Plaisir : définition de plaisir


Plaisir : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PLAISIR1, subst. masc.

I.
A. − État affectif agréable, durable, que procure la satisfaction d'un besoin, d'un désir ou l'accomplissement d'une activité gratifiante. Elle se laissa prendre et baiser la main sans témoigner ce plaisir intime dont j'étais averti par son frissonnement de sensitive (Balzac,Lys, 1836, p.188):
1. Quand Suzanne retirait les quelques épingles maîtresses, ses beaux cheveux, affranchis, lui coulaient sur les épaules et la jeune femme, à cette caresse fluide, éprouvait un plaisir étrange, voisin de la volupté. Duhamel,Suzanne, 1941, p.292.
Faire durer le plaisir. V. durer I A 2 c.
SYNT. Ressentir un mouvement, une sensation, un sentiment de plaisir; gâcher le plaisir de qqn; goûter un plaisir (+ adj.); priver qqn d'un plaisir, du plaisir de faire qqc.; éprouver un malin plaisir à faire qqc.; plaisir divin, doux, extrême, indicible, infini, innocent, intérieur, pur, rare, sans mélange, vif; plaisir médiocre, mélancolique, triste.
1. En partic.
a) [Plaisir est constr. avec un compl. prép. introd. par de (plus rarement à) ou un adj.]
α) [Le compl. ou l'adj. désigne l'événement ou l'activité qui procure du plaisir; constr. avec un compl. nom. ou un inf.] Le plaisir de la chasse; ne pas résister au plaisir de faire qqc. Il (...) ouvrit une large bouche, et l'oeil à demi fermé, l'oreille tendue, vous auriez dit qu'il savourait par tous les sens le plaisir de la vengeance (Janin,Âne mort, 1829, p.91).
β) [Le compl. ou l'adj. désigne un type de plaisir ou le siège d'une sensation agréable procurant l'état de plaisir]
[Constr. avec un compl. nom.] Le plaisir du corps, des sens. Je vois des gens qui paraissent boire uniquement pour le plaisir de la bouche, pour le goût (Senancour,Obermann, t.2, 1840, p.101).Les images et les mouvements employés ne seront pas là seulement pour le plaisir extérieur des yeux ou de l'oreille, mais pour celui plus secret et plus profitable de l'esprit (Artaud,Théâtre et son double, 1938, p.149).
[Le compl. nom. n'est pas précédé de l'art.] Le plaisir d'amour. Je goûte un plaisir d'amertume et aussi un plaisir de noblesse, car d'une autre manière il n'y a pas tant de canailles, il y a de l'humanité chez tous (Barrès,Cahiers, t.5, 1907, p.135).Un plaisir qui n'est pas du tout (...) un plaisir d'amitié, mais un plaisir intellectuel et désintéressé, une sorte de plaisir d'art (Proust,Guermantes 2, 1921, p.414).
[Constr. avec un adj.] Plaisir charnel, intellectuel, physique, sensuel, sexuel; plaisir musical. Procurer au spectateur une sorte de plaisir à la fois esthétique et mathématique s'adressant à l'oeil et à l'esprit (Arts et litt., 1935, p.76-15).V. amour ex. 172.
b) Loc. adv., adj., prép.
α) [Combiné avec à]
À mon/ton... plaisir (vieilli). Comme il plaît et/ou autant qu'il plaît à quelqu'un. Synon. à mon/ton... gré, à ma/ta... guise.L'Anglais vainqueur consentait à épargner les habitants, moyennant qu'on lui livrât les plus considérables de la bourgeoisie pour en faire à son plaisir (Proudhon,Propriété, 1840, p.162).Périnet, Poiresson, Henri de Vouthon lui firent bon visage et la retinrent chez eux où elle but et mangea à son plaisir (A. France,J. d'Arc, t.2, 1908, p.453).
À plaisir Vx. En y apportant beaucoup de soin de manière à faire plaisir. Cela est travaillé à plaisir (Ac.1798-1935).Et [le fleuve], superbe, à plaisir prodiguant les détours, S'avance vers la ville aux immenses faubourgs (Samain,Chariot, 1900, p.228).Empl. p.iron. Synon. extrêmement.[Un] joli garçon (...) ne déparant point trop le salon d'une femme à la mode; du reste, ignorant à plaisir, et sachant à peine écrire (Stendhal,Chartreuse, 1839, p.13).
En ne se réglant que sur son caprice, sans justification raisonnable. Synon. par caprice, sans raison.On a reproché à M. Sully-Prudhomme d'avoir accumulé les difficultés comme à plaisir. Non à plaisir, mais à dessein, et le reproche tombe puisqu'il les a vaincues (Lemaitre,Contemp., 1885, p.74).[Modifiant un verbe désignant une activité, un état pénible] Se tourmenter, s'inquiéter à plaisir. Quant à Julie, je te permets de la plaindre, car elle s'entête dans une idée folle... Elle fait son malheur à plaisir (Fromentin,Dominique, 1863, p.227).
Rare, vieilli. Avec plaisir. Nous avons affaire en sa personne [Joinville] à un homme qui parle sincèrement de lui-même, et c'est pour cela que nous l'écoutons si à plaisir et que nous l'aimons (Sainte-Beuve,Caus. lundi, t.8, 1853, p.522).
(Être) tout au plaisir de. Il ne pensait quasi à rien, tout au plaisir de sa promenade (Genevoix,Raboliot, 1925, p.186).
β) [Combiné avec avec] Avec bien du plaisir, beaucoup de plaisir, grand plaisir. Julien (...) entendait discuter auprès de lui la question de savoir si ce retard était de bon ou de mauvais augure. Il vit avec plaisir que tous les voeux étaient pour lui (Stendhal,Rouge et Noir, 1830, p.483).J'ai relu avec plaisir ses jolis poèmes, frais, acidulés, avec beaucoup de réminiscences, d'influences, mais voulues et choisies (Larbaud,Journal, 1934, p.287).
γ) De plaisir. [Constr. avec un verbe ou un adj. décrivant un état ou un comportement] Les yeux du capitaine Benoît pétillaient de plaisir en contemplant avec amour le portrait de ce qu'il appelait son épouse (Sue,Atar-Gull, 1831, p.2).Elle était infiniment belle, lumineuse de plaisir quand elle riait (Hamp,Marée, 1908, p.73).
Du plaisir de + inf., subst., loc. prép., rare. Te voilà bien rétablie, mon adorable Joséphine; je brûle du plaisir de te voir (Napoléon Ier, Lettres Joséph., 1796, p.52).Elle s'assit sur le talus, toute frémissante encore du plaisir de la découverte (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p.76).
SYNT. Frissonner, rayonner, rougir, trembler de plaisir; être ivre, rouge de plaisir, (avoir) les yeux brillants, humides de plaisir.
δ) Par plaisir. Sur son ami Christodule nous prouva qu'il ne faisait pas le mal par plaisir. C'est un homme sobre et qui ne s'enivre de rien. Pas même de sang (About,Roi mont., 1857, p.30).Tout en marchant, par plaisir il imita le sillement du jars (Guèvremont,Survenant, 1945, p.81).
ε) [Combiné avec pour]
Pour + poss. + plaisir. Ces voyages-là m'ayant beaucoup ennuyé, quand je n'ai plus eu d'affaires, j'ai voulu voyager pour mon plaisir (Senancour,Obermann, t.2, 1840, p.142).[Il] n'a jamais écrit que pour son plaisir, rebutant toute idée et tout projet qui ne s'est pas présenté à lui comme un plaisir assez vif, pour avoir le caractère ou plutôt les caractères d'une haute entreprise amoureuse (Larbaud,Journal, 1935, p.350).
Pour le plaisir. Je ne puis croire que vous vous amusiez à m'intriguer, pour rien... pour le plaisir. Après tout, il s'agit d'une affaire sérieuse, que diable! (Bernanos,Crime, 1935, p.791).
Pour le plaisir de + inf., loc. prop. Peu à peu Marius lui-même prit goût à cette amourette, commencée par bravade et continuée pour le plaisir de vexer Madame Grandfief (Theuriet,Mariage Gérard, 1875, p.192).Dans les corporations ouvrières (...) on s'associait avant tout pour le plaisir de vivre ensemble (Durkheim,Divis. trav., 1902, p.xiv).
ζ) [Combiné avec sans] Je suis en train de lire du de Maistre −non sans plaisir. Lire ça et Stendhal si opposé, c'est excitant (Valéry,Corresp.[avec Gide], 1897, p.287).
c) Loc. verb.
α) [Combiné avec avoir] Avoir du plaisir (vieilli), un plaisir + (groupe déterm.), (expr. quantifiante) + plaisir, avoir plaisir à faire qqc., avoir le plaisir de faire qqc. Je fais souvent du bien pour avoir du plaisir (Florian,Fables,1792,p.134).«(...) Que j'ai de plaisir auprès de vous!» ajoutait-elle quelquefois. «Quel bonheur m'a procuré notre liaison!...» (Restif de La Bret.,M. Nicolas, 1796, p.164):
2. Je lis (...) les Premiers poèmes de Régnier (...). Il y a des choses qu'on a plaisir à se lire à voix basse. Des vers admirables. Le rythme est un peu indécis encore. Mais que je l'aime, cet homme! Avec tous ses défauts insupportables et délicieux. Rivière,Corresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p.295.
β) [Combiné avec donner] Donner un plaisir + (groupe déterm.), (expr. quantifiante) + plaisir, donner du plaisir à qqn à faire qqc., (se) donner le plaisir de qqc., de faire qqc. [La chasse] le seul délassement sans mollesse, le seul qui donne un plaisir vif sans langueur, sans mélange et sans satiété (Jouy,Hermite, t.4, 1813, p.185).Elles résolurent de dîner ensemble, et se donnèrent le plaisir d'un repas tout à fait conforme aux saines doctrines (Gobineau,Pléiades, 1874, p.118):
3. ... pour me donner du plaisir à plonger, ce que je détestais parce que cela me coupait la respiration, elle remettait en cachette à mon guide baigneur de merveilleuses boîtes en coquillages et des branches de corail que je croyais trouver moi-même au fond des eaux. Proust,J. filles en fleurs, 1918, p.500.
γ) [Combiné avec être] C'est plaisir, un plaisir (pour qqn) (que) de faire qqc., le (seul, grand) plaisir de qqn est de faire qqc. Quel visionnaire aimé de Dieu que mon grand et pauvre Henry de Groux! C'est plaisir de le voir jouir de son succès, lequel est évident et considérable (Bloy,Journal, 1892, p.27).Le seul plaisir de Jean Péloueyre était de penser que la main de Noémi à ce papier s'appuya, −que l'ongle de son petit doigt avait creusé cette ligne sous chaque mot (Mauriac,Baiser Lépreux, 1922, p.183).Ce nous était un plaisir toujours excitant que de partir, comme pour une expédition, pour le boulevard Maillot (Blanche,Modèles, 1928, p.43).
C'est un plaisir à + inf., p.ell. c'est un plaisir, un vrai plaisir. [Empl. fam. comme formule d'appréciation positive] Oh! Si monsieur et madame voyaient mademoiselle!... Elle dort, oh! elle dort, ainsi qu'un Jésus... On n'a pas idée de ça, c'est un plaisir à regarder (Zola,Germinal, 1885, p.1196).Regardant les autres élèves, elle conclut: −À la bonne heure!... Voilà ce qui s'appelle des leçons sues... C'est un plaisir! (Gyp,Souv. pte fille, 1928, p.128).
δ) [Combiné avec faire]
Faire plaisir
[Le suj. désigne une pers.] Faire plaisir à qqn. Il y a vraiment chez la princesse une grande préoccupation de faire plaisir aux gens. Elle aime les petites surprises, les petits cadeaux (Goncourt,Journal, 1865, p.203).Fais dodo, mon chéri... Fais dodo, pour me faire plaisir (Zola,Débâcle, 1892, p.532).
[Le suj. désigne une chose] Faire plaisir (à qqn), un plaisir + (groupe déterm.), bien, grand plaisir à qqn, le plaisir de qqn; ça fait plaisir (à qqn) de faire qqc. La vallée de Campan vous fera plaisir; le Tourmalet vous désolera (Dusaulx,Voy. Barège, t.1, 1796, p.264).Tes lettres font le plaisir de mes journées et mes journées heureuses ne sont pas fréquentes (Napoléon Ier, Lettres Joséph., 1796, p.28).Comme disait Chouteau, ça faisait plaisir, de ne plus obéir à personne, de flâner à sa fantaisie (Zola,Débâcle, 1892, p.442).
[P. méton. du compl. introd. par à] Honoré ne se dissimulait pas qu'il n'y avait rien dans le corsage de sa femme qui fît plaisir à la main (Aymé,Jument, 1933, p.65).
Qqc. fait plaisir (à qqn) à + inf.Faire plaisir à voir, à entendre. Allons, ne faites donc pas l'indifférent, et avouez que la chose vous a fait plaisir à recevoir (Dumas père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.568).Ce tournoi est élégant et fait plaisir à suivre jusqu'au bout (Amiel,Journal, 1866, p.183).
