La langue française

Forme

Définitions du mot « forme »

Trésor de la Langue Française informatisé

FORME, subst. fém.

[Voir tableau ci-contre]
I.− Ensemble de traits caractéristiques qui permettent à une réalité concrète ou abstraite d'être reconnue :
1. ... l'organisme vivant n'acquiert pas toujours du premier coup la forme particulière qui caractérise l'espèce. Dans bien des cas, le développement comporte de singuliers détours, et l'individu doit traverser, avant de parvenir à l'état adulte, une série de stades transitoires qui, pour ainsi dire, superposent plusieurs êtres dans la durée. J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 46.
A.−
1.
a) Qualité d'un objet, résultant de son organisation interne, de sa structure, concrétisée par les lignes et les surfaces qui le délimitent, susceptible d'être appréhendée par la vue et le toucher, et permettant de le distinguer des autres objets indépendamment de sa nature et de sa couleur. L'on entrevoyait la forme pure, fière et hardie de sa jambe emprisonnée dans un bas de coton rouge à coins gris et bleus (Dumas père, Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 25).Pour copier la nature (...) il faut apprendre à la voir!... Tous les corps ayant trois dimensions (...) ont une forme. Il en est toutefois qui, pour le regard, peuvent être considérés comme n'ayant aucune profondeur : ceux-là n'ont que des contours (Ch. Blanc, Gramm. arts dessin,1876, p. 533).Une baguette court le long des arêtes et souligne la forme générale du meuble (Viaux, Meuble Fr.,1962, p. 93).V. épouser ex. 3 :
2. La forme des objets n'en est pas le contour géométrique : elle a un certain rapport avec leur nature propre et parle à tous nos sens en même temps qu'à la vue. La forme d'un pli dans un tissu de lin ou de coton nous fait voir la souplesse ou la sécheresse de la fibre, la froideur ou la tiédeur du tissu. Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 265.
Forme + adj.
[L'adj. exprime une qualité] Les appuis de la chaire [de Saint-Marc de Venise] (...) supportent six colonnettes (...) que surmontent des chapiteaux d'une forme tout orientale : ils ont l'aspect de turbans (Lenoir, Archit. monast.,1852, p. 339).Au banc des ministres (...) était le leader Whig, Lord John Russell, tout petit dans sa redingote noire de forme surannée (Maurois, Disraëli,1927, p. 114).
SYNT. Forme carrée, circulaire, conique, cylindrique, quadrangulaire, rectangulaire, sphérique, triangulaire; forme concave, convexe; forme allongée, arrondie, élancée, évasée, globuleuse, lamellaire, lenticulaire, linéaire, oblongue; forme irrégulière, régulière; forme banale, bizarre, classique, compliquée, délicate, élégante, étrange; forme chinoise, égyptienne, française; forme byzantine, gothique, latine, romane; forme appropriée, déterminée, étudiée, quelconque, spéciale, voulue.
[L'adj. exprime une relation] Ces deux sels, que l'on peut obtenir en cristaux d'une grande beauté, ont la même forme cristalline, avec les mêmes faces et les mêmes angles (Pasteur, Annales de chim. et de phys., t. 24, 1848, p. 450).Les formes architecturales qu'affectèrent les édifices monastiques se ressentirent (...) du voisinage des monuments païens (Lenoir, Archit. monast.,1852p. 91).Cet amusement consiste à construire certaines figures, de forme géométrique, au moyen de petits morceaux de bois provenant tous de la décomposition d'un carré (D'Allemagne, Récr. et passe-temps,1904, p. 158).La forme humaine était divinisée dans le sens rigoureux de la beauté physique [dans l'art grec] (Faure, Espr. formes,1927, p. 255).
Spéc. Synon. de format :
3. Cette libération civile et politique (...) que je vous ai entendu souhaiter avec l'ardeur des vrais repentirs, la voici, dit le prêtre en tirant de sa ceinture un papier de forme administrative. Balzac, Splend. et mis.,1844, p. 43.
Forme + subst. en appos.Fauteuil de forme Directoire (Loti, Rom. enf.,1890, p. 37).
Forme en + subst. indiquant la nature de la forme.Nous pouvions, grâce à la forme en équerre de notre front, infliger à l'ennemi un sérieux échec par une offensive sur et au sud de la Somme (Foch, Mém.,t. 2, 1929, p. 47).Un melon crevé, posé très en avant, et une barbe en tous sens à laquelle un timide essai avait voulu donner une forme en pointe (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 250).
Verbe + forme.Conserver, garder, reprendre sa forme; changer de forme. Des traverses (...) sur lesquelles glissent des tasseaux (...) dont la face supérieure est taillée en biseau de façon à épouser la forme des carènes (Bourde, Trav. publ.,1929, p. 291).Ces paravents de bois souple qui peuvent prendre la forme qu'on veut (Cocteau, Enf. terr.,1929, 2epart, p. 131):
4. ... partout, c'est la fonction qui détermine la forme. Le château fort est une église retournée, nu au dehors pour la résistance, couvert de fresques, de tapis, meublé de bois sculpté, de fer forgé au dedans pour la joie de l'œil et le repos... Faure, Hist. art,1912, p. 283.
En forme
α) Loc. adj. (Objet) en forme. (Objet) auquel on a donné une forme déterminée pour un usage particulier. Madame Gide a fait confectionner de grandes housses en forme, dont on couvre les bibliothèques du palier, le matin, pendant l'heure du ménage... (Martin du G., Notes Gide,1951, p. 1385).
Spéc. Jupe, robe en forme. Jupe, robe qui suit la ligne du corps jusqu'aux hanches et va en s'évasant vers le bas. Jupes courtes, larges, onduleuses, aux larges plis creux, en forme ou froncées (L'Œuvre,17 févr. 1941).Subst. un en forme. Coupe dans le biais du tissu. Ampleur [des robes] donnée par des fronces, des en forme, accentuée encore parfois par un volant, un gros nœud à longs pas rattrapant un retroussis (L'Œuvre,16 avr. 1941).
β) Loc. adv. (Mouler, modeler qqc.) en forme. Dans la forme voulue. Création d'industries basées sur l'utilisation des bois moulés en forme (Industr. fr. bois,1955, p. 36).
Spéc., PALÉOGR. Lettre de forme. Lettre minuscule, soignée, utilisée pour la copie des textes sacrés :
5. Les premiers caractères métalliques de Gutenberg et de ses successeurs ont imité les écritures manuelles qui étaient employées à l'époque par les copistes pour transcrire les textes sacrés (lettre de forme, en France), ainsi que les actes royaux et les documents juridiques (lettre de somme, devenue cursive, puis bâtarde), écritures que les hommes de la Renaissance ont appelées gothiques pour montrer qu'ils les jugeaient barbares. Encyclop. univ.,t. 8, 1972, p. 768.
Loc. fig. N'avoir ni forme, ni couleur. Ne présenter aucun trait caractéristique, ne pas sortir de l'ordinaire :
6. L'Anglais de la rue ressemble maintenant au Français moyen, au Russe, à l'Espagnol. Il n'a plus ni forme ni couleur, il est devenu neutre, comme un insecte, infime parcelle de l'univers futur où n'habiteront plus que les légions d'insectes. Morand, Londres,1933, p. 114.
b) Spéc. [En parlant d'un être vivant]
α) [Gén. en parlant d'une femme] Forme du corps, silhouette. « Si vous la voyiez dormir! Elle a glissé de côté, la joue sur la main. » Ses doigts modelaient dans l'air la forme gracieuse de l'enfant assoupie (Martin du G., Thib.,Cah. gr., 1922, p. 657).Ma cousine Éva, de Bayonne, Basquaise pure, comptait dix-neuf ans. D'une forme joliment ronde, la joue rose (...). Elle possédait ce caractère épanoui qu'ont les petites filles sans dot (Jammes, Robinsons,1925, p. 173).
Poét. Je m'élançai vers lui [l'Esprit] (...) Ô terre! ô colère! c'était mon visage, c'était toute ma forme idéalisée et grandie (Nerval, Aurélia,1855, p. 287).Vénus! j'adore en toi l'immuable beauté Qui s'incarne à jamais en ta forme complète (Régnier, Prem. poèmes,Lendemains, 1885, p. 30).Daphné, ton âme est pure et ta forme est divine (France, Poésies,Noces, 1876, p. 219).
Loc. Bien en forme (vieilli). Bien en chair. Je fus invité (...) à la noce de mon cousin (...). On m'avait accouplé, pour la circonstance, avec une demoiselle Dumoulin (...) jeune personne blonde (...) bien en forme, hardie et verbeuse (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Ma femme, 1882, p. 668).
Au plur. Contours, ligne générale du corps. J'aperçus deux magnifiques juments arabes de première race, et d'une rare perfection de formes (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 232).Pradier avait un talent moins robuste [que David d'Angers] et s'occupa surtout de rechercher la grâce dans les formes féminines (Ménard, Hist. B.-A.,1882, p. 379).Cette grande fille aux doux yeux noirs, au rire calme, aux formes cambrées où il fallait (Aymé, Jument,1933, p. 81).
P. méton. Les rondeurs féminines. Tandis qu'il s'appliquait à se gratter la couenne (...) Léonie se comprimait les formes dans une armature ad hoc, non qu'elle fut obèse déjà, mais enfin ça venait, ça venait (Queneau, Pierrot,1942, p. 32).L'Elmire elle-même du Rideau de Paris (...) manquait un peu de formes. Il faut dans ce rôle une femme avec de vrais appas (Léautaud, Théâtre M. Boissard,t. 2, 1943, p. 331):
7. ... la vieille Madame de Morlaine (...) poussait en cris perçants ses mots d'esprit, vive, éperdue, agitant ses formes monstrueuses comme une nageuse entourée de vessies... France, Lys rouge,1894, p. 12.
SYNT. Formes athlétiques, charnues, décharnées, délicates, déliées, fines, frêles, graciles, grassouillettes, massives, pleines, rondes, trapues; formes attrayantes, charmantes, gracieuses, idéales, parfaites, superbes, voluptueuses; beauté, élégance, maturité, pureté des formes; montrer, faire voir ses formes.
β) Au fig. [Au sing.] Condition physique ou intellectuelle. Forme magnifique, parfaite; baisse de forme; être au mieux de sa forme, dans la plénitude de sa forme; tenir la grande forme. Lui, Raymond Pasquier, se trouvait dans une forme excellente et (...) pour la souplesse des tissus et l'agilité des neurones, il s'estimait comparable à un homme de quarante ans (Duhamel, Cécile,1938, p. 45):
8. « Pauvre Henri! murmura-t-elle. − Pauvre? Pourquoi? − Il traverse une crise difficile; et j'ai peur qu'avant d'en sortir il n'ait beaucoup à souffrir. − Quelle crise? Il a l'air en pleine forme et ses derniers articles sont parmi les meilleurs qu'il ait jamais écrits... » Beauvoir, Mandarins,1954, p. 176.
Avec valeur méliorative. Forme = bonne forme. Être en forme, hors de forme; se mettre, se tenir en forme; avoir, garder la forme. Savez-vous que vous êtes ravissante? Vous êtes dans une forme! (Bernstein, Secret,1913, II, 6, p. 20).Il [le Prince] se trouvait à court de forme, il s'essoufflait vite (Arnoux, Gentilsh. ceinture,1928, p. 196).Tu vas être fatigué si tu ne dors pas. Tu ne seras pas en forme pour plancher (Abellio, Pacifiques,1946, p. 180).Mais ce soir, non plus, je ne me sens pas en forme. J'ai même du mal à tourner mes phrases. Je parle moins bien, il me semble, et mon discours est moins sûr (Camus, Chute,1956, p. 1495).
2. P. anal.
a) [En parlant d'une œuvre littér. ou mus., ou de l'un de leurs éléments] Structure, plan, agencement.
α) LITT. La forme d'un vers. Spinoza a donné à son livre une forme symétrique (...) et (...) pour qui embrasse l'ensemble, il y a dans cette ordonnance extérieure, dans ce rythme une incontestable beauté (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 75).Il prépare un drame moderne, de forme antique et observant les « trois unités »... (Gide, Journal,1895, p. 62):
9. ... il [Copeau] traitait d'« aberration » l'emploi, pour le roman, de la forme dialoguée. Il n'aimait que les œuvres compactes (...) « (...) où l'on s'enfonce comme au cœur d'une forêt dans une prose dense et serrée, sans alinéas... » Martin du G., Souv. autobiogr. et littér.,1955, p. LXXI.
Poèmes à forme fixe. Poème dont la composition obéit à des règles rigoureuses :
10. La seconde « idée » de M. de Banville, ç'a été de ressusciter les anciens petits poèmes à forme fixe, le triolet, le rondeau (déjà repris par Musset), le rondel, la ballade, le dizain marotique, même la double ballade, la villanelle, le virelai et le chant royal. Lemaitre, Contemp.,1885, p. 16.
β) MUS. La forme d'une période, d'une phrase musicale; la forme musicale d'une partition. Il hésite sur la forme qu'il donnera au début du premier mouvement (Prod'homme, Symph. Beethoven,1921, p. 390).L'Introït, avec son psaume et son Da capo, (...) rappelle la forme ternaire du menuet (Potiron, Mus. église,1945, p. 55).
Spéc. Forme fugue, forme lied, forme sonate. Son finale [du quatuor NoV, op. 18 de Beethoven] est établi dans la « forme sonate » habituelle aux premiers allegros (Marliave, Quat. Beethoven,1925, p. 41).V. exposition ex. 9 :
11. Beethoven a utilisé, avec génie, la forme fugue, pour exprimer, par le retour, l'une après l'autre, des parties, les forces qui remontent, le sang qui rentre. Rolland, Beethoven,t. 2, 1937, p. 460.
b) CHIM., vieilli. Forme moléculaire. Manière dont sont agencés les atomes dans une molécule; structure d'une molécule :
12. Si on considère la composition d'un corps organique, ce n'est ni l'oxygène, ni l'hydrogène, ni l'azote, ni la proportion même de ces éléments, mais leur arrangement, c'est-à-dire la forme moléculaire. C. Bernard, Notes,1860, p. 84.
3. Au fig. Modalité, manière, état dans lequel se manifeste une réalité concrète ou abstraite :
13. La beauté que cherche le mystique est plus riche encore et plus indéfinissable que celle de l'artiste. Elle ne revêt aucune forme. Elle n'est exprimable dans aucun langage. Elle se cache dans les choses du monde visible. Carrel, L'Homme,1935, p. 159.
a) [En parlant d'une réalité concr.] La forme larvaire d'un insecte. Il [le glucose] est (...) la forme circulante des hydrates de carbone dans la plante (Plantefol, Bot. et biol. végét.,t. 1, 1931, p. 372).La harpe moderne est une forme évoluée de l'ancienne harpe égyptienne (Lowie, Anthropol. cult.,1936, p. 228).V. animalité ex. 1 :
14. Le milord arrêta dans la partie de la rue comprise entre la rue de Bellechasse et la rue de Bourgogne, à la porte d'une grande maison nouvellement bâtie sur une portion de la cour d'un vieil hôtel à jardin. On avait respecté l'hôtel, qui demeurait dans sa forme primitive au fond de la cour diminuée de moitié. Balzac, Cous. Bette,1847, p. 2.
Sous (la, une) forme + adj.Certaines substances protéiques ont été obtenues sous la forme cristalline (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 20).V. colloïdal, ale, aux, ex. de Goldschmidt, Avent. atom., 1962, p. 232 :
15. Une corde de bois, qui pèse près de deux milliers, ne donne qu'un boisseau de cendre qui ne pèse pas vingt livres. Tout ce qui s'en est évaporé n'était presque que de l'air et de l'eau qui y étaient combinés sous une forme solide. Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 165.
Sous forme de + subst.Le tout est complété par une médication spéciale, administrée sous forme de pilules et de vin fortifiant (Duhamel, Combat ombres,1939, p. 40).Le carbone, sous forme de graphite très pur, peut servir de modérateur pour permettre la réalisation d'une réaction en chaîne dans l'uranium naturel (Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 33).
b) [En parlant d'une réalité abstr.] J'ai pu constater à nouveau à quel point la vie de l'action sous quelque forme qu'elle se présente me fait horreur (Du Bos, Journal,1922, p. 55).Cette forme définitive et « orthodoxe » de la synagogue que représente le pharisianisme (L'Univers écon. et soc.,1960, p. 6406):
16. C'est vous qui êtes la souveraine; vous viendrez à moi si vous voulez. J'aime et j'attends. Vous êtes la forme vivante de la bénédiction. Hugo, Travaill. mer,1866, p. 413.
Forme + adj.La condition générale du signe (...) est de noter sous une forme arrêtée un aspect fixe de la réalité (Bergson, Évol. créatr.,1907, p. 328).Il [le documentaliste] saura présenter les renseignements sous une forme précise et concise, dans le cadre de la classification adoptée et qu'il « possède » à fond (Bernaténé, Comment concevoir docum.,1964, p. 16):
17. ... il n'est peut-être pas un seul trait des êtres vivants qui leur appartienne absolument en propre, et que l'on ne puisse retrouver sous une forme atténuée, rudimentaire, dans le monde inorganique. J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 12.
SYNT. Forme abstraite, achevée, acquise, actuelle, concrète, dégénérée, discutable, dramatique, élémentaire, étriquée, moderne, particulière, rationnelle, rudimentaire, scientifique, simplifiée, symbolique, systématique, tangible, théorique, variable; forme collective, individuelle; forme cosmique, psychique, psychologique, sociale.
En partic.
α) [En parlant d'un régime pol.] La maladie, la mort, la pauvreté, les peines de l'âme, sont éternelles et tourmenteront l'humanité sous tous les régimes; la forme, démocratique ou monarchique, n'y fait rien (Delacroix, Journal,1847, p. 189).La revision [de la Constitution] de 1884 (...) décida qu'aucune proposition tendant à modifier la forme républicaine de gouvernement ne pouvait être déposée (Lidderdale, Parlement fr.,1954, p. 35):
18. ... je serais parti de là pour opérer, du Midi au Nord, sous les couleurs républicaines (j'étais alors Premier Consul), la régénération européenne, que plus tard j'ai été sur le point d'opérer du Nord au Midi, sous les formes monarchiques. Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 393.
β) LING. Aspect sous lequel se présente un mot ou un énoncé. Forme canonique d'un mot. La ressemblance d'un nombre considérable de mots, l'analogie plus frappante encore des formes grammaticales, attestent que l'ancien idiôme du Latium se lie au sanscrit (Michelet, Hist. romaine,t. 1, 1831, p. 26).La langue exprime ce double et indivisible rapport à soi et à l'objet d'une visée par des verbes transitifs de forme pronominale (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 57):
19. Je ne me servais guère de la voiture et ne conduisais jamais le cheval. Pourtant, je disais « le nôtre », parce que, depuis l'enfance, mère ne nous apprenait guère les pronoms et les adjectifs que dans cette forme plurielle. Duhamel, Terre promise,1934, p. 133.
P. méton. ,,Unité linguistique (morphème ou construction) identifiée par ses traits formels`` (Ling. 1972).
γ) MÉD. Forme clinique d'une maladie ou, absol., forme. Aspect, modalité définie par un ensemble de signes cliniques. Forme aiguë, atténuée, bénigne, fruste, grave. Depuis la veille, il y avait dans la ville deux cas d'une nouvelle forme de l'épidémie (Camus, Peste,1947, p. 1318).
Forme + subst.Une forme d'action, d'activité, d'art, de civilisation, de conscience, de création, de croyance, d'égoïsme, d'énergie, d'esprit, d'existence, d'expression, de grandeur, de jugement, de justice, de société, de travail, de vie. Cette forme d'intelligence si rare, qui consiste moins à comprendre qu'à pénétrer les choses par un mouvement de sympathie (Tharaud, Fête arabe,1912, p. 42).
Verbe + forme.La souffrance changeait de forme : elle diminuait d'acuité, mais augmentait de volume (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 505).La jalousie avait pris une forme lente et sournoise. Comme la faim. Elle était là sans y être. Elle ne faisait pas très mal. Elle détruisait (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 464).
Loc. Sans autre forme de procès (de procédure, etc.). Sans qu'il soit nécessaire d'intervenir davantage, sans plus de manières. Sans aucune autre forme de procédure, le tribunal prononcera (Code civil,1804, art. 356, p. 66).L'abbé tassait le tabac de son pouce, lorsque la cloche du portillon, au fond du jardin retentit et bientôt sans autre forme de protocole (...) le docteur Coutel entra (Arnoux, Crimes innoc.,1952, p. 272):
