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Déborder

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Définitions du mot déborder

Trésor de la Langue Française informatisé

DÉBORDER, verbe.

I.− Emploi intrans.
A.− [Le suj. désigne un contenant]
1. [Gén. un cours d'eau] Dépasser brusquement les bords de son lit et répandre ses eaux. La rivière a (est) débordé(e) (d'apr. Ac.1798-1932).Le fleuve, le ruisseau, le torrent déborde. Le fleuve enflé par eux, s'élève à gros bouillons, Et déborde dans les campagnes (Florian, Fables,1792, p. 37):
1. Ils [les nuages] crèvent en torrents d'eau, tout déborde, la crue monte de minute en minute, au milieu du mugissement du vent, des grondements du tonnerre et du fracas aussi des arbres prodigieux qui s'écroulent. Pesquidoux, Le Livre de raison,1932, p. 104.
P. métaph. et au fig. La révolte au contraire [du ressentiment] fracture l'être et l'aide à déborder. Elle libère des flots qui, de stagnants, deviennent furieux (Camus, Homme rév.,1951, p. 30):
2. ... de sa voix sirupeuse. Durosier fait une conférence. Il est en verve; il déborde; et les mots coulent sur sa barbe, coulent, coulent... Genevoix, La Boue,1921, p. 101.
Le cœur déborde, il s'épanche. Son cœur débordait, pareil à une coupe pleine, et il était heureux (Estaunié, Ascension M. Baslèvre,1919, p. 201).
2. P. ext. [Le suj. désigne un contenant quelconque] La baignoire, la casserole déborde. Comme on voit sur un brasier le vase d'airain fumer d'abord, frissonner, bouillonner et déborder ensuite (Dusaulx, Voy. Barège,t. 1, 1796, p. 14).
Proverbial et fig. Une goutte d'eau suffit pour faire déborder un vase plein; c'est la goutte (d'eau) qui fait déborder le vase. Un dernier fait ajouté à une longue série finit par lasser la patience. Une goutte fait déborder le vase et un ennui de détail peut faire éclater la colère que mille autres choses ont préparée, et accumulée (Amiel, Journal,1866, p. 510).
3. Au fig.
a) [Le suj. désigne une chose] Avoir en surabondance quelque chose. Les journaux débordaient de détails (Zola, Bonh. dames,1883, p. 764).Jardins qui débordent de vernis du Japon, de tilleuls et d'yeuses (Giono, Voy. Italie,1953, p. 70):
3. Je n'en veux pour preuve que cet orgueil païen, dont ce poème [Booz endormi] est plein, dont ce poème déborde, dont ce poème regorge, cette aisance, cette plénitude charnelle, ce jeu, cette sorte d'amusement, ce défi constant dans l'expression même. Jamais un fleuve ne s'était autant amusé. Péguy, Victor-Marie, comte Hugo,1910, p. 754.
b) [Le suj. désigne une pers., l'obj. indir. un état, un sentiment qui se manifeste dans le comportement] Déborder de joie, d'enthousiasme. Elle débordait d'une telle félicité, que, cédant à son besoin d'expansion, elle se tourna vers Jacques, vers cet inconnu, pour lui sourire (Zola, Bête hum.,1890, p. 184):
4. ... il lui fallait [à Henry] à toute force un ami, un confident, son cœur débordait de larmes contenues. Oh! qu'un mot de pitié l'eût rendu heureux, qu'une caresse l'eût délecté! ... Flaubert, La 1reÉducation sentimentale,1845, p. 95.
SYNT. Déborder d'allégresse, d'amertume, d'amitié, d'amour, de fureur, de gratitude, de haine, de tendresse; déborder de jeunesse, de vie.
Vieilli. Déborder en.[Indiquant la manière dont s'exprime le sentiment, l'état] Déborder en injures, en imprécations (Ac.1932) :
5. ... je n'étais plus un homme, j'étais un hymne vivant, criant, chantant, priant, invoquant, remerciant, adorant, débordant en effusions sans paroles; ... Lamartine, Raphaël,1849, p. 162.
[P. ell. du compl. prép.] Se mettre en colère. Faire déborder qqn. Le voyant là debout, devant lui avec sa mine solennelle, insolemment impassible et froide, il [Napoléon devant Talleyrand] ne pouvait se contenir, il débordait. (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 12, 1863-69, p. 63).
