Fait : définition de fait, faite


Fait, faite : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

FAIT, FAITE, part. passé et adj.

I.− Part. passé de faire*. Cf. notamment faire1III D.
II.− Emploi adj.
A.− [Correspond à faire1I et II]
1. Fabriqué, confectionné, construit, réalisé.
a) Expr. Ce n'est ni fait ni à faire. C'est du travail bâclé (cf. Martin du G., Gonfle, 1928, II, 5, p. 1203). Tout compte* fait. C'est un grand pas de fait. Un grand progrès est accompli. Marché fait (vx). Marché conclu. Marché fait qu'à votre retour nous ne parlerons point politique! (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres,1847, p. 237).
b) [Avec un adv. ou une loc. adv. de manière, ou un compl. de comparaison] Du travail bien fait, une besogne mal faite.
Vite fait, bien fait (pour indiquer une exécution rapide).
(Aus)sitôt dit, (aus)sitôt fait. L'exécution suit immédiatement le projet, la parole, la promesse, l'ordre exprimé.
C'est très bien fait à vous de + inf. (vx). C'est très-bien fait à vous de faire des excursions sur des terres étrangères (J. de Maistre, Soirées St-Pétersbourg,t. 1, 1821, p. 21).
Fait à plaisir. Inventé de toutes pièces. Conte fait à plaisir.
c) Loc. adj. Tout fait
α) Tout prêt, préparé d'avance. Travail tout fait. La métaphysique ou la critique que le philosophe se réserve de faire, il va les recevoir toutes faites de la science positive, déjà contenues dans les descriptions et les analyses dont il a abandonné au savant tout le souci (Bergson, Évol. créatr.,1907, p. 196):
1. Ses enfants, bien entendu, il vaut mieux se les faire soi-même; mais quand on attrape la cinquantaine, qu'on n'est pas bien sûr de réussir, et qu'on en trouve un tout fait, eh bien, on se le prend sans avertir les populations. Pagnol, Fanny,1932, II, 6, p. 138.
Spéc., domaine de l'habillement.Costume tout fait. Anton. sur mesure(s); synon. prêt à porter.En veston et en pantalon de fantaisie, achetés tout faits chez Lambourdieur (Zola, Terre,1887, p. 299).Enfin, Joseph consentit à essayer un costume tout fait, pourvu qu'il fût noir (Green, Moïra,1950, p. 71).
β) Au fig. Adopté sans examen; banal, sans originalité. Idée toute faite. Idée reçue, lieu commun. Elle laisse ses amis penser pour elle; elle reçoit leurs idées toutes faites (France, Vie littér.,1888, p. 342).Expression, locution, formule toute faite. Expression figée de la langue, consacrée par l'usage et devenue banale. Phrase toute faite. Formule de politesse conventionnelle et froide. Synon. cliché.N'en pas parler du tout plutôt que d'en parler avec des phrases toutes faites (Montherl., Pitié femmes,1936, p. 1119).
2. [En parlant d'une pers.; gén. modifié par un adv. de manière ou un compl. de comparaison]
a) [En parlant du physique] Conformé, constitué.
Bien fait. Beau, de bel aspect. Bien fait de sa personne; femme bien faite. Jeune homme on ne peut pas mieux fait et on ne peut pas plus agréable (Stendhal, H. Brulard,t. 1, 1836, p. 50).Je n'étais pas mal fait de ma personne, je me montrais à la fois danseur infatigable et discret érudit (Camus, Chute,1956, p. 1487).Fait au moule, à ravir. C'est un joli garçon, bien tourné, fait à peindre, bel homme en uniforme (Courier, Pamphlets pol.,Lettres partic. 2, 1820, p. 69).Des Cupidons, fraîche couvée, Me montraient son pied fait au tour (Hugo, Chans. rues et bois,1865, p. 109).Jambe bien faite; taille bien faite. Belle bouche, un nez très bien fait (Guéhenno, Jean-Jacques,Roman et vérité, 1950, p. 69).
Homme mal fait. Mal bâti, disgracieux.
b) Vx. [En parlant de l'allure, de l'habillement] Habillé, accoutré, arrangé (d'une manière étrange). Dans des expr. : comme le voilà fait! Il est fait d'étrange manière. Madame Lerat (...) l'aperçut [Nana] à cette heure, faite comme une souillon (Zola, Nana,1880, p. 1321).
c) Au fig. [En parlant du jugement, du caractère] Avoir l'esprit bien fait. Avoir l'esprit juste, qui raisonne bien. [P. allus. littér. à Montaigne, Essais I 25] Tête bien faite vaut mieux que tête bien pleine. Mieux vaut un esprit juste qu'un esprit pédant, bourré de connaissances livresques non assimilées. Être ainsi fait. Avoir tel caractère, tel comportement. Synon. mod. être ainsi, être comme cela (sans y pouvoir changer).Et le monde est ainsi fait que l'on oubliera Falleix (Balzac, Splend. et mis.,1844, p. 337).Mon esprit fut toujours ainsi fait que je ne mettais pas ma perspective devant moi, mais derrière (Barrès, Cahiers,t. 2, 1899-1901, p. 217):
2. Ce Demangeat ne me plaisait guère. Je lui trouvais la voix pâteuse et le débit monotone; j'avais raison, mais, avec un esprit mieux fait, j'aurais compris que les étudiants appréciaient justement l'ordre et la clarté de ses exposés. France, Vie fleur,1922, p. 433.
3. Fait pour + subst. déterminé ou inf.; fait pour que + subordonnée au subj.
a) [En parlant d'une pers.] Particulièrement apte à, prédisposé à. L'homme n'est pas fait pour vivre seul. Il faut du merveilleux, un avenir, des espérances à l'homme, parce qu'il se sent fait pour vivre au-delà de notre univers (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 170).Mal fait pour l'action, plus à l'aise dans l'éternité que dans le temps, son bonheur était de se perdre à loisir dans ses rêves (Guéhenno, Jean-Jacques,Roman et vérité, 1950p. 22).
b) [En parlant d'une chose] Destiné à, qui convient à. Non, non, Victor, cesse de t'abuser; ce bonheur n'est pas fait pour toi (Guilbert de Pixér., Victor,1798, I, 1, p. 4).Le rêve conté hier est bien fait pour tuer à jamais le sommeil (Michelet, Journal,1848, p. 617).Un piano est fait pour qu'on y joue de la musique (Alain, Propos,1913, p. 171):
3. ... la poursuite inlassable dont il n'avait cessé de fatiguer MlleStangerson, (...) la vie désordonnée qu'il menait sous prétexte de « noyer ses chagrins », tout cela n'était point fait pour rendre Arthur Rance sympathique à Rouletabille, et ainsi s'explique la froideur avec laquelle il l'accueillit dans la salle des témoins. G. Leroux, Myst. ch. jaune,1907, p. 154.
P. iron. (pour recommander l'usage d'une chose). Le savon est fait pour qu'on s'en serve. Je passais mon chemin, un chemin est fait pour qu'on y passe (Stendhal, Lamiel,1842, p. 48).
Fam. Cela n'est pas fait pour les chiens*.
Très fam., p. ell. C'est fait pour! C'est destiné à, prévu pour un usage précis.
B.− [Correspond à faire1III A] Domaine des soins de beauté.Yeux faits. Yeux maquillés, fardés. Ongles faits. Ongles limés (et vernis).
C.− [Correspond à se faire2III A]
1. Qui a atteint son complet développement, qui est parvenu à maturité.
a) [En parlant d'une pers., de son corps, de son esprit] Arrivé à l'état pleinement adulte, qui a atteint la maturité d'âge, d'esprit ou de corps.
Homme fait. Homme pleinement adulte, d'âge mûr. C'est vrai, disait un jeune à un homme fait. Tu es père de famille (Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 427).Je vis que le burnous n'était plus un burnous d'enfant, mais un ample et solide vêtement d'homme fait (Duhamel, Suzanne,1941, p. 177):
4. Mais maintenant, il lui fallait s'avouer qu'il était un homme fait : les jeunes gens le traitaient en aîné, les adultes comme un des leurs, et certains lui témoignaient même de la considération. Fait, limité, fini, lui et pas un autre. Beauvoir, Mandarins,1954, p. 137.
Femme faite. Femme pleinement formée, développée. Ces deux bambines qui avaient des gaietés et des regards étranges de femmes faites (Zola, Contes Ninon,1874, p. 95).
b) Parvenu à un certain degré de maturation. Vin fait. Viande faite. Viande mûrie. Fromage fait. Fromage (à pâte molle) qui a atteint un degré de maturation où le cœur est amolli. Fromage pas trop fait, fait à cœur. Pour finir la fête, une armée entière De fruits, de parfaits, de fromages faits (Monselet, Poés.,1880, p. 225).Fromage trop fait. Qui n'est plus propre à la consommation. Un autobus (...) où grouillaient les clients comme asticots dans un fromage trop fait (Queneau, Exerc. style,1947, p. 172).
2. Fait à + subst. déterminé ou inf.Accoutumé, entraîné, exercé à. Fait au climat, aux habitudes, à un genre de vie. Son grand esprit positif et rigoureux, si peu fait à se payer d'abstractions (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 313).Donnez-moi qui vous voudrez, Monsieur le Directeur, mais un homme fait à ce travail et qu'il ne me soit pas nécessaire de reprendre à l'A.B.C. (Duhamel, Combat ombres,1939, p. 18).
D.− Loc. adv.
1. Tout à fait
a) Entièrement, complètement. Oublier tout à fait. Isabelle, tout à fait remise de son évanouissement, se tenait debout (Gautier, Fracasse,1863, p. 425).Je sais bien que ce sont des idées folles, que je ne puis même pas prendre tout à fait au sérieux, des rêves... (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1032).
[Suivi d'un adj.] Synon. de très.« Vous allez être tout à fait chou, vous allez dédicacer quelques livres... » (Beauvoir, Mandarins,1954p. 266).
b) Exactement. Ce n'est pas tout à fait ça. Non, il n'y a pas moyen de s'y tromper et c'est bien tout à fait comme nous quand nous avons tant de chagrin (Claudel, Visages radieux,1947, p. 789):
5. Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. Verlaine, Poèmes saturn.,1866, p. 63.
2. Rare, littér. Si fait! [Loc. interjective, servant à renforcer une réponse ou tenant lieu de réponse à une phrase négative ou interrogative] Mais si! Bien sûr que si!
Prononc. et Orth. : [fε], fém. [fεt]. Grammont Prononc. 1958, p. 38 admet que dans faite l'[ε] ,,peut être long, mais un peu moins [que la durée dite longue]``. Ds Ac. dep. 1694 (écarté de Ac. 1932 par une décision de caractère général affectant les part. passés). Fréq. abs. littér. : 94 120. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 142 160, b) 135 828; xxes. : a) 131 967, b) 126 830. Bbg. Henry (A.). À propos de fait, adj. en anc. fr. Romania. 1953, t. 74, pp. 376-378; 1957, t. 78, p. 97. − Quem. DDL t. 9, 10.

