Abandonner : définition de abandonner


Abandonner : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ABANDONNER, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− [L'agent est normalement une pers.] Rompre le lien qui attachait à une chose ou à une personne.
1. [L'obj. est une chose]
a) [Le lien ant. avec l'obj. était un lien de possession réelle]
Renoncer à un pouvoir, à des droits, à la possession d'un bien ou à l'utilisation d'une chose :
1. La surcharge rendant la possession des terres onéreuse, l'humble propriétaire abandonna son champ, ou le vendit à l'homme puissant; et les fortunes se concentrèrent en un moindre nombre de mains. C.-F. de Volney, Les Ruines,1791, p. 72.
2. On dit [proverbialement] n'abandonnez pas les étriers, c'est-à-dire servez-vous bien des avantages que vous avez, ne les quittez point. J.-F. Rolland, Dict. du mauvais langage,1813, p. 1.
3. ... le 3 mai, des cris de Nab, posté à la fenêtre de sa cuisine, annoncèrent que la baleine était échouée sur le rivage de l'île. Harbert et Gédéon Spilett, qui allaient partir pour la chasse, abandonnèrent leur fusil, Pencroff jeta sa hache, Cyrus Smith et Nab rejoignirent leurs compagnons, et tous se dirigèrent rapidement vers le lieu d'échouage. J. Verne, L'Île mystérieuse,1874, p. 307.
4. ... la molesquine, (...), commença de lui coller aux chausses. On ne s'en aperçut, hélas! qu'à la fin de la séance, au moment qu'il voulut se lever. Vains efforts! Il tenait à la chaise, et la chaise tenait à lui. Son mince pantalon (nous étions en été) si l'étoffe en était un peu mûre, le fond allait y rester, c'était sûr; il y eut quelques secondes d'angoisse ... et puis, non! Sur un nouvel effort, ce fut la molesquine qui céda, doucement, doucement, abandonnant du sien, comme par conciliation. A. Gide, Si le grain ne meurt,1924, p. 459.
5. Oh! Mon père, mon père! Si je n'espérais pas que le ciel a quelque dessein sur moi, je mourrais ici de honte à vos pieds. Il est possible que vous ayez raison, que l'épreuve n'ait pas été poussée jusqu'au bout. Mais Dieu ne m'en voudra pas. Je lui sacrifie tout, j'abandonne tout, je renonce à tout pour qu'il me rende l'honneur. G. Bernanos, Dialogues des carmélites,1948, I, 4, p. 1579.
Rem. Dans l'ex. 2 l'emploi du verbe est fig.
Quitter un lieu, ne plus l'occuper; dans la lang. du dr.« abandonner le domicile conjugal », dans le lang. milit.« abandonner son poste » :
6. Julien vit le succès de son récit. Il comprit qu'il fallait tenter la dernière ressource : il arriva brusquement à la lettre qu'il venait de recevoir de Paris. − J'ai pris congé de monseigneur l'évêque. − Quoi, vous ne retournez pas à Besançon! Vous nous quittez pour toujours? − Oui, répondit Julien d'un ton résolu; oui, j'abandonne un pays où je suis oublié même de ce que j'ai le plus aimé en ma vie, et je le quitte pour ne jamais le revoir. Je vais à Paris ... Stendhal, Le Rouge et le Noir,t. 1, 1830, p. 219.
7. M. Clavier et Caroline rentrèrent dans le salon de plain-pied, dont ils prenaient ordinairement possession l'été, et qu'ils abandonnaient l'hiver à cause de la fraîcheur des murs. L. Gozlan, Le Notaire de Chantilly,1836, p. 4.
8. ... maintenant que le général de Wimpffen succédait au général Ducrot, le premier plan de nouveau l'emportait, l'ordre arrivait de réoccuper Bazeilles coûte que coûte, pour jeter les bavarois à la Meuse. N'était-ce pas imbécile de leur avoir fait abandonner une position, qu'il leur fallait à cette heure reconquérir? On voulait bien se faire tuer, mais pas pour le plaisir, vraiment! É. Zola, La Débâcle,1892, p. 277.
9. « Voilà mon Favery épouvanté. Une femme sur les bras, et, qui pis est, une femme bientôt divorcée, libre, qui allait exiger qu'on l'épouse... C'est alors qu'il a eu ce qu'il appelle lui-même son idée de génie. Il a écrit au mari : Monsieur, je reconnais que c'est pour me suivre que votre femme abandonne le domicile conjugal. Salutations. Favery. » R. Martin du Gard, Les Thibault,La Belle saison, 1923, p. 850.
10. Ils sont obsédés par la trahison. Non sans raison ... (...). − Si ce type abandonne son poste, il doit être fusillé. A. Malraux, L'Espoir,1937, p. 636.
Cesser de défendre une cause, renoncer à des principes, à une idée en la rejetant ou simplement en s'en séparant :
11. Ici, je vois répandre de dangereuses erreurs; ici je m'aperçois qu'on abandonne les premiers principes du bon sens et de la liberté, pour poursuivre de vaines abstractions métaphysiques. M. de Robespierre, Discours,1793, p. 506.
12. Cette école pythagoricienne (...) succomba sous les efforts des tyrans. Un d'eux brûla les pythagoriciens dans leur école; et ce fut une raison suffisante sans doute, non pour abjurer la philosophie, non pour abandonner la cause des peuples, mais pour cesser de porter un nom devenu trop dangereux, et pour quitter des formes qui n'auraient plus servi qu'à réveiller les fureurs des ennemis de la liberté et de la raison. A. de Goncourt, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain,1794, p. 49.
13. ... les croyances religieuses ne sont plus l'unique sphère dans laquelle s'exerce l'esprit humain; sans les abandonner, il commence à s'en séparer, à se porter ailleurs. F. Guizot, Hist. générale de la civilisation en Europe,1828, p. 27.
b) [Le lien avec l'obj. était un lien de possession seulement envisagé] Renoncer à poursuivre une action, une recherche; renoncer à une entr., à un projet. D'où l'expr. abandonner la partie, et abandonner en empl. absol., dans la lang. du sportavec le sens de « renoncer à poursuivre une compétition ») :
14. J'ai lu, dans je ne sais quel voyageur, que certains sauvages de l'Afrique croient à l'immortalité de l'âme. Sans prétendre expliquer ce qu'elle devient, ils la croient errante, après la mort, dans les broussailles qui environnent leurs bourgades, et la cherchent plusieurs matinées de suite. Ne la trouvant pas, ils abandonnent cette recherche, et n'y pensent plus. S. Chamfort, Maximes et pensées,1794, p. 17.
15. ... sous ses joies vivait un regret, celui de n'avoir pas tué. Quoi! Cette occasion de la guerre passerait donc en vain! Et cela lui laissait un sourd sentiment d'infériorité, analogue à celui qui lui venait jadis en songeant que sur le ring, dans les championnats d'amateurs, il avait battu de ses adversaires aux points, il en avait forcé d'autres à abandonner, mais jamais il n'avait pu réussir un knock-out. H. de Montherlant, Le Songe,1922, p. 78.
16. Bientôt, je me heurtai à des difficultés éternelles. Un jour presque entier consumé à faire, à défaire et à refaire quelque partie de mon poème, j'en ai pris ce dégoût désespéré que connaissent tous les artistes. L'artiste serait peu de chose, s'il n'était le jouet de ce qu'il fait. Je décidai d'abandonner la partie; je m'assurai qu'il fallait renoncer; et voulant rompre par un acte le triste enchantement qui m'enchaînait à mes ébauches, je me suis contraint de sortir. P. Valéry, Variété 5,1944, p. 121.
2. [L'obj. est une pers. (ou un être considéré comme tel); on laisse entendre qu'on mesure les conséquences résultant pour elle de la rupture du lien] Quitter qqn, s'en séparer; laisser qqn à lui-même, le laisser seul. (Anton. rester avec qqn, lui rester fidèle) :
17. ... je suis seul? ô Dieux! où sont donc mes amis Ah! ce cœur qui, toujours à l'amitié soumis, D'étendre ses liens fit son besoin suprême, Faut-il l'abandonner, le laisser à lui-même? A. Chénier, Élégies,Les Amours, amours diverses, 1794, p. 110.
