Céder : définition de céder


Céder : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CÉDER, verbe.

I.− Emploi trans.
A.− Usuel. [Le suj. désigne un animé gén. hum.]
1. Céder qqc. (à qqn).Abandonner (à quelqu'un) volontairement ou non, avec ou sans contrepartie, un bien, un droit ou un avantage dont on jouit ou auquel on peut prétendre. Céder la parole (à qqn); céder le passage (à qqn); céder la/sa place, son tour; céder la victoire. Je vous ai cédé expressément la parole, mon cher ami : ainsi, c'est à vous de commencer (J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg,t. 1, 1821, p. 423).Bouilloux se voit apporter un gigot entier dont il ne cède rien à personne, que l'os dépouillé (Colette, La Maison de Claudine,1922, p. 108):
1. ... le critique littéraire n'est pas à proprement parler un journaliste (...). S'il doit céder ce poste à un confrère, il est bien rare qu'il puisse remplir une autre fonction à la rédaction. G. et H. Coston, L'A.B.C. du journ.,1952, p. 117.
SYNT. Céder le haut du pavé à qqn [P. réf. aux anciennes rues avec ruisseau au milieu, dont la partie haute, la plus propre, était réservée aux gens « de qualité »] Un cocher de grande maison, qui n'eût pas cédé le haut du pavé à un prince de sang, et qui coupait insolemment toutes les voitures (T. Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 334); au fig. laisser primer quelqu'un. Céder le pas à qqn. Le laisser passer devant soi; au fig. passer au second plan, se reconnaître ou être inférieur. [En parlant de choses] Céder le pas à qqc. Diminuer d'importance. La production romanesque cède le pas aux études historiques (Arts et litt. dans la société contemp., 1936, p. 8409). [Avec un obj. pronom. neutre à valeur seulement formelle] Le céder à qqn, à qqc. Lui être inférieur. La sottise de M. Déat ne le cède point à celle de M. Fauconnet (Nizan, Les Chiens de garde, 1932, p. 192). Le céder à qqn en qqc. Il ne le cède à personne en courage (Ac. 1932). Ne le céder en rien à qqn, à qqc. Être son égal. Cette sauce [à la française] a une physionomie qui lui est particulière, et elle ne le cède en rien aux autres sauces pour servir le poisson (Les Gdes heures de la cuis. fr., Carême, 1833, p. 134). Céder le/du terrain à qqn. Battre en retraite, reculer. Ses troupes progressent lentement, puis, violemment contre-attaquées, elles doivent céder le terrain conquis (Foch, Mémoires, t. 1, 1929, p. 156); au fig. régresser, faire des concessions.
Emploi pronom. passif. De telles choses ne se cèdent pas facilement (Ac.1932).
En partic., DR. Procéder à une cession (de bail, de créance, etc.). Céder un bien, un droit (à qqn). Le droit d'habitation ne peut être cédé ni loué (Code civil,1804, p. 116).En cédant le bail, on obtiendrait sans doute du nouveau locataire les deux termes en retard (Zola, L'Assommoir,1877, p. 651).
2. Plus rarement. Céder qqn (à qqn) :
2. Si, (...) un maître est défaillant, il peut céder son apprenti à un autre maître du même métier; mais l'apprenti ne peut pas changer de maître par rupture de contrat avec le premier. Faral, La Vie quotidienne au temps de st Louis,1942, p. 71.
3. [En incise, avec superposition de l'idée de « dire »] « Soit! » céda le prince dans l'espoir de restituer une partie de son patrimoine à Corysandre (J. Péladan, Le Vice suprême,1884, p. 261).
B.− Rare. [Le suj. désigne un inanimé] Céder qqc. (à qqc.).Libérer, répandre une émanation, un dégagement de quelque chose (vers une autre chose) :