B.− P. méton.
1. [Le suj. désigne le contenu liquide] Dépasser les bords de son contenant et se répandre. L'eau, le lait déborde. Oubliez le champagne au milieu des glaçons : laissez bouillonner sa mousse; laissez-la déborder et couler à longs flots sur le cou brun des bouteilles (Sue, Atar Gull,1831, p. 18).
P. métaph. et au fig. La joie, la gaîté, la vie déborde. Ma passion déborda par des mots flamboyants (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 167).Ma jeunesse, longtemps contenue, déborda; mes sens déchaînés se prodiguèrent (Sainte-Beuve, Volupté,t. 1, 1834, p. 176).
MÉD. S'écouler brusquement avec intensité. Les larmes débordent; la bile déborde.
2. P. anal. [Le suj. désigne des pers. qui font irruption ou se répandent à la manière d'un fleuve en crue] Les ennemis recevaient des renforts, débordaient de partout (Zola, Débâcle,1892, p. 297):
6. Le 9 mai, lendemain de la victoire, je me rendis à Notre-Dame pour le Te Deum solennel. Le cardinal Suhard m'accueillit sous le portail. Tout ce qu'il y avait d'officiel était là. Une multitude emplissait l'édifice et débordait aux alentours. De Gaulle, Mémoires de guerre,1959, p. 252.
II.− Emploi trans.
A.− Franchir, dépasser le bord de quelque chose.
1. Vieilli. [En parlant d'un cours d'eau] Que la Seine s'acharne Et déborde ses quais (Ponchon, Muse cabaret,1920, p. 39).
Emploi pronom. Le fleuve s'était débordé la nuit précédente (Staël, Corinne,t. 3, 1807, p. 372).
2. Dépasser le(s) bord(s) d'une autre chose, des objets environnants. Cette pierre déborde l'autre de trois centimètres (Ac.1932).Sa lèvre inférieure débordait un peu l'autre, à peu près comme dans son sommeil (Michelet, Mémor.,1820-22, p. 216):
7. Tous les jeudis soir on me menait chez ma tante. C'était là, dans cette petite rue, une vieille maison obèse qui débordait l'alignement de tout son ventre soutaché de balcons de fer. Giono, L'Eau vive,1943, p. 42.
Absol. Cette frange déborde; la doublure de cet habit déborde (Ac.1835, 1878).La dentelle qui déborde (Mallarmé, Dern. mode,1874, p. 813).
Au fig. Dépasser ce qui avait été prévu, délimité. Déborder les frontières, les limites, le plan, le sujet. Ce livre débordera (...) deux volumes (Hugo, Corresp.,1859, p. 288).Déborder les cadres du contrat (cf. Durkheim, Divis. trav.,1893, p. 192).Les attributs du Dieu chrétien déborderont en tous sens ceux du dieu d'Aristote (Gilson, Esprit philos. médiév.,t. 1, 1931, p. 54).Intransitivement. Déborder du sujet, de son rôle :
8. ... ils [les Français] comprennent que vous ne voulez pas laisser la civilisation germanique déborder ses limites, briser d'anciennes digues et couvrir les territoires gallo-romains où elle ruinerait les plus précieuses cultures. Barrès, Mes cahiers,t. 9, 1911-12, p. 168.
3. ART MILIT. Étendre son front de manière à dépasser les bords, c'est-à-dire les ailes, de l'armée ennemie pour l'attaquer sur les flancs et l'arrière, l'encercler. Être débordé par la droite, par la gauche. L'avant-garde de notre flotte débordait celle des ennemis (Ac.1798-1932).Ils se développèrent sur une grande ligne droite, qui débordait les ailes de l'armée punique, afin de l'envelopper complètement (Flaub., Salammbô,t. 1, 1863, p. 166).
P. anal., SP. Obtenir l'avantage par une manœuvre de contournement, faire un débordement*. Déborder un adversaire. Absol. Bossis, monté à l'attaque, transmet la balle à Émon qui déborde et centre sur Pintenat (Onze, Compte rendu du match France-Tchécoslovaquie, no4, 27 mars 1976).
4. Au fig. [Le suj. désigne tout ce qui, à l'image du fleuve ou de l'ennemi, submerge, dépasse] La politique (...) nous déborde, elle nous ennuie, on la trouve partout (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 286).
Surtout au passif. Être dépassé (par les événements) au point d'être incapable de redresser la situation. Les chefs de l'émeute auraient voulu s'arrêter, mais ils furent débordés (Ac.1932) :
