Abandonner : définition de abandonner


Abandonner : définition du Wiktionnaire

Verbe

abandonner \a.bɑ̃.dɔ.ne\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’abandonner)

  1. Ne plus vouloir de quelque chose ou de quelqu’un.
    • Les uns allaient rendre leurs armes ; d'autres, qui les avaient abandonnées déjà, marchaient silencieusement, les mains ballantes. — (Paul et Victor Margueritte, Le Désastre, p.451, 86e éd., Plon-Nourrit & Cie)
    • Me voici un dimanche à Saint-Pol-de-Léon et je constate à regret que presque toutes les jeunes Léonardes ont abandonné le costume de leurs mères. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Et quelle meute de chiens enragés autour de toi, dès l'instant où l'on saura que la reine t'abandonne ! — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Son fils ainé Claude de Rochebaron abandonna le château de Montarcher devenu ruineux, pour la maison-forte nouvellement construite de Marandière, à Estivareilles, où se voient ses armes et la date de 1468. — (Édouard Perroy, Les familles nobles du Forez au XIIIe siècle: essais de filiation, tome 2, Saint-Étienne : Centre d’Études Foréziennes & Montbrison : La Diana, 1977, p. 683)
  2. Remettre à la discrétion de quelqu’un, de quelque chose.
    • Le service militaire, qui avait été un devoir de la noblesse, était abandonné à ceux qui ne pouvaient faire l’achat d'un remplaçant. — (Général Ambert, Récits militaires : L’invasion (1870), page 240, Bloud & Barral, 1883)
    • Toutefois comme il ne voulait pas abandonner dans les eaux de la tribulation le jeune paroissien de son confrère, il lui donna quelques salutaires encouragements. — (Louis Pergaud, L’Argument décisif, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  3. Laisser.
    • On ne doit employer le crud-ammoniac qu’après l’avoir abandonné à l’air pendant un certain temps, ou l’avoir répandu dans le sol plusieurs mois avant les semailles ou plantations. — (Louis Grandeau, Rapports du Jury International, 5e partie: Agriculture, Horticulture, Aliments, vol.2, p.320, 1906)
    • Les horlogers purifient l'huile d'olive, pour graisser les rouages délicats des montres , en y introduisant une lame de plomb dans une bouteille bouchée, qu'ils tiennent exposée au soleil. Peu à peu l'huile se couvre d'une masse caséiforme, qui se dépose ensuite au fond du vase , et abandonne l'huile limpide. — (Francois-Vincent Raspail, Nouveau système de Chimie organique fondé sur des méthodes nouvelles d'observation, Paris : J.-B. Baillière, 1833, p.421)
    • Elle tenta d’entraîner François et, comme celui-ci l'envoyait paître, elle l’abandonna, ouvrit la porte et la referma violemment. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 49)
    • Il hocha la tête, soupirant, s’avouant très bas, que peut-être il eût préféré que Jeanne noçât sans rien lui dire, plutôt que de l’abandonner brutalement ainsi. — (Joris-Karl Huysmans, En ménage, Paris : chez Charpentier, 1881 ; édition critique de Gilles Bonnet, Librairie Droz, 2005, p. 254)
  4. Livrer à.
    • Ils ont abandonné la ville aux pillards.
  5. (Fauconnerie) Lâcher l’oiseau de proie dans la campagne pour l’égayer.
  6. Cesser une activité sans avoir pu la mener à terme.
  7. Venir à manquer, en parlant des facultés, des qualités physiques ou morales.
    • Mes forces m’abandonnent.
    • Son courage, sa prudence, sa présence d’esprit l’abandonna dans cette circonstance.
    • Si la fortune vous abandonne, ne vous abandonnez pas.
    • Vous êtes perdus si vous vous abandonnez.
  8. Quitter, lâcher.
    • Notre chien de chasse suit mes promenades quand je prends un fusil et m’abandonne quand je me contente d’un revolver. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • Lorsque le bateau se mit à couler, ils abandonnèrent le navire.
  9. (Vieilli) Laisser échapper.
    • Tenez ferme, n’abandonnez pas cette corde.
    • N’abandonnez pas les rênes de ce cheval.
    • N’abandonnez pas votre cheval. On dit dans un sens analogue
    • Abandonner les étriers, retirer les pieds de dedans les étriers.
  10. (Figuré) Ne pas poursuivre une chose ou y renoncer.
    • Une accusation de complot contre la vie de Napoléon III fut abandonnée par prudence ; l’idée était dans l’air, on craignait d’évoquer l’événement. — (Louise Michel, La Commune, Paris : P.-V. Stock, 1898, p.22)
    • Abandonner un projet, un ouvrage.
    • Abandonner ses prétentions, ses droits.
  11. Remettre ; confier.
