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Objet

Définitions du mot « objet »

Trésor de la Langue Française informatisé

OBJET, subst. masc.

I. − [Dans une visée concrète]
A. − Tout ce qui, animé ou inanimé, affecte les sens, principalement la vue. Comment analyser les impressions qui résultent de la vue de ces objets gigantesques et menaçans, dont l'immensité est si disproportionnée à la foiblesse de nos organes? (Crèvecoeur,Voyage, t.2, 1801, p.184).Revenu à moi, non je n'oublierai jamais la sensation que m'a fait éprouver le premier objet offert à ma vue: Napoléon, la figure penchée sur mon visage, me considérant avec l'expression du plus grand intérêt (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.328).Nous avons déjà vu que la convergence des yeux n'est pas cause de la profondeur et qu'elle présuppose elle-même une orientation vers l'objet à distance (Merleau-Ponty,Phénoménol. perception, 1945, p.300):
1. ... la maison est de prime abord un objet à forte géométrie. On est tenté de l'analyser rationnellement. Sa réalité première est visible et tangible. Bachelard,Poét. espace, 1957, p.59.
SYNT. Objet animé, inanimé, inerte, concret, matériel, extérieur, éloigné, proche, observable, sensible, visible; objets environnants; distinguer, percevoir les objets.
Spécialement
ASTRONOMIE Objet (céleste). Corps céleste dont les caractéristiques ne sont pas encore parfaitement déterminées. Objet diffus. Si nous ne pouvons pas «résoudre» ces nébuleuses, ce serait à cause de la petitesse extrême des composantes, et non pas parce que ces objets célestes sont excessivement éloignés (H. Poincaré,Hyp. cosmogon., 1911, p.269):
2. C'est par hasard que W. Herschel, qui recherchait des étoiles doubles, découvrit en 1781 la planète nommée plus tard Uranus; dans le champ de l'oculaire à fort grossissement adapté au télescope de 7 pieds, l'objet avait un diamètre apparent perceptible; on reconnut bientôt qu'il avait été observé comme étoile à plusieurs reprises depuis 1690. Hist. gén. sc., t.3, vol.1, 1961, p.148.
Objet spatial. ,,Corps céleste artificiel dont l'orbite n'a pas été calculée`` (Pinder-Rouss. 1971).
Objet volant non identifié (abrév. ovni). Phénomène spatial aérien insolite dont on ne peut formellement expliquer l'origine, qui se présente sous une forme sphérique, discoïdale, elliptique, fusiforme (ou plus complexe) apparaissant et disparaissant soudainement et silencieusement, variant en luminosité et en couleur et pouvant avoir des effets secondaires souvent perturbants sur l'environnement. Pour la première fois, en français, voici un panorama des observations faites en Chine sur des objets volants non identifiés (OVNI) (Sc. et Avenir, no434, avr. 1983, p.6).
OPT. ,,Point de départ, réel ou virtuel, des rayons lumineux divergents que l'on observe à l'aide d'un système optique`` (Sc. 1962). D'une façon générale, on peut dire qu'un point est objet réel par rapport à un système si le faisceau de rayons ayant ce point pour sommet est un faisceau divergent pour la face d'entrée du système. Il est un objet virtuel si le faisceau dont il est le sommet est convergent pour la face d'entrée du système (Encyclop. Lar.t.21968, p.482a).
B. − Chose solide, maniable, généralement fabriquée, une et indépendante, ayant une identité propre, qui relève de la perception extérieure, appartient à l'expérience courante et répond à une certaine destination. Collection, ensemble d'objets; vente d'objets; prendre, renverser, soulever un objet. A chaque nouveau colis, la foule frémissait. On se nommait les objets à haute voix. «Ça, c'est la tente-abri... ça, ce sont les conserves... la pharmacie... les caisses d'armes...» (A. Daudet,Tartarin de T., 1872, p.46).Elle prenait les objets un à un, les palpait, puis les rangeait dans sa valise, avec une lueur de contentement au fond des yeux (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.159):
3. Ceux qui affirment sur les choses la maîtrise la plus autoritaire ne sont pas les plus humains de tous. Eux aussi, comme ceux qui se laissent modeler par elles, ont vidé les choses de la tendresse et du respect humains. Les objets ne sont plus pour eux que des objets, évacués de présence, d'appels, de connivences échangées des uns aux autres et d'eux à nous. Ils y gagnent évidemment un sentiment d'aisance parmi les choses, soumises sous leur main à un multiple et souple esclavage. Mounier,Traité caract., 1946, p.80.
[Distingué des êtres animés et des éléments naturels] C'est en vain qu'on brise avec les objets et les êtres extérieurs (Maine de Biran,Journal, 1816, p.177).Les plus cultivés d'entre nous se surprennent ainsi à peupler les objets, le monde animal, la nature, l'événement, de volontés malveillantes dirigées contre nous (Mounier,Traité caract., 1946, p.128).
[Symbole de ce qui est inanimé et n'a aucune volonté propre] Sous ces regards inquisiteurs, je me sentais devenir un objet, une fleur en pot (Sartre,Mots, 1964, p.72).La mort, quel déshonneur! Devenir soudain objet... (E.-M. Ciorands Le Monde, 5 août 1983, p.13).
[Avec déterminant évoquant une caractéristique de nature, permanente ou circonstancielle]
Objet bizarre, coloré, élastique, fragile, lourd; objets disparates, divers, hétéroclites; menus, petits objets. Les beaux objets réalisés d'une main heureuse sont tout naturellement «continués» par la rêverie du poète (Bachelard,Poét. espace, 1957, p.89).
Objet chinois, japonais; objet colonial, étranger, exotique. Les trouvailles de vases crétois ou égéens jusque dans la Haute-Égypte, et réciproquement celles d'objets égyptiens en Crète (Vidal de La Bl.,Princ. géogr. hum., 1921, p.83).
Objet de bois, de bronze, de métal, métallique. Les nefs (...) rapportèrent la victoire, des nègres, des objets d'ivoire d'or et d'airain (Adam,Enf. Aust., 1902, p.197).
Objet fabriqué, moulé, sculpté, travaillé; objet artisanal, industriel. Paul Valéry séjourne longtemps devant l'idéal d'un objet modelé, d'un objet ciselé qui justifierait sa valeur d'être par la belle et solide géométrie de sa forme en se détachant du simple souci de protéger sa matière (Bachelard,Poét. espace, 1957, p.106).Dans le prix de tout objet manufacturé une valeur est ajoutée à chaque stade (Lesourd-Gérard,Hist. écon., 1968, p.125).
Objet caché, exposé. M. Ossowiecki est capable de retrouver des objets perdus ou volés (Amadou,Parapsychol., 1954, p.129).
Objet trouvé. Objet perdu par son propriétaire et retrouvé par quelqu'un d'autre. Aller au bureau des objets trouvés.
Objet précieux, objet de valeur. Objet qui a une grande valeur marchande. L'année dernière, cinq dames en voiture ont emporté divers objets précieux dans leurs manchons (Michelet,Journal, 1835, p.217).
Objet d'art. Objet ayant une valeur artistique. V. inventaire I A 3 ex. de Lacretelle.
Objet mobilier. Objet de la nature des meubles:
4. En orfèvrerie, le xixesiècle n'a guère produit d'objets mobiliers. Les très rares meubles de vermeil ou d'argent doivent leur existence à des circonstances bien particulières. Grandjean,Orfèvr. XIXes., 1962, p.55.
[Avec déterminant évoquant l'usage auquel est destiné l'objet]
Objet usuel, d'usage courant, de première nécessité. Ils examinent longuement les objets familiers: le rouleau, la herse, la charrue, le tarare (Giono,Colline, 1929, p.76).
Objet de consommation courante, d'échange, de négoce. C'étoient les jésuites du Canada et de la Louisiane, qui avoient (...) découvert de nouveaux objets de commerce pour les teintures et les remèdes (Chateaubr.,Génie, t.2, 1803, p.411).
Objet de fantaisie (v. fantaisie A 2 a), de luxe. La maison entière était un bazar; tous les étages étaient encombrés d'objets de pacotille, de marchandises hétéroclites, d'articles de bric-à-brac (Reybaud,J. Paturot, 1842, p.426).
Objet de literie, de quincaillerie. Cet appoint apporté par le lait garantissait les besoins supplémentaires du foyer: les épices, les objets de mercerie, le sel de la soupe, la lumière (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p.234).
Objet de cuisine. Eugénie se mit à ranger le linge, les objets de toilette que son cousin avait apportés (Balzac,E. Grandet, 1834, p.128).Le colporteur offrant tous objets de ménage ou personnels non fournis par la terre (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p.121).
Objet religieux, sacré; objet de piété. Il faut (...) qu'une fois conçu et idolâtré l'objet du culte revienne transfigurer et parfaire toutes les ébauches de l'action et toutes les oeuvres incomplètes (Blondel,Action, 1893, p.310).S'il n'est plus objet de culte, le totem ne meurt pas pour cela (Philos., Relig., 1957, p.48-5).
POSTES ET TÉLÉCOMM. Objet de correspondance. Jusqu'à présent, plus de 800 machines à affranchir les objets de correspondance et de 400 machines à affranchir et à enregistrer les objets recommandés sont en service (Admin. Postes et Télécomm., 1964, p.18).Objet recommandé. Objet de correspondance envoyé en recommandé. V. ex. ci-dessus.
Rem. Le terme chose recouvre un ensemble de réalités plus large et plus vague que objet: il désigne, en quelque sorte, tout ce qui existe (concrètement), sans les limitations qui distinguent ce que l'on nomme objet, c'est-à-dire, principalement, dimensions limitées, maniabilité et destination. Voir A. Moles ds Communications no13, 1969, p.5.
C. − P. ext.
1. Tout élément ayant une identité propre, produit par un art ou une technique et considéré dans ses rapports avec cet art ou cette technique. Objet plastique, musical. L'on en était réduit à n'appréhender l'objet sonore que sous les deux formes sous lesquelles il se manifestait: soit sous forme de projet, la partition, soit sous forme du «souvenir» de l'exécution (Schaeffer,Rech. mus. concr., 1952, p.144).
Rem. L'objet sonore peut, d'apr. Mus. 1976, ,,se définir de deux manières, complémentaires l'une de l'autre. 1oD'une manière psycho-physiologique, c'est un phénomène sonore ayant à la fois un caractère d'unité (perçu comme un seul phénomène) et un caractère de complétude (perçu comme entier et terminé). 2oD'une manière physique, c'est un phénomène sonore susceptible d'une représentation tridimensionnelle en fonction des axes temps, intensité, fréquence``.
P. anal. Objet mathématique. V. logique1ex. 4.
2. Vieilli. Synon. de chose.La dentelle seule déguisait ce que sa personne offrait de désirable, et l'on sait comment la dentelle déguise ces objets-là (Reybaud,J. Paturot, 1842, p.294).
II. − [Dans une visée abstr., souvent p. oppos. à sujet]
A. − PHILOSOPHIE
1. Ce qui a une existence en soi, indépendante de la connaissance ou de l'idée que peut en avoir l'être pensant. Aimer Dieu vous ramène toujours, en dernière analyse, à la vie, qui comprend le fini, le moi et le non-moi, un sujet et un objet, de même qu'elle comprend aussi l'infini, c'est-à-dire une intervention de l'être universel par laquelle le moi et le non-moi, le sujet et l'objet, se distinguent tout en s'unissant (P. Leroux,Humanité, 1840, p.205).Le comportement humain s'ouvre à un monde (Welt) et à un objet (Gegenstand) par-delà les ustensiles qu'il se construit, il peut même traiter le corps propre comme un objet (Merleau-Ponty,Phénoménol. perception, 1945, p.377):
5. L'esprit s'éveillant à la vie intérieure est pourtant en quête d'un objet. Il renonce à l'objet que l'action propose pour un objet de nature différente, mais ne peut se passer d'objet: son existence ne peut se fermer sur elle-même. Les mouvements intérieurs ne sont nullement objet, ils ne sont pas sujet non plus en ce qu'ils sont le sujet qui se perd, mais le sujet peut à la fin les ramener à lui-même et comme tels ils sont équivoques; à la fin la nécessité d'un objet, ce qui revient à dire: de sortir vraiment de soi, se fait impérieuse. G. Bataille,Exp. int., 1943, p.181.
2. Vieilli, rare. [Chez Descartes, repris par Renouvier] Ce qui est pensé ou représenté par l'esprit, indépendamment de toute réalité lui correspondant et du sujet ou de l'acte par lequel il est pensé ou représenté. La conformité alléguée entre le sujet et l'objet, entre le représenté en soi et le représenté dans la représentation, démontre qu'en voulant poser autre chose que la représentation, c'est encore elle, elle seule que l'on pose (Ch. Renouvier, Essais de crit. gén., 1eressai, Traité de logique gén. et de logique formelle, 2eéd., Paris, 1875, p.36).
B. − Cour. Ce sur quoi porte un procès ou un processus, ou ce à quoi il tend.
1. [À propos de l'activité de l'esprit en gén.] Ce à quoi s'applique cette activité. Objet(s) d'entendement, de pensée. Combien de fois, sans nous rien dire, nous eûmes la certitude que le même objet nous occupoit également! (Fiévée,Dot Suzette, 1798, p.147).Cette correspondance de généralités de mots et de pensées méconnue par Condillac à un point qui prouve combien peu ses idées étoient développées sur ces objets importans (Bonald,Législ. primit., t.1, 1802, p.307).L'esprit peut (...) revenir à ses soins ordinaires, ce qui se fait sans qu'on y pense, et, par le désarroi d'une rêverie sans objet fixe, ramène l'ennui (Alain,Beaux-arts, 1920, p.268).
2. Gén. au sing. [À propos d'une manière d'être ou d'une activité particulière]
a) Gén. hors loc., souvent avec un compl. subst. prép. de
α) Domaine des sentiments et de la volonté
Ce qui donne matière à une réaction affective, ce qui est cause ou motif d'un sentiment. Ceux qui ont perdu un être aimé qu'ils ne revoient jamais en dormant (...). Dans leur impuissance à se représenter l'objet de leur douleur, ils s'accusent presque de n'avoir pas de douleur (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p.490).V. affermi ex. 10.
SYNT. Objet de dégoût, de mépris, d'épouvante, d'étonnement, d'horreur, de terreur, d'extase, de jouissance, de jalousie, de rancune, de ressentiment, de sentiments.
Ce sur quoi portent ou ce vers quoi sont dirigés une réaction affective, un état d'âme et sa manifestation. Madame Grandet, qui regarda sa fille avec cette intuition sympathique dont sont douées les mères pour l'objet de leur tendresse, et devina tout (Balzac,E. Grandet, 1834, p.96).Maintes fois il avait essayé d'aider le curé au patronage, au cercle d'études, et toujours perclus de honte, stupide, objet de risée, était rentré dans sa nuit (Mauriac,Baiser Lépreux, 1922, p.154).Il n'a pas pris part à vos complots, il a été élevé loin de moi et ne peut pas me haïr; ou s'il me hait, l'objet de sa haine est un être abstrait, sans rapport avec moi-même (Mauriac,Noeud vip., 1932, p.201).
SYNT. Objet d'admiration, d'adoration, d'amour, d'attachement, d'idolâtrie, de respect, de tendresse, de vénération; objet de sollicitude; objet de plaisanteries, de railleries.
En partic. [Sans compl. subst. prép. de, mais souvent avec déterm. adj.]
Vieilli. Femme aimée, p. ext., personne aimée (homme ou femme). Objet adoré, chéri, jeune objet; adorer un objet. Je ne puis ni supporter l'éloignement de l'objet auquel mon sort est lié, ni m'astreindre à son exigence (Staël,Lettres jeun., 1791, p.471).Pour que le seul remplacement de la femme, comme objet aimé, par un jeune homme, déclenchât aussitôt autour de celui-ci tout le processus de complications sociales qui se développent autour d'une liaison ordinaire (Proust,Sodome, 1922, p.1059):
6. Si un de ces garçons aime un objet indifférent, armez en lui l'ambition contre l'amour. Faites-lui sentir qu'il est honteux à un coeur de soupirer pour un objet insensible, ou qui lui en préfère un autre. Bern. de St-P.,Harm. nat., 1814, p.332.
Arg., vieilli. Amant(e). Je parvins avec elle (...) à la porte du repaire où elle comptait retrouver son objet (Vidocq,Mém., t.3, 1828-29, p.197).Pour qu'on te fasse voir ton objet dans son paradis, il faut prendre Cydalise et avoir l'air d'entrer là, par suite d'une erreur de bonne, avec ta particulière (Balzac,Cous. Bette, 1846, p.383).Depuis lors à son sujet Mon coeur battit la breloque, Quand j'appris que mon objet M'accordait la réciproque (Fleur de thé) (Delesalle,Dict. arg.-fr. et fr.-arg., 1896, p.194).
PSYCHANAL. Ce qui est en dehors du moi et vers quoi tend la pulsion. Objet d'amour; choix, perte d'objet. Le désir tyrannique d'être aimé, la prédominance du souci du moi sur le souci de l'objet sexuel, voire sur le souci hétérosexuel tout court (Mounier,Traité caract., 1946, p.145).Combien de gens se croient amoureux parce qu'ils projettent sur l'objet une image intérieure (Choisy,Psychanal., 1950, p.176):
7. Le tableau symptomatique (...) de la démence précoce ne se compose pas uniquement des symptômes découlant du détachement de la libido des objets et de son accumulation dans le moi, en qualité de libido narcissique. Une grande place revient plutôt à d'autres phénomènes se rattachant aux efforts de la libido de retourner aux objets... Freud,Introd. psychanal., trad. par S. Jankélévitch, 1959 [1922], p.451.
Objet partiel. ,,Partie ou fragment du corps pris pour objet de pulsions partielles`` (Fedida 1974). Ainsi les premières relations sont vécues en termes d'objets partiels: bon ou mauvais sein selon que le besoin oral est gratifié ou frustré (Encyclop. univ.t.61970, p.210c).
Objet transitionnel. ,,Objet que le sujet traite comme étant à mi-chemin entre lui-même et une autre personne`` (Rycr. 1972):
8. Pour D. W. Winnicott, l'accès à la perception d'un objet nettement différencié du sujet et à la relation d'objet proprement dite est favorisée par l'«objet transitionnel». On remarque que, bien souvent entre quatre et douze mois, l'enfant suçote un coin de couche ou de couverture, objet dont il ne veut se séparer à aucun prix, surtout au moment de l'endormissement. Cet objet intermédiaire «entre le pouce et l'ours de peluche» est aussi la «première possession de quelque chose qui n'est pas moi». Encyclop. univ.t.61970, p.210b et c.
Relation d'objet. ,,Relation du sujet à son objet`` (Rycr. 1972). H. Ezriel, à partir de sa pratique des cures psychanalytiques en groupe, met l'accent sur le désir des patients d'établir une relation d'objet particulière, ici et maintenant, avec le psychanalyste, relation qui peut être déplacée défensivement sur un autre membre (Encyclop. univ.,t.8,1970,p.52a).V. aussi ex. 8.