9. Nous avons tous l'impression d'être débordés, d'être dépossédés, d'être désarmés, d'être joués... sans savoir comment ni par qui... Chacun fait ce qu'il a dit qu'il ne ferait pas; ... Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 476.
B.− Éloigner, retirer du bord.
1. Déborder les draps, la couverture. En retirer les bords qui sont glissés sous le matelas. Déborder les draps et rejeter les couvertures (cf. Gide, Caves Vatican,1914, p. 702).
P. ext. Déborder un lit, un malade (cf. Martin du G., Thib.,Mort père, 1929, p. 1281).
Emploi pronom. Cet enfant se déborde toujours (Littré). Chaque élève s'est glissé dans ses draps, comme dans un étui en se faisant tout petit, afin de ne pas se déborder (Renard, Poil Carotte,1894, p. 129).
2. MARINE
a) Déborder les avirons. Les retirer du bord et les rentrer à l'intérieur.
b) Déborder une embarcation, une chaloupe. La détacher du bord ou l'éloigner du bord du quai ou du navire et la pousser au large.
Absol. [Le suj. désigne l'embarcation, les pers. qui s'y trouvent] :
10. Au nom de l'équipage, il présenta à son honneur ses vœux pour le succès de l'expédition. Le canot déborda, et un tonnerre de hurrahs éclata dans les airs. En dix minutes, l'embarcation atteignit le rivage. Verne, Les Enfants du capitaine Grant,t. 2, 1868, p. 90.
À l'impér. Déborde, débordez. Ordre à la chaloupe de quitter le navire et d'aller au large (cf. amener ex. 19). Dès que l'embarcation touchera l'eau, aux avirons, débordez (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 235).
c) Emploi pronom. Se détacher du bord d'un vaisseau qu'on avait abordé. Anton. aborder.Nous fîmes tous nos efforts pour nous déborder (Ac.1835-1932).Absol. Après l'abordage, il ne peut déborder (Ac.1798-1932).
Rem. S'emploie dans le même sens pour les bois de flottage. Déborder les bois. Les écarter du bord. Les bois débordent, s'écartent du bord (cf. Nouv. Lar. ill.-Lar. Lang. fr.).
C.− Dégarnir quelque chose d'un bord, d'une bordure. Déborder une robe, un tapis.
1. MAR. Déborder un navire. Le dégarnir de ses bordages. Déborder une voile. En larguer les écoutes (qui tendent le bord inférieur de la voile). Anton. border une voile.
2. PEAUSS. Déborder des peaux. Étendre les bords d'une peau destinée à faire des gants. Racler les bords d'une peau en enlevant de l'épaisseur.
Rem. Qq. dict. mentionnent encore débordoir, subst. masc. (Peauss.). Outil tranchant servant à cet usage (cf. Ac. Compl. 1842, Lar. 19e-Lar. encyclop., Littré, DG).
3. TECHNOL. Déborder des tables de plomb. Rogner les bavures des bords d'une table de plomb.
Prononc. et Orth. : [debɔ ʀde], (je) déborde [debɔ ʀd]. Ds Ac. 1694 et 1718, s.v. desborder; ds Ac. 1740-1932 sous la forme moderne. Étymol. et Hist. A. xiiies. escur desborder « dont le bord a été arraché » (Benoit de Ste-Maure, Le Roman de Troie, éd. L. Constans, 17165, var. mas. K pour desbocler); 1680 « ôter la bordure » (Rich.); 1863 déborder un lit (Littré). B. 1. xiiies. « se répandre par dessus les bords » [en parlant d'une rivière] (Arch. Nord B 1714, fol. 9 vods IGLF); 2. 1636 trans. déborder un mur « dépasser par les bords » (Monet); 1763 au fig. « dépasser » le sujet débordait l'ouvrage (Le Mierre, La Peinture, Avent I ds Gohin, p. 343); 3. 1491 desbordé « dissolu » (Ph. de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, t. I, p. 209); 1541 se déborder en intempérance « se livrer sans frein à ses passions » (Calvin, Instit., II, p. 42 ds Hug.). A dér. de border*; préf. dé-*. B dér. de bord*; préf. dé-*; dés. -er. Fréq. abs. littér. : 1 394. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 285, b) 1 825; xxes. : a) 2 495, b) 2 352. Bbg. Gohin 1903, p. 343. − La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p. 235.

