La langue française

Jour

Sommaire

  • Définitions du mot jour
  • Étymologie de « jour »
  • Phonétique de « jour »
  • Citations contenant le mot « jour »
  • Images d'illustration du mot « jour »
  • Traductions du mot « jour »
  • Synonymes de « jour »
  • Antonymes de « jour »

Définitions du mot « jour »

Trésor de la Langue Française informatisé

JOUR, subst. masc.

I. − [Jour implique la notion de lumière]
A. − Lumière du soleil sur la terre; cette lumière considérée suivant la position de la terre relativement au soleil. Chute, déclin, pointe, tombée du jour; jour déclinant, finissant, frisant, levant, mourant, naissant, tombant; le jour baisse, décline, finit, grandit, se lève, monte, (re)naît, paraît, passe. Nous faisons force de voiles, et au point du jour nous n'étions plus qu'à deux portées de canon (Sue, Atar-Gull,1831, p. 26).Puis, sous leurs fenêtres, quand le jour tomba, des enfants dans la rue firent une partie de barres; − et cette tranquillité, succédant pour eux au tumulte de Paris, leur causait une surprise, un apaisement (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 151).Ils m'ignoraient, ces barbares, mais leurs soucis, mais leurs élans, c'est à moi qu'ils les confieraient au lever du jour avec la charge des sacs postaux (Saint-Exup., Terre hommes,1939, p. 145):
1. Alors l'Okémaw fit venir une troupe de cerfs, précédés d'Awakesh, auxquels il ordonna de prendre chacun un tison enflammé, et de mettre le feu aux champs de graines situés autour de la petite montagne; ce qu'ils firent si adroitement, que, malgré le bruit, le feu et la fumée qui en résultèrent, tout fut brûlé avant la naissance du jour. Dès que le soleil parut, on vit ces blancs emporter à bord de leurs pirogues ce qu'ils en avoient débarqué, et sortir de la rivière avec un vent favorable. Crèvecœur, Voyage, t. 2, 1801, p. 127.
[P. réf. à l'identité originelle lumière/divinité] :
2. Les hymnes ne présentent pas la forme la plus ancienne de la religion védique. Dyaus, le dieu indo-européen du ciel, a déjà disparu du culte. Son nom désigne maintenant le « Ciel » ou le « jour ». Le vocable indiquant la personnification de la sacralité ouranienne finit par désigner un phénomène naturel. Il s'agit d'un processus assez fréquent dans l'histoire des dieux célestes : ils s'effacent devant d'autres divinités et deviennent dii otiosi. M. Éliade, Hist. des croyances et des idées relig., Paris, Payot, t. 1, 1976, p. 211.
Poét. (avec connotations myth.). Astre, dieu, flambeau du jour. Le soleil. Apollon, Dieu du jour, essayait de poser Son baiser de lumière sur vos lèvres de rose − Un ancien, de la sorte, eût expliqué la chose (Gautier, Poés.,1872, p. 309).Ô Zeus, flambeau du jour, ô splendeur coutumière! (Moréas, Iphigénie à Aulis,1903, p. 260).
B. −
1. Source de lumière naturelle. Clarté, éclat, lueurs, lumière, rayons du jour; jour éclatant; le jour blanchit. Tout cela est bien mort, et Jérusalem est réellement le Saint-Sépulcre. Cette religion illumine encore les peuples, mais comme le jour qui éclaire encore le ciel lorsque déjà le soleil a disparu (Du Camp, Mém. suic.,1853, p. 249):
3. Sans vous envier ni vous plaindre, Je regarde le jour s'éteindre Sur les tertres de croix semés, Ô pâles morts, où vous dormez. Moréas, Stances,1901, p. 107.
Poét. Les feux, les premiers, les derniers feux du jour. Et par-dessus l'atmosphère embrasée des feux du jour, pénétrer un univers nocturne (Senancour, Obermann, t. 1, 1840, p. 46).Les sommets éloignés de l'est s'empourprèrent des derniers feux du jour (Verne, Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 99).
Au fig. Lumière originelle (infra ex. 4).
a) [Symbole de beauté] Ces rois, ces princes charmants, ces princesses belles comme le jour (...) furent des dieux et des déesses autrefois (France, Livre ami,1885, p. 283).Ah! cette aventure qu'elle avait tant rêvée (...) ce terrible danger dont la délivrait un jeune homme plus beau que le jour! (Zola, Rêve,1888, p. 61).
b) [Symbole de pureté] Leur amour est pur comme le jour du bon Dieu (Dumas père, Intrigue et amour,1847, I, tabl. 1, 1, p. 192).Et rien qu'en nous touchant [l'enfant] nous transforme, et, sans bruit, Met du jour dans nos cœurs pleins d'orage et de nuit (Hugo, Légende, t. 5, 1877, p. 1154).
c) [Symbole de vie]
Donner le jour à (qqn/qqc.). Enfanter, donner (la) vie, (l')existence à. Tel est le vœu de la nature, que l'homme reste auprès des parens qui lui ont donné le jour, et sur le sol qui l'a vu naître (Bonald, Législ. primit., t. 2, 1802, p. 105).Les chefs-d'œuvre des anciens peuvent être adaptés à notre goût, bien que toutes les circonstances politiques et religieuses qui ont donné le jour à ces chefs-d'œuvre soient changés (Staël, Allemagne, t. 2, 1810, p. 134).
Devoir le jour à. Être né de. Suis le jeune homme qui maintenant te tiendra lieu de ceux à qui tu dois le jour (Staël, Allemagne, t. 2, 1810p. 169).
Mettre au jour (qqn/qqc). Mettre au monde; créer (v. également infra C). Moi je préférerais voir mettre au jour une œuvre collective, votre idée de l'Encyclopédie du 19esiècle (Hugo, Corresp.,1868, p. 130).MmeGrimoard mit au jour un enfant mort (Radiguet, Bal,1923, p. 20).
Recevoir le jour. Naître. Je repassai dans les lieux chéris où je reçus le jour (Genlis, Chev. Cygne, t. 2, 1795, p. 147).
Voir le jour [En parlant d'une pers.] Venir au monde. C'est là que j'ai vu le jour (Crèvecœur, Voyage, t. 2, 1801, p. 145).
[En parlant d'une chose] Être créé. Ce vieillard fragile méditait sur l'œuvre qui verrait le jour (Blanche, Modèles,1928, p. 88).Bien du temps passerait, cependant, avant que cette assemblée vît le jour (De Gaulle, Mém.,1954, p. 220).
d) [Symbole de vérité, d'intelligence, de vérité révélée] Pythagore, Épicure, Socrate, Platon, sont des flambeaux : le Christ, c'est le jour (Hugo, Cromwell,1827, préf., p. 6).Il [un homme de génie] luit; le jour qu'il jette est un jour éclatant; Il apporte une idée au siècle qui l'attend (Hugo, Contempl., t. 2, 1856, p. 121).Vous, vous avez compris ce que vous ne compreniez point. Pour vous viennent de s'ouvrir les portes du Jour (Montherl., Port-Royal,1954, p. 1053).
2. P. anal., PEINT. Représentation de cette source de lumière ou suggestions de ses manifestations. Le poète ne cherche pas autre chose, ni l'écrivain; et c'est pourquoi nous les voyons s'attarder avec tant de complaisance devant les peintures qui refont du jour avec des couleurs et même avec des formes (J. Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 145):
4. ... Turner (...) sur la fin de sa vie (...) essayait de s'élever, dans une toile, avec le rêve des couleurs, à un jour vierge et primordial, à la Lumière avant le Déluge. Goncourt, Man. Salomon,1867, p. 428.
C. − Clarté qui règne à la surface de la terre le temps d'une journée (par opposition à l'obscurité de la nuit). Jour blafard, blême, douteux, livide, pâle, sombre, verdâtre; avoir jour; il est jour; faire (grand) jour; voici le jour; en plein jour. Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle, Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits (Baudel., Fl. du Mal,1861, p. 118).Le brouillard a certainement sa poésie, sa grâce intime, son charme rêveur. Il fait pour le jour ce que la lampe fait pour la nuit; il pousse l'esprit au recueillement (Amiel, Journal,1866, p. 212).Si vous donniez un peu de jour ici; il fait noir comme dans une taupe (...). Il va à la fenêtre de droite dont il tire les rideaux : il fait grand jour (Feydeau,Dame Maxim's,1914,I, 1, p. 4) :
5. Départ de Katakouo bien avant l'aube; durant longtemps, nous cheminons dans la forêt, si obscure que, sans le guide qui nous précède, nous ne pourrions distinguer le sentier sinueux. Très lente venue du jour, un jour gris, terne, indiciblement triste. Monotonie de la forêt... Gide, Voy. Congo,1927, p. 752.
Au petit jour. À l'aube. Tous les matins il quitte l'hôtel au petit jour (Ponson du Terr., Rocambole, t. 2, 1859, p. 19).
Avoir, prendre (son) jour sur; tirer (son) jour de. La galerie se continuait, toute droite, jusqu'à l'extrémité est du bâtiment où elle avait jour sur l'extérieur par une haute fenêtre (G. Leroux, Myst. ch. jaune,1907, p. 77).Une salle également grande et belle, un peu moins gaie, prenant jour sur la cour d'honneur : la chambre de Paulina (Jouve, Paulina 1880,1925, p. 58).
Proverbial. Demain il fera jour. Il ne faut rien brusquer pour comprendre et entreprendre; il faut (savoir) attendre; il y a lieu d'espérer en l'avenir. Marie : Ah! demain il fera jour, n'est-ce-pas? Demain il fera jour. Georges : Oui, demain il fera jour. − Pour quelques-uns (Montherl., Demain,1949, III, p. 744).
Rem. L'opposition jour/nuit illustre tout naturellement la loi des contraires. Dans ce livre (...) il y a tous les contraires, le doute et le dogme, le jour et la nuit, le coin sombre et le point lumineux, comme dans tout ce que nous voyons, comme dant tout ce que nous pensons en ce siècle (Hugo, Chants crépusc., 1835, préf., p. 5). Hortense!... Ah! mon garçon, ne me parle pas d'elle! La nuit et le jour avec l'autre (Zola, Bouton de rose, 1878, III, 3, p. 275).
P. méton. La surface du sol qui reçoit cette clarté (le « visible » p. oppos. au « caché »). ,,Jour d'une mine. Ensemble des installations de surface`` (Lar. Lang. fr.). Ouvrier du jour. Ouvrier de surface (par opposition à ouvrier du fond, mineur) (d'apr. Lar. Lang. fr.).
Exposer, (s')étaler au (grand) jour, mettre à/au jour. Mettre à découvert; au fig. découvrir, faire apparaître, divulguer, publier. Il pesait dans ce trou une odeur âcre et douçâtre de mauvais marais. On avait mis à jour l'entrée de deux gourbis boches (Dorgelès, Croix de bois,1919, p. 268).Déjà le bras du juge se glissait entre le coffre à bois et la muraille, ramenait au jour un vieux portefeuille dont le contenu disparut en un clin d'œil dans la poche de son veston, tandis qu'il repoussait de l'autre main l'étui vide (Bernanos, Crime,1935, p. 805).Cependant, le « Comité de la libération », ayant à sa tête Victor Sévère, député-maire de Fort-de-France, Emmanuel Rimbaud, Léontel Calvert, etc., apparaissait au grand jour (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 130):
6. ... une jeune fille entretenant avec MlleVinteuil des relations parallèles à celles de Charlie et du baron, avait mis au jour toute une série d'œuvres géniales et qui avaient été une telle révélation qu'une souscription n'allait pas tarder à être ouverte, sous le patronage du ministre de l'Instruction publique, en vue de faire élever une statue à Vinteuil. Proust, Prisonn.,1922, p. 264.
Éclairage particulier qui révèle un autre aspect des choses et des êtres ou qui en donne une compréhension nouvelle. Son père, ignorant en sculpture, la baronne non moins ignorante, crièrent au chef-d'œuvre; le ministre de la Guerre vint alors amené par eux, et, séduit par eux, il fut content de ce plâtre isolé, mis dans son jour, et bien présenté devant une toile verte (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 199).Si M. Robert Taupier veut me faire l'honneur de visiter ma galerie, nous choisirons pour son tableau le jour le plus convenable (Labiche, Mari lance sa femme,1864, I, 7, p. 385).Contre-jour*, demi-jour*. Faux jour. Éclairage imparfait qui ne met pas en pleine lumière la chose à voir et en fausse la vision. Elle est parfaite. Son visage ne connaît pas ces moments ingrats où le faux jour cherche un défaut à souligner, une ride à prédire (Green, Malfaiteur,1955, p. 39).
[Dans le domaine de l'intelligible, jour va de la vérité qu'on recherche à l'évidence qui s'impose] Dans son/sous un jour (différent, faux, nouveau, vrai); éclairer par, (pro)jeter au, mettre dans son, voir dans son (vrai) jour; clair comme le jour. C'est clair comme le jour, dit-il, et il faut que vous ayez eu le cœur bien naïf et bien bon pour n'avoir pas deviné la chose tout d'abord (Dumas père, Monte-Cristo,1846, p. 204).Les nominations de conseillers d'État qui suivent les ordonnances de juillet jettent quelque jour sur les personnes qui, dans les antichambres, ont pu, par leurs avis ou par leur rédaction, prêter aide aux ordonnances (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 586).Voiture y est vu dans son vrai jour; sa mesure y est très-bien prise, et son rôle parfaitement présenté (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 12, 1851-62, p. 192).Les contes de La Fontaine, vus dans leur jour, à la façon d'un joli spectacle un peu lointain, peuvent être fort divertissants (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 290):
7. ... un autre vénère cet oracle de Tagore : « Lorsque la compréhension de cette unité n'est pas purement intellectuelle, lorsqu'elle ouvre jour à notre être sur la lumineuse conscience de la totalité, c'est alors que la joie rayonne et que l'amour s'étend sur tout »... Benda, Fr. byz.,1945, p. 49.
D. − Lumière artificielle ou provenant d'un astre autre que le soleil. Je retrouve à leur place accoutumée, autour de la table en drap vert, sous le jour des lampes, ces trois jeunes visages, souriants alors, sans l'ombre d'un souci réel (Fromentin, Dominique,1863, p. 71).V. distiller ex. de Lamartine :
8. Sur le pavé noirci les blafardes lanternes Versaient un jour douteux plus triste que la nuit, Et, suivant au hasard ces feux vagues et ternes, L'homme passait dans l'ombre, allant où va le bruit. Musset, Œuvres compl., Lettre à M. de Lamartine, Paris, Éd. du Seuil, 1963 [1836], p. 161.
Éclairer, illuminer à jour (cf. giorno (à)). Illuminer avec la même intensité lumineuse que celle de la lumière naturelle. Ludovic présenta (...) une quantité énorme de cierges aux religieuses de la Visitation, avec prière d'illuminer à jour leur église (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 460).
E. − P. méton.
1. Ouverture aménagée dans une construction pour laisser passer le jour, ou dans un ouvrage, par souci d'effets décoratifs. La maison lui semblait sans jour et sans fenêtre, Et l'aurore n'avait plus l'air de le connaître (Hugo, Légende, t. 5, 1877, p. 1147):
9. Une des plus fortes sensations de cette Sienne, dont les rues étroites, toutes dallées et fraîches, semblent les couloirs d'un immense palais, ce sont soudain des jours, des sortes de fenêtres, ménagés aux plus beaux points... Barrès, Sang,1893, p. 234.
Au fig. Des vues, des aperçus, des jours, des ouvertures (...) voilà les formes sous lesquelles l'esprit perçoit les choses (Renan, Avenir sc.,1890, p. 58).
Spécialement
a) ARCHIT. Jour d'escalier. ,,Espace vide autour duquel se développe l'escalier`` (Barb.-Cad. 1971).
b) BRODERIE. Dans un tissu, espace vide à effet décoratif. Faire des jours dans un tissu; jour Venise; jours fantaisie. Un jour-échelle le long du décolleté et des manches de cette chemise de nuit en crêpe satin rose (Jardin des modes,janv. 1951, p. 21).
c) DR. ,,Jour de coutume : fenêtre ouverte dans un mur mitoyen; jour de servitude : ouverture ou fenêtre ouverte dans un mur en vertu d'une convention particulière; jour de souffrance : ouverture ou fenêtre donnant sur la propriété d'un voisin et qui ne peut être refusée par ce dernier.`` (Barb.-Cad. 1971). Nous n'avions pas de fenêtre sur le jardin Lamouroux, seulement un jour de souffrance (les villes de parlement, remplies de mots de droit) (Stendhal, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 98).
2. Toute ouverture, fissure, intervalle, qui laisse passer le jour, la lumière, dans un objet ou entre deux objets. On serre (...) les éclisses contre le moule, en ayant soin que ces éclisses (...) ne laissent point de jour entre elles et lui (Maigne, Maugin, Nouv. manuel luthier,1929 [1869], p. 236).Honorine, à qui Marinette vient de payer ses sabots, demande qu'il n'y ait pas de jour entre les bricoles de cuir et le bois (Renard, Journal,1904, p. 915).
Se faire jour
Vx (sens propre et fig.) Se frayer un passage. Cet homme de bien était résolu de se faire jour dans l'Administration en y pratiquant une forte trouée (Balzac, Employés,1837, p. 13).Fabrice avait sauté à bas de son cheval malgré les gens qui le retenaient; il chercha à se faire jour (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 221).
Au fig. (auj. sens très proche de C supra). Apparaître, se révéler. Au couvent, la vérité se faisait jour, enfin! (Barrès, Colline insp.,1913, p. 327).Au demeurant, il me semblait que le même sentiment se faisait jour chez nos soldats (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 207).
Il (n')y a (pas) jour à (+ subst.); laisser jour à; (ne pas) voir jour à (+ inf.); trouver jour à (+ inf.). Trouver une ouverture, un moyen d'accès, une occasion, une possibilité à/pour. Mon chagrin est (...) qu'il n'y ait pas jour à quelque intérim en sa faveur (J. de Maistre, Corresp.,1812, p. 142).Que la langue ne t'embarrasse pas. Si tu cultives ton âme, elle trouvera jour pour se montrer (Delacroix, Journal,1824, p. 104).Grévin était alors âgé de cinquante ans; il craignait de mourir; il ne voyait plus jour, sous la Restauration, à marier sa fille à son goût (Balzac, Député d'Arcis,1847, p. 326).S'il y a quelque anachronisme ici [dans Simiane de M. Fortoul], il n'est pas choquant, et on l'accepte, parce qu'il laisse jour aux accents les plus généreux échappés à l'âme de l'auteur (Sainte-Beuve, Prem. lundis, t. 2, 1869, p. 333).
À jour. [En parlant d'objets] Percé d'ouvertures, de trous qui laissent passer la lumière. Balcons, clocher à jour. Ses bonnets, de forme antique, avaient des agréments qui rappelaient les déchiquetures des vieux cadres sculptés à jour (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 163).Le Munster de Strasbourg a près de cinq cents pieds de haut. Il est de la famille des clochers accostés d'escaliers à jour (Hugo, Rhin,1842, p. 357).Les portes s'accrochaient à deux piliers de métal quadrangulaires, travaillés et fouillés à jour (Gautier, Fracasse,1863, p. 85).
Au fig., vieilli. Être à jour. Être connu de tous. Le lendemain, les soupçons s'envenimèrent. Comme la vie est à jour dans une petite ville, les femmes apprirent les premières que Brigitte avait fait au marché des provisions plus considérables qu'à l'ordinaire (Balzac, Le Réquisitionnaire,1831, p. 855 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Percer à jour. Saint-Jean d'Acre, (...) avec le dôme percé à jour de sa belle mosquée écroulée, (...) attire l'œil (Lamart., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 350).Les arbres sont orange, et dans Guillaume Tell, La montagne est percée à jour comme un tunnel (Banville, Odes funamb.,1859, p. 105).
Au fig. Découvrir la nature secrète d'une personne ou d'une chose. Elle avait appris à connaître son mari qui, d'heure en heure, se sentait déchiffré, percé à jour (Mauriac, Myst. Frontenac,1933, p. 264).Mais la tâche propre de la psychologie des fonctions est de percer à jour ces mystères (J. Vuillemin, Être et trav.,1949, p. 57):
10. Mais il ne pouvait néanmoins la rejeter entièrement parce que l'angoisse qu'il en éprouvait s'accordait à merveille avec cette certitude nouvelle, imprévue, d'être désormais percé à jour, incapable de retenir aucun mensonge, livré sans défense à ce qu'il avait craint toute sa vie plus qu'aucun péril : la curiosité d'autrui, la cruauté du jugement humain. Bernanos, Joie,1929, p. 719.
II. − [Jour implique la notion de temps]
A. − Espace de temps qui s'écoule, en un lieu donné de la terre, entre l'instant du lever du soleil et celui de son coucher. Jours plus courts, plus longs que les nuits; jour égal à la nuit; heures du jour; début, milieu, fin du jour; les jours (s')allongent, (r)accourcissent; pendant, durant le jour; tout le long du jour. Ils sont restés tout le jour allongés sous les ginestes, bien cachés parmi les branches torses (Giono, Colline,1929, p. 58).Le printemps allait arriver. On venait de traverser des mois sévères, mais les glaces fondaient, l'hiver mourait dans les averses; on avait envie de se lever tôt, les jours allongeaient comme ces plantes qu'on voit grandir, se déplier en tremblant sur l'écran des cinémas (Nizan, Conspir.,1938, p. 51):
11. Nous errons à travers des demeures vidées Sans chaînes sans draps blancs sans plaintes sans idées Spectres du plein midi revenants du plein jour Fantômes d'une vie où l'on parlait d'amour Aragon, Crève-cœur,1941, p. 10.
Jour et nuit; nuit et jour. Sans arrêt. Un amour qui veille jour et nuit, qui fait mal (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1486).
Faire du jour la nuit et de la nuit le jour. Dormir le jour, vivre la nuit. Faire du jour la nuit et de la nuit le jour, c'est un moyen commode de ne pas voir les honnêtes gens (Musset, Lorenzaccio,1834, I, 2, p. 92).
De jour.Propre au jour, en fonction le jour. Équipe de jour; service, travail de/du jour; bijoux, habit de jour. Dans un sac de nuit des objets de toilette, du linge de jour et une chemise de nuit (G. Leroux, Parfum,1908, p. 12).
Spécialement
DR. ,,Temps qui s'écoule entre le lever et le coucher du soleil et en dehors duquel il est interdit d'accomplir ou de signifier certains actes`` (Capitant ds Rob.).
PHILOS., RELIG. [Jour en dehors du temps de l'homme] Jours de la création :
12. Croyons que les jours de la création, ces jours qui commencèrent avant notre soleil, furent les jours de Dieu, les longs jours du monde. Boucher de P., Antiq. celt., t. 3, 1847-64, p. 6.
B. − Espace de temps qui s'écoule pendant une rotation complète de la terre sur elle-même, période de 24 heures. Synon. nycthémère (méd. et philos. notamment).
1.
a) [Jour pris comme unité de temps indiquant la durée] Le jour divisé en 24 heures, l'année en 365 jours, le mois en 30 et 31 jours; les 28 et 29 jours de février; durée de sept jours (semaine), de huit (huitaine), dix (décade), quinze jours (quinzaine); jour lunaire. 2 avril. − Mardi-Saint. La somme nécessaire nous arrive enfin par les voies les moins prévues... 25 avril. − Lacune de vingt-trois jours. Nous avons déménagé, nous avons payé, nous avons vécu (Bloy, Journal,1901, p. 60).,,Jour sidéral : intervalle de temps séparant deux passages consécutifs d'une étoile au méridien du même lieu; jour solaire vrai : intervalle de temps séparant deux passages consécutifs du soleil au méridien du lieu considéré; jour solaire moyen : valeur moyenne du jour solaire vrai`` (Laitier 1969) :
13. − Eh bien, si je ne me trompe, demain sera un des quatre jours de l'année pour lequel le temps vrai se confond avec le temps moyen, c'est-à-dire, mon enfant, que demain, à quelques secondes près, le soleil passera au méridien juste au midi des horloges. Verne, Île myst.,1874, p. 122.
Spécialement
ARMEMENT
Service de jour. ,,Responsabilité du service intérieur d'un corps de troupe ou d'une unité assumée pendant 24 heures`` (Lar. Lang. fr.). Officier de jour.
Ordre du jour. Instructions données pour la journée (v. infra, du jour avec d'autres valeurs). Ce sont elles [les associations d'officiers suisses] qui fixent l'ordre du jour de leur assemblée (Jaurès, Armée nouv.,1911, p. 258).P. anal. (dans diverses professions). Ordre du jour d'une réunion, d'une séance, d'une assemblée. Passer à l'ordre du jour.
DR. Jour franc. Journée entière de minuit à minuit. Au cas où dans le même débat (...) la question de confiance serait posée plusieurs fois dans la même séance (...) le délai d'un jour franc vaut pour l'ensemble des votes à intervenir (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 462).V. aussi franc3II B2.
