Joie : définition de joie


Joie : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

JOIE, subst. fém.

A. − Émotion vive, agréable, limitée dans le temps; sentiment de plénitude qui affecte l'être entier au moment où ses aspirations, ses ambitions, ses désirs ou ses rêves viennent à être satisfaits d'une manière effective ou imaginaire.
1. [Le sentiment de joie est d'ordre affectif, moral, intellectuel ou psychique] Contentement, profonde satisfaction. Un de ces moments si rares dans la vie où le cœur est inondé de joie par quelque bonheur extraordinaire et inattendu (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 6).Oh! ma joie alors de sortir en courant de ce collège, d'apercevoir maman qui avait tenu sa promesse, et qui m'attendait là, souriante, avec mon père et ma sœur (Loti, Rom. enf.,1890, p. 247).Je me laissai soulever par cette joie qui déferlait en moi, violente et fraîche comme l'eau des cascades (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 95).La définition du désespoir, c'est qu'il est sans arrière-pensée d'espoir ni mélange de lumière; la définition de la joie, c'est qu'elle est pure lumière sans ombre (Jankél., La Mauvaise conscience, Paris, éd. Montaigne, 1966, p. 215):
1. ... il savourait une joie (...) consubstantielle à son âme, pleine comme l'accord parfait, augmentant à mesure qu'il en éprouvait les ressorts, occupant tout son volume intérieur comme on se carre dans un fauteuil. Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 187.
Fausse joie. Joie qui devance prématurément des événements qui ne la confirmeront pas. C'est un sage : il ne veut pas de fausse joie, il attend les pièces du procès (Bremond, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 299).
Locutions
Quelle joie! Si Maurice arrivait aux vacances, quelle joie! Que papa serait heureux! (E. de Guérin, Journal,1837, p. 136).Avec quelle joie! Nous dûmes nous battre, et comment! Et avec quelle joie! (Moi, parce que j'adorais la bagarre...) (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 262).
Dans la joie, dans la joie de son cœur. On chante tous ensemble dans la joie de son cœur, les convives ont la même gaieté et la même ivresse (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 252).
De joie. De joie ma respiration s'arrêtait dans ma poitrine (Proust, Swann,1913, p. 385).Chanter de joie. Mozart, réduit à la dernière misère et frappé à mort, chantait encore de joie (Mauriac, Journal,1937, p. 133).Mourir de joie (p. hyperb.). Je passe sur les fous rires mal réprimés (...) et sur l'ahurissement du wachmann qui ne voulut jamais me croire : c'était à mourir de joie (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 234).
Ça me ferait joie de + inf. (fam.).Et ça me ferait joie de te savoir mariée (Giono, Gd troupeau,1931, p. 30).
Au plur. Petites joies. Laisse-moi faire, Laurent, je verserai l'eau moi-même. Il y a de petites joies, même dans l'extrême détresse. Cécile arrosait, au pied, les touffes de myosotis (Duhamel, Cécile,1938, p. 272).
Vieilli
ALCHIM. (p. méton.). Joie des philosophes. Pierre arrivée au blanc parfait (d'apr. Ac. Compl. 1842, Guérin 1892).
Littér. Avoir joie à + inf.Salut, monsieur Léonard Botal, j'ai joie à vous revoir (France, Com. femme muette,1912, I, 1, p. 434).Avoir joie de + subst.Il semblait qu'elle eût joie de ce retour (Claudel, Agamemnon,1896, p. 898).
[En guise de souhait] Que le ciel, que Dieu vous tienne en joie. Restez toujours jeunes, et que Dieu vous tienne en joie (Renan, Drames philos., Caliban, 1878, II, 2, p. 404).Tenez-vous en joie. Donc revenez-nous si vous le pouvez. D'ici là tenez-vous en joie (Flaub., Corresp.,1868, p. 160).
En partic.
[La joie est vécue dans la relation avec une autre pers.] Joie de l'amitié, de la camaraderie. Onze heures de joie sans mélange et sans interruption. Entente parfaite et causerie infinie (Amiel, Journal,1866, p. 367).Ah! Je suis fait, je suis fait pour la joie! Il est dur de garder tout son cœur. Il est dur de ne pas être aimé. Il est dur d'être seul (Claudel, Part. midi,1906, I, p. 1091):
2. Celui qui a eu le bonheur de connaître, une fois dans le monde, l'intimité complète, sans limites, d'un cœur ami, a connu la plus divine joie, − une joie qui le rendra misérable, tout le reste de sa vie... Rolland, J.-Chr., Antoinette, 1908, p. 922.
[La joie est vécue dans la relation avec plusieurs pers., avec un groupe tout entier] Les joies de la famille, du foyer. Ce fut un délire de joie! On se répétait qu'il y avait eu six mille barbares de tués; les autres ne tiendraient pas, la guerre était finie (Flaub., Salammbô, t. 2, 1863, p. 2).Une joie immense, une puissante fierté, ont déferlé sur la nation. Bien plus! Le monde entier a tressailli quand il a su que Paris émergeait de l'abîme et que sa lumière allait de nouveau briller (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 711):
3. C'est un épanouissement, une gaîté, une joie à l'Odéon, une joie qui descend des auteurs aux machinistes. Ah! le succès au théâtre, quelle atmosphère ça fait, quelle griserie ça apporte à tout le monde! Goncourt, Journal,1891, p. 68.
[Avec une valeur négative; le sentiment de joie est altéré par les mauvais sentiments tels que l'envie, la haine, la malveillance] Joie amère, cruelle, féroce, horrible, infernale, sombre; la/les joie(s) de la vengeance. Mais elle voyait la joie mauvaise de ces gens, à la pensée que désormais la boutique était flambée (Zola, Assommoir,1877, p. 485).Une étincelle de joie illumina les yeux des hommes, la joie malsaine de vexer et d'injurier impunément l'adversaire (R. Bazin, Blé,1907, p. 20):
4. Je ne m'y trompais pas : il souffrait. Joie terrible, joie démoniaque : là, je pouvais le frapper. Toute la haine accumulée dans mon cœur se débondait soudain. Daniel-Rops, Mort,1934, p. 354.
