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Chagrin

Définitions du mot « chagrin »

Trésor de la Langue Française informatisé

CHAGRIN1, subst. masc.

PEAUSSERIE
A.− Espèce de cuir grenu, préparé avec la peau de la croupe du mulet, de l'âne ou du cheval et utilisé en reliure et en maroquinerie de luxe. Peau de chagrin; étui, gaine de chagrin; livre relié en plein chagrin, en demi-chagrin. Sur ses genoux [du sous-préfet] repose une grande serviette en chagrin gaufré (A. Daudet, Lettres de mon moulin,1869, p. 131).Des cahiers reliés en toile blanche, en chagrin noir, en maroquin Lavallière et dorés sur tranche (A. France, La Vie en fleur,1922, p. 402).
Fam., péj. Une peau de chagrin. Une peau rêche. Les joues de Ragotte, de la vraie peau de chagrin. Elle a tant pleuré! (Renard, Journal,1907, p. 1126).
B.− [P. allus. à La Peau de chagrin, roman de Balzac] Se rétrécir, diminuer comme une peau de chagrin. Progressivement et jusqu'à disparition complète. Il m'apparut à cet instant que ma liberté s'était rétrécie d'un coup comme cette peau de chagrin dont j'avais lu l'histoire (P. Vialar, La Mort est un commencement,Le Petit jour, 1947, p. 96).
Au fig. C'est une peau de chagrin, cela fait peau de chagrin. Cela rétrécit de plus en plus :
1. On voit que le contour de notre domaine de liberté est fort changeant. J'ai grand peur que son aire n'ait fait que se rétrécir depuis un demi-siècle. C'est une peau de chagrin. Valéry, Regards sur le monde actuel,1931, p. 73.
2. Pourtant cette maison a perdu (...) ce vicinal empire de chemins et de sentiers qui se ramifiaient sur cent journaux de terre. Le domaine de jadis (...) a fait peau de chagrin. H. Bazin, Qui j'ose aimer,1956, p. 18.
Prononc. et Orth. : [ʃagʀ ε ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Fin du xvies. peau de sagrin (J. Palerne, Pérégrinations, Lyon, 1606, p. 315 cité par König ds Fr. mod., t. 9, 1941, p. 134), forme isolée; 1648 peau de chagrain (B. de Monconys, J. des voyages de Monsieur B. de Monconys, Lyon, 1666, t. 1, p. 359, cité par König, ibid.); 1655 chagrin (P. Borel, Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françoises, Paris, 1655, s.v. chagrain). Graphies concurrentes chagrain et chagrin aux xviieet xviiies. Empr. au turc ṣaġrï « croupe d'un animal, la peau qu'on en prépare » (FEW t. 19, p. 149a, Lok no1760). L'altération de s en ch est prob. due à l'infl. de chagrin2*.
DÉR.
Chagriner, verbe trans. dir.Préparer une peau d'âne, de chèvre ou de mulet pour la rendre grenue, la transformer en chagrin. Chagriner une peau. Ces livres à fermoirs, dont le carton est de bois, dont le maroquin est chagriné (Balzac, Œuvres diverses,t. 2, 1850, p. 23). [ʃagʀine]; (je) chagrine [ʃagʀin]. 1resattest. a) 1692 adj. chagriné (Tournefort, Mém. de l'Ac. des Sc., p. 124 cité par Delb. ds Quem.); b) 1784 verbe chagriner (Bernardin de Saint-Pierre, Ét. de la nature, Paris, Beaujouan, t. 2, p. 12); a de chagrin1, suff. *; b de chagrin1, dés. -er. Rem. On rencontre ds la docum. le part. passé, adj. chagriné, ée, p. anal. Grenu comme le chagrin. Papier chagriné. Qui a l'aspect grenu du chagrin (cf. Moreau-Vauthier, La Peint., 1933, p. 109). Touffes de germandrée au feuillage chagriné (G. Sand, Impressions et souvenirs, 1873, p. 358). De ces volumes que l'on ne se figure reliés qu'en basane racine ou en basane chagrinée, noire (Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 167). La peau chagrinée de nos tantes (S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, p. 162). Emploi subst. rare. Et là-dessus [sur le bronze] une dorure mate imitant le chagriné de la feuille (E. de Goncourt, La Maison d'un artiste, 1881, p. 17). Fréq. abs. littér : 4.
BBG. − Barbier (P.). Noms de poissons. Notes étymol. et lexicogr. 7. R. Lang. rom. 1915, t. 58, pp. 293-294. − Gohin 1903, p. 377. − Le Breton Grandmaison. Comment parlent les relieurs. Vie Lang. 1961, pp. 433-437.