FAIT, subst. masc.

A.− Réalisation d'une chose; manière de faire, façon d'agir.
1. Mod. (dans des expr. ou loc.). Action.
a) Spéc., au plur., avec une nuance fam., parfois iron. ou péj. Les faits et gestes de qqn. Tout ce que fait quelqu'un, le détail de ses activités (actes, déplacements, rencontres...) observé par une ou plusieurs personnes. Paris (...) ne présente par lui-même à peu près rien de saillant à l'annotateur de ses faits et gestes (Mallarmé, Dern. mode,1874, p. 785).Notre onirisme animalisé (...) n'a pas enregistré les faits et gestes des animaux minuscules (Bachelard, Poét. espace,1957, p. 153).
b) Au sing., expr. et loc.
Être coutumier du fait (cf. coutumier B 1).
Par son fait. Par son action; par sa faute. Sur la 2e, relative aux exempl(aires) de Leber que la maison Baudouin frères garde en ses magasins, elle se trouve résolue par mon fait en sa faveur (Balzac, Corresp.,1826, p. 292).
Prendre qqn sur le fait. Le surprendre en train de faire une (mauvaise) action. Synon. prendre qqn en flagrant délit.
Le fait de + inf. L'action de, l'acte ou le phénomène qui consiste à; p. méton. l'état qui en résulte. Le fait de parler, de vivre, de savoir, etc. Définir le vrai par le fait d'être vérifiable (Marcel, Journal,1914, p. 28).L'idée est l'essentiel, non le fait de jouer physiquement cette idée (Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 251).Le seul fait de prendre contact avec ces fractions multiples et dispersées comportait, pour moi, de grandes difficultés (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 74).
2. En partic. (vieilli en emploi abs., mod. dans certains syntagmes; souvent au plur.). Action remarquable (à la guerre). Faits d'armes*. Ensuite un peu de patriotisme, le drapeau de l'Empire, de beaux faits dans la garde nationale (Flaub., Corresp.,1852, p. 424).
a) Fait de guerre. Action militaire remarquable et méritoire. Le duc de Berri rappela inutilement la valeur qu'ils avaient montrée dans les derniers troubles, et leurs beaux faits de guerre (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 64).
b) Haut(s)(-)fait(s). Exploit(s) glorieux, prouesse(s) à la guerre. Une teinte kaki était répandue sur les nouvelles de la guerre et (...) on nous laissait ignorer les hauts faits (Barrès, Cahiers,t. 11, 1914-18, p. 130).
Au fig., fam. Action mémorable, méritoire, prouesse (sans contexte guerrier, dans la vie). On avait pourtant commencé par une belle manœuvre qui reste un des hauts faits de notre Sorbonne (Bremond, Hist. sent. relig.,t. 4, 1920, p. 424).
Par iron. Mauvaise action notoire, acte blâmable. Des photographies de « héros », des découpures de journaux relatant les hauts faits du fascisme (Gide, Journal,1934, p. 1194):
1. Les juges refusèrent de l'écouter, et je fus remis en liberté sans qu'on eût pris connaissance des explications que j'aurais pu avoir à donner ni des révélations que j'aurais pu être disposé à faire. C'est là ce qu'un ministre a appelé « faire sentir l'action gouvernementale ». Tels sont les hauts faits de nos magistrats. Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 267.
3. DROIT
a) Tout acte matériel d'une personne, tout événement extérieur pouvant avoir un effet juridique. Fait juridique; fait qualifié crime par la loi. J'ai parcouru tout le canton pour recueillir un seul fait qui pût parler en sa faveur (La Martelière, Robert,1793, IV, 1, p. 42).Grouper les faits et les témoignages de manière à porter (...) le doute et l'hésitation dans la conscience des jurés (Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 426).
Expressions
Par le fait de (qqn) (rare), du fait de (qqn, qqc.) (usuel). Par l'action de. Responsabilité du fait de l'homme, du fait des choses. Tout tort causé par le fait de l'homme, donne lieu à des dommages-intérêts ou à une action en réparation du tort causé (Boyard, Bourse et spécul.,1853, p. 181).
Voie(s) de fait (souvent au plur.). Actes de violences, sévices corporels (contre quelqu'un). Si les actes prévus dans l'article précédent ont été accompagnés de violence, voies de fait, attroupements, les auteurs et complices seront punis des peines portées au code de police correctionnelle ou au code pénal (Doc. hist. contemp.,1803, p. 115).Le fonctionnaire qui se livre à des voies de fait sur un usager du service est coupable d'une faute personnelle qui entraîne la compétence de la juridiction civile (Encyclop. éduc.,1960, p. 289).
b) Spéc. Infraction, délit, crime résultant d'un acte effectif positif (p. oppos. à ce qui résulte d'une omission ou d'une abstention). L'appréciation de la probabilité du fait, affirmé par l'accusation, nié par la défense (Cournot, Fond. connaiss.,1851p. 423).Cela, c'est un fait de police de la rue qui me regarde, et je retiens la femme Fantine (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 244).
Fait de charge. Action ou omission commise par le titulaire d'une charge dans l'exercice de ses fonctions et pouvant causer du tort à quelqu'un. Je n'ai pas de quittance, il y a des faits de charge qui vont absorber charge et cautionnement (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 232).
c) Cour., loc. verbale. Prendre fait et cause pour qqn (cf. cause1II B locutions).
4. Être le fait de (qqn)
a) Constituer la manière d'agir, la conduite de (quelqu'un) (habituelle ou dans une circonstance donnée). Synon. être le propre de.À cette époque elle [l'activité missionnaire] aussi se trouve être le fait de l'homme blanc (Philos., Relig., 1957, p. 4602).Les performances de valeur internationale sont le fait de nageurs qui s'entraînent jusqu'à cinq et six heures par jour (Jeux et sp.,1968, p. 1572).Le fait du prince. Cf. prince.
b) Vx ou littér., surtout à la forme négative. Convenir à (quelqu'un), faire l'affaire de (quelqu'un). Plutôt que de se battre sur un sujet qui n'était point son fait et divisait ses militants (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 269):
2. ... une diffusion plus large assurée, d'emblée, à des entreprises coûteuses et dont l'État, en France, n'a jamais songé à assumer la charge : Diderot, par avance lui avait annoncé que ce n'était point son fait... Civilis. écr.,1939, p. 2408.
5. Loc. Dire son fait à qqn. Dire franchement et sans ménagement à quelqu'un ce qu'on pense de lui, de sa conduite (répréhensible). Synon. dire ses quatre vérités à qqn.
B.− Ce qui est arrivé, ce qui existe.
1. Ce qui est effectivement arrivé, ce qui existe réellement, événement ou état de choses. La civilisation est un fait qui peut être décrit, raconté, qui a son histoire (Guizot, Hist. civilisation,Leçon 1, 1828, p. 8).Pour ceux-là, la venue du Messie était un fait d'une nouveauté et d'une originalité absolue (P. Leroux, Humanité, t. 2, 1840, p. 783).Or, ces faits se sont passés en 1902 (Martin du G., Notes Gide,1951, p. 1396):
3. Les autres avaient beau lui crier qu'il était ridicule avec leurs porte-voix et leurs drapeaux blancs, la reddition de la France était un fait qui ne le concernait en rien. Anouilh, Répét.,1950, I, p. 21.
SYNT. a) [Souvent au plur.] Exposer, raconter clairement les faits, tels qu'ils se sont passés; succession, déroulement, résumé des faits; faits économiques, historiques. b) [Au sing.] Fait banal, biologique, quotidien, isolé, rare, singulier, unique, courant, constaté, certain; fait divers*, fait exprès*.
Locutions
a) Loc. verb. Mettre, placer qqn devant le fait accompli. Obliger quelqu'un à accepter une chose sans que celui-ci puisse s'y opposer, le placer dans une situation irrévocable, irréversible. Le minoritaire Monmousseau impose la bataille pour la nationalisation contre le secrétaire général des cheminots, Bidegaray. La CGT, mise devant le fait accompli, n'engage les autres corporations que « par paliers » (Reynaud, Syndic. Fr.,1963, p. 70).Une intervention extérieure importante ne doit pas résulter d'un coup de tête d'un gouvernement qui place le pays devant le fait accompli (Service milit. et réf. armée,1963, p. 72).
b) Loc. adv. Par le fait (même), de ce fait, du fait. À cause de cela, en conséquence. La classe des « mammifères » une fois constituée, ne peut plus donner naissance, (...) à la classe « oiseaux », et marque de ce fait un pouvoir d'évolution inférieur à celui du « poisson » (Gaultier, Bovarysme,1902, p. 235).Méga-synthèse dans le tangentiel. Et donc, par le fait même, bond en avant des énergies radiales (Teilhard de Ch., Phénom. hum.,1955, p. 271).