    • J’ai rencontré, parmi mes camarades de réserve, de hauts fonctionnaires, des chefs de grandes entreprises privées. Tous , comme moi, s’effaraient d’être contraints à des besognes paperassières que, dans le civil, ils auraient abandonnées aux plus modestes de leurs sous-ordres. — (Marc Bloch, L’étrange défaite, chap. 3 : La déposition d’un vaincu, 1940)
    • Tandis que sous l'empire des anciennes lois, l'état de perruquier et celui de baigneur étuviste étaient assujettis à une réglementation sévère, l'exercice de la profession de sage-femme était abandonné aux premières venues. — (Jules Mathorez, Les étrangers en France sous l'ancien régime: Les causes de la pénétration des étrangers en France : Les Orientaux et les extra-Européens dans la population française, E. Champion, 1919, p.27)
  12. Exposer, livrer, accorder, concéder. — Note : Dans ce sens, il est toujours suivi de la préposition à.
    • Abandonner une ville au pillage, à la fureur des soldats.
    • Abandonner un vaisseau à l’orage, au vent.
    • Abandonner à la merci de, à la discrétion de, etc.
    • Abandonner quelqu’un à son caractère, à ses passions.
    • Abandonner un ecclésiastique au bras séculier, c’était le livrer au juge laïque, afin qu’il le punît selon les lois (par opposition au droit canon).
    • Abandonner une chose, une personne à quelqu’un, lui permettre d’en faire, d’en dire ce qu’il lui plaira, lui en laisser l’entière disposition, lui laisser une entière liberté à son égard.
    • Abandonner tous ses biens à ses créanciers.
    • Je vous abandonne les fruits de mon jardin.
    • Vous vous plaignez de cet homme, dites-en ce qu’il vous plaira, je vous l’abandonne.
    • Je vous abandonne ce point, je vous l’accorde, je vous le concède, je renonce à le soutenir, à m’en prévaloir.
  13. (Pronominal) Se remettre à, se laisser aller à, se livrer à.
    • On n’entend que des cris d’oiseaux de mer, goélands et macreuses, qui s’abandonnent aux caprices du vent. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. IV, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Cette gravité de l’œuvre poursuivie par le prolétariat ne saurait convenir à la clientèle jouisseuse de nos politiciens ; ceux-ci veulent rassurer la bourgeoisie et lui promettent de ne pas laisser le peuple s’abandonner à ses instincts anarchiques. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.V, La grève générale politique, 1908, p.223)
    • Il s'en fallut de très peu qu'il s'abandonnât à nouveau à ses rêveries et à sa somnolence. — (Didier Cornaille, Le Périple du chien, éd. Albin Michel, 2013, chap. 5)
  14. (Pronominal) Perdre courage.
  15. (Pronominal) Se négliger dans son maintien, dans son habillement, se lâcher.
    • Un malade, un vieillard qui s’abandonne.
  16. (Pronominal) Se lancer sans ménagement.
    • Il s’abandonne dans ses études pour réussir.
  17. (Pronominal) (Sexualité) Se livrer, succomber.
    • Des messieurs parfumés, que d'affreux gigolos embrassaient sur la bouche, poussaient des gloussements et, tournoyant avec ivresse, s'abandonnaient. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • Comme ce couple qui s’abandonne sous un arbre à un acte sexuel à la vue de tous ou encore ce voyeur au regard insistant posté à l’entrée de la clairière qu’un naturiste fera finalement déguerpir au bout de vingt minutes. — (Elodie Cerqueira, Les naturistes du bois de Vincennes en ont marre des « pervers dans les bosquets », Le Monde. Mis en ligne le 23 juillet 2019)
  18. (Pronominal) (Équitation) Ralentir son allure, en parlant d'un cheval.
  19. (Pronominal) Se laisser aller à des mouvements naturels.
    • Ne vous raidissez pas, abandonnez-vous.
    • Cet acteur ne s’abandonne pas assez.
    • S’abandonner à la débauche, au vice.
    • S’abandonner à la douleur, à la tristesse, aux pleurs.
    • S’abandonner à la foi.
    • Je m’abandonne à vous, à vos sages avis.
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Abandonner : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABANDONNER. v. tr.
Quitter, délaisser entièrement. Les progrès de l'inondation le contraignirent d'abandonner sa maison. Un soldat ne doit jamais abandonner son drapeau. C'était un crime chez les Grecs d'abandonner son bouclier. La mer a abandonné une partie de cette côte. Abandonner une place, une province conquise. Abandonner sa femme et ses enfants. Vous m'avez abandonné dans le besoin. Un enfant abandonné. Prov., Il faut être bien abandonné de Dieu et des hommes pour faire telle chose, se dit d'une Personne qui prend un parti inattendu, étrange, désespéré, dont les suites peuvent lui être très nuisibles. Ce père a abandonné son fils, l'a entièrement abandonné, Il ne prend plus aucun soin de lui, il ne s'en met plus en peine. Par extension,