Wiktionnaire

Verbe

déborder \de.bɔʁde\ intransitif transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Intransitif) Dépasser le bord, en parlant notamment des fleuves, des rivières, des étangs, de l’eau en général.
    • Quand les neiges fondent, la rivière déborde. Le fleuve a débordé deux fois cette année.
    • L’eau déborde du verre.
    • Cette vasque déborde.
    • Un cantinier qui se rase sur l'accotement, sa glace pendue à un cerisier, attend avec nervosité, la figure débordant de mousse, que nous ayons fini de faire trembler la route. — (Jean Giraudoux, Retour d'Alsace - Août 1914, 1916)
    • Mais elle reste nature. Ses nichons débordent. Ses fesses sont comme la houle. On ne voit qu'elle. On n'entend qu'Elle. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 189)
  2. (Intransitif) (Figuré) Se donner libre cours.
    • Je n’ai pas en effet, se disait-il, un orgueil naïf, extravasé, une élation, une superbe, s’affichant inconsciente, débordant devant tous. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Déborder en injures, en imprécations. (Figuré) Exhaler sa colère en injures, vomir des injures, des imprécations.
    • Sa fureur déborde.
    • La colère déborde de son cœur.
  3. (Intransitif) Regorger, être en surabondance.
    • Être débordé d’ouvrage, en avoir au-delà de ses forces.
    • Le marché déborde de produits dont personne ne veut.
  4. (Aéronautique) (Militaire) (Intransitif) Effectuer un débordement par rapport à un point ou à un axe de référence au cours des évolutions d’un aéronef.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  5. (Marine) (Intransitif) Se détacher d’un vaisseau qu’on avait abordé.
    • Mais avant de déborder je fais quelques observations pour calculer la distance parcourue, et je les note sur mon journal. — (Jules Verne, Voyage au centre de la terre, 1864)
  6. (Transitif) Dépasser le bord de quelque chose.
    • Cette pierre déborde l’autre de trois centimètres.
  7. (Militaire) (Transitif) Se dit, lorsqu’une ligne de troupes ou de vaisseaux a plus de front et plus d’étendue que la ligne qui lui est opposée.
    • La première ligne de l’ennemi débordait la nôtre.
    • Notre aile gauche était débordée.
    • L’avant-garde de notre flotte débordait celle des ennemis.
  8. (Transitif) (Figuré) Rendre incapable, impuissant.
    • Les chefs de l’émeute auraient voulu s’arrêter, mais ils furent débordés.
  9. (Transitif) Éloigner, tirer du bord.
    • Déborder un drap, une couverture.
    • Cet enfant se déborde dans son sommeil.
  10. (Transitif) Dégarnir de sa bordure.
    • Déborder une jupe, un chapeau.
    • Déborder un lit, le défaire.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DÉBORDER. v. intr.
Dépasser le bord, en parlant des Fleuves, des rivières, des étangs. Quand les neiges fondent, la rivière déborde. Le fleuve a débordé deux fois cette année. La rivière est débordée. Les pluies ont fait déborder cet étang. Par analogie, L'eau déborde du verre. Cette vasque déborde. Figurément, il signifie Se donner libre cours. Sa fureur déborde. La colère déborde de son cœur. Fig., Déborder en injures, en imprécations, Exhaler sa colère en injures, vomir des injures, des imprécations. Il est aussi transitif et signifie Dépasser le bord d'une chose. Cette pierre déborde l'autre de trois centimètres. Il se dit particulièrement, en termes de Tactique militaire ou navale, lorsqu'une ligne de troupes ou de vaisseaux a plus de front et plus d'étendue que la ligne qui lui est opposée. La première ligne de l'ennemi débordait la nôtre. Notre aile gauche était débordée. L'avant-garde de notre flotte débordait celle des ennemis. Il signifie figurément Rendre incapable, impuissant. Les chefs de l'émeute auraient voulu s'arrêter, mais ils furent débordés. Être débordé d'ouvrage, En avoir au-delà de ses forces. Il signifie encore Éloigner, tirer du bord. Déborder un drap, une couverture. Son lit est débordé. Par extension, Ce malade est tout débordé : il faut refaire son lit. Cet enfant se déborde dans son sommeil.

SE DÉBORDER signifie, en termes de Marine, Se détacher d'un vaisseau qu'on avait abordé. Après l'abordage, il ne put déborder. Nous fîmes tous nos efforts pour nous déborder.

DÉBORDER signifie en outre Dégarnir de sa bordure. Déborder une jupe, un chapeau.

Littré (1872-1877)

DÉBORDER (dé-bor-dé) v. n.
  • 1Dépasser les bords, sortir de son lit. La Seine avait débordé et inondait les prairies. … Le Tibre en rougit [de sang romain] et déborda des pleurs Qu'ils nous faisaient verser au fort de nos malheurs, Mairet, Mort d'Asdr. I, 1. Pourquoi croyez-vous plutôt que je suis malade, que de comprendre que toutes les rivières sont débordées ? Sévigné, Lett. 12 février 1690.