c) Loc. prép.
Du (seul) fait de + subst. En raison de, à cause de. La meilleure Gilberte ne pouvant alors, du fait de son absence momentanée, constater cette déchéance (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 566).
Par le fait de + subst. Par suite de, pour la raison de. Dans cette petite ville, ils étaient (...) toujours, − par le fait de la différence de leur race, (...) les esprits les plus avancés, les plus sensibles au ridicule des institutions vermoulues et des pensées décrépites (Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 417).
d) Loc. conj.
Le (seul) fait que + ind. (pour insister sur la réalité du fait) ou + subj. Le fait consistant en ce que. Il n'en parle jamais, tant le seul fait qu'on y fasse allusion lui cause de malaise (Du Bos, Journal,1928, p. 176).La mise au point d'un tel système en pleine guerre et le fait qu'il faudrait l'organiser sous toutes les latitudes entraîneraient d'inextricables difficultés (de Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 316):
4. ... il se peut que sur l'affaire Dreyfus nous soyons irrémédiablement divisés, mais tous nous nous accordons à sentir quelque chose ce profondément offensant dans le fait que l'on fera défiler l'armée devant le cercueil de Zola. Barrès, Cahiers,t. 6, 1908, p. 284.
Ce fait que. Et nous voici tous d'accord sur ce fait que rien ne peut nous empêcher d'appliquer librement et justement la loi française dans toute l'étendue de la République (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 458):
5. La Provence n'a pas de musique (si j'en juge par ce fait qu'on a dû mettre les paroles de la Coupo Santo sur l'air d'une romance parisienne)... Montherl., Pte Inf. Castille,1929, p. 608.
Du (seul) fait que, du fait même que + ind. Pour la (seule) raison que, puisque. Tout cela, brusquement, ne compterait plus pour rien, du seul fait que l'éclairage aurait été modifié par le grand prêtre... (Martin du G., Notes Gide,1951, p. 1365).Le monde objectif tout entier (...) tel justement qu'il existe pour moi, c'est-à-dire vaut pour moi, du fait même que j'en fais l'expérience (J. Vuillemin, Être et trav.,1949, p. 9).
Par le (seul) fait que, par le fait même que + ind. Parce que précisément. C'est tout de même curieux, cet éreintement de tout ce que j'écris, (...) et cela par ce seul fait que je mets de la vérité dans ce que j'écris (Goncourt, Journal,1894, p. 607).Les articles qui, souvent par le fait même qu'ils faisaient d'importantes réserves sur telle ou telle de mes intentions, m'ont aidé à mieux saisir (...) ce que j'avais voulu faire (Béguin, Âme romant.,1939, p. vi).
2. Ce qui existe réellement, la chose réelle (p. oppos. à la fiction, au rêve, à l'idée, au principe, au souhait, etc.; souvent au plur.); tout ce qui peut être constaté de façon certaine. C'est un fait acquis.
a) En emploi abs. Le domaine des faits; s'incliner devant les faits; les faits parleront d'eux-mêmes; juger sur/d'après les faits; (au sing.) fait dûment constaté, vérifié. Tout cela est beau et grand dans la pensée; mais dans le fait il faut en rabattre presque tout le grandiose (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 343).Il n'aimait guère donner, le fait paraissait malheureusement certain (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 119):
6. M. Godeau se trouvait seul devant son foyer sans feu. L'idée de suicide s'était présentée à lui. Il avait suffi qu'il l'admît comme possible. Il avait presque atteint cette extrémité. L'intervalle qui séparait la possibilité du fait et le fait accompli, l'intervalle qui était réservé aux moyens ne comptait pas : M. Godeau s'était tué. Jouhandeau, M. Godeau,1926, pp. 89-90.
b) [En compl. déterminatif, dans des expr.] Constatation de fait; question de fait. Car c'est d'une impossibilité de fait qu'il faudrait se prévaloir, pour nier la simple possibilité logique du surnaturel (Blondel, Action,1893, p. 391):
7. Pour n'avoir pas voulu intervenir, dès le début, dans les questions de fait, il se trouve réduit, dans les questions de principe, à formuler purement et simplement en termes plus précis la métaphysique et la critique inconscientes... Bergson, Évol. créatr.,1907, p. 196.
Erreur, assertion de fait. Erreur matérielle qui porte sur un fait (p. oppos. à erreur de jugement). Selon lui, une assertion de fait pourrait être fausse, en tant qu'historique et vraie en tant que théologique (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 335).
c) [Dans des loc.]
Un fait est un fait. La chose est indiscutable. Un fait est un fait. Les dogmes sont vrais, ou bien ils ne sont rien (Martin du G., J. Barois,1913, p. 242).Je sais que j'ai un tempérament d'interprétante. Mais un fait est un fait (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 414).
C'est un fait. C'est une chose réelle, certaine, incontestable. Cela est certainement fâcheux, mais c'est un fait qu'il faut bien reconnaître (Delécluze, Journal,1826, p. 309).
Il est de fait que..., c'est un fait que..., le fait est que... + ind. Il est vrai, indéniable que, il faut admettre que. Je suis belle, j'ai cet avantage pour lequel Mmede Staël eût tout sacrifié, et pourtant il est de fait que je meurs d'ennui (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 289).Le fait est qu'elle s'y prenait mal : elle mouillait trop le papier, elle ne le comprimait pas assez (Beauvoir, Mandarins,1954p. 58):
8. La théorie aristotélicienne du choix, conçu comme une décision du vouloir consécutive à une délibération rationnelle, était remarquablement élaborée, mais c'est un fait qu'Aristote n'y parle ni de liberté, ni de libre arbitre. Gilson, Espr. philos. médiév.,1932, p. 102.
Rem. Le fait est que peut avoir une nuance oppositive = en réalité (p. oppos. à l'apparence). Synon. de en fait. Jean Valjean, dans la nuée épaisse du combat, n'avait pas l'air de voir Marius; le fait est qu'il ne le quittait pas des yeux (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 502). Je suis devenu un ami avéré du peuple. C'est un axiome. Le fait est que je méprise souverainement la politique (Gobineau, Pléiades, 1874, p. 107).
Poser en fait que. Admettre comme chose certaine que.
De fait, en fait, par le fait (loc. adv.). En réalité, effectivement, véritablement. Ainsi Ronsard sent que son alexandrin n'a pas encore le juste poids qui le rendrait apte à fournir un ordre consécutif de pages parfaites. Et de fait c'est chez Corneille que paraissent ces premières pages (Thibaudet, Réflex. litt.,1936, p. 24):
9. ... la décision finale ne pouvait faire aucun doute. De fait, trois jours après l'incident du porte-feuille, notre père, brusquement et, comme toujours, aussitôt après le bénédicité, lisse ses moustaches et déclare : − Mes enfants, je suis obligé de vous mettre au collège. H. Bazin, Vipère,1948, p. 270.
Rem. De fait et par le fait introduisent une explication, une conséquence, en fait introduit parfois une oppos. (en théorieen fait, « dans les faits », dans la réalité). Il n'y a que par l'entrée dans le transcendant, le surnaturel, le spirituel authentique que l'homme devient supérieur au social. Jusque-là, en fait et quoi qu'il fasse, le social est transcendant par rapport à l'homme (S. Weil, Pesanteur, 1943, p. 162).
3. Spéc. Ce qui existe, ce qui constitue la réalité (p. oppos. au droit, à ce qui est voulu ou reconnu par la loi). En fait et non en droit. Cf. droit3IC 2 b et d.
a) [Dans des expr.]
De fait. Sur le plan de la réalité (sans référence à la loi). Anton. de droit.Cf. droit3ex. 9.
Point, question de fait. Discussion pour établir l'existence, la véracité d'un fait. Anton. point de droit.Les questions de fait ne sont pleinement résolues que par l'expérience (Destutt de Tr., Idéol.,1, 1801, p. 309).
Gouvernement, pouvoir, autorité de fait. Autorité, pouvoir, gouvernement qui n'est pas reconnu par la loi. La République a donc été un gouvernement de fait et de droit (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 2, 1823, p. 61).
État, situation de fait
Situation telle qu'elle existe (sans référence juridique, sans fondement légal) :