À faire plaisir, loc. adv., rare. J'espère que ce sera joli (...) sans compter que MlleTiennette et moi nous jouerons des castagnettes à faire plaisir (Guilbert de Pixér.,Coelina, 1801, ii, 2, p.27).
P. iron. Synon. à plaisir.Il est bête à faire plaisir, ton officier; que peux-tu faire de cela? (Musset,Lorenzaccio, 1834, i, 5, p.113).
Se faire plaisir; se faire un plaisir + (groupe déterm.), le plaisir de faire qqc.; se faire plaisir, un plaisir de qqc. Une amère douceur de vengeance, un sentiment âcre et douloureux, dont il se faisait un plaisir (Bourges,Crépusc. dieux, 1884, p.252).Fanny, je te jure que jamais un homme n'a fait une action aussi égoïste que moi en ce moment. Je me fais plaisir, voilà la vérité (Pagnol,Fanny, 1932, ii, 6, p.138).Il se demandait à quoi il pourrait bien penser pour se faire un petit plaisir (Sartre,Être et Néant, 1943, p.226).
Se faire un plaisir de faire qqc. M. Birton et son épouse se firent un plaisir de présenter Suzette aux autels (Fiévée,Dot Suzette, 1798, p.216).Elle avait bon coeur, et le vieux David se faisait un plaisir de la proclamer le modèle accompli de son sexe (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz, 1864, p.66).
ε) [Combiné avec prendre] Prendre du plaisir, son plaisir, un plaisir + (groupe déterm.), (expr. quantifiante) + plaisir, dans qqc., à qqc., à faire qqc. Je prenais du plaisir dans cette ascension, et je me sentais toujours plus actif, plus animé (...) j'étais heureux (Maine de Biran,Journal, 1816, p.192).Je me liai vite avec tous les trois, et je prenais un plaisir particulier à la compagnie de Fabrizio (Gracq,Syrtes, 1951, p.27):
4. Il faisait aussi bien de prendre son plaisir par avance, car ensuite il dut déchanter: au terme de cette fouille géante, pas la moindre victuaille suspecte, pas le moindre objet prohibé, rien qui pût établir que nous eussions jamais entretenu la plus petite relation avec l'extérieur. Ambrière,Gdes vac., 1946, p.329.
Loc. Prendre son plaisir où on le trouve. Tirer parti, tirer du plaisir de toutes les circonstances même fâcheuses. Je consens pourtant que mon argile serve de gabion à ma patrie. Peu de ministres, et peu de ministres triomphants, se sont occupés de leur tombeau: chacun prend son plaisir où il le trouve (Chateaubr.,Mém., t.3, 1848, p.211).
ζ) [Combiné avec trouver] Trouver plaisir, du plaisir, son plaisir, un plaisir + (groupe déterm.), (expr. quantifiante) + plaisir dans qqc., à faire qqc.; trouver le plaisir de faire qqc. quelque part. Elle trouvait un plaisir extrême à se promener à ses côtés (Stendhal,Rouge et Noir, 1830, p.350).Celui qui, par sentiment du devoir ou pour demeurer fidèle à un idéal, donne sa vie, c'est qu'il trouve plaisir dans son dévouement même et se satisfait dans son sacrifice (Gide,Journal, 1943, p.200).V. dégoût ex. 7.
Se trouver du plaisir à faire qqc. Il n'y a, parmi les maisons où je vais, que sa maison où je me trouve du plaisir à aller (Goncourt,Journal, 1894, p.518).
η) [Combiné avec il y a] Il y a plaisir, du plaisir, (expr. quantifiante) + plaisir à faire qqc. Il y a plaisir à voir les géomètres bailler, tousser, cracher, ricaner, lorsqu'on y lit [à l'Académie Royale des Sciences] un mémoire de chimie (Marat,Pamphlets, Charlatans mod., 1791, p.287).Que ses bras sont musculeux, et qu'il y a du plaisir à le regarder bêcher la terre avec tant de facilité (Lautréam.,Chants Maldoror, 1869, p.153).Il y a tant de plaisir à décrire tout cela qu'on cesse de souffrir en le décrivant (Massis,Jugements, 1923, p.17).
Proverbe. Où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir. V. gêne B 2.
2. [Dans le lang. de la politesse]
a) Locutions
Au plaisir de te, vous... voir, revoir, p.ell. au plaisir. [Formule pour prendre congé] Mais restez bien tranquille où vous êtes: je ne vous abandonnerai jamais. Au plaisir de vous voir (Procès conspir. 1erConsul, t.1, 1801, p.12):
5. −C'est que, voyez-vous, monsieur le curé, dit Cloquet (...) nous n'avons jamais eu à nous plaindre de vous (...). C'est mon habitude de ne point être en retard avec ceux qui sont de nos amis. −Je n'en suis pas assez, de vos amis, Gilbert Cloquet, mais la pensée est bonne quand même. Merci! −Au plaisir, monsieur le curé. −Ramenez la petite pour les vêpres, bien exactement, à deux heures et demie. R. Bazin,Blé, 1907, p.73.
Rem. Cette formule est considérée, de nos jours, comme ,,petite-bourgeoise ou populaire, en tout cas peu distinguée`` (Rey-Chantr. Expr. 1979).
Je te, vous... souhaite (bien) du plaisir, p.ell. bien du plaisir. [Formule pour prendre congé, empl. de nos jours p.iron. à l'adresse de qqn qui peut s'attendre à passer de mauvais moments] Frédéric, n'y tenant plus, prit son chapeau. −«Allons, ma chère, bien du plaisir là-bas; au revoir!» (Flaub.,Éduc. sent., t.2, 1869, p.75):
6. Je sanglai ma boîte sur mes épaules et je partis. −Bien du plaisir! me cria le roi. −Adieu, Sire! −Non pas, s'il vous plaît; au revoir!» J'entraînai mes compagnons dans la direction d'Athènes... About,Roi mont., 1857, p.203.
Avec plaisir. [Formule d'acceptation déférente] Monsieur Stephen, je voudrais causer avec vous. Voulez-vous, dans trois jours, venir déjeuner avec moi? −Avec plaisir (Karr,Sous tilleuls, 1832, p.182).Conduisez-moi jusque chez le docteur Bellamy, voulez-vous? −Avec plaisir (Simenon,Vac. Maigret, 1948, p.165).
P. ext. Synon. volontiers.Si j'avais pu, ça aurait été avec plaisir. Mais qu'est-ce que vous voulez, je n'ai pas le droit. C'est le secret professionnel (Pagnol,Fanny, 1932, i, 2etabl., 2, p.72).
Tout le plaisir est, a été... pour moi, nous... [Formule avec laquelle on répond à la déclaration de plaisir d'une autre pers., gén. lors des présentations ou en réponse à des remerciements] Enfin la fête est réussie c'est le principal enchanté d'avoir fait votre connaissance mais non je vous assure tout le plaisir est pour moi j'espère que nous allons nous voir souvent mais bien sûr à très bientôt cher ami (J. Prévert,Histoires, 1977, p.173 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Rem. Cette formule est considérée comme peu distinguée.
b) [Plaisir est combiné avec avoir ou faire]
Avoir le plaisir de faire qqc. [Empl. pour présenter un acte accompli par le locuteur comme obligeant le locuteur] Rabagas, montrant la carte: C'est bien à Camille Desmoulins que j'ai le plaisir... Desmoulins: À lui-même! (stupeur) (Sardou,Rabagas, 1872, ii, 9, p.72).Mon cher Alain, prononça-t-il, avec peut-être une toute petite pointe d'ironie à l'adresse du nouveau venu, j'ai le plaisir de te présenter le commissaire Maigret, que tu avais tant envie de connaître (Simenon,Vac. Maigret, 1948, p.114).
[Plaisir est combiné avec faire]
Faire à qqn un plaisir, le plaisir de faire qqc. [Empl. pour présenter un acte demandé à l'interlocuteur ou accompli par l'interlocuteur comme obligeant le locuteur] «Monsieur: j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien, si cela ne vous dérange pas trop, prendre la peine de passer chez moi (...). J'espère que vous voudrez bien me faire ce plaisir (Restif de La Bret.,M. Nicolas, 1796, p.166).Enfin, vous voilà, c'est l'essentiel, dit Jacques. Vous arrivez à point pour nous faire le plaisir de prendre du thé avec nous (Miomandre,Écrit sur eau, 1908, p.150).
[Empl. pour renforcer une demande, un ordre] Monsieur le vicomte de Cambolh, dit Baccarat d'un ton bref, voulez-vous nous faire le plaisir de quitter cet accent méridional qui nuit à la rapidité de votre langage? (Ponson du Terr.,Rocambole, t.3, 1859, p.465).En voilà assez, hein?... Si ça ne te convient pas, tu vas me faire le plaisir de sortir... Je ne veux pas que tu cries chez moi (Zola,Nana, 1880, p.1448).
Quand il vous fera plaisir (vx); s'il vous fait plaisir (vx). Synon. quand vous voudrez, si vous le voulez (bien).Le maître des cérémonies (...) articula, en saluant, les mots d'usage: −«Messieurs, quand il vous fera plaisir.» On partit (Flaub.,Éduc. sent., t.2, 1869, p.228).
Se faire un plaisir de faire qqc. Faire volontiers, trouver une satisfaction personnelle à faire quelque chose. Mes chers camarades, si nos heures ne vous conviennent pas, vous voudrez bien nous donner les vôtres: nous nous ferons un plaisir et un devoir de nous y conformer (Vercel,Cap. Conan, 1934, p.57).
c) Vieilli. Grâce, faveur. Bianca, dis-je, tout embarrassé, je vous demanderais un plaisir... −Je ne savais pas encore ce que je lui demanderais (Krüdener,Valérie, 1803, p.153).
B. − [Gén. empl. avec l'art.déf. ou avec un poss.] Plaisir sexuel. J'adore ces vaillantes de la joie à qui ta Société n'a rien à reprocher (...) que de vendre du plaisir (Verlaine,OEuvres posth., t.1, Hist. comme ça, 1896, p.310).Il tenait que le caprice du mâle avait force de loi et il méprisait le plaisir des femmes (Aymé,Jument, 1933, p.67):
7. ... Hélène dominait mal ma fougue, mais la dominait; et ceci la conduisait à son triomphe: quand, engagé en elle, trop vite je fus au but. Elle dans le plaisir avait pris une grandeur antique, son masque s'était creusé et surtout aggravé (...) elle n'avait pas poussé un cri... Jouve,Scène capit., 1935, p.244.
[Combiné avec avoir, donner, prendre, trouver] Avoir du plaisir, son plaisir (avec qqn). Synon. jouir, prendre son pied (pop.).Au milieu des blés en été, contre un mur en hiver, elle se donnait du plaisir, en compagnie de son amoureux de la semaine (Zola,Germinal, 1885, p.1155).Je me demande même avec quoi, le malheureux, il lui donne son plaisir... En tout cas, vous êtes presque sûr de le trouver chez elle à partir de dix heures du soir (Simenon,Vac. Maigret, 1948, p.68):
8. Personnellement je trouvais absolument indifférent au point de vue de la morale qu'on trouvât son plaisir auprès d'un homme ou d'une femme, et trop naturel et humain qu'on le cherchât là où on pouvait le trouver. Proust,Fugit., 1922, p.686.
[Par personnification] Et le Plaisir rit dans l'alcôve Quand (...) Des poils roux d'une bête fauve Sort le torse blanc de Vénus (Gautier,Émaux, 1854, p.70).Pendant que des mortels la multitude vile, Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la fête servile (Baudel.,Fl. du Mal, 1861, p.134).
Le plaisir solitaire. Synon. de masturbation.L'absurde chien battu du plaisir solitaire Traînant après sa queue l'ustensile imbécile (...) La casserole d'or du remords (Prévert,Paroles, 1946, p.252).
C. − Spécialement
1. PHILOS., PSYCHOL. Pôle fondamental de la vie affective (dont l'autre pôle est la douleur). Anton. déplaisir, douleur, souffrance.On se représente ordinairement l'épicuréisme comme la doctrine du plaisir: rien n'est plus faux, quant à Épicure (P. Leroux,Humanité, 1840, p.74).Le plaisir et la douleur apparaissent comme liés à l'intensité de la sensation (Hist. sc., 1957, p.1633).V. affectif ex. 3:
9. Par nature, nous fuyons la souffrance et cherchons le plaisir. C'est uniquement par là que la joie sert d'image au bien et la douleur d'image au mal. D'où l'imagerie du paradis et de l'enfer. Mais, en fait, plaisir et douleur sont des couples inséparables. S. Weil,Pesanteur, 1943, p.88.
2. PSYCHANALYSE