ABANDONNER signifie Négliger, cesser de visiter. Depuis quelque temps, vous nous abandonnez. Les médecins ont abandonné ce malade, Ils ont cessé de le voir, ou ils ne lui ordonnent plus rien, parce qu'ils désespèrent de sa guérison. Il signifie aussi Laisser échapper. Tenez ferme, n'abandonnez pas cette corde. N'abandonnez pas les rênes de ce cheval. N'abandonnez pas votre cheval. On dit dans un sens analogue Abandonner les étriers, Retirer les pieds de dedans les étriers. Il s'emploie souvent figurément et signifie Ne pas poursuivre une chose, y renoncer. Abandonner la poursuite d'une affaire. Abandonner une cause. Abandonner un projet, un ouvrage. Abandonner ses prétentions, ses droits. Il se dit aussi des Facultés, des qualités physiques ou morales, lorsqu'elles viennent à nous manquer. Mes forces m'abandonnent. Son courage, sa prudence, sa présence d'esprit l'abandonna dans cette circonstance. Si la fortune vous abandonne, ne vous abandonnez pas. Vous êtes perdus si vous vous abandonnez.

ABANDONNER signifie encore Exposer, livrer; et, dans ce sens, il est toujours suivi de la préposition À. Abandonner une ville au pillage, à la fureur des soldats. Abandonner un vaisseau à l'orage, au vent. Abandonner à la merci de, à la discrétion de, etc. Abandonner quelqu'un à son caractère, à ses passions. S'abandonner à la débauche, au vice. S'abandonner à la douleur, à la tristesse, aux pleurs. S'abandonner à la foie. Je m'abandonne à vous, à vos sages avis. Abandonner un ecclésiastique au bras séculier, c'était Le livrer au juge laïque, afin qu'il le punît selon les lois. Abandonner une chose, une personne à quelqu'un, Lui permettre d'en faire, d'en dire ce qu'il lui plaira, lui en laisser l'entière disposition, lui laisser une entière liberté à son égard. Abandonner tous ses biens à ses créanciers. Je vous abandonne les fruits de mon jardin. Vous vous plaignez de cet homme, dites-en ce qu'il vous plaira, je vous l'abandonne. Je vous abandonne ce point, Je vous l'accorde, je vous le concède, je renonce à le soutenir, à m'en prévaloir.

ABANDONNER signifie encore Remettre, confier. J'ai abandonné le soin de mes affaires à un gérant intelligent et probe. S'abandonner à la Providence, Se remettre entièrement entre les mains de la Providence. S'abandonner à la fortune, Laisser aller les choses au hasard.

S'ABANDONNER signifie spécialement Se négliger dans son maintien, dans son habillement. Un malade, un vieillard qui s'abandonne. Il signifie encore Se laisser aller à des mouvements naturels. Ne vous raidissez pas, abandonnez-vous. Cet acteur ne s'abandonne pas assez.

