Sortir : définition de sortir


Sortir : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SORTIR1, verbe

I. − Empl. intrans.
A. − Passer du dedans au dehors.
1.
a) Qqn (ou un animé) sort de qqc. (d'un lieu).Aller hors d'un lieu. Sortir d'un abri, d'un appartement, d'un bois, d'une boutique, d'un cabaret, d'une cave, d'une chambre, d'une cour, d'un immeuble, d'une maison, d'une pièce, d'une place; sortir de son bain, de son lit; sortir de sa prison, de sa retraite. Un chasseur sortit de sa cachette (Fromentin,Dominique, 1863, p. 275).Tu sors de toi, Sans faire de bruit, comme d'une chambre, On sort par le toit (Cocteau,Poèmes, 1916-23, p. 188).Quinette était sorti de chez lui en tâchant de garder les allures les plus naturelles (Romains,Hommes bonne vol., 1932, p. 128).
En sortir. Quitter un lieu. Son palais l'ennuie, et toutefois elle craint d'en sortir (Laclos,Éduc. femmes, 1803, p. 446).Les morts C'est sous terre: Ça n'en sort Guère (Laforgue,Poés., 1887, p. 160).(En) sortir les pieds devant. Quitter mort un lieu. Le bruit courut que la jolie fille était sequestrée. Dans un cabinet noir et qu'elle n'en sortirait que les pieds devant. − About: C'est-à-dire (...) morte, emboîtée dans un cercueil (Larchey,Excentr. lang., 1862, p. 446).
Faire sortir qqn.Faire que quelqu'un quitte un lieu; lui enjoindre fermement de quitter un lieu. Si vous ne voulez pas sortir de bonne volonté (...). Ils vous feront sortir de force (Dumas père, Laird de Dumbiky, 1844, i, 2, p. 8).
b) P. anal. Qqc. sort d'un lieu.Comme un bateau sort de l'antre du rocher avec les marins sans que la mer en frémisse davantage (Jacob,Cornet dés, 1923, p. 70).
c) Loc. fig. Avoir l'air de sortir d'une boîte. V. ce mot III B 2.Sortir de sa chrysalide*. Sortir de sa coquille. V. ce mot A 2.Sortir de l'œuf. V. ce mot I C 5.
2. Se dégager d'un endroit difficile. Cette rue est si sale, qu'on ne peut sortir des boues (Ac.1878, 1935).
3. ESCR. Sortir de mesure. ,,Se mettre hors d'état de porter une botte de pied ferme à son adversaire`` (Ac. 1798-1878).
B. − [Sans compl. prép. d'origine] Qqn sort
1.
a) Aller dehors. Sortir un instant, tous les jours, le lendemain, le matin, un moment; sortir pour faire qqc.; sortir avec qqn; sortir par la droite, la gauche, la fenêtre, la porte; sortir à la campagne, dans le couloir, la cour, l'écurie; sortir à pied, à reculons; sortir aussitôt, bientôt, brusquement, lentement, précipitamment; sortir par mauvais temps. Les médecins ne lui ont pas encore permis de sortir (Ac.1935).Se coiffant de son large feutre, il sortit faire un tour sur la place (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz, 1864, p. 152).
En partic.
Pop. Aller dehors pour se battre. Sors donc, si tu es un homme (Sandry-Carr.1963).
Aller se promener. Sortir en barque. Dans la journée, après le déjeuner, monsieur et madame sont sortis en voiture (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 72).Rue de la Paix, les midinettes sortaient en bandes et traversaient la place Vendôme et la rue de Rivoli en se donnant le bras (Nizan,Conspir., 1938, p. 51).
b) P. anal. [Le suj. désigne un bateau] Quitter le port. Je vais à la jetée voir entrer et sortir les bateaux (Delacroix,Journal, 1854, p. 241).
c) Loc. Sortir avec qqn, ensemble. Entretenir des relations amoureuses avec quelqu'un. Bernard continua, bien qu'il se jugeât lâche, à sortir avec Catherine (Nizan,Conspir., 1938, p. 130).
2. Quitter une maison, un lieu et ses occupants. Sortir discrètement, sur la pointe des pieds, en claquant la porte; sortir le premier, le dernier. Mais est-ce que le petit jeune homme a la permission de sortir après le dîner? (Romains,Hommes bonne vol., 1932, p. 264).
3. Aller hors de chez soi. J'étais sorti toute la matinée. En revenant (...), je rencontrai la mère et la fille en voiture (Restif de La Bret.,M. Nicolas, 1796, p. 92).Elles ne sortaient plus que le dimanche, pour l'église c'est-à-dire aussi pour s'y retrouver (Gide,Si le grain, 1924, p. 375).
En partic.
Aller dans le monde, au spectacle, se distraire. Sortir beaucoup, peu. Lorsque je commençais de sortir un peu, et quand mes premiers succès me jetèrent brusquement de ma cellule au quartier Latin dans un opulent décor de haute vie (Bourget,Physiol. am. mod., 1890, p. 366).
Être sorti. Ne pas être chez soi. Madame est sortie. Dites que je suis sortie! (Guitry,Veilleur, 1911, ii, p. 12).
C. − Qqn sort de qqc.
1.
a) Quitter un lieu d'occupation, de réunion, de séjour. Sortir d'une audience, d'un entretien; sortir d'une conférence, de l'hôpital, de l'hôtel, de la messe, de l'opéra, de l'église; sortir de l'école, du lycée, de prison; sortir de son bureau, de son cabinet; sortir de chez qqn; sortir de table à quatre heures. Et l'on est sorti de table en même tems que les dames pour arriver à tems au concert (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 110).Un petit café où il lui arriva de boire très tard avec des amis du Figaro, en sortant d'un bal de l'Opéra (Fargue,Piéton Paris, 1939, p. 251).
Loc. Sortir d'avec qqn (vx). Venir de le quitter. Je ne pouvais vivre sans voir Sara, que la raison me disait de quitter; je sentais qu'il le fallait; en sortant d'avec elle, j'en formais la résolution (Restif de La Bret.,M. Nicolas, 1796, p. 159).
b) Au fig. Quitter, avoir fini une occupation. Tous avaient un accablement, comme s'ils sortaient d'une besogne écrasante (Zola,Nana, 1880, p. 1328).
Loc. fam. En sortir. Venir à bout d'une tâche. Cela est inutile quant à présent puisque vous n'avez pas fini vos analyses de philosophes. Quand vous en serez sorti, et je vous prie de vous hâter autant que possible, nous reprendrons ce côté pratique du sujet (Tocqueville,Corresp.[avec Gobineau], 1843, p. 62).
Sortir de + inf.Venir de (faire quelque chose). Il semble qu'en sortant de coucher avec son amant, elle laisse dans sa chambre son sexe comme l'outil de son travail (Goncourt,Journal, 1864, p. 56).
Loc., fam. Sortir d'en prendre. Ne pas être disposé à recommencer quelque chose de désagréable à l'expérience; en avoir assez de quelque chose. C'est compréhensif; c'est philosophique; c'est synthétique; ça doit t'aller. − Merci! je sors d'en prendre, répliqua le rapin avec humeur (Reybaud,J. Paturot, 1842, p. 360).
2.
a) Passer d'un état (psychologique, social) à un autre. Sortir d'un cauchemar, de l'enfer; sortir de sa léthargie, d'un rêve, de son sommeil, de sa torpeur; sortir de l'adolescence, de l'enfance, de l'ignorance; sortir d'un état de. Cosette n'était plus en guenilles, elle était en deuil. Elle sortait de la misère et elle entrait dans la vie (Hugo,Misér., t. 1, 1862, p. 527).
Loc., vieilli. Sortir + inf.Venir de passer d'un état à un autre. Cette pauvre petite fille, qui sort d'avoir quinze ans (Balzac,Cous. Bette, 1846, p. 405).
b) Au fig. Se dégager d'une situation difficile. Sortir avec peine de qqc.; sortir d'affaires, d'embarras; sortir de là; (se) sortir des pattes, des mains, de l'emprise de qqn; sortir furieux, radieux de qqc.; sortir d'une impasse, d'un mauvais pas. La civilisation rend les esprits routiniers; aucun ne peut sortir de l'ornière (Fourier,Nouv. monde industr., 1830, p. 30).
Empl. pronom. réfl. Se sortir de. Se dégager d'une situation difficile, guérir d'une maladie grave. On ne se souvenait plus au juste si telle personne qu'on n'avait jamais l'occasion de voir s'était sortie de sa fluxion de poitrine ou avait trépassé (Proust,Temps retr., 1922, p. 977).S'en sortir. Synon. s'en tirer.Paul est libre et, du reste, il est incapable, il est nul, c'est un âne, un demeuré. Il faut que je m'en sorte toute seule (Cocteau,Enfants, 1929, p. 98).En partic. Se tirer d'une situation financière difficile. Vous ne vous en sortirez pas (...). Les chiffres sont là (Zola,Bonh. dames, 1883, p. 156).
[Avec adj. attribut] Sortir indemne, victorieux de qqc. Quand je vous disais (...), que la guerre (...) serait terrible, j'avais raison. N'importe! Nous en sommes sortis vainqueurs (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 283).Dans l'ensemble, nous avons eu la chance, oui, oui, la chance, d'en sortir sains et saufs (Cocteau,Parents, 1938, iii, 2, p. 277).
[Avec compl. sans art.] Sortir d'affaire, d'inquiétude, de mélancolie. M. de Saint Pri*** (...) vient de se brûler la cervelle pour sortir d'embarras (Stendhal,Prom. ds Rome, t. 1, 1829, p. 198).
Loc., pop., fam. En sortir les braies nettes. V. braie B.(N')être (pas) sorti de l'auberge. V. ce mot A.
c) Passer d'une époque, d'une saison, d'un moment à un(e) autre. Sortir de l'hiver, de l'été, d'un règne. On sort de Louis XIV comme on sort de Robespierre, avec un grand besoin de respirer (Hugo,Quatre-vingt-treize, 1874, p. 120).
Loc. fig. Sortir de l'ombre. V. ombre1I D 2 b.
3. Abandonner un comportement normal. Sortir de son calme, de son caractère, de son impartialité. [Doré] coupait tout le jour les jambes à son monde, en sortant plus que de raison du ton et de la mesure (Sand,Prom. autour vill., 1860, p. 118).
Locutions
Sortir de soi. Devenir momentanément différent. « Sortir de soi-même, se transporter en quelque chose que l'on n'est pas », ce vœu à jamais insatisfait fait paraître bien misérable la tentative de l'idylle (Béguin,Âme romant., 1939, p. 44).Faire abstraction de soi-même, cesser d'être préoccupé. Il faut d'ailleurs savoir sortir de soi-même et s'élever assez haut pour voir le monde au lieu de ne voir qu'un point (J. de Maistre,Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 167).
Sortir de sa réserve. Quitter une attitude prudente et circonspecte. Synon. se départir de.M. de Galais, qui n'avait rien dit encore, eut le tort de vouloir sortir de sa réserve (Alain-Fournier,Meaulnes, 1913, p. 272).
Sortir de ses gonds. V. gond1B 1.
Fam., vieilli. Être sorti. Avoir une absence, une perte momentanée de conscience. Cependant, toutes les dix minutes, elle retombait dans ses réflexions, elle était sortie, comme on dit (Zola,Assommoir, 1877, p. 785).
4. S'écarter de ce qui était fixé, passer outre. Sortir d'une formule, d'une loi, d'une règle; sortir d'une décision, d'une opinion, d'un rôle; sortir de la matière, de la question, du sujet; sortir de son devoir, des bornes de la modestie, de la bienséance. On ne peut sortir de ce principe général que sans liberté point de moralité et sans moralité point d'éducation (Laclos,Éduc. femmes, 1803, p. 429):
Leuwen était cependant assez civilisé pour ressentir une crainte mortelle que son amour pour le bien ne le fît sortir des bornes que le ton du ministre semblait vouloir mettre à ses rapports avec lui. Stendhal,L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 192.
Loc., fam. Ne pas (vouloir) sortir de (là). Soutenir une idée, une opinion avec obstination. Synon. fam. ne pas en démordre.[Xavière] a répondu avec horreur qu'elle détestait les fleurs, et elle n'a jamais voulu sortir de là (Beauvoir,Invitée, 1943, p. 134).
En partic. S'écarter du cadre d'une activité habituelle, d'une compétence, d'une fonction. Je suis intimement persuadé que, sorti de ses affaires, il est l'homme le plus délicat et le plus probe qu'il y ait à Paris (Balzac,Gobseck, 1830, p. 420).Un service qui (...) semblait sortir des visites ordinaires d'un médecin (Zola,Page amour, 1878, p. 15).
5. Avoir pour ascendance. Sortir d'un sang noble; sortir de si bas, de rien, d'une bonne famille, du peuple. Et vous m'apportez les papiers à l'aide desquels il me sera possible de constater le sang dont je sors? (Dumas père, Villefort, 1851, i, tabl. 10, 2, p. 159).
Expr. Se croire sorti de la cuisse de Jupiter. V. cuisse I A 2 a α.
6. Avoir été élevé, formé par quelqu'un, quelque chose (un milieu). Sortir des mains de qqn; sortir de sa province.
Sortir de + subst. désignant un établissement d'enseignement.Avoir fini avec succès un cursus universitaire ou scolaire. Sortir d'une école, d'une grande école; sortir de Normale Sup., de Polytechnique. Elle a un fils qui est sorti de Saint-Cyr l'année dernière (France,Orme, 1897, p. 132).
Sortir du rang. V. ce mot A 1 b α.
D'où sort-il? [À propos de qqn dont les manières, l'ignorance choquent] De quel milieu (familial, social) vient-il? Dès ma première leçon, ç'a été une clameur dans le palais (...). D'où sort-il donc? Que nous veut ce barbare? (A. Daudet,Rois en exil, 1879, p. 45).
D. − Qqc. sort (de qqc.)
1. [Le suj. désigne un fluide, un objet en mouvement, un son] Aller en dehors d'un lieu. Une vague senteur aromatique sort de toutes ces pousses vertes [des orangers] (Taine,Voy. Ital., t. 1, 1866, p. 52).Un autre (...) avançait les naseaux sous le robinet même, où l'eau sortait fraîche (Montherl.,Bestiaires, 1926, p. 519).Une à une les notes sortaient du violon sous l'archet (Giono,Triomphe vie, 1941, p. 175).
En partic. Aller hors d'un contenant; se détacher de. Sortir des rails. Au virage, la roue sortit de son axe et s'échappa vers le bas-côté de la route, en zigzaguant (Bernanos,M. Ouine, 1943, p. 1502).
SPORTS. Sortir des limites matérielles fixées. Un ballon sort du terrain. (Dict. xxes.).
2. [Le suj. désigne un inanimé] Ne plus être dans la tête. Les entretiens qu'ils eurent, lui et ce fonctionnaire, je regrette qu'ils me soient sortis de l'esprit (Benoit,Atlant., 1919, p. 63).Ce que nous avons dit dès l'abord devait être insignifiant − ou alors singulièrement grave et plein d'importance − car cela est sorti de ma mémoire (Jouve,Scène capit., 1935, p. 233).
En partic.
Ne plus appartenir à, quitter un groupe défini. Un objet, un secret sort de la famille. Je regrette Combourg, mais avec moins de résignation, bien qu'il ne soit pas sorti de ma famille (Chateaubr.,Mém., t. 3, 1848, p. 61).On lui demanda de donner sa parole d'honneur que rien n'était sorti de la caserne (Nizan,Conspir., 1938, p. 94).
