux lumineux, une jeune bouche rieuse, des manières franches et libres, une voix bien timbrée (Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 519).V. brillant ex. 7.
Être (très) libre avec qqn. Mes soldats étaient fort à leur aise, très libres avec moi. J'en ai vu souvent me tutoyer (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 79).
SYNT. (Être, se montrer) libre dans son comportement, ses propos; (être) libre d'allure, de manières, de propos; conversation, gaîté, regard, rire, ton libre; réflexions libres.
En partic., domaine de l'expression littér. et artist. [En parlant d'un style, d'une œuvre] Synon. de aisé, franc, hardi.Regardez [dans le Repas chez Simon] la femme montée sur les patins de bois (...) quelle aisance de mouvement, quel jet libre et spontané, quel accent de nature! (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 45).Cet architecte du milieu du XIIIesiècle [Villard de Honnecourt] dessine d'une plume libre et trace des figures sinueuses enveloppées de robes souples (Hourticq, Hist. art, Fr.,1914, p. 115):
12. Je demande à un croquis d'être libre, rapide, incisif, mordant, forcé. Je lui demande de passer la mesure, d'outrer la vérité pour la faire mieux sentir. France, Vie fleur,1922, p. 551.
Souvent péj. Qui ne manifeste ou ne dénote pas de souci des convenances. Anecdote, chanson, conte, gravure libre; libres allures, propos; des plaisanteries très libres; un milieu très libre de mœurs. Ils [les hommes qui se sont autrefois joués des mœurs] ont contribué à faire perdre les mœurs sévères qui les gênaient, ils déclament maintenant contre les mœurs libres qui les inquiètent (Senancour, Obermann, t. 2, 1840, p. 26).La conversation était extrêmement libre; je n'aimais pas à entendre M. Malet parler devant sa fille de sujets scabreux (Maurois, Climats,1928, p. 62):
13. Il reprit sa lecture : M. Piédagnel a composé un cahier (...) qui contient (...) des extraits de diverses poésies érotiques, composées par Leconte de Lisle et Paul Verlaine, ainsi que par plusieurs autres auteurs libres [it. ds le texte], et le choix des pièces décèle un excessif libertinage de l'esprit et des sens. France, Orme,1897, p. 17.
b) [En parlant d'un penseur, ou d'une manière de juger, de s'exprimer] Qui fonde son jugement (ou qui est fondé) en dehors de toute référence à la tradition, à l'autorité, aux croyances établies, aux préjugés. « Principe du libre examen », disent les statuts de l'Université, et disons-nous également dans le langage courant. Ce principe, nous tendons tous naturellement à y voir celui qui guide le savant ou le chercheur libre, qui marche droit vers la vérité, sans se laisser impressionner par les injonctions plus ou moins discrètes que la société, la religion, les partis politiques sèment sur sa route (J. Stengers, D'une définition du libre examen ds R. de l'Université de Bruxelles, oct.-déc. 1955, p. 35).Avec le recul du temps, on s'aperçoit que la plupart des grands progrès humains sont dus aux penseurs libres qui, à un moment de l'histoire, ont eu le courage de faire scandale (A. Bayet, Hist. de la Libre-Pensée, Paris, P.U.F., 1959, p. 121):
14. ... un esprit libre, c'est celui qui sait poser les problèmes sous une forme qui n'implique à l'avance aucune solution. Avoir l'esprit libre, c'est uniquement voir toute question dans sa nudité − dépouillée de toutes les interprétations et les réponses des hommes antérieurs. Rivière, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 160.
Libre discussion. Discussion dans laquelle n'interviennent ni ne sont mis en cause les préjugés personnels, moraux, intellectuels, scientifiques. Il existe chez l'Anglais, développés par son histoire, le goût et l'acceptation de la libre discussion et un respect de l'opinion d'autrui que l'on imagine mal sur le continent (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 41).
Libre examen*, libre(-)pensée* rem., s.v. libre(-)penseur; libre(-)penseur*.
C. − [Le déterminé désigne une chose, un processus, une action ou une activité dont le sujet peut être une personne ou une chose]
1.
a) Qui n'est pas assujetti à quelque chose d'autre. Leurs robes de gaze traînantes, libres à la taille, tombaient autour d'elles en longs plis flottants (Loti, Mariage,1882, p. 11).Un paillasson précède immédiatement la porte dont le battant resté libre s'ouvre en dedans (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, L. Leclercq, 1886, p. 94).Ses cheveux noirs, libres de tout lien, s'épandaient en nappes d'ébène sur ses fragiles épaules, sur ses bras nus (Benoit, Atlant.,1919, p. 257).Les mains libres, il frotta l'un contre l'autre ses poignets gonflés (Camus, Exil et Roy.,1957, p. 1612).
En partic. [En parlant d'un dispositif, d'un mécanisme ou d'une pièce d'un mécanisme] Engrenage, pignon, ressort libre. Une scierie chantait une chanson ailée à deux tons graves au travail, puis claire à lame libre (Giono, Gd troupeau,1931, p. 99).
Roue* libre.
Spécialement
BOT. [En parlant d'un organe] Qui n'est pas soudé à un autre. Amande, étamines, calice libre(s). L'ovaire est libre, au-dessus des enveloppes florales, ou bien il est adhérent à elles (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 415).
CHIM. Corps libre ou à l'état libre; radical libre. Corps, radical qui n'est pas combiné, associé. En décomposant le gaz acide carbonique, (...) les végétaux s'en approprient le carbone, et laissent l'oxigène libre (Cabanis, Rapp. phys. et mor., t. 2, 1808, p. 237).Il obtint de la sorte un savon calcaire, facile à décomposer par l'acide sulfurique, qui précipita la chaux à l'état de sulfate et rendit libres les acides gras (Verne, Île myst.,1874, p. 182).La rupture de la molécule monomère avec libération de radicaux libres qui seraient les véritables initiateurs de la polymérisation (Champetier, Chim. macro-mol.,1957, p. 43).
Libre parcours* moyen (d'une molécule, d'une particule).
MATH. Partie libre. Ensemble de vecteurs dont la combinaison ne peut être égale au vecteur nul que si tous les coefficients de cette combinaison sont nuls (d'apr. A. Thuizat, G. Girault, Math., Classes de Secondes CT, t. 1, 1978, p. 94).
MINÉR. Cristaux libres. Cristaux dont les aiguilles sont distinctes les unes des autres. (Ds Besch. 1845, Lar. 19e-Lar. encyclop., Quillet 1965).
b) Qui s'accomplit sans contrainte ou dont l'évolution (le fonctionnement, la manifestation, le mouvement) n'est pas gêné, empêché. Action libre; mouvements libres; libre cours, exercice, jeu. Il bégayait légèrement, maintenant il a la parole parfaitement libre (Ac.).Si tu n'as pas encore l'usage libre de ta main, fais-moi, comme tu l'as fait écrire souvent, écrire ne fût-ce qu'un mot (Lamart., Corresp.,1831, p. 225).La réunion avait été toute successive, sans dessein arrêté, et toujours libre (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 3, 1848, p. 106).Le jet d'eau laissé libre s'élève en ligne droite; gêné, comprimé, il biaise, il gauchit. De même l'esprit laissé libre s'exerce normalement; comprimé, il subtilise (Renan, Avenir sc.,1890, p. 59).
En partic.
Esprit, pensée, tête libre. Esprit, pensée délivré(e) de tout embarras, de toute préoccupation. Aujourd'hui la tête un peu plus libre que les jours précédents, j'ai pu reprendre le travail et sortir de l'infernal décousu dans lequel je végétais (Barb. d'Aurev., Memor. 1,1838, p. 193).À peine debout, il s'aperçut qu'il n'avait pas l'esprit libre; les événements de la veille l'obsédaient (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 200).Esprit libre. Esprit dégagé de tout préjugé. Supra ex. 14.
(Avoir le) ventre libre (vieilli). Ne pas être constipé. Comme il est essentiel que ces malades [les mélancoliques], qui ordinairement sont constipés, aient le ventre libre, on leur prescrira des lavemens fréquens (Geoffroy, Méd. pratique,1800, p. 488).
Spécialement
