Tenir : définition de tenir


Tenir : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TENIR, verbe

1reSection. Empl. trans. et intrans.
I. − Empl. trans. Disposer de quelqu'un, être en possession de quelque chose, être en état de garder cette chose.
A. − Avoir (entre les mains, à sa disposition).
1. Qqn (ou un animal, un organe de préhension) tient qqn (ou un animal)/qqc.Garder (dans un/des organe(s) de préhension) de manière à ne pas laisser s'échapper, en vue de prendre appui, etc. Anton. lâcher1.Il reste là, indifférent, voûté, tenant son verre qu'il porte de temps à autre à ses lèvres (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 77).
SYNT. Tenir le(s) bras de qqn, son chapeau, la/les clef(s), un objet, un enfant, un livre, la/les main(s) de qqn (dans la/les sienne(s)); tenir qqn, qqc. dans ses bras, entre ses mains; tenir qqn par la main; tenir qqc. à la main, dans sa/ses mains(s), d'une main, à pleine(s) main(s).
Loc. Tenir qqc. à bout* de bras. Tenir (bien) en main(s)* qqc. ou qqn.
[Avec compl. désignant une partie du corps]
Fam. Je te tiens par la barbichette (paroles d'une chanson enfantine accompagnant un jeu traditionnel).
Empl. pronom. réfl. indir. et réciproque. Se tenir les côtes, les coudes, le ventre. Il se tenait la bouille à deux mains (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 466).V. estomac C 1 ex. de France.
Empl. abs. On s'est mis à deux pour la grande volée: un qui tient, un qui cogne. C'est plus vite fait que d'écrire à l'inspecteur de l'Assistance (Hamp, Champagne, 1909, p. 88).
Empl. pronom. réfl. Paulina, qui se tenait elle-même à la gorge avec tant de violence, se sentit dégagée un peu, et respira (Jouve, Paulina, 1925, p. 144).
Empl. pronom. réciproque. Avec l'exubérance de chiens qui se flairent, ils ont échangé des bourrades, se tenant par les épaules et s'appelant « président » (Mauriac, Journal 2, 1937, p. 184).
Se tenir de près. [En parlant de deux ou plusieurs concurrents, dans une épreuve sportive] Être très proches l'un de l'autre, les uns des autres (d'apr. Lar. Lang. fr.).
Tenir un enfant sur les fonts*. [Avec effacement du compl. de lieu] MmeDelelée ne demanderait pas mieux que de tenir [comme marraine] l'enfant d'un compagnon d'armes de son mari (MmeV. Hugo, Hugo, 1863, p. 15).
[Le compl. désigne un outil, un instrument, etc.] Avoir un outil, un instrument à la main pour s'en servir comme il convient. Tenir les rênes. Sa grosse distraction était, chaque fois que le train se garait pour en laisser passer un autre, d'aller retrouver en tête Bébert qui tenait les guides (Zola, Germinal, 1885, p. 1294).Tenir la plume*. Tenir le volant. V. volant2.
Au fig. Tenir les commandes (d'un pays, d'une entreprise). V. commande II C 2 ex. de Thibaudet.
SPORTS. [Basket] Ballon tenu. Ballon ,,nettement immobilisé par deux joueurs qui se le disputent`` (Petiot 1982); ballon tenu pendant plus de cinq secondes sans être joué par un joueur marqué par un adversaire (d'apr. Petiot 1982). [Volley] Le ballon doit être nettement frappé. S'il est accompagné, soulevé, poussé, porté, il sera considéré comme balle tenue (Féd. Franç. Volley-ball, Règles, 1951ds Petiot 1982).
Empl. pronom. à sens passif. Des ressorts de montre, de petites pendules, de vieilles lancettes, servent communément de lames à l'ouvrier. La pointe se tient à peu près comme une plume à écrire (Nosban, Manuel menuisier, t. 2, 1857, p. 153).
Proverbe, vx. Cet homme tient bien ce qu'il tient. ,,Il n'est pas aisé de lui faire quitter prise; ou bien: Il est avare`` (Ac. 1835).
P. métaph. ou au fig. Les savants et les techniciens étaient en train de fabriquer des bombes, des anti-bombes, des super-bombes, c'étaient eux qui tenaient l'avenir dans leurs mains. Un joyeux avenir! (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 229).
Empl. pronom. réciproque. Se tenir par la main; se tenir entre soi. Faire preuve de solidarité. « Il va falloir beaucoup l'entourer », répétait ta mère. « Heureusement que nous sommes une famille où l'on se tient les uns les autres. Il ne faut pas laisser seule cette petite » (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 121).
Loc. verb. fig.
[Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] Tenir qqn au cul et aux chausses. V. chausse.Tenir qqn au filet. V. filet1.Tenir qqn à quatre*. Tenir qqn dans sa manche. V. manche2I A.Tenir qqn de court. V. court1.Tenir qqn en lisière(s)*.
Se tenir de près. [En parlant de deux ou plusieurs concurrents, dans une compétition autre que sportive] Obtenir des résultats à peu près équivalents. Deux candidats qui se tiennent de près, difficiles à départager (GDEL).
[Le compl. d'obj. dir. désigne un animal] Tenir un cheval par la bride*. Tenir le loup* par les oreilles.
[Le compl. d'obj. dir. désigne un inanimé] Tenir le bon bout*. Tenir les cartes. V. carte II A 1 c.Tenir le chandelier, la chandelle*. Tenir la corde*. Tenir les cordons de la bourse. V. bourse1.Tenir le crachoir*. Tenir le(s) dé(s)*. Tenir à qqn l'épée* dans les/aux reins. Tenir l'épée* à la gorge de qqn. Tenir l'étrier* à qqn. Tenir ferme qqc. V. ferme1II A.Tenir les fils (d'une affaire). V. fil.Tenir la haute main sur/dans qqc. V. haut1.Tenir la main* à (un cheval). Tenir la rampe*. Tenir la queue de la poêle. V. poêle3A 2 a.
2. À l'impér. [Fait fonction d'interj. pour exprimer les types d'action d'un locuteur par rapport à une situation donnée]
a) [Sous les formes tiens ou tenez]
[Le locuteur interpelle qqn à qui il présente qqc.] Vous ne voulez pas sortir avec nous? Tenez, voici un livre que j'ai reçu, je pense qu'il vous intéressera (Proust, Sodome, 1922, p. 1045).
[Le locuteur active une situation] Bougrelas, le frappant: Tiens, lâche, gueux, sacripant (...)! Père Ubu, ripostant: Tiens! polognard, soûlard, bâtard (...)! (Jarry, Ubu, 1895, v, 2, p. 89).
[Le locuteur entre en contact] Ça va bien, dit-il, jetant trente sous sur le comptoir. Tenez, donnez-moi un paquet de cigarettes anglaises (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 314).
[Le locuteur justifie par un exemple ou par une preuve] Patience, Vial, bientôt je viendrai ici au printemps... et à l'automne... et aussi pendant les mois qui servent à bourrer les intervalles entre deux saisons... février, tiens, ou bien la deuxième quinzaine de novembre (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 40).
[Le locuteur défend une opinion] Honoré! voyons, Honoré...Et crois-tu que c'est frais? un museau rigoleur... Tiens, pendant qu'on était à causer, je lui ai vu la jambe jusqu'au mollet! Ah! Jésus Fils! Comme c'était! (Aymé, Jument, 1933, p. 193).
b) [Uniquement sous la forme tiens]
[Le locuteur exprime sa désapprobation franche, sa rancune] Le prince hindou de l'autre bout de la salle fit un grand geste hautain pour appeler l'infirmier.Tiens, dit celui-ci au gardien-chef, tu vas voir ce salaud-là! Il a encore recommencé, j'en suis sûr. Oh mais cette fois... (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 250).
[Le locuteur exprime sa surprise dans le discours dir. et dans le discours latent] Je pousse un gémissement; alors il s'arrête, soulève son lorgnon et, par-dessus son journal:Tiens! Qu'est-ce que tu fais là? Je me crispe (...) et, dans une espèce de sanglot que je voudrais irrésistible:Je souffre, dis-je (Gide, Si le grain, 1924, p. 426).
[L'empl. de la forme tiens répétée ou suivie de donc signifie que le locuteur retient sa surprise, insinue, ironise] (...) Voilà le train qui part, vous prendrez le suivant. Le suivant!... Le suivant!...Tiens donc! Vous croyez peut-être comme ça q'la compagnie est à vot' disposition? Fallait pas arriver en retard; tant pis pour vous (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 194).Tiens, tiens, tiens... Est-ce qu'il finirait par s'assagir et comprendre que son bonheur est auprès de sa femme? (Bourdet, Sexe faible, 1931, iii, p. 460).
3. Qqn tient qqn
a) [Avec ou sans compl. de temps] Immobiliser quelqu'un plus ou moins complètement, le faire rester près de soi plus ou moins longtemps. Synon. retenir.Le roi faisait souvent inviter à dîner M. Leuwen et après dîner le tenait une demi-heure ou trois quarts d'heure dans l'embrasure d'une fenêtre(Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 273).Avec son patronage, ses enfants de Marie et le reste, le curé les tient une heure chaque dimanche (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 69).
Région. (Belgique). Garder. Il ne sait pas tenir un ouvrier (Baet.1971, p. 422).
Tenir la jambe* à qqn.
b) Avoir quelqu'un en son pouvoir, se rendre maître de la liberté de quelqu'un, disposer des moyens propres à limiter son indépendance. Tenir sa classe. Depuis deux ans vous êtes possédée du diable. Il ne vous tient pas toujours; mais, quand il vous tient, il vous tient bien (Curel, Nouv. idole, 1899, ii, 1, p. 191).Demain, j'aurai une journée fatigante; les enfants sont durs à tenir le lundi (Frapié, Maternelle, 1904, p. 68).
Empl. abs. Je voudrais tenir et punir,et il faut rester sur sa chaise, attendre cinq heures puis attendre sept heures (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1898, p. 316).
SPORTS. Restreindre la liberté de mouvements d'un adversaire par un contact personnel. [Un boxeur] qui tient son adversaire d'un bras n'a pas le droit de frapper avec l'autre (Nilsson, 1931ds Petiot 1982).
Au fig. Faire jeu égal avec un adversaire, être capable de le battre. Depuis que je m'entraîne avec lui, je me suis rendu compte que je le tenais à l'entraînement (L'Équipe, 3 août 1970ds Petiot 1982).
4. Qqn tient qqc. (ou un animal)
a) Avoir en sa possession, à son usage. Synon. détenir, posséder.Tenir la grande forme:
1. [La Terreur] est prétentieuse et déçue (...). Elle a ces défauts-là, et bien d'autres. Mais elle tient une vertu, qui passe de loin ses défauts: dans un domaine, trop souvent livré à la manie comme à la complaisance, elle refuse profondément le hasard, l'ombre, la confusion. Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p. 59.
Proverbes. Mieux vaut tenir que courir. ,,La possession d'un avantage modique vaut mieux que la poursuite d'un bien plus considérable`` (Ac. 1935). Déjà la Terre Promise me fatiguait et je me sentais de ceux qui ont pour plus agréable de courir que de tenir (Arnoux, Juif Errant, 1931, p. 19).Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. ,,La possession d'un bien présent, quelque modique qu'il soit, vaut mieux que l'espérance d'un plus grand bien à venir, qui est incertain`` (Ac. 1835). Il prépare obstinément ses fils à l'imiter, en vue de la retraite, aussi certaine que misérable, au moyen de laquelle lui et eux termineront leur carrière. Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras (Gobineau, Pléiades, 1874, p. 88).
Absol. Comment posséderait-il [le Turc] légitimement une terre qu'il ne sait pas cultiver? La violence tient, elle ne possède jamais (J. de Maistre, Corresp., 1807, p. 285).
Région. (Belgique). Collectionner. Tenir les timbres (Dopp. Région. 1978).
Faire tenir qqc. à qqn.Faire en sorte qu'une chose lui soit remise, communiquée. Le chanoine lut la dénonciation avec la comtesse, et il fut convenu que, dans la journée, il lui en ferait tenir une copie par une personne sûre (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 85):
2. Lettre du général de Gaulle à Sir Alexander Cadogan, Sous-secrétaire d'État permanent au Foreign Office. Londres, le 21 janvier 1941. Mon cher sous-secrétaire d'État, Vous avez bien voulu me faire tenir un mémorandum exprimant le point de vue du Gouvernement britannique au sujet de la situation en Indochine. De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 338.
Loc. Tenir le mot de l'énigme, le sens d'un passage, la solution d'un problème. En avoir saisi le sens, en détenir la solution (d'apr. Littré). Tenir la banque. V. banque1.Tenir (un bien) à bail/à loyer. En tenir une couche* (de bêtise). Tenir le (bon) filon*. Tenir une (bonne) muffée*.
b) [Le compl. désigne une activité, un emploi, une fonction] En assumer la responsabilité d'une manière suivie, remplir les obligations qui s'y attachent. Synon. exercer, occuper, remplir, jouer (un rôle).Tenir une maison, un rôle, une session. Mais pour tenir cet office, encore faut-il qu'il existe [le groupe professionnel] et qu'il ait même pris assez de consistance et de maturité pour être à la hauteur du rôle nouveau et complexe qui lui incomberait (Durkheim, Divis. trav., 1902, p. xxxvi).Tenir compagnie* (à qqn). Tenir le beau rôle*.
JEUX. Tenir jeu à une personne. ,,Jouer contre elle autant et aussi longtemps qu'elle le désire``(Lar. 19e-20e).
Assurer la gestion de quelque chose; élever des animaux. Tenir une librairie, une pension. Rappelez-vous que le gâteur d'arbres contre lequel un garde me serait utile est mon fermier lui-même, qui laisse ses métayers tenir des chèvres, les mener dehors et permet d'ébrancher autrement qu'il n'est convenu (Sand, Corresp., t. 5, 1864, p. 43).Ma mère et mon frère cadet tenaient la boulangerie et s'y tuaient de fatigue pour assurer mon entretien au grand séminaire (Billy, Introïbo, 1939, p. 91).
Loc. Tenir boutique*. Tenir école*. Tenir galère*. Tenir garnison*. Tenir maison*. Tenir manufacture*.
Proposer habituellement à la vente. La maison A. Popinot tient également des huiles de la droguerie, comme néroli (...), huile de café, de ricin et autres (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 182).
P. métaph. M. Ohnet est au premier rang de ceux qui tiennent cet article-là [des « histoires » qui donnent l'impression que « c'est de la littérature »]; il est incomparable dans sa partie; il sait ce qui plaît au client, il le lui sert, il le lui garantit (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 355).
Jouer de certains instruments de musique (harmonium, orgue), d'un ensemble précis d'instruments (batterie), en assumer la responsabilité en tant que titulaire dans un orchestre, une église. Son père (...) répétait:Oui ou non, peux-tu tenir l'harmonium?Je ne sais pas, je n'ai jamais essayé, répondit Lucienne (...). MmeHaudouin vint au secours de sa fille.Ce n'est pas du jour au lendemain qu'elle peut se mettre à l'harmonium. Il faut une certaine habitude (Aymé, Jument, 1933, p. 124).
Loc. Tenir sa partie*.
[Équivaut, dans les loc. ci-après, à un enregistrement d'informations par écrit] Tenir un carnet, une comptabilité, un compte, le(s) compte(s) de qqc.; tenir un journal. Tenir compte d'une somme à qqn. ,,Lui passer cette somme en compte`` (Ac. 1798, 1835). Le débiteur doit tenir compte au créancier des dépenses utiles et nécessaires que celui-ci a faites pour la conservation du gage (Code civil, 1804, art. 2080, p. 373).Tenir registre*.
Au passif. Il sera tenu un état exact, en forme de procès-verbal, de tout ce qui se fera et se remarquera dans les expériences (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 204).
Loc. fig. Je vous tiendrai compte de cela. ,,Je chercherai les occasions de reconnaître les obligations que je vous ai`` (Ac. 1798-1935). (Ne) tenir (aucun) compte* de qqn, de qqc.; ne tenir ni compte ni mesure; sans tenir compte de; compte* (non) tenu de. Tenir une assemblée (ou un terme équivalent). La réunir en séance pour la présider, y participer en tant que membre. Une tente fut dressée pour tenir les conférences (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 213).
Loc. Tenir conseil*. Tenir cour plénière (v. cour2).Tenir les plaids. V. plaid1A 1 b et B 2.Tenir sa/ses séance(s)*.
[Sur le plan de l'information et de la communication] Tenir un/des discours, un langage*. Je me tins avec lui le raisonnement que les diacres avaient pu se tenir avec moi: « Il faut être accueillant... » (Billy, Introïbo, 1939, p. 74).
Empl. pronom. à sens passif. Il entendait en lui-même les propos qui se tenaient sur la place du village: « Elle a volé dans un couvent » (Jouve, Paulina, 1925, p. 257).
En tenir. ,,Se dit d'un homme à qui il arrive quelque chose de fâcheux, de désagréable, d'embarrassant, de honteux`` (Ac. 1835). Il a perdu son procès, il en tient (Ac. 1835).Fam. Il a bu plus que de raison, il en tient (Ac. 1835). ,,Il est ivre`` (Ac. 1835).
Fam., pop. En tenir une couche*.
Arg. Tenir des cornes. ,,Être trompé par sa femme`` (Rigaud, Dict. jargon paris., 1878, p. 323).
En tenir pour. Être épris de, avoir de l'inclination pour. Les gens d'ici sont trop bêtes, les jeunes ferment le bec, les vieux font semblant de ne rien voir. Ils en tiennent pour les boniments de l'instituteur (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1412).
c) [Sur un plan moral] Exécuter ce à quoi on s'est engagé, accepter de mettre en jeu une certaine somme, relever un défi. Synon. observer, remplir, respecter.Tenir les délais; tenir (sa) parole. Je mets trois mille francs, dit Romero. Les tenez-vous? Parbleu! dit Villalba.Huit, dit Romero.J'ai perdu, dit Villalba; doublons la mise (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 294).Lui aussi avait vécu comme un enfant, il avait tenu la gageure avec elle, soutenu ce défi jusqu'à ce (...) [qu'] il se fût enfoncé dans la mort (Bernanos, Joie, 1929, p. 680).V. gageure A ex. de France.
Empl. abs. Promettez pour demain: ne tenez que dans la quinzaine (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 178):
3. Fernand tira un louis de sa poche. − Je tiens, dit-il, pour que chacun de ces messieurs fasse usage de ses pistolets. − Et moi pour l'inverse, dit le baron. Fernand jeta le louis en l'air. − Face, dit le baron. Le louis retomba et montra son revers écussonné. Fernand avait gagné. Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 402.
Proverbe. Promettre* et tenir sont deux.
Empl. pronom.
Empl. pronom. réciproque indir. Je pense aux années qui passent... À ce qu'on s'était promis, et à ce qu'on s'est tenu (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 284).
Empl. pronom. à sens passif. Sous l'influence d'une idéalisation de la femme, il [le choix sexuel] en fait « la promesse qui ne se peut tenir » (Claudel) et dont l'épuisement désaxera l'existence (Mounier, Traité caract., 1946, p. 153).
Loc. Tenir des engagements. V. engagement B 2 b ex. de Gide.Tenir le/son pari*. Tenir sa/ses promesse(s)*.
d) Tenir (une indisposition). (En) être victime. Synon. avoir1.Qu'est-ce que je tiens comme mal au crâne (Sartre, Mains sales, 1948, 5etabl., 1, p. 180).
P. ext. Supporter, résister à (une difficulté, une épreuve). Tenir le choc, le coup. Frédie, par de minuscules coups d'ongle sur la table, vient de m'annoncer que j'ai battu le record, que j'ai tenu plus de huit minutes la pistolétade. Huit minutes, Folcoche! Et je continue (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 81).
Loc. Tenir sa langue*. Tenir tête*.
Tenir une boisson alcoolisée. (Pouvoir) en boire abondamment sans sombrer dans l'ivresse. Habitués dans leur pays à boire le vin de palme et l'eau-de-vie de mil, ils [les Sérères] tenaient merveilleusement l'alcool (Tharaud, Randonnée Samba Diouf, 1922, p. 168).
5. Qqn tient qqc. de qqn/de qqc.Avoir reçu de quelqu'un/de quelque chose un bien, une qualité, un caractère par le biais de l'hérédité ou non; en avoir reçu une information. D'après ces principes d'inégalité naturelle, et d'après leur culte qui leur montrait le soleil dominant sur toute la nature, supérieur aux autres astres qui tiennent tout de lui, ces sauvages nommaient leur chef général grand soleil (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p. 32).Ma mère tenait de l'abbé Moinier, son confesseur, que c'est un gros péché que de désespérer (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 201).
Loc. Tenir une chose de race, de naissance. L'avoir reçue de ses ancêtres en naissant. Ils sont tous braves dans cette maison-là. Ils tiennent (cela) de race (Ac.1798-1935).
Empl. pronom. réfl., rare. J'ai toujours mieux aimé m'accuser que l'univers; non par bonhomie: pour ne me tenir que de moi (Sartre, Mots, 1964, p. 195).
HIST. Tenir une terre à foi et hommage de quelqu'un. ,,Posséder une terre qui relève de quelqu'un`` (Ac. 1835). Les rois d'Angleterre ont tenu autrefois la Normandie et la Guienne à foi et hommage de la France (Ac. 1835).Absol. Tenir de quelqu'un à cause de quelque terre. (Ds Ac. 1835). Tel prince tenait de l'Empire (Ds Ac. 1835).
6. Qqc. tient qqc./qqn (ou un animal)
[Le compl. désigne un objet, une réalité phys.] Mettre dans l'impossibilité de se déplacer, de tomber. Synon. fixer.Je leur relève la jupe, je couds en dedans... Je leur plante une épingle dans la tête pour tenir le bonnet... Et c'est fait, on les vend treize sous. Elle expliquait ses poupées à Mes-Bottes (Zola, Assommoir,1877, p. 454).
Empl. pronom. réciproque. Adhérer l'un à l'autre. La princesse aurait les doigts de pied qui se tiennent (Audiberti, Mal court, 1947, ii, p. 162).
[Le compl. désigne un liquide] Ne pas laisser s'échapper. Synon. garder.Ce vase tient bien l'eau (DG).
− Dans le domaine abstr.Dans ses mille alvéoles, l'espace tient du temps comprimé (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 27).
Empl. pronom. réciproque. Être en étroit rapport. La substitution de la terrasse ou de la coupole surbaissée au toit et l'emploi exclusif de la terre sont deux faits caractéristiques qui se tiennent (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p. 151).
B. − Avoir et faire en sorte de ne pas perdre ou que ne se perde pas, que reste dans une position, dans un état donné(s) une personne, une chose.
1. Qqn (ou un animal) tient qqn (ou un animal)/qqc. + adj./part./adv./ syntagme prép.Immobiliser quelqu'un/quelque chose dans l'espace, le maintenir plus ou moins longtemps dans une certaine situation, une certaine position, dans un certain état physique ou moral. Synon. conserver, garder.La grande affaire était de resserrer les Vendéens sur la place, et de les tenir là jusqu'à l'arrivée de Kléber (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 254).V. légumier II B ex. de Escoffier et lexicographe ex. de Valéry.
SYNT. Tenir qqn au courant, à l'écart (v. écart1), éloigné, enfermé, éveillé; tenir qqn en haleine, de près*; être tenu informé; tenir un animal/une personne en laisse (v. laisse1) ; tenir qqc. prêt, serré; tenir les yeux baissés, fermés, fixés sur; tenir qqc. à jour, en équilibre*, en réserve*, en suspens*; tenir qqn/qqc. embrassé, à distance*, en échec (v. échec2); personne, animal, habitation bien/mal tenu(e).
[Avec ell. du compl. d'obj.] Tenir en réserve. Alors il crut voir (...) quels « écrits fabriqués » ses ennemis tenaient en réserve (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 322).
Tenir en échec. Les XIXeet 1rearmées allemandes (...) seraient en mesure de tenir longtemps en échec les Français et les Américains sur les contreforts des Alpes (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 24).
[Avec ell. du compl. d'obj.] Comme elle est grosse déjà! reprit la Pierronne, en faisant des risettes à Estelle.Ah! le mal que ça donne, ne m'en parle pas! dit la Maheude. Tu es heureuse de n'en pas avoir. Au moins, tu peux tenir propre (Zola, Germinal, 1885, p. 1218).
[Avec ell. de l'attribut] La mienne [ma femme] c'est pas qu'elle est jolie... Mais elle est propre. L'gosse il est tenu, vieux, on croirait un gosse d'exposition (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 14).
MUS. Tenir un son, une note. Lui donner toute la durée qu'il/elle doit avoir dans une mesure. Tous ceux qui travaillent l'orgue savent (...) que cet instrument tenant le son, mais ne pouvant l'attaquer, l'observance des valeurs doit être rigoureuse (Dupré, Improv. orgue, 1925, p. 6).
[Plus partic. sur le plan du comportement] Faire sienne une attitude que l'on décide de ne pas abandonner. Tenir une conduite. Tenir une contenance. V. contenance2ex. de Balzac, Splend. et mis., 1844, p. 113.Loc. Tenir la pose (v. pose1). Tenir rancune*. Tenir rigueur*. Tenir son sérieux*.
Empl. pronom. réciproque. Le filleul et le parrain se tenaient étroitement embrassés (About, Roi mont., 1857, p. 199).
Empl. pronom. La danseuse est en station d'équilibre sur une seule jambe, alors que l'autre est élevée et pliée en arrière à la hauteur des reins, le buste reste bien droit, les bras aux contours arrondis se tiennent élevés (Bourgat, Techn. danse, 1959, p. 87).
MAR. Se tenir au vent d'un navire ou d'un point quelconque. ,,Gouverner et manœuvrer de manière à se maintenir dans la position du vent, relativement à ce navire ou à ce point`` (Bonn.-Paris 1859).
Loc. [Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] Tenir qqn en chambre. Tenir qqn en garde. V. garde1.Tenir qqn en joue*. Tenir qqn à l'œil*. [Le compl. d'obj. dir. désigne un animal] Tenir un animal à l'attache*. Tenir un cheval en bride*. Tenir le gibier en arrêt*. [Le compl. d'obj. dir. désigne indifféremment une pers. ou un inanimé] Tenir qqn/qqc. en (grande, etc.) estime. Tenir qqn/qqc. en éveil*. Tenir qqn/qqc. en mépris. Tenir qqn/qqc. en respect. Tenir qqn/qqc. sur le tapis. [Le compl. d'obj. dir. désigne un inanimé] Tenir la balance* égale. Tenir la bride* haute/les guides hautes à qqn (v. haut1I A 6); tenir en bride qqc. Tenir chaud/tenir les pieds chauds à qqn. Tenir qqc. au chaud. Tenir qqc. en état*. Tenir la dragée haute. V. dragée A 2.Des livres bien tenus. V. livre1.Tenir la main* haute à (un cheval, une pers.). Tenir maison* ouverte. Tenir un navire à/en vue*. Tenir pied (à qqn). Tenir pied à boule*. Tenir qqc. debout*. Tenir qqc. (très) secret. V. secret1B 2.Tenir table ouverte. V. ouvert II A 2 a δ.
2. Qqc. tient qqn/qqc. + adj./part./adv./syntagme prép.Faire demeurer quelqu'un/quelque chose dans un certain état. Synon. garder, maintenir.Vêtement qui tient chaud. En attendant que ma dissertation résolve enfin le problème géographique qui tient tout l'Europe savante en suspens, je veux vous raconter une petite histoire (Mérimée, Carmen, 1845, p. 3).Il l'avait vu de loin tomber, taché de rouge, dans une de ces poses qui tiennent les badauds à distance (Cocteau, Enfants, 1929, p. 23).
Loc. verb. Qqc. tient qqn debout*.
3. MAR. Qqn/qqc. tient la cape. V. cape3.Qqn/qqc. se tient (comme) en panne. V. panne3.Qqn/qqc. (se) tient en travers. Quelqu'un/quelque chose navigue en présentant le côté à la lame et au vent (d'apr. Jal1). Le navire tient la panne courante. V. panne3I A.
4. Qqc. tient qqn.[Le suj. désigne une activité manuelle ou intellectuelle, un état pathol., affectif ou intellectuel] Occuper quelqu'un totalement et de manière continue pendant un certain temps; l'affecter; occuper totalement ses facultés, sa pensée. Synon. absorber, accaparer, prendre.Quand ça tient un homme si longtemps, après des années, il est fichu. Lorsque Silvine entra, elle ne fut pas surprise de trouver Goliath (Zola, Débâcle, 1892, p. 525).Foulques (...) était peu enclin au soupçon, nullement porté à s'échauffer le sang; mais, lorsqu'une démangeaison le tenait, il avait la stabilité d'un roc de Bretagne (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 219).
Vieilli. [Suivi de de + inf.] Empêcher, retenir. Je ne sais ce qui me tient de vous faire harceler par les deux maîtres dogues qui couchent dans ce pailler (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 187).
II. − Empl. trans. Qqn/qqc. tient qqn/qqc. (pour) + adj./subst. attribut du compl. d'obj.Établir une relation entre une personne et une personne, une qualité, une chose, entre une chose et une qualité, une personne, une chose. Synon. considérer, regarder comme.J'écoute peu les déclamations contre la jeunesse d'à présent, et tiens fort suspectes les plaintes qu'en font certaines gens (Courier, Pamphlets pol., Pétition pour vill., 1822, p. 143).V. immérité A ex. de Clemenceau et prêt2A 1 a ex. de Barrès.
Vieilli. Tenir qqc. à + subst.Je tiens ce mariage à singulier bonheur (Augier, Diane, 1852, p. 103).
Se le tenir pour dit. V. le2rem. 2.
Empl. pronom. réfl. Synon. de s'estimer.Se tenir pour battu. Les gens du commerce qui se tiennent tous pour des petits et grands astucieux de profession s'avèrent le plus souvent dans la pratique comme d'insurpassables gaffeurs (Céline, Voyage, 1932, p. 217).
Empl. pronom. réciproque. Le Papon et Chandelier ne se parlaient que dans les circonstances officielles, se tenant mutuellement pour un « paysan » et pour un « larbin » (Montherl., Célibataires, 1934, p. 910).
Loc. Tenir à gloire*/à honneur*, etc. de + inf. Tenir qqn quitte*. Se tenir quitte. V. quitte B ex. de France.
III. − Être attaché à.
A. − [Au plan phys. ou au plan moral]
1. Empl. intrans.
a) Qqc./qqn tient (à/dans/sur qqc.)
Être fixé à. La môme, je croyais qu'elle allait se détacher en morceaux. Les membres lui tenaient plus au corps (...). Elle devait barboter depuis huit jours entre les écluses, comme un sous-marin (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 93).
Ne pas tenir en place*.
[Sans syntagme prép.] On tâche d'apitoyer Francis Y. sur les souffrances du Christ en croix et d'exciter son indignation contre les vilains hommes qui l'y ont cloué. Il regarde le crucifix accroché au mur, et: « Fallait bien qu'on le cloue, pour qu'il tienne » (Gide, Journal, 1904, p. 141).
Proverbe. Cela tient comme la/une teigne*.
Fam. [Le suj. désigne un aliment] Tenir à l'estomac, au corps. Être consistant. Les frites, c'est bon, me dit mon compagnon. Mais les petits poissons, ça tient mieux au corps (Duhamel, Confess. min., 1920, p. 143).
Loc. Ne tenir ni à clou* ni à fer. Son épée* ne tient pas au fourreau. L'argent ne lui tient pas dans les mains. V. main 1reSection I D 1 b α.
Au fig. Tenir au cœur* (de qqn). Ne tenir qu'à un cheveu*/qu'à un fil*/qu'à un souffle*. (Ne) tenir (qu')à la lame* d'un couteau.
b) Qqc. tient (+ syntagme prép. de lieu).Résister à une cause de destruction. Synon. se maintenir.Tenir bon. Point d'arbres, cependant (...). Aucune racine d'arbre n'eût tenu contre le vent, l'île n'était fleurie que par ses goémons, fermement collés à la pierre (Quéffelec, Recteur, 1944, p. 160).
c) Qqc. tient
α) [Choses concr.] Demeurer dans son état initial, présenter une aptitude à la cohésion. Synon. durer, se maintenir.Elle faisait tenir ses frisons noirs avec de l'eau sucrée (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 139).Ne pas s'effacer. Les peintures sur plâtre tiennent beaucoup mieux à l'intérieur qu'à l'extérieur (Coffignier, Coul. et peint., 1924, p. 599).Ne pas varier. Il faut tout finir aujourd'hui [des semailles], crièrent-ils [les contremaîtres]. Le temps est trop dur. Il ne tiendra pas (Giono, Que ma joie demeure, 1935, p. 287).
β) [Choses abstr.]
Être maintenu sans changement, être toujours en usage, en vigueur; avoir lieu. Synon. durer, subsister.Ça tient toujours notre visite à Le Merquier (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 139).Oui, oui, de la belle ouvrage, murmura Lorilleux (...). Ça se bâcle en cinq minutes [un mariage] et ça tient toute la vie (Zola, Assommoir, 1877, p. 437).
Supporter la comparaison, la critique, l'examen. [Chauffeur:] À l'arrivée, coupure. Em' dit qu'elle a plus d'oseille (...) Ça tenait pas, sapée comme elle était, crèchant boulevard Murat (Simonin, J. Bazin, Voilà taxi!1935, p. 142).Excuse, raisonnement qui (ne) tient (pas) debout*.
γ) [Choses concr. ou abstr.] Il n'y a pas de... qui tienne. Il n'y a point de ridicule qui tienne contre un devoir d'amitié (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 266).
d) Qqn (ou un animal) tient (+ syntagme prép.)
α) Se maintenir, le plus souvent en faisant effort, dans une position donnée. Ce revolver t'a fait tellement peur que tu ne tiens plus sur tes jambes! (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 7, p. 152).
Tenir amont*.
Ne pas/ne plus tenir debout*. Ne plus (pouvoir se) tenir sur ses jambes. V. jambe A 1 b.P. métaph. Cette fois, le budget tient sur ses jambes, et je crois que nous n'avons rien oublié (A. Daudet, Pt Chose, 1868, p. 187).
Au fig., dans le domaine relig.Il ne tient plus à la terre. C'est un homme ,,détaché des choses du monde``(Ac. 1835).
β) Ne pas céder à une action armée, à une exigence, opposer une vive résistance. Il a fallu tenir dix jours sur ce morne chantier, se faire hacher par bataillons pour ajouter un bout de champ à notre victoire (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 214).
MAR. Tenir bon. ,,Expression employée pour ordonner d'arrêter ce qui se fait. Par exemple quand on vire sur une chaîne d'ancre, on dira: Tiens bon! pour faire cesser de virer`` (Gruss 1952). Tiens bon hisser. ,,Ne hisse plus`` (Merrien 1958).
γ) CHASSE. [Le suj. désigne un gibier] Demeurer sur place et, éventuellement, faire front contre les chiens. Les arrêts commandés par le chef des traqueurs, doivent être également fréquents; les lapins tiennent longtemps au gîte et il faut donner aux batteurs le temps de les déloger (Vidron, Chasse, 1945, p. 48).
δ) Supporter une situation difficile, ne pas céder à un mouvement d'irritation, etc. En sachant répartir nos fonds, nous pouvons tenir quelques jours encore (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 252).V. bon1ex. 60.
Fam. C'est à n'y pas/plus tenir. C'est difficilement supportable. Il recommença dans l'eau sa pantomime désordonnée. C'était véritablement à n'y plus tenir. Jamais, je crois, MlleMarguerite n'avait été à pareille fête (Feuillet, Rom. j. homme pauvre, 1858, p. 203).
ε) Tenir pour qqn/qqc. Être du parti de quelqu'un, être partisan de quelque chose. Un ébéniste, qui tenait encore pour le capitaine en fonctions, ne résista pas à un cancan agréablement dessiné (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 164).Jaurès tient pour la méthode douce et conciliante, pourvu qu'on trouve moyen de l'accorder, tant bien que mal, avec les principes et qu'elle ait pour elle quelques autorités respectables (Sorel, Réflex. violence, 1908, p. 106).
2. Empl. trans. indir. Qqc. tient à qqn/à qqc.
a) Être attenant à. Chaque façade cachait un « jardin-de-derrière » profond, tenant aux autres jardins-de-derrière par des murs mitoyens (Colette, Sido, 1929, p. 20).
b) Présenter quelque rapport avec. J'ai vu un jeune homme de vingt et un ans (...) qui est au courant de tous nos écrits français (...) de tout ce qui tient au droit, aux philosophies (Taine, Voy. Ital., t. 1, 1866, p. 73).
B. − [Au plan moral] Empl. trans. indir. Qqn tient à qqn/qqc.
1. Posséder des liens de parenté, d'intérêt, des liens affectifs avec une personne, un groupe de personnes, une chose. Malgré tous ces titres, Bois-Doré n'est pas de la haute noblesse du pays, et nous ne lui tenons que par alliance (Sand, Beaux MM. Bois-Doré, t. 1, 1857, p. 11):
4. On peut imaginer combien cette « sortie » de Mllede Guermantes sur Tolstoï, si elle indignait les Courvoisier, émerveillait les Germantes, et, par delà, tout ce qui leur tenait non seulement de près, mais de loin. Proust, Guermantes 2, 1921, p. 447.
2. Témoigner de l'intérêt à quelqu'un, attacher du prix à quelque chose. Synon. affectionner, aimer, chérir.Tenir beaucoup à une chose; tenir à l'argent. Kolb alla voir David et s'amouracha de la grosse Marion en découvrant chez elle toutes les qualités qu'un homme de sa classe demande à une femme: cette santé vigoureuse (...), cette probité religieuse à laquelle tiennent les Alsaciens (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 555).Si la nuit je m'agitais, tu te levais et m'aidais à boire. « Elle tient à moi, me disais-je, qui l'aurait cru...? À cause de ce que je gagne peut-être? » (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 145).
Loc. Tenir à une chose comme à la prunelle des/de ses yeux. V. œil III A et prunelle B 1 a ex. de De Gaulle.
3. Qqn tient à ce que + subj./à + inf.Regarder comme très important de faire une chose, comme très souhaitable qu'une chose se produise. Synon. désirer, souhaiter, vouloir.Tenir à dire une chose. Quant à moi, je ne tiens pas le moins du monde à garder une place dans leurs rangs, n'ayant pas la moindre considération pour le génie ordinaire politique (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 216).Loin de ramener au type moyen de la race, le mariage d'amour tient à exagérer les divergences (Maurois, Sil. Bramble, 1918, p. 130).
Rare. Tenir de + inf./que + subj.Chez nous, on se marie pour faire l'amour, vous savez? Alors, si vous ne tenez pas beaucoup de le faire avec moi, c'est mieux de ne pas m'épouser, Jimmy! (Bourdet, Sexe faible, 1931, iii, p. 426).Je me suis servie de toi. Je t'ai fait jouer un rôle. Mais j'ai tenu que la réalité vienne, au plus vite, alimenter la comédie, l'alimenter, la démentir (Audiberti, Mal court, 1947, iii, p. 181).
IV. − Empl. trans. et intrans. Trouver place dans un contenant, recevoir un contenu.
A. − Empl. trans.