Loc., fam., p. iron. (Ça) ne sort pas de la famille. Un Grec dépouillé par ses frères se dit avec une certaine résignation que son argent ne sort pas de la famille (About,Roi mont., 1857, p. 22).
Cesser de faire partie de; ne plus être du ressort de. Sortir de la compétence de qqn, de ses fonctions. Sortir de l'ordinaire. V. ce mot II A.
3. Faire saillie; être visible en totalité ou en partie hors de quelque chose. L'enfant arriva sur le bras de sa bonne, dans sa longue chemise de nuit, d'où sortaient ses pieds nus, sérieuse et presque rêvant encore (Flaub.,MmeBovary, t. 2, 1857, p. 173).
Loc., fam. Les yeux lui (en) sortent de la tête. Il a les yeux saillants, exorbités. Schumacker resta quelques instants immobiles (...) ses prunelles flamboyantes sortaient de leur orbite (Hugo,Han d'Isl., 1823, p. 444).
[Dans un cont. fig.] Être très étonné. Il a survécu, à ce qu'il dit (...)! Les yeux m'en sortent de la tête (Feuillet,Scènes et com., 1854, p. 263).
Proverbe, au fig. La vérité sort de la bouche des enfants. V. bouche II B 2 a.
4. Apparaître à l'extérieur, dépasser (de quelque chose). Ah! dame oui, les blés sortiront de bonne heure (Colette,Cl. ménage, 1902, p. 137).
5. Se découper, être nettement visible sur un fond, ressortir. [Fernande] s'arrêta sous un bec de gaz dont l'éclat jaune fit sortir de la nuit son troublant et sérieux visage (Carco,Jésus-la-Caille, 1914, p. 229).
6. Avoir été fabriqué par un artisan, par quelque chose (usine, machine). [Sans compl. prép.] Les pièces de porcelaine moulées (...) sortaient nettes (Al. Brongniart, Arts céram., t. 1, 1844, p. 143).
Au fig. Avoir son origine dans, être issu de. En regardant un portrait de Wagner, je me suis demandé comment il se pouvait que de cette tête de proprio avare fût sorti Siegfried (Green,Journal, 1932, p. 111).
Loc., fam. Ça sort du cœur. Si je t'en parle, ce n'est pas pour te faire de la peine, c'est parce que ça me sort du cœur, malgré moi (Zola,Bête hum., 1890, p. 249).Il (n')est (rien) sorti de. Il (ne) résulte (rien) de. Tu me ressembles: j'ai eu ce visage pointu, ce sang inquiet, ces yeux sournois − et il n'en est rien sorti de bon (Sartre,Mouches, 1943, i, 5, p. 34).En sortir. Résulter de. Le pot-au-feu mitonne. Quel bouillon en sortira? (Arnoux,Roi, 1956, p. 323).
7. Qqc. sort.Être présenté au public, être commercialisé. Un nouveau modèle, une collection, un article sort. En partic. Être édité. Un livre sort parce qu'un homme, qui ne l'a pas lu, somme de l'acheter un troupeau de gens qui ne le liront pas (Montesquiou,Mém., t. 3, 1921, p. 276).
8. Être tiré par le sort ou le hasard. Je croyais par moments que le nom de Charlie, allait malgré Robert « sortir » comme le numéro d'une loterie, j'avais de quoi être fier (Proust,Temps retr., 1922, p. 702).
En partic. Être tiré comme sujet d'examen. (Dict. xxes.).
II. − Empl. trans.
A. −
1. Qqn sort qqn/qqc.Mener dehors quelqu'un ou un animal qu'il faut accompagner. Sortir un enfant, un malade, un chien. L'air libre fouette nos joues, et nous [la troupe] plissons les yeux, blessés, comme des convalescents qu'on sort trop tôt (Colette,Music-hall, 1913, p. 3).Leur mère, fatiguée, n'avait guère le temps de les sortir (Gyp,Souv. pte fille, 1928, p. 73).Le béret sur les yeux, le bâton à la main, il siffla le chien et sortit le bétail (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p. 107).
SPORTS. [Le suj. désigne l'arbitre] Expulser du terrain un joueur fautif. M. fait mine de « sortir » D. et L. qui échangent des coups (L'Auto, 9 avr. 1906ds Petiot 1982).[Le suj. désigne des joueurs] Éliminer une équipe adverse. En Coupe ils furent éliminés en demi-finale, après avoir sorti Nantes (L'Auto, 11 août 1965ds Petiot 1982).
2. Qqn sort qqc. de qqc.Extraire, tirer quelque chose de. Sortir la voiture de la remise; sortir un couteau de la gaine; sortir son mouchoir, un paquet, sa main de sa poche; sortir son costume de l'armoire. [Gobseck] les sortait de l'écrin, les y remettait, les y reprenait encore (...) − Beaux diamants! (Balzac,Gobseck, 1830, p. 412).
3. Qqn sort qqn de qqc.
a) Extraire quelqu'un d'un lieu dont il ne peut se dégager. On sort Renée de son lit. On l'habille. Mais le moindre mouvement aggrave les douleurs (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p. 88).
b) Au fig.
Tirer quelqu'un d'une situation embarrassante, difficile. Dans la situation où se trouve ma famille, je ne dois reculer devant rien pour la sortir d'embarras (Becque,Corbeaux, 1882, iv, 2, p. 219).S'il y a une chance de sortir les gosses de cette saloperie de guerre, il faut les en sortir (Malraux,Espoir, 1937, p. 589).
Tirer quelqu'un de sa façon habituelle de faire. Car, hélas! M. Schuver ne valait plus rien comme décorateur quand on le sortait de ces roses en papier (France,Servien, 1882, p. 166).
Tirer quelqu'un de son milieu. Un des princes de la finance L'avait sortie on ne sait d'où (Monselet,Poés., 1880, p. 92).
c) Fam. [Sans compl. prép.] Mettre quelqu'un dehors de façon expéditive. − Tu seras bien avancé quand vous vous serez disputés par devant les autres. Ferdinand n'a sûrement pas mauvaise intention. − Par la peau du cul que je vas te le sortir, le vétérinaire! (Aymé,Jument, 1933, p. 190).
4. Qqn sort qqc.Tenir des propos désagréables ou inconvenants. À force de dire des choses plus ou moins absurdes, l'un de nous finira peut-être par en sortir une qui soit comestible (Aymé,Mouche, 1957, p. 30).
5. Qqn sort de qqc.Se démarquer nettement. Il mange de plus avec l'Empereur, ce qui le sort absolument de la ligne des Ministres du second ordre et le place à côté de l'Ambassadeur de France (J. de Maistre,Corresp., 1811, p. 4).
B. − Qqn/qqc. sort qqc.Produire, fabriquer en vue de sa commercialisation. Un fabricant sort un produit; une usine, une manufacture sort un modèle. (Dict. xxes.).
Prononc. et Orth.: [sɔ ʀti:ʀ], (il) sort [sɔ:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Trans. 1. ca 1145 « décider » (Wace, Conception ND, éd. W. R. Asford, 1285); en partic. ca 1160 « décider par les sorts » (Enéas, 2617 ds T.-L.), en a. et m. fr.; 2. a) 1453 « mettre brutalement quelque chose hors de, tirer dehors » crollant et sortissant la porte (Arch. JJ 182, f o38 v ods Gdf.); b) 1888 « mettre brutalement quelqu'un dehors » (Courteline, Train 8 h 47, II, VIII ds Rob. 1985); 3. a) 1529 « franchir en sortant, passer au-delà de » sortir les limites de mon propos (Tory, Champfleury, L. III, 49 v ods Hug.); b) 1596 « faire prendre l'air à un animal » sortez mon cheval (Béroalde de Verville, Le Cabinet de Minerve, p. 151 ds Littré); c) 1788 « accompagner une personne dehors, à la promenade » (Fér. Crit. t. 2 d'apr. Lar. Lang. fr.); 1871 (Littré); 4. a) 1611 « porter, mettre quelque chose dehors » (Cotgr.); b) 1688 « tirer hors de, sortir » (Sévigné, Corresp., éd. R. Duchène, t. 3, p. 361); c) 1903 « dire, proférer » (Colette, Cl. s'en va, p. 27: elle a déjà sorti tout ce qu'on pouvait imaginer); d) 1938 « produire pour le public, mettre dans le commerce » sortir cent paires de « grosses godasses » par jour (Romains, Hommes bonne vol., p. 168); 5. ca 1630 « faire changer d'état, de condition » (Bassompierre d'apr. FEW t. 12, p. 126b); 6. 1752 jeu de tric trac sortir son coin (Trév. Suppl.); 7. 1904 comptab. (Nouv. Lar. ill.). B. Intrans. 1. ca 1150 « se tirer de, se dégager de » sortir de la mort (Conte de Floire et de Blancheflor, éd. J. L. Leclanche, 1020); 2. 1155 « tirer au sort, prédire » unt sorti et deviné (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 123); d'où 1634 « être amené par un tirage au sort ou le hasard » (Boileau, Satire, éd. A. Cahen, IV, 76); 3. a) 1175 « aller hors d'un lieu dans lequel on se trouvait » (Benoît de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 43417); en partic. 1553 « quitter un lieu où l'on a séjourné quelque temps » sortir de prison (La Bible, s. l. impr. J. Gérard, Eccl. 4, d); 1608 cynég. sortir au fort (M. Regnier, Satyre, III, 218 ds Œuvres compl., éd. G. Raibaud, p. 36); 1623 sortir les pieds devant (Sorel, v. pied étymol. I A 2 d); b) 1713 d'où diable sors-tu? pour indiquer que l'on n'a pas vu qqn depuis longtemps (Hamilton, Gramm., 8 ds Littré); 1792-97 d'où sors-tu donc? se dit à l'adresse de quelqu'un qui manque d'éducation ou dont l'ignorance choque (Beaumarchais, Mère coupable, I, IV, collection Génie de la France, t. II, p. 251); c) 1559 « aller hors de chez soi pour se promener, faire des visites, etc. » (Amyot, Démosth., 20 ds IGLF: il n'ozast de honte sortir en tel estat [la tête rasée]); cf. 1573 quand je sors de chez moi pour aller à la chasse (Garnier, Hippolyte, acte I, 246 ds Tragédies, éd. W. Foerster, II, 15); 1664 être sorti (Molière, Mariage forcé, sc. 1); 4. ca 1485 « provenir de, être issu » sortir du ventre de « naître » (Myst. Vieux Testament, 34420 ds éd. J. de Rothschild, t. 4, p. 320); a) 1585 un Escholier sortant du collège (Noël du Fail, Contes et Discours d'Eutrapel ds Œuvres facétieuses, éd. J. Assézat, t. II, p. 16); b) 1701 sortir de « avoir été formé par » (Trév.); 1782 sortir des mains de « id. » (Mmede Genlis, Ad. et Th., t. III, p. 72 ds Littré); 1842 sortir du rang (Stendhal, Napoléon, t. 1, p. 207: nos plus grands généraux sortirent du rang des soldats pour commander); 5. a) ca 1485 « se répandre à l'extérieur (d'un son, d'une odeur, d'un liquide) » de la pierre eaue sortit (Myst. Vieux Testament, 24716, éd. citée, t. 3, p. 323); ca 1495 fig. le feu luy sortist du visaige (Le Roman de Jehan de Paris, éd. E. Winkersheimer, 66); b) 1640 sortir de la mémoire (Corneille, Cinna, V, 1, 1474); 6. ca 1485 « (d'une plante, d'un fruit...) pousser » (Myst. Vieux Testament, 49215, éd. citée, t. 6, p. 219: un fruis magnifique Doit un jour sortir d'une fleur); cf. déb. xvies. rameaulx sortissans de une racine (Jard. de santé, I, 112, impr. La Minerve ds Gdf.); 7. ca 1500 « ne pas se tenir à ce qui était fixé » sortir d'un propos (Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. I, p. 70); 1799 ne pas sortir de là (Mmede Genlis, Théat. d'éduc., Le Voyageur, I, 1 ds Littré); 1829 ne pas vouloir sortir de là (Th. Leclercq ds Lar 19e); 8. 1538 « passer d'un temps, d'une époque ... dans un(e) autre » sortir hors enfance (Est.); 1693 sortir de fille (La Fontaine, Je vous prends sans verd, sc. 6, 170 ds Œuvres, éd. H. Régnier, t. 7, p. 573); 9. a) 1538 « cesser d'être dans tel ou tel état physique ou moral » sortir de servitude (Est.); 1559 sortis hors de soy « en colère » (Amyot, Cam., 51 ds Littré); b) fin xviies. sortir de soi même « faire abnégation de sa propre personne » (Boss. ds Lar. 19e); 10. 1553 « avoir tel résultat » (La Bible, éd. citée, Matth. XII, 6); 11. 1561 « franchir une limite » ici fig. (J. Grévin, Les Esbahis, éd. E. Lapeyre, acte IV, sc. 4, p. 176: pensez-vous que cela sorte d'entre nous?); au propre 1636 sortir des bornes d'équité (Monet); 12. 1574 sortir de l'onde « (du soleil) apparaître à l'horizon en ayant l'air de sortir de l'eau » (Garnier, Cornelie, 307 ds Œuvres, éd. citée, I, 95); cf. 1604 le soleil est sorti de la mer (Montchrétien, Hector, acte II ds Tragédies, éd. L. Petit de Julleville, p. 19); 13. 1675 « ressortir, avoir des traits, des caractères perceptibles » (Sévigné, Corr., éd. R. Duchène, t. 2, p. 91); 1745 laisser sortir les ouvrages larges du devant (Bosse, Manière de graver, p. 78); 14. a) 1690 sortir de chez le marchand « être à l'état neuf » (Fur.); b) 1874 « être présenté au public, mis en vente, édité, etc... » (A. Daudet, Fromont jeune, p. 177: sa fameuse invention qui malheureusement ne sort pas). Du lat. class. sŏrtι ̄ri « tirer au sort, fixer par le sort, obtenir par le sort » en gén. « obtenir du sort, de la destinée » puis « choisir » (lui-même dér. de sors, v. sort); le développement du sens de « passer du dedans au dehors », propre au fr. et qui a évincé à partir du xvies. issir*, est difficile à expliquer; un rapprochement sém. avec ressortir* au sens anc. de « rebondir », v. ressortir1* étymol. 1 fait difficulté, à moins d'y voir avec J. Storm ds Romania t. 5, p. 183, suivi par EWFS2, un dér. de *surctus, lat. class. sŭrrectus part. passé de surgere « jaillir », hyp. qui convient à l'esp. surtir « jaillir » mais fait difficulté pour le -o- du fr. sortir. Fréq. abs. littér.: 35 089. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 52 174, b) 55 632; xxes.: a) 50 684, b) 44 414.
DÉR.
Sorteur, -euse, adj. et subst. masc.a) Adj., rare. Qui aime sortir de chez lui (pour se distraire, se promener). On ne pouvait plus la retenir dans son taudis. Elle était devenue sorteuse (Céline,Voyage, 1932, p. 364).b) Subst. masc., mines. Celui qui sort le minerai de la mine. Les sorteurs de Saint-Étienne s'acheminaient courbés sous le poids d'un sac, qu'ils retenaient sur leur dos au moyen d'une corde serrée entre les dents, afin de conserver l'usage des deux mains pour leur lampe et leur béquille (Haton de la Goupillière,Exploitation mines, 1905, p. 675).[sɔ ʀtœ:ʀ], fém. [-ø:z]. 1resattest. a) 1872 « qui aime sortir, qui quitte souvent le logis » (Littré); b) 1905 « celui qui sort le charbon de la mine » (Haton de La Goupillière, loc. cit.); de sortir1, suff. -eur2*.
BBG. Meier (H.). Neue lateinisch-romanische Etymologien. Bonn, 1980, p. 172-179. − Quem. DDL t. 19. − Robinson (A. H.). Les Désignations de la « marche dans l'espace »... Fr. mod. 1974, t. 42, p. 155, 159. − Schwarze (Ch.). Lexikalische Bedeutung und Bedeutungskonstruktion... In: Mél. Hilty (G.). Bern; Frankfurt am Main; New York; Paris, 1987, pp. 511-585.