Principe de plaisir, du plaisir. Principe d'économie régissant l'appareil psychique, qui vise à la réduction des quantités d'excitation et des tensions (sources de déplaisir) (d'apr. Lapl.-Pont. 1967). Principe de plaisir et principe de réalité. Une tendance à répéter des situations antérieures, souvent plus forte que le principe de plaisir (...) qu'il [Freud] nomma compulsion de répétition (Hist. sc., 1957, p.1699).Au début de l'existence, l'appareil psychique est soumis exclusivement au principe du plaisir. Ce qui signifie que le plaisir est le seul but qu'il poursuit (M. Safouan,L'Échec du principe de plaisir, 1979, p.29).
Plaisir d'organe. Plaisir qui est lié à la satisfaction auto-érotique d'une pulsion partielle et qui est éprouvé indépendamment de la satisfaction d'autres pulsions et sans relation directe avec l'accomplissement d'une fonction (d'apr. Lapl.-Pont. 1967).
D. − P. méton. Ce qui procure une satisfaction sensuelle.
1. Au sing. [Avec un sens coll.] Rechercher le plaisir; vivre dans le plaisir, le luxe et le plaisir. L'amour du plaisir, si naturel à la jeunesse, ne peut être blâmé que lorsqu'il l'éloigne de ses devoirs (Fiévée,Dot Suzette, 1798, p.40):
10. Avant de paraître, de festoyer, de courir au plaisir, d'allumer autant de flambeaux qu'il est d'astres; avant de s'enrichir, de dominer par l'or ou par le fer (...) il faut humblement vivre au sens matériel du mot, sous les espèces primordiales du pain et du vin que la terre germe seule. Pesquidoux,Livre raison, 1928, p.256.
De plaisir, loc. adj.
a) [En parlant d'un lieu, d'un moment] Où l'on se divertit. Synon. (partiel) récréatif.Il va dès huit heures en cachette à la messe, comme s'il allait dans une maison de plaisir (Balzac,C. Birotteau, 1837, p.7).Je viens d'organiser une après-midi de plaisir au bord du Cher pour jeudi prochain. Les uns chasseront, les autres pêcheront, les autres danseront (Alain-Fournier,Meaulnes, 1913, p.133).Les terrains de sports et lieux de plaisir: dancings, cafés, casinos et clubs, parcs d'attractions, etc. (Jeux et sports, 1967, p.1175).
Partie de plaisir. V. partie D.
♦ Dans le domaine du tour., vieilli.Synon. (partiel) d'agrément.Une famille bruxelloise très aimable qui, dans une voiture de louage, faisait un voyage de plaisir à Namur, Liège, Aix, Spa (Michelet,Journal, 1832, p.107).En Grande-Bretagne, comme en France ou en Allemagne, les chemins de fer ont offert dès le milieu du XIXesiècle des «excursions» et des «trains de plaisir» en dehors de leurs services réguliers (Defert,Pol. tour. Fr., 1960, p.66).
b) Homme de plaisir. Homme qui recherche les satisfactions sensuelles. M. Leuwen (...) était bien plus un homme de plaisir et d'humeur qu'un homme d'affaires et surtout qu'un ambitieux (Stendhal,L. Leuwen, t.3, 1835, p.328).Toi, toi, le plus égoïste des hommes, le plus léger, celui sur lequel on peut le moins compter; un homme de plaisir, un jouisseur (Vailland,Drôle de jeu, 1945, p.26).
2. Au plur. Synon. amusements, distractions, agréments.Le mariage, c'était passer quatre mois d'hiver à la ville dans les plaisirs, dans les bals, dans les fêtes (Karr,Sous tilleuls, 1832, p.204).Les beaux quartiers! Mais déjà s'éclaire la ville, vers le centre, où sont les plaisirs (Aragon,Beaux quart., 1936, p.191).
[Plaisirs est constr. avec un compl. prép. introd. par de ou un adj.]
[Constr. avec un compl. spécifiant un lieu ou un moment] Les plaisirs de la capitale, de la cour; les plaisirs de la jeunesse, d'un jour. Quiconque a mis un grand devoir au-dessus des vains plaisirs de la vie, est bien sûr de ne pas périr tout entier avec elle (Cottin,Mathilde, t.2, 1805, p.241).Quand il eut connu les plaisirs coûteux de la Butte, il dédaigna les amusements plus modestes du quartier (Larbaud,F. Marquez, 1911, p.31).V. intérêt I A 1 a β ex. de Hermant.
[Constr. avec un compl. désignant une activité] Les plaisirs de la table. Un jeune sculpteur (...) épuisé (...) par des excès d'intempérance ou les plaisirs de l'amour (Pinel,Alién. ment., 1801, p.167).On peut s'y procurer les plaisirs de la chasse et ceux de la pêche, en un mot tous les amusemens qui peuvent convenir à des hommes qui ne sont pas encore corrompus (Baudry des Loz.,Voy. Louisiane, 1802, p.17).
[Constr. avec un compl. ou un adj. désignant un type de plaisir] Les plaisirs amoureux, esthétiques; les plaisirs de la chair. Épouse d'Edward, elle connaissait les plaisirs des sens; mais elle ne savait pas tout ce que l'âme y ajoute de céleste (Karr,op.cit., p.301).La lippe pendante et les paupières soufflées jusqu'au milieu des joues témoignaient son goût des plaisirs du corps (Hamp,Marée, 1908, p.58).
Menus plaisirs. V. menu1.
Plaisirs défendus. Plaisirs de la chair. Elle s'efforçait de ne pas montrer sa jalousie (...) chaque fois qu'il quittait la charcuterie pour aller rue Pirouette, et qu'elle s'imaginait les plaisirs défendus qu'il devait y goûter (Zola,Ventre Paris, 1873, p.743).V. imprimer I C 2 a et b ex. de Balzac.
SYNT. Se dégoûter, jouir des plaisirs; mépriser les plaisirs; renoncer aux plaisirs; vivre au milieu des plaisirs; l'abus, l'excès des plaisirs; la vanité des plaisirs; les plaisirs et les maux, les peines, les souffrances, les travaux de la vie.
II. −
A. − [Dans les loc. infra.] Ce qu'il agrée à quelqu'un de décider, de permettre.
(Si) c'est votre (...) plaisir (vx), votre bon plaisir (vieilli). Cette fois je hasarde une autre requête. Si c'était, dis-je, tenant mon chapeau à deux mains, si c'était votre bon plaisir de nous laisser danser devant notre logis le dimanche (Courier,Pamphlets pol., Réponses aux anon., 1, 1822, p.151).La patrie vous rappela, c'était son devoir; vous fûtes sourd à son appel, c'était sans doute votre bon plaisir; elle confisqua vos biens, c'était son droit (Sandeau,Mllede La Seiglière, 1848, p.122).
(Car, puisque) tel est notre (...) plaisir, notre bon plaisir (vieilli). C'est le style impérial, ennemi des longueurs et des explications. Veuillez mettre en prison, cela dit tout, on n'ajoute pas: car tel est notre plaisir (Courier,Pamphlets pol., Au réd. «Censeur», 1819, p.15).
Rem. ,,Tel est notre plaisir, notre bon plaisir. Formule de chancellerie, par laquelle le souverain marquait sa volonté dans les déclarations, les édits, etc.`` (Ac. 1935).
B. − Le bon plaisir (de qqn)
1. Décision, expression de la volonté de quelqu'un, qui n'admet ni justification ni contestation. Le régime qui soumettait toute la presse au bon plaisir de l'État sous le second empire n'a réussi qu'à renforcer l'opposition (Morienval,Créateurs gde presse, 1934, p.150).Le commissariat commençait à reprendre sa physionomie habituelle, peuplé de gens (...) attendant sur des bancs le bon plaisir de ces messieurs (Simenon,Vac. Maigret, 1948, p.97).V. courroux ex. 1.
Sous le bon plaisir de qqn (vieilli). Viendront avec le temps les ornements obligés de cette société, la prostitution théâtrale, les gladiateurs, les cochers de cirque, le tout sous le bon plaisir des prétoriens (Chateaubr.,Mém., t.1, 1848, p.633).
Selon le bon plaisir de qqn. Dieu sait que je l'aime et que je le sers. Il me traitera pour l'éternité selon son bon plaisir (Salacrou,Terre ronde, 1938, ii, 3, p.204).
2. Absol., p.ext.
a) Liberté absolue. Je n'écris que lorsque j'ai envie d'écrire. La seule règle est le bon plaisir. Ce que je fais par contrainte est toujours médiocre. Je ne sais ce que c'est qu'écrire par devoir (Green,Journal, 1953, p.231).
b) Règne de l'arbitraire (politique, social). Puisque la société implique nécessairement des exceptions à la concurrence, l'hypothèse d'une concurrence universelle est chimérique, et nous voilà replacés sous le régime du bon plaisir (Proudhon,Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.196):
11. D'un côté (...) les ligatures innombrables, le fisc, les gabelles, la mainmorte, les capitations, les exceptions, les prérogatives, les préjugés, les fanatismes, le privilège royal de banqueroute (...) le bon plaisir, le droit divin... Hugo,Quatre-vingt-treize, 1874, p.225.
Prononc. et Orth.: [plezi:ʀ], [-ε-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 a son plaisir «à son gré, selon son désir» (Roland, éd. J. Bédier, 3894); av. 1615 à plaisir «en obéissant à un caprice, en inventant» (Pasquier, Recherches, 876); 2. ca 1121-34 «ce qui est l'expression d'une volonté, d'un désir» (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1646 ds T.-L.); ca 1480 le bon plaisir (Mistere Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 35316); 1638 tel est notre bon plaisir «formule des décrets royaux sous l'Ancien Régime» (Sully, OEcon. roy., VIII, 455 ds Gdf. Compl.). B. 1. 1349 «sensation, émotion agréable» (Songe vert, 1576 ds T.-L.); 2. a) ca 1433 prendre plaisir à (J. Régnier, Fortunes et Adversités, éd. E. Droz, 2787, p.100); b) 1524 pour son plaisir (Gringore, Le Blason des heretiques, éd. A. de Montaiglon et C. d'Héricault, I, 301); c) 1657-62 il y a plaisir de (Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg, section 14, 302); 1670 il y a plaisir à (Molière, Bourgeois gentilhomme, I, 1); 1661 par plaisir «pour se divertir» (Id., École des maris, I, 2); 3. a) ca 1433 faire plaisir à qqn «rendre service, obliger» (J. Regnier, Fortunes et Adversites, éd. E. Droz, 2197, p.79); 1669 id. «être agréable» (Molière, Tartuffe, II, 4); b) 1790 faites-moi le plaisir de (J.-J. Rousseau, Confessions, XI ds Littré); 1869 id. «pour marquer l'impatience dans un ordre» (Littré); c) 1694 faire un plaisir de (Boileau, Satire, X, éd. C. H. Bowdhors, p.87); d) 1869 avec plaisir «volontiers» (Littré); e) 1767 au plaisir (J.-B. Artaud, La Petite poste dévalisée, p.18 ds Quem. DDL t.19); 1837 au plaisir de vous revoir (Clairville, 1837 aux enfers, 24, ibid. t.2); 4. 1458 avoir, faire son plaisir (d'une femme) (Archives du Nord, B 1687, fo53 rods IGLF). C. 1. Fin 1482 au plur. (G. Coquillart, Balade quant on cria la paix à Reims, éd. M. J. Freeman, 123); 1547 les menus plaisirs (N. Du Fail, Propos rustiques, éd. J. Assézat, 46); 1669 les plaisirs du Roy «étendue de pays où la chasse était réservée au roi» (Ordonn. ds Baudr. Chasses 1834); 1678 «les joies de la chair» (La Fontaine, Fables, IX, 15 ds Littré); 2. 1536 «amusement, divertissement, activité à laquelle on s'adonne pour son bien-être» (R. de Collerye, OEuvres, éd. C. d'Héricault, 185); 1563 le plaisir de la chasse, de la musique (B. Palissy, Recepte, p.101, 116 ds IGLF); 3. 1579 homme de plaisir (Larivey, Esprits, éd. Viollet-le-Duc, V, 269); av. 1646 partie de plaisir (Bassompierre, Mémoires ds Lar. Lang. fr.); 1869 id. «partie galante» (Littré, s.v. partie); 1872 train de plaisir (ibid., s.v. train). Empl. subst. de l'a. inf. plaisir «plaire», (1remoitié xiies. Psautier Oxford, 68, 36 ds T.-L.), du lat. placere «plaire, être agréable, agréer». Fréq. abs. littér.: 21358. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 38317, b) 23696; xxes.: a) 26702, b) 29380. Bbg. Barthes (R.). Le Plaisir du texte. Paris, 1973, pp.33-36. _ Dumonceaux (P.). Langue et sensibilité au 17es. Genève, 1975, pp.285-350. _ Imbs (P.). [Plaisir]. Anatomie d'un mot. Communio. 1982, t.7, no2, pp.40-50. _ Lanly (A). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp.256-258. _ Quem. DDL t.2, 20, 21. _ Sckomm. 1933, pp.62-71, 75-78.