Ce vers quoi tend le désir ou la volonté. Objet de la convoitise de qqn, objet du désir. Il s'assit à portée de l'urne métallique où rayonnaient, tendre objet de ses voeux, les cinq cents louis d'or promis au vainqueur (Cladel,Ompdrailles, 1879, p.297).Âme d'ambitieux, assez lucide, assez séparé des hommes ou assez malade pour mépriser tous les objets de son ambition, et son ambition même? (Malraux,Cond. hum., 1933, p.224).Chacun de tes rapports avec l'homme et avec la nature, écrit Marx, doit être une manifestation déterminée et correspondant à l'objet de ta volonté de la réalité individuelle (Lacroix,Marxisme, existent., personn., 1949, p.39).
β) Domaine de l'activité
Ce à quoi s'applique une activité (dans sa réalisation ou dans son résultat). Je n'aurai d'amour que pour les belles choses, et ne proposerai à mon activité d'autre objet ici-bas (Renan,Avenir sc., 1890, p.490).Tel a été l'objet du décret du 29 juillet 1958 qui crée une licence d'histoire de l'art et d'archéologie (Encyclop. éduc., 1960, p.230).
SYNT. Objet de connaissance, de contemplation, de controverse, de discussion, d'enquête, d'étude, d'examen, d'expérience, d'investigation, de méditation, de recherches, de réflexion, de spéculation, de transactions, de travaux; objet de la chimie, de la linguistique; objet d'un chapitre, d'un traité.
ADMIN. Matière traitée. Objet d'une réunion. Il est recommandé: (...) de dactylographier en lettres minuscules, sans soulignement, le texte relatif à l'«objet» (Spr.1967, p.210).
DR. Ce sur quoi porte un droit, une procédure, un acte juridiques. Objet d'un litige. Le débiteur obligé à fournir une caution doit en présenter une qui ait la capacité de contracter, qui ait un bien suffisant pour répondre de l'objet de l'obligation (Code civil,1804, art.2018, p.362):
9. L'objet d'un contrat, ou plus exactement l'objet des obligations qu'il fait naître, est la prestation imposée aux parties par ce contrat. Il doit être certain, c'est-à-dire déterminé ou déterminable par les éléments du contrat, possible (ainsi, lorsque la chose a péri en totalité, il est considéré que l'objet n'est pas possible)... Encyclop. Lar.t.31968, p.614a.
Ce que l'on pose comme finalité de l'activité, de son moyen ou de son résultat. Synon. but, fin, objectif.Poursuivre un double objet. Le premier objet de toute constitution doit être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même (Robesp.,Discours, Constit., t.9, 1793, p.496).La force armée a trois objets différents (Constant,Princ. pol., 1815, p.109).L'objet de ces enduits vitreux est de rendre la pâte imperméable (Al. Brongniart, Arts céram., t.1, 1844, p.172):
10. Une analyse complète d'Eurêka: n'étant pas actuellement mon dessein, je ne parlerai presque point de l'usage fait par l'auteur, de l'hypothèse de Laplace. L'objet de Laplace était restreint. Il ne se proposait que de reconstituer le développement du système solaire. Valéry,Variété[I], 1924, p.135.
Loc., vieilli ou littér.
Remplir son objet. Accomplir ce qui était assigné, atteindre ce qui était visé. Synon. remplir son office*.En nous constituant sur le pied de guerre, nos ennemis ont déjà rempli leur objet (Robesp.,Discours, Guerre, t.8, 1792, p.151).Au lieu de me retirer rapidement, après avoir rempli mon objet, et peut-être donné l'éveil à mes ennemis (Stendhal,Chartreuse, 1839, p.161).Remplir un objet. Un corps que constitue un tissu cellulaire très-souple, et dont les cellules communiquent entre elles par des pores, peut remplir cet objet (Lamarck,Philos. zool., t.2, 1809, p.76).Var. au plur. Il leur prescrira de concourir (...) à remplir les objets indiqués par ce mémoire (Voy. La Pérouse, t.1, 1797, p.48).
Manquer son objet. Ne pas atteindre ce qui était visé. Synon. manquer, rater son but.L'ambitieux qui a manqué son objet, et qui vit dans le désespoir (Chamfort,Max. et pens., 1794, p.26).
b) Loc. en rapport, selon les cont., avec l'un ou l'autre des emplois distingués supra a.
α) Être/devenir l'objet de + subst.
[Sentiment] Toute autre excellence, telle que celle de l'indépendance relativement à Dieu ou celle de l'ambition de commander aux autres, n'a pu être l'objet de l'orgueil de Lucifer (Théol. cath.t.4, 11920, p.399).
[Réaction psychique ou sa manifestation] La réprobation dont il [tout délit] est l'objet résulte de sa délictuosité (Durkheim,Divis. trav., 1893, p.47).
[Activité ou son résultat] Méthodes arithmétiques qui sont l'objet de ce traité (Lagrange,Résol. équations num., 1808, p. xxiii).Ce certificat devra suivre l'animal au cours de toutes les transactions dont il sera l'objet (Brion,Jurispr. vétér., 1943, p.276).Cette théorie, qui fut l'objet de vives controverses, est aujourd'hui solidement assise (Hist. gén. sc., t.3, vol.2, 1964, p.650).
β) Faire l'objet de + subst.
[Réaction psychique ou sa manifestation] Même chez les Bricard, gens un peu frustes, l'amitié de Juliette et d'Alain faisait l'objet de plaisanteries indulgentes (Van der Mersch,Invas. 14, 1935, p.240).
[Activité ou son résultat] Les générations directes, qui font l'objet de ce chapitre (Lamarck,Philos. zool., t.2, 1809, p.89).Non plus que les livres, toujours remis à une prochaine fois, (...) ne vont faire l'objet de notre entretien (Mallarmé,Dern. mode, 1874, p.784).Les phénomènes graphiques ou la mesure du temps, qui font l'objet de la paléographie ou de la chronologie (L'Hist. et ses méth., 1961, p.670).
γ) Avoir pour objet
+ subst.
[Sentiment] Lorsque l'amour a pour objet une femme qu'on n'a jamais possédée (Vailland,Drôle de jeu, 1945, p.88).
[Activité ou son résultat] La philosophie naturelle, dit Barthez, a pour objet la recherche des causes des phénomènes de la nature, mais seulement en tant qu'elles peuvent être connues d'après l'expérience (Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p.194).On enseigne, sous le nom de cosmographie, des éléments d'astronomie, science qui a pour objet les astres, leur position, leurs mouvements et leur constitution physique (A. Danjon,Cosmogr., 1948, p.9).[Avec idée de finalité] Sous un régime d'égalité, toute épargne qui n'a pas pour objet une reproduction ultérieure ou une jouissance est impossible (Proudhon,Propriété, 1840, p.240).Ces écoles ont pour objet la formation des cadres supérieurs, techniques, professionnels et administratifs de l'agriculture (Encyclop. éduc., 1960, p.234).
Prendre pour objet + subst.La philosophie qui prend pour objet l'esprit humain à l'état concret et vivant (P. Leroux, Humanité, 1840, p.142).
+ de + inf.Viser à, avoir pour finalité de. Celle des fonctions du système nerveux, qui a pour objet d'envoyer le fluide subtil des nerfs aux fibres musculaires ou à leurs faisceaux (Lamarck,Philos. zool., t.2, 1809, p.142).L'ouverture de conversations tripartites ayant pour objet de soumettre des propositions au gouvernement australien et à moi-même (De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p.359).Les soins locaux ont pour objet de décaper les lésions (Quillet Méd.1965, p.301).
Se donner pour objet de + inf.:
11. L'auteur n'insiste plus pour nous persuader que les Confessions avaient été écrites, en partie du moins, dans un but de santé publique. Elles se donnaient pour objet, nous dit-il plus franchement, de montrer quelle puissance a l'opium pour augmenter la faculté naturelle de rêverie. Baudel.,Paradis artif., 1860, p.442.
δ) Sans objet. Sans fondement, sans raison (d'être).
[En fonction d'adv.] Lutter, se passionner sans objet. Le poulain (...) Galopoit sans objet, se baignoit sans envie, Ou se reposoit sans besoin (Florian,Fables, 1792, p.82).Son oeil clair, jaune et dur tombait sur vous comme un rayon de soleil en hiver, lumineux sans chaleur, inquiet sans pensée, défiant sans objet (Balzac,Lys, 1836, p.49).
[En fonction d'adj.] Besoin, jalousie, vérité sans objet. La société des nicolaïtes ne ressuscita pas après la Révolution comme celle des sulpiciens; le bâtiment de la rue Saint-Victor demeura sans objet (Renan,Souv. enf., 1883, p.164).Engagements contractés par un incapable, ou sans objet, ou dont la cause est illicite (Durkheim,Divis. trav., 1893, p.189):
12. ... la conscience du fait de sa mort faisait un affreux désert. Froid de métal. Que m'importait qu'il y eût d'autres gens à aimer? L'amour que je dirigeais vers lui, accompagné d'ébauches intérieures, d'échanges qui ne pouvaient avoir lieu qu'avec lui, était sans objet. S. Weil,Pesanteur, 1943, p.144.
3. GRAMM. Complément d'objet ou objet
a) GRAMM. TRADITIONNELLE
α) Terme de la proposition désignant la personne ou la chose sur laquelle porte l'action exprimée par le verbe. Certains verbes appellent nécessairement un complément d'objet (tantôt direct, tantôt indirect) et ne s'emploient jamais absolument; ce complément d'objet peut être dit objet essentiel: Alléguer des raisons. Attenter à ses jours (Grev.1975, § 195, p.158).
(Complément d') objet direct. Complément d'objet directement rattaché au verbe (transitif) sans préposition, qui exprime l'objet, le résultat ou parfois le contenu de l'action, répond à la question ... qui? ... quoi? posée après le verbe et peut devenir sujet lorsque la proposition est tournée au passif (d'apr. Grev., 1975, § 195, p.158). Synon. vieilli régime* direct; abrév. c.o.d.L'accord dépend de la place du complément d'objet direct (Estaunié,Ascension M. Baslèvre, 1919, p.96).La plupart des grammairiens déclarent que l'inversion du sujet est impossible quand le verbe est suivi d'un nom en fonction d'objet direct (R. Le Bidois,L'Invers. du suj. dans la prose contemp., Paris, D'Artrey, 1952, p.265).
(Complément d') objet indirect. Complément d'objet rattaché indirectement au verbe (transitif indirect) par l'intermédiaire de la prépositon à ou de, qui exprime la personne ou la chose vers laquelle se dirige l'action et répond à la question ... à/de qui? ... à/de quoi? posée après le verbe (d'apr. Grev., 1975, § 195, p.158). Synon. vieilli régime* indirect; abrév. c.o.i. ou c.o. ind.Dans ces dernières phrases, le «courant» du verbe se dirige à peu près également vers l'attribut qui précède et vers l'objet indirect postposé (R. Le Bidois,L'Invers. du suj. dans la prose contemp., Paris, D'Artrey, 1952, p.369).Le pronom personnel complément d'objet indirect se rattache parfois au verbe sans préposition: Cette habitude vous nuit (Grev.1975, § 192, p.156, rem. 3).
(Complément d') objet interne. Complément d'objet direct toujours accompagné d'une épithète ou d'un déterminatif, employé avec des verbes intransitifs et exprimant l'idée nominale contenue dans le radical du verbe ou une idée analogue à celle de ce radical (d'apr. Grev., loc. cit.). La grande difficulté, on le sait, c'est de traiter ensemble d'objets externes comme dans battre quelqu'un, tuer César, etc. et d'objets internes comme: vivre une vie épuisante, sentir le musc, etc. (J.-Cl. Chevalier, Hist. de la synt., Genève, Droz, 1968, p.533).
Plus rare. (Complément d') objet second ou secondaire. Complément d'attribution des verbes du type donner. Il n'y a jamais d'accord entre le participe passé conjugué avec avoir et le complément d'objet second (celui-ci ayant la forme d'un complément d'objet indirect) (R. Galizot, J.-P. Dumas, B. Capet, Précis de gramm. fonctionnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1970, p.107).
Rem. Autre sens ds Grev. 1975, §192, p.156, rem. 1: ,,En tant qu'il vient s'ajouter à un objet direct (exprimé ou implicite), l'objet indirect peut être appelé objet secondaire; l'objet direct est dit alors objet premier``.
β) En partic. Complément d'objet direct. Le signe (consistant dans la place des mots) de la relation entre verbe transitif et complément d'objet («cuire la pâte, labourer la terre», etc.) (Bally,Lang. et vie, 1952, p.81):
13. Les verbes d'action eux aussi expriment une direction d'un pôle sujet vers un pôle objet. Le verbe a un sujet personnel et un complément d'objet. L'analogie va même plus loin: dans le langage courant nous appelons «objets» les «ustensiles» que nous manipulons. Il ne s'agit pas là seulement d'une équivoque verbale entre l'objet-ustensile et l'objet au sens grammatical de «complément d'objet»... Ricoeur,Philos. volonté, 1949, p.193.
b) GRAMM. GÉNÉRATIVE
(Complément d') objet (principal). Syntagme nominal constituant d'un syntagme verbal, lorsque le noyau de la phrase de base peut subir une transformation passive et le syntagme nominal constituant une transformation de détachement accompagnée de pronominalisation. L'impossibilité de déplacer le terme objet n'est pas suffisante, car d'autres catégories grammaticales ne peuvent être déplacées, sans être pour autant des compléments d'objet, par exemple l'attribut de l'objet (J. Le Galliot,Description générative et transformationnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1975, p.222).
(Complément d') objet indirect. Syntagme prépositionnel constituant d'un syntagme verbal, lorsque le noyau de la phrase de base ne peut pas subir de transformation passive mais que le syntagme prépositionnel peut subir une transformation de détachement accompagnée de pronominalisation, le pronom ayant la forme oblique à la troisième personne et la forme tonique aux deux premières ou les formes en et y (d'apr. J. Le Galliot, Description générative et transformationnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1975, p.96).
(Complément d') objet secondaire. Syntagme prépositionnel constituant d'un syntagme verbal comportant déjà un constituant complément d'objet principal, lorsque le noyau de la phrase de base peut subir une transformation passive et le syntagme prépositionnel une transformation de détachement accompagnée de pronominalisation, le pronom ayant la forme oblique à la troisième personne et la forme tonique aux deux premières (d'apr. J. Le Galliot, Description générative et transformationnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1975, p.96).
REM. 1.
-objet, élém. de compos.a) [Le 1erélém. est un subst. désignant une chose; -objet signifie que cette chose est considérée pour elle-même, le plus souvent pour ses qualités esthétiques, en faisant abstraction de sa fonction] Corps-objet, livre-objet, mot-objet. Mais que sa beauté ne confine pas la Passat dans le rôle de voiture-objet. Sous cette très élégante silhouette se cache un vrai tempérament (L'Express, 10 oct. 1977, p.202, col.2).b) [Le 1erélém. est un subst. désignant une catégorie d'êtres; -objet signifie que l'être est considéré comme un élém. matériel passif] Femme-objet (v. femme I C 3 a rem.). [Paul Guth] passe aujourd'hui notre siècle en revue, une drôle de revue et une revue drôle, où l'on parle de tout un peu; de l'argent −on en parle trop −, de l'amour −on n'en parle pas assez −, de la femme à muscles et de l'homme-objet (Elle, 31 oct. 1977, p.9, col.3).c) [Correspond à objet II B 2 a β] Sémiologie. Langage-objet. ,,Langage devenant l'objet d'études pour un autre langage qui le prend sous sa visée`` (Média 1971).
2.
Objectité, subst. fém.,philos., rare. Caractère de ce qui est chose en soi, indépendante du sujet (v. objet II A 1). Séduire, c'est assumer entièrement et comme un risque à courir mon objectité pour autrui, c'est me mettre sous son regard et me faire regarder par lui, c'est courir le danger d'être vu pour faire un nouveau départ et m'approprier l'autre dans et par mon objectité (Sartre,Être et Néant, 1943, p.439).
Prononc. et Orth.: [ɔbʒ ε]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. 1370-72 «toute chose qui affecte les sens et en particulier la vue» (N. Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, La table des moz divers et estranges, fol. 223c, p.545); 1370-72 «ce qui frappe les autres sens» (Id., ibid.); 2. 1784 «se dit de tout ce qui est doté d'existence matérielle» objets de frivolité (Necker, Admin. fin., IV, p.547 ds Brunot t.6, p.384, note 5); p. ext. 1831 objet d'art (Michelet, Introd. Hist. univ., p.433). II. 1. 1370-72 «tout ce qui se présente à la pensée, qui est occasion ou matière pour l'activité de l'esprit » (N. Oresme, op. cit., livre X, chap.VI, fol.204d et note 5); en partic. 1647 philos. «ce qui est donné par l'expérience, existe indépendamment de l'esprit» (Descartes, Méditation troisième ds OEuvres et lettres, éd. A. Bridoux, p.288); 2. 1556 «se dit de ce qui, être ou chose, est la cause, le motif d'un sentiment» (Ronsard, Nouvelle continuation des Amours, p.2 ds OEuvres, éd. P. Laumonier, VII, p.272); 3. 1612 «ce vers quoi tendent les désirs, la volonté, l'effort et l'action» (Régnier, Satyres... revueues et augmentées, Paris, Toussaincts du Bray, XIII, 10); en partic. 1669 «matière, substance, sujet d'une étude, d'un ouvrage» (Pascal, Pensées, éd. Lafuma, 586, p.583: l'objet de la géométrie ... l'objet de la médecine); 4. 1798 gramm. «désigne le complément ou régime direct» (Condil., Gramm., II, 26 ds Littré); 1922 compléments d'objet (Brunot Pensée, p.300); 5. 1804 dr. «ce sur quoi porte un droit, une obligation etc...» (Code civil, art.525, p.97). Empr. au lat. scolast. objectum proprement «ce qui est placé devant» (part. passé subst. neutre de obicere «placer devant») d'où «ce qui possède une existence en soi, indépendante de la connaissance ou de l'idée que des êtres pensants en peuvent avoir» (Blaise Lat. Med. Aev.), s'oppose à sujet* surtout en gramm. et en philos., bien que dans la lang. cour. la distinction ne soit pas toujours observée. Fréq. abs. littér.: 18579. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 32491, b) 14924; xxes.: a) 18362, b) 32252. Bbg. Bernard (G.). La Transitivité du verbe en fr. contemp. Thèse, Lille, 1972, 394 p.passim. _ Blinkenberg (A.). Le Probl. de la transitivité en fr. mod. Copenhague, 1960, 366 p. _ Chevalier (J.-Cl.). Hist. de la synt. Genève, 1968, p.351, 359, 533, 644, 700. _ Communications 1969, no13 (Les Objets), 139 p., passim. _ Gougenheim (G.). L'Objet interne et les catégories sém. des verbes intrans. In: [Mél. Delbouille (M.)]. 1964, t.1, pp.271-285. _ Gross (M.). Rem. sur la notion d'objet direct en fr. Lang . fr. 1969, no1, pp.63-73. _ Vardar (B.). Le Terme objet dans le CLG. Cah. F. Sauss. 1977, no31, pp.269-276.