2. [Le sentiment de joie affecte l'humeur] Entrain, gaieté. Synon. enjouement.C'était une gaieté, une joie, une ardeur de recherches qui me rappelaient le temps heureux où j'avais couru ainsi à côté de ma mère (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 380):
5. Le château du comte de Bedée était situé à une lieue de Plancouët, dans une position élevée et riante. Tout y respirait la joie; l'hilarité de mon oncle était inépuisable. Il avait trois filles (...) et un fils (...) qui partageaient son épanouissement de cœur. (...) on faisait de la musique, on dansait, on chassait, on était en liesse du matin au soir. Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 38.
En joie. Denis, tout le jour, chanta, comme un homme en joie, des refrains et des rondes du pays (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Denis, 1883, p. 845).Être en joie. Il était en joie d'un bout à l'autre de l'année (Aymé, Jument,1933, p. 66).Mettre qqn en joie. Susciter la gaieté, la bonne humeur, provoquer l'hilarité. J'esquisse au tableau noir une caricature du père Blanchot et de ses grands favoris, qui met les gamines en joie (Colette, Cl. école,1900, p. 150).
Faire la joie de. Faire l'amusement de. Une histoire qui fait la joie de Paris (Goncourt, Journal,1880, p. 66).C'était un pauvre bougre, qui faisait la joie du village (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 32).
Pop., fam. Mère-la-joie. Femme qui a un caractère gai. J'ai encore de bons moments : j'étais une telle mère-la-joie quand j'étais jeune! (Colette, Music-hall,1913, p. 109).
Rabat-joie. Personne chagrine qui trouve plaisir à rabattre la joie des autres. Repasser un bail avec la jeunesse! Cette idée fait battre le cœur une minute, avant que la raison, cette fée rabat-joie, n'ait souri et parlé (Amiel, Journal,1866, p. 390).
3. [La joie considérée dans son origine]
a) [La cause de la joie a sa source dans le corps, les sens] Plaisir.
[La sensualité] Joie des sens. Je le vois courir, sauter, bondir, chanter, crier de joie, si heureux d'être et de sentir (Chênedollé, Journal,1815, p. 75).Je ne te dirai rien d'une petite promenade en bicyclette qui fut un délire de joie sensuelle (Rivière, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p. 142):
7. La nature flambait d'allégresse. Le soleil bouillonnait. Le ciel liquide, fleuve transparent, coulait. La terre râlait et fumait de volupté (...). Tout criait de plaisir. Et cette joie était sienne. Cette force était sienne. Rolland, J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 265.
Au plur. Joies simples; grosses joies. C'était un brave et gros garçon, (...) aimant les grosses joies, la bière, le vin, l'eau-de-vie (Goncourt, Journal,1855, p. 195).Il y avait des joies simples, triviales : courir, sauter, manger des gâteaux (Sartre, Mots,1964, p. 63).
[La sexualité] Joie sexuelle; les joies de la chair. Les Français d'alors aimaient la joie et adoraient le plaisir (Tocqueville, Anc. Rég. et Révol.,1856, p. 203).Ma joie se développait après la sienne, bien du temps après mon plaisir (...). Et cette femme vivante au corps de reine était à moi! Et mon plaisir, ma joie me revenaient après la chose passée et je revivais cent fois plus joyeuse et voluptueuse la chose même, que j'avais faite (Jouve, Scène capit.,1935, pp. 244-245):
6. ... Otto (...) demandait à tous les secrets de débauche les plus énormes, de quoi rassasier son âme, et l'engloutir, pour ainsi dire, par l'excès de son plaisir. Alors, ses os criaient de joie; le cœur lui palpitait dans le sein, comme un aigle qui bat des ailes; pendant un point et un moment, sa passion trouvait enfin, sa complète assouvissance. Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 249.
Fille de joie. Prostituée. Au bord du quai parut une fille de joie avec un soldat (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 3).
b) [La cause de la joie a sa source dans la nature, dans la vision de la beauté] Joie esthétique, joie des yeux. De joie en joie. Erré deux heures dans ce paysage incomparable (Amiel, Journal,1866, p. 361).Le sentiment de joie, d'allégresse, de vie divine qui répond à la perception abondante et aisée des belles lignes et des belles couleurs (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 28).En poussant mes volets j'eus la joie de voir un ciel à peu près pur; le jardin, mal ressuyé d'une récente averse, brillait; l'air était bleuissant (Gide, Isabelle,1911, p. 609):
8. Les nuits même, noires, touffues, surchargées d'astres, m'écartent souvent du sommeil et me donnent le désir de la fraîcheur. Pourtant c'est là que je me plais; là que je prends mes joies réelles... Bosco, Mas Théot.,1945, p. 170.
c) [La cause de la joie réside dans la réalisation d'une ambition, d'un projet, d'un désir ou d'un rêve] Joie de gagner, de réussir, de revoir qqn; joie d'une lettre, du retour, du succès. Le soir, lorsqu'elle apprit à Julien qu'il était lieutenant de hussards, sa joie fut sans bornes (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 444).Inondée de cette joie immense qui suit la terreur d'une maladie, dans cet allégement bienheureux, (...) Madame Gervaisais n'était plus occupée à rien qu'à voir revivre cet enfant qui était encore là (Goncourt, MmeGervaisais,1869, p. 142).Je compare la joie à cette vaste jatte de lait frais que nous trouvâmes au gîte d'étape, un soir d'accablante chaleur, après avoir marché dans l'aridité tout le jour (Gide, Nouv. Nourr.,1935, p. 289):
9. ... à l'aurore, M. Churchill vint me réveiller pour me dire, en dansant littéralement de joie, que le congrès américain avait voté le « Lease-Lend Bill », en discussion depuis plusieurs semaines. Il y avait là, en effet, de quoi nous remplir d'aise... De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 141.
Au plur. [P. oppos. à joies du ciel (infra C)] Joies du monde. J'ai eu beaucoup de bijoux, de richesses et de joies de ce monde; j'ai eu tout cela; mais j'ai toujours pensé ce que vous-même savez bien, que la joie du monde ne vaut rien (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 177).