3. ... les nébuleuses ne s'échauffent pas quand les soleils leur envoient de la chaleur, mais c'est parce qu'elles cèdent à leur tour de la chaleur à une source encore plus froide, le vide dont la température absolue est nulle. H. Poincaré, Leçons sur les hyp. cosmogoniques,1911, p. 255.
II.− Emploi intrans.
A.− [Le suj. désigne un animé]
1. [Avec un compl. subst. précédé de la prép. à ou pron. sans prép.]
a) Céder à qqn.Laisser l'avantage à quelqu'un, se soumettre à la domination ou à l'emprise de quelqu'un. Céder à un ennemi, à un rival; céder à l'autorité, à ses supérieurs. Céder une fois à un maître chanteur, c'est se préparer à lui céder toujours (Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 241).
Céder en qqc. à qqn.Il lui cède en mérite, en expérience (Ac. 1798-1932).
Spéc. [Le suj. désigne une femme] S'abandonner à un homme, lui accorder les dernières faveurs. De notre temps, les jeunes femmes cédaient à leurs maris avec le sentiment d'accomplir un devoir difficile (Aymé, Travelingue,1941, p. 160):
4. Oui, l'amour enfin me charme, Contre lui, je n'ai plus d'arme. Cédons! Je lui cède avec ivresse, J'attends tout de sa caresse Et mes lèvres sont mes dons. Apollinaire, Casanova,1918, III, pp. 1015-1016.
Emploi abs. Qui croyez-vous que je sois? Une femme qui cède ainsi, en trois minutes, affaire de passer le temps en taxi? (Druon, Les Grandes familles,t. 2, 1948, p. 80).
b) Céder à qqc.S'abandonner à une impulsion, une passion, un sentiment, cesser de résister à une contrainte par faiblesse ou par raison. Monsieur ne résiste plus! Il cède complètement à ses vices!... Monsieur se laisse emporter!... Il roule au ruisseau! (Céline, Mort à crédit,1936, p. 490):
5. Je sais qu'il est dur, pour un capitaine de céder à la menace d'une femme. Tiens, je suis bonne fille. Sans doute aimeras-tu mieux céder à mes prières? Aymé, Vogue la galère,1944, p. 155.
SYNT. Céder à son instinct, à son penchant, à la tentation; céder au caprice, à la colère, au découragement, à la facilité, à la fureur, à l'habitude, à l'impatience, à l'irritation, à la passion, à la peur, à la rancune; céder à la fatigue, à la lassitude, au sommeil; céder aux circonstances, à la force, à la menace, au nombre, à l'opinion, à la violence; céder à l'évidence, à la nécessité, à la raison; céder aux instances, aux intimidations, aux larmes, aux objurgations, aux pressions, aux prières, aux sollicitations, aux vœux de quelqu'un.
2. Emploi abs. Renoncer à résister, se soumettre. Être contraint, forcé, obligé de céder; ne pas vouloir céder; céder sans combattre, sans résister. Je refuse tout nouveau combat. Je cède, vous comprenez, je renonce. Je fais la paix (G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Les Maîtres, 1937, p. 252).
Céder sur qqc.Il faut y aller, et puis surtout ne pas céder sur les prix! (R. Bazin, Le Blé qui lève,1907, p. 191).Fuir, céder, lâcher, mais oui, regarde, c'est toute ma vie! Céder sans cesse sur le secondaire pour rester fort sur l'essentiel (Montherlant, Les Olympiques,1924, p. 318).
B.− [Le suj. désigne un inanimé]
1. [Avec un compl. subst. précédé de la prép. à]
a) Céder à qqc.
Ne pas résister à un effort, à une poussée. C'est la croûte extérieure qui éclate, cédant à une irrésistible poussée (Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience,1889, p. 134):
6. Dures grenades entr'ouvertes Cédant à l'excès de vos graines, Je crois voir des fronts souverains Éclatés de leurs découvertes! Valéry, Charmes,1922, p. 146.