b) [Jour avec une notion moins précise, moins officielle de durée] Un jour; plusieurs, quelques jours; un jour entier, plein; tout le jour; long comme un jour sans pain :
14. ... ma visite les avait emplies de joie, les avait rajeunies de près d'un siècle, avait éveillé en leur âme mille souvenirs tendres et douloureux; elles m'avaient retenu pour quelques jours; j'étais pour elles comme un fils... Borel, Champavert,1833, p. 105.
α) [Expression d'une durée continue]
Jour à jour. D'une façon suivie, régulière, systématique. Une destinée est écrite là jour à jour (Hugo, Contempl., t. 1, 1856, p. 6).Vaux est perdu, momentanément, mais Vaux sera repris et la bataille de Verdun se gagne jour à jour. La bataille de Verdun, jour après jour, prend son sens (Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 301).
Des jours et des jours. Pendant très longtemps. Elle a cru des jours et des jours son propre sort lié à celui de ce cœur fléchissant, prête à détester l'homme gris, taciturne, qui la tirait ainsi vers le noir, la mort, mais elle a fini par comprendre qu'il n'en était rien (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1353).
De jour en jour; jour après jour; jour par jour. De façon progressive, régulière, opiniâtre, dans la continuité. Puis, de jour en jour, nos aïeux Devenant plus ingénieux, Ils imaginèrent la cave, Pour conserver le vin au frais (Ponchon, Muse cabaret,1920, p. 4).Mais, petit à petit, jour après jour, il avait fait la patiente conquête des ténèbres (Duhamel, Suzanne,1941, p. 125).Il faut donc dire comment nous habitons notre espace vital en accord avec toutes les dialectiques de la vie, comment nous nous enracinons, jour par jour, dans un « coin du monde » (Bachelard, Poét. espace,1957, p. 24).
β) [Expression d'une durée discontinue ou interrompue]
Au jour le jour. Ce qui est relation au jour le jour, aussi impersonnelle que possible (Breton, Nadja,1928, p. 5).Les moyens, elle les trouvera au jour le jour par son génie ouvert (Mounier, Traité caract.,1946, p. 135).Emploi subst. L'au jour le jour. [Expression du court terme et de l'absence de plan] C'est l'au-jour-le-jour de l'existence, de la croissance plutôt, d'un petit qui devient grandelet (Verlaine, Œuvres compl., t. 5, Confess., 1895, p. 17).
Un jour dans l'autre. En moyenne par jour. L'effectif de 4 divisions. TCO : 80-120, un jour dans l'autre (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 21).
Sous tant de jours. Avant que ne se soient écoulés tant de jours. Mon père m'envoie à Londres!... Il veut que je parte sous huit jours avec le courrier du Résident (Gobineau, Pléiades,1874, p. 46).
2.
a) [Jour considéré en tant que repère chronologique indiquant la date] Le premier, le dernier jour de l'année; le jour de l'An; les différents jours de la semaine; numéro du jour du mois; jours pairs, impairs; le jour d'avant (veille), d'après (lendemain); il y a un jour (hier); dans un jour (demain). Votre premier plan, qui ne valait rien pour deux femmes, devient admirable depuis que vous êtes seul. Voyons, quel jour attendrons-nous votre visite? (About, Roi mont.,1857, p. 191).C'était la veuve Désir qui tenait ce bal, une forte mère de cinquante ans, d'une rotondité de tonneau, mais d'une telle verdeur, qu'elle avait encore six amoureux, un pour chaque jour de la semaine, disait-elle, et les six à la fois le dimanche (Zola, Germinal,1885, p. 1267).Entre Noël et le jour de l'An, le temps se raffermit; il tourna au froid sec et promettait de se maintenir ainsi jusqu'après les fêtes (Guèvremont, Survenant,1945, p. 109):
15. On s'attendait même que, la veille ou le jour de cette cérémonie, le roi compléterait sa bonne œuvre en donnant le congé à ses ministres Villèle, Peyronnet, Corbière, etc, pour lesquels la France a conçu un mépris qui dégénère en haine. Delécluze, Journal,1827, p. 444.
Ce jour (aujourd'hui); au jour d'hui (vx); au jour d'aujourd'hui (pop.). Geffroy (...) est du convoi pour ce jour d'hui (Goncourt, Journal,1888, p. 810).Vous trouvez qu'au jour d'aujourd'hui, c'est vain? (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 190).
Loc. proverbiale. Il ne faut pas remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même.
DR. Jour fixe, fixé; assigné à jour fixe, de jour à jour :
16. Il l'informe en même temps, par lettre recommandée, que le rapport et les pièces du dossier sont à sa disposition au secrétariat du conseil départemental, un jour franc avant le jour fixé pour le jugement. Encyclop. éduc.,1960, p. 70.
b) [Jour comme marque moins officielle d'une date] Il y a peu, quelques, tant de jours; ce jour-là; à pareil jour; jour pour jour; au bout de, depuis, dans un certain nombre de jours; un jour plus tôt, plus tard; le jour où; venir à son jour; fixer, choisir un jour; convenir du jour. Deux ans après, jour pour jour (Benoit, Atlant.,1919, p. 291).Prendre jour. Prendre date pour un rendez-vous. Nous prîmes jour, mon ami et moi, pour la lui montrer (Restif de La Bret., M. Nicolas,1796, p. 77).
α) [Expression d'une date déterminée]
[marquant la périodicité]
Chaque jour. Ô vous qui aimez! imposez-vous de ces belles obligations, chargez-vous de règles à accomplir comme l'Église en a donné pour chaque jour aux chrétiens (Balzac, Lys,1836, p. 223).
Proverbe. À chaque jour (suffit) sa peine. À chaque jour sa peine, et chaque chose au jour le jour, l'une après l'autre (Dupanloup, Journal,1867, p. 290).
Tous les jours que le bon Dieu fait. Chaque jour sans exception. V. dieu 1resection I B 1 a.
Tous les jours. Il en sort tous les jours de nouveau de ces chiens d'Allemands de leur damnée forteresse (Musset, Lorenzaccio,1834, I, 2, p. 93).
Loc. adj. De tous les jours. Habituel, ordinaire. Vêtements de tous les jours. Pendant que l'on fait ces choses du ménage qui ne sont pas de tous les jours, et que je réserve, autant qu'il se peut, pour ces momens-là (Senancour, Obermann, t. 2, 1840, p. 216).Emploi subst. Le/son/leur tous les jours. Ce qui les a perdus, c'est le tous les jours (Sainte-Beuve, Portr. femmes,1844, p. 330).
[indiquant un processus itératif ou distributif]
Par jour. Une, plusieurs fois par jour; tant d'heures, tant d'argent par jour. Sans l'armée, tel fils de grand seigneur ne soupçonnerait pas comment un soldat vit, grandit, engraisse toute l'année avec neuf sous par jour et une cruche d'eau fraîche (Vigny, Serv. et grand. milit.,1835, p. 69):
17. Daudet raconte qu'ayant rencontré chez ... Lespès, qui avait l'air de s'y trouver en habitué de tous les jours, et ayant demandé, après que le directeur juif était sorti, s'il se faisait friser tous les jours : « Non, mais défriser deux fois par jour », répondit Lespès en souriant. Goncourt, Journal,1888, p. 827.
Rem. Jour au sens de « par jour » peut être le 2eélém. inv. de subst. composés. Sur l'auto-route [sic], le trafic atteint 15 000 véhicules-jour (Le Monde, 11 mars 1969 ds Gilb. 1971).
Un jour sur deux; d'un jour à l'autre (également infra). Un jour sur deux on montait un mort au couvent de San-Martino dans un grand remous (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 147).
[avec un souci d'actualité ou d'actualisation]
Du jour (également avec une autre valeur, infra). Du jour même. Œuf du jour; le pain, le plat du jour; le saint du jour. La petite crémerie du coin, dans laquelle Sigismond Planus (...) se choisit un plat du jour sur l'ardoise pendue au mur (A. Daudet, Fromont jeune,1874, p. 83).
Du jour que (littér.). À partir du jour où. Or ces parias étaient souvent des gens qui tiennent ce qu'on appelle le haut du pavé, mais qui pour M. de Charlus avaient cessé de le tenir du jour qu'il avait été brouillé avec eux (Proust, Prisonn.,1922, p. 232).
(Mettre/mise) à jour. Comptes, correspondance, courrier à jour. Il y avait la messe des sots et la messe de l'âne, dont on a le texte à jour dans un manuscrit très curieux (Mérimée, Lettres à une inconnue, t. 2, 1870, p. 239).
À ce jour. Jusqu'à ce jour et maintenant. Rien ne prouve, à ce jour, qu'une explosion atomique entraîne un séisme dans une région voisine (La Liberté de l'Est,5 déc. 1980, p. 2).
β) [Expression d'une date indéterminée]
D'un jour à l'autre. D'un moment à l'autre, prochainement. Elle pouvait mourir d'un jour à l'autre, elle avait préparé son discours au Bon Dieu (Queffélec, Recteur,1944, p. 84).
Du jour au lendemain. De façon brusque et souvent irréfléchie. Les citoyens (...) ne sont que des êtres foibles et versatiles (...); qui, changeant du jour au lendemain de sentimens et de systèmes, leur laissent [aux tyrans] tous les moyens d'exécuter impunément le plan de conspiration qu'ils suivent (Robesp., Discours, Guerre, t. 8, 1792, p. 97).
[Jour précédé d'un indéf. (un, autre, quelque) ou de l'adj. beau] Un beau jour; l'autre jour; il y a beau jour; un jour ou l'autre; un jour que. Afin que celles-ci [des « pièces » de statue] ne s'égarassent point dans le bassin pour en être exhumées quelque jour à la faveur d'un curage (Boylesve, Leçon d'amour,1902, p. 94).Je causais l'autre jour avec des hommes politiques (Barrès,Cahiers, t. 11, 1915, p. 132):
18. La chasse est la passion des Tarasconnais, et cela depuis les temps mythologiques où la Tarasque faisait les cent coups dans les marais de la ville et où les Tarasconnais d'alors organisaient des battues contre elle. Il y a beau jour, comme vous voyez. A. Daudet, Tartarin de T.,1872, p. 5.
[À l'expression de l'indétermination se substituent celles de l'éventualité ou de la possibilité avec un verbe au fut., au subj. ou dans le cas d'une prop. conditionnelle] Un jour viendra où, ne peut-on pas espérer que l'humanité reviendra un jour à cette belle et vraie conception de la vie, où l'esprit est tout (...) (Renan, Avenir sc.,1890, p. 395).Quelle amie elle serait, et quelle aide, et quelle mère, si un jour une jeune femme venait habiter avec nous! (R. Bazin, Blé,1907, p. 162):
19. Qu'ils parviennent un jour à ce but, et toutes les négociations sont faciles, et le succès des intrigues ministérielles sera certain... Robesp., Discours, Guerre, t. 8, 1792, p. 145.
3. [Jour en tant que durée ou date d'événements remarquables]
[Moment mémorable de la vie] Jour du baptême, du décès, de l'enterrement, des fiançailles, du mariage, de la mort; jour de naissance, de noce :
20. J'avais pris l'habitude d'en boire une bouteille tous les ans, le jour de mon anniversaire, et aujourd'hui j'ai pu constater avec stupeur qu'il n'en restait plus. J'avais oublié que j'étais au service de Monsieur depuis cinquante et un ans. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 226.
[Jour mémorable de l'année] Jour de l'Ascension, de l'Assomption, des Morts, de Noël, de Pâques, de Pentecôte, des Rameaux, des Rois, du Sabbat, du Seigneur, de la Toussaint; jours fériés; jours ouvrables :
21. ... en ce premier jour du Carême, où le prêtre trace, avec de la cendre, une croix sur le front de tous les fidèles, en adressant à chacun d'eux ces paroles : « Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » Coppée, Bonne souffr.,1898, p. 153.
[Jour des saisons et des phénomènes climatiques qui les accompagnent] Jours d'automne, d'été, d'hiver, de printemps; jour de chaleur, de gelée, de froid, de neige, d'orage, de pluie, de tempête :
22. Les jours de grand vent seulement, une vague odeur venue de l'est leur rappelait qu'ils étaient installés dans un nouvel ordre, et que les flammes de la peste dévoraient leur tribut chaque soir. Camus, Peste,1947, p. 1362.
[Jour marqué par un événement qui concerne la collectivité] Jour de l'armistice, de bataille, de carnaval, d'élection, d'émeute, de fête, de foire, de gloire, de marché, de mobilisation, de paix; le grand jour. Pour ma part dès le jour de la guerre, tant que durerait la guerre et encore quelque temps après, je considérais d'instinct, sans effort, mes pires adversaires français comme des êtres divins au regard des Prussiens (Barrès, Cahiers, t. 11, 1915, p. 134).
ARM. Jour J. Jour prévu ou fixé pour une opération militaire. P. ext. Jour important. Croit-on que (...) l'heure H et le jour J soient tellement commodes à saisir, si visiblement inscrits dans les événements? (L'Œuvre,29 janv. 1941).
DROIT
Les grands* jours.
Jour de planche. ,,Jours pendant lesquels le navire reste à la disposition des affréteurs ou des destinataires pour le chargement ou le déchargement de la cargaison`` (Cap. 1936).
Jour utile. ,,Jour pendant lequel un acte peut être accompli`` (Cap. 1936).
[Jour particulier de la vie courante] Jours de classe, de congé, de permission, de promenade, de réception, de repos, de retard, de retour, de sortie, de travail, de voyage; jours de malheur, de souffrance; jours de bonheur, de joie; des bons, des mauvais jours; jours critiques, néfastes, tristes; jours fastes, fortunés, heureux. À Poitiers, elle ne fut pas médiocrement surprise de ne point voir, avec une voiture à ses armes, M. de Vaubert, qu'elle avait eu soin de prévenir du jour de son arrivée (Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 31).
Le jour du jugement* (dernier); jour de colère*.
Être dans son/ses bon(s), son/ses mauvais jour(s). Être dans des jours où tout vous réussit (ou inversement). M. Théodore de Banville est un poète lyrique hypnotisé par la rime, le dernier venu, le plus amusé et dans ses bons jours le plus amusant des romantiques (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 7).
Jours critiques. V. critique1A 1.
C'est son jour; prendre un jour; le jour de Madame. Le jour où quelqu'un reçoit. Je prendrais un jour [dit madame de Malivert], et (...) je ne recevrais absolument que des gens contre lesquels tu n'aurais pas d'objection (Stendhal, Armance,1827, p. 18).
Les grands jours, les petits jours. Jours de grande réception ou au contraire jours réservés aux intimes. Donc, à huit jours de là, il y eut chez la marquise une de ces soirées dites de petits jours, réservées pour les intimes (Balzac, Secrets Cadignan,1839, p. 323).
Interj. Jour de ma vie! Juron. Toute la clique payera... Jour de ma vie! Ils rendront gorge ou je ne me nomme pas Charlotte (Zola, Hérit. Rabourdin,1874, II, 2, p. 172).Jour de Dieu! Juron. Elle avait bien vu sa main disparaître. S'il recommençait, jour de Dieu! elle était femme à lui flanquer une carafe à la tête (Zola, Assommoir,1877, p. 454).
Rem. Dans la vie courante, jour peut être pris comme référence quantitative dans l'évaluation d'un travail à effectuer, d'un salaire à payer, d'une chose à utiliser, etc. 10 jours d'eau, de vivres. Cet escalier, d'une légèreté miraculeuse et d'une solidité parfaite, coûta vingt-deux jours de travail (Balzac, Duchesse Langeais, 1834, p. 345). Ah! je m'en moque, vous pouvez bien me donner mes huit jours, elle en saura de belles! oui, oui, tout ce que vous lui avez fait, avec vos airs de braves gens! (Zola, Joie de vivre, 1884, p. 948).
C. − [Jour désigne un certain espace de temps plus ou moins long]
1. Lang. poét. [Jour(s) symbole de l'écoulement du temps] La course, la fuite, la suite des jours; au fil des jours. Oui, ce monde, Seigneur, est vieilli pour ta gloire; Il a perdu ton nom, ta trace et ta mémoire, Et pour les retrouver il nous faut, dans son cours, Remonter flots à flots le long fleuve des jours! (Lamart., Médit.,1820, p. 244).Car le chagrin est toujours fait du temps qui coule et n'a point formé son fruit. Il est chagrin de la fuite des jours, du bracelet perdu lequel est du temps qui s'égare, ou de la mort du frère laquelle est du temps qui ne sert plus (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 533).Le(s) jour(s) succède(nt) au(x) jour(s). Ici-bas, la douleur à la douleur s'enchaîne, Le jour succède au jour, et la peine à la peine (Lamart., Médit.,1820p. 31).Et les jours succédaient aux jours, les saisons aux saisons, les années aux années (Milosz, Amour. initiation,1910, p. 117).
Proverbe. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Les circonstances varient avec le temps.
2. [Jour désigne une période de temps qui se prolonge, une époque] Les jours anciens, passés. On ne peut se rappeler sans envie la beauté des anciens jours (Chateaubr., Génie, t. 1, 1803, p. 43).Homme des jours anciens. Vieillard. Un de nos confrères (...) admira cette robuste vieillesse et le prit pour un homme des anciens jours (France, Vie littér., t. 1, 1888, p. 305).L'Ancien des jours (liturg.). Dieu. Le nom de Maître est commun à tous les pouvoirs, et Dieu semble affecter la supériorité même de l'âge réservée au pouvoir domestique lorsqu'il s'appelle l'Ancien des jours (Bonald, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 346).
(De) nos jours; (jusqu'à) nos jours. (De, jusqu'à) notre époque. Le goût, la mode, le héros, l'homme du jour. Du moment. Vous chercheriez en vain, sur l'étalage antique de ces libraires, le roman du jour ou la brochure nouvelle (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 155).Si la baronne lui donnait (...) quelque robe taillée au goût du jour, aussitôt la cousine Bette retravaillait chez elle, à sa façon, chaque chose (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 32).Le Français aura beau faire, il ne sera jamais qu'un courtisan, n'importe de qui, pourvu que ce soit un puissant du jour (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 19).
3. [Jour désigne un temps de faible durée] Un asile d'un jour; les succès d'un jour; le bonheur d'un jour; cela n'aura qu'un jour :
23. Toujours! Songes-y bien, d'un éternel amour Il n'est dans l'univers qu'un seul être capable, Et cet être, c'est Dieu; − car il est immuable; L'homme d'un jour n'aime qu'un jour. Gautier, Prem. poés.,1830-45, p. 173.
Proverbe. Paris n'a pas été bâti en un jour. Les grandes réalisations demandent temps et patience.
D. − [Jour symbolise la durée de la vie, de l'existence de l'homme (la durée et non la manifestation; cf. I B 1 au fig.)] Notre premier, notre dernier jour; nos derniers, nos vieux jours; les auteurs de nos jours; abréger ses jours; attenter à ses jours; mettre fin à ses jours; couler des jours heureux; passer ses jours. Et en perdant toute ma fortune, il me fallut trembler pour les jours de mon fils, pour ceux d'un frère qui m'étoit cher à tant de titres (Fiévée, Dot Suzette,1798, p. 76).En effet, la concurrence maritime de l'empire allemand avait attristé les derniers jours de la reine Victoria (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 117).
Prononc. et Orth. : [ʒu:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Espace de temps. A. Intervalle de temps écoulé pendant une rotation complète de la terre 1. servant à situer un événement, une action, un fait a) 2emoitié xes. en réf. au passé a ciel jorn (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 208); id. empl. avec un adj. numéral ordinal (ibid., 474); b) ca 1050 en réf. au prés. oi cest jorn (St Alexis , éd. Chr. Storey, 542); c) ca 1100 « jour fixé pour la célébration d'une fête [ici, en réf. au fut.] » (Roland, éd. J. Bédier, 54); 1130-40 le jor d'une solemnité (Wace, Conception, 682 ds T.-L.); d) 1281 « le premier jour » le jour de may (Livre Roisin, éd. Brun-Lavainne, p. 295, 332); ca 1380-88 le jour de l'an (Froissart, Meliador, 21413 ds T.-L.); e) 1297 plur. « jours où se tiennent des assises solennelles » les jours de Troies (doc. ds Du Cange, s.v. dies magni); 2. considéré dans sa durée a) ca 1050 (St Alexis, 471); id. durée déterminée; empl. avec adj. numéral cardinal (ibid., 572); ca 1135 plur. « temps de vie, vie » les jorz de ton ëage (Couronnement de Louis, 390 ds T.-L.); b) début xiies. considéré par rapport à l'emploi qu'on en fait jurn uvrer (Benedeit, St Brendan, 749, ibid., s.v. ovrier); 3. ca 1274 considéré par rapport à l'état de l'atmosphère (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 272 : Par un jour si tres bel). B. Intervalle de temps compris entre le lever et le coucher du soleil. Ca 1050 (St Alexis, 51 : Quant li jurz passet ed il fut anuitet). II. Clarté 1. ca 1100 « clarté donnée à la terre par le soleil » (Roland, 667 : Par main en l'albe, si cum li jurz esclairet); 1155 (Wace, Brut, 6044 ds T.-L. : le jur oscurer); 2. « lumière naturelle dont l'origine est le soleil » 1176 au jour (p. oppos. à la pénombre) (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 6277); 1188 esgarder a jor (Florimont, 8819 ds T.-L.); 3. a) 1572 « manière dont un objet est éclairé » (Amyot, Com. refréner la colère, 37 ds Littré); 1606 peinture (Nicot); b) 1588 fig. « manière de voir, de présenter une chose » (Montaigne, Essais, III, XIII, éd. A. Thibaudet et M. Rat, p. 1059); 4. 1600 « éclaircissement, explication » (O. de Serres, Theatre d'agriculture, VI, XXIV, éd. Genève, M. Berjon, 1611, p. 809); 5. av. 1628 fig. mettre au jour « rendre patent, public, révéler » (Malherbe, I, 2 ds Littré); 6. 1636 mettre au jour « donner naissance, donner la vie » (Corneille, Cid, V, 6). III. Ce qui laisse passer le jour A. 1. 1334 archit. « ouverture pratiquée dans une porte, dans une fenêtre » (Lettre de Philippe de Valois, Félibien, Hist. de Paris, III, 240 b ds Gdf.); 2. 1559 fig. voir le jour à travers (qqc.) « voir la supercherie, ne pas être dupe de quelque chose » (Amyot, Marius, XXIV, éd. G. Walter, t. 1, p. 932); 3. 1616-20 persé à jour (D'Aubigné, Hist. univ., XIII, 17 ds Hug. : persé à jour de deux coups d'espée); 1689, 4 févr. percer (qqn) à jour « toucher au vif » (Sévigné, Lettres, éd. É. Gérard-Gailly, t. 3, p. 339); 1732 id. « pénétrer habilement la pensée de quelqu'un » (Trév.). B. Fig. « voie d'accès » 1. 1644 « possibilité, moyen » (Corneille, Rodogune, V, 4); 2. a) 1661 faire jour à (qqn) à (qqc.) « ouvrir l'accès de quelque chose à quelqu'un » (Molière, Don Garcie, V, 1); 1667 se faire jour au travers de « se frayer un chemin » (Racine, Andromaque, III, 1); b) 1835 empl. abs. se faire jour « apparaître » (Ac.). Du subst. lat. diurnum, synon. de dies « jour » à basse époque, attesté au 1ers. aux sens de « ration, salaire journaliers » et de « registre où sont consignés les actes du peuple et du Sénat [cf. journal*]; registre de comptes », substantivation de l'adj. diurnus « journalier, quotidien »; de même orig., l'a. prov. jorn (xiies. ds Rayn.), l'ital. giorno, le cat. jorn; du lat. class. dies « jour de 24 heures; jour (opposé à la nuit) », l'a. fr. di (842, Serments, éd. Henry Chrestomathie, p. 2, 4), l'a. prov. dia (ca 1060, Chanson de Sainte Foy), di (début xies. Boèce, 176 : ms. dias, mais la versif. exige dis), l'ital. dia, di, le cat. esp. port. dia (dia, à travers un type lat. *dia); cf. le type jeudi. Fréq. abs. littér. : 104 380. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 156 283, b) 166 605; xxes. : a) 150 478, b) 130 786. Bbg. Archit. 1972, p. 38, 78. - Bellenger (Y.). La Journée et ses moments ds la poésie fr. du 16es. Lille-Paris, 1975, pp. 33-34; p. 54, 103, 171, 254; pp. 340-347. - Dubois (J.). Représentation de syst. paradig. formalisés ds un dict. struct. Cah. Lexicol. 1964, t. 2, pp. 10-13. - Ducháček (O.). Déficiences du lex. Ét. rom. Brno. 1974, t. 7, pp. 16-17. - Galet (Y.). Les Corrélations verbo-adverbiales au niveau de la phrase complexe. Fr. mod. 1975, t. 43, pp. 339-340. - Genette (G.). Le Jour, la nuit. Langages. Paris. 1968, no12, pp. 28-42. - Gilliéron (J.). Pathol. et thérap. verbales. Genève-Paris, 1977 [1921], pp. 8-10. - Quem. DDL t. 11, 19, 21. - Rickard (P.). Chascun jour et tous les jours en fr. médiév. Romania. 1963, t. 84, pp. 256-273; Toute jour... Romania. 1964, t. 85, pp. 145-180. - Spitzer (L.). Aujourd'hui et jour. St. Philol. 1940, t. 37, pp. 565-584.