CHAGRIN2, INE, adj.

A.− Vieilli. Qui éprouve du chagrin, de la peine, qui est rendu triste pour une cause précise. Synon. affligé, attristé, contrarié, désolé, peiné, triste.Anton. gai, content, joyeux :
1. ... le bon vieux Robin mourut. Quand la nouvelle en vint dans le village, Zoé en fut aussi chagrine que si elle eût perdu son père. Elle s'enferma plus de deux mois pour le pleurer tout à son aise. Mmede Genlis, Les Chevaliers du Cygne,t. 1, 1795, p. 93.
2. Le mercredi matin, Sara se montra plus chagrine que jamais : son âme était navrée de douleur, son cœur gonflé d'indignation contre sa mère et contre moi. Restif de La Bretonne, M. Nicolas,1796, p. 164.
B.− Littéraire
1. [En parlant du caractère, du tempérament, du genre de vie] Qui est enclin à la mauvaise humeur, à la morosité. Un esprit chagrin; une humeur chagrine; une vieillesse chagrine. Synon. bougon, bourru, maussade, mélancolique, morose, pessimiste.Les bourrasques et les sautes d'humeur d'un caractère inquiet, mécontent, chagrin (E. et J. de Goncourt, Charles Demailly,1860, p. 13).Alceste est un personnage comique, un esprit chagrin dont la maussaderie est exagérée pour provoquer le rire (Zola, Nos auteurs dramatiques,1881, p. 12).
Emploi subst., rare. Les Caustiques, les Chagrins sont des malades d'esprit, disait-il souvent (Restif de La Bretonne, La Vie de mon père,1779, p. 265).
P. méton. Dont les principes procèdent d'une telle humeur. Un philosophe chagrin; une morale chagrine.
2. P. anal. et/ou au sens factitif. Qui rend triste ou maussade, qui engendre la mélancolie, l'ennui. Un ciel chagrin; une couleur chagrine. Anton. gai, riant, clair.Ô ciel chagrin! arbres, terre! ombre, soirée pluvieuse (Claudel, Tête d'Or,2eversion, 1901, 1repart., p. 172).Elle [Alice] ... offrait à la lumière chagrine et douce ses cheveux lisses qui miraient le ciel cotonneux (Colette, Duo,1934, p. 151).
Rem. Qq. dict. (Besch. 1845, Lar. 19e, Lar. 20e, Littré et Guérin 1892) enregistrent l'adv. chagrinement, ,,d'une manière chagrine`` et notent que le mot est vx ou inusité.
Prononc. et Orth. : [ʃagʀ ε ̃], fém. [-in]. Ds Ac. 1694-1932.

CHAGRIN3, subst. masc.