PLAISIR2, subst. masc.

Vx. Synon. de oublie.Il nous est resté l'impression d'un Paris du dimanche (...) où sonnent dans le murmure de la foule la cliquette des marchands de plaisir et la sonnette du marchand de coco (A. Daudet, Crit. dram., 1897, p.300).
V(oi)là le plaisir. [Cri des marchands vendant des oublies] Voir France ds Lar. Lang. fr.
Prononc. et Orth.: [plezi:ʀ], [ε]. Att. ds Ac. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1829 (Boiste). Empl. spécialisé de plaisir1*.

Plaisir : définition du Wiktionnaire

Nom commun

plaisir \ple.ziʁ\ ou \plɛ.ziʁ\ masculin

  1. Sentiment, sensation agréable.
    • « L’homme est né pour le plaisir : il le sent, il n’en faut point d’autre preuve. Il suit donc sa raison en se donnant au plaisir. » — (Blaise Pascal, Discours sur les passions de l’amour, 1652)
    • Bon vin, bons mots, gaillardes chansonnettes ;
      Sont aiguillons aux amoureux désirs,
      En toute porte entr’ouverte aux plaisirs
      L’adroit Amour aisément s’insinue.
      — (Jean de la Fontaine, Le Sassenage, 1691, Conte, dans Contes et nouvelles en vers, V.3, 1762, page 185)
    • Le seul plaisir que Misère goûtât en ce monde était de manger des fruits de son jardin, c’est-à-dire de son poirier […] — (Charles Deulin, « Le Poirier de Misère », in Contes d’un buveur de bière, 1868)
    • J’eus le plaisir d’y admirer miss Gertrude Ederle, Ailen Riggin et Helen Wainwright, qui vinrent faire une démonstration de plongeons et de nages modernes. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Le Traité du plaisir de Maurice Bedel a été publié en 1945.
    • Depuis Michelet, on a aussi, bien souvent, incriminé l’influence exercée par le prêtre sur le comportement des épouses ; […]. En multipliant les interdits, il gênait l’épanouissement du plaisir des couples, quelle qu’ait pu être la valeur érotique de la transgression. — (Alain Corbin, Les filles de noce, 1978)
  2. Divertissement.
    • Que faire donc ? je ne fume jamais ; la fidélité matrimoniale est bien ennuyeuse ; dans une intrigue où le cœur n'est que chatouillé on ne vise qu'au dénoûment : la promenade est mon unique plaisir ; triste plaisir à vingt ans ! — (Évariste de Parny, « Lettre à Bertin, du Cap de Bonne-Espérance, octobre 1777 », dans le recueil Œuvres d'Évariste Parny, tome 1, Paris : chez Debray, impr. Didot l'aîné, 1808, p. 219)
    • Cette femme […] avait un goût décidé pour la dissipation et l’amusement : très bornée dans ses dépenses, elle ne pouvait se procurer les plaisirs dont elle était avide, ni consentir à s’en priver. — (Marie-Jeanne Riccoboni, Histoire d’Ernestine, 1762, édition Œuvres complètes de Mme Riccoboni, tome I, Foucault, 1818)
    • […], des marchands d’un champagne dont la médiocrité n’était dépassée que par son prix qui ne cessait de monter, ne se préoccupaient plus, à Montmartre comme à Montparnasse, que d’adapter les soi-disants plaisirs de Paris à des images étrangères et le plus souvent chromolithographiques. — (Jean Valmy-Baysse, La curieuse aventure des boulevards extérieurs, Éditions Albin-Michel, 1950, p.237)
    • Empêcher la vie des gens et leur plaisir devrait-il être permis ? De quoi se mêle un ministre ? De quel droit, avec quelle permission ? — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  3. Volonté ; consentement.
  4. Grâce ; faveur ; service ; bon office.
    • C’est un homme qui ne cherche, qui ne demande qu’à faire plaisir. Faites-moi un plaisir.
  5. (Pâtisserie) Espèce d’oublie légère, roulée en cornet.
    • C’étaient les vendeurs de plaisirs portant, sur le dos, leur grand cylindre rouge surmonté d’une tourniquet de loterie qui appelaient les promeneurs avec une crécelle et les invitaient à gagner leurs oublies. — (Édouard Bled, « Mes écoles », Robert Laffont, 1977, page 182.)

Nom commun

plaisir \Prononciation ?\ masculin

  1. Plaisir.
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Plaisir : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PLAISIR. n. m.
Sensation, sentiment agréable. Les plaisirs de l'esprit, de l'imagination. Les plaisirs des sens. Ce jardin est fait pour le plaisir des yeux. Éprouver, sentir, goûter un plaisir très vif. Prendre plaisir, avoir plaisir à quelque chose. Céder à l'attrait du plaisir. L'ivresse du plaisir. Troubler le plaisir de quelqu'un. Il n'a de plaisir à rien. Cela fait plaisir à voir. C'est plaisir de l'entendre. Il y a plaisir à travailler avec lui. Je me fais un grand plaisir de vous aller voir. Vous me faites plaisir de parler ainsi, en parlant ainsi. Quel plaisir prenez-vous à le fâcher? Prov., Point de plaisir sans peine.

PLAISIR signifie aussi Divertissement. Plaisirs innocents. Plaisirs permis, défendus. Plaisirs criminels. Les plaisirs de la campagne. Les plaisirs de la ville. Le plaisir de la chasse. Le plaisir de la musique, de la comédie. Passer d'un plaisir à un autre. Aimer, chercher le plaisir. Se livrer au plaisir. C'est un homme de plaisir. Se faire un plaisir de son devoir. Il met tout son plaisir dans l'étude, il en fait tout son plaisir, son unique plaisir. Son plaisir est d'obliger. Jouer pour le plaisir, pour son plaisir, Ne point jouer d'argent; jouer seulement par divertissement.

PLAISIRS, au pluriel, se dit absolument de Tous les divertissements de la vie. La jeunesse aime les plaisirs. Il a renoncé aux plaisirs. On a dit que la vie serait supportable sans les plaisirs. Poétiquement, dans le même sens, Les jeux, les ris et les plaisirs. Menus plaisirs, Les petites dépenses que l'on fait pour son divertissement. Il a tant par mois pour ses menus plaisirs. Menus plaisirs, Nom qu'on donnait à certaines dépenses du roi, qui étaient réglées par une administration particulière, et qui avaient pour objet les cérémonies, les fêtes, les spectacles de la cour, etc. Intendant, trésorier des menus plaisirs ou simplement des menus. On appelait aussi Menus Plaisirs ou Hôtel des Menus Plaisirs Le lieu où étaient les bureaux, les magasins et les ateliers de cette administration. Cette décoration a été peinte aux Menus Plaisirs.

PLAISIR signifie aussi Volonté, consentement. Si c'est votre plaisir, votre bon plaisir. Avec votre bon plaisir. Arrêter, régler, terminer une affaire sous le bon plaisir de quelqu'un, La régler de manière qu'il n'y ait rien de fait, s'il n'y consent. Tel est notre plaisir, notre bon plaisir. Formule de chancellerie, par laquelle le souverain marquait sa volonté dans les déclarations, dans les édits, etc. Régime du bon plaisir, Gouvernement où tout se fait par la volonté seule du monarque. Par extension, il signifie Règne de l'arbitraire.

PLAISIR signifie encore Grâce, faveur, service, bon office. Il m'a fait un grand plaisir, un extrême plaisir, un plaisir que je n'oublierai jamais. C'est un homme qui ne cherche, qui ne demande qu'à faire plaisir. Faites-moi un plaisir.

PLAISIR, en termes de Pâtisserie, désigne une Sorte d'oublie roulée en cornet. Marchande de plaisir. Voilà le plaisir, mesdames!

À PLAISIR, loc. adv. Avec plaisir, ou Avec soin, de manière à faire plaisir. Un meuble fait à plaisir. Cela est travaillé à plaisir. Il signifie aussi Qui est purement d'invention. Conte fait à plaisir. Ce que vous nous dites là est une histoire faite à plaisir. Il signifie encore Sans sujet, comme si on y prenait un singulier plaisir. S'inquiéter, se tourmenter à plaisir.

PAR PLAISIR, loc. adv. Par divertissement. Il ne travaille à cela que par plaisir.

Plaisir : définition du Littré (1872-1877)

PLAISIR (plè-zir ; au commencement du XVIIIe siècle, la prononciation indiquée est plaizi, prononciation qu'on entend encore) s. m.
  • 1Mouvement, sentiment plaisant, agréable, excité dans l'âme par une impression physique ou morale. C'est un plaisir bien doux que de se voir vengée, Corneille, Théodore, I, 3. Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre, La Fontaine, Fabl. I, 9. Il faut ces deux choses pour sanctifier, peines et plaisirs, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6. L'homme est né pour le plaisir ; il le sent, il n'en faut point d'autre preuve, Pascal, Passions de l'amour. Hélas ! on n'a pas des plaisirs à choisir, Sévigné, 340. Je vous conjure de me laisser prendre ce petit plaisir, Sévigné, 71. Vous vous avisez de me gronder, au lieu d'entrer dans le plaisir de savoir que je me porte mieux que je n'ai jamais fait, Sévigné, 7 oct. 1687. La reine, qui l'accompagne [Louis XIV] au cœur de l'hiver, joint au plaisir de le suivre celui de servir secrètement à ses desseins, Bossuet, Mar.-Thér. Quel penchant, quel plaisir je sentais à les croire ! Racine, Bajaz. IV, 5. Le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autrui, La Bruyère, V. Dans notre manière d'être actuelle, notre âme goûte trois sortes de plaisirs : il y en a qu'elle tire du fond de son existence même ; d'autres qui résultent de son union avec le corps ; d'autres enfin qui sont fondés sur les plis et les préjugés que de certaines institutions, de certains usages, de certaines habitudes lui ont fait prendre, Montesquieu, Goût, fragment. Lorsque nous trouvons du plaisir à voir une chose avec utilité pour nous, nous disons qu'elle est bonne ; lorsque nous trouvons du plaisir à la voir, sans que nous y démêlions une utilité présente, nous l'appelons belle, Montesquieu, ib. Les peines et les plaisirs d'opinion sont sans nombre, Diderot, Mém. t. III, p. 262, dans POUGENS. Nos vrais plaisirs consistent dans le libre usage de nous-mêmes, Buffon, Quadr. t. II, p. 16. Si ma diligence à les faire [mes réponses] était proportionnée au plaisir que je reçois de vos lettres, Rousseau, Lett. à Pictet, 19 janv. 1765.