Wiktionnaire

Nom commun

jour \ʒuʁ\ masculin

  1. Période de vingt-quatre heures, commençant généralement à minuit ; en certains lieux et à certaines époques, le jour commençait plutôt avec le lever ou le coucher du soleil.
    • C’est impossible, car le train va bientôt stopper à Ghéok-Tepé, puis à Askhabad, d’où il repartira aux premières lueurs du jour. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. VIII, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Le résultat de l’analyse sera connu dans deux jours. — Une semaine comporte sept jours.
    • Un mois se compose de 28 à 31 jours. — Une année est constituée de 365 jours (366 pour une année bissextile).
    • Le jour solaire moyen est plus long que le jour sidéral d’un peu moins de quatre minutes.
  2. (En particulier) (Métrologie) Unité de mesure du temps (compatible avec le Système international) dérivée de la seconde. Symbole d (du latin diurnus).
    • 1 jour = 86400 secondes = 24 heures
  3. (Par extension) Date particulière du calendrier.
    • Lorsque la troupe des pastoureaux entra dans Orléans, le jour de saint Barnabas, l’évêque de cette ville interdit à tous ses clercs d’assister à ses prédications ; car, disait-il, ce sont les souricières du diable. — (Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, Histoire des Français, tome 5, 1836, page 194)
    • C’est le 6 avril 1917, le jour du Vendredi-Saint, une semaine avant l’offensive du Chemin des Dames, que le maréchal des logis Clérisse s’envola sur un Sopwith-Clerget […]. — (Jacques Mortane, Missions spéciales, 1933, p. 124)
  4. Jour de la semaine. Un des sept noms de jour de chaque semaine.
    • Quel jour sommes-nous ?
  5. (Agriculture) (Archaïsme) Étendue de terrain qu’un attelage pouvait labourer en une journée de travail.
    • Son fief de Portieux avec ses jours de terres et ses fauchées de prés lui furent retirées; on le dépouilla du fief de Magnenville, […] — (Gustave Fraipont, Les Vosges, 1895, éd. 1923)
    • HOMMÉE, Mesure agraire employée en Lorraine, […]. C'est la dixième partie d'un jour de terre. — (Jean-François Michel, Dictionnaire des expressions vicieuses usitées dans un grand nombre de départemens et dans la ci-devant Province de Lorraine, Nancy, 1807, page 114)
    • Soit 523 jours de terre, appartenant à la mainmorte, ou 1 jour 8 ommées 2, par parcelles ou en mesures métriques 36 ares 50 par parcelles (le jour valant 20 ares 44 et l’ommée 2 ares 0,4.) — (Paul Genay, Monographie de la commune de Chanteheux (Meurthe-et-Moselle), dans Monographies de communes, concours ouvert en 1897 par la Société des agriculteurs de France, Paris & Lille : J. Lefort - A. Taffin-Lefort, successeur, 1898, p.257)
    • Le Collège acheta successivement :
      1° — en 1625, la cense de Soreau pour 395 livres. Elle comptait 47 jours de terre, mais ce n'étaient que des triots.
      — (Le Collège des Jésuites de Charleville, dans Revue historique ardennaise, Paris : A. Picard & fils, 1906, page 149)
  6. Vie.
    • Je lui dépeignis spontanément, et sans m’aider d’aucun texte ancien, la mélancolie douce du soir et la beauté de cette terre natale qui nous nourrit, non seulement de pain et de vin, mais encore d’idées, de sentiments et de croyances, et qui nous recevra tous dans son sein maternel, comme des petits enfants fatigués d’un long jour. — (Anatole France, Le crime de Sylvestre Bonnard, Calmann-Lévy ; éd. Le Livre de Poche, 1967, p. 92.)
  7. (Au pluriel) Vie.
    • Il a mis fin à ses jours.
    • Ses jours sont comptés.
  8. (Par extension) Cette même période sur d’autres corps célestes.
    • Le temps utile aux mesures est relatif aux objets : ainsi l'année et le jour jupitériens ne sont pas l'année et le jour terrestres. Les rotations sur soi ou autour du soleil ne sont pas les mêmes, les objets célestes n'ont pas la même vitesse, etc... — (Bernard Bachelet, Sur quelques figures du temps, Librairie J. Vrin, 1996, page 260)
  9. Période durant laquelle le soleil apporte sa lumière, pour une zone donnée de la Terre.
    • Le lendemain, j’ai vu la chambre dans la simplicité de la lumière du jour. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Le jour parut, frileux et triste... De grandes brumes traînaient sur les prairies, le ciel était bas... — (Octave Mirbeau, Rabalan)
    • Le jour naissait. Feempje se dressa sur son séant et ne reprit lourdement ses esprits qu'après quelques minutes. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 56)
  10. Source de lumière ; percement par lequel la lumière peut pénétrer.
    • Les « jours » ménagés dans les parois n’étaient donc point obstrués. — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
    • Un jour avait été fermé avec du papier goudronné. Des élèves s’étaient amusés à crever ce papier avec des pierres. — (Valery Larbaud, Fermina Márquez, 1911, réédition Le Livre de Poche, page 231)
  11. (Par extension) Lumière du jour ou parfois d’une autre source lumineuse.
    • […] ; tous tenaient à la main droite ou des épées, ou des piques, ou des arquebuses, et quelques-uns, à la main gauche, des flambeaux qui répandaient sur cette scène un jour funèbre et vacillant, […]. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre VIII)
    • C’était le jour morose d’avant la première aurore, qui éclaire le sommeil du monde et apporte les rêves énervés du matin. — (Pierre Louÿs, Aphrodite, Mercure de France, Paris, 1896)
    • Un jour blafard éclairait les dorures de la salle dont la partie inférieure restait plongée dans la pénombre. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Le faible jour que la lune répand sur les objets.
  12. (Par extension) Trou dans une surface continue ou un tamis.
    • La laine tombe dans un grand cylindre sans arbre intérieur, en toile métallique à jours de 5 à 6 millimètres pour permettre aux impuretés de sortir. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature; 1re partie: Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)
    • Ces planches ne sont pas bien jointes, il y a un jour entre les deux.
    • Il y avait un grand jour sous la porte.
  13. (Vieilli) Manière dont un objet est frappé par la lumière.
    • Ce tableau devrait être placé dans un autre jour.
    • Mettre quelque chose dans son jour, le placer à un jour convenable, de manière qu’on puisse le bien voir.
  14. (Figuré) Manière de présenter quelque chose.
    • Il me présenta la chose sous un jour si avantageux que j’acceptai sa proposition.
    • Une chose qui s’offre, qui se présente, que l’on voit sous un jour favorable.
  15. (Peinture) Imitation de la lumière qui se répand sur les objets représentés dans un tableau.
    • Dans ce tableau, le jour vient d’en haut.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JOUR. n. m.
Clarté, lumière que le soleil répand lorsqu'il est sur l'horizon, ou qu'il en est proche. D'où venez-vous avant le jour? Le jour va bientôt paraître. Le jour commence à poindre. Il commence à faire jour. À l'aube du jour. Au point du jour. À la pointe du jour. Il faisait à peine petit jour. Il fait grand jour. La naissance du jour. Il est jour maintenant à cinq heures du matin. Il fait jour. Le jour brille. Il fait encore jour. Le jour baisse. À la chute du jour. Sur le déclin du jour. Jour pur. Il faut travailler à cela de jour, en plein jour. De nuit et de jour. Voir le jour au travers de quelque chose. Il faut voir cette étoffe au grand jour, au jour, portez-la au jour. Il avait le jour dans les yeux. Le jour vient par là, vient de là, de ce côté-là. Cette chambre ne reçoit pas assez de jour. Le jour n'a jamais pénétré dans cette cave. Loin du jour. Fuir le jour, la lumière du jour, l'éclat du jour. Poétiquement, L'astre du jour, Le soleil. Fig., Il est beau, elle est belle comme le jour, se dit d'une Personne d'une grande beauté. Fig., Clair comme le jour, se dit de Ce qui est évident ou facile à comprendre, de ce qui est sans obscurité. Il est clair comme le jour que c'était là son désir. On dit aussi, Ses intentions sont aussi claires que le jour. Fig., Le grand jour, se dit de Ce qui est connu de tout le monde, de ce qui est rendu public. Il ne redoute le grand jour pour aucun de ses actes. On dit aussi Le grand jour de la publicité, de l'audience, etc. Cet ouvrage, fort loué avant l'impression, ne soutint pas le grand jour de la publicité. Au grand jour, Ouvertement. Il a agi au grand jour. Fig. et fam, C'est le jour et la nuit, ou C'est la nuit et le jour, se dit de Deux choses ou même de deux personnes qui diffèrent beaucoup entre elles. On dit dans le même sens Ces deux personnes, ces deux choses ne se ressemblent pas plus que le jour et la nuit; elles diffèrent autant que le jour et la nuit, etc. Fig. et fam., Il est jour chez lui, chez elle, se dit d'une Personne qui vient de se lever, chez qui on peut entrer. Il n'est pas jour chez elle avant telle heure. Demi-jour, Faible clarté. Se placer dans le demi-jour. La chambre n'était éclairée que par un demi-jour.

JOUR signifie aussi Ouverture par où passe la lumière. Être à jour, Être percé d'ouvertures. Un clocher à jour. Il se dit spécialement d'un Édifice, d'une maison dont les portes et les fenêtres ne sont pas encore placées ou n'existent plus. Par analogie, Faire des jours, Tirer des fils dans une étoffe pour y pratiquer des lignes transparentes. Broder à jour, Pratiquer des trous formant des dessins dans une étoffe et les sertir d'un point de broderie. Percé à jour, Percé de part en part, en parlant d'un Objet travaillé. Table mauresque percée à jour. Il se dit figurément de Quelqu'un ou de quelque chose qui est pénétré, dévoilé. C'est un fourbe; il a beau dissimuler, il est percé à jour. Sa fraude est percée à jour. Son secret est percé à jour. Poétiq., Voir le jour, Naître. Il n'avait pas encore vu le jour. On dit aussi Mettre au jour, Donner la naissance. Ceux à qui je dois le jour, qui m'ont donné le jour, Ceux de qui je suis né. On dit inversement Perdre le jour, Mourir. Voir le jour se dit aussi, figurément, des Choses qu'on expose au jour, qu'on retire du lieu où elles étaient cachées, enfouies. Il y a bien des années que ce meuble n'a vu le jour. On le dit également en parlant de la Publication des ouvrages de l'esprit. Ce livre n'a vu le jour qu'après la mort de son auteur. Fig., Mettre une chose au jour, au grand jour, La divulguer, la rendre publique. Mettre au jour la perfidie de quelqu'un. Il se dit quelquefois de Toute autre clarté que celle du jour. Le jour artificiel que donnent les bougies, le pétrole, le gaz, l'électricité. Le faible jour que la lune répand sur les objets. Fig., Rien n'est plus propre à jeter du jour sur ces questions. Sa découverte répandit un grand jour sur les causes de ce phénomène. L'Évangile fit luire un jour nouveau.

JOUR se dit particulièrement de la Manière dont un objet est frappé par la lumière. Ce tableau devrait être placé dans un autre jour. Vous avez placé votre modèle dans un mauvais jour. Mettre quelque chose dans son jour, Le placer à un jour convenable, de manière qu'on puisse le bien voir. Cette étoffe n'est pas dans son jour. Il faut mettre ce tableau dans son jour. Fig., Il me présenta la chose sous un jour si avantageux que j'acceptai sa proposition. Une chose qui s'offre, qui se présente, que l'on voit sous un jour favorable. Présenter une affaire dans un faux jour, sous un faux jour. Mettre une pensée dans son jour, dans tout son jour. Faux jour, Lumière qui éclaire mal les objets, de manière à les faire voir autrement qu'ils sont. Dans ce magasin il y a un faux jour, de faux jours qui trompent sur la couleur des étoffes. Ce tableau est en faux jour, dans un faux jour.

JOUR, en termes de Peinture, se dit de l'Imitation de la lumière qui se répand sur les objets représentés dans un tableau. Dans ce tableau, le jour vient d'en haut, le jour vient de tel côté. Placer, mettre un tableau dans son jour, Le placer de manière que le jour de l'endroit où on l'expose vienne du même côté que le jour par lequel les objets représentés dans le tableau paraissent éclairés. Ce tableau n'a pas été placé dans son jour, n'est pas dans son jour. Voyez CONTRE-JOUR.

JOUR se dit également, en termes de Peinture, surtout au pluriel, des Touches les plus claires d'un tableau. Savoir bien mêler les jours et les ombres. Observer bien les jours et les ombres.

JOUR se dit encore des Fenêtres, des ouvertures qu'on fait aux bâtiments, pour qu'ils puissent recevoir le jour. Des jours bien ménagés. Tirer du jour d'un certain côté, Pratiquer de ce côté une fenêtre, une ouverture. En termes d'Architecture, Jour droit, Celui d'une fenêtre à hauteur d'appui. Jour d'en haut, Jour qui est communiqué par un abat-jour. Faux jour, Fenêtre percée dans une cloison pour éclairer un passage de dégagement, un petit escalier, etc. Jour du midi. Jour du nord. En termes de Jurisprudence, Jour de coutume, Jour, fenêtre que le propriétaire d'une maison fait ouvrir dans un mur non mitoyen. Jour de servitude, Ouverture ou fenêtre faite dans un mur, en vertu d'un titre, d'une convention particulière. Jour de souffrance, Ouverture ou fenêtre donnant sur la propriété d'un voisin, qui le souffre ou qui l'a permis. On dit dans le même sens Cette maison a des jours sur la maison, sur la propriété voisine. Ce terme est entré dans l'usage.

JOUR se dit pareillement de Certaines ouvertures par où le jour, l'air peut passer. Ces planches ne sont pas bien jointes, il y a du jour entre deux. Il y a des jours dans cette muraille, entre les planches de cette palissade, des jours à y passer la main. Il y a un grand jour sous cette porte. Se faire jour, Se faire ouverture et passer, se frayer un chemin. Il a eu beaucoup de mal à se faire jour à travers la foule. Fig., Tôt ou tard la vérité se fait jour. Un homme qui n'a que son mérite pour toute recommandation a bien de la peine à se faire jour.

JOUR signifie aussi Certain espace de temps par lequel on divise les mois et les années. Il se dit proprement de l'Espace de vingt-quatre heures, que l'on appelle Jour civil, et qui dure d'un minuit à l'autre; mais on le dit aussi du Temps qui s'écoule entre le lever et le coucher du soleil, et que l'on nomme par opposition Jour naturel. Le sens du discours suffit ordinairement pour déterminer quelle est, de ces deux acceptions, celle que le mot doit recevoir. Il y a tant de jours aux mois, à la semaine, dans l'année. Quel jour est-il, quel jour est-ce aujourd'hui? Les nouvelles du jour. Jour ouvrier. Jour ouvrable. Jour de fête. Jour de congé. Jour de permission. Jour férié. Le jour de Noël. Le jour de Pâques. Le premier jour de l'année, le premier jour de l'an, ou Le jour de l'an. Jour d'audience. Jour de consultation. Le jour de paie. Jour de repos. Un jour après. Un jour trop tôt. Un jour trop tard. Son jour de naissance. Le jour de ses noces. Le jour de son sacre. Un jour de bataille. Un jour de triomphe. Un jour de classe, de congé. Un jour de réception. Un jour de marché. Il fut condamné à huit jours de prison, d'emprisonnement. Après avoir marché pendant huit jours. À près huit jours de marche. On lui a donné huit jours pour mettre ordre à ses affaires. Durant tout le jour. Tout le long du jour. Travailler tout le jour. Travailler jour et nuit. Passer les nuits et les jours à l'étude. Il vient ici tous les jours. Chômer de deux jours l'un. Tous les deux jours. Tous les huit jours. Donner à une domestique ses huit jours. Dans quinze jours. Ce fut le plus beau jour de ma vie. Le jour fatal approchait. Il n'a plus que quelques jours à vivre. Marquer, fixer, indiquer, assigner un four. Donner un jour. Prendre un jour. Prendre jour pour faire telle chose. A jour dit. Au jour dit. À jour nommé. C'était le jour d'un tel. Il était de jour. Je l'attends de jour en jour. De jour à autre. D'un jour à l'autre. Il paie tant par jour. J'en ai fait la relation jour par jour. Je l'ai compté jour par jour. Le jour du jugement. Le jour du Seigneur sera un jour terrible. Un jour viendra que... Souhaiter le bon jour, donner le bon jour à quelqu'un, Bon jour, monsieur. Dans ces trois dernières phrases, on écrit plus ordinairement Bonjour, en un seul mot. Voyez BON. adj. Jour, Jour de réception, jour où une maîtresse de maison reçoit ses amis. Le mardi est le jour de Madame X. À son jour, à mon jour, Dans le temps qui lui conviendra, qui me conviendra.

JOUR se dit quelquefois par rapport à la Saison, à l'état de l'atmosphère, de la température. Un jour de printemps, d'été, d'automne, etc. Les jours caniculaires. Un jour de beau temps. Un beau jour. Un jour de pluie. Un jour pluvieux. Etc. Jour astronomique, L'espace de vingt-quatre heures solaires moyennes, compté d'un midi à l'autre. Jours complémentaires. Voyez COMPLÉMENTAIRE. Les beaux jours, Les premiers jours du printemps. Remettez votre voyage aux beaux jours. Fig., Les beaux jours, Le temps de la première jeunesse, ou Les temps les plus heureux de la vie. Ses beaux jours sont passés. Les jours gras. Voyez GRAS. Fam., C'est aujourd'hui son mauvais jour, il est dans son mauvais jour, Il a aujourd'hui un accès de la maladie, de la mauvaise humeur, ou de la mélancolie, etc., à laquelle il est sujet. On dit de même : C'est son jour de fièvre, son jour de mauvaise humeur, de mélancolie, son jour de gaieté, de bonne humeur, etc. Avoir de bons et de mauvais jours. Prov., Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, L'humeur, la condition des gens l'état des choses sont sujets à changer du jour au lendemain. Prendre le jour de quelqu'un, Prendre le temps, le moment qui lui convient. Je prendrai votre jour. On dit dans un sens analogue Il a pris son jour pour cette affaire, Il a choisi le temps qui lui convenait le mieux. Fam., Gagner sa vie au jour le jour, N'avoir pour subsister que ce qu'on gagne chaque jour par son travail. Fig., Vivre au jour le jour, S'inquiéter peu du lendemain, être sans prévoyance. Prov., À chaque jour suffit sa peine, suffit son mal, Il ne faut pas se tourmenter inutilement sur l'avenir, se faire des chagrins d'avance. Fig., Faire du jour la nuit et de la nuit le jour, Dormir le jour et veiller la nuit. Tous les jours signifie quelquefois De jour en jour. Il devient tous les jours plus intraitable. Les vêtements de tous les jours, Les vêtements ordinaires, par opposition aux Vêtements du dimanche. Fig. et fam., Le saint du jour, Le saint que l'on fête tel jour. Fig., Le plat du jour, Le plat qu'un traiteur tient tout prêt, celui qu'il prépare à certains jours réguliers. Le goût du jour, Le goût qui règne présentement. C'est le goût du jour. On dit dans un sens analogue : L'homme du jour. L'événement, la nouvelle, la nouveauté du jour. Être à son dernier jour, Être au jour, au moment où l'on doit mourir. On dit dans le même sens : Jusqu'à mon dernier jour. Son dernier jour approche. En termes de Commerce, Mettre à jour, Mettre toute sa correspondance, tous ses comptes en règle. On dit aussi Être à jour. Jour pour jour, à pareil jour, Le même jour à plusieurs mois ou à plusieurs années de distance. Il y a vingt ans jour pour jour que cet événement est arrivé. Adv., Un jour se dit d'une Époque indéterminée dans le passé ou dans l'avenir. Je lui dis, un jour, qu'il m'était impossible de... Un jour que je me promenais. Un jour vous vous repentirez de ne l'avoir point écouté. Fam., Un beau jour, Un certain jour. Un beau jour, il prit la fuite. Un de ces jours, Prochainement. J'irai vous voir un de ces jours. Au premier jour, Très prochainement. Je vous paierai au premier jour. D'un jour à l'autre, Dans un court intervalle de temps. On voit les fortunes se faire et se défaire d'un jour à l'autre. On dit dans un sens analogue, mais un peu plus fort, Du jour au lendemain. Il fut ruiné du jour au lendemain. Je me tiens prêt à partir du jour au lendemain. En style de l'Écriture sainte, L'Ancien des jours, Dieu. Mourir plein de jours, Mourir très vieux.

JOUR se dit quelquefois, figurément, d'un Temps plus ou moins long, pour exprimer la rapidité avec laquelle il s'écoule ou s'est écoulé. La vie de l'homme n'est qu'un jour. Son bonheur n'a duré qu'un jour.

JOURS, au pluriel, se dit quelquefois d'une Certaine durée, d'une certaine époque, par rapport à Ce qui s'y passe, aux événements qui la remplissent. Aux premiers jours du monde. En ces tristes jours. Elle a connu des jours meilleurs. Les seuls amis qui lui restèrent aux jours de l'infortune. J'ai vu les beaux jours de ce règne glorieux. Nous ne reverrons plus ces jours heureux. Les jours de notre enfance. Il désigne plus particulièrement la Vie, l'existence. À la fin de nos jours. Le fil, la trame de mes jours. Trancher le fil de nos jours. Prolonger ses jours. Je tremblais pour vos jours. Les chagrins ont abrégé ses jours. Sauver les jours d'une personne. Souhaiter à quelqu'un des jours longs et heureux. Quand il sera sur ses vieux jours. Nous ne verrons point cela de nos jours. Il coule doucement ses jours. Ce jour d'hui. Voyez HUI.