AÉRON. Ballon libre. Aérostat qui n'est pas relié à la terre par des cordages ou un câble. Anton. captif.Dès le début du xixesiècle, le ballon libre était arrivé au maximum de perfectionnement, (...) nombre d'inventeurs se flattaient de pouvoir bientôt le rendre dirigeable (P. Rousseau, Hist. techn. et invent.,1967, p. 356).Ascension libre. Ascension qui s'effectue sans relation à la terre. Je veux m'offrir une ascension libre et je me dirige vers le ballon de M. Godard et Cie (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Notes voy., 1884, p. 436).
ÉLEV. Stabulation* libre.
MÉCAN. DES FLUIDES. Surface libre. Un liquide placé dans un vase présente une surface libre : c'est la surface qui n'est pas en contact avec les parois du vase (Encyclop. pratique, Connaissances générales, Paris, Quillet, 1958, p. 146).
PHONÉT. Voyelle libre ou en position libre (ou en syllabe ouverte). ,,Voyelle qui n'est pas suivie d'une consonne dans la même syllabe`` (Ling. 1972). Anton. entravé.A tonique libre abouti après diphtongaison (Reynaud de Lage,Manuel pratique d'a. fr., Paris, Picard,1964,p. 54).
PHYS. Chute* libre.
POSTES ET TÉLÉCOMM. Libre appel. Communications téléphoniques émanant de correspondants quelconques qui vous appellent d'un ou plusieurs départements français préalablement désignés (communications dites « libre-appel ») (Annuaire officiel des abonnés au téléphone, nov. 1979, p. 14).
PSYCHANAL. Association* libre.
SPORTS. Qui est pratiqué sans respecter d'autres règles que celles imposées par la sécurité :
15. Le ski libre est considéré comme un travail foncier, destiné à permettre au coureur de réajuster son équilibre et ses réflexes. Il est pratiqué sur des pentes aussi variées que possible, sur lesquelles les skieurs inscrivent un nombre de plus en plus élevé de virages de plus en plus serrés, de toutes sortes, mais sans aucune contrainte de passages à des endroits matérialisés par des portes de slalom ou de descente. Gde encyclop. de la Montagne, Paris, éd. Atlas, 1977, p. 1652.
AILE VOLANTE. Vol* libre.
ALPIN. Escalade libre. Escalade au cours de laquelle le grimpeur ne s'aide d'aucun accessoire artificiel, qui serve à compenser l'absence ou l'insuffisance des prises (pitons p. ex.). Anton. escalade artificielle.La voie Prat, (...) constitue actuellement l'itinéraire en escalade libre le plus difficile de l'Oisan (La Montagne et Alpinisme,1980, p. 232).P. ell. (Grimper) en libre; faire de la libre :
16. ... les accessoires de l'escalade artificielle laissent dans le rocher des traces irréversibles, ce que déplorent justement un nombre croissant d'alpinistes, et en particulier ceux qui sont capables de passer en libre là où d'autres, plus besogneux, ont dû installer des pitons! Gde encyclop. de la Montagne, Paris, éd. Atlas, 1977, p. 993, s.v. escalade.
LUTTE. Lutte libre. Lutte qui n'interdit pas l'action des jambes au cours des prises. Anton. lutte gréco-romaine.La lutte libre, où le sens de l'équilibre, la vitesse d'exécution et la souplesse jouent un grand rôle, fait intervenir l'action des jambes pour porter des prises. Certaines restrictions sont pourtant apportées comme dans la gréco-romaine (Panorama du xxesiècle, Paris, Larousse, 1976, p. 1583).P. ell. En lutte, (...) on interdit tous les matches de « libre » ou de catch (L'Œuvre,25 janv. 1941, p. 4, col. 3).
TECHNOL. Échappement* libre.
2.
a) Qui ne présente pas d'obstacle(s) limitant l'accès, le passage, la circulation. La masse de gens qui se pressaient de chaque côté contre la muraille, pour laisser libre le chemin de l'escalier (Reider, MlleVallantin,1862, p. 186).Les derniers wagons glissent lentement sur les rails. Le passage à niveau est libre (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 742).
Air* libre.
Mer, océan, rivière libre. Mer, océan, rivière dégagé(e) de tout obstacle. Le capitaine de la Saxonia fut assuré que le chenal nord était libre de mines : il le prit et sauta (Maurois, Silences Bramble,1918, p. 105).Au-delà de l'horizon prochain, je sais seulement qu'il y aura ou la terre ou la mer, au-delà encore ou la mer libre ou la mer gelée (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 382).V. aimer ex. 15 et chenal ex. 2.
Loc., au fig. Champ*, place, voie libre. Dans quatre ans, mes examens seront passés et j'aurai mon diplôme. Alors, la route libre! Avec mes articles et, bientôt, des remplacements, des occasions, des imprévus, mille petites choses à côté (Duhamel, Notaire Havre,1933, p. 103).
b) Qui n'est pas occupé, réservé, affecté à un usage précis, à une personne particulière. Chambre, place, siège, terrain, voiture, toilettes libre(s); appartement libre à la vente. Comme il n'y avait plus qu'un seul pupitre de libre, Louis Lambert vint l'occuper (Balzac, L. Lambert,1832, p. 43).De sa main libre, il s'essuyait les yeux (Courteline, Train 8 h 47,1888, 2epart., iv, p. 139).
En partic.
Temps libre. Temps dont on dispose à sa guise. Avoir ses après-midi, ses soirées libres; faire qqc. à ses moments libres. Mes devoirs s'entraînent et se multiplient, ils ne me laissent pas un moment de libre (Lamennais, Lettres Cottu,1821, p. 110).
Loc. Un/des temps libre(s). Temps qui n'est pas consacré à des séances de travail soumises à des contraintes (conférences, prédications...). Le lendemain soir, ayant écouté encore trois fois le religieux qui prêchait la retraite, chanté en commun, et essayé avec ennui de songer dans la solitude de sa chambre, pendant les « temps libres », Gilbert prit la résolution de s'en aller (R. Bazin, Blé,1907, p. 322).(Le) temps libre. Temps consacré aux activités non professionnelles, aux loisirs. L'opposition traditionnelle entre le travail et le « temps libre », entre l'obligation routinière et la liberté créatrice (Traité sociol.,1967, p. 511).
Loc., au fig. Avoir, garder les mains libres; laisser les mains libres à qqn. N'être engagé d'aucune façon; avoir (ou laisser à quelqu'un) une totale liberté d'action. Aristide voulait avoir les mains libres; une femme et une enfant lui semblaient déjà un poids écrasant pour un homme décidé à franchir tous les fossés, quitte à se casser les reins ou à rouler dans la boue (Zola, Curée,1872, p. 359).
Libre de + subst.Qui n'est pas l'objet d'un contrat; libéré de tout occupant ou de toute occupation. Un cabaret « libre de brasseur » est chose rarissime à l'heure actuelle (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 309).La cloche (...) annonce aux villageois que désormais les champs de « Maître Untel » sont libres de récolte et que le glanage est permis (Menon, Lecotté, Vill. Fr., t. 2, 1954, p. 15).
(Un bien) libre d'hypothèque. Bien sur lequel il n'y a pas d'hypothèque. D'immenses propriétés territoriales libres d'hypothèques (Balzac, E. Grandet,1834, p. 179).
Spécialement
ADMIN. PUBL. Poste* libre.
POSTES ET TÉLÉCOMM. Ligne libre. Il reprit le téléphone et demanda lui-même l'hôtel de Janville. Le poste n'était pas libre. Il attendit cinq minutes et fit un nouvel appel (Duhamel, Passion J. Pasquier,1945, p. 232).
3.
a) Qui n'est pas interdit ou réglementé. M. de Mercy, ambassadeur de la cour de Vienne en France, a demandé au roi le libre passage pour les troupes autrichiennes sur le territoire de France (Marat, Pamphlets, C'en est fait de nous, 1790, p. 205).Nombreuses sont les formes de propriété où l'individu n'a pas la libre disposition des biens (Jaurès, Ét. soc.,1901, p. 164).L'entrée sera libre pour le lecteur sur place. Pour les prêts, une pièce d'identité avec indication de domicile devra suffire (Becquet, Organ. loisirs travaill.,1939, p. 41).
Loc. Avoir ses entrées libres chez qqn; avoir libre accès, un libre accès auprès de qqn. ,,Avoir la facilité d'entrer à toute heure chez lui`` (Ac.).
En partic.
Libre choix