d) En partic. Joie (de vivre). Sentiment de bien-être général, de bonheur complet qui vient du simple fait d'exister. Il s'agissait [dans les Noces de Cana] (...) de montrer la force, la santé, et la joie de vivre dans des visages radieux, exempts d'inquiétude, et des corps robustement superbes (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 40).Fini de sa joie de vivre, de ce puissant oiseau de joie qui jadis s'élevait, par élans emportés, en chantant! (Rolland, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1340):
10. ... il quitte sa chambre, avance en tâtonnant le long du corridor encore sombre; il descend sans bruit l'escalier (...) il tire les verrous de la grande porte, qu'il ouvre; le voici sous le vaste ciel, seul, éperdu de joie et bondissant comme un danseur... Gide, Feuillets d'automne,1949, p. 1083.
SYNT. Joie délicieuse, extrême, indicible, inexprimable, intime, radieuse, secrète, suprême; bouffée, élan, mouvement de joie; ivresse de la joie; joie sans limite, sans mélange; être au comble de la joie; être transporté de joie; être plongé dans un océan de joie; fondre, frémir, rougir, trembler, tressaillir de joie; empoisonner la joie de qqn; perdre toute joie; rayonner de joie; éprouver la (une des) plus grande(s) joie(s) de sa vie.
B. − [Cet état de sensibilité considéré dans ses expressions les plus spectaculaires et le plus souvent collectives] Manifestation de gaieté, de liesse, d'allégresse publique. Joie bruyante, populaire, tonitruante; accès, transports de joie; bondir, éclater, exulter, pleurer de joie. On ne peut se faire une idée du transport, du délire que cet événement excita à bord de La Hyène : c'étaient des cris, des battements de mains à la faire sombrer; Brulart surtout ne se possédait pas de joie; il sautait, gambadait, tonnait, ravi de voir la réussite de sa ruse (Sue, Atar-Gull,1831, p. 22).Pendant que les élèves rient à pleine gorge, crient de joie et grimpent debout sur leurs bancs (Colette, Cl. école,1900, p. 123).La joie délirante de New-York, qui est la plus grande ville italienne du monde, a duré toute l'après-midi d'hier (Green, Journal,1943, p. 74):
11. ... la famille (...) céda brusquement à un coup de joie folle, délirant, se prenant par les mains, dansant une danse de sauvages autour de la table; le père lui-même obéit à la contagion, la mère battait des entrechats, les filles poussaient de petits cris inarticulés... Zola, Pot-Bouille,1882, p. 97.
Joie du diable. Manifestation effrénée de la joie. Tout un carnaval en bois. Cela n'est pas beau, mais il y a un entrain extraordinaire, une joie du diable après la peste (Michelet, Journal,1838, p. 269).
Jour de joie. Jour de fête publique. La fête de hilaries, jour de joie, dans lequel on célébrait, comme nous l'avons déjà dit, l'époque heureuse où le soleil Atys reprenait son empire sur les longues nuits (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 348).Le jour où tout fut prêt (...) fut un jour de joie populaire. Les places et les rues de la ville qu'elle devait parcourir étaient remplies d'une foule immense (Thierry, Récits mérov., t. 2, 1840, p. 258).
Feu* de joie. P. métaph. Mon bonheur se répandait sur chacun en amabilité joyeuse (...) et le sentiment que personne ne savait quelle main inconnue d'eux (...) avait allumé en moi ce grand feu de joie dont tous voyaient le rayonnement, ajoutait à mon bonheur (Proust, Plais. et jours,1896, p. 205).
Locutions
À la (grande) joie de qqn, des enfants. À la grande joie des collectionneurs qui se précipitent sur ces pacotilles! (Huysmans, Art mod.,1883, p. 183).À grande joie (vieilli). Beauvais, Senlis, Montdidier, le reçurent à grande joie; on criait « Noël! » au passage de celui qui abolissait les aides et les gabelles (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 141).
S'en donner à cœur joie. S'abandonner pleinement à la joie. Les danseurs s'en donnaient à cœur joie, riant et se poussant, pareils à un pensionnat pris tout d'un coup d'une folie joyeuse, en l'absence du maître (Zola, Page amour,1878, p. 900).
En signe de joie. Cette nuit, la tour et la cité de Londres seront illuminées de flammes et flambeaux, en signe de joie (Hugo, M. Tudor,1833, 3ejournée, 1repart., 9, p. 183).En témoignage de joie. Tous, en témoignage de joie, s'étaient mis une fleur à l'oreille (Flaub., Salammbô, t. 1, 1863, p. 135).
Loc. verb.
Être à la joie. La maison regorgeait de monde et tout le monde était à la joie (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 378).Être dans la joie; être en joie. On chantait, on dansait, on riait, on priait. Tout le monde était dans la joie (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 220).
Ne pas, ne plus se sentir, se tenir de joie. M. Renan ne se sent pas de joie! (...) La tête puissante, inclinée sur une épaule et rejetée en arrière, s'illumine et rayonne; les yeux pétillent (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 202).
Loc. exclam. Vive la joie! Cri des gens qui s'amusent, qui sont en fête. Vive la joie!... crioit un homme au gosier desséché (Balzac, Annette, t. 1, 1824, p. 167).
HIST. [P. réf. au cri des troupes du roi de France Mont-joie et Saint-Denis] Mont-joie et Saint-Denis! À son tour, il entrait en lice (...) le casque en tête et la lance au poing (Sandeau, Sacs,1851, p. 23).
C. − [Le sentiment de joie au-dessus de tout, préférable à tout] Bien suprême. La joie des joies. La vraie grandeur se reconnaît au pouvoir de jubiler, dans la joie et la peine. Un Mendelssohn ou un Brahms, dieux des brouillards d'octobre et de la petite pluie, n'ont jamais connu ce pouvoir divin (Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 399).Cette accession à la métempirie, même si elle ne dure qu'un instant, nous apporte une grande joie : la créature perce le plafond de sa finitude et de sa naturalité (Jankél., Je-ne-sais-quoi,1957, p. 133):