SORTIR2, subst. masc.

Au sortir de, loc. prép.
[À la sortie d'un lieu] Synon. en quittant.Au sortir de Bordeaux, les landes recommencent plus tristes, plus décharnées et plus mornes (Gautier,Tra los montes, 1843, p. 13).
[En sortant d'un état, d'une situation] Synon. à la fin.Au sortir de l'hiver, de l'enfance. Pierre, au sortir des pages, entra dans la marine et se noya à la côte d'Afrique (Chateaubr.,Mém., t. 1, 1848, p. 50).
[En sortant d'une occupation] Synon. à l'issue.Au sortir de la classe. Le fermier Hourdequin étant allé déjeuner à Cloyes, au sortir de la messe, on avait nocé très tard (Zola,Terre, 1887, p. 65).
Prononc.: [sɔ ʀti:ʀ]. Étymol. et Hist. 1. 1540 loc. au sortir de (Nicolas Herberay des Essars, Le Premier livre de Amadis de Gaule, 86 ds IGLF); cf. 1559 au sortir de sa littiere (Amyot, Demosth., 99-100, ibid.); 2. 1555 subst. sortir « action de sortir » ([Les] Comptes du Monde adventureux, 42 [II, 62] ds Hug., s.v. sortir2). Empl. subst. de sortir1*.