Disparaître, s'estomper en laissant la place à autre chose. Le civil prend le pas sur le militaire; l'épée cède à la plume (Larbaud, Ce Vice impuni, la lecture,Domaine français, 1941, p. 41):
7. Chaque matin, la caravane se met en marche, à l'heure où les ombres et la lumière se combattent, avant que toutes les étoiles aient cédé au soleil... Barrès, Un Jardin sur l'Oronte,1922, p. 130.
b) Céder à qqn.Tout cède à ce redoutable conquérant (Ac.1932).
2. Emploi abs.
a) Ne pas résister sous l'action d'une force, d'une poussée, s'enfoncer, fléchir, plier ou se rompre. Les étançons flexibles [pour cultivateurs] cèdent sans se fausser grâce à leur flexibilité (Passelègue, Les Machines agric.,1930, p. 81).Je passai devant et poussai. Le verrou céda et un gros plâtras tomba sur le sol (Bosco, Le Mas Théotime,1945, p. 201).
Céder sous qqc.Il me semblait que quelque chose cédait doucement sous mon poids comme du sable mouvant (Gracq, Le Rivage des Syrtes,1951, p. 172).
b) Cesser de se manifester, disparaître, s'estomper. Le mal paraissait céder; la douleur céda (Ac. 1878, 1932). Eh bien! Lureux, il va geler cette nuit, si le vent cède? (R. Bazin, Le Blé qui lève,1907, p. 6).Il respira profondément plusieurs fois, comme si l'air lui manquait; puis sa pâleur céda un peu : il faisait effort pour se dominer (Daniel-Rops, Mort, où est ta victoire?1934, p. 354).
Céder devant qqc. :
8. ... le style gothique cédait déjà devant un art nouveau, alors que les gens de la péninsule [la Bretagne] s'appliquaient encore à ciseler les fioritures de leurs gracieux clochers à jour. L. Hourticq, Hist. gén. de l'Art, La France,1914, p. 59.
Prononc. et Orth. : [sede], (je) cède [sεd]. La conjug. est celle de abréger pour l'alternance é/è. Demi-longueur pour la voyelle de cède ds Passy 1914. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1377 « (le sujet désignant un inanimé) s'effondrer sous l'effet d'une pression » (Oresme, Livre du ciel et du monde 160 d 72 − 16 ds Medieval studies, Toronto, t. 5, 1943, p. 298); à nouv. au xviiies. 1798 « s'affaisser sous le poids, casser » (Ac.); 2. 1511 ceder a « abandonner, renoncer à » (Lemaire de Belges, Schismes et Conciles, 3epart. ds Hug.); 1534 trans. « transférer ses droits sur quelque chose à » (Rabelais, Gargantua, 32, éd. Marty-Laveaux); 1673 part. prés. subst. « celui qui transfère son droit » (Edit, mars ds Isambert, Recueil gén. des anc. lois fr., Paris, t. 19, 1829, p. 78); 1537 ceder lieu en « laisser la place à » (Le Courtisan − de B. Castiglione; trad. de Jean Chaperon? − Livre I, 11 rods Quem.); 1662 céder la place à (Pasc., Pens., V, 6 ds DG); 1671 ceder le pas à qqn (Pomey, s.v. pas); 1671 fig. Ie ne luy cede en rien « je ne lui suis inférieur en rien » (Pomey); 1690 « abandonner quelque chose pour un temps ou par civilité » (Fur.); d'où av. 1866 emploi fig. céder le haut du pavé, le pavé « laisser primer » (P.-L. Courier ds Lar. 19e); 3. a) 1580-92 « ne plus résister, diminuer d'importance, s'effacer devant une puissance supérieure » (Mont. II, 87 ds Littré); b) 1673 absol. « se soumettre » (Rac. Mithr. iii, 1 ds Littré); 1890 en parlant d'une femme « s'abandonner à un homme » (DG). Empr. au lat. class. cedere « s'en aller » puis au sens 2 « renoncer »; « concéder »; 3 « se soumettre, le céder à »; 1 « (d'un inanimé) s'affaisser sous « l'effet d'une pression ». Fréq. abs. littér. : 4 479. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 955, b) 4 739; xxes. : a) 6 396, b) 7 581. Bbg. Duch. 1967, § 53. 3. − Gottsch. Redens. 1930, p. 113.

