La langue française

Aube

Définitions du mot « aube »

Trésor de la Langue Française informatisé

AUBE1, subst. fém.

A.− Moment qui précède l'aurore, où la lumière du soleil levant commence à blanchir l'horizon; point(e) du jour.
1. Fréq. dans la lang. littér. :
1. Quelques prisonniers qu'on ramenait, des uhlans sombres, drapés de leurs grands manteaux, refusèrent de parler. Et le petit jour, une aube livide de matinée pluvieuse se leva, dans l'attente qui continuait énervée d'impatience. Zola, La Débâcle,1892, p. 108.
2. Déjà la vie ardente incline vers le soir, Respire ta jeunesse, Le temps est court qui va de la vigne au pressoir, De l'aube au jour qui baisse. A. de Noailles, Le Cœur innombrable,Le Temps de vivre, 1901, p. 185.
SYNT. a) Aube + adj. Aube blanche, bleue, grise, jaune, noire, rouge, rougeâtre, rougissante, verdâtre, vermeille, verte; aube argentée, blafarde, blême, claire, éblouissante, éclatante, flamboyante, incolore, lactée, laiteuse, livide, pâle, resplendissante; aube candide, cruelle, exaltante, languide, morose, plaintive, pure, romantique, sereine, sournoise; aube brutale, éternelle, fugitive, indécise, prochaine, tardive, vacillante; aube fraîche, frissonnante, froide, grelottante, tiède, torride. b) Aube + prép. + subst. Aube du jour, d'un lendemain; aube d'automne, d'avril, d'été, d'hiver; aube d'azur, de boue, de sang et de larmes. c) Aube + verbe. L'aube croît, émerge, s'éveille, fleurit, grandit, se lève, naît, paraît, pointe. − PARAD. Clarté, frange d'or, lumière, lueurs, rayon, reflet; l'argent de, l'azur, blancheur, le blême, blêmeurs, le bleu, demi-clarté, faux-jour, lividité, pâleurs; deuil, grisaille, gris de l'aube, éblouissement, éclat, gloire; annonce, approche, attente, chute, crépuscule, éclatement, éveil, jaillissements, montée, pointe; brouillard, froid (petit), gel, nuées, rosée, vapeurs; candeur, douceur, fraîcheur, inquiétude, paix et recueillement, tristesse.
Par personnification poét. :
3. L'été, lorsque le jour a fui (...) (...) Un vague demi-jour teint le dôme éternel; Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure, Semble toute la nuit errer au bas du ciel. Hugo, Les Rayons et les ombres,Nuits de juin, 1840, p. 1117.
4. De la montagne il sort des ruisselets en foule, Et partout c'est un bruit d'eau vive qui s'écoule De l'aube au front d'argent jusqu'au soir aux yeux d'or. Samain, Le Chariot d'or,Les Roses dans la coupe, 1900, p. 28.
SYNT. Se lever à l'aube, avant l'aube, rentrer à l'aube.
2. Cour. À l'aube, dès l'aube :
5. Combien de fois ai-je été frappé de cette idée que les premières messes, dites à l'aube ou au lever du soleil, qui prennent le cœur si suavement, sont dites surtout pour les domestiques! Les maîtres ne se lèvent pas si tôt. Bloy, Journal,1892, p. 52.
SYNT. Se lever à l'aube, avant l'aube, rentrer à l'aube.
3. P. ext. et p. iron. Début du jour, de l'activité quotidienne :
6. Il est neuf heures du matin − l'aube des gens qui se couchent tard. Colette, L'Envers du music-hall,1913, p. 21.
4. LITT., MUS. Un des thèmes de la chanson du troubadour ou du trouvère, où le poète dit le regret qu'inspire aux amants l'approche de l'aube qui les séparera; une chanson traitant ce thème :
7. Et Raimbaud qui de Phanette Rimas en Aubes et Dits : (...) Aimables provençaux par qui sut bien les sons, Mignardement sonnés, des jeux et des tensons... Moréas, Sylves,1896, p. 178.
B.− P. méton.
1. Clarté blanchâtre qui est celle de la pointe du jour :
8. ... aucune aurore ne colora le ciel que blanchit, au matin seulement, une aube grelottante et navrée. C'était une clarté si noyée que nous attendions encore l'aube, quand le soleil déjà levé transparut derrière un nuage. Gide, Le Voyage d'Urien,1893, p. 43.
9. L'aube pointa, un fil de clarté grise, au fond de l'orient, une demi-pâleur envahissante, sur cette immensité plate, venteuse et désolée. Cela rappelait un peu la montée de l'aube sur la mer. Van der Meersch, Invasion 14,1935, p. 80.
Rem. En ce sens, aube peut être suj. de verbes comme blanchir, briller, colorier, déteindre, dorer, éblouir, éclairer, luire, rougir et compl. de verbes comme refléter, regarder, scruter.
2. P. ext.
a) Lueur, rayonnement, rougeoiement, auréole :
10. La lune n'était point d'abord à l'horizon, mais son aube s'épanouit par degrés devant elle, de même que ces gloires argentées dont les peintres du xivesiècle entouraient la tête de la Vierge... Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 4, 1848, p. 122.
11. Au loin, il voyait, lui, la nuit qu'on passe, recroquevillé, palpitant d'attention et tout noir, au fond du trou d'écoute dont se silhouette, tout autour, la mâchoire déchiquetée, chaque fois qu'un coup de canon jette son aube dans le ciel. Barbusse, Le Feu,1916, p. 141.
12. Un côté de la tente resté ouvert donne sur les lignes et, par delà les bois noirs, on aperçoit parfois l'aube fugitive des fusées. Dorgelès, Les Croix de bois,1919, p. 189.
b) Poét. Clarté que perçoit l'œil :
13. ... et de nouveau l'enfant suivit des yeux l'étoile, dont l'éclat, pour la première fois, luisait dans l'aube trouble de sa vue. Zola, Fécondité,1899, p. 243.
C.− Emplois métaph. ou fig., littér.
1. Entre, au sens propre, dans de nombreuses comparaisons ou revêt une valeur symbolique.
a) P. compar. :
14. Chaque jour, pour eux seuls [les morts pour la patrie] se levant plus fidèle, La gloire, aube toujours nouvelle, Fait luire leur mémoire et redore leurs noms! Hugo, Les Chants du crépuscule,1835, p. 38.
15. L'espoir, c'est l'aube incertaine; Sur notre but sérieux C'est la dorure lointaine D'un rayon mystérieux. Hugo, Les Rayons et les ombres,1840, p. 1089.