18. ... il faut ordonner à l'âme non de se tirer à quartier, de s'entretenir à part, de mépriser et abandonner le corps (aussi ne le saurait-elle faire que par quelque singerie contrefaite), mais de se rallier à lui, de l'assister, le conseiller, le contrôler et le redresser quand il fourvoie, enfin l'épouser et lui servir de mari, à ce que leurs effets ne paraissent pas divers et contraires, ainsi accordants et uniformes ... etc. Maine de Biran, Journal,1815, p. 71.
19. Antoine, il faut le dire, avait quelque sujet de prétendre à l'attachement et à la fidélité des siens. Tous ceux qui le quittèrent ne se plaignaient point de lui, mais de Cléopâtre. Au moment de la bataille, son vieil ami Domitius l'ayant abandonné, Antoine lui renvoya généreusement ses serviteurs, ses esclaves, tout ce qui était à lui. J. Michelet, Histoire romaine,t. 2, 1831, p. 323.
20. Mes amis, dit-elle, en tournant le dos au docteur, allez me chercher un prêtre : je vois que le médecin m'abandonne. G. Sand, Lélia,1833, p. 64.
21. − Vous avez bien fait de me parler, vous avez bien fait de me prier; car j'allais former un autre plan et m'éloigner de vous. Mais votre âge me rassure, je vous rejoindrai, attendez-moi. − Quand cela? − Il faut que je calcule nos chances, laissez-moi vous donner le signal. − Mais vous ne m'abandonnerez pas, vous ne me laisserez pas seul, vous viendrez à moi, ou vous me permettrez d'aller à vous? A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 181.
22. − Je vais te faire une confidence, ajouta-t-il (...), si ce nom seul m'émeut, ce nom de Suresnes, c'est que là demeure celle que j'aime, la femme que j'aime, ma femme, mon épouse, mon épouse qui m'a quitté, qui m'a abandonné, qui m'a plaqué car elle m'a laissé tomber la garce, après dix ans de mariage, la méchante, la vilaine, mais je l'aime toujours, ... R. Queneau, Loin de Rueil,1944, p. 84.
23. Nous pensons, au contraire que des principes trop abstraits échouent pour définir l'action. Encore une fois, prenez le cas de cet élève; au nom de quoi, au nom de quelle grande maxime morale pensez-vous qu'il aurait pu décider en toute tranquillité d'esprit d'abandonner sa mère ou de rester avec elle Oui, il n'y a aucun moyen de juger. Le contenu est toujours concret, et par conséquent imprévisible; il y a toujours invention. J.-P. Sartre, L'Existentialisme est un humanisme,1946, p. 85.
Except. l'agent peut être un inanimé :
24. Je vous en prie, écrivez-moi. Moi qui ne croyais pas à l'influence du physique, je sens que mes inquiétudes sont accrues par l'état où je suis, et que mes forces sont prêtes à m'abandonner quand vous ne les soutenez pas. G. de Staël, Lettres inédites à Louis de Narbonne,1792, p. 38.
25. Chant de Minona. Colma. Loin de moi Salgar est errant; Par-tout règne la nuit profonde; Sous mes pieds mugit le torrent, Sur ma tête la foudre gronde, Pas un asile où me cacher; Tout me délaisse et m'abandonne. Je suis seule sur le rocher Que la sombre mer environne. P.-M.-F.-L. Baour-Lormian, Ossian,Les Chants de Selma, 1827, p. 115.
3. Abandonner un cheval « laisser aller librement un cheval en relâchant les rênes » (cf. Ac. 1932) :
26. Il n'est pas moins dangereux d'abandonner un cheval de trait. Les chevaux (...) venant à tomber peuvent se couronner, et même se tuer. F. Cardini, Dict. d'hippiatrique et d'équitation,t. 1, 1848, p. 12.
B.− [Avec un obj. second. toujours précédé de à introduisant l'idée de « confier, remettre ou livrer à »]
1. Laisser à qqn la possession ou le soin d'un bien (ou d'une pers.), laisser qqc. à l'entière disposition de qqn. Noter l'expr.abandonner à qqn le soin de faire qqc. :
27. Si c'est la femme survivante qui a, moyennant une somme convenue, le droit de retenir toute la communauté contre les héritiers du mari, elle a le choix ou de leur payer cette somme, en demeurant obligée à toutes les dettes, ou de renoncer à la communauté, et d'en abandonner aux héritiers du mari les biens et les charges. Code civil, 1804, p. 282.
28. Elle pourrait m'abandonner tout son être et même me donner son cœur sans m'arracher à ce désespoir qui grandit à mesure que je l'approche. J. Bousquet, Traduit du silence,1936, p. 248.
29. ... je pris soudain conscience de ceci : que j'avais assis mon humaine souveraineté sur un crime, de sorte que tout ce qui s'ensuivait en fût conséquemment souillé non seulement toutes mes décisions personnelles, mais même celles des deux fils à qui j'abandonnai la couronne; car je me démis aussitôt de la glissante royauté que m'avait octroyée mon crime. A. Gide, Thésée,1946, p. 1452.
30. ... le texte de l'accord équivalait à une transmission pure et simple de la Syrie et du Liban aux Britanniques. Pas un mot des droits de la France, ni pour le présent, ni pour l'avenir. Aucune mention des états du Levant. Vichy abandonnait tout à la discrétion d'une puissance étrangère et ne cherchait à obtenir qu'une chose : le départ de toutes les troupes, ainsi que du maximum de fonctionnaires et de ressortissants français. Ch. de Gaulle, Mémoires de guerre,L'Appel, t. 1, 1954, p. 164.
31. Nos rapports se situaient dans une sphère limpide où ne pouvait se produire aucun heurt. Il ne se penchait pas sur moi, mais me haussait jusqu'à lui et j'avais la fierté de me sentir alors une grande personne. Quand je retombais au niveau ordinaire, c'est de maman que je dépendais; papa lui avait abandonné sans réserve le soin de veiller sur ma vie organique et de diriger ma formation morale. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 39.
2. Laisser qqc. ou qqn en proie à qqc. (gén. une force hostile). [Noter l'expr. abandonner un ecclésiastique au bras séculier, « le renvoyer au juge laïque afin qu'il le punisse selon les lois » (cf. Ac. 1932, et hist. II A 2)] :
32. Scipion se retira derrière le Pô, derrière la Trébie, abandonnant aux ravages les terres des Gaulois, qui restaient fidèles aux Romains. J. Michelet, Histoire romaine,t. 2, 1831, p. 17.
33. La loi romaine, qui était celle de tous les ecclésiastiques sans distinction de race, punissait de mort l'imputation calomnieuse d'un crime capital, tel que celui de lèse-majesté; cette loi fut appliquée dans toute sa rigueur, et le synode porta contre le clerc Rikulf une sentence qui l'abandonnait au bras séculier. A. Thierry, Récits des temps mérovingiens,t. 2, 1840, p. 287.
34. ... dès qu'un Rebendart de la seconde zone avait volé, déserté, ou violé, le Rebendart ministre venait lui-même au prétoire témoigner contre lui et publiquement le renier. Il est mieux vu d'abandonner un enfant au bagne qu'à l'assistance. Cette vaniteuse humilité suffisait au jury qui acquittait largement. De sorte qu'une espèce d'impunité était octroyée en fin de compte à tous les Rebendart et que leurs écarts publics, vol, grivèlerie, ou exhibition, restaient des affaires et des fautes de famille. J. Giraudoux, Bella,1926, p. 57.
II.− Emploi pronom. S'abandonner
A.− Emploi absolu
1. [Correspond à abandonner qqn au sens de « le laisser à lui-même, le laisser seul »] :
35. La Gazette perd les royalistes et la France et l'Europe entière, et ils méritent d'être perdus, des hommes qui s'abandonnent eux-mêmes et revient leur propre existence comme citoyens. A. de Lamartine, Correspondance,1831, p. 175.
36. Il [Lamartine] s'est abandonné lui-même, il gît dans une solitude qui semble au premier regard un désert de prosaïsme, il a depuis longtemps abdiqué. M. Barrès, Les Maîtres,1923, p. 234.
2. Se laisser aller.
a) Renoncer à agir, à lutter. Anton. résister, se défendre :
37. Eh bien! la passion était fatale, Hélène ne se défendait plus. Elle se sentait à bout de force contre son cœur. Henri pouvait la prendre, elle s'abandonnait. Alors, elle goûta un bonheur infini à ne plus lutter. É. Zola, Une Page d'amour,1878, p. 906.