20. Je déteste l'artisterie Qui se moque de la Patrie Et du grand vieux nom de Français, Et j'abomine l'Anarchie Voulant (...) Tous peuples frères (...) Sans autre forme de procès. Verlaine, Œuvres compl.,t. 3, Invect., 1896, p. 302.
c) Spéc., MATH.
α) ALG. CLASS. Forme n-aire de degré r = polynôme homogène de degré r par rapport à n variables (d'apr. Encyclop. univ., t. 13, 1968, p. 850). Forme binaire*, ternaire, quaternaire.
β) ALG. MOD. ,,Une forme est une application d'un espace vectoriel E dans le corps K de ses scalaires (c'est généralement R ou C). On confond généralement la forme, qui est donc un cas particulier d'opérateur ou de fonction, avec la valeur numérique qu'elle prend quand on l'applique à un vecteur donné`` (War. 1966). Forme linéaire. Elles [les formes différentielles extérieures] sont aux formes multilinéaires alternées ce que les tenseurs covariants sont aux formes multilinéaires quelconques (Bourbaki, Hist. math.1960, p. 89).La notion de forme bilinéaire symétrique associée à une forme quadratique est le cas le plus élémentaire du processus de « polarisation », un des outils fondamentaux de la théorie des invariants (Bourbaki, Hist. math.1960p. 143).
d) P. ext.
α) Manière d'exprimer quelque chose, formulation, tournure. (Vieilli) formes brèves, concises, tranchantes; formes proverbiales. Comme il n'a osé dire qu'une très petite partie de la vérité, et encore en employant des formes dubitatives et obscures, il est resté fort ennuyeux (Stendhal, Abbesse Castro,1839, p. 144).L'affectation illusoire des formes spéciales et du protocole habituel du langage scientifique (Comte, Philos. posit.,t. 4, 1839-42, p. 213).On n'insistera jamais assez sur ce qu'il y a d'artificiel dans la forme mathématique d'une loi physique (Bergson, Évol. créatr.,1907, p. 219):
21. ... les poëtes et les moralistes à formes éloquentes ont agi en moi plus que les métaphysiciens et les philosophes profonds pour y conserver la foi religieuse. Sand, Hist. vie,t. 3, 1855, p. 310.
β) Vieilli. Manière de procéder. Palma-Cayet s'écrie : « (...) Les vrais Français ont toujours eu en mépris cette forme d'élire les rois qui les rend maîtres et valets tout ensemble » (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 632).
Par forme de + subst. (vieilli).En utilisant le procédé de. Nous montâmes en voiture à sept heures du matin avec M. de N, en indiquant au cocher, par forme de périphrase, le village de Gentilly pour terme de notre voyage (Jouy, Hermite,t. 3, 1813, p. 295).[R.], lié avec tous les escrocs de la Capitale, me donna par forme de conversation, les renseignements les plus complets (Vidocq, Mém.,t. 2, 1828-29, p. 283):
22. ... ils [les géomètres] concluent du général au particulier (...) lorsqu'ils traitent tout d'abord le cas général, pour en déduire le cas singulier, par forme de corollaire... Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 379.
B.− P. ext. Apparence, aspect, traits caractéristiques de quelque chose. Le clocher d'ardoise de Braine-l'Alleud qui a la forme d'un vase renversé (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 365):
23. Le Gouvernement (...) rédigerait les statuts. Cette rédaction, délibérée et votée par la représentation nationale, aurait forme et puissance de loi. L. Blanc, Organ. trav.,1845, p. 86.
En partic. Forme humaine. Ils voyaient les morts sortir du tombeau sous forme humaine, et la terre renaissait pour devenir le paradis (P. Leroux, Humanité,t. 1, 1840, p. 300):
24. « ... mon cœur se soulève contre tout ce qui a forme [it. ds le texte] humaine quand je pense au mépris et à l'hostilité que moi, votre bienfaiteur et ardent ami, ai reçu de vous et de tout le genre humain. » Maurois, Ariel,1923, p. 195.
Au fig. Ensemble des attributs spirituels de l'être humain. Il s'agit donc, comme Platon voulait, d'être premièrement juste à l'égard de soi-même, et de respecter en soi la forme humaine (Alain, Propos,1914, p. 177).
Verbe + la/sa forme de.Affecter, avoir, garder, revêtir la forme de. Nous exprimons la durée en étendue, et la succession prend pour nous la forme d'une ligne continue ou d'une chaîne, dont les parties se touchent sans se pénétrer (Bergson, Essai donn. imm.,1889, p. 85).Le chaton [des bagues égyptiennes], alors, affectait souvent vers l'extérieur la forme d'un scarabée, animal considéré par les Égyptiens comme porte-bonheur (L'Hist. et ses méth.,1961, p. 396):
25. Mosché étendit la main, et le serpent d'Aharon se précipita vers les vingt-quatre reptiles. La lutte ne fut pas longue; il eut bientôt englouti les affreuses bêtes, créations réelles ou apparentes de sages d'Égypte; puis il reprit sa forme de bâton. Gautier, Rom. momie,1858, p. 325.
En forme de + subst.
Loc. à valeur adj. Dont l'aspect, la structure rappelle celui (celle) de (quelque chose).
[En parlant d'une réalité concr.] Une harpe en forme de lyre (Staël, Corinne,t. 3, 1807, p. 414).La girouette en forme d'oiseau qui surmonte le toit (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 167):
26. ... toujours le même avec ses sourcils en accent circonflexe, sa moustache dégoulinante, ses hanches, sa silhouette en forme d' œuf, sa drôlerie touchante et ingénue, comme le Charlie Chaplin du Cirque. Blanche, Modèles,1928, p. 244.
[En parlant des manifestations de l'activité intellectuelle ou artistique] Ce mémoire, en forme d'argumentation, était raide et peu adroit (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 4, 1859, p. 79).Un prélude en forme de récitatif (Prod'homme, Symph. Beethoven,1921, p. 398).
Loc. à valeur adv., vieilli
Sous la forme de. Commencé à rédiger quelques notes qui seront fondues dans le texte ou qui resteront en notes après que j'aurai rassemblé en forme de notes tous mes matériaux, de manière à juger de l'ensemble de mon ouvrage (Constant, Journaux,1805, p. 224).Pour le lecteur inquiet, pour le bourgeois timoré (...) nous répéterons en forme d'axiome : « La bohême, c'est le stage de la vie artistique; c'est la préface de l'Académie, de l'Hôtel-Dieu ou de la morgue » (Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 6).
En guise de. Le philosophe continue sans l'écouter, lui jetant en forme de péroraison : « Voyons, vous devriez faire quelque chose sur ici » (Goncourt, Journal,1880, p. 62):
27. L'homme qui lui touchait le bras gauche, lui voyant l'air tout effaré, lui dit en forme d'excuse : − Mais j'ai appelé Monsieur trois fois, sans qu'il répondît; Monsieur a-t-il quelque chose à déclarer à la douane? Stendhal, Chartreuse,1839, p. 185.
Sous (la) forme de + subst.Avec l'aspect, la structure de (quelque chose).
[Appliqué à une réalité concr.] Les pins étaient entremêlés de lièges, arbres que je m'étais toujours représentés sous la forme de bouchons (Gautier, Tra los montes,1843, p. 14).Les bénitiers placés à l'entrée de l'édifice [Saint Pierre de Rome] sont deux coquilles de marbre jaune antique (...) supportées par des anges sous forme d'enfants ailés (Ménard, Hist. B.-A.,1882, p. 155).
[Appliqué à une réalité abstr.] Il voulait que leurs sentiments fussent tout de suite établis sous la forme durable et paisible d'une intimité ancienne (Chardonne, Épithal.,1921, p. 175).L'esprit de Dieu descendit sur les eaux sous la forme d'une colombe (Claudel, Chr. Colomb,1929, 1repart., p. 1142).Les pensées qui me viennent se glissent dans l'œuvre, soit en s'incorporant à ce que j'écris, soit sous forme de note à utiliser dans les chapitres futurs (Martin du G., Souv. autobiogr. et littér.,1948, p. cxxx).
C.− Spécialement
1.
a) [La (les) forme(s) envisagée(s) sur le plan esthétique et indépendamment de l'objet qui en est le support] Beauté, harmonie, ordonnance des formes; rapport des formes; choix des formes; langage des formes, univers des formes. Les connaisseurs remarquent (...) que l'artiste [Michel-Ange] possède un certain nombre de formes et s'en sert de parti pris (Taine, Philos. art,t. 1, 1865, p. 17).La sensibilité formelle est la faculté de percevoir la signification émotionnelle des formes prises en elles-mêmes (Barlet, Lejay, Art de demain,1897, p. 25).L'immense sollicitation des formes, des mouvements, des couleurs, éveille en l'homme primitif une curiosité anxieuse (Faure, Espr. formes,1927, p. 243).Des lignes d'une grande noblesse et d'une plastique élégante, inspirée par la beauté des formes classiques (Stravinsky, Chron. vie,1931, p. 120):
28. Nous pensons des formes, elles deviennent vivantes sur le papier ou sur la toile sans avoir aucun rapport avec les formes de la vie. Être sensible à la vérité de ces formes, c'est comprendre l'art. Comprendre la vie est une toute autre affaire. Cocteau, Crit. indir.,1932, p. 120.
b) Au sing.
α) B.-A. La forme plastique, ou absol. et gén. la forme. Châtier, schématiser, styliser la forme. Chacun des anciens maîtres a son royaume, son apanage (...) Raphaël a la forme, Rubens (...) la couleur (...), Michel-Ange l'imagination du dessin (Baudel., Curios. esthét.,1867, p. 81).La peinture s'oppose à la sculpture (...) traduisant la forme uniquement par le contour sur un plan, la couleur, le clair et l'obscur (Alain, Beaux-arts,1920, p. 241):
29. L'Orient rougit longtemps avant que la couleur et la forme fussent éveillées dans le paysage. Enfin la forme sortit la première du chaos. Les contours des plans avancés se détachèrent, puis tous les autres successivement jusqu'aux plus lointains... Sand, Lélia,1839, p. 497.
En partic.
[La forme en tant que symbole de l'ordre, de la beauté] De plus en plus, je me sens attiré par la forme, par l'architecture, par la réflexion, par tout ce que me donne Bach (Green, Journal,1950-54, p. 130).
[La forme p. oppos. :]
[à d'autres éléments de l'art] Les peintres de la lumière avivent le reflet qu'éteignaient les peintres de la forme pure (Hourticq, Hist. Art, Fr.,1914, p. 429).
[à la valeur expressive de l'œuvre] Les peuples latins ont un goût très vif (...) pour la régularité logique, la symétrie extérieure, la belle ordonnance, bref, pour la forme (Taine, Philos. art,t. 1, 1865, p. 240):
30. ... cette opposition entre l'art qui met l'accent sur la force émotive et celui qui le place sur la forme plastique. Opposition, en effet, car la force émotive s'obtient souvent par une vigueur de moyens qui ne peut que perturber la quiétude hédoniste où s'accomplit la réussite formelle... Huygue, Dialog. avec visible,1955, p. 393.
β) P. anal., LITT., MUS. Aspect esthétique, style d'une œuvre. C'est un genre [le roman stendhalien] qui ne compte qu'avec les actes et les idées, qui dédaigne le décor, qui se moque de l'harmonie et des équilibres de la forme (Valéry, Variété II,1929, p. 125).Qui ne prise en Debussy que la forme n'est pas beaucoup plus digne de goûter ce qu'enveloppe cette apparence enchanteresse (Suarès, Debussy,1936, p. 9).C'est (...) incarné dans César, Cicéron, Catulle, Lucrèce, Virgile, Horace, le parfait équilibre entre le souci de la forme et l'intérêt du fond (Benda, Fr. byz.,1945, p. 165):
31. Un des préceptes que Leconte de Lisle aimait le plus à formuler (...) c'est qu'il n'y a pas à distinguer le fond de la forme et que bien écrire n'est pas une chose distincte de bien penser. Barrès, Cahiers,t. 1, 1897-98, p. 166.
P. méton. La forme d'un auteur. Son style. Mozart est supérieur à tous par sa forme achevée (Delacroix, Journal,1853, p. 25).Docile, Maupassant piochait sa forme, suivant le rite de l'Éducation sentimentale, essayant lui aussi sa phrase au « gueuloir », l'infortuné, balançait le verbe et l'épithète (L. Daudet, Idées esthét.,1939, p. 184):
32. Il « pense » Nuit et jour (...) (...) il s'en va ruminant Quelque chose de beau, de vaste, d'étonnant (...) Mais pressé de produire, il cherche encore sa forme (...). Veuillot, Odeurs de Paris,1866, p. 476.
2. [La forme p. oppos. à la matière] :
33. J'étais la beauté! J'étais la forme! Je tressaillais sur le monde engourdi, et la matière, se séchant à mon regard, s'affermissait de soi-même en contours précis. L'artiste plein d'angoisse m'invoquait dans son travail, le jeune homme dans son désir, et les femmes dans le rêve de leur maternité. Flaub., Tentation,1856, p. 640.
Loc. Donner, prendre forme; mettre en forme.
a)
α) [En parlant d'une réalité concr.] Il faut un architecte pour la choisir [la pierre], l'extraire, lui donner forme, la faire entrer dans une construction, lui conférer son rôle et son sens (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 247).La feuille de métal, peu à peu creusée par le marteau, prend forme comme la pâte blanche sur le tour du potier; c'est la phase de l'emboutissage (Grandjean, Orfèvr. XIXes.,1962, p. 39).
β) [En parlant d'une manifestation de l'activité intellectuelle ou artistique] Une œuvre qui prend forme. L'un [un essai], dont j'ai déjà les matériaux, mais que je ne comptais pas mettre en forme avant quelque temps (Romains, Hommes bonne vol.,1939, p. 94).
γ) [En parlant d'une réalité abstr.] Dans le déséquilibre de son cœur, une pensée prenait forme, se chargeait lentement de ces interrogations et suspicions qui foisonnent autour d'un amour (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 83).Les actes spontanés par lesquels l'homme a mis en forme sa vie (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 400).
b) Spéc. [La forme en tant que symbole de l'existence véritable, de la signification] Admirable dialogue de l'homme de génie et de la foule! La foule lui prête la grande matière; l'homme de génie l'exprime, et en lui donnant la forme la fait être (Renan, Avenir sc.,1890, p. 196).L'idée, l'âme, est le principe qui donne forme et vie à toute créature; mais toute la formation de l'individu échappe à sa propre conscience (Béguin, Âme romant.,1939, p. 132).Pour les philosophes grecs, (...) sauver le monde, c'est donner une forme, créer de l'existant arraché au néant (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p. 75):
34. Je vois les autres femmes danser dans le vide, l'étreindre, lui prendre la main, elles bavardent avec le vide, sur lui se pâment; mais le seul homme qui soit forme et chair et sang est dans mes bras. Giraudoux, Lucrèce,1944, I, 8, p. 64.
PHILOSOPHIE
α) PHILOS. ARISTOTÉLICIENNE et SCOLASTIQUE. Cause première et principe d'unité d'un être. La matière est la substance en virtualité; et la forme, la substance en actualité (A. Franck, Dict. des Sc. philos.,Paris, Hachette, 1885 [1843], p. 555).L'âme, selon Aristote, est l'acte ou la forme du corps organisé, qui a la vie en puissance. La relation de l'âme au corps est donc un cas particulier de la relation plus générale de la forme à la matière (Gilson, Espr. philos. médiév.,1931, p. 181).V. acte ex. 2 :
35. Le livre Z de la Métaphysique distingue les trois sortes de substances : la matière, le composé de matière et de forme et enfin la substance formelle et c'est celle qu'il met (...) au premier rang. C'est (...) la forme qui est la substance de chaque chose, parce qu'elle est la cause première de l'être de chaque chose. O. Hamelin, Le Système d'Aristote,Paris, Alcan, 1920, p. 404.
Forme substantielle et forme occasionnelle. On la nomme [l'âme] forme substantielle, parce que, seule, elle fait que l'homme soit, et que sa seule retraite fait perdre à ce merveilleux composé son existence et son nom (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 129):
36. ... ce qui confère l'être substantiel à la matière n'est rien d'autre que la forme substantielle. Les formes accidentelles, en effet, confèrent à la chose qu'elles revêtent un être simplement relatif et accidentel; elles en font un être blanc ou coloré, mais ce ne sont pas elles qui en font un être. E. Gilson, Le Thomisme,Paris, Vrin, 1927 [1920], p. 189.
β) PHILOS. KANTIENNE. [Dans la théorie de la connaissance] Ce qui vient du sujet connaissant (formes à priori de la sensibilité, catégories de l'entendement, idées de la raison). Kant appelle matière le composé de toutes les différentes circonstances externes et variables qui entrent dans un phénomène, et il appelle forme le jugement interne dont le caractère est l'invariabilité (Cousin, Hist. philos. mod.,t. 1, 1847, p. 325):
37. ... Kant entendra par matière le contenu de la sensation, et par forme ce qui ordonne cette matière, ce qui lui donne une forme. Il en résulte que la matière est nécessairement a posteriori, mais que la forme doit être a priori, c'est-à-dire être fournie par l'esprit lui-même. Mais ce n'est pas seulement dans la faculté de penser, l'entendement, qu'il faut chercher des formes; c'est aussi dans la sensibilité ou faculté de sentir. G. Pascal, La Pensée de Kant,Paris, Bordas, 1966, [1950], pp. 46-47.
Formes a priori de la sensibilité. Appelle-t-il [Kant] l'espace et le temps les formes de la sensibilité parce que les idées d'espace et de temps sont les conditions logiques de la connaissance sensible? (Cousin, Philos. Kant,1857, p. 306).L'espace est (...) une forme a priori de l'intuition sensible; c'est ainsi que se concilient et sa nature idéale et sa valeur objective (L. Weber, Vers le positivisme absolu par l'idéalisme,Paris, Alcan, 1903, p. 69).
− Dans le domaine de la morale.Ce qui vient du sujet agissant, l'intention :
38. L'impératif catégorique représente une action comme nécessaire objectivement, sans rapport quelconque à une condition ou à une autre fin, comme bonne en soi. Il a trait, non pas à la matière de l'action et aux conséquences qui y sont liées, mais à la forme de l'action et à l'intention dont elle dérive, quel qu'en soit le résultat effectif ou éventuel. V. Delbos, La Philos. pratique de Kant,Paris, Alcan, 1926 [1905], p. 351, 352, 353, 354.
THÉOL. Forme d'un sacrement. Paroles sacramentelles qui confèrent leur signification aux gestes rituels :
39. Les discussions sur la matière et la forme des sacrements prêtent aux mêmes observations. L'obstination à trouver en toute chose la matière et la forme date de l'introduction de l'aristotélisme en théologie au xiiiesiècle. Renan, Souv. enf.,1883, p. 284.
3. [La forme en tant que revêtement extérieur du fond, du contenu, de l'ensemble] En fait de sentiments et d'idées, de même qu'en matière juridique, la forme emporte ordinairement le fond (Proudhon, Révol. soc.,1852, p. 199):
40. En résumé, Pythagore est incontestablement le père, pour notre Occident, de l'idée de perpétuité de l'être, de persistance et d'éternité de la vie, et en même temps de l'idée de mutabilité de la forme, ou de changement dans les manifestations de la vie. P. Leroux, Humanité,t. 2, 1840, p. 414.
Spéc. [Ce revêtement en tant qu'il est soumis à une norme]
a) LOG. CLASS. Nature du rapport qui existe entre les termes d'un raisonnement, d'une proposition, indépendamment de la matière ou du contenu des termes du raisonnement, de la proposition. Forme correcte. La validité d'un raisonnement se détermine en considérant ce qu'on appelle la forme de ce raisonnement (d'où le nom de logique formelle), non ce qu'on appelle sa matière (J. Dopp, Notions de Logique Formelle,Paris, Nauwelaerts, 1965, p. 12):
41. La logique formelle étudie les formes [it. ds le texte] de raisonnement en quelque sorte dans l'abstrait. Elle ne traite pas directement des raisonnements concrets tels qu'ils se présentent dans la pensée ou sont exprimés dans le langage familier. Un raisonnement concret ne peut être apprécié du point de vue de sa validité logique qu'après qu'il aura été « mis en forme ». J. Dopp, Notions de Logique Formelle,Paris, Nauwelaerts, 1965p. 14.
Raisonnement en forme. Synon. syllogisme (cf. Foulq. 1971).