    Prendre plaisir à, éprouver une jouissance à. Quelqu'un a pris plaisir à se jouer de vous, Corneille, Ment. II, 3. M. Purgon : Un clystère que j'avais pris plaisir à composer moi-même ! Molière, Mal. imag. III, 6. Comme s'il eût pris plaisir à ma naïveté, Pascal, Prov. III. Dieu prenant plaisir, dit saint Chrysostome, à punir notre orgueil par notre orgueil même, Bourdaloue, Nativ. de J. C. 1er avent, p. 255.

    On dit aussi : prendre plaisir de. Je prendrais plaisir de causer de tout cela tête à tête avec vous, Sévigné, 27 oct 1673. Tout le monde prenait plaisir de l'entretenir, Bossuet, Lett. 288.

    Prendre plaisir que, avec le verbe suivant au subjonctif. Elles [les grandes fortunes] ne prennent pas plaisir qu'on remarque leur défaut, Bossuet, Serm. La mort, 1.

    Prendre son plaisir de quelque chose, s'y plaire, en jouir. C'est un prodige que cette petite [Pauline de Grignan]… je la mènerais toujours avec moi, j'en prendrais mon plaisir, Sévigné, 15 juin 1680.

    Se faire un plaisir, jouir à, se plaire à. Je me fais un plaisir, à ne vous rien céler, De pouvoir, moi vivant, dans peu les désoler [mes héritiers], Boileau, Sat. X. Je me suis fait un plaisir nécessaire De la voir chaque jour, de l'aimer, de lui plaire, Racine, Bérén. II, 2.

    Ironiquement et familièrement. À faire plaisir, se dit pour exprimer que quelque chose de mal est mal au dernier degré. D'une platitude de couleur à faire plaisir, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 67, dans POUGENS. Mon voyage à Paris m'a formé prodigieusement ; car, si vous m'aviez vu avant, j'étais bête à faire plaisir, Desforges, le Sourd, I, 1.

    Terme de fauconnerie. Faire plaisir à un oiseau, lui permettre de plumer la perdrix ou de lui donner quelques coups de bec.

    Avoir du plaisir à, éprouver du plaisir à. Il a du plaisir à obliger.

    On le dit aussi avec la préposition de. La circonstance où elle [votre lettre] m'est venue ajoute encore au plaisir qu'en tout autre temps j'aurais eu de la recevoir, Rousseau, Lett. à Mme de Créqui, 21 juill. 1764.

    Avoir le plaisir de, avoir la satisfaction de. J'aurai le plaisir de perdre mon procès ! Molière, Mis. I, 1. Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n'aurai pas le plaisir d'être témoin, Voltaire, Lett. Chauvelin, 2 avril 1764.

    Il y a plaisir à, on éprouve de la satisfaction à. Il y a plaisir, ne m'en parlez point, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses d'un art, Molière, Bourg. gent. I, 1.

    On dit aussi : il y a plaisir de. Il y a plaisir d'être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra pas, Pascal, Pens. XXIV, 31, éd. HAVET. Je veux écrire dans mes Heures ce que dit M. de Commines sur les traverses de la vie humaine ; il y a plaisir de voir que dès ce temps-là il était question de tribulation et de misère, Sévigné, 24 nov. 1678.

    Avec plaisir, avec satisfaction. J'écoute avec plaisir ces menaces frivoles, Corneille, Héracl. III, 4.

    Absolument. Avec plaisir, volontiers, oui.

  • 2Le plaisir des yeux, se dit de ce qui charme les yeux. C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux, Vous ai fait de ce nom [de père] remercier les dieux, Racine, Iphig. IV, 4. On apercevait de loin des collines et des montagnes qui se perdaient dans les nues, et dont la figure bizarre formait un horizon à souhait pour le plaisir des yeux, Fénelon, Tél. I.
  • 3Il se dit des diverses voluptés sensuelles. Les plaisirs de la table. L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir, Corneille, Cid, III, 6. Mais quoi ! si l'amour n'assaisonne Les plaisirs que l'hymen nous donne, Je ne vois pas qu'on en soit mieux, La Fontaine, Fabl. IX, 15. Voudrais-tu… Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Suivît d'un vain plaisir les conseils imprudents ? Racine, Bajaz. I, 1. Il n'y a point de plaisir qui ne perde à être déjà connu, Marivaux, Pays. parv. part. IV. Toujours du plaisir n'est pas du plaisir, Voltaire, Zadig, 6. C'est lui [Xerxès] qui promit par un édit une récompense à celui qui inventerait un nouveau plaisir, Condillac, Hist. anc. II, 2.

    Il se dit aussi des plaisirs moraux, intellectuels. Ne croyez pas que l'homme ne soit emporté que par l'intempérance des sens ; l'intempérance de l'esprit n'est pas moins flatteuse ; comme l'autre, elle se fait des plaisirs cachés et s'irrite par la défense, Bossuet, Anne de Gonz. L'âme, indépendamment des plaisirs qui lui viennent des sens, en a qu'elle aurait indépendamment d'eux et qui lui sont propres : tels sont ceux que lui donnent la curiosité, les idées de sa grandeur, de ses perfections, etc. Montesquieu, Goût, Plaisirs de l'âme. Plaisirs naturels, que nous distinguerons des plaisirs acquis que l'âme se fait par de certaines liaisons avec les plaisirs naturels, Montesquieu, ib.

  • 4 Au plur. Tout ce qui plaît dans la vie, jouissances, divertissements de toute espèce. Tous nos plaisirs ne sont que vanité, Pascal, Pens. IX, 1, édit. HAVET. J'aurais bientôt quitté les plaisirs, disent-ils, si j'avais la foi. Et moi je vous dis : Vous auriez bientôt la foi, si vous aviez quitté les plaisirs, Pascal, ib. X, 3. Vous ne serez point dans les plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices, Pascal, ib. X, 1. Quand les princes… n'ont de gloire que pour le luxe, ni d'esprit que pour inventer des plaisirs, Bossuet, Reine d'Anglet. La cour veut toujours unir les plaisirs avec les affaires, Bossuet, Anne de Gonz. Rions, chantons, dit cette troupe impie ; De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs Promenons nos désirs, Racine, Ath. II, 9. De tous ces vains plaisirs où leur âme se plonge, Que leur restera-t-il ? ce qui reste d'un songe Dont on a reconnu l'erreur, Racine, ib. II, 9. La nature a fait aux hommes des plaisirs simples, aisés, tranquilles, et leur imagination leur en a fait qui sont embarrassants, incertains, difficiles à acquérir, Fontenelle, Dial. 1, Morts mod. Tout nous fatigue à la longue, et surtout les grands plaisirs : on les quitte toujours avec la même satisfaction qu'on les a pris ; car les fibres qui en ont été les organes ont besoin de repos, Montesquieu, Goût, Contrastes. J'entends : les plaisirs du vice et l'honneur de la vertu vous feraient un sort agréable, Rousseau, Hél. I, 9.

    Poétiquement, dans le même sens. Les jeux, les ris et les plaisirs. Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule, Racine, Athal. II, 7. Quelles danses ! quels jeux ! quels concerts d'allégresse ! Les grâces, les plaisirs, les ris et la jeunesse Se rassemblent de toutes parts, Rousseau J.-B. Cantate, Triomphe de l'Amour.

    Absolument et au singulier. Le plaisir, l'ensemble des plaisirs. Il n'est pas honteux pour l'homme de succomber sous la douleur, et il est honteux de succomber sous le plaisir, Pascal, Pens. XXV, 5. Le plaisir, qui est la monnaie pour laquelle nous donnons tout ce qu'on veut, Pascal, ib. VII, 30. Elle [l'âme] n'est pas plus heureuse en jouissant des plaisirs que les sens lui offrent ; au contraire elle s'appauvrit dans cette recherche, puisqu'en poursuivant le plaisir elle perd la raison, Bossuet, la Vallière. On veut se sauver dans le monde, tandis qu'on n'y respire que le plaisir, qu'on y rapporte tout au plaisir, qu'on y cherche avec soin et en tout le plaisir, Bourdaloue, Myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 419. Ma jeunesse… s'égarait, Et suivait du plaisir la pente trop aisée, Racine, Bérén. II, 2. Nous avons recherché le plaisir, et le bonheur a fui loin de nous, Rousseau, Hél. I, 32.

  • 5Amusement. C'était plaisir d'observer leurs efforts ; C'était pitié de voir tomber les morts, La Fontaine, Fabl. VII, 8. Craignez d'un vain plaisir [faire des vers] les trompeuses amorces, Boileau, Art p. I. Chasse dont il voulut donner le plaisir à sa fille, Fénelon, Tél. XXIII. C'était plaisir de voir danser la jeune fille, Hugo, Orient. 33.

    Jouer pour le plaisir, jouer par divertissement et sans mettre d'argent au jeu.

    Au plur. Réjouissances. Les Granceys et les Monacos n'ont point été de ces plaisirs [fêtes à Chantilly], Sévigné, 5 nov. 1676. Cléopatre était de tous les plaisirs d'Antoine, Citri, Triumv. 3e part. ch. 12.

    Homme de plaisir, homme qui se livre à tous les divertissements du monde. Il était même homme de plaisir ; car c'est un mérite de l'être, pourvu qu'on soit en même temps quelque chose d'opposé, Fontenelle, Homberg. Bouillon, ambassadeur de France, homme de plaisir, Voltaire, Louis XIV, 15.

  • 6Les plaisirs du roi, se disait de toute l'étendue du pays qui était dans une capitainerie royale, où la chasse était réservée pour le roi. Il ne pouvait chasser dans sa terre, parce qu'elle était dans les plaisirs du roi, ou, absolument, parce qu'elle était dans les plaisirs, Dict. de l'Acad.

    Fig. La raillerie est innocente [contre Maupertuis, dans sa querelle avec König] ; mais je ne savais pas alors que je tirais sur les plaisirs du roi [Frédéric II, qui protégeait Maupertuis], Voltaire, Lett. Mme Denis, 15 oct. 1752.

    Fig. Familièrement. Chasser sur les plaisirs de quelqu'un, poursuivre la même femme. …Je saurai de Valère Quel est, en vous aimant, le but de ses désirs, Et de quel droit il vient chasser sur mes plaisirs, Regnard, le Joueur, II, 4.

  • 7Menus plaisirs, voy. MENU, n° 5.
  • 8Volonté, consentement. Est-ce votre plaisir que je me charge de cette affaire ? Ce n'est pas mon plaisir que cela soit. À mon plaisir, j'ai pétri sa jeune âme, Voltaire, Enf. prod. I, 1.

    On dit dans le même sens : le bon plaisir. Je ne puis plus rien faire que sous le bon plaisir des médecins et de la fièvre, Guez de Balzac, liv. II, lett. 10. Un plein abandonnement au bon plaisir de Dieu, Bourdaloue, Instruct. Octave de l'Assompt. Exhort. t. II, p. 323. Je voudrais bien, sous le bon plaisir de M. l'évêque de Chartres, que vous ne fissiez point de règle ni d'habitude d'avoir nécessairement des sermons en de certains jours, Maintenon, Lett. à Mme de Fontaines, 12 mars 1694.

    Arrêter, régler, terminer une affaire sous le bon plaisir de quelqu'un, la régler de telle façon qu'il n'y ait rien de fait s'il n'y donne son consentement.

    Tel est notre plaisir ou notre bon plaisir, formule de lettres de chancellerie, par laquelle le roi marquait sa volonté dans les édits ; formule introduite par François Ier pour l'imposition de la taille (voy. l'HISTORIQUE). Faites ce que je vous dis, car tel est mon bon plaisir, serait la phrase la plus méprisante qu'un monarque pût adresser à ses sujets, si ce n'était pas une vieille formule de l'aristocratie, Diderot, Claude et Nér. II, 36.

    Le bon plaisir, se dit d'un gouvernement où tout se fait par la volonté seule du monarque. Le régime du bon plaisir.