1. Qqn tient qqc.Occuper un certain espace, suivre une direction en s'y maintenant. Tenir sa droite. Le boulevard s'emplit: c'étaient les ouvriers de banlieue, la masse des quartiers denses de l'est et du nord de la ville; ils tenaient la chaussée d'un bord à l'autre bord, le fleuve finalement s'était mis à couler (Nizan, Conspir., 1938, p. 42).
Tenir la chambre, le lit. Ne pas les quitter. Il tient la chambre parce qu'il est un peu incommodé (Ac.1835).
− Dans le domaine milit.Occuper un lieu en faisant usage de ses armes, si besoin est, pour le défendre. Ce même jour, la 75edivision qui tenait les Hauts-de-Meuse dans la région d'Hattonchatel, fut violemment canonnée (Joffre, Mém., t. 2, 1931, p. 432).V. compte II C 4 b ex. de Foch.
Tenir la campagne*.
P. métaph. Plus d'une fois je l'ai entendu citer comme un excellent ministre. Il faut croire alors que la position n'est pas difficile à tenir et qu'on y suffit avec peu d'étoffe (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 374).
AÉRON., MAR. Tenir un/son cap. C. cap2ex. 3.
MAR. Tenir le vent, tenir le plus près. ,,Gouverner et manœuvrer de manière à se maintenir aussi près que possible du lit du vent`` (Gruss 1978).
Loc. Tenir le haut/le bas bout*. Tenir chapelle*. Tenir un/le chemin* (de). Tenir son coin (v. coin2). Bien tenir sa place à table*.
2. Qqc. tient qqc./qqn.Occuper un certain espace, avoir une certaine capacité. Synon. contenir.Tenir une grande, une large place, la première place, le premier rang (dans le domaine abstr.). Ces embarcations tiennent six hommes, reprit-il. Ils s'y jetèrent et emportèrent Laure avec eux (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 55).Le trafic embarrassé se résumait dans un encombrement qui tenait le centre de la place et s'en allait cornant vers la rue Royale (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 260).
Tenir la route*.
[Dans l'ordre temporel] Remplir une certaine durée, occuper telle partie de la chronologie. Pour l'architecte [des temples grecs], il s'agissait d'un problème vital: ne pas couler à pic, tenir les siècles comme la mer, arriver coûte que coûte, démâté, dévoilé, environné d'épaves (...) mais avec, intacte, la cargaison (Cocteau, Crit. indir., 1932, p. 250).
Au fig. La science tient fermement son territoire. Mais elle ne tient que cela. Dans la zone inoccupée, ou provisoirement inoccupée, la liberté subsiste de chercher « autre chose » (David, Cybern., 1965, p. 21).
[Dans des loc. où le verbe est trans. et où le suj. est indifféremment un animé ou un inanimé] Tenir l'affiche. [Des personnes] qu'on déclare agréables, amusantes, et qui dans le monde ne tiendraient pas l'affiche deux soirs (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 771).Tenir le haut du pavé*. Tenir lieu de (v. lieu1). Tenir le (juste) milieu*. Tenir sa place*. Tenir la tête*. Tenir la vedette*.
MAR. Tenir le large. ,,Naviguer sans se rapprocher de la côte`` (Bonn.-Paris 1859). Tenir la mer*.
Rem. L'examen de plusieurs types de cont., et notamment de plusieurs loc., fait ressortir nettement que tenir, d'une part, s'oppose en tant que résultatif à prendre (qui exprime une action momentanée et sert qqf. aussi d'inchoatif à avoir: prendre/tenir le large, prendre/tenir la plume, la fièvre les prend/les tient, etc.), d'autre part fonctionne souvent comme équivalent de avoir et de garder: avoir/tenir le (bon) filon*, le (beau) rôle*, avoir/garder/tenir la forme*.
B. − Empl. intrans.
1. Qqc./qqn tient (+ syntagme prép. locatif ou temp.).Trouver place, être contenu dans. Colmar tient tout entière en Martin Schongauer (Faure, Hist. art, 1914, p. 506).Noël ne rendait pas les coups; accroupi, il essayait de tenir tout entier dans sa chemise, comme si cette toile mince eût été une protection efficace (Aymé, Jument, 1933, p. 298).V. corps ex. 16.
[Avec effacement du compl.] La baronne de Bonmont offrit aux Gromance de les reconduire chez eux dans sa voiture (...)Montez! nous tiendrons bien tous les trois (A. France, Bergeret, 1901, p. 144).
Empl. impers. Laissez-moi seul, allez; j'y veux sentir aussi [au jardin des Olives] Ce qu'il tient de douleur dans une heure infinie: Homme de désespoir, mon culte est l'agonie (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 137).
Proverbe, pop., vx. Je n'en ai non plus qu'il en pourrait tenir dans l'œil/dans mon œil. ,,Je n'en ai point du tout`` (Littré).
2. Qqc. (d'abstr.) tient + syntagme prép. locatif ou temporel.Être compris dans certaines limites. Synon. consister (dans), se résumer, être constitué par.Il est très vrai, et il est très faux de dire que l'information tient tout entière dans la production de faits exacts (Salleron, Comment informer, 1965, p. 13).
V. − Empl. trans. indir. Se trouver dans un état de dépendance par rapport à une personne, à un animal, à une chose.
A. − Être dans un état de dépendance par causation; être le résultat de quelque chose.
1. Qqc. (d'abstr.) tient à qqc. (d'abstr.) /à qqn.Synon. découler, émaner, provenir.Une chose tient à une/des cause(s), au fait que, à la nature d'une personne ou d'une chose; une différence tient à une chose. Notre théâtre purement verbal et qui ignore tout ce qui fait le théâtre, c'est-à-dire ce (...) qui se mesure et se cerne d'air (...), pourrait, eu égard à ce qui ne se mesure pas et qui tient au pouvoir de suggestion de l'esprit, demander au théâtre balinais une leçon de spiritualité (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p. 68).
[Le compl. est une sub.] Nous cherchons à comprendre, à capter le plaisir: il nous échappe. La difficulté (...) tient principalement à ce qu'en voulant saisir, il ne nous reste en main que l'objet nu, sans l'impression qui l'accompagnait (G. Bataille, Exp. int., 1943, p. 215).V. immérité A ex. de Proust.
2. Empl. impers.
a) Il tient à... (que + subj.).Il dépend de... (que). À quoi a-t-il tenu que je n'aie pas sombré, comme lui? Sans doute, à ma volonté. Mais aussi aux hasards de la vie (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1482).Si tu as faim, pour autant qu'il tient à moi, tu continueras à avoir faim, cela te dressera (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 371).
b) Il ne tient qu'à... que + subj./de + inf.Télégramme du général de Gaulle à Roger Garreau (...) à Moscou. Londres, 10 avril 1942. Nous avons pris toutes mesures utiles pour l'envoi du groupe d'aviation. Il ne tient plus qu'au Haut-Commandement soviétique de donner maintenant son accord (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 666).Moyennant un appui sans défaut, il ne tenait qu'à eux que leurs usines parfaitement équipées et leurs chercheurs (...) leur fissent cadeau d'un monopole mondial pour toutes ces fabrications (P. Rousseau, Hist. techn. et invent., 1967, p. 322).
c) S'il ne tenait qu'à moi/à toi/à lui, etc. Comme j'exprimais mes regrets de voir Olivier avec Passavant, j'ai compris que, s'il n'eût tenu qu'à elle, le voyage en Corse n'aurait pas eu lieu (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1154).
d) Qu'à cela ne tienne. Que telle chose ne constitue pas un empêchement. Domaine de la rue, collectif par destination, dira-t-on. Qu'à cela ne tienne! Franchissons le mur de la vie privée, de la vie la plus privée, celui du cabinet de toilette (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 42).
B. − Être dans un état de dépendance par analogie de nature.
1. Qqn tient de qqn (ou d'un animal)/de qqc.Avoir quelque chose en commun avec. Synon. rappeler, ressembler à.Si William devait tenir de ce pieux Henry James senior, Henry junior aurait sans doute étonné le brave homme par son attachement à la (...) superficielle humanité des salons (Blanche, Modèles, 1928, p. 144).V. léonin1ex. 1.
Avoir de qui tenir. V. avoir1ex. 52.
Vx, dans le domaine jur. Être dans un état de dépendance par suite d'un engagement. Lorsque le cheptel est donné au fermier d'autrui, il doit être notifié au propriétaire de qui ce fermier tient; sans quoi il peut le saisir et le faire vendre pour ce que son fermier lui doit (Code civil, 1804, art. 1813, p. 328).
2. Qqc. (ou un animal) tient de qqc. (ou d'un animal) (et de qqc. (ou d'un animal)).Participer de la nature de. Synon. procéder, relever de, ressortir à.Le lutteur (...) croisait les bras dans une attitude qui tenait ensemble d'une pose napoléonienne et de la bravoure du jeune taureau prêt à foncer sur le premier obstacle (Guevremont, Survenant, 1945, p. 222).V. libelle B ex. de Bremond, conserver ex. 17.
Loc. Cela tient du miracle*. Cela tient du prodige*.
2eSection. Empl. pronom. (n'ayant pas d'empl. trans. corresp.).
I. − Rester sans changement.
A. − Qqn (ou un animal) se tient à qqc.Prendre appui sur quelque chose pour garder sa position. Synon. s'accrocher, s'agripper, se cramponner.Cette fois, annonça Conan, rien à faire. Faut descendre dans le fossé! Il se laissa glisser le premier, en se tenant aux racines (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 203).V. ferme1ex. de Châteaubriant.
[Avec effacement du compl.] Il se précipita vers l'aval au grand trot, poussa son cheval en travers du courant, repêcha l'homme à bout de bras, lui donna un de ses étriers pour se tenir (Mille, Barnavaux, 1908, p. 174).
P. métaph. Mais elle (...), qui se tenait à mille petites choses par mille petits liens matériels et vivaces, comment, sans la briser, sans la tuer, rompre d'un seul coup toutes ces attaches?... Cela n'était pas possible! (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 129).
B. − Qqn/qqc. (d'abstr.) se/s'en tient à qqc. (d'abstr.).Persévérer dans, ne pas aller au delà d'une certaine limite. Synon. se contenter de.Il faut s'en tenir à causer avec les personnes à côté de qui le hasard ou votre adresse vous a placé (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 319).Ces brèves indications [à la fin de chaque chapitre] s'en tiennent autant que possible aux meilleurs ouvrages français (Béguin, Âme romant., 1939, p. V).
S'en tenir là. S'en tenir à une situation donnée. V. ex. de Duhamel.
− Dans le domaine des jeux (cartes, pions).S'y tenir. ,,Ne rien envisager d'autre que le coup qu'on a joué; se trouver satisfait des cartes qu'on a dans la main, ne pas vouloir les échanger`` (Lar. 19e). Madame d'Ermel: (Elle est assise en face de Jacobus; la table les sépare; ils rangent les pions sur le damier et commencent à jouer...) C'est joué? (...) Vous vous y tenez? Jacobus: Attendez donc... (Il médite). Oui, je m'y tiens (Feuillet, Scènes et prov., 1851, p. 257).
Savoir à quoi s'en tenir. V. savoir1I A.
C. − Qqn se tient.Dominer ses impulsions, rester maître de soi. Synon. se contrôler, se dominer.Ce qui excite le plus F., c'est qu'elle [sa « femme du monde »] a de très beaux dessous. Quand hier, en arrivant au pantalon, il a senti qu'il y avait des dentelles, alors, il n'a plus pu se tenir; il est devenu lyrique tout à fait (Gide, Journal, 1902, p. 122).Se (re)tenir à quatre. V. quatre 1reSection I A 1.
Ne pouvoir se tenir de + inf.; ne pas se tenir de + subst.Ne pas pouvoir s'empêcher de, être incapable de retenir la manifestation d'un sentiment. Si les femmes ne peuvent pas se tenir de pleurer, est-ce que les hommes sont maîtres de cet instinct qui les pousse vers la chasse (...)? (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 26).V. croisement ex. 3.
II. − Être localisé.
A. − Qqn (ou un animal) se tient + syntagme prép. locatif ou adv. locatif.Se trouver dans tel lieu, en tel endroit, dans telle partie de l'espace par rapport à un repère fixe ou mobile. Synon. être1.MmeGuillaume se tenait le plus souvent près de la fenêtre, un livre en mains (Arland, Ordre, 1929, p. 180).Quant à savoir où se tenaient les Américains, nous nous avisions un peu tard peut-être que rien ne permettait de le déterminer très exactement (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 368).
P. métaph. ou au fig. Ferdinand Haudouin s'arrangeait toujours pour militer d'accord avec sa conscience; il trouvait que le rôle d'un homme sage et éclairé, tel que lui, était de se tenir dans l'actualité (Aymé, Jument, 1933, p. 30).
Proverbes. Quand on est bien, il faut s'y tenir. ,,Il ne faut pas changer légèrement, pour peu qu'on se trouve bien dans son état`` (Ac. 1835). Quand on est bien, on ne s'y peut tenir. ,,Le seul désir du changement fait qu'on s'ennuie de tout`` (Ac. 1835).
B. − Qqc. se tient + syntagme prép. locatif ou temporel.Se trouver, avoir lieu, être réuni. Synon. siéger.Dans le palais à colonnades (...) se tient le Comité de Concentration: il est composé des ministres (...), des représentants des banquiers et des hauts fonctionnaires et de tout ce qui est établi sur terre (Jouve, Scène capit., 1935, p. 67).
III. − Être, rester d'une certaine manière.
A. − Qqn (ou un animal) se tient + adj./part./adv./syntagme prép.Maintenir son corps, son esprit dans une position, un état, des dispositions donnés. Célestin s'était levé, il se tenait un peu courbé, la main au niveau du cœur (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 63).
[Avec effacement de l'adj., du part., de l'adv. ou du syntagme prép.] Lasies pendant le discours de Buisson: « Je reste là parce qu'il dit souvent des bêtises. Je suis, dit Lasies, comme le gars d'écurie qui se tient pour ramasser le crottin. » Lasies est debout au pied de la tribune (Barrès, Cahiers, t. 5, 1907, p. 182).
SYNT. Se tenir assis, caché, coi, debout, droit, immobile, peinard*, penché, prêt, tranquille; se tenir à carreau*, au courant de qqc., sur la défensive, en équilibre, en forme, en garde contre qqn/qqc., sur ses gardes (v. garde1I A 1 b); se tenir sur ses jambes; se tenir là; se tenir à sa place*; se tenir très près* de qqc.; se tenir sur la réserve.
B. − Qqn se tient + adv. appréciatif bien/mal.Adopter une attitude corporelle correcte ou non; adopter un comportement conforme ou non à ce qui est prescrit par les convenances dans un lieu, dans des circonstances données. Synon. se conduire.Mon Dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal! (Rimbaud, Saison enfer, 1873, p. 222).V. droitement ex. 1.
Bien se tenir à table*.
[Avec effacement de l'adv.] Anton. se laisser aller (v. laisser I B 1).Je me le rappelle [un officier] au Concours Hippique l'année où il a eu la coupe... Il se tenait alors... à cause de sa carrière... C'est depuis son malheur qu'il s'est laissé aller (Mauriac, Mal Aimés, 1945, i, 3, p. 170).
Familier
[Pour exprimer une menace ou une invitation à prendre garde] N'avoir (plus) qu'à/tâcher de bien se tenir. Les tués [à la guerre] pour elle c'était rien que des accidents, comme aux courses, y n'ont qu'à bien se tenir, on ne tombait pas (Céline, Voyage, 1932, p. 120).
[Pour préparer qqn à recevoir une nouvelle étonnante] Tenez-vous bien, tiens-toi bien. (Ds Lar. Lang. fr., GDEL, Rob. 1985).
C. − Qqc. se tient
1. [Le suj. désigne un obj. concr., au plan phys., p. anal. avec A et B ci-dessus] Un titre doit se bien tenir; toutefois, cette condition nécessaire de stabilité n'exclut ni la légèreté ni l'élégance (É. Leclerc, Nouv. manuel typogr., 1897, p. 261).Le blanc d'antimoine broyé livré à la consommation contient (...) de l'oxyde de zinc (...). Cette adjonction est faite ici dans le but d'obtenir une pâte se tenant mieux (Coffignier, Coul. et peint., 1924, p. 557).
2. [Le suj. désigne un produit de l'esprit, une production ou un ensemble de productions artistique(s)] Présenter dans sa totalité une cohérence, une similitude, une harmonie existant aussi entre chacun de ses éléments et entre chaque élément et la totalité. Du jeune homme qui vient de faire son « chef-d'œuvre » de maîtrise, au maître en pleine possession de son expérience, aucune divergence de vues ni de sentiments. La belle unité d'une pensée qui se tient (L. Febvre, J. Sion, A. Demangeon, [1941] ds Combats, 1953, p. 378).
Fam. Ça se tient. C'est plausible, logique.
PEINT. Une toile qui se tient = bien équilibrée quant aux volumes, aux lignes et à la coloration (Hugues, Expr. atelier, s.d.).
Empl. pronom. réciproque. Si elles [les trois espèces de cuisine] diffèrent par le but, elles se tiennent par l'application du feu, par l'usage des fourneaux et par l'emploi des mêmes vases (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 256).
REM. 1.
Tenant-fief, subst. masc.,hapax. [Corresp. à supra 1reSection I A 4] Celui qui possède la jouissance d'un fief. L'arrière-ban fut convoqué; bien peu de chevaliers, d'écuyers et de tenant-fief comparurent pour obéir au mandement du roi (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 202).
2.
Tenuto, adv.[Corresp. à supra 1reSection I B 1] En tenant le son pendant la valeur prescrite. Synon. sostenuto.Les deux mesures sont répétées tenuto (Prod'homme, Symph. Beethoven, 1921, p. 302).
3.
Tiens-toi bien, subst. masc.,hapax., pop. [Corresp. à supra 2eSection III B] Boisson alcoolisée permettant de se tenir bien droit. Un gros caporal essaye vainement de fléchir MlleLucie (...).Deux petits verres seulement, mamzelle, on boira vite. N'importe quoi pourvu que ça soit du solide, du tiens-toi bien.Fichez-moi la paix, on ne vend que du vin ici (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 111).
Prononc. et Orth.: [təni:ʀ], (il) tient [tjε ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug.: ind. prés. je tiens, tu tiens, il tient, nous tenons, vous tenez, ils tiennent; imp. je tenais, nous tenions; passé simple je tins, nous tînmes; fut. je tiendrai, nous tiendrons; passé comp. j'ai tenu, nous avons tenu; p.-q.-parf. j'avais tenu, nous avions tenu; passé ant. j'eus tenu, nous eûmes tenu; fut ant. j'aurai tenu, nous aurons tenu; cond. prés. je tiendrais, nous tiendrions; cond. passé 1reforme j'aurais tenu, nous aurions tenu; cond. passé 2eforme j'eusse tenu, nous eussions tenu; subj. prés. que je tienne, que nous tenions; subj. imp. que je tinsse, que nous tinssions; subj. passé que j'aie tenu, que nous ayons tenu; subj. p.-q.-parf. que j'eusse tenu, que nous eussions tenu; part. prés. tenant; part. passé tenu, -ue. Étymol. et Hist. A. « Avoir (à sa disposition, proche de soi...) » 1. a) 2emoit. Xes. en parlant de personnes « garder chez soi » (St Léger, éd. J. Linskill, 28: cio fud lonx tiemps ob se lo.s ting); b) ca 1050 à propos d'un objet (Alexis, éd. Chr. Storey, 348: En sum puing tint le cartre le Deu serf); c) ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 2557: en dous chaienes si teneit un brohun); 2. a) ca 1100 impér., accompagnant le geste de donner (ibid., 654); b) ca 1170 domaine moral (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 1048: Tenez ma foi, jel vos fianz que...); c) 1200 tenés « prenez la main que je vous tends » (Jean Bodel, Jeu St Nicolas, éd. A. Henry, 639); d) 1200 tien interj. (Id., ibid., 831); 3. ca 1125-50 en parlant de biens « posséder » (Grand mal fit Adam, I, 54 ds T.-L.: Li avoir dunt li vint? Uns altre le tint Ainz que il fust nez), en a. et m. fr. surtout avec la mention du mode juridique de possession, v. F 1; 4. ca 1185 expr. proverbiale (Hue de Rotelande, Ipomedon, éd. A. J. Holden, 1092: Meuz vaut un tien qe deus avraz); 5. 1624 faire tenir qqc. à qqn « envoyer » (L. Guez de Balzac, Lettres, éd. H. Bibas et K. T. Butler, t. 1, p. 14). B. « Occuper une charge, une fonction; dominer, régner sur... » 1. a) 2emoit. Xes. (St Léger, 93: Meu' evesquet neˑ m lez tener); b) 1160-74 (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 1980: maistre Bernard [...] en maint lieu ont tenu escole); c) 1174-76 (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4803: se nul ad tenu seculars poestez); d) ca 1190 tenir la marreglerie « occuper l'emploi de sacristain » (Renart, éd. M. Roques, XI, 12619); e) 1260 (Étienne Boileau, Métiers, éd. G. B. Depping, p. 76: Quiconques voudra tenir ledit mestier comme mestre...); f) ca 1340 (Livre des métiers de Bruges, éd. J. Gessler, p. 38: Natalie, la belle dame, tient boine estuve); g) 1372 tenir l'office de (D. Foulechat, Policraticus, éd. Ch. Brucker, p. 81); h) 1573 tenir un rang (R. Garnier, Hippolyte, Epître dédicatoire, éd. W. Foerster, t. 2, p. 1); 2. ca 1100 « être à la tête de, régner sur » (Roland, 470: Carles, ki France tient). C. « Avoir et faire en sorte de ne pas perdre, de conserver (dans un certain état), empêcher (quelque chose ou quelqu'un de faire quelque chose); continuer; retenir » 1. a) ca 1050 « garder (tel quel) » (Alexis, 596: Desur[e] terre nel pourent mais tenir [le corps de Saint Alexis]); b) 1155 tenir en servage (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 156); c) ca 1185 tenir en pes (un pays) (Hue de Rotelande, op. cit., 52); 2. a) ca 1100 « poursuivre, continuer (quelque chose) » (Roland, 2446: tenet l'enchalz; 2857: Segnurs, le pas tenez); b) ca 1150 tenir son chemin a « se diriger vers... » (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 123); c) ca 1220 (Gautier de Coinci, Mir., éd. V.-F. Koenig, I Mir 21, 1: Tenez sillence, bele gens!); d) xiiies. vénerie tenir la trace (Isopet de Lyon, 48, 18, éd. J. Bastin, t. 2, p. 166); e) fin xiiies. tenir sa tençon « ne pas cesser sa querelle » (Jakemes, Chastelain de Couci, éd. M. Delbouille, 4811); 3. a) ca 1100 « retenir (quelqu'un, pour l'empêcher de tomber) » (Roland, 2893: Par les mains le [Charles] tienent .IIII. de ses barons); b) ca 1165 « retenir (une partie de vêtement, pour l'empêcher de glisser) » (Guillaume d'Angleterre, éd. A.-J. Holden, 2520); 4. a) ca 1140 suj. inanimé (Geffrei Gaimar, Estoire des Engleis, éd. A. Bell, 4210: un mal le prist et tant le tint Qu'il finit et sin fud mort); b) fin xiies. (Béroul, Tristan, 70b ds T.-L.: la flor [farine] la forme des pas tient); c) fin xiies. (Brut de Munich, 2476, ibid.: Trois ans et sis mois est tenüe Pluie qui n'est de ciel chaüe); d) ca 1200 (Continuation de Perceval, I, 1996, éd. Roach et Ivy, t. 2, p. 61: le soëf tans [...] Qui si nez et si cler se tint); e) ca 1200 (Moralités sur Job, 336, 26 ds T.-L.: paürs moi tinuet [pavor tenuit me]); f) 1563 (en parlant de vêtements) tenir la chaleur (B. Palissy, Recepte, éd. K. Cameron, p. 179); g) 1580 (Id., Discours admirable, éd. A. France, p. 256: la peinture n'eust pas tenu sur le verre); 5. a) ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, 1440: de plorer ne se sont tenu); b) 1176-81 (Id., Chevalier Lion, 2704: À grant poinne tenoit ses lermes); 6. 1remoit. xives. (Recettes méd., 7 ds T.-L.: tenir sa vïende; 28: ne pueent tenir leur orine); 7. a) ca 1393 (Ménagier de Paris, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 192: tenir au salouer; p. 224: mettez en un mot au feu pour tenir chault); b) ca 1393 (ibid., p. 100: aucune autre femme qui [...] pense [...] de leur tenir nectement [les enfants]; p. 148: en leur tresgrant jennesse l'en les doit tenir tresnectement [les éperviers]); c) 1746 jardin bien tenu (La Morlière, Angola, p. 164); 8. fin xives. mus. tenir « chanter (la partie du dessus) » (E. Deschamps, Art de dictier, éd. G. Raynaud, t. 7, p. 270); 9. 1667 se tenir bien à propos de l'attitude, du maintien (Molière, Le Sicilien, XII); 10. 1867 tenir l'affiche (Hugo, Corresp., p. 22). D. « Avoir en esprit, penser, considérer, croire; considérer comme, reconnaître pour; estimer que » 1. a) ca 1050 avec prép. + adj. attribut (Alexis, 266: tenir pur briçun); b) ca 1050 + subst. « reconnaître pour » (ibid., 66: tenir ad espus); 2. a) ca 1135 tenir chier (qqn) « aimer et respecter » (Couronnement Louis, 1944 ds T.-L.); b) ca 1170 soi tenir chier (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Laustic, 15); 3. a) 1155 loc. tenir en enur (qqn) « respecter » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 645); b) 1155 tenir (qqn) a petit « faire peu de cas » (Id., ibid., 8617); 4. a) 1349 (Guillaume de Machaut, Roy Navarre, éd. E. Hoepffner, 664: tenez ce point pour seür que...); b) 1349 (Id., Remede Fortune, 2450: lequel tu tiens Estre milleur de ces deus biens); c) 1349 (Id., Dit Alerion, 1647: aucun tiennent le contraire); d) 1361 tenir si grand compte de (Id., Fontaine amoureuse, 2101); 5. a) 1421-30 suj. inanimé tenir lieu « être considéré comme » (Clement de Fauquembergue, Journal, éd. Tuetey, t. 2, p. 195: ladicte somme du dit remboursement tenra lieu audit maistre Laurens en deduction d'icelle amende); b) 1583 (R. Garnier, Les Juives, Epître dédicatoire, éd. R. Lebègue, p. 10: asseuré que l'affection de l'Autheur tiendra lieu de recommandation de son oeuvre); 6. a) 1489-91 tenir (qqc.) de qqn « savoir quelque chose par quelqu'un, avoir appris quelque chose par quelqu'un » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 1, p. 251); b) 1872 tenir le mot de l'énigme (Littré). E. « Rester fermement attaché à (domaine moral: idée, sentiment, décision...), respecter, observer » 1. a) ca 1100 (Roland, 222: la lei que nus tenum); b) ca 1100 (ibid., 229: Laissun les fols. As sages nus tenuns; 569: Lessez la folie, tenez vos al saveir); c) 1130-40 (Wace, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 169: Bien li tenrai ceste promesse); 2. 1130-40 sei tenir (à qqn) « être du parti de quelqu'un » (Id., ibid., 168); 3. a) ca 1165 « se contenter de, se limiter à » (Guillaume d'Angleterre, 2195); b) 1290 se tenir a pol « se contenter de peu » (Jean Priorat, Ordre de chevalerie, éd. U. Robert, 9060); 4. 1174-77 savoir a coi soi tenir (Renart, IIIa, 4471); 5. a) 1216 (Guillaume Le Clerc, Fergus, éd. W. Frescoln, 748: Dans Kes, qui ne se pot tenir, li dist...); b) 1435 « persister à faire quelque chose + notion de durée » (Mir. ds Mir. N. D., éd. U. Robert et G. Paris, t. 1, p. 331); 6. 1remoit. xvies. (Mellin de Sainct Gellais, Œuvres, éd. P. Blanchemain, t. 1, p. 65: je tiens et parie que...); 7. 1580 (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, t. 1, p. 90: je ne tiens plus si fort aux commoditez de la vie); 8. 1670 tenir à + inf. (Racine, Britannicus, I, 2). F. « Avoir un lien, être en relation (dépendance, obligation, proximité, ressemblance, analogie) » 1. cont. de la féodalité, rapport de vassal à seigneur a) ca 1100 (Roland, 190: de mei tendrat ses marches; 697: De vos tendrat Espaigne le regnet); b) ca 1130 (Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 375: Jeo tenc de vus quite mun fiev); c) ca 1200 (1ère Continuation de Perceval, 3662, éd. Roach, t. 1, p. 99: Li rois avoit a Carlion sa cort et semonse et banie [...] Si qu'a Pentecoste venissent Tot cil et celes qui tenissent De lui et li doivent homage); 2. a) ca 1140 en un tenant « à la suite » (Geffrei Gaimar, op. cit., 74); b) ca 1160 d'un tenant « id. » (Eneas, 6579); 3. a) ca 1160 impers. « il importe à quelqu'un, il est important pour quelqu'un de... » (ibid., 8913: Onkes ne li tint de mangier); b) ca 1280 (Adenet Le Roi, Cleomades, éd. A. Henry, 11978: ne tient fors k'a vous de l'aler); 4. a) ca 1170 d'une pers. « dépendre (de quelqu'un) » (Marie de France, Lais, Fresne, 362); b) ca 1280 être tenu a « être obligé (de faire quelque chose) » (Adenet Le Roi, op. cit., 14448); c) 1392 (Jean d'Arras, Melusine, éd. L. Stouff, p. 348: je suis tenus de faire à mon cousin honneur; p. 136: se la besoigne ne tenoit que a eux); 5. a) fin xiies. impers. « avoir en commun » (Sermons St Bernard, éd. K. Vollmöller, 111, 15: femme dist-il ke tient il a ti de mi?); b) ca 1280 tenu de char (à qqn) « apparenté à » (Gérard d'Amiens, Escanor, 10685 ds T.-L.); c) 1306 (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, 326: il me demanda si je tenroie riens de lignage a l'empereur Ferri d'Alemaingne); d) 1489-91 tenir (qqc.) de qqn « ressembler à quelqu'un (par un trait de caractère) » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 1, p. 5); 6. a) 1379 suj. inanimé (J. Labarte, Invent. du mobilier de Charles V, p. 79: un gros ruby [...] qui tient de couleur violette); b) 1400-03 (Christine de Pisan, Mutacion de Fortune, éd. A. Solente, 7246: choses[...] lesquelles sont appartenans A Philosophie et tenans); c) 1511 d'une pers. tenir de la lune « être bizarre (lunatique) » (Gringore, Jeu du Prince des Sotz, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 212); d) 1561 tenir (qqc.) de race (J. Grévin, Esbahis ds Théâtre, éd. L. Pinvert, p. 132); e) 1623 d'un ouvrage d'esprit tenant du grave et du relevé (J. Chapelain, Lettre ou Discours (...) portant sur le poëme d'Adonis, p. IV, 2); 7. a) 1508 tenants et aboutissants « confins, limites (de propriétés) », v. aboutissant; b) 1625 p. ext. sçavoir touts les tenants et aboutissants (Peiresc, Lettres, éd. Ph. Tamizey de Larroque, t. 6, p. 149); 8. 1684 (F. Bernier, Abr. de la philos. de Gassendi, p. 73: Car l'on peut concevoir un composé être immobile [...] en ce que ces principes [dont il est formé] se tenant joints, accrochez et embarassez entre eux, le tout se trouve dans une consistance...). G. « Être, se comporter (d'une certaine manière), avoir telle attitude, tel comportement » 1. a) ca 1100 (Roland, 2391: Desur sun braz teneit le chef enclin); b) ca 1100 (ibid., 647: Marsilies tint Guenelun par l'espalle); c) ca 1140 se tenir « rester dans une position stable » (Pélérinage de Charlemagne, éd. G. Favati, 388); d) 1160-74 sei tenir « se placer » (Wace, Rou, III, 4280: Lez un tertre se sunt tenu); e) 1176-81 tenir compagnie (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, 5728); 2. a) ca 1160 (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 8468: Plaint et sospir [...] pres del cuer tienent); b) 1268 (Claris et Laris, 19230 ds T.-L.: El chief li est un max tenuz, si n'a cure de compaignie); c) ca 1276 (Adam de La Halle, Jeu d'Adam, 375, ibid.: malade dou mal qui li tient au chervel); d) 1377 (Guillaume de Machaut, Loange des dames, éd. Chichmaref, XXXIV, 7: li souvenirs qui en mon cuer se tient); 3. ca 1170 mal tenir « nuire (à quelqu'un) » bien tenir « être secourable (à quelqu'un) » (Marie de France, Lais, Fresne, 367, Lanval, 20); 4. ca 1170 (Id., ibid., Fresne, 373: Les noces tindrent richement); 5. a) 1160-74 avec adj. (Wace, Rou, III, 5437: Mult se tint orgueillos e fier); b) 1176-81 tenir bien son leu « tenir bien sa place (dans un combat) » (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, 3718); c) ca 1220 (Gautier de Coinci, Mir., éd. V. F. Koenig, I Mir 36, 298: Tenons nous net, tenons nous sobre); d) ca 1250 (Joufroi de Poitiers, éd. P. B. Fay et J. L. Grisby, 477: se tindrent quoi et mu); 6. ca 1165 (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 10382: Solonc l'usage qu'il teneit); 7. 1361 se tenir (à un endroit) « vivre » (Froissart, Paradis d'Amour, éd. F. Dembowski, p. 59: se tient, demeure, sejourne); 8. a) 1456 se tenir sur sa garde (A. de La Sale, Jehan de Saintré, éd. J. Misrahi et C. A. Knudson, p. 184); b) mil. xvies. se tenir sur ses gardes (Marguerite de Navarre, Lett., CIX ds Littré). H. « Faire que quelque chose ait lieu (à un endroit déterminé, à une date précise...) » 1. a) ca 1100 (Roland, 3761: Ore en tendrum conseil); b) ca 1100 (ibid., 53: Carles [...] À Saint Michel tendra mult halte feste); c) 1216 tenir cel siege (Guillaume Le Clerc, Fergus, éd. W. Frescoln, 4912); d) ca 1400 (Froissart, Chron., éd. G. T. Diller, p. 746: place ordonnee pour tenir marquiet le merquedi et le samedi); d'où p. ext. pronom. passif ca 1400 (Id., ibid., p. 464: li jours asignés que la feste se tenroit); 2. a) ca 1100 « avoir un entretien avec quelqu'un » (Roland, 2836: Ne pois a vos tenir long parlement); b) 1erquart xiies. tenir nule parole de « ne pas faire mention de » (Lancelot, éd. A. Micha, t. 8, p. 114); 3. fin xives. (Froissart, Chron., p. 666: le siège tenant [en incise]), cf. séance* tenante. I. « Résister (à quelqu'un), défendre (quelque chose contre quelqu'un), soutenir (un assaut contre quelqu'un), soutenir la comparaison avec (quelqu'un, quelque chose) » 1. a) ca 1100 tenir contre (qqn) « résister à » (Roland, 3183); b) ca 1100 (ibid., 3355: N'escut ne bronie ne pout sun colp tenir); c) ca 1100 (ibid., 1238: ceste bataille ben la puum tenir); 2. a) ca 1155 tenir place « résister » (Wace, Brut, 11918); b) 1160-74 sei tenir « id. » (Id., Rou, III, 858: Tenir ne s'osent ne defendre); c) 1174-76 « interdire (un accès à quelqu'un) » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, 5752: Ne li furent les portes ne nuls des uis tenuz); d) ca 1460 tenir bon (Myst. du siege d'Orléans, p. 721 ds Littré); e) 1548 tenir coup « résister » (Noël Du Fail, Propos rustiques, éd. Assézat, t. 1, p. 93); 3. a) ca 1165 sei tenir a au subj. « pouvoir soutenir la comparaison avec » (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 2468: Un sors baucenz ert de Castele, Ne s'i tenist pas arondele); b) xiies. (Fragment d'un petit poème dévot ds Jahrbuch für romanische und Englische Literatur, t. 6, p. 366: Vers lui ne pued tenir nulle clartez, Tant par est belsz), seulement en a. et m. fr., v. soutenir; 4. a) 1174-76 « être du parti de quelqu'un » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, 848: tienge sei fermement, Od lui tendront par tut, si l'en funt serement); b) ca 1208 (Villehardouin, Constantinople, p. 172: et Henris ses freres, et li cuens [...] et cil qui a els se tenoient alerent a l'asaut); c) 1369 tenir l'opinion (de qqn) « soutenir le point de vue de » (Guillaume de Machaut, Prise d'Alexandrie, 2701); 5. a) 1200 tenir court « serrer de près, limiter la liberté de quelqu'un » (J. Bodel, Jeu St Nicolas, 1117); b) 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, 2606: prison ne tient [...] nuz amanz verais et leax): 6. a) 1610 tenant subst. « celui qui, dans un tournoi, entreprenait de tenir contre tout assaillant » (Deimier, Acad. de l'art poetique, p. 584: les tenans de ce combat); b) 1615 tenant ici empl. p. métaph. pour désigner l'amoureux dans le vocab. précieux (V. d'Audiguier, Hist. tragi-com. de nostre temps, Lysandre et Caliste, p. 16). J. « Occuper un certain espace, nécessiter un certain espace » 1. ca 1160 « contenir + mesure de capacité » (Enéas, 6741: un sestier tint [le vase]); 2. a) ca 1215 « trouver place (dans) » (Eles, 305 ds T.-L.: La tierce fenne qui tenir Doit en l'ele, c'est que...); b) 1306 tenir grant espace (Joinville, Vie de Saint Louis, 95); c) ca 1395 (Le Saint voyage de Jherusalem du Seigneur d'Anglure, éd. Bonnardot et Longnon, p. 22: une petite tournelette ou il ne peut tenir que deux personnes a une fois); 3. 1369 (Guillaume de Machaut, Prise d'Alexandrie, 2006: Alexandrie est une ville qui tient de tour plus de...). K. « Être (d'inanimés), se trouver, fixé, placé, à un endroit, pour soutenir...» 1. a) ca 1200 (Dialogue Gregoire, 73, 19 ds T.-L.: alsi com ele par racines tenist en terre); b) ca 1210 (Robert de Clary, Constantinople, 82, ibid.: chinq cens mansïons, qui toutes tenoient l'une a l'autre); 2. a) 1306 (Joinville, Vie St Louis, 304: Le roy commanda (...) que il copassent les cordes qui tenoient les ponts entre nous et les Sarrazins); b) 1460-83 (Jean de Roye, Chron. scandaleuse, éd. B. de Mandrot, p. 357: elle [le cordon de l'Ordre du Roi] tenoit par derriere [sur un col] a une espingle); c) 1636 tenant subst. hérald. (Monet). Du lat. pop. tenire (att. en 514, v. Hollyman, p. 56), class. tenere « avoir (avec soi), tenir dans une certaine position, se trouver (dans telle attitude); contenir, inclure; occuper (un espace, une position); avoir le contrôle sur; posséder; occuper (une charge, une fonction); continuer à, persister, observer (des règles, le silence...); retenir, empêcher; garder en mémoire, avoir dans l'esprit d'où comprendre, estimer que..., savoir » et au passif « être lié à, obligé de, dépendant de ». En a. fr. tenir a été empl. dans de nombreuses loc., avec une valeur de quasi-auxiliaire (v. J. Bédier, Lexique de Roland, Keller, T.-L.); le développement sém. de tenir est lié à celui des comp. abstenir, contenir, détenir, entretenir, maintenir, retenir, soutenir. Sur le sens de tenere et de tenir à l'époque féodale, impliquant une concession moyennant services, v. Hollyman, pp. 55-60. Fréq. abs. littér.: 46 708. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 54 348, b) 71 946; xxes.: a) 71 090, b) 70 966. Bbg. Arnould (G.). Tenir compte... In: Autour d'un dictionnaire: le Trésor de la langue française. [S., l.], Inalf, 1990, pp. 53-67. − Bogacki (K.). Les Prédicats locatifs stat. en français... Warszawa, 1977, pp. 21-22, 70. − Clédat (L.). Le Verbe tenir... R. Lang. rom. 1916-17, t. 59, pp. 5-15. - D.C.F.G. 1976, t. 2, p. 1221. − Dejay (D.). Les Rel. actancielles appréhendées à travers un corpus de verbes fr. Thèse Univ. Nancy II. 1986, p. 25, 51, 57, passim. − François (J.). Le Lex. verbal fr. et les dégroupements homon. Z. fr. Spr. Lit. 1980, t. 90, no1, pp. 20-23. − Hérique (E.). Ét. de l'interj. tiens... Thèse Univ. Nancy II. 1986, pp. 43-71. − Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp. 316-318. − Muller (Ch.). Les Verbes les plus fréquents du fr. Fr. Monde. 1974, no103, pp. 14-17. − Quem. DDL t. 6, 10, 18, 19, 27, 32. − Sur le verbe, sous la dir. de S. Rémi-Giraud, M. Le Guern. Lyon, 1986, pp. 133-136, passim.