Trésor de la Langue Française informatisé

OBJET, subst. masc.

I. − [Dans une visée concrète]
A. − Tout ce qui, animé ou inanimé, affecte les sens, principalement la vue. Comment analyser les impressions qui résultent de la vue de ces objets gigantesques et menaçans, dont l'immensité est si disproportionnée à la foiblesse de nos organes? (Crèvecoeur,Voyage, t.2, 1801, p.184).Revenu à moi, non je n'oublierai jamais la sensation que m'a fait éprouver le premier objet offert à ma vue: Napoléon, la figure penchée sur mon visage, me considérant avec l'expression du plus grand intérêt (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.328).Nous avons déjà vu que la convergence des yeux n'est pas cause de la profondeur et qu'elle présuppose elle-même une orientation vers l'objet à distance (Merleau-Ponty,Phénoménol. perception, 1945, p.300):
1. ... la maison est de prime abord un objet à forte géométrie. On est tenté de l'analyser rationnellement. Sa réalité première est visible et tangible. Bachelard,Poét. espace, 1957, p.59.
SYNT. Objet animé, inanimé, inerte, concret, matériel, extérieur, éloigné, proche, observable, sensible, visible; objets environnants; distinguer, percevoir les objets.
Spécialement
ASTRONOMIE Objet (céleste). Corps céleste dont les caractéristiques ne sont pas encore parfaitement déterminées. Objet diffus. Si nous ne pouvons pas «résoudre» ces nébuleuses, ce serait à cause de la petitesse extrême des composantes, et non pas parce que ces objets célestes sont excessivement éloignés (H. Poincaré,Hyp. cosmogon., 1911, p.269):
2. C'est par hasard que W. Herschel, qui recherchait des étoiles doubles, découvrit en 1781 la planète nommée plus tard Uranus; dans le champ de l'oculaire à fort grossissement adapté au télescope de 7 pieds, l'objet avait un diamètre apparent perceptible; on reconnut bientôt qu'il avait été observé comme étoile à plusieurs reprises depuis 1690. Hist. gén. sc., t.3, vol.1, 1961, p.148.
Objet spatial. ,,Corps céleste artificiel dont l'orbite n'a pas été calculée`` (Pinder-Rouss. 1971).
Objet volant non identifié (abrév. ovni). Phénomène spatial aérien insolite dont on ne peut formellement expliquer l'origine, qui se présente sous une forme sphérique, discoïdale, elliptique, fusiforme (ou plus complexe) apparaissant et disparaissant soudainement et silencieusement, variant en luminosité et en couleur et pouvant avoir des effets secondaires souvent perturbants sur l'environnement. Pour la première fois, en français, voici un panorama des observations faites en Chine sur des objets volants non identifiés (OVNI) (Sc. et Avenir, no434, avr. 1983, p.6).
OPT. ,,Point de départ, réel ou virtuel, des rayons lumineux divergents que l'on observe à l'aide d'un système optique`` (Sc. 1962). D'une façon générale, on peut dire qu'un point est objet réel par rapport à un système si le faisceau de rayons ayant ce point pour sommet est un faisceau divergent pour la face d'entrée du système. Il est un objet virtuel si le faisceau dont il est le sommet est convergent pour la face d'entrée du système (Encyclop. Lar.t.21968, p.482a).
B. − Chose solide, maniable, généralement fabriquée, une et indépendante, ayant une identité propre, qui relève de la perception extérieure, appartient à l'expérience courante et répond à une certaine destination. Collection, ensemble d'objets; vente d'objets; prendre, renverser, soulever un objet. A chaque nouveau colis, la foule frémissait. On se nommait les objets à haute voix. «Ça, c'est la tente-abri... ça, ce sont les conserves... la pharmacie... les caisses d'armes...» (A. Daudet,Tartarin de T., 1872, p.46).Elle prenait les objets un à un, les palpait, puis les rangeait dans sa valise, avec une lueur de contentement au fond des yeux (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.159):
3. Ceux qui affirment sur les choses la maîtrise la plus autoritaire ne sont pas les plus humains de tous. Eux aussi, comme ceux qui se laissent modeler par elles, ont vidé les choses de la tendresse et du respect humains. Les objets ne sont plus pour eux que des objets, évacués de présence, d'appels, de connivences échangées des uns aux autres et d'eux à nous. Ils y gagnent évidemment un sentiment d'aisance parmi les choses, soumises sous leur main à un multiple et souple esclavage. Mounier,Traité caract., 1946, p.80.
[Distingué des êtres animés et des éléments naturels] C'est en vain qu'on brise avec les objets et les êtres extérieurs (Maine de Biran,Journal, 1816, p.177).Les plus cultivés d'entre nous se surprennent ainsi à peupler les objets, le monde animal, la nature, l'événement, de volontés malveillantes dirigées contre nous (Mounier,Traité caract., 1946, p.128).
[Symbole de ce qui est inanimé et n'a aucune volonté propre] Sous ces regards inquisiteurs, je me sentais devenir un objet, une fleur en pot (Sartre,Mots, 1964, p.72).La mort, quel déshonneur! Devenir soudain objet... (E.-M. Ciorands Le Monde, 5 août 1983, p.13).
[Avec déterminant évoquant une caractéristique de nature, permanente ou circonstancielle]
Objet bizarre, coloré, élastique, fragile, lourd; objets disparates, divers, hétéroclites; menus, petits objets. Les beaux objets réalisés d'une main heureuse sont tout naturellement «continués» par la rêverie du poète (Bachelard,Poét. espace, 1957, p.89).
Objet chinois, japonais; objet colonial, étranger, exotique. Les trouvailles de vases crétois ou égéens jusque dans la Haute-Égypte, et réciproquement celles d'objets égyptiens en Crète (Vidal de La Bl.,Princ. géogr. hum., 1921, p.83).
Objet de bois, de bronze, de métal, métallique. Les nefs (...) rapportèrent la victoire, des nègres, des objets d'ivoire d'or et d'airain (Adam,Enf. Aust., 1902, p.197).
Objet fabriqué, moulé, sculpté, travaillé; objet artisanal, industriel. Paul Valéry séjourne longtemps devant l'idéal d'un objet modelé, d'un objet ciselé qui justifierait sa valeur d'être par la belle et solide géométrie de sa forme en se détachant du simple souci de protéger sa matière (Bachelard,Poét. espace, 1957, p.106).Dans le prix de tout objet manufacturé une valeur est ajoutée à chaque stade (Lesourd-Gérard,Hist. écon., 1968, p.125).
Objet caché, exposé. M. Ossowiecki est capable de retrouver des objets perdus ou volés (Amadou,Parapsychol., 1954, p.129).
Objet trouvé. Objet perdu par son propriétaire et retrouvé par quelqu'un d'autre. Aller au bureau des objets trouvés.
Objet précieux, objet de valeur. Objet qui a une grande valeur marchande. L'année dernière, cinq dames en voiture ont emporté divers objets précieux dans leurs manchons (Michelet,Journal, 1835, p.217).
Objet d'art. Objet ayant une valeur artistique. V. inventaire I A 3 ex. de Lacretelle.
Objet mobilier. Objet de la nature des meubles:
4. En orfèvrerie, le xixesiècle n'a guère produit d'objets mobiliers. Les très rares meubles de vermeil ou d'argent doivent leur existence à des circonstances bien particulières. Grandjean,Orfèvr. XIXes., 1962, p.55.
[Avec déterminant évoquant l'usage auquel est destiné l'objet]
Objet usuel, d'usage courant, de première nécessité. Ils examinent longuement les objets familiers: le rouleau, la herse, la charrue, le tarare (Giono,Colline, 1929, p.76).
Objet de consommation courante, d'échange, de négoce. C'étoient les jésuites du Canada et de la Louisiane, qui avoient (...) découvert de nouveaux objets de commerce pour les teintures et les remèdes (Chateaubr.,Génie, t.2, 1803, p.411).
Objet de fantaisie (v. fantaisie A 2 a), de luxe. La maison entière était un bazar; tous les étages étaient encombrés d'objets de pacotille, de marchandises hétéroclites, d'articles de bric-à-brac (Reybaud,J. Paturot, 1842, p.426).
Objet de literie, de quincaillerie. Cet appoint apporté par le lait garantissait les besoins supplémentaires du foyer: les épices, les objets de mercerie, le sel de la soupe, la lumière (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p.234).
Objet de cuisine. Eugénie se mit à ranger le linge, les objets de toilette que son cousin avait apportés (Balzac,E. Grandet, 1834, p.128).Le colporteur offrant tous objets de ménage ou personnels non fournis par la terre (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p.121).
Objet religieux, sacré; objet de piété. Il faut (...) qu'une fois conçu et idolâtré l'objet du culte revienne transfigurer et parfaire toutes les ébauches de l'action et toutes les oeuvres incomplètes (Blondel,Action, 1893, p.310).S'il n'est plus objet de culte, le totem ne meurt pas pour cela (Philos., Relig., 1957, p.48-5).
POSTES ET TÉLÉCOMM. Objet de correspondance. Jusqu'à présent, plus de 800 machines à affranchir les objets de correspondance et de 400 machines à affranchir et à enregistrer les objets recommandés sont en service (Admin. Postes et Télécomm., 1964, p.18).Objet recommandé. Objet de correspondance envoyé en recommandé. V. ex. ci-dessus.
Rem. Le terme chose recouvre un ensemble de réalités plus large et plus vague que objet: il désigne, en quelque sorte, tout ce qui existe (concrètement), sans les limitations qui distinguent ce que l'on nomme objet, c'est-à-dire, principalement, dimensions limitées, maniabilité et destination. Voir A. Moles ds Communications no13, 1969, p.5.
C. − P. ext.
1. Tout élément ayant une identité propre, produit par un art ou une technique et considéré dans ses rapports avec cet art ou cette technique. Objet plastique, musical. L'on en était réduit à n'appréhender l'objet sonore que sous les deux formes sous lesquelles il se manifestait: soit sous forme de projet, la partition, soit sous forme du «souvenir» de l'exécution (Schaeffer,Rech. mus. concr., 1952, p.144).
Rem. L'objet sonore peut, d'apr. Mus. 1976, ,,se définir de deux manières, complémentaires l'une de l'autre. 1oD'une manière psycho-physiologique, c'est un phénomène sonore ayant à la fois un caractère d'unité (perçu comme un seul phénomène) et un caractère de complétude (perçu comme entier et terminé). 2oD'une manière physique, c'est un phénomène sonore susceptible d'une représentation tridimensionnelle en fonction des axes temps, intensité, fréquence``.
P. anal. Objet mathématique. V. logique1ex. 4.
2. Vieilli. Synon. de chose.La dentelle seule déguisait ce que sa personne offrait de désirable, et l'on sait comment la dentelle déguise ces objets-là (Reybaud,J. Paturot, 1842, p.294).
II. − [Dans une visée abstr., souvent p. oppos. à sujet]
A. − PHILOSOPHIE
1. Ce qui a une existence en soi, indépendante de la connaissance ou de l'idée que peut en avoir l'être pensant. Aimer Dieu vous ramène toujours, en dernière analyse, à la vie, qui comprend le fini, le moi et le non-moi, un sujet et un objet, de même qu'elle comprend aussi l'infini, c'est-à-dire une intervention de l'être universel par laquelle le moi et le non-moi, le sujet et l'objet, se distinguent tout en s'unissant (P. Leroux,Humanité, 1840, p.205).Le comportement humain s'ouvre à un monde (Welt) et à un objet (Gegenstand) par-delà les ustensiles qu'il se construit, il peut même traiter le corps propre comme un objet (Merleau-Ponty,Phénoménol. perception, 1945, p.377):
5. L'esprit s'éveillant à la vie intérieure est pourtant en quête d'un objet. Il renonce à l'objet que l'action propose pour un objet de nature différente, mais ne peut se passer d'objet: son existence ne peut se fermer sur elle-même. Les mouvements intérieurs ne sont nullement objet, ils ne sont pas sujet non plus en ce qu'ils sont le sujet qui se perd, mais le sujet peut à la fin les ramener à lui-même et comme tels ils sont équivoques; à la fin la nécessité d'un objet, ce qui revient à dire: de sortir vraiment de soi, se fait impérieuse. G. Bataille,Exp. int., 1943, p.181.
2. Vieilli, rare. [Chez Descartes, repris par Renouvier] Ce qui est pensé ou représenté par l'esprit, indépendamment de toute réalité lui correspondant et du sujet ou de l'acte par lequel il est pensé ou représenté. La conformité alléguée entre le sujet et l'objet, entre le représenté en soi et le représenté dans la représentation, démontre qu'en voulant poser autre chose que la représentation, c'est encore elle, elle seule que l'on pose (Ch. Renouvier, Essais de crit. gén., 1eressai, Traité de logique gén. et de logique formelle, 2eéd., Paris, 1875, p.36).