SORTIR3, verbe trans.

DR. Produire, obtenir quelque chose. Cette sentence sortira son plein et entier effet (Ac.).
Prononc. et Orth.: [sɔ ʀti:ʀ], (il) sortit [sɔ ʀti]. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug. des verbes réguliers en -ir, réduite aux 3espers. et aux part. Étymol. et Hist. 1395 « subir le jugement » (Trésor des Chartes du Comté de Rethel, 423, 1 ds Runk., p. 106), attest. isolée; 1401 dr. sortir effect « obtenir » (Nicolas de Baye, Journal, éd. A. Tuetey, t. 1, p. 5). V. sortir1*.

Sortir : définition du Wiktionnaire

Verbe 1

sortir \sɔʁ.tiʁ\ intransitif 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se sortir)

  1. Passer du dedans vers le dehors.
    • Il a fait très frais pendant la nuit, et, ce matin, quand je suis sorti de ma tente, la campagne était étincelante de givre. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 120)
  2. (Absolument) Quitter la maison pour se promener, pour faire des visites, etc.
    • Tout s'est déroulé comme d'habitude : on a récupéré le fric, on l'a laissé à l'hôtel, et on est sortis fêter le succès, tu sais, le truc typique, d'abord en allant dîner, et puis boire des coups jusqu'à pas d'heure. Comme toujours. — (Ramon Palomar, 60 kilos, Éditions Prisma, 2013, chap. 11)
    • Il vérifia une dernière fois la nominette aux armes de la ZP3 Uccle/Watermael-Boitsfort/Auderghem, laça les bottines à tige et se prépara à sortir. Alfred le précéda d'un trot allègre jusqu'à la porte d'entrée qu'il lorgna d'un œil envieux. — (Isabelle Corlier, Ring Est, Ker Éditions, 2018, chap. 4)
  3. (En particulier) Partir de chez soi pour prendre du bon temps.
    • Audrey ayant le permis de conduire et une voiture, nous allions au cinéma ou sortions en boîte à La Scala, une discothèque parisienne. C'était la belle vie. — (Lucie Decosse, Je suis restée debout, avec Brice Perrier, Éditions du Moment, 2015, chap. 3)
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  4. (En particulier) Quitter sa chambre de malade pour commencer sa convalescence.
    • Les médecins ne lui ont pas encore permis de sortir.
  5. Quitter un lieu où l’on était.
    • Sortir, du bal, du spectacle.
    • Sortir de table. — Sortir de dîner.
    • Sortir de prison par autorité de justice.
    • Ce jeune homme sort du collège où il fit de brillantes études.
  6. (Figuré) Cesser de se trouver dans un temps, une époque, un état, une condition.
    • Sortir de l’hiver.
    • Sortir de l’enfance.
    • Sortir de nourrice, sortir de maladie.
    • Sortir d’apprentissage.
  7. (Figuré) Ne plus être en situation, en parlant de choses morales.
    • Sortir d’erreur, de son bon sens.
    • Sortir de son sujet, du sujet.
    • Vous sortez de la question.
  8. Se délivrer, s’affranchir, se tirer de quelque situation difficile, embarrassante ou périlleuse.
    • Sortir d’affaire.
    • Sortir d’intrigue.
    • Sortir d’un grand péril, d’un grand embarras.
  9. Pousser au-dehors, commencer à paraître.
    • Les fleurs commencent à sortir.
    • Les blés, les herbes sortent de terre.
    • Sa rougeole est sortie, est bien sortie.
  10. Dépasser de quelque chose.
    • La vieille grelotteuse qui tapinait rue Saint-Martin, toujours avec son cabas, d'où sortaient parfois des poireaux ou des fanes de carottes. — (Jacques Drillon, Les fausses dents de Berlusconi, éd. Grasset (Collection Bleue), 2014)
  11. (Impersonnel) S’exhaler.
    • Il sort une agréable odeur de ces fleurs.
    • Il sort une grande chaleur de ce fourneau.
    • Il en sortait une épaisse fumée.
  12. Être produit, en parlant des ouvrages de l’industrie, de l’art ou de l’esprit.
    • Les étoffes qui sortent de cette fabrique sont très estimées.
    • Les ouvrages sortis du pinceau de cet artiste.
    • C’est le meilleur ouvrage qui soit sorti de la plume de cet écrivain.
  13. Être issu.
    • En chaire, la vicaire disait que l’école laïque (la laïque) était l’école du crime et que les enfants qui en sortiraient ne feraient que des voyous. — (Claude Rivals, Pierre Roullet, meunier angevin, page 184 Éditions Cheminements, 2004)
    • Il sort de parents illustres.
    • La famille d’où il est sorti.
  14. (Populaire) Entretenir une liaison amoureuse, voire sexuelle, avec quelqu’un.
    • Il règne à Marivaux une règle tacite : une fille de première ne doit pas sortir avec un garçon de terminale. Et vice-versa. — (Éric-Emmanuel Schmitt, Le Poison d’amour, Albin Michel, Paris, 2014, p. 33)
  15. (Transitif) Tirer ; mettre dehors ; expulser.
    • Quelques hommes seulement prirent part aux obsèques et peu de femmes même, de celles qui profitent de toutes les occasions pour sortir leurs vêtements noirs, leurs toquets de crêpe et qui aiment renifler l’odeur de l’encens. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • C'était le soir. Nous avions sorti les nattes, le jeu de ludo et la vieille lampe-tempête. Des voisins nous avaient rejoints pour une veillée à la belle étoile. — (Jacques Dalodé, L'Impopulaire, dans Très bonnes nouvelles du Bénin, Editions Gallimard, 2011)
    • Pour sortir l’Europe de sa crise, il faut une réorientation de la politique européenne. — (Contribution générale « Réaliser le changement » , pour le congrès de 2012 du Parti socialiste (France))
    • Il est temps de sortir les orangers de la serre.
    • Sortez ce cheval de l’écurie.
    • Il a sorti la voiture du garage.
    • Sortez les sortants. (slogan politique)
    1. (Transitif) (Québec) (Chasse) Tirer un gros gibier en dehors de la forêt après l'avoir abattu.
      • Ils ont eu de la difficulté à sortir l'orignal.
  16. (Transitif) (En particulier) Mener dehors.
    • Sortir un enfant, un malade.
  17. (Transitif) (Populaire) Appréhender pour mettre dehors.
    • Cet énergumène troublait la réunion, on l’a sorti manu militari.
    • Ce comédien est nul. Sortez-le!
  18. (Transitif) Publier, mettre en vente, faire paraître.
    • Sortir un bouquin.
  19. (Pronominal) Se tirer d’une situation.
    • Il s'en est sorti tout seul.
  20. (Transitif) (Familier) Dire, débiter, proférer.
    • Il s'habillait comme un Playmobil endimanché et sortait des conneries de mec de droite, dix ans avant que ce soit la mode. — (Virginie Despentes, Vernon Subutex, 1, Grasset, 2015)

Verbe 2

sortir \sɔʁ.tiʁ\ transitif 2e groupe (voir la conjugaison)

  1. (Droit) (Désuet) Obtenir, avoir.
    • Cette sentence sortira son plein et entier effet.
    • La renonciation de la reine sa grand'mère [du duc d'Anjou] devenait caduque, comme ne sortissant plus l'effet pour lequel uniquement elle avait été faite. — (Saint-Simon)
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Sortir : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SORTIR. (Je sors, tu sors, il sort; nous sortons, vous sortez, ils sortent. Je sortais. Je sortis. Je sortirai. Je sortirais. Que je sorte. Que je sortisse. Sortant. Sorti.) v. intr.
Passer du dedans au dehors, aller dehors. Sortir de la chambre. Sortir de la ville. Sortir du bain. La rivière est sortie de son lit. Il sort de cette source une grande quantité d'eau. Le sang lui sortait de la bouche. Cette porte est sortie de ses gonds. Il est prêt à sortir. Tout le monde est sorti. Il vient de sortir. Ne faire qu'entrer et sortir. J'ai à sortir ce matin. Absolument, Sortir, Quitter la maison pour se promener, pour faire des visites, etc. Depuis six mois je ne suis pas sorti. Cette jeune fille sort seule. Nous sommes beaucoup sortis cet hiver. Sortir, commencer à sortir se dit particulièrement d'une Personne qui, ayant été malade, se porte assez bien pour ne plus garder la chambre. Les médecins ne lui ont pas encore permis de sortir. Sortir de la messe, du sermon, du bal, du spectacle, Sortir du lieu où l'on a entendu la messe, le sermon, etc. On dit dans la même acception Sortir de table, et très familièrement Sortir de dîner. Sortir de prison, En sortir par autorité de justice, être élargi. Ce jeune homme sort du collège, Il vient d'achever ses études. D'où sort-il? se dit familièrement de Quelqu'un qui n'est au courant de rien de ce qui se passe. On dit de même : D'où sortez-vous? Fig. et fam., Faire sortir quelqu'un des gonds, hors des gonds, Le mettre tellement en colère qu'il soit comme hors de lui-même. Ne vous opiniâtrez pas contre lui, vous le feriez sortir hors des gonds. On dit dans le même sens : Vous feriez sortir de mon caractère. Fig. et fam., Les yeux lui sortent de la tête se dit d'une personne dont les yeux ont une ardeur, une vivacité extraordinaire, par l'effet de quelque passion violente. Cela sort des proportions ordinaires, Cela est au-dessus des proportions ordinaires. Ne pas sortir de là, Se tenir exactement au point qui est essentiel dans une négociation, une discussion. En agissant ainsi vous faites votre devoir : il n'y a pas à sortir de là.

SORTIR se dit figurément en parlant d'un Temps, d'une époque, d'un état, d'une condition où l'on cesse de se trouver. Sortir l'hiver. Sortir de l'enfance. Sortir de nourrice, Sortir de maladie. Sortir d'apprentissage. Sortir de charge. Sortir d'esclavage. Sortir de page, Être hors de page. Voyez PAGE.

SORTIR s'emploie aussi figurément en parlant de Choses morales. Sortir d'erreur. Sortir de son bon sens. Sortir de son sujet, du sujet. Vous sortez de la question. Cela est sorti de ma mémoire, m'est sorti de la mémoire. Cela ne me sort pas de la tête. Sortir de son naturel. Sortir de sa modération habituelle. Sortir de son devoir, des bornes de la modestie, de la bienséance. Il signifie encore Se délivrer, s'affranchir, se tirer de quelque situation difficile, embarrassante, périlleuse. Sortir d'affaire. Sortir d'intrigue. Sortir d'un grand péril, d'un grand embarras. Il est sorti d'un mauvais pas. Il est sorti d'une épreuve difficile. Il fallait en sortir à quelque prix que ce fût. Il en est sorti à son honneur. Il signifie également Pousser au-dehors, commencer à paraître. Les fleurs commencent à sortir. Les blés, les herbes sortent de terre. Sa rougeole est sortie, est bien sortie. Il lui est sorti une dent. Il signifie aussi S'exhaler; il s'emploie alors presque toujours impersonnellement. Il sort une agréable odeur de ces fleurs. Il sort une grande chaleur de ce fourneau. Il en sortait une épaisse fumée. Fig., Le feu lui sort par les yeux, Il a les yeux allumés de colère.