b) Dans le domaine du dr.Conditions dans lesquelles doit fonctionner l'appareil judiciaire; aspect extérieur à donner à un acte juridique, et, p. méton., règles qui les régissent. D. Esteban. − C'est la forme? Le notaire. − Oui, c'est le protocole voulu par la loi. D. Esteban − Observez la forme le plus exactement que vous pourrez (Mérimée, Théâtre C. Gazul,1825, p. 208).Sur tel point, le conflit aboutira (...) à l'action révolutionnaire; sur tel autre, il gardera sa forme légale et s'éteindra dans l'immobilité (Jaurès, Ét. soc.,1901, p. 111):
42. − Et le procès? ... dit le général... − Vous le gagnerez à la Cour de Cassation, par la procédure. Selon moi, les Gravelot ont raison, mais il ne suffit pas d'être fondé en Droit et en Fait, il faut s'être mis en règle par la Forme, et ils ont négligé la Forme qui toujours emporte le Fond. Balzac, Paysans,1844, p. 143.
Défaut, vice de forme. L'arrêt de renvoi par-devant la Cour d'Assises peut, en cas d'erreur ou pour défaut de forme, être déféré par les accusés à la Cour de cassation (Balzac, Splend. et mis.,1846, p. 359).Annulant les motifs de leur premier jugement pour vice de forme dans la procédure, ils le renouvelèrent le 11 mai 1836, absolument dans les mêmes termes (Sand, Hist. vie,t. 4, 1855, p. 391).
Au plur. Mon frère Médéric me lira un jour le Code, pour que je revienne te pendre dans les formes (Zola, Contes Ninon,1864, p. 322).Nous, qu'on accuse d'outrager l'armée, que demandons-nous sinon que Dreyfus soit déféré, dans les formes de la loi, à ses juges naturels? (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 453).Antoinette, tant attendue, vint enfin s'asseoir en robe noire dans le fauteuil fatal, au milieu d'un tel concert de haine que seule la certitude de l'issue qu'aurait le jugement en fit respecter les formes (France, Dieux ont soif,1912, p. 197):
43. À l'inamovibilité des juges, et à la sainteté des jurés, il faut réunir encore le maintien constant et scrupuleux des formes judiciaires. Par une étrange pétition de principe, l'on a sans cesse, durant la Révolution, déclaré convaincus d'avance les hommes qu'on allait juger. Les formes sont une sauvegarde... Constant, Princ. pol.,1815, p. 158.
SYNT. Formes civiles, judiciaires, légales; formes de la justice, de la légalité, de la procédure; observer les formes prescrites; être assujetti aux formes requises; rédiger un acte dans les formes.
Locutions
α) En forme, en bonne forme, en due forme, en bonne et due forme
[Avec valeur adj.] Conforme aux dispositions légales, aux règles en vigueur. Son mari n'a rien à craindre en France, parce qu'il n'était pas émigré, et qu'il y a fait deux voyages avec un passeport en bonne forme (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1764).Un laissez-passer en due forme (Camus, État de siège,1948, 1repart., p. 223):
44. Claudin, du Moniteur, nous raconte qu'on a été tellement pressé pour la promulgation de la loi sur la conversion des rentes, que la promulgation dans le Moniteur n'a pas été faite selon le mode légal. La promulgation n'est pas en forme. Goncourt, Journal,1862, p. 1019.
[Avec valeur adv.] Conformément aux dispositions légales, aux règles en vigueur. Contrat rédigé en bonne et due forme (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 432).
P. ext. Dans toutes les règles de l'art. Celles-ci [nos forces de l'intérieur], bien avant les débarquements, ne livrent plus seulement des escarmouches mais se risquent à des engagements en bonne et due forme (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 277).
β) De forme (vieilli). Selon la règle :
45. ... pour conclusion et en ne tenant compte que pour mémoire des indifférents qui forment la majorité, au dire des Musulmans eux-mêmes, s'il y a un quart des Persans que l'on puisse considérer comme professant de forme l'islamisme, c'est beaucoup. Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1856, p. 250.
c) LING. [P. oppos. au sens] Les formes signifiantes et les idées signifiées (Langage,1968, p. 455).
d) Dans le domaine du comportement
Au sing., vieilli. Manière dont une personne se comporte. Le comte, qui n'était pas fort délicat dans le cœur, l'était pourtant assez dans la forme (Sand, Valentine,1832, p. 268).
Au plur.
α) Manières propres au comportement d'une personne. Formes cérémonieuses, gracieuses, timides. Les gens du peuple ont des formes assez grossières, surtout quand on veut heurter leur manière d'être habituelle (Staël, Allemagne,t. 1, 1810, p. 44).C'était un garçon de bonne tournure, très-soigné de tenue, de formes séduisantes et polies, avec je ne sais quel dandysme invétéré dans les gestes, les paroles et l'accent (Fromentin, Dominique,1863, p. 35).Bunant cachait sous des formes froides une ardeur passionnée (Estaunié, Sil. camp.,1925, p. 55):
46. ... les traditions de famille (...) leur avaient donné le poli, l'élégance simple, le naturel et les manières des plus hautes races. C'était la plus exquise aristocratie de formes, de sentiments et de langage, dans la simplicité des habitudes champêtres. Lamart., Nouv. Confid.,1851, p. 116.
β) Manières polies, courtoises, en usage dans la bonne société et, p. méton., règles du savoir-vivre qui les régissent. Formes mondaines, sociales; observer les formes de la civilité. Le gouverneur, en arrivant de la sorte, manquait aux formes de la bienséance la plus commune (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 480).Après avoir mis ses gants, il [Daguenet] lui demanda [à Nana], avec les formes strictes, la main de mademoiselle Estelle de Beuville (Zola, Nana,1880, p. 1363):
47. ... ma grand'mère, dédaigneuse des formes mondaines et ne s'occupant que de ma santé, leur avait adressé la demande, humiliante pour moi, de m'agréer comme compagnon de promenade. Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 674.
Garder, prendre des formes; y mettre des/les formes. Se conformer aux règles du savoir-vivre; user de ménagement. Une crise commerciale (...) ruina complètement Châtelus et Treilhard, et changea du tout au tout les projets de mariage du jeune théologien. On mit des formes à la rupture; mais elle eut lieu (A. Daudet, Évangéliste,1883, p. 82).Qu'est-ce que je vous disais? Soyez délicat. Prenez des formes. Ingéniez-vous à les mettre en confiance avant de leur porter le coup fatal (Anouilh, Répét.,1950, IV, p. 107):
48. Je crus que le cynisme m'aiderait à sortir de ce mauvais pas (...). Bien sûr, je gardais quelques formes (...). Mais ce sont les formes, justement qui rendent cruelles les disputes de cette sorte, où le plus fort s'offre ce dernier luxe de n'être pas grossier, et de couvrir son insolence de quelques fleurs qui ne lui coûtent rien. Mauriac, Du côté Proust,1947, p. 100.
Locutions
(Accomplir qqc.) pour la forme. Uniquement pour se conformer à la règle établie, pour sauver les apparences. L'heure du dîner étant venue, les époux se mirent à table; mais ce ne fut que pour la forme (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p. 344).[Freydet :] (...) j'ai dédicacé un de mes exemplaires à l'aimable Picheral, un autre, pour la forme, au pauvre M. Loisillon, le secrétaire perpétuel (A. Daudet, Immortel,1888, p. 59).Poil de Carotte. − (...) Je boude quelquefois, j'en conviens, pour la forme, mais il arrive aussi, je t'assure, que je rage énergiquement de tout mon cœur (Renard, Poil Carotte,1894, p. 281).
(Un acte) de pure forme. Destiné à sauver les apparences. Christine. − Vite, Lothar. Le Cardinal offre à Hans une abjuration de pure forme. C'est le seul moyen de le sauver. Lothar. − Et Hans accepte de gaieté de cœur cet acte ignoble? (Cocteau, Bacchus,1952, III, 6, p. 195):
49. ... c'était une consultation de pure forme, le comité finissait toujours par se ranger à l'avis de Dubreuilh; « Que de temps perdu! » pensait Henri en écoutant le brouhaha des voix passionnées. Beauvoir, Mandarins,1954, p. 145.
II.− P. méton.
A.−
1.
a) Réalité concrète ou abstraite dotée d'une forme (supra I), d'une organisation, d'une structure déterminée et susceptible de fonctionner de façon autonome. Les créatures imaginaires, comme les formes vivantes sont à la fois les produits et les indices de leur milieu (Taine, Philos. art,t. 2, 1865, p. 2).L'attraction de la mère [la guenon] pour une forme caractéristique constituée par un objet petit et couvert de fourrure (J. Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 6).Les formes peuvent se ressembler plus ou moins et se répartir en espèces. Une horloge ressemble plus à une autre horloge qu'à une montre. Cela dérive immédiatement de la composition des formes et des éléments communs que deux formes peuvent posséder (Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 34):
50. L'œuvre d'art répond bien à cette définition qu'Édouard Claparède donne de la forme : « Une unité autonome, manifestant une solidarité interne et ayant des lois propres ». Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 389.
En partic.
α) BIOL. Synon. de espèce (v. arboricole ex. 1).Peu à peu l'ensemble des formes animées qui s'y était concentré [dans les Vosges] disparaît, cède à l'intrusion de formes nouvelles (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 193).Chez les formes vivipares, tout le développement embryonnaire s'accomplit dans l'organisme maternel (Caullery, Embryol.,1942, p. 24).Une forme animale (...) n'apparaît jamais seule; mais elle se dessine au sein d'un verticille de formes voisines, parmi lesquelles elle prend corps, comme à tâtons (Teilhard de Ch., Phénom. hum.,1955, p. 204):
51. Cet œil rougi d'avoir trop longtemps interrogé l'impondérable (...) a su distinguer, sous les miroitements et les bouillonnements des formes végétales, la trace mélodieuse des grands rythmes cosmiques. Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 133.
β) LITT., MUS. Synon. genre.Je me mets à la lecture de Saadi. Les paraboles, leur sens obscur. Comprendre les civilisations, pour comprendre une parole. Je regrette parfois ces formes littéraires (Barrès, Cahiers,t. 2, 1898-99, p. 110).C'est ce fond de terroir qui a fait la saveur et la popularité immense des grands classiques. Ils sont partis des formes musicales les plus simples, du Lied, du Singspiel (Rolland, J.-Chr.,Amies, 1910, p. 1139):
52. Encore que ces formes musicales [appartenant à la catégorie de musique dite « légère »] n'excluent pas nécessairement la qualité et accusent souvent une science certaine, il résulte néanmoins de la grande diffusion qu'elles comportent que leurs auteurs sont amenés à se placer sur un plan plus particulièrement utilitaire qu'esthétique. Arts et litt.,1936, p. 8005.
b) Spéc., PHILOS. Ensemble ou entité dotés de propriétés résultant non de la somme de celles de ses constituants, mais des relations existant entre ceux-ci. Synon. structure.La subordination des éléments au tout est susceptible de degrés. Il y a des formes fortes et des formes faibles (P. Guillaume, La Psychol. de la forme,Paris, Flammarion, 1937, p. 32).Il [mon désir] s'adresse non à une somme d'éléments physiologiques, mais à une forme totale; mieux : à une forme en situation (Sartre, Être et Néant,1943, p. 454):
53. Formés des mêmes éléments, combinés selon des lois uniformes, les composés constituent une forme nouvelle, toute différente de la somme de leurs parties, et dont aucune formule ne peut prédire la physionomie. L'eau est de l'eau et rien autre chose, ce n'est pas de l'oxygène ni de l'hydrogène. Blondel, Action,1893, p. 70.
Théorie de la forme. Synon. de gestaltisme :
54. En Allemagne, Friedrich Vischer, avec son Formalisme esthétique, Max Dessoir, avec sa Morphologie du Beau, préparaient les voies à la Gestaltheorie [sic], la Théorie de la Forme, qui s'épanouit vers 1915. En France, Étienne Souriau allait définir l'esthétique « une science de la forme », cependant que Paul Guillaume développait la Psychologie de la Forme. Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 424.
Bonne forme. Forme la plus stable, la plus géométriquement symétrique, la plus prégnante; celle qui s'impose la première à l'esprit et à la perception :
55. ... Dans le conflit des formes possibles, le groupement ou la disjonction se fait dans le sens de la réalisation d'une forme privilégiée. Les formes privilégiées sont régulières, simples, symétriques. La forme qui est perçue est la meilleure possible (loi de la bonne forme). P. Guillaume, La Psychol. de la forme,Paris, Flammarion, 1937, p. 57.
2. Être (ou objet) aperçu de manière imprécise; silhouette. Brusquement, dans le sentier qu'envahissait la nuit, une grande forme passa. C'était la bête (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Loup, 1882, p. 1245).Un soir qu'ils étaient ainsi, − pendant que sa mère parlait, il vit s'ouvrir la porte de la mercerie voisine. Une forme féminine sortit silencieusement, et s'assit dans la rue (Rolland, J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 275).Elle était sur une chaise, tout près de la fenêtre, forme indistincte, la tête penchée, les mains nouées sur les genoux (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 164):
56. Il se décida à ouvrir. Ce fut comme au cinéma; la pluie entra en trombe, derrière elle une forme humaine surgit du noir et s'arrêta sur le seuil de la porte. Triolet, Prem. accroc,1945, p. 250.
SYNT. Forme accroupie, agenouillée, chancelante, claudicante, immobile, ratatinée, recroquevillée, rigide; une forme qui passe.
B.− Spécialement
1. Objet de forme ou de structure déterminée.
a) AMEUBL. (Moy. Âge et Renaissance).
α) ,,Banc garni d'étoffe et rembourré`` (Ac. 1798-1878).
β) Stalle dans un chœur d'église. Le plan de l'abbaye de Saint-Gall (...) contient deux oratoires contigus, destinés à l'infirmerie et à la maison des novices : (...) on y a figuré (...) le chœur fermé par un septum et continuant les formes (Lenoir, Archit. monast.,t. 2, 1856, p. 3).
b) MÉD. VÉTÉR. Exostose qui se développe sur les phalanges du cheval. Il [le cheval] a commencé par avoir la gourme (...) après ça il a eu des formes (...) et puis, une seime (Gyp, Le Cœur d'Ariane,1895, p. 119).
2. Contenant destiné à un contenu particulier.
a) MAR. Forme de radoub. Synon. de bassin de radoub, cale sèche.Les formes de radoub sont des bassins fixes qui peuvent être mis et maintenus à sec, après que des navires y ont été introduits (Quinette de Rochemont, Trav. mar.,t. 1, 1900, p. 531).
b) CHASSE. Gîte du lièvre. Ce serait trop bête qu'il fût dissimulé (...) jouant (...) au sanglier baugé, au lièvre « en forme » (...) il adore (...) ce frisson du danger (...) qui vous cherche, finit par s'éloigner et pousser le soupir soulagé de la bête sauvée (Vialar, Fins dern.,1953, p. 29).
3. Outil, moule, matrice destinée à donner sa forme à un objet. Forme à sucre, à fromage.
a) CHAPELLERIE. Moule plein en bois ou en sparterie sur lequel on façonne les chapeaux et, p. méton., partie du chapeau que l'on moule sur la forme. Il est en crêpe blanc [le chapeau]. Sur la passe, et remontant un peu vers la forme, se trouve placée une voilette de tulle (J. femmes,1847, p. 381).Un chapeau mou (...) la forme entourée d'une tresse de galon, un chapeau se tenait parmi les autres (Queneau, Exerc. style,1947, p. 37).
En partic.
Chapeau à forme basse, bas de forme (cf. Obs. modes,nov. 1821, p. 100).Melon. Chapeau rond et bas de forme (L. Rigaud, Dict. du jargon parisien,1878, p. 220).
Chapeau à grande forme. Lord Rochester (...) chapeau de tête-ronde à grande forme (Hugo, Cromw.,1827, p. 59).
Chapeau de haute forme (v. chapeau ex. 4), haut-de-forme*.
b) CHAUSSURE. Pièce de bois, de matière plastique ou de métal, à la forme du pied, utilisée à la fabrication des chaussures. Le comptoir où s'entassaient les cuirs taillés et les formes de bois (France, Mannequin,1897, p. 131).Une douzaine d'ouvriers fabriquent des formes et des embauchoirs pour chaussures (Léautaud, Journal littér.,3, 1910-21, p. 55).
c) BÂT., PONTS ET CHAUSSÉES. ,,Couche épaisse de sable sur laquelle on établit le pavé des ponts, des routes, etc.`` (Forest. 1946). Couche de béton, mâchefer, sable, gravillon, réalisée sur le sol et dont la face supérieure, horizontale ou de forme donnée est destinée à recevoir un carrelage ou un dallage (d'apr. Barb.-Cad.1971).
d) IMPR. Composition typographique imposée, serrée dans un châssis, prête à être mise sous presse et correspondant à ce qui sera imprimé sur un des côtés d'une feuille de papier (cf. Comte-Pern. 1963; Brun 1968). Il faut deux formes pour composer une feuille (Ac.).
P. méton.
Le châssis. Les pages [du journal] ainsi disposées dans l'ordre voulu, sont entourées d'un châssis formé de quatre barres de fer et qu'on appelle forme. Ces formes pleines de texte pèsent environ quatre-vingts kilos chacune (Rival, Journ.,1931, p. 25).
,,Chaque moitié d'une feuille dont les pages sont disposées pour l'impression`` (Lar. encyclop.). Une forme est la moitié d'une feuille. Dans l'in-8o, une forme est composée de huit pages; dans l'in-12o, de douze, etc. (Momoro, Impr.,1793, p. 177).
P. ext. ,,Cliché, plaque ou cylindre servant à l'impression`` (Comte-Pern. 1963). Forme imprimante circulaire (cf. Encyclop. univ.,t. 8, 1972, p. 769).
e) PAPET. Châssis de bois à garniture métallique utilisé pour la fabrication du papier à la main (cf. Maire, Manuel biblioth., 1896, p. 337).
Papier à la forme. Papier fabriqué à la main (cf. Comte-Pern. 1963). Les papiers à la forme, c'est-à-dire non ébarbés (Valotaire, Typogr.,1930, p. 27).
Prononc. et Orth. : [fɔ ʀm̥]. Enq. : /foʀm/. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1. 1119 « aspect visible de quelque chose, apparence extérieure » (Ph. de Thaon, Comput, 1521 ds T.-L.); 2. 1155 « apparence extérieure donnant à un être sa spécificité » (Wace, Vie de Saint Nicolas, éd. E. Ronsjö, 669); ca 1165-70 en forme de (B. de Sainte-Maure, Troie, éd. L. Constans, 12356). B. Technol. 1. fin xies. « pièce ayant la forme du pied et servant à la fabrication des chaussures » (Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D.S. Blondheim, t. 1, p. 72, no514a); 2. ca 1200 « banquette » (Chanson d'Antioche, II, 50 ds T.-L.); 3. ca 1330 « gîte du lièvre » (N. Bozon, Contes moralisés, 43 ds T.-L.); 4. 1386 mar. « bassin » (Das Seerecht von Oléron, éd. H. Zeller, Mainz 1906, p. 27); 5. 1549 terme d'impr. (Plantin, Corresp., II, 51); 6. 1636 forme de chapeau (Monet). C. En parlant de notions abstr. 1. 1270 terme de philos. (P. de Peckam, Lumiere as Lais, ms. Cambridge, S. John's College F 30, fo4b ds Gdf. Compl., s.v. formel); 2. 1280 « manière de procéder » (Clef d'Amour, 2627 ds T.-L.); 3. xives. « manière dont on s'exprime » (Pamphile et Galatée, éd. J. de Morawski, 29); 4. 1585 sans autre forme et figure de procès (N. du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, p. 180). D. 1862 « condition physique » ici en parlant d'un cheval (Le Sport, 11 juin, 1eds Quem. DDL t. 18). Empr. au lat. forma. Fréq. abs. littér. : 22 964. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 35 361, b) 21 505; xxes. : a) 27 268, b) 39 569. Bbg. Becker (K.). Sportanglizismen im modernen Französisch. Meisenheim, 1970, p. 26, 30, 304, 326. − Bondy (L.). Déf. d'abord, nomenclature ensuite. Fr. mod. 1960, t. 28, pp. 125-141. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 323. − Janneau (G.). Formes et banquettes. Vie Lang. 1973, pp. 454-456. − La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p. 199, 413. − Lévy (R.). Contribution à la lexicogr. fr... Syracuse, 1960, pp. 359-362. − Malmberg (B.). Langue-forme-valeur. Semiotica. 1976, t. 18, pp. 195-200. − Valeton (D.). Lexicol. Paris, 1973, passim.West (C. B.). Flaubert and Baudelaire... Mod. Lang. R. 1960, t. 55, pp. 417-418.