16. Ilsée la plaignait, car elle paraissait triste et cruelle. Son sourire matinal était une aube blême encore teinte de l'horreur nocturne. Schwob, Le Livre de Monelle,1894, p. 75.
17. L'enfance est une aube. Cependant, cherchant à faire revivre l'image de la mienne, j'ai peine à ne pas l'imaginer semblable à un soir d'avril. Les rougeurs du couchant, qui incendient les nuages, en avril, ont des douceurs d'aurore... Estaunié, L'Empreinte,1896, p. 255.
b) Symbole de pureté, d'immatérialité, de promesse, de vie, d'espoir, etc. :
18. Tout ce qui commence a une vertu qui ne se retrouve jamais plus. Une force, une nouveauté, une fraîcheur comme l'aube. Une jeunesse, une ardeur. Un élan. Une naïveté. Une naissance qui ne se trouve jamais plus. Péguy, Le Porche du mystère de la 2evertu,1911, p. 188.
Plus rarement. Symbole des incertitudes de l'avenir, ou au contraire de sérénité :
19. Plus Rancé s'était avancé vers le terme, plus il était devenu serein; son âme répandait sa clarté sur son visage : l'aube s'échappait de la nuit. Chateaubriand, Vie de Rancé,1844, p. 274.
20. Vous scrutez l'aube et l'avenir Vous scrutez la brume au lointain Prêts à payer d'un prix sans mesure le simple égarement D'une patrouille de SS avec ses chiens Par les forêts les cimes les gorges Aragon, Le Roman inachevé,1956, p. 213.
2. Emplois fig.
a) [Correspond au sens A] Surtout dans aube de + subst.Début, commencement, naissance, etc.
Rare. [Le compl. déterminatif est un compl. de temps] :
21. L'enfant ne connaît guère que l'aube de la nuit, qui est le crépuscule. Jammes, Les Nuits qui me chantent,1928, p. 16.
Plus cour. [Le compl. déterminatif désigne un art, une sc., une pratique, une réalité importante] :
22. C'était comme une fenêtre brusquement ouverte dans la vieille cuisine au bitume, dans les jus recuits de la tradition, et le soleil entrait, et les murs riaient de cette matinée de printemps! La note claire de son tableau, ce bleuissement dont on se moquait, éclatait parmi les autres. N'était-ce pas l'aube attendue, un jour nouveau qui se levait pour l'art? Il aperçut un critique qui s'arrêtait sans rire, des peintres célèbres, surpris, la mine grave, le père Malgras, très sale, allant de tableau en tableau avec sa moue de fin dégustateur, tombant en arrêt devant le sien, immobile, absorbé. Zola, L'Œuvre,1886, p. 140.
23. − Elles me conteront le rustique mystère Des noces de la lune avec le beau berger, La jeunesse du temps à l'aube de la terre, L'ivresse du vin grec et de l'amour léger. A. de Noailles, Le Cœur innombrable,Les Nymphes, 1901, p. 116.
Avec une idée de faiblesse, de balbutiement, etc. :
24. ... une clarté un peu plus vive venait de jaillir dans ma tête, où l'aube des idées était encore si pâle. Et c'est sans doute à cet éveil intérieur que ce moment fugitif de ma vie doit ses dessous insondables... Loti, Le Roman d'un enfant,1890, p. 7.
25. Des signes nombreux attestent aujourd'hui la renaissance d'une philosophie vigoureuse (...). Ce n'est encore qu'une aube, à l'heure où j'écris. L. Daudet, Le Stupide XIXes.,1922, p. 163.
Avec une idée de promesse, d'annonce de ce qui va suivre :
26. Ce qu'il y avait dans sa nature de féminin, d'un peu alangui et blasé, le rendait [Élie] merveilleusement propre à jouir de ces demi-teintes qui sont l'aube de l'amour partagé... P. Bourget, 2eamour,1884, p. 186.
En partic. Début de la vie :
27. Ô temps! jours radieux! aube trop tôt ravie! Pourquoi Dieu met-il donc le meilleur de la vie Tout au commencement? Hugo, Les Voix intérieures,1837, p. 345.
28. Dès l'aube, je sais ma vocation; seul mon couchant connaîtra mon destin. Barrès, Les Amitiés françaises,1903, p. 188.
b) [Correspond au sens B] Clarté, illumination intérieure, lueur :
29. Et la vérité non seulement met en eux une aube d'espoir, mais aussi y bâtit un recommencement de force et de courage. Barbusse, Le Feu,1916, p. 378.
30. Elle regardait dans le vide : sur ce trottoir, au bord d'un fleuve de boue et de corps pressés, au moment de s'y jeter, de s'y débattre, ou de consentir à l'enlisement, elle percevait une lueur, une aube : elle imaginait un retour au pays secret et triste, − toute une vie de méditation, de perfectionnement, dans le silence d'Argelouse : l'aventure intérieure, la recherche de Dieu... Mauriac, Thérèse Desqueyroux,1927, p. 278.
Rem. On rencontre dans la docum. le néol. aubéen, enne, adj. 1837, (Barbey d'Aurevilly, 1erMemorandum, p. 106; suff. -éen*). Propre à l'aube. ,,(...) Dante, au milieu des rayons aubéens du Paradis et des brasiers de l'Enfer, a des côtés opaques, de majestueuses ténèbres, et Alfieri tord l'Italien dans les tenailles d'un système``.
PRONONC. ET ORTH. : [o:b]. Enq. : /ob, D/. Fér. Crit. t. 1 1787 écrit aûbe.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Ca 1100 albe « point du jour » (Roland, éd. J. Bédier, 737 : Tresvait la noit e apert la clere albe); ca 1170 aube « id. » (Chr. de Troyes, Chevalier lion, éd. .W Foerster, 5869 ds T.-L.); 2. 1575-1615 fig. (D'Aubigné, Tragiques ds Gdf. Compl. : Point ne luit aux enfers l'aube de l'esperance). Empr. au lat. vulg. alba « id. », fém. substantivé de l'adj. albus « blanc, clair », à partir d'expr. telles que alba lux (Lucain, De bello civili, 2, 720 ds TLL s.v., 1506, 44) ou alba dies (Silius Italicus, Punica, 15, 53, ibid., 45).
STAT. − Aubéen. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Burn. 1970. − Chass. 1970. − Darm. Vie 1932, p. 56. − Delc. t. 1 1926. − Dlf M. Â. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 279. − Guyot 1953. − Métrol. 1969. − Rog. 1965, p. 66. − Timm. 1892. − Uv.-Chapman 1956. − Will. 1831.