Littré (1872-1877)

JOUR (jour ; au pluriel, l's ne se lie pas : des jour heureux ; cependant plusieurs la lient : des jour-z heureux) s. m.

Résumé

  • 1° Clarté donnée à la terre par le soleil.
  • 2° Espace de temps qui s'écoule entre le lever et le coucher du soleil.
  • 3° Espace de vingt-quatre heures.
  • 4° Jour en un sens indéterminé, sans distinguer s'il s'agit de l'espace entre le lever et le coucher du soleil, ou de l'espace de vingt quatre heures.
  • 5° Être de jour.
  • 6° Être à son dernier jour.
  • 7° Au jour la journée, au jour le jour.
  • 8° Un jour, une époque indéterminée dans le passé.
  • 9° Du jour.
  • 10° À jour, au courant.
  • 11° Jour considéré par rapport à l'état de l'atmosphère, de la température.
  • 12° Les bons jours, les dimanches et fêtes.
  • 13° Les jours gras.
  • 14° Jours de barbe, jours de médecine, jours critiques.
  • 15° Un mauvais jour, un jour où l'on éprouve quelque souffrance ; un bon jour, un jour où l'on est quitte de cette souffrance
  • 16° Jours utiles. Jours de grâce. Jours de planche.
  • 17° Les grands jours, assises extraordinaires.
  • 18° Les petits jours, les jours où l'on fait moins d'apprêts que dans les autres.
  • 19° Un jour, un temps plus ou moins court. Deux jours, un temps très court. De quatre jours, sans instruction.
  • 20° Au plur. jours, une certaine durée, une certaine époque.
  • 21° Plus particulièrement, les jours, la vie.
  • 22° Demi-jour, jour à demi voilé, clarté faible.
  • 23° Toute clarté autre que celle du jour.
  • 24° Le jour, la vie, l'existence.
  • 25° Fig. Clarté, éclaircissement, lumière.
  • 26° Manière dont un objet est éclairé.
  • 27° En termes de peinture, imitation de la lumière.
  • 28° Fenêtre, ouverture qu'on fait aux bâtiments pour qu'ils puissent recevoir du jour.
  • 29° Ouverture, fissure par où le jour, l'air peut s'insinuer.
  • 30° À jour, en laissant passer le jour à travers.
  • 31° Fig. Facilité, moyen pour venir à bout de quelque affaire.
  • 32° Ce jourd'hui.
  • 1Clarté donnée à la terre par le soleil. Le jour se lève. Le jour vient. Il est jour maintenant à cinq heures du matin. Bien, bien, je m'en irai sitôt qu'il sera jour, Régnier, Sat. X. Quoi ! Rodrigue, en plein jour ! d'où te vient cette audace ? Corneille, Cid, V, 1. Jusques à demain jour, Molière, Éc. des maris, III, 2. [Jupiter vous prie, ô nuit] Qu'à ses transports vous donniez plus d'espace, Et retardiez la naissance du jour, Molière, Amph. Prologue. Je veux savoir de toi, traître, Ce que tu fais, d'où tu viens avant jour, Molière, Amph. I, 2. N'apportons pas ici l'exemple de ceux qui roulent en leur esprit quelque noir dessein ; tout ce qu'ils rencontrent les trouble ; et la lumière du jour et leur ombre même leur fait peur, Bossuet, Sermons, Jugem. dernier, 1. De quel nom cependant pouvons-nous appeler L'attentat que le jour vient de nous révéler ? Racine, Brit. I, 1. Quel important besoin Vous a fait devancer l'aurore de si loin ? à peine un faible jour vous éclaire et me guide, Racine, Iph. I, 1. Déjà le jour plus grand nous frappe et nous éclaire, Racine, ib. Mes yeux sont éblouis du jour que je revois, Racine, Ph. I, 3. Et, prête à vous cacher, Vous haïssez le jour que vous veniez chercher, Racine, ib. Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur, Racine, ib. IV, 2. Au jour que je fuyais, c'est toi qui m'as rendue, Racine, ib. 6. Demain quand le soleil rallumera le jour, Racine, Esth. I, 3. Mais si, d'un long crêpe voilée, Mon amante dans la vallée Venait pleurer quand le jour fuit, Millevoye, Chute des feuilles. Enfin le jour, un jour sombre, parut ; il vint s'ajouter à cette grande horreur [l'incendie de Moscou], la pâlir, lui ôter son éclat, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6. Dieu dit, et le jour fut ; Dieu dit et les étoiles De la nuit éternelle éclaircirent les voiles, Lamartine, Médit. I, 30. C'est que d'un toit de chaume une faible fumée, Un peu d'herbe le soir par le pâtre allumée, Suffit pour obscurcir tout le ciel d'un vallon, Et dérober le jour au plus pur horizon, Lamartine, Harm. I, 5.

    Poétiquement. Le soleil est dit le père du jour, l'astre du jour, le flambeau du jour. … Quand l'astre du jour Aura sur l'horizon fait le tiers de son tour, Racine, Athal. I, 1.

    Elle est belle comme le jour, se dit d'une très belle personne.

    Cela se dit aussi d'un enfant, d'un jeune homme. Cet enfant est beau comme le jour. Il était une fois un jeune homme plus beau que le jour, nommé Rosimond, Fénelon, t. XIX, p. 21.

    Le haut du jour, le moment du jour où le soleil est le plus haut sur l'horizon. Dans le haut du jour, on allait chercher dans la forêt l'ombre et la fraîcheur, Genlis, Veillées du château t. I, p. 379, dans POUGENS.

    Grand jour, le moment du jour où le soleil étant tout à fait levé, il y a pleine clarté, et aussi le jour aux endroits où rien ne l'obscurcit. Examiner une étoffe au grand jour.

    Fig. Grand jour, la publicité. Lorsqu'elle [l'âme criminelle] sera montrée à toutes les créatures et que tous ses vices les plus secrets seront exposés au grand jour, Massillon, Avent, Jugement. Un homme accoutumé à être loué dans l'obscurité de son petit cercle, devient furieux quand il est méprisé au grand jour, Voltaire, Facéties, Réfl. pour les sots. On est craintif, on fuit le grand jour et le bruit, Rousseau, Ém. IV. Chaque homme ose être un homme et penser au grand jour, Chénier, l'Invention.

    Dans le même sens. Le grand jour de la publicité. Le grand jour de l'impression. Tel écrit récité se soutint à l'oreille, Qui, dans l'impression au grand jour se montrant, Ne soutient pas des yeux le regard pénétrant, Boileau, Art p. IV.

    Fig. Clair comme le jour, évident ou facile à comprendre, sans obscurité. Cette affaire est maintenant claire comme le jour.

    C'est le jour et la nuit, ou c'est la nuit et le jour, se dit de deux choses ou de deux personnes qui diffèrent beaucoup entre elles.

    On dit dans le même sens : Ces deux personnes ne se ressemblent pas plus que le jour et la nuit ; elles diffèrent autant que le jour et la nuit.

    Fig. et familièrement. Brûler le jour, allumer des flambeaux pendant qu'il fait encore jour.

    Fig. et familièrement. Il est jour chez lui, chez elle, se dit en parlant d'une personne qui vient de se lever et chez laquelle on peut entrer. Mais, monsieur, pensez-vous qu'il soit jour chez Lucrèce ? Corneille, le Ment. IV, 1. J'allais passer chez vous pour voir s'il y fait jour, Lachaussée. Retour impr. I, 2.

    Est-il jour ? manière de parler pour dire : est-on éveillé ? est-on debout ? dort-on encore ou non ?

    Petit jour, le moment du jour où le soleil vient de se lever et où il donne encore peu de clarté. Sitôt que Sa Majesté [Louis XIV] est sortie du balustre [qui entoure son lit], un valet de chambre y entre, qui va prendre sur le fauteuil proche du lit le haut-de-chausses du roi et son épée ; c'est là que commence le petit lever, ou qu'il commence à faire petit jour chez le roi, Trabouillot, L'état de France (1712) (Le petit lever du roi)

    Il est petit jour chez lui, chez elle, se dit en parlant d'une personne qui ne fait que de s'éveiller.

    Dans le langage élevé ou poétique, voir le jour, être en vie. Quoi ! Rodrigue est donc mort ? - Non, non, il voit le jour, Corneille, Cid, IV, 5. Il n'est plus digne de voir le jour, Bossuet, Hist. III, 6. Je reçus et je vois le jour que je respire, Sans que père ni mère ait daigné me sourire, Racine, Iphig. II, 1.

    Fig. Voir le jour, en parlant des choses qu'on retire du lieu où elles étaient cachées, enfouies. Il y a bien des années que ce meuble n'a vu le jour. Et toi, rebut du peuple, inconnu Caloandre, Dans ton repos, dit-on, saisi par Gaillerbois, Tu vis le jour alors pour la première fois, Boileau, Lutr V.

    Voir le jour, être publié. Livre qui n'a vu le jour qu'après la mort de l'auteur.

    Fig. Mettre au jour, produire à la lumière ; de là les deux sens de cette locution : donner vie, naissance, et publier, faire connaître.

    Donner vie, naissance, enfanter. J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour, Corneille, Cid, V, 7. Ah ! Madame ! Sous quel astre cruel avez-vous mis au jour Le malheureux objet d'une si tendre amour ? Racine, Iphig. V, 3. Grands dieux, qui connaissez ma haine et mes desseins, Ai-je pu mettre au jour un ami des Romains ! Crébillon, Rhadamiste, V, 2.

    Créer, produire. Mes deux mains à l'envi disputent de leur gloire… La droite a mis au jour un million de vers, Corneille, Madrigal à Mme Serment.

    Publier, donner publicité, faire imprimer. Le livre [ouvrage] luthérien intitulé la Concorde] fut mis au jour en 1579, après les célèbres assemblées tenues à Forg et à Berg en 1576 et 1577, Bossuet, Var. VIII, § 42. Pradon a mis au jour un livre contre vous, Boileau, Épître VI. J'ai six couplets de chanson tout prêts à mettre au jour, Montesquieu, Lett. pers. 111.

    Mettre une chose au jour, au grand jour, la divulguer, la rendre publique. Leur rage a mis au jour ce qu'elle avait de pire, Malherbe, I, 2. Attendant qu'en plein jour ces vérités paraissent, Corneille, Rodog. V, 4. Ai-je dû mettre au jour l'opprobre de son lit ? Racine, Phèdre, V, 1. Voilà le fait mis au jour : il n'est digne d'entrer dans l'histoire qu'autant qu'il met en garde contre la prodigieuse quantité d'anecdotes de cette espèce rapportées par les voyageurs, Voltaire, Hist. Russie, Préf. hist. space de temps qui s'écoule entre le lever et le coucher du soleil, par opposition à nuit ou temps qui s'écoule entre le coucher et le lever du soleil. Mais Trufaldin, pour elle, Fait de nuit et de jour exacte sentinelle, Molière, l'Ét. I, 2. Elle [la mort] lui fut nuit et jour toujours présente ; car il ne connaissait plus le sommeil, Bossuet, le Tellier. Ces oratoires où elle a pleuré ses péchés et passé tant de jours et de nuits dans la contemplation des choses célestes, Fléchier, Aiguillon. Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux, Racine, Phèdre, IV, 6. Dès la première démarche que Louis eut faite dans la voie de Dieu, il y marcha d'un pas égal et majestueux ; un jour instruisait l'autre jour, et une nuit donnait des leçons semblables à l'autre nuit, Massillon, Or. fun. Louis le Grand. Le jour même a des saisons : le matin est le printemps du jour, le soir en est l'automne, il est moins salubre, Diderot, Opin. des anc. phil. (pythagorisme). Chaque jour que je me lève en bonne santé …, Buffon, Probabilités de vie. Le moyen de rester veuve à mon âge, et de ne pas sentir quelquefois que les jours ne sont que la moitié de la vie ? Rousseau, Hél. VI, 2. De labeur en labeur l'heure à l'heure enchaînée Vous porte sans secousse au bout de la journée ; Le jour plein et léger tombe, et voilà le soir, Lamartine, Harm. I, 5. Elle [la poésie sacrée]… sur sa lyre virginale Chante au monde vieilli ce jour [le jour de la création], père des jours, Lamartine, ib. I, 30. Le soir est près de l'aurore ; L'astre à peine vient d'éclore Qu'il va terminer son tour ; Il jette par intervalle Une lueur de clarté pâle Qu'on appelle encore un jour, Lamartine, Harm. II, 1. Qu'est-ce donc que des jours pour valoir qu'on les pleure ? Un soleil, un soleil, une heure, et puis une heure, Celle qui vient ressemble à celle qui s'enfuit, Lamartine, Médit. II, 5.

    Jour et nuit, sans relâche, sans se donner le repos de la nuit. Jour et nuit, grêle, vent, péril, chaleur, froidure, Dès qu'ils parlent [les grands], il faut voler, Molière, Amph. I, 1. Allez : que tous les Juifs dans Suse répandus, À prier avec vous jour et nuit assidus, Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire, Racine, Esth. I, 3. Du biribi la déesse infidèle Sur mon esprit n'aura plus de pouvoir, J'aime encor mieux vous aimer sans espoir Que d'espérer jour et nuit avec elle, Voltaire, Épit. XX.

    Faire du jour la nuit et de la nuit le jour, dormir le jour et veiller la nuit. Dire qu'il pervertit l'ordre de la nature, Et fait du jour la nuit : ô la grande imposture ! Molière, le Dép. III, 6.

  • 3Espace de vingt-quatre heures, comprenant le temps entre le lever et le coucher du soleil, ainsi que le temps entre le coucher et le lever ; c'est le nychthémère des Grecs. L'année est composée de 365 jours et un quart.

    Jour civil, période qui commence au passage invisible du soleil par le méridien inférieur, c'est-à-dire à minuit.

    Jour astronomique, période qui commence au passage du soleil par le méridien supérieur, c'est-à-dire à midi.

    Jour vrai, le jour d'après le temps vrai.

    Jour moyen, jour que l'on détermine par le calcul, à l'aide des jours vrais, qui ne sont pas rigoureusement égaux ; c'est sur le temps moyen qu'on règle les horloges.

    Dans les grandes fêtes de l'Église, le jour commence aussitôt après les vêpres de la veille.

    Jours complémentaires, nom donné, dans le calendrier républicain, aux cinq ou six jours que l'on comptait à la fin de l'année, pour compléter le nombre de trois cent soixante-cinq ou, dans les années bissextiles, de trois cent soixante-six jours, les mois de ce calendrier n'étant chacun que de trente jours.

  • 4Jour en un sens indéterminé, sans distinguer s'il s'agit de l'espace entre le lever et le coucher du soleil, ou de l'espace de vingt-quatre heures. La semaine a sept jours, le mois en a trente. Parler de leurs aïeux au jour de Cérisolles, Régnier, Sat. III. Ses jours de fête se changèrent en des jours de pleurs, Sacy, Bible, Machab. I, I, 41. Adieu, nous en saurons le succès dans le jour, Molière, le Dép. I, 2. Le propre jour que la paix commença…, Sévigné, 23 août 1678. La mort se déclare… dix jours entiers il la considère avec un visage assuré, tranquille, Bossuet, le Tellier. Ces pécheurs, qui ont si bien mérité la honte, trouvent souvent le moyen de l'éviter en cette vie… c'est pour cela que Dieu les appelle au grand jour de son jugement, Bossuet, Serm. Jugem. dernier, préambule. Un philosophe vous dira en vain que vous devez être rassasiés d'années et de jours, et que vous avez assez vu les saisons se renouveler…, Bossuet, le Tellier. [Ses vertus] ont fait du jour de sa mort le plus beau, le plus triomphant, le plus heureux jour de sa vie, Bossuet, ib. À la veille d'un si grand jour [la bataille de Rocroy], Bossuet, Louis de Bourbon. Trois jours lui suffisaient à peine pour régler ses confessions ordinaires, Fléchier, Dauphine. Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous, Quinault, Atys, I, 6. Tout doit servir de proie aux tigres, aux vautours, Et ce jour effroyable arrive dans dix jours, Racine, Esth. I, 3. Tremble : son jour [du Dieu vengeur] approche, et ton règne est passé, Racine, ib. III, 5. Mais cependant, ce jour, il épouse Andromaque ; Dans le temple déjà le trône est élevé, Racine, Andr. IV, 3. Pallas de ses conseils empoisonne ma mère ; Il séduit chaque jour Britannicus mon frère, Racine, Brit. II, 1. Cromwell mourut le jour d'une tempête extraordinaire, Voltaire, Dict. phil. Rochester et Waller. Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, Dans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ? Lamartine, Méd. I, 13.

    Jour pour jour, se dit de quelque chose qui arrive une ou plusieurs années le jour même dont il est question. Il y a aujourd'hui [3 novembre] vingt années, jour pour jour, que Votre Majesté se couvrait de gloire dans les plaines de Torgau, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 3 nov. 1780.

    À pareil jour, même sens. Les lauriers que vous cueillîtes, il y a seize ans, à pareil jour, dans les plaines de Lignitz, D'Alembert, ib. 15 août 1776.

    Prendre jour, convenir d'un jour, fixer un jour pour faire quelque chose. Vous aviez pris jour pour un lien si doux, Molière, Tart. I, 6. Le jour fatal est pris pour tant d'assassinats, Racine, Esth. I, 3. René prit jour avec eux pour leur raconter les sentiments secrets de son âme, Chateaubriand, René.

    Prendre le jour de quelqu'un, prendre le temps, le moment qui lui convient. Je prendrai votre jour.

    Prendre son jour, prendre pour quelque chose le jour qu'on trouve le plus convenable. Nous laisserons passer les fêtes et nous prendrons notre jour, Sévigné, 460. Je souhaite que vous ayez déjà pris votre jour pour partir, Sévigné, 463.

    Jour pris, ajournement en justice. Avocat pour et contre appelé, jour pris…, Racine, Plaid. III, 3.

    Avoir son jour arrêté, être déterminé à faire quelque chose tel jour. Si Dieu dissimule, qu'ils [les pécheurs] ne pensent pas pour cela avoir échappé à ses mains ; il a son jour arrêté, il a son heure marquée, qu'il attend avec patience, Bossuet, Sermons, Jugement dernier, 1.

    Avoir son jour, avoir un jour fixe où l'on fait quelque chose. Elles avaient chacune leur jour pour aller exhorter les malades, Chateaubriand, Génie, IV, VI, 4.

    Avoir son jour, se dit aussi du jour où une personne reçoit du monde chaque semaine. Cette dame a son jour, c'est le mardi.

    Faire en quinze jours quinze lieues, c'est-à-dire être lent, paresseux.

    Il n'y a jour que…, c'est-à-dire constamment, sans laisser passer un seul jour. Il n'y a jour que je ne vous regrette… ce goût que j'ai pour vous ne m'a point passé, Sévigné, à Mme de Guitaut, 29 oct. 1692.

    Un de ces jours, très prochainement.

    Terme d'antiquité romaine. À un autre jour, formule par laquelle les augures pouvaient rompre les comices, en annuler les actes, etc.

    D'un jour à l'autre, en très peu de temps, dans un très court intervalle. Du plus riche homme de la ville qu'il était, il est devenu d'un jour à l'autre le plus pauvre, Vaugelas, Rem. dans RICHELET.

    De jour à autre, de temps en temps. Il recevait, de jour à autre, divers avis, Patru, Plaidoyer 5, dans RICHELET. Ils voient de jour à autre un nouveau culte, La Bruyère, XVI.

    On dit dans le même sens : un jour l'un, un jour l'autre. Là, cormoran le bon apôtre… Vous les prenait [les poissons] sans peine, un jour l'un, un jour l'autre, La Fontaine, Fabl. X, 4.

    Du jour au lendemain, sans retard, sans prendre d'autre délai que l'espace du jour où l'on est jusqu'au lendemain (locution blâmée par certains grammairiens, mais qui s'explique comme il vient d'être dit). Je viens d'acheter un carrosse de campagne, je fais faire des habits, enfin je partirai du jour au lendemain, Sévigné, 13 avr. 1672.

    De jour en jour, à mesure que les jours, le temps se passent. Je sens de jour en jour dépérir mon génie, Boileau, Épître VIII.

    Du premier jour, tout d'abord. Ainsi tout votre amour n'est qu'une politique, Et le cœur ne sent point ce que la bouche explique. - Il ne le sentit pas, Albin, du premier jour, Mais cette politique est devenue amour, Corneille, Othon, I, 1.

    Au premier jour, très prochainement. Dix-huit-mille francs que je vous paierai au premier jour, Molière, le Bourg. III, 4.

    Par jour, chaque jour. Deux onces de pain et un verre d'eau par jour, Pascal, Prov. II. Dès qu'on ouït gronder l'orage qui vient de fondre sur l'Empire et sur la Hongrie, n'ajouta-telle pas à ses dévotions ordinaires une heure d'oraison par jour ? Fléchier, Mar.-Thér.

    Jour à jour, chaque jour l'un après l'autre. M. d'Hacqueville et moi nous suivons son mal [d'une malade] jour à jour, Sévigné, 126. J'admire comme jour à jour, et toujours triste, le temps s'est passé depuis votre départ, Sévigné, 7 juin 1675.

    Tous les jours, chaque jour, très fréquemment. Cela arrive tous les jours. Tous les jours elle ramenait quelqu'un des rebelles, Bossuet, Reine d'Anglet. On dit de même : tous les jours du monde. Il [Pomenars] est si hardi et si effronté, que tous les jours du monde il fait quitter la place au premier président, Sévigné, 19 août 1671. Elle a, tous les jours du monde, un courrier de l'armée, Sévigné, 15 mai 1676.

    Tous les jours, signifie quelquefois, de jour en jour. Il devient tous les jours plus intraitable.

    De tous les jours, habituel. Il est vrai que j'aime la réputation de notre cousin d'Allemagne ; le marquis de Villars nous en dit des merveilles à son retour de Vienne, et de sa valeur, et de son mérite de tous les jours… et du bon air de sa maison, Sévigné, 22 sept. 1688.

    De tous les jours, vulgaire. Je sais… que notre Dieu n'est pas un Dieu de tous les jours, que, négligé, il néglige à son tour, Massillon, Petit car. Drapeaux. Ce qui était rare est devenu un événement de tous les jours, Massillon, Carême, Impén.

    Les vêtements de tous les jours, les vêtements ordinaires, par opposition aux vêtements des dimanches et fêtes.

    Mettre à tous les jours, employer à des œuvres communes et peu élevées. Le prince met ces esprits [ceux d'une médiocre capacité] à tous les jours, et se décharge sur eux des plus grossières fonctions de la royauté, Guez de Balzac, De la cour, 1er disc. Si Dieu nous avait donné trois ou quatre vies, nous en pourrions mettre une à tous les jours, Guez de Balzac, liv. V, lett. 9.

    Mettre à tous les jours, faire un usage habituel. Vous ne devez plus être inquiète de moi ; c'est le temps qui m'empêche présentement d'exercer ma nouvelle jambe ; je la traite encore comme une compagnie, je ne la mets pas à tous les jours, Sévigné, 11 avr. 1685.

    Se mettre à tous les jours, ne se ménager point, s'employer aux moindres choses. Les grands génies ne se mettent pas à tous les jours, Dancourt, la Femme d'intrigues, I, 1.

    Ce grand comédien se met à tous les jours, il joue très souvent, presque tous les jours.

    Il ne faut pas se mettre à tous les jours, il ne faut pas diminuer son crédit, ce qu'on est, en se mettant en avant pour toute sorte de choses.