Tenir : définition du Wiktionnaire

Verbe

tenir \tə.niʁ\ transitif ou intransitif 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se tenir)

  1. Avoir en main, entre les bras, de manière à ne pas laisser aller.
    • Demain, par exemple, il tiendra dans son bras un portefeuille de maroquin rouge. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. III ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 39)
    • Il n’existe également pas de reliefs où le dadophore de gauche tiendrait un pedum et celui de droite une torche. Au cas où un seul dadophore tient le pedum, il s’agit toujours du dadophore de droite. — (Ljubica Zotović, Les Cultes orientaux sur le territoire de la Mésie supérieure, E. J. Brill, 1966, page 15)
    • Il tenait une lettre à la main, il leva les yeux me regarda puis de nouveau la lettre puis de nouveau moi. — (Claude Simon, La Route des Flandres, Éditions de Minuit, 1960, page 7)
    • Le maréchal […] tenait le cheval par la bride, parce que le cheval était un peu nerveux. — (Gilbert Guisan, C.-F. Ramuz ou Le Génie de la patience, E. Droz, 1958, page 43)
    • Rinri me tenait la main, ainsi que chaque amoureux du parcours tenait la main de celle qui l’accompagnait. — (Amélie Nothomb, Ni d’Ève ni d’Adam, Albin Michel, Paris, 2007, p. 65)
  2. Laisser.
    • Le lecteur lui-même sera tenu dans l’incertitude, sachant de moins en moins au fur et à mesure qu’il avance dans le texte, si les événements qu’on lui rapporte sont réels ou illusoires. — (Bulletin de psychologie, vol. 31, n°332 à 337, 1977, page 668)
  3. (Figuré) & (Familier) Diriger ; gouverner ; mener.
    • Il y a deux boutiques où l'on vend de la viande rôtie, kebab. Ces boutiques sont tenues par des Turcs, le kebab n'étant pas un mets arabe. — (Burckhardt, « Voyages en Asie », dans Histoire universelle des voyages effectués par mer ou par terre dans les cinq parties du Monde, revus ou traduits par Albert Montémont, Paris : chez Armand-Aubrée, 1833, page 31)
    • Ne regardez pas la maison aujourd'hui : je n'ai plus le courage de nettoyer, ni de surveiller le boy. Mais je vous jure que je sais tenir un ménage... — (Georges Simenon, Le Blanc à lunettes, ch. VIII, Gallimard, 1937)
  4. (Figuré) Suivre.
    • Comment la mère peut-elle tenir le fil quand celles qui écoutent piaffent d’impatience dès les premières paroles pour faire de cette histoire leur propre histoire ? — (Claude De La Genardière, Encore un conte ? Le Petit Chaperon Rouge à l’usage des adultes , L’Harmattan, 1996, page 192)
    • Tenir le fil d’une intrigue, c’est avoir saisi le nœud, le secret.
    • Tenez-vous le fil de son raisonnement ?
  5. Avoir.
    • Je tiens la clef de l’énigme.
    • Tenir les dés, tenir le cornet, avoir la main pour jeter les dés. (Figuré) Tenir le dé dans la conversation, s’en rendre le maître.
  6. Posséder et ne pas lâcher.
    • Cet homme tient bien ce qu’il tient, il n’est pas aisé de lui faire lâcher prise ; ou bien il est avare.
  7. Utiliser.
    • Tenir la plume.
  8. Dire.
    • Tenir des propos, proférer des paroles.
  9. Maîtriser.
    • Tenir les délais : C’est-à-dire maîtriser l’avancement pour finir avant la date butoir.
  10. Prendre.
    • Tenez : Prenez ce que je vous présente.
  11. (Équitation) Maintenir dans les différents exercices auxquels on le soumet, en parlant du cheval.
    • Tenir un cheval en main, en bride.
    • (Figuré) & (Familier) Tenir un cheval dans la main : En être toujours le maître.
  12. Être maître de ; avoir en son pouvoir.
    • On tient les assassins. — Je vous tiens.
    • L’ennemi tient les hauteurs.
  13. (Figuré) & (Familier) Amener là où l’on voulait ; réduire en tel état qu’il ne peut plus tergiverser, qu’il ne peut plus trouver d’échappatoire, en parlant d’une personne.
    • Je tiens mon homme, je le tiens.
    • Il a beau faire à présent, je le tiens.
  14. Retenir ; empêcher de s’en aller ou de tomber, en parlant de choses.
    • C’est cette chaîne qui tient l’ancre. — Cette corde tient le seau. — Ce tableau est tenu par un clou.
    • Ce tonneau tient bien le vin, ce seau tient bien l’eau, il ne fuit pas.
    • Si tu connais la réponse, tiens ça mort : (Canada) Garder le secret.
  15. (Musique) Conserver, en parlant d’un accord musical.
    • Ce piano tient bien l’accord.
  16. Posséder ; occuper.
    • Il y avait en outre, au finage de Launay, au lieu dit Vauvagis, 400 arpents de bois que divers habitants de Barrault, tenaient à bail emphytéotique de la commanderie, moyennant la redevance annuelle d'un bichet de blé, d'un bichet d'avoine, et d'un denier par chaque arpent. — (Eugène Mannier, Ordre de Malte: les commanderies du grand prieuré de France, Paris : Auguste Aubry & Dumoulin, 1872, page 336)
    • Il se jeta dans la place et la tint pour le roi, pour le service du roi.
  17. (Figuré) Être redevable d’une chose à quelqu’un ; lui en avoir l’obligation.
    • Tout ce qu’il a, il le tient de votre libéralité. — C’est de vous qu’il tient son avancement, sa fortune. — C’est d’un tel qu’il tient tout ce qu’il sait.
    • Tenir la vie de quelqu’un, c’est lui avoir obligation de la vie.
    • Mes père et mère sont ceux dont ou de qui je tiens la vie.
  18. avoir appris de quelqu’un.
    • De qui tenez-vous cela ? — C’est une nouvelle que je tiens de bonne part, de bonne source, de quelqu’un bien informé.
  19. Avoir reçu de sa race, de naissance.
    • Ils sont tous braves dans cette maison-là, ils tiennent cela de race. — Ils tiennent de race.
    • Tenir quelque chose de son père et de sa mère, au point de leur ressembler en cette chose.
    • Il est timide et a l’air embarrassé, il tient cela de son père. — Il tient beaucoup de son père, il en a tous les traits.
  20. Posséder ou saisir, en parlant des maladies tant du corps que de l’esprit, et de différentes passions de l’âme.
    • Il y a longtemps que ce mal-là le tient, que la fièvre le tient.
    • Quand son accès le tient.
    • Sitôt que sa colère le tient, il n’est plus maître de lui.
    • Qu’a-t-il, qu’est-ce qui le tient ? Quel sujet, quelle raison a-t-il d’agir ainsi ? — Je sais ce qui le tient.
    • — « C’est plus fort que moi ; faut que j’y aille. Ça me tient depuis ce matin. » — (Guy de Maupassant , En famille, dans La maison Tellier, 1891, collection Le Livre de Poche, page 157.)
  21. Occuper ou remplir, en parlant de l’espace.
    • Oui, je le répète, tout tient dans ce vaisseau, même notre vie matérielle et morale, nos vertus et nos vices. L’architecte nous prend dès la naissance d’Adam pour nous mener jusqu’à la fin des siècles. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • La laine est un des principaux articles d’exportation. Une certaine quantité en reste dans le pays, où elle sert à rembourrer les matelas qui tiennent une place prépondérante dans l’ameublement des maisons marocaines, […]. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 229)
    • Une forêt qui tient dix lieues de long. — Les épisodes tiennent la moitié de ce poème.
    • (Militaire)Cette armée tient la campagne, elle est en état de s’opposer aux ennemis ou de les attaquer.
  22. Faire métier ou profession, pour l’utilité et la commodité du public, en parlant de certains lieux que l’on occupe, de certaines choses que l’on fait.
    • Tenir auberge.
    • Tenir boutique.
    • Tenir pension.
  23. Détenir en assortiment, en stock, en parlant de marchandises.
    • Tenez-vous de l’épicerie, de la mercerie ?
    • Ce marchand tient de tout.
  24. Se positionner, en parlant de l’ordre dans lequel les personnes ou les choses sont placées, du rang qu’elles occupent, soit en fait, soit dans l’opinion des hommes.
    • Il faut que dans les corps, dans les compagnies chacun tienne son rang.
    • La libéralité tient le milieu entre la prodigalité et l’avarice.
    • Tenir le premier rang.
    • Tenir le haut bout, le haut du pavé.
    • Tenir bien son rang, sa place, son poste, occuper dignement l’emploi où l’on est, l’exercer avec dignité, avec capacité.
    • Ne pas tenir en place : Être nerveux, toujours en mouvement, toujours actif.
  25. Occuper, en parlant d’un emploi ou d’une fonction qu’on remplit.
    • De 1567 à sa mort, en 1590, il a tenu la fonction de mathématicien du duc de Savoie, c’est-à-dire qu’il a eu à s’occuper de nombreux problèmes techniques, qu’il a été socialement un théoricien chargé de la science appliquée. — (P. Costabel, Vers une mécanique nouvelle, dans Sciences de la Renaissance : VIIIe Congrès International de Tours, J. Vrin, 1973, page 135)
    • Elle a tenu les emplois les plus divers, pour finir dans les vestiaires d’une boîte de nuit. — (Mohed Altrad, Éden : l’extrême tu éviteras, L’Harmattan, 1998, page 98)
  26. (Théâtre) (Musique) Jouer ; interpréter.
    • Il tient le principal rôle avec distinction.
    • Tenir l’orgue, le piano. — Tenir sa partie.
  27. Présider ; siéger ; se dérouler, en parlant des assemblées, des fonctions publiques, soit ordinaires, soit extraordinaires, qui regardent le gouvernement et la politique d’un état.
    • Le pape tenait consistoire. — On tenait les états tous les ans en Languedoc.
    • Tenir audience. — C’est tel président qui tient cette année la chambre des vacations.
    • C’est dans cette salle que l’Académie tient ses séances.
  28. Mettre et garder en quelque lieu.
    • Il tient son argent en lieu sûr.
    • Il faut tenir cela à la cave pour le conserver.
    • Il tient tous ses papiers sous clef.
    • C’est un homme qu’on tient enfermé depuis un certain temps.
    • On le tient en prison.
    • Tenir quelqu’un chez soi, c’est l’avoir chez soi.
    • Puisque nous vous tenons ici, nous ne vous laisserons pas partir de sitôt.
  29. Contenir, renfermer ou être susceptible de contenir, de renfermer.
    • Cette salle tient mille personnes.
    • Ce corps de bibliothèque tient cinq cents volumes.
    • Cette grange peut tenir dix mille gerbes.
    • Une bouteille qui tient soixante-quinze centilitres.
  30. Retenir ; arrêter ; empêcher de faire ou de dire.
    • C’est un homme qui ne peut tenir sa langue.
    • Quand il est une fois en train de parler, rien ne peut le tenir.
    • Il est si vif, si remuant, qu’on ne saurait le tenir.
    • Il ne saurait se tenir de parler.
    • Je ne pus me tenir de lui dire que cela n’était pas bien.
    • Madame de Matefelon ne se tint pas de s’en ouvrir à M. l’abbé Puce, curé de Montsoreau. — (René Boylesve, La leçon d’amour dans un parc, Calmann-Lévy, 1920, collection Le Livre de Poche, page 30.)
    • Je ne sais qui me tient que je ne me fâche contre lui : Je ne sais qui m’empêche, qui me retient.
    • Il n’y a parenté, amitié, etc., qui tienne : Il n’y a aucune considération de parenté, d’amitié, etc., qui empêche que…
    • Il n’y a crédit ni richesses qui tiennent : il faut le condamner s’il a tort.
  31. Maintenir, conserver, entretenir; faire qu’une personne ou qu’une chose demeure dans un certain état, dans une certaine situation.
    • Tenir les enfants dans un très grand respect, les tenir dans une grande sujétion.
    • Tenir les peuples dans le devoir. — Tenir les esprits en suspens.
    • En attendant que je revienne, tenez les choses en état, en bon état.
    • Tenir quelqu’un en échec. — Tenir l’équilibre entre deux partis. — Cette nouvelle le tient éveillé.
    • Tenir sa maison propre. — Cette femme tient bien ses enfants.
    • Tenir une ville bloquée, une place assiégée. — Tenir les portes fermées, les fenêtres ouvertes.
    • Cela tient frais. — Tenir les yeux ouverts, les yeux baissés, les mains jointes, la tête droite.
    • Tenir la bride haute, la bride courte à un cheval.
    • Tenez-vous en repos : Se dit à une personne qui importune par ses gestes, par ses allées et venues.
    • Tenir une chose secrète : Garder le silence à son sujet, n’en point parler.
    • On convint de tenir l’affaire secrète.
  32. (Musique) Ne pas laisser faiblir.
    • Tenir une note.
  33. Occuper durant quelque temps.
    • C’est une cérémonie qui est longue, elle vous tiendra longtemps.
    • Il nous a tenus deux heures à ne rien faire.
    • Je ne vous tiendrai guère.
    • Cela m’a tenu plus que je ne pensais.
    • Cet avocat tint toute l’audience.
    • C’est un poste où l’on est très tenu.
  34. Réputer ; estimer ; croire.
    • Il y avait, aux carmélites de Lerma, une béate, tenue pour sainte, la mère Agueda.— (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille, 3e éd., Hachette & Paulin, 1845, p. 178)
    • Je tiens cela vrai, pour vrai, puisque vous le dites.
    • Je tiens ces deux opinions également soutenables.
    • Je tiens que cela a besoin d’explication.
    • Je tiens l’affaire faite à l’heure qu’il est.
    • Je le tiens honnête homme, je le tiens pour honnête homme.
    • Si vous venez me voir, je tiendrai cela à honneur.
    • Il tient ce propos à injure.
    • Je me tiens heureux d’avoir pu vous servir en quelque chose.
    • Il ne se tient pas encore pour battu.
    • Je me tiens pour satisfait.
    • Il tient pour constant, pour démontré que… Je tiens pour maxime que…
    • Je me le tiens pour dit : Il n’est pas besoin que vous m’en avertissiez davantage, que vous m’en fassiez davantage souvenir.
    • Tenez-vous-le pour dit. On dit de même :
    • Tenez-vous pour dit que… : Soyez assuré que… ; Souvenez-vous que… ; Ne contestez pas que…
  35. Professer.
    • Les maximes qu’ils tiennent sont opposées aux nôtres.
  36. Saisir par l’esprit ou par l’intelligence.
    • Je tiens la solution de ce problème.
    • Je tiens le mot de l’énigme.
    • Je tiens le sens de ce passage.
  37. Suivre ; aller par, en parlant de routes, de chemins, etc.
    • Quel chemin tiendrez-vous ?
    • Il y a diverses routes à tenir.
    • Tenir une bonne conduite, une mauvaise conduite : Se conduire bien, se conduire mal.
    • Il tient une étrange conduite depuis quelque temps.
    • Ne pas savoir se tenir : Manquer de respect, de réserve, de manières.
  38. Parler, dire.
    • Il tient des discours bien hasardés.
    • Aux propos qu’il me tint, je vis bien qu’il ne fallait rien attendre de lui.
    • Vous me tenez un langage qui me surprend.
    • Il fallait donc que je trouve par moi-même quel langage tenir au mystérieux Adam Johnson. — (Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements, Éditions Albin Michel S.A., 1999, p. 11)
  39. Exécuter, en parlant de promesses.
    • Je vous tiendrai ce que je vous ai promis.
    • Vous ne m’avez pas tenu parole.
    • (Proverbial) promettre et tenir sont deux.
  40. Être chargé du soin, en parlant de la comptabilité, des registres, etc.
    • Les livres que les marchands sont obligés de tenir, et pour lesquels ils n’ont pas observé les formalités prescrites, ne peuvent être représentés ni faire foi en justice, au profit de ceux qui les ont tenus. — (Dictionnaire général raisonné de droit civil moderne, vol. 4, Adolphe Wahlen, 1838, page 427)
    • Tenir compte d’une somme à quelqu’un, c’est lui passer cette somme en compte.
    • Tenir registre de quelque chose, c’est écrire quelque chose dans un registre.
    • (Figuré) Cet homme tient registre de tout : Il remarque tout exactement, et il s’en souvient.
  41. (Absolument) Se dit aussi, dans le langage familier, uniquement pour attirer l’attention :
    • Tenez, tout ce que vous me dites là ne me touche pas.
    1. Pour avertir :
      • Tenez, le voilà qui passe.
    2. Pour marquer la surprise :
      • Tiens donc, le voilà qui passe.
      • Tiens, je ne m’attendais pas à cela.
  42. Être attaché à quelque chose, être difficile à ôter, à arracher ou à déplacer.
    • Sa chemise lui tient au dos.
    • Le vent empêche la gelée de tenir sur les arbres.
    • On ne saurait arracher ce clou, il tient trop bien.
    • Son chapeau ne tient pas sur sa tête.
    • Cela tient à chaux et à sable.
    • Tout cela tient bien ensemble.
    • (Figuré) Cette chose ne tient qu’à un fil : Elle ne tient plus qu’à peine, la moindre cause peut la détruire, l’empêcher.
    • Sa vie ne tient qu’à un fil : Il est sur le point de mourir.
  43. (Figuré) Définition manquante ou à compléter. (Ajouter)
    • Ne tenir à rien : Se dit d’une position précaire.
    • Sa position dans cette maison ne tenait à rien.
    • Un petit accident renversa cette fortune qui ne tenait plus à rien.
  44. (Figuré) En termes de dévotion :
    • Il ne tient plus à la terre : Il est détaché des choses de ce monde.
  45. (Figuré) Être attaché par quelque lien d’intérêt, d’amitié, de reconnaissance, etc.
    • Il tient à cet homme-là par beaucoup de liens.
    • C’est un homme qui ne tient à personne.
    • Il tient à ce parti par des raisons de famille.
    • C’est un employé auquel nous tenons.
  46. (Figuré) Être extrêmement attaché à ; avoir le désir extrême de.
    • Le 25 novembre dernier est décédé, à Dergneau, M. Léopold Bruneau qui, depuis plus de 30 ans, vulgarisait l'apiculture raisonnée dans sa région. Ses funérailles ont eu lieu au milieu d'une grande affluence de monde ; tous les apiculteurs du pays avaient tenu à conduire, à sa dernière demeure, leur bien-aimé conseiller. — (« Fédération apicole du Hainaut et environs », dans L'Apiculture rationnelle et l'utilisation des produits du rucher, tomes 8-9, éditions E. Palate-Snappe, 1924, page 15)
    • Tenir à la vie, à l’argent, à son opinion, etc.
    • Je tiens à vous convaincre de mon innocence.
  47. (Figuré) Dépendre ; résulter ; provenir de.
    • Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
      D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.