AUBE2, subst. fém.

A.− ANTIQ. Robe de lin blanche, d'un usage fréquent parmi les personnes de haut rang (d'apr. Gay t. 1 1887).
B.− LITURG. Tunique blanche en toile de lin, serrée à la taille par un cordon, munie de manches étroites, que l'officiant (prêtre, diacre ou sous-diacre) porte par-dessus la soutane pour célébrer la messe ou dans quelques autres cérémonies :
1. Jamais il n'avait senti si profondément le désir d'être prêtre et de célébrer à son tour le saint sacrifice. Ayant baisé et plié soigneusement l'aube et la chasuble, il s'inclina devant M. l'abbé Lantaigne avant de se retirer. A. France, L'Orme du mail,1897, p. 20.
2. Durtal fut tiré de ses réflexions par un flux et reflux de moines dans le chœur. L'on habillait le père Abbé. Le cérémoniaire, debout, devant l'autel, enlevait les vêtements qui y étaient posés, l'aube, le cordon, l'étole, la chape et les distribuait à des novices qui, à la queue-leu-leu, les présentaient, après s'être agenouillés devant le trône, aux habilleurs. Huysmans, L'Oblat,t. 1, 1903, p. 258.
SYNT. S'affubler de l'aube; passer, vêtir, revêtir, enlever l'aube; religieux, prêtre en aube.
Longue tunique blanche que revêtent les premiers communiants.
[Dans l'Église primitive] Vêtement blanc que revêtaient les nouveaux baptisés, en signe de purification :
3. − Viens, mon âme! (...)! viens revêtir les aubes du baptême. A. France, Thaïs,1890, p. 101.
ÉTYMOL. ET HIST. − Ca 1040 liturg. albe « vêtement ecclésiastique » (Alexis, éd. G. Paris et L. Pannier, 117, b ds T.-L. : Clerc revestut en albes et en chapes); 1174 aube « id. » (G. de Pont-Ste-Maxence, St Rhomas, éd. E. Walberg, 1614). Empr. au lat. chrét. alba « id. » (Grégoire de Tours, Historia Francorum, 4, 43 ds TLL s.v., 1509, 62), sens tiré de alba « robe blanche des Élus »; (Tertullien, Scorpiace, 12, ibid., 60) tiré p. ell. de alba vestis; Ovide, Amores, 3, 2, 41 ds TLL s.v., 1506, 12).
BBG. − Archéol. chrét. 1924. − Bach.-Dez. 1882. − Bouillet 1859. − Cost. 1899. − Gay t. 1 1967 [1887]. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 279. − Leloir 1961. − Lerch (E.). Der Einfluß des Christentums auf den französischen Wortschatz. Neuphilologische Monatsschrift. 1933, t. 4, pp. 65-80, 108-121. − Marcel 1938.

AUBE3, subst. fém.