12. ... nous avions la joie. Il n'y avait pas cette confusion entre le plaisir et le bonheur. Nous étions heureux. Que pouvions-nous souhaiter de plus? Je crois que si ces gens connaissaient une heure de l'inexprimable bonheur que nous goûtions ils ne l'oublieraient jamais et y penseraient comme à l'événement principal de leur vie. Green, Journal,1946, p. 24.
Joie parfaite. Une joie parfaite, close, totale; un maximum; sans retour, sans regret, sans remords; sans un point de poussière, sans un atome de regret, sans une ombre d'ombre. Une plénitude, une perfection, un total. Un plein. Un rassasiement parfait. On en avait plein la tête et plein le cœur. On en était gorgé (Péguy, V.-M., comte Hugo,1910, p. 692).
Joie pure. En toutes choses, seul ce qui nous vient du dehors, gratuitement, par surprise, comme un don du sort, sans que nous l'ayons cherché, est joie pure (S. Weil, Pesanteur,1943, p. 54).
Vraie joie. Les Athéniens eurent de l'esprit, c'est-à-dire la vraie joie, l'éternelle gaieté, la divine enfance du cœur (Renan, Souv. enf.,1883, p. 68).
MYSTIQUE RELIG. Joie céleste, éternelle, inaltérable, ineffable, infinie; joies du ciel. Une joie divine s'était donc répandue sur toute sa vie, tout son être : aucune tribulation, aucune épreuve ne pouvait en troubler la paix et la douceur (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 263).Plus de séparation radicale entre ce qui aime et ce qui est aimé : Dieu est présent et la joie est sans bornes (Bergson, Deux sources,1932, p. 244).Nous brûlerons, David, nous brûlerons dans une éternité de joie (Green, Moïra,1950, p. 208):
13. ... une joie sans mélange, située par delà le plaisir et la peine, qui est l'état d'âme définitif du mystique. Bergson, Deux sources,1932p. 277.
[P. réf. au texte de Pascal] Le caractère plein de cet état mystique. (...) à propos des mots : certitude, sentiment, joie, paix, pleurs de joie, renonciation totale et douce (Du Bos, Journal,1922, p. 104).
P. méton.
[En parlant d'une personne qui est la source de joie pour quelqu'un; personne qui incarne cette joie] Être, devenir, faire la joie, toute la joie de qqn, la joie de la vie de qqn. Mon père m'appelait sa joie (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 720).La petite Louise (...) est le rayon, l'arc-en-ciel, la joie de la maison (Amiel, Journal,1866, p. 144).Ô mon amour, ô mon trésor, ma chère vie, ô mon bien unique; ô toi qui es ma joie, ma lumière (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 243):
14. ... ce qui m'est plus cher que ma chair et le dedans de ma pensée ce qui m'est l'être de mon être ma prunelle ma douceur ma joie majeure mon souci tremblant mon haleine mon cœur comme un oiseau tombé du nid ma déraisonnable raison mes yeux ma maison ma lumière... Aragon, Rom. inach.,1956, p. 54.
Plus rare. [En parlant d'un animal ou d'une chose qui est source de joie pour quelqu'un] Viens, viens donc, mon joli sansonnet. Tu es toute ma joie, tu n'as point de tristes secrets, toi. Amuse-moi, réjouis-moi; je te donnerai une branche d'amandier à becqueter (Quinet, Ahasverus,1833, 3ejournée, p. 198).Ses plus grandes joies sont un coucher de soleil, un bruit de vent dans les forêts, un chant d'alouette à la rosée (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 277).
Prononc. et Orth. : [ʒwa] et [-ɑ-]. Ac. 1694 et 1718 : joye; dep. 1740 : joie. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1150 goie « sentiment de bonheur intense, de satisfaction profonde » (S. Alexis, éd. Chr. Storey, 503); ca 1100 « ce sentiment considéré dans ses manifestations » (Roland, éd. J. Bédier, 3944 : Repairet s'en a joie e a barnage); id. dans son orig., la cause qui l'engendre (ibid., 1627); b) début xiies. spéc. (S. Alexis, éd. citée, prol. : sei delitent es goies del ciel); ca 1274 (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 1270 : Mais Dieus, qui est donneres de joie souveraine); 2. 1168-91 « manifestation d'amour, caresse » (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 5770); ca 1170 « joie d'amour » (M. de France, Lais, Guigemar, 523, éd. J. Rychner, p. 21); 1188 joie d'amour (A. de Varennes, Florimont, 2582 ds T.-L.); xiiies. femme de joie (Marguet convertie, éd. Jubinal, Nouv. Recueil, I, 317, ibid.); 1389 filles de joye (doc. ds Du Cange, s.v. abbas-abbatissa); 3. 1225-30 « personne, chose source de joie » (G. de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 2347). Du lat. gaudia, plur. de gaudium (« contentement, aise, plaisir, joie; plaisir des sens, volupté; personne, chose source de joie » dans la lang. class., caelestis gaudium, gaudium Domini « joie éternelle, joie du ciel » dans la lang. chrét.), employé à basse époque comme fém. sing., TLL, s.v., 1711, 68-71; v. aussi Vään., § 217 et Löfstedt, Synctatica, I, p. 48-49. Au sud d'une ligne Loire-Vosges, les dér. gallo-rom., de même que les divers corresp. des domaines ital. et hisp. (v. REW33705) reposent sur le masc. gaudium (cf. a. fr. joi subst. masc. ca 1150 employé pour renforcer une négation ne... joi, Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 5261; ca 1165 « joie » B. de Ste Maure, Troie, 13640 ds T.-L.; cf. aussi l'a. fr. joie à l'emploi masc. [nomin. sing. joies] ca 1165 G. d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 1133). Fréq. abs. littér. : 17 134. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 22 674, b) 25 665; xxes. : a) 28 250, b) 22 777. Bbg. Chautard (É.). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 419. - Lavis (G.). L'Expr. de l'affectivité ds la poésie lyrique fr. du M. Âge. Paris, 1972, passim. - Rohou (J.). Le Bonheur, la joie, le plaisir ds les tragédies de Racine. Cahiers raciniens. 1968, no24, pp. 11-76; 1969, no25, pp. 11-81. - Spitzer (L.). Schadenfreude In : S. (L.). Essays in historical semantics. New York, [1948], 316 p.