B. − Cour. Ce sur quoi porte un procès ou un processus, ou ce à quoi il tend.
1. [À propos de l'activité de l'esprit en gén.] Ce à quoi s'applique cette activité. Objet(s) d'entendement, de pensée. Combien de fois, sans nous rien dire, nous eûmes la certitude que le même objet nous occupoit également! (Fiévée,Dot Suzette, 1798, p.147).Cette correspondance de généralités de mots et de pensées méconnue par Condillac à un point qui prouve combien peu ses idées étoient développées sur ces objets importans (Bonald,Législ. primit., t.1, 1802, p.307).L'esprit peut (...) revenir à ses soins ordinaires, ce qui se fait sans qu'on y pense, et, par le désarroi d'une rêverie sans objet fixe, ramène l'ennui (Alain,Beaux-arts, 1920, p.268).
2. Gén. au sing. [À propos d'une manière d'être ou d'une activité particulière]
a) Gén. hors loc., souvent avec un compl. subst. prép. de
α) Domaine des sentiments et de la volonté
Ce qui donne matière à une réaction affective, ce qui est cause ou motif d'un sentiment. Ceux qui ont perdu un être aimé qu'ils ne revoient jamais en dormant (...). Dans leur impuissance à se représenter l'objet de leur douleur, ils s'accusent presque de n'avoir pas de douleur (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p.490).V. affermi ex. 10.
SYNT. Objet de dégoût, de mépris, d'épouvante, d'étonnement, d'horreur, de terreur, d'extase, de jouissance, de jalousie, de rancune, de ressentiment, de sentiments.
Ce sur quoi portent ou ce vers quoi sont dirigés une réaction affective, un état d'âme et sa manifestation. Madame Grandet, qui regarda sa fille avec cette intuition sympathique dont sont douées les mères pour l'objet de leur tendresse, et devina tout (Balzac,E. Grandet, 1834, p.96).Maintes fois il avait essayé d'aider le curé au patronage, au cercle d'études, et toujours perclus de honte, stupide, objet de risée, était rentré dans sa nuit (Mauriac,Baiser Lépreux, 1922, p.154).Il n'a pas pris part à vos complots, il a été élevé loin de moi et ne peut pas me haïr; ou s'il me hait, l'objet de sa haine est un être abstrait, sans rapport avec moi-même (Mauriac,Noeud vip., 1932, p.201).
SYNT. Objet d'admiration, d'adoration, d'amour, d'attachement, d'idolâtrie, de respect, de tendresse, de vénération; objet de sollicitude; objet de plaisanteries, de railleries.
En partic. [Sans compl. subst. prép. de, mais souvent avec déterm. adj.]
Vieilli. Femme aimée, p. ext., personne aimée (homme ou femme). Objet adoré, chéri, jeune objet; adorer un objet. Je ne puis ni supporter l'éloignement de l'objet auquel mon sort est lié, ni m'astreindre à son exigence (Staël,Lettres jeun., 1791, p.471).Pour que le seul remplacement de la femme, comme objet aimé, par un jeune homme, déclenchât aussitôt autour de celui-ci tout le processus de complications sociales qui se développent autour d'une liaison ordinaire (Proust,Sodome, 1922, p.1059):
6. Si un de ces garçons aime un objet indifférent, armez en lui l'ambition contre l'amour. Faites-lui sentir qu'il est honteux à un coeur de soupirer pour un objet insensible, ou qui lui en préfère un autre. Bern. de St-P.,Harm. nat., 1814, p.332.
Arg., vieilli. Amant(e). Je parvins avec elle (...) à la porte du repaire où elle comptait retrouver son objet (Vidocq,Mém., t.3, 1828-29, p.197).Pour qu'on te fasse voir ton objet dans son paradis, il faut prendre Cydalise et avoir l'air d'entrer là, par suite d'une erreur de bonne, avec ta particulière (Balzac,Cous. Bette, 1846, p.383).Depuis lors à son sujet Mon coeur battit la breloque, Quand j'appris que mon objet M'accordait la réciproque (Fleur de thé) (Delesalle,Dict. arg.-fr. et fr.-arg., 1896, p.194).
PSYCHANAL. Ce qui est en dehors du moi et vers quoi tend la pulsion. Objet d'amour; choix, perte d'objet. Le désir tyrannique d'être aimé, la prédominance du souci du moi sur le souci de l'objet sexuel, voire sur le souci hétérosexuel tout court (Mounier,Traité caract., 1946, p.145).Combien de gens se croient amoureux parce qu'ils projettent sur l'objet une image intérieure (Choisy,Psychanal., 1950, p.176):
7. Le tableau symptomatique (...) de la démence précoce ne se compose pas uniquement des symptômes découlant du détachement de la libido des objets et de son accumulation dans le moi, en qualité de libido narcissique. Une grande place revient plutôt à d'autres phénomènes se rattachant aux efforts de la libido de retourner aux objets... Freud,Introd. psychanal., trad. par S. Jankélévitch, 1959 [1922], p.451.
Objet partiel. ,,Partie ou fragment du corps pris pour objet de pulsions partielles`` (Fedida 1974). Ainsi les premières relations sont vécues en termes d'objets partiels: bon ou mauvais sein selon que le besoin oral est gratifié ou frustré (Encyclop. univ.t.61970, p.210c).
Objet transitionnel. ,,Objet que le sujet traite comme étant à mi-chemin entre lui-même et une autre personne`` (Rycr. 1972):
8. Pour D. W. Winnicott, l'accès à la perception d'un objet nettement différencié du sujet et à la relation d'objet proprement dite est favorisée par l'«objet transitionnel». On remarque que, bien souvent entre quatre et douze mois, l'enfant suçote un coin de couche ou de couverture, objet dont il ne veut se séparer à aucun prix, surtout au moment de l'endormissement. Cet objet intermédiaire «entre le pouce et l'ours de peluche» est aussi la «première possession de quelque chose qui n'est pas moi». Encyclop. univ.t.61970, p.210b et c.
Relation d'objet. ,,Relation du sujet à son objet`` (Rycr. 1972). H. Ezriel, à partir de sa pratique des cures psychanalytiques en groupe, met l'accent sur le désir des patients d'établir une relation d'objet particulière, ici et maintenant, avec le psychanalyste, relation qui peut être déplacée défensivement sur un autre membre (Encyclop. univ.,t.8,1970,p.52a).V. aussi ex. 8.
Ce vers quoi tend le désir ou la volonté. Objet de la convoitise de qqn, objet du désir. Il s'assit à portée de l'urne métallique où rayonnaient, tendre objet de ses voeux, les cinq cents louis d'or promis au vainqueur (Cladel,Ompdrailles, 1879, p.297).Âme d'ambitieux, assez lucide, assez séparé des hommes ou assez malade pour mépriser tous les objets de son ambition, et son ambition même? (Malraux,Cond. hum., 1933, p.224).Chacun de tes rapports avec l'homme et avec la nature, écrit Marx, doit être une manifestation déterminée et correspondant à l'objet de ta volonté de la réalité individuelle (Lacroix,Marxisme, existent., personn., 1949, p.39).
β) Domaine de l'activité
Ce à quoi s'applique une activité (dans sa réalisation ou dans son résultat). Je n'aurai d'amour que pour les belles choses, et ne proposerai à mon activité d'autre objet ici-bas (Renan,Avenir sc., 1890, p.490).Tel a été l'objet du décret du 29 juillet 1958 qui crée une licence d'histoire de l'art et d'archéologie (Encyclop. éduc., 1960, p.230).
SYNT. Objet de connaissance, de contemplation, de controverse, de discussion, d'enquête, d'étude, d'examen, d'expérience, d'investigation, de méditation, de recherches, de réflexion, de spéculation, de transactions, de travaux; objet de la chimie, de la linguistique; objet d'un chapitre, d'un traité.
ADMIN. Matière traitée. Objet d'une réunion. Il est recommandé: (...) de dactylographier en lettres minuscules, sans soulignement, le texte relatif à l'«objet» (Spr.1967, p.210).
DR. Ce sur quoi porte un droit, une procédure, un acte juridiques. Objet d'un litige. Le débiteur obligé à fournir une caution doit en présenter une qui ait la capacité de contracter, qui ait un bien suffisant pour répondre de l'objet de l'obligation (Code civil,1804, art.2018, p.362):
9. L'objet d'un contrat, ou plus exactement l'objet des obligations qu'il fait naître, est la prestation imposée aux parties par ce contrat. Il doit être certain, c'est-à-dire déterminé ou déterminable par les éléments du contrat, possible (ainsi, lorsque la chose a péri en totalité, il est considéré que l'objet n'est pas possible)... Encyclop. Lar.t.31968, p.614a.
Ce que l'on pose comme finalité de l'activité, de son moyen ou de son résultat. Synon. but, fin, objectif.Poursuivre un double objet. Le premier objet de toute constitution doit être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même (Robesp.,Discours, Constit., t.9, 1793, p.496).La force armée a trois objets différents (Constant,Princ. pol., 1815, p.109).L'objet de ces enduits vitreux est de rendre la pâte imperméable (Al. Brongniart, Arts céram., t.1, 1844, p.172):
10. Une analyse complète d'Eurêka: n'étant pas actuellement mon dessein, je ne parlerai presque point de l'usage fait par l'auteur, de l'hypothèse de Laplace. L'objet de Laplace était restreint. Il ne se proposait que de reconstituer le développement du système solaire. Valéry,Variété[I], 1924, p.135.
Loc., vieilli ou littér.
Remplir son objet. Accomplir ce qui était assigné, atteindre ce qui était visé. Synon. remplir son office*.En nous constituant sur le pied de guerre, nos ennemis ont déjà rempli leur objet (Robesp.,Discours, Guerre, t.8, 1792, p.151).Au lieu de me retirer rapidement, après avoir rempli mon objet, et peut-être donné l'éveil à mes ennemis (Stendhal,Chartreuse, 1839, p.161).Remplir un objet. Un corps que constitue un tissu cellulaire très-souple, et dont les cellules communiquent entre elles par des pores, peut remplir cet objet (Lamarck,Philos. zool., t.2, 1809, p.76).Var. au plur. Il leur prescrira de concourir (...) à remplir les objets indiqués par ce mémoire (Voy. La Pérouse, t.1, 1797, p.48).
Manquer son objet. Ne pas atteindre ce qui était visé. Synon. manquer, rater son but.L'ambitieux qui a manqué son objet, et qui vit dans le désespoir (Chamfort,Max. et pens., 1794, p.26).
b) Loc. en rapport, selon les cont., avec l'un ou l'autre des emplois distingués supra a.
α) Être/devenir l'objet de + subst.
[Sentiment] Toute autre excellence, telle que celle de l'indépendance relativement à Dieu ou celle de l'ambition de commander aux autres, n'a pu être l'objet de l'orgueil de Lucifer (Théol. cath.t.4, 11920, p.399).
[Réaction psychique ou sa manifestation] La réprobation dont il [tout délit] est l'objet résulte de sa délictuosité (Durkheim,Divis. trav., 1893, p.47).
[Activité ou son résultat] Méthodes arithmétiques qui sont l'objet de ce traité (Lagrange,Résol. équations num., 1808, p. xxiii).Ce certificat devra suivre l'animal au cours de toutes les transactions dont il sera l'objet (Brion,Jurispr. vétér., 1943, p.276).Cette théorie, qui fut l'objet de vives controverses, est aujourd'hui solidement assise (Hist. gén. sc., t.3, vol.2, 1964, p.650).
β) Faire l'objet de + subst.
[Réaction psychique ou sa manifestation] Même chez les Bricard, gens un peu frustes, l'amitié de Juliette et d'Alain faisait l'objet de plaisanteries indulgentes (Van der Mersch,Invas. 14, 1935, p.240).
[Activité ou son résultat] Les générations directes, qui font l'objet de ce chapitre (Lamarck,Philos. zool., t.2, 1809, p.89).Non plus que les livres, toujours remis à une prochaine fois, (...) ne vont faire l'objet de notre entretien (Mallarmé,Dern. mode, 1874, p.784).Les phénomènes graphiques ou la mesure du temps, qui font l'objet de la paléographie ou de la chronologie (L'Hist. et ses méth., 1961, p.670).
γ) Avoir pour objet
+ subst.
[Sentiment] Lorsque l'amour a pour objet une femme qu'on n'a jamais possédée (Vailland,Drôle de jeu, 1945, p.88).
[Activité ou son résultat] La philosophie naturelle, dit Barthez, a pour objet la recherche des causes des phénomènes de la nature, mais seulement en tant qu'elles peuvent être connues d'après l'expérience (Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p.194).On enseigne, sous le nom de cosmographie, des éléments d'astronomie, science qui a pour objet les astres, leur position, leurs mouvements et leur constitution physique (A. Danjon,Cosmogr., 1948, p.9).[Avec idée de finalité] Sous un régime d'égalité, toute épargne qui n'a pas pour objet une reproduction ultérieure ou une jouissance est impossible (Proudhon,Propriété, 1840, p.240).Ces écoles ont pour objet la formation des cadres supérieurs, techniques, professionnels et administratifs de l'agriculture (Encyclop. éduc., 1960, p.234).