38. Songe à ces petits Français, nés dans des maisons en deuil, à l'ombre de la défaite, nourris de ces pensées découragées, élevés pour une revanche sanglante, fatale, et peut-être inutile : car, si petits qu'ils fussent, la première chose dont ils avaient pris conscience, c'était qu'il n'y a pas de justice, il n'y a pas de justice en ce monde : la force écrase le droit! De pareilles découvertes laissent l'âme d'un enfant dégradée ou grandie pour jamais. Beaucoup s'abandonnèrent : ils se dirent : « puisque c'est ainsi, pourquoi lutter? Pourquoi agir? Rien n'est rien. N'y pensons pas. Jouissons. » − Mais ceux qui ont résisté sont à l'épreuve du feu; nulle désillusion ne peut atteindre leur foi : ... R. Rolland, Jean-Christophe,Dans la maison, 1909, p. 988.
b) Renoncer à la surveillance ou à la possession de soi-même (anton. se tenir); se laisser aller (plan moral), en partic. laisser aller son corps (se donner, dans le lang. de l'amour), son âme, son esprit :
39. Gisors, du 6 au 24 septembre. C'est ici un lieu où je m'épanouis. J'y suis à l'aise. J'y amuse et je m'y amuse. J'y ai de l'assurance, de la gaieté, de l'esprit et de tous les esprits, − du gros surtout. Je fais des imitations, des queues de mots, des bêtises, tout ce qui délasse une pensée tendue et une langue obligée de se surveiller. Je me détends et je m'abandonne. Ce sont les vacances de ma tête et de mon caractère. Il y a un grand enfant en moi, que je lâche dans cette maison qui m'a vu petit. E. et J. de Goncourt, Journal,sept. 1859, p. 629.
40. ... la communauté des plaisirs, des toilettes, des promenades, a fait la ligne de démarcation si mince et si facilement franchie ... entre une lorette qui se tient et une marquise qui s'abandonne, que les plus experts, à première vue, peuvent s'y tromper ... A. Daudet, Jack,t. 1, 1876, p. 13.
41. ... elle [Benedetta] ne voulait s'abandonner qu'en légitime union. Et quelle torture, pour cette âme enflammée, que de résister à son amour! Quel continuel combat du devoir, du serment fait à la Vierge, contre la passion ... É. Zola, Rome,1896, p. 166.
42. laurency, posant son casque sur la table. − Pourquoi rit-elle clotilde. − Je ne sais pas. Elle est très enjouée, maintenant, avec moi. Elle a compris que je ne lui voulais pas de mal. laurency. − Elle ne se défie plus. Elle s'abandonne. Toi, ne t'abandonne pas trop. Ne te confie pas à elle. H.-R. Lenormand, Le Simoun,1921, p. 93.
c) Ne plus prendre soin de soi-même, se négliger :
43. Hélène, (...) était tellement changée, que les époux ne purent, à sa vue, retenir un mouvement de surprise. Elle devait s'abandonner, négliger de se teindre et de se maquiller. Ce n'était plus la poupée d'enfant devenue vieille, aux joues luisantes de fard, aux sourires puérils; c'était une pauvre femme dont les cheveux gris et la face ridée exprimaient une tristesse sale et honteuse. É. Zola, Madeleine Férat,1868, p. 254.
44. Il est évident qu'il s'est produit dans sa vie, en ces années 1812-1813, une catastrophe sentimentale, − la plus pénible de celles que l'amour lui a réservées, − et qu'il en est sorti brisé. (...). Il se néglige. Il s'abandonne. Il n'a plus goût à rien. R. Rolland, Beethoven,t. 1, 1903, p. 73.
[L'agent peut aussi être une partie du corps] :
45. ... il ne s'aperçut pas de la torpeur qui s'emparait de lui : ses muscles se détendirent, ses épaules s'abandonnèrent contre le mur : il dormait. R. Martin du Gard, Les Thibault,La Belle saison, 1923, p. 883.
B.− S'abandonner à.Se donner, se confier, se livrer à.
1. S'abandonner à qqn :
46. O mères! Apprenez donc à vos enfants à prier dès qu'ils savent cueillir un fruit : leur reconnaissance envers Dieu assurera leur reconnaissance envers vous. Accoutumez-les, au lever et au coucher du soleil, à élever leurs mains et leur cœur vers le ciel. Qu'ils prient en ouvrant et en fermant leurs yeux à la lumière; qu'ils se fassent une douce habitude de mettre leur confiance en Dieu, et de s'abandonner à lui dans toutes les actions de leur vie. J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 133.
2. S'abandonner à qqc. :
RELIG. S'abandonner à la miséricorde de Dieu, à la grâce divine :
47. − L'important, c'est de se mettre dans la miséricorde de Dieu, et de s'y abandonner en toute confiance, par le sentiment d'un amour vrai et humble qui chasse la crainte, d'un amour confiant de cette bonté, de cette miséricorde infinie. Il est impossible de n'y pas croire de ne pas l'aimer, de ne pas s'y confier. F.-A.-P. Dupanloup, Journal intime,1873, p. 340.
48. Toute l'économie de notre sanctification personnelle se ramène à cette règle unique : se prêter, s'ouvrir, s'abandonner à la grâce, ... H. Bremond, Hist. littéraire du sentiment religieux en France,t. 3, 1921, p. 133.
expr. dial.-région. s'abandonner aux mouches :
49. Abandonner (s'), v. réf. − S'abandonner aux mouches, − ne plus avoir de souci de sa personne ou de ses intérêts; être dégoûté de tout; jeter le manche après la cognée. Verr.-On.1908.
[S'abandonner] à un état, un sent., un plaisir, une passion, une action. Noter la constr. s'abandonner à faire qqc. :
50. Je voudrais savoir si vous finirez par avoir tout à fait de la confiance en moi, si vous vous abandonnerez à m'ouvrir tout à fait votre âme. G. de Staël, Lettres diverses,t. 2, 1793, p. 511.
51. ... ne vous interdisez pas non plus tout à fait ces pensées graves et tristes, quand la nature ou le spectacle de la société vous les envoie. (...). Il est donc bon de sentir la mélancolie dont vous parlez; il serait faible de s'y abandonner sans résistance. Et le moyen d'y résister, c'est de considérer le but nécessairement plus élevé et nécessairement religieux donné par le créateur à notre destinée. A. de Lamartine, Correspondance,1832, p. 244.
52. Il n'y avait plus guère que le chevalier de Lacy, dont l'habitation était distante d'une lieue environ, qui la vînt visiter une ou deux fois par semaine. Et encore n'était-ce que lorsque le digne gentilhomme n'avait pas la goutte lui-même, ou que la chasse était fermée; car, tant qu'il pouvait se livrer à son exercice favori il s'y abandonnait avec passion et négligeait sa vieille voisine, ... P.-A. Ponson du Terrail, Rocambole,t. 1, L'Héritage mystérieux, 1859, p. 407.
53. Je comprenais la vanité de toute intention, de toute poursuite, de tout vouloir. Dans une voluptueuse détresse, je renonçais, je m'abandonnais à ma lassitude, je me confiais en ce repos qui est la mort ou l'éternité. J. Rivière, Alain-Fournier, Correspondance,lettre de J. R. à A.-F., oct. 1906, p. 287.
54. ... je ne vois pas beaucoup de différence entre un homme qui s'abandonne à la colère et un homme qui se livre à une quinte de toux. Alain, Propos,1912, p. 144.
55. Loin de m'abandonner à une amertume diffuse, je pris de face ma tristesse. Ainsi elle offre sa figure forte et l'on a toujours avantage à se confronter à cet aspect d'une puissance dont il faut redouter la nature insaisissable. H. Bosco, Le Mas Théotime,1945, p. 120.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [abɑ ̃dɔne], j'abandonne [ʒabɑ ̃dɔn]. Enq. : /abɑ ̃do2n/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : abandon- : abandonnataire, abandonnateur (-atrice), abandonné, abandonnement, abandonnément, abandonneur, abandonnique. 3. Forme graph. − L'adj. abandon(n)ique, récemment entré dans la lang., est noté ds le Vocab. de la psychanalyse (Lapl.-Pont. 1967, p. 273), ds Pt Lar. et le suppl. du Lar. encyclop. avec redoublement de l'n p. anal. avec les autres mots de la famille. Selon les principes de Thimonnier, le redoublement de n ne répond pas au syst. orth. du fr., le suff. -ique étant d'orig. sav. (cf. -on). 4. Hist. − Le mot apparaît sous sa forme graph. actuelle dès le xiies. (cf. ex. étymol.); cette graph. est attestée régulièrement ds les dict. dep. Cotgr. 1611. En a. et m. fr., on trouve sans redoublement de consonne : abanduner (xies., cf. étymol.), abandoner (xiiies., cf. étymol.). Pour les formes du type abbandonner, cf. Nicot 1606. − Rem. Fér. Crit. t. 1 1787 emploie comme vedette la forme mod. abandonner avec la rem. ,,(ou abandoner, avec une seule n).``