Wiktionnaire

Nom commun

forme \fɔʁm\ féminin

  1. Figure extérieure d’un corps ; configuration d’une chose.
    • Vers le soir, nous commençons à distinguer des formes vagues qui se dessinent derrière le voile de brume, […]. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 39)
    • Comme ils franchissaient le seuil, des formes invisibles surgirent, brusquement, de l'ombre. C'était les slouguis qui se précipitaient, menaçants. Mme Durelle poussa un cri. — (Victor Margueritte, Un cœur farouche, Paris : Ernest Flammarion, 1921 p. 56)
    • Ce n’est pas parce qu’une matière a telle ou telle disposition qu’elle est unie à telle forme ; c’est l’inverse qui est vrai : pour que la forme soit telle, il importe que la matière soit optimalement disposée. — (François-Xavier Putallaz, Le sens de la réflexion chez Thomas d’Aquin, J. Vrin, 1991, p. 67)
    • Depuis la conférence de Bamako en 1966 et la parution du Dictionnaire élémentaire d’Alfâ Ibrâhim Sow (1971), la tendance est de lemmatiser les verbes par la troisième personne du singulier de l’inaccompli indéterminé qui est la forme verbale la plus neutre du point de vue aspectuel, […]. — (Aliou Mohamadou, Une démarche lexicographique peule, dans La transmission culturelle : l’exemple du peul, sous la direction de Ursula Baumgardt & Abdourahmane Diallo, Éditions Karthala, 2014, page 59)
    • Changer de forme.
    • Une cour de forme carrée. — Forme ronde, circulaire, ovale.
    • Cette montagne est en forme de cône, a la forme d’un cône.
    • Tailler quelque chose en forme de croissant.
    • La forme d’un vase, d’un dôme.
    • Cela commence à prendre forme, à prendre une bonne forme, une meilleure forme. (Figuré),
    • J’y ai vu la misère sous toutes ses formes.
    • C’est toujours le même sentiment sons une forme différente.
  2. (Dessin) (Au pluriel) Contours d’un objet.
    • Les formes du corps.
    • Cet homme a des formes athlétiques.
    • Cet animal a des formes sveltes, gracieuses.
    • Étudier les belles formes.
    • La beauté, l’élégance des formes.
    • Les formes élancées de l’architecture gothique.
  3. (Philosophie) Cause idéale qui détermine la matière à être telle ou telle chose.
    • La matière et la forme.
    • La matière est susceptible de toutes sortes de formes, reçoit toutes sortes de formes.
  4. (Droit constitutionnel) (Figuré) Mode particulier de certaines choses.
    • Toute association fondée sur une cause ou en vue d’un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes mœurs, ou qui aurait pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire national et à la forme républicaine du Gouvernement est nulle et de nul effet. — (Loi du 1er juillet 1901 sur les associations - article 3)
    • La forme de l’administration n’était pas la même dans toutes les provinces.
  5. Manière dont une chose est ou peut être faite, présentée, traitée ; par opposition à ce qui constitue essentiellement cette chose et qui en fait le fond.
    • Les sabbats ont alors la forme grandiose et terrible de la Messe noire, de l’office à l’envers, où Jésus est défié, prié de foudroyer, s’il peut. — (Jules Michelet, La sorcière, p. 143, Hetzel - E. Dentu, 1862)
    • Tu te crois pur parce que tu te tiens aux formes creuses de la Loi. — (Eric-Emmanuel Schmitt, L'Évangile selon Pilate, Albin Michel, 2000. Prologue)
    • La forme de cette critique est très courtoise.
    • Le vice de la forme ne détruit pas le mérite du fond.
    • Il a su donner à ce sujet une forme neuve et originale.
    • On changea la forme de l’acte, mais en conservant le fond.
    • La forme d’un argument, La manière dont ses parties sont disposées.
    • Mettre un argument en forme.
    • Votre argument n’est pas en forme.
  6. Manière ou façon d’être et d’agir, de se conduire, de procéder, etc., conforme à certains usages, à certaines règles établies.
    • Cette gentillesse qui abrégeait les formes et supprimait les fadaises ridicules que tout garçon se croit tenu de débiter à la belle fille dont il essaie de faire sa maîtresse, m’avait séduit. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Les Bénédictines de Saint-Julien d’Auxerre, réfugiées à Charentenay depuis les troubles de la Ligue, s'étaient fermement opposées à François de Donnadieu qui n'avait pu faire sa visite, pourtant annoncée dans les formes. — (Bernard Barbiche & al., Pouvoirs, contestations et comportements dans l’Europe moderne, Presses Paris Sorbonne, 2005, p. 37)
    • Traiter une maladie dans les formes.
    • Forme de justice.
    • Il faut observer les formes.
    • Les formes requises.
    • Se tenir dans les formes.
    • Manquer, pécher dans la forme, par le forme.
    • Défaut de forme.
    • Vice de forme.
    • Sans autres formes de procès.
    • Se dispenser des formes.
    • Se tenir, s’en tenir aux formes.
    • Contrat en bonne forme.
    • Un acte en bonne et due forme.
    • En quelque forme et manière que ce soit.
    • En la forme accoutumée.
    • Un acte délivré en forme exécutoire.
    • J’irai le voir seulement pour la forme.
    • C’est une chose qu’il faut faire pour la forme.
    • J’ai dit cela pour la forme.
  7. (Rare) (Au pluriel) Façons de s’exprimer ou d’agir propres à une personne.
    • Ici, voyez-vous, mon cher Nicolas, j'ai besoin de recourir aux formes solennelles d'un premier-pariste bien connu, et dont la prose sublime se tire à 217.830 exemplaires. — (Dr Maximin Legrand, « Feuilleton », dans L'union médicale, n° 117, du samedi 30 septembre 1865, p. 627)
    • C’est un homme qui a des formes, qui manque de formes.
  8. Instrument qui sert à donner à certaines choses la forme qu’elles doivent avoir.
    • Mettre un chapeau en forme, sur la forme.
    • Mettre une forme dans un soulier.
    • Il pressa la main du savetier et suivit les deux dames.
      — En allant à Sainte-Marie-Nouvelle, leur dit-il, j’ai vu ce vieillard qui, courbé sur son ouvrage et serrant la forme entre ses genoux comme dans un étau, cousait des chaussures grossières.
      — (Anatole France, Le Lys rouge, 1894, réédition Le Livre de Poche, page 124)
    • Forme brisée, forme composée de pièces de bois qui peuvent se séparer.
  9. Partie d’un chapeau qui est faite sur le modèle de bois, et de la partie de dessus d’un soulier.
    • La forme de ce chapeau est très basse.
    • La forme de ce soulier est disgracieuse.
  10. (Imprimerie) (Vieilli) Châssis de fer qui contient des pages de caractères plus ou moins nombreuses, selon le format.
    • Imposer une forme.
    • Serrer les pages d’une forme avec des coins.
    • Il faut deux formes pour composer une feuille.
    • Une forme de quatre pages, de huit pages, etc.
  11. (Papeterie) (Vieilli) Châssis de bois, garni d’un tissu métallique, qui servait à fabriquer le papier.
  12. (Chasse) Endroit où l’on reconnaît le gîte d’un lièvre.
  13. (Marine) Bassin pratiqué dans un port, pour y faire entrer les bâtiments qu’on veut radouber ou réparer.
    • Forme de radoub.
  14. (Biologie) (Classification phylogénétique) Taxon de bas niveau, placé immédiatement sous la sous-variété.
  15. (Informatique) Ensemble de caractéristiques retenues pour représenter une entité en fonction du problème à résoudre.
  16. (Linguistique) Réalisation sonore, gestuelle ou graphique, à laquelle peut être associée ou non un sens.
  17. (Linguistique) (Morphologie) Élément d’un paradigme morphologique.