Céder : définition du Wiktionnaire

Verbe

céder \se.de\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Laisser, abandonner une chose à quelqu’un.
    • Il a cédé sa place dans le bus.
  2. (Commerce) (Droit) Transférer la propriété d'une chose, à une autre personne, lui en donner la propriété.
    • Après la guerre, le traité de Versailles avait alors contraint l’Allemagne à céder ses colonies aux nations vainqueurs. — (Chronique du XXème siècle, Éditions Chronique, 2013, p.1894)
    • Il a cédé son magasin, son fonds, son étude. Céder un bail. Il cède sa voiture à bon prix.
  3. (Intransitif) Ne pouvoir résister ou ne plus résister à l’action de telle ou telle force, en parlant des choses matérielles.
    • […] je me dispose à le réparer lorsqu'un coup de vent arrive si furieux et si sec que l'étai de foc et la bastaque bâbord, cèdent en même temps. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Dans le choc très brutal de l’amerrissage, un croisillonnage céda et l'extrémité de l’aile gauche baignait dans l'écume. — (Jean Mermoz, Mes Vols, p.73, Flammarion, 1937)
    • Puis il remarqua que le coin de la moquette rebiquait légèrement. Il s’agenouilla, tira et la moquette céda facilement. — (Peter James, Comme une tombe, Pocket-Univers Poche, 2012)
    • (Par extension) La porte de la rue céda. Trois matelots entrèrent en saluant. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 180)
    • (Par analogie) L’aile gauche de l’armée commençait à céder.
  4. (Figuré) Se soumettre, ne plus résister, accepter, tant au sens physique qu’au sens moral.
    • Les moines et les prêtres surprirent le pauvre homme, le jetèrent en prison, et le firent conduire à Vienne en Dauphiné, où résidait l’archevêque. Rénier préféra être brûlé vif, plutôt que de rien céder. — (Jean-Henri Merle d'Aubigné, Histoire de la Réformation en Europe au temps de Calvin, tome 2, chap. 12, Paris : chez Michel Lévy frères, 1878, ThéoTex, 2016, page 496)
    • — Reviens, reviens, criaient les camarades ; reviens vite ! Lebrac, aux trois quarts enlisé, céda à leurs appels et voulut tourner bride. — (Louis Pergaud, Un sauvetage, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • David, lui, dormirait, cette nuit, dans son lit étroit mais confortable et par là même céderait si peu que ce fût à la sensualité. — (Julien Green, Moïra, 1950, réédition Le Livre de Poche, page 147)
    • Un soir, attendant l'heure du dîner, Claire et Marcelle, cédant je suppose à une prière générale, jouèrent quelques morceaux ensemble, la pianiste accompagnant sa sœur violoniste. — (André Roussin, La Boîte à couleurs, Éditions Albin Michel, 2013, p. 2008)
    • Pour supporter cette anxiété, nous inventons des mythologies personnelles ou collectives. Plutôt que de céder à la panique, nous construisons des mondes. C’est le moment. Il ne durera peut-être pas. — (Michel Eltchaninoff, « Carnet de la drôle de guerre », dans la newsletter du 21/03/220 de Philosophie Magazine.)


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Céder : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CÉDER. (Je cède; nous cédons). v. tr.
Laisser, abandonner une chose à quelqu'un. Céder sa place, son tour à un autre. Céder le pas, le haut du pavé. Céder la victoire. Je vous cède la parole, Je vous permets de parler avant moi. De telles choses ne se cèdent pas facilement. Figurément Le céder, et elliptiquement Céder à quelqu'un signifie Être inférieur à lui en quelque chose, lui céder l'avantage. Il le cède à son frère en habileté. Il ne le cède à personne en courage. Il lui cède en mérite, en expérience. Il signifie aussi, en termes de Commerce et de Jurisprudence, Transporter la propriété d'une chose à une autre personne, lui en donner la propriété. Il a cédé son magasin, son fonds, son étude. Céder un bail. Il est souvent aussi verbe intransitif et signifie, en parlant des choses matérielles, Ne pouvoir résister à l'action de telle ou telle force. Cette poutre ne tardera pas à céder. La voûte est trop chargée, elle commence à céder. On dit dans un sens analogue L'aile gauche de l'armée commençait à céder. Il signifie figurément, tant au sens physique qu'au sens moral, Se soumettre, ne pas s'opposer, ne pas résister. Il faut céder à nos supérieurs. Céder à la force, à la raison. Céder au nombre. Céder aux larmes, aux prières de quelqu'un. Céder à des préventions. Céder à son penchant. Céder à la nécessité. Tout cède à ce redoutable conquérant. Les intérêts privés doivent céder à l'intérêt général. Par extension, La violence de la fièvre ne céda pas aux remèdes. Absolument, Cédons, puisqu'il le faut. Le mal paraissait céder. La douleur céda.