10. − C'est ainsi, par le détour des idées et dans le tourbillon de leur mouvement, que le désordre et l'état de fait doivent reparaître et renaître aux dépens de l'ordre. Ce retour à l'état de fait peut s'opérer quelquefois par une voie que l'on n'eût point prévue, et l'homme redevenir un barbare de nouvelle espèce par conséquence inattendue de ses plus fortes pensées. Valéry, Variété II,1929, pp. 59-60.
P. ext., cour. État de chose, situation. La ruse des gouvernés : notre situation de citoyen est une situation de fait, que nous n'avons pas choisie (Alain, Propos,1928, p. 797):
11. Tout ce que nous sommes, nous le sommes sur la base d'une situation de fait que nous faisons nôtre et que nous transformons sans cesse par une sorte d'échappement qui n'est jamais une liberté inconditionnée. Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 199.
Fait social. Réalité sociale. L'histoire de l'Église, de Constantin à Léon XIII, traversait les programmes d'un grand courant charrieur de faits sociaux et de passions humaines (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 92).Distinguer plus nettement entre l'institution en tant que fait social et l'institution en tant que pratique vécue (Traité sociol.,1968, p. 400).
b) Spéc., DR. Tout événement matériel qui nécessite un jugement. Énonciation, articulation des faits; interrogatoire sur les faits; reconnaître les faits.
Expr. Faits et articles. Faits articulés par le demandeur et sur lesquels la partie adverse est ensuite interrogée. Articuler un fait. Sur-le-champ, il mit Jean-Jacques en demeure d'articuler un seul fait et de lui nommer son accusateur (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 208).Fait nouveau. Fait non encore soumis à la procédure; fait découvert après un jugement ou une condamnation. P. métaph. Un fait nouveau incite, sinon à en entreprendre la révision, du moins à en atténuer légèrement la rigueur (Bariéty, Coury, Hist. méd.,1963, p. 596).Faits admissibles. Événements qui peuvent être reconnus comme preuves. Faits pertinents. Événements sur lesquels porte le procès.
4. Spéc. [En parlant d'obj. étudiés par une science] Toute donnée de l'expérience, observée ou observable, directement ou indirectement (p. oppos. aux hypothèses, aux théories) :
12. Ce quelque chose, qui constitue l'essence même de la recherche expérimentale, c'est le fait. Établir une expérience, c'est déterminer un ou plusieurs faits, rien de plus. La science a été sur la voie de sa prospérité du jour où les savants ont eu le culte, la passion exclusive du fait et rien que du fait. Bourget, Essais psychol. contemp.,1883, p. 169.
Fait brut. Fait qui relève de l'observation directe, immédiate. Fait scientifique. Phénomène objectivé (car apparaissant régulièrement dans certaines conditions), interprété par l'esprit et rapporté à une loi générale :
13. Peut-être, dit-il [M. le Roy] (je crois bien que c'était là une concession), n'est-ce pas le savant qui crée le fait brut; c'est du moins lui qui crée le fait scientifique. Cette distinction du fait brut et du fait scientifique ne me paraît pas illégitime par elle-même. Poincaré, Valeur sc.,1905, p. 221.
C.− Ce dont il est question ou ce dont on parle (chose, sujet, cas, affaire particulière). Se taire sur le fait, ne rien dire du fait. Hermine demeurait convaincre d'un fait qui paraissait dominer tous les autres : Fernand était chez une femme (Ponson du Terr., Rocambole,t. 2, 1859, p. 239).
[Employé surtout dans certaines expr. et loc., (notamment avec au)]
1. (En) venir, revenir, aller au fait. Aborder l'essentiel du sujet, du débat :
14. Après quelques premiers compliments à tour de bras (...) sur le cardinal de Retz, son cousin-germain, le bon archevêque en vint au fait capital, procéda à l'interrogatoire des religieuses... Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 4, 1859, p. 120.
P. ell. Au fait! Allons au fait.
Aller droit au fait(de). Aborder le cœur, le vif du sujet, sans préambule.
2. Mettre qqn au fait. Informer quelqu'un, le mettre au courant (de). Mis au fait de ce qui se passait, il alluma une lanterne, et tous trois se dirigèrent vers la charrette embourbée (Gautier, Fracasse,1863, p. 22).
Être au fait (de la question). Être au courant, informé, renseigné. Il lui échappait (...) quelquefois des mots qui rappelaient ses anciennes amours; mais il fallait être au fait comme moi pour y faire attention (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1787):
15. Il me charge, M. Fauris, de recommander à votre souvenir un sien ouvrage de L'Art de traduire; apparemment vous êtes au fait, et vous saurez ce que cela veut dire. Courier, Lettres Fr. et It.,1812, p. 851.
Au fait de. Au courant de, expert en. Toute personne au fait de l'histoire des cartes géographiques sait (...) que les noms, titres, dates (...) sont plus longs à découvrir sur les cartes anciennes (Jomard, Consid. sur coll. cartes géogr.,1831, p. 58).
3. Être sûr de son fait. Être sûr à l'avance de ce qu'on affirme, être sûr d'avoir raison, ou de réussir dans son entreprise.
4. Au fait (!), loc. adv. ou interj. [En début de phrase, surtout dans la lang. parlée] À propos (de ce qui vient d'être dit), mais j'y pense. Hein! Qu'est-ce que nous allons manger? Qu'est-ce qui va nous rassasier? Les femmes? au fait nous les méprisons; elles nous y ont d'ailleurs joliment aidés (Arland, Ordre,1929, p. 156):
16. « Ton père a une infinité de spéculations, de grands desseins, qu'il ne peut mettre à exécution faute de ressources. Son influence dans le département se trouve brusquement arrêtée dans sa marche... Mais au fait je te parle là de choses qui ne t'intéressent peut-être pas beaucoup. » Duranty, Malh. d'H. Gérard,1860, p. 296.
5. En fait de, loc. prép. En ce qui concerne, en matière de. C'était encore un barbu, mais jeune, (...) tout ce qu'on fait de mieux en fait de col de celluloïd, avec des vêtements miteux et bien tenus (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 326).
Prononc. et Orth. : [fε], [fεt]. Mart. Comment prononce 1913, p. 327, note ,,une tendance très marquée à faire sentir le t du substantif fait, au singulier, surtout quand il est final ou accentué : en fait, au fait, par le fait, voie de fait, voici le fait, il est de fait, (...) je l'ai pris sur le fait, c'est un fait, et même c'est un fait constant, c'est le fait d'un honnête homme, le fait de mentir, le fait du prince; mais on ne doit jamais faire sentir le t au pluriel, ni dans fait divers, singulier identique au pluriel, ni dans en fait de ou tout à fait``. V. aussi Fouché Prononc. 1959, p. 405 : ,,Suivi d'un silence, fait se prononce [fε] dans un fait, c'est un fait, voie de fait, voici le fait, prendre sur le fait, tout à fait, etc. Mais il se prononce [fεt] dans au fait!, en fait, de fait``. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1160 « ce qui est arrivé, action » (Enéas, éd. S. de Grave, 2102); spéc. 1284 sour le fait trouver (G. d'Amiens, Escanor, 23667 ds T.-L.); 2. ca 1170 « action mémorable, exploit, prouesse, » (Benoit, Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 25025); 1306 fait de guerre (G. Guiart, Branche des Royaus Lignages, éd. Wailly et Delisle, 16793); 3. 1ertiers xiiies. « manière d'agir propre à quelqu'un » (Lancelot, éd. H. O. Sommer, II 83 : les oevres de son fait); 4. 1283 terme de dr. (Ph. de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, éd. Am. Salmon, VIII, 269). B. 1. Ca 1160 « ce qui existe réellement, réalité » (Enéas, éd. Salverda de Grave, 3984); 2. 1268 « sujet particulier dont il est question, événement » (Brunet Latin, Tresor, éd. F. J. Carmody, III, 15, 3 : Devisemens est lors quant on conte le fait). C. Loc. adv. a) xiies. tot affait (Sermons St Bernard, 34, 1 ds T.-L.); ca 1200 tot a fait (Chevalier au Cygne, 198, ibid.); b) 1268 en fait (Brunet Latin, op. cit., II, 10, 15); c) 1283 de fait (Ph. de Beaumanoir, op. cit., LVI, 1616). Du lat. factum « fait, action » part. passé neutre substantivé de facere « faire ». Fréq. abs. littér. : 22 108. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 32 192, b) 30 722; xxes. : a) 30 731, b) 31 609. Bbg. Allaire (S.). Le Syntagme le fait que. Fr. mod. 1975, t. 43, pp. 308-337. − Ebneter (T.), Gessner (M. P.). La Causalité du fr. parlé. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1974, t. 12, no1, pp. 325-345. − Quem. DDL t. 6.