ÉTYMOLOGIE I.− Trans. 1. Obj. inanimé a) ca 1100 le frein abanduner « lâcher la bride » (Rol., éd. Bédier, 1536 : Brochet le [ceval], le frein li abandunet), d'où part. prés. « à disposition » (ibid., 1522 : Seint pareis vos est abandunant); 1207 abandonner que « permettre que » (Villehard., éd. Wailly, 377 ds Gdf. : Li marchis li abandona qu'il i alast); b) 1165-70 « mettre en activité, appliquer » (Chrét. de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 6110 : Erec le [cor] prant et si le sone; tote sa force i abandone); 1225-30 abandonner la lance en « enfoncer la lance dans » (Beuve d'Hanst., Vat. chr., 1632 ds Gdf. : el cors li a la lance abandoné); 2. obj. animé a) début xiies. « laisser aller (un cheval) la bride sur le cou » (Mon. Guill., Bibl. nat., 368, ibid. : Parmi la presse son cheval abandonne); b) ca 1200 « livrer (une femme) à la débauche » (Jourdains de Blaivies, éd. Hofmann, 3368 ds T.-L. : a un bordel sera mise et boutee, Lors si sera a touz abandonnee); xves. « laisser (qqn) à lui-même » (Cent Nouvelles nouvelles, Bartsch., 92, 3 : qu'il abandonne sa belle et bonne femme). II.− Réfl. a) ca 1100 s'abandonner de « se laisser aller à » (Rol., éd. Bédier, 390 : Kar chascun jur de mort s'abandunet); emploi absolu 1160-70 « se livrer (en parlant d'une femme) » (Wace, Rou, éd. Andresen, 2845 ds T.-L. : Tute se pout abanduner Senz sa chemise reverser); b) ca 1100 s'abandoner a « se précipiter vers » (Rol., 928 : Franceis murrunt si a nus s'abandunent), emploi absolu 1160-70 « s'exposer au danger » (Wace, ibid., 3917 d'apr. Keller, Vocab. Wace, 250b : Trop vus abandunates si feïstes folie). Dér. de abandon*. HIST. − Mot entré très tôt dans la lang. (xiies., cf. étymol.) et attesté régulièrement jusqu'à nos jours. Offrant dès l'orig. une grande richesse sém., il donne lieu à de nombreux emplois (surtout à partir du xviies.) dont la plupart subsistent. I.− Accept. disparues av. 1789. − A.− Trans. − 1. « Mettre en activité, appliquer »; attesté uniquement au xiies. (1165-60, cf. étymol. I 1). 2. « Permettre que »; attesté régulièrement du début du xiiieau début du xves. (cf. étymol. I 1 b et 5 ex. ds Gdf.). 3. Abandonner en « enfoncer dans »; une seule attest. au xiiies. (1225-30, cf. étymol. I 1). B.− Réfl. − S'abandonner à « se précipiter vers », emploi absolu « s'exposer au danger », attesté dep. le xiies. (cf. étymol. II b) jusqu'au début du xves. : Onques sanglier escumant ne loup enragé plus fierement ne s'abandonna. Hist. de Boucicaut [1409], I, 24, Buchon (Gdf.). Se rencontre fréquemment au xives. surtout ds Froissart (cf. 5 ex. ds Gdf.). II.− Accept. attestées apr. 1789. − Nombreuses et anc. pour la plupart (xiies.), elles ont pour composante dominante une idée de recherche d'autonomie, obtenue par une rupture de liens, par une séparation; d'où la valeur dépréc. du verbe (xviies.). Ainsi abandonner évolue-t-il non sans anal. avec abandon dont il est dér. A.− Trans. − 1. Abandonner, cf. sém. I A. Ca 1100 « lâcher la bride » (cf. étymol. I 1 a), abandonner les rênes, une corde; début xiies. « lâcher en liberté, laisser courir » en parlant d'animaux (cf. étymol. I 2 a et ds Gdf.); d'où au xviies. « lâcher, laisser échapper » notamment un cheval attelé (FEW). Dans un sens analogue apparaissent un emploi techn. en fauconn. : abandonner l'oiseau « le lâcher dans la campagne » (Fur. 1690 et sqq), arch. de nos jours, et l'expr. proverbiale et fam. abandonner les étriers « retirer les pieds de dedans les étriers », empl. souvent au fig. : n'abandonnez pas les étriers « servez-vous bien des avantages que vous avez » (de Fur. 1701 à Lar.). xiies. et sqq « quitter, délaisser entièrement »; dep. le xves. abandonner une affaire « ne pas continuer à s'occuper de » (FEW), d'où abandonner son poste, la partie, etc. (cf. sém.), et en partic. dep. le xxes. (cf. Lar.; mais déjà : ,,La victoire est revenue à Sébille, car Rouault a dû abandonner au quatrième round.`` La vie au grand air, 5 mai 1904, p. 357) « renoncer » terme de sport peut-être par l'intermédiaire de la lang. des jeux; xves. et sqq. aussi « laisser (qqn) à soi-même » (cf. étymol. I 2 b in fine), d'où « quitter qqn, s'en séparer » (abandonner ses enfants, un malade, etc. cf. sém.); xvies. (1553 ds FEW) « venir à manquer de » en parlant des forces phys. et morales, toujours attesté (cf. Besch. 1845, Littré, DG, Rob.). − Rem. A signaler dans le même sens 2 emplois techn. de faible vitalité : anc. jurispr. (Ac. Compl. 1842) « faire un abandon, un abandonnement » (sens conforme à l'étymol., alors que le verbe est davantage usité dans des accept. moins spécialisées; toutefois abandonner [p. ex. le domicile conjugal] peut appartenir à la lang. jur.), et mar. (Lar. encyclop.) : abandonner son bâtiment « le quitter après avoir sauvé l'équipage; en faire le délaissement aux assureurs ». 2. Abandonner... à, cf. sém. I B. xiies. et sqq : abandonner (qqc. ou qqn) à (qqn ou qqc.) « mettre à son entière disposition, laisser agir en toute liberté » (FEW); « exposer à, livrer à », prenant le sens partic. de « livrer à la débauche » ca 1200 (cf. étymol. I 1 b), qui s'emploie plus souvent avec le pron. pers. (cf. inf.); xviiies. [Ac. 1718-Lar., cf. FEW] « remettre, confier à », etc. (cf. ex. 35 à 44). Avec ce sens, les expr. abandonner au bras séculier « remettre un ecclésiastique au juge laïc », ou, proverbial et au fig. : abandonner (de la nourriture, etc.) au bras séculier « laisser à la discrétion des domestiques après s'être servi » se disent dep. Fur. 1690, l'une désignant une réalité jusqu'à Ac. 1798, et ne subsistant plus ensuite dans les dict. qu'avec une valeur hist., l'autre n'étant plus attestée au-delà de Ac. 1835. Ac., 1835 et sqq : abandonner un point à qqn, « le lui concéder ». B.− Réfl. − 1. Ca 1100 et sqq : s'abandoner de « se laisser aller à » (cf. étymol. II a); d'où, au xiiies. (1270, cf. FEW) et sqq, s'abandonner à, « se livrer à »; à partir du xvies. (1553, cf. FEW) « s'en remettre à qqn, à sa volonté » ensuite « se confier à »; dep. le xviies. (1636, Monet ds FEW) s'abandonner à la fortune, à un sentiment, etc. (cf. sém. II B). 2. S'abandonner, empl. absolument, connaît certaines accept. partic. : 1160-70 et sqq « se prostituer », désuet de nos jours (peut se construire aussi avec un compl.); xviies. (1636, Monet ds FEW) « se négliger dans son maintien, dans son habillement », encore en usage (cf. ex. 56 à 58); dep. le xviies. aussi (cf. FEW) « se laisser aller à des mouvements naturels », d'où « se détendre »; en outre, au xixes., en parlant d'un orateur qui se lance sans ménagement dans l'improvisation, ou à propos d'un enfant qui commence à faire ses premiers pas (cf. Littré); au xixes. s'abandonner « ralentir sa marche (en parlant d'un cheval) » est mentionné ds Littré comme terme d'équit.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 7 249. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 11 018, b) 9 573; xxes. : a) 9 584, b) 10 532.
BBG. − Banque 1963. − Baudr. Chasses 1834. − Chabat 1875-76. − Dupin-Lab. 1846. − Gramm. 1789. − Jal 1848. − Marcel 1938. − Remig. 1963. − Soé-Dup. 1906. − Théol. cath. 1909. − Will. 1831.