  • 5Être de jour, faire, pendant vingt-quatre heures, un service. Mélac, lieutenant général du jour, fit l'arrière-garde avec un gros détachement, Saint-Simon, 29, 85.
  • 6Être à son dernier jour, être tout près de mourir. Que sera-ce, quand… trompés par nos plaisirs, par nos jeux, par notre santé… nous viendrons tout à coup au dernier jour ? Bossuet, Mar.-Thér.

    On dit dans le même sens : jusqu'à mon dernier jour ; son dernier jour approche.

    Le jour du Seigneur, le dernier jour de la vie. Une âme pénitente, qui a vu de loin le jour du Seigneur, et qui s'y est préparée par la solitude et par la prière, Fléchier, Aiguillon. De longues infirmités lui montraient le jour du Seigneur, Massillon, Or. fun. Conti.

    Dernier jour, jour du jugement dernier. Siècle vainement subtil… la princesse palatine t'est donnée comme un signe et un prodige ; tu la verras au dernier jour confondre ton impénitence et tes vaines excuses, Bossuet, Anne de Gonz.

    Le jour d'Énoch, d'Élie et de saint Jean-Baptiste, le jour de la résurrection. M. de Sanzei [dont la veuve révoquait en doute la mort, à cause qu'on n'avait pas trouvé son corps] reviendra le jour d'Énoch, d'Élie et de saint Jean-Baptiste, Sévigné, 4 sept 1675.

    Jour de Dieu ! sorte d'exclamation de colère, de menace. Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles, Molière, Tart. I, 1. Jour de Dieu ! je l'étranglerais de mes propres mains, s'il fallait qu'elle forlignât de l'honnêteté de sa mère, Molière, G. Dand. I, 4.

  • 7Gagner sa vie au jour la journée, vivre au jour la journée, au jour le jour, n'avoir pour subsister que ce qu'on gagne chaque jour par son travail. Ayant assez de peine à vivre de ce qu'il gagnait au jour la journée, Vaugelas, Q. C. 503. Le seul [métier] qui, sans l'assujettissement personnel, pût me donner du pain au jour le jour, Rousseau, Conf. VIII.

    Fig. Vivre au jour le jour, au jour la journée, s'inquiéter peu du lendemain, n'avoir rien de fixe, de déterminé dans l'esprit. Je vis au jour la journée, et n'ai pas le courage de rien décider ; un jour je pars, le lendemain je n'ose, Sévigné, 137. Vous savez ma dévotion pour la Providence, il faut toujours en revenir là, et vivre au jour la journée, Sévigné, 24 juill. 1675.

    Se contenter d'expédients temporaires. Ils [les ennemis des jansénistes] sont sûrs par là de triompher, quoique d'un vain triomphe à leur ordinaire, au moins durant quelques mois ; c'est beaucoup pour eux ; ils chercheront ensuite quelque nouveau moyen de subsister ; ils vivent au jour la journée, Pascal, Prov. III. Il faut vivre au jour la journée quand on a affaire à des voisins ; on peut suivre un plan chez soi ; encore n'en suit-on guère ; mais, quand on joue contre les autres, on écarte suivant le jeu qu'on a, Voltaire, Lett. duc de Choiseul, 13 juill. 1761.

    Au jour la journée, sans plan fixe, en se laissant diriger par les événements. Former de tels plans, ce n'est point faire la guerre au jour la journée et comme au hasard, en attendant que les événements nous déterminent, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 400, dans POUGENS.

    Au jour la journée, signifie aussi sans relâche, continuellement. Il déblatère contre vous au jour la journée.

  • 8Un jour, se dit d'une époque indéterminée dans le passé. Un jour que je me promenais. Le chêne un jour dit au roseau : Vous avez bien sujet d'accuser la nature, La Fontaine, Fabl. I, 22. De Laban l'antique berger Un jour devant lui vit paraître Un mystérieux étranger, Lamartine, Médit. II, 6.

    Il se dit aussi d'une époque indéterminée dans l'avenir. Pendant qu'il [Retz] voulait acquérir ce qu'il devait un jour mépriser, Bossuet, le Tellier. Ils sont réservés à servir un jour d'exemple aux jugements terribles de Dieu sur les hommes, Massillon, Carême, Vérité de la relig.

    On dit dans ce même sens : quelque jour. Quel sera quelque jour cet enfant merveilleux ? Racine, Athal. II, 9.

    Familièrement. Quelqu'un de ces jours, très prochainement. On a pour ma personne une aversion grande ; Et quelqu'un de ces jours il faut que je me pende, Molière, Mis. III, 1.

  • 9Du jour, qui appartient au jour même où l'on est.

    Être du jour, être du jour même, en parlant de choses dont on certifie la fraîcheur. Ces fruits sont du jour, ils ont été cueillis aujourd'hui même. Ce poisson est du jour.

    Le pain du jour, le pain quotidien. Vivre, non de ce bruit dont l'orgueil nous enivre, Mais de ce pain du jour qui nourrit sobrement, De travail, de prière et de contentement, Lamartine, Harm. I, 5.

    Le saint du jour, le saint dont c'est la fête ce jour-là ; et fig. homme qui est à la mode ou en crédit depuis peu. On fêtera toujours en France, En ville, au théâtre, à la cour, Le saint du jour, Béranger, Vieux habits.

    Du jour, se dit, dans un sens analogue, de ce qui, actuellement, a crédit, faveur. Le goût du jour. La curiosité du jour. La métaphysique du jour diffère de celle de l'antiquité, Chateaubriand, Génie, III, II, 3.

    On dit de même : un homme du jour. Les élégants du jour. Crois-tu que ce reflet de la splendeur suprême Soit ce mot profané qui passe tour à tour Du grand homme d'hier au grand homme du jour ? Lamartine, Harm. II, 12.

  • 10 Terme de commerce. À jour, loc. adv. Au courant. Livres à jour, livres dont le crédit et le débit sont régulièrement inscrits jusqu'à la date du jour. Les livres sont à jour. Nous sommes à jour.

    Se mettre à jour, mettre toute sa correspondance, tous ses comptes en règle.

    À jour, se dit aussi de toute besogne dont rien n'est arriéré. Nos copies sont à jour.

  • 11Jour considéré par rapport à l'état de l'atmosphère, de la température. Les jours caniculaires. Un jour de beau temps. Un vilain jour. La promenade est belle. - Fort belle. - Le beau jour !- Fort beau, Molière, Éc. des f. II, 6. Je voudrais vous tenir l'un et l'autre dans ma retraite ; je vois que vous n'y viendrez que quand les beaux jours seront passés, mais vous ferez les beaux jours, Voltaire, Lett. Laharpe, 17 sept. 1766. Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire, à ses regards voilés je trouve plus d'attraits, Lamartine, Médit. I, 29. Salut ! derniers beaux jours ; le deuil de la nature Convient à la douleur et plaît à mes regards, Lamartine, ib. I, 29.

    Fig. Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour, Rien ne trouble sa fin, c'est le soir d'un beau jour, La Fontaine, Phil. et Baucis.

    Les beaux jours, les premiers jours du printemps. Remettez votre voyage aux beaux jours.

    Fig. Les beaux jours, le temps de la première jeunesse, ou les temps les plus heureux de la vie. Ô jours de mon printemps, jours couronnés de rose, à votre fuite en vain un long regret s'oppose ; Beaux jours, quoique souvent obscurcis de mes pleurs, Vous dont j'ai su jouir même au sein des douleurs, Chénier, Élégies, XVI.

    Familièrement. Un beau jour, un certain jour. Un beau jour il décampa. Dans ma tête un beau jour ce talent [de faire des vers] se trouva ; Et j'avais cinquante ans quand cela m'arriva, Piron, Métrom. II, 1.

    Fig. et familièrement. Il y a beaux jours, il y a longtemps. Pour la vieille qui l'a attiré chez elle, et la jeune dont il a la tête tournée, il y a beaux jours que j'aurais fait sauter tout cela, Diderot, Père de famille, III, 7.

  • 12Les bons jours, les dimanches et jours de fête. La belle mit son corset des bons jours, La Fontaine, Herm. Que d'une serge honnête elle ait son vêtement, Et ne porte le noir qu'aux bons jours seulement, Molière, Éc. des mar. I, 2. Mais qui pourrait compter le nombre de haillons… Dont la femme, aux bons jours, composait sa parure ? Boileau, Sat. X.

    Les grands jours, même sens. Du chapeau de son père Coiffé dans les grands jours, Béranger, Roger B.

    Familièrement. Faire son bon jour, c'est-à-dire faire ses dévotions, recevoir la communion. Le roi se confessa pour faire demain matin son bon jour, Dangeau, I, 82 (samedi, 23 déc. 1684). Mme la Dauphine fit son bon jour, et communia par les mains de M. de Meaux, Dangeau, I, 140 (samedi, 24 mars 1685). Donner le bon jour à quelqu'un, lui souhaiter une bonne journée, sorte de salutation ; on écrit aujourd'hui en un seul mot bonjour (voy. ce mot).

  • 13Les jours gras, les derniers jours du carnaval, qui sont le jeudi, le dimanche, le lundi et le mardi.
  • 14Jours de barbe, les jours où l'on a l'habitude de se faire la barbe.

    Jour de médecine, le jour où une personne malade prend médecine, ou même une personne en santé par précaution.

    Jour critique, jour où il arrive ordinairement quelque crise dans certaines maladies.

    Jour critique, se dit aussi des jours où les femmes ont leurs règles.

  • 15Un mauvais jour, un jour où l'on éprouve quelque souffrance ; un bon jour, un jour où l'on n'éprouve aucune souffrance. Il a la fièvre tierce, et c'est aujourd'hui son mauvais jour, c'est-à-dire le jour de son accès ; demain sera son bon jour.

    On dit de même : c'est son jour de fièvre, de bonne humeur, etc. Avoir des jours de gaieté et des jours de tristesse.

    Être dans un mauvais jour, être de mauvaise humeur, peu apte aux choses. Vous êtes dans un mauvais jour, vous ne comprenez rien.

    On dit dans le même sens : il n'est pas dans ses bons jours.

    Fig. Le mauvais jour, le jour de la vengeance du Seigneur. Malheur au pécheur fortuné qui dit en son cœur aveugle : J'ai péché, et que m'est-il arrivé de mal ? il ne songe pas que le Tout-Puissant l'attend au mauvais jour, Bossuet, 3e sermon, Circoncision, 3.

  • 16 Terme de jurisprudence. Jours utiles, jours pendant lesquels il est possible d'agir juridiquement, et en dehors desquels l'action n'a plus lieu.

    Terme de commerce. Jours de grâce ou jours de faveur, dix jours de délai qu'il était d'usage d'accorder à un débiteur pour l'acquit d'une lettre de change, après l'expiration du terme.

    Terme de marine. Jours de planche, le séjour que le capitaine d'un bâtiment frété par des marchands est obligé de faire dans le port de son arrivée pour le déchargement, sans qu'il lui soit rien dû au delà du fret.

  • 17Autrefois. Les grands jours, assises extraordinaires tenues par des juges choisis et députés par le roi ; ces juges, tirés du parlement, étaient envoyés, avec des pouvoirs très étendus, dans les provinces éloignées, pour juger en dernier ressort toutes les affaires civiles et criminelles, sur appel des juges ordinaires des lieux, et principalement pour informer des crimes de ceux que l'éloignement rendait plus hardis et plus entreprenants. Messieurs des grands jours. Il fut condamné par les grands jours. Depuis que les parlements ont été rendus sédentaires, nos rois, par leurs lettres, ont souvent donné commission de juger souverainement en certaines causes, et cette cour de justice souveraine a été appelée grands jours, Ménage, au mot jour. Ils [les gens de Riom] avaient employé toute sorte de sollicitations à la cour pour faire tenir les grands jours dans leur ville, Fléchier, Grands jours, p. 2.

    Fig. Puisque la licence effrénée tient maintenant ses grands jours [dans le carnaval], Bossuet, Sermons, Quinquagés. Préambule.

    Grands jours de Champagne et de Brie, cour de justice de Champagne sous l'administration de ses comtes.

    Jours généraux, jours où se réunissait l'assemblée des états d'une province.

    Jours des barons, assemblée des barons pour juger les causes de leurs domaines.

    Fig. On dit qu'une personne tient ses grands jours, quand elle reçoit chez elle beaucoup de monde.

  • 18Les petits jours, les jours où l'on fait moins d'apprêt que dans les autres. J'en étais quitte pour ne plus aller à la comédie que les petits jours, c'est-à-dire ceux où l'on ne joue que de bonnes pièces, Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 279, dans POUGENS.
  • 19 Fig. Un jour, un temps plus ou moins court. Ce changement n'est pas l'ouvrage d'un jour ; on ne parvient pas tout d'un coup à cette perfection…, Bourdaloue, Dim. oct. du St-Sacrem. Dominic t. II, p. 300. Jérusalem, objet de ma douleur, Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes ? Racine, Athal. III, 7. Mille ans ne sont qu'un jour à ses yeux [de Dieu], Massillon, Carême, Rechute, 1. Nous n'observons et nous n'expérimentons que depuis un jour, et pourtant combien ce jour nous a-t-il déjà valu de vérités imprévues ! Honnet, Lett. div. Œuv. t. XII, p. 39, dans POUGENS. L'homme vit un jour sur la terre Entre la mort et la douleur, Lamartine, Médit. I, 30.

    D'un jour, qui ne dure que peu de temps. Faible et misérable créature, et vainement appelée à une beauté et à une gloire éternelle, vous ne sauriez sans regret voir tomber cette fleur d'un jour, ni passer cette couleur vive, ni cet air de jeunesse s'évanouir, Bossuet, Sermons, Résurrection, 3. Qui pourrait n'être pas ému à ce spectacle [la mort prompte de la reine] ? mais ces émotions d'un jour qu'opèrent-elles ? Bossuet, Mar.-Thér. Elles [vos lettres] me servent d'antidote contre toutes les misérables brochures qui m'inondent ; tous ces petits insectes d'un jour piquent un moment et disparaissent pour jamais, Voltaire, Lett. Berger, sept. 1735. Cette impression d'un jour que j'ai produite sur vous, Staël, Corinne, IV, 1.

    Deux jours, un temps très court. Pourquoi penser aux plaisirs, quand on n'a que deux jours à vivre ? Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 9 nov. 1717. Mais vous qui promettez les temps à sa mémoire [du mourant], Mortels, possédez-vous deux jours ? Lamartine, Médit. II, 5.

    Une chose de deux jours, une chose toute récente. Mais ce n'est point, Arbate, un secret de deux jours, Racine, Mithr. I, 1.

    Fig. Un théologien de quatre jours, un théologien qui ne fait que commencer l'étude de la théologie. Un homme [Jurieu] qui ne rougit pas de se donner pour savant, tombe dans une erreur qu'un théologien de quatre jours aurait évitée, Bossuet, 1er avert. XI.

  • 20 Au plur. Jours, une certaine durée, une certaine époque. J'ose croire que les jours d'aveuglement [l'hérésie en Angleterre] sont écoulés, et qu'il est temps désormais que la lumière revienne, Bossuet, Reine d'Anglet. Vers les premiers jours de son règne [de Louis XIV], Bossuet, Louis de Bourbon. Vous la cherchez [la félicité] sur la terre, et ce n'est pas là qu'elle est établie, ni que l'on trouve ces jours heureux dont nous a parlé le divin Psalmiste, Bossuet, 4e sermon, Fête de tous les saints. Dans ces jours de confusion et de trouble où les grâces tombaient sur ceux qui savaient à propos se faire soupçonner ou se faire craindre, Fléchier, Duc de Mont. Elle attendit ces mauvais jours que le ciel lui préparait, pour en composer avec soumission les exercices de sa piété, Fléchier, Dauphine. Tous ses jours paraissent charmants ; L'or éclate en ses vêtements ; Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse, Racine, Esth. II, 9. L'audace d'une femme arrêtant ce concours En des jours ténébreux a changé ces beaux jours, Racine, Athal. I, 1. Nous avons vu toute la race royale presque éteinte … l'époux et l'épouse auguste [duc et duchesse de Bourgogne], au milieu de leurs plus beaux jours, enfermés dans le même cercueil, Massillon, Or. fun. Louis le Grand. La monarchie n'avait pas encore vu des jours si brillants [que sous Louis XIV], Massillon, ib. La nouvelle épouse négligeait les ornements de sa jeunesse et de ses jours de joie, Massillon, Carême, Mot. de conv. Les jours de rémission et de miséricorde sont arrivés, Massillon, ib. Ils sont enfin venus les jours de ma justice, Lamartine, Médit. I, 30. Je repasse en pleurant ces misérables jours, Lamartine, ib. I, 30. C'est un ami de l'enfance Qu'aux jours sombres du malheur Nous prêta la Providence Pour appuyer notre cœur, Lamartine, Harm. II, 1.

    L'homme des anciens jours, le vieillard (expression qui appartient à Chateaubriand, et qui lui a été reprochée). L'homme des anciens jours se hâta d'allumer du feu avec des lianes sèches, Chateaubriand, Atala, les Laboureurs.

    En style de l'Écriture sainte, l'Ancien des jours (avec un A majuscule), Dieu. N'est-ce pas se moquer de l'Ancien des jours, de le vouloir faire parler à la mode, de lui apprendre le jargon des cercles et des cabinets… ? Guez de Balzac, Socr. chrét. disc. 7.

    Mourir plein de jours, mourir très vieux. Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée, Qu'un ami ferme leurs yeux, Gilbert, Imit. des psaumes.

  • 21Plus particulièrement, la vie. Que pouvons-nous tous deux lorsqu'on tranche nos jours ? Corneille, Héracl. V, 6. Après cent trente ans de vie, Jacob, amené au roi d'Égypte, lui raconte la courte durée de son laborieux pèlerinage, qui n'égale pas les jours de son père Isaac ni de son aïeul Abraham, Bossuet, le Tellier. Nous ravissez-vous Henriette par un effet du même jugement qui abrégea les jours de la reine Marie et son règne si favorable à l'Église ? Bossuet, Duch. d'Orl. Si l'illustre duchesse dont nous avons vu les prospérités eût fini ses jours dans les plaisirs et dans la joie du siècle, Fléchier, Mme de Mont. … En ce malheur je tremblai pour ses jours, Racine, Mithr. I, 1. Qui doit prendre à ses jours plus d'intérêt que moi ? Racine, Iphig. III, 6. Ta fureur, s'irritant soi-même dans son cours, D'un sang toujours nouveau marquera tous tes jours, Racine, Brit. V, 6. Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence, Racine, Phèdre, I, 3. Je vous souhaite, madame, les jours et l'estomac de Fontenelle, vous avez tout le reste, Voltaire, Lett. Mme Geoffrin, 21 mai 1764. Que n'est-ce encore ce temps… Quand les trois sœurs [les Parques] pouvaient n'être pas inflexibles, Et qu'au prix de ses jours, de leurs ciseaux terribles On rachetait des jours plus chers ! Chénier, Ode V. Il n'avait pas les traits morts et effacés de l'homme né sans passions ; on voyait que ses jours avaient été mauvais, et les rides de son front montraient les belles cicatrices des passions guéries par la vertu et par l'amour de Dieu et des hommes, Chateaubriand, Atala, les Laboureurs. Mes jours fondent comme la neige Au souffle du courroux divin, Lamartine, Médit. I, 30. Et vous, pourquoi d'un soin stérile Empoisonner vos jours bornés ? Le jour présent vaut mieux que mille Des siècles qui ne sont pas nés, Lamartine, ib. II, 4. Toute herbe aux champs est glanée ; Ainsi finit une année, Ainsi finissent nos jours, Lamartine, Harm. II, 1. Ton sort, ô Manoel, suivit la loi commune, La Muse t'enivra de précoces faveurs ; Tes jours furent tissus de gloire et d'infortune, Et tu verses des pleurs ! Lamartine, Médit. I, 14. De mes jours, tant que je vivrai. Non, fuyez ; je ne veux vous revoir de mes jours, De Bièvre, Séducteur, IV, 8.

    Sur nos vieux jours, dans nos vieux jours, dans notre vieillesse.

    De nos jours, ou dans nos jours, de notre temps. Etait-ce là [la Fronde] de ces tempêtes par où le ciel a besoin de se décharger quelquefois ? et le calme profond de nos jours devait-il être précédé par de tels orages ? Bossuet, Anne de Gonz. Peut-être que nos neveux regretteront la félicité de nos jours avec la même erreur qui nous fait regretter le temps de nos devanciers, Bossuet, 4e sermon, Fête de tous les saints. Térence qu'on a, dans nos jours, si malheureusement imité, La Bruyère, Discours sur Théophr.

  • 22Demi-jour, jour à demi voilé, clarté faible. On ne les montre [des étoffes] que dans un demi-jour, parce que le grand jour y ferait paraître des défauts qui en rabaisseraient le prix, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 230.

    Fig. Le demi-jour de la primitive histoire. Les vérités que contient le cœur sont du nombre de celles qui demandent le demi-jour et la perspective, Chateaubriand, Génie, II, III, 1.

  • 23Toute clarté autre que celle du jour. Le jour artificiel que donnent les bougies, le gaz. Et que nous dînions aux bougies ; Leur éclat nous suffit ; il répand à l'entour Ce demi-jour si doux qui convient à l'amour, Favart, Soliman II, II, 8. À l'heure où de la nuit le lugubre flambeau D'un pâle demi-jour revêt les sept collines, Lamartine, Méd. II, 20.

    Fig. Je pleure dans mon ciel tant d'étoiles éteintes ! Elle fut la première, et sa douce lueur D'un jour pieux et tendre éclaire encor mon cœur, Lamartine, Harm. IV, 10.

  • 24Le jour, la vie, l'existence. Perdre le jour. Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le jour, D'autant plus maintenant je te dois de retour, Corneille, Cid, III, 6. Et de sa main il s'est privé du jour, Corneille, Rodog. V, 4. L'impératrice, à qui je dois le jour, Avait innocemment fait naître cet amour, Corneille, Héracl. III, 1. Pour venger sa maîtresse il a quitté le jour, Corneille, Cid, V, 1. Et, si nous ne mourons en vous sauvant le jour, Molière, Psyché, II, 4. Sinon, faites état de m'arracher le jour Plutôt que de m'ôter l'objet de mon amour, Molière, Éc. des mar. III, 8. Avez-vous oublié qu'ils m'ont sauvé le jour ? Voltaire, Alz. I, 1.

    Respirer le jour, vivre. Albe où j'ai commencé de respirer le jour, Albe, mon cher pays et mon premier amour, Corneille, Hor. I, 1. Quoi ! vous à qui Néron doit le jour qu'il respire, Racine, Brit. I, 1.

    Ceux qui m'ont donné le jour, les parents de qui je suis né.

  • 25 Fig. Clarté, éclaircissement, lumière. Rien n'est plus propre à jeter du jour sur ces questions. Les narrations qui doivent donner le jour au reste y sont si courtes que le moindre défaut ou d'attention du spectateur ou de mémoire de l'acteur laisse une obscurité perpétuelle en la suite, Corneille, Mél. préf. Sur votre aveuglement il [Dieu] répandra le jour, Corneille, Poly. IV, 3. Une ombre est toujours ombre, et des nuits éternelles Il ne sort point de jours qui ne soient infidèles, Corneille, Toison d'or, I, 3. Ne me déguisez point ce que, dans cette cour, Sur de pareils soupçons vous auriez eu de jour, Corneille, Sur. II, 1. Et sans doute il faut bien qu'à ce becque-cornu Du trait qu'elle a joué quelque jour soit venu, Molière, Éc. des f. IV, 6. Quel jour mêlé d'horreur vient effrayer mon âme ! Racine, Esth. III, 4. L'antithèse est une opposition de deux vérités qui se donnent du jour l'une à l'autre, La Bruyère, I. La lecture de l'excellent livre du docteur Clarke m'a détrompé ; et j'ai trouvé dans ces démonstrations un jour que je n'avais pu recevoir d'ailleurs, Voltaire, Mél. litt. Au P. Tournemine, 1735.
  • 26Manière dont un objet est éclairé. Couleurs diverses selon les divers jours dont on les regarde, La Bruyère, VIII. Hors du jour convenable, le tableau n'est qu'un amas de taches luisantes et grasses, placées à côté les unes des autres, et renfermées dans une belle bordure dorée, Diderot, Peint. en cire, Œuvr. t. XV, p. 387, dans POUGENS.