Prendre pour objet + subst.La philosophie qui prend pour objet l'esprit humain à l'état concret et vivant (P. Leroux, Humanité, 1840, p.142).
+ de + inf.Viser à, avoir pour finalité de. Celle des fonctions du système nerveux, qui a pour objet d'envoyer le fluide subtil des nerfs aux fibres musculaires ou à leurs faisceaux (Lamarck,Philos. zool., t.2, 1809, p.142).L'ouverture de conversations tripartites ayant pour objet de soumettre des propositions au gouvernement australien et à moi-même (De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p.359).Les soins locaux ont pour objet de décaper les lésions (Quillet Méd.1965, p.301).
Se donner pour objet de + inf.:
11. L'auteur n'insiste plus pour nous persuader que les Confessions avaient été écrites, en partie du moins, dans un but de santé publique. Elles se donnaient pour objet, nous dit-il plus franchement, de montrer quelle puissance a l'opium pour augmenter la faculté naturelle de rêverie. Baudel.,Paradis artif., 1860, p.442.
δ) Sans objet. Sans fondement, sans raison (d'être).
[En fonction d'adv.] Lutter, se passionner sans objet. Le poulain (...) Galopoit sans objet, se baignoit sans envie, Ou se reposoit sans besoin (Florian,Fables, 1792, p.82).Son oeil clair, jaune et dur tombait sur vous comme un rayon de soleil en hiver, lumineux sans chaleur, inquiet sans pensée, défiant sans objet (Balzac,Lys, 1836, p.49).
[En fonction d'adj.] Besoin, jalousie, vérité sans objet. La société des nicolaïtes ne ressuscita pas après la Révolution comme celle des sulpiciens; le bâtiment de la rue Saint-Victor demeura sans objet (Renan,Souv. enf., 1883, p.164).Engagements contractés par un incapable, ou sans objet, ou dont la cause est illicite (Durkheim,Divis. trav., 1893, p.189):
12. ... la conscience du fait de sa mort faisait un affreux désert. Froid de métal. Que m'importait qu'il y eût d'autres gens à aimer? L'amour que je dirigeais vers lui, accompagné d'ébauches intérieures, d'échanges qui ne pouvaient avoir lieu qu'avec lui, était sans objet. S. Weil,Pesanteur, 1943, p.144.
3. GRAMM. Complément d'objet ou objet
a) GRAMM. TRADITIONNELLE
α) Terme de la proposition désignant la personne ou la chose sur laquelle porte l'action exprimée par le verbe. Certains verbes appellent nécessairement un complément d'objet (tantôt direct, tantôt indirect) et ne s'emploient jamais absolument; ce complément d'objet peut être dit objet essentiel: Alléguer des raisons. Attenter à ses jours (Grev.1975, § 195, p.158).
(Complément d') objet direct. Complément d'objet directement rattaché au verbe (transitif) sans préposition, qui exprime l'objet, le résultat ou parfois le contenu de l'action, répond à la question ... qui? ... quoi? posée après le verbe et peut devenir sujet lorsque la proposition est tournée au passif (d'apr. Grev., 1975, § 195, p.158). Synon. vieilli régime* direct; abrév. c.o.d.L'accord dépend de la place du complément d'objet direct (Estaunié,Ascension M. Baslèvre, 1919, p.96).La plupart des grammairiens déclarent que l'inversion du sujet est impossible quand le verbe est suivi d'un nom en fonction d'objet direct (R. Le Bidois,L'Invers. du suj. dans la prose contemp., Paris, D'Artrey, 1952, p.265).
(Complément d') objet indirect. Complément d'objet rattaché indirectement au verbe (transitif indirect) par l'intermédiaire de la prépositon à ou de, qui exprime la personne ou la chose vers laquelle se dirige l'action et répond à la question ... à/de qui? ... à/de quoi? posée après le verbe (d'apr. Grev., 1975, § 195, p.158). Synon. vieilli régime* indirect; abrév. c.o.i. ou c.o. ind.Dans ces dernières phrases, le «courant» du verbe se dirige à peu près également vers l'attribut qui précède et vers l'objet indirect postposé (R. Le Bidois,L'Invers. du suj. dans la prose contemp., Paris, D'Artrey, 1952, p.369).Le pronom personnel complément d'objet indirect se rattache parfois au verbe sans préposition: Cette habitude vous nuit (Grev.1975, § 192, p.156, rem. 3).
(Complément d') objet interne. Complément d'objet direct toujours accompagné d'une épithète ou d'un déterminatif, employé avec des verbes intransitifs et exprimant l'idée nominale contenue dans le radical du verbe ou une idée analogue à celle de ce radical (d'apr. Grev., loc. cit.). La grande difficulté, on le sait, c'est de traiter ensemble d'objets externes comme dans battre quelqu'un, tuer César, etc. et d'objets internes comme: vivre une vie épuisante, sentir le musc, etc. (J.-Cl. Chevalier, Hist. de la synt., Genève, Droz, 1968, p.533).
Plus rare. (Complément d') objet second ou secondaire. Complément d'attribution des verbes du type donner. Il n'y a jamais d'accord entre le participe passé conjugué avec avoir et le complément d'objet second (celui-ci ayant la forme d'un complément d'objet indirect) (R. Galizot, J.-P. Dumas, B. Capet, Précis de gramm. fonctionnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1970, p.107).
Rem. Autre sens ds Grev. 1975, §192, p.156, rem. 1: ,,En tant qu'il vient s'ajouter à un objet direct (exprimé ou implicite), l'objet indirect peut être appelé objet secondaire; l'objet direct est dit alors objet premier``.
β) En partic. Complément d'objet direct. Le signe (consistant dans la place des mots) de la relation entre verbe transitif et complément d'objet («cuire la pâte, labourer la terre», etc.) (Bally,Lang. et vie, 1952, p.81):
13. Les verbes d'action eux aussi expriment une direction d'un pôle sujet vers un pôle objet. Le verbe a un sujet personnel et un complément d'objet. L'analogie va même plus loin: dans le langage courant nous appelons «objets» les «ustensiles» que nous manipulons. Il ne s'agit pas là seulement d'une équivoque verbale entre l'objet-ustensile et l'objet au sens grammatical de «complément d'objet»... Ricoeur,Philos. volonté, 1949, p.193.
b) GRAMM. GÉNÉRATIVE
(Complément d') objet (principal). Syntagme nominal constituant d'un syntagme verbal, lorsque le noyau de la phrase de base peut subir une transformation passive et le syntagme nominal constituant une transformation de détachement accompagnée de pronominalisation. L'impossibilité de déplacer le terme objet n'est pas suffisante, car d'autres catégories grammaticales ne peuvent être déplacées, sans être pour autant des compléments d'objet, par exemple l'attribut de l'objet (J. Le Galliot,Description générative et transformationnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1975, p.222).
(Complément d') objet indirect. Syntagme prépositionnel constituant d'un syntagme verbal, lorsque le noyau de la phrase de base ne peut pas subir de transformation passive mais que le syntagme prépositionnel peut subir une transformation de détachement accompagnée de pronominalisation, le pronom ayant la forme oblique à la troisième personne et la forme tonique aux deux premières ou les formes en et y (d'apr. J. Le Galliot, Description générative et transformationnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1975, p.96).
(Complément d') objet secondaire. Syntagme prépositionnel constituant d'un syntagme verbal comportant déjà un constituant complément d'objet principal, lorsque le noyau de la phrase de base peut subir une transformation passive et le syntagme prépositionnel une transformation de détachement accompagnée de pronominalisation, le pronom ayant la forme oblique à la troisième personne et la forme tonique aux deux premières (d'apr. J. Le Galliot, Description générative et transformationnelle de la lang. fr., Paris, Nathan, 1975, p.96).
REM. 1.
-objet, élém. de compos.a) [Le 1erélém. est un subst. désignant une chose; -objet signifie que cette chose est considérée pour elle-même, le plus souvent pour ses qualités esthétiques, en faisant abstraction de sa fonction] Corps-objet, livre-objet, mot-objet. Mais que sa beauté ne confine pas la Passat dans le rôle de voiture-objet. Sous cette très élégante silhouette se cache un vrai tempérament (L'Express, 10 oct. 1977, p.202, col.2).b) [Le 1erélém. est un subst. désignant une catégorie d'êtres; -objet signifie que l'être est considéré comme un élém. matériel passif] Femme-objet (v. femme I C 3 a rem.). [Paul Guth] passe aujourd'hui notre siècle en revue, une drôle de revue et une revue drôle, où l'on parle de tout un peu; de l'argent −on en parle trop −, de l'amour −on n'en parle pas assez −, de la femme à muscles et de l'homme-objet (Elle, 31 oct. 1977, p.9, col.3).c) [Correspond à objet II B 2 a β] Sémiologie. Langage-objet. ,,Langage devenant l'objet d'études pour un autre langage qui le prend sous sa visée`` (Média 1971).
2.
Objectité, subst. fém.,philos., rare. Caractère de ce qui est chose en soi, indépendante du sujet (v. objet II A 1). Séduire, c'est assumer entièrement et comme un risque à courir mon objectité pour autrui, c'est me mettre sous son regard et me faire regarder par lui, c'est courir le danger d'être vu pour faire un nouveau départ et m'approprier l'autre dans et par mon objectité (Sartre,Être et Néant, 1943, p.439).
Prononc. et Orth.: [ɔbʒ ε]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. 1370-72 «toute chose qui affecte les sens et en particulier la vue» (N. Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, La table des moz divers et estranges, fol. 223c, p.545); 1370-72 «ce qui frappe les autres sens» (Id., ibid.); 2. 1784 «se dit de tout ce qui est doté d'existence matérielle» objets de frivolité (Necker, Admin. fin., IV, p.547 ds Brunot t.6, p.384, note 5); p. ext. 1831 objet d'art (Michelet, Introd. Hist. univ., p.433). II. 1. 1370-72 «tout ce qui se présente à la pensée, qui est occasion ou matière pour l'activité de l'esprit » (N. Oresme, op. cit., livre X, chap.VI, fol.204d et note 5); en partic. 1647 philos. «ce qui est donné par l'expérience, existe indépendamment de l'esprit» (Descartes, Méditation troisième ds OEuvres et lettres, éd. A. Bridoux, p.288); 2. 1556 «se dit de ce qui, être ou chose, est la cause, le motif d'un sentiment» (Ronsard, Nouvelle continuation des Amours, p.2 ds OEuvres, éd. P. Laumonier, VII, p.272); 3. 1612 «ce vers quoi tendent les désirs, la volonté, l'effort et l'action» (Régnier, Satyres... revueues et augmentées, Paris, Toussaincts du Bray, XIII, 10); en partic. 1669 «matière, substance, sujet d'une étude, d'un ouvrage» (Pascal, Pensées, éd. Lafuma, 586, p.583: l'objet de la géométrie ... l'objet de la médecine); 4. 1798 gramm. «désigne le complément ou régime direct» (Condil., Gramm., II, 26 ds Littré); 1922 compléments d'objet (Brunot Pensée, p.300); 5. 1804 dr. «ce sur quoi porte un droit, une obligation etc...» (Code civil, art.525, p.97). Empr. au lat. scolast. objectum proprement «ce qui est placé devant» (part. passé subst. neutre de obicere «placer devant») d'où «ce qui possède une existence en soi, indépendante de la connaissance ou de l'idée que des êtres pensants en peuvent avoir» (Blaise Lat. Med. Aev.), s'oppose à sujet* surtout en gramm. et en philos., bien que dans la lang. cour. la distinction ne soit pas toujours observée. Fréq. abs. littér.: 18579. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 32491, b) 14924; xxes.: a) 18362, b) 32252. Bbg. Bernard (G.). La Transitivité du verbe en fr. contemp. Thèse, Lille, 1972, 394 p.passim. _ Blinkenberg (A.). Le Probl. de la transitivité en fr. mod. Copenhague, 1960, 366 p. _ Chevalier (J.-Cl.). Hist. de la synt. Genève, 1968, p.351, 359, 533, 644, 700. _ Communications 1969, no13 (Les Objets), 139 p., passim. _ Gougenheim (G.). L'Objet interne et les catégories sém. des verbes intrans. In: [Mél. Delbouille (M.)]. 1964, t.1, pp.271-285. _ Gross (M.). Rem. sur la notion d'objet direct en fr. Lang . fr. 1969, no1, pp.63-73. _ Vardar (B.). Le Terme objet dans le CLG. Cah. F. Sauss. 1977, no31, pp.269-276.