      — (Jean de La Fontaine, Le Loup et le Chien, Fables, Livre I, 5)
    • Cette fragilité est-elle propre aux os des cancéreux, ou tient-elle au développement des cancers multiples dans le système osseux ? — (Eugène Follin, Traité élémentaire de pathologie externe, Paris : Victor Masson & fils, 1869, vol.1, page 299)
    • [L]’unique censure par le Conseil constitutionnel intervenue dans ce domaine jusqu’à présent tient à ce que les mesures faisant l’objet de l’habilitation comportaient en elles-mêmes un risque patent d’atteinte à une liberté protégée constitutionnellement, ce qui appelait de la part du législateur un énoncé plus précis des finalités poursuivies […]. — (Secrétariat général du gouvernement et Conseil d’État, Guide de légistique, 3e version, La Documentation française, 2017, ISBN 978-2-11-145578-8 → lire en ligne)
  48. Être contigu.
    • J’occupais, il y a quinze ans, dans un quartier fort solitaire, une maison dont le jardin tenait à celui d’un couvent de femmes. — (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille, 3e éd., Hachette & Paulin, 1845, p. 246)
  49. Résister.
    • Les desservants peuvent, désormais, disparaître ; le peuple tiendra. Il tiendra, car il est, par caractère, obstiné ; car il vit groupé dans un rayon peu étendu. Il tiendra, car, de son sein, des chefs surgissent qui organisent un nouveau culte. — (Auguste Billaud, La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres, 1800-1830, Nouvelles Éditions Latines, 1961, page 594)
    • Les potamologues savent que les levées de la Loire ne tiendront pas si des crues comme celles de 1854 et 1864 se reproduisent. Les renforcer coûterait cher et obligerait à déplacer des gens. — (Daniel Zajdenweber, Regard sur l'assurance des catastrophes, Propos recueillis par Margueritte Laforce et Guillaume Maujean, Les Échos (www.lesechos.fr), le 18/04/2006)
    • Ce bâtiment ne saurait tenir à la mer, tenir contre les vagues.
    • Il joue trop bien, il n’y a pas moyen de tenir contre lui.
    • La température est étouffante, on n’y peut pas tenir.
    • (Absolument) Il faut tenir, il ne s’agit que de tenir.
    • Je n’y tiens plus, il faut que je le voie.
    1. (En particulier) (Intransitif) Résister à l’influence, à l’empire d’une substance, généralement l’alcool.
      • Regarde-le, au bar. Combien de fois devrai-je lui dire qu’il ne tient pas l’alcool ?
  50. (Figuré) Ne pas se relâcher ; ne pas se laisser aller aux persuasions d’autrui.
    • Il ne vous offre pas assez de votre maison; tenez bon, il vous en donnera un prix raisonnable.
  51. Subsister sans aucun changement, sans aucune altération, demeurer dans un certain état.
    • La neige n’avait pas tenu sur le béton de Bobigny. Une boue crasseuse s’était étalée sur le macadam. — (François-Xavier Ajavon, J’ai infiltré un stage de citoyenneté, sur RING : News, culture & société (www.surlering.com), le 24 mai 2010)
    • Il faut que le traité tienne.
    • Notre marché tient.
    • Son ondulation ne tient pas.
    • Ce meuble ne tient pas debout.
    • Cette couleur ne tient pas, elle n’est pas solide et s’en va rapidement.
    • Le temps ne tiendra pas, et ne restera pas beau comme il est.
    • (Chasse) Les perdrix ne tiennent pas : Elles n’attendent pas, elles partent aussitôt.
  52. Être compris ou être contenu dans un certain espace.
    • Il craignit que les Romains seuls ne tinssent trop de place dans l’Esprit des Lois, et ne rompissent les proportions de l’ouvrage. — (Jean François de La Harpe, Lycée ou cours de Littérature Ancienne et Moderne, an XIII, page 47)
    • Tous vos meubles ne peuvent pas tenir dans cette chambre.
    • Tout le monde ne peut pas tenir ici.
    • (Impersonnel) Il tiendrait tant de milliers de gerbes dans cette grange.
  53. (Impersonnel) Se dit aussi des conditions qui permettent ou empêchent de faire quelque chose.
    • À quoi tient-il que nous ne partions ?
    • Il ne tient pas à moi que cela ne se fasse.
    • Je ne sais à quoi il tient que je ne l’abandonne tout à fait
    • Il tint à peu de chose, il ne tint à rien que je ne lui fisse un affront.
  54. (Impersonnel) (Vieilli) Lorsque l’on veut faire entendre, non seulement qu’elle n’y apportera point d’obstacle, mais même qu’elle y contribuera de tout son pouvoir, l’on dit : Il ne tient pas à une personne que telle chose ne se fasse. L’oreille moderne comprendra plutôt que la personne se lave de toute responsabilité dans la chose, déclarant sa neutralité ou son manque d’intérêt.
    • Il ne tient pas à moi qu’un tel n’ait satisfaction.
    • Il ne tiendra pas à moi qu’il ne réussisse dans son projet.
  55. (Construit avec la préposition de) Ressembler par la figure, les manières, les goûts, le caractère, etc., en parlant d’un enfant par rapport à ses parents.
    • Cet enfant tient de son père.
  56. (Construit avec la préposition de) Participer; offrir une ressemblance ; avoir un rapport avec quelque chose.
    • Cette architecture tient du gothique.
    • Cet événement tient du prodige.
    • Le mulet tient de l’âne et du cheval.
    • La Bible tient largement de la fiction, mais elle peut encore procurer de la joie à des milliards de gens et encourager les humains à la compassion, au courage et à la créativité - à l’instar d’autres grands œuvres de fiction comme « Don Quichotte », « Guerre et Paix » et « Harry Potter ». — (Yuval Noah Harari, 21 leçons pour le XXIe siècle, traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel, 2018)
  57. Être touché ; être affecté.
    • Il en tient pour cette jeune fille : Il en est complètement amoureux.
    • C’est égal ! Elle en tient, la rivale, pour s’aventurer dans ces sinistres parages ! — (Léon Frapié, La rivale, dans Les contes de la maternelle, 1910, éditions Self, 1945, page 139)
  58. (Chasse) Être atteint par le projectile.
    • Cette perdrix en tient.
    • (Figuré) L’interpellation a fait grand effet : le Ministère en tient.
  59. Prendre parti ; être partisan de ; être d’un sentiment ou d’une opinion ; croire au succès de quelqu’un ou de quelque chose. — Note : Il est alors suivi de la préposition pour.
    • Paris fut dès ce moment divisé en deux camps : l’un qui embrassait dans son enceinte les Tuileries, le Carrousel, le Palais-Royal, tous les quartiers opulents ou commerçants de la ville dont les bataillons, composés de citoyens amis de l’ordre tenaient encore pour les Girondins. — (Alphonse de Lamartine, Histoire des Girondins, 1847, page 99)
  60. (Pronominal) (Intransitif) Se prendre, s’attacher, se retenir à quelque chose pour s’empêcher de tomber.
    • Il se tint à une branche.
    • Il se tenait aux crins du cheval.
    • Se tenir à la rampe pour descendre un escalier.
    • (Familier) Se tenir les côtes de rire : Rire démesurément.
  61. (Pronominal) (Intransitif) (Figuré) Se limiter à quelque chose.
    • Se tenir ou s’en tenir à quelque chose : S’y arrêter, s’y fixer de telle sorte qu’on ne veuille rien de plus.
    • Je me tiens ou je m’en tiens à votre décision.
    • Je m’en tiens : Je n’en veux pas savoir davantage.
    • Savoir à quoi s’en tenir : Savoir ce qu’on doit penser d’une chose ; avoir une opinion arrêtée.
    • – C’est une femme qui a reçu un coup de couteau.
      Involontairement, la directrice, toute saisie, se tourne vers les bancs :
      – Ah ! mon Dieu ! est-ce une femme que nous connaissons à l’école ?
      La mère Cœuret prend un ton rassurant :
      – Je n’ai pas pu voir, mais s’il y a une gosse qu’on ne vient pas réclamer ce soir, vous saurez à quoi vous en tenir.
      — (Léon Frapié, xxx, dans Les contes de la maternelle, éditions Self, 1945, pages 20-21)
    • Se tenir à peu de chose, se tenir à peu : S’arrêter, se fixer tellement aux propositions, aux offres qu’on a faites d’abord que, quoiqu’il s’agisse de peu de chose de plus ou de moins, on ne veuille pas céder.
    • Ils se tiennent tous deux à peu de chose.
    • Vous vous tenez à vingt francs sur un marché de mille francs.
    • Il se tient à une vétille dans une affaire qui peut faire sa fortune.
    • On dit dans le même sens : Se tenir à rien, Se tenir à très peu de chose.
  62. (Pronominal) (Intransitif) En termes de jeux de cartes :
    • Je m’y tiens : Je me contente des cartes que j’ai, je n’en demande pas d’autres.
  63. (Pronominal) (Intransitif) Être, demeurer dans une certaine situation, dans un certain état.
    • Se tenir toujours propre.
    • Se tenir caché.
    • Se tenir tranquille.
    • Se tenir à genoux, debout, droit, courbé.
    • (Figuré) Se tenir les bras croisés : Rester oisif lorsqu’il faudrait travailler, demeurer dans l’inaction lorsqu’on devrait agir.
  64. (Pronominal) (Intransitif) (Familier) Forme de menace.
    • Vous avez offensé un homme qui ne pardonne jamais ; vous n’avez qu’à bien vous tenir.
  65. (Pronominal) (Intransitif) On dit aussi, par forme d’avertissement :
    • Tenez-vous bien : Prenez garde à vous, tenez-vous sur vos gardes, prenez les moyens nécessaires pour vous défendre.
  66. (Pronominal) (Intransitif) Avoir un maintien, une attitude.
    • Se tenir bien, se tenir mal.
    • Cet enfant se tient mal à table.
    • Se tenir bien à cheval : Y être ferme et de bonne grâce.
    • Dans le sens opposé : S’y tenir mal.
    • (Familier) Il ne sait comment se tenir : Il ne sait quelle attitude prendre, quel maintien avoir.
  67. (Pronominal) (Intransitif) Être, demeurer dans un certain lieu.
    • Les gros obusiers allemands portaient à douze kilomètres ; ainsi ils se tenaient à peu près hors d’atteinte. — (Alain, Souvenirs de guerre, page 95, Hartmann, 1937)
    • Tenez-vous là et ne bougez plus.
    • Tenez-vous auprès de moi.
    • Il s’est tenu pendant une heure sur la terrasse au soleil.
    • Se tenir à sa fenêtre.
    • Il se tient tous les matins dans sa chambre.
  68. (Pronominal) (Intransitif) (Uniquement à la troisième personne) Avoir lieu, en parlant d’assemblées publiques ou particulières, de foires, de marchés.
    • Cette assemblée se tient trois fois par semaine.
    • Cette foire, ce marché se tient ordinairement en tel endroit.
  69. (Pronominal) (Intransitif) (Figuré) Être lié, s’enchaîner, avoir un sens logique.
    • Une philosophie, un système où tout se tient.
    • Oui, en effet, votre histoire se tient.
  70. (Boules) (Intransitif) (Par ellipse) Tenir le point, avoir au moins une boule plus proche du but que celles du camp adverse.
    • Il arrive fréquemment que les boules du pointeur des deux camps soient aussi rapprochées l’une que l’autre du but, parfois toutes deux le touchent. Dans ces circonstances, [...] le camp qui tient est celui qui se trouve avoir la boule suivante la plus rapprochée du but. — (Lowius-Weigel, Le jeu de boules, L’Écho du Rhône, Lyon, 5 juin 1893, page 4)
  71. (Boules) (Intransitif) (Par ellipse) Tenir le point, être la plus proche du but, en parlant d’une boule.
    • Le Lyonnais à une boule qui tient, la première jouée par Boério. Deux boules niçoises sont seulement dans le cadre. Dubois, d’un seul coup, les nettoie et fait ainsi 7 points facilement. — (Boules : le concours de la Côte-Saint-André, Le Petit Dauphinois, 8 août 1933, page 5)
    • À la pétanque, le tireur est la vedette. D’un lancer ample et vif, il bouleverse les valeurs établies, envoie caramboler la boule qui « tenait » celle qui se trouvait tout près du cochonnet. — (Philippe Delerm, L’extase du selfie, Seuil, 2019, page 15)
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Tenir : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TENIR. (Je tiens, tu tiens, il tient; nous tenons, vous tenez, ils tiennent. Je tenais. Je tins. Je tiendrai. Je tiendrais. Tiens, tenez. Que je tienne. Que je tinsse. Tenant. Tenu.) v. tr.
Avoir à la main, avoir dans les mains, entre les bras, de manière à ne pas laisser aller. Tenir un livre. Tenir une épée. Tenez bien cela, tenez-le ferme, tenez-le serré. Tenir quelqu'un par le bras, par le corps. Tenir les rênes des chevaux. Tenir des chiens en laisse. Tenir un enfant par la main. Tenir le gouvernail d'un vaisseau. Fam., Se tenir les côtes de rire, Rire démesurément. Tenir quelqu'un à la gorge, Lui serrer la gorge avec les mains; et, figurément, Le réduire dans un état à ne pouvoir faire aucune résistance à ce qu'on exige de lui. On dit à peu près dans la même acception : Tenir le pied sur la gorge à quelqu'un. On dit aussi figurément : Tenir le couteau, le poignard sur la gorge à quelqu'un. Fig. et fam., Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, Le laisser toujours dans l'attente de quelque chose qu'on lui fait espérer; Le tenir dans l'incertitude, en ne lui donnant pas de réponse positive. Fig. et fam., Tenir quelqu'un de court, Ne pas lui laisser la liberté de faire ce qu'il voudrait. Fig. et fam., Tenir quelqu'un en lisières, Le mener, le gouverner comme un enfant. Fig. et fam., Tenir la queue de la poêle se dit de la Personne chargée du soin principal du ménage, qui en a la direction, et dans un sens plus général de Celui qui a la haute main sur une affaire. Fig. et fam., Tenir la chandelle. Voyez CHANDELLE. Fig. et fam., Tenir le bon bout, Avoir la position la plus avantageuse dans une affaire. Fig., Tenir le fil d'une intrigue, En avoir saisi le nœud, le secret. On dit aussi : Tenez-vous le fil de son raisonnement? Je tiens la clef de l'énigme. Tenir la plume, Faire les fonctions de secrétaire. Tenir des propos, Proférer des paroles désobligeantes sur le compte de quelqu'un. Au jeu de Cartes, Tenir les cartes, Les mêler et les distribuer ensuite. Au jeu de Dés, Tenir les dés, Tenir le cornet, avoir la main pour jeter les dés. Fig. et fam., Tenir le dé dans la conversation, S'en rendre le maître. Il faut le tenir à quatre se dit en parlant d'un Fou, d'un furieux, qui ne peut être contenu que par les efforts réunis de plusieurs personnes. Il se dit au figuré en parlant d'un Homme difficile et emporté qu'on a de la peine à contenir, à empêcher de faire des violences. Fig. et fam., Se tenir à quatre, Faire un grand effort sur soi-même pour ne pas éclater, pour ne pas se mettre en colère. Absolument, Tenez, Prenez ce que je vous présente. Tenez se dit aussi, dans le langage familier, uniquement pour attirer l'attention. Tenez, tout ce que vous me dites là ne me touche pas. Il se dit également pour avertir de prendre garde à quelque chose, et dans le même sens qu'on a coutume de dire : Voyez. Tenez, le voilà qui passe. On dit de même : Tiens. Tiens, le voilà qui passe. Pour marquer la surprise, Tiens, je ne m'attendais pas à cela. Tiens, tiens, vous voilà. Prov., Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, La possession d'un bien présent, quelque modique qu'il soit, vaut mieux que l'espérance d'un plus grand bien à venir, qui est incertain. Prov., Il vaut mieux tenir que courir, La possession d'un avantage modique vaut mieux que la poursuite d'un bien plus considérable. Fig. et fam., Cet homme tient bien ce qu'il tient, Il n'est pas aisé de lui faire lâcher prise; ou bien Il est avare. Tenir un enfant sur les fonts baptismaux, En être le parrain ou la marraine. En termes de Manège, Tenir un cheval, Le maintenir dans les différents exercices auxquels on le soumet. Tenir un cheval en main, en bride. Fig. et fam., Tenir quelqu'un en bride, L'assujettir, l'arrêter, le retenir. Tenir un cheval dans la main, En être toujours le maître. En termes de Courses, Tenir la corde, Faire courir son cheval le plus près possible de la corde qui borne le champ de course, de manière à lui faire faire le plus petit parcours possible. Fig. et fam., Tenir la corde, Avoir dans une affaire l'avantage sur ses concurrents.

TENIR signifie encore Être maître de, avoir en son pouvoir. On tient les assassins. Je vous tiens. L'ennemi tient les hauteurs. Fig. et fam., Je tiens mon homme, je le tiens, Je l'ai amené dans le piège; Je l'ai réduit en tel état qu'il ne peut plus tergiverser, qu'il ne peut plus trouver d'échappatoire. Il a beau faire à présent, je le tiens.

TENIR se dit aussi des Choses et signifie Retenir, empêcher de s'en aller, de tomber. C'est cette chaîne qui tient l'ancre. Cette corde tient le seau. Ce tableau est tenu par un clou. Ce tonneau tient bien le vin, ce seau tient bien l'eau, Il ne fuit pas. En termes de Musique, Tenir l'accord, Conserver l'accord, rester accordé. Ce piano tient bien l'accord.

TENIR signifie aussi Posséder, occuper. Tenir un pays en souveraineté. Tenir une terre en fief. Tenir un bénéfice en commende. Tenir une terre à ferme, à bail. Ce prince ne tint l'empire que peu de temps. Cet officier, ce commandant tient telle ville, telle place de guerre pour le prince, pour le service de tel prince s'est dit pour signifier Il y commande, il la garde pour les intérêts du prince; cette expression se disait ordinairement quand on parlait de temps de troubles, de temps de guerre, ou quand il s'agissait de droits contestés. Il se jeta dans la place et la tint pour le roi, pour le service du roi.

TENIR signifie, au figuré, Être redevable d'une chose à quelqu'un, lui en avoir l'obligation. Tout ce qu'il a, il le tient de votre libéralité. C'est de vous qu'il tient son avancement, sa fortune. C'est d'un tel qu'il tient tout ce qu'il sait. Tenir la vie de quelqu'un, Lui avoir obligation de la vie. On dit aussi Ceux dont ou de qui je tiens la vie, Mon père et ma mère. Tenir quelque chose de quelqu'un, L'avoir appris de quelqu'un. De qui tenez-vous cela? C'est une nouvelle que je tiens de bonne part, de bonne source, de quelqu'un bien informé. Tenir une chose de race, de naissance se dit en parlant d'une Chose qui s'est transmise avec le sang, et qu'on a reçue de ses ancêtres, qu'on a apportée en naissant. Ils sont tous braves dans cette maison-là, ils tiennent cela de race ou, simplement, ils tiennent de race. Tenir quelque chose de son père et de sa mère, Leur ressembler en cette chose. Il est timide et a l'air embarrassé, il tient cela de son père. Il tient beaucoup de son père, il en a tous les traits. On dit absolument : Tenir de son père et de sa mère. Voyez TENIR, verbe intransitif.

TENIR se dit encore des Maladies tant du corps que de l'esprit, et de différentes passions de l'âme dont on est comme possédé ou saisi. Il y a longtemps que ce mal-là le tient, que la fièvre le tient. Quand son accès le tient. Sitôt que sa colère le tient, il n'est plus maître de lui. Qu'a-t-il, qu'est-ce qui le tient? Quel sujet, quelle raison a-t-il d'agir ainsi? On dit de même : Je sais ce qui le tient.

TENIR signifie aussi Occuper, remplir, en parlant de l'Espace. Serrez-vous un peu, vous tenez trop de place. Les voitures tiennent toute la largeur du chemin. Une forêt qui tient dix lieues de long. Les épisodes tiennent la moitié de ce poème. Fig., Tenir lieu d'une personne, d'une chose, La remplacer, la suppléer. Vous m'avez tenu lieu de père. L'économie tient lieu de richesse. En termes de Guerre, Cette armée tient la campagne, Elle est en campagne, en état de s'opposer aux ennemis ou de les attaquer. En termes de Marine, Tenir la mer, Naviguer, courir en haute mer, loin des ports et des rades. Cette flotte tient la mer. Ce navire a été endommagé, il n'est plus en état de tenir la mer. Ce navire tient bien la mer, Ses conditions de navigabilité sont bonnes. Tenir la mer signifie aussi Être maître de la mer. Nous étions maîtres du continent, mais les Anglais tenaient la mer. Tenir le plus près, tenir la cape, Naviguer au plus près du vent, à la cape. Tenir le travers, Recevoir la mer par le travers.

TENIR se dit encore en parlant de Certains lieux que l'on occupe, de certaines choses dont on fait métier ou profession, pour l'utilité et la commodité du public. Tenir auberge. Tenir boutique. Tenir pension. Tenir école. Tenir table ouverte, Recevoir à sa table beaucoup de personnes, même celles qui n'ont pas été invitées. Tenir des marchandises, En avoir un assortiment, en vendre. Tenez-vous de l'épicerie, de la mercerie? Ce marchand tient de tout. Fig., Tenir école d'une chose, L'enseigner, travailler à la répandre. On l'accusa de tenir école d'athéisme.

TENIR se dit en parlant de l'Ordre dans lequel les personnes ou les choses sont placées, du rang qu'elles occupent, soit en fait, soit dans l'opinion des hommes. Il faut que dans les corps, dans les compagnies chacun tienne son rang. La libéralité tient le milieu entre la prodigalité et l'avarice. Tenir le premier rang. Tenir le haut bout, le haut du pavé. Fig., Tenir bien son rang, sa place, son poste, Occuper dignement l'emploi où l'on est, l'exercer avec dignité, avec capacité.

TENIR se dit en parlant d'un Emploi qu'on occupe, d'une fonction qu'on remplit. Il avait tenu des emplois considérables. Il tenait alors le sceau. En termes de Théâtre, Tenir un rôle, Le remplir. Il tient le principal rôle avec distinction. En termes de Musique, Tenir sa partie, Chanter ou jouer sa partie. Fig. et fam., Tenir bien sa partie, S'acquitter bien de ce qu'on doit, faire bien ce qu'on a à faire dans l'emploi qu'on remplit. Tenir l'orgue, Jouer de l'orgue dans une cérémonie. On dit dans un sens analogue : Tenir le piano.

TENIR Se dit en parlant des Assemblées, des fonctions publiques, soit ordinaires, soit extraordinaires, qui regardent le gouvernement et la politique d'un État. Le pape tenait consistoire. On tenait les états tous les ans en Languedoc. Les jours que le roi tenait conseil. Tenir audience. C'est tel président qui tient cette année la chambre des vacations. C'est dans cette salle que l'Académie tient ses séances. Tenir garnison dans une ville, Y être en garnison. Ce régiment tient garnison à Orléans.

TENIR signifie en outre Mettre et garder en quelque lieu. Il tient son argent en lieu sûr. Il faut tenir cela à la cave pour le conserver. Il tient tous ses papiers sous clef. C'est un homme qu'on tient enfermé depuis un certain temps. On le tient en prison. Tenir quelqu'un chez soi, L'avoir chez soi. Puisque nous vous tenons ici, nous ne vous laisserons pas partir de sitôt.

TENIR signifie encore Contenir, renfermer ou Être susceptible de contenir, de renfermer. Cette salle tient mille personnes. Ce corps de bibliothèque tient cinq cents volumes. Cette grange peut tenir dix mille gerbes. Une bouteille qui tient soixante-quinze centilitres. Il signifie également Retenir, arrêter, empêcher de faire, de dire. C'est un homme qui ne peut tenir sa langue. Quand il est une fois en train de parler, rien ne peut le tenir. Il est si vif, si remuant, qu'on ne saurait le tenir. Il ne saurait se tenir de parler. Je ne pus me tenir de lui dire que cela n'était pas bien. Je ne sais qui me tient que je ne me fâche contre lui, Je ne sais qui m'empêche, qui me retient. Il n'y a parenté, amitié, etc., qui tienne, Il n'y a aucune considération de parenté, d'amitié, etc., qui empêche que... Il n'y a crédit ni richesses qui tiennent : il faut le condamner s'il a tort.

TENIR signifie aussi Maintenir, conserver, entretenir; faire qu'une personne ou qu'une chose demeure dans un certain état, dans une certaine situation. Tenir les enfants dans un très grand respect, les tenir dans une grande sujétion. Tenir les peuples dans le devoir. Tenir les esprits en suspens. En attendant que je revienne, tenez les choses en état, en bon état. Tenir quelqu'un en échec. Tenir l'équilibre entre deux partis. Cette nouvelle le tient éveillé. Tenir sa maison propre. Cette femme tient bien ses enfants. Tenir une ville bloquée, une place assiégée. Tenir les portes fermées. Tenir les fenêtres ouvertes. Cela tient frais. Tenir les yeux ouverts, les yeux baissés. Tenir les mains jointes. Tenir la tête droite. Tenir la bride haute, la bride courte à un cheval. Ce château, cette place de guerre tenait le pays en respect, Tout le pays était en quelque sorte sous sa domination, sous sa dépendance. Ce corps de troupes a tenu les ennemis en respect, Par la position qu'il occupait, et par son attitude, il les a empêchés de faire aucune entreprise. Tenez-vous en repos se dit à une personne qui importune par ses gestes, par ses allées et venues. Tenir en haleine. Voyez HALEINE. Tenir une chose secrète, Garder le silence à son sujet, n'en point parler. On convint de tenir l'affaire secrète. Fig. et fam., Tenir la dragée haute à quelqu'un, Lui faire attendre longtemps ce qu'il désire, ce qu'on lui a promis, ou Lui faire payer cher quelque avantage, quelque plaisir. En termes de Musique, Tenir le son, Ne pas le laisser faiblir.

TENIR signifie également, au figuré, Occuper durant quelque temps. C'est une cérémonie qui est longue, elle vous tiendra longtemps. Il nous a tenus deux heures à ne rien faire. Je ne vous tiendrai guère. Cela m'a tenu plus que je ne pensais. Cet avocat tint toute l'audience. C'est un poste où l'on est très tenu. Il signifie encore Réputer, estimer, croire. Je tiens cela vrai, pour vrai, puisque vous le dites. Je tiens ces deux opinions également soutenables. Je tiens que cela a besoin d'explication. Je tiens l'affaire faite à l'heure qu'il est. Je le tiens honnête homme, je le tiens pour honnête homme. Je le tiens pour mon ami. Si vous venez me voir, je tiendrai cela à honneur. Il tient ce propos à injure. Je me tiens heureux d'avoir pu vous servir en quelque chose. Il ne se tient pas encore pour battu. Je me tiens pour satisfait. Il tient pour constant, pour démontré que... Je tiens pour maxime que... Je me le tiens pour dit, Il n'est pas besoin que vous m'en avertissiez davantage, que vous m'en fassiez davantage souvenir. Tenez-vous-le pour dit. On dit de même : Tenez-vous pour dit que..., Soyez assuré que... ou Souvenez-vous que...

TENIR signifie aussi Professer. Les maximes qu'ils tiennent sont opposées aux nôtres. Il signifie de plus Saisir par l'esprit, par l'intelligence. Je tiens la solution de ce problème. Je tiens le mot de l'énigme. Je tiens le sens de ce passage. Il s'emploie encore dans diverses expressions particulières : Tenir un chemin, une route, Suivre un chemin, une route, aller par un chemin, par une route. Quel chemin tiendrez-vous? Il y a diverses routes à tenir. Tenir une bonne conduite, une mauvaise conduite, Se conduire bien, se conduire mal. Il tient une étrange conduite depuis quelque temps. Tenir le milieu dans une affaire, Prendre une position intermédiaire entre deux choses opposées. Tenir le parti de quelqu'un, Suivre le parti de quelqu'un, être du parti de quelqu'un. Tenir des discours, tenir des propos, tenir un langage, Parler d'une certaine façon, avancer certains propos, dire certaines choses. Il tient des discours bien hasardés. Aux propos qu'il me tint, je vis bien qu'il ne fallait rien attendre de lui. Vous me tenez un langage qui me surprend. Tenir sa parole, tenir sa promesse, Exécuter ce qu'on a promis. Je vous tiendrai ce que je vous ai promis. Vous ne m'avez pas tenu parole. Prov., Promettre et tenir sont deux. Tenir son sérieux, Garder son sérieux. Tenir rigueur à quelqu'un, Persister à ne pas le voir, ou à le traiter avec froideur, malgré les avances qu'il fait pour rentrer en grâce, pour renouer les liens qu'on avait avec lui. En termes de Jeu, Tenir la banque, Jouer seul contre tous les autres joueurs. Tenir la caisse chez un banquier, dans une maison de commerce, etc., Être chargé du soin de recevoir l'argent et de payer pour un banquier, dans une maison de commerce, etc. Tenir les livres chez un banquier, dans une maison de commerce, etc., Être chargé du soin de la comptabilité chez un banquier, dans une maison de commerce, etc. Tenir registre de quelque chose, Écrire quelque chose dans un registre. Tenir note de quelque chose, En prendre note pour s'en souvenir. Fig., Cet homme tient registre de tout, Il remarque tout exactement, et il s'en souvient. Tenir compte d'une somme à quelqu'un, Lui passer cette somme en compte. Fig., Je vous tiendrai compte de cela, Je saurai reconnaître les obligations que je vous ai. Fig., Ne tenir compte, ne tenir aucun compte de quelqu'un, de quelque chose, N'en faire point de cas, ne s'en pas soucier. Je lui donne des conseils, mais il n'en tient pas compte. Depuis son arrivée au pouvoir, il ne tient aucun compte de ses anciens amis. Fig., Tenir tête à quelqu'un, Lui résister, ne pas lui céder. Si vous voulez agiter cette question avec lui, vous trouverez un homme qui vous tiendra tête. Il cède dès qu'on lui tient tête. Fig., Tenir la main à quelque chose, Veiller de près à ce qu'on l'exécute, à ce qu'on l'exécute bien. Je vous réponds que la chose se fera, je me charge d'y tenir la main. Par extension, Il ne faut pas que cet abus se reproduise, tenez-y la main. Faire tenir des lettres, faire tenir des effets, faire tenir de l'argent, Faire remettre, transmettre des lettres, faire que des effets soient remis, faire toucher de l'argent. Tenir un pari, une gageure, Soutenir un pari, une gageure.