,,Possibilité offerte à un accidenté du travail ou à un assuré social de choisir librement le praticien ou l'établissement de soins auquel il se confie, ainsi que son pharmacien ou son fournisseur de prothèse.`` (Lar. méd. t. 2 1972). La tarification dégrade l'acte médical et risque d'en avilir la qualité. Le projet en discussion est susceptible de mettre en cause le libre choix du médecin par le malade : il est une étape sur la voie de la « fonctionnarisation » de la médecine (Meynaud, Groupes pression Fr.,1958, p. 241).
Méthode de vente laissant au client la possibilité de se servir seul parmi les marchandises exposées. Le libre choix, diffère du libre-service, car le vendeur intervient toujours au moment du paiement, ou éventuellement avant, à la demande des clients. Il est donc pratiqué par des magasins traditionnels ne disposant pas de caisse de sortie (Lar. encyclop. Suppl.1968).
Quartier* libre; libre-service*; vente* libre.
Spécialement
CH. DE FER. Voie* libre.
DR. MAR. Libre pratique. ,,Permission donnée à un navire, par les autorités sanitaires, de communiquer librement avec la terre après production d'une patente de santé nette, ou après avoir fait la quarantaine prescrite`` (Gruss, 1952). Entrer, être admis en, recevoir la libre pratique :
17. ... le commissaire du bord remet au monsieur noir un papier que celui-ci reçoit dans une pelle en cuivre; il l'ouvre précieusement avec des pincettes en même métal, et, après en avoir pris connaissance, il abandonne son instrument devenu inutile; il plie courageusement, avec ses propres mains, cette patente tout à l'heure si dangereuse et la rend au commissaire, en déclarant le navire et ses passagers en libre pratique. Du Camp, Nil,1854, p. 6.
b) Dont la forme n'est pas imposée, soumise à des règles, à des conventions. Horaire, interprétation, sujet, transcription libre. Ma traduction est un peu libre, par crainte des platitudes d'une juxtaposition de mots trop précise (Gide, Journal,1931, p. 1077).[L'imitation] Elle est libre ou irrégulière lorsqu'elle ne se fait pas une loi d'observer exactement la correspondance des tons, des demi-tons et des modulations appartenant à la partie imitée (Rougnon1935, p. 156):
18. Le cours de médecine du collège de France ne saurait nullement représenter l'enseignement de la médecine dans son ensemble ni dans aucune de ses parties spéciales. C'est un cours libre qui doit simplement exprimer les progrès et les tendances de la médecine suivant les différentes époques. C. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 23.
En partic.
Amour*, union* libre.
Construction libre (dans un lotissement). Construction ne comportant pas d'autres contraintes que celles imposées par les normes ordinaires de l'urbanisme.
Cure* libre.
Papier* libre.
[En parlant des épreuves d'un championnat, d'une compétition sportive, d'un concours] Anton. de imposé.Nage, patinage libre; programme libre; figures libres; p. ell. (en patinage p. ex.) libre couples, dames, messieurs. [Au cours des championnats de France du dessert] M.P.G. Walter a réalisé le programme imposé, mais c'est dans l'exercice libre qu'il l'a véritablement emporté à l'arraché sur les autres chefs de ce groupe (des professionnels de la région Est) (L'Est Républicain,26 mars 1981, p. 13, col. 7).V. figure I B 1 c ex. de Jeux et sports, 1967, p. 1601.
Spécialement
ENSEIGN. SUPÉRIEUR. Licence* libre.
LOISIRS. Séjour* libre.
VERSIF. Vers libre. Vers échappant aux règles de la versification traditionnelle, à césure variable, ne comportant pas un nombre fixe de syllabes et dans lequel la rime est facultative. Aujourd'hui un poète, même s'il n'admet pas le vers libre, consent non au vers sans césure (il n'y en a pas), mais au vers à césure variable (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 221).
c)
α) Qui n'est pas soumis à une autorité politique contraignante; dont le fonctionnement régulier est garanti par l'État. Libre circulation, expression, usage; élections libres. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public (Recueils textes hist., Loi de séparation, 1905, p. 97):
19. ... Robespierre veut tout organiser, c'est un grand organisateur; il donne tout à l'État, il veut que tout dépende de l'État. Danton, lui, veut tout laisser libre; il veut tout laisser au concours; l'État doit réglementer le moins possible; tout doit être, d'après lui, au choix du peuple... Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 287.
β) En partic. Église libre. Église ou confession indépendante de la religion officielle dans un pays à religion d'État. (Dict. xixeet xxes.).
γ) Spécialement
COMMUNICATION
Presse libre. Presse qui n'est pas contrôlée par l'État, qui ne reçoit pas d'aide financière limitant sa liberté. En Angleterre, de 1641 à 1643, les journaux libres firent une première apparition. Le long parlement y mit aussitôt bon ordre; Cromwell et les Stuarts rétablirent monopole et censure − et, pendant cinquante ans, les Provinces-Unies furent le seul asile de la presse libre (Civilis. écr.,1939, p. 36-5).Dubreuilh haussa les épaules : « Vous savez, tous les journaux vont être obligés tôt ou tard d'accepter des subsides privés; la presse libre : encore un joli bobard! » (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 139).
Radio libre. Radio qui échappe au monopole de l'État ou qui ne fait pas partie du circuit officiel de la programmation. Aucune radio ne peut émettre en France sans l'autorisation de l'État. Pour combien de temps encore? Beaucoup s'en plaignent et demandent la parole. En ignorant ou en tournant la loi, radios privées et radios libres préparent activement l'avenir (Télérama,18 mars 1981, no1627, p. 118).
Tribune* libre.
DROIT
DR. CIVIL. Libre disposition des biens. Les particuliers ont la libre disposition des biens qui leur appartiennent, sous les modifications établies par les lois (Code civil,1804, art. 537, p. 99).
DR. INTERNAT.
Libre circulation des travailleurs. Droit des travailleurs de chacun des pays membres de la Communauté Économique Européenne d'être traités dans tout pays membre comme le travailleur national (d'apr. Jur. 1971).
Libre circulation des marchandises. ,,Disparition des obstacles administratifs et tarifaires et rapprochement des prix des produits à l'intérieur de la Communauté Économique Européenne`` (Barr. 1974).
ÉCON. Force, pouvoir et contrainte sont tendanciellement exclus du marché libre où les seules pressions sont celles du prix qui répartit, entre les emplois et les sujets, les ressources économiques (Perroux, Écon. xxes., 1964, p. 25).Les prix sont entièrement libres depuis la fin de la guerre, sous réserve des tentatives générales de blocage (Jocard, Tour. et action État,1966, p. 97):
20. Tout gouvernement qui se mêle du commerce et ne le laisse pas libre, entreprend une coûteuse sottise : il arrive ou au maximum ou au monopole. Selon moi, rien n'est plus conforme aux principes sur la liberté du commerce que les sociétés par actions! Balzac, Mais. Nucingen,1838, p. 635.
Libre concurrence*; libre(-)échange*; libre entreprise*; ventes* libres (et ventes* forcées).
FINANCES
Cours libre. Un billet a cours libre quand il circule sans que les particuliers ni les caisses publiques, par exemple les bureaux de poste ou les trésoreries générales des départements, soient tenus de l'accepter en paiement (Lesourd, Gérard, Hist. écon.,1968, p. 36).
Épargne libre. Klein subdivise l'épargne totale d'un ménage en trois composantes : les achats nets de biens durables, (...) l'épargne contractuelle, (...) l'épargne libre, (...), qui regroupe notamment les placements nets en avoirs liquides et en valeurs immobilières, les investissements fonciers et immobiliers nets et le financement des entreprises individuelles (L'Épargne et l'épargnant, Paris, Dunod, 1967, p. 191).