A.− Souffrance morale, déplaisir dont la cause est un événement précis. Chagrin d'amour; un gros chagrin; éprouver un chagrin. Synon. affliction, douleur, peine.Anton. bonheur, félicité, joie, plaisir.Petits chagrins d'argent (Balzac, Les Illusions perdues,1843, p. 600):
1. Quel chagrin pèse donc sur ta tête abattue? À quel puits de douleur tes yeux puisent-ils l'eau? T. Gautier, Poésies,1872, p. 216.
2. ... elle l'avait vu [M. Rambaud] entrer un soir, les yeux rouges, brisé par un grand chagrin : son frère, l'abbé Jouve, était mort. À son tour, elle l'avait consolé. Zola, Une Page d'amour,1878, p. 1088.
3. Les flammes ont dévoré La maison où je suis né Pour distraire mon chagrin J'ai pris ma barque de bois peint J'ai pris ma flûte sculptée Alors la lune attristée D'un nuage s'est voilée... Claudel, Poésies diverses,La Maison dans le cœur (chinois), 1952, p. 913.
P. méton. Manifestation de cette souffrance, souvent au pluriel :
4. Sa poitrine se gonfla, ses yeux se mouillèrent, et elle éclata en sanglots. C'était un de ces chagrins naïfs et désordonnés comme en ont les enfants, un orage de larmes qui menaçait de ne plus s'arrêter. Theuriet, Le Mariage de Gérard,1875, p. 214.
SYNT. Faire, causer, donner du chagrin; consoler un chagrin; ravaler, confier son chagrin; apprendre avec chagrin; se consumer, mourir de chagrin; un amer, immense, profond, vif, grand chagrin; un chagrin cuisant, mortel, secret, violent; un chagrin d'enfant; de longs, de petits chagrins; chagrins domestiques, de fortune; les chagrins de la vie; accablé, malade, fou de chagrin; rongé par le chagrin; le cœur gonflé de chagrin.
Loc. vieillie. Faire chagrin. Faire du chagrin, de la peine. Anton. faire plaisir.Les quitter [les livres] me fait chagrin, les emporter est difficile; ne pas les quitter est le mieux (E. de Guérin, Journal,1835, p. 69).
Loc. fam. Noyer son chagrin. S'enivrer. Ils ont éventré les barriques Ils ont noyé leur chagrin dans le vin (Prévert, Paroles,La Batteuse, 1946, p. 204).
B.− Littér. État de tristesse profonde. Est-ce donc vrai qu'il y a des gens qui meurent de chagrin? (Druon, Les Grandes familles,t. 2, 1948, p. 123):
5. Derrière les ennuis et les vastes chagrins Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse S'élancer vers les champs lumineux et sereins! Baudelaire, Les Fleurs du Mal,Élévation, 1857-61, p. 16.
6. Il ne lui restait plus [à Jeanne] qu'une mélancolie attendrie, comme un voile de chagrin jeté sur sa vie. Maupassant, Une Vie,1883, p. 183.
Prononc. et Orth. : [ʃagʀ ε ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Adj. 1389 chagrine paresce (Jean Petit, Livre du champ d'or, 1197, Le Verdier cité par Delboulle ds R. Hist. litt. Fr., t. 4, p. 301); 2. subst. 1450 « peine, affliction » (Mist. Viel Testament, XIX, 11866, II, 130 ds IGLF : J'ay un grant chagrin en la teste); 1534 « personne à l'esprit chagrin » (Rabelais, Gargantua, éd. Marty-Laveaux, t. 1, p. 7). Malgré le léger hiatus chronol., prob. déverbal de chagriner*.
STAT. − Chagrin 1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. : 4 928. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 9 009, b) 8 089; xxes. : a) 7 124, b) 4 645.
BBG. − Colin (C. S. R.). Fr. chagrin « ledsen »; colère « ond ». In : [Mél. Vising (J.)]. Paris, 1925, pp. 55-60. − Goug. Mots t. 2, 1966, pp. 31-32. − Sain. Sources t. 3, 1972 [1930], p. 110, 399.

Wiktionnaire

Adjectif

chagrin \ʃa.ɡʁɛ̃\

  1. Qui éprouve du déplaisir, de la tristesse.
    • André est chagrin de la conduite de son fils.
    • inquiet, chagrin, je redoublai d’ardeur et d’efforts — (Pierre-Victorien Lottin de Laval, Manuel complet de Lottinoplastique, 1857, lire en ligne)
  2. Qui marque du déplaisir, de la tristesse.
    • Sa petite moue chagrine trahissait l’importance qu’elle avait mise à se trouver à cette revue. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
  3. Qui est porté à l’humeur sombre et difficile.
    • La vieillesse chagrine incessamment amasse ;
      Garde, non pas pour soi, les trésors qu'elle entasse ;
      Marche en tous ses desseins d'un pas lent et glacé ;
      Toujours plaint le présent et vante le passé ;
      Inhabile aux plaisirs dont la jeunesse abuse,
      Blâme en eux les douceurs que l'âge lui refuse.
      — (Nicolas Boileau, Art poétique, chant III, v. 383 à 388, 1674)
    • La dame des Belles-Cousines étoit née vive & sensible, mais elle l’ignoroit encore. Un vieux époux, chagrin & grondeur, avec lequel elle n’avait vécu qu’un an, n’avoit eu ni le temps ni le don de le lui apprendre. — (Louis-Élisabeth de La Vergne de Tressan, Histoire du petit Jehan de Saintré et de la dame des Belles-Cousines, pp. 10-11, 1792)
    • Mais au milieu de tant d’exemples édifiants et touchants, on trouve quelquefois de ces personnes malcontentes et chagrines, à qui tout déplaît dans leur profession, et dont la vie, par-là même, n'est qu'amertume et dégoût. — (Louis Bourdaloue, Sur l'Observation des règles, dans les Œuvres de Bourdaloue - tome 4, Paris : chez Lefèvre & chez Pourrat frères, 1838, p. 537)