Joie : définition du Wiktionnaire

Nom commun

joie \ʒwa\ féminin

  1. Sentiment de bonheur, de satisfaction vive et intense qui vient du plaisir que l'on a à agir, à accomplir non pas une tâche répétitive, mais de contribuer à un certain progrès qui est empreint d'un caractère spirituel philosophique, scientifique, religieux ou esthétique.
    • Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. — (René Descartes, « Lettre à Élisabeth Egmond, du 6 octobre 1645 », dans Correspondance avec Élisabeth, Presses électroniques de France, 2013)
    • L'heureux père, qui se sentait inondé de joie par la joie de sa fille, se tourna pour mieux la voir ; dans ce mouvement les rênes lui glissèrent des mains. — (L'Esprit des oiseaux, par Samuel-Henri Berthoud, illustration par Yan' Dargent, Tours : chez Alfred Mame, 1867, p. 149)
    • Gaspard vit avec joie la femme poser une soupière fumante sur la table de la cuisine. — (André Dhôtel, Le Pays où l'on n'arrive jamais, 1955)
    • Les bourreaux doivent savourer la même omnipotence, se livrer à pareille furie, goûter une égale joie de meurtrir sans remords. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • j’éprouve… mais quoi ? quel mot peut s’en saisir ? pas le mot à tout dire : « bonheur », qui se présente le premier, non, pas lui… « félicité », exaltation, sont trop laids, qu’ils n’y touchent pas… et « extase »… comme devant ce mot ce qui est là se rétracte… « Joie », oui, peut-être… ce petit mot modeste, tout simple, peut effleurer sans grand danger… — (Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard, 1983, collection Folio, page 67)
  2. (Au pluriel) Plaisirs ; jouissances.
    • Il fut aussitôt rendu chez sa mère qui lui fit, naturellement, toutes les joies du monde. — (Anatole Le Braz, Les Saints bretons d'après la tradition populaire en Cornouaille, Les Annales de Bretagne, 1893-1894, Paris : Calmann-Lévy, 1937, page 15)
  3. Gaieté ; humeur gaie.
    • Gasbieha se précipita dans la chambre de sa sœur de lait avec des transports de joie. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans "Trois contes de l'Amour et de la Mort", 1940)
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Joie : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JOIE. n. f.
Mouvement agréable que fait éprouver la possession d'un bien réel ou imaginaire. Joie profonde, excessive, immodérée. Fausse joie. Joie publique. Mouvement de joie. Transport de joie. Cris de joie. Larmes de joie. Être ravi, transporté de joie, ivre de joie. Donner causer de la joie à quelqu'un, le combler de joie. Tressaillir de joie. Pleurer de joie. Nager dans la joie. Il ne se sent pas de joie. La joie paraissait sur son visage. Dans la joie où elle était de le revoir, qu'elle avait à le revoir. J'ai eu la joie de les voir unis. J'en ai eu bien de la joie. Je prends part à votre joie. Je vous servirai avec joie. Cette nouvelle remplit la ville de joie. Il se dit aussi quelquefois, au pluriel, pour Plaisirs, jouissances. Les joies d'une mère. Vivre dans les joies du monde. Les joies du paradis. Une fille de joie. Voyez FILLE. Feu de joie. Voyez FEU. Fam., Que le ciel vous tienne en joie, Ancien souhait de politesse. Fam., Être dans la joie de son cœur, Être transporté de joie. Faire la joie, être la joie de quelqu'un, Être pour lui un grand sujet de joie, faire son bonheur. Ce jeune homme est la joie de ses parents. Ce fils fait la joie de sa mère. S'en donner à cœur joie. Voyez CŒUR.

JOIE se prend aussi pour Gaieté, humeur gaie. Cet homme est toujours en joie. Son air inspire la joie. La joie bruyante des convives.

Joie : définition du Littré (1872-1877)

JOIE (joî ; d'après Bèze, au XVIe siècle on prononçait joi-ye ; d'autres prononçaient, ce qu'il blâme, jo-ye) s. f.
  • 1Plaisir de l'âme. Ceux dont il a gagné la croyance et l'appui Prendront-ils même joie à n'obéir qu'à lui ? Corneille, Sert. I, 1. À ces mots le corbeau ne se sent pas de joie, La Fontaine, Fabl. I, 2. Je sortais et j'ai joie à vous voir de retour, Molière, Tart. I, 5. Trouvant sa plus grande joie dans le Dieu qui le charme, il [l'homme] s'y porte [vers le bien] infailliblement de lui-même par un mouvement tout libre, tout volontaire, tout amoureux, Pascal, Prov. XVIII. Une chose qui comble de joie Mme de Rohan, Sévigné, 9. Le beau temps ne vous est de rien ; vous y êtes trop accoutumée ; pour nous, nous voyons si peu le soleil, qu'il nous fait une joie particulière, Sévigné, 10 nov. 1675. Je suis touchée d'une véritable joie que vous ayez au moins tiré de vos malheurs… la connaissance de ce que vous êtes, Sévigné, Lett. à Bussy, 22 juill. 1685. Tout brille de joie dans cette province de l'arrivée du chevalier de Tourville à Brest, Sévigné, 6 août 1689. La perte d'Annibal eût fait la joie des seigneurs [à Carthage], Bossuet, Hist. III, 6. Si elle eut de la joie de régner sur une grande nation, c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire du bien, Bossuet, Reine d'Anglet. Le cardinal [Mazarin] fait la paix avec avantage ; au plus haut point de sa gloire, sa joie est troublée par la triste apparition de la mort, Bossuet, le Tellier. Les cœurs sont saisis d'une joie soudaine par la grâce inespérée d'un beau jour d'hiver, Bossuet, Mar.-Thér. Cette joie sensible qu'elle avait à croire lui fut continuée quelque temps, Bossuet, Anne de Gonz. Il met en joie le ciel et la terre, Bossuet, Lett. abb. 102. Cette joie intérieure et spirituelle dont Dieu remplit une âme qui le cherche en vérité, et qui ne cherche que lui, Bourdaloue, 3e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 119. Il trépigne de joie, il pleure de tendresse, Boileau, Art p. I. Elle [l'élégie] peint des amants la joie et la tristesse, Boileau, ib. II. Et ma joie à vos yeux n'ose-t-elle éclater ? Racine, Iph. II, 2. Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie, Racine, Esth. II, 1. Ah ! qu'un seul des soupirs que mon cœur vous envoie, S'il s'échappait vers elle, y porterait de joie ! Racine, Andr. I, 4. Quelle joie D'enlever à l'Épire une si belle proie ! Racine, ib. II, 3. Il s'élève en la mienne [âme] une secrète joie, Racine, ib. I, 1. Une riante troupe Semble boire avec lui la joie à pleine coupe, Racine, Esth. II, 9. Le ciel s'est fait sans doute une joie inhumaine à rassembler sur moi tous les traits de sa haine, Racine, Iph. II, 1. Je veux que tous les cœurs soient heureux de ma joie, Voltaire, Zaïre, III, 1. Une joie féroce succède tout à coup au noir chagrin qui dévorait ces brigands, Raynal, Hist. phil. x, 10. Tu te fais une joie orgueilleuse et cruelle, D'attacher sur mon front une honte éternelle, Delavigne, Vêpr. sic. III, 2.