    Par extension, faire éruption hors du corps. Les humeurs débordent. La bile déborde.

    Fig. La colère déborde de son cœur. Son cœur est plein, il faut qu'il déborde. Les mauvaises mœurs débordent et menacent de tout envahir.

  • 2Accourir en foule, en multitude. De là vient que Paris voit chez lui [le libraire] de tous temps Les auteurs à grands flots déborder tous les ans, Boileau, Sat. IX. Pour l'étouffer [la liberté] en vain la tyrannie Fait signe au nord de déborder sur nous, Béranger, Malade.
  • 3Dépasser le bord d'une autre chose. La plante du pied de l'éléphant est revêtue d'une semelle de cuir dur comme la corne et qui déborde tout autour, Buffon, Éléphant.
  • 4 Terme de marine. Quitter le bord d'un navire, en parlant des embarcations. Les chaloupes débordèrent, dès qu'elles virent le feu au brûlot.

    Déborde, terme de commandement pour ordonner à la chaloupe de s'éloigner du vaisseau.

  • 5 V. a. Pousser hors du lit, en parlant des eaux. C'est la Seine en fureur qui déborde son onde Sur les quais de Paris, Malherbe, VI, 12.

    Peu usité aujourd'hui en ce sens.

  • 6Dépasser par le bord une chose. Cette pierre déborde l'autre de trois centimètres. Les eaux du Gange qui débordaient déjà leurs rivages, Bernardin de Saint-Pierre, Chaum. ind.
  • 7 Terme militaire. Dépasser le flanc d'un corps de troupes. L'avant-garde de notre flotte débordant celle de l'ennemi. Mais César, accouru des champs de la Mésie, De votre propre armée a débordé le flanc, Rotrou, Bélis. III, 1. Déjà, à sa gauche et a sa droite, il [Napoléon] voyait le prince Eugène et Poniatowski déborder la ville ennemie [Moscou], Ségur, Hist. de Napol. VIII, 4.
  • 8 Fig. Dépasser, aller au delà. Si vous soulevez le flot populaire, il vous débordera. Les chefs de l'assemblée constituante furent débordés par les sociétés des Jacobins.
  • 9Ôter la bordure. Déborder une robe, des souliers.

    Déborder un lit, faire sortir le bord de la couverture repliée sous les matelas ou au dedans du bois du lit.

  • 10Étendre ou étaler les bords d'une peau destinée à faire des gants.
  • 11Les plombiers disent déborder une table de plomb, pour dire la dresser en la coupant des deux côtés.
  • 12 Terme de marine. Déborder les avirons, les ôter des tolets.

    Déborder les voiles, en larguer les écoutes.

    Déborder un vaisseau, en enlever le bordage.

    Déborder une embarcation, la pousser au large.

  • 13Se déborder, v. réfl. Monter au-dessus de ses bords. La mer a beau se remplir de fleuves, elle ne se déborde point, Maucroix, Homélies, dans RICHELET. Le Rhin s'était débordé tout à coup, Racine, Lettre à Boileau, 28 sept. 1694. Quand il [Sardanapale] vit que le Tigre, en se débordant avec violence, avait abattu vingt stades du mur et ouvert un passage aux ennemis, il comprit le sens de l'oracle et se crut perdu, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. II, p. 51, dans POUGENS.

    Par extension, faire éruption hors du corps. La bile se déborde.

    Fig. Cet amour-propre s'est étendu et débordé dans le vide que l'amour de Dieu a quitté, Pascal, dans COUSIN. Le socinianisme s'y déborde comme un torrent sous le nom de tolérance, Bossuet, Avert. 6. Pour arrêter la malice qui se déborde, Fléchier, Tur. Voilà de quelle source ont dérivé tous nos malheurs ; nous allons les voir se grossir et se déborder par torrents, jusqu'à nous entraîner dans la plus profonde ruine, Marmontel, Mém. liv. XII, t. III, p. 316, dans POUGENS.

  • 14Faire irruption, en parlant des multitudes. Ils savent que, sur eux prêt à se déborder, Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder, Racine, Mithr. III, 1. Il ne put d'abord arrêter le torrent qui se débordait sur sa patrie, Voltaire, Louis XIV, 10. C'est de la Suède que se débordèrent ces multitudes de Goths qui inondèrent l'Europe, Voltaire, Charles XII, 1.
  • 15Se laisser aller à l'expansion, à des effusions. Je me déborde quand il est question de parler de vous, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 32.