  • 9Grâce, faveur, bon office. Si Charles par son crédit M'a fait un plaisir extrême, J'en suis quitte, il l'a tant dit Qu'il s'en est payé lui-même, Gombaut, dans RICHELET. Il n'y a pas de plaisir que l'on fasse plus volontiers à un ami, que lui donner conseil, La Rochefoucauld, Prem. pens. 33. Je sais rendre ce qu'on me prête, et reconnaître les plaisirs qu'on me fait, Molière, Bourg. gent. III, 4. Elle me compte pour quelque chose, et je me trouve heureuse de pouvoir lui faire ces petits plaisirs, Sévigné, 27 déc. 1679. Mais plaisir pour plaisir ; pour vous que puis-je faire ? Piron, Métrom. II, 1.

    Faire plaisir, obliger, rendre service. Quand on a eu dessein de faire plaisir à quelqu'un, on est aise de savoir qu'on y a réussi, Sévigné, 24 nov. 1675. Il promettait volontiers de faire plaisir, mais il ne tenait jamais ses promesses, Lesage, Diable boit. ch. 13.

    Faire plaisir, être agréable. Et moi, je le suivrai [un conseil] pour vous faire plaisir, Molière, Tart. II, 4.

    Faire plaisir de quelque chose. Tout ce que je vous mande est vrai ; je ne me charge point des fadaises dont on croit faire plaisir aux gens éloignés, Sévigné, 16 août 1675.

    Familièrement. Faire le plaisir de, avoir la bonté de, la complaisance de. J'en conviens, me dit-il ; mais faites-moi le plaisir de ne dire à personne que vous m'ayez lu ce morceau, Rousseau, Conf. X.

    Voulez-vous me faire le plaisir de, formule d'invitation à dîner, à une soirée, etc.

    Faites-moi le plaisir de vous taire, formule de commandement familier et un peu irrité.

  • 10 Terme de pâtissier. Espèce d'oublie roulée en cornet. Manger des plaisirs. Voilà le plaisir, cri par lequel on en annonce la vente.
  • 11À plaisir, loc. adv. Avec plaisir, avec soin. Un meuble fait à plaisir. Si j'avais voulu faire un homme exprès… pour être enivré de la cour… j'aurais fait M. de Sévigné exprès à plaisir ; il se trouve que c'est précisément le contraire, Sévigné, 438. La fin d'une aventure faite à plaisir, Hamilton, Gramm. 11.

    À plaisir, se dit aussi de quelque fiction que l'on forge pour se faire plaisir ou pour un but quelconque. Une histoire à plaisir, un conte dont Lélie A voulu détourner le rachat de Célie, Molière, l'Ét. III, 2. Des propositions fabriquées et forgées à plaisir, Pascal, Prov. XVII. Ils me montreront une lettre faite à plaisir, Sévigné, 70. Les païens… publièrent de faux actes de Pilate… mais il paraît que ces actes ont été faits a plaisir, Bossuet, Hist. II, 12.

    Se tourmenter à plaisir, se tourmenter sans sujet.

  • 12Par plaisir, loc. adv. Par divertissement. Ou bien à tricoter quelque bas par plaisir, Molière, Éc. des mar. I, 2.

    Fig. et familièrement. Par plaisir, pour éprouver, pour voir si. Lisons par plaisir ce discours.

PROVERBES

La peine passe le plaisir.

Nul plaisir sans peine.

Il ne fait plaisir qui ne veut, c'est-à-dire un acte de bienveillance doit être jugé par l'intention.

Chacun prend son plaisir où il le trouve.

Où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir.

HISTORIQUE

XIIe s. À son plesir [elle] me fait plaindre et plorer, Couci, X. Bien [je] doi chanter, puisqu'il vient à plaisir [à] Cele que j'ai de cuer fait lige homage, ib. XI. De vostre pecunie [un roi] frad sun plaisir, serfs serez, sil vus estuverrad suffrir [il vous faudra le souffrir ainsi], Rois, p. 28.

XIIIe s. Dame, ce dist la serve, tout à vostre plaisir, Berte, XII. Or n'est-il riens que j'aie [qui] ne soit à vo plaisir, ib. LVIII. Qar quant li hons gist en la biere, Sa fame esgarde par deriere S'ele voit homme à son plaisir, Ren. 11755. Li cuers est vostres, non pas miens ; Car il convient, soit maus, soit biens, Que il face vostre plaisir, la Rose, 1997.

XVe s. À present il lui convient [au comte de Flandre] obeir aux ordonnances et plaisirs du roi de France et des François, Froissart, II, II, 207. Peu en affiert à moy de mercy ; je ne suis que ung seul homme ; la chevalerie qui avec moy estoit qui les prouesses firent, en doivent avoir l'honneur. Sire chevalier, dist le roy, vous dictes vostre plaisir ; mais le bon chef fait la bonne chevalerie, Perceforest, t. II, f° 96. Et cy vous donray fin des anciennes histoires ; ausquelles vous prie et commande que vueillez prendre plaisir, Jeh. de Saint. ch. 17. Je vous vueil envoyer en la ville pour moy faire ung plaisir, et vous serez bien mon amy, ib. ch.3. Lors fut la joye des ungs aux aultres telle que c'estoit plaisir de les veoir, ib. ch.46. Et asseuroit de soy y trouver de brief, là ou ailleurs, au bon plaisir du roy, Commines, V, 2.

XVIe s. Se souvenant des plaisirs qu'il avoit receuz de Ptolemaeus et de Berenice, Amyot, Pyrrh. 11. Titus demouroit fermement amy de ceulx à qui il avoit une fois fait plaisir, Amyot, Flamin. et Philop. 2. Ma fievre croist tousjours, la vostre diminue… La vostre est à plaisir, la mienne est continue…, Ronsard, 254. De court plaisir long repentir, Cotgrave Qui plaisir fait plaisir requiert, Cotgrave Trois choses font à l'homme grand desir, Honneur, utilité, plaisir, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 430. Il [François Ier] laissa en instruction et en pratique à ses successeurs, de ne requerir plus le consentement des peuples, pour obtenir des secours et des assistances d'eux ; ainsi de les ordonner de pleine puissance et autorité royale, sans alleguer autre cause ni raison que celle de Tel est notre bon plaisir, Sully, Œuv. t. VIII, p. 455.

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Plaisir : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PLAISIR, DÉLICE, VOLUPTÉ, (Synonym.) L’idée du plaisir est d’une bien plus vaste étendue que celle de délice & de volupté, parce que ce mot a rapport à un plus grand nombre d’objets que les deux autres ; ce qui concerne l’esprit, le cœur, les sens, la fortune, enfin tout ce qui est capable de nous procurer du plaisir. L’idée de délice enchérit par la force du sentiment sur celle de plaisir ; mais elle est bien moins étendue par l’objet ; elle se borne proprement à la sensation, & regarde sur-tout celle de la bonne-chere. L’idée de volupté est toute sensuelle, & semble désigner dans les organes quelque chose de délicat qui rafine & augmente le goût.

Les vrais philosophes cherchent le plaisir dans toutes leurs occupations, & ils s’en font un de remplir leur devoir. C’est un délice pour certaines personnes de boire à la glace, même en hiver, & cela est indifférent pour d’autres, même en été. Les femmes poussent ordinairement la sensibilité jusqu’à la volupté, mais ce moment de sensation ne dure guere, tout est chez elles aussi rapide que ravissant.

Tout ce qu’on vient de dire ne regarde ces mots que dans le sens où ils marquent un sentiment ou une situation gracieuse de l’ame ; mais ils ont encore, surtout au pluriel, un autre sens, selon lequel ils expriment l’objet ou la cause de ce sentiment ; comme quand on dit d’une personne qu’elle se livre entierement aux plaisirs, qu’elle jouit des délices de la campagne, qu’elle se plonge dans les voluptés. Pris dans ce dernier sens, ils ont également, comme dans l’autre, leurs différences & leurs délicatesses particulieres : alors le mot de plaisir a plus de rapport aux pratiques personnelles, aux usages & aux passe-tems, tels que la table, le jeu, les spectacles & les galanteries. Celui de délices en a davantage aux agrémens que la nature, l’art & l’opulence fournissent ; telles que de belles habitations, des commodités recherchées, & des compagnies choisies. Celui de voluptés désigne proprement des excès qui tiennent de la mollesse, de la débauche & du libertinage, recherchés par un goût outré, assaisonnés par l’oisiveté, & préparés par la dépense, tels qu’on dit avoir été ceux où Tibere s’abandonnoit dans l’île de Caprée, & les Sybarites dans les palais qu’ils avoient bâtis le long du fleuve Crathès, Girard. (D. J.)

Plaisir, (Morale.) Le plaisir est un sentiment de l’ame qui nous rend heureux du-moins pendant tout le tems que nous le goûtons ; nous ne saurions trop admirer combien la nature est attentive à remplir nos desirs. Si par le seul mouvement elle conduit la matiere, ce n’est aussi que par le plaisir qu’elle conduit les humains ; elle a pris soin d’attacher de l’agrément à ce qui exerce les organes du corps sans les affoiblir, à toutes les occupations de l’esprit qui ne l’épuisent pas par une trop vive & trop longue contention, à tous les mouvemens du cœur que la haine & la contrainte n’empoisonnent pas, enfin à l’accomplissement de nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes, & envers les autres hommes. Parcourons tous ces articles les uns après les autres.

1°. Il y a un agrément attaché à ce qui exerce les organes du corps, sans les affoiblir. L’aversion que les enfans ont pour le repos, justifie que les mouvemens qui ne fatiguent point le corps, sont naturellement accompagnés d’une sorte de plaisir ; la chasse a d’autant plus de charmes qu’elle est plus vive ; il n’est guere pour de jeunes personnes de plaisir plus touchant que la danse ; & la sensibilité au plaisir de la promenade se conserve même dans un âge avancé, elle ne s’émousse guere que par la foiblesse du corps. Les couleurs caractérisent les objets qui s’offrent à nous ; celle du feu est la plus agréable, mais à la longue elle fatigue la vue ; le verd fait une impression douce & jamais fatiguante ; le brun & le noir sont des couleurs tristes. La nature a reglé l’agrément des couleurs, sur le rapport de leur force à l’organe de la vue ; celles qui exercent davantage, sont les plus agréables, tant qu’elles ne le fatiguent point ; aussi les ténebres deviennent-elles pour nous une source d’ennui, dès qu’elles livrent les yeux à l’inaction. Les corps après s’être annoncés par les couleurs, nous frappent agréablement par leur nouveauté & leur singularité : avides de sentimens agréables, nous nous flattons d’en recevoir de tous les objets inconnus qui se présentent à nous ; d’ailleurs leur trace n’est point encore formée dans le cerveau, ils font alors sur ses fibres une impression douce qui s’affoiblit, dès que la trace trop ouverte laisse un chemin libre aux esprits ; la grandeur & la variété sont encore des causes d’agrément. L’immensité de la mer, ces fleuves qui du haut des montagnes se précipitent dans les abymes, ces campagnes où la vue se perd dans la multitude des tableaux qui s’offrent de toute part ; tous ces objets font sur l’ame une impression dont l’agrément se mesure sur l’ébranlement des fibres du cerveau : une autre source féconde d’agrémens, c’est la proportion, elle met à portée de saisir & de retenir la position des objets. La symmétrie dans les ouvrages de l’art, de même que dans les animaux & dans les plantes, partage l’objet de la vue en deux moitiés semblables, & sur ce fond, pour ainsi dire, d’uniformité, d’autres proportions doivent d’ordinaire y porter l’agrément de la variété, la convenance des moyens avec leurs fins, à la ressemblance d’un ouvrage de l’art avec un objet connu, l’unité de dessein : sous ces différens rapports, la nature les a revêtus d’agrément, ils mettent l’esprit à portée de saisir & de retenir ce qui se présente à nos yeux. L’Architecture, la Peinture, la Sculpture, la déclamation doivent à cette loi une partie de leurs charmes ; de cette même source naît en partie l’agrément attaché aux graces du corps, elles consistent dans un juste rapport des mouvemens à la fin qu’on s’y propose, elles sont comme un voile transparent à-travers lequel l’esprit se montre : les lois qui reglent l’agrément des objets à la vue, influent sur les sons, le gazouillement d’un ruisseau, le murmure d’un vent qui se joue dans les feuilles des arbres ; tous ces tons doux agitent les fibres de l’ouie sans le fatiguer Les proportions, la variété, l’imitation, l’unité de dessein, donnent à la Musique des charmes encore plus touchans qu’aux arts qui travaillent pour les yeux. Nous devons à la théorie de la Musique, cette observation importante, que les consonnances sont plus ou moins agréables, suivant qu’elles sont de nature à exercer plus ou moins les fibres de l’ouie sans les fatiguer. L’analogie qui regne dans toute la nature, nous autorise à conjecturer que cette loi influe sur toutes les sensations ; il est des couleurs dont l’assortissement plaît aux yeux, c’est que dans le fond de la rétine, elles forment, pour ainsi dire, une consonnance ; cette même loi s’étend apparemment aux êtres qui sont à portée d’agir sur l’odorat & sur le goût ; leur agrément caractérise, il est vrai, ceux qui nous sont salutaires, mais il ne paroit point parfaitement proportionné à leur degré de convenance avec la santé.