TECHNOL. ,,Planches fixées à la circonférence de la roue d'un moulin à eau, et sur lesquelles vient s'exercer immédiatement l'impulsion du fluide qui les chasse l'une après l'autre, ce qui produit la rotation de cette roue`` (Chesn. 1857). Roues à aubes. Cf. aubage :
Comme un torrent gonflé qui pèse sur une aube, La grâce allait peser sur le monde romain. Et l'enfant endormi dans son jour et son aube, Comme un prêtre vêtu de l'étole et de l'aube, Allait appareiller pour quel nouveau chemin. La grâce allait peser sur l'appareil humain. Et l'enfant qui dormait aux prémisses de l'aube, Comme un prêtre vêtu de l'étole et de l'aube, Allait inaugurer quel appareil romain. Péguy, Ève,1913, p. 833.
Rem. 1. Dans l'ex. cité, les sens des mots aube1, aube2et aube3se trouvent empl. conjointement, par un rapprochement qui tient du jeu. 2. Lar. 19eenregistre un subst. masc. aube au sens de ,,peuplier blanc (populus alba), dans le midi de la France``.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Ca 1100 alve « chacune des deux planchettes qui relient les arçons d'une selle » (Roland, éd. Bédier, 3881 : Les alves turnent, les seles cheent a tere); apr. 1190 auve « id. » (Beroul, Tristan, éd. E. Muret, 3804 ds T.-L.) − 1611 (Cotgr., aube); 2. 1283 aube « planche fixée à la circonférence d'une roue de moulin à eau » (Ph. de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, XXXVIII, 16 ds Gdf. Compl. : Cil qui le tient a louage le moulin, doit livrer quevilles, fusiax, aubes et teles cozes menues). Prob. empr. au lat. pop. alapa « gifle » (dep. iers., Phèdre, Fabulae Aesopiae, 5, 3, 2 ds TLL s.v., 1479, 60-63) qui dut avoir primitivement le sens de « paume de la main », d'où le sens « palette » qu'on trouve dans les lang. romanes (Schuchardt ds Z. rom. Philol., t. 31, pp. 721-725; cf. à l'appui de cette évolution sém. le lat. médiév. ixes. alapa « couverture de livre » : Agnellus, Liber pontificalis ecclesiae Ravennatis, 27 ds Mittellat. W. s.v., 422, 4, 5). Alapa est d'orig. obsc. (Ern.-Meillet, Walde.-Hofm.). À l'hyp. d'un déverbal de alapare « lever la main » (REW3s.v. alapa, EWFS2) s'oppose le fait que, tandis qu'alapa est bien attesté, alapare l'est seulement dans les gloses tardives (Du Cange, t. 1, p. 158 c) et le déponent alapari l'est une seule fois dans Plaute, très rarement en b. lat. (TLL s.v.); alapari (alapare) est plus vraisemblablement dér. de alapa. L'hyp. d'une orig. étrusque (Schuchardt, loc. cit.) n'est ratifiée ni par Walde.-Hofm., ni par Ern.-Meillet. Bien qu'alapa n'explique pas la forme de l'esp. álabe, on ne peut voir à l'orig. des mots romans le lat. alipes « ailé », qui par une sorte de méton. aurait pris le sens d'« aile » (Cor. t. 1, s.v. álabe), car c'est un mot poétique très rare. Quant à l'étymon lat. adeps « graisse » auquel remonteraient les formes romanes par l'intermédiaire du lat. vulg. aleps, -ipis attesté dans l'Appendix Probi (H. Sperber ds Z. rom. Philol., t. 38, pp. 537-543), il présente des difficultés sém. insurmontables.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 2 634. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 260, b) 4 270; xxes. : a) 4 671, b) 5 028.
BBG. − Baist (G.). Aube. Rom. Forsch. 1900, t. 12, p. 652. − Bouillet 1859. − Chabat 1881. − Chesn. 1857. − Ernault (É.). Étymol. bret. Mém. de la Sté de ling. de Paris. 1898, t. 10, p. 325. − Gruss 1952. − Jossier 1881. − Le Clère 1960. − Meyer-Lübke (W.). Zur romanischen Sprachgeschichte. Z. rom. Philol. 1907, t. 31, pp. 582-586. − Poignon 1967. − Privat-Foc. 1870. − Rommel (A.). Die Entstehung des klassischen französischen Gartens im Spiegel der Sprache. Berlin, 1954, p. 168.

Wiktionnaire

Nom commun 1

aube \ob\ féminin

  1. Moment où la lumière du soleil levant commence à blanchir.
    • Au réveil, dans les premières blancheurs de l’aube apparaît un fleuve qui tourne sous ses fumées matinales […] — (Hippolyte Taine, Voyage en Italie, vol. 2, 1866)
    • Dès l’aube, tout Tarascon était sur pied, encombrant le chemin d’Avignon. — (Alphonse Daudet, Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon)
    • Souvent, la nuit, par les beaux clairs de lune, il se levait et restait à l’affût jusqu’à l’aube. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : Mon oncle)
    • Ils attendent l’aube stoïquement, devant un café-crème ou, favorisés par la chance, font parfois la rencontre d’un compatriote qui leur paie à souper. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • Enfin, l’aube, une aube splendide, mauve comme en plein été, nous fouetta. La détente fut délicieuse. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • Pas un détenu qui ne se retourne le soir sur sa paillasse à l’idée que l’aube peut être sinistre, qui ne s’endort sans souhaiter qu’il ne se passe rien. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Il est expédient de bifurquer à faux pour dérouter les pillards qui braconnent les tenderies dès l’aube, avant le propriétaire. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. (Figuré) Commencement, début.
    • L’éducation moyenne atteignait un niveau extraordinaire, et, à l’aube du XXe siècle, on trouvait relativement peu de gens, dans l’Europe occidentale, qui ne sussent lire et écrire. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 407 de l’éd. de 1921)
    • D’ailleurs, à quelques signes, on pourrait croire que l’aube de la sincérité commence à poindre. — (Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Entretiens sur l’architecture)
  3. (Littérature) Poésie lyrique du Moyen Âge (« alba ») ayant pour thème la séparation au point du jour de deux êtres qui s’aiment.