TENIR s'emploie aussi comme verbe intransitif et signifie Être attaché à quelque chose, être difficile à ôter, à arracher ou à déplacer. Sa chemise lui tient au dos. Le vent empêche la gelée de tenir sur les arbres. On ne saurait arracher ce clou, il tient trop bien. Son chapeau ne tient pas sur sa tête. Cela tient à chaux et à sable. Tout cela tient bien ensemble. Fig., Cette chose ne tient qu'à un fil, Elle ne tient plus qu'à peine, la moindre cause peut la détruire, l'empêcher. Sa vie ne tient qu'à un fil, Il est sur le point de mourir. Fig., Ne tenir à rien se dit d'une Position précaire. Sa position dans cette maison ne tenait à rien. Un petit accident renversa cette fortune qui ne tenait plus à rien. Fig., Cette affaire lui tient au cœur, Il y est très attaché, il s'y intéresse vivement. Cette injure lui tient au cœur, Il en a du ressentiment. Fig., en termes de Dévotion, Il ne tient plus à la terre, Il est détaché des choses de ce monde. Fig., Tenir à quelqu'un, Lui être attaché par quelque lien d'intérêt, d'amitié, de reconnaissance, etc. Il tient à cet homme-là par beaucoup de liens. C'est un homme qui ne tient à personne. Il tient à ce parti par des raisons de famille. C'est un employé auquel nous tenons. Fig., Tenir à la vie, à l'argent, à son opinion, etc., Y être extrêmement attaché. Fig., Je tiens à vous convaincre de mon innocence, J'en ai un extrême désir.

TENIR signifie figurément Dépendre, résulter, provenir de. Cet événement tient à telle cause. Il est fort timide, cela tient à ce qu'il manque d'usage. Ce vice de prononciation tient à un défaut de l'organe. Il se dit aussi impersonnellement des Conditions qui permettent ou empêchent de faire quelque chose. À quoi tient-il que nous ne partions? Il ne tient pas à moi que cela ne se fasse. Je ne sais à quoi il tient que je ne l'abandonne tout à fait. Il tint à peu de chose, il ne tint à rien que je ne lui fisse un affront. Qu'à cela ne tienne. Quelquefois, quand on dit : Il ne tient pas à une personne que telle chose ne se fasse, on veut faire entendre, non seulement qu'elle n'y apportera point d'obstacle, mais même qu'elle y contribuera de tout son pouvoir. Il ne tient pas à moi qu'un tel n'ait satisfaction. Il ne tiendra pas à moi qu'il ne réussisse dans son projet.

TENIR signifie encore Être contigu. Ma maison tient à la sienne. Mes terres tiennent aux vôtres. Il signifie aussi Résister, tant au propre qu'au figuré. Ce bâtiment ne saurait tenir à la mer, tenir contre les vagues. Cette place ne peut pas tenir plus de huit jours. Tenir contre des forces supérieures. Ce pays a tenu jusqu'au succès final, jusqu'au bout. Il joue trop bien, il n'y a pas moyen de tenir contre lui. On ne peut pas tenir contre ses prières, contre ses raisons. Cette étoffe ne tient pas à la pluie. La température est étouffante, on n'y peut pas tenir. Absolument, Il faut tenir, il ne s'agit que de tenir. N'y plus tenir, Ne plus pouvoir résister. Je n'y tiens plus : Il faut que je le voie. Tenir bon, tenir ferme, Résister, se défendre. Il a tenu bon quinze jours dans ce poste si difficile à défendre. Ce bataillon tint ferme jusqu'à ce qu'on amenât des renforts. Ces expressions s'emploient aussi figurément et signifient Ne pas se relâcher, ne pas se laisser aller aux persuasions d'autrui. Il ne vous offre pas assez de votre maison; tenez bon, il vous en donnera un prix raisonnable.

TENIR signifie également Subsister sans aucun changement, sans aucune altération, demeurer dans un certain état. Il faut que le traité tienne. Notre marché tient. Son ondulation ne tient pas. Ce meuble ne tient pas debout. Fig., et fam., Cela ne tient pas debout, Cela est sans raison, sans valeur. Ce raisonnement ne tient pas debout. Cette couleur ne tient pas, Elle n'est pas solide, elle s'en va rapidement. Le temps ne tiendra pas, Le temps ne restera pas beau comme il est. En termes de Chasse, Les perdrix ne tiennent pas, Elles n'attendent pas, elles partent aussitôt.

TENIR signifie encore Être compris, contenu dans un certain espace. Tous vos meubles ne peuvent pas tenir dans cette chambre. Tout le monde ne peut pas tenir ici. Ce que j'ai à dire tient en peu de mots. Impersonnellement, Il tiendrait tant de milliers de gerbes dans cette grange.

TENIR suivi de de, en parlant d'un Enfant par rapport à ses parents, signifie Leur ressembler par la figure, les manières, les goûts, le caractère, etc. Cet enfant tient de son père. Il a de qui tenir se dit d'un Enfant qui ressemble en quelque chose à son père ou à sa mère. Il est remarquablement doué, il a de qui tenir. Il est brave, il a de qui tenir.

TENIR signifie aussi Participer; offrir une ressemblance, avoir un rapport avec quelque chose. Cette architecture tient du gothique. Ce style tient un peu du burlesque. Cet événement tient du prodige. Le mulet tient de l'âne et du cheval. Précédé de en, il signifie Être touché, être affecté. Il en tient pour cette jeune fille, Il en est amoureux. En termes de Chasse, Cette perdrix en tient, Elle a été atteinte.

TENIR s'emploie ainsi, familièrement, au figuré. L'interpellation a fait grand effet : le Ministère en tient. Suivi de pour, il signifie Être partisan de, être d'un sentiment, d'une opinion; croire au succès de quelqu'un, de quelque chose. Tenir pour quelqu'un, pour une opinion.

SE TENIR signifie Se prendre, s'attacher, se retenir à quelque chose pour s'empêcher de tomber. Il se tint à une branche. Il se tenait aux crins du cheval. Se tenir à la rampe pour descendre un escalier. Fig., Se tenir, s'en tenir à quelque chose, S'y arrêter, s'y fixer de telle sorte qu'on ne veuille rien de plus. Je me tiens, je m'en tiens à votre décision. Je m'en tiens là, je n'en veux pas savoir davantage. Savoir à quoi s'en tenir, Savoir ce qu'on doit penser d'une chose; avoir une opinion arrêtée. Se tenir à peu de chose, se tenir à peu, S'arrêter, se fixer tellement aux propositions, aux offres qu'on a faites d'abord que, quoiqu'il s'agisse de peu de chose de plus ou de moins, on ne veuille pas céder. Ils se tiennent tous deux à peu de chose. Vous vous tenez à vingt francs sur un marché de mille francs. Il se tient à une vétille dans une affaire qui peut faire sa fortune. On dit dans le même sens : Se tenir à rien, Se tenir à très peu de chose. En termes de jeux de Cartes : Je m'y tiens, Je me contente des cartes que j'ai, je n'en demande pas d'autres.

SE TENIR signifie encore Être, demeurer dans une certaine situation, dans un certain état. Se tenir toujours propre. Se tenir caché. Se tenir tranquille. Se tenir à genoux, debout, droit, courbé. Fig. et fam., Se tenir les bras croisés, Rester oisif lorsqu'il faudrait travailler, demeurer dans l'inaction lorsqu'on devrait agir. Par forme de menace et fam., Vous avez offensé un homme qui ne pardonne jamais; vous n'avez qu'à vous bien tenir. On dit aussi, par forme d'avertissement, Tenez-vous bien, Prenez garde à vous, tenez-vous sur vos gardes, prenez les moyens nécessaires pour vous défendre.

SE TENIR signifie également Avoir un maintien, une attitude. Se tenir bien, se tenir mal. Cet enfant se tient mal à table. Se tenir bien à cheval, Y être ferme et de bonne grâce. Dans le sens opposé, S'y tenir mal. Fam., Il ne sait comment se tenir, Il ne sait quelle attitude prendre, quel maintien avoir.

SE TENIR signifie aussi Être, demeurer dans un certain lieu. Tenez-vous là et n'en bougez. Tenez-vous auprès de moi. Il s'est tenu pendant une heure sur la terrasse au soleil. Se tenir à sa fenêtre. Il se tient tous les matins dans sa chambre.

SE TENIR se dit aussi en parlant d'Assemblées publiques ou particulières, de foires, de marchés, et signifie Avoir lieu. Cette assemblée se tient trois fois la semaine. Cette foire, ce marché se tient ordinairement en tel endroit. Il se tint un conseil entre eux. Il signifie encore, figurément, Être lié, s'enchaîner. Une philosophie, un système où tout se tient. Le participe passé

TENU s'emploie adjectivement et signifie Qui est entretenu, soigné, arrangé. Cet enfant est bien tenu. Une maison bien tenue. Le cahier de cet élève est mal tenu. Il signifie aussi Qui est obligé à faire quelque chose. Je ne suis pas tenu à cela. Il est tenu de m'indemniser. Un héritier est tenu des dettes de celui dont il hérite. Prov., À l'impossible nul n'est tenu.

Tenir : définition du Littré (1872-1877)

TENIR (te-nir), je tiens, tu tiens, il tient, nous tenons, vous tenez, ils tiennent ; je tenais ; je tins, nous tînmes ; je tiendrai ; je tiendrais ; tiens, qu'il tienne, tenons ; que je tienne, que nous tenions, que vous teniez, qu'ils tiennent ; que je tinsse ; tenant ; tenu v. a.

Résumé

  • 1° Avoir à la main, ou entre les mains.
  • 2° Tenir quelqu'un, le retenir, contenir, soutenir.
  • 3° Tenir, en termes de manége.
  • 4° Posséder, occuper.
  • 5° Occuper, remplir, en parlant de l'espace.
  • 6° Tenir une maison, un appartement, les occuper, y loger.
  • 7° Occuper militairement.
  • 8° Tenir, en termes de marine.
  • 9° Avoir dans sa composition.
  • 10° Contenir, renfermer, ou être susceptible de contenir, de renfermer.
  • 11° Occuper certains lieux, exercer certains métiers, certaines professions pour l'utilité ou la commodité du public.
  • 12° Tenir maison.
  • 13° Mettre, garder en quelque lieu.
  • 14° Avoir autorité sur certaines choses.
  • 15° Faire qu'une personne ou une chose demeure dans un certain état, dans une certaine situation.
  • 16° Il se dit de l'ordre où sont placés les hommes et les choses, soit effectivement, soit dans l'opinion.
  • 17° Tenir, en termes de musique.
  • 18° Remplir une fonction.
  • 19° Réunir en séance une assemblée, une compagnie.
  • 20° Arrêter, fixer.
  • 21° Réprimer, empêcher de
  • 22° Tenir quelqu'un, être maître de son esprit, de son cœur.
  • 23° Donner une occupation durant quelque temps.
  • 24° Suivre, aller dans, en parlant d'une route, d'une voie.
  • 25° Observer comme règle.
  • 26° Exécuter, effectuer, en parlant de ce qui est promis.
  • 27° Persister dans.
  • 28° Il se dit des affections, des passions, des maladies du corps et de l'esprit qui s'emparent de quelqu'un.
  • 29° Tenir de, être redevable à.
  • 30° Tenir de, avoir appris de quelqu'un, en parlant d'une nouvelle, d'un récit, d'un fait
  • 31° Réputer, croire.
  • 32° Professer, être partisan de.
  • 33° Tenir des discours, un langage, parler d'une certaine manière.
  • 34° Être chargé de gérer la caisse, de faire les écritures des livres, chez un banquier, chez un négociant.
  • 35° Soutenir, en parlant d'un pari.
  • 36° Tenir tête, tenir pied, tenir la main, tenir l'œil.
  • 37° Saisir intellectuellement.
  • 38° Faire tenir, faire en sorte que certaines choses soient remises, transmettre.
  • 39° V. n. Être attaché à.
  • 40° Être difficile à ôter, à arracher, à déplacer.
  • 41° Ne tenir à rien, ne tenir à guères.
  • 42° Fig. Tenir au cœur.
  • 43° Être attaché par des liens moraux.
  • 44° Être pris par une opinion, une affection, une passion.
  • 45° Avoir des rapports, des relations de famille ou autres.
  • 46° Avoir pour but, désirer.
  • 47° Être contigu.
  • 48° Résulter, provenir de. Dépendre.
  • 49° Avoir de la ressemblance, participer.
  • 50° Être assemblé, en parlant d'un corps délibérant, d'une assemblée.
  • 51° Persister, se maintenir dans le même état.
  • 52° Subsister sans altération, en parlant d'un traité, d'une convention, d'un marché.
  • 53° Se maintenir dans une situation.
  • 54° Tenir pour, se ranger du côté de, donner son assentiment à.
  • 55° Résister, tant au propre qu'au figuré.
  • 56° Tenir, en termes de chasse.
  • 57° Tenir, en termes de marine.
  • 58° Ne pas tenir à, ne pas tenir contre, être irrité, impatienté. Ne pouvoir plus y tenir.
  • 59° En tenir, avoir reçu des coups, du plomb ou autre chose, et fig. éprouver quelque chose de fâcheux, être dupé ; être séduit, épris.
  • 60° Être contenu.
  • 61° V. réfl. Se tenir, se prendre, s'attacher à quelque chose.
  • 62° Se tenir l'un l'autre.
  • 63° Se tenir ou s'en tenir à une chose, ne vouloir, ne faire rien de plus, se borner à.
  • 64° Être, demeurer dans un certain lieu.
  • 65° Être, demeurer dans une certaine situation.
  • 66° Il se dit de certaines dispositions morales ou intellectuelles.
  • 67° Avoir lieu, en parlant d'assemblées, de réunions.
  • 68° Se contenir, retenir quelque mouvement de passion. Se tenir de, s'empêcher de.
  • 69° Se tenir, en termes de marine.
  • 70° Se réputer, se croire.
  • 71° Être dit, prononcé.
  • 72° Être accompli, en parlant d'une promesse.
  • 1Avoir à la main ou entre les mains. L'autre [enfant] sortit aussitôt [du sein de sa mère], et il tenait de sa main le pied de son frère ; c'est pourquoi il fut nommé Jacob, Sacy, Bible, Genèse, XXV, 25. Ne tiens-je pas une lanterne en main ? Molière, Amph. I, 2. En vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements, Bossuet, Duch. d'Orl. Où me cacher ? fuyons dans la nuit infernale ; Mais que dis-je ? mon père y tient l'urne fatale, Racine, Phèdre, IV, 6. Ce qu'on ne s'imaginerait pas, il [La Fontaine] faisait ses délices de Platon et de Plutarque ; j'ai tenu les exemplaires qu'il en avait, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 340, dans POUGENS. Il [Charles XII] tenait lui-même sa jambe avec les deux mains, regardant les incisions qu'on lui faisait, comme si l'opération eût été faite sur un autre, Voltaire, Charles XII, 4. Que diable aussi, l'on tient ce qu'on tient, Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 3.

    Fig. Rendre les papes assez puissants pour tenir en maîtres la balance de l'Italie, Voltaire, Mœurs, 183.

    Fig. Tenir en ses mains, avoir en sa puissance. Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes, Racine, Esth. I, 1. Vous tenez dans vos mains plus d'une destinée, Voltaire, Orphel. v, 4.

    On dit de même : tenir en sa puissance. Je tiens le fils des rois, le vôtre, en ma puissance, Voltaire, Orphel. v, 4.

    Se tenir, tenir à soi. Il se tenait la tête dans ses mains.

    Familièrement. Se tenir les côtes, et, plus rarement, les côtés de rire, rire démesurément. On rit beaucoup à Versailles de la conversation du roi avec le marquis Simon le Franc ; on en aurait ri sous Louis XI ; comment voulez-vous qu'on ne se tienne pas les côtes sous Louis XV, le plus indulgent et le plus aimable des souverains ? Voltaire, Lett. Damil. 11 mars 1763. Je quitte la plume pour me tenir les côtés ; il faut que je satisfasse mon envie de rire, Letourneur, Cl. Harlowe, Lett. 99.

    Terme de jeux. Tenir les cartes, les mêler et les donner ensuite.

    Fig. Cet homme tient le bon bout, il est nanti, il a ses sûretés.

    Fig. Tenir le fil d'une intrigue, en avoir saisi le nœud, le secret.

    Au jeu de dés, tenir les dés, avoir le cornet en main, avoir la main pour jeter les dés.

    Fig. Tenir le dé dans la conversation, être, dans une conversation, celui qui la dirige et qui a la parole.

    Fig. Tenir la plume, faire les fonctions de secrétaire.

    Cet homme tient bien ce qu'il tient, il n'est pas facile de lui faire lâcher prise, et aussi il est avare.

    Fig. Il ne tient rien, se dit d'un homme qui manque à réussir en quelque chose. Et, quand il a goûté d'un si doux entretien, Je puis dire dès lors que je ne tiens plus rien, Corneille, la Suiv. II, 7. Tu me dis des injures exprès pour voir si je me mettrai en colère ; mais tu ne tiens rien, Boursault, Lett. nouv. t. III, p. 169, dans POUGENS. Prenez-la dans l'emportement, ou vous ne tiendrez rien, Baron, Homme à bon. fort. III, 1. Si vous jouez toujours votre personnage aussi mal, nous ne tenons rien, Marivaux, l'Heur. stratag. I, 13.

    En un sens analogue. Comment peut-on savoir ce qu'on tient avec lui ? Jamais ce qu'il vous dit n'est ce qu'il veut vous dire, Gresset, le Méch. I, 5.

    Absolument. Tiens, tenez, prends, prenez. Tiens, voilà de quoi vaincre et taureaux et gens d'armes, Corneille, Tois. d'or, IV, 4. Tiens, tiens, sans y chercher plus de façon, voilà Ton beau galant de neige avec ta nonpareille, Molière, Dép. IV, 4. Tiens, perfide, regarde et démens cet écrit, Racine, Baj. v, 4. Il [Rosimond] retourna chercher la fée dans les bois : Tenez, lui dit-il, votre anneau, Fénelon, t. XIX, p. 29, Rosimond et Braminte.

    Se dit aussi à une personne que l'on frappe, qui subit quelque mauvais traitement. Tiens, tiens, voilà le coup que je t'ai réservé, Racine, Andr. v, 5.

    Il s'emploie uniquement pour attirer l'attention. Tenez, je vais tout vous dire. Tenez, tous vos discours ne me touchent point l'âme, Horace avec deux mots en ferait plus que vous, Molière, Éc. des fem. v, 4. Tenez, cet animal, qui débute par me dire une injure, Marivaux, Serm. indiscr. I, 3.

    Familièrement. Tiens ! je ne m'y attendais pas.

    Il se dit quelquefois avec le sens de : voyez. Tenez, le voilà qui passe dans la rue.

  • 2Tenir quelqu'un, le retenir, contenir, soutenir. Tenir quelqu'un par le bras, par le corps. Tenir un enfant par la lisière. Ah ! c'est à ce coup que nous te tenons, pendard, Hauteroche, Cocher, sc. 19. Je te tiens écumant sous mon talon de fer ! Hugo, Ruy Blas, v, 3.

    Fig. Tenir quelqu'un par les lisières, le gouverner comme un enfant.

    Tenir par la main, prendre avec sa main la main, le bras de quelqu'un. Elle tenait son enfant par la main.

    Tenir quelqu'un à la gorge, voy. GORGE.

    Fig. Tenir quelqu'un au cul et aux chausses, voy. CHAUSSES.

    Fig. Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, voy. BEC.

    Fig. Tenir quelqu'un, quelque chose dans sa manche, voy. MANCHE 2, n° 1.

    Fig. Tenir quelqu'un de court, ne pas laisser de liberté L'évêque de Chartres n'aimait pas les jésuites, les tenait de court et bas, Saint-Simon, 78, 13.

    Fig. Tenir de près, surveiller avec soin. J'ai élevé votre sœur, je suis sans inquiétude, je l'ai tenue de si près, Genlis, Théât. d'éduc. la Cloison, sc. 8.

    Il faut le tenir à quatre, se dit d'un fou, d'un furieux qui ne peut être contenu que par les efforts de plusieurs hommes réunis.

    Fig. Il faut le tenir à quatre, se dit d'un homme emporté dont il est difficile d'empêcher les violences.

    Fig. Se faire tenir à quatre, faire le difficile dans une affaire, dans un accommodement. Et pour Junon qui fait la folle, Et se fait à quatre tenir, Vous la verrez bien revenir, Scarron, Virg. I. Fig. Ne pas se faire tenir, être tout disposé à. Bartholomé, ayant ses hontes bues, Ne se fit pas tenir pour demeurer, La Fontaine, Calend.

    Fig. Je tiens mon homme, je le tiens, je l'ai amené dans le piége, il ne peut plus m'échapper.

    Tenir un enfant sur les fonts, ou, simplement, tenir un enfant, le présenter au baptême, en être le parrain ou la marraine. Le Dauphin [Charles VIII] fut tenu sur les fonts par Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, et par Jeanne de France, duchesse de Bourbon, Duclos, Œuv. t. II, p. 416. Le directeur de la douane s'avisa de me prier de lui tenir un enfant, Rousseau, Conf. v.

    Fig. Tenir quelqu'un sur les fonts, voy. FONTS.

    Fig. Tenir quelqu'un sur le tapis, voy. TAPIS.

  • 3 Terme de manége. Tenir un cheval, le maintenir dans les différents exercices auxquels on le soumet. Tenir un cheval en bride, en talons.

    Fig. Tenir quelqu'un en bride, l'assujettir, l'arrêter, le conduire malgré lui.

    Tenir un cheval dans la main, en être toujours le maître.

    Tenir la main, tirer la bride.

    Tenir les hanches, faire marcher par des pas de côté, en sorte que la jambe de dehors chevauche sur celle de dedans.

    Tenir les chevaux au filet, les attacher avec un filet dans la bouche pour les empêcher de manger.

    Fig. Tenir quelqu'un au filet, voy. FILET, n° 2.

    Tenir la bride haute, tenir la bride de manière à empêcher le cheval de se livrer à son ardeur.

    Fig. Il [un galant homme] doit tenir la bride aux grands empressements Qu'on a de faire éclat de tels amusements [faire des vers], Molière, Mis. I, 2.

    Terme de courses. Tenir la corde, faire courir son cheval le plus près possible de la corde qui détermine l'hippodrome, ce qui est un avantage, et fig. avoir l'avantage, être supérieur. Pour me servir d'une comparaison de jockey, mon rival avait l'avance et tenait la corde, Ch. de Bernard, Un acte de vertu, § VI.

  • 4Posséder, occuper. Tenir un pays en souveraineté. Tenir une terre en fief. Ces autres peuples des Indes qui tiennent un pays vaste et inhabité, Vaugelas, Q. C. 539. Elle marche comme un général à la tète d'une armée royale, pour traverser des provinces que des rebelles tenaient presque toutes, Bossuet, Reine d'Anglet. Nos seigneurs les castors tenant le Canada Se piquent d'être un peuple libre, Lamotte, Fabl. III, 6. Sextus Pompée tenait la Sicile et la Sardaigne, Montesquieu, Rom. 13. L'Église y trouvait cet avantage, que ceux qui avaient reçu de ces biens [pris sur elle] ne les tenaient plus que d'une manière précaire, Montesquieu, Esp. XXXI, 11. Ce fut alors que saint Pierre vint établir son siége à Rome, après l'avoir tenu sept ans à Antioche, Condillac, Hist. anc. XV, 5.

    Cet officier, ce commandant tient telle ville, telle place de guerre pour le service de tel prince, il y commande, il la garde pour les intérêts de ce prince.

    Cela se dit surtout en temps de troubles, de droits contestés. Il se jeta dans la place, et la tint pour le roi.

    Tenir une terre par ses mains, la faire valoir soi-même, au lieu de l'affermer.

    Tenir une terre à foi et hommage de quelqu'un, posséder une terre qui relève de quelqu'un.

    Absolument. Tenir de quelqu'un à cause de quelque terre. Il tenait de tel seigneur.

  • 5Occuper, remplir, en parlant de l'espace. Il tient en voiture la place de deux personnes. L'armée tenait deux lieues de pays. Ces tableaux tiennent trop de place. Les épisodes tiennent la moitié de ce poëme. Il tient le milieu en se promenant avec ses égaux, La Bruyère, VI.

    Il se dit aussi du temps. J'ai lu la Vie de M. d'Épernon, qui tient presque un siècle, Sévigné, 27 avril 1689.

    Fig. Tenir lieu d'une personne, d'une chose, la remplacer. Vous qui me tenez lieu d'Agrippe et de Mécène, Corneille, Cinna, II, 1. Tous les hommes, de quelque condition qu'ils soient, nous tiennent lieu de prochain, Bourdaloue, Exhort. sur l'observ. des règles, t I, p. 225. Une servile peur tint lieu de charité, Le besoin d'aimer Dieu passa pour nouveauté, Boileau, Lutr. VI. Vous à qui cependant je consacre mes jours, Muses, tenez-moi lieu de fortune et d'amours, Piron, Métrom. v, 12.

  • 6Tenir une maison, un appartement, occuper une maison, un appartement, y loger.

    Tenir le lit, tenir la chambre, demeurer dans son lit, dans sa chambre.

    Terme de pratique. Tenir prison, demeurer en prison.

  • 7Occuper militairement. Il destina les gros navires à tenir le fleuve, et à tomber avec impétuosité sur les ennemis, Fléchier, Hist. de Théodose, III, 64.

    Tenir la campagne, voy. CAMPAGNE n° 1.

  • 8 Terme de marine. Tenir la mer, rester à la mer, en naviguant sans relâche. Nous passâmes deux mois à tenir la mer, Mém. Villette-Mursai, dans JAL. Mylord Herbert a attaqué M. de Gabaret, qui tenait la haute mer avec une partie de notre flotte, Sévigné, 25 mai 1689.

    Tenir la mer, être maître de la mer. Les Romains tenant la mer, il n'était plus possible d'envoyer ni vivres, ni secours aux armées de Sicile, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 340, dans POUGENS. Il restait aux Suédois une armée navale avec laquelle ils tenaient la mer, Voltaire, Russie, II, 5.

    Tenir la côte, la ranger de près.

    Tenir le large, naviguer à une certaine distance de la côte.

    Tenir le plus près, naviguer au plus près du vent.

    On disait autrefois : tenir au plus près. Ils [les ennemis] tenaient au plus près du vent, pour tâcher de nous le regagner, Mém. de Villette, dans JAL.

    Tenir le vent, synonyme de tenir le plus près. Les Français ont presque tout fait [à une bataille navale contre les Hollandais], y ayant eu cinquante vaisseaux anglais qui n'ont fait que tenir le vent, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 198. En partant de l'Ascension, je tins le vent pour ranger les côtes du cap Vert d'aussi près qu'il me serait possible, Bougainville, Voy. t. II, p. 407.

    Tenir la cape, c'est rester à la cape pendant un certain temps.

    Tenir un objet, un autre bâtiment par son travers, le laisser sur le côté.

    Tenir deux objets l'un par l'autre, apercevoir deux objets sur une même ligne.

    Tenir un bâtiment, n'être point gagné de vitesse par lui.

    Tenir sous son pavillon, tenir ralliés autour du vaisseau que l'on commande et sur lequel est arbore le signe distinctif de son commandement, les navires que l'on escorte, le convol que l'on est chargé de protéger.

    Tiens bon ! tiens bon, là ! commandement à des hommes qui agissent sur un cordage, sur un cabestan, etc. de suspendre leurs efforts, ou, selon les cas, d'amarrer le cordage dont il s'agit sans en rien lâcher.

  • 9Avoir dans sa composition. En général, les mines de plomb tiennent presque toutes une petite quantité d'argent, Buffon, Min. t. v, p. 255. Les mines de cuivre tenant argent sont bien plus communes que celles qui contiennent de l'or, Buffon, ib. p. 72.
  • 10Contenir, renfermer, ou être susceptible de contenir, de renfermer. Cette salle tient mille personnes. Cette bibliothèque tient mille volumes. Tenir pour pouvoir soutenir est fort nouveau en notre langue ; on ne le voit point dans les anciens auteurs ; et en effet on ne trouve point tenir en cette manière dans le Dictionnaire de Nicod, Vaugelas, Nouv. Rem Observ. de M.***, p. 95, dans POUGENS.

    Ce baril, ce seau tient bien le vin, l'eau, le vin, l'eau qu'on y met ne s'enfuit point. Un mastic avec lequel j'ai fait enduire, il y a trente-six ans, un assez grand bassin au jardin du roi, qui depuis a toujours tenu l'eau, Buffon, Min. t. III, p. 14.

    Fig. et familièrement. Tenir beaucoup de vin, boire beaucoup sans devenir ivre. Vous mettez votre gloire à tenir bien du vin, Regnard, le Distr. I, 6. Il [Vaillac] tenait beaucoup de vin, enivrait la compagnie et s'enivrait après, Saint-Simon, 182, 191.

  • 11Occuper certains lieux, exercer certains métiers, certaines professions pour l'utilité ou la commodité du public. Tenir boutique. Tenir pension. Tenir une auberge. Tenir une académie d'équitation. On eût dit presque qu'il imitait les anciens gymnosophistes qui menaient leurs disciples dans les déserts où ils tenaient leur école, Fontenelle, Tournefort.

    Tenir école, être à la tête d'une école, enseigner.

    Fig. Rousseau [Jean-Baptiste]… écrivit que j'étais venu en Hollande prêcher contre la religion, que j'avais tenu école de déïsme chez M. 'SGravesende, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 52.

    Tenir des marchandises, avoir un assortiment de certaines marchandises, en vendre. Tenez-vous de la mercerie ? Madame sera contente, je l'espère : vous aussi, mesdames ; je tiens de tout et à bon compte, Picard, Manie de briller, II, 13.

  • 12Tenir maison, voy. MAISON, n° 15.

    Tenir table, voy. TABLE, n° 7.

  • 13Mettre, garder en quelque lieu. Il tient son argent en son cabinet. Il faut tenir cela à la cave, dans le garde-manger. On le tient en prison. Qu'on la tienne en lieu sûr, en attendant sa mère, Corneille, Héracl. IV, 2. Il faut tenir la couveuse [faisane] dans un endroit éloigné du bruit et un peu enterré, afin qu'elle y soit plus à l'abri des inégalités de la température et des impressions du tonnerre, Buffon, Ois. t. IV, p. 83.

    Cet homme tient sa femme à la campagne, dans un couvent, il l'oblige de demeurer à la campagne, dans un couvent. Depuis deux ans mon oncle me tient éloigné du monde, dans ce triste château, Pont de Vesle, Somnamb. SC. I.

    Il tient son fils dans un collége, au collége, il l'a mis au collége, afin qu'il étudie.

    Tenir des écoliers en pension, les avoir en pension chez soi.

    Tenir quelqu'un chez soi, le loger chez soi, lui donner sa table.

    Tenir quelqu'un, l'avoir près de soi, sous sa main. Et, puisque je vous tiens, vous souperez ici, Régnier, Sat. x. Ah ! si nous le tenions ici, que je prendrais de joie à venger, sur son dos, tous les pas inutiles que sa jalousie nous fait faire ! Molière, Sicil. 5.

    Ce prince tient un ambassadeur, un résident auprès de tel prince, dans telle cour, il entretient un ambassadeur, un résident, etc.

    Tenir une garnison dans une ville, y entretenir une garnison. Tenir garnison dans une ville, y être en garnison.

    On dit en un sens analogue : tenir des troupes en un lieu. Tous les lieux où il [Louis XIV] est obligé de tenir des troupes, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 8.

  • 14Avoir autorité sur certaines choses. Pouvions-nous le surprendre, ou forcer les cohortes Qui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes ? Corneille, Héracl. IV, 6. Songez-vous que je tiens les portes du palais ? Racine, Baj. II, 1.

    Fig. C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois, C'est lui qui tient ma foi, c'est lui dont j'ai fait choix, Corneille, Théod. III, 3.