ENSEIGN. [P. oppos. à enseignement public] Enseignement libre. Enseignement que l'État ne prend pas (ou pas complètement) à sa charge. Synon. privé.L'État se réserve le droit de surveiller les écoles libres. Cette surveillance doit être telle que, d'une part, la liberté d'enseignement ne soit pas rendue par elle, un vain mot; que, d'autre part, l'État ne puisse être menacé dans son existence par l'enseignement libre (C.-A. Colliard, Libertés publiques, Paris, Dalloz, 1975 [1950], p. 406).
Collège, école, université libre. Établissement d'enseignement privé et en partic., école confessionnelle. Les établissements d'enseignement supérieur pouvaient prendre le titre de facultés libres s'ils comprenaient au moins le même nombre de professeurs docteurs que les facultés de l'État comptant le moins de chaires. Trois facultés libres pouvaient constituer une université libre (Encyclop. éduc.,1960, p. 67).Aujourd'hui, le mot « libre » ne convient plus guère qu'aux établissements privés sans aucun contrat, qui ont intégralement gardé le statut d'origine (Éduc.1979) :
21. ... en matière d'enseignement, ce qui importe beaucoup, c'est le respect de la liberté des citoyens, c'est le fait qu'on ne brime pas un père de famille qui a mis ses enfants à l'école libre, qu'on ne déclasse pas les fonctionnaires d'esprit catholique, qu'on ne fait pas de différence au bureau de bienfaisance entre celui qui met ses enfants à l'école de l'État ou à l'école libre. Barrès, Cahiers, t. 12, 1919, p. 178.
SYNDICAL. Syndicat libre. Syndicat indépendant de toute domination extérieure, en particulier politique ou étatique. Confédération Internationale des Syndicats Libres. Syndicats européens dits « libres », au nombre desquels figure la centrale française FO (Informations,26 mars 1973, p. 33):
22. Le 26 janvier 1978, (...) un petit groupe de cinq travailleurs soviétiques (...) tenait une conférence de presse à Moscou pour annoncer la création prochaine d'un syndicat libre en Union soviétique. J.-J. Marieds Syndicat libre en URSS, Paris, éd. du Seuil, 1978, p. 8.
II. − PHILOS. PSYCHOL. [Le déterminé désigne spécifiquement l'homme en tant qu'être doué de volonté] Qui n'est pas soumis à des forces intérieures d'ordre irrationnel.
A. − [P. oppos. à déterminé] Qui peut choisir souverainement entre deux possibilités contraires, sans avoir de motif relatif au contenu de l'acte à accomplir. V. liberté d'indifférence* :
23. ... si la grâce se déploie si à son aise chez saint Augustin, c'est dans une certaine mesure parce que le caractère incoercible du vouloir est à ses yeux évident. Pourquoi rappeler que les choix de la volonté viennent d'elle, puisqu'elle est par définition un pouvoir d'exercer son choix? Ce qu'il importe, par contre, de souligner, c'est que vouloir, c'est être libre. Gilson, Espr. philos. médiév.,1932, p. 102.
Libre-arbitre*.
[En parlant de l'acte accompli dans ces conditions] Une action que l'on fait avec la conscience de pouvoir ne pas la faire, c'est là ce que les hommes ont appelé un acte libre; car là n'est plus le caractère de la nécessité (Cousin, Hist. philos. xviiies., t. 2, 1829, p. 501).
B. − [Compatible avec déterminé; corrélatif de moral, responsable] Qui se détermine après réflexion, en connaissance de cause, d'après des motifs acceptés; qui contrôle ses passions et réalise dans ses actes le bien, la raison, la vérité considérés comme l'expression de sa nature profonde. Du moment qu'on n'obéit plus à son caprice, mais à une règle librement choisie, on est libre, moral, saint (Jouhandeau, M. Godeau,1926, p. 51).Un être ne se sent obligé que s'il est libre, et chaque obligation, prise à part, implique la liberté (Bergson, Deux sources,1932, p. 24):
24. ... l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par (...) ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait. Sartre, Existent.,1946, p. 37.
[En parlant de l'acte accompli dans ces conditions] :
25. Cela (...) a été la grande erreur de notre droit pénal classique, de faire de l'acte prémédité et réfléchi l'acte libre par excellence (...). Rien de plus patient, de plus prémédité, de plus réfléchi, que l'obsession passionnelle de certains meurtres; mais aussi, rien de moins libre, si nous entendons par liberté le fait d'avoir pu se soustraire à l'idée fixe, le fait d'avoir eu la conscience que l'on pouvait, et surtout que l'on devait, agir autrement. R. Saleilles, L'Individualisation de la peine, Paris, Alcan, 1927 [1898], p. 66.
Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. En quoi consiste le libre, le volontaire, dans la croissance de nos motifs et dans la naissance de nos choix? (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 145).
Prononc. et Orth. : [libʀ ̥]. Att. ds Ac. dep. 1694. Dans les composés libre + n. les 2 termes prennent la marque du plur. : des libres-penseurs, des libres-services; exception : des libre-échangistes (d'apr. Gak 1976, p. 269). Les composés du type libre arbitre (sans trait d'union), libre-choix, libre-échange (avec trait d'union) s'emploient gén. au singulier. Étymol. et Hist. A. En général de l'homme et de ses activités 1. ca 1200 liure « qui dépend de soi, qui n'est soumis à aucune autorité » (Moralités sur Job, éd. W. Foerster, p. 351, 33); 2. [1339 « qui n'appartient pas à un maître » d'apr. FEW t. 5, p. 298a, prob. d'apr. DG qui déduit le mot de l'adv. librement*]; 1365 (Oresme, Traictié des monnoies, éd. L. Wolowski, p. XXXII); 3. 1538 « qui n'éprouve pas de contrainte, de gêne » (Est., s.v. solutus); 1690 estre libre avec qqn « être familier avec lui » (Fur.); spéc. 1636 « qui tend à la licence » (Monet); 4. 1558 libre de + subst. « exempt de, non soumis à » (Du Bellay, Regrets, éd. H. Chamard, t. 2, p. 116); av. 1695 avoir l'esprit libre « ne pas avoir de préoccupations » (Fén., Tél., VI ds Littré); spéc. « qui n'est soumis à aucun engagement juridique ou non » 1680 être libre « ne pas avoir d'occupations » (Rich.); 1690 « qui n'est pas marié » (Fur.); 5. 1552 « qui n'est pas prisonnier ou captif » (Ronsard, Amours, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 16). B. 1560 philos. « qui a le pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir, de se déterminer » (Calvin, Institution chrétienne, éd. J.-D. Benoit, livre III, p. 418); 1561 libre volonté (J. Grevin, Esbahis, éd. L. Pinvert, p. 153). C. 1. 1564 « qui jouit de la liberté politique (d'un territoire) » (Indice et recueil universel de tous les mots principaux des livres de la Bible, I Macc., 15. b. 7); 2. ca 1590 « qui n'est pas soumis à des entraves de la part des autorités » (Montaigne, Essais, éd. P. Villey, livre I, chap. 23, p. 117); 1864 enseignement libre « indépendant de celui de l'État » (Littré, s.v. enseignement). D. De choses 1. « qui n'est pas soumis à des règles fixées d'avance » 1549 vers libres (J. Du Bellay, Deffence et illustration de la langue françoyse, éd. H. Chamard, p. 147, 28); 2. « qui ne comporte pas de contraintes physiques (ou morales) » 1559 en air libre (Amyot, Périclès, éd. L. Clément, p. 56,6); 1681 libre accès (Bossuet, Hist., I, 10 ds Littré); 3. av. 1560 « qui n'est pas complètement assujetti, fixé et donc peut se mouvoir » (Du Bellay II, 66 recto ds Littré); 1819 bot. (Boiste); 1845 cristaux libres « ceux dont les aiguilles sont distinctes » (Besch.). Empr. au lat.liber « de condition libre », « qui se gouverne lui-même », « exempt de », « non occupé », « sans entrave, indépendant ». Fréq. abs. littér. : 12 970. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 17 386, b) 14 829; xxes. : a) 18 362, b) 21 335. Bbg. Bassegoda (M.). Ét. du vocab. du patinage artistique et de la danse sur glace, p. 138. (Thèse 3ecycle. Nancy. 1980). - Benveniste (É.). Mécanismes de transpos. In : [Mél. Frei (H.)]. Cah. F. Sauss. 1969, no25, p. 58. - Dub. Pol. 1962, p. 334. - Quem. DDL t. 9. - Stimm (H.). Die romanischen Wörter für frei. Saarbrücken, 1967, pp. 5-11, 32. - Vardar Soc. pol. 1973 [1970], pp. 262-263.