Nom commun 1

chagrin \ʃa.ɡʁɛ̃\ masculin

  1. État de déplaisir, de peine, d’affliction.
    • Le chagrin avait employé trois ans à détruire cette douce Allemande ; mais c’était un de ces chagrins semblables à des vers logés au cœur d’un bon fruit. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Oui, mon père à peine en terre, j’étais coupable, oubliant mon deuil, trahissant mon chagrin et son souvenir. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 33)
    • « Vous raconterez votre premier chagrin. ‘Mon premier chagrin’ sera le titre de votre prochain devoir de français. » — (Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard, coll.« Folio », 1983, p. 207)
  2. (Vieilli) Humeur bizarre, rude, fâcheuse.
    • Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre. — (Molière, Le Misanthrope, Acte I, scène I, v. 6, 1666)

Nom commun 2

chagrin \ʃa.ɡʁɛ̃\ masculin

  1. Cuir grenu fait de peau d’âne, de cheval, de mulet, de petite roussette, de requin, etc. servant à couvrir des boîtes, des livres ou à polir le bois.
    • Comme la peau de l'âne est très-dure et très élastique, on l'emploie utilement à différents usages, on en fait des cribles, des tambours et de très bons souliers ; on en fait du gros parchemin pour les tablettes de poche que l'on enduit d'une couche légère de plâtre ; c'est aussi avec le cuir de l'âne que les Orientaux font le sagri, que nous appelons chagrin. Georges-Louis Leclerc de Buffon, Histoire naturelle des animaux, in Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, 2007, p. 569
    • Aveuglé par une sorte de délire, il ne s’aperçut même pas de l’incroyable ductilité de la Peau de chagrin, qui, devenue souple comme un gant, se roula sous ses doigts frénétiques. — (Honoré de Balzac, La Peau de chagrin, 1831)
    • Le meuble, recouvert de peaux de chagrin couleur bois, se composait de poufs, de fauteuils et d’un divan circulaire qui tenait en partie la rondeur de la pièce. — (Émile Zola, La Curée, 1871)
  2. (Par extension) Peau rugueuse.
  3. (Par analogie) Étoffe légère de taffetas moucheté, présentant quelques ressemblances avec les grains du chagrin (le cuir, sens 1).
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CHAGRIN, INE. adj.
Qui est rendu triste par suite de tel ou tel événement. Il est si chagrin depuis quelque temps qu'on ne le reconnaît plus. Il signifie aussi Qui, sans cause précise, est d'une humeur ordinairement fâcheuse. Il est né chagrin. Un vieillard chagrin. Il se dit aussi des Manifestations de cette humeur. Avoir l'air chagrin, l'esprit chagrin, une mine chagrine.

Littré (1872-1877)

CHAGRIN (cha-grin) s. m.
  • 1Cuir grenu fait d'ordinaire d'une peau de mulet ou d'âne. Peau de chagrin. Étui de chagrin. Relier un livre en chagrin. C'est avec le cuir de l'âne que les Orientaux font le sagri que nous appelons chagrin, Buffon, âne.

    Fig. et familièrement. Avoir une peau de chagrin, avoir la peau rude, rugueuse.