Abandonner : définition du Littré (1872-1877)

ABANDONNER (a-ban-do-né) v. a.
  • 1Remettre à la discrétion de… au soin de…, céder, faire cession. Abandonner son sort à la Providence. J'ai abandonné le soin de mes affaires à un homme intelligent. Abandonner tout au vainqueur. Abandonner le reste au ciel. Abandonner cela à la fortune. Abandonner un ecclésiastique au bras séculier. Vous vous plaignez de cet homme ; je vous l'abandonne : c'est-à-dire pensez-en ce qu'il vous plaira ; faites à son égard ce que vous voudrez. Je vous abandonne ce point, je vous cède là-dessus. Il abandonne ses biens à ses créanciers. Apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat, et l'ordre, et les complices ; Je te les abandonne…, Corneille, Mort de P. IV, 4. Un nombre de mots… Que mutuellement nous nous abandonnons, Molière, Femmes sav. III, 2. Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne, Racine, Andr. III, 1. Dites au roi, Seigneur, de vous l'abandonner, Racine, Esth. II, 1. Au cours de mes destins j'abandonnais ma vie, Ducis, Othello, II, 7.
  • 2Livrer à Abandonner une ville au pillage. Abandonner à la merci de… Il abandonna la barque au courant du fleuve. Dieu abandonne souvent les méchants à leur sens réprouvé. Nous savons à quel désespoir Judas fut abandonné de Dieu, et à quelle fin malheureuse il s'abandonna lui-même, Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 368. On peut dire de certaines matières que l'Église les abandonne à nos vues particulières et à nos raisonnements, Bourdaloue, ib. t. II, p. 340. J'abandonnai mon âme à des ravissements…, Corneille, Hor. I, 3. J'abandonne ce traître à toute ta colère, Racine, Phèd. IV, 2. Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme ? Racine, Andr. III, 3. J'abandonnai ma vie à des malheurs certains, Voltaire, Œd. V, 2. Tandis qu'à la frayeur j'abandonnais mon âme, Voltaire, ib. IV, 1.
  • 3Renoncer à. Abandonner une bâtisse. Abandonner ce qu'on a pris. Abandonner une entreprise, une guerre commencée. Abandonner la lutte. Abandonner le barreau. Abandonner ses travaux. Abandonner une vaine tentative. Abandonner une profession. Abandonner son opinion pour celle d'un autre. J'abandonne le reste, c'est-à-dire je le passe sous silence. Trône, à t'abandonner je ne puis consentir, Corneille, Rod. V, I. J'avais fait serment d'abandonner plutôt la vie que de me résoudre à perdre cette liberté, Molière, Prin. d'Él. IV, 1. La Grèce et la Sicile ont vu des citoyennes Abandonner nos lois pour ces fiers Musulmans, Voltaire, Tancr. II, 4. Que je vois de sujets d'abandonner le jour ! Racine, Théb. V, 1. Par moi seule éloigné de l'hymen d'Octavie, Le frère de Junie abandonna la vie, Racine, Brit. I, 1.
  • 4Délaisser, déserter, laisser sans secours, se séparer de… Abandonner son général, son poste, le parti qu'on avait embrassé. Il abandonna le parti du sénat pour celui du peuple. J'abandonne la cause commune. Philoctète fut abandonné dans l'île de Lemnos. Abandonner un enfant, l'exposer et le laisser à la charité publique. Abandonner sa femme et ses enfants. Les médecins ont abandonné ce malade, c'est-à-dire ils l'ont laissé, ne sachant plus lui être utiles en rien. Avec un nom de chose pour sujet : Son courage l'abandonna. L'appétit, le sommeil l'ont abandonné. Mon esprit, volage et sans arrêt, m'abandonne et se porte partout ailleurs, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 13. Abandonnant le corps, n'abandonnez pas l'âme, Rotrou, Venc. V, 4. Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours…, Racine, Brit. V, 8. Elle me dédaignait, un autre l'abandonne, Racine, Andr. II, 1. Tout semble abandonner tes sacrés étendards, Racine, Esth. Prol. Le courage les abandonne, Fénelon, Tél. XVI. Comme un malade désespéré qu'on abandonne, Fénelon, ib. VII.
  • 5Quitter, lâcher. Abandonner l'Italie. Abandonner Paris. Abandonner la ville pour les champs. Abandonner ses armes. N'abandonne pas le gouvernail. Tenez ferme ; n'abandonnez pas cette corde. Abandonner les étriers, les quitter et quelquefois les perdre. Comme il avait un désir extraordinaire de s'instruire et de connaître les mœurs des étrangers, il abandonna sa patrie et tout ce qu'il avait pour voyager, Fénelon, Philos. Pythag. Il fallait en fuyant ne pas abandonner Le fer qui dans ses mains sert à te condamner, Racine, Phèd. IV, 2.
  • 6Négliger, ne pas cultiver. Il ne faut pas abandonner vos liaisons dans le monde. N'abandonnez pas votre voix, Sévigné, 3.
  • 7En fauconnerie, abandonner l'oiseau, le lâcher dans la campagne pour l'égayer.