Libre : définition du Wiktionnaire

Adjectif 1

libre \libʁ\ masculin et féminin identiques

  1. Qui a le pouvoir de faire ce qu’il veut, d’agir ou de ne pas agir.
    • L’homme est né libre.
    • La volonté est libre, est une faculté libre.
    • Les volontés sont libres, se dit pour exprimer qu’on laisse à quelqu’un la liberté de faire ou de ne pas faire telle chose.
    • Allez-vous-en si cela vous plaît, les volontés sont libres. On dit de même.
    • Les opinions, les goûts sont libres.
    • L’homme a son libre arbitre, Il est maître de choisir entre le bien et le mal.
    1. Il se dit par opposition à esclave, servile.
      • C’est un homme de condition libre.
      • Être né libre.
      • Libre de sa personne.
    2. Il se dit par opposition à captif, prisonnier.
      • Il était prisonnier, mais à présent il est libre.
  2. Indépendant.
    • « Ce n’est pas avec ce métier que je vais m’enrichir, je ne gagne même pas un smic. J’ai fait le choix d’être libre, pauvre et fier. » — (Camille Labro, Pierre Gayet, paysan droit dans ses posts, Le Monde. Mis en ligne le 17 octobre 2018)
    • Il ne veut prendre aucun engagement, il veut demeurer libre. (Familier),
    • Membre libre d’une académie, membre appartenant à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, à l’Académie des sciences, à l’Académie des beaux-Arts ou à l’Académie des sciences morales et politiques, qui, tout en jouissant en général des mêmes droits que les académiciens ordinaires (membres ordinaires) n’en a cependant pas tous les privilèges.
  3. Qui n’est pas marié.
    • Pourquoi une jeune personne aussi exemplaire et aussi attrayante demeure-t-elle libre, quand elle devrait être dix fois mariée ? — (Amiel, Journal,1866)
  4. Il se dit aussi en parlant des États où le peuple participe à la puissance législative, soit par lui-même, soit par ses mandataires, et où les droits civils et politiques sont garantis par la constitution.
    • Un état libre.
    • Un peuple libre.
    • Une nation libre.
    • Ville libre, en Allemagne, ville qui, n’étant soumise à aucun prince, était gouvernée par ses propres magistrats.
    • Les villes hanséatiques étaient des villes libres.
  5. Qui n’éprouve aucune contrainte, aucune gêne.
    • On est fort libre dans cette maison.
  6. Qui est hardi, indiscret, inconvenant.
    • Il est trop libre avec les femmes. Par extension,
    • Il a des manières, un ton, il tient des propos bien libres.
    • Il est trop libre dans ses paroles.
    • Il a fait des chansons, des contes, des vers très libres.
  7. A, dans les phrases ou locutions qui suivent, des acceptions plus ou moins voisines de ces divers sens :
    • Le vote n’est pas libre dans cette assemblée, on n’ose y dire son avis, y voter selon sa conscience.
    • Le commerce est libre dans ce pays, il n’y est point entravé par des lois prohibitives.
    • La presse est libre dans ce pays, les écrits destinés à l’impression n’y sont point soumis à une censure préalable.
    • Les mers sont libres, on peut y naviguer, sans crainte.
    • Les passages, les chemins sont libres, on peut y aller sans rencontrer aucun embarras, aucun empêchement, aucun danger.
    • La campagne est libre, les ennemis ne l’occupent plus.
    • Avoir ses entrées libres chez quelqu’un, avoir la facilité d’entrer à toute heure chez lui.
    • Avoir libre accès, un libre accès auprès de quelqu’un.
    • Avoir son temps libre, N’avoir point d’occupation obligée.
    • Être libre.
    • Je serai libre demain toute la journée.
    • Avoir le cœur libre, N’être pas amoureux.
    • N’avoir pas l’esprit libre, être tellement préoccupé qu’on est incapable de s’appliquer.
    • Vers libres, Ceux où l’on admet différentes mesures, qui ne sont pas soumis au retour d’un rythme régulier ou qui s’affranchissent de certaines règles.
    • Pièce écrite en vers libres.
    • Traduction libre, Traduction qui n’est pas littérale, où l’on ne s’est pas asservi à suivre exactement le texte.
    • Papier libre se dit par opposition à Papier timbré.
    • Il suffit que cet acte soit écrit sur papier libre.
  8. (Marine) Qui est dégagé de glaces, en parlant de la mer.
    • Ayant franchi quelques glaces serrées, nous gagnâmes un chenal d’eau libre le long de terre où nous draguâmes, sondâmes et recueillîmes des températures et échantillons d'eau de mer. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  9. En termes de voirie, se dit d’une voie où un train peut s’engager sans risques.
    • La voie est libre.
  10. Qui n’est pas gêné ou contraint dans ses mouvements, dans ses déplacements.
    • Selon toute apparence, la dissémination des animaux fixés est toujours due à des œufs qui, sortis du sein de la mère, vont éclore au loin, et qui, dans l’immense majorité des cas, donnent naissance à des larves, d’abord libres et mobiles. — (Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, Les Métamorphoses et la généagénèse, Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 3, 1856, page 508)
  11. (Figuré) (Par extension) Qui a de la facilité, de l’aisance, qui n’est pas gêné ou contraint.
    • Il est libre dans son allure.
    • Il a la taille libre et aisée.
    • Avoir une contenance libre, un air libre.
    • Il a les mouvements libres.
    • Pinceau, crayon, burin libre, Pinceau, crayon, etc., manié avec facilité par l’artiste qui s’en sert.
    • Avoir la parole libre, N’avoir point d’empêchement dans la parole.
    • Il bégayait légèrement, maintenant il a la parole parfaitement libre.
  12. Qui n'est pas la propriété d’un maître, en parlant de personnes, d’êtres humains, voire d’animaux.
    • Tout homme est né libre. — (Anne Robert Jacques Turgot)
  13. (Par extension) Qui ne subit pas la domination étrangère, en parlant d’un territoire ou de ses habitants.
    • Nous sommes dans un pays libre.
  14. (Par extension) Qui n’est ni esclave, ni servile.
    • C’est un homme de condition libre.
  15. (Par extension) Qui n’est pas captif ou prisonnier.
    • Tout prisonnier souhaite être libre.
  16. Qui ne subit aucune contrainte dans ses actes, ses paroles, etc.
    • J'aurais pu […] accepter les offres engageantes des jeunes et jolies Mangavériennes, avoir là des enfants bronzés qui auraient grandi libres et heureux sous le chaud soleil de la Polynésie. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
  17. Qui n’est pas engagé dans une passion amoureuse ou par les liens du mariage.
    • Je cherche un cœur libre.
  18. Qui ne subit la contrainte d’aucune autorité arbitraire, en parlant de citoyens ou d’un peuple.
    • Nous sommes des citoyens libres.
    • Tout homme libre ne devra avoir ni travail, ni famille, ni patrie. — (Claude Lelouch, L'aventure c'est l'aventure, réplique dite par Lino Ventura, 1972.)
  19. Qui est doué de libre arbitre, qui a la liberté de se déterminer, de choisir, de faire ou ne pas faire.
    • Ô phrénologues ! L’inéducabilité érigée en principe ? quel inhominalisme ! La sublime créature est éducable, voyante et libre, criminelle ou vertueuse à son choix, responsable. — (L.-V. Frédéric Amard, Homme, univers, et Dieu, vol.2, 1844, page 580)
    • L’homme que tourmente la faim n’est pas libre. Michel Chevalier
    • Laissez-moi, je suis libre de faire ce que bon me semble.
  20. Qui n’est soumis à aucune contrainte, qui n’est ni gêné ni entravé, en parlant de choses, d’objets, d’idées, d’actions.
    • C’est un commerce libre.
  21. Qui n’est pas enfermé, clos, restreint.
    • Nous avons la chance de vivre à l’air libre.
  22. Qui n’est pas soumis à certaines règles.
    • [Asa Linderborg] « La littérature n’a pas pour mission d’être bonne et propre, elle doit être tout. Elle doit être libre ». — (Anne-Françoise Hivert, Alexandra Pascalidou, la femme-orchestre du Nobel alternatif, Le Monde. Mis en ligne le 12 octobre 2018)
    1. Qui n’est pas soumis aux règles de la décence.
      • Nous avons trouvé quelques contes libres.
    2. Qui n’est pas soumis aux règles de l’exactitude.
      • Ce que j’ai fait n’est qu’une traduction libre.
  23. Qui est disponible, qui n’est possédé par personne.
    • Là-bas il y a une place de parking libre.
    • Espace libre, espace qui n’est point occupé, rempli.
    • Cette place est libre, personne ne l’occupe, on peut la prendre, s’y mettre.
    • Appartement libre.
  24. Gratuit.
    • Entrée libre, inscription libre.
  25. Qui n’est pas grevé de droits d’auteur ou de copyright, en parlant d'une licence légale appliquée à une œuvre.
    • Cet ouvrage est libre de droits.

Adjectif 2

libre \libʁ\

  1. (Mycologie) Disposition des lames de champignons à lames, dans laquelle les lames ne touchent pas le pied du champignon.
    • Les amanites ont des lames libres.
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Libre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LIBRE. adj. des deux genres
. Qui a le pouvoir de faire ce qu'il veut, d'agir ou de ne pas agir. L'homme est né libre. La volonté est libre, est une faculté libre. Les volontés sont libres, se dit pour exprimer qu'On laisse à quelqu'un la liberté de faire ou de ne pas faire telle chose. Allez-vous-en si cela vous plaît, les volontés sont libres. On dit de même Les opinions, les goûts sont libres. L'homme a son libre arbitre, Il est maître de choisir entre le bien et le mal. Il se dit souvent par opposition à Esclave, servile. C'est un homme de condition libre. Être né libre. Libre de sa personne. Il se dit également par opposition à Captif, prisonnier. Il était prisonnier, mais à présent il est libre. Il se dit encore pour Indépendant. Il est libre et ne dépend de personne. Il ne veut prendre aucun engagement, il veut demeurer libre. Fam., Libre comme l'air. Membre libre d'une académie, Membre appartenant à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à l'Académie des Sciences, à l'Académie des Beaux-Arts ou à l'Académie des Sciences morales et politiques, qui, tout en jouissant en général des mêmes droits que les académiciens ordinaires (membres ordinaires) n'en a cependant pas tous les privilèges.

LIBRE signifie particulièrement Qui n'est pas marié. Il se dit aussi en parlant des États où le peuple participe à la puissance législative, soit par lui-même, soit par ses mandataires, et où les droits civils et politiques sont garantis par la constitution. Un État libre. Un peuple libre. Une nation libre. Villes libres, en Allemagne, Villes qui, n'étant soumises à aucun prince, étaient gouvernées par leurs propres magistrats. Les villes hanséatiques étaient des villes libres.

LIBRE signifie aussi quelquefois Qui n'éprouve aucune contrainte, aucune gêne. On est fort libre dans cette maison. Il signifie encore Qui est hardi, indiscret, inconvenant. Il est trop libre avec les femmes. Par extension, Il a des manières, un ton, il tient des propos bien libres. Il est trop libre dans ses paroles. Il a fait des chansons, des contes, des vers très libres.