Abandonner : définition du Wiktionnaire

Verbe

abandonner \a.bɑ̃.dɔ.ne\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’abandonner)

  1. Ne plus vouloir de quelque chose ou de quelqu’un.
    • Les uns allaient rendre leurs armes ; d'autres, qui les avaient abandonnées déjà, marchaient silencieusement, les mains ballantes. — (Paul et Victor Margueritte, Le Désastre, p.451, 86e éd., Plon-Nourrit & Cie)
    • Me voici un dimanche à Saint-Pol-de-Léon et je constate à regret que presque toutes les jeunes Léonardes ont abandonné le costume de leurs mères. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Et quelle meute de chiens enragés autour de toi, dès l'instant où l'on saura que la reine t'abandonne ! — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Son fils ainé Claude de Rochebaron abandonna le château de Montarcher devenu ruineux, pour la maison-forte nouvellement construite de Marandière, à Estivareilles, où se voient ses armes et la date de 1468. — (Édouard Perroy, Les familles nobles du Forez au XIIIe siècle: essais de filiation, tome 2, Saint-Étienne : Centre d’Études Foréziennes & Montbrison : La Diana, 1977, p. 683)
  2. Remettre à la discrétion de quelqu’un, de quelque chose.
    • Le service militaire, qui avait été un devoir de la noblesse, était abandonné à ceux qui ne pouvaient faire l’achat d'un remplaçant. — (Général Ambert, Récits militaires : L’invasion (1870), page 240, Bloud & Barral, 1883)
    • Toutefois comme il ne voulait pas abandonner dans les eaux de la tribulation le jeune paroissien de son confrère, il lui donna quelques salutaires encouragements. — (Louis Pergaud, L’Argument décisif, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  3. Laisser.
    • On ne doit employer le crud-ammoniac qu’après l’avoir abandonné à l’air pendant un certain temps, ou l’avoir répandu dans le sol plusieurs mois avant les semailles ou plantations. — (Louis Grandeau, Rapports du Jury International, 5e partie: Agriculture, Horticulture, Aliments, vol.2, p.320, 1906)
    • Les horlogers purifient l'huile d'olive, pour graisser les rouages délicats des montres , en y introduisant une lame de plomb dans une bouteille bouchée, qu'ils tiennent exposée au soleil. Peu à peu l'huile se couvre d'une masse caséiforme, qui se dépose ensuite au fond du vase , et abandonne l'huile limpide. — (Francois-Vincent Raspail, Nouveau système de Chimie organique fondé sur des méthodes nouvelles d'observation, Paris : J.-B. Baillière, 1833, p.421)
    • Elle tenta d’entraîner François et, comme celui-ci l'envoyait paître, elle l’abandonna, ouvrit la porte et la referma violemment. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 49)
    • Il hocha la tête, soupirant, s’avouant très bas, que peut-être il eût préféré que Jeanne noçât sans rien lui dire, plutôt que de l’abandonner brutalement ainsi. — (Joris-Karl Huysmans, En ménage, Paris : chez Charpentier, 1881 ; édition critique de Gilles Bonnet, Librairie Droz, 2005, p. 254)
  4. Livrer à.
    • Ils ont abandonné la ville aux pillards.
  5. (Fauconnerie) Lâcher l’oiseau de proie dans la campagne pour l’égayer.
  6. Cesser une activité sans avoir pu la mener à terme.
  7. Venir à manquer, en parlant des facultés, des qualités physiques ou morales.
    • Mes forces m’abandonnent.
    • Son courage, sa prudence, sa présence d’esprit l’abandonna dans cette circonstance.
    • Si la fortune vous abandonne, ne vous abandonnez pas.
    • Vous êtes perdus si vous vous abandonnez.
  8. Quitter, lâcher.
    • Notre chien de chasse suit mes promenades quand je prends un fusil et m’abandonne quand je me contente d’un revolver. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • Lorsque le bateau se mit à couler, ils abandonnèrent le navire.
  9. (Vieilli) Laisser échapper.
    • Tenez ferme, n’abandonnez pas cette corde.
    • N’abandonnez pas les rênes de ce cheval.
    • N’abandonnez pas votre cheval. On dit dans un sens analogue
    • Abandonner les étriers, retirer les pieds de dedans les étriers.
  10. (Figuré) Ne pas poursuivre une chose ou y renoncer.
    • Une accusation de complot contre la vie de Napoléon III fut abandonnée par prudence ; l’idée était dans l’air, on craignait d’évoquer l’événement. — (Louise Michel, La Commune, Paris : P.-V. Stock, 1898, p.22)
    • Abandonner un projet, un ouvrage.
    • Abandonner ses prétentions, ses droits.
  11. Remettre ; confier.
    • J’ai rencontré, parmi mes camarades de réserve, de hauts fonctionnaires, des chefs de grandes entreprises privées. Tous , comme moi, s’effaraient d’être contraints à des besognes paperassières que, dans le civil, ils auraient abandonnées aux plus modestes de leurs sous-ordres. — (Marc Bloch, L’étrange défaite, chap. 3 : La déposition d’un vaincu, 1940)
    • Tandis que sous l'empire des anciennes lois, l'état de perruquier et celui de baigneur étuviste étaient assujettis à une réglementation sévère, l'exercice de la profession de sage-femme était abandonné aux premières venues. — (Jules Mathorez, Les étrangers en France sous l'ancien régime: Les causes de la pénétration des étrangers en France : Les Orientaux et les extra-Européens dans la population française, E. Champion, 1919, p.27)
  12. Exposer, livrer, accorder, concéder. — Note : Dans ce sens, il est toujours suivi de la préposition à.
    • Abandonner une ville au pillage, à la fureur des soldats.
    • Abandonner un vaisseau à l’orage, au vent.
    • Abandonner à la merci de, à la discrétion de, etc.
    • Abandonner quelqu’un à son caractère, à ses passions.
    • Abandonner un ecclésiastique au bras séculier, c’était le livrer au juge laïque, afin qu’il le punît selon les lois (par opposition au droit canon).
    • Abandonner une chose, une personne à quelqu’un, lui permettre d’en faire, d’en dire ce qu’il lui plaira, lui en laisser l’entière disposition, lui laisser une entière liberté à son égard.
    • Abandonner tous ses biens à ses créanciers.
    • Je vous abandonne les fruits de mon jardin.
    • Vous vous plaignez de cet homme, dites-en ce qu’il vous plaira, je vous l’abandonne.
    • Je vous abandonne ce point, je vous l’accorde, je vous le concède, je renonce à le soutenir, à m’en prévaloir.
  13. (Pronominal) Se remettre à, se laisser aller à, se livrer à.
    • On n’entend que des cris d’oiseaux de mer, goélands et macreuses, qui s’abandonnent aux caprices du vent. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. IV, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Cette gravité de l’œuvre poursuivie par le prolétariat ne saurait convenir à la clientèle jouisseuse de nos politiciens ; ceux-ci veulent rassurer la bourgeoisie et lui promettent de ne pas laisser le peuple s’abandonner à ses instincts anarchiques. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.V, La grève générale politique, 1908, p.223)
    • Il s'en fallut de très peu qu'il s'abandonnât à nouveau à ses rêveries et à sa somnolence. — (Didier Cornaille, Le Périple du chien, éd. Albin Michel, 2013, chap. 5)
  14. (Pronominal) Perdre courage.
  15. (Pronominal) Se négliger dans son maintien, dans son habillement, se lâcher.
    • Un malade, un vieillard qui s’abandonne.
  16. (Pronominal) Se lancer sans ménagement.
    • Il s’abandonne dans ses études pour réussir.
  17. (Pronominal) (Sexualité) Se livrer, succomber.
    • Des messieurs parfumés, que d'affreux gigolos embrassaient sur la bouche, poussaient des gloussements et, tournoyant avec ivresse, s'abandonnaient. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • Comme ce couple qui s’abandonne sous un arbre à un acte sexuel à la vue de tous ou encore ce voyeur au regard insistant posté à l’entrée de la clairière qu’un naturiste fera finalement déguerpir au bout de vingt minutes. — (Elodie Cerqueira, Les naturistes du bois de Vincennes en ont marre des « pervers dans les bosquets », Le Monde. Mis en ligne le 23 juillet 2019)
  18. (Pronominal) (Équitation) Ralentir son allure, en parlant d'un cheval.
  19. (Pronominal) Se laisser aller à des mouvements naturels.
    • Ne vous raidissez pas, abandonnez-vous.
    • Cet acteur ne s’abandonne pas assez.
    • S’abandonner à la débauche, au vice.
    • S’abandonner à la douleur, à la tristesse, aux pleurs.
    • S’abandonner à la foi.
    • Je m’abandonne à vous, à vos sages avis.
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Abandonner : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABANDONNER. v. tr.
Quitter, délaisser entièrement. Les progrès de l'inondation le contraignirent d'abandonner sa maison. Un soldat ne doit jamais abandonner son drapeau. C'était un crime chez les Grecs d'abandonner son bouclier. La mer a abandonné une partie de cette côte. Abandonner une place, une province conquise. Abandonner sa femme et ses enfants. Vous m'avez abandonné dans le besoin. Un enfant abandonné. Prov., Il faut être bien abandonné de Dieu et des hommes pour faire telle chose, se dit d'une Personne qui prend un parti inattendu, étrange, désespéré, dont les suites peuvent lui être très nuisibles. Ce père a abandonné son fils, l'a entièrement abandonné, Il ne prend plus aucun soin de lui, il ne s'en met plus en peine. Par extension,