Wiktionnaire

Nom commun

objet \ɔb.ʒɛ\ masculin

  1. Chose tangible et visible, concrète. Chose perceptible par la vue et le toucher. Chose, dans un sens indéterminé.
    • Je n’éprouvais plus qu’une sensation vague des objets et des êtres. Tout passait devant moi, avec des formes indécises. — (Octave Mirbeau, Lettres de ma chaumière : La Tête coupée, A. Laurent, 1886)
    • Le temps utile aux mesures est relatif aux objets : ainsi l'année et le jour jupitériens ne sont pas l'année et le jour terrestres. Les rotations sur soi ou autour du soleil ne sont pas les mêmes, les objets célestes n'ont pas la même vitesse, etc... — (Bernard Bachelet, Sur quelques figures du temps, Librairie J. Vrin, 1996, page 260)
    • Il vend toute sorte d’objets.
    • Objets de première nécessité.
    • Un objet d’art.
    • Quel est donc cet étrange objet que je vois dans ta main ?
    • Je ne pouvais pas voir l'objet qu'il avait déposé dans ma main.
    • Objet agréable, horrible, plaisant, insupportable.
    • La beauté, la laideur d’un objet.
    • Écartez cet objet de mes yeux.
    • Reposer sa vue sur un objet charmant.
    • Cette lunette grossit trop les objets.
    • Les objets se peignent sur la rétine.
  2. (En particulier) Chose fabriquée par l’homme ; artéfact.
  3. (Philosophie) Tout ce qui affecte les sens, tout ce qui intéresse les facultés de l’âme.
    • Les objets des sens.
    • Les couleurs sont les objets de la vue.
    • Le son est l’objet de l’ouïe.
    • Les saveurs sont l’objet du goût.
    • Les odeurs sont l’objet de l’odorat.
    • Le vrai est l’objet de l’entendement.
    • Le bien est l’objet de la volonté.
  4. (Philosophie) Ce qui est pensé, par opposition à l’être pensant ou sujet.
  5. Matière à une science, à un art.
    • La présente partie de la présente norme européenne a pour objet de définir un procédé faisant appel à des tamis, pour la détermination de la distribution dimensionnelle des grains. — (Norme européenne EN 933-1, août 1997)
    • La logique a pour objet les opérations de l’entendement.
    • Chaque science a son objet.
  6. (Grammaire) S’oppose à sujet et désigne la personne ou la chose sur laquelle se porte l’action exprimée par le verbe.
    • Dans la phrase : « Dieu a créé l’homme », Dieu est le sujet et l’homme l’objet.
  7. Tout ce qui est la cause, le sujet, le motif d’un sentiment, d’une passion, d’une action.
    • L’honorable M. Bertauld nous a dit encore : Je repousse votre projet de loi parce que c'est un expédient, une loi de circonstance, et qu'il n'appartient pas aux assemblées politiques de se saisir de faits particuliers pour en faire l’objet d'une modification législative. — (« Séance du 18 février 1873 », dans les Annales de l'assemblée nationale: compte-rendu in extenso des séances : Annexes, Paris : Imprimerie du Journal officiel, vol. 16, page 117)
    • Être l’objet de la raillerie, de la médisance, de la calomnie, du mépris.
    • Objet de pitié.
    • L’objet de son amour, de son respect, de sa passion.
    • Objet de tristesse, d’affliction, de douleur, etc.
    • Vous étiez l’objet de notre entretien.
    • La conversation a changé d’objet.
  8. (Par extension) En particulier, la personne qu’on aime.
    • L’objet aimé.
  9. But, objectif, visée.
    • Cet homme n’a pour objet que de faire fortune.
    • L’objet de ma remarque.
    • L’objet que je me propose, que j’ai en vue.
    • Voilà mon objet.
    • Remplir son objet.
    • Quel est l’objet de cette démarche ?
    • Discours, action sans objet.
    • Je vais maintenant vous exposer l'objet de cette réunion.
  10. (Vieilli) (Figuré) Tout ce qui se présente à l’esprit, de tout ce qui l’occupe.
    • Les objets se peignent confusément dans son esprit, dans son imagination.
    • Il a la tête remplie, occupée de mille objets, d’un objet important.
    • Il ne saurait donner une attention suivie au même objet.
    • Son esprit troublé confond et défigure les objets.
    • Il est éloquent lorsqu’il parle des objets qui le touchent.
  11. (Programmation orientée objet) Instance de classe. Un objet stocke des valeurs de données (attributs), sur lesquels travaillent les méthodes de la classe.
  12. (Cartographie) Phénomène concret ou abstrait susceptible d’une représentation cartographique[1].
  13. (Sport-boules) Tout objet présent sur le terrain au cours d’une partie, incluant le but et les boules déjà jouées.
    • Si la boule de tir se perd avant ou à l’instant où elle touche son objectif, le tir est nul et tous les objets déplacés doivent par obligation être remis en place par l’adversaire. — (Fédération Internationale de Boules, Règlement Technique International, édition 2018, article 44)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

OBJET. n. m.
Tout ce qui s'offre, tout ce qui est présenté à la vue. Objet agréable, horrible, plaisant, insupportable. La beauté, la laideur d'un objet. Écartez cet objet de mes yeux. Reposer sa vue sur un objet charmant. Cette lunette grossit trop les objets. Les objets se peignent sur la rétine. Il se dit, figurément, de Tout ce qui se présente à l'esprit, de tout ce qui l'occupe. Les objets se peignent confusément dans son esprit, dans son imagination. Il a la tête remplie, occupée de mille objets, d'un objet important. Il ne saurait donner une attention suivie au même objet. Son esprit troublé confond et défigure les objets. Il est éloquent lorsqu'il parle des objets qui le touchent.