SORTIR signifie encore Être issu. Il sort de parents illustres. La famille d'où il est sorti. D'où sort-il? se dit par mépris de Quelqu'un qui manque d'éducation. Sortir d'une école, Y avoir fait ses études. Cet ingénieur sort de l'École polytechnique.

SORTIR signifie également Être produit, en parlant des Ouvrages de l'industrie, de l'art ou de l'esprit. Les étoffes qui sortent de cette fabrique sont très estimées. Les ouvrages sortis du pinceau de cet artiste. C'est le meilleur ouvrage qui soit sorti de la plume de cet écrivain. Cet écrit sort d'une bonne plume. Sortir des presses ou absolument Sortir, Paraître, être publié. Le nouveau livre de cet auteur n'est pas encore sorti. Ce numéro est sorti à la loterie, C'est un numéro gagnant.

SORTIR s'emploie aussi comme verbe transitif dans le langage familier et il signifie Faire sortir, tirer. Il est temps de sortir les orangers de la serre. Sortez ce cheval de l'écurie. Il a sorti la voiture du garage. Sortir un enfant, un malade, Le mener dehors pour lui faire prendre l'air. Pop., Sortir quelqu'un, L'appréhender pour le mettre dehors. Cet énergumène troublait la réunion, on l'a sorti. Sortez-le!

AU SORTIR DE, loc. prép. Au moment où l'on sort de. Au sortir de là. Au sortir de cette maison. Je l'attendis au sortir du conseil. Au sortir du collège. Au sortir de l'enfance.

Sortir : définition du Littré (1872-1877)

SORTIR (sor-tir), je sors, tu sors, il sort, nous sortons, vous sortez, ils sortent ; je sortais ; je sortis, nous sortîmes ; je sortirai ; je sortirais ; sors, qu'il sorte, sortons, sortez, qu'ils sortent ; que je sorte, que nous sortions, que vous sortiez ; que je sortisse ; sortant, sorti v. n.
  • 1Passer du dedans au dehors.
  • 2Aller se promener, aller faire des visites.
  • 3Ne plus garder la chambre, en parlant d'un malade.
  • 4Sortir de prison, être élargi.
  • 5Sortir d'une maison, cesser de remplir la place qu'on y occupait.
  • 6Sortir du sermon, du spectacle, sortir du lieu où l'on a assisté au sermon, au spectacle.
  • 7Sortir, suivi d'un qualificatif, exprime que l'on quitte tel lieu, telle chose, avec la qualité, la disposition exprimée.
  • 8Quitter à l'instant même.
  • 9Avoir une issue, en parlant d'un logis.
  • 10Avoir du relief.
  • 11 Fig. Passer d'un temps, d'une époque, d'un état, d'une condition à une autre.
  • 12Sortir de la vie.
  • 13Cesser d'être dans un certain état moral.
  • 14S'écarter d'un sujet, d'une règle, d'une limite.
  • 15Se dégager d'un endroit difficile.
  • 16Laisser de côté.
  • 17Se tirer de ce qui embarrasse, gêne, met en danger.
  • 18Être issu, provenir de naissance.
  • 19Être produit, en parlant des œuvres de Dieu, de la nature.
  • 20Il se dit des écoles qui produisent des sujets.
  • 21Avoir sa source, sa cause, naître de.
  • 22Poindre au dehors, commencer à paraître.
  • 23Se manifester, apparaître.
  • 24Se faire entendre.
  • 25S'exhaler.
  • 26S'écarter, s'éloigner, avec un nom de chose pour sujet.
  • 27Sortir de, ne pas demeurer en la possession de.
  • 28Sortir de la mémoire, de l'esprit, être oublié.
  • 29 V. a. Tirer, transporter, faire sortir.
  • 30Faire changer de condition.
  • 31Au sortir de.
  • 32Passer du dedans au dehors. La rivière est sortie de son lit. Le sang lui sortait de la bouche. Mademoiselle, enfin, je suis sorti de l'Europe, et j'ai passé ce détroit qui lui sert de bornes, Voiture, Lett. 40. Sortez quand vous voudrez, messieurs ; mais j'avertis Que je ne sors qu'après que vous serez sortis, Molière, Mis. II, 5. Sortez, Parole éternelle, Fils unique du Dieu vivant, sortez du bienheureux sein de votre Père, et venez annoncer aux hommes le secret que vous y voyez, Bossuet, Anne de Gonz. Paris est pour le riche un pays de cocagne ; Sans sortir de la ville, il trouve la campagne, Boileau, Sat. VI. Le vicomte indigné sortait au second acte, Boileau, Épît. VII. Attendant son destin d'un quatorze ou d'un sept, [il] Voit sa vie ou sa mort sortir de son cornet, Boileau, Sat. IV. La moitié s'épouvante et sort avec des cris, Racine, Brit. V, 5. Les morts, après huit ans, sortent-ils du tombeau ? Racine, Athal. I, 1. Sors de mes yeux, objet profane, Ne souille plus, dit-elle, un si chaste séjour, Rousseau J.-B. Cantate, Calisto. Le comte : Sortez de ma présence. - Lisette à part : Quelle fureur ! Imbert, Jaloux sans amour, V, 4. Un cri : le feu est au Kremlin, passe de bouche en bouche… l'empereur sort pour juger du danger, Ségur, Hist. Nap. VIII, 6.

    Sortir les pieds devant, se dit d'un mort qu'on emporte dans la bierre, dans le cercueil.

    Fig. Ces végétaux puissants, qu'en Perse on voit éclore… Firent sortir la mort de vos flancs déchirés, Voltaire, Sémiram. IV, 2.

    D'où sortent ces gens, se dit pour exprimer l'étonnement de voir apparaître des gens qu'on n'attendait pas. Sauvez-vous, seigneur, de la bagarre ; Ce palais est rempli de farouches soldats. - D'où diable sortent-ils ? Favart, Et Guérin, Parodie d'Iph. en Tauride. Tendre Alzire, tu déplores Ton triste hymen, quand Zamore Sort d'un trou ; Mais par où ? On l'ignore, Anecd. dramat. (de CLÉMENT et DELAPORTE), t. I, au mot ALZIRE.

    Familièrement. D'où sortez-vous ? Où étiez-vous qu'on ne vous a pas vu depuis longtemps ? D'où diable sors-tu, qu'on ne t'a pas vu depuis Bruxelles ? Hamilton, Gramm. 8.

    Fig. D'où sortez-vous ? se dit pour exprimer à quelqu'un qu'il est tout à fait étranger à ce qui se passe, aux nouvelles du jour, aux habitudes du monde, etc. Et d'où sors-tu donc ? règle certaine, mon enfant, lorsque telle orpheline arrive chez quelqu'un comme pupille, ou bien comme filleule, elle est toujours la fille du mari, Beaumarchais, Mère coupable, I, 4.

    Terme de manége. Sortir de la selle, avoir le derrière hors de la selle.

    Terme de turf. Se dit des jockeys, lorsqu'ils quittent ou ont quitté l'enceinte du pesage, pour aller prendre le galop d'essai qui précède la course.

    Fig. Sortir des gonds, se mettre tellement en colère qu'on n'est plus maître de soi.

    On dit de même : faire sortir quelqu'un des gonds, hors des gonds.

    Fig. et familièrement. Les yeux lui sortent de la tête, ils sont animés par l'effet d'une violente passion.

    Terme de marine. Un bâtiment sort d'un bassin de construction lorsqu'il en est retiré pour être mis dans un port ; il sort du port lorsqu'on le conduit en rade pour y achever son armement ; il sort d'une rade lorsqu'il appareille et fait route ; il sort ou est sorti de son poste lorsqu'il n'y est plus ; il sort de l'eau lorsqu'il commence à paraître de loin.

  • 33Aller se promener, aller faire des visites. Il y a deux ans que je ne sors point de chez moi, et je ne sortirai que pour aller où est Pradon, Voltaire, Lett. Mme d'Argental, 18 avr. 1766. Après dîner, l'indolente Glycère Sort pour sortir, sans avoir rien à faire, Voltaire, Ép. 64.
  • 34Particulièrement, en parlant d'un malade, ne plus garder la chambre. Les médecins ne lui ont pas encore permis de sortir. Il est plus fort, il commence à sortir.
  • 35Sortir de prison, être élargi. Il disait qu'il était entré dans cette prison le plus innocent des hommes, et qu'il en était sorti le plus coupable, Bossuet, Louis de Bourbon. Tous les historiens disent qu'il [Fouquet] y mourut en 1680 ; mais Gourville assure dans ses Mémoires qu'il sortit de prison quelque temps avant sa mort, Voltaire, Louis XIV, 25.
  • 36Sortir d'une maison, cesser d'y remplir la place qu'on y occupait. Pour sortir de chez toi… As-tu donc oublié qu'il faut qu'elle [ta femme] y consente ? Boileau, Sat. X. Pour sortir de votre maison, madame, il faut que j'en sois formellement chassé par vous, Genlis, Théât. d'éduc. Dangers du monde, II, 6.
  • 37Sortir du sermon, du spectacle, etc. sortir du lieu où l'on a assisté au sermon, au spectacle, etc. Il sortait de la messe. Telle femme pieuse sort de l'autel, qui entend au prône qu'elle vient de faire un sacrilége, La Bruyère, XIV. On sort des pieds du prêtre, content de l'avoir trompé et de s'être trompé soi-même, Massillon, Carême, Confession.

    On dit aussi : sortir de table. J'avais à parler à l'ambassadeur, qui, en sortant de table, m'a mené dans son cabinet, Genlis, Ad. et Th. t. III, p. 28, dans POUGENS.

    On dit dans le même sens : sortir d'entendre le sermon, sortir de dîner.

    Populairement et incorrectement (voy. Rem. 3). Je sors d'en prendre, se dit, au propre, pour remercier d'une offre de boire ou de manger, et, au figuré et ironiquement, pour refuser une chose dont on n'a déjà que trop.