  • 15Faire qu'une personne ou une chose demeure dans un certain état, dans une certaine situation. Il nous a tenus debout pendant deux heures. Tenir les esprits en suspens. Tenir quelqu'un en échec. Qui… Tinrent fidèlement mon enseigne debout, Régnier, Épît. I. Mais une juste peur tient son âme effrayée, Corneille, Cinna, II, 1. Tenez toujours divisés les méchants, La Fontaine, Fabl. VII, 8. Henriette me tient sous son aimable empire, Molière, Fem. sav. I, 4. Je vous ai mandé tout ce que je savais pour vos jambes ; si vous ne les tenez chaudement, vous ne serez jamais soulagée, Sévigné, 382. C'était le dessein d'avancer dans cette étude de sagesse, qui la tenait si attachée à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des princes, Bossuet, Duch. d'Orl. Pendant que la nature nous tient si bas, que peut faire la fortune pour nous élever ? Bossuet, ib. Dieu promet de tenir son peuple dans une durable et parfaite tranquillité, Bossuet, Hist. II, 5. Philisbourg qui tint si longtemps le Rhin captif sous nos lois, Bossuet, Louis de Bourbon. Ces lieux sombres et retirés où la honte tient tant de langueurs et de nécessités cachées, Fléchier, Aiguillon. Mais de nos saints autels qu'elle tienne éloignée D'un ramas d'étrangers l'indiscrète fureur, Racine, Ath. v, 2. Ne point boire trop frais, ni de vin que fort trempé ; du reste vous tenir l'esprit toujours gai, Racine, Lett. à Boileau, 24 mai 1687. L'art que j'avais de tenir toujours les hommes dans quelque nouvelle espérance, Fénelon, Dial. des morts mod. Richelieu, Mazarin. Je viens vous tenir un cheval tout prêt, en cas de semblable malheur, afin qu'on ne vous coupe pas la tête, Hamilton, Gramm. 5. Afin que l'idée de la présence de Dieu aux pensées les plus secrètes de l'âme obligeât les hommes à tenir leur cœur, non moins que leurs mains, dans une grande pureté, Rollin, Hist. anc. XXVI, 1re part. ch. 1. Quelqu'un de ces génies supérieurs qui sont faits pour gouverner les esprits médiocres, et les tenir toujours dans la situation dont on a besoin, Lesage, Turcar. I, 10. Pour tenir les grands princes toujours faibles, ils [les Romains] ne voulaient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avaient accordé la leur, Montesquieu, Rom. 6. Les églises se partageaient entre les héritiers ; et, quand elles étaient tenues d'une manière indécente, les évêques n'avaient d'autre ressource que d'en retirer les reliques, Montesquieu, Espr. XXXI, 11. J'ai tenu, pendant quarante-huit heures, sept milliers de fonte en fusion dans mon fourneau, Buffon, Min. t. IV, p. 131. Vous avez tenu vos amis en peine, Rousseau, Ém. v. Il ne faut ni tenir la main fermée ni l'ouvrir tout à la fois ; il faut ouvrir les doigts l'un après l'autre ; la vérité s'en échappe peu à peu, sans faire courir aucun risque à ceux qui la tiennent et qui la laissent échapper, D'Alembert, Œuv. t. IV, p. 88. Adieu, mon cher maître : le ciel vous tienne en joie ! D'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 janvier 1773.

    Bien tenir, mal tenir sa maison, la bien, la mal administrer.

    Il tient bien sa classe, il y maintient la discipline ; il ne sait pas tenir une classe, il ne sait pas y maintenir la discipline.

    Cette place de guerre tient le pays en respect, tient le pays en crainte, tout le pays est sous la domination de cette place.

    Ce corps de troupes a tenu les ennemis en respect, il était tellement posté que les ennemis n'ont pu faire aucune entreprise.

    Cet emploi tient en sujétion, il ne laisse pas de temps libre.

    Tenez cela secret, gardez le silence là-dessus. On convint de tenir l'affaire secrète, Marivaux, Marianne, 3e part. Les Chaldéens tenaient leur science secrète pour se faire plus respecter des peuples, Voltaire, Dict. phil. Ciel matériel.

    Familièrement. Il nous a tenu le cas secret, il a affecté de n'en point parler, il en a fait mystère.

    Tenir en exercice, en haleine, exercer souvent.

    Tenir une chose en état, en bon état, la maintenir, l'entretenir.

  • 16Il se dit de l'ordre où sont placés les hommes et les choses, soit effectivement, soit dans l'opinion. Les livres reliés tiennent le premier rang de ces tablettes. Des bois tiennent le haut du coteau. Je t'ai préféré même à ceux dont les parents Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, Corneille, Cinna, v, 1. Je me trouve assez de bien pour tenir dans le monde un rang assez passable, Molière, Bourg. gent III, 12. Après avoir tenu dans le monde des rangs honorables, Bourdaloue, Myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 403. Le voilà donc mort, ce grand ministre [Louvois], cet homme si considérable, qui tenait une si grande place, Sévigné, Lett à de Coulanges, 26 juillet 1691. La reine, qui dans Sparte avait connu ta foi, T'a placé dans le rang que tu tiens près de moi, Racine, Iph. I, 1.

    Tenir le haut bout, le haut du pavé, occuper le plus haut rang.

    Tenir sa place, figurer avec honneur. Soyez persuadé que, par mon goût, vous seriez tout le beau premier à la fête [le mariage de Mlle de Sévigné] ; bon Dieu, que vous y tiendriez bien votre place ! Sévigné, Lett. à Bussy, 7 janv. 1669. Par son savoir et ses lumières tenant bien sa place au milieu d'eux, Rousseau, Confess. VIII.

    On dit de même familièrement : tenir bien son coin.

    Tenir bien son rang, sa place, son poste, occuper dignement l'emploi où l'on est.

  • 17 Terme de musique. Tenir sa partie, la chanter ou la jouer.

    Fig. et familièrement. Tenir bien sa partie, bien remplir les fonctions dont on est chargé.

    Tenir l'orgue. M. Chauvot, l'habile organiste, tenait le grand orgue, Journ. offic. 19 mars 1870, p. 492, 6e col.

  • 18Remplir une fonction. Quand le chancelier tenait le sceau. Au nom de l'empereur dont vous tenez la place, Corneille, Poly. III, 3. Je suis né de parents, sans doute, qui ont tenu des charges honorables, Molière, Bourg. gent. III, 12.

    Au théâtre, tenir un rôle, le remplir. Les autres rôles sont honnêtement tenus, mais pas davantage, Fr. Sarcey, Opin. nat. du 20 mai 1867.

  • 19Réunir en séance une assemblée, une compagnie. Tenir audience. C'est dans cette salle que l'Académie tient ses séances. Tenir les plaids. C'est tel président qui tient cette année la chambre des vacations. Le lion tint conseil, et dit : mes chers amis…, La Fontaine, Fabl. VII, 1. L'écrit portait Qu'un mois durant le roi tiendrait Cour plénière…, La Fontaine, ib. VII, 7. Il [l'empereur Rodolphe] aimait beaucoup mieux s'instruire avec le fameux Ticho-Brahé que tenir les états de Hongrie et de Bohême, Voltaire, Mœurs, 178. Irène… parla elle-même dans le concile [2e de Nicée] ; c'est le seul qui ait été tenu par une femme, Voltaire, Dict. phil. Conciles. Le roi tient actuellement son lit de justice pour cette belle affaire du parlement et du clergé, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 13 déc. 1756.

    Tenir chapelle, voy. CHAPELLE.

    Les gens tenant le parlement, se disait, sous l'ancienne monarchie, des membres du parlement.

    Par plaisanterie. Si j'avais un conseil à donner aux gens tenant la comédie…, Voltaire, Lett. Damilaville, 29 avr. 1765.

  • 20Arrêter, fixer. On ne peut le tenir. Il est fort léger ; on ne sait comment le tenir.
  • 21Réprimer, empêcher de. Madame la Dauphine ne put tenir plus longtemps les éclats de rire, Sévigné, 502. J'ai peine, en le voyant, à tenir ma colère, Regnard, le Distr. v, 7. Si vous me promettiez de tenir votre langue, je vous conterais… mais non ; car vous iriez tout dire, Courier, 2e lett. particulière.

    Je ne sais qui me tient, je ne sais qui m'empêche de sévir. Je ne sais qui me tient, infâme, Que je ne t'arrache les yeux, Courier, Amph. II, 3. Pour vous conduire au but où pas un ne parvient, Et quand enfin ?… allez ! je ne sais qui me tient, Piron, Métrom. II, 4.

  • 22Tenir quelqu'un, être maître de son esprit, de son cœur. Je suis si attachée à vous, et vous me tenez par tant d'endroits, que je sens plus que les autres la peine de la séparation, Sévigné, 279. Je donnais des plaisirs aux gens débauchés et de la dévotion aux dévots pour les tenir tous, Fénelon, Dial. des morts mod. Henri III, la Duch. de Montpensier.
  • 23Donner une occupation durant quelque temps. Cette lecture m'a tenu longtemps. J'ai eu une visite qui m'a tenu une heure. Cet avocat a tenu toute l'audience. Je ne vous tiendrai guère. Il nous a tenus deux heures à ne rien faire.
  • 24Suivre, aller dans, en parlant d'une route, d'une voie. Je l'ai rencontré, il tenait le chemin de Lyon. Ces marchands faisaient leur route, tenant à peu près le quarantième degré de latitude nord, Montesquieu, Esp. XXI, 16.

    Fig. Il faudra tenir la voie qu'ont tenue tous vos pères [il faudra mourir], Massillon, Avent, Mort du péch.

    Fig. Tenir un chemin, une route, agir dans une certaine direction. Le chemin que je tiens pour les expliquer [les questions de Dieu et de l'âme], Descartes, Médit. préf. 1. Je vais de toutes parts où me guide ma veine, Sans tenir en marchant une route certaine, Boileau, Disc. au roi. Tout doit tendre au bon sens ; mais, pour y parvenir, Le chemin est glissant et pénible à tenir, Boileau, Art p. I. Comme on croit d'ordinaire que la route qu'on a tenue était la seule qu'on devait prendre, Voltaire, Œdipe, lettre 6. La meilleure manière d'instruire les autres, c'est de les conduire par la route qu'on a dû tenir pour s'instruire soi-même, Condillac, Conn. hum. II, 2.

    Fig. La conduite à tenir en tel cas, la façon dont il faut s'y comporter.

    Tenir une bonne ou une mauvaise conduite, se conduire bien ou mal. Tenir le milieu dans une affaire, prendre un tempérament, un expédient entre deux choses opposées, entre deux extrémités. Le milieu entre l'ampoulé et le familier est difficile à tenir, Voltaire, Comm. Corn. rem. Héracl. I, 1.

    Fig. Tenir le parti de quelqu'un, être de son parti.

    Terme de vénerie. Tenir la voie, suivre bien la voie. Tenir les abois, se dit lorsque l'animal s'arrête au milieu des chiens qui crient dessus.

  • 25Observer comme règle. L'ordre que j'ai tenu en ceci a été tel : premièrement…, Descartes, Méth. VI, 3. Quel temps devons-nous prendre, et quel ordre tenir ? Corneille, Pomp. IV, 1. Cet empire que tient la raison sur les sens Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens, Molière, Fem. sav. I, 1.
  • 26Exécuter, effectuer, en parlant de ce qui est promis. Vous commencez à tenir ce que vous m'avez dit, que vous ne seriez bonne qu'aussi longtemps que la fortune me serait mauvaise, Voltaire, Lett. 50. Et reconnaissez-vous au front de vos amis Qu'ils soient prêts à tenir ce qu'ils vous ont promis ? Corneille, Cinna, I, 3. Un étranger, Fatime, un captif inconnu, Promet beaucoup, tient peu…, Voltaire, Zaïre, I, 1.

    Fig. et familièrement. Sa mine promet peu et tient beaucoup. Une vogue qui promettait tant et tenait si peu, Hamilton, Gramm. 6.

    Tenir sa parole, sa promesse, y rester fidèle. Tant s'en faut que les vents aient emporté ma promesse, ils m'ont donné lieu de la tenir ; il y a déjà huit jours qu'ils m'arrêtent ici, Voiture, Lett. 49. Ces hommes du commun tiennent mal leurs promesses, Corneille, Nicom. III, 7. Valère a votre foi ; la tiendrez-vous, ou non ? Molière, Tart. I, 6. J'ai fait vœu d'être veuve, et je le veux tenir, Regnard, le Bal, 4.

    Tenir un traité, un marché, une convention, exécuter un traité, un marché, une convention.

  • 27Persister dans. Nous nous jurâmes amitié, je la tiendrai toute ma vie à sa famille avec tendresse et reconnaissance, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 36, dans POUGENS. Elle m'a répondu, tenant son quant-à-moi : Va, va, je fais état de lui comme de toi, Molière, le Dép. IV, 2. Vous tenez votre gravité… démontez votre sérieux, Sévigné, à Bussy, 9 juin 1669. Le roi, tout accoutumé qu'il était à représenter, eut peine à tenir son sérieux, Comte de Caylus, Féeries, Œuv. t. VIII, p. 238, dans POUGENS.

    Tenir sa colère, persister dans sa colère (locution qui a vieilli). Les femmes aiment la vengeance ; mais elles ne tiennent pas toujours leur colère, Hamilton, Gramm. 9.

    Tenir sa morgue, affecter d'avoir une mine fière et dédaigneuse.

    Tenir rigueur à quelqu'un, repousser les avances qu'il fait pour se réconcilier, ou continuer de lui refuser quelque chose.

    En musique, cet instrument tient l'accord, ne tient pas l'accord, il ne reste pas longtemps accordé. On dit aussi neutralement : il tient, il ne tient pas d'accord.

  • 28Il se dit des affections, des passions, des maladies du corps et de l'esprit, qui s'emparent de quelqu'un. La fièvre et la goutte m'ont tenu longtemps, chacune à leur tour, et je n'en suis pas encore tout à fait dehors, Voiture, Lett. 170. Quelle mauvaise humeur te tient ? Molière, Bourg. gent. III, 10. Voilà sa folie qui le tient, Molière, Méd. malgré lui, I, 6. Dieu vous envoie des secours… qui devraient bien vous empêcher de vous pendre, si cette envie vous tenait encore, Sévigné, 490. Pour les douleurs, elles tiennent l'âme et le corps ; la vue de Dieu les fait souffrir avec patience… mais elle ne les adoucit pas, Sévigné, 4 mai 1672.

    Qu'a-t-il ? qu'est-ce qui le tient ? quel sujet, quelle raison a-t-il d'agir ainsi ?

    On dit de même : je ne sais ce qui le tient.

  • 29Tenir de, être redevable à. Zéthès, et Calaïs, et Pollux, et Castor, Et le charmant Orphée, et le sage Nestor, Tous vos héros enfin tiennent de moi la vie, Corneille, Méd. II, 2. Rome a reçu des rois ses murs et sa naissance ; Elle tient des consuls sa gloire et sa puissance, Corneille, Cinna, II, 1. Oui, je tiens tout de vous ; et j'avais lieu de croire…, Racine, Bajaz. II, 1. On fait gloire d'être ingrat envers les dieux, de qui on tient la vie et tous les biens qu'elle renferme, Fénelon, Tél. XVIII. Nous tenons des Arabes, les Arabes des Indiens, et peut-être les Indiens de quelque autre peuple, ces dix caractères 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 0, Condillac, Lang. calc. I, 15.

    Ceux dont ou de qui je tiens la vie, mon père et ma mère.

    Ne tenir rien de quelqu'un, ne lui avoir aucune obligation, ne pas dépendre de lui.

    Tenir une femme de la main de quelqu'un, la recevoir conduite, présentée par lui. Il épouse, dit-il, Hermione demain ; Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma main, Racine, Andr. III, 1.

    Tenir un domestique de la main de quelqu'un, avoir un domestique par l'entremise de quelqu'un. Et puis c'est de ma main que l'on tient la soubrette, Imbert, Jaloux sans amour, v, 1.

    Tenir une chose de race, de naissance, apporter en naissant une chose qui s'est transmise par le sang des ancêtres. Ils sont tous braves, lans cette maison, ils tiennent cela de race. Je crois tenir un peu de Rome où je suis née, Corneille, Othon, III, 3.

    Absolument. Tenir de race, avoir les habitudes, les mœurs communes à une famille. J'ai tous les sentiments que mon devoir m'ordonne, Je tiens de votre sang et de votre couronne, Rotrou, Antig. IV, 6.

    Tenir quelque chose de son père et de sa mère, leur ressembler en cette chose. Il voit une jeune personne qui lui veut du bien (car il tient cela de vous, d'être aimé de toutes les femmes), Molière, Fourber. I, 6. Je vous avertis, ma très chère, que vous n'aimez point à lire, et que votre fils tient cela de vous, Sévigné, 608. Elle [la chienne mulet d'un chien et d'une louve] tenait du chien par sa queue qui était courte et émoussée, au lieu que le mâle tenait sa queue de la louve, Buffon, Quadr. t. XII, p. 246.

    Absolument. Tenir de son père, de sa mère, leur ressembler soit de figure, soit de caractère. Je vous dis qu'elle tient de son père, Racine, Plaid. II, 6. Vénus l'imita bien [Jupiter] : chacun tient de son père, Voltaire, Dimanche. Madame et mademoiselle avaient voulu lui faire un mystère… mais il a deviné ; il tient de vous, Picard, Alcade de Mol. IV, 10.

    Il a de qui tenir, se dit d'un enfant qui ressemble en quelque chose à son père ou à sa mère. Il a de qui tenir, répondit un autre bourgeois qu'il appelait son compère, Caillères, Bon et mauv. us. Convers. I.

    Fig. Tenir quelque chose de, participer en quelque chose à la nature de. Comme une étincelle a quelque chose de semblable au soleil, et une goutte d'eau tient quelque chose du vaste océan, Voltaire, Dial. 23.

  • 30Tenir de, avoir appris de quelqu'un, en parlant d'une nouvelle, d'un récit, d'un fait. Mais de qui tenez-vous la mort de D. Garcie ? Corneille, D. Sanche, v, 3. Il vous a dit qu'il tenait cela de ma bouche ? Molière, Princ. d'Él. IV, 4. Et c'est de Lycarsis qu'elle tient la nouvelle ? Molière, Mélic. II, 1. Je tiens du célèbre Cheselden, le plus grand chirurgien de Londres, que ce fut lui qui commença de faire fabriquer à Londres, en 1715, les instruments de son art, Voltaire, Louis XIV, 33.
  • 31Réputer, croire. Et je tiendrai toujours mon bonheur infini, Si les miens sont vengés, et le tyran puni, Corneille, Héracl. III, 1. Néarque : Je tiens leur culte impie [des païens]. - Polyeucte : Et je le tiens funeste, Corneille, Poly. II, 6. Et moi, moins populaire, Je tiens indifférent d'être craint ou de plaire, Rotrou, Antig. II, 4. Leur espérance est aux troupes de Brandebourg… on les tient fortes de quatorze ou quinze mille hommes, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 171. En cela j'ai pour guides Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser, La Fontaine, Fabl. x, 15. Parmi ces louis… J'en ai, sans y penser, mêlé que je tiens faux, Molière, l'Ét. II, 6. Je tiens cette comédie une des plus plaisantes que l'auteur ait produites, Molière, Critique, 3. Je tiens que, hors de Paris, il n'y a point de salut pour les honnêtes gens, Molière, Préc. 10. Je tiens impossible de connaître les parties, sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître les parties, Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. Thalès tenait que la vie et la mort ne différaient en rien, Fénelon, Thal. Je tiens que les gens qui sont auprès de nous nous communiquent, malgré que nous en ayons, leur joie ou leur tristesse, Brueys, Grondeur, II, 16. Je tiens nos philosophes très gens de bien, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 15 janv. 1761. Je tiens les hommes de tous les siècles pour ce qu'ils sont, faibles, fourbes et méchants, trompeurs et dupes les uns des autres, D'Alembert, Œuv. t. IV, p. 185.

    Tenir à, regarder comme. Estimant que ton cœur, par douceur diverti, Tiendrait les lâchetés à quelque conscience, Régnier, Élég. II. Je tiens à grand honneur de lui avoir des obligations que j'aurais honte d'avoir à tout autre, Voiture, Lett. 50. Ils [les Germains] tiennent à grandeur d'être bornés par des déserts et des terres inhabitées, Perrot D'Ablancourt, Guerre des Gaules, VI, 2. Mais si tu ne les perds [tes pas et tes discours], je le tiens à miracle, Corneille, la Veuve, I, 1. Il n'est pas naturel de craindre et fuir l'honneur, De tenir les mépris à souverain bonheur, Corneille, Imit. II, 12. Il [le cardinal de Richelieu] tiendrait à injure le mépris qu'on ferait de sa protection, Pellisson, Hist. Acad. I. Le magistrat, tenant à mépris et irrévérence cette réponse, le fit mener en prison, La Fontaine, Vie d'Ésope. Il n'y a personne sans doute qui ne tînt à beaucoup de gloire de toucher à un tel ouvrage, Molière, Sicil. 12. Ils doivent tenir à grande grâce qu'il ait tellement…, Bossuet, Lib. arb. 4.

    Tenir pour, même sens. Les jugements de ceux que j'ai tenus pour mes amis, Descartes, Méth. VI, 5. On les [chrétiens] tient pour sorciers dont l'enfer est le maître, Corneille, Poly. IV, 6. Saint Basile tenait ces écrits pour ariens, Pascal, Prov. XVII. Il tenait pour maxime qu'un habile capitaine peut bien être vaincu, mais qu'il ne lui est pas permis d'être surpris, Bossuet, Louis de Bourbon. Si je n'ai mis douze brodeurs après [un habit], qui n'ont fait que travailler jour et nuit, tenez-moi pour un infâme, Hamilton, Gramm. 7. L'antiquité tenait pour axiome que rien n'est rien, que de rien ne vient rien, Voltaire, le Pauvre diable. Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore longtemps à durer, Rousseau, Ém. III. Je me le tiens pour dit, il n'est pas besoin que vous m'en avertissiez davantage. Son cousin ne se le tint pas pour dit, Hamilton, Gramm. 9.

    Tenez-vous pour dit, soyez assuré que, ou souvenez-vous que.

    Tenir comme, réputer pour, traiter comme. Je le loge et le tiens comme mon propre frère, Molière, Tart. v, 3.

    Tenir en estime, estimer. L'estime où je vous tiens ne doit pas vous surprendre, Molière, Mis. I, 2.

  • 32Professer, être partisan de. Mais je suis généreux, et tiens cette maxime Que…, Malherbe, IV, 6. C'est une opinion orthodoxe ; tous les thomistes la tiennent, Pascal, Prov. I. Vous et ceux qui tiennent cette doctrine, Pascal, ib. XII. Jean, évêque de Jérusalem, accusé de tenir les huit propositions d'Origène, Pascal, ib. XVIII. Leur but principal est de savoir au vrai les opinions qu'ils ont tenues, sans se mettre beaucoup en peine de ce qu'il en faut tenir, Malebranche, Rech. vér. II, II, 4.
  • 33Tenir des discours, un langage, parler d'une certaine manière. Ce sont les discours que vous teniez, avant que nous eussions parlé à votre femme, Hauteroche, Crisp. méd. I, 4. Ah ! monsieur, sur mon compte on tient bien des propos, Destouches, Hom. sing. I, 4. Deux amis, par exemple, qui ne se sont pas vus depuis longtemps, se rencontrent : l'attention qu'ils donnent à la surprise et à la joie qu'ils ressentent, leur fait naître aussitôt le langage qu'ils doivent se tenir, Condillac, Art de pens. I, 5. On m'a prêté des discours que je n'ai jamais tenus, et que je n'aurais rien gagné à tenir, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 8 déc. 1763.

    Molière a dit : tenir des paroles. Je vous trouve fort bon de tenir ces paroles, Fâcheux, I, 8. Qui ose tenir ces paroles ? je crois connaître cette voix, Don Juan, v, 5.

  • 34Être chargé de gérer la caisse, de faire les écritures des livres, chez un banquier, chez un négociant. Tenir la caisse chez un banquier, chez un receveur. Tenir les livres chez un banquier.

    On dit de même : tenir un registre, des registres.

    Tenir registre de quelque chose, inscrire quelque chose dans le livre, dans le registre.

    Tenir note de quelque chose, en prendre note pour s'en souvenir. Je vous dois déjà quelques ports de lettres ; ayez la bonté de tenir une note de tout cela jusqu'au printemps, Rousseau, Lett. à Moultou, 13 nov. 1762.

    Fig. Cet homme tient registre de tout, il remarque tout exactement, et il s'en souvient.

    Tenir compte d'une somme à quelqu'un, lui passer cette somme en compte.

    Fig. Je vous tiendrai compte de cela, je chercherai les occasions de reconnaître les obligations que je vous ai.

    Fig. Tenir compte, ne pas tenir compte de quelqu'un, de quelque chose, voy. COMPTE, n° 6.

  • 35Soutenir, en parlant d'un pari. Tenir une gageure.

    Tenir vingt francs, parier vingt francs.

    Je n'en voudrais pas tenir vingt écus, je ne donnerais pas la chose dont il s'agit pour vingt écus. En quelle impatience Suis-je de voir mon frère, et lui conter sa chance !… Je n'en voudrais pas tenir vingt bons écus, Molière, Éc. des mar. III, 2.

    Absolument. Vous pariez cent francs, je tiens.

    Terme de jeux. Tenir jeu à quelqu'un, continuer à jouer contre lui tant qu'il veut.

    Dans les jeux de renvi, comme dans ceux où la mise n'est pas réglée, accepter un renvi, y aller de tout l'argent dont un autre y va. Vous y allez de cinq francs, je les tiens, je tiens tout.

    Absolument. Vous y allez de tant, je tiens.

    Absolument. Au trictrac, tenir, n'être pas forcé par le dé de rompre son plein, ou continuer à jouer sans lever les dames.

    Tenir le jeu, à la paume, être du côté de la grille, pour recevoir et jouer le service.

  • 36 Fig. Tenir tête à, voy. TÊTE.

    Tenir pied à boule, voy. BOULE.

    Tenir la main à quelque chose, voy. MAIN, n° 41.

    Tenir l'œil à, voy. ŒIL, n° 6.

  • 37Saisir intellectuellement. Je tiens le mot de l'énigme, le sens de ce passage, la solution du problème.
  • 38Faire tenir, faire en sorte que certaines choses soient remises, transmettre. Je vous envoie un livre de Mlle de Gournay, qu'elle m'a donné pour vous le faire tenir, Voiture, Lett. 126. Ce pauvre garçon était attaché à M. Fouquet, il a été convaincu d'avoir servi à faire tenir une de ses lettres à sa femme, Sévigné, 1. Je vous conseille de faire tenir un petit compliment par d'Hacqueville à Mme de la Fayette sur cette abbaye, Sévigné, 238. Je ne doute point des difficultés de trouver de l'argent et de le faire tenir, Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 4 juillet 1706. Bon ! il y a dix ans qu'il est séparé de sa femme, à qui il fait tenir une pension à Valognes, afin de l'empêcher de venir à Paris, Lesage, Turcaret, IV, 2. Ils n'avaient point de fusils à baïonnette ; même quand on leur en fit tenir de Londres, la plupart des Corses ne purent s'en servir, Voltaire, Louis XV, 40. On ne recevait plus de nouvelles de la Suède, et on ne pouvait y en faire tenir, Voltaire, Charles XII, 4.
  • 39 V. n. Être attaché à. Damoclès nageait dans la joie [à la table de Denis]… il aperçoit malheureusement, en levant les yeux, la pointe d'une épée suspendue sur sa tête, et qui ne tenait au plancher qu'avec un crin de cheval, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. v, p. 236, dans POUGENS.

    Fig. Ne tenir qu'à un fil, à un filet, être près de se détacher. Sa vie ne tient qu'à un fil. Pour moi, je reçois d'étranges secousses, et mon cœur ne tient plus qu'à un filet, Molière, Préc. 12.

    Fig. Ses pieds ne tiennent pas à terre, il ne tient pas à terre, se dit d'un enfant, d'un jeune homme vif et toujours en mouvement, ou d'une personne qui marche, qui danse fort légèrement.

    Tenir ensemble, être joints l'un à l'autre. Vous me dites des merveilles de votre santé, c'est-à-dire que vous êtes belle, car votre beauté et votre santé tiennent ensemble, Sévigné, à Mme de Grignan, 14 juillet 1680. Il paraît qu'autrefois l'île de la Grande-Bretagne faisait partie du continent, et que l'Angleterre tenait à la France, Buffon, Hist. nat. preuv. th. terr. Œuv. t. II, p. 419. Le 26 octobre 1701, il est né à Tzoni, en Hongrie, deux filles qui tenaient ensemble par les reins ; elles ont vécu vingt et un ans, Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 411.

  • 40Être difficile à ôter, à arracher, à déplacer. On ne saurait arracher ce clou, il tient trop. L'emplâtre tenait fortement à la peau. Ces pierres tiennent fortement. Mais il n'a pas prévu Que je saurais souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne…, La Fontaine, Fabl. VI, 3.

    Cela tient comme poix, cela tient très fortement.

    On dit aussi : cela tient comme teigne.

    Cette porte tient, on a peine à l'ouvrir.

    Fig. Il n'est…, il n'y a qui tienne, quelque résistance que la chose oppose. Il n'est ordre qui tienne ; Je prie, et ce doit être assez…, Th. Corneille, l'Inconnu, v, divert. sc. 1. Il n'est pas à la mode. - Il n'est mode qui tienne, Montfleury, Femme juge et part. III, 2. Si, par un long abus du pouvoir, le despotisme s'établissait à un certain point [en Europe], il n'y aurait pas de mœurs ni de climat qui tinssent, et dans cette belle partie du monde la nature humaine souffrirait, au moins pour un temps, les insultes qu'on lui fait dans les trois autres, Montesquieu, Espr. VIII, 8.

  • 41Ne tenir à rien, ne tenir à guères, se dit d'une situation fort précaire. Je crois que vous savez que Mademoiselle a chassé Guilloire ; le pauvre Segrais ne tient à guères, Sévigné, 31. Il est certain que soit cela, soit autre chose aurait enfin renversé cette fortune qui ne tenait plus à rien, Sévigné, 392. Ma condition présente ne tenait à rien, Marivaux, Marianne, 5e part. La conduite du général [des jésuites] était d'autant plus maladroite, qu'il savait que le crédit de son ordre ne tenait presque plus à rien, Voltaire, Hist. parl. 67.

    Ne tenir à guères, avoir peu de force, en parlant de sentiments. Ma colère ne tient à guère, et ma tendresse pour vous deux [M. et Mme de Grignan] tient à beaucoup, Sévigné, 11 mars 1671.

    Ne tenir à rien, être sur le point de se faire. Cet aveu ne tient plus à rien, nous le ferons peut-être demain, peut-être ce soir, Marivaux, Marianne, 10e part.

    Me voilà prêt à partir, je ne tiens à rien, rien ne m'arrête, rien ne m'en empêche.

    On dit à peu près dans le même sens : Je vous payerai quand vous voudrez, votre argent ne tient à rien.

  • 42 Fig. Tenir au cœur, se dit des personnes que l'on affectionne, auxquelles on porte un vif intérêt. J'embrasse les Grignan ; l'aîné me tient bien tendrement au cœur, Sévigné, 170. M. l'abbé de Langeron et M. du Puis ne lui tiennent guère moins au cœur que M. de Cambrai, Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 7 août 1698.

    Il se dit des choses auxquelles on s'intéresse vivement. Cela te tient donc bien au cœur ? Molière, Princ. d'Él. v, 2. Toutes ces choses me tiennent fort au cœur, Sévigné, 546. Diantre ! l'amour vous tient au cœur de bon matin, Racine, Plaid. I, 5. Cette acquisition vous tient-elle bien au cœur ? Lamotte, Magnifique, I, 4.

    Se dit aussi, dans un sens défavorable, de ce qui inquiète. Argante : Ah ! maudite galère ! - Scapin, à part : Cette galère lui tient au cœur, Molière, Fourb. II, 11.

    Cette injure lui tient au cœur, il en a du ressentiment.