Nom commun 2

aube \ob\ féminin

  1. (Habillement) Vêtement religieux de toile blanche serré aux reins par un cordon.
    • Une file de religieux en aube, le père prieur en tête, sortit de la sacristie et se dirigea vers la porte de l’église. — (Joris-Karl Huysmans, L’Oblat)
    • Dans le tohu-bohu de la sacristie m’échoyai l’honneur d’aider le prêtre à se vêtir des ornements. Je présentais l’amict, l’aube, l’étole. Je veillais à la pose de la chasuble. — (Yanny Hureaux, Bille de chêne : Une enfance forestière, Jean-Claude Lattès, 1996)

Nom commun 3

aube \ob\ féminin

  1. Planche fixée à la circonférence d’une roue de moulin à eau ou d’un bateau à vapeur et sur laquelle s’exerce l’action du liquide.
    • Les aubes d’un moulin.
    • Roue à aubes.
    • Un bateau à aubes.
    • La courbe des aubes se raccorde tangentiellement avec la circonférence de la roue. — (Jean-Victor Poncelet, Mémoire sur les roues hydrauliques à aubes courbes, mues par-dessous, 1827)
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Littré (1872-1877)

AUBE (ô-b') s. f.
  • 1Premier blanchissement de l'horizon, au point du jour. L'aube du jour, l'aube matinale ou simplement l'aube. Et du temple déjà l'aube blanchit le faîte, Racine, Athal. I, 1.

    Terme de pêche. Sardines d'aube, sardines que l'on prend à la pêche du matin.

    L'aube des mouches, l'heure de midi.

  • 2 Terme de marine. Le temps qui s'écoule entre le souper de l'équipage et le moment où se prend le premier quart.

HISTORIQUE

XIe s. Par main [matin] en l'albe, si com li jurz esclaire, Ch. de Rol. LII.

XIIe s. En mer se mettent quand l'aube est esclarée, Ronc. p. 118. Peu ai-je eü, En la chambre [de ma dame], de joie ; Trop m'a neü [nui] L'aube qui me guerroie, Romancero, p. 68. Si cume la clarted de l'albe est bele et clere, quant li soleilz lieved par matin, Rois, 211.

XIIIe s. Devant l'aube aparant, ains qu'il fut ajourné, Berte, X. Renart conmence à apeler [le loup], Qu'ileuques ne volt plus ester, Que jà estoit l'aube crevée, Ren. 1175. Tu ies… Aube qui le jor nos amainne, Rutebeuf, II, 13. Aussi comme l'aube du jour aparoit, nous nous atirames [préparâmes] de touz poins, Joinville, 224.

XVe s. À l'aube du jour, Froissart, I, I, 150.

XVIe s. Dès l'aube du jour, Amyot, Comment refrén. la colère, 41. Au tiers jour, à l'aube des mouches, nous apparut une isle triangulaire, Rabelais, Pant. IV, 9.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

AUBE, s. f. vétement de lin ou de toile blanche qui descend jusqu’aux talons, & que le prêtre porte à l’autel par-dessus ses habits ordinaires & sous sa chasuble ; le diacre, soûdiacre & les induts, sont aussi en aube sous leurs dalmatiques.

Autrefois les ecclésiastiques portoient des aubes ou tuniques blanches au lieu de surplis. Voyez Surplis. On croit que dans la primitive Eglise, c’étoit leur vêtement ordinaire. Depuis on voit qu’il étoit ordonné aux clercs de la porter pendant le Service divin seulement. Concile de Narbon. can. 12.

Dans les statuts de Riculphe, évêque de Soissons, donnés en 889, il défend aux clercs de se servir dans les sacrés mysteres, de l’aube qu’ils portent ordinairement ; ce qui prouve que jusques-là les ecclésiastiques portoient toûjours une aube sur leur tunique pour marque de leur état ; c’est pourquoi il en falloit une particuliere pour l’autel, afin qu’elle fût plus propre. Fleury, Hist. eccles. tom. XI. (G)

Aube, en Marine, c’est l’intervalle du tems qui s’écoule depuis le souper de l’équipage jusqu’à ce qu’on prenne le premier quart. Voyez Quart. (Z)

Aube, s. f. (Hydraul.) les aubes sont par rapport aux moulins à eau, & aux roues que l’eau fait mouvoir, ce que sont les aîles des moulins à vent ; ce sont des planches fixées à la circonférence de la roue, & sur lesquelles s’exerce immédiatement l’impulsion du fluide, qui les chasse les unes après les autres, ce qui fait tourner la roue. Voyez Palette. (O)