OBJET, en termes de Philosophie, signifie Tout ce qui affecte les sens, tout ce qui intéresse les facultés de l'âme. Les objets des sens. Les couleurs sont les objets de la vue. Le son est l'objet de l'ouïe. Les saveurs sont l'objet du goût. Les odeurs sont l'objet de l'odorat. Le vrai est l'objet de l'entendement. Le bien est l'objet de la volonté. Il signifie encore, en termes de Philosophie, Ce qui est pensé, par opposition à l'Être pensant ou Sujet. En termes de Grammaire, il s'oppose à sujet et désigne la Personne ou la chose sur laquelle se porte l'action exprimée par le verbe. Dans la phrase : Dieu a créé l'homme, Dieu est le sujet et l'homme l'objet.

OBJET désigne encore Tout ce qui sert de matière à une science, à un art. La logique a pour objet les opérations de l'entendement. Chaque science a son objet. Il désigne aussi Tout ce qui est la cause, le sujet, le motif d'un sentiment, d'une passion, d'une action. Être l'objet de la raillerie, de la médisance, de la calomnie, du mépris. Objet de pitié. L'objet de son amour, de son respect, de sa passion. Objet de tristesse, d'affliction, de douleur, etc. Vous étiez l'objet de notre entretien. La conversation a changé d'objet. Dans le même sens, mais d'une manière plus particulière, Objet désigne la Personne qu'on aime. L'objet aimé.

OBJET signifie également le But, la fin qu'on veut atteindre. Cet homme n'a pour objet que de faire fortune. L'objet de ma remarque. L'objet que je me propose, que j'ai en vue. Voilà mon objet. Remplir son objet. Quel est l'objet de cette démarche? Discours, action sans objet.

OBJET se prend encore pour Chose, dans un sens indéterminé. C'est un objet de peu de valeur. Il vend toute sorte d'objets. Objets de première nécessité. Un objet d'art.

Littré (1872-1877)

OBJET (ob-jè ; le t se lie : un ob-jè-t agréable ; au pluriel, l's se lie : des ob-jè-z agréables ; objets rime avec traits, succès, paix, etc.) s. m.
  • 1Tout ce qui se présente à la vue. Ils n'assurent quoi que ce soit, n'oseraient jurer qu'il soit jour en plein midi, ne sont point certains si les choses qu'ils voient sont objets ou illusions, Guez de Balzac, De la cour. 6e disc. Les images des objets ne se forment pas seulement ainsi au fond de l'œil, mais elles passent encore au delà jusques au cerveau, Descartes, Dioptr. V. Quel objet se présente à mes yeux ? ce n'est pas seulement des hommes à combattre ; c'est des montagnes inaccessibles, c'est des ravines et des précipices, Bossuet, Louis de Bourbon. Il n'est point de serpent ni de monstre odieux Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux ; D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable, Boileau, Art p. III. Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux, Boileau, ib. Elle voit (quel objet pour les yeux d'une amante !) Hippolyte étendu sans forme et sans couleur, Racine, Phèdre, V, 6. Tous les objets paraissent sombres et en confusion le matin aux premières lueurs de l'aurore ; mais ensuite ils semblent sortir comme d'un chaos, quand la lumière, qui croît insensiblement, les distingue et leur rend, pour ainsi dire, leurs figures et leurs couleurs naturelles, Fénelon, Tél. XXIV.

    À cet objet, à cette vue. À cet objet d'horreur, l'œil troublé, le teint blême, J'ai demeuré longtemps plus morte que lui-même, Rotrou, Antig. I, 2. Jugez à cet objet ce que j'ai dû sentir, Racine, Théb. V, 5.

  • 2Tout ce qui affecte les sens. Les couleurs sont les objets de la vue, les odeurs de l'odorat, les saveurs du goût, les sons de l'ouïe. Elle [l'âme] n'est pas plus heureuse en jouissant des plaisirs que les sens lui offrent… ces sens, dont elle emprunte, empruntent eux-mêmes de tous côtés ; ils tirent tout de leurs objets, et engagent par conséquent à tous ces objets extérieurs l'âme qui, espérant en ses sens, ne peut plus rien avoir que par eux, Bossuet, la Vallière.
  • 3 Terme de philosophie. Tout ce qui est en dehors de l'âme ; par opposition à sujet qui exprime ce qui est en dedans de l'âme. L'objet et le sujet.

    Terme de scolastique. Objet matériel, la chose même qu'une science considère.

    Objet formel, la manière dont l'objet matériel est considéré par la science.

    Objet total ou adéquat, réunion de l'objet matériel et de l'objet formel.

  • 4Chose, dans un sens indéterminé. C'est un objet de peu de valeur. Objets de première nécessité.

    Un objet de dépense, quelque chose qui occasionne de la dépense. Ceuta, que les Portugais prirent en 1409, que les Espagnols eurent sous Philippe II, et qu'ils ont conservé toujours, n'a été qu'un objet de dépense, Voltaire, Mœurs, 162.

    Un grand objet, quelque chose d'un grand intérêt. Rome, toujours un grand objet pour les nations, mais toujours à plaindre, Voltaire, Mœurs, 31. Dans le trésor particulier du sultan, on compte les confiscations pour un grand objet, Voltaire, ib. 159.

    Fig en général, chose abstraite, morale. Il y a deux choses importantes… dont tous les citoyens doivent s'entretenir dans les pays libres : l'une est le gouvernement, l'autre la religion ; le marchand, l'artisan doivent se mettre en état de n'être trompés ni sur l'un ni sur l'autre de ces objets, Voltaire, Quest. miracl. Lett. 10.

  • 5 Fig. Tout ce qui se présente à l'esprit, tout ce qui l'occupe. Un objet important l'occupe présentement. Il ne saurait donner une attention suivie au même objet. La mienne [tristesse] n'est point du tout dissipée par la diversité des objets, Sévigné, 4 oct. 1684. Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom ; ceux-ci [les Anglais], occupés du premier objet qui les avait transportés, allaient toujours, sans regarder qu'ils allaient à la servitude, Bossuet, Louis de Bourbon. À la vue du saint viatique qu'il avait tant désiré, voyez comme ce prince s'arrête sur ce doux objet, Bossuet, ib. Toi [âme] qui étais née pour l'éternité et pour un objet immortel, tu deviens éprise et captive d'une fleur que le soleil dessèche, Bossuet, la Vallière. L'éternité se présentait à ses yeux comme le digne objet du cœur de l'homme, Bossuet, le Tellier. César de tant d'objets en même temps frappé, Racine, Brit. V, 8. Le plus charmant objet de la nature, le plus capable d'émouvoir un cœur sensible et de le porter au bien, est, je l'avoue, une femme aimable et vertueuse ; mais cet objet céleste où se cache-t-il ? Rousseau, Lett. à d'Alemb. La passion a toujours un objet : on ne désire point ce qu'on ne connaît point, Bonnet, Ess. anal. âme, 18.

    Dans le langage philosophique, tout ce qui meut, occupe les facultés de l'âme. Le vrai est l'objet de l'entendement. Le bien est l'objet de la volonté.

    L'objet meut, émeut la puissance, c'est-à-dire la présence de l'objet excite le désir.

  • 6 Fig. Tout ce qui sert de matière à une science, à un art, à une œuvre littéraire. Les corps naturels sont l'objet de la physique. Le sublime ne peut se trouver que dans les grands sujets ; la poésie, l'histoire et la philosophie ont toutes même objet, et un très grand objet, l'homme et la nature, Buffon, Disc. de récept. Ses dialogues [de Fénelon] sur l'éloquence, et sa lettre à l'Académie française sur le même objet, renferment les principes les plus sains sur l'art d'émouvoir et de persuader, D'Alembert, Éloges, Fénelon. La durée d'un ouvrage, quelque mérite qu'il ait d'ailleurs, est presque nécessairement liée à celle de son objet, D'Alembert, Destruct. des jésuit. Œuv. t. V, p. 57, dans POUGENS. Quel est l'objet de la philosophie ? c'est de lier les hommes par un commerce d'idées et par l'exercice d'une bienfaisance mutuelle, Diderot, Claude et Nér. II, 2. Qu'on ne dise plus que les grands objets manquent à l'éloquence, mais bien plutôt que l'éloquence manque le plus souvent aux grands objets qui la demandent, qui l'appellent, qui l'invoquent de toutes parts, Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. X, p. 107, dans POUGENS.

    On dit dans un sens analogue : l'objet de la conversation. La conversation a changé d'objet. Vous étiez l'objet de notre entretien.

  • 7 Fig. Tout ce qui est la cause, le sujet, le motif d'un sentiment, d'une passion. Mais si vous connaissez l'amour et ses ardeurs, Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs, Corneille, Médée, II, 6. Et je serais moins roi qu'un objet de pitié, Si le bandeau royal m'ôtait votre amitié, Corneille, Nicom. IV, 5. Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet ? Corneille, Cinna, III, 2. Je te donne Émilie, Le digne objet des vœux de toute l'Italie, Corneille, ib. V, 1. Ce superbe… se met au rang des gens désabusés… et, devenu le seul objet de ses complaisances, il se fait lui-même son dieu, Bossuet, Anne de Gonz. Princesse, le digne objet de l'admiration de deux grands royaumes, Bossuet, Duch. d'Orl. Mes frères, je parle à vous ; à vous, dis-je, qui faites l'objet de nos plus tendres inquiétudes, Bossuet, 1re instr. 37. Sylla devint l'objet de la jalousie de Marius, Bossuet, Hist. III, 7. Mme la duchesse d'Orléans est un objet de pitié, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 2 sept. 1717. Un esclave est pour elle un objet de courroux, Racine, Alex. I, 2. Lève-toi, triste objet d'horreur et de tendresse, Voltaire, Brutus, V, 7. Ce même Sarmate objet de vos dédains, Voltaire, Sémiram. II, 3.
  • 8 Fig. But, fin qu'on se propose. Elle [une âme pieuse] n'a d'autre objet que la voûte éthérée, Régnier, Sat. XII. L'unique objet de l'Écriture est la charité, Pascal, Pens. part II, art. 9. On peut avoir trois principaux objets dans l'étude de la vérité, Pascal, ib. part. I, art. 2. Sachez que leur objet [des jésuites] n'est pas de corrompre les mœurs ; ce n'est pas leur dessein, Pascal, Prov. V. La chronologie contentieuse n'est pas votre objet, Bossuet, Hist. I, 12. Mon principal objet est de vous faire considérer, dans l'ordre des temps, la suite du peuple de Dieu et celle des grands empires, Bossuet, ib. II, 1. Cette élection divine avait un objet plus haut que celui qui paraît d'abord, Bossuet, ib. II, 4. Jusqu'ici les traités de paix avaient la guerre pour véritable objet ; on se ménageait ou un repos de quelques années pour réparer ses forces, ou plus de force pour attaquer un ennemi commun, Fontenelle, Rép. card. Dub. Œuv. t. III, p. 320 dans POUGENS. C'est à eux d'amuser le peuple qui lit sans objet, sans pénétration et sans goût, Vauvenargues, Max. CCXIII. On avait fait la guerre de la Fronde pour je ne sais quel édit du tarif, qui ne devait pas être regardé comme un objet, Voltaire, Polit. et législ. Lett. à M. T***. Le grand objet du maréchal de Saxe était toujours de prendre Maëstricht, Voltaire, Louis XV, 26. Leurs arts [des sauvages], qui tous n'ont pour objet que les moyens de se procurer une subsistance convenable à leur goût, Buffon, Quadrup. t. II, p. 174. Un mouvement sans objet, Duclos, Consid. mœurs, 1. Le premier objet de ceux qui imaginèrent les hiéroglyphes, fut de conserver la mémoire des événements, et de faire connaître les lois, les règlements, et tout ce qui a rapport aux matières civiles, Condillac, Conn. hum. II, I, 13.