Fait, faite : définition du Wiktionnaire

Adjectif

fait \fɛ\ masculin

  1. Réalisé ; construit ; confectionné ; fabriqué ; exécuté.
    • Enfin à la nuit faite, des ombres fantômales, s’avançant hardiment vers l’ennemi, commencent à peupler la paix lacustre et mortuaire. — (Marguerite Baulu, La Bataille de l’Yser, Perrin & Cie, Paris, 1918, page 359)
    • C’est un grand pas de fait.
    • Du travail bien fait, une besogne mal faite.
    • Fait à plaisir : Inventé de toutes pièces.
  2. (Avec un adverbe de manière ou un comparatif) Constitué, conformé.
    • Bien fait : Beau, de bel aspect.
    • Bien fait de sa personne ; femme bien faite.
    • Un instant après entra mon oncle, le frère de ma mère, jeune homme on ne peut pas mieux fait et on ne peut pas plus agréable et vêtu avec la dernière élégance. — (Stendhal, Vie de Henry Brulard, tome 1, 1836, page 50)
    • Je n’étais pas mal fait de ma personne, je me montrais à la fois danseur infatigable et discret érudit. — (Albert Camus, La Chute, 1956, page 1487)
    • Fait au moule, à ravir.
    • C’est un joli garçon, bien tourné, fait à peindre, bel homme en uniforme, jeune ; il est né peu de temps avant l’émigration. — (Paul-Louis Courier, Collection complète des pamphlets politiques et opuscules littéraires, Bruxelles, 1827)
    • Des cupidons, fraîche couvée,
      Me montraient son pied fait au tour ;
      Sa jupe semblait relevée
      Par le petit doigt de l’amour.
      — (Victor Hugo, Les Chansons des rues et des bois, 1865, page 109)
    • Jambe bien faite ; taille bien faite.
    • Homme mal fait : Mal bâti, disgracieux.
    1. Se dit dans le même sens de l’esprit, de la pensée.
      • Tête bien faite vaut mieux que tête bien pleine. — (Montaigne, Essais, I 25)
      • Avoir l’esprit bien fait : Avoir l’esprit juste, qui raisonne bien.
  3. (Vieilli) Accoutré, arrangé.
    • Madame Lerat […] l’aperçut [Nana] à cette heure, faite comme une souillon. — (Émile Zola, Nana, 1880, page 1321)
    • — Comme vous êtes faite, ma chère enfant ! murmura mademoiselle Préfère, avec une douceur maternelle, en lui arrangeant son col. — (Anatole France, Le crime de Sylvestre Bonnard, Calmann-Lévy ; éditions Le Livre de Poche, 1967, page 150)
  4. Achevé, comme ça (et on ne peut le changer).
    • Être ainsi fait : Avoir tel caractère, tel comportement.
    • Oh !… il n’y aura que toi de grand, de noble dans Paris, et le monde est ainsi fait que l’on oubliera Falleix. — (Honoré de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, 1844, p. 337)
    • Au reste, mon esprit fut toujours ainsi fait que je ne mettais pas ma perspective devant moi, mais derrière. — (Maurice Barrès, Mes cahiers, 1896–1923, Plon, 1963)
  5. (Avec pour) Apte à, prédisposé à.
    • L’homme n’est pas fait pour vivre seul.
    • Il faut du merveilleux, un avenir, des espérances à l’homme, parce qu’il se sent fait pour vivre au-delà de notre univers. — (François-René de Chateaubriand, Le Génie du Christianisme, t. 2, 1803, page 170)
    • Mal fait pour l’action, plus à l’aise dans l’éternité que dans le temps, son bonheur était de se perdre à loisir dans ses rêves. — (Jean-Jacques Guéhenno, Roman et vérité, 1950, page 22)
  6. Convenant à, destiné à.
    • Non, non, Victor, cesse de t’abuser ; ce bonheur n’est pas fait pour toi. — (René Charles Guilbert de Pixerécourt, Victor, ou L’Enfant de la forêt, I, 1, 1798, p. 4)
    • Le rêve conté hier est bien fait pour tuer à jamais le sommeil. — (Jules Michelet, Journal, 1848, page 617)
    • Parce qu’un piano est fait pour qu’on y joue de la musique, il serait fou de croire que tous ceux qui y poseront les mains joueront bien. Le langage humain est comme un piano : si vous le faites sonner à coups de poing, il n’en sortira aucune combinaison qui mérite d’être retenue. — (Alain, Propos, 1913)
  7. Recommandé à tel ou tel usage.
    • Le savon est fait pour qu’on s’en serve.
    • Je passais mon chemin, un chemin est fait pour qu’on y passe. — (Stendhal, Concordances de Lamiel, 1842, page 48)
    • Cela n’est pas fait pour les chiens.
    • Mais c’est fait pour ! : C’est prévu pour cet usage précis.
  8. Maquillé, fardé, vernis, soigné.
    • Yeux faits : Yeux maquillés, fardés.
    • Ongles faits : Ongles limés (et vernis).
  9. Adulte, qui est parvenu à maturité.
    • Homme fait : Homme pleinement adulte, d’âge mûr.
    • Mais maintenant, il lui fallait s’avouer qu’il était un homme fait : les jeunes gens le traitaient en aîné, les adultes comme un des leurs, et certains lui témoignaient même de la considération. Fait, limité, fini, lui et pas un autre, rien d’autre que lui : qui ? — (Simone de Beauvoir, Mandarins, 1954, page 137)
    • Femme faite : Femme pleinement formée, développée.
    • Et je m’enfuis, abandonnant la place à ces deux bambines qui avaient des gaietés et des regards étranges de femmes faites. — (Émile Zola, Nouveaux contes à Ninon, 1874, page 95)
  10. Mûr, faisandé, parvenu à un certain degré de maturation.
    • Vin fait.
    • Viande faite : Viande mûrie.
    • Fromage fait : Fromage qui a atteint un degré de maturation où le cœur est amolli.
    • Fromage pas trop fait, fait à cœur.
    • Fromage trop fait : Qui n’est plus propre à la consommation.
    • Après une attente gratinée sous un soleil au beurre noir, je finis par monter dans un autobus pistache où grouillaient les clients comme asticots dans un fromage trop fait. Parmi ce tas de nouilles, je remarquai une grande allumette avec un cou long comme un jour sans pain et une galette sur la tête qu’entourait une sorte de fil à couper le beurre. — (Raymond Queneau, Exercices de style, 1947, p. 172)
  11. (Argot) Ivre.
    • - Autour de minuit, minuit et demi, continua-t-elle, il est aussi fait qu’un amiral polonais. Alors le vieux machin se grabate et bonne nuit la marine ! — (Tito Topin, Shanghai Skipper, Série noire, Gallimard, 1986, page 45)