    Fig. Il n'y en a point [d'esprit] qui ait tant de différents lustres ni qui soit si beau à toutes sortes de jours comme le sien, Voiture, Lett. 30. Et tout ce grand éclat de leur gloire ternie Ne sert plus que de jour à votre ignominie, Boileau, Sat. V. Adoucissez, tant qu'il vous plaira, cette vérité dans votre esprit ; envisagez-la dans ses jours les plus favorables, Boileau, Carême, Conf.

    Mettre quelque chose dans son jour, le placer à un jour convenable, de manière qu'on puisse bien le voir. Il faut mettre ce tableau dans son jour.

    Fig. Il se dit de la manière de présenter une chose. Il met ses bonnes qualités dans un jour si désavantageux, qu'elles deviennent plus dégoûtantes que ses défauts, La Rochefoucauld, Prem. pens. n° 27. Quand je tiens une chose comme celle-là… je sais assez bien la mettre en son jour, Sévigné, 136. Je crois de votre Provence toutes les merveilles que vous m'en dites ; mais vous savez très bien les mettre dans leur jour, Sévigné, 27 mai 1672. Que si je puis mettre dans leur jour ces trois importantes raisons, Bossuet, Sermons, Prédication, Préambule. Tu viens de mettre ici l'hymen en son beau jour, Boileau, Sat. X. Je puis dans tout son jour mettre la vérité, Racine, Athal. II, 6. S'il donne quelque tour à ses pensées, c'est moins par une vanité d'auteur, que pour mettre une vérité qu'il a trouvée, dans tout le jour nécessaire pour faire l'impression qui doit servir à son dessein, La Bruyère, I. Nous mettons nos passions dans un jour si favorable, Massillon, Avent, Épiph. Il y a peu de citations dans le Siècle de Louis XIV, parce que les événements des premières années, connus de tout le monde, n'avaient besoin que d'être mis dans leur jour, Voltaire, Hist. Russ. Préf. hist.

    Mettre en jour, exposer au jour qui convient ; et fig. donner une tournure qui fasse valoir. Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser, Et que, pour mettre en jour ces compliments frivoles, Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles ! Corneille, la Gal. du pal. IV, 1. Pour mettre encore mieux en jour notre impuissance à juger de l'expression d'Homère, transportons-nous à deux mille ans dans l'avenir, Lamotte, Discours sur Homère.

    Donner un jour à une chose, faire qu'une chose soit bien ou mal éclairée ; et fig. donner à une chose une certaine tournure favorable ou défavorable. Ce qui a le plus contribué à sa réputation est de savoir donner un beau jour à ses défauts, La Rochefoucauld, Retz. De semblables erreurs, quelque jour qu'on leur donne, Touchent les endroits délicats, Molière, Amph. III, 8. On a pris à tâche de me présenter à Londres avec Mlle Levasseur dans tous les jours qui pouvaient jeter sur moi du ridicule, Rousseau, Lett. à la comtesse de Boufflers, 9 avr. 1766.

    Faux jour, lumière qui éclaire mal les objets, de manière à les faire voir autrement qu'ils ne sont. Ce tableau est en faux jour, dans un faux jour. Le marchand fait des montres, pour donner de sa marchandise ce qu'il y a de pire : il a le cati et les faux jours, afin d'en cacher les défauts, La Bruyère, VI.

    Fig. L'œil le plus éclairé sur de telles matières Peut prendre de faux jours pour de vives lumières, Corneille, Héracl. V, 2. Je ne sais si l'honneur eut jamais un faux jour, Corneille, Nicom. III, 2. Et ce n'est qu'un faux jour qu'elle a voulu jeter Pour lui troubler la vue et vous inquiéter, Corneille, Perthar. II, 4. Si l'éclat [de la gloire] n'est appuyé sur une grandeur solide, il est faible et n'a qu'un faux jour, Bossuet, Sermons, Vertu de la croix, Préambule. Les portraits des hommes publics sont toujours dans un faux jour pendant leur vie, Voltaire, Mél. hist. Testam. polit. d'Alberoni. Dans l'éternel oubli j'y dormirais encore [au sein du néant] ; Mes yeux n'auraient pas vu ce faux jour que j'abhorre ; Et dans la longue nuit mon paisible sommeil N'aurait jamais connu ni songes ni réveil, Lamartine, Méd. I, 18.

  • 27 Terme de peinture. Imitation de la lumière répandue sur les objets représentés en un tableau. Dans ce tableau le jour vient d'en haut.

    Jour d'atelier, jour d'un tableau ménagé avec un soin particulier. Rembrandt et le Caravage ont des jours d'atelier.

    Jour accidentel, celui que donnent accidentellement les rayons du soleil entre des nuages, celui d'une lampe, d'une petite fenêtre, etc.

    Placer, mettre un tableau à son jour, le placer de manière que le jour du lieu où on l'expose vienne du même côté que le jour qui paraît éclairer les objets représentés.

    Il se dit, surtout au pluriel, des touches les plus claires d'un tableau. Savoir bien mêler les jours et les ombres. Des jours de reflet. Les ombres et les jours si justement donnés, Le riche coloris, les figures augustes, Bahier, le Cabinet de Quinault, p. 48.

  • 28Fenêtre, ouverture qu'on fait aux bâtiments pour qu'ils puissent recevoir du jour. Des jours bien pratiqués.

    Tirer du jour d'un certain côté, pratiquer de ce côté une fenêtre, une ouverture.

    Terme d'architecture. Jour droit, celui d'une fenêtre à hauteur d'appui. Jour à plomb, celui qui vient directement d'en haut. Jour d'en haut, celui qui est communiqué par un abat-jour.

    Faux jour, fenêtre percée dans une cloison pour éclairer un passage de dégagement, un petit escalier, une garde-robe qui ne peut tirer du jour d'ailleurs.

    Jour à verre dormant, voy. VERRE.

    Terme de jurisprudence. Jour de coutume, jour, fenêtre que le propriétaire d'une maison fait ouvrir dans un mur non mitoyen. Le propriétaire d'un mur non mitoyen, joignant immédiatement l'héritage d'autrui, peut pratiquer dans ce mur des jours ou fenêtres à fer maillé et verre dormant, Cod. Nap. 676. Ces fenêtres ou jours ne peuvent être établis qu'à vingt-six décimètres (huit pieds) au-dessus du plancher ou sol de la chambre qu'on veut éclairer, si c'est à rez-de-chaussée, et à dix-neuf décimètres (six pieds) au-dessus du plancher pour les étages supérieurs, ib. 977.

    Jour de servitude, ouverture ou fenêtre faite dans le mur mitoyen ou du voisin, en vertu d'un titre, d'une convention particulière, ou de la possession de trente ans. Jour de souffrance, ouverture ou fenêtre donnant sur la propriété d'un voisin qui le souffre ou qui l'a permis. Cette maison a des jours sur la maison, sur la propriété voisine, elle a des fenêtres ouvertes du côté de cette maison, de cette propriété.

  • 29Ouverture, fissure par où le jour, l'air peut s'insinuer. Ces planches ne sont pas bien jointes, il y a du jour entre deux.

    Jour d'escalier, le vide qui reste entre les limons sur lesquels est portée la rampe.

    Terme de charpentier. Vide qu'on laisse entre les pièces de bois, de peur qu'elles ne s'échauffent.

    Se faire jour, se faire ouverture et passage, en parlant des choses. La flamme se fit jour. Déjà l'eau se faisait jour à travers la digue. Ce fut en vain que ces aimables dames voulurent essuyer leurs larmes ; elles se faisaient jour malgré leurs efforts pour les retenir, Marivaux, Paysan parv. 4e part.

    Fig. Tôt ou tard la vérité se fait jour.

    Se faire jour, se dit d'un homme ou d'une troupe qui perce un gros d'ennemis. Et malgré vos refus il faudra que leurs coups Se fassent jour ici pour aller jusqu'à vous, Corneille, Hor. II, 6. Cette troupe, rassemblée et ranimée par le malheur de son prince, se fit jour à travers plus de dix régiments moscovites, Voltaire, Charles XII, 4.

    Faire jour, laisser passer. Car l'on m'avait fait jour en se moquant de moi, Raim. POISSON. Bar. de la Crasse, sc. 2.

    Fig. Faire jour, frayer le chemin. Le service éclatant Du bras qui lui fait jour au trône qui l'attend, Molière, D. Garc. V, 1.

    Dans le même sens : se faire jour, se frayer son chemin. Au travers des périls un grand cœur se fait jour, Racine, Andr. III, 1. Quelle horrible peine a un homme… qui n'a que beaucoup de mérite pour toute recommandation, de se faire jour à travers l'obscurité où il se trouve ! La Bruyère, II.

    Faire jour, faire pénétrer, apercevoir, saisir. L'œil d'un amant jaloux a bien d'autres clartés… Son amour lui fait jour jusques au fond d'une âme, Corneille, Théod. IV, 5.

    Dans le même sens : se faire jour, pénétrer, apercevoir, saisir. J'ai su me faire jour jusqu'au fond de son âme, Où j'ai peu remarqué de sa première flamme, Corneille, la Suiv. I, 6. Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, Molière, Tart. V, 7.

  • 30À jour, en laissant passer le jour à travers. Cette cloison est à jour. Tout est à jour dans la nature ; et il n'y a grain de sable si imperceptible qui n'ait plus de cinq cents pores, Voltaire, Oreilles de Chest. 7.

    On dit dans un sens analogue : broderie à jour, points à jour.

    Cet édifice, cette maison est à jour, tout à jour, cet édifice, cette maison n'est pas encore garnie de ses portes et fenêtres.

    Percé à jour, percé de part en part, en sorte qu'on voie le jour au travers. Et, le perçant à jour de deux coups d'estocade, Je le mets hors d'état d'être jamais malade, Corneille, Ment. IV, 1. Hé ! de grâce, monsieur ! - Non, non, laissez-moi faire, Que je le perce à jour, Regnard, le Bal, sc. 13.

    Fig. Comment n'êtes-vous pas percé à jour ou brûlé, mon cher comte, d'avoir été exposé tout l'hiver à la pointe et au feu de ces regards… ? Sévigné, 430. Mme de Coulanges perce à jour votre pauvre frère par ses épigrammes, Sévigné, 441.

    Par une autre métaphore, percé à jour se dit de quelqu'un ou de quelque chose qui est dévoilé. C'est un fourbe, on le connaît maintenant, il est percé à jour. Son secret est percé à jour.

    Percé à jour, touché au vif par un reproche. Il me paraît que tout cela [des reproches de Louvois au sujet de Nogaret] perce à jour Mme de Cauvillon [mère de Nogaret] ; elle voit ce que c'est que de négliger le service, Sévigné, 4 févr. 1689.

    Terme de joaillier. Monter à jour une pierre, la monter de telle sorte que, le bord seul étant entouré par la monture, elle reste transparente.

    Terme de musique. Corde à jour, se disait autrefois pour corde à vide.

  • 31 Fig. Facilité, moyen pour venir à bout de quelque affaire. Au moindre jour ouvert de tout jeter sur moi, Corneille, Rodog. V, 4. Les assassins qui découvrirent à ce prince les sanglants desseins de son père m'ont donné jour à d'autres artifices pour le faire tomber dans les embûches que sa belle-mère lui avait préparées, Corneille, Ex. de Nic. Je le hais d'autant plus que je vois moins de jour à détruire un vainqueur qui règne avec amour, Corneille, Perthar. I, 2. Si pour monter au trône il s'offre quelque jour, Corneille, Pulch. IV, 4. Donnez-moi donc, seigneur, vous-même quelque jour, Quelque infaillible voie à fixer votre amour, Corneille, Sur. II, 3. Je veux vous faire un peu de jour à la pouvoir entretenir, Molière, Sicil. 10. Supposé que vous voyiez jour à réussir, Bossuet, Lett. quiét. 468. Quitte après tout pour la détruire, Dès que nous y trouverons jour, Favart, Soliman II, II, 7. C'est l'ordinaire du cœur qui pour la première fois trouve jour à sortir de son secret, d'être satisfait d'avoir pu faire soupçonner ses sentiments, Marivaux, Paysan parv. 4e part.

    Saint-Simon a dit : Celui de nous deux [Bezons et moi] qui trouverait jour, le saisirait pour pousser l'ouverture [au duc d'Orléans], Saint-Simon, 251, 107. On sait que, quand un nom est pris sans article, il ne peut plus être représenté par un pronom. C'est contre cette règle que pèche la phrase de Saint-Simon.

  • 32Ce jourd'hui, le jour où nous sommes, locution vieillie. … Or bien, répliqua l'autre, Gageons un peu quel sera le meilleur, Pour ce jourd'hui, de mon gîte ou du vôtre, La Fontaine, Or.

PROVERBES

À chaque jour suffit sa peine, suffit son mal, c'est-à-dire il ne faut pas se tourmenter inutilement sur l'avenir, se faire des chagrins d'avance.

Bon jour, bonne œuvre, se dit en parlant d'une bonne action faite en un jour solennel. Ils se sont réconciliés le jour de Pâques : bon jour, bonne œuvre.

Ironiquement et par antiphrase. Bon jour, bonne œuvre, les voleurs font leurs meilleurs coups les jours de fête. Croyez-vous à la lettre de M. d'Ossun lue en plein conseil, et qui marque que les jésuites avaient formé le complot d'assassiner, le jeudi saint, bon jour, bonne œuvre, le roi d'Espagne et toute la famille royale ? D'Alembert, Lett. à Voltaire, 4 mai 1767.

Demain il sera jour, se dit quand on veut réfléchir à une chose ou la remettre.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Après trois jours, sa femme, un hôte et de la pluie Sont trois choses dont on s'ennuie.

Ennuyeux comme le jour qu'il a tant plu, très ennuyeux.

Il est plus de jours que d'années et que de bonnes destinées.

Cela est long comme un jour sans pain, se dit d'une chose qui ennuie et dure trop.

Il dit beaucoup de paroles en un jour, se dit d'un homme qui parle beaucoup et à la légère, sans qu'il faille attacher de l'importance à ce qu'il dit.

SYNONYME

1. JOUR, JOURNÉE., Ces deux mots sont entre eux comme an et année. Jour et journée ne diffèrent que par la finale ée, qui, représentant la finale latine du participe passif ata, exprime ce qui s'opère ; journée signifie proprement ce qui est fait, opéré en un jour. De là la distinction réelle : jour servira à marquer les époques : la semaine est composée de sept jours. Au contraire, on dira la journée de Waterloo.

2. FAUX JOUR, JOUR FAUX., Un tableau est dans un faux jour quand il est éclairé du sens contraire à celui que le peintre a choisi dans son sujet. Il y a un jour faux dans un tableau quand une partie y est éclairée contre nature, la disposition générale du tout exigeant, par exemple, que cette partie soit dans l'ombre.

HISTORIQUE

XIe s. Il averad un meis et un jour de quere le [pour le quérir], Lois de Guill, 4. Viendrat li jurz, si passerat li termes, Ch. de Rol. IV.

XIIe s. Li jurz del jurn fors met [met hors, prononce] parole, e nuit à nuit demustret science, Liber psalm. p. 22. Al jor du jugement, quant Dex tiendra ses plais, Sax. X. D'hui cest jor en un an soiez prest d'ostoier [aller en guerre], ib. XVI. Là le truevent li mès [les messagers] à jor de diemaine [dimanche], ib. XX. Cel jor [il] monstra mout bien son vasselage [vaillance], Ronc. p. 64. De pluseurs choses [ils] vont toute jor parlant, ib. p. 163. Par veue et par oïe eret il justes ; si manoit [il demeurait] entre ceax [ceux] ki de jor en jor afflient l'arnme [l'âme] del juste par lor malvaises oevres, Job, p. 441. Mais à dame de valor Doit on penser nuit et jor, Couci, I. Se diex vouloit qu'il [mes ennemis] eüssent mal jor, ib. XXII. Onques teurtre [tourterelle] qui pert son compagnon Ne fut, un jour, de moi plus esbahie [plus ébahie que moi], ib. XXIV.

XIIIe s. Jà fut tels jors que [où] les dames amoient, Quesnes, Romancero. p. 87. Puis fut un jor qu'ele lui dit : amis, Or est l'amour coneüe et prouvée, Quesnes, ib. p. 107. Cent fois le jor [je] vous regart en pensant, Et pri merci que ne m'occiez mie, Le Roi Jean de Brienne, Romancero, p. 142. Bien i parut l'autre jour à Compiegne, Quant li baron ne purent droit avoir, Hues de la Ferté, ib. p. 184. Il pourquiert ainsi son atour [il fait ses préparatifs] Que il puist mouvoir à bref jour, Audefroi le Bastard, ib. p. 8. Huit jours [ils] mistrent tous pleins à l'avoir aüner [à rassembler leur avoir], Berte, XCVII. Par un jour si très bel qu'il ne pleut ni ne vente, ib. X. Que droit au point du jour convient qu'ele s'atire [se paie], ib. XI. Un jour estoit rois Flores à un sien grant manoir, ib. LXV. Au matin fit moult biau jour et moult cler, Villehardouin, XLV. La court ajorne les parties à jor nomé, Ass. de Jér. 95. Quiconques est fremailliers de laiton à Paris, il doit comencier à ouvrer de biau jour, et laissier oevre de biau jour ; et si le fesoit autrement, il seroit à v sols d'amende au roy, Liv. des mét. 97. Onques ne daigna demander Un jor de terme ne respit, Ren. 18869. Mès jamès jor [je] n'aurai beance [desir] à riens dont vous aiés pesance [chagrin], la Rose, 3179.

XIVe s. Se vous voulez garder anguille, faites la mourir en sel, et la laissiez trois jours naturels tous entiers, Ménagier, II, 5.

XVe s. Le baron d'Escosse et les jeunes chevaliers et escuyers repondirent que ils estoient tous appareillés et pourvus de chevaucher en Angleterre du jour en l'endemain quand on voudroit, Froissart, II, II, 13. …Il nous convint retourner à Montesquieu et diner, et là estre tout le jour, Froissart, II, III, 7. Chevaucherent par montagnes et par vallées toute jour jusques près de nonne, Froissart, I, I, 40. Comtesses et dames qui venues estoient accompagner madame la roine et venoient de jour en jour, Froissart, I, I, 25. Si les François, le jour de la bataille ou l'endemain, ou le samedi tout jour, fussent venus devant Gand, Froissart, II, II, 199. Servés loyalment sans sejour ; Car longe debte vient à jour, Froissart, Poésies mss. p. 133, dans LACURNE. Et preindrent jour et heure pour ce faire, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1417. Non pour ung jour ne pour deux, mais incessamment jour sur jour, Chastelain, Chr. des ducs de Bourg. I, 22. Je file, je travaille et fais tout le mieux que je puis, tant que j'en mourray avant mes jours, Les 15 joyes du mariage, p. 64. Moy qui estoye tant enceinte comme sur mes jours [près du terme de ma grossesse], Perceforest, t. IV, f° 118.

XVIe s. Veu que beaulté oncques jour ne fut lasse De faire guerre à dame chasteté, Marot, J. V, 205. Malheur n'est pas tous jours à une porte, Le beau cler jour après la nuyct survient, Marot, J. V, 236. L'homme est un animal d'un jour, Calvin, Instit. 559. Je vous supplie que vous ne vous desesperiez point… car il y a vingt quatre heures au jour, esquelles l'homme peut changer d'opinion, Marguerite de Navarre, Nouv. XXXVII. Ajournemens à trois briefs jours se font de trois jours en trois jours ; ajournemens à trois jours francs, de cinq jours en cinq jours, Loysel, 692. Si une demande ne passe vingt sols, jour de conseil [délai accordé au défendeur pour consulter] n'en est octroyé, Loysel, 696. En telle necessité, il seroit meilleur faire du jour la nuict, Paré, VIII, 14. Je coucherai ici en rang diverses autres façons d'enter les arbres ; à ce qu'y trouvant du jour, rejettée toute impertinence, nostre mesnage s'en puisse servir selon le jugement de sa raison, De Serres, 672. Je sçay bien certainement que tu seras un de ces jours roy, Amyot, Lyc. 3. En plein jour, Amyot, ib. 28. De plein jour, Amyot, ib. 58. Il acheva ses jours en Candie, Amyot, ib. 67. Si matin qu'il n'estoit pas encore jour, Amyot, Publ. 18. À l'aube du jour, Amyot, ib. 51. De là vient, que l'on appelle un jour blanc, auquel on a fait bonne chere, à cause de la febve blanche, Amyot, Péricl. 51. Au poinct du jour, Amyot, Thém. 25. Dès la poincte du jour, Amyot, Pyrrh. 67. L'on cognoissoit assez que c'estoit une feincte et un jeu qu'ilz jouoient grossement luy et Marius, car on veoit le jour à travers, Amyot, Mar. 24. Il y avoit des montagnes percées à jour, Amyot, Lucul. 78. Des galeries ouvertes à jour de tous costez, Amyot, ib. 79. Gens qui vivent ordinairement au jour la journée, Amyot, Galba, 20. Ne le [un anneau] regarde pas ainsi, Polemon, mais à son jour, et il te semblera beaucoup plus beau, Amyot, Com. refréner la colère, 37. Le dernier jour de la vie est le maistre jour, Montaigne, I, 42. Un jour est égal à touts jours, Montaigne, I, 86. Une chambre sans jour, Montaigne, I, 90. Jour par jour, Montaigne, I, 257. Je vous le diray, madame, un jour à l'aureille, Montaigne, I, 222. Je vis du jour à la journée, et me contente, Montaigne, I, 317. Mais du jour à la journée, croissant l'occasion de ce souspeçon, Montaigne, II, 14. Haster ses jours [se tuer], Montaigne, II, 40. Vestus à tous les jours d'une contenance commune, Montaigne, II, 104. Ils descochoient lesdits coches dans leurs escadrons, pour les rompre et y faire jour, Montaigne, IV, 6. Des plus ordinaires choses, si nous sçavions trouver leur jour, se peuvent former les plus merveilleux exemples, Montaigne, IV, 256. Des ustensiles, tant de ceux qui servent par jour [tous les jours], que de ceux desquels on use peu souvent, La Boétie, 98. Il ne chante que à ses jours, et ne mange que à ses heures, Rabelais, Pant. V, 8. Cagots alors tiennent leurs grands jours, Rabelais, ib. V, 29. Le jour chasse le jour, comme un flot l'autre chasse, Desportes, Œuvres chrestiennes, Sonnets, 4. Un jour juge de l'autre, et le dernier juge de tous, Cotgrave Ce qui se fait de nuict paroist de jour, Cotgrave Jà ne chante le coq, si viendra le jour, Cotgrave Il n'est si grand jour que ne vienne vespre, Cotgrave Il suffit au jour de sa misere, Cotgrave Le cœur fait l'œuvre, non pas les grands jours, Cotgrave Longues paroles font les jours courts, Cotgrave Quoique fol tarde, jour ne tarde, Cotgrave Jour ouvrier gaigne-denier, jour de feste despensier, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 104. Trois jours de repit valent cent livres, Leroux de Lincy, ib. p. 105.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

JOUR. Ajoutez :
33Tous les jours, pris substantivement, ce qui se fait tous les jours. Leur conversation ne portait pas au delà d'un cercle borné ; leur tous les jours était assez ordinaire, Sainte-Beuve, Port-Royal, t. VI, p. 267, 3e éd.
34Espèce de dentelle faite à l'aiguille au milieu d'un dessin de broderie, soit qu'on enlève l'étoffe tout à fait, soit qu'on tire des fils sur l'étoffe pour former le jour avec les fils laissés et l'aiguille, soit qu'on fasse un dessin avec du fil de dentelle si l'étoffe est du tulle.