* Si l’on considere que la vîtesse de l’eau n’est pas la même à différentes profondeurs, & plusieurs autres circonstances, on conjecturera que le nombre & la disposition les plus favorables des aubes sur une roue, ne sont pas faciles à déterminer. 1°. Le nombre des aubes n’est pas arbitraire : quand une aube est entierement plongée dans l’eau, & qu’elle a la position la plus avantageuse pour être bien frappée, qui est naturellement la perpendiculaire au fil de l’eau, il faut que l’aube qui la suit & qui vient prendre sa place, ne fasse alors qu’arriver à la surface de l’eau, & la toucher ; car pour peu qu’elle y plongeât, elle déroberoit à la premiere aube une quantité d’eau proportionnée, qui n’y feroit plus d’impression ; & quoique cette quantité d’eau fît impression sur la seconde aube, celle qui seroit perdue pour la premiere ne seroit pas remplacée par-là ; car l’impression sur la premiere eût été faite sous l’angle le plus favorable, & l’autre ne peut l’être que sous un angle qui le soit beaucoup moins. On doit donc faire en sorte qu’une aube étant entierement plongée dans l’eau, elle ne soit nullement couverte par la suivante ; & il est visible que cela demande qu’elles ayent entr’elles un certain intervalle ; & comme il sera le même pour les autres, il en déterminera le nombre total.

Les aubes attachées chacune par son milieu à un rayon d’une roue qui tourne, ont deux dimensions, l’une parallele, l’autre perpendiculaire à ce rayon ; c’est la parallele que j’appellerai leur hauteur ; si la hauteur est égale au rayon de la roue, une aube ne peut donc plonger entierement, que le centre de la roue, ou de l’arbre qui la porte, ne soit à la surface de l’eau ; & il est nécessaire qu’une aube étant plongée perpendiculairement au courant, la suivante, qui ne doit nullement la couvrir, soit entierement couchée sur la surface de l’eau, & par conséquent fasse avec la premiere un angle de 90 degrés ; ce qui emporte qu’il ne peut y avoir que quatre aubes : d’où l’on voit que le nombre des aubes sera d’autant plus grand que leur largeur sera moindre. Voici une petite table calculée par M. Pitot, du nombre & de la largeur des aubes.

Nombre des aubes, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20.

Largeur des aubes, le rayon étant de 1000, 1000, 691, 500, 377, 293, 234, 191, 159, 134, 114, 99, 86, 76, 67, 61, 54, 49.

2°. Il faut distinguer deux sortes d’aubes : celles qui sont sur les rayons de la roue, & dont par conséquent elles suivent la direction selon leur largeur ; celles qui sont sur des tangentes tirées à différens points de la circonférence de l’arbre qui porte la roue, ce qui ne change rien au nombre : les premieres s’appellent aubes en rayons ; les secondes, aubes en tangentes.

L’aube en rayon & l’aube en tangente entrent dans l’eau & en sortent en même tems, & elles y décrivent par leur extrémité un arc circulaire, dont le point de milieu est la plus grande profondeur de l’eau à laquelle l’aube s’enfonce. On peut prendre cette profondeur égale à la largeur des aubes. Si on conçoit que l’aube en rayon arrive à la surface de l’eau, & par conséquent y est aussi inclinée qu’elle puisse, l’aube en tangente qui y arrive aussi, y est nécessairement encore plus inclinée ; & de-là vient que quand l’aube en rayon est parvenue à être perpendiculaire à l’eau, l’aube en tangente y est encore inclinée, & par conséquent en reçoit à cet égard, & en a toûjours jusque-là moins reçû d’impression. Il est vrai que cette plus grande partie de l’aube en tangente a été plongée ; ce qui sembleroit pouvoir faire une compensation : mais on trouve au contraire que cette plus grande partie plongée reçoit d’autant moins d’impression de l’eau, qu’elle est plus grande par rapport à la partie plus petite de l’aube en rayon plongée aussi ; & cela à cause de la différence des angles d’incidence. Jusques-là l’avantage est pour l’aube en rayon.

Ensuite l’aube en tangente parvient à être perpendiculaire à l’eau : mais ce n’est qu’après l’aube en rayon ; le point du milieu de l’arc circulaire qu’elles décrivent est passé ; l’aube en rayon aura été entierement plongée, & l’aube en tangente ne le peut plus être qu’en partie ; ce qui lui donne du desavantage encore, dans ce cas même qui lui est le plus favorable. Ainsi l’aube en rayon est toûjours préférable à l’aube en tangente.

3°. On a pensé à donner aux aubes la disposition des ailes à moulin à vent, & l’on a dit : ce que l’air fait, l’eau peut le faire ; au lieu que dans la disposition ordinaire des aubes, elles sont attachées à un arbre perpendiculaire au fil de l’eau, ici elles le sont à un arbre parallele à ce fil. L’impression de l’eau sur les aubes disposées à l’ordinaire, est inégale d’un instant à l’autre : sa plus grande force est dans le moment où une aube étant perpendiculaire au courant, & entierement plongée, la suivante va entrer dans l’eau, & la précédente en sort. Le cas opposé est celui où deux aubes sont en même tems également plongées. Depuis l’instant du premier cas, jusqu’à l’instant du second, la force de l’impression diminue toûjours ; & il est clair que cela vient originairement de ce qu’une aube pendant tout son mouvement y est toûjours inégalement plongée. Mais cet inconvénient cesseroit à l’égard des aubes mises en ailes de moulin à vent ; celles-ci étant tout entieres dans l’air, les autres seroient toûjours entierement dans l’eau. Mais on voit que l’impression doit être ici décomposée en deux forces ; l’une parallele, & l’autre perpendiculaire au fil de l’eau ; & qu’il n’y a que la perpendiculaire qui serve à faire tourner. Cette force étant appliquée à une aube nouvelle, qu’on auroit faite égale en eût face à une autre posée selon l’ancienne maniere, il s’est trouvé que l’aube nouvelle qui reçoit une impression constante, en eût reçû une un peu moindre que n’auroit fait l’aube ancienne dans le même cas.