Forme de verbe

forme \fɔʁm\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de former.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de former.
    • Cette ville, située à une altitude de mille toises sur le revers oriental des Rocheuses, au bord d’un torrent tributaire du Missouri, forme un vaste entrepôt pour les produits miniers de la région, et compte de quatorze à quinze mille habitants. — (Jules Verne, Le Testament d’un excentrique, 1899, livre 2, chapitre 12)
    • Par conséquent, il faut concevoir que l’eau, le gaz carbonique résultent de la combinaison d’une plus ou moins grande quantité d’oxigène de l’acide nitrique, avec une certaine quantité d’hydrogène et de carbone de la substance animale ; que le gaz azote, l’oxide d'azote et l’acide nitreux proviennent de la décomposition de l’acide nitrique ; que les acides acétique, malique et oxalique ne sont que la substance animale elle-même désazotée et convenablement déshydrogénée et décarbonée ; que l’ammoniaque, s’il s’en forme, n’est due qu’aux principes de cette substance ; que l’acide prussique ou hydro-cyanique, dont la quantité est très-petite, a la même origine que celui qu’on recueille dans le traitement des substances végétales ; qu’il se forme une matière particulière qui s’unit intimement à l’acide nitrique, ou plutôt à l’acide hypo-nitreux, et donne naissance à un composé qui s’enflamme facilement et avec une sorte d’explosion. — (Louis-Jacques Thenard, Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique, 1824)
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de former.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de former.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de former.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FORME. n. f.
Figure extérieure d'un corps, configuration d'une chose. La forme d'un homme. La forme d'un animal. La forme d'un oiseau. La forme d'un poisson. L'excellence de la forme humaine. Il est si défiguré qu'il n'a presque pas forme humaine. La forme du visage. La forme de la tête, de la bouche, du nez, de l'oreille. Ils revêtent toutes sortes de formes. Le dieu prit la forme d'un vieillard. Changer de forme. L'ange apparut au jeune Tobie sous la forme d'un voyageur. Une cour de forme carrée. Forme ronde, circulaire, ovale. Cette montagne est en forme de cône, a la forme d'un cône. Tailler quelque chose en forme de croissant. La forme d'un vase, d'un dôme. Cela commence à prendre forme, à prendre une bonne forme, une meilleure forme. Fig., J'y ai vu la misère sous toutes ses formes. C'est toujours le même sentiment sons une forme différente. Il se dit particulièrement au pluriel des Contours d'un objet. On l'emploie fréquemment en ce sens dans les arts du dessin. Les formes du corps. Cet homme a des formes athlétiques. Cet animal a des formes sveltes, gracieuses. Étudier les belles formes. La beauté, l'élégance des formes. Les formes élancées de l'architecture gothique. En termes de Philosophie, il signifie Cause idéale qui détermine la matière à être telle ou telle chose. La matière et la forme. La matière est susceptible de toutes sortes de formes, reçoit toutes sortes de formes. Spécialement, chez les Scolastiques, Forme substantielle, Forme inhérente à la substance, forme qui détermine et complète l'être. En termes de Théologie, La forme d'un sacrement, Les paroles sacramentelles que le prêtre prononce en le conférant, par opposition à La matière du sacrement. Les paroles, Je te baptise, etc., sont la forme du sacrement de baptême, et l'eau en est la matière. En termes de Grammaire, Formes grammaticales, Celles que revêtent les noms, les adjectifs suivant leur genre et leur nombre et les verbes suivant les modes et les temps. Il se dit encore, figurément, de la Constitution, du mode particulier de certaines choses. Changer la forme du gouvernement. La forme de l'administration n'était pas la même dans toutes les provinces. Il désigne en outre la Manière dont une chose est ou peut être faite, présentée, traitée; par opposition à Ce qui constitue essentiellement cette chose, à ce qui en fait le fond. La forme de cette critique est très courtoise. La forme d'un compliment. Donner au récit d'un voyage la forme d'un journal. Préceptes, instructions en forme de dialogue. Il a choisi la forme de l'apologue. Cela pèche par la forme. Le vice de la forme ne détruit pas le mérite du fond. Il a su donner à ce sujet une forme neuve et originale. La forme a rajeuni le fond. On changea la forme de l'acte, mais en conservant le fond. La forme d'un argument, La manière dont ses parties sont disposées. Mettre un argument en forme. Votre argument n'est pas en forme. Forme d'un raisonnement, Manière dont les parties doivent être disposées pour obéir aux règles de la Logique. Un raisonnement en forme. Sous forme de... En manière de... Dire quelque chose sous forme d'avis, sous forme de compliment. Il signifie aussi Manière ou façon d'être et d'agir, de se conduire, de procéder, etc., conforme à certains usages, à certaines règles établies. Prescrire une forme de conduite. Le mariage a été fait dans les formes. Il n'y manquait aucune forme. Traiter une maladie dans les formes. Formes légales. Formes judiciaires. Forme de justice. Il faut observer les formes. Les formes requises. Se tenir dans les formes. Manquer, pécher dans la forme, par le forme. Défaut de forme. Vice de forme. Sans autres formes de procès. Se dispenser des formes. Se tenir, s'en tenir aux formes. Contrat en bonne forme. Un acte en bonne et due forme. En quelque forme et manière que ce soit. En la forme accoutumée. Un acte délivré en forme exécutoire. Être en bonne forme, être en forme, Être dans la condition physique la plus favorable à l'effort qu'on doit fournir. Le lutteur est en forme, en bonne forme. Ce cheval est en forme, en pleine forme. Pour la forme, Afin de se conformer aux usages reçus ou de sauver les apparences. J'irai le voir seulement pour la forme. C'est une chose qu'il faut faire pour la forme. J'ai dit cela pour la forme. Au pluriel, il se dit quelquefois des Façons de s'exprimer ou d'agir propres à une personne. Il a des formes un peu rudes, mais c'est un excellent homme. Des formes grossières. Des formes polies, honnêtes. On l'emploie même, absolument dans le sens de Façons polies allant jusqu'à l'élégance. C'est un homme qui a des formes, qui manque de formes. Il se dit, en termes d'Arts, de l'Objet qui sert à donner à certaines choses la forme qu'elles doivent avoir. Mettre un chapeau en forme, sur la forme. Mettre une forme dans un soulier. Forme brisée, Forme composée de pièces de bois qui peuvent se séparer. Il se dit également de la Partie d'un chapeau qui est faite sur le modèle de bois, et de la Partie de dessus d'un soulier. La forme de ce chapeau est très basse. La forme de ce soulier est disgracieuse. En termes d'Imprimerie, il se dit d'un Châssis de fer qui contient des pages de caractères plus ou moins nombreuses, selon le format. Imposer une forme. Serrer les pages d'une forme avec des coins. Serrer une forme. Il faut deux formes pour composer une feuille. On a tiré la première forme. Une forme de quatre pages, de huit pages, etc. En termes de Papeterie, il se dit d'un Châssis de bois, garni d'un tissu métallique, servant à fabriquer le papier. En termes de Chasse, il se dit de l'Endroit où l'on reconnaît le gîte d'un lièvre. En termes de Marine, il se dit d'un Bassin pratiqué dans un port, pour y faire entrer les bâtiments qu'on veut radouber ou réparer. Forme de radoub.

Littré (1872-1877)

FORME (for-m') s. f.
  • 1Dans le sens le plus général, l'ensemble des qualités d'un être, ce qui détermine la matière à être telle ou telle chose. La forme de l'or est d'être solide, pesant, brillant, jaune et figurable. La matière est susceptible de toutes sortes de formes. Il [Dieu] n'est point un simple faiseur de formes et de figures dans une matière préexistante ; il a fait et la matière et la forme, c'est-à-dire son ouvrage dans son tout, Bossuet, Élévat. III, 2. La nature nous déclare souvent et nous fait signifier qu'elle ne peut pas nous laisser longtemps ce peu de matière qu'elle nous prête… elle en a besoin pour d'autres formes, elle la redemande pour d'autres ouvrages, Bossuet, Sermons, la Mort, 1.

    Par extension, attribut. Par une chose complète, je n'entends autre chose qu'une substance revêtue de formes ou d'attributs qui suffisent pour me faire connaître qu'elle est une substance, Descartes, Rép. aux quatre object. 11.

    Forme hypostatique, celle qui constitue une chose, qui la fait être ce qu'elle est. La forme hypostatique de la personne divine

    Dans la philosophie de Kant, forme de l'idée ou du concept, la généralité, par opposition à l'objet même qui est la matière du concept.

  • 2 Terme de chimie. Forme solide, liquide, gazeuse, les corps à l'état solide, liquide, gazeux.
  • 3 Fig. État, aspect. J'ai vu la misère sous toutes ses formes. La mort se présentait sous une forme terrible. Combien de formes donna-t-il à sa fidélité ! Fléchier, Letellier.
  • 4 Fig. La constitution, le mode particulier de certaines choses. C'est sans attentat Que vous avez changé la forme de l'État, Corneille, Cinna, II, 1. Le peuple de Dieu prend une forme plus auguste, Bossuet, Hist. II, 4. Le renfort que saint Grégoire envoya au nouvel évêque [Augustin, en Angleterre] produisit de nouveaux fruits, et l'Église anglicane prit sa forme, Bossuet, ib. I, 11. Les moyens de donner une forme solide au gouvernement, Fénelon, Tél. XI. L'État ne reprend une forme constante que quand les lois règnent, Voltaire, Mœurs, 194.
  • 5 Terme de scolastique. Forme substantielle, ou, simplement, forme, principe distinct qui donne une manière d'être aux choses, qui leur donne leurs attributs. Dieu qui est la forme des formes et l'acte des actes, Bossuet, Élévat. III, 2. Il s'agissait de savoir si la forme substantielle des puces de Sirius était de même nature que celle de colimaçon, Voltaire, Microm. I. Un des principes d'Aristote est que la matière, d'elle-même, est informe, et que la forme est un être distinct et séparé de la matière, Buffon, Animaux, système de la génér.

    En style précieux, avoir la forme enfoncée dans la matière, être d'un naturel où la matière, le corps prédomine sur l'esprit. Mon Dieu, ma chère, que ton père a la forme enfoncée dans la matière ! Molière, Préc. 6.

  • 6 Terme de théologie. La forme d'un sacrement, les paroles sacramentelles que le prêtre prononce en le conférant. Les paroles je te baptise… sont la forme du sacrement, et l'eau en est la matière.

    Les formes de Kelesiski, corps de doctrine rédigé par Kelesiski, maître cordonnier, pour les frères de Bohême.

  • 7 Terme de grammaire. La forme d'un mot, se dit d'un mot considéré par rapport à sa composition, à ses modifications. Les formes actives, les formes passives d'un verbe.
  • 8En un sens restreint, l'apparence extérieure sous laquelle un corps se montre à nos yeux. Une cour de forme carrée. Tailler quelque chose en forme de croissant. Quoi que vous soyez, il faut avouer que vous êtes une aimable créature, et que, tant que vous paraîtrez sous la forme de demoiselle, il n'y en aura point au monde de si accomplie ni de si estimable, Voiture, Lett. 48. …De sa forme il [chaque animal] se loua très fort, La Fontaine, Fabl. I, 7. Même celui de cadavre, dit Tertullien, parce qu'il nous montre encore quelque forme humaine, ne lui demeure pas longtemps [au mort] ; il devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue, Bossuet, Duch. d'Orl. Jésus-Christ a pris la forme des esclaves et des pécheurs, Bossuet, Lett. Corn. 116. Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur, Racine, Phèd. V, 6. Le visage de son ami prend une nouvelle forme, Fénelon, Tél. XXIV. Cela semble prouver que la mère donne la grandeur et la forme du corps, tandis que le père donne celle des parties extérieures et des membres, Buffon, Quadrup. t. XII, p. 261, dans POUGENS. Le mâle donne la moitié de la substance vivante, la femelle en donne autant, et fournit de plus toute la matière nécessaire pour le développement de la forme : une belle femme a presque toujours de beaux enfants ; un bel homme avec une femme laide ne produit ordinairement que des enfants encore plus laids, Buffon, ib. t. V, p. 289. Ces triangles, ces pyramides, ces cubes et toutes les figures géométriques n'existent que dans notre imagination… elles ne se trouvent peut-être pas dans la nature, ou tout au moins, si elles s'y trouvent, c'est parce que toutes les formes possibles s'y trouvent, Buffon, Hist. anim. chap. 2. Il crut voir Lucile qui passait légèrement devant lui sous la forme d'un ange, Staël, Corinne, XVI, 5. Sous une forme humaine il habita ces monts, Delavigne, Paria, I, 5. Il trouva le champ de bataille jonché de morts ; la plupart étaient dépouillés, surtout les Français ; on les reconnaissait à leur blancheur et à leurs formes moins osseuses et musculeuses que celles des Russes, Ségur, Hist. de Nap. VI, 5. Comme il fait noir dans la vallée ! J'ai cru qu'une forme voilée Flottait là-bas sur la forêt, Musset, Poésies nouv. la Nuit de mai.

    Prendre forme, prendre une manière d'être, un aspect qui satisfait, ou, simplement, qui permet de distinguer. Cela commence à prendre forme.

    Formes cristallines, les formes régulières propres à chaque espèce de cristal. Formes simples, celles où les cristaux sont limités par des faces toutes semblables ; formes composées, celles où ils présentent des faces d'espèces différentes.

  • 9 Terme de calligraphie du moyen âge. Lettre de forme, lettre de la belle écriture, des belles éditions, par opposition à lettre cursive.
  • 10 Au plur. Les contours d'un objet. Les formes du corps. L'élégance des formes. La gazelle a des formes sveltes et gracieuses. Les formes sévères de l'architecture grecque. Les formes humaines.
  • 11Tour du style, diverses façons d'exprimer la pensée. Cette forme appartient à la prose. Des formes peu variées. Donne forme à ma verve, inspire mon courage ; à ta gloire, ô Seigneur, j'entreprends cet ouvrage ;, Régnier, Poëme sacré. Sous toutes les formes que la nécessité de voiler la vérité, ou de la rendre piquante, a pu faire inventer, Condorcet, Vie de Voltaire, t. XCII, p. 142 (édit. de Kehl, de VOLT.) La morale [du christianisme] offre des formes nobles à l'écrivain et des moules parfaits à l'artiste, Chateaubriand, Génie, I, I, 1.
  • 12Manière dont une chose est présentée ou traitée, par opposition à ce qui en fait le fond. Le reproche est juste, mais la forme en est acerbe. Donner à un sujet vulgaire une forme neuve et originale. La forme d'un compliment, d'une critique. Instructions en forme de dialogue. Ah ! fort bien, ce n'était qu'une remontrance en forme de définition, Genlis, Théât. d'éduc. la Curieuse, I, 1.

    Par forme de, en manière de. Dire quelque chose par forme d'avis. Il disait à tout le monde par forme d'exclamation…, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 3.

  • 13La formule usitée dans certains actes ou écrits, la manière dont on les rédige habituellement. La forme d'une quittance.
  • 14La forme d'un argument, la manière bonne ou mauvaise dont les parties d'un argument sont disposées.

    En forme, conformément à la manière dont l'argument doit être disposé pour qu'il soit selon les règles. Votre argument, dit-il, n'est pas en forme, Régnier, Sat. X. J'en ferai un argument en forme, Pascal, Prov. 7. Mais il faut les prouver en forme. - J'y consens, Boileau, Sat. VIII.

  • 15Manière ou façon d'agir, de procéder suivant certaines règles, certains usages convenus. Prescrire une forme de conduite. La demande de cette fille en mariage a été dans les formes. Les formes de la justice. En la forme accoutumée. Vice de forme. Régler la forme des vœux, du serment. Pour observer la forme accoutumée, Je le vais de ma main présenter à l'armée, Corneille, Othon, III, 4. Le roi mon père est trop juste et trop bon Pour me faire mourir contre toutes les formes, Mairet, Solim. V, 6. Pour les faire punir dans les formes de la justice, Pascal, Prov. 14. Jésus-Christ n'a pas voulu être tué sans les formes de la justice, Pascal, J. C. 12, édit. FAUGÈRE. Ils le voulaient tuer par les formes [en forme], Sévigné, 118. [à Rome] la réception des images était la forme ordinaire de reconnaître les nouveaux princes, Bossuet, Hist. I, 10. On les menait [les chrétiens] au supplice sans garder aucune forme ni suivre aucune procédure, Bossuet, Panég. St Gorgon, 2. Quelle nouvelle forme d'entrer dans les cours des rois ! Fléchier, Panég. t. I, p. 345. Consultez ceux qui conservent la forme de la loi et de la saine doctrine, Massillon, Car. Salut. Le mépris des formes entraîne bientôt parmi nous celui du fond ; nous employons si souvent la formule, sans tirer à conséquence, qu'à la fin tout sera sans conséquence, Duclos, Mém. rég. Œuvres, t. VI, p. 155. Des témoins dont la déposition est conservée dans les archives publiques, revêtue de toutes les formes, Voltaire, Phil. Cons. à M. Bergier, 19. La forme, voyez-vous, la forme ! tel rit d'un juge en habit court qui tremble au seul aspect d'un procureur en robe, Beaumarchais, Mar. de Fig. III, 14. Les Anglais, ainsi devenus souverains du Bengale, crurent devoir conserver l'image des formes anciennes, dans un pays où elles ont le plus grand pouvoir, Raynal, Hist. phil. III, 35. Que ne conservait-on ces formes respectées, Par les seuls criminels si longtemps redoutées ? Chénier M. J. Tib. IV, 2. Sans forme de procès, sans avoir observé les formes de justice ; et fig. sans rien écouter. Là-dessus, au fond des forêts, Le loup l'emporte et puis le mange Sans autre forme de procès, La Fontaine, Fabl. I, 10. Je ne suis pas même à portée de solliciter la restitution de mon propre bien, qu'on s'est avisé de me prendre sans aucune forme de procès, Voltaire, Lett. d'Argental, 19 janv. 1771.

    Dans les formes, suivant les formes régulières, les règles établies, les usages convenus. Traiter une affaire dans les formes. Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments… et que sa recherche soit dans les formes, Molière, les Préc. 5. Rien ne se fait dans les formes, Bossuet, Hist. I, 11. La ville assiégée dans les formes, Bossuet, ib. II, 9. On déclara la guerre à l'Espagne dans les formes à la fin de l'année 1739, Voltaire, Louis XV, 8.

    En forme, en bonne forme, avec toutes les formalités requises, et aussi avec tous les caractères, avec toutes les conditions que la chose comporte. En vertu d'un contrat duquel je suis porteur ; Il est en bonne forme, et l'on n'y peut rien dire, Molière, Tart. v, 4. Vous voulez un raccommodement en forme, Sévigné, 306. Elle vous aime trop pour vous rien dire en forme, Sévigné, 495. Il signe un bon contrat, écrit en bonne forme, Racine, Plaid. II, 6. Le roi lui-même, qui n'avait point encore vu de près les Romains dans un combat en forme, en fut effrayé, Rollin, Hist. anc. t. VIII, p. 225, dans POUGENS. Le singe, comme secrétaire, En bonne forme mit l'affaire, Lamotte, Fables, III, 11. [Dans une tragédie] Pour expirer en forme, un roi, par bienséance, Doit exhaler son âme avec une sentence, Gilbert, Le 18e s.

    Terme de chancellerie romaine. Provisions en forme gracieuse, celles qui sont expédiées en suite d'une information de vie et de mœurs faite sur les lieux.