    Que le ciel vous tienne en joie, ancien souhait de politesse. Le ciel vous tienne tous en joie, Molière, Tart. V, 4.

    On a dit de même : Que la joie soit avec vous. Il salua Tobie, et lui dit : que la joie soit toujours avec vous, Sacy, Bible, Tobie, V, 11.

    Cris de joie, cris que l'on pousse dans un transport de joie. Fasse le juste ciel, propice à mes désirs, Que ces longs cris de joie étouffent vos soupirs ! Corneille, Pomp V, 5.

    Avoir la joie d'une chose, en jouir. L'un se baissait déjà pour amasser la proie ; L'autre le pousse et dit : il est bon de savoir Qui de nous en aura la joie, La Fontaine, Fabl. IX, 9.

    Être à la joie de son cœur, être dans la joie de son cœur, être transporté de joie. Me voici à la joie de mon cœur, toute seule dans ma chambre à vous écrire paisiblement, Sévigné, 13 mars 1671. M. Despréaux est à la joie de son cœur, depuis qu'il a vu…, Racine, Lettre XXXII, à son fils.

    Faire la joie, être la joie de quelqu'un, être pour lui un grand sujet de joie, faire son bonheur. Ô mon fils ! ô ma joie ! ô l'honneur de mes jours, Corneille, Hor. IV, 2. En attendant qu'elle [une princesse] fasse la félicité d'un grand prince et la joie de toute la France, Bossuet, Reine d'Anglet.

    Se donner au cœur joie, ou à cœur joie de quelque chose, en jouir pleinement, abondamment, s'en rassasier.

    On dit dans le même sens : s'en donner à cœur joie.

    Feu de joie, voy. FEU, n° 10.

    Fig. Il [un prince] fut défait entièrement [par le czar Pierre] ; et la relation porte qu'on fit de son pays un feu de joie, Voltaire, Russ. II, 16.

  • 2 Au plur. Plaisirs, jouissances. Les joies du paradis. Nos jours, filés de toutes soies, Ont des ennuis comme des joies, Malherbe, VI, 24. C'est vous qui faites ici toutes mes joies, Voiture, Lettre 30. Les joies temporelles couvrent les maux éternels qu'elles causent, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 2. Dans la solitude de Sainte-Fare… dans cette sainte montagne où les joies de la terre étaient inconnues, Bossuet, Anne de Gonz. Oubliant le caractère de désolation qui fait le soutien comme la gloire de son état [veuvage], elle s'abandonne aux joies du monde, Bossuet, ib. Des douceurs préférables à toutes les joies et à tous les plaisirs des sens, Bourdaloue, Serm. 17e dim. après la Pentec. Domin. t. IV, p. 75. Vous disiez… au milieu de vos joies insensées… qu'il faut laisser parler le monde, Massillon, Carême, Resp. hum. Il vaudrait toujours mieux s'affliger avec le peuple de Dieu, que participer aux joies fades et puériles des enfants du siècle, Massillon, Carême, Dégoûts. On rappelle avec complaisance les joies des premières années, Massillon, Carême, Délai de la conv. Cette paix, ces plaisirs, ces innocentes joies Que Dieu garde aux tribus qui marchent dans ses voies, Delavigne, Paria, II, 5. Souvent dans ses desseins Dieu suit d'étranges voies, Lui qui livre Satan aux infernales joies, Et Marie aux saintes douleurs, Hugo, Odes, I, 2.

    Les quinze Joies du mariage, titre d'un ouvrage satirique du XVe siècle, où sont dénombrés les inconvénients du mariage.

  • 3Gaieté, humeur gaie. La joie bruyante des convives. À Piéton, près de ce corps redoutable que trois puissances réunies avaient assemblé, c'était dans nos troupes de continuels divertissements ; toute l'armée était en joie, et jamais elle ne sentit qu'elle fût plus faible que celle des ennemis, Bossuet, Louis de Bourbon. Aux accès insolents d'une bouffonne joie La sagesse, l'esprit, l'honneur furent en proie, Boileau, Art p. III. La princesse aimait à donner chez elle des fêtes, des divertissements, des spectacles, mais elle voulait qu'il y entrât de l'idée, de l'invention, et que la joie eût de l'esprit, Fontenelle, Malézieu.

    Vive la joie ! cri de gens qui s'amusent et qui veulent continuer à s'amuser.

    Aimer la joie, aimer les plaisirs. Mon père a un peu trop aimé la joie, ce qui n'enrichit pas une famille, Marivaux, Marianne, 6e part.

    Une fille de joie, une prostituée. Ni qu'en ma chambre une fille de joie Passe la nuit, La Fontaine, Court.

  • 4 Terme d'alchimie. Joie des philosophes, la pierre arrivée au blanc parfait.

REMARQUE

On dit : j'ai de la joie à vous voir, parce que à est régi par j'ai ; mais : j'ai la joie de vous voir, je n'ai pas eu la joie de vous voir, parce que de est régi par joie.

HISTORIQUE

XIe s. Il l'abat mort, paien en ont grant joie, Ch. de Rol. CXXI.

XIIe s. Il n'i fit joie ne cheveluz ne chauz [chauve], Ronc. 149. À joie [ils] s'en departent vers France cele part, Saxons, XXIX.

XIIIe s. Et sa mere en commence de la joie à pleurer, Berte, III. Ris et soulas et joie m'ont bien clamée quitte, ib. XXXVII. Mais Diex qui est donnerres de joie souveraine, ib. L. Si n'avoit el [Largesse] joie de rien Cum quant el pooit dire, tien, la Rose, 1137. Et quant j'oi une piesce [quelque temps] demouré à loinville, et je oy fetes mes besoignes, je me muz vers le roy, leque ! je trouvai à Soissons, et me fist si grant joie, que touz ceulz qui là estoient s'en merveillerent, Joinville, 289.

XVe s. Mon seul amv, mon bien, ma joye, Celui que sur tous amer veulx, Je vous pry que soyez joyeux En esperant que brief vous voye, Orléans, Bal. 36.

XVIe s. Ceste nouvelle joye survenue par dessus l'aise de la victoire, Amyot, Mar. 38. Le peuple tout incontinent en voulut faire des feux de joye, Amyot, Phoc. 23. Joye au cœur fait beau teint, Leroux de Lincy, Prov. t. II, 323. On meurt bien de joie, Leroux de Lincy, ib. p. 361. Pour une joie mille douleurs, Leroux de Lincy, ib. p. 31.