REMARQUE

Ajoutez :

3. Non-seulement ce jourd'hui a vieilli, mais le jourd'hui a encore vieilli davantage. En ce temps du jourd'hui l'on n'est que trop savant, Régnier, Sat. III.

4. Voltaire a employé la locution ancien des jours pour désigner un prêtre, un vieillard. Il sera difficile que l'ancien des jours, Boyer, résiste à une sollicitation si pressante pour lui, et si honorable pour vous, Lett. Mme de Fontaine, 12 sept. 1754. L'ancien des jours est une locution biblique qui s'applique à Dieu (voy. ANCIEN, n° 9).

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

JOUR, s. m. (Chronol. Astron. & Hist.) division du tems, fondée sur l’apparition & la disparition successive du soleil.

Il y a deux sortes de jours, l’artificiel & le naturel.

Le jour artificiel qui est le premier qu’il semble qu’on ait appellé simplement jour, est le tems de la lumiere, qui est déterminé par le lever & le coucher du soleil.

On le définit proprement le séjour du soleil sur l’horison, pour le distinguer du tems de l’obscurité, ou du séjour du soleil sous l’horison, qui est appellé nuit. Voyez Nuit.

Le jour naturel, appellé aussi jour civil, est l’espace de tems que le soleil met à faire une révolution autour de la terre, ou pour parler plus juste, c’est le tems que la terre emploie à faire une révolution autour de son axe ; les Grecs l’appellent plus proprement nicthemeron, comme qui diroit nuit & jour.

Il faut cependant observer que par ces mots de révolution de la terre autour de son axe, on ne doit pas entendre ici le tems qu’un point ou un méridien de la terre emploie à parcourir 360 degrés, mais le tems qui s’écoule depuis le passage du soleil à un méridien, & le passage suivant du soleil par ce même méridien ; car comme la terre avance sur son orbite d’occident en orient, en même tems qu’elle tourne sur son axe, le soleil repasse par le méridien un peu avant que la terre ait fait une révolution entiere autour de son axe. Pour en sentir la raison, il n’y a qu’à imaginer que le soleil se meuve d’orient en occident autour de la terre pendant l’espace d’un an, comme il paroît le faire, & qu’en même tems la terre tourne sur son axe d’orient en occident, il est facile de voir qu’un point de la terre qui se sera trouvé sous le soleil, s’y retrouvera de nouveau un peu avant que d’avoir fait un tour entier.

L’époque ou le commencement du jour civil, est le terme où le jour commence, & où finit le jour précédent. Il est de quelque conséquence de fixer ce terme ; & il est certain que pour distinguer les jours plus commodément, il faut se fixer à un moment où le soleil occupe quelque partie facile à distinguer dans le ciel ; par conséquent le moment le plus propre à fixer le commencement du jour, est celui dans lequel le soleil passe par l’horison ou par le méridien. Or, comme de ces deux instans, le plus facile à déterminer par observation, est celui du passage par le méridien, il semble qu’on doit préférer de faire commencer le jour naturel à minuit ou à midi ; en effet l’horison est souvent chargé de vapeurs ; d’ailleurs le lever ou le coucher du soleil sont sujets aux réfractions : ainsi il est difficile de les observer exactement. Car les réfractions élevant le soleil, font qu’il paroît sur l’horison, dans le tems qu’il est encore au dessous, & par conséquent elles augmentent la durée du jour artificiel ; on ne peut donc savoir exactement la durée du jour par cette méthode, sans connoître bien les réfractions, & sans pouvoir observer facilement le soleil à l’horison : deux choses qui sont souvent susceptibles d’erreur. Cependant comme le lever & le coucher du soleil sont d’un autre côté le commencement & la fin du jour artificiel ; ils paroissent aussi être propres par cette raison à marquer le commencement & la fin du jour naturel ou civil.

Ceux qui commencent le jour au lever du soleil, ont l’avantage de savoir combien il y a de tems que le soleil est levé ; ceux qui commencent le jour au coucher, savent combien il leur reste de tems jusqu’à la fin du jour ; ce qui peut être utile dans les voyages & les différens travaux : mais les uns & les autres sont obligés de calculer pour avoir l’heure du midi & celle de minuit.

Il n’est donc pas étonnant que les différens peuples commencent différemment leur jour, puisque les raisons sont à peu-près égales de part & d’autre.

Ainsi 1°. les anciens Babyloniens, les Perses, les Syriens, & plusieurs autres peuples de l’Orient, ceux qui habitent aujourd’hui les îles Baléares, & les Grecs modernes, &c. commencent leur jour au lever du soleil.

2°. Les anciens Athéniens & les Juifs, les Autrichiens, les Bohémiens, les Marcommans, les Silésiens, les nations modernes & les Chinois, &c. le commencent au coucher du soleil.

3°. Les anciens Umbriens & les anciens Arabes, aussi-bien que les Astronomes modernes le commencent à midi.

4°. Les Egyptiens & les Romains, les François modernes, les Anglois, les Hollandois, les Allemans, les Espagnols & les Portugais, &c. à minuit.

C’étoit aussi à minuit que les anciens Egyptiens commençoient le jour, & même le fameux Hypparque avoit introduit dans l’Astronomie cette maniere de compter, en quoi il a été suivi par Copernic & par plusieurs autres astronomes ; mais la plus grande partie des astronomes modernes a trouvé plus commode de commencer à midi.

Le jour se divise en heures, comme le mois & la semaine en jours. Voyez Heure, Mois, Semaine, &c.

Sur les différentes longueurs des jours dans les différens climats, voyez Climat & Globe.

Les Astronomes ont été divisés entr’eux sur la question, si les jours naturels sont égaux tout le long de l’année, ou non. Un professeur de Mathématiques à Séville, prétend, dans un mémoire imprimé parmi ceux des Transactions philosophiques, qu’après des observations consécutives pendant trois années, il a trouvé tous les jours égaux. M. Flamsteed dans les mêmes Transactions, réfute cette opinion, & fait voir que quand le soleil est à l’équateur, le jour est plus court de quarante secondes, que quand il est aux tropiques ; & que quatorze jours tropiques sont plus longs que quatorze jours équinoctiaux de d’heure, ou de 10 minutes. Cette inégalité des jours vient de deux différentes causes ; l’une est l’excentricité de l’orbite de la terre, l’autre est l’obliquité de l’écliptique. La combinaison de ces deux causes fait varier la longueur du jour ; & c’est sur cette inégalité qu’est fondée ce qu’on appelle équation du tems. Voyez Excentricité, Ecliptique & Equation du Tems. Wolf & Chambers. (O)

Jour, (Hist. rom.) les Romains commençoient le jour à minuit ; ils partagerent l’espace d’un minuit à l’autre en plusieurs parties, auxquelles ils donnerent des noms pour les distinguer. Ils appellerent le minuit inclinatio ; le tems de la nuit où les coqs ont accoutumé de chanter, gallicinium ; le point du jour, diluculum ; le midi, meridies ; le coucher du soleil, suprema tempestas ; le soir, vespera ; la nuit, prima fax, parce que l’on allume des bougies, des lampes, des flambeaux, dès que la nuit commence ; & la durée de la nuit, concubium.

Par rapport aux jours dont chaque mois est composé, ils les diviserent en fastes, néfastes, jours de fêtes, jours ouvriers & féries. Les jours fastes étoient comme nous disons aujourd’hui les jours d’audience, les jours de palais. Les jours néfastes étoient ceux pendant lesquels le barreau étoit fermé. Les jours de fêtes, ceux où il n’étoit pas permis de travailler ; & tantôt c’étoit le jour entier, tantôt jusqu’à midi seulement ; & les féries qui souvent n’étoient point jours de fêtes. Voyez Faste, Néfaste, Féries, &c.

Enfin pour ce qui regarde la vie privée des Romains pendant le cours de la journée. Voyez Vie privée des Romains. (D. J.)

Jour civil des Romains, (Hist. rom.) le jour civil des Romains étoit divisé en plusieurs parties, auxquelles ils donnoient différens noms. La premiere partie étoit media nox, minuit : après cela venoient mediæ noctis inclinatio, gallicinium, le chant du coq ; conticinium, qui étoit le tems le plus calme de la nuit ; diluculum, la pointe du jour ; & mane, le matin qui duroit jusqu’à midi. Après midi, étoit meridici inclinatio, que nous appellons vulgairement la relevée ; solis occasus, le coucher du soleil ; après cela étoient suprema tempestas, vesper, crepusculum, concubium, le tems où l’on se couche, & nox intempestas qui duroit jusqu’à minuit. On divisoit aussi la nuit en quatre parties que les Romains appelloient veilles, excubiæ ou vigiliæ. Voyez Nuit.

Parmi ces jours, il y en avoit qu’on appelloit festi, & d’autres prosesti ; ceux-là étoient consacrés aux dieux, soit pour faire des sacrifices, soit pour célebrer des jeux en leur honneur. Ces jours de fêtes s’appelloient feriæ ; il y en avoit de publiques & de particulieres. Voyez Fetes des Romains.

Les jours qu’on nommoit profesti, étoient ceux dans lesquels il étoit permis de vaquer aux affaires publiques & particulieres ; on les partageoit en jours fastes & néfastes ; les fastes étoient ceux où le préteur pouvoit prononcer ces trois mots, do, dico, addico, c’est-à-dire, les jours où il étoit permis de rendre la justice. Les jours néfastes étoient ceux où ils ne pouvoient l’exercer, comme dans les féries, & dans les tems de la vendange & de la moisson. Il y avoit aussi des jours appellés intercisi & endocisi, dans lesquels on pouvoit rendre la justice à certaines heures seulement. On les trouve marqués dans les fastes par ces lettres FP & NP, qui signifient fastus prior, & nefastus prior. Quelques-uns confondent mal-à-propos les jours néfastes avec ces jours où l’on se faisoit un scrupule de travailler, à cause de quelque malheur arrivé à pareil jour, comme celui de la bataille d’Allia. Il est cependant vrai qu’on a donné le nom de néfastes à ces jour malheureux.

Les Romains avoient encore d’autres jours qui avoient différens noms, comme ceux qu’on appelloit comitiales, pendant lesquels on tenoit les comices, & les jours de marché appellés nundinæ ou novendinæ, parce qu’ils revenoient tous les neuf jours. Les habitans de la campagne venoient à la ville ces jours de marché, pour y porter des denrées, pour y recevoir des lois, & même pour y travailler à leurs procès, depuis la loi hortensia ; car jusques-là ces jours avoient été néfastes.

Les jours qu’on nommoit præliares, étoient ceux où il étoit permis de répeter son bien, & d’attaquer ses adversaires ; les jours qui leur étoient opposés, s’appelloient non præliares : c’étoit, par exemple, les jours noirs & funestes, dies atri, qui arrivoient tous les lendemains des kalendes, des ides & des nones de chaque mois ; car le peuple s’imaginoit ridiculement qu’il y avoit quelque chose de funeste dans le mot post qui servoit à exprimer ce que nous appellons le lendemain. Ainsi tous les jours malheureux se nommoient chez les Romains, comme chez les Grecs, des jours noirs. Les jours heureux au contraire étoient appellés blancs chez ces deux peuples.

On ne pouvoit, dans ces jours malheureux, travailler publiquement à aucune affaire ; cependant on doit les distinguer des jours néfastes ; car les féries étoient des jours néfastes, & non des jours malheureux. Les jours appellés inominales, étoient tous les quatriemes jours avant les kalendes, les ides & les nones de chaque mois, & quelques féries.

On trouve dans le droit romain, des jours qu’on nomme comperendini, qui étoient ceux où l’on assignoit son adversaire à comparoître pour le surlendemain de la premiere audience ; d’autres appellés stati, qui étoient pour terminer ses affaires avec l’étranger, & d’autres enfin qui portoient le nom de justi, c’est-à-dire, trente jours complets, accordés par une loi des douze tables à celui qui avoit avoué son crime, ou à celui qui avoit été condamné, afin de lui donner la facilité de trouver la somme d’argent qu’il étoit obligé de payer, ou de satisfaire de quelqu’autre maniere à la sentence du juge. (D. J.)

Jour, (Iconolog.) les anciens qui représentoient en figure tout ce qu’ils croyoient pouvoir en être susceptible, donnerent une image au jour considéré en lui-même, & sans aucun rapport ni à l’année, ni au mois, ni à la semaine, dont il fait partie. Athénée, dans sa description d’une magnifique pompe d’Anthiochus Epiphane, dit qu’on y voyoit des statues de toutes les sortes, jusqu’à celles du jour & de la nuit, de l’aurore & du midi.

Comme le nom grec du jour est féminin, le jour étoit peint en femme, & non-seulement le jour, mais aussi ses parties étoient aussi personnifiées suivant leur genre.

Le crépuscule,

Tempus,
Quod tu, nec tenebras nec possis dicere lucem,
Sed cum luce tamen, dubiæ confinia noctis,

le crépuscule, dis-je, étoit peint en jeune garçon, qui tenoit une torche, & qui avoit un grand voile étendu sur la tête, mais un peu reculé en arriere ; voilà ce qui désignoit que le crépuscule participoit à la lumiere & aux ténebres, au jour & à la nuit ; & c’est aussi ce que signifie la torche qu’il tenoit à la main ; car au point du jour, il fait un peu clair, mais si peu, qu’on a encore besoin d’un flambeau qui éclaire.

L’aurore aux doigts de rose, & croceo velamine fulgens, se peignoit en femme ayant un grand voile, & étant traînée dans un char à deux chevaux ; le voile qu’elle portoit sur sa tête, étoit fort reculé en arriere, ce qui marque que la clarté du jour est déja assez grande, & que l’obscurité de la nuit se dissipe.

Le midi, quùm medio sol aureus splendet olympo, étoit aussi peint en femme, à cause qu’il est du genre féminin dans la langue grecque.

Le soir ou le vesper, infuscans terras jam croceo noctis amictu, étoit peint en homme qui tenoit le voile sur sa tête, mais un peu en arriere, parce que l’obscurité de la nuit ne se répand qu’insensiblement, & laisse assez long-tems de la clarté pour se conduire encore.

Enfin le crépuscule du soir étoit représenté comme celui du matin, par un petit garçon qui porte un voile sur la tête ; mais il n’a point de flambeau ; il lui seroit inutile, puisqu’il va se perdre dans les ténebres de la nuit ; il tient de ses deux petites mains les rênes d’un des chevaux du char de Diane, prise pour la lune, & qui court se précipiter aussi dans les on les de l’Océan, hesperias abiturus in undas. Dict. Mythol. (D. J.)

Jour heureux & malheureux, (Litt. anc. & mod.) quelque ridicule que soit l’idée qu’il y ait dans la nature des jours plus heureux ou plus malheureux les uns que les autres, il n’en est pas moins vrai que de tems immémorial, les plus célebres nations du monde, les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs & les Romains, ont également donné dans cette opinion superstitieuse, dont tout l’Orient est encore convaincu.

Les rois d’Egypte, selon Plutarque, n’expédioient aucune affaire le troisieme jour de la semaine, & s’abstenoient ce jour-là de manger jusqu’à la nuit, parce que c’étoit le jour funeste de la naissance de Typhon. Ils tenoient aussi le dix-septieme jour pour infortuné, parce qu’Osiris étoit mort ce jour-là. Les Juifs pousserent si loin leur extravagance à cet égard, que Moyse mit leurs recherches au rang des divinations, dont Dieu leur défendoit la pratique.

Si je passe aux Grecs, je trouve chez eux la liste de leurs jours apophrades ou malheureux, ce qui a fait dire plaisamment à Lucien, en parlant d’un fâcheux de mauvaise rencontre, qu’il ressembloit à un apophrade. Le jeudi passoit tellement pour apophrade chez les Athéniens, que cette superstition seule fit long-tems différer les assemblées du peuple qui tomboient ce jour-là. Le poëme d’Hésiode sur les travaux rustiques, écrit dans le onzieme siecle avant J. C. fait un espece de calendrier des jours heureux, où il importe de former certaines entreprises, & de ceux où il convient de s’en abstenir ; il met sur tout dans ce nombre le cinquieme jour de chaque mois, parce qu’ajoute-t-il, ce jour-là les furies infernales se promenent sur la terre. Virgile a saisi cette fiction d’Hésiode, pour en parer ses géorgiques. « N’entreprenez rien, dit-il, le cinquieme jour du mois, c’est celui de la naissance de Pluton & des Euménides ; en ce jour la terre enfanta Japet, le géant Cée, le cruel Thiphée, en un mot, toute la race impie de ces mortels qui conspirerent contre les dieux ». Mais Hésiode, pour consoler son pays, mit au rang des jours heureux le septieme, le huitieme, le neuvieme, le onzieme & le douzieme de chaque mois.

Les Romains nous font assez voir par leur calendrier la ferme créance qu’ils avoient de la distinction des jours. Ils marquerent de blanc les jours heureux. & de noir ceux qu’ils réputoient malheureux ; tous les lendemains des kalendes, des nones & des ides, étoient de cette derniere classe. L’histoire nous en a conservé l’époque & la raison.

L’an de Rome 363, les tribuns militaires, voyant que la république recevoit toujours quelque échec, requirent qu’on en recherchât la cause. Le sénat ayant mandé le devin L. Aquinius, il répondit que lorsque les Romains avoient combattu contre les Gaulois, près du fleuve Allia, avec un succès si funeste, on avoit fait aux dieux des sacrifices le lendemain des ides de Juillet ; & qu’à Crémere les Fabiens furent tous tués, pour avoir combattu le même jour ; sur cette réponse, le sénat, de l’avis du collége des pontifs, défendit de rien entreprendre à l’avenir contre les ennemis le lendemain des kalendes, des nones & des ides ; chacun de ces jours fut nommé jour funeste, dies atra, nefandus, inauspicatus, inominalis, ægyptiacus dies.

Vitellius ayant pris possession du souverain pontificat le quinzieme des kalendes d’Août, & ayant ce même jour fait publier de nouvelles ordonnances, elles furent mal reçues du peuple, disent Suétone & Tacite, parce que tel jour étoient arrivés les desastres de Crémere & d’Allia.

Il y avoit quelques autres jours estimés malheureux par les Romains ; tels étoient le jour du sacrifice aux mânes, celui des lémuries, des féries latines & des saturnales, le lendemain des volcanales, le quatrieme avant les nones d’Octobre, le sixieme des ides de Novembre, les nones de Juillet, appellées caprotines, le quatrieme avant les nones d’Août, à cause de la défaite de Cannes, & les ides de Mars, par les créatures de Jules-César.

On juge bien qu’outre ces jours-là il y en avoit d’autres que chacun estimoit malheureux par rapport à soi même. Auguste n’entreprenoit rien d’important le jour des nones ; & quantité de particuliers avoient une folie pareille sur le quatrieme des calendes, des nones & des ides.

Plusieurs observations historiques, superstitieusement recueillies, ont contribué à favoriser, avec tant d’autres erreurs, celle des jours heureux & malheureux. Joseph remarque que le temple de Salomon avoit été brûlé par les Babyloniens le 8 Septembre, & qu’il le fut une seconde fois au même jour & au même mois par Titus. Æmilius Probus débite que Timoléon le corinthien gagna toutes ses victoires le jour de sa naissance.

Aux exemples tirés de l’antiquité, on en joint d’autres puisés dans l’histoire moderne. On prétend que Charles-Quint fut comblé de toutes ses prospérités le jour de S. Mathias. Henri III, nous dit-on, fut élu roi de Pologne, ensuite roi de France, le jour de la pentecôte, qui étoit aussi celui de sa naissance. Le pape Sixte V. aimoit le mercredi sur tous les jours de la semaine, parce qu’il prétendoit que c’étoit le jour de sa naissance, de sa promotion au cardinalat, de son élection à la papauté, & de son couronnement. Louis XIII. assuroit que tout lui réussissoit le vendredi. Henri VII, roi d’Angleterre, étoit attaché au samedi, comme au jour de tous les bonheurs qu’il avoit éprouvés.

Mais rien ne seroit si facile que d’apporter encore un plus grand nombre de faits, qui prouveroient l’indifférence des jours pour la bonne ou mauvaise fortune, s’il s’agissoit de combattre par des exemples des préventions superstitieuses, contraires au bon sens & à la raison. On remarqua, dit Dion Cassius, l. XLII. que Pompée fut assassiné en Egypte le même jour qu’il avoit autrefois triomphé des Pirates & de Mithridate, & l’on ajoutoit encore que c’étoit celui de sa naissance. Le même jour, dit Guichardin, que Léon X. fut sacré avec une pompe merveilleuse, il avoit été fait misérablement prisonnier un an auparavant. Reconnoissons donc avec un ancien, qu’une même journée nous peut être également mere & marâtre, & que ceux conséquemment qui se sont moqués du choix superstitieux de certains jours, ont eu par-là un grand avantage pour le succès de leurs entreprises, sur ceux qui ont été assez crédules pour s’y assujettir.

Alexandre le grand, bien instruit sur ce point par Aristote son précepteur, se moqua spirituellement de quelques uns de ses capitaines qui lui représentoient sur le bord du Granique, que jamais les rois de Macédoine ne mettoient leurs armées en campagne au mois de Juin, & qu’il devoit craindre le mauvais augure qu’on pouvoit tirer s’il négligeoit de suivre l’ancien usage. « Il faut bien y remédier, répondit-il en souriant ; & j’ordonne aussi pour cela que ce Juin, que l’on craint tant, soit nommé le second mois de Mai. » Il sçut encore insister si adroitement auprès de la Sybille du temple de Delphes, qui lui refusoit de consulter le dieu un jour réputé malheureux, qu’elle lui dit enfin, en cédant à ses instances, qu’il vouloit faire paroître jusques sur le seuil du temple de Delphes qu’il étoit invincible. « Cet oracle me suffit, répartit joliment Alexandre ; je n’en peux recevoir de plus clair ni de plus favorable »,

C’est sur le même ton que Luculle répondit à ceux qui tâchoient de le dissuader de combattre contre Tigranes aux nones d’Octobre, parce qu’à pareil jour l’armée de Cépion fut taillée en pieces par les Cimbies ; « & moi, dit il, je vais le rendre de bon augure pour les Romains ». Il attaqua le roi d’Arménie & le vainquit.

Dion de Syracuse se conduisit de même vis-à-vis de Denis de Syracuse ; il lui livra la bataille le jour d’une éclipse de lune, qui étoit réputé un jour funeste, & remporta la victoire. C’en est assez sur les anciens.

Quoique la distinction des jours heureux & malheureux paroisse présentement aussi absurde qu’elle l’est en effet, je doute fort que tous les hommes en soient également desabusés : quand je considere d’un côté tant de choses propres à nourrir cette erreur, qui sont toujours en usage, & que je vois régner dans la cour des monarques, chez ces grands qui tonnent sur nos têtes, comme parmi le petit peuple qu’ils vexent, des opinions aussi puériles, aussi superstitieuses que celle-ci, & qui même y ont un très-grand rapport : je crois alors fermement que dans tous les siecles & dans tous les lieux la superstition a des droits qui peuvent bien changer de forme, mais qui ne seront jamais entierement détruits.

Il y a dans le mercure de Juin 1688 un discours contre la superstition populaire des jours heureux & malheureux : cela n’est pas étonnant ; mais le singulier, c’est que ce discours est de François Malaval, fameux écrivain mystique, qui donna dans toutes les extravagances du mysticisme. L’esprit humain, tantôt sage, tantôt fou, adopte également l’erreur & la vérité pêle-mêle. Ce Malaval devint aveugle à neuf mois, & mourut en 1719 à 82 ans. (D. J.)