    • – Mitia, tu es complètement fait, a dit le cousin Ivan d’une voix posée, à croire que sa murge s'était dissipée d’un coup. — (Juan Bas, Vade retro Dimitri, traduction de Karine Louesdon et José-Maria Ruiz-Funes Torres, éditions du Rouergue, 2013)

Nom commun

fait \fɛ\ ou \fɛt\ masculin

  1. Ce que quelqu’un fait, a fait ou fera, action.
    • Il nie le fait.
    • On lui impute des faits graves.
    • C’est par des faits que je veux lui prouver mon attachement.
    • Ses faits ne répondent pas à ses promesses.
    • Se vanter ainsi ne peut être que le fait d’un fanfaron.
    • Par le fait d’autrui.
  2. Toute chose qui arrive, qui a lieu, qui a eu lieu.
    • Même alors, son esprit n’en fut pas autrement frappé. Ce n’était qu’un fait de plus au milieu d’une innombrable quantité de faits extraordinaires et inévitables. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 249 de l’éd. de 1921)
    • Faute de pouvoir faire toute la lumière désirable sur ce fait énigmatique, nous réunirons ici le faisceau de vraisemblances et de témoignages qui peuvent seuls nous éclairer pour le moment. — (Robert Triomphe, Joseph de Maistre, Droz, 1968, page 67)
    • Fait curieux, la belle-mère ne renchérit pas. Dans la querelle familiale, elle pencherait au contraire pour la gendresse. — (Michel Jeury, Les beaux jours du Docteur Nicolas, Robert Laffont, 2010, chapitre 7)
    • Ces faits ne laissent aucun doute sur sa culpabilité.
    • Les faits seuls réfutent cette calomnie.
  3. Donnée observable de l’expérience, souvent invoquée, en vertu de son objectivité, comme preuve indiscutable. En particulier en droit et dans la jurisprudence.
    • Il procédait par l’observation, analysant et classant des faits (instantiæ Naturæ, comme on les désignait assez pédantesquement), et les transformant en lois générales. — (Edgar Poe, Eureka, 1848, traduction de Charles Baudelaire, 1864)
    • L’utopie est, au contraire, le produit d’un travail intellec­tuel ; elle est l’œuvre de théoriciens qui, après avoir observé et discuté les faits, cherchent à établir un modèle auquel on puisse comparer les sociétés existantes pour mesurer le bien et le mal qu’elles renferment […] — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, page 39)
    • Ne regardons donc plus comme des principes absolus des faits n’ayant jamais existé que dans l’imagination de ceux qui les ont conçus […] — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
    • Dans tous les articles, les auteurs s’attachent scrupuleusement aux faits, aux données brutes et concrètes : pas de bavardage, pas d’interprétations oiseuses, mais des informations précises étayées par des citations sourcées. — (Bulletin critique du livre français, n°666-669, Association pour la diffusion de la pensée française, 2005, page 5)
    • La capitale de l'Alberta, Edmonton, semble avoir du mal à dépoussiérer son image de marque, […]. Le fait est que les gens persistent à n'y voir qu'une ville champignon pourvue d’un gigantesque centre commercial. — (Ouest Canadien : le plaisir de mieux voyager, Montréal (Québec) : Guides de voyages Ulysse, 2013)
  4. (Journalisme) Information brute dénuée de commentaire.
    • Vous lirez cela dans la rubrique Faits Divers.
  5. (En particulier) (Droit) Événement ou cas d’espèce dont il s’agit. — Note : Il s’emploie surtout dans les discussions, les contestations ou les plaidoiries.
    • Indépendamment de la précision avec laquelle l’hypothèse du fait non infractionnel est prévue et l'absence de faute, exigée, ce Code est également très clair en n’accordant d’indemnité qu'au condamné reconnu innocent. — (Adolphe Berlet, De la réparation des erreurs judiciaires: étude de la loi du 8 juin 1895 avec un tableau comparatif du texte de cette loi et des projets du gouvernement et des commissions parlementaires, Paris : Éditions A. Rousseau, 1896, page 45)
    • D'autres seront déportés pour fait de résistance : Benoît Jean, Bombardier Gabriel, Vouaux Jean. Souvent, dans un état de délabrement physique à leur retour, ils retrouveront leur village meurtri, par l’occupation et les luttes qui y eurent lieu. — (Jean Laurain, Brû, l'histoire de mon village, Remiremont : chez G. Louis, 1997)
  6. (Droit) Qui n’a pas fait l’objet d’un acte juridique ; par opposition au droit.
    • Moyens de fait et de droit.
    • Possession de fait, possession de droit.
    • Un gouvernement de fait : Un pouvoir récent qui n’existe en vertu d’aucun droit reconnu.
  7. (Philosophie) Qui établit l’existence de telle ou telle donnée constatable, contrairement à la question de droit qui en établit la légitimité.
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Fait, faite : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FAIRE. (Je fais, tu fais, il fait; nous faisons, vous faites, ils font. Je fis. Je ferai. Fais. Que je fasse. Que je fisse. Faisant. Fait.) v. tr.
Créer, produire. Dieu a fait le ciel et la terre. Dieu a fait l'homme à son image. La nature est admirable dans tout ce qu'elle fait. Fam., Tous les jours que Dieu fait, Chaque jour. Cet enfant fait ses dents, Les dents lui viennent. Il signifie aussi Fabriquer, composer, en parlant de Toute œuvre matérielle de l'art, de l'industrie humaine, ou de l'instinct des animaux. Faire du pain. Faire de la pâte. Faire du vin, de l'huile. Faire du feu pour se chauffer. Faire de la glace par des procédés chimiques. Faire du sucre. Faire des bas, des chapeaux. Faire un habit. Ce magasin vend des vêtements tout faits. Faire de la tapisserie. Un oiseau qui fait son nid. Une araignée qui fait sa toile. Des castors qui font une digue. Les abeilles font leur miel. Faire le dîner, faire le déjeuner, Préparer le déjeuner, le dîner.