LIBRE a, dans les phrases ou locutions qui suivent, des acceptions plus ou moins voisines de ces divers sens : Le vote n'est pas libre dans cette assemblée, On n'ose y dire son avis, y voter selon sa conscience. Le commerce est libre dans ce pays, Il n'y est point entravé par des lois prohibitives. La presse est libre dans ce pays, Les écrits destinés à l'impression n'y sont point soumis à une censure préalable. Les mers sont libres, On peut y naviguer, sans crainte; et aussi, en parlant des Mers polaires, On y peut naviguer sans en être empêché par les glaces. Les passages, les chemins sont libres, On peut y aller sans rencontrer aucun embarras, aucun empêchement, aucun danger. On dit de même La campagne est libre, Les ennemis ne l'occupent plus. En termes de Chemins de fer, La voie est libre, se dit d'une Voie où un train peut s'engager sans risques. Le signal de la voie libre. Espace libre, Espace qui n'est point occupé, rempli. On dit de même Cette place est libre, Personne ne l'occupe, on peut la prendre, s'y mettre. Par analogie, Appartement libre. Avoir ses entrées libres chez quelqu'un, Avoir la facilité d'entrer à toute heure chez lui. On dit à peu près dans le même sens Avoir libre accès, un libre accès auprès de quelqu'un. Fig., Avoir le champ libre. Voyez CHAMP. Fig., Laisser à quelqu'un le champ libre. Voyez CHAMP. Avoir son temps libre, N'avoir point d'occupation obligée. On dit aussi dans le même sens Être libre. Je serai libre demain toute la journée. Avoir le cœur libre, N'être pas amoureux. N'avoir pas l'esprit libre, Être tellement préoccupé qu'on est incapable de s'appliquer. Vers libres, Ceux où l'on admet différentes mesures, qui ne sont pas soumis au retour d'un rythme régulier ou qui s'affranchissent de certaines règles. Pièce écrite en vers libres. Traduction libre, Traduction qui n'est pas littérale, où l'on ne s'est pas asservi à suivre exactement le texte. Papier libre se dit par opposition à Papier timbré. Il suffit que cet acte soit écrit sur papier libre. Libre de, devant un nom, signifie Qui est exempt, affranchi de. Libre de crainte, de passion, de soucis, d'inquiétude, de toute sorte d'engagement. Libre de, devant un verbe, signifie Qui a la liberté de. Vous êtes libre d'accepter ou de refuser. On a dit aussi : Il vous est libre d'accepter ou de refuser; et l'on dit encore : Libre à vous de sortir ou de rester.

LIBRE signifie en outre Qui a de la facilité, de l'aisance, qui n'est point gêné dans ses mouvements. Il est libre dans son allure. Il a la taille libre et aisée. Avoir une contenance libre, un air libre. Il a les mouvements libres. Par extension, Roue libre. Voyez ROUE. Pinceau, crayon, burin libre, Pinceau, crayon, etc., manié avec facilité par l'artiste qui s'en sert. Avoir la parole libre, N'avoir point d'empêchement dans la parole. Il bégayait légèrement, maintenant il a la parole parfaitement libre.

Libre : définition du Littré (1872-1877)

LIBRE (li-br') adj.
  • 1Qui a la jouissance de sa personne, qui n'est soumis à aucun maître. Dans l'antiquité la population se divisait en personnes libres et en esclaves. Les Juifs, qui ont été appelés à dompter les nations et les rois, ont été esclaves du péché ; et les chrétiens, dont la vocation a été de servir et d'être sujets, sont les enfants libres, Pascal, Pens. XXIV, 44, éd. HAVET. Voilà les habits de sept conditions différentes pour les hommes libres ; tous les esclaves seront habillés de gris brun, Fénelon, Tél. XI. Le libertinage des fous et des méchants qui ne se croient libres que quand ils peuvent impunément mépriser la raison et les lois, Fénelon, Dial. des morts anc. 32. Une pauvreté libre est un trésor si doux ! Chénier, Élégies, 21.

    Par opposition à servile. Condition libre. Profession libre.

    La secte libre, secte anabaptiste qui ne reconnaissait ni autorité ecclésiastique, ni autorité civile.

    La femme libre, mot qui s'est introduit dans ces derniers temps pour caractériser, souvent avec dérision, les femmes qui ont voulu réformer la société dans les rapports actuels des femmes avec les hommes.

  • 2Qui est digne d'un homme libre. Une âme noble et libre. Et surtout, redoutant la basse servitude, La libre vérité fut toute mon étude, Boileau, Ép. V. C'est que tu regardais l'œuvre du créateur De l'œil d'un homme libre, adorant son auteur, Ponsard, Charlotte Corday, II, 2.
  • 3Qui n'est pas captif, prisonnier. Il y a eu échange des prisonniers, et le voilà libre. Tu céderas… Alger, riche des dépouilles de la chrétienté ; tu rends déjà tes esclaves ; Louis a brisé les fers dont tu accablais ses sujets, qui sont nés pour être libres sous son glorieux empire, Bossuet, Mar.-Thér. Mais si tout est fini, si mon époux est sauvé, si je suis libre, pourquoi ces pleurs et ce mystère ? Chateaubriand, Martyrs, XXIII.

    Libre sur parole, celui qui, prisonnier, jouit de sa liberté, à condition de se reconstituer prisonnier quand il en sera sommé.

  • 4Qui jouit de la liberté politique. Un État libre. Une nation libre. Les pays libres. Non, crois-moi, l'homme est libre au moment qu'il veut l'être, Voltaire, Brutus, II, 1.

    Villes libres en Allemagne, villes qui, n'étant soumises à aucun prince, sont gouvernées par leurs propres magistrats. Les villes hanséatiques sont des villes libres.

  • 5Qui n'est pas soumis à des entraves.

    Presse libre, presse qui publie sans passer par l'examen d'une censure préalable, et sans être arbitrairement réprimée.

    Assemblées libres, assemblées représentatives qui ont le droit de contrôle sur le gouvernement.

    Commerce libre ou libre échange, commerce qui n'est point soumis à des lois prohibitives.

    Libre-échangiste, voy. ÉCHANGISTE.

    N'être pas libre, se dit de choses où règne une oppression. Les votes ne furent pas libres.

    Les suffrages ne sont pas libres dans cette assemblée, on n'y peut pas voter selon sa conscience.

  • 6Qui a le pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir, de se déterminer dans un sens ou dans un autre. Nous trouvons que le premier libre c'est Dieu, parce qu'il possède en lui-même tout son bien, et, n'ayant besoin d'aucun des êtres qu'il fait, il n'est porté à les faire ni à faire qu'ils soient de telle façon que par sa seule volonté indépendante, Bossuet, Libre arb. 2. Que chacun s'écoute et se consulte soi-même, il sentira qu'il est libre, comme il sentira qu'il est raisonnable, Bossuet, ib. Comme nous sentons que nous sommes nécessairement déterminés par notre nature même à désirer d'être heureux, nous sentons aussi que nous sommes libres à choisir les moyens de l'être, Bossuet, ib. Nous sommes trop libres ; trop libres à nous porter au péché, trop libres à nous jeter dans la grande voie qui mène les âmes à la perdition, Bossuet, Sermons, Vêture de Mlle de Bouillon, 1. On peut avoir des idées sans être libre : les hommes reçoivent et combinent des idées dans leur sommeil ; on ne peut pas dire qu'ils soient libres alors ; n'est-ce pas une nouvelle preuve qu'on peut avoir des idées sans être libre ? Voltaire, Phil. Newt. part. I, chap. 5. Vouloir ce qui ne ferait pas plaisir, est une véritable contradiction ; et faire ce que l'on juge le meilleur, ce qui fait plaisir, c'est être libre, Voltaire, Lett. Pr. roy. de Prusse, oct. 1737. On objecte que, si nous étions libres, il n'y aurait point de Dieu ; je crois, au contraire, que c'est parce qu'il y a un Dieu que nous sommes libres, Voltaire, ib. 23 janv. 1738.

    Libre arbitre, faculté de choisir entre deux partis, sans aucun motif déterminant et par la seule force de la volonté ; on a dit aussi franc arbitre qui est très peu usité, et libéral arbitre qui ne l'est plus du tout.