    S'ABANDONNER, v. réfl.

  • 8Se remettre à, se laisser aller à, se livrer à. S'abandonner à la fortune, au vainqueur, au gré de la tempête. S'abandonner au chagrin, à la douleur, à la joie, aux pleurs, à toutes sortes de plaisirs, à la débauche. Il s'abandonne sans réserve au goût de la magnificence. Personne ne s'abandonne à ce point à sa colère. Le tout est de savoir s'abandonner à Dieu en pure foi, Bossuet, Lett. Corn. 4. Mon âme à tout mon sort s'était abandonnée, Racine, And. IV, 5. Souffre qu'à mes transports je m'abandonne en proie, Racine, Théb. V, 4. Allons, à tes conseils, Phoenix, je m'abandonne, Racine, Andr. II, 5. Vous vous abandonniez au crime en criminel, Racine, Andr. IV, 5. Quoi ! tandis que Néron s'abandonne au sommeil…, Racine, Brit. I, 1. Télémaque s'abandonnait à une douleur amère, Fénelon, Tél. XVI. Astarbé s'abandonna à son ressentiment, Fénelon, ib. III. Il s'abandonna à l'amour des femmes, Bossuet, Hist. I, 6. Non, non, à trop de paix mon âme s'abandonne, Molière, Sgan. 8. Ce monarque étonné à ses frayeurs déjà s'était abandonné, Corneille, Nic. v. 8. Je connais Marianne, et sais qu'elle est trop sage Pour s'être abandonnée à tenir ce langage, Tristan, Marianne, I, 3.
  • 9Perdre courage, se manquer à soi-même. Vous êtes perdu si vous vous abandonnez. Il les exhorte à ne pas s'abandonner.
  • 10Se négliger. Il ne faut pas s'abandonner ainsi (se négliger dans le maintien, dans l'habillement), quand on veut plaire.
  • 11Se lancer sans ménagement. Dans l'improvisation, cet orateur s'abandonne. L'épée à la main, il s'abandonna sur son adversaire, au risque de s'enferrer. Plus il s'abandonnait, plus il était terrible, Voltaire, Tancr. V, 1.
  • 12Avoir de l'abandon. Ne vous roidissez pas, abandonnez-vous. Cet acteur ne s'abandonne pas assez.
  • 13En parlant des enfants. Il s'abandonne déjà, il commence à faire quelques pas seul et sans être soutenu.
  • 14En parlant des femmes, se livrer. Elle s'est abandonnée à ceux qu'elle aimait, Bossuet, Nouv. Cath. Anne de Boulen eut l'adresse de ne se pas abandonner entièrement et d'irriter la passion du roi, Voltaire, Mœurs, 135. Votre amour qui s'abandonne Ne refusa jamais personne, Régnier, Mac.
  • 15 Terme d'équitation. Ce cheval s'abandonne, il ralentit sa marche

REMARQUE

Abandonner peut se construire avec à suivi d'un infinitif. Aussi n'aurais-je pas Abandonné mon cœur à suivre ses appas, Molière, Ec. des Mar. II, 9. Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour, La Rochefoucauld, Réfl. 131.

SYNONYME

1° ABANDONNER, DÉLAISSER. Abandonner se dit des choses et des personnes ; délaisser ne se dit que des personnes. Nous abandonnons les choses dont nous n'avons pas soin ; nous délaissons les malheureux à qui nous ne donnons aucun secours. Au participe, délaisser a une énergie d'universalité qu'on ne donne au premier qu'en y joignant quelque terme qui la marque précisément. Ainsi l'on dit : C'est un pauvre délaissé ; Il est abandonné de tout le monde, Guizot.