FAIRE se dit, dans le même sens, en parlant des Œuvres de l'intelligence et de l'imagination. Faire un traité sur une matière. Faire un livre, des vers, une pièce de théâtre, une symphonie, une statue. Un ouvrage fait à la main. Un dessin fait à la plume. Faire un calcul. Faire un récit, une description, des vers, de la prose, de l'histoire, de la musique, du théâtre, de la peinture. Cet auteur a trouvé sa besogne toute faite, dans tel ouvrage. Un écolier qui fait ses devoirs, sa version, son thème. C'est un conte fait à plaisir, C'est une nouvelle fausse, une histoire controuvée. Il se dit, dans un sens beaucoup plus général, en parlant de Tout ce qu'un sujet opère, effectue, exécute, accomplit, soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. Le ciel fit un miracle en sa faveur. Faire une opération chirurgicale. Faire une cure. Faire une expérience. Faire du mal à quelqu'un. Faire un mouvement, un saut, un salut, un signal. Faire place. Faire attention. Faire silence. Faire du bruit. Faire un bon repas. Faire une fête, des réjouissances. Faire des affaires. Faire bien ses affaires. Faire banqueroute. Faire naufrage. Faire la guerre. Faire des prisonniers. Faire la paix, une trêve. Faire alliance. Faire un traité, un marché. Faire une promesse, un serment. Faire un mariage. Faire un achat. Faire achat. Faire un envoi. Faire une perte. Faire des dettes. Faire la moisson, la vendange, les foins. Faire la quête. Faire une prière, sa prière. Faire des vœux. Faire mention de quelqu'un, de quelque chose. Faire usage d'une chose. Faire la lecture à quelqu'un. Faire une bonne, une mauvaise action. Faire une bonne œuvre. Faire le bien. Faire le mal. Faire la charité, l'aumône. Faire un acte de courage. Faire des bassesses. Faire une injustice. Faire injustice. Faire justice. Faire une faute de langue. Faire un barbarisme, un solécisme. Faire une niche. J'ai fait ce que j'ai cru devoir faire. Faire une incartade, une folie, un coup de tête. Faites-moi ce plaisir. Que vous ai-je donc fait? Faire des civilités, des excuses. Faire des difficultés, des façons. Faire des caresses, des amitiés. Faire accueil. Faire honneur. Faire grâce. Faire quartier. Faire don, donation. Faire défense. Faire des plaintes, des remontrances. Faire résistance. Faire bonne contenance. Faire mine de vouloir s'en aller. On le dit également des Choses. Le bruit que fait le tonnerre. La mine fit explosion. Un volcan qui fait éruption. La grêle a fait du dégât. Cet ouvrage fait autorité. Cet événement fera époque dans notre histoire. Faire face, faire pendant, faire semblant. Voyez FACE, PENDANT, SEMBLANT. En termes de jeux de Cartes, Faire les cartes, Les mêler et les donner. Faire une levée. À divers jeux, Faire tant de points, Gagner tant de points. Faire le jeu, Mettre les enjeux. Dans cette acception, il se dit absolument en parlant des Jeux de cartes où chacun donne les cartes à son tour et de Certains autres jeux où chacun tour à tour est obligé de faire quelque chose. À qui est-ce à faire? C'est à vous à faire. Je viens de faire. Fam., Faire des siennes. Faire sa main. Voyez SIEN, MAIN. Faire quelque chose pour quelqu'un, Lui accorder ou lui faire obtenir quelque chose. Que n'ai-je pas fait pour te contenter. N'en rien faire, Se garder de faire la chose dont il s'agit, ne pas la faire. On voudrait qu'il partît, il est bien déterminé à n'en rien faire, Vous avez beau dire, je n'en ferai rien. Elliptiq., Se laisser faire, se dit d'une personne qui ne se défend pas, qui n'oppose point de résistance. On se jeta sur lui pour le battre, et il se laissa faire. Son tuteur l'a mariée, elle s'est laissé faire. Il se dit particulièrement de Certaines fonctions du service militaire. Faire l'exercice. Faire le guet. Faire la ronde. Faire la revue d'une armée. On dit dans un sens analogue, en termes de Marine, Faire le quart. Il se dit aussi, en parlant des Choses qui marquent espace et étendue, et qui s'exécutent et s'accomplissent par le mouvement d'un lieu à un autre. Faire des pas. Faire un tour d'allée, un tour de promenade, le tour de la ville. Faire une lieue à pied. Faire route. Faire des allées et venues. Faire une course, un voyage, un long trajet, un grand circuit. Cette planète fait sa révolution en tant de jours. Un homme qui fait tant de kilomètres par heure, qui fait plus de chemin en une heure qu'un autre en deux. Notre bâtiment faisait tant de nœuds à l'heure. Fig., Faire son chemin. Voyez CHEMIN. En termes de Marine, Faire voile, Se diriger à la voile vers un point déterminé. Faire le point, Déterminer par l'observation des astres la position exacte d'un navire sur la mer. Il signifie aussi Disposer, arranger, mettre dans l'état convenable. Faire une chambre. Faire un lit. Faire la couverture. Faire ses ongles, ou Se faire les ongles. Faire son visage, faire ses yeux, Peindre son visage, ses yeux.