  • 38Sortir, suivi d'un qualificatif, exprime que l'on quitte tel lieu, telle chose, avec la qualité, la disposition exprimée. Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix, Corneille, Cid, V, 5. Ouais ! il semble qu'ils sortent mal satisfaits d'ici, Molière, Préc. 2. Si vous vous chargez de rougir pour toutes vos voisines, et que votre imagination soit toujours aussi vive qu'avec la B***, vous sortirez toujours belle comme un ange de toutes vos conversations, Sévigné, 62. Mon discours, dont vous vous croyez peut-être les juges, vous jugera au dernier jour… et, si vous n'en sortez plus chrétiens, vous en sortirez plus coupables, Bossuet, Anne de Gonz. On ne sort point indigné contre Racine et contre les comédiens de la mort de Britannicus et de celle d'Hippolyte ; on sort enchanté du rôle de Phèdre et de celui de Burrhus ; on sort la tête remplie des vers admirables qu'on a entendus, Voltaire, Comm. Corn. Rem. sur le 1er disc. de Corn. Une femme de beaucoup d'esprit, ayant eu avec lui un long entretien sur des matières sérieuses, en sortit si contente, qu'elle ne put s'empêcher de lui marquer tout le plaisir qu'elle venait d'avoir, D'Alembert, Él. l'Ab. de St-P.
  • 39Quitter à l'instant même. Vous sortez du baptême, et ce qui vous anime, C'est sa grâce qu'en vous n'affaiblit aucun crime, Corneille, Poly. II, 6. Et toi qui, tout sortant encor de la victoire, Regardes mes travaux du séjour de la gloire, Cher Néarque…, Corneille, ib. IV, 1. Faire environner la table de Jésus-Christ de pécheurs envieillis, tout sortant de leur infamie ! Pascal, Prov. XVI. Monsieur et madame de Mesmes sortent d'ici, Sévigné, 392.

    Ce jeune homme sort du collége, il vient de finir ses classes.

    Cet ouvrage sort de chez l'ouvrier, des mains de l'ouvrier, il est fort neuf.

  • 40En parlant de logis, d'appartements, avoir une sortie, une issue. On passait dans une place auprès du temple des protestants, où l'on faisait le prêche à l'heure même ; mais on donna ordre que la petite porte du temple, qui sortait sur cette place, fût fermée durant ce temps-là, Pellisson, Lett hist. t. I, p. 224. Le cabinet du roi sortait dans l'autre petit salon, Saint-Simon, 93, 220.
  • 41Avoir du relief. Votre portrait est aimable ; on a envie de l'embrasser, tant il sort bien de la toile, Sévigné, 190. Quelles louanges il [Faucher] donna à la ressemblance [du portrait de Mme de Grignan]… à cette tête qui sort, à cette gorge qui respire, à cette taille qui s'avance, Sévigné, 4 sept. 1675. Les figures ne sont pas assez arrondies, et ne sortent point assez, Voltaire, Candide, 25.

    Fig. Vous n'employez les détails que pour faire sortir le fond que vous rendez aussi lumineux qu'intéressant, Voltaire, Lett. Damilaville, 26 févr. 1766. Elles [déclarations] font sortir d'une manière si forte la partialité des détracteurs de Sénèque, Diderot, Cl. et Nér. I, 86. Le plus grand malheur de l'indigence est de faire sortir les vices, et de ne pouvoir les faire pardonner, Barthélemy, Anach. ch. 76. Cette pensée ne sort pas assez, il faut l'exprimer avec plus de force, lui donner plus de relief.

    On dit de même : faire sortir une pensée, un caractère. Il n'y a d'intrigue dans la pensée du Misanthrope que ce qu'il en faut pour faire sortir les caractères, mais peut-être pas assez pour attacher, Voltaire, Vie de Molière.

  • 42 Fig. Passer d'un temps, d'une époque, d'un état, d'une condition à une autre. Sortir de l'hiver, sortir de l'enfance, sortir de nourrice, sortir d'esclavage, sortir de page (voy. PAGE 2). Nous sortons de la prière, non plus tranquilles ni plus résignés à la volonté de Dieu, ni plus fervents pour sa sainte loi, mais plus ardents et plus échauffés pour les choses de la terre, Bossuet, 3e sermon, Conception, 2. Elle [Mme d'Aiguillon] se retira de la cour, dès qu'elle eut la liberté d'en sortir, Fléchier, Aiguillon. Je sors d'une quinte si violente, que Mlle d'Aumale et Mlle de la Tour étaient en pleurs, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 28 nov. 1716. Jamais tyrannie n'avait été plus cruelle ni plus sanglante que celle dont Athènes venait de sortir [les Trente tyrans], Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. IV, p. 123. On sortait de l'anarchie, on pensa tomber dans la tyrannie, Montesquieu, Esp. XII, 21. Un vieillard octogénaire qui sort de la mort pour se voir enseveli sous quatre pieds de neige, Voltaire, Lett. d'Argental, 17 mars 1773. En sortant de place, ils ont l'espoir d'être, après un autre examen, reçus au sénat de l'aréopage, Barthélemy, Anach. ch. 14. Absorbé par cette funeste contemplation [Moscou brûlant], il [Napoléon] ne sortit d'un morne et long silence que pour s'écrier : Ceci nous présage de grands malheurs, Ségur, Hist. Nap. VIII, 7.

    Sortir de maladie, cesser d'être malade, arriver à guérison. Elle sortait de maladie ; Là, vivant à discrétion, La galande fit chère lie, La Fontaine, Fabl. III, 17. Vous sortez d'une maladie, et vous craignez une rechute, Bourdaloue, Serm. 18e dim. après la Pentecôte, Domin. t. IV, p. 114.

    Sortir de fille, cesser d'être fille, se marier. On peut, par des raisons du monde et de famille, Par de certains désirs, et pour sortir de fille, Une fois en sa vie arborer ce lien [mariage], La Fontaine, Je vous prends sans vert, sc. 6.

    Terme de danse. Sortir de cadence, ne plus danser en cadence.

    Terme de musique. Sortir de mesure, ne plus chanter, ne plus jouer en mesure. Sortir du ton, détonner, ou passer d'un ton dans un autre.

    Terme d'escrime. Sortir de mesure, se mettre hors d'état de porter une botte de pied ferme à son adversaire.

  • 43Sortir de la vie, mourir. Me montrant à la cour je hasardais ma tête ; Et, s'il fallait la perdre, il m'était bien plus doux De sortir de la vie en combattant pour vous, Corneille, le Cid, IV, 3. Je voudrais qu'à cet âge [la vieillesse] On sortît de la vie ainsi que d'un banquet, La Fontaine, Fabl. VIII, 1. Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ? Racine, Iphig. V, 4. Saint Jérôme assure que Théophraste à l'âge de cent sept ans, frappé de la maladie dont il mourut, regretta de sortir de la vie dans un temps où il ne faisait que commencer à être sage, La Bruyère, Disc. sur Théophr.

    Vaugelas condamnait sortir de la vie, comme n'étant pas français ; l'Académie, dans ses Observ. sur Vaugelas, a défendu cette locution, qui est d'ailleurs dans les meilleurs auteurs.

  • 44 Fig. Cesser d'être dans un certain état moral. Ce n'est pas pour sortir de votre obéissance, Corneille, Rodog. V, 3. L'époux, sortant quelque peu de colère, La Fontaine, Fais. Tenez, voyez ce mot, et sortez hors de doute, Molière, le Dép. I, 2. Je sortis hors d'effroi, Molière, Fâch. II, 2. Ne craignons pas de suivre la princesse palatine jusque dans l'incrédulité où elle était enfin tombée ; c'est de là que nous la verrons sortir pleine de gloire et de vertu, Bossuet, Anne de Gonz. Le saint répondit à cela sagement, qu'il avait soutenu les droits de l'Église, sans sortir du respect qui était dû à l'empereur, Fléchier, Hist. de Théodose, III, 59. Sortez de votre erreur, la raison vous appelle, Quinault, Arm. IV, 4. Sortons, a-t-elle dit, sortons d'inquiétude, Racine, Athal. III, 3. Comme il était un peu sorti de son devoir pour entrer dans les intérêts de M. le Prince, il crut pouvoir en sortir pour rentrer dans son devoir, Hamilton, Gramm. V. Il [le duc de Coislin] complimentait sans fin les gens chez lesquels il se trouvait logé, et le chevalier de Coislin ne sortait point d'impatience contre lui, Saint-Simon, 65, 83. On ne sort point d'étonnement que le même homme qui a imaginé le cinquième acte de Rodogune, ait fait un pareil ouvrage, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Théodore, II, 7. J'aurais voulu, courant, m'élançant loin de toi, Sortir de cet amour qui fuyait avec moi, Ducis, Abuf. IV, 8.

    Sortir de son caractère, agir, parler autrement qu'on n'a coutume. Je ne sais par quelle fatalité vous sortez aujourd'hui d'un caractère naturellement doux et raisonnable, Marivaux, Sec. surpr. de l'am. II, 7. Comme il arrive aux personnes qui sortent de leur caractère, elle prit tout à coup une résolution très vive, Staël, Corinne, XX, 4.

  • 45 Fig. S'écarter d'un sujet, d'une règle, d'une limite. Sortir du sujet. Qu'on ne doit sortir de la règle qu'en suivant un fil qui tienne, pour ainsi dire, à la règle même, Bossuet, le Tellier. Sans sortir de mon mystère, vous verrez, dans la personne de cette Vierge offrant son fils en sacrifice, le modèle d'une obéissance solidement humble, Bourdaloue, Purific. de la Vierge, Myst. t. II, p. 154. Quelquefois dans sa course un esprit vigoureux, Trop resserré par l'art, sort des règles prescrites, Boileau, Art p. IV. Il sort hardiment des limites de son génie ; mais il s'égare et fait que l'homme illustre parle comme un sot, La Bruyère, XII.

    Sortir de la question, s'égarer hors de l'objet qu'on traite. Je l'arrêtai en lui disant : vous sortez de la question…, Bernardin de Saint-Pierre, Notes s. la Ch. ind.

    Sortir de son talent, entreprendre des choses qui ne sont pas conformes à notre talent. Il ne faut point qu'il [La Fontaine] sorte du talent qu'il a de conter, Sévigné, 6 mai 1671.

    Familièrement. Sortez de là, signifie : si vous vous écartez de ces règles, de ces données. Sortez de là, je ne vois plus qu'injustice, hypocrisie et mensonge parmi les hommes, Rousseau, Ém. IV.

    Sortez de là, se dit encore par une sorte de défi qu'on adresse à celui qu'on embarrasse dans un argument, un dilemme un peu serré.

    Familièrement. Je ne sors pas de là, c'est l'objet dont je ne me dépars pas. Nous ne parlions que de Paris, de la comédie française, des femmes à la mode… nous ne sortions pas de là, Genlis, Théât. d'éduc. le Voyageur, I, 1. De l'argent ; on m'en apporte, je le garde ; on m'en apporte encore, je le garde ; je ne sors pas de là, Al. Duval, Faux Stanislas, II, 5.