    Pour la forme, pour sauver les apparences, pour se conformer aux usages reçus. Ces devoirs… Qu'elle endurait seulement pour la forme, La Fontaine, Mandr. Les nouveaux mystiques font peu de cas de cette excellente vertu [l'espérance], qu'ils ne nomment que pour la forme, Bossuet, Nouv. myst. x, 12.

    Mme de Sévigné a dit en ce sens : par les formes. Cavoie est affligé [de la mort de Turenne] par les formes, Lett. 12 août 1675.

    Absolument, en termes de procédure, il se dit des formes judiciaires, par opposition à ce qui fait la matière, le fond d'un procès. La forme a emporté le fond. S'il y a des cas où le fond doit faire taire la forme, c'est assurément quand il s'agit de la vie des hommes, Voltaire, Lett. Damilaville, 8 févr. 1768.

  • 16 Au plur. Manière d'agir, de s'exprimer. Il a les formes un peu rudes. Ce jeune homme a des formes très distinguées. Eurymaque était grave avec les graves, enjoué avec ceux qui étaient d'une humeur enjouée ; il ne lui coûtait rien de prendre toutes sortes de formes, Fénelon, Tél. XVI. Il ne faut, pour plaire aux princes, que des formes respectueuses, des manières agréables, et l'art de louer avec finesse, Genlis, Jeanne de France, 1re partie, t. I, p. 293, dans POUGENS.

    Absolument et familièrement. Avoir des formes, se dit au sens d'avoir des formes polies. Cet homme a des formes. Mettez-y des formes, et vous réussirez.

  • 17 Terme d'arts. Moule sur lequel on donne à certaines choses la forme qui leur convient.

    Forme brisée, forme composée de pièces qui peuvent se séparer.

    Terme de chapelier. Morceau de bois assez massif, de la grosseur de la tête d'un homme, dont on se sert pour enformer les chapeaux. Mettre un chapeau sur forme. Forme du chapeau, la partie élevée au-dessus des bords et dans laquelle entre la tête. La forme de ce chapeau est trop basse.

    Dans les chapeaux de femme, carcasse en calicot gommé ou en tulle, laitonnée au bord, sur laquelle se tend l'étoffe du chapeau et qui lui donne sa structure.

    Terme de bonnetier. Petit ais de la grandeur de la jambe qu'on met dans le bas afin de l'enformer.

    Terme de cordonnier. Morceau de bois qui a la figure du pied et qui sert à monter un soulier.

    La partie de dessus d'un soulier.

  • 18Espèce de moules de terre dans lesquels on met le sucre qu'on blanchit lorsqu'il est prêt à prendre de la consistance.

    Vase ou panier percé de trous dans lequel on met écouler le fromage. Éclisse ou cercle de bois dans lequel on dresse les fromages de Gruyère.

  • 19 Terme de papeterie. Châssis de bois garni d'un tissu métallique, servant à fabriquer le papier.

    Terme d'imprimerie. Châssis de fer dans lequel on serre la composition. Une forme de huit pages.

    Terme de construction. Forme de vitre, la garniture d'un grand vitrail d'église, composé de plusieurs panneaux.

    En termes de luthier, une forme est un modèle d'instrument.

  • 20Banc garni d'étoffe et rembourré. Une forme de velours. Les ducs devaient avoir [au convoi du prince de Conti] des fauteuils en tout pareils à ceux des princes du sang ; M. le duc, toujours entreprenant, les avait tous supprimés : il ne s'en trouva que trois pour les trois princes du deuil, et une forme joignant le dernier fauteuil et plusieurs autres formes de suite, Saint-Simon, 220, 227. Les siéges étaient des escabelles, des formes et des bancs ; le roi avait des chaises à bras, garnies de cuir rouge avec des franges de soie, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. III, p. 71, dans POUGENS.

    Siéges qui sont dans les chœurs des églises pour asseoir les prêtres, les chanoines et les religieux. On dit plus ordinairement stalles.

  • 21 Terme de paveurs. Certaine étendue de sable qu'ils mettent dans les rues ou sur les ponts avant que d'y poser le pavé.

    Terme de construction. Lit de poussier ou de recoupes d'une faible épaisseur que l'on rapporte et que l'on dresse de niveau sur l'aire d'un plancher pour recevoir le carreau.

  • 22 Terme de chasse. Gîte du lièvre, l'endroit où il se couche tant la nuit que le jour, et qui est ordinairement entre deux sillons. Lièvre en forme.

    L'espace de terre sur lequel un filet est étendu.

  • 23 Terme de fauconnerie. La femelle d'un oiseau de proie qui donne le nom à l'espèce.
  • 24 Terme de vétérinaire. Nom donné à des tumeurs osseuses qui se développent à la couronne, au-dessus du biseau du sabot, chez le cheval.
  • 25 Terme de marine. Atelier ou chantier, espèce de réduit sur le bord de la mer pour la construction ou le carénage d'un vaisseau. Ils [les Hollandais] n'ont point de formes pour le radoub ni pour la construction des vaisseaux, Corresp. de Colbert, III, 2, p. 308. Puisque vous n'estimez pas qu'il soit utile de faire des formes en Provence pour les vaisseaux comme l'on en fait en Charente, ib. III, 153.

    Forme flottante, construction disposée pour recevoir un navire dont on veut réparer la carène.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et entre les autres [images] en avoit une qui estoit en forme d'empereour, Villehardouin, CXXVII. Por faire les enseignemens plus chers et plus apers, voudra li maistres escrire une petite forme [modèle] de la letre à celui qui est esleuz à governeor et à seignor, Latini, Trésor, p. 583. Je tout armé alai parler au roy, et le trouvai tout armé seant sus une forme…, Joinville, 217.

XIVe s. Et doit-on mettre en fourme [sorte de cage] ung coulon qui soit ramier, et tous les autres s'i viendront asseoir en fourme dedens les deux roys [filets], Modus, f° CXXVI.

XVe s. Il fit venir avant un clerc ; et eux deux enfermés en une chambre tant seulement, prit le duc une feuille de papier de la grand forme, Froissart, III, IV, 46. Quand nous y fusmes venus [aux portes], nous n'y trouvames autre garde que un savetier qui mettoit à point ses formes et ses rivets, Froissart, II, III, 16. [Les maçons ne peuvent] Faire ouvraige qui ne soit vain, S'esquierre n'ont ou ligne en main Et fourme, selon leur ouvraige, Deschamps, Poésies mss. f° 382. L'honnesteté et forme de vivre de nostre roy, Commines, VI, 13. On le fait entrer dans la nasse de mariage, comme l'oyseleur fait venir les oyseaux de riviere dedans la fourme, les Quinze joies du mariage, p. 137, dans LACURNE.

XVIe s. Les formes de parler, comme les herbes, s'amendent et se fortifient en les transplantant, Montaigne, III, 5. C'estoient les formes [procédés] vrayment romaines, Montaigne, I, 24. Une toute nouvelle forme de vivre, Montaigne, I, 90. Inique et pernicieuse forme [l'usage du fouet dans les colléges] ! Montaigne, I, 183. La forme de leurs licts, de leurs espées, Montaigne, I, 238. Chacune forme [bataillon] estoit de 3000 hommes pour le moins, D'Aubigné, Hist. II, 392. …Sans faire mention de roy ne de prince, pour autant que c'estoient gens qui vivoient soubs autre forme de gouvernement, Amyot, Épît. Il en a une pleine boite [de blancs-seings], dont il se sert à toutes occurrences, comme d'une forme à tout soulier, et d'une selle à tous chevaux, Sat. Mén. p. 86. Chausser toute personne à une forme, Paré, X, 10. À telle forme, tel soulier, Cotgrave Si l'on voit partir un lievre, n'aller pas après qu'auparavant on n'ait veu le lieu d'où il est party, pour juger si c'est un giste, ou une flastrure ; car si c'est un giste, il sera enforcé et fort battu… et si c'est une flastrure, il n'y paroistra que peu, puisqu'ils s'y mettent seulement sur le ventre, n'ayant pas le temps de la façonner ; ils s'y razent seulement le plus qu'ils peuvent ; et si c'est une forme, c'est un signe evident que c'est un lievre frais, Salnove, p. 211, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FORME.
16Ajoutez :

Formes élégantes, manières élégantes de se comporter à l'égard des autres. On ne parlait que des grâces de son accueil [de Calonne, arrivé depuis peu au ministère] et des charmes de son langage ; ce fut pour peindre son caractère qu'on emprunta des arts l'expression de formes élégantes, Marmontel, Mém. XI.

26Nom donné, en viticulture, à la grappe avant la floraison. Les vignes sont chargées de formes de raisin, Journ. offic. 19 mai 1875, p. 3526, 2e col.
27Mettre un papillon en forme, le disposer tel qu'il doit être dans la collection, avant d'y appliquer des drogues pour le conserver. Ne mettez pas en forme les papillons, avant qu'ils soient parfaitement morts ; c'est en essayant de dégager leurs ailes qu'ils s'abîment le plus souvent, Carteron, Premières chasses, Papillons et oiseaux, p. 69, Hetzel, 1866.
28Anciennement, deuil en forme, deuil porté comme il est requis. Monsieur le grand écuyer, à cheval, vêtu de deuil en forme et sa queue portée, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FORME, s. f. (Métaphysique.) on définit ordinairement la forme, ce qui est de moins commun & de plus particulier ou de plus distingué dans un être. Quoique par cette définition, la forme semble pouvoir convenir aux esprits aussi-bien qu’aux corps, néanmoins, dans l’usage ordinaire, la forme, aussi-bien que la matiere, s’attribue aux seuls corps. Je définirois volontiers la forme des corps (laquelle est à la portée de notre esprit, & dont nous pouvons juger), la mesure ou portion de mouvement & d’arrangement, qui nous détermine à donner à certaine partie de la matiere une dénomination particuliere, plûtôt que toute autre dénomination.

Je ne parle pas ici de cette forme qu’on supposeroit consister dans un germe ou un atome particulier ; elle surpasseroit la sagacité de nos sens, puisque nous n’avons rien à dire de ce que nous ne pouvons connoître, & que nous ne connoissons rien dont l’idée primitive ne nous soit venue par la voie de l’expérience & des sensations.

Au reste, ce que nous avons dit de la forme ordinaire des corps, suffit pour nous donner distinctement à entendre tout ce que nous comprenons sous le nom de forme purement corporelle. Il ne faut pourtant pas croire que par-là nous puissions discerner toûjours en quoi consiste précisément la forme de chaque corps, c’est à-dire en quel degré de mouvement, d’arrangement, de situation, & de configuration de ses parties les plus petites, consiste la forme de chaque corps ; c’est de quoi s’occupe la Physique, & souvent avec assez peu de succès. Cependant l’analogie d’une forme à l’autre, & celle des corps que nous connoissons à ceux que nous ne connoissons pas, nous donne en général quelque idée de la forme des corps. Ainsi il arriveroit à tout homme sensé, qui n’auroit jamais vû de la farine & du pain, d’y trouver d’abord à-peu près la même différence de forme & même de substance, qu’entre du cuivre & de l’or : mais quand nous lui aurons fait connoître que la substance du pain n’est autre chose que de la farine dont les parties se sont rapprochées par la conglutination de l’eau, qui l’a rendue pâte, & ont encore été serrées par la cuisson qui l’a fait devenir pain, il jugera bientôt que l’eau & le feu n’y ont apporté d’autre changement, sinon celui qui s’est fait par les qualités que nous nommons couleur & dureté.

Nous jugerons de même qu’avec un changement pareil, dans un degré plus ou moins considérable, & avec plus ou moins de tems, ce qui est aujourd’hui du plomb ou du cuivre pourroit bien devenir tout autre métal, & peut-être de l’or. Article tiré des papiers de M. Formey.

Les philosophes scholastiques distinguent la figure de la forme, en ce que la premiere est la disposition des parties extérieures du corps ; & la seconde, celle des parties intérieures : c’est ce qui donne lieu à cette scène si plaisante du mariage forcé, où Pancrace, docteur péripatéticien, soûtient qu’on doit dire la figure d’un chapeau, & non la forme, & croit que l’état est renversé par l’usage contraire.

Forme substantielle, (Métaphysique.) terme barbare de l’ancienne philosophie scholastique, dont on s’est principalement servi pour désigner de prétendus êtres matériels qui n’étoient pourtant pas matiere. Nous ne nous chargeons pas d’expliquer ce que cela signifie : nous dirons seulement, que la question si épineuse de l’ame des bêtes a donné occasion à cette opinion absurde. Voici, selon toutes les apparences, par quels degrés les Scholastiques y ont été conduits, c’est-à-dire par quelle suite de raisonnemens ils sont parvenus à déraisonner.

Si les bêtes sentent, pensent, & même raisonnent, comme l’expérience paroît le prouver, elles ont donc en elles un principe distingué de la matiere : car ce seroit renverser les preuves de la spiritualité de l’ame, que de croire que Dieu puisse accorder à une substance étendue le sentiment & la pensée. Or si l’ame des bêtes n’est point matiere, pourquoi s’éteint-elle à la destruction de leur corps ? Pourquoi l’Etre suprème ayant mis dans les animaux un principe de sentiment semblable à celui qu’il a mis dans l’homme, n’a-t-il pas accordé à ce principe l’immortalité qu’il a donnée à notre ame ? La philosophie de l’école n’a pû trouver à cette difficulté d’autre réponse, sinon que l’ame des bêtes étoit matérielle sans être matiere ; au lieu que l’ame de l’homme étoit spirituelle : comme si une absurdité pouvoit servir à résoudre une objection ; & comme si nous pouvions concevoir un être spirituel sous une autre idée que sous l’idée négative d’un être qui n’est point matiere.

Les philosophes modernes, plus raisonnables, conviennent de la spiritualité de l’ame des bêtes, & se bornent à dire qu’elle n’est pas immortelle, parce que Dieu l’a voulu ainsi.

Mais l’expérience nous prouve que les bêtes souffrent ; que leur condition sur ce point est à-peu-près pareille à la nôtre, & souvent pire. Or pourquoi Dieu, cet être si bon & si juste, a-t-il condamné à tant de peines des êtres qui ne l’ont point offensé, & qu’il ne peut même dédommager de ces peines dans une vie future ? Croire que les bêtes sentent, & par conséquent qu’elles souffrent, n’est-ce pas enlever à la religion le grand argument que saint Augustin tire des souffrances de l’homme pour prouver le péché originel ? Sous un Dieu juste, dit ce pere, toute créature qui souffre doit avoir péché.

Descartes, le plus hardi, mais le plus conséquent des Philosophes, n’a trouvé qu’une réponse à cette objection terrible : ç’a été de refuser absolument tout sentiment aux animaux ; de soûtenir qu’ils ne souffrent point ; & que destinés par le créateur aux besoins & au service de l’homme, ils agissent en apparence comme des êtres sentans, quoiqu’ils ne soient réellement que des automates. Toute autre réponse, de quelques subtilités qu’on l’enveloppe, ne peut, selon lui, mettre à couvert la justice divine. Cette métaphysique est spécieuse sans doute. Mais le parti de regarder les bêtes comme de pures machines, est si révoltant pour la raison, qu’on l’a abandonné, nonobstant les conséquences apparentes du système contraire. En effet comment peut-on espérer de persuader à des hommes raisonnables, que les animaux dont ils sont environnés, & qui, à quelques legeres différences près, leur paroissent des êtres semblables à eux, ne sont que des machines organisées ? Ce seroit s’exposer à nier les vérités les plus claires. L’instinct qui nous assûre de l’existence des corps, n’est pas plus fort que celui qui nous porte à attribuer le sentiment aux animaux.

Quel parti faut-il donc prendre sur la question de l’ame des bêtes ? Croire, d’après le sens commun, que les bêtes souffrent ; croire en même tems, d’après la religion, que notre ame est spirituelle & immortelle, que Dieu est toujours sage & toûjours juste ; & savoir ignorer le reste.

C’est par une suite de cette même ignorance, que nous n’expliquerons jamais comment les animaux, avec des organes pareils aux nôtres, avec des sensations semblables, & souvent plus vives, restent bornés à ces mêmes sensations, sans en tirer, comme nous, une foule d’idées abstraites & réfléchies, les notions métaphysiques, les langues, les lois, les Sciences, & les Arts. Nous ignorerons du-moins jusqu’où la réflexion peut porter les animaux, & pourquoi elle ne peut les porter au-delà. Nous ignorerons aussi toujours, & par les mêmes raisons, en quoi consiste l’inégalité des esprits ; si cette inégalité est dans les ames, ou dépend uniquement de la disposition du corps, de l’éducation, des circonstances, de la société ; comment ces différentes causes peuvent influer si différemment sur des ames qui seroient toutes égales d’ailleurs ; ou comment des substances simples peuvent être inégales par leur nature. Nous ignorerons si l’ame pense ou sent toûjours ; si la pensée est la substance de l’ame, ou non ; si elle peur subsister sans penser ou sentir ; en quel tems l’ame commence à être unie au corps, & mille autres choses semblables. Les idées innées sont une chimere que l’expérience reprouve : mais la maniere dont nous acquérons des sensations & des idées réfléchies, quoique prouvée par la même expérience, n’est pas moins incompréhensible. Toute la Philosophie, sur une infinité de matieres, se borne à la devise de Montagne. L’intelligence suprème a mis au-devant de notre vûe un voile que nous voudrions arracher en vain : c’est un triste sort pour notre curiosité & notre amour-propre ; mais c’est le sort de l’humanité.