  • 2Espèce de squale dont la peau fort dure sert à faire une sorte de chagrin.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* CHAGRIN, s. m. (Morale.) c’est un mouvement desagréable de l’ame, occasionné par l’attention qu’elle donne à l’absence d’un bien dont elle auroit pû joüir pendant plus long-tems, ou à la présence d’un mal dont elle desire l’absence. Si la perte du bien que vous regrettez étoit indépendante de vous, disoient les Stoïciens, le chagrin que vous en ressentez est une opposition extravagante au cours général des événemens : si vous pouviez la prévenir, & que vous ne l’ayez pas fait, votre chagrin n’en est pas plus raisonnable, puisque toute la douleur possible ne réparera rien. En un mot, le bien qui vous manque, le mal qui vous est présent, sont-ils dans l’ordre physique ? cet ordre est antérieur à vous ; il est au-dessus de vous ; il est indépendant de vous ; il sera postérieur à vous : laissez-le donc aller sans vous en embarrasser : sont-ils dans l’ordre moral ? le passé n’étant plus, & le présent étant la seule chose qui soit en votre puissance, pourquoi vous affliger sur un tems où vous n’êtes plus, au lieu de vous rendre meilleur pour le tems où vous êtes, & pour celui où vous pourrez être ? Il n’y a aucune philosophie, disoit Epictete, à accuser les autres d’un mal qu’on a fait ; c’est en être au premier pas de la philosophie, que de s’en accuser soi-même ; c’est avoir fait le dernier pas, que de ne s’en accuser ni soi-même ni les autres. Il faut convenir que cette insensibilité est assez conforme au bonheur d’une vie, telle que nous sommes condamnés à la mener, où la somme des biens ne compense pas à beaucoup près celle des maux : mais dépend-elle beaucoup de nous ? & est-il permis au moraliste de supposer le cœur de l’homme tel qu’il n’est pas ? Ne nous arrive-t-il pas à tout moment de n’avoir rien à répondre à tous les argumens que nous opposons à nos peines même d’esprit ou de cœur, & de n’en souffrir ni plus ni moins ? Si c’est la perte d’un bien qu’on regrette,

Une si douce fantaisie
Toûjours revient ;
En songeant qu’il faut qu’on l’oublie,
On s’en souvient. M. Moncrif.

S’il s’agit d’émousser la pointe d’un mal, c’est en vain que j’appelle à mon secours, dit Chaulieu :

Raison, philosophie ;
Je n’en reçois, hélas, aucun soulagement !
A leurs belles leçons, insensé qui se fie ;
Elles ne peuvent rien contre le sentiment.
Raison me dit que vainement
Je m’afflige d’un mal qui n’a point de remede :
Mais je verse des pleurs dans ce même moment,
Et sens qu’à ma douleur il vaut mieux que je cede.

* Chagrin, s. m. (Manuf. & Comm.) espece de cuir grainé ou couvert de papilles rondes, serré, solide, qu’on tire de Constantinople, de Tauris, d’Alger, de Tripoli, de quelques endroits de la Syrie, & même de quelques cantons de la Pologne, & que les Gaîniers particulierement employent à couvrir leurs ouvrages les plus précieux.

Il n’y a point d’animal appellé chagrin, comme quelques-uns l’ont crû, les cuirs qui portent ce nom se font avec les peaux de la croupe des chevaux & des mulets. On les tanne & passe bien ; on les rend le plus mince qu’il est possible ; on les expose à l’air ; on les amollit ensuite ; on les étend fortement ; puis on répand dessus de la graine de moutarde la plus fine ; on les laisse encore exposées à l’air pendant quelque tems ; & on finit par les tenir serrées fortement dans une presse : quand la graine prend bien, les peaux sont belles ; sinon il y reste des endroits unis, qu’on appelle miroirs : ces miroirs sont un grand défaut. Voilà tout ce que nous savons de la fabrique du chagrin. Nous devons ce petit détail, selon toute apparence assez inexact, à M. Jaugeon. Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, ann. 1709.

Le chagrin est très-dur, quand il est sec ; mais il s’amollit dans l’eau ; ce qui en facilite l’emploi aux ouvriers. On lui donne par la teinture toute sorte de couleur. On distingue le vrai chagrin de celui qui se contrefait avec le maroquin, en ce que celui-ci s’écorche, ce qui n’arrive pas à l’autre. Le gris passe pour le meilleur ; & le blanc ou sale, pour le moins bon.

* Chagrin, s. m. (Manuf. & Comm.) espece de taffetas moucheté, appellé chagrin, parce que les mouches exécutées à la surface de ce chagrin taffetas ont une ressemblance éloignée avec les grains ou papilles du chagrin cuir. Voyez plus haut.

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Étymologie de « chagrin »

Ital. zigrino ; vénit. sagrin ; de sagri, nom turc du chagrin.