  • 43 Fig. Être attaché par des liens moraux. Il tient à ce parti-là par des raisons de famille. Pour moi, je ne tiens plus à vous par aucun attachement du monde, Molière, Don Juan, IV, 9. Un homme de bien ne sera pas étonné dans les approches de la mort ; son âme ne tient presque plus à rien, elle est déjà comme détachée de ce corps mortel, Bossuet, 2e sermon, Purific. 2. Il n'y a rien à quoi l'on ne tienne, quoiqu'on ne le sente pas toujours ; de même qu'on ne sent pas toujours que son âme est unie, je ne dis pas à son bras et à sa main, mais à son cœur et à son cerveau, Malebranche, Rech. vér. IV, 13. Les rois aiment que l'on tienne à leur personne, et ils se défient avec raison de leur dignité, Fontenelle, Dangeau. Il ne tenait à rien par son goût, et se livrait à tout par celui des autres, Duclos, Œuv. t. VIII, p. 108. Tout est occasion de chute à qui ne tient plus à rien, Rousseau, Hél. VI, 6. M. Damilaville a de l'amitié pour moi, et il sait l'intérêt que je prends à M. de Saint-Géni et à tout ce qui vous tient par le fil le plus léger, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 3 nov. 1760. Angélique : Vous croyez que je suis nièce de la baronne ? - Sainville : Comment ? - Angélique : Il n'en est rien, je ne tiens à personne, La Chaussée, Gouvern. II, 8. Le plus grand des malheurs est celui de ne tenir à rien et d'être isolé, Genlis, Vœux témér. t. III, p. 135, dans POUGENS. En termes de dévotion, il ne tient plus à la terre, il est détaché des choses du monde. Un chrétien qui achève son sacrifice, qui fait le dernier effort, afin de rompre tous les liens de la chair et du sang, et ne tient plus à la terre, Bossuet, le Tellier.
  • 44 Fig. Être pris par une opinion, une affection, une passion. Tenir à son opinion. Il tient à l'argent. Mais, hélas ! qu'on tient à la vie, Quand on tient si fort à l'amour ! Racine, Théb. v, 1. Lié par l'amitié, jamais par les choses, et tenant plus à mes sentiments qu'à mes intérêts, Rousseau, Lett. à l'archev. de Par. On tient à ses propres résolutions par ce sentiment de liberté qui résiste à celles des autres, Marmontel, Cont. mor. Fem. com. peu.
  • 45 Fig. Avoir des rapports, des relations de famille ou autres. Et puisqu'il tient encore à nous, comme il l'avoue, par ma belle-fille…, Sévigné, 570. Que ceux qui achètent soient comme ne possédant pas, et qu'ils cessent de s'imaginer que ce qui tient si peu à eux soit véritablement en leur puissance, Bossuet, Méd. sur l'Év. dern. sem. du Sauv. 40e jour. Par la loi du corps, je tiens à ce monde qui passe ; par l'espérance et par la foi, je tiens à Dieu qui ne passe point, Fléchier, Dauphine. Je tiens, par le bonheur de ma naissance, à un grand nom [Corneille] qui, dans la plus noble espèce des productions de l'esprit, efface tous les autres noms, à un nom que vous respectez vous-mêmes, Fontenelle, Disc. récept. Il [l'athée] ne regarde les hommes que comme les tristes fruits d'un assemblage bizarre et fortuit, auquel il ne tient que par des liens passagers, Massillon, Carême, Vérité de la relig. Nous tenons tous à un certain monde qui nous environne, Massillon, Carême, Resp. hum. Le parlement, dont les familles, tenant à toutes les familles de Paris, formaient aisément la voix publique, Voltaire, Hist. parl. 67. Pourvu que je ne parle en mes écrits… de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs, Beaumarchais, Mar. Fig. v, 3.
  • 46 Fig. Avoir pour but, désirer. Je tiens à vous convaincre. Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie ? Racine, Brit. I, 2.
  • 47Être contigu. Son parc tient à la forêt. Sa maison tient au presbytère. Le czar… voulait savoir quelle était sa situation à l'égard de l'Amérique, si elle tient à la Tartarie, ou si la mer de Septentrion donnait un passage dans ce grand continent, ce qui lui aurait encore ouvert le nouveau monde, Fontenelle, Pierre Ier.
  • 48 Fig. Résulter, provenir de. Ces événements tiennent à des causes inconnues. Avez-vous de la peine à concevoir que les bonnes qualités d'un homme tiennent à d'autres qui sont mauvaises, et qu'il serait dangereux de le guérir de ses défauts ? Fontenelle, Dial. 1, Morts mod. Cette corruption était d'autant plus dangereuse, qu'elle était plus ancienne, et tenait plus, en quelque sorte, à l'abus des mœurs qu'à l'abus des lois, Montesquieu, Esp. XXXI, 2. Je dirai que la chaleur de J. J. Rousseau me paraît tenir plus aux sens qu'à l'âme, D'Alembert, Œuv. t v, p. 377.

    Dépendre de. Enfin Dieu soit loué et remercié mille et mille fois, puisque ma chère comtesse se porte bien ! ma vie tient à cette santé, Sévigné, 23 févr. 1676. À quoi tiennent, mon Dieu ! les vertus politiques ? Combien doivent leur faute à leur sort rigoureux, Et combien semblent purs, qui ne furent qu'heureux ! Hugo, Cromwell, I, 1.

    Impersonnellement. Il se dit des obstacles, des considérations qui empêchent une chose de se faire. À quoi tient-il ? de quoi dépend-il ? Il ne tient pas à moi, il ne dépend pas de moi S'il n'exige qu'une visite de ma part, qu'à cela ne tienne. Je désire avec tant de passion que vous ayez tout ce que vous méritez, que, s'il ne tenait qu'à cela que vous eussiez un royaume, sans mentir je crois que j'y consentirais, Voiture, Lett. 46. À moi ne tiendra pas que la beauté que j'aime Ne me quitte bientôt pour un autre moi-même, Corneille, Place roy. I, 4. Il ne tiendra qu'à vous, beau sire, D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien, La Fontaine, Fabl. I, 5. Vous auriez pu sans peine y puiser [à une somme d'argent] à toute heure. - à toute heure ! bons dieux ! ne tient-il qu'à cela ? L'argent vient-il comme il s'en va ? La Fontaine, ib. IV, 20. Enfin, si dans ces vers je ne plais et n'instruis, Il ne tient pas à moi ; c'est toujours quelque chose, La Fontaine, ib. v, 1. Nous vous trouvons errants, dispersés et plus faibles que nous ; il ne tiendrait qu'à nous de vous égorger, Fénelon, Tél. x. À quoi tient-il donc… que la vérité ne triomphe dans votre cœur ? Massillon, Carême, Évidence de la loi. C'est une justice à rendre au jeune prince ; il a tenu à peu de chose qu'il ne fût maître de l'Angleterre, Al. Duval, Édouard en Écosse, III, 6.

    Il ne tient pas à une personne que telle chose ne se fasse, signifie quelquefois, non-seulement qu'elle n'y apporte aucun obstacle, mais même qu'elle y contribuera de tout son pouvoir. Il ne tint pas aux empereurs que Jésus-Christ même, dont ils persécutaient les disciples, n'eût des autels parmi les Romains, Bossuet, Hist. II, 12. Je sais seulement, et toute l'Europe le sait comme moi, qu'il ne tient pas à Votre Majesté que l'humanité ne respire enfin après tant de malheurs, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 22 déc. 1762.

  • 49Avoir de la ressemblance, participer. Pour être bon poëte, il faut tenir des fous, Régnier, Sat. IV. Le voyage de Blois qui tient plus du roman que de l'histoire, Guez de Balzac, 2e hist. Mais votre fermeté tient un peu du barbare, Corneille, Hor. II, 3. Quelle sœur ! cette sœur ne tient guère de vous, Hauteroche, Bourg. de qual. III, 7. Je tiens de feu ma femme ; et je me sens, comme elle, Pour les désirs d'autrui beaucoup d'humanité, Molière, Mélic. I, 4. Sa fermeté [de Corbinelli] tient un peu du barbare, Sévigné, 10 sept. 1681. Un coup imprévu qui tenait du miracle délivra la princesse des mains des rebelles, Bossuet, Duch. d'Orléans. Laissons ces circonstances, qui tiennent encore un peu du monde, et passons de ces vertus civiles aux vertus chrétiennes qu'elle a pratiquées, Fléchier, Mme de Montaus. L'esprit, la galanterie, la magnificence, quand il [M. le Prince, fils du grand Condé] était amoureux, réparaient en lui une figure qui tenait plus du gnome que de l'homme, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 102, dans POUGENS. Il y aura toujours, dans notre nation, de ces âmes qui tiendront du Goth et du Vandale ; je ne connais pour vrais Français que ceux qui aiment les arts et les encouragent, Voltaire, Mél. litt. A un premier commis. L'art le plus innocent tient de la perfidie, Voltaire, Zaïre, IV, 2.
  • 50En parlant d'un corps délibérant, d'une compagnie, être assemblé. L'Assemblée nationale tient tous les jours. L'Académie française tient les jeudis.

    En parlant des foires, des marchés, des spectacles, avoir lieu. Les théâtres tiennent. Le marché tient tous les mercredis et samedis.

  • 51Persister, se maintenir dans le même état. La neige tient. La frisure ne tient pas. Les nouvelles de cette année ne tiennent pas d'un ordinaire à l'autre, Sévigné, 18 févr. 1671.

    Cet instrument ne tient pas d'accord, voy. au n° 27.

    Cette couleur ne tient pas, elle n'est pas solide.

    Le temps ne tiendra pas, ne restera pas longtemps comme il est.

  • 52Subsister sans aucun changement ni altération, en parlant d'un traité, d'une convention, d'un marché. Mais si le pacte tient…, Rotrou, Antig. II, 4. Je t'ai promis ma fortune et ma nièce ; c'est notre traité, et il tient, Diderot, Père de famille, III, 6.
  • 53Se maintenir dans une situation. Je n'ai rien appris des démarches de l'empereur ; apparemment elles seront lentes, et nous pourrons tenir ici longtemps, si nous attendons la fin, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 389. Voltaire, de retour de Berlin, d'où il avait fait chasser le malheureux d'Arnaud, et où il n'avait pu tenir lui-même, Marmontel, Mém. v.

    Continuer les affaires. On est persuadé que cette maison ne tiendra pas.

  • 54Tenir pour, se ranger du côté de, donner son assentiment à. Aristie… à qui… Je rapporte avec joie et ma main et ma foi ; Je ne dis rien du cœur, il tint toujours pour elle, Corneille, Sert. v, 7. Mais, madame, mon sens ne s'est point démenti, Et je ne puis tenir pour un mauvais parti, Rotrou, Antig. I, 4. Il tient pour l'injustice, et moi pour la raison, Rotrou, ib. II, 2. M. l'évêque de Chartres tient pour les vœux absolus ; il est le seul de son sentiment, Maintenon, Lett. à Mme de Saint-Géran, 2 juillet 1686. Ce qu'il [le prince d'Orange devenu roi d'Angleterre] devait appréhender, c'était le ressentiment de plusieurs rois qu'il outrage en la personne d'un seul roi ; mais ils tiennent pour lui, La Bruyère, XII. Ceux qui tenaient encore pour le plein de Descartes, pour les prétendus effets de la matière subtile, Voltaire, Phil. Newt. III, 1. Les médecins qui tenaient pour les anciens intentèrent un procès à ceux qui démontraient la circulation du sang, Voltaire, Singul. nat. 19. Devant ma tonne on ne viendra point dire : Pour qui tiens-tu, toi qui ne tiens à rien ? Béranger, Nouv. Diog.
  • 55Résister, tant au propre qu'au figuré. Ni grilles, ni verrous ne tiennent contre moi, Corneille, Méd. IV, 6. Sa confiance n'a jamais tenu un quart d'heure contre sa peur, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 445, dans POUGENS. Ce qu'il y a de constant, c'est qu'en se retirant au château, le comte de Nassau pouvait encore tenir six jours au moins, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 319. Déjà l'armée est assez forte Pour faire corps et battre aux champs ; La voilà tantôt qui menace Gouverneurs de petite place, Et leur dit qu'ils seront pendus, Si de tenir ils ont l'audace, La Fontaine, Coupe. Quelque ressentiment qu'un outrage nous cause, Tient-il contre un remords d'un cœur bien enflammé ? Molière, Amph. II, 6. Enfin je ne comprends pas la noirceur de ces vapeurs, de tenir contre tant de bonnes choses, Sévigné, 565. La mort du roi d'Angleterre n'a pu tenir contre la jeunesse avide des plaisirs du carnaval, Sévigné, 28 févr. 1685. Ceux-ci [les Brutiens et les Samnites]… furent forcés à subir le joug des Romains ; Tarente les suivit de près ; les peuples voisins ne tinrent pas ; ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugués, Bossuet, Hist. I, 8. Les ouvrages des Égyptiens étaient faits pour tenir contre le temps, Bossuet, ib. III, 3. Les mœurs corrompues de la nation les entraînaient bientôt dans les plaisirs, contre lesquels nulle éducation ne peut tenir, Bossuet, ib. III, 5. L'idolâtrie même sentait dans notre religion une force victorieuse contre laquelle les faux dieux ne pouvaient tenir, Bossuet, ib. II, 12. Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile, Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille, Racine, Iphig. II, 3. La place [Jérusalem] tint trois mois entiers, et aurait encore tenu autant, et peut-être obligé les Romains à abandonner leur entreprise, sans la rigueur superstitieuse avec laquelle les assiégés observaient le sabbat, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 466, dans POUGENS. Tienne qui voudra contre de si grandes extrémités [les misères du peuple], je ne veux être, si je le puis, ni malheureux ni heureux : je me jette et me réfugie dans la médiocrité, La Bruyère, VI. Il faut avouer ma faiblesse ; je n'ai pu tenir contre le pâté de perdrix dont vous m'annoncez l'agréable arrivée par votre lettre, Chaulieu, Autre réponse à M. l'abbé C. Si elle s'avise de laisser tomber quelques feintes larmes, en conscience, croyez-vous tenir un seul moment devant elle ? Brueys, Muet, I, 4. La statue de sel [la femme de Lot changée en sel] ne pouvait pas tenir à la pluie, Voltaire, Quest. de Zapata, 18. Peu de cœurs comme vous tiennent contre l'absence, Voltaire, Tancr. I, 6. Les seuls champions qui pussent tenir devant les chevaliers de France, étaient les chevaliers d'Angleterre, Chateaubriand, Génie, IV, V, 4.

    Terme de guerre. Les ennemis ne tiennent pas, ils n'attendent pas qu'on aille à eux, et ils se retirent.

    Tenir bon, tenir ferme, résister, se défendre. Si je n'eusse point fui pour la mort de Pélie, Si j'eusse tenu bon dedans la Thessalie, Corneille, Médée, I, 5. L'arbre tient bon ; le roseau plie, La Fontaine, Fabl. I, 22. Il ne reste plus désormais sinon que vous teniez ferme parmi ses ruines [de l'État], Bossuet, Reine d'Anglet. Tantôt, sur les rives de Loire, suivi d'un petit nombre d'officiers et de domestiques, il court à la défense d'un pont, et tient ferme contre une armée…, Fléchier, Turenne. Sa suite [de Charles XII] commençait à désespérer ; lui seul tint ferme, et ne parut pas abattu un moment, Voltaire, Charles XII, 5.

    Tenir bon, tenir ferme, ne pas céder aux instances, aux offres, etc. Tenez bon, et vous aurez cette terre pour le prix que vous offrez. Gros-René à Éraste : N'ayez pas le dernier. - Marinette à Lucile : Tenez bon jusqu'au bout, Molière, le Dép. IV, 3.

    Cet homme ne tient point contre la raillerie, contre la plaisanterie, dès qu'on le raille, qu'on le plaisante, il s'embarrasse, il se décontenance.

  • 56 Terme de chasse. Les perdrix ne tiennent pas, elles partent sans qu'on puisse en approcher. La marouette, comme tous les râles, tient si fort devant les chiens, que souvent le chasseur peut la saisir avec la main, ou l'abattre avec un bâton, Buffon, Ois. t. v, p. 244.

    Une bête tient aux chiens, quand elle est sur ses fins et qu'elle se défend contre eux.

  • 57 Terme de marine. Tenir à la mer, tenir contre les vagues, se dit d'un bâtiment qui supporte une grosse mer. En hiver, le port de Cochin est inabordable, et il ne peut en sortir aucun vaisseau, parce que les vents y soufflent avec une telle impétuosité, que les bâtiments ne peuvent pas tenir à la mer, Buffon, Hist. nat. preuv. th. terr. Œuv. t. II, p. 252.

    Tenir au vent, naviguer avec le vent presque contraire.

    Tenir sous voiles, avoir toutes les voiles appareillées et être prêt à faire route.

    Tenir en travers, naviguer en présentant le côté à la lame.

    Tenir sur ses ancres, c'est n'être pas arraché de la place qu'on occupe ni par les efforts du vent, ni par les chocs violents des lames.

    Tenir, en parlant d'une ancre, rester immobile à la place où elle s'est attachée.

    Tenir bon, c'est à la fois tenir ferme, et cesser de haler sur un cordage qu'on tire.

  • 58Ne pas tenir à, contre, être irrité, impatienté de. Quelle sécheresse de conversation ! on n'y dure point, on n'y tient pas, Mor. Préc. 5. Aratus, qui était plein de probité et d'honneur, ne put tenir contre une injustice si criante, et s'en plaignit hautement, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 111, dans POUGENS. Je hais si fort les pédants, j'ai tant d'horreur pour les hypocrites, je me mets si fort en colère contre les fanatiques, que je ne pourrais jamais tenir à Paris plus de deux mois, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 15 janv. 1761. On se lasse à la longue d'être brûlé ; il n'y a patience de saint qui puisse y tenir, Voltaire, Facéties, Pot pourri. Le moyen de tenir à ces répliques-là ? Boissy, Deh. tromp. II, 4. Cet ami si modéré et si philosophe pour supporter les maux d'autrui, se vit peu de temps après, pour quelque sottise qu'il fit, le sujet d'une mauvaise épigramme ; sa philosophie n'y tint pas, D'Alembert, Éloges, Mariv.

    Ne pouvoir plus y tenir, être hors de soi. Je n'y puis plus tenir, j'enrage ; et mon dessein Est de rompre en visière à tout le genre humain, Molière, Mis. I, 1. Julie : Mais la décence. - Le Marquis : Encore ! on n'y peut plus tenir, Et ce terme est ignoble à faire évanouir, Lanoue, Coquette corr. III, 5.

    On dit de même : C'est à n'y pas tenir. La compagnie est trop mauvaise, c'est à n'y pas tenir.

  • 59En tenir, avoir reçu des coups, du plomb ou autre chose. Avez-vous atteint cette perdrix ? je crois qu'elle en tient.

    À la campagne, quand on mène la vache au taureau, on dit qu'elle en tient, quand l'opération réussit.

    Fig. En tenir, éprouver quelque chose de fâcheux, de désagréable ; être trompé, dupé. Vous en tenez, monsieur, Corneille, le Ment. v, 6. Voyant qu'il nous prenait pour d'autres, Et que nous étions Phrygiens, Il s'écria : j'en tiens ! j'en tiens, Scarron, Virg. III. Tant pis pour vous : c'est justement le cas, Vous en tenez, ma commère, ma mie, La Fontaine, Serv. En quelle impatience Suis-je de voir mon frère et lui conter sa chance ! Il en tient le bon homme avec tout son phébus, Molière, Éc. des mar. III, 2.

    Croire quelque bourde. Que dis-tu de l'histoire, et de mon artifice ? Le bonhomme en tient-il ? m'en suis-je bien tiré ? Corneille, le Ment. II, 6.

    Être fou. Il en tient un peu là ; sa présence d'esprit à chaque instant du jour me charme et me ravit, Regnard, le Distr. II, 5.

    Être ivre. Il a bu plus que de raison, il en tient.

    Aimer d'amour. Tircis : Tu crois donc que j'en tiens ? - Cloris : Fort avant, Corneille, Mél. II, 4. C'est-à-dire, son cœur en tient déjà pour moi ? Th. Corneille, Comt. d'Org. I, 2. Mon cher maître, dis-je à don Christoval, vous êtes bien épris de dona Anna ; la dame, de son côté, en tient aussi apparemment, Lesage, Est. Gonz. 23. Laquais, me regarde-t-elle ? - Oui da, monsieur. - Elle en tient, la Comédie des chansons, I, 3.

  • 60Être contenu. Tous vos meubles ne pourront tenir dans cet appartement. Dieu merci, nous avons l'hôtel de Carnavalet ; c'est une affaire admirable ; nous y tiendrons tous, Sévigné, 365. Il [Huet] prétendait que tout ce qui fut jamais écrit depuis que le monde est monde, pourrait tenir dans neuf ou dix in-folio, si chaque chose n'avait été dite qu'une fois ; il en exceptait les détails de l'histoire, D'Olivet, Hist. de l'Acad. t. II, p. 278, dans POUGENS. Ses démonstrations anatomiques [de M. Hunauld] lui attirèrent un si grand concours d'étudiants, qu'ils ne pouvaient tenir dans l'amphithéâtre où elles se faisaient, tout spacieux qu'il est, Mairan, Éloges, Hunauld. Environ cent hommes tenaient dans ces bâtiments [les barques e Louis le Débonnaire], Voltaire, Mœurs, 25.

    Populairement. Je n'en ai non plus qu'il en pourrait tenir dans l'œil, dans mon œil, je n'en ai point du tout.

    Impersonnellement. Il tient tant de veltes dans le baril.

    Fig. Jamais dessus le trône on ne vit plus d'un maître ; Il n'en peut tenir deux, Racine, Théb. IV, 3. Votre mère, c'est bien cette France féconde Qui fait, quand il lui plaît, pour l'exemple du monde, Tenir un siècle dans un jour, Hugo, Crépusc. 1.

  • 61Se tenir, v. réfl. Se prendre, s'attacher à quelque chose. Se tenir à une branche. Si elle [l'âme] n'avait pas oublié Dieu, si elle avait toujours songé qu'elle est son image, elle se serait tenue à lui comme au seul appui de son être, Bossuet, la Vallière.

    Se tenir à cheval, être à cheval. Le duc d'Anjou et le duc de Guise lui aidèrent à monter à cheval, où elle se tenait avec une grâce admirable, La Fayette, Princesse Montpensier, Œuv. t. II, p. 300, dans POUGENS. Montons vite à cheval, quoique je ne puisse me tenir que sur une fesse, Voltaire, Cand. 9.

    Se tenir bien à cheval, y être ferme et de bonne grâce.

    Dans le sens opposé, s'y tenir mal.

  • 62Se tenir l'un l'autre. Se tenir par la main ; se tenir bras dessus, bras dessous. Vous êtes, ô vallon, la retraite suprême, Où nous avons pleuré, nous tenant par la main, Hugo, Rayons et ombres, 34.

    Fig. Se tenir par la main, être d'intelligence, se secourir l'un l'autre. Le parti des sages ne laisse pas d'être considérable… je vous le répète, mes frères, si vous vous tenez tous par la main, vous donnerez la loi, Voltaire, Lett. Helvétius, 12 déc. 1760.

    Fig. La dis grâce et la faveur se tiennent par la main, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 10 août, t. I, p. 123, dans POUGENS. Les beaux-arts, qui se tiennent comme par la main et qui d'ordinaire périssent et renaissent ensemble, Voltaire, Mœurs, 82. Toutes les sciences sont sœurs, a dit un ancien ; elles se tiennent toutes comme par la main, Cambacérès, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 9.

    Fig. Être dans une dépendance réciproque, en parlant de choses. Toutes les choses de la nature se tiennent et se prouvent les unes les autres, Malebranche, Rech vér. IV, 2. Le vrai, le bon et le beau se tiennent de bien près, Diderot, Essai sur la peint. ch. 6. Tout se tient dans la nature et dans la politique, Raynal, Hist. phil. IX, 27.

  • 63 Fig. Se tenir ou s'en tenir à une chose, ne vouloir, ne faire rien de plus, se borner à. Chacun le dit, et chacun s'en tint là, La Fontaine, Fauc. Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes, Tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes, Molière, Fem sav. I, 4. Philinte : Et pour votre procès, dont vous pouvez vous plaindre, Il vous est en justice aisé d'y revenir, Et contre cet arrêt… - Alceste : Non, je veux m'y tenir, Molière, Mis. v, 1. Nous ne nous tenons jamais au temps présent, Pascal, Pens. III, 5, éd. HAVET. Tenez-vous-en là, mon père, si vous m'en croyez, Pascal, Prov. IV. C'est ainsi qu'on raisonne [voir en tout la main de Dieu] quand on lève les yeux ; mais ordinairement on s'en tient aux pauvres petites causes secondes, Sévigné, 25 mai 1680. La reine d'Espagne se tient au traité des Pyrénées, qui est de ne point accabler ses alliés, Sévigné, 26 févr. 1672. Tenons-nous-en à croire fermement que personne n'est heureux, Sévigné, 15 juin 1680. Je m'en tiens à ma première maxime : quand on a affaire à un homme aussi violent et aussi brouillon que vous l'étiez, assassiner est le plus sûr, Fénelon, Dial. des morts mod. (Charles VII, Jean duc de Bourgogne). Qui change une fois, peut bien ne pas s'en tenir là, Lamotte, Minutolo, sc. 2. La philosophie, sire, respecte qui elle doit, estime qui elle peut, et s'en tient là, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 29 avril 1763.

    Savoir à quoi s'en tenir, n'être nullement incertain. L'Angleterre a tant changé qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir, Bossuet, Reine d'Angl. Moyennant l'embarras où je vais jeter le marquis, il faudra bien qu'il parle ; et je veux savoir à quoi m en tenir, Marivaux, le Legs, sc. 1.

    À certains jeux de cartes. Je m'y tiens, je suis content des cartes que j'ai ; je n'en demande pas d'autres. Vous y tenez-vous, ou voulez-vous d'autres cartes ?

    S'en tenir à son mot, s'arrêter, se fixer à ce qu'on a annoncé d'abord.

    S'en tenir à son mot, en parlant d'un marchand, ne vouloir rien rabattre du prix fixé tout d'abord.

    Se tenir à peu de chose, se tenir à peu, ne pas conclure une affaire, bien qu'il s'agisse de peu de chose pour qu'on soit d'accord. Ils se tiennent tous deux à peu de chose. Il se tient à vingt francs sur un marché de mille francs.

    On dit dans le même sens : Se tenir à rien, se tenir à très peu de chose.

  • 64Être, demeurer dans un certain lieu. Le chamois se tient sur les montagnes. La mère de Jésus et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, Marie Madeleine, se tenaient auprès de sa croix, Sacy, Bible, Év. St Jean, XIX, 25. Je ne prends aucune part dans ses affaires ; qu'elle se tienne de son côté et moi du mien, Bourdaloue, 12e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 287. Je suis né, disait-il, dans une ville fort petite ; et, pour l'empêcher de devenir encore plus petite, j'aime à m'y tenir, Rollin, Hist. anc. XXV, ch. II, I, 2. Elle ne se tenait chez elle que pour passer sa vie dans une oisiveté contemplative, Marivaux, Pays. parv. 4e part. Les hommes ne sont pas bons à grand'chose ; fripons ou sots, voilà pour les trois quarts ; et, pour l'autre quart, il se tient chez soi, Voltaire, Écoss. II, 5. Il est une race de rossignols beaucoup plus gros que les autres, laquelle se tient et niche dans les charmilles, Buffon, Ois. t. IX, p. 163. Et vous aussi, monsieur de Montmorency, tenez-vous quelques moments dans cette pièce-ci, Collé, Part. de chasse de Henri IV, I, 6. Il avait reconnu le roi, qui, en traversant la cour, lui ordonna de lui faire éviter les antichambres où se tenaient les domestiques, Genlis, Mlle de la Fayette, p. 225, dans POUGENS.

    Fig. Se tenir à sa place, rester, comme il convient, dans la situation qu'on occupe. Il ignore quelle est la place des autres ; mais il sent la sienne et s'y tient, Rousseau, Ém. III.

    Un tel se tient six mois à la campagne, et six mois à la ville, il passe six mois à la campagne et six mois à la ville.

    S'il est bien, qu'il s'y tienne, se dit, par dépit, d'un homme dont on entend vanter le bonheur.

    Quand on est bien, il faut s'y tenir, il ne faut pas changer légèrement, pour peu qu'on se trouve passablement dans son état.

    On dit de même : êtes-vous bien, tenez-vous-y. Te voilà bien, cadet, tiens-y-toi, Th. Corneille, Comte d'Org. v, 9.

    On dit aussi et mieux : tiens-t'y. Un seul serment suffit à la vie d'un homme ; tu en as déjà prêté un ; tiens-t'y, Ch. de Bernard, Gentilh. campag. II, 28.

  • 65Être, demeurer dans une certaine situation. Se tenir à ne rien faire. Se tenir debout, à genoux. Il se tient toujours propre. Se tenir à l'écart. Se tenant assise en votre maison, elle pleurera son père et sa mère un mois durant, Sacy, Bible, Deutéron. XXI, 13. Nous n'avons point voulu, de peur du personnage, Risquer à nous tenir ensemble davantage, Molière, Éc. des femmes, IV, 6. À chaque attaque [de la mort] il se tient prêt, et il attend le moment de sa délivrance, Bossuet, le Tellier. Allons, mademoiselle, tenez-vous droite, Picard, Cousin de tout le monde, sc. 4.

    Se tenir bien, se tenir mal, avoir un bon, un mauvais maintien. Voilà qui va le mieux du monde, et vous vous tenez à merveille [un peintre, à la personne dont il fait le portrait], Molière, Sicil. 12. Je ressemblais assez à une aimable petite fille, toute fraîche sortie d'une éducation de village, et qui se tient mal, mais dont les grâces encore captives ne demandent qu'à se montrer, Marivaux, Marianne, 1re part. Sa taille eût été grande et belle, si elle se fût mieux tenue, Rousseau, Confess. VIII.

    Il ne sait comment se tenir, il ne sait quelle attitude prendre.

    Tenez-vous en repos, se dit à une personne qui importune par des gestes incommodes ou trop libres.

    Fig. Tenez-vous en repos, soyez sans inquiétude. Pour nous, qui n'approfondissons pas tant les choses, tenons-nous en repos sur le tout : voulons-nous être plus savants que nos maîtres ? Pascal, Prov. III. Eh ! ma sœur, lui dit l'autre, tenez-vous en repos ; et vous, monsieur, ajouta-t-elle en m'adressant la parole, allez-vous-en, je vous prie, Marivaux, Pays. parv. 5e part.

    Fig. Se tenir les bras croisés, rester à ne rien faire quand il faudrait travailler

    Absolument. Se tenir, rester debout. Je voudrais bien me pouvoir dire à moi-même que je suis quelque chose, un grand homme. .. mais qui m'a dit que je me tiendrais, si j'étais plus haut ? Bossuet, Disc. vie cachée.

    Se tenir, signifie aussi demeurer tranquille. Le petit doigt de tatan lui dira que tu n'as jamais voulu te tenir pendant qu'on te frisait, et que tu as fait enrager la coiffeuse, Genlis, Théâtre d'éduc. Lingère, I, 6.

    Familièrement. Vous n'avez qu'à vous bien tenir, se dit par forme d'avertissement ou de menace à une personne qui a quelque mauvaise affaire. Vous l'avez offensé, il est vindicatif, vous n'avez qu'à vous bien tenir. Tu me parais une bonne pièce de ménage ; et le drôle qui t'aura n'aura qu'à se bien tenir, Legrand, Philanthrope, sc. 14.

    On dit de même : Tenez-vous bien, prenez garde, prenez les moyens de vous défendre.

  • 66Il se dit de certaines dispositions morales ou intellectuelles. Tenez-vous gaillard ; pour moi je me trouve depuis quinze jours plus mal que je n'ai jamais fait, Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 194. Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais la froide et l'indifférente, elle me recherche ; si elle se tient sur son quant-à-moi, je vas au-devant, La Fontaine, Pysché, II, p. 140. Mais, puisque sur le fier vous vous tenez si bien, Je garde ma nouvelle, et ne veux dire rien, Molière, Mélic. I, 3. Mais je les vois, monsieur, qui passent par ici ; Tenez-vous ferme au moins, Molière, Dép. IV, 2. Dans les fortunes médiocres l'ambition encore tremblante se tient si cachée qu'à peine se connait-elle elle-même, Bossuet, le Tellier. On sent qu'il se tient presque à regret dans les détails où son sujet l'entraîne, et que son esprit prend son vol dès qu'il le peut, et s'élève aux vues générales, Fontenelle, Leibnitz. Le seul remède à ses caprices [de la fortune], C'est de s'y tenir préparé, Rousseau J.-B. Odes, II, 4. Mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance, Montesquieu, Lett. pers. 161.
  • 67Avoir lieu, en parlant d'assemblées, de réunions. La foire se tient tous les ans ici. Le marché se tiendra demain. L'histoire courut si bien que, dès le lendemain, chacun sut dans le voisinage que le sabbat se tenait chez M. Noiret, Rousseau, Conf. VI. L'assemblée commence de très grand matin, elle se tient au théâtre de Bacchus, ou dans le marché public, ou dans une grande enceinte voisine de la citadelle, et nommée Pnyx, Barthélemy, Anach. ch. 14. Il s'est tenu ici une assemblée générale, Barthélemy, ib. ch. 82.
  • 68Se tenir, se contenir, retenir quelque mouvement de passion. J'ai peine à me tenir, et la main me démange, Molière, Tart. v, 4.