Céder : définition du Littré (1872-1877)

CÉDER (sé-dé ; la syllabe cé prend l'accent grave devant une syllabe muette, je cède, excepté au futur et au conditionnel où l'accent aigu est conservé, je céderai : mauvaise et inutile contradiction) v. a.
  • 1Laisser une chose à quelqu'un. Céder le haut du pavé à quelqu'un. Il céda la victoire à l'ennemi. Que cédé-je à mon frère en cédant vos États ? Corneille, Nicom. IV, 3. Sans regret il vous quitte, il fait plus, il vous cède, Corneille, Poly. IV, 5. J'ai cédé mon amant, tu t'étonnes du reste, Racine, Baj. III, 1. Elle lui céderait une indigne victoire, Racine, Mithr. I, 1. Le parti le plus sûr, c'est de respecter fort les procureurs du roi et leurs clercs, de fuir toute rencontre avec eux, tout démêlé, de leur céder non-seulement le haut du pavé, mais tout le pavé s'il se peut, Courier, I, 174.
  • 2 Terme de commerce et de jurisprudence. Transporter la propriété d'une chose à une autre personne. Céder un magasin, un fonds, un cheval, une créance, un bail, ses droits, ses prétentions.
  • 3 V. n. Plier, fléchir sous le poids, sous la pression. La porte céda sous nos efforts. Le plancher surchargé a cédé. Cette voûte cédera. Des tumeurs molles et qui cèdent à la pression du doigt. Ses greniers cédaient sous le poids du grain.
  • 4 Fig. En parlant des personnes, ne pas s'opposer, ne pas résister. Ne cède pas à l'adversité. Céder aux circonstances. J'ai cédé à mon penchant. Les autres cédèrent à l'habitude. Je cédais au sommeil. Cédant à la crainte, à la colère. Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages, Malherbe, II, 12. Nous n'avons point d'amis qui ne cèdent au nombre, Corneille, Sert. V, 5. On dira que je cède à la difficulté, Molière, l'Étour. III, 1. Un homme dont le corps a cédé aux tourments, Bossuet, Hist. II, 12. Prince, sans l'irriter, cédons à cet orage, Racine, Brit. III, 8. Je suivais mon devoir et vous cédiez au vôtre, Racine, Andr. IV, 5. Son téméraire orgueil, que je vais redoubler, Croira que je lui cède et qu'il m'a fait trembler, Racine, Iph. IV, 8. Le roi de son pouvoir se voit déposséder, Et lui-même au torrent est contraint de céder, Racine, ib. V, 3. Aux cris d'un vil oiseau vous cédez sans combat, Boileau, Lutr. III. Deux fois, en grand politique, ce judicieux favori sut céder au temps et s'éloigner de la cour, Bossuet, le Tellier. Poussin, rappelé de Rome à Paris, y céda à l'envie et aux cabales ; il se retira, Voltaire, Louis XIV, Peintres.

    Absolument. A la fin il céda. Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté, Bossuet, Marie-Thér. Du moins s'il faut céder…, Racine, Mithr. III, 1. L'univers a cédé ; cédons, mon cher Zamore, Voltaire, Alz. II, 4.

  • 5Dans le même sens, en parlant des choses. Tout cède à un travail opiniâtre. Comme j'ai fait céder mon amour au devoir, Corneille, Cid, V, 6. Je sais ta passion et suis ravi de voir Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir, Corneille, Cid, II, 2. Enfin ma bonté cède à ma juste fureur, Corneille, Poly. V, 3. Leur vaine amitié cède à leur politique, Corneille, Nic. IV, 6. Ma générosité cède enfin à sa haine, Corneille, ib. III, 4. Peu savent, comme vous, s'appliquer ce remède [la patience], Et dans leur intérêt [affliction], toute leur vertu cède, Corneille, Hor. V, 2. La constance du pape Libère cède aux ennuis de l'exil, Bossuet, Hist. I, 11. Je vois que la raison cède à la violence, Racine, Phèd. II, 2. Et que me direz-vous qui ne cède, grands dieux ! à l'horreur de vous voir expirer à mes yeux, Racine, ib. I, 3. Dont la beauté ne cédait qu'à celle d'Achille, Fénelon, Tél. XX. Que l'éclat de l'ancien temple céderait à la majesté du nouveau, Massillon, Myst. Nouvelle vie. Ce nom si redoutable à qui tout autre cède, Voltaire, Tanc. II, 1. Dès sa première jeunesse, tout cédait aux lumières de son esprit, Bossuet, le Tellier. Tout devait céder à ses désirs fougueux, Fénelon, Tél. II.
  • 6Se reconnaître au-dessous de quelqu'un, et aussi être au-dessous de quelqu'un. Et comme ses rivaux lui cèdent en mérite, Corneille, D. Sanch. I, 1. Les Gaulois ne leur cédaient pas en courage, Bossuet, Hist. III, 6. Le roi ne cédait à personne ni pour la taille ni pour la mine, Hamilton, Gramm. 6. Elle ne cède point à la reine pour communier souvent, Sévigné, 411. Il aurait été tenté de nous regarder comme des intelligences supérieures, s'il n'avait éprouvé combien nous lui cédions à d'autres égards, Diderot, Lett. s. l. aveugles.