2°. Si le corps a ses plaisirs, l’esprit a aussi les siens ; les occupations soit sérieuses soit frivoles, qui exercent sa pénétration sans le fatiguer, sont accompagnées d’un sentiment agréable. A voir un joueur d’échecs concentré en lui-même, & insensible à tout ce qui frappe ses yeux & ses oreilles, ne le croiroit-on pas intimement occupé du soin de sa fortune ou du salut de l’état ? Ce recueillement si profond a pour objet le plaisir d’exercer l’esprit par la position d’une piece d’ivoire. C’est de ce doux exercice de l’esprit que naît l’agrément des pensées fines, qui de même que la bergere de Virgile, se cachent autant qu’il le faut pour qu’on ait le plaisir de les trouver. Il y a eu des hommes à qui on a donné le nom de philosophes, & qui ont cru que l’exercice de l’esprit n’étoit agréable que par la réputation qu’on se flattoit d’en recueillir. Mais tous les jours ne se livre-ton pas à la lecture & à la réflexion, sans aucune vue sur l’avenir, & sans autre dessein que de remplir le moment présent ? Si on se trouvoit condamné à une solitude perpétuelle, on n’en auroit que plus de goût pour des lectures que la vanité ne pourroit point mettre à profit.

3°. Le cœur comme l’esprit & le corps a ses mouvemens & est fou des plaisirs, dès qu’ils ne doivent point leur naissance à la vue d’un mal présent ou à venir. Tout objet est sûr de nous plaire, dès que son impression conspire avec nos inclinations : une spéculation morale ou politique, peu amusante dans la jeunesse, intéresse dans un âge plus avancé, & une histoire galante qui ennuie un vieillard, aura des charmes pour un jeune homme. Dans la peinture que la Poésie fait des passions, ce n’est point la fidélité du portrait qui en fait le principal agrément ; c’est que telle est leur contagion, qu’on ne peut guere les voir sans les ressentir ; la tristesse même devient quelquefois délicieuse, par cette douceur secrette, attachée à toute émotion de l’ame. La tragédie divertit d’autant mieux. qu’elle fait couler plus de larmes ; tout mouvement de tendresse, d’amitié, de reconnoissance, de générosité & de bienveillance, est un sentiment de plaisir : aussi tout homme né bienfaisant est-il naturellement gai, & tout homme né gai est-il naturellement bienfaisant. L’inquiétude, le chagrin, la haine, sont des sentimens nécessairement désagréables, par l’idée du mal qui nous menace ou nous afflige ; aussi tout homme malfaisant est-il naturellement triste. On trouve cependant une sorte de douceur dans le mouvement de l’ame, qui nous porte à assurer notre conservation & notre félicité, par la destruction de ce qui fait obstacle ; c’est qu’il y a peu de sentimens qui ne soient pour ainsi dire composés, & où il n’entre quelque portion d’amour ; on ne hait guere, que parce qu’on aime.

4°. Enfin, il y a du plaisir attaché à l’accomplissement de nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes & envers les autres. Epicure fier d’avoir attaqué le dogme d’une cause intelligente, se flattoit d’avoir anéanti une puissance ennemie de notre bonheur. Mais pourquoi nous former cette idée superstitieuse d’un être qui en nous donnant des gouts, nous offre de toutes parts des sentimens agréables ; qui en nous composant de divers facultés, a voulu qu’il n’y en eût aucune dont l’exercice ne fût un plaisir ? Les biens que nous possédons sont-ils donc empoisonnés par l’idée que ce sont des présens d’une intelligence bienfaisante ? N’en doivent-ils pas plutôt recevoir un nouveau prix, s’il est vrai que l’ame ne soit jamais plus tranquille & plus parfaite, que quand elle sent qu’elle fait de ces biens un usage conforme aux intentions de son auteur ? Cette idée qui épure nos plaisirs, porte le calme dans le cœur, & en écarte l’inquiétude & le chagrin. Placés dans l’univers comme dans le jardin d’Eden, si la providence nous défend l’usage d’un fruit par l’impuissance de le cueillir, ou par les inconvéniens qui y sont attachés, n’en acceptons pas avec moins de reconnoissance ceux qui se présentent à nous de toutes parts ; jouissons de ce qui nous est offert, sans nous trouver malheureux par ce qui nous est refusé : le desir se nourrit d’espérance, & s’éteint par l’impossibilité d’atteindre à son objet : nous devons à la puissance de Dieu, le tribut d’une soumission parfaite à tout ce qui résulte de l’établissement de ses lois ; nous devons à sa sagesse l’hommage d’une persuasion intime, que si nous étions admis à ses conseils, nous applaudirions aux raisons de sa conduite. Ces sentimens respectueux, un sentiment de plaisir les accompagne, une heureuse tranquillité les suit.

Il y a aussi du plaisir attaché à l’accomplissement de nos devoirs envers nous-mêmes ; le plaisir naît du sein de la vertu. Quoi de plus heureux que de se plaire dans une suite d’occupations convenables à ses talens & à son état ? La sagesse écarte loin de nous le chagrin, elle garantit même de la douleur, qui dans les tempéramens bien conformés ne doit guere sa naissance qu’aux excès : lorsqu’elle ne peut la prévenir, elle en émousse du moins l’impression, toujours d’autant plus forte qu’on y oppose moins de courage. Les indiennes, les sauvages, les fanatiques marquent de la gaité dans le sein des douleurs les plus vives ; ils maîtrisent leur attention au point de la détourner du sentiment désagréable qui les frappe, & de la fixer sur le phantôme de perfection auquel ils se dévouent. Seroit-il possible que la raison & la vertu aprissent de l’ambition & du préjugé à affoiblir aussi le sentiment de la douleur par d’heureuses diversions ?

Si nous voulons remplir tous nos devoirs envers les autres hommes, soyons justes & bienfaisans, la morale nous l’ordonne, la théorie des sentimens nous y invite ; l’injustice, ce principe fatal des maux du genre humain, n’afflige pas seulement ceux qui en sont les victimes, c’est une sorte de serpent qui commence par déchirer le sein de celui qui le porte. Elle prend naissance dans l’avidité des richesses ou dans celle des honneurs, & en fait sortir avec elle un germe d’inquiétude & de chagrin : L’habitude de la justice & de la bienveillance qui nous rend heureux, principalement par les mouvemens de notre cœur, nous le rend aussi par les sentimens qu’elle inspire à ceux qui nous approchent ; un homme juste & bienfaisant, qui ne vit que pour des mouvemens de bienveillance, est aimé & estimé de tous ceux qui l’approchent. Si l’on a dit de la louange, qu’elle étoit pour celui à qui elle s’adressoit, la plus agréable de toutes les musiques, on peut dire de même qu’il n’est point de spectacle plus doux que celui de se voir aimé ; tous les objets qui s’offriront lui seront agréables, tous les mouvemens qui s’éleveront dans son cœur, seront des plaisirs.

Il y a plusieurs sortes de plaisirs, savoir, ceux du corps & ceux de l’esprit, & ceux du cœur ; c’est une suite de ce que nous venons de dire. Il se présente ici une question importante, qui bien avant la naissance d’Epicure & de Platon, a partagé le genre humain en deux sectes différentes. Les plaisirs des sens l’emportent-ils sur ceux de l’ame ? Et parmi les plaisirs de l’ame, ceux de l’esprit sont-ils préférables à ceux du cœur ? Pour en juger, imaginons-les entierement séparés les uns des autres & portés à leur plus haut point de perfection. Qu’un être insensible à ceux de l’esprit goûte ceux du corps dans toute sa durée, mais que privé de toute connoissance, il ne se souvienne point de ceux qu’il a sentis, qu’il ne prévoye point ceux qu’il sentira, & que renfermé pour ainsi dire dans son écaille, tout son bonheur consiste dans le sentiment sourd & aveugle qui l’affecte pour le moment présent. Imaginons au contraire, un homme mort à tous les plaisirs des sens, mais en faveur de qui se rassemblent tous ceux de l’esprit & du cœur ; s’il est seul, que l’histoire, la géométrie, les belles-lettres, lui fournissent de belles idées, & lui marquent chaque moment de sa retraite par de nouveaux témoignages de la force & de l’étendue de son esprit ; s’il se livre à la société, que l’amitié, que la gloire, compagne naturelle de la vertu, lui fournissent hors de lui des preuves toujours renaissantes de la grandeur & de la beauté de son ame, & que dans le fond de son cœur sa conformité à la raison soit toujours accompagnée d’une joie secrete que rien ne puisse altérer ; il me semble qu’il est peu d’hommes nés sensibles aux plaisirs de l’esprit & du corps, qui placés entre ces deux états de bonheur, à-peu-près comme un philosophe l’a feint d’Hercule, préférassent au sort de l’être intelligent la félicité d’une huitre.

Les plaisirs du corps ne sont jamais plus vifs que quand ils sont des remedes à la douleur ; c’est l’ardeur de la soif qui décide du plaisir qu’on ressent à l’éteindre. La plûpart des plaisirs du cœur & de l’esprit ne sont point altérés par ce mélange impur de la douleur. Ils l’emportent d’ailleurs par leur agrément ; ce que la volupté a de délicieux, elle l’emprunte de l’esprit & du cœur ; sans leur secours elle devient bientôt fade & insipide à la fin. Les plaisirs du corps n’ont guere de durée, que ce qu’ils en empruntent d’un besoin passager ; dès qu’ils vont au-delà, ils deviennent des germes de douleur ; les plaisirs de l’esprit & du cœur leur sont donc bien supérieurs, n’eussent-ils sur eux que l’avantage d’être bien plus de nature à remplir le vuide de la vie.

Mais parmi les plaisirs de l’esprit & du cœur, auxquels donnerons-nous la préférence ? Il me semble qu’il n’en est point de plus touchant, que ceux que fait naître dans l’ame l’idée de perfection ; elle est comme un objet de notre culte, auquel on sacrifie tous les jours les plus grands établissemens, sa conscience même & sa personne. Pour se garantir de la flétrissure attachée à la poltronnerie, elle a précipité dans le sein de la mort des hommes, flattés d’acheter à ce prix la conservation de ce qui leur étoit cher. C’est elle qui rend les indiennes insensibles à l’horreur de se brûler vives, & qui leur ferme les yeux sur tous les chemins que leur ouvre la libéralité & la religion de leur prince, pour les dérober à ce supplice volontaire ; les vertus, l’amitié, les passions, les vices mêmes empruntent d’elle la meilleure partie de leur agrément.

Un comique grec trouvoit qu’on ne prenoit pas d’assez justes mesures, quand on vouloit s’assurer d’un prisonnier. Que n’en confie-t-on la garde au plaisir ? Que ne l’enchaîne-t-on par les délices ? Plaute & l’Arioste ont adopté cette plaisanterie ; mais tous ces poëtes auroient peu connu le cœur humain, s’ils eussent cru sérieusement que jamais leur captif n’auroit brisé ses chaînes. Il n’eût pas été nécessaire de faire briller à ses yeux tout l’éclat de la gloire ; qu’il se fût trouvé méprisable dans sa prison, ou qu’il y eût craint le mépris des autres hommes, il eût bientôt été tenté de préférer un péril illustre à une volupté honteuse. La gloire a plus d’attrait pour les ames bien nées, que la volupté ; tous craignent moins la douleur & la mort, que le mépris.