  • 7Libre à, qui a la faculté, le pouvoir de. Car enfin je suis libre à disposer de moi, Corneille, D. Sanche, I, 3. Je sais… Que jamais par la force on n'entra dans un cœur, Et que toute âme est libre à nommer son vainqueur, Molière, Mis. IV, 3. Aussi ne suis-je pas libre à sentir ou ne sentir pas quand l'objet est présent, Bossuet, Connais. III, 15.
  • 8Dont l'âme ne se laisse pas vaincre, soumettre. François 1er : Est-on libre en prison ? - Charles V : Les hommes faibles n'y sont pas libres ; mais, quand on a un vrai courage, on est libre partout, Fénelon, Dial. des morts mod. 12.
  • 9Qui parle, agit franchement. Et comme la jeunesse est vive et sans repos, Sans peur, sans fiction et libre en ses propos, Régnier, Sat. I.
  • 10Qui n'est pas amoureux. Mais ne parlons encor ni d'amant ni d'amour ; Vivre libre et sans soins est un grand avantage, Hauteroche, Esp. follet, II, 4. Les hommes souvent veulent aimer, et ne sauraient y réussir ; ils cherchent leur défaite sans pouvoir la rencontrer ; et, si j'ose ainsi parler, ils sont contraints de demeurer libres, La Bruyère, IV. Je n'avais plus cette franchise que donne un cœur libre et qui n'a rien à dissimuler, Genlis, Mlle de la Fayette, p. 44, dans POUGENS.
  • 11Avoir l'esprit libre, être dégagé de toute préoccupation. Je n'avais pas l'esprit assez libre pour lui répondre, Fénelon, Tél. VI. Pour former de grands desseins, il faut avoir l'esprit libre, Fénelon, ib. XXII.
  • 12Libre de, devant un substantif, exempt, affranchi de. Mon cœur, exempt de soins, libre de passion, Sait donner une borne à son ambition, Boileau, Sat. II. Heureux qui, satisfait de son humble fortune, Libre du joug superbe où je suis attaché, Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché ! Racine, Iphig. I, 1. Et, libre d'un amour à ta gloire funeste, Viens m'engager ta foi…, Racine, Bajaz. V, 4. Portez-vous un cœur libre de toute haine ? Massillon, Carême, Culte. La voir [l'âme pénitente] un instant après vivifiée par la grâce, libre de ses chaînes, marcher à pas de géant dans la voie de Dieu, Massillon, Carême, Lazare. Quand vous serez libres d'embarras et dégagés de ces soins extérieurs qui vous détournent aujourd'hui du salut, votre cœur sera-t-il libre de passions ? Massillon, Carême, Salut. Libre d'ambition, de soins débarrassé, Je me plais dans le rang où le ciel m'a placé, Racine L. la Relig. ch. IV. Libre d'ambition, de soins et d'esclavage, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 118. Gassendi disait d'Hobbes qu'il ne connaissait guère d'âme plus intrépide, d'esprit plus libre de préjugés, Diderot, Opin. des anc. phil. (hobbisme)

    Libre de sa parole, s'est dit pour peu attaché à ses promesses. Les Étoliens étaient hardis, téméraires, toujours libres de leurs paroles, Montesquieu, dans GIRAULT-DUVIVIER.

    Libre de, devant un verbe à l'infinitif, qui a la liberté de. Vous serez libre de nous immoler dans trois jours, Fénelon, Tél. I.

    Impersonnellement. Il est libre à… de…, il est permis, loisible à… de… Libre à vous de sortir ou de rester. Cela lui était libre, et je ne songeais pas à l'empêcher, Ch. Sévigné, dans SÉV. t. X, p. 433, éd. RÉGNIER. Il était libre à Jésus-Christ de mourir ou de ne pas mourir, Fléchier, Serm. I, 186.

  • 13Qui n'est sous aucune dépendance, qui n'a aucune fonction assujettissante. Il ne veut prendre aucun emploi, il veut demeurer libre. Il n'est pas bon d'être trop libre, Pascal, Pens. XXV, 72. Ils verraient par ce coup [la mort de Britannicus] leur puissance abaissée ; Vous seriez libre alors, seigneur, et, devant vous, Ces maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous, Racine, Brit. IV, 4. Au joug d'un autre hymen sans amour destinée, à peine suis-je libre et goûte quelque paix Qu'il faut que je me livre à tout ce que je hais, Racine, Mithr. I, 2. Un homme libre, et qui n'a point de femme, s'il a quelque esprit, peut s'élever au-dessus de sa fortune, La Bruyère, II.

    Particulièrement. Qui n'est pas marié. Un commerce entre personnes libres, par opposition à adultère, qui est un commerce entre personnes dont une au moins est mariée. Aspasie prêtait son entremise aux intrigues de Périclès avec des femmes libres, Courier, Lett. II, 366.

  • 14Qui n'éprouve pas de contrainte. On est fort libre dans cette maison. Maître de mon destin, libre dans mes soupirs, Racine, Bérén. II, 2.

    Être libre avec quelqu'un, être assez lié avec lui pour lui parler librement, pour ne pas se contraindre avec lui. Je ne suis pas assez libre avec lui pour entamer un chapitre aussi délicat.

    Il se dit aussi des choses. Votre douleur est libre autant que légitime, Racine, Alex. IV, 2. Je veux la braver à sa vue, Et donner à ma haine une libre étendue, Racine, Andr. II, 5. Un entretien plus libre alors m'était permis, Voltaire, Zaïre, II, 2.

  • 15Spontané, qui n'est pas produit par la contrainte. Il jouissait du fruit de sa réputation, n'entendant partout que des éloges d'autant plus doux pour lui, qu'ils étaient plus libres, Bourdaloue, 4e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 131.
  • 16Qui ne présente aucun obstacle.

    Les mers sont libres, on peut y naviguer sans aucune crainte des corsaires ou des ennemis.

    La mer est libre, se dit des mers de l'extrême Nord, quand les glaces y fondent. Au delà de la banquise on trouva une mer libre.

    La campagne est libre, les ennemis ne l'occupent plus.

    Les passages, les chemins sont libres, on peut y aller sans y rencontrer empêchement ou danger.

    Fig. et familièrement. Les chemins sont libres, se dit à une personne qui veut s'en aller et qu'on ne désire pas retenir.

  • 17Espace libre, espace qui n'est point occupé, rempli.

    Fig. Avoir le champ libre, avoir la liberté de faire une chose ; locution tirée des jeux de course.

    On dit dans le même sens : avoir la scène libre. Voici le stratagème dont il se servit enfin, pour avoir la scène libre, en éloignant l'amant et le mari tout à la fois, Hamilton, Gramm. 4.

    Laisser à quelqu'un le champ libre, ne point s'opposer à ses prétentions, ne point se mettre en concurrence avec lui.

    Cette place est libre, on peut la prendre, s'y mettre, personne ne l'occupant.

    À l'air libre, en plein air. L'action du feu ne suffit pas seule pour décomposer le sel ammoniac ; il se volatilise à l'air libre ou se sublime comme le soufre en vaisseaux clos, sans perdre sa forme et son essence, Buffon, Min. t. III, p. 449.

    Feu libre, feu qui touche immédiatement le corps soumis à son action. Ce n'est qu'à un feu libre et très violent ou très longtemps soutenu que le grenat perd sa couleur, Buffon, Min. t. VI, p. 251, note f.

    Calorique libre, se dit, par opposition à calorique latent, du calorique qui agit sur le thermomètre.

  • 18Avoir ses entrées libres chez quelqu'un, avoir la facilité d'entrer à toute heure chez lui.

    Avoir libre accès, un libre accès auprès de quelqu'un, être reçu chez lui quand on veut. La poésie latine fut portée à la dernière perfection par Virgile et par Horace, que ce prince [Auguste] n'excita pas seulement par ses bienfaits, mais encore en leur donnant un libre accès auprès de lui, Bossuet, Hist. I, 10.

    Libre pratique, voy. PRATIQUE.

  • 19Qui n'est pas tenu à des occupations obligées. Avoir son temps libre. Les heures qu'il avait libres furent remplies de bonnes lectures, Bossuet, le Tellier.

    Dans le même sens, être libre, n'avoir plus rien qui occupe. Quand elle [Votre Majesté] sera un peu plus libre, j'aurai l'honneur de lui écrire plus au long, et de donner un libre cours aux témoignages d'admiration, D'Alembert, Lett au roi de Prusse, 29 juin 1778.

    Venez dîner chez moi si vous êtes libre, c'est-à-dire si vous n'êtes pas retenu par quelque autre invitation.

  • 20Vers libres, ceux où différentes mesures sont mélangées, et qui ne sont pas soumis au retour d'un rhythme régulier ; dans ce sens on dit mieux vers mêlés. Les fables de la Fontaine sont en vers libres.

    Traduction libre, traduction où l'on ne suit pas exactement le texte, et où l'on imite autant que l'on traduit.

  • 21Papier libre, voy. PAPIER.
  • 22 Terme de minéralogie. Cristaux libres, les cristaux aciculaires, lorsque les aiguilles groupées sont distinctes les unes des autres.

    Terme d'ornithologie. Doigts libres, ceux qui sont entièrement séparés jusqu'à leur articulation avec le tarse.

    Terme de botanique. Amande libre, celle dont la surface n'adhère point à l'enveloppe qui la recouvre. Calice libre, celui qui n'a pas d'adhérence avec l'ovaire. Étamines libres, celles qui ne tiennent ensemble ni par les filets ni par les anthères. Ovaire libre, celui qui n'a aucune adhérence soit avec le périanthe simple, soit avec le calice.

  • 23Qui blesse la décence. Il est bien libre avec les femmes. Être libre en paroles, en actions.