    On dit aussi le céder, dans le même sens. Il le cède en habileté à son frère. Il ne le cède à personne en vertu. L'Académie ne donne pas cette tournure ; mais elle est continuellement employée, et, à l'historique, on voit qu'Amyot s'en est servi.

  • 7Être diminué, en parlant d'un mal physique, cesser. La violence du mal ne cédant pas aux remèdes. Quand la douleur vient à céder. Le mal paraissait céder.

HISTORIQUE

XVIe s. Je luy cede la mestairye de la pomardiere, à perpetuité, Rabelais, Gar. I, 32. Si les ennemis ne cedent et viennent à accord, Montaigne, I, 25. En presence, toutes choses luy cedent ; mais…, Montaigne, II, 80. La commodité particuliere doibt ceder à la commune, Montaigne, II, 87. Ces ouvrages montrent qu'ils ne nous cedoient non plus en l'industrie, Montaigne, IV, 18. Ilz refuserent tous le tripié, et le cederent en tour les uns aux autres par une honneste humilité, Amyot, Solon, 7. Il ne le cedoit en bonté d'entendement à nul d'eulx, Amyot, Sertor. 1.

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Étymologie de « céder »

Étymologie de céder - Littré

Espagn. ceder ; ital. cedere ; du latin cedere, proprement, aller, puis s'en aller, et, finalement, céder.

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Étymologie de céder - Wiktionnaire

Du latin cedere.
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Phonétique du mot « céder »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
céder sede play_arrow

Conjugaison du verbe « céder »

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Évolution historique de l’usage du mot « céder »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « céder »

  • Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes. La Gazette des Communes, Une commune peut-elle céder gratuitement du matériel informatique ?
  • (AOF) - BP a signé un accord en vue de céder ses activités pétrochimiques mondiales au chimiste britannique Ineos pour un montant total de 5 milliards de dollars. La major pétrolière franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation. La cession renforcera par ailleurs son bilan et lui permettra d'atteindre son objectif de ventes un an plus tôt que prévu. Capital.fr, BP cède ses activités pétrochimiques mondiales pour 5 milliards de dolars - Capital.fr
  • Je vous céderais bien ma place, mais elle est occupée. De Groucho Marx
  • Discuter avec la tentation, c'est être sur le point d'y céder. De Miguel de Unamuno
  • Dans la vie comme aux échecs, on peut bien céder une tour, mais non la dame. De Antoine de Rivarol
  • Hâtez-vous de céder à la tentation avant qu'elle ne vous passe. De Edouard Herriot
  • C'est avoir deux fois raison que de céder à quelqu'un qui a tort. De Jules Petit-Senn
  • Appuyons-nous sur les principes, ils finiront toujours par céder. De Edouard Herriot
  • L'auteur doit céder la parole à son oeuvre. De Friedrich Nietzsche
  • Céder une fois à la foule, c'est lui donner conscience de sa force et se condamner à lui céder toujours. De Gustave Le Bon

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Traductions du mot « céder »

Langue Traduction
Portugais ceder
Allemand nachgeben
Italien cedere
Espagnol ceder
Anglais give
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Synonymes de « céder »

Source : synonymes de céder sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « céder »


Mots similaires