D’ailleurs, quand on dit que la plus grande vîtesse que puisse prendre une aube ou aile mûe par un fluide, est le tiers de la vîtesse de ce fluide, il faut entendre que cette vîtesse réduite au tiers est uniquement celle du centre d’impulsion, ou d’un point de la surface de l’aube où l’on conçoit que se réunit toute l’impression faite sur elle. Si le courant fait trois piés en une seconde, ce centre d’impulsion fera un pié en une seconde ; & comme il est nécessairement placé sur le rayon de la roue, il y aura un point de ce rayon qui aura cette vîtesse d’un pié en une seconde. Si ce point étoit l’extrémité du rayon qui seroit, par exemple, de dix piés, auquel cas il seroit au point d’une circonférence de soixante piés, il ne pourroit parcourir que soixante piés, ou la roue qui porte les aubes ne pourroit faire un tour qu’en soixante secondes, ou en une minute. Mais si ce même centre d’impression étoit posé sur son rayon à un pié de distance du centre de la roue & de l’arbre, il parcourroit une circonférence de six piés, ou feroit un tour en six secondes ; & par conséquent la circonférence de la roue feroit aussi son tour dans le même tems, & auroit une vîtesse dix fois plus grande que dans le premier cas : donc moins le centre d’impression est éloigné du centre de la roue, plus la roue tourne vîte. Quand une surface parallélogrammatique mûe par un fluide tourne autour d’un axe immobile auquel elle est suspendue, son centre d’impression est, à compter depuis l’axe, aux deux tiers de la ligne qui la divise en deux selon sa hauteur. Si la roue a dix piés de rayon, l’aube nouvelle qui est entierement plongée dans l’eau, & dont la largeur ou hauteur est égale au rayon, a donc son centre d’impression environ à six piés du centre de la roue. Il s’en faut beaucoup que la largeur ou hauteur des aubes anciennes ne soit égale au rayon, & par conséquent leur centre d’impression est toûjours plus éloigné du centre de la roue ; & cette roue ne peut tourner que plus lentement. Mais cet avantage est détruit par une compensation presqu’égale : dans le mouvement circulaire de l’aube, le point immobile ou point d’appui est le centre de la roue ; & plus le centre d’impression auquel toute la force est appliquée est éloigné de ce point d’appui, plus la force agit avantageusement, parce qu’elle agit par un long bras de levier. Ainsi quand une moindre distance du centre d’impression au centre de la roue fait tourner la roue plus vîte, & fait gagner du tems, elle fait perdre du côté de la force appliquée moins avantageusement, & cela en même raison : d’où il s’ensuit que la position du centre d’impression est indifférente. La proposition énoncée en général eût été fort étrange ; & on peut apprendre par beaucoup d’exemples à ne pas rejetter les paradoxes sur leur premiere apparence. Si l’on n’a pas songé à donner aux ailes de moulin à vent la disposition des aubes, comme on a songé à donner aux aubes la disposition des ailes de moulin, c’est que les ailes de moulin étant entierement plongées dans le fluide, son impression tendroit à renverser la machine, en agissant également sur toutes ses parties en même tems, & non à produire un mouvement circulaire dans quelques-unes. Voyez l’Histoire de l’Académ. & les Mém. ann. 1729. pag. 81. 253. 365. ann. 1725. p. 80. & suiv.

Au reste, le problème pour la solution duquel on vient de donner d’après M. Pitot quelques principes, demanderoit une physique très-exacte, & une très subtile géométrie, pour être résolu avec précision.

En premier lieu, l’effort du fluide contre chaque point de l’aîle dépend de deux choses ; de la force d’impulsion du fluide, & du bras de levier par lequel cette force agit : ces deux choses varient à chaque point de l’aîle. Le bras de levier est d’autant plus grand, que le point de l’aîle est plus éloigné du centre de rotation ; & à l’égard de la force d’impulsion, elle dépend de la vîtesse respective du fluide par rapport au point de l’aile ; or cette vîtesse respective est différente à chaque point : car en supposant même que la vîtesse absolue du fluide soit égale à tous les points de l’aîle, la vîtesse des points de l’aîle est plus grande ou plus petite, selon qu’ils sont plus loin ou plus près du centre de rotation. Il faut donc prendre l’impulsion du fluide sur chaque point de l’aîle (ce qui demande encore quelqu’attention pour ne point se tromper) & multiplier par cette impulsion le bras de levier, ensuite intégrer. Dans cette intégration même il y a des cas singuliers où l’on doit prendre des précautions que la Géométrie seule ne suffit pas pour indiquer. V. le traite des Fluides, Paris 1744, art. 367.

En second lieu, quand on a trouvé ainsi l’effort du fluide contre l’aube, il ne faut pas croire que la Physique ne doive altérer beaucoup ce calcul : 1°. les lois véritables de l’impulsion des fluides sont encore très-peu connues : 2°. quand une aîle est suivie d’une autre, le fluide qui est entre deux n’agit pas librement sur celle des deux qui précede, parce qu’il est arrêté par son impulsion même sur la suivante. Toutes ces circonstances dérangent tellement ce calcul, d’ailleurs très-épineux sans cela même, que je crois qu’il n’y a que l’expérience seule qui soit capable de résoudre exactement le probleme dont il s’agit.