ABANDONNER signifie Négliger, cesser de visiter. Depuis quelque temps, vous nous abandonnez. Les médecins ont abandonné ce malade, Ils ont cessé de le voir, ou ils ne lui ordonnent plus rien, parce qu'ils désespèrent de sa guérison. Il signifie aussi Laisser échapper. Tenez ferme, n'abandonnez pas cette corde. N'abandonnez pas les rênes de ce cheval. N'abandonnez pas votre cheval. On dit dans un sens analogue Abandonner les étriers, Retirer les pieds de dedans les étriers. Il s'emploie souvent figurément et signifie Ne pas poursuivre une chose, y renoncer. Abandonner la poursuite d'une affaire. Abandonner une cause. Abandonner un projet, un ouvrage. Abandonner ses prétentions, ses droits. Il se dit aussi des Facultés, des qualités physiques ou morales, lorsqu'elles viennent à nous manquer. Mes forces m'abandonnent. Son courage, sa prudence, sa présence d'esprit l'abandonna dans cette circonstance. Si la fortune vous abandonne, ne vous abandonnez pas. Vous êtes perdus si vous vous abandonnez.

ABANDONNER signifie encore Exposer, livrer; et, dans ce sens, il est toujours suivi de la préposition À. Abandonner une ville au pillage, à la fureur des soldats. Abandonner un vaisseau à l'orage, au vent. Abandonner à la merci de, à la discrétion de, etc. Abandonner quelqu'un à son caractère, à ses passions. S'abandonner à la débauche, au vice. S'abandonner à la douleur, à la tristesse, aux pleurs. S'abandonner à la foie. Je m'abandonne à vous, à vos sages avis. Abandonner un ecclésiastique au bras séculier, c'était Le livrer au juge laïque, afin qu'il le punît selon les lois. Abandonner une chose, une personne à quelqu'un, Lui permettre d'en faire, d'en dire ce qu'il lui plaira, lui en laisser l'entière disposition, lui laisser une entière liberté à son égard. Abandonner tous ses biens à ses créanciers. Je vous abandonne les fruits de mon jardin. Vous vous plaignez de cet homme, dites-en ce qu'il vous plaira, je vous l'abandonne. Je vous abandonne ce point, Je vous l'accorde, je vous le concède, je renonce à le soutenir, à m'en prévaloir.

ABANDONNER signifie encore Remettre, confier. J'ai abandonné le soin de mes affaires à un gérant intelligent et probe. S'abandonner à la Providence, Se remettre entièrement entre les mains de la Providence. S'abandonner à la fortune, Laisser aller les choses au hasard.

S'ABANDONNER signifie spécialement Se négliger dans son maintien, dans son habillement. Un malade, un vieillard qui s'abandonne. Il signifie encore Se laisser aller à des mouvements naturels. Ne vous raidissez pas, abandonnez-vous. Cet acteur ne s'abandonne pas assez.

Abandonner : définition du Littré (1872-1877)