Les qualités de l’esprit, il est vrai, fournissent à ceux que la passion n’éblouit pas, un spectacle encore plus agréable que celui de la figure ; il n’y a que l’envie ou la haine qui puissent rendre insensible au plaisir d’appercevoir en autrui cette pénétration vive, qui saisit dans chaque objet les faces qui s’assortissent le mieux avec la situation où l’on est ; mais la beauté de l’esprit, quelque brillante qu’elle soit, est effacée par la beauté de l’ame. Les saillies les plus ingénieuses n’ont pas l’éclat des traits qui peignent vivement une ame courageuse, désintéressée, bienfaisante. Le genre humain applaudira dans tous les siecles, au regret qu’avoit Titus d’avoir perdu le tems qu’il n’avoit pas employé à faire des heureux ; & les échos de nos théatres applaudissent tous les jours aux discours d’une infortunée, qui abandonnée de tout le genre humain, interrogée sur les ressources qui lui restent dans ses malheurs, moi, répond-elle, & c’est assez. Il est peu de personnes qui soient du caractere d’Alcibiade, qui étoit plus sensible à la réputation d’homme d’esprit, qu’à celle d’honnête homme ; tant il est vrai que les sentimens du cœur flatent plus que les plaisirs de l’esprit. En un mot, les traits les plus réguliers d’un beau visage sont moins touchans que les graces de l’esprit, qui sont effacées à leur tour par les sentimens & par les actions qui annoncent de l’élévation dans l’ame & dans le courage : l’agrément naturel des objets se gradue toujours dans l’ordre que je viens d’exposer, & c’est ainsi que la nature nous apprend ce que l’expérience confirme, que la beauté de l’esprit donne plus de droit à la félicité, que celle du corps, & qu’elle en donne moins que celle de l’ame.

Parmi les plaisirs, il y en a qui sont tels par leur jouissance, que leur privation n’est point douleur : la vapeur des parfums, les spectacles de l’Architecture, de la Peinture, & de la déclamation ; les charmes de la Musique, de la Poésie, de la Géométrie, de l’Histoire, d’une société choisie ; tous ces plaisirs sont de ce genre. Ce ne sont point des secours qui soulagent notre indigence, ce sont des graces qui nous enrichissent & augmentent notre bonheur : combien de gens qui les connoissent peu, & qui jouissent pourtant d’une vie douce ? Il n’en est pas ainsi de quelque autres sortes de sentimens agréables ; la loi, par exemple, qui nous invite à nous nourrir ne se borne point à récompenser notre docilité, elle punit notre désobéissance. L’auteur de la nature ne s’est pas reposé sur le plaisir seul du soin de nous convier à notre conservation, il nous y porte par un ressort encore plus puissant, par la douleur.

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Étymologie de « plaisir »

Étymologie de plaisir - Wiktionnaire

(Verbe) Du latin placere.
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Étymologie de plaisir - Littré

Plaisir est l'ancien infinitif du verbe plaire (voy. PLAIRE, à l'historique et à l'étymologie). Berry, plaisi ; bourguig. plaiji ; wallon, plaisî ; genev. se faire plaisir d'une chose, en prendre et manger : Voilà une corbeille de cerises, mes enfants ; faites-vous-en plaisir ; provenç. plazer ; catal. plaer ; catal. mod. pler ; espagn. placer ; port. prazer ; ital. piacere.

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Étymologie de plaisir - Wiktionnaire

Usage substantivé du verbe ancien français plaisir (« plaire »), dérivé du latin placēre.
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Phonétique du mot « plaisir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
plaisir plezir play_arrow

Citations contenant le mot « plaisir »

  • "Nous venons de terminer un excellent stage en altitude à Val d’Isère pendant deux semaines raconte-t-il, nous avons effectué du très bon travail dans un cadre exceptionnel en haute montagne. Après une longue pause, il y a forcément beaucoup de plaisir à remettre un dossard sur une épreuve comme la route d’Occitanie…" ladepeche.fr, "Il y a forcément beaucoup de plaisir à remettre un dossard" - ladepeche.fr
  • Je prends plaisir à jouer la carte de l'atypique.  France Inter, "Je prends plaisir à jouer la carte de l'atypique" : qui sont les adultes à haut potentiel ?
  • En effet, Open sky est le nom donné par la Compagnie de Phalsbourg, le promoteur du centre commercial, à ses constructions en phase projet, avant de leur donner une identité propre. Il faudra donc désormais l’appeler Mon grand Plaisir. « Ça nous semblait évident, parce que Grand Plaisir est le nom historique de la zone, pour faire le lien avec l’ensemble de la zone », souligne Aurélia Duroyon, directrice du développement à la Compagnie de Phalsbourg pour le projet plaisirois, contactée à la mi-juin. La Gazette de Saint-Quentin-en-Yvelines, Plaisir - L’ouverture d’Open sky, désormais nommé Mon grand Plaisir, est décalée à fin août | La Gazette de Saint-Quentin-en-Yvelines
  • La démonstration du verrier d’art Frédéric Demoisson dimanche 26 juillet est à marquer d’une pierre blanche. Tout au long de la journée, de nombreux visiteurs ont défilé dans son atelier éphémère au musée du verre d’Argonne pour un événement couvert par la télévision régionale. Frédéric a offert un festival de couleurs et de formes issues de simples tubes de verre, juste pour le plaisir des yeux. , Culture - Loisirs | Un verrier d’art en démonstration juste pour le plaisir des yeux
  • Dans la résistance gît le plaisir. De Noël Audet / Quand la voile faseille
  • Quel étrange plaisir de réaliser ses mensonges ! De Jean Anouilh / Le rendez-vous de Senlis
  • Le plaisir tue en nous quelque chose. De Julien Green / Journal
  • Le plaisir est décevant, les possibilités jamais. De Sören Kierkegaard
  • La vengeance est le plaisir des dieux. De Proverbe français
  • La peine et le plaisir se suivent. De Proverbe français
  • Elle ne cherchait pas le plaisir d'autrui. Elle s'enchantait égoïstement du plaisir de faire plaisir. De Simone de Beauvoir / L'invitée
  • Les affaires avant le plaisir. De Proverbe québécois
  • Le plaisir esthétique doit être un plaisir intelligent. De José Ortega y Gasset / La déshumanisation de l’art
  • Toujours du plaisir n’est pas du plaisir. De Voltaire / Zadig ou la destinée
  • Plaisir non partagé n’est plaisir qu’à moitié. De Proverbe français
  • Tout plaisir est plaisir d'amour. De Jean Rostand / Carnet d’un biologiste
  • Plaisir non obtenu vaut mieux que plaisir comblé. Ricardo León, Silencio !
  • Rien ne me paraît juste qui contrarie mon bon plaisir. Pedro Calderón de la Barca, La vida es sueño
  • Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1780 n'a pas connu le plaisir de vivre. Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, Phrase rapportée par François Guizot dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps
  • Car tel est notre plaisir. Anonyme,
  • La vie, c'est le plaisir ou rien. […] Jouissons aujourd'hui, nul ne connaît demain. Palladas, d'Alexandrie, Anthologie palatine V, 72 (traduction R. Brasillach)
  • De la source même des plaisirs surgit je ne sais quoi d'amer qui jusque dans les fleurs prend à la gorge. Lucrèce en latin Titus Lucretius Carus, De natura rerum , IV, 1133
  • Je comprends qu'il y a quelque sorte de plaisir dans la plainte, plus grand qu'on ne pense. Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, Correspondance, à Mme de Grignan, 14 mai 1686
  • Pour ceux qui ont l'austérité trop facile, le devoir peut être dans le plaisir. Jean Rostand, Carnet d'un biologiste, Stock
  • Il est plus facile à l'imagination de se composer un enfer avec la douleur qu'un paradis avec le plaisir. Antoine Rivaroli, dit le Comte de Rivarol, Discours sur l'homme intellectuel et moral
  • Chacun trouve son plaisir où il le prend. Jules Renard, Journal, 15 juin 1887 , Gallimard
  • Rien n'est plus limité que le plaisir et le vice. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, le Temps retrouvé , Gallimard
  • On est impuissant à trouver du plaisir quand on se contente de le chercher. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, le Côté de Guermantes , Gallimard
  • C'est du plaisir savant qu'il faut aux sénateurs. Georges de Porto-Riche, L'Infidèle, scène 5, Lazzaro , Fayard
  • La variété est la source de tous nos plaisirs, et le plaisir cesse de l'être quand il devient habitude. Évariste Désiré de Forges, chevalier puis vicomte de Parny, Lettres, janvier 1775
  • Va, crois-moi, le plaisir est toujours légitime. Évariste Désiré de Forges, chevalier puis vicomte de Parny, Élégies
  • Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les plaisirs passés ? Alfred de Musset, Premières Poésies, Chanson
  • Les grands événements n'enlèvent pas leur charme aux petits plaisirs. André Maurois, Olympio ou la vie de Victor Hugo, Hachette
  • Il n'y a point de plaisir qui ne perde à être connu. Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, Le Paysan parvenu
  • Tout le plaisir des jours est en leurs matinées. François de Malherbe, Stances
  • […] Le plaisir est toujours un bien, et la douleur toujours un mal ; mais il n'est pas toujours avantageux de jouir du plaisir, et il est quelquefois avantageux de souffrir la douleur. Nicolas Malebranche, De la recherche de la vérité
  • Notre âme a plus de capacité pour le plaisir que pour la douleur. Marie François Pierre Gontier de Biran Maine de Biran, Journal, 1793
  • Chacun tire son plaisir de l'instrument dont il joue le mieux. Henri René Lenormand, Le Mangeur de rêves, Crès
  • Le plaisir de l'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Le plaisir est une prière Et l'aumône une volupté. Alphonse de Prât de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses, Pour une quête
  • […] Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre. Jean de La Fontaine, Fables, le Rat de ville et le Rat des champs
  • J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien Qui ne me soit souverain bien, Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique. Jean de La Fontaine, Les Amours de Psyché et de Cupidon
  • Le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autrui. Jean de La Bruyère, Les Caractères, De la société et de la conversation
  • Tout amour contient un abîme qui est le Plaisir. Pierre Jean Jouve, La Scène capitale, Mercure de France
  • Il entre, dans toute espèce de débauche, beaucoup de froideur d'âme. Elle est un abus réfléchi et volontaire du plaisir. Joseph Joubert, Carnets
  • Je fais ce qui me fait plaisir, et ça m'ennuie de penser pourquoi. Francis Jammes, Le Deuil des primevères, Mercure de France
  • Plaisir d'amour ne dure qu'un moment Chagrin d'amour dure toute la vie. Jean-Pierre Claris de Florian, Romance extraite de Célestine (musique de Jean-Paul Martini)
  • Tout amuse quand on y met de la persévérance : l'homme qui apprendrait par cœur un dictionnaire finirait par y trouver du plaisir. Gustave Flaubert, Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 1858
  • Que le plaisir se goûte au sortir des supplices ! Pierre Corneille, La Veuve, III, 8, Clarice
  • Le vice, c'est le mal qu'on fait sans plaisir. Sidonie Gabrielle Colette, Claudine en ménage, Mercure de France
  • Ces plaisirs qu'on nomme, à la légère, physiques. Sidonie Gabrielle Colette, Ces plaisirs, Ferenczi
  • À force de plaisirs notre bonheur s'abîme. Jean Cocteau, Vocabulaire, La Sirène
  • L'homme est, de tous les êtres vivants, le seul à courir deux plaisirs à la fois. Malcolm de Chazal, Sens plastique, Gallimard
  • Nos vrais plaisirs consistent dans le libre usage de nous-mêmes. Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, Histoire naturelle, De l'homme
  • Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • L'amour n'est que le roman du cœur : c'est le plaisir qui en est l'histoire. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, V, 7
  • Il ne se rencontre pas plus dans la vie de l'homme deux moments de plaisir semblables, qu'il n'y a deux feuilles exactement pareilles sur un même arbre. Honoré de Balzac, Physiologie du mariage
  • Je ne sais pas quelle conjuration de cagots et de vieilles filles a pu réussir, en deux siècles, à discréditer le mot plaisir. Jean Anouilh, La Répétition ou l'Amour puni, II, le comte , La Table Ronde

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Traductions du mot « plaisir »

Langue Traduction
Corse piacè
Basque plazerra
Japonais 喜び
Russe удовольствие
Portugais prazer
Arabe بكل سرور
Chinois 乐趣
Allemand vergnügen
Italien piacere
Espagnol placer
Anglais pleasure
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Synonymes de « plaisir »

Source : synonymes de plaisir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « plaisir »


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