Une des conditions que doit avoir une roue chargée d’aubes, c’est de tourner toujours uniformément ; & pour cela, il faut qu’elle soit telle que dans quelque situation que ce soit de la roue, l’effort du fluide contre toutes les aubes ou parties d’aubes actuellement enfoncées soit nul, c’est-à-dire, que la somme des efforts positifs pour accélérer la roue, soit égale à la somme des efforts négatifs pour la retarder. Ainsi le probleme qu’il faudroit d’abord résoudre, ce seroit de savoir quel nombre d’aubes il faut donner, pour que dans quelque situation que ce soit de la roue, l’effort du fluide soit nui. Il y ici deux inconnues, la vîtesse de la roue, & le nombre d’aubes ; & la condition de la nullité de l’effort devroit donner une équation entre la vîtesse de la roue & le nombre des aubes, quelle que fût la situation de la roue : c’est un problème qui paroît digne d’exercer les Géometres. On pourroit ensuite tracer une courbe, dont les abscisses exprimeroient le nombre des roues, & les ordonnées la vitesse ; & la plus grande ordonnée de cette courbe donneroit la solution du probleme. Je ne donne ici pour cela que des vûes fort générales, & assez vagues : mais quand la solution de ce probleme seroit possible mathématiquement, ce que je n’ai pas suffisamment examiné, je ne doute pas que les considérations physiques ne l’altérassent beaucoup, & peut-être même ne la rendissent tout-à-fait inutile. (O)

* Aube, (Géog.) riviere de France qui a sa source à l’extrémité méridionale du bois d’Auberive, traverse une partie de la Champagne, & se jette dans la Seine.

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Étymologie de « aube »

Provenç. et espagn. alba ; portug. alva ; ital. alba ; de albus, blanc (voy. ALBUM).

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(Nom 1) (1080) Du latin alba « de couleur blanche », l’aube étant le moment où le ciel blanchit. → voir albus
(Nom 2) (fin XIe siècle) Du latin alba, « tunique blanche ».
(Nom 3) (1283) « Planchette reliant les arçons de la selle ». Ancien français alve (1080), puis auve, issu du latin alăpa « soufflet, claque, gifle », primitivement « paume de la main ». La forme aube paraît être due à une confusion avec les précédents. À rapprocher du vieux catalan àlep, roumain aripă, calabrais álipa et ligurien d'Oneglia oarva « volet, battant »[1].
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Phonétique du mot « aube »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
aube ob

Évolution historique de l’usage du mot « aube »

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Citations contenant le mot « aube »

  • Pour celui qui a souffert toute la nuit, l’aube est toujours décevante. De Robert Mc Liam Wilson / La Douleur de Manfred
  • Une aube apparaît, elle est encore bien grise De Geneviève de Gaulle-Anthonioz / Le Secret de l'espérance
  • Mon beau navire ô ma mémoire Avons-nous assez navigué Dans une onde mauvaise à boire Avons-nous assez divagué De la belle aube au triste soir. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Alcools, la Chanson du Mal-Aimé , Gallimard
  • Chaque fois que l'aube paraît, le mystère est là tout entier. René Daumal, Poésie noire et poésie blanche, Gallimard
  • Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. […] Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe, Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. Victor Hugo, Les Contemplations, Demain à l'aube, IV, 14
  • Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. Arthur Rimbaud, Poésies, le Bateau ivre
  • Dès l'aube ce qui naît cherche son nom. Octavio Paz, Libertad bajo palabra, I, Condición de nube
  • Attention, écoutez : l'aube est une oeuvre. De Jorge Guillen / Cantique
  • Aucune récompense éternelle ne viendra nous pardonner d’avoir gâché l’aube. De Jim Morrison
  • Le crépuscule d'un homme voit se lever l'aube d'un autre. De Anonyme
  • Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. De Khalil Gibran
  • C’est avant l’aube partir à l’assaut de l’insomnie du monde. De André Velter
  • L'aube est comme un poids que les hommes portent aux paupières, suspendu. De Agnès Guitard / Le Moyne picoté
  • L'aube. Un isolement entre la nuit et le jour. De Dominique Blondeau / Les Visages de l'enfance
  • Enfants, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine De Victor Hugo / Les Feuilles d'automne
  • Un disciple suffit au maître. Une oreille suffit au mot juste. Une aube suffit au soleil pour illuminer le monde. De Anonyme
  • A l'aube d'un nouvel amour, que l'amour d'hier semble un mauvais rêve. De Paul-Jean Toulet / Les Trois Impostures
  • L'utopie est toujours une affaire d'aube, de lève-tôt ou de rêveurs éveillés. De Jacques Attali / Fraternités - Une nouvelle utopie
  • Toute aube est pour quelqu'un la peine capitale A vivre condamné que le sommeil trompa. De Louis Aragon / La Diane française
  • L'aube interrompt souvent les rêves les plus beaux qu'on fait à son sujet. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées

Images d'illustration du mot « aube »

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Traductions du mot « aube »

Langue Traduction
Anglais dawn
Espagnol alba
Italien alba
Allemand dämmerung
Chinois 黎明
Arabe فجر
Portugais alvorecer
Russe рассвет
Japonais 夜明け
Basque egunsentian
Corse alba
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Synonymes de « aube »

Source : synonymes de aube sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « aube »

Aube

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