ABANDONNER (a-ban-do-né) v. a.
  • 1Remettre à la discrétion de… au soin de…, céder, faire cession. Abandonner son sort à la Providence. J'ai abandonné le soin de mes affaires à un homme intelligent. Abandonner tout au vainqueur. Abandonner le reste au ciel. Abandonner cela à la fortune. Abandonner un ecclésiastique au bras séculier. Vous vous plaignez de cet homme ; je vous l'abandonne : c'est-à-dire pensez-en ce qu'il vous plaira ; faites à son égard ce que vous voudrez. Je vous abandonne ce point, je vous cède là-dessus. Il abandonne ses biens à ses créanciers. Apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat, et l'ordre, et les complices ; Je te les abandonne…, Corneille, Mort de P. IV, 4. Un nombre de mots… Que mutuellement nous nous abandonnons, Molière, Femmes sav. III, 2. Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne, Racine, Andr. III, 1. Dites au roi, Seigneur, de vous l'abandonner, Racine, Esth. II, 1. Au cours de mes destins j'abandonnais ma vie, Ducis, Othello, II, 7.
  • 2Livrer à Abandonner une ville au pillage. Abandonner à la merci de… Il abandonna la barque au courant du fleuve. Dieu abandonne souvent les méchants à leur sens réprouvé. Nous savons à quel désespoir Judas fut abandonné de Dieu, et à quelle fin malheureuse il s'abandonna lui-même, Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 368. On peut dire de certaines matières que l'Église les abandonne à nos vues particulières et à nos raisonnements, Bourdaloue, ib. t. II, p. 340. J'abandonnai mon âme à des ravissements…, Corneille, Hor. I, 3. J'abandonne ce traître à toute ta colère, Racine, Phèd. IV, 2. Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme ? Racine, Andr. III, 3. J'abandonnai ma vie à des malheurs certains, Voltaire, Œd. V, 2. Tandis qu'à la frayeur j'abandonnais mon âme, Voltaire, ib. IV, 1.
  • 3Renoncer à. Abandonner une bâtisse. Abandonner ce qu'on a pris. Abandonner une entreprise, une guerre commencée. Abandonner la lutte. Abandonner le barreau. Abandonner ses travaux. Abandonner une vaine tentative. Abandonner une profession. Abandonner son opinion pour celle d'un autre. J'abandonne le reste, c'est-à-dire je le passe sous silence. Trône, à t'abandonner je ne puis consentir, Corneille, Rod. V, I. J'avais fait serment d'abandonner plutôt la vie que de me résoudre à perdre cette liberté, Molière, Prin. d'Él. IV, 1. La Grèce et la Sicile ont vu des citoyennes Abandonner nos lois pour ces fiers Musulmans, Voltaire, Tancr. II, 4. Que je vois de sujets d'abandonner le jour ! Racine, Théb. V, 1. Par moi seule éloigné de l'hymen d'Octavie, Le frère de Junie abandonna la vie, Racine, Brit. I, 1.
  • 4Délaisser, déserter, laisser sans secours, se séparer de… Abandonner son général, son poste, le parti qu'on avait embrassé. Il abandonna le parti du sénat pour celui du peuple. J'abandonne la cause commune. Philoctète fut abandonné dans l'île de Lemnos. Abandonner un enfant, l'exposer et le laisser à la charité publique. Abandonner sa femme et ses enfants. Les médecins ont abandonné ce malade, c'est-à-dire ils l'ont laissé, ne sachant plus lui être utiles en rien. Avec un nom de chose pour sujet : Son courage l'abandonna. L'appétit, le sommeil l'ont abandonné. Mon esprit, volage et sans arrêt, m'abandonne et se porte partout ailleurs, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 13. Abandonnant le corps, n'abandonnez pas l'âme, Rotrou, Venc. V, 4. Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours…, Racine, Brit. V, 8. Elle me dédaignait, un autre l'abandonne, Racine, Andr. II, 1. Tout semble abandonner tes sacrés étendards, Racine, Esth. Prol. Le courage les abandonne, Fénelon, Tél. XVI. Comme un malade désespéré qu'on abandonne, Fénelon, ib. VII.
  • 5Quitter, lâcher. Abandonner l'Italie. Abandonner Paris. Abandonner la ville pour les champs. Abandonner ses armes. N'abandonne pas le gouvernail. Tenez ferme ; n'abandonnez pas cette corde. Abandonner les étriers, les quitter et quelquefois les perdre. Comme il avait un désir extraordinaire de s'instruire et de connaître les mœurs des étrangers, il abandonna sa patrie et tout ce qu'il avait pour voyager, Fénelon, Philos. Pythag. Il fallait en fuyant ne pas abandonner Le fer qui dans ses mains sert à te condamner, Racine, Phèd. IV, 2.
  • 6Négliger, ne pas cultiver. Il ne faut pas abandonner vos liaisons dans le monde. N'abandonnez pas votre voix, Sévigné, 3.
  • 7En fauconnerie, abandonner l'oiseau, le lâcher dans la campagne pour l'égayer.

    S'ABANDONNER, v. réfl.

  • 8Se remettre à, se laisser aller à, se livrer à. S'abandonner à la fortune, au vainqueur, au gré de la tempête. S'abandonner au chagrin, à la douleur, à la joie, aux pleurs, à toutes sortes de plaisirs, à la débauche. Il s'abandonne sans réserve au goût de la magnificence. Personne ne s'abandonne à ce point à sa colère. Le tout est de savoir s'abandonner à Dieu en pure foi, Bossuet, Lett. Corn. 4. Mon âme à tout mon sort s'était abandonnée, Racine, And. IV, 5. Souffre qu'à mes transports je m'abandonne en proie, Racine, Théb. V, 4. Allons, à tes conseils, Phoenix, je m'abandonne, Racine, Andr. II, 5. Vous vous abandonniez au crime en criminel, Racine, Andr. IV, 5. Quoi ! tandis que Néron s'abandonne au sommeil…, Racine, Brit. I, 1. Télémaque s'abandonnait à une douleur amère, Fénelon, Tél. XVI. Astarbé s'abandonna à son ressentiment, Fénelon, ib. III. Il s'abandonna à l'amour des femmes, Bossuet, Hist. I, 6. Non, non, à trop de paix mon âme s'abandonne, Molière, Sgan. 8. Ce monarque étonné à ses frayeurs déjà s'était abandonné, Corneille, Nic. v. 8. Je connais Marianne, et sais qu'elle est trop sage Pour s'être abandonnée à tenir ce langage, Tristan, Marianne, I, 3.
  • 9Perdre courage, se manquer à soi-même. Vous êtes perdu si vous vous abandonnez. Il les exhorte à ne pas s'abandonner.
  • 10Se négliger. Il ne faut pas s'abandonner ainsi (se négliger dans le maintien, dans l'habillement), quand on veut plaire.
  • 11Se lancer sans ménagement. Dans l'improvisation, cet orateur s'abandonne. L'épée à la main, il s'abandonna sur son adversaire, au risque de s'enferrer. Plus il s'abandonnait, plus il était terrible, Voltaire, Tancr. V, 1.
  • 12Avoir de l'abandon. Ne vous roidissez pas, abandonnez-vous. Cet acteur ne s'abandonne pas assez.
  • 13En parlant des enfants. Il s'abandonne déjà, il commence à faire quelques pas seul et sans être soutenu.
  • 14En parlant des femmes, se livrer. Elle s'est abandonnée à ceux qu'elle aimait, Bossuet, Nouv. Cath. Anne de Boulen eut l'adresse de ne se pas abandonner entièrement et d'irriter la passion du roi, Voltaire, Mœurs, 135. Votre amour qui s'abandonne Ne refusa jamais personne, Régnier, Mac.
  • 15 Terme d'équitation. Ce cheval s'abandonne, il ralentit sa marche

REMARQUE

Abandonner peut se construire avec à suivi d'un infinitif. Aussi n'aurais-je pas Abandonné mon cœur à suivre ses appas, Molière, Ec. des Mar. II, 9. Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour, La Rochefoucauld, Réfl. 131.

SYNONYME

1° ABANDONNER, DÉLAISSER. Abandonner se dit des choses et des personnes ; délaisser ne se dit que des personnes. Nous abandonnons les choses dont nous n'avons pas soin ; nous délaissons les malheureux à qui nous ne donnons aucun secours. Au participe, délaisser a une énergie d'universalité qu'on ne donne au premier qu'en y joignant quelque terme qui la marque précisément. Ainsi l'on dit : C'est un pauvre délaissé ; Il est abandonné de tout le monde, Guizot.

2° QUITTER, ABANDONNER, RENONCER. Idée commune, cesser de garder une chose, de s'en occuper ou de la demander. Les thérapeutes abandonnent leurs biens à leurs parents ou à leurs amis ; ils quittent leurs pères, leurs mères ; ils renoncent à tous les attachements terrestres, Condillac. On renonce toujours volontairement, avec quelque peine, avec regret, en se faisant violence ; on renonce au plaisir, au monde, à une profession qui convenait. Quitter et abandonner n'impliquent pas l'idée de renoncement, et signifient seulement qu'on se sépare d'une chose agréable ou pénible, utile ou nuisible. La différence entre quitter et abandonner est que l'on quitte de toutes les manières, ce mot en lui-même étant indifférent, au lieu que dans abandonner il y a toujours l'idée d'une sorte de délaissement, de désertion, comme dans ce vers de Racine : Je quittai, mon pays, j'abandonnai mon père, LAFAYE.