Jours de férie, (Hist. ecclésiastiq.) dies feriales ou feriæ, signifioient chez les anciens des jours consacrés à quelque fête, & pendant lesquels on ne travailloit point, du verbe latin feriari, être oisif, chommer, fêter.

Ce mot a totalement changé d’acception, & signifie présentement les jours de travail, par opposition au dimanche & aux fêtes chommées, comme on voit dans le statut 27 d’Henri VI, chap. v. & dans Fortesme de laudibus leg. Angliæ.

Le pape S. Sylvestre ordonna que sabbati & dominici die retento, reliquos hebdomadæ dies feriarum nomine distinctos, ut jam ante in ecclesia vocari coeperant, appellari. De-là vient que dans les brefs ou calendriers ecclésiastiques, le lundi, mardi, mercredi, jeudi & vendredi sont désignés par les noms de feria prima, secunda, tertia, quarta, quinta & sexta.

Jours maigres, (Théolog.) jours où par un précepte de l’Eglise on ne doit point manger de viande. Voyez Abstinence.

Jours critiques, (Hist. mod.) dies critici. Voyez Critiques.

Jours, (Medecine.) pairs, impairs, principaux, radicaux ou critiques, indices ou indicateurs, intercalaires, vuides, &c. Voyez la doctrine medecinale sur les jours à l’article Crise.

Jour de l’An, (Hist. anc.) ou premier jour de l’année, a fort varié chez différens peuples par rapport au tems de sa célébration, mais il a toujours été en grande vénération.

Chez les Romains le premier & le dernier jour de l’an étoient consacrés à Janus ; ce qui a été cause qu’on le représente avec deux visages.

C’est des Romains que nous tenons cette coutume si ancienne des complimens du nouvel an. Avant que ce jour fût écoulé ils se faisoient visite les uns les autres, & se donnoient des présens accompagnés de vœux réciproques. Lucien parle de cette coutume comme très-ancienne, & la rapporte au tems de Numa. Voyez Etrennes, Vœux, &c.

Ovide a cette même cérémonie en vûe dans le commencement de ses fastes :

Postera lux oritur, linguisque anin sque favete :
Nunc dicenda bono sunt bona verba die.

Et Pline plus expressément liv. XXVIII, chap. j. Primum anni incipientis diem lætis precationibus invicem faustum ominantur.

Jours Alcyoniens, (Hist. anc.) phrase que l’on trouve souvent dans les auteurs pour exprimer un tems de paix & de tranquillité.

Cette expression tire son origine d’un oiseau de mer, que les Naturalistes appellent alcyon, & qui, selon eux, fait son nid vers le solstice d’hiver, pendant lequel le tems est ordinairement calme & tranquille.

Les jours alcyoniens, suivant l’ancienne tradition, arrivent sept jours avant & sept jours après le solstice d’hiver ; quelques-uns appellent ce tems-là l’été de S. Martin ; & le calme qui regne dans cette saison engage les alcyons à faire leur nid & à couver leurs œufs dans les rochers qui sont au bord de la mer.

Columella appelle aussi jours alcyoniens le tems qui commence au 8 des calendes de Mars, parce qu’on observe qu’il regne pour lors un grand calme sur l’océan atlantique.

Jours, Grands-Jours, (Jurisp.) ou Hauts-Jours, étoient une espece d’assise extraordinaire, ou plûtôt une commission pour tenir les plaids généraux du roi dans les provinces les plus éloignées.

Il ne faut pas s’imaginer que ces sortes d’assises ayent été ainsi nommées parce qu’on les tenoit dans les plus longs jours de l’année, car on les tenoit plusieurs fois l’année & en différens tems ; on les appella grands jours, pour dire que c’étoit une assise extraordinaire où se traitoient les grandes affaires.

Les grands-jours royaux furent établis pour juger en dernier ressort les affaires des provinces les plus éloignées, & principalement pour informer des délits de ceux que l’éloignement rendoient plus hardis & plus entreprenans ; on les tenoit ordinairement de deux en deux ans.

Ils étoient composés de personnes choisies & députées par le roi à cet effet, tels que les commissaires appellés missi dominici, que nos rois de la premiere & de la seconde race envoyoient dans les provinces pour informer de la conduite des ducs & des comtes, & des abus qui pouvoient se glisser dans l’administration de la justice & des finances contre l’ordre public & général.

Les grands-jours les plus anciens qui ayent porté ce nom, sont ceux que les comtes de Champagne tenoient à Troyes ; & ce fut à l’instar de ceux-ci que les assemblées pareilles qui se tenoient au nom du roi furent aussi nommées grands-jours.

La séance même du parlement, lorsqu’il étoit encore ambulatoire, étoit nommé grands-jours. Les parlemens de Toulouse, Bordeaux, Bretagne, & quelques autres tenoient aussi leurs grands-jours.

Depuis que les parlemens ont été rendus sédentaires, les grands-jours n’ont plus été qu’une commission d’un certain nombre de juges tirés du parlement pour juger en dernier ressort toutes affaires civiles & criminelles par appel des juges ordinaires des lieux, mêmes les affaires criminelles en premiere instance.

Les derniers grands-jours royaux sont ceux qui furent tenus en 1666 à Clermont en Auvergne, & au Puy en Velai pour le Languedoc.

Nos rois accorderent aux princes de leur sang le droit de faire tenir des grands-jours dans leurs appanages & pairies ; mais l’appel de ces grands-jours ressortissoit au Parlement, à moins que le roi ne leur eût octroyé spécialement le droit de juger en dernier ressort.

Plusieurs seigneurs avoient aussi droit de grands-jours, où l’on jugeoit les appellations interjettées des juges ordinaires, des crimes qui se commettoient par les baillifs & sénéchaux & autres juges dépendans du seigneur. Ces grands jours seigneuriaux ont été abolis par l’ordonnance de Roussillon, qui défend à tout seigneur d’avoir deux degrés de jurisdiction en un même lieu : quelques pairs en font cependant encore assembler, mais ils ne jugent pas en dernier ressort.

Nous allons donner quelques notions sommaires des grands-jours dont il est le plus souvent mention dans les ordonnances & dans les histoires particulieres.

Grands-jours d’Angers ou du duc d’Anjou, étoient pour l’appanage du duc d’Anjou ; ils furent accordés par Charles V. à Louis son frere, duc de Tours & d’Anjou, avec faculté de les tenir, soit à Paris ou dans telle ville de ses duchés qu’il voudroit. Louise de Savoye, mere du roi François I, fit en 1516 ériger des grands-jours en la ville d’Angers ; on en tint aussi pour le roi dans cette ville en 1539.

Grands jours d’Angoulême étoient ceux des comtes d’Angoulême. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de l’archevêque de Rouen, ou hauts-jours, étoient une assise majeure qui se tenoit en son nom. Un Arrêt du parlement de Rouen du 2 Juillet 1515 ordonna qu’ils se serviroient du terme de hauts-jours, & non d’échiquier. Voyez le recueil d’arrêts de M. Froland, pag. 34.

Grands-jours d’Auvergne, sont ceux qui se tinrent dans cette province, tant à Clermont & Montferrand, qu’à Riom. Il y en eut à Montferrand en 1454, & sous Louis XI. en 1481, tant pour l’Auvergne que pour le Bourbonnois, Nivernois, Lyonnois, Forez, Beaujolois & la Marche ; ils s’ouvrirent à Montferrand : on les y tint encore en 1520, & à Riom en 1542 & 1546. Voyez Grands-jours de Berry.

Grands-jours de Beaumont ; il est parlé des grands-jours de ce comté dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Beaune ou de Bourgogne, étoient ceux qui se tenoient pour la province de Bourgogne avant l’érection du parlement de Dijon : il jugeoient sans appel.

Grands-jours de Berry ou du duc de Berry. Jean I, duc de Berry, eut le droit de faire tenir les grands-jours pour juger les appellations que l’on interjettoit du sénéchal de Poitou & d’Auvergne, du bailli de Berry & de ses autres juges inférieurs dont il est parlé dans Joannes Galli, quest. 250, & dans les anciennes ordonnances.

Grands-jours de Bourbonnois, voyez Grands-jours d’Auvergne & Grands-jours de Moulins.

Grands-jours de Bourgogne, voyez Grands-jours de Beaune.

Grands-jours du duc de Bretagne ; on donnoit quelquefois ce nom au parlement de cette province avant qu’il fût sédentaire, comme on peut voir par l’ordonnance de Charles VIII. de l’an 1495.

Grands-jours de Champagne, voyez Grands-jours de Troyes.

Grands-jours de Brie ; le duc d’Orléans, frere de Charles VI, y en faisoit tenir. Voyez les lettres de 1403.

Grands-jours de Châtelleraut, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Clermont en Auvergne, voyez Grands-jours d’Auvergne.

Grands-jours de Clermont en Beauvoisis, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Dombes ; le parlement de cette principauté, qui tenoit anciennement ses séances à Lyon par emprunt de territoire, devoit aller tenir ses grands-jours en Dombes deux fois l’année, suivant un édit de Louis III, prince souverain de Dombes, du mois de Septembre 1571.

Grands-jours de Limoges, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Lyon furent tenus en 1596.

Grands-jours du comté du Maine, étoient ceux qu’y faisoit tenir le duc d’Anjou, comte du Maine, auquel ils avoient été accordés par des lettres de 1371.

Jours (grands.) La cour des grands-jours de la ville de S. Michel en Lorraine, étoit déja établie en 1380. Il y a sur ce tribunal une ordonnance de René d’Anjou, duc de Lorraine, du 4 Mars 1449. Le duc Charles III. en confirma l’établissement sous le titre de cour de parlement & grands-jours de saint Michel, le 8 Octobre 1571. Le 3 Décembre 1573 il en régla les fonctions. Il y a une ordonnance du même prince touchant l’appel des sentences de la cour des grands jours de S. Michel, du 8 Octobre 1607. Louis XIII. supprima ces grands-jours en 1635, tems auquel il occupoit la Lorraine par ses armes.

Grands-jours de Montferrand, voyez Grands-jours d’Auvergne.

Grands-jours du duché de Montmorency, c’étoient ceux que les seigneurs de Montmorency faisoient tenir dans leur pairie. Voyez les lettres-patentes citées par Blanchard à la table.

Grands-jours de Moulins furent tenus en 1534, 1540 & 1550.

Grands-jours de Normandie ; les ducs de cette province en faisoient tenir, soit à Rouen, ou même quelquefois à Paris ; on les appelloit les hauts-jours. Voyez le recueil d’arrêts de M. Froland, pag. 74.

Grands jours d’Orléans, c’étoit le duc d’Orléans qui les faisoit tenir dans son appanage : il en est parlé dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Paris ; Charles le Bel ordonna que l’on en tînt dans cette ville, & que l’on y fit la recherche des criminels.

Grands-jours de Poitiers ou des comtes de Poitou, furent tenus en 1454, 1531, 1541, 1567, 1579 & 1634.

Grands-jours des reines, étoient ceux qui leur étoient accordés dans les terres qu’on leur donnoit pour leur douaire : il en est fait mention dans l’ancien style du parlement, chap. 23.

Grands-jours de Riom, voyez Grands-jours d’Auvergne.

Grands-jours de Soissons, étoient ceux du comte de Soissons. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de Tours ; le parlement de Paris en tint dans cette ville en 1519, 1533, 1547.

Grands jours de Troyes, appellés aussi la cour de Champagne, étoient des assises publiques & générales que les comtes de Champagne tenoient à Troyes, pour juger en dernier ressort les affaires majeures & celles qui étoient dévolues par appel des assises des bailliages, & principalement les causes des barons de Champagne, lesquels relevoient immédiatement du comté. Cette prérogative fut accordée aux comtes de Champagne à cause de leur dignité de palatins. Leurs grands jours se tenoient trois ou quatre fois l’année ; ils étoient composés d’un certain nombre de juges choisis dans l’ordre de la noblesse ; on y appelloit les causes selon le rang des bailliages ; on y observoit les formes judiciaires, c’est-à-dire qu’on les jugeoit par enquêtes ou par plaids, selon la nature de l’affaire. Quand ces jugemens pouvoient servir de reglemens, on les inséroit dans le recueil des coutumes de Champagne. Depuis que Philippe le Bel eut réuni cette province à la couronne, les grands-jours de Troyes se tenoient en son nom, comme comte de Champagne ; il ordonna en 1302 que ces grands-jours se tiendroient deux fois l’année : le roi y envoyoit huit députés du parlement, entre lesquels étoient plusieurs prélats ; ils renvoyoient au parlement de Paris les affaires dont la connoissance pouvoit l’intéresser. Voyez les mémoires de Pithou.

Grands-jours de Valois ; le duc d’Orléans y en faisoit tenir, suivant ce qui est dit dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Vertus ; Charles VI, par des lettres du 6 Mai 1403, accorda au duc d’Orléans son frere le droit d’y faire tenir des grands-jours.

Grands-jours d’Yvetot, ou hauts-jours d’Yvetot ; ce droit fut confirmé aux seigneurs d’Yvetot par des lettres de Louis XI. de 1464. Voyez la dissertation de l’abbé de Vertot sur le royaume d’Yvetot.

Voyez le glossaire de Ducange au mot dies ; celui de Lauriere au mot jours. Fontanon, tom. I, liv. I. tit. 17. (A)

Jour dans le commerce de lettres de change, marque le tems auquel une lettre doit être acquittée.

On dit qu’une lettre de change est payable à jour préfix, à jour nommé, lorsque le jour qu’elle doit être payée est exprimé & fixé dans la lettre de change. Les lettres à jour préfix ne jouissent point du bénéfice des dix jours de faveur ou de grace. Voyez Faveur & Jours de grace.

Une lettre de change à deux, à quatre, à six jours de vûe préfixe, est celle qui doit être payée deux, quatre ou six jours après celui de son acceptation. Voyez Lettre de change & Acceptation. Diction. de commerce.

Jours de grace, en terme de Commerce, c’est un nombre de jours accordé par la coutume pour le payement d’une lettre de change lorsqu’elle est dûe, c’est-à-dire lorsque le tems pour lequel elle a été acceptée est expiré. Voyez Lettre de change, Change & Faveur.

En Angleterre on accorde trois jours de grace, ensorte qu’une lettre de change acceptée pour être payée, par exemple, dans dix jours à vûe, peut n’être payée que dans treize jours. Par toute la France l’on accorde dix jours de grace, autant à Dantzick ; huit à Naples ; six à Venise, à Amsterdam, à Rotterdam, à Anvers ; quatre à Francfort ; cinq à Leipsic ; douze à Hambourg ; six en Portugal, quatorze en Espagne, trente à Genes, &c. Remarquez que les dimanches & les fêtes sont compris dans le nombre des jours de grace. Voyez Acceptation.

Jour nommé, (Commerce.) bateau de diligence, dont le maître s’est obligé d’arriver à certain jour préfix dans le port de sa destination, à peine de diminution de la moitié du prix porté par la lettre de Voiture. Dictionnaire de Commerce.

Jour de Planche, (Commerce.) on nomme ainsi à Amsterdam & dans les autres villes maritimes des Provinces-Unies, le séjour que le maître ou batellier d’un bâtiment freté par des marchands, est obligé de faire dans le lieu de son arrivée, sans qu’il lui soit rien dû au-delà du fret On convient ordinairement de ces jours de planche par la charte partie, à-moins qu’ils ne soient fixés ou par l’usage ou par des reglemens. A Rotterdam, par exemple & aux environs, les bateliers sont obligés de donner trois jours de planche ; ceux de Brabant, Flandres, Zélande, & des autres villes également distantes d’Amsterdam, en donnent cinq ou six, suivant la grandeur du bâtiment ; mais si après ces jours de planche ou reglés ou convenus, le bâtiment reste encore chargé, le marchand paye tant par jour par proportion à sa grandeur, ou au prix accordé pour le fret. Dictionnaire de Commerce.

Jour, Journal, (Arpentage.) grande mesure des héritages : cette dénomination est fort en usage en Lorraine ; on y dit pour les terres labourables jours, journaux ; pour les prés fauchés, & pour les forêts arpent : ce n’est cependant qu’une même mesure ; elle est communément dans ce pays de 250 toises de Lorraine. Cette toise a de longueur 10 piés de Lorraine, le pié 10 pouces, le pouce 10 lignes ; ce qui fait environ huit piés neuf pouces dix lignes, mesure de roi.

Jour, terme d’Architecture ; ce mot s’entend de toute ouverture faite dans les murs par où l’on reçoit de la lumiere, & qu’on nomme aussi baye ou bée.

Jour droit, celui d’une fenêtre à hauteur d’appui.

Faux-jour, celui qui éclaire quelque petit lieu, comme une garde-robe, un retranchement, un petit escalier.

Jour d’en-haut, celui qui est communiqué par un abajour qui ne reçoit le jour que par le dôme, un soûpirail, une lucarne faitiere de grenier, généralement tout jour qui est pris à six ou sept piés de haut ou plus.

Jour-à-plomb, celui qui vient directement par-en-haut, comme au Panthéon à Rome.

Jour de coûtume, voyez Vue de Coutume.

Jour d’escalier, c’est le vuide ou l’espace quarré ou rond qui reste entre les limons droits ou rampans de bois ou de pierre, sur lesquels est porté la rampe de fer.

Jour, terme d’Horlogerie ; c’est un espace qu’on laisse entre deux roues qui passent l’une sur l’autre, ou entre les platines & ces roues, pour empêcher qu’elles ne se touchent. Les jours de la grande roue moyenne avec la platine des piliers & la grande roue, & du barrillet avec la platine du dessus & la grande roue, ne doivent pas être trop considérables, ou, pour parler comme les Horlogers, doivent être bien ménagés ; afin de conserver au barrillet, & par conséquent au grand ressort, le plus de hauteur qu’il est possible.

Jour, (Peinture.) on dit qu’un tableau est dans son jour, lorsque la lumiere qui fait qu’on le voit, vient du même côté que celle qui éclaire les objets peints dans ce tableau.

Il y a des auteurs qui prétendent qu’on appelle jour, les endroits les plus éclairés d’un tableau ; mais on ne se sert point de cette expression : on dit la lumiere, les lumieres d’un tableau, & non les jours d’un tableau.

Jours, (Rubannier.) ouvrage à jour, terme plus propre au galon qu’à tout autre ouvrage, puisqu’il n’y a presque que le galon qui soit susceptible de pareil travail ; rarement on en ménage sur les rubans figurés ; les jours sont des ornemens pratiqués dans les desseins, qui laissent effectivement à jour les espaces qu’ils doivent représenter ; ces jours son appellés corps séparés, parce qu’ils sont travaillés chacun séparément & l’un après l’autre par autant de navettes différentes ; ce qui fait qu’il y a des ouvrages à 10 ou 12 & même 25 ou 26 navettes, quand les jours sont pratiqués l’un à côté de l’autre ; il faut avoir soin de ne travailler que quelques coups de navette sur chacun de ces corps séparés tant qu’il y en a, afin que le battant puisse frapper le plus également qu’il est possible ces coups de navette ; autrement si on rachevoit entierement le jour, qui est quelquefois de beaucoup de ces coups, & que l’on passât ensuite à un autre, l’épaisseur de ce premier qui vient d’être fait, empêcheroit que le battant ne frappât régulierement les autres coups qui restent à faire.

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Étymologie de « jour »

Du moyen français jour, de l’ancien français jor, jorn (c. 980), du latin diŭrnus (→ voir diurne), adjectif devenu substantif en bas latin de Gaule et d’Italie (en italien, giorno), où il a éliminé le classique dies, maintenu en Ibérie et Dacie (→ voir l’espagnol día, le portugais dia et le roumain zi). Cognat du corse ghjornu \ˈdjɔr.nu\.
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Berry, à jour falli, à la chute du jour ; bourg. jor ; bressan et nivernais, zor ; pic. jaur, jor, à jou fali, à la chute du jour ; provenç. jorn, jor ; ital. giorno ; du lat. diurnus, dérivé de dius (voy. DIURNE). Corrsen fait remarquer que diurnus vient non de dies, qui aurait donné diernus (comparez hodiernus), mais de dius, conservé dans sub dio.

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Phonétique du mot « jour »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
jour ʒur

Citations contenant le mot « jour »

  • Le jour est paresseux mais la nuit est active. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, Le Dur Désir de durer, Notre mouvement , Seghers
  • Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger. Jean Giono, Rondeur des jours, Charlot
  • C'est ici le combat du jour et de la nuit. Victor Hugo,
  • Aimer s'invente à chaque jour. De Jean Malrieu
  • Il faut dire son chapelet quand on ne dort pas et ne pas ajouter la nuit Au jour à qui sa propre malice suffit. Paul Claudel, L'Otage, I, 2, le pape Pie , Gallimard
  • Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Le jour, c'est la vie des êtres, mais la nuit, c'est la vie des choses. Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, Fasquelle
  • Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Alcools, le Pont Mirabeau , Gallimard
  • Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Alcools, le Pont Mirabeau , Gallimard
  • Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour, Rien ne trouble sa fin : c'est le soir d'un beau jour. Jean de La Fontaine, Philémon et Baucis
  • Qu'importe le soleil ? Je n'attends rien des jours. Alphonse de Prât de Lamartine, Premières Méditations poétiques, l'Isolement
  • Le soin de chaque jour à chaque jour suffit. Alphonse de Prât de Lamartine, Premières Méditations poétiques, Philosophie
  • Tout le plaisir des jours est en leurs matinées. François de Malherbe, Stances
  • C'était le jour béni de ton premier baiser. Stéphane Mallarmé, Poésies, Apparition
  • Mais le jour pleut sur le vide de tout. Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz, Les Sept Solitudes, Dans un pays d'enfance , Jouve
  • Le vieux jour qui n'a pas de but veut que l'on vive Et que l'on pleure et se plaigne avec sa pluie et son vent. Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz, Les Sept Solitudes, le Vieux Jour , Jouve
  • Pourquoi crains-tu ton dernier jour ? Il ne confère* non plus à ta mort que chacun des autres. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 20
  • Tous les jours vont à la mort, le dernier y arrive. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 20
  • Ne disons point au jour les secrets de la nuit. Évariste Désiré de Forges, chevalier puis vicomte de Parny, Élégies
  • […] Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. Jean Racine, Lettre, À M. Vitart, 17 janvier 1662
  • Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. Jean Racine, Phèdre, IV, 2, Hippolyte
  • Je leur donne des nuits qui consolent des jours. Alfred, comte de Vigny, Poèmes antiques et modernes, Eloa ou la Sœur des anges
  • Pas un jour sans une ligne. Pline, l'Ancien, en latin Caius Plinius Secundus, Histoire naturelle, 35-36
  • Car les chemins du jour côtoient ceux de la nuit. Homère, L'Odyssée, X, 86 (traduction V. Bérard)
  • Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. , Évangile selon saint Matthieu, VI, 34
  • Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. , Évangile selon saint Matthieu, XXV, 13
  • Jour après jour, c'est un bon jour. De Koan zen
  • Le jour me nuit. De Anonyme
  • Chaque jour de plus est un jour de moins. De Pierre Filion / Lux
  • Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour. De Confucius
  • Jour qui nous apporte finance, Est un jour de réjouissance. De Proverbe français
  • Un jour il y aura autre chose que le jour. De Boris Vian / Je voudrais pas crever
  • Je vis mon quotidien au jour le jour. De Aziz / Loft Story - Juin 2001
  • Demain est un autre jour. De Victor Fleming / Autant en emporte le vent
  • Voleur un jour, volera toujours. De Arthur Schopenhauer / Essai sur le libre arbitre
  • Chaque jour est une surprise. De DBC Pierre / Evene.fr - Août 2006
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Traductions du mot « jour »

Langue Traduction
Anglais day
Espagnol día
Italien giorno
Allemand tag
Chinois
Arabe يوم
Portugais dia
Russe день
Japonais
Basque egun
Corse ghjornu
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Synonymes de « jour »

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Antonymes de « jour »

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