Au reste, la définition que nous avons donnée du mot forme substantielle, ne doit pas s’appliquer à l’usage qui est fait de ce même mot dans le premier canon du concile général de Vienne, qui décide contre le cordelier Pierre Jean d’Olive, que quiconque osera soûtenir que l’ame raisonnable n’est pas essentiellement la forme substantielle du corps humain, doit être tenu pour hérétique. Ce decret, qu’on auroit peut-être dû énoncer plus clairement, ne prouve pas, comme quelques incrédules l’ont prétendu, que du tems du concile de Vienne, on admettoit la matérialité de l’ame, ou du-moins qu’on n’avoit pas d’idée distincte de sa spiritualité : car l’Eglise ne peut ni se tromper, ni par conséquent varier sur cette matiere importante. Voyez Ame. Voyez aussi l’abregé de l’Histoire ecclésiastique, Paris 1751, sous l’année 1312. (O)

Forme, en Théologie, est une partie essentielle des sacremens.

La forme, selon les Théologiens, est tout ce qui signifie plus clairement ou plus distinctement la grace, ou ce qui détermine la matiere à l’être sacramentel, suivant cette parole de S. Augustin (tract. 80. in Joan. n°. 3.) : accedit verbum ad elementum, & fit sacramentum.

En genéral la forme est une parole ou une priere qui exprime la grace & l’effet du sacrement ; & on l’appelle ainsi, parce qu’elle détermine la signification plus obscure de ce qui sert de matiere.

Ce mot de forme aussi-bien que celui de matiere, étoit inconnu aux peres & aux anciens théologiens, qui disoient que les sacremens consistoient en choses ou en élémens, & en paroles : rebus seu elementis, & verbis. Vers le milieu du treizieme siecle, Guillaume d’Auxerre, théologien scholastique, imagina les mots de matiere & de forme, suivant le gout de la philosophie péripatéticienne, fort à la mode en ces tems là, & suivant laquelle on disoit que la forme déterminoit la matiere à constituer tel ou tel être, plûtôt que tel ou tel autre être. Les modernes adopterent ces expressions, & l’Eglise elle-même s’en est servi. Le pape Eugene IV. dans son decret donné à Florence après le départ des Grecs, réunit l’ancienne & la nouvelle maniere de s’exprimer sur ce point : Omnia sacramenta, dit-il, tribus perficiuntur ; videlicet rebus tanquam materia, verbis tanquam formâ, & per sonâ ministri conferentis sacramentum.

L’essence & la validité de tout sacrement demande donc qu’il y ait une forme particuliere & propre, relative à sa nature & à la grace qu’il signifie & qu’il confere.

Les Théologiens sont partagés pour savoir si Jesus-Christ a déterminé seulement en général ou en particulier les formes des sacremens. Chacun de ces sentimens a ses défenseurs ; mais le premer paroît d’autant plus probable, qu’il suppose que J. C. a laissé à son Eglise la liberté & le pouvoir de déterminer les formes des sacremens ; & qu’à l’exception de la forme du baptême & de celle de l’eucharistie, on ne trouve point exprimées dans l’Ecriture les formes des autres sacremens, telles qu’elles sont usitées dans l’église greque & latine.

La maniere dont la forme est concûe, se réduit en général à deux especes : elle peut être conçue, ou en termes indicatifs, ou en maniere de priere ; d’où l’on distingue forme absolue & forme indicative. Ainsi la forme du sacrement de pénitence est absolue chez les Latins, qui l’expriment ainsi, ego te absolvo ; & elle est déprécative chez les Grecs, qui la commencent par cette priere : Domine J. C. condona, dimitte, relaxa peccata, &c.

On distingue encore la forme en absolue & conditionnelle : elle est absolue, quand le ministre du sacrement n’y joint aucune condition, comme dans ces paroles, ego te baptiso ; & conditionnelle, lorsqu’il y appose une condition qui emporte avec elle un doute, comme dans celle-ci, si non es baptisatus, ego te baptiso. On ne trouve point d’exemple de la forme conditionnelle avant le huitieme siecle.

La forme des sacremens peut être altérée principalement de six manieres ; 1°. par simple changement, soit d’idiome, soit de termes synonymes, soit de mode ; 2°. par simple corruption ; 3°. par addition ; 4°. par détraction ou retranchement ; 5°. par transposition ou par inversion ; 6°. par interruption. Le principe général à cet égard est, que quand quelqu’une de ces différentes altérations est notable, ensorte qu’il en résulte une erreur ou un changement substantiel qui détruise le sens de la forme, alors le sacrement est nul ; mais une mutation accidentelle dans la forme n’ôte rien au sacrement de sa validité.

Quelle que soit la créance ou la foi du ministre, pourvû qu’il prononce la forme prescrite par l’Eglise & dans les circonstances convenables, le sacrement est valide : aussi l’Eglise n’a-t-elle jamais rejetté le baptême conféré par les hérétiques, excepté par ceux qui en altéroient la forme. Voyez Intention & Sacrement. (G)

Forme, (Jurispr.) est la disposition que doivent avoir les actes ; c’est un certain arrangement de clauses, de termes, de conditions & de formalités.

La forme des actes se rapporte, ou à leur rédaction simplement, & à ce qui peut les rendre probans & authentiques ; ou à ce qui habilite les personnes qui disposent, comme l’autorisation ; ou à la disposition des biens, comme l’institution d’héritier qui est nécessaire en pays de droit écrit pour la validité du testament.

Ce qui concerne la forme extérieure des actes se regle par la loi du lieu où ils sont passés ; c’est ce que signifie la maxime locus regit actum.

La forme qui tend à habiliter les personnes, dépend de la loi de leur domicile.

Enfin celle qui concerne la disposition des biens, dépend de la loi du lieu où ils sont situés.

On confond souvent la forme d’un acte avec les formalités ; cependant le terme de forme est plus général, car il embrasse tout ce qui sert à constituer l’acte ; au lieu que les formalités proprement dites ne s’entendent que de certaines conditions que l’on doit remplir pour la validité de l’acte, comme l’insinuation, le contrôle. On distingue cependant aussi plusieurs sortes de formalités. Voyez ci-devant Formalités. (A)

Forme est quelquefois opposée au fond ; la forme alors se prend pour la procédure, & le fond est ce qui en fait l’objet.

Il y a des moyens de forme, & des moyens du fond. Les moyens de forme sont ceux qui se tirent de la procédure, comme les nullités, les fins de non-recevoir ; au lieu que les moyens du fond se tirent du fait & du droit.

On dit communément que la forme emporte le fond, c’est-à-dire que les moyens de forme prévalent sur ceux du fond ; comme il arrive, par exemple, lorsque l’on a laissé passer le tems de se pourvoir contre un arrêt ; la fin de non recevoir prévaut sur les moyens de requête civile ou de cassation que l’on auroit pû avoir. (A)

Forme authentique, est celle qui fait pleine foi tant en jugement que dehors. Les actes sont revêtus de cette forme, lorsqu’ils sont expédiés & signés par une personne publique ; comme les jugemens qui sont signés du greffier, les expéditions des contrats signés de deux notaires, ou d’un notaire, & de deux témoins. (A)

Forme exécutoire, est celle qui donne aux actes l’exécution parée, paratam executionem, c’est-à-dire le droit de les mettre directement à exécution par voie de contrainte, sans être obligé d’obtenir pour cet effet aucun jugement ni commission.

Les jugemens & les contrats sont les seuls actes que l’on mette en forme exécutoire.

Cette forme consiste à être expédiés en parchemin, & intitulés du nom du juge ; & si c’est un arrêt, du nom du roi. Cette expédition est ce que l’on appelle la grosse d’un acte.

L’usage n’est pourtant pas par-tout uniforme à ce sujet ; & il y a des pays où la forme exécutoire est différente : par exemple, dans quelques endroits on ne met point les sentences en grosse ni en parchemin, c’est la premiere expédition en papier qui est exécutoire. Dans d’autres les grosses des contrats sont intitulées du nom du roi, comme les arrêts.

Mettre un acte en forme, c’est le mettre en forme exécutoire.

Quand les actes sont revêtus de cette forme, on peut directement en vertu de ces actes faire un commandement, & ensuite saisir & exécuter, saisir réellement, même procéder par emprisonnement, si c’est un cas où la contrainte par corps ait lieu. Voy. Exécution parée, Exécutoire & Grosse (A)

Forme judiciaire, c’est l’ordre & le style que l’on observe dans la procédure ou instruction, & dans les jugemens. Voyez Instruction & Procédure. (A)

Forme probante, est celle qui procure à l’acte une foi pleine & entiere, & qui le rend authentique. Un jugement & un contrat devant notaire sont des actes authentiques de leur nature ; mais l’expédition que l’on en rapporte pour être en forme probante, doit être sur papier ou parchemin timbré, & signé du greffier, si c’est un jugement ; ou des parties & des notaires & témoins, si c’est un contrat, testament, ou autre acte public.

La forme probante rend l’acte authentique ; c’est pourquoi l’on joint ordinairement ces termes, forme probante & authentique. Voyez ci-devant Forme authentique. (A)

Forme, en matiere bénéficiale, est la maniere dont les provisions de cour de Rome sont conçûes.

Le pape a coûtume de pourvoir en deux manieres ; en forme commissoire, & en forme gracieuse. La forme gracieuse, in formâ gratiosâ, est lorsqu’il pourvoit lui-même sur l’attestation de l’ordinaire, sans lui donner aucune commission pour procéder à l’examen de l’impétrant, lequel peut se faire mettre en possession, autoritate propriâ.

La forme commissoire, qu’on appelle aussi le committatur du pape, est lorsqu’il mande à l’ordinaire de pourvoir ; ce committatur se met en trois formes différentes, savoir in formâ dignum antiquâ, in formâ dignum novissimâ, & in formâ juris.

La forme dignum antiquâ n’est autre chose que la maniere, en laquelle le pape ordonne que les bulles soient expédiées tant par rapport à l’examen des capacités de l’impétrant, que pour la conservation des droits de ceux qui pourroient avoir quelque intérêt à l’établissement & à la possession du bénéfice dont il s’agit. Cette clause a été appellée in formâ dignum, parce que la bulle commence par ces mots : Dignum arbitramur, ut illis se reddat sedes apostolica gratiosam, quibus ad id propria virtutum merita laudaliliter suffragantur, &c. Mandamus quatenus, si post diligentem examinationem dictum N..... repereris. .... eidem..... conferas, &c.

Elle est surnommée l’ancienne antiquâ, parce que c’étoit autrefois la seule forme usitée avant les reservations qui ont donné lieu a la forme appellée novissimâ : c’est pourquoi à Rome on met souvent in formâ dignum simplement, sans ajoûter antiquâ ; ce qui est la même chose.

Les provisions expédiées in forma dignum novissimâ, sont pour les bénéfices dont la collation est reservée au saint-siége. Cette forme n’accorde aux commissaires que trente jours pour l’exécution des provisions ; passé lequel tems, on peut recourir à l’ordinaire le plus voisin. Cette forme a été surnommée novissimâ, pour la distinguer de l’ancienne.

La clause in formâ juris se met dans les dévolus & les vacances, qui emportent privation du bénéfice. La forme de cette commission est la clause d’un rescrit de justice ; mais cette forme est abusive, & n’est point reçûe dans le royaume.

Pour connoître plus à fond les effets de ces différentes formes, il faut voir le traité de l’usage & pratique de cour de Rome de Castel, avec les notes de Noyer, tom. I. pag. 395. & suiv. (A)

Forme de Pauvreté, in formâ pauperum, c’est la maniere dont on expédie en cour de Rome les dispenses de mariage entre personnes qui sont parentes en degré prohibé, lorsque ces personnes ne sont pas en état de payer les droits que l’on a coûtume de payer aux officiers de cour de Rome pour ces sortes de dispenses. Pour en obtenir une en la forme de pauvreté, il faut avoir une attestation de l’ordinaire, de son grand-vicaire ou official, portant que les parties sont si misérables, qu’elles ne peuvent vivre & subsister que de leur industrie & du travail de leurs bras seulement, quod labore & industritâ tantum vivunt. Voyez Castel, loc. cit. tom. II. pag. 228. (A)

Forme, en Architecture, espece de libage dur, qui provient des ciels de carriere.

Forme de pavé, c’est l’étendue de sable de certaine épaisseur, sur laquelle on assied le pavé des cours, des ponts, chaussées grands chemins, &c. en latin statumen.

Forme d’église : on appelle ainsi les chaises du chœur d’une église. Il y a les hautes & les basses. Les hautes sont adossées ordinairement contre un riche lambris, couronné d’un petit dôme ou dais continu, comme celles des grands Augustins, qui ont été faites pour les cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit. Les hautes & basses formes qui portent sur des marche-piés, sont séparées par des museaux ou accoudoirs assemblés avec les dossiers ; ainsi chaque place avec sa sellette, soûtenue d’un cul-de-lampe, est renfermée de son enceinte appellée parclose. Il s’en voit qui n’ont d’autre dossier que celui de leur parclose, comme celles de Saint Eustache & de quelques paroisses de Paris, où la clôture du chœur est à jour. Les basses formes ne devroient pas être vis-à-vis les hautes, comme on le pratique ; mais au contraire le dossier d’une basse devroit répondre au museau de la perclose d’une haute, afin que le vuide fût vis-à-vis de ceux à qui on annonce quelque antienne, ou qu’on encense, ainsi qu’elles sont en partie à Notre Dame de Paris. Les formes de l’abbaye de Pontigny près d’Auxerre, sont des plus belles ; celles des PP. Chartreux de Paris, des plus propres & des mieux travaillées. (P)

Forme, (Marine.) c’est un petit bassin revêtu de maçonnerie, ayant en-dedans des degrés pour descendre sur des banquettes de pierre, disposées en amphithéatre, pour faciliter aux ouvriers le moyen de manœuvrer autour du navire qu’on y a introduit à marée haute, & qu’on y maintient ensuite à sec quand la mer s’est retirée, en fermant l’écluse qui est à son entrée ; ce qui se pratique avec assez d’aisance dans les ports où le flux & le reflux ont lieu : ou bien si ces formes sont sur la Méditerranée, l’on en puise l’eau avec des machines. Architecture hydraulique, tome II. liv. III. ch. xij.

Mais pour prendre une idée juste de ce qu’on appelle forme, il faut avant d’entrer dans un plus grand détail, jetter les yeux sur la Planche IX. figure 1. & suiv. qui représente le plan & les profils de la forme construite à Rochefort, pour la bâtisse & le radoube des vaisseaux du roi, dont le dessein est ici d’un plus grand détail & d’une plus grande précision que celui qu’on a inséré dans l’Architecture hydraulique ; excellent ouvrage dont on ne peut assez faire l’éloge, & dont j’extrairai ce dont j’aurai besoin pour celui-ci.

On place les formes dans l’arsenal, ou le plus près qu’il est possible ; mais dans quelqu’endroit qu’on les place, il faut qu’elles ayent beaucoup d’espace tout-autour pour la facilité du travail. Voyez la Pl. VII. dans le plan d’un arsenal de Marine, la situation des formes.

Lorsque le terrein ne permet pas de placer plusieurs formes de front, l’on en bâtit deux au bout l’une de l’autre qui ont une entrée commune ; telle est la double forme de Rochefort, qui passe pour la plus belle qu’il y ait en Europe.

La premiere de ces formes, qui est la plus profonde & la plus grande, sert pour les vaisseaux du premier rang : aussi a-t-elle un plus grand nombre de rampes & de banquettes que la seconde, destinée pour ceux du second & du troisieme rang. Il faut avoir la Planche IX. sous les yeux. La premiere est appellée forme inférieure, & l’autre forme supérieure. La différence de l’élévation de leur plate-forme est de sept piés ; ce qu’on a fait dans la vûe qu’on seroit moins incommodé des eaux de fond. L’on voit qu’ayant fait entrer à marée haute un vaisseau dans chacune de ces formes & fermé les portes de l’écluse, aussi-tôt que la mer en se retirant les a laisses à sec, on peut les radouber tous deux en même tems. On les fait sortir lorsqu’ils sont réparés, en profitant d’une marée favorable.

Il faut renfermer la capacité des formes dans de justes bornes. La longueur la plus raisonnable qu’on puisse donner à celles destinées pour les vaisseaux du premier rang, est de cent quatre-vingts-dix piés depuis le bord supérieur du fond jusqu’à l’angle du busc de l’écluse. A l’égard de la largeur des mêmes formes, comprise entre le bord des ailes, il faut la régler sur celle qu’il conviendra de donner à l’écluse, parce qu’elle est la même qu’aura la plate-forme ; à quoi il faut ajoûter l’espace qu’occuperont les banquettes : par exemple, si l’on donne quarante-huit piés à l’écluse, & que l’on fasse trois banquettes, chacune de cinq piés, elles en occuperont ensemble trente, qui étant ajoûtés à la largeur de l’écluse, donnent soixante dix-huit piés pour toute la largeur de la forme.

Le fond d’une forme doit être plancheyé avec autant de soin que le radier d’une écluse. Il faut apporter beaucoup d’attention pour établir solidement le massif de maçonnerie qui doit régner sur toute l’étendue de la plate-forme, & se régler sur la nature du terrein que l’on rencontrera après avoir fouillé jusqu’à la profondeur convenable. Le plancher du fond doit former un plan incliné de six pouces, depuis le fond de la forme jusqu’aux bords des heurtois de l’écluse, afin de faciliter l’écoulement des eaux.