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Joie : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

JOIE, s. f. (Philos. morale.) émotion de l’ame causée par le plaisir ou par la possession de quelque bien.

La joie, dit Locke, est un plaisir que l’ame goûte, lorsqu’elle considere la possession d’un bien présent ou à venir comme assurée ; & nous sommes en possession d’un bien, lorsqu’il est de telle sorte en notre puissance que nous pouvons en jouir quand nous voulons. Un homme blessé ressent de la joie lorsqu’il lui arrive le secours qu’il desire, avant même qu’il en éprouve l’effet. Le pere qui chérit vivement la prospérité de ses enfans, est en possession de ce bien aussi longtems que ses enfans prosperent ; car il lui suffit d’y penser pour ressentir de la joie.

Elle differe de la gaieté, voyez Gaieté. On plaît, on amuse, on divertit les autres par sa gaieté ; on pame de joie, on verse des larmes de joie, & rien n’est si doux que de pleurer ainsi.

Il peut même arriver que cette passion soit si grande, si inespérée, qu’elle aille jusqu’à détruire la machine ; la joie a étouffé quelques personnes. L’histoire grecque parle d’un Policrate, de Chilon, de Sophocle, de Diagoras, de Philippides, & de l’un des Denis de Sicile, qui moururent de joie.

L’histoire romaine assure la même chose du consul Manius Juventius Thalna, & de deux femmes de Rome, qui ne purent soutenir le ravissement que leur causa la présence de leur fils après la déroute arrivée au lac de Trasymène ; mes garans sont Aulugelle, liv. III. chap. xv. Valere Maxime, liv. IX. chap xij. Tite-Live, liv. XXII. chap. vij. Pline, liv. VII. chap. liij. & Ciceron dans ses Tusculanes.

L’histoire de France nomme la dame de Châteaubriant que l’excès de joie fit expirer tout d’un coup, en voyant son mari de retour du voyage de Saint Louis.

J’ai lu d’autres exemples semblables dans les écrits des Médecins, comme dans les Mémoires des curieux de la nature, Décur. 2. ann. 9, observ. 22 ; dans Kornman, de mirac. mortuor. part. IV. cap. cvj. & dans le Journal de Leipsick, année 1686. p. 284.

Mais sans m’arrêter à des faits si singuliers, & peut-être douteux en partie, il y a dans les Actes des Apôtres un trait plus simple qui peint au naturel le vrai caractere d’une joie subite & impétueuse. Saint Pierre ayant été tiré miraculeusement de prison, vint chez Marie mere de Jean, où les fideles étoient assemblés en prieres ; quand il eut frappé à la porte, une fille nommée Rhode, ayant reconnu sa voix, au lieu de lui ouvrir, courut vers les fideles avec des cris d’allégresse, pour leur dire que saint Pierre étoit à la porte.

Si la gaieté est un beau don de la nature, la joie a quelque chose de céleste ; non pas cette joie artificielle & forcée, qui n’est que du fard sur le visage ; non pas cette joie molle & folâtre dont les sens seuls sont affectés, & qui dure si peu ; mais cette joie de raison, pure, égale, qui ravit l’ame sans la troubler ; cette joie douce qui a sa racine dans le cœur, enfin cette joie délectable qui a sa source dans la vertu, & qui est la compagne fidelle des mœurs innocentes ; nous ne la connoissons plus aujourd’hui, nous y avons substitué un vernis qui s’écale, un faux brillant de plaisir ; & beaucoup de corruption. (D. J.)

Joie, Gaieté, (Synon.) ces deux mots marquent également une situation agréable de l’ame, causée par le plaisir ou par la possession d’un bien qu’elle éprouve ; mais la joie est plus dans le cœur, & la gaieté dans les manieres ; la joie consiste dans un sentiment de l’ame plus fort, dans une satisfaction plus pleine ; la gaieté dépend davantage du caractere, de l’humeur, du tempérament ; l’une sans paroître toujours au dehors, fait une vive impression au dedans ; l’autre éclate dans les yeux & sur le visage : on agit par gaieté, on est affecté par la joie. Les degrés de la gaieté ne sont ni bien vifs, ni bien étendus ; mais ceux de la joie peuvent être portés au plus haut période ; ce sont alors des transports, des ravissemens, une véritable ivresse. Une humeur enjouée jette de la gaieté dans les entretiens ; un évenement heureux répand de la joie jusques au fond du cœur ; on plaît aux autres par la gaieté, on peut tomber malade & mourir de joie. (D. J.)

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Étymologie de « joie »

Étymologie de joie - Littré

Provenç. gaug, gauch, guaug, gaut, s. m., et joi, s. m., et joia, s. f. ; cat. gotg, s. m. ; anc. espagn. gaudio ; espagn. mod. gozo et aussi joya ; ital. gaudio et gioia ; du latin gaudium. Les formes féminines viennent du pluriel gaudia, selon l'usage de l'ancienne langue qui des pluriels neutres latins a tiré des noms féminins, comme merveille, Bible, etc.

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Étymologie de joie - Wiktionnaire

(Nom 1) Du latin gaudia → voir gaudel.
(Nom 2) Du latin jocus → voir joiel.
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Étymologie de joie - Wiktionnaire

Du latin gaudia, pluriel de gaudium, pris pour un féminin singulier en latin populaire. (Vers 1050) goie.
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Phonétique du mot « joie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
joie ʒwa play_arrow

Citations contenant le mot « joie »