  • 46Se dégager d'un endroit difficile. Nous ne sortirons jamais de ces montagnes. Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici [un puits], La Fontaine, Fabl. III, 5.
  • 47 Fig. Laisser de côté. Sortons des suppositions. Sortez, mes frères, sortez de tous ces objets sensibles qui vous séduisent ; détachez-vous de ces faux plaisirs qui vous captivent, Bossuet, Panég. St Benoît, 3.
  • 48 Fig. Se tirer de ce qui embarrasse, gêne, met en danger. Sortir d'une mauvaise affaire. Chacun admira l'expédient que Xanthus avait trouvé pour sortir, à son honneur, d'un si mauvais pas, La Fontaine, Vie d'Ésope. Sortant d'un embarras, nous entrons dans un autre, Molière, l'Ét. IV, 9. Nous admirions… comme, en ânonnant, il [Revel] ne laissait pas de sortir heureusement de toutes ses périodes, Sévigné, 24 août 1689. Je trouve que nous sommes fort bien sortis d'intrigue, Sévigné, à Bussy, 7 janv. 1669. Il [Corneille] a aimé à charger la scène d'événements dont il est presque toujours sorti avec succès, La Bruyère, I.
  • 49Être issu, provenir de naissance. Oui, je suis de ce sang, je sors de ce grand homme [Annibal] Que Carthage éleva comme un fléau de Rome, Mairet, Mort d'Asdr. II, 3. Daignez considérer le sang dont vous sortez, Corneille, Poly. IV, 3. Vous serez le chef des nations et d'une multitude de peuples ; et des rois sortiront de vous, Sacy, Bible, Genèse, XXXV, 11. Elle sort de famille et noble et vertueuse, Molière, Éc. des mar. III, 5. D'Aaron devaient sortir les prêtres et les pontifes ; de Juda devait sortir le Messie même, Bossuet, Hist. II, 10. Thésée avec Hélène uni secrètement Fit succéder l'hymen à son enlèvement ; Une fille en sortit, que sa mère a celée, Racine, Iph. V, 6. Cependant Phèdre sort d'une mère… Phèdre est d'un sang, seigneur, vous le savez trop bien, De toutes ces horreurs plus rempli que le mien, Racine, Phèdre, IV, 2. Comme on ne sait d'où elle sort, on n'est sûr de rien avec elle, à moins qu'on ne devine, Marivaux, Marianne, 7e part. Il ajoute que les Caraïbes ou sauvages des îles Antilles sortent de ces sauvages de la Floride, et qu'ils se souviennent même, par tradition, du temps de leur migration, Buffon, Hist. nat. hom. Œuv. t. V, p. 185.

    Impersonnellement. Il ne sortira point de lui de prince qui soit assis sur le trône de David, Sacy, Bible, Jérémie, XXXVI, 30. Celui qui mangera de ces œufs en mourra ; et, si on les fait couver, il en sortira un basilic, Sacy, ib. Isaïe, LIX, 5. La Cappadoce, généralement parlant, n'était rien moins qu'un pays de beaux esprits et de savants ; il en est sorti néanmoins quelques auteurs bien célèbres ; Strabon et Pausanias sont de ce nombre, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 568, dans POUGENS.

    Il se dit aussi des animaux. Quand les étalons sont vieux, les chevaux qui en sortent sont faibles.

  • 50Être produit, en parlant des œuvres de Dieu, de la nature. Il faut pour m'attacher une âme simple et pure, Comme Chloé qui sort des mains de la nature, Gresset, le Méch. IV, 9. On pardonne un mauvais ouvrage à un ouvrier indigent, on ne le pardonne point aux dieux : tout ce qui sort de leurs mains doit être parfait, Diderot, Cl. et Nér. II, 54. …Les mains dont sortit l'univers, Delille, Imag. VIII. Il se dit des écoles qui produisent des sujets. Il est sorti de l'école d'Italie un beaucoup plus grand nombre d'écrivains que de celle d'Ionie, Barthélemy, Anach. ch. 29.

    Sortir des mains de quelqu'un, avoir été formé par lui, avoir reçu de lui l'éducation. Je me représentais ma fille se mariant à dix-neuf ans et sortant de mes mains parfaitement bien élevée, Genlis, Ad. et Th. t. III, p. 72, dans POUGENS.

  • 51Avoir sa source, sa cause, naître de. Ce grand dessein, pour toi si dangereux, Sort d'un esprit jaloux plutôt que généreux, Du Ryer, Scévole, II, 3. Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos… incontinent il sortira du fond de son âme l'ennui, la noirceur, la tristesse…, Pascal, Pens. XXV, 26, édit. HAVET. Que souvent l'iniquité sortait du lieu d'où elle devait être foudroyée, Bossuet, le Tellier. Quand elle parlait de Dieu, le goût intérieur d'où sortaient toutes ses paroles se communiquait à ceux qui conversaient avec elle, Bossuet, Anne de Gonz. Des contestations qu'il avait eues [M. de Montausier] sur la religion, il en était sorti je ne sais quelles clartés passagères qui avaient laissé quelque trace de lumière dans son esprit, Fléchier, duc de Mont. Faire sortir l'ordre du désordre même, Raynal, Hist. phil. VII, 7.

    En parlant des ouvrages de l'esprit, de l'art, etc. Être produit. Cet écrit sort d'une bonne plume. La maxime est sortie de la tête du poëte, comme Minerve de la tête de Jupiter, Diderot, Claude et Nér. II, 67.

    Il se dit aussi de la fabrication. Cela sort des mains d'un habile ouvrier. Les étoffes qui sortent de cette fabrique sont très bonnes.

  • 52Poindre au dehors, commencer à paraître. Les fleurs commencent à sortir. La rougeole est sortie, et la fièvre a diminué. Il lui est sorti une dent, ou, plus ordinairement, il lui a percé une dent.

    Fig. Je vis l'autre jour le bon P. Rapin… le P. Bouhours était avec lui, l'esprit lui sort de tous côtés, Sévigné, à Bussy, 29 mai, 1679.

  • 53 Fig. Se manifester, être suivi d'effet. C'est un misanthrope intérieur ; car son chagrin ne sort point, Sévigné, 586. Je ne connais plus la musique ni les plaisirs ; j'ai beau frapper du pied, rien ne sort qu'une vie triste et unie, tantôt à ce triste faubourg, tantôt avec les sages veuves, Sévigné, 423. Il [le duc de Chaulnes] va à Grignan ; vous lui en parlez [de la députation aux États] ; il semble qu'il ait quelque envie d'écrire ; mais cela ne sort point, Sévigné, 25 sept. 1689. Le naturel toujours sort et sait se montrer, Boileau, Sat. X. Je lui donnerai de l'esprit, de la raison et des grâces, la nature a déjà fait tout cela : il ne faut que le faire sortir, Maintenon, Lett. à M. de Villette, 5 avril 1682.

    Fig. Le feu lui sort par les yeux, il a les yeux allumés par la colère.

  • 54Se faire entendre. Un seul mot sortait de sa bouche. Du creux de leur tombeau sortira cette voix qui foudroie toutes les grandeurs…, Bossuet, Duch. d'Orl. Cette irrévocable sentence sortit de sa bouche…, Bossuet, le Tellier. Et ces mots sont sortis de l'enceinte divine, Delille, Én. III.
  • 55S'exhaler. Une grande chaleur sort de ce fourneau. Du fond caché de notre sacristie Une épaisse nuée à longs flots est sortie, Boileau, Lutr. IV.

    Il se dit en ce sens d'ordinaire impersonnellement. Il sort une agréable odeur de ces fleurs.

  • 56S'écarter, s'éloigner, avec un nom de chose pour sujet. Cela sort des proportions ordinaires. Le bleu du plumage a beaucoup de lustre et de reflets, mais sans sortir de sa teinte, Buffon, Ois. t. VIII, p. 329.
  • 57Sortir de, ne I as demeurer en la possession de. Ce domaine est sorti de ses mains pour passer en celles de son parent. Après la mort de Ferdinand III, l'empire fut près de sortir de la maison d'Autriche, Voltaire, Ann. Emp. Léopold. À l'égard de vos articles, ils sont tous entre mes mains, n'en sont pas sortis, et, comme je vous l'ai mandé, n'en sortiront que par votre ordre exprès, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 25 févr. 1758.
  • 58Sortir de la mémoire, de l'esprit, être oublié. Ce mari mourant, et mourant à cause d'elle et avec tant de tendresse pour elle, ne lui sortait point de l'esprit, La Fayette, Princ. de Clèv. Œuv. t. II, p. 235, dans POUGENS. Madame, il ne voit rien ; son salut et sa gloire Semblent être avec vous sortis de sa mémoire, Racine, Andr. V, 2. Qu'un tel souvenir ne sorte jamais de votre mémoire, Genlis, Ad. et Th. t. II, p. 56, dans POUGENS. Tiens, tu as beau dire, M. Renaud ne me sort pas de la tête, Al. Duval, Jeun. de Richelieu, III, 1.
  • 59 V. a. Tirer, transporter, faire sortir. Sortez la voiture de la remise. On a sorti ces marchandises. Je lui mande [à la femme de la Sarge] qu'elle sorte des mains de Poulard les papiers qui sont nécessaires, Sévigné, 2 oct. 1688. En lui voyant sortir d'un tiroir les originaux mêmes de toutes les lettres, Rousseau, Hél. IV, 12.

    Sortir les dames, tirer les dames hors du trictrac.

    Sortir de l'herbe, se dit d'un cheval qu'on retire du pâturage pour le remettre à l'écurie.

    Terme de marine. Tirer un bâtiment d'un bassin, d'un port, d'une rade.

    On dit : Sortir un enfant, sortir un malade, c'est-à-dire prendre un enfant, un malade par la main, par le bras, et les mener dehors pour leur faire prendre l'air ; mais on ne dit pas : j'ai sorti mon ami, mon père, pour : je suis sorti avec mon ami, avec mon père.

  • 60 Fig. Faire changer de condition. Les personnes sans éducation sont très à plaindre lorsqu'un événement imprévu les sort de leur état, Genlis, Veillées du château t. I, p. 193, dans POUGENS.

    Tirer d'embarras. La conversation a rendu cette phrase si commune : sortez-moi de cette affaire, que l'Académie n'a pu la blâmer, quoiqu'elle soit contre l'usage ordinaire du verbe sortir, qui est toujours neutre, Acad. Observ. sur Vaugel. p. 47, dans POUGENS. Outre l'absurdité d'une telle proposition… il aurait encore le malheur que sa présupposition ne le sortirait point d'affaire, Bossuet, Libre arb. 4. D'accord ; mais, en donnant un bon tour à l'affaire, Mercure cependant vous sort d'un mauvais pas, Dancourt, Céphale et Procris, III, 2.

  • 61Au sortir de, loc. prép. Au moment où l'on sort de. Au sortir d'ici, je me rendrai, Dieu aidant, dans quatre jours à Gibraltar, Voiture, Lett. 38. Au sortir de chez Monsieur, j'allai prendre congé de MM. les princes, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 354, dans POUGENS. Cependant il avint qu'au sortir des forêts Ce lion fut pris dans des rets, La Fontaine, Fabl. II, 11. Il vint chercher la guerre au sortir de l'enfance, Racine, Bajaz. I, 1. Au sortir d'une victoire si glorieuse, Hamilton, Gramm. 5. Au sortir de la parole sainte, tout ce que vous en avez retenu, ce sont peut-être les défauts de celui qui vous l'a annoncée, Massillon, Carême, Parole de Dieu. Combien de fois vous est-on venu annoncer avec alarme : un tel vient d'expirer au sortir de table, du jeu, du crime quelquefois ? Massillon, Carême, Impén. Il serait doux de souper dans Athènes libre avec Aspasie et Périclès au sortir d'une tragédie de Sophocle, Voltaire, Mél. litt. Petites hardiesses. Mon seul rival en rhétorique était le marquis de Beauvau ; notre émulation nous inspira une estime réciproque, et fit naître notre amitié au sortir du collége, Duclos, Œuvr. t. X, p. 28.