2° QUITTER, ABANDONNER, RENONCER. Idée commune, cesser de garder une chose, de s'en occuper ou de la demander. Les thérapeutes abandonnent leurs biens à leurs parents ou à leurs amis ; ils quittent leurs pères, leurs mères ; ils renoncent à tous les attachements terrestres, Condillac. On renonce toujours volontairement, avec quelque peine, avec regret, en se faisant violence ; on renonce au plaisir, au monde, à une profession qui convenait. Quitter et abandonner n'impliquent pas l'idée de renoncement, et signifient seulement qu'on se sépare d'une chose agréable ou pénible, utile ou nuisible. La différence entre quitter et abandonner est que l'on quitte de toutes les manières, ce mot en lui-même étant indifférent, au lieu que dans abandonner il y a toujours l'idée d'une sorte de délaissement, de désertion, comme dans ce vers de Racine : Je quittai, mon pays, j'abandonnai mon père, LAFAYE.

HISTORIQUE

XIe s. Franceis mourront, si à nous s'abandunent, Ch. de Rol. LXXII. [Il] broche [pique] le bien [son cheval], le frein lui abandune, ib. CXV.

XIIe s. Or vus abandoins jo mun regne et mun païs, Estampes, Orliens, e Chartres et Paris, Th. le Mart. 104.

XIIIe s. Et le Soudan leur abandonna que il s'alassent venger de…, Joinville, 271. Et plus punis devroient estre Devant l'empereor celestre Clers qui s'abandonnent aux vices, Que les gens laiz [laïques], simples et nices, la Rose, 18865. Cis [celui-ci] m'abandonna le passage De la haie moult doucement, ib. 2806. Mais jà certes n'iert [ne sera] femme bonne, Qui, por dons prendre, s'abandonne, ib. 4578. Quant il sevent que lor femes s'abandonnent à autrui…, Beaumanoir, LVII, 10.

XIVe s. Jà n'en seroit meilleur tant comme il fust habandonné à telles passions, Oresme, Éth. 4.

XVe s. Elle ne vouloit mie que le roi s'abandonnast trop de la regarder, Froissart, I, I, 192. Ceux du chastel ne furent onques si recrus qu'ils ne s'abandonnassent au defendre si vaillamment, par quoi ceux de l'ost pussent rien gagner sur eux, Froissart, I, I, 259. Il n'a point de regret Au cidre qu'il nous donne ; En eust-il une tonne, Il l'abandonneroit, Basselin, 42. L'un vers l'autre desloyaument se mene ; Aux mauvais est la terre abandonnée, Deschamps, Souffrance du peuple. Onques sanglier escumant ni loup enragé plus fierement ne s'abandonna, Hist. de Boucicaut, I, 24. C'est assavoir, se le doffin [dauphin] rompoit la pais, qu'il abandonnoit à ses gens de aller servir le duc Jehan, P. de Fenin, 1419.

XVIe s. Il y en eut deux qui abandonnerent l'entreprise de peur, Amyot, Lyc. 9. Cette hardiesse et constance assurée qu'il avoit en bataille contre l'ennemy l'abandonnoit incontinent qu'il se trouvoit en une assemblée du peuple à la ville, Amyot, Marius, 48. Les proprietaires les luy abandonnoient à bien vil prix, Amyot, Crassus, 3. Il résolut d'abandonner sa vie [se laisser mourir], Amyot, Démétr. 52. Il seroit estrange que nous qui voulons estre tenus pour gens de bien, laississions porter par terre nostre vertu et l'abandonnissions, Amyot, De la mauv. honte, 21. La meilleure part de l'entreprise, ils l'abandonnent à la fortune, Montaigne, I, 132. Estant abandonné des medecins pour un aposteme, Montaigne, I, 254. S'abandonner aux delices, Montaigne, II, 4. Il abandonna [s'éloigna] de si peu son fort, Montaigne, I, 25. Les filles se peuvent abandonner [se livrer à un homme], Montaigne, I, 111.

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Abandonner : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ABANDONNER v. a. en fauconnerie, c’est laisser l’oiseau libre en campagne, ou pour l’égayer, ou pour le congédier lorsqu’il n’est pas bon.

Abandonner un cheval, c’est le faire courir de toute sa vîtesse sans lui tenir la bride. Abandonner les étriers, c’est ôter ses pieds de dedans. S’abandonner ou abandonner son cheval après quelqu’un, c’est le poursuivre à course de cheval.

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Abandonner : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « abandonner » les plus populaires.

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Étymologie de « abandonner »

Étymologie de abandonner - Littré

Abandon ; bourguig. ebandenai ; provenç. et espagn. abandonar ; ital. abbandonnare.