HISTORIQUE

XIe s. Franceis mourront, si à nous s'abandunent, Ch. de Rol. LXXII. [Il] broche [pique] le bien [son cheval], le frein lui abandune, ib. CXV.

XIIe s. Or vus abandoins jo mun regne et mun païs, Estampes, Orliens, e Chartres et Paris, Th. le Mart. 104.

XIIIe s. Et le Soudan leur abandonna que il s'alassent venger de…, Joinville, 271. Et plus punis devroient estre Devant l'empereor celestre Clers qui s'abandonnent aux vices, Que les gens laiz [laïques], simples et nices, la Rose, 18865. Cis [celui-ci] m'abandonna le passage De la haie moult doucement, ib. 2806. Mais jà certes n'iert [ne sera] femme bonne, Qui, por dons prendre, s'abandonne, ib. 4578. Quant il sevent que lor femes s'abandonnent à autrui…, Beaumanoir, LVII, 10.

XIVe s. Jà n'en seroit meilleur tant comme il fust habandonné à telles passions, Oresme, Éth. 4.

XVe s. Elle ne vouloit mie que le roi s'abandonnast trop de la regarder, Froissart, I, I, 192. Ceux du chastel ne furent onques si recrus qu'ils ne s'abandonnassent au defendre si vaillamment, par quoi ceux de l'ost pussent rien gagner sur eux, Froissart, I, I, 259. Il n'a point de regret Au cidre qu'il nous donne ; En eust-il une tonne, Il l'abandonneroit, Basselin, 42. L'un vers l'autre desloyaument se mene ; Aux mauvais est la terre abandonnée, Deschamps, Souffrance du peuple. Onques sanglier escumant ni loup enragé plus fierement ne s'abandonna, Hist. de Boucicaut, I, 24. C'est assavoir, se le doffin [dauphin] rompoit la pais, qu'il abandonnoit à ses gens de aller servir le duc Jehan, P. de Fenin, 1419.

XVIe s. Il y en eut deux qui abandonnerent l'entreprise de peur, Amyot, Lyc. 9. Cette hardiesse et constance assurée qu'il avoit en bataille contre l'ennemy l'abandonnoit incontinent qu'il se trouvoit en une assemblée du peuple à la ville, Amyot, Marius, 48. Les proprietaires les luy abandonnoient à bien vil prix, Amyot, Crassus, 3. Il résolut d'abandonner sa vie [se laisser mourir], Amyot, Démétr. 52. Il seroit estrange que nous qui voulons estre tenus pour gens de bien, laississions porter par terre nostre vertu et l'abandonnissions, Amyot, De la mauv. honte, 21. La meilleure part de l'entreprise, ils l'abandonnent à la fortune, Montaigne, I, 132. Estant abandonné des medecins pour un aposteme, Montaigne, I, 254. S'abandonner aux delices, Montaigne, II, 4. Il abandonna [s'éloigna] de si peu son fort, Montaigne, I, 25. Les filles se peuvent abandonner [se livrer à un homme], Montaigne, I, 111.

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Abandonner : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ABANDONNER v. a. en fauconnerie, c’est laisser l’oiseau libre en campagne, ou pour l’égayer, ou pour le congédier lorsqu’il n’est pas bon.

Abandonner un cheval, c’est le faire courir de toute sa vîtesse sans lui tenir la bride. Abandonner les étriers, c’est ôter ses pieds de dedans. S’abandonner ou abandonner son cheval après quelqu’un, c’est le poursuivre à course de cheval.

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Étymologie de « abandonner »

Étymologie de abandonner - Littré

Abandon ; bourguig. ebandenai ; provenç. et espagn. abandonar ; ital. abbandonnare.

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Étymologie de abandonner - Wiktionnaire

(Vers 1100) Dénominal de abandon avec la désinence -er.
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Phonétique du mot « abandonner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
abandonner abɑ̃dɔne play_arrow

Conjugaison du verbe « abandonner »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe abandonner

Évolution historique de l’usage du mot « abandonner »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « abandonner »

  • Mais qui dit jeu en ligne, dit également problèmes techniques, déconnexions, joueurs absents, coéquipiers toxiques et autres problèmes typiques des expériences compétitives en équipe. Malheureusement pour les participants, si un joueur décide de ruiner la partie, il n'est pour l'instant pas possible de quitter ou d'abandonner la partie sans encourir une sanction. Un problème prochainement résolu puisque Riot Games a annoncé l'ajout d'une option permettant déclarer forfait tôt dans la partie. Il faudra pour cela attendre le déploiement du patch 1.02 qui devrait avoir lieu dans les prochains jours. Jeuxvideo.com, Valorant : La possibilité d'abandonner tôt dans la partie bientôt ajoutée - Actualités - jeuxvideo.com
  • Air France ne sera pas seule. En contrepartie d'une aide de sept milliards d'euros débloquée par le gouvernement pour sortir de la crise, la compagnie aérienne devait abandonner les liaisons intérieures desservies par le train en moins de 2h30. Pour que ses concurrents low cost ne reprennent pas ce créneau, le gouvernement a annoncé que toutes les compagnies aériennes seraient concernées par cette interdiction.  , Toutes les compagnies aériennes devront abandonner leurs vols intérieurs en cas d’alternative ferroviaire
  • Au cours d’une visioconférence du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé au gouvernement israélien «d’abandonner ses plans» d’annexion en Cisjordanie Le Temps, L’ONU et la Ligue arabe appellent Israël à abandonner son plan d’annexion - Le Temps
  • Dans La vérité sur l'affaire Fillon, le journaliste Tugdual Denis revient sur le Penelope Gate. Et notamment sur la réaction des proches de l'homme politique lorsqu'il a voulu abandonner la campagne pour la présidentielle 2017. Closermag.fr, François Fillon : cette réaction brute de sa famille quand il a voulu abandonner - Closer
  • S'abandonner au délire demande autant d'effort que de passer sa vie à être raisonnable ! De Jean-Pierre Richard / L'An quatre-vingt
  • Il faut avoir le courage d'abandonner ses enfants ; leur sagesse n'est pas la nôtre. De Jacques Chardonne / L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour
  • Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ? De Emil Michel Cioran / Syllogismes de l’amertume
  • Plaideur. Personne qui se prépare à abandonner sa peau dans l'espoir de sauver ses os. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du diable
  • La police et les Jésuites ont la vertu de ne jamais abandonner ni leurs ennemis ni leurs amis. De Honoré de Balzac
  • Dans les affaires, comme en amour, il est un moment où l'on doit s'abandonner. De Bernard Grasset / Remarques sur l'action
  • Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est que nous en avons plusieurs. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher. De Emil Michel Cioran / De l'inconvénient d'être né
  • S'abandonner au désespoir sur la ligne de départ, c'est partir perdant. De Normand Reid / T'es fou l'artiste !
  • Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à sa tristesse. De André Gide / Journal 1889-1939
  • Juste avant d’abandonner un comportement, les consommateurs s’y livrent à fond. De Faith Popcorn / Le rapport Popcorn
  • L’art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre. De Herbert von Karajan
  • Pour vivre centenaire, il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie de vivre centenaire. De Woody Allen
  • Innover, c'est savoir abandonner des milliers de bonnes idées. De Steve Jobs
  • Il ne faut jamais abandonner ses rêves : l'espoir est le commencement de toute chose. De Anonyme
  • Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? , Ancien Testament, Psaumes XXII, 2
  • N'abandonne pas un vieil ami, le nouveau venu ne le vaudra pas. Vin nouveau, ami nouveau, laisse-le vieillir, tu le boiras avec délices. , Ancien Testament, Ecclésiastique IX, 10

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Traductions du mot « abandonner »

Langue Traduction
Portugais abandonar
Allemand aufgeben
Italien abbandonare
Espagnol abandonarse
Anglais abandon
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Synonymes de « abandonner »

Source : synonymes de abandonner sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « abandonner »



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