REMARQUE

1. Sortir prend l'auxiliaire avoir quand on veut exprimer l'action : il a sorti ce matin ; et l'auxiliaire être pour exprimer l'état : il est sorti depuis longtemps. Comme le remarque M. Ménage, on doit dire : Monsieur a sorti ce matin, et non pas est sorti, pour faire entendre qu'il est sorti et revenu, Vaugelas, Rem. Not. Th. Corn. t. I, p. 64, dans POUGENS. Quoiqu'on dise : je suis sorti ce matin pour telle affaire, le P. Bouhours observe que l'on dit fort bien : il y a huit jours que je n'ai sorti, Vaugelas, ib. Je n'ai point sorti ; Mme de Lavardin et Mme de Moussy ont forcé ma porte, Sévigné, 13 sep. 1679, t. XI, p. X, édit. RÉGNIER. Je ne sais ce que j'aurais fait [pour gendre] d'un jobelin qui eût sorti de l'académie, Sévigné, à Bussy, 4 juin 1669.

2. On lit dans Massillon : Cet esprit inquiet et immonde, qui sort et rentre dans l'homme d'où il est sorti, Pet. Carême, Malheur des gr. ; et dans Chateaubriand : Il [le curé] est établi dans son presbytère comme une garde avancée aux frontières de la vie pour recevoir ceux qui entrent et ceux qui sortent de ce royaume des douleurs, Génie, IV, I, 8. " Ces phrases sont incorrectes à cause de la différence des prépositions ; peut-être s'excuseront-elles, si l'on prend le premier verbe comme absolu, c'est-à-dire comme n'ayant pas de complément exprimé, " JULLIEN, Gramm. I, 224.

3. On dit : Je sors d'entendre le sermon, je sors de dîner ; mais cette locution, admise dans les cas où effectivement on quitte un lieu après avoir entendu, dîné, ne doit pas être étendue au delà d'emplois analogues ; et on ne peut dire correctement : je sors de le voir.

4. L'ennemi… sort l'enclos de la ville, Rotrou, les Sosies, II, 3. Que si l'on dit quelquefois : il est sorti le royaume, c'est par une ellipse ; car c'est pour hors le royaume, Gramm. gén. de Port-Royal, ch. 22. [Gentilshommes de l'arrière] à qui, contre leurs priviléges, il persuada de sortir les frontières du royaume, Saint-Simon, t. I, p. 53, édit. CHÉRUEL. Cette tournure, qui du reste n'est plus usitée, est la reproduction du latinisme egredi urbem.

HISTORIQUE

XIIIe s. N'est sous ciel hom, s'il doit morir Et de la mort puisse sortir, Mix [mieux] ne vousist estre mesel [lépreux] E ladres vivre en un bordel [cabane], Que mort avoir ne le trespas, Fl. et Blanch. 1019.

XVIe s. Puisque j'y suis, remarquerai un mot impropre qu'a dit aujourd'hui un honneste homme et docte : Sortez mon cheval, au lieu de dire : faites sortir, Beroalde de Verville, le Cabinet de Minerve, p. 151. Il est sorti de ces prisonniers, durant leur longue detention, des lettres assez remarquables, D'Aubigné, Hist. I, 76. Le roy à sa mode dist à son frere devant la roine, qu'il falloit qu'un d'eux sortist le roiaume, D'Aubigné, ib. II, 108. Je ne croiray jamais que de Venus sortisse Un germe tel que toy, La Boétie, 524. En la guerre, les ruses qui n'ont point esté practiquées sont celles qui sortent le plus souvent à effect, Amyot, Préf. IX, 36. Sortis hors de soy, Amyot, Cam. 51. Il mourut au sortir de son consulat, Amyot, Fab. 3. Il s'en alla droit à la tente du dictateur ; Fabius luy sortit au devant, Amyot, ib. 28. Le barbare, ayant ouy ces paroles, s'en sortit incontinent de la chambre, jettant son espée emmy la place, Amyot, Marius, 70. Ceste sedition fust bien tost sortie en evidence, n'eust esté la guerre des alliés qui survint ladessus et la restraignit pour un temps, Amyot, ib. 58. Une si douce chaisne emprisonne mon cœur, Une si belle main tient mon ame asservie, Que, si je crains la mort, c'est pour la seule peur, De sortir de prison en sortant de la vie, Bertaud. Il ne peut sortir du sac que ce qu'il y a dedans, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. SORTIR. - REM. Ajoutez :

4. Sortir, employé activement, est condamné par Courtin : " Le patois des provinces qui font un verbe actif d'un verbe neutre, comme j'ai tombé mon gant, sortez ce cheval de l'écurie, " la Civilité françoise, p. 164, Paris, 1696. La même condamnation est répétée dans une autre Civilité : " Rien n'est plus ridicule que de dire : Voyez voir, pour considérez, voyez ; sortez ce cheval de l'écurie, pour faites sortir ce cheval… et mille autres façons de parler aussi ineptes que révoltantes, " Civilité chrétienne, 2e partie, ch. X, 1812. L'usage qui autorise d'employer sortir activement a prévalu.

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Sortir : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SORTIR, v. n. (Gram.) passer d’un lieu qu’on regarde comme son séjour, dans un autre. Le maître de la maison est sorti ; il a eu ordre de sortir du royaume ; il est sorti d’un mauvais pas ; cet endroit sort trop ; cette figure sort trop ; il est sorti d’exercice ; il sortit de la place à la tête d’une petite troupe ; ne sortez point de votre sujet ; la petite vérole commence à sortir à cet enfant ; il est sorti de bonne heure ; vous sortez de cadence, de mesure ; il est sorti de grands hommes de Port-Royal, &c.

Sortir, (Jurisp.) signifie avoir, tenir ou produire ; comme quand on dit qu’un jugement sortira effet, c’est-à-dire aura son exécution.

Dans les contrats de mariage, où l’on fait des stipulations de propres, après avoir fixé la mise en communauté, on dit que le surplus sortira nature de propres, c’est-à-dire tiendra nature de propres. Voyez Propre. (A)

Sortir le boute-feu a la main, (Marine.) cela signifie qu’un port est assez bon pour en faire sortir un vaisseau tout prêt à tenir la mer, ou prêt à combattre ; tel est, par exemple, le port de Brest.

Sortir du fort, terme de Chasse, il se dit d’une bête qui débûche de son fort, ou du lieu où elle a passé le jour.

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Étymologie de « sortir »

Étymologie de sortir - Wiktionnaire

(Verbe 1) (XIIIe siècle)[1] Pour le TLFi[2] c’est le même verbe que le suivant ; pour Littré[1] il est apparenté à l’espagnol surtir (« jaillir »), au catalan et occitan sortir, à l’italien sortire ; il explique : « comme le sens propre de sortir est « jaillir », comme celui de ressortir est « rejaillir », et enfin comme ressort veut dire « rebondissement », on peut accepter la conjecture de Ménage, approuvée par Diez, qui le tire d'un type non latin *surrectire, dérivé de surrectus (« levé, dressé »), bien que les participes passifs donnent ordinairement des verbes de la première conjugaison » (→ voir saillir et sauter du latin salire, saltare). « Mais il y a des exceptions, par exemple amortir. Cependant, vu la forme sourdir avec un d, et resourd pour ressort (voir ce mot), il ne paraît pas impossible que sortir soit un doublet de sourdre (Note : ou je sors est pour je sours), venant de surgere. » À partir du XVIe siècle, il évince issir[2].
(Verbe 2) (XIIe siècle) Du latin sortiri (« tirer au sort, obtenir par le sort » puis « choisir »), dérivé de sors (→ voir sort et sorte).
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Étymologie de sortir - Littré

Bourg. sôti ; Berry, il sort de manger ; provenç, sortir (sortir, bondir, sauter, jeter) ; catal. et espagn. surtir, jaillir ; portug. sordir, surdir, jaillir ; ital. sortire. Comme le sens propre de sortir est jaillir, comme celui de ressortir 1 est rejaillir, et enfin comme ressort 1 veut dire rebondissement, on peut accepter la conjecture de Ménage, approuvée par Diez, qui le tire d'un type non latin surrectire, dérivé de surrectus, qui s'est levé, dressé, bien que les participes passifs donnent ordinairement des verbes de la 1re conjugaison ; mais il y a des exceptions, par exemple amortir. Cependant, vu la forme surdir avec un d, et resourd pour ressort (voy. l'Historique de ressort 1), il ne paraît pas impossible que sortir soit un doublet de sourdre, venant de surgire, fausse conjugaison pour surgere. On a proposé le latin sortior, obtenir par le sort ; mais on ne voit pas comment du sens de ce verbe on passerait aux acceptions de sortir. Sortior a donné sortir 2.

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Phonétique du mot « sortir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sortir sɔrtir play_arrow

Conjugaison du verbe « sortir »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe sortir

Citations contenant le mot « sortir »

  • Le scorpion pique celui qui l’aide à sortir du feu. De Proverbe indien
  • On ne devrait jamais sortir indemne d'une rencontre, quelle qu'elle soit, ou du moins en sortir inchangé. De Sylvie Germain / Eclats de sel
  • L’extrême esprit est accusé de folie, comme l’extrême défaut... C’est sortir de l’humanité que de sortir du milieu. De Blaise Pascal / Pensées
  • Il n'est pas important de sortir le premier, ce qui importe, c'est d'en sortir vivant. De Bertolt Brecht
  • Le difficile n'est pas de sortir de l'X mais de sortir de l'ordinaire. De Charles de Gaulle
  • On peut sortir le garçon de la rue, mais on ne peut pas sortir la rue du garçon. De Fatboy Slim
  • Les rêves sont les clés pour sortir de nous-mêmes. De Georges Rodenbach / Le Règne du Silence ; Au fil de l'eau
  • Ne pas mentir ? Mais c’est sortir tout nu ! De Jérôme Touzalin / Le Pommier
  • Ecrire : il le faut absolument pour sortir de soi-même. De Jean Filiatrault / Chaînes
  • Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous-mêmes. De Marcel Proust / Le temps retrouvé
  • Au sortir des procès, l'on est sage. De Jean Antoine de Baïf / Mimes, enseignements et proverbes
  • La logique mène à tout, à condition d’en sortir. De Alphonse Allais / Pas de bile
  • Qui frappe les buissons en fait sortir les serpents. De Proverbe chinois
  • La fumée de chacun sait par où sortir. De Proverbe persan
  • Sortir de guerre, c'est comme sortir de prison. De Charlie Chaplin / Ma vie

Images d'illustration du mot « sortir »

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Traductions du mot « sortir »

Langue Traduction
Corse sorti
Basque atera
Japonais 外出する
Russe выходи
Portugais saia
Arabe يخرج
Chinois 出去
Allemand hinausgehen
Italien uscire
Espagnol salir
Anglais go out
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Synonymes de « sortir »

Source : synonymes de sortir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « sortir »


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