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(Adjectif, Nom commun 1) (1389) Déverbal sans suffixe de chagriner [1] (1450) pour le substantif. Étant donné la rareté des adjectifs déverbaux de verbe, on peut aussi imaginer un composé de cha-, ca- et de l’ancien français grain (« chagrin, affligé, triste »).
(Nom commun 2) (XVIe siècle) Du turc sağrı (« peau préparée à partir de la croupe d’un animal »).
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Phonétique du mot « chagrin »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
chagrin ʃagrɛ̃

Évolution historique de l’usage du mot « chagrin »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « chagrin »

  • Un chagrin d'amour ne dure Que jusqu'au prochain amour. De Pierre Perret / Un Chagrin d'amour
  • Femme de marin, femme de chagrin. De Proverbe français
  • Tout désirer : chagrin ; tout accepter : joie. De Proverbe indien
  • Ne réveillez pas le chagrin qui dort ! De Jules Renard / Journal
  • Entre le chagrin et le néant, je choisis le chagrin. De William Faulkner / Si jet'oublie Jérusalem, 1939
  • Une joie partagée est une double joie, un chagrin partagé est un demi-chagrin. De Jacques Deval / Afin de vivre bel et bien
  • Le bonheur tue et le chagrin laisse vivre. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • Le chagrin, brûlure au creux de la poitrine. De Philippe Delerm / La cinquième saison
  • Le chagrin ne nourrit pas, mais fait grossir. De Barbara / Il était un piano noir...
  • Voyager, c'est changer son chagrin d'eau. De Maurice Dekobra / La Madonne des sleepings
  • Un peu de chagrin prouve beaucoup d’amour, mais beaucoup de chagrin montre trop peu d’esprit. De William Shakespeare / Roméo et Juliette
  • Je vous donne un chagrin d’amour. C’est très intéressant, un chagrin d’amour. Pendant que vous souffrirez, vous ne vous ennuierez pas... De Henri Jeanson / Un revenant
  • J’essaye de noyer mon chagrin dans l’alcool mais depuis le temps... il appris à nager, mon chagrin. De Philippe Geluck
  • Il faut se méfier du chagrin des petites filles, il est l’arme secrète des femmes. De Paule Constant / La Bête à chagrin
  • Les adolescents plus fragiles peuvent vivre les chagrins d’amour d’autant plus mal qu’ils impliquent "une sorte de mensonge, presque d’ironie de l’autre enfant qui finalement n’aimait pas du tout ou voulait juste essayer quelque chose de sexuel". La psychologue pointe également le décalage de génération : "Aujourd’hui, les chagrins d’amour peuvent parfois être associés à de la violence sur internet, comme du revenge porn. Il y a aussi beaucoup d’enfants qui se font piéger avec les relations virtuelles : certains expliquent avoir été en couple avec une personne alors qu’ils ne l’ont jamais vue". Doctissimo, Mon ado a un chagrin d’amour, comment l'aider ? - Doctissimo
  • Trump travaille aux intérêts de ces Wasps qui s’estiment toujours les seuls légitimes possesseurs de l’Amérique, qui contrôlent les leviers de la politique, de la justice, de l’économie. C’est ce qui le pousse en 2017 à déclarer qu’il y a des « torts des deux côtés » après le crime d’un néonazi à Charlottesville. C’est ce qui le pousse aujourd’hui à instrumentaliser les quelques cas de pillage pour étouffer la colère et le chagrin. Vieille technique utilisée par le Parti républicain depuis les années 60 pour justifier l’usage disproportionné de la violence d’État. Et perpétuer ainsi une oppression insupportable dont sont victimes, chaque jour, des dizaines de millions d’Américains. , Politique | La colère et le chagrin
  • Puis on t’envole en Corse, dans ce village qui te rendait un peu ta Méditerranée d’Alger. On va chanter avec Izia et les Tao, du Higelin, du Trenet, du Dabadie et Nougaro. On va t’faire des violons, du mélodrame a capella : faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien. Faut se lâcher sur les bravos et occuper chaque strapontin. C’est leur magot, c’est ton butin." SudOuest.fr, "Faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien", la lettre d’amour de Nicolas Bedos à son père
  • "Les résidents sont en train de mourir de chagrin"... Une famille se plaint du rythme des visites dans une maison de retraite de Fréjus Var-Matin, "Les résidents sont en train de mourir de chagrin"... Une famille se plaint du rythme des visites dans une maison de retraite de Fréjus - Var-Matin

Images d'illustration du mot « chagrin »

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Traductions du mot « chagrin »

Langue Traduction
Anglais grief
Espagnol dolor
Italien dolore
Allemand trauer
Portugais dor
Source : Google Translate API

Synonymes de « chagrin »

Source : synonymes de chagrin sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « chagrin »

Chagrin

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