    Il se dit des choses. Il a des manières libres, un ton très libre avec les femmes. Propos libres. Vers libres. Une chose qu'on ne croirait pas de lui [la Fontaine] et qui est pourtant très vraie, c'est que dans ses conversations il ne laissait rien échapper de libre, ni d'équivoque, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 333, dans POUGENS. J'en pourrais rapporter des traits assez plaisants, s'ils n'étaient pas trop libres, Duclos, Mém. rég. Œuv. t. VI, p. 161, dans POUGENS. Ces comédies sont assez libres, mais j'ai cru qu'il n'y avait pas plus de mal à les lire qu'à les voir jouer, Genlis, Adèle et Th. t. II, p. 262, dans POUGENS.

  • 24Qui a de la facilité, de l'aisance dans ses mouvements. Que ses yeux [de Pauline de Grignan] sont jolis, bleus avec des paupières noires ! une taille libre, adroite ! Sévigné, 18 déc. 1689. Le mouvement de cette hanche-là que je n'ai pas bien libre, Dancourt, l'Opérateur Barry, sc. 2.

    Il se dit aussi des choses en cette signification. Cette roue, ce ressort, ce pendule est libre dans ses mouvements.

    Avoir la voix libre, la parole libre, n'avoir point d'empêchement dans la voix, dans la parole.

    Avoir la main libre, faire des traits avec hardiesse.

    Terme de beaux-arts. Pinceau, crayon libre, pinceau, crayon manié avec facilité.

  • 25Avoir le ventre libre, n'être pas constipé ni relâché.

PROVERBE

Les volontés sont libres, se dit à ceux qui s'excusent de faire quelque chose. Vous ne voulez pas rester ? allez-vous-en, les volontés sont libres.

On dit dans un emploi analogue : Les opinions sont libres.

REMARQUE

On a reproché à Corneille d'avoir dit libre à avec un infinitif. Molière et Bossuet se sont servis de cette tournure comme lui ; voy. le n° 7.

HISTORIQUE

XVIe s. Il a esté toujours libre à Dieu de faire grace à qui bon lui a semblé, Calvin, Inst. 744. Ilz avoient accoustumé de vivre en air libre, pur et ouvert, Amyot, Péric. 66. Il leur demanda s'ilz avoient libre puissance et plein pouvoir de traitter et accorder de toutes choses, Amyot, Nicias, 18. L'amour, les vins libres [généreux] et toute bonne chere, Du Bellay, J. I, 24, verso. Il vaudroit beaucoup mieux ne rymer point, mais faire des vers libres [blancs], comme a fait Petrarque en quelque endroit, Du Bellay, J. I, 30, recto. Que l'on voise [aille] sautant, Que l'on voise hurtant D'un pié libre la terre, Du Bellay, J. II, 66, recto. Arrivez à Tyr, libres de crainte, ils eurent…, Montaigne, I, 63. Aucuns trouvent ce livre trop hardy et trop libre à heurter les opinions communes, et s'en offensent, Charron, De la sagesse, Préf. de la 2e édit.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

LIBRE. Ajoutez : - REM. Au numéro 6, on trouve un exemple de Bossuet où libre à est employé. En voici plusieurs de Corneille : "… Tu seras sans moi plus libre à lui parler, Lexique, éd. Marty-Laveaux ; Car enfin je suis libre à disposer de moi, ib. Si l'air est un chemin toujours libre à ta fuite, ib. Cet emploi est excellent.

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Libre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

LIBRE, adj. (Gram.) Voyez les articles Liberté.

Libres, s. m. pl. (Théol.) On donna ce nom à des hérétiques, qui dans le seizieme siecle suivoient les erreurs des Anabaptistes, & prenoient ce nom de libres, pour secouer le joug du gouvernement ecclésiastique & séculier. Ils avoient les femmes en commun, & appelloient spirituels les mariages contractés entre un frere & une sœur ; défendant aux femmes d’obéir à leurs maris, lorsqu’ils n’étoient pas de leur secte. Ils se croyoient impeccables après le baptême, parce que selon eux, il n’y avoit que la chair qui péchât, & en ce sens ils se nommoient les hommes divinisés. Prateole. Voyez Liberi. Gantier, chron. sect. 16. c. 70.

Libre, (Ecrivain), est en usage dans l’écriture pour désigner un style vif, un caractere coulant, libre, une main qui trace hardiment ses traits. Voyez nos Planches d’Ecriture & leur explication, tome II. part. II.

Libre, parmi les Horlogers, se dit d’une piece ou d’une roue, &c. qui a de la liberté. Voyez Liberté, Jeu, &c.

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Étymologie de « libre »

Étymologie de libre - Littré

Provenç. livre, liure ; catal. llibre ; esp. libre ; port. livre ; ital. libero ; du lat. liber ; osque, loufir ; anc. latin, lœbesum pour liberum, de même racine que libere ou lubere, voy. LIBIDINEUX. La forme lœbesum offre un renforcement (gouna) de la racine, d'où l'allongement de l'ī de liber, qui en provient, comparé à lĭbet.

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Étymologie de libre - Wiktionnaire

Du latin lībĕr (« libre », « sans entrave », « indépendant »).
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Phonétique du mot « libre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
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Citations contenant le mot « libre »

  • Manu Lonjon : "Il lui a demandé de le laisser partir libre" , Manu Lonjon : "Il lui a demandé de le laisser partir libre"
  • "Au programme : les actions et le fonctionnement de l’April, l’Éducation nationale, les services libres et loyaux, l’achat de matériel, le financement de projets, la Gendarmerie nationale, l’ANSSI, les stratégies logiciel libre d’entreprises, les femmes et l’informatique, les espaces publics numériques, logiciel libre et collectivités, entreprises, associations, le métier du développement logiciel libre, téléphonie mobile et libertés, les distributions GNU/Linux, l’Open Bar Microsoft/Défense, les GULL (Groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciel libre), la directive droit d’auteur, les données publiques, Wikipédia, Framasoft, Open Food Facts, OpenStreetMap, les DRM (menottes numériques)… et les chroniques de notre équipe." , APRIL : des podcasts sont disponibles pour "Libre à vous" - TOOLinux
  • Etre libre, c'est se posséder soi-même. De Henri Lacordaire
  • L’injustice agrandit une âme libre et fière. De Scheler
  • L'effort librement consenti rend libre. De Louis Nucera / Ils s'aimaient
  • Il faut être assez libre pour être grand, et assez grand pour être libre. De Michelle Roy
  • Être autodidacte, c’est être libre. De Carla Bruni / Evene.fr - Janvier 2007
  • Chacun est libre, chacun a ses convictions. De François Fillon / 18 Mai 2007
  • Choisir, c'est être libre. De Claudy Mailly / Le Cortège
  • Esclave de corps, d’esprit libre. De Sophocle
  • La pensée est libre. De Cicéron
  • A esprit libre, univers libre. De Koan zen
  • L'esprit libre et curieux de l'homme est ce qui a le plus de prix au monde. John Steinbeck, À l'est d'Eden, 13 East of Eden, 13
  • Tremblez devant l'esclave quand il brise sa chaîne, Ne tremblez point devant l'homme libre. Friedrich von Schiller, Les Paroles de la foi Die Worte des Glaubens
  • Ils ne sont pas tous libres ceux qui se moquent de leurs chaînes. Gotthold Ephraim Lessing, Nathan le Sage Nathan der Weise
  • Mieux vaut se disputer à l'air libre, que d'être d'accord derrière des barreaux. Ignacy Krasicki, Fables, le Chardonneret et le Merle
  • Nous vaincrons ou nous mourrons ici, De la douce mort des hommes libres. Ernst Moritz Arndt, Chant patriotique Vaterlandslied
  • C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. , Saint Paul, Épître aux Galates, V, 1
  • L'homme libre qui vit parmi les ignorants, s'applique autant qu'il peut à éviter leurs bienfaits. Baruch Spinoza, L'Éthique, Livre III
  • L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie. Baruch Spinoza, L'Éthique, Livre IV
  • Le secret douloureux des Dieux et des rois : c'est que les hommes sont libres […] Tu le sais, et ils ne le savent pas. Jean-Paul Sartre, Les Mouches, Gallimard
  • L'homme est né libre et partout il est dans les fers. Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social
  • Il faut que l'homme libre prenne quelquefois la liberté d'être esclave. Jules Renard, Journal, 27 janvier 1892 , Gallimard
  • Même pour se soumettre, il faut être libre ; pour se donner, il faut être à soi. Jules Michelet, Les Jésuites
  • Aujourd'hui je suis reine. Autrefois j'étais libre. Victor Hugo, Ruy Blas, II, 1, la reine
  • Homme libre, toujours tu chériras la mer. Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, l'Homme et la Mer
  • Être libre, c'est […] la certitude intérieure que chaque homme est responsable de l'humanité, et non pas seulement devant elle. Claude Aveline, Avec toi-même, etc., Mercure de France

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Traductions du mot « libre »

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Synonymes de « libre »

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