    Remplir son objet, atteindre le but proposé. Les Français furent vainqueurs, et les alliés ne furent pas mis dans une déroute assez complète pour que le grand objet du siége de Maëstricht pût être rempli, Voltaire, Louis XV, 26. L'objet du mariage est d'avoir des enfants ; mais quelquefois cet objet ne se trouve pas rempli, Buffon, Hist. nat. Hom. Œuv. t. IV, p. 262.

  • 9 Fig. et par excellence, femme aimée. Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire, Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère, Corneille, Cid, III, 1. Ô trop aimable objet qui m'avez trop charmé, Corneille, Poly. II, 2. Lorsqu'un digne objet a pu nous enflammer, Qui le cède est un lâche et ne sait pas aimer, Corneille, Rodog. I, 5. Adieu, trop vertueux objet et trop charmant, Corneille, Poly. II, 2. Mais quand d'un bel objet on est bien amoureux, Que ne ferait-on pas pour devenir heureux ? Molière, l'Ét. II, 2. Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable, Molière, Mis. II, 5. L'objet s'appelle Mlle de la Coste ; elle a plus de trente ans, elle n'a aucun bien, nulle beauté, Sévigné, 384. Volage adorateur de mille objets divers, Racine, Phèdre, II, 6. Et pour tout autre objet ton âme indifférente Dédaignait de brûler d'une flamme innocente, Racine, ib. IV, 2. Cet objet que ma rage a privé de la vie, Voltaire, Zaïre, V, 10.
  • 10Il s'est dit pour la personne d'un homme ou d'une femme, pour l'image d'un objet (ce qui n'est plus usité). Il fait tous ses efforts pour gagner mes parents, Et, s'il les peut fléchir, quant à moi, je me rends ; Non, à dire le vrai, que son objet me tente ; Mais, mon père content, je dois être contente, Corneille, la Place roy. V, 6. Prononcez donc, madame, et faites un monarque : Nous céderons sans honte à cette illustre marque ; Et celui qui perdra votre divin objet Demeurera du moins votre premier sujet, Corneille, Rodog. III, 4. [Le cerf se mirant dans une fontaine]… ne pouvait qu'avecque peine Souffrir ses jambes de fuseaux, Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux, La Fontaine, Fabl. VI, 9. Si ce parfait amour que vous prouvez si bien Se fait vers votre objet un grand crime de rien, Molière, les Fâch. I, 1.
  • 11 Terme de grammaire générale. Se dit quelquefois du complément ou régime direct, par opposition à sujet. L'objet est un accessoire du verbe ; il doit le suivre immédiatement, ou du moins il n'en peut être séparé que par des modifications mêmes du verbe, Condillac, Gramm. II, 26.

SYNONYME

OBJET, SUJET. Au mot sujet, l'Académie dit : Les corps naturels sont le sujet de la physique. Et au mot objet, elle dit : Les corps naturels sont l'objet de la physique. Quel est, dans cet emploi, le sens précis des deux mots sujet et objet ? Ces deux mots ne diffèrent que par les prépositions : ob signifiant devant soi, et sub, sous soi : le sujet c'est sur quoi l'on travaille ; l'objet c'est ce à quoi l'on vise. Il est plus usité de dire l'objet d'une science que le sujet d'une science ; cependant cela se dit aussi, et le sens revient au même ; mais on dit le sujet d'une comédie, d'une tragédie, d'un tableau, et non l'objet ; ou du moins le sens serait tout différent : l'objet d'une comédie, d'un tableau, serait l'effet moral ou esthétique auquel viseraient cette comédie, ce tableau.

HISTORIQUE

XIVe s. Object est la chose vers laquele est la puissance active ou passive ou l'operation.C oleur est object de voiement ou de vision, saveur est object de goust ou de gouster, et chaleur et froideur sont object de touchement, Oresme, Thèse de MEUNIER.

XVIe s. Les sacremens de la nouvelle loy justifient et conferent grace, si nous n'y mettons object [obstacle] ou empeschement de peché mortel, Calvin, Instit. 1037. La veue d'un object agreable, Montaigne, I, 99. Est-il si simple entendement, lequel, ayant d'un costé l'object d'un de nos vicieux plaisirs, et de l'autre… ? Montaigne, II, 144.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

OBJET, s. m. (Logique.) signifie la matiere d’un art, d’une science, ou le sujet sur lequel on s’exerce. Dans l’école on distingue différens objets de la même science : savoir, l’objet matériel, l’objet formel, & l’objet total ou adéquat.

L’objet matériel, c’est la chose même que la science considere ou dont elle traite. Ainsi le corps humain est l’objet de la Médecine.

L’objet formel, c’est la maniere de considérer l’objet matériel. Ainsi le corps humain, considéré dans le dessein de le guérir, est l’objet formel de la Médecine.

L’objet total ou adéquat, c’est la réunion de l’objet matériel & de l’objet formel.

Il faut observer qu’une chose n’est l’objet matériel d’une science, que lorsqu’elle y est considérée pour elle-même. Ainsi la Botanique & la Chimie ne peuvent être regardées comme l’objet matériel de la Médecine ; parce que la Médecine n’envisage pas ces deux parties pour elles-mêmes, mais seulement en tant qu’elles contribuent, par l’application qu’on en fait, à la guérison du corps. Ainsi les mots ne font point partie de l’objet de la Logique, puisque cette science ne les emploie pas pour eux-mêmes ; mais seulement parce qu’ils sont l’unique moyen que les hommes aient pour se transmettre leurs pensées.

Comme l’objet matériel signifie chez les Philosophes la même chose qu’un objet commun, il suit de-là que deux sciences peuvent avoir le même objet matériel. Ainsi la Médecine & l’Anatomie ont-elles pour objet matériel le corps humain ; mais ce qui les distingue l’une de l’autre, c’est que la premiere considere le corps humain pour le guérir, au lieu que la seconde l’envisage seulement pour le connoître.

Objet, (Peinture.) c’est ce qui attire nos regards. Il vaut mieux dans un tableau laisser quelque chose à desirer, que de fatiguer les yeux du spectateur par une trop grande multiplicité d’objets. On reconnoît le goût sûr & délicat d’un artiste, au choix des incidens qu’il fait entrer dans un sujet, à son attention de n’employer rien que de piquant, à rejetter ce qui est fade & puérile, enfin à composer un tout auquel chaque objet en particulier soit comme nécessairement lié ; mais voyez des détails plus intéressans au mot Sujet, Peinture. (D. J.)

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Étymologie de « objet »

Ital. obbietto et oggetto ; du lat. objectum, chose mise en avant, de objicere (voy. OBJECTION).

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Du latin objectum (« ce qui est placé devant »), participe passé substantif neutre de objectus. (1346) object.
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Phonétique du mot « objet »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
objet ɔbʒɛ

Citations contenant le mot « objet »

  • C'est encore en méditant l'objet que le sujet a le plus de chance de s'approfondir. Gaston Bachelard, Le Nouvel Esprit scientifique, P.U.F.
  • Dans la pensée scientifique, la méditation de l'objet par le sujet prend toujours la forme du projet. Gaston Bachelard, Le Nouvel Esprit scientifique, P.U.F.
  • Rien de ce qui nous entoure ne nous est objet, tout nous est sujet. André Breton, Le Surréalisme et la Peinture, Gallimard
  • Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? Alphonse de Prât de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses, Milly ou la Terre natale
  • L'homme se découvre quand il se mesure avec l'objet. Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, Gallimard
  • La crainte engendre l'objet redouté. De Jakob Wassermann / L'affaire Maurizius
  • La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet... De Emil Michel Cioran / Ecartèlement
  • Le sport est élémentaire : objet, objectif, mettre objet dans objectif et gueuler comme des écartés. De Benoît Gagnon
  • La nature ne fait rien sans objet. De Aristote
  • Tout objet aimé est le centre d'un paradis. De Novalis / Petits écrits
  • Chaque objet est le miroir de tous les autres. De Maurice Merleau-Ponty / Phénoménologie de la perception
  • On peut se découvrir comme on trouve un objet perdu. De Achille Chavée / Décoctions II
  • Le Musée transforme l’oeuvre en objet. De André Malraux / La Métamorphose des Dieux
  • N'importe quel objet peut être un objet d'art pour peu qu'on l'entoure d'un cadre. De Boris Vian
  • L'objet de la guerre, c'est la paix. De Aristote
  • Ceux qui souffrent et qui perdent sont toujours un objet de mépris. De Adolf Rudnicki / Baguette
  • Un idéal n'est pas un objet d'échange. De Moshé Charet / Journal politique
  • On en vient à aimer son désir et non plus l'objet de son désir. De Friedrich Nietzsche
  • Le rite a pour objet de rappeler à Dieu sa promesse. De Jean Daniélou / Dieu et nous
  • Ce qu'on nomme idée est l'objet de la pensée. De John Locke / De l'entendement humain
  • OVHcloud annonce avoir fait l’acquisition de la société française spécialisée en stockage objet OpenIO. Le montant de l’opération et ses modalités ne sont pas dévoilés. OVHcloud indique juste que l’intégralité des effectifs de OpenIO viendront compléter les équipes OVHcloud, à Roubaix, Paris, mais aussi à l’international. ChannelNews, Stockage objet : le Français OpenIO tombe dans l’escarcelle d’OVHcloud - ChannelNews
  • SélectionDu broc Ricard et son jaune « pain grillé » à la bibliothèque Billy vendue à 60 millions d’exemplaires, du canapé Togo aux allures de sharpeï à la Cocotte-Minute au sifflement reconnaissable… Derrière chaque objet du quotidien se cache un designer ingénieux et un processus créatif fascinant. Le Monde.fr, 50 objets, 50 histoires qui ont révolutionné le design
  • L’appareil qui sera commercialisé reprendra ses fonctionnalités originelles. Les propriétaires d’un Tricordeur pourront ainsi scanner des fréquences, enregistrer des sons et de mesurer certains éléments de l’environnement. C’est grâce aux nombreuses avancées technologies développées au fil des années que le développement du Tricordeur a été rendu possible. L’appareil sera la réplique la plus sophistiquée d’un objet de science-fiction jamais réalisée et proposée à la vente. , Une réplique du tricordeur de « Star Trek » sera bientôt mis en vente
  • Le 15 juillet vers 07H50 GMT, Cosmos 2543 (le sous-satellite, qui fait moins d'un mètre carré de surface, selon les militaires américains), a libéré un objet à une vitesse relative élevée, de l'ordre de 200 mètres par seconde, estime l'astronome Jonathan McDowell. Baptisé "objet E" par les Américains, il est aujourd'hui encore en orbite et ne semble rien avoir heurté. rts.ch, Arme ou outil d'inspection? Un objet russe lancé depuis l'espace inquiète - rts.ch - Sciences-Tech.
  • Mais, sur le terrain, les entreprises utiliseraient plutôt les baies HCP comme un tampon sécurisé, qui sert à la fois de passerelle vers du stockage objet en cloud, encore moins cher, et comme une zone dans laquelle elles peuvent analyser les données qu’elles ont produites avant de les archiver durablement. LeMagIT, Hitachi Vantara rend son stockage objet plus analytique avec WekaIO
  • iOS 14 ouvrira l'application Localiser aux traqueurs d'objets et autres accessoires tiers. Actuellement, l'app permet de remettre la main sur ses appareils Apple, mais d'ici cet automne, il sera donc possible d'y repérer un Tile et tout autre objet… pour peu que les fabricants acceptent de signer un accord d'utilisation avec Apple. Mais cela n'a rien d'évident au vu des clauses imposées par le constructeur (lire : iOS 14 : l'app Localiser pourra détecter les accessoires tiers, comme les Tile). iGeneration, Les traqueurs d'objets qui utiliseront le réseau Localiser ne pourront pas se faire voir ailleurs | iGeneration
  • L’homme est arrivé au poste de secours en fin d’après-midi et a présenté l’objet potentiellement dangereux. Les secouristes ont immédiatement posé la pièce délicatement au sol avant d’alerter le Service départemental d’incendie et de secours. Dans le même temps, des policiers se sont rendus sur les lieux. , Faits divers : il dépose un objet semblable à une grenade au poste de secours de Dieppe
  • Appareil high-tech, instruments de musique, véhicule, produits électros ménagers, objets design… : tout est possible. Le partage d'informations se débloque au nombre de points recensés sur votre compteur. Lors de l'inscription, 50 points sont crédités sur votre compteur. Une expérience créée, c'est 100 points en plus ; le parrainage d'un nouvel arrivé 50 points supplémentaires. Au final, plus on est actif dans la communauté et plus on peut en profiter. Sinon, il faudra débourser 10 euros pour acheter 100 points. leparisien.fr, Grâce à cette appli, avant d’acheter un objet vous pouvez l’essayer chez un particulier - Le Parisien
  • Un homme qui se baladait sur l'estran, en provenance du secteur des falaises, s'est présenté aux sapeurs-pompiers saisonniers pour leur remettre un objet potentiellement dangereux. Cette pièce ressemble à une grenade. www.paris-normandie.fr, À Dieppe, un promeneur dépose au poste de secours un objet ressemblant à une grenade

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Traductions du mot « objet »

Langue Traduction
Anglais object
Espagnol objeto
Italien oggetto
Allemand objekt
Chinois 目的
Arabe بالموضوع
Portugais objeto
Russe объект
Japonais オブジェクト
Basque objektu
Corse ughjettu
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Synonymes de « objet »

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Antonymes de « objet »

Objet

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