    Se déborder en injures contre quelqu'un, l'en accabler. Se déborder en paroles impures et licencieuses, Maucroix, Homélie VIII, dans RICHELET. Leur éloquence s'est débordée en invectives, Bossuet, Bern. 2. Tant qu'ils [les comédiens italiens] n'avaient fait que se déborder en ordures sur leur théâtre, on n'avait fait qu'en rire, Saint-Simon, 46, 36.

  • 16Faire sortir, en se remuant dans son lit, le bord de la couverture de dessous les matelas. Cet enfant se déborde toujours.

    Terme de marine. Se détacher, en parlant d'un vaisseau, du bord d'un autre qui l'avait abordé ou du bord d'un brûlot. Voyant le danger où il était, il se déborda vigoureusement.

REMARQUE

Déborder, v. n., se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand il exprime l'action : la rivière a débordé aujourd'hui ; avec l'auxiliaire être, quand il exprime l'état : la riviere est débordée depuis hier.

HISTORIQUE

XVe s. Et les autres jamais ne furent si desbordez, car ceulx que je pensoye des meilleurs pour le roy estoient ceulx qui plus le menassoient, Commines, III, 6.

XVIe s. Nous les voyons quasi touts desbordez en licence d'opinions et de mœurs, Montaigne, II, 313. La riviere, estant fort enflée par ce grand ravage de pluyes, se desbordoit et regorgeoit en la plaine d'alentour, Amyot, Timol. 38. Il se desborda de telle furie en ses massacres de Rome, que ses amis mesmes…, Amyot, Marius et Pyrrh. 13. Le Melas croist et desborde ès plus grands jours d'esté, Amyot, Sylla, 45. Il se desborda de rechef à vivre voluptueusement et desordonéement comme devant, Amyot, Anton. 24. Il se doubta bien que les Parthes leur avoient ainsi desbordé ceste riviere pour les arrester, Amyot, ib. 53. Quelque fois aussi l'instinct se laisse aller à la debordée, estant dissolu et desordonné, Amyot, De la vertu morale, 10. Comme un torrent debordé qui emmeine Tects et troupeaux, contreval par la plaine, Du Bellay, J. III, 8, verso. Caligula estoit un homme desbordé à toute vilanie, H. Estienne, Apol. pour Hérod. Préf. p. XVII, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DÉBORDER. Ajoutez :
17Écarter du bord les bois de flottage qui s'y sont arrêtés. On déborde, à l'aide des mêmes instruments [crocs], les derniers bois restés le long du ruisseau, en commençant par le haut, Mém. de la Soc. centr. d'Agric. 1873, p. 259.
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Étymologie de « déborder »

Dé… préfixe, et bord ; bourguig. débodé.

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 Dérivé de border avec le préfixe dé-.
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Phonétique du mot « déborder »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
déborder debɔrde

Évolution historique de l’usage du mot « déborder »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « déborder »

  • La dernière goutte est celle qui fait déborder le vase. De Proverbe français
  • La vérité, c'est qu'il y a une quantité incroyable de gouttes qui ne font pas déborder le vase. De Romain Gary / Gros-Câlin
  • Les êtres heureux sont graves. Ils portent en eux attentivement leur coeur comme un verre plein, que le moindre mouvement peut faire déborder ou briser. De Jules Barbey d’Aurevilly / Les Diaboliques
  • Trottoir manquant, sécurité des piétons ou encore l’eau jaune, chaque citoyen présent ce jour-là dans la ruelle avait une critique à formuler. Rapidement, il est devenu évident que la future garderie n’était que la dernière d’une longue série d’irritants dans le voisinage. « Oui, c’est la goutte qui fait déborder le vase, c’est ça », acquiesce M. Maisonneuve. Le Droit, La garderie qui fait déborder le vase | Gatineau | Actualités | Le Droit - Gatineau, Ottawa

Images d'illustration du mot « déborder »

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Traductions du mot « déborder »

Langue Traduction
Anglais overflow
Espagnol desbordamiento
Italien straripamento
Allemand überlauf
Chinois 溢出
Arabe تجاوز
Portugais transbordar
Russe переполнение
Japonais オーバーフロー
Basque gainezkatzea
Corse overflow
Source : Google Translate API

Synonymes de « déborder »

Source : synonymes de déborder sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « déborder »

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