    Se tenir de, s'empêcher de. À peine se purent-ils tenir de pleurer. Vaugelas, Q. C. 298. Je veux bien que vous sachiez, car je ne me saurais tenir de vous apprendre toujours quelque chose…, Voiture, Lett. 193. Elle [Mme de Sévigné] est brusque et ne se peut tenir de dire ce qu'elle croit joli, quoique assez souvent ce soient des choses un peu gaillardes, Tallemant, Historiettes, Sévigny et sa femme. Acante ne se peut tenir de réciter certains couplets de poésie, La Fontaine, Psyché, I, p. 13. Monsieur, je vous demande pardon ; mais vous êtes si plaisant, que je ne saurais me tenir de rire, Molière, Bourg. gent. III, 2. Je ris incognito d'abord que je le vois ; Je ne puis m'en tenir, quelque effort que je fasse, Boursault, Fables d'Es. I, 1.

    Il se dit avec que et le subjonctif. Votre mari ne se tiendra jamais Qu'à sa maison des champs, je vous l'assure, Tantôt il n'aille éprouver sa monture, La Fontaine, Magnif.

    Fig. et familièrement. Se tenir à quatre, faire un grand effort sur soi-même pour ne pas éclater, pour ne pas se mettre en colère.

  • 69 Terme de marine. Se tenir au vent d'un navire ou d'un point quelconque, gouverner et manœuvrer de manière à se maintenir dans la position du vent, relativement à ce navire ou à ce point.

    Se tenir en travers, présenter le côté à la lame ou au vent, ou prendre la panne.

    Se tenir à la cape, se mettre et rester à la cape.

  • 70Se réputer, se croire. Ils sont morts, mais pour Albe, et s'en tiennent heureux, Corneille, Hor. v, 3. L'arbre tombant, ils seront dévorés ; Qu'ils s'en tiennent pour assurés, La Fontaine, Fabl. III, 6. Cet attachement dont la délicatesse de mon cœur se tenait offensée, Molière, Festin, I, 2. Et malgré nos malheurs je me tiens trop heureux D'avoir paré le coup qui vous perdait tous deux, Racine, Mithr. v, 4. J'ai fait mon profit de cette ode [du roi, sur la patience, à M. de Keiserling]… le remède opère sur moi tout aussi bien que sur votre goutteux ; car je me tiens tout aussi philosophe que lui, Voltaire, Lett. au pr. roy de Pr. 8 mars 1738. Je vous avoue que je me tiendrais bien malheureux, si je mourais avant d'avoir vu…, Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. nov 1736. Puisque la fière et redoutable maison d'Autriche a la modestie de se tenir pour battue, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 22 déc. 1762.
  • 71Être dit, prononcé. Les discours qui se sont tenus en cette occasion. Il s'est tenu beaucoup de propos sur son compte.
  • 72Être accompli, en parlant d'une promesse, d'un vœu. Mon vœu doit se tenir.

PROVERBES

Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, la possession d'un bien présent est préférable à la promesse d'un bien plus considérable. Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre, Et que tenir vaut mieux mille fois que d'attendre, Corneille, le Ment. IV, 6. Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l'auras : L'un est sûr ; l'autre ne l'est pas, La Fontaine, Fabl. v, 3.

Quand on est bien, on ne s'y peut tenir, le désir du changement fait qu'on s'ennuie de tout.

Il vaut mieux tenir que querir, proverbe altéré souvent en : il vaut mieux tenir que courir, c'est-à-dire la possession actuelle vaut mieux que la peine d'aller chercher.

Serrez la main, et dites que vous ne tenez rien, se dit à quelqu'un de qui on se moque, en faisant semblant de lui vouloir donner une chose qu'on ne lui donne pas.

Promettre et tenir sont deux, souvent on manque à ce qu'on a promis.

Il fait bon aller à pied quand on tient son cheval par la bride.

Autant pèche celui qui tient le sac que celui qui met dedans, ou autant vaut celui qui tient le veau que celui qui l'écorche, les complices d'un crime sont aussi punissables que l'auteur.

REMARQUE

1. Quand il tient impersonnel est suivi de que, il veut le subjonctif : Il tient à moi que cela se fasse, que cela ne se fasse pas. Il ne tiendra qu'à lui que le différend se juge par une bataille.

2. Il tient, dans une phrase négative ou interrogative, veut ne après le que : Il ne tint pas à eux que la ville ne fût démolie. Il ne tiendra qu'au roi qu'aux effets je ne passe, Corneille, Nic. I, 3. Voltaire, dans son Commentaire, dit, à tort, que le second ne est fautif ; mais ce ne peut être supprimé ; on trouve un exemple de cette suppression dans Voiture (voy. le n° 48).

HISTORIQUE

XIe s. Cil qui tenent lur terre à cense, Lois de Guill. 40. Li reis Marsilie la tient [Saragosse], ki Deu nen aime, Ch. de Rol. I. À St Michel [il] tendrat mult halte feste, ib. IV. Puis [il] recevrat la lei que nus tenum, ib. XV. Laissum les fols, as sages nus tenuns, ib. X. L'estreu [étrier] lui tint ses oncles Guinemer, ib. XXVI. Tenez, bel sire, dist Rolans à sun oncle, ib. XXVIII. Ne l'orrat [ouïra] hume [qui] ne t'en tienget por fol, ib. CLXVII. Geifreid d'Anjou ki l'enseigne teneit, ib. CLIX. N'escut ne bronie ne pout son colp tenir [résister au coup], ib. CCXLIII.

XIIe s. De vos [il] tenra Espagne à governer, Ronc. p. 7. Devers Espaigne ont lor voie tenue, ib. p. 69. Par cui il est amez et cher tenuz, ib. p. 81. Tenez mon gage, emperere puissant, ib. p. 187. Bien se tiennent andoi [tous deux], moult sont preu li vassal, ib. p. 193. Que cele où j'ai mon cuer et mon penser, [je] Tiegne une foiz entre mes bras nuete, Couci, VI. Dame, nul mal que j'ai [je] Ne tieng fors à leger, ib. VIII. Merci, amors, de ce qu'ele me deingne Tenir à sien…, ib. IX. Et si l'aim [je l'aime] tant de fin cuer sans feintise, Que [je] ne me puis tenir de li [la] prier, ib. X. Car fine amours tient mon cuer et maistroie, ib. XVI. Grant peché fait qui son homme veut prendre Par biau semblant monstrer, tant que bien tient, ib. XX. Je ne tieng pas l'amor à droit partie, Dont il convient morir ou trop amer, ib. XX. Prendre mari est chose à remenant ; N'est pas marchés qu'on laist quant [on] se repent ; Tenir l'esteut, soit lait ou avenant, Romancero, p. 73. Le premier roi de France fist Dex par son commant Couronner à ses anges dignement en chantant, Puis le commanda estre en terre son sergent, Tenir droite justice et la loi mettre avant, Sax. I. Li dux Miles se tint devers un cimitire [cimetière], Et voit environ li ses chevaliers occire, ib. x. Au jour du jugement, quant Dex tanra ses plais, ib. X. En pais [nous] tenons nos terres, ses [si les] faisons gaaignier [cultiver], ib. XVI. À Loon tint sa cort Charles, nostre justise [justicier], ib. XXIII. Vers nous ne se tenra forteresce ne tours, ib. XXVII. Qui que le tiegne à sens, je le tieg à folor, ib. XXVII. Car tost [nous] en seriens blasmé et vil tenu, ib. XXVIII. À cest conseil se sont tuit li prince tenu, ib. XXVIII. Dunc ad fait devant sei venir li reis Henris Les evesques, sis [si les] ad forment à raisun mis, E volt que il li tiengent ço qu'il li unt promis, Qu'il tendrunt les custumes e les leis del païs, Th. le mart. 40. E nis [même] li reis de France, ù il ot greignur fei, De ses beals oilz plura e se tint tut en sei, ib. 108. Tis peres nus tint mult dur e en grant destresce, Rois, p. 281. Paürs moi tinuet et tremblors, et totes mes osses furent espaüries, Job, p. 481.

XIIIe s. Mieus vaut un tien ne font deus qu'on atent, Adam de Givenci, dans l'Hist. litt. de la Fr. t. XXIII, p. 520. Cil quens [ce comte] Hues tenoit un castel à sa vie, qui avoit non le Dimot, Villehardouin, CXXXVI. Li quens de Blois et li quens de Saint-Pol, et toutes les autres gens qui à aus [eux] se tenoient, alerent à l'assaut, Villehardouin, LXXVI. Quant li Venicien virent le gonfanon Saint-Marc à terre, et la galie leur seigneur qui ot prise terre, si se tint chascun à honis s'il ne faisoit ausinc, Villehardouin, LXXIX. Tant tenoient li Grieu nostre gens près, qu'il ne pooient dormir ne reposer, ne mangier, ne boire, se armé non, Villehardouin, LXXVI. Il estoit prestre et tenoit la paroisce de la ville, Villehardouin, I. Et li distrent que il vint en Constantinoble pour tenir la pais tele come il deviseroient et einsi come il avoit asseuré, Villehardouin, CXXIV. Et leur donneroient pooir [aux messagers] par leur letres, que ce qu'il feroient seroit pleinement tenu, Villehardouin, VIII. Et à tous les jors de sa vie il tendra cinc cens chevaliers en la terre d'outremer à sa despense, qui garderont la terre, Villehardouin, LI. Nus [nul] qui vous a veüe n'esgardée Ne se porroit de vous louer tenir, Vidame de Chartres, Romanc. p. 115. À po [peu] tint que pechié m'encombra, Psautier, f° 86. Adonc tenoient Franc les Tyois pour amis, Berte, v. En son poing [il] tenoit nu le brant fourbi d'acier, ib. XI. Puisqu'ele est eschapée, au meilleur nous tenons [tenons-nous à ce qu'il y a de mieux], ib. XXIII. [Pinçon]. Qu'espervier fameilleus tient saisi en la groe, ib. XXXIII. Un vœu que je tenrai à tous jours, sans fausser, ib. XLIII. De ces noveles ci [je] me tiens à mal païe [satisfaite], ib. LXXII. Lors [il] ne se tenist mie, qui le deüst tuer [quand on devrait le tuer], Que son pooir [il] ne fasse de s'amour conquester, ib. CXII. Adont fu si liés qu'il ne vosist mie Dieu tenir par les piés, Chr. de Rains, 150. Que vos avez fait mainte guiche à maint oisel, à mainte biche, C'on ne se set à coi tenir, Ren. 1737. Estes-vos [voilà] un garçon corant, Deus levriers tint en une lesse, ib. 1207. Trop s'est de toi Honte esloingnie, Si ne s'est mie bien poignie [peinée] De toi garder et tenir court, la Rose, 3556. Envie est de tel cruauté, Qu'ele ne porte leauté à compaignon ne à compaigne, N'ele n'a parent, tant li tiengne, â cui el ne soit anemie, ib. 256. Si n'avoit el [Largesse] joie de rien, Cum quant el pooit dire, tien, ib. 1138. À Dedalus prennent exemple, Qui fist eles à Ycarus, Quant par art, non mie par us, Tindrent par mer voie commune, ib. 5245. Sous piés si cort les tient et donte…, ib. 5227. N'encor pas à tant ne s'en tiennent, Mais par tous les leus où il viennent, Blasmant les vont et diffamant, ib. 4931. Que nus ne soit si hardis qu'il die mot, et que tuit se taisent et tiengnent coi, Beaumanoir, LXIV, 11. Et comme se [sa] feme li eust donné en son testament se [sa] partie à tenir se [sa] vie [durant], et l'en pooit tel don fere par le [la] coustume de Biavoisis…, Beaumanoir, XII, 10. S'aucuns est semons por aidier lor signeur contre ses ennemis, il n'est pas tenus, s'il ne veut, à issir hors du fief ou des arriere fiés son seigneur, Beaumanoir, II, 11. Ce qui li [au roi] plaist à faire doit estre tenu por à loi, Beaumanoir, XXXV, 29. Nos prions à tos que l'on noz en veuille tenir por excusez, Beaumanoir, LXIV, Concl. Un cuncil general tenir, Edouard le conf. v. 1615. Or t'est il cheü ambes as, Or te tien à ce que tu as, Rutebeuf, II, 93. Et le Sarrazin avoit ostée sa touaille de sa teste, et osta son anel de son doy pour asseurer que il tenroit la treve, Joinville, 237. J'ai veu en cest païs aucuns desloiaus crestiens qui tenoient la loi des Beduyns, Joinville, 230. Se le roy ou les legaz vouloient envoier troiz cens chevaliers en Constantinoble, nous y estions tenu d'aler par nos seremens, Joinville, 212. Et sachiez que, au jour que je parti de nostre païz pour aler en la terre sainte, je ne tenoie pas mil livres de terre, Joinville, 208. À la paroy du cloistre où le roy mangoit, qui estoit environné de chevaliers et de serjans qui tenoient grant espace…, Joinville, 205. Du conte d'Anjou qui estoit en sa nef, se pleingnoit aussi à moy, qui nulle compaingnie ne li tenoit, Joinville, 253. Se tu vels savoir de un tonnel combien il tient, Comput, f° 21. … Cil est fox [fou], par saint Germain, Qui ce que il tient en sa main Giete à ses piez en non chaloir, Fabliaux mss. p. 221, dans LACURNE.

XIVe s. Et a esté [la doctrine]… tenue en grant autorité dès devant l'avenement de nostre Seigneur Jesuchrist, Oresme, Prol. Et Socrates se tenoit fort en cest argument, Oresme, Éth. 92. Et le juge est le prince ou celui qui tient le lieu du prince et qui le represente, Oresme, ib. 162. Et aucuns excellens et bien besoignans selon vie attive tiennent que felicité est honneur, Oresme, ib. V, 9. En sont venu à lui et se vont escriant : Amis, tenez-vous bien, secours arez poissant, Guesclin. 15840. Bertran, ce dit li princes, beaux sire, ce sera Tantost, se vous volez : fors qu'à vous ne tenra, ib. 13507. Et je mis mon doy sur le bout de la voine trenchée, et la tins si fort que riens ne yssoit, Lanfranc, f° 14, verso.

XVe s. Se femme as, qui soit apparens, Juene ou autre, qui ait parens, Et tu la veulz de près tenir, Deschamps, Miroir de mariage, p. 57. L'un veult couchier [au jeu], l'autre tenir, Jouer à beau ou à lait gieu, Deschamps, Poesies mss. f° 272. Vous, monseigneur duc d'Alanson, Vos gens et vostre artillerie, Y serez là pour tenir bon, Myst. du siege d'Orleans, p. 721. Il ne tient pas à nous, mais au roi et à son conseil…, Froissart, II, III, 18. [Après la bataille de Crécy, Édouard félicite son fils :] Vous estes mon fils, car loyalement vous vous estes hui acquitté ; si estes digne de tenir terre, Froissart, I, I, 294. Le roi de France manda ses freres… pour savoir à laquelle election de ces deux papes [Urbain et Clément] il se tenroit, Froissart, II, II, 48. Et fit [Charles V] un commandement especial par tout son royaume que on tenist Clement à pape, Froissart, II, II, 48. La bonne cité de Vennes, qui fermement se tenoit à la comtesse, Froissart, I, I, 176. Si richement vestue et atournée que chascun s'en esmerveilloit, et ne se pouvoit tenir de la regarder, et de remirer à la grande noblesse de la dame, Froissart, I, I, 165. Les deux mareschaux de l'ost passerent si près de la cité de Bauvais et des faubourgs, qu'ils ne se purent tenir qu'ils n'allassent assaillir et escarmoucher à ceux des barrieres…, Froissart, I, I, 275. Je tiens tant de vostre noblesse et de vostre loyauté que, se vous l'entreprenez, n'y faudrez nullement, Froissart, I, I, 47. Le siege qui fut devant Tournay fut grand et bien tenu, Froissart, I, I, 139. Les soudoyers de Bouchaing ardirent l'autre partie de la ville d'Ascon qui se tenoit françoise, Froissart, I, I, 113. Contre tous deux ne pourroit pié tenir ; Amour aussi est de leur aliance ; Nul ne tiendroit contre telle puissance, Orléans, Bal. 4. S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy Que ne soyons desormais en requoy, Orléans, Chanson 16. Quant ung amoureux escrira Son dueil, qui trop le tient de rire, Au plustost envoyé l'aura à celle qui est son seul mire, Orléans, Ball. 21. J'aimeroye, pour le cueur mien, Mieux que tu l'auras, un tien, Orléans, Rondeau. Mais ne tint pas le dit voyage, Bouciq. I, 13. Faisons leur assez mal souffrir, Tandis que nous les tenons, Nativ. de J. C. Quand Troylus vit le chevalier qui ne laissoit aller la damoiselle à la besongne, il luy en fist mal, et dist : Sire chevalier, vous n'estes pas bien courtois, que ne laissez aller la damoiselle. Beau sire, dist le chevalier, que tient il à vous ? Il en tient tant à moy, dist Troylus, que vous la laisserez aller, vueillez ou non, se occasion n'avez raisonnable, Perceforest, t. II, f° 65. Si tost que le roi sceut ce, il dit : Malle chose est de malle femme ; car aussi bien est deceu le riche que le poure ; je m'en scez bien à quoi tenir [je sais bien quel parti je prendrai], ib. t. v, f° 101. Entra en jalousie, pour ce que on disoit que le duc de Brabant son mary tenoit une gentille femme, Le Fevre de St Remy, Hist. de Ch. VI, p. 152, dans LACURNE. Et aussi telle opinion tiennent les Anglois, Commines, I, 3. Le conte de Charolois vouloit dire que de son vivant le roy ne les devoit rachapter, luy ramentevant combien il estoit tenu à sa maison durant qu'il estoit fugitif de son pere, Commines, I, 12. Le chasteau tint deux ou trois jours, Commines, III, 3. Luy priant qu'il tint la main que son maistre acceptast ce party, Commines, II, 15. Pour le tenir en craincte et en humilité, Commines, V, 18. La vertu de ceulx-là fit tenir bon à ce peuple, Commines, VI, 6. On avoit tenu parolles à ce duc de Cleves et autres de ce mariage, qui tous furent couroucez [le mariage ne se fit pas], Commines, V, 17. Et qu'il [Louis XI] ayme plus naturellement ceulx qui luy sont tenus, qu'il ne fait ceulx à qui il est tenu [dont il a reçu des services], Commines, III, 12. Estimoient ceste œuvre, et la tenoient à louenge, Commines, III, 12. Fist serment au roy, luy promettant tenir son party, Commines, I, 2. Et ne m'est pas advis que le sens d'ung homme sceut donner ordre… ne que les choses tinssent aux champs comme elles sont ordonnées en chambre [il s'agit de bataille], Commines, I, 3. Ceste opinion fut tenue [adoptée], Commines, II, 2. Jamais homme ne tint plus grande desloyauté, Commines, III, 4. Tant vaut tien que chose promise, Villon, Ball.

XVIe s. Ainsy s'en vont joyeusement, tenans le chemin de la Saullaye, Rabelais, Garg. I, 42. Picrocolle tint conseil toute la nuyct, Rabelais, I, 43. Aulcuns lui tindrent compaignie [à boire], Rabelais, I, 41. Noé, onquel tant sommes obligez et tenuz de ce qu'il nous planta la vigne, Rabelais, Pant. I, 1. Je vous ay jà dict tant de foys que vous ne me tenissiez plus telles paroles, Rabelais, ib. II, 21. Voyant Pantagruel que il s'amusoyt à tirer sa dicte masse, qui tenoyt en terre entre le roc, luy courut sus, Rabelais, ib. II, 29. Et croyez, que de ce cousté ne faillons de nous tenir sur nos gardes, car nous sommes souvent menassés, Marguerite de Navarre, Lett. CIX. Telles actions tiennent plus d'oultrecuidance que de…, Montaigne, I, 22. Nous ne pouvons estre tenus au delà de nos forces, Montaigne, I, 30. Nous ne tenons les uns aux aultres que par la parole, Montaigne, I, 36. Le roy avoit advisé d'y tenir prez du duc un gentilhomme, Montaigne, I, 38. Et ne teint à gueres qu'il n'en perdist la vie, Montaigne, I, 39. Je ne tiens plus si fort aux commodités de la vie, Montaigne, I, 81. Je tiens plus hazardeux d'escrire…, Montaigne, I, 103. S'il tient de mon humeur, il…, Montaigne, I, 167. Cette isle [l'Atlantide] tenoit plus de païs que l'Afrique et l'Asie ensemble, Montaigne, I, 231. Quand on ordonna que nous teinssions la teste descouverte en presence des dieux…, Montaigne, I, 260. Si nous tenions à Dieu par l'entremise d'une foy vifve…, Montaigne, II, 140. Platon dict tenir de Pindare cette croyance, Montaigne, II, 308. La meilleure regle que nous pussions tenir en ce fait, est d'imiter notre Seigneur Jesus Christ, Lanoue, 78. Cette nation tenoit encore de l'ancienne ferocité des Huns, Lanoue, 308. Pere Varad jesuite l'avoit tint long temps enfermé pour cette instruction, D'Aubigné, Hist. III, 299. Samuel tient son rang, juge et prophete sage, à qui ce peuple sot, friand de son dommage, Demande un roi, D'Aubigné, la Chambre dorée. Le langage qu'elle luy a teint encores à ce matin, Carloix, VI, 38. Il [l'historien] est comme un greffier tenant registre des arrests de la justice divine, Amyot, Préf. XII, 39. Je t'ay descript les moyens qu'il faut tenir pour administrer une chose publique, Amyot, ib. XXII, 50. Les premiers habitans qui tindrent le païs d'Attique, Amyot, Thés. 3. Les brigands, pendant qu'il passoit par les lieux où ilz se tenoient, se cachoient de peur, Amyot, ib. 7. Amy, tu tiens sans propos beaucoup de bons propos, Amyot, Lyc. 42. â cela ne tienne, que je ne declare moy mesme au roy ce que j'ay à luy dire, Amyot, Thém. 49. S'il ne tient qu'à cela…, Amyot, Coriol. 28. Le marché se tient à Rome de neuf en neuf jours, Amyot, ib. 29. Celuy peut hardiment nager, à qui l'on tient le menton, Cotgrave Qui tient se tienne, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TENIR. Ajoutez :
73 En termes de théâtre, tenir l'affiche, se dit d'un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent souvent sur l'affiche. M. Victorien Sardou est un de ces élus ; voici maintenant dix-sept ans bien comptés qu'il tient l'affiche, comme on dit dans le familier langage des coulisses, É. Montaigut, Rev. des Deux-Mondes, 1er mars 1877, p. 200.

HISTORIQUE

XIIIe s. Ajoutez : Encor dit le vilain en reprovier ses gas, Qu'assez vaut miex un tien que quatre tu l'auras, Aye d'Avignon, V. 2864.

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Tenir : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TENIR, v. act. neut. (Gram.) il y a peu de verbes qui ait un aussi grand nombre d’acceptions : il signifie posséder ; tenir une lettre, un livre, un pistolet, un glaive, l’encensoir, le sceptre, une place, la campagne, la vie d’un autre ; à la gorge, aux cheveux, en prison, par la main, à un mur, à un clou, à un filet, à un grand, à quelqu’un, par des liaisons, par intérêt, par amitié, par goût, par son poste ; à son roi, à sa maîtresse, à ses enfans, à sa femme, à son culte, à son gouvernement, à son pays, à ses maîtres ; contre la raison, la violence, la persécution, le mauvais tems, l’orage, le froid, la pluie, la chaleur ; de son pere, de sa mere ; du bleu, du jaune, du violet, de l’or, de l’argent, du cuivre, ou tel autre alliage ; chapitre, assemblée, conseil, concert ; la main à l’exécution, l’œil à la chose, sa parole, son serment, à l’humeur, à la vertu, à sa haine ; la plume, la caisse, la bourse, boutique, magasin, salle d’arme, auberge, académie, manege, table, son coin, son quant-à-moi, son sérieux ; un muid, une pinte, un grand nombre d’objets, beaucoup de monde, à ses frais & dépens, à gage, à titre d’écuyer, de femme de compagnie, en allarme, en joie, en suspens, la mer, un mauvais propos, un discours ingénieux & poli ; le dez, la conversation, la balle, la queue de la poële, &c. d’où l’on voit que de quelque maniere que ce verbe s’emploie, il marque toujours une sorte de jouissance ou de possession.

Tenir, dans le Commerce, a un très-grand nombre d’acceptions dont voici les principales.

Tenir port ; c’est rester un certain tems fixé par les réglemens de police dans les ports où les voituriers par eau arrivent pour y vendre les grains, bois, vins, charbons, &c. & autres denrées dont ils sont chargés. A Paris les voituriers par eau doivent tenir port quinze jours pour toutes sortes de marchandises à l’exception des vins pour lesquels ils les doivent tenir pendant un mois.

Tenir magasin, se dit des marchands en gros qui n’étalent pas leurs marchandises dans des boutiques sur la rue, mais qui les tiennent renfermées dans des magasins où ils les vendent en pieces ou balles. Voyez Magasin.

Tenir boutique ; c’est occuper une boutique, & y faire commerce de quelque marchandise. Voyez Boutique.

Tenir la caisse ; c’est chez les marchands, négocians & banquiers être préposé pour recevoir ou payer les sommes qui entrent dans la caisse ou qui en sortent, & d’en tenir registre. Voyez Caisse.

Tenir la banque ; faire le négoce d’argent qu’exercent les marchands banquiers. Voyez Banque.

Tenir les livres ; terme de négoce & de banque ; c’est avoir soin de porter & d’écrire sur des registres qui ont différens noms, suivant les usages auxquels ils sont destinés, les marchandises qui sont achetées ou vendues par un négociant, l’argent qui entre dans une caisse ou qui en sort, les dettes actives ou passives, & autres choses semblables, que nous avons amplement expliquées, aussi-bien que les différentes manieres de tenir les livres, tant en France que dans les pays étrangers sous le mot Livres. Voyez aussi Tenue de livres.

Tenir compte ; c’est faire entrer quelque marchandise ou quelque somme qu’on a reçue d’un autre dans le chapitre de la recette de son compte. Voyez Compte. Diction. de commerce.

Tenir, (Marine.) ce terme pris dans le sens général, est synonyme à prendre & à amarrer : mais il a différentes significations, suivant qu’il est joint avec un autre, comme on va le voir dans les articles suivans.

Tenir au vent, (Marine.) c’est naviguer avec le vent contraire.

Tenir en garant, (Marine.) Voyez Garant.

Tenir en ralingue, (Marine.) V. Ralingue.

Tenir la mer, (Marine.) c’est être & demeurer à la mer.

Tenir le balant d’une manœuvre, (Marine.) c’est amarrer le balant d’une manœuvre, afin qu’elle ne balance pas.

Tenir le large, (Marine.) c’est se servir de tous les vents qui sont depuis le vent de côté, jusqu’au vent d’arriere inclusivement. Voyez Largue.

Tenir le lit du vent, (Marine.) c’est se servir d’un vent qui semble contraire à la route. Voyez Aller a la bouline.

Tenir le lof, (Marine.) Voyez Lof.

Tenir le vent, (Marine.) c’est être au plus près du vent.

Tenir sous voiles, (Marine.) c’est avoir toutes les voiles appareillées, & être prêt à faire route.

Tenir un bras, (Marine.) c’est haler un bras & l’amarrer.

Tenir une manœuvre, (Marine.) c’est attacher une manœuvre ou l’amarrer.

Tenir a l’arbre, (Jardinage.) on se sert de ce terme pour les fruits qui ne tombent pas aisément de l’arbre, tels que les poires de Martin-sec, de franc-réal.

Tenir de chair, terme de Chamoiseur ; c’est donner aux peaux de mouton, de chevre, & autres peaux de cette sorte qu’on passe en huile ou en chamois, une façon sur le chevalet ; après qu’elles ont été effleurées, & avant que de les mettre à la riviere pour les faire boire. Cette façon se donne avec le couteau qu’on passe le plus ferme qu’il est possible sur les peaux du côté de la chair, afin d’en enlever tout ce qui pourroit être resté des premieres préparations, & par-là les rendre plus unies, plus douces & plus maniables. Quelques ouvriers appellent cette façon écharner. Savary. (D. J.)

Tenir a mont, termes de Fauconnerie, c’est lorsque l’oiseau se soutient en l’air pour découvrir quelque chose, on dit l’oiseau tient à mont.

Tenir la voie, c’est la suivre.

Tenir, v. n. (Trictrac.) c’est continuer de jouer après qu’on a gagné un ou plusieurs trous de son propre dé ; alors on a la liberté de rompre son jeu, de s’en aller, de recommencer tout de nouveau, ou bien de tenir, c’est-à-dire, de continuer le jeu dans l’état où chacun se trouve. Il est quelquefois bien dangereux de tenir, parce qu’on s’expose à une enfilade, & c’est une des choses des plus délicates de ce jeu, que de savoir tenir, ou s’en aller à-propos. Acad. des jeux. (D. J.)

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Étymologie de « tenir »

Étymologie de tenir - Littré

Berry, tiendre, tienre, tinre ; wallon, tini, tuni, tîr, têr ; prov. tener, tenir ; catal. tenir ; espagn. tener ; port. ter ; ital. tenere ; du lat. tenere.

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Étymologie de tenir - Wiktionnaire

Du latin tenere devenu *tĕnīre en latin populaire.
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Phonétique du mot « tenir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tenir tœnir play_arrow

Conjugaison du verbe « tenir »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe tenir

Citations contenant le mot « tenir »

  • "On va tenir le dispositif 24 heures sur 24 à raison de trois patrouilles permanentes, jours et nuits compris", assure Thierry Barel. "Cela fait une soixantaine de fonctionnaires, tout compris, sur l'ensemble du week-end. Sur des week-ends comme ça, c'est énorme".  Europe 1, Chassé-croisé sur les routes : les forces de l'ordre vont "tenir le dispositif 24h sur 24"
  • Le vote, qui doit désigner officiellement Donald Trump comme le candidat du Parti républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre, doit se tenir du 24 au 27 août. Le Monde.fr, La convention républicaine américaine pourrait se tenir sans la presse pour la première fois
  • L'essentiel est à mes yeux ceci : aimer un être n'est pas le tenir pour merveilleux, c'est le tenir pour nécessaire. De André Malraux
  • Les deux maximes de tout grand courtisan sont : toujours tenir son sérieux et ne jamais tenir sa parole. De Jonathan Swift / Instructions aux domestiques
  • Un infini de passions peut tenir dans une minute. De Gustave Flaubert / Madame Bovary
  • On ne fait pas tenir le monde derrière un front. De Paul Géraldy / Mea culpa
  • Se passionner pour tout et ne tenir à rien. De Jean-Louis Barrault
  • Mieux vaut donner sans promettre que promettre sans tenir. De Proverbe français
  • Mieux vaut tenir un lapin que poursuivre, un lièvre. De Proverbe occitan
  • Il est difficile de promettre, mais facile de tenir. De Jules Andrassy
  • Tenir l'univers dans ses bras, c'est tenir du vent. De Jean-Paul Fugère / Les Terres noires
  • Tenir une femme par sa parole, c'est tenir une anguille par la queue. De Miguel de Cervantès / Les nouvelles exemplaires
  • Promettre est la veille de tenir. De George Herbert
  • Mieux vaut tenir que courir. De Esope / Fables
  • Promettre et tenir sont deux. De Antoine Loisel
  • Le plus lent à promettre est toujours le plus fidèle à tenir. Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation
  • Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'as eu. Jacques Audiberti, L'Effet Glapion, Gallimard

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Traductions du mot « tenir »

Langue Traduction
Corse aspetta
Basque eutsi
Japonais つかまっている
Russe оставайтесь на линии
Portugais aguente
Arabe انتظر
Chinois 坚持,稍等
Allemand warten sie mal
Italien resisti
Espagnol espere
Anglais hold on
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Synonymes de « tenir »

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Antonymes de « tenir »



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