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Étymologie de abandonner - Wiktionnaire

(Vers 1100) Dénominal de abandon avec la désinence -er.
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Phonétique du mot « abandonner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
abandonner abɑ̃dɔne play_arrow

Conjugaison du verbe « abandonner »

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Évolution historique de l’usage du mot « abandonner »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « abandonner »

  • Mais qui dit jeu en ligne, dit également problèmes techniques, déconnexions, joueurs absents, coéquipiers toxiques et autres problèmes typiques des expériences compétitives en équipe. Malheureusement pour les participants, si un joueur décide de ruiner la partie, il n'est pour l'instant pas possible de quitter ou d'abandonner la partie sans encourir une sanction. Un problème prochainement résolu puisque Riot Games a annoncé l'ajout d'une option permettant déclarer forfait tôt dans la partie. Il faudra pour cela attendre le déploiement du patch 1.02 qui devrait avoir lieu dans les prochains jours. Jeuxvideo.com, Valorant : La possibilité d'abandonner tôt dans la partie bientôt ajoutée - Actualités - jeuxvideo.com
  • Air France ne sera pas seule. En contrepartie d'une aide de sept milliards d'euros débloquée par le gouvernement pour sortir de la crise, la compagnie aérienne devait abandonner les liaisons intérieures desservies par le train en moins de 2h30. Pour que ses concurrents low cost ne reprennent pas ce créneau, le gouvernement a annoncé que toutes les compagnies aériennes seraient concernées par cette interdiction.  , Toutes les compagnies aériennes devront abandonner leurs vols intérieurs en cas d’alternative ferroviaire
  • Au cours d’une visioconférence du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé au gouvernement israélien «d’abandonner ses plans» d’annexion en Cisjordanie Le Temps, L’ONU et la Ligue arabe appellent Israël à abandonner son plan d’annexion - Le Temps
  • Dans La vérité sur l'affaire Fillon, le journaliste Tugdual Denis revient sur le Penelope Gate. Et notamment sur la réaction des proches de l'homme politique lorsqu'il a voulu abandonner la campagne pour la présidentielle 2017. Closermag.fr, François Fillon : cette réaction brute de sa famille quand il a voulu abandonner - Closer
  • S'abandonner au délire demande autant d'effort que de passer sa vie à être raisonnable ! De Jean-Pierre Richard / L'An quatre-vingt
  • Il faut avoir le courage d'abandonner ses enfants ; leur sagesse n'est pas la nôtre. De Jacques Chardonne / L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour
  • Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ? De Emil Michel Cioran / Syllogismes de l’amertume
  • Plaideur. Personne qui se prépare à abandonner sa peau dans l'espoir de sauver ses os. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du diable
  • La police et les Jésuites ont la vertu de ne jamais abandonner ni leurs ennemis ni leurs amis. De Honoré de Balzac
  • Dans les affaires, comme en amour, il est un moment où l'on doit s'abandonner. De Bernard Grasset / Remarques sur l'action
  • Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est que nous en avons plusieurs. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher. De Emil Michel Cioran / De l'inconvénient d'être né
  • S'abandonner au désespoir sur la ligne de départ, c'est partir perdant. De Normand Reid / T'es fou l'artiste !
  • Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à sa tristesse. De André Gide / Journal 1889-1939
  • Juste avant d’abandonner un comportement, les consommateurs s’y livrent à fond. De Faith Popcorn / Le rapport Popcorn
  • L’art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre. De Herbert von Karajan
  • Pour vivre centenaire, il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie de vivre centenaire. De Woody Allen
  • Innover, c'est savoir abandonner des milliers de bonnes idées. De Steve Jobs
  • Il ne faut jamais abandonner ses rêves : l'espoir est le commencement de toute chose. De Anonyme
  • Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? , Ancien Testament, Psaumes XXII, 2
  • N'abandonne pas un vieil ami, le nouveau venu ne le vaudra pas. Vin nouveau, ami nouveau, laisse-le vieillir, tu le boiras avec délices. , Ancien Testament, Ecclésiastique IX, 10

Images d'illustration du mot « abandonner »

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Traductions du mot « abandonner »

Langue Traduction
Portugais abandonar
Allemand aufgeben
Italien abbandonare
Espagnol abandonarse
Anglais abandon
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Synonymes de « abandonner »

Source : synonymes de abandonner sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « abandonner »


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