  • Le titre sonne comme une antiphrase, à moins qu’on ne classe parmi les manifestations de joie le rire sardonique et l’hilarité désespérée. Pourtant, l’unité de ton y est si impressionnante qu’en le refermant, malgré la diversité des personnages essentiellement féminins, on pourrait croire avoir lu un roman. L’héroïne est le plus souvent une Irlandaise peu optimiste sur ses pareilles, dont les caractéristiques principales sont « l’avilissement volontaire » et « la dépendance à la douleur ». Le Monde.fr, « Dans la joie et la bonne humeur », de Nicole Flattery : le feuilleton littéraire de Camille Laurens
  • FC Metz : Oukidja respire la joie , FC Metz : Oukidja respire la joie
  • "Je suis très heureux, il y a beaucoup de joie, a confié Marcelo Bielsa ce dimanche en conférence de presse. Les gens attendaient cette promotion avec beaucoup d'espoir. Il n'est pas difficile d'imaginer le bonheur qu’ils ressentent en ce moment. Bien sûr, le trophée me rend heureux, mais ce qui me rend vraiment heureux, c'est le fait d’avoir fait partie de ce projet avec ce groupe de joueurs pendant ces deux années. Je voudrais remercier nos joueurs et je voudrais dédier cet exploit à nos supporters." Comme le rapporte le site Leeds Live, la fête était totale ce dimanche dans la ville du nord de l’Angleterre. RMC SPORT, Leeds: les images fortes de la fête et de la joie de Bielsa
  • Tout désirer : chagrin ; tout accepter : joie. De Proverbe indien
  • La joie est suspendue à des épines. De Proverbe allemand
  • La moindre joie ouvre sur un infini. De Christian Bobin / Geai
  • La joie ne se mesure pas. De Jacques Meunier / Les Gamins de Bogota
  • L'énergie est la joie éternelle. De William Blake
  • Pour une joie, mille douleurs. De Proverbe français
  • Sans joie, pas de malheur. De Woody Allen
  • Toute vie a sa joie ; toute joie a sa loi. De Proverbe scandinave
  • La joie rend impuissant. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • La joie partagée grandit. De Massa Makan Diabaté / Le Lieutenant de Kouta
  • Petite aumône, grande joie. De Homère / Odyssée
  • Filles de joie. La joie de qui ? De Benoîte Groult
  • La tristesse pure est aussi impossible que la joie pure. Lev [en français Léon] Nikolaïevitch, comte Tolstoï, Guerre et Paix, livre IV, 4e partie, 1
  • Joie, belle étincelle divine, Fille de l'Élysée, Nous pénétrons, ivres de ta flamme, Ô Céleste, dans ton sanctuaire. Friedrich von Schiller, À la joie An die Freude neuvième symphonie de Beethoven
  • La joie est un escargot rampant. Le malheur un coursier sauvage. Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, Vladimir Ilitch Lénine
  • Toute beauté est joie qui demeure. John Keats, Endymion
  • Dieu aime qui donne avec joie. , Saint Paul, Épîtres aux Corinthiens, IIe, IX, 7
  • Je trouverai ma joie à leur faire du bien. , Ancien Testament, Jérémie XXXII, 41
  • Dans la vie, des principes rigoureux donnent, dit-on, plus de déceptions que de joies. Euripide, Hippolyte, 261-262 (traduction Méridier)
  • La joie est le passage de l'homme d'une moindre à une plus grande perfection. Baruch Spinoza, L'Éthique, Livre III
  • Le désir qui naît de la joie est plus fort, toutes choses égales d'ailleurs, que le désir qui naît de la tristesse. Baruch Spinoza, L'Éthique, Livre IV
  • L'amour est la joie, accompagnée de l'idée d'une cause extérieure. Baruch Spinoza, L'Éthique, Livre III
  • L'Empire des joies défendues n'a pas de déclin. Victor Segalen, Stèles, Plon
  • Ce n'est pas tellement vers la joie, vers la peine, qu'on a choisi d'aller. On a choisi d'aller vers autre chose. Henri Pourrat, À la belle bergère, Albin Michel
  • La joie comme la peine se mesurent au centigramme. Benjamin Péret, Le Grand Jeu, As de pique , Gallimard
  • Joie, Joie, Joie, pleurs de joie. Blaise Pascal, Mémorial
  • Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. Marcel Pagnol, Le Château de ma mère, Pastorelly
  • Les tourterelles se fuyaient : Plus d'amour, partant plus de joie. Jean de La Fontaine, Fables, les Animaux malades de la peste
  • Les joies des hommes sont aussi horribles que leurs douleurs. Pierre Jean Jouve, Le Monde désert, Mercure de France
  • Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière petite goutte nous fait encore vivre. Jean Giono, Que ma joie demeure, Grasset
  • On appelle bonheur un concours de circonstances qui permette la joie. Mais on appelle joie cet état de l'être qui n'a besoin de rien pour se sentir heureux. André Gide, Divers, Gallimard
  • Souvent une fausse joie vaut mieux qu'une tristesse dont la cause est vraie. René Descartes, Les Passions de l'âme
  • Lorsque l'esprit est plein de joie, cela sert beaucoup à faire que le corps se porte mieux et que les objets présents paraissent plus agréables. René Descartes, Correspondance, à Élisabeth, octobre ou novembre 1646
  • J'ose croire que la joie intérieure a quelque secrète force pour se rendre la fortune plus favorable. René Descartes, Correspondance, à Élisabeth, octobre ou novembre 1646
  • Il ne faut pas compter sur la pitié des hommes quand ils peuvent se donner l'importante joie de punir. Marceline Desbordes-Valmore, Correspondance, à Prosper Valmore, 17 novembre 1839
  • Fais-leur comprendre qu'ils n'ont d'autre devoir au monde que de la joie ! Paul Claudel, Le Père humilié, II, 2, le pape Pie , Gallimard
  • La joie est une brûlure qui ne se savoure pas. Albert Camus, La Peste, Gallimard
  • Ô mort ! éloigne-toi de notre pensée, et laisse-nous tromper pour un peu de temps la violence de notre douleur par le souvenir de notre joie. Jacques Bénigne Bossuet, Oraison funèbre d'Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans
  • Je n'ai aucune espèce de joie à faire le bonheur des gens qui ne me plaisent pas. Paul, dit Tristan Bernard, Jules, Juliette et Julien, L'Illustration
  • La joie est le nerf de toutes les affaires humaines. Pierre Bayle, Pensées diverses sur la comète
  • La joie ne peut éclater que parmi des gens qui se sentent égaux. Honoré de Balzac, La Vendetta
  • Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Calligrammes, le Musicien de Saint-Merry , Gallimard
  • La joie venait toujours après la peine. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Alcools, le Pont Mirabeau , Gallimard

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Traductions du mot « joie »

Langue Traduction
Corse gioia
Basque alaitasuna
Japonais 喜び
Russe радость
Portugais alegria
Arabe فرح
Chinois 喜悦
Allemand freude
Italien gioia
Espagnol alegría
Anglais joy
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Synonymes de « joie »

Source : synonymes de joie sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « joie »


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