Comme le principal mérite de ces sortes de bassins est de pouvoir y travailler à sec dans quelque tems que ce soit, que cependant il est bien difficile que l’eau ne s’y introduise tant de la part des portes de l’écluse, que des sources qui transpirent dans le fond, malgré les précautions que l’on prend pour s’en garantir ; il est d’une extrème conséquence de faire ensorte que les eaux qui s’y amasseront s’écoulent d’elles-mêmes au tems des basses-marées ordinaires, sans être obligé d’employer continuellement des machines pour les puiser ; ce qui coûte beaucoup. Pour éviter cet inconvénient, il faut établir la surface du fond environ à un pié au-dessus du niveau des basses eaux dans le port ; au cas que cela se puisse sans anticiper trop sur le tirant d’eau des plus grands vaisseaux qu’on pourra y faire entrer non-lestés : autrement il faudroit faire de son mieux pour concilier ces deux objets. Il est bon d’observer que les vaisseaux du premier rang qui tirent avec leur charge ordinaire 25 à 26 piés d’eau, n’en exigent que 16 à 17 quand ils ne sont pas lestés, après qu’on a un peu chargé l’avant, ou soulagé l’arriere avec des coffres pour diminuer la différence du tirant-d’eau : ainsi voilà un point fixe, d’où l’on pourra partir pour se régler en conséquence ; & comme le tirant-d’eau des navires que l’on fait passer dans une forme, doit se mesurer au-dessus du chantier qui a environ 3 piés de relief, il suffit, quand on y est contraint par le défaut de profondeur d’eau, de ne lui en donner que deux seulement, pour pouvoir encore travailler commodément aux parties du vaisseau qui répondent à la quille.

Lorsqu’on ne peut empêcher que la plate-forme ne soit inondée, soit de la part des sources du fond, soit des pluies, ou de l’eau de la mer qui filtre par les portes de l’écluse, on y remédie par des machines pour épuiser ces eaux, dont on peut voir la conduite & le dessein rendu dans toutes ses parties, tant en plan qu’en profil, dans la Planche IX. à laquelle nous renvoyons pour éviter un plus long détail. (Z)

Forme, dans l’art de Peinture, est un terme dont le sens ne paroît être autre chose que l’apparence des objets : en conséquence prescrire aux artistes de regarder comme l’objet principal de leur étude de bien imiter les formes, ne seroit que leur recommander de dessiner exactement la nature ; cependant comme dans l’explication que je cherche à donner des termes qu’on employe dans l’art dont il s’agit, j’embrasse ordinairement & les significations simples & celles qui sont plus recherchées, je crois devoir joindre ici à l’occasion de ce mot, quelques idées intéressantes.

Je suppose à plusieurs artistes le projet de représenter un objet qui s’offriroit à leur vûe ; il arriveroit qu’ils pourroient le représenter d’une façon différente les uns des autres, & que cependant tout le monde reconnoîtroit dans chacune des copies l’objet qu’ils auroient imité : ainsi s’ils avoient eu le but, par exemple, de dessiner un homme qu’ils auroient tous regardé du même point de vûe, le dessein de chacun de ces artistes donneroit à ceux qui le verroient l’idée générale d’un homme, quoique les formes des parties qui composent cet homme pussent être différentes, à plusieurs égards, dans chaque dessein. Mais si l’on donnoit à ces mêmes artistes deux hommes à-peu-près semblables à représenter, chacun d’eux seroit excité à les comparer & à démêler dans des parties, qui à la premiere vûe leur auroient paru semblables, les différences de formes qui pourroient les distinguer ; la représentation de plusieurs hommes de même âge & de même taille, les conduiroit enfin à un examen plus détaillé, plus réfléchi ; & pour lors ceux qui auroient un discernement plus délicat & un sentiment plus fin, parviendroient plus aisément à discerner & à saisir ce qui fait le caractere distinctif des formes.

Il résulte de ce développement ; que les objets ont des formes générales & des formes caractéristiques ; & que la finesse & la sensibilité avec lesquelles l’artiste découvre & exprime ces différences particulieres & caractéristiques, sont une source de supériorité dans son talent : peut-être ce talent est-il un don de la nature ; mais il a besoin d’être développé & cultivé ; les connoissances de toute espece l’augmentent. Je vais faire encore une supposition pour le prouver. Un artiste à qui l’on donneroit à imiter un objet qui lui seroit totalement inconnu, & dont il n’auroit jamais approché qu’à la distance nécessaire pour le voir distinctement, l’imiteroit sans doute avec une exactitude apparente, qui paroîtroit devoir suffire à la représentation : cependant il est certain que cette représentation ne rendra l’objet parfaitement, que pour ceux qui n’en auront pas approché de plus près que l’artiste dont il s’agit. Ceux qui l’auront touché exigeront davantage dans l’imitation ; & l’artiste, après avoir connu en partie sa nature, par exemple sa dureté ou sa mollesse, sa legereté même ou sa pesanteur, rendra le portrait de cet objet plus relatif aux desirs de ces spectateurs plus instruits ; il opérera encore différemment, s’il a plus de connoissance de la contexture & de l’usage de l’objet supposé, & satisfera alors pleinement ceux à qui il est intimement connu.

Un peintre qui voudra représenter des arbres ou des plantes, ne laissera donc pas échapper, s’il est instruit, certaines formes caractéristiques, qui indiqueront aux Botanistes mêmes les différences apparentes qui leur sont connues. Qu’on s’éleve de cette imitation de plantes à celle des hommes, & qu’on ait pour objet de les représenter aux yeux d’un peuple instruit, agités des mouvemens que les passions occasionnent, avec les nuances d’expressions que répandent sur eux les âges, les états, les tempéramens ; quel discernement naturel ne faudroit-il pas ? par combien de connoissances ne sera-t-il pas nécessaire d’éclairer le talent, & que des réflexions profondes & justes devront être employées à le guider ? Article de M. Watelet.

* Forme, (Cartonnier.) espece de chassis de bois fait d’un quadre & de traverses, & couvert de fils de laiton. Il n’est pas fort différent de la forme des Papetiers ; le laiton en est seulement plus fort, & la forme du Papetier a un rebord. La forme du Cartonnier sert à lever les feuilles de carton. Voyez les Pl. du Cartonnier, & les articles Carton & Papeterie.

* Forme, terme de Chapelier, gros cylindre de bois, arrondi par le haut & tout-à-fait applati par le bas, dont on se sert pour dresser & enformer les chapeaux, après qu’ils ont été foulés & feutrés. C’est dans ce sens qu’on dit mettre un chapeau en forme, ou l’enformer. Voyez les Planches du Chapelier.

Les Chapeliers appellent aussi forme, la tête du chapeau, ou plûtôt la cavité du chapeau, destinée à recevoir la tête de celui qui s’en sert. C’est dans ce sens qu’on dit communément : ce chapeau est trop haut, trop bas, trop large, trop étroit de forme.

* Forme, (Cordonnerie.) c’est le morceau de bois qui a à-peu-près la figure d’un pié, sur lequel on monte le soulier pour le faire. Voyez la Planche du Cordonnier. Il y a la forme simple, & la forme brisée : celle-ci est composée de deux demi-formes ; à chacune est une coulisse, entre laquelle on fait entrer à force une clé ou espece de coin de bois, qui écarte les deux demi-formes. Voyez la Planche du Cordonnier-Bottier. L’usage de cette forme est d’élargir les souliers quand ils sont trop étroits.

On appelle Formiers, ceux qui font les formes pour les Cordonniers & Bottiers.

Forme, dans l’usage de l’imprimerie, désigne une quantité de composition mise dans le format décidé, & enfermée dans un chassis de fer, où elle est maintenue par le secours des bois de garniture, de biseaux & des coins. Voyez les Planches d’Imprimerie.

Forme, (Manége & Maréchall.) tumeur calleuse, indolente, de la nature de celle qui dans l’homme est connue sous le nom de ganglion. Son siége est fixé dans les ligamens même de l’articulation du pié ou de la couronne, avec le pâturon ; aussi se montre-t-elle toûjours sur un des côtés, ou sur les deux côtés de cette derniere partie, soit qu’elle attaque le devant, soit qu’elle attaque le derriere de l’animal.

Les causes en sont ordinairement externes ; elle peut être l’effet d’une constitution, d’une piquûre : elle est le plus souvent la suite des efforts, auxquels le cheval a été contraint dans des courses violentes, ou en maniant à des airs qui exigent beaucoup de force. Tout ce qui peut insulter les fibres ligamenteuses en les tirant, en les alongeant, en les meurtrissant, en les dilacérant, doit nécessairement produire ou une dilatation, ou une obstruction des vaisseaux qui charrient la lymphe dans ces ligamens, ou une extravasion de cette humeur : de-là une tumeur legere & molle dans son origine, mais qui augmente insensiblement en volume & en consistance au point d’offenser d’une part les ligamens en les gênant, & de rendre de l’autre la circulation difficile dans les vaisseaux qui l’avoisinent : c’est ainsi que le desséchement de l’ongle & la claudication, deviennent des accidens inséparables de cette maladie.

On la reconnoît à la présence de la tumeur, & le signe univoque est l’indépendance totale de cette même tumeur qui ne tient en aucune façon au tégument, sous lequel elle est située.

Je ne proposerai pour la détruire ni l’opération de dessoler, ni l’application inutile d’un cautere actuel, dort l’effet ne s’étend pas au-delà de la peau ; j’indiquerai des topiques capables de la résoudre, tels que la pommade mercurielle, que l’on doit faire succéder à des frictions seches. On peut encore, après avoir froissé la tumeur & l’avoir fortement comprimée sous le doigt, dans l’intention de briser l’humeur qui la forme, y placer un emplâtre d’onguent de vigo au triple de mercure, ou du diabotanum mercurisé, & recouvrir le tout d’une plaque de plomb, que l’on assujettira sur la partie par le moyen d’un bandage. Il est même à-propos, lorsque la tnmeur est très-considérable, de la battre avec une petite palette de bois avant de tenter de la dissiper par ces résolutifs, que l’on employera toûjours avec succès, sur-tout s’ils sont accompagnés des médicamens internes, qui peuvent atténuer & liquéfier la lymphe. Ces médicamens sont le crocus metallorum, donné à la dose d’une once chaque jour ; l’aquila alba, à la dose d’une dragme & plus ; la poudre de vipere, &c. Si les frictions, les frotemens, les compressions occasionnent une inflammation, on ne continuera pas les applications des emplâtres prescrits ; on recourra à des topiques émolliens, qui seront suivis de l’usage de ces mêmes emplâtres, lorsque la partie cessera d’être enflammée. (e)

* Forme, (Papeterie.) chassis sur lequel la feuille de papier prend sa forme ; il est composé d’un quadre de bois AA, BB (voyez les Planc. de Papeterie.) de figure quadrilatere, mais plus long que large : le vuide de ce quadre est de la grandeur dont on veut la feuille ; il est traversé par de petits barreaux de bois, ou des fils de laiton, qu’on appelle verjures. Les verjures ont une arrête assez tranchante (voyez les figures K & I) : la premiere représente la partie inférieure d’une verjure qui est arrondie ; & l’autre, la partie supérieure. Sur les arrêtes des verjures DD, qui sont assemblées dans les longs côtés du chassis, & qui viennent presque à son affleurement, on étend des fils de laiton BBB, que l’on fixe les uns auprès des autres par d’autres fils encore plus fins qui font le tour des verjures, comme le filet d’une vis sur son noyau ; de maniere que le vuide du chassis soit entierement rempli. Ces lignes droites que l’on remarque au papier en le regardant au jour, sont les impressions des verjures : quant aux écritures & marques du manufacturier, elles se font par l’impression d’un fil de crin cousu sur la forme, suivant le dessein qu’on veut avoir. En général, la feuille prend la trace de toutes les parties éminentes de l’intérieur du quadre de la forme.

On voit, fig. 1. la forme par-dessus ; fig. 2. la forme par-dessous ; & fig. 3. le cadret que l’on tient sur la forme, pour lui servir de rebord. On conçoit qu’en plongeant la forme dans une chaudiere pleine d’eau & de pâte à faire du papier ; la faisant entrer de champ ; la tenant horisontalement sons l’eau, ensorte qu’il y ait, par exemple, six pouces depuis la surface de la forme jusqu’à la surface de l’eau ; la levant ensuite parallelement à la surface de l’eau, on emportera sur la forme toutes les parties de pâte qui se trouveront au-dessus ; que l’eau s’échappera à-travers le réseau de la forme ; & que les parties de pâte retenues s’affaissant les unes sur les autres, formeront une feuille. Voyez l’article Papeterie.

* Formes, en terme de Raffineur de sucre ; ce sont des moules de terre cuite, de figure conique, dans les quels on coule & on fait le sucre : la figure leur est nécessaire, pour que les sirops ne trouvent point de retraite où séjourner. Avant de se servir des formes neuves, on les met en trempe pendant vingt-quatre heures, pour les dégraisser : mais quand elles ont déjà servi, elles n’y restent que douze heures, après lesquelles on les lave & on les prépare pour l’empli, voyez Empli. Il y en a d’autant de sortes qu’il y a de différens poids dans les pains de sucre, ou plûtôt de degrés de finesse, voyez Sucre. Il faut encore que toutes les formes soient humides avant de les employer, excepté celles que l’on prépare pour les vergeoises & les verpuintes Voyez Vergeoises & Verpuintes.

Forme, (Vénerie.) s’entend d’un espace de terre sur lequel un filet est étendu, en la couvrant lorsqu’on le fait agir.

Formes se dit des femelles des oiseaux de proie, qui donnent le nom à l’espece ; au lieu que les mâles s’appellent tiercelets ; parce qu’en général, la femelle de l’oiseau de proie est plus grande, plus hardie, & plus forte que son mâle. Les formes ne sont point propres à la volerie.

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Étymologie de « forme »

(XIe siècle) Du moyen français forme[1], de l’ancien français forme, du latin forma (« forme, ensemble des caractéristiques extérieures de quelque chose »)[2].
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Wallon, foûme ; provenç. espagn. et ital. forma ; du latin forma, rapporté par Curtius au radical fer, ferre, porter ; c'est dans un sens analogue qu'on dit le port : un port majestueux.

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Phonétique du mot « forme »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
forme fɔrm

Évolution historique de l’usage du mot « forme »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « forme »

  • Chercher la raison de toute forme car toute forme a sa raison. De Eugène Viollet-le-Duc / préface des Entretiens sur l’architecture, 1863
  • La justice, cette forme endimanchée de la vengeance. De Stephen Hecquet
  • L’unité est la forme de toute beauté. De Saint Augustin
  • De la forme naît l'idée. De Gustave Flaubert
  • La violence est une forme de faiblesse. De Dominique Rocheteau
  • La timidité est une forme de politesse. De Jacques Dutronc
  • Etre conforme ça forme des cons. De Patrick Vernier
  • La laideur est une forme de violence. De Francine Noël / Myriam première
  • Patriotisme. Seule forme avouable de xénophobie. De Georges Elgozy / Le Fictionnaire
  • La parole, cette forme désuète de communication. De Yvon Rivard / Les Silences du corbeau
  • Le fond, c'est la forme. De Victor Hugo / Proses philosophiques de 1860-65
  • La poésie est une forme de violence. De Jorge Gaitan Duran / Si demain je m'éveille
  • La parodie est une forme de critique. De Patrick Rambaud / Evene.fr - Septembre 2006
  • L’hermaphrodisme est un vice de forme ou une forme de vice. De Léo Campion
  • Entre fond et forme, la forme est la compétence des incompétents ! De Laurent Martinez
  • M.M. : « À Guédelon, nous ne sommes pas si nombreux que ça. Et on n'a pas trop le temps ni la disposition ou peut-être même que mes charpentiers n'ont pas forcément envie de travailler à Paris alors qu'on a la chance de travailler sur un site assez génial. Par contre, nous avons proposé de former des jeunes charpentiers, compagnons du tour de France ou compagnons du devoir. C'était le projet avant la crise sanitaire du Covid-19. On ne veut pas aller reconstruire mais transmettre ce que nous avons appris au bout de vingt ans de chantier, ces gestes, à de jeunes charpentiers. » France Bleu, À Guédelon, on forme des charpentiers pour la reconstruction de la « forêt » de Notre-Dame de Paris
  • Dans une lettre envoyée au New York Post, la direction de Shein a expliqué pourquoi ce collier avait été mis en vente. « Shein ne vendait pas un pendentif en forme de croix gammée nazie. Le collier est une croix bouddiste qui symbolise la spiritualité et la bonne fortune depuis plus de 1000 ans », explique un porte-parole. Marie France, magazine féminin, Shein scandalise après la mise en vente d'un collier en forme de croix gammée
  • Le rapport de recherche du marché mondial Appareil de remise en forme intelligente 2020 est une étude professionnelle et approfondie sur l’état actuel de l’industrie mondiale Appareil de remise en forme intelligente. Le rapport sur le marché Appareil de remise en forme intelligente est une recherche complète qui fournit des informations sur la taille, les tendances, la croissance, la structure des coûts, la capacité, les revenus et les prévisions 2026 du marché Appareil de remise en forme intelligente. Ce rapport présente en outre les spécifications du produit, la méthode de production et la structure des coûts des produits. La production est séparée par régions, technologies et applications. Le rapport mondial sur le marché Appareil de remise en forme intelligente 2020 fournit des statistiques vitales exclusives, des données, des informations, des tendances et des détails sur le paysage concurrentiel dans ce secteur de niche. , Analyse de la part de l’industrie Appareil de remise en forme intelligente, de la croissance du marché, des tendances et des perspectives futures 2026 – InFamous eSport
  • Au bord de l’eau du lac d’Auron ou entre les roses du jardin des Prés-Fichaux, les matinées estivales s’animent. De 10 heures à 11 heures, du lundi au vendredi, le pôle seniors du centre communal d’action sociale (CCAS) de Bourges organise des séances gratuites de remise en forme. Ces ateliers sont accessibles aux Berruyers et Berruyères âgés de 60 ans ou plus. Les séances ont débuté la semaine dernière et c’est déjà une grande réussite. www.leberry.fr, Des ateliers de remise en forme gratuits sont proposés aux personnes de plus de 60 ans à Bourges - Bourges (18000)

Images d'illustration du mot « forme »

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Traductions du mot « forme »

Langue Traduction
Anglais form
Espagnol formar
Italien modulo
Allemand bilden
Chinois 形成
Arabe شكل
Portugais formato
Russe форма
Japonais
Basque inprimaki
Corse forma
Source : Google Translate API

Synonymes de « forme »

Source : synonymes de forme sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « forme »

Forme

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