FAIRE signifie aussi Amasser, assembler, mettre ensemble, en parlant d'Argent ou des autres choses dont on a besoin de se pourvoir. Il tâche de se faire quelque argent. Faire une somme. Faire ses provisions. Faire des bénéfices, faire fortune, faire des frais. Par extension, Cette pièce de théâtre ne fait pas d'argent. On dit dans un sens analogue, en termes de Marine, Faire les vivres. Faire du bois, du charbon. Faire de l'eau. Dans ce même sens, on dit, pour une machine ou une automobile, Faire de l'eau. Faire de l'essence. Faire eau. Voyez EAU. Il signifie encore Employer ses forces, ses talents, l'activité de son esprit à quelque chose; s'en occuper, y passer son temps. Faire un travail. Faire sa besogne. Il n'a rien fait de toute la journée. Il ne peut plus rien faire. Faire tout ce qu'on peut. Faire tous ses efforts. C'est un homme qui ne trouve rien de difficile à faire. Que ferez-vous tantôt? Je n'ai rien à faire. Qu'est-ce que fait cet homme? Quelle occupation, quelle profession a-t-il? Ce jeune homme ne fait rien. Il n'a pas d'emploi. (Voyez, vers la fin de l'article, l'emploi analogue de FAIRE, intransitif.) Bonne à tout faire, Domestique que l'on peut employer à tous les travaux du ménage, de la cuisine, etc. Fig., C'est un homme à tout faire, C'est un homme capable de tout. Il se prend ordinairement en mauvaise part. Ne faire œuvre de ses dix doigts, Ne rien faire du tout, ne point travailler. Je ne puis, je ne sais que faire à cela, C'est une chose où je ne puis rien. Je n'y saurais que faire. Que voulez-vous que j'y fasse? Je n'y puis apporter de remède, cela ne dépend pas de moi. Ne faire que..., Ne travailler, ne s'occuper qu'à une certaine chose, n'en pouvoir faire d'autre, ou ne vouloir pas en faire d'autre, ne pas chercher à en faire d'autre. Il ne fait que ce qu'on lui dit. Cet ouvrier ne fait jamais que ce travail. Je ne fais ici qu'obéir. Je ne fais qu'exécuter les ordres que j'ai reçus. Il signifie également Être toujours ou presque toujours à faire une certaine chose. Il ne fait que jouer, qu'étudier, que dormir, qu'aller et venir, etc. Ne faire que... se dit encore en parlant d'une Action instantanée qui est immédiatement suivie de son résultat ou d'une autre action, d'un fait quelconque. Je ne fis que le toucher, et il tomba. Il n'a fait que paraître et disparaître. Il ne fit qu'entrer et sortir. Attendez-moi, je ne fais qu'aller et revenir. Ne faire que d'entrer, que d'arriver, que de s'éveiller, etc., N'être entré, arrivé, éveillé, etc., que depuis très peu de temps.

FAIRE signifie aussi Observer, mettre en pratique; et dans ce sens il se dit en parlant des Choses qui sont d'obligation et de précepte. Faire ce que Dieu ordonne. Faire ce qui est de son devoir. Faire son devoir. Il n'a fait que son devoir. Faire sa prière. Faire la pénitence qui est imposée. Faire ses Pâques. Faire maigre. Faire diète. Fais ce que dois, advienne que pourra. Voyez ADVENIR. Faire une fête, La célébrer. Faire les Rois. Faire le lundi, Passer le lundi à se reposer au lieu de travailler. Il se dit aussi de l'Exécution et de la pratique de certaines choses qu'on est obligé ou comme obligé d'accomplir, d'achever, de terminer en un certain temps. Faire la quarantaine. Faire quarantaine. Un lycéen qui fait son cours de philosophie, sa philosophie. Faire ses classes. Faire son droit, sa médecine. Un ouvrier qui fait son apprentissage. Un jeune homme qui a fait son service militaire. Faire son noviciat. Faire une neuvaine. Il se dit également en parlant des Différentes professions qu'on embrasse et des différents emplois, des différents métiers qu'on exerce. Faire les fonctions d'administrateur. Faire un métier. Faire le commerce, la banque, la commission. Faire la cuisine. Faire profession et Faire métier se disent encore dans d'autres sens propres et figurés qu'on indiquera aux mots MÉTIER et PROFESSION. Faire tel ou tel personnage signifie, par extension, Se donner pour avoir telle ou telle qualité. L'un devait faire le maître et l'autre le valet. Il signifie aussi Avoir les qualités de son état et de sa fonction. Il fit très bien son personnage. On dit aussi, figurément, Faire un sot personnage, un plat personnage, etc. Il se dit encore, par extension du sens précédent, de Quiconque cherche à paraître ou feint d'être ce qu'il n'est pas; et, dans cette acception, il se construit toujours avec un nom, ou avec un adjectif pris comme nom. Faire le grand seigneur. Faire l'homme d'importance. Faire l'esprit fort. Faire l'entendu. Faire le malade. Faire le mort. Faire le sourd. Faire la bête. On dit familièrement Faire le malin. Il signifie également Mettre de l'affectation à se montrer avec telle ou telle qualité. Faire le généreux, le magnifique. Faire l'aimable, le galant auprès des dames. Faire l'empressé. Faire le gentil. Il signifie souvent Se donner certaines apparences, prendre certains airs. Il veut faire le maître ici. Il fait l'impertinent. Il fait le fanfaron. Faire l'enfant. Faire le difficile. Faire le dégoûté. C'est à peu près dans le même sens qu'on dit : Faire les yeux doux. Faire bonne mine, bon visage à quelqu'un. Faire mauvaise mine, grise mine. Faire contre fortune bon cœur. Faire patte de velours. Etc. Fig. et fam., Faire maison nette, Chasser ses domestiques. Dans le sens qui précède, il se dit plus particulièrement, lorsqu'on parle des Personnes, par rapport aux professions, aux titres, aux dignités, etc.; et alors il est suivi d'un nom ou d'un adjectif attribut. Il a fait son fils avocat, médecin. Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur. Se faire prêtre, avocat, etc. Se faire catholique. Se faire mahométan. Se faire chef de parti. Fig., L'occasion fait le larron, Souvent l'occasion fait faire des choses répréhensibles, auxquelles on n'aurait pas songé. Il se construit fort souvent avec la préposition DE ou avec un sens équivalent, soit dans l'acception qui précède, soit dans le sens plus général de Changer, transformer en. Que ferez-vous de votre fils? On veut faire d'elle une institutrice. Celui dont il avait fait son ami, son confident, son ministre. Ce précepteur ne fera rien de son élève. On a fait de cet ancien théâtre une salle de bal. Fig., Faire d'une mouche un éléphant. Voyez MOUCHE. Prov. et fig., On ne saurait faire d'une buse un épervier. Voyez ÉPERVIER. Faire ses délices d'une chose, Y trouver beaucoup de plaisir, de charme, etc. Il fait ses délices de l'étude. En termes de Médecine, Faire de la neurasthénie, Être atteint de neurasthénie. Faire de la température, Avoir de la fièvre. Faire de quelque chose une obligation, un devoir, etc., L'imposer comme une obligation, etc. Je me fais une obligation, un devoir de vous en prévenir. On dit à peu près dans le même sens Se faire scrupule, se faire conscience de... Se faire gloire, se faire honneur de quelque chose, En tirer vanité, s'en tenir honoré. On dit, dans un sens analogue, Faire un mérite de quelque chose à quelqu'un. Ne me faites pas un mérite d'une action si naturelle. Suivi de la préposition DE, il signifie quelquefois particulièrement Employer quelqu'un ou quelque chose, en disposer, en tirer parti de façon ou d'autre. Que voulez-vous que je fasse de cet homme-là? il ne sait rien. Vous ne faites rien de ce meuble-là, vous n'en faites rien. Faites de cela ce que vous jugerez à propos. Il ne sait que faire de son temps. Fig. et fam., Faites-en des choux et des raves. Voyez CHOU. Fig., Faire ce qu'on veut d'une personne se dit en parlant de Quelqu'un qui se prête volontiers aux désirs, aux vues d'une autre. C'est un homme dont on fait tout ce qu'on veut. C'est une femme difficile à gouverner, on n'en fait pas ce qu'on veut. N'avoir que faire de quelqu'un ou de quelque chose, N'en avoir aucun besoin. Si vous n'avez que faire de ce livre, prêtez-le-moi. Ce sont des bibelots dont je n'ai que faire. Il n'a plus que faire d'étudier, il en sait assez. Je n'ai que faire de vous présentement, allez où vous voudrez. On le dit aussi Pour marquer qu'on ne fait nul cas d'une personne ou d'une chose. Je n'ai que faire de lui ni de ses visites. On se sert encore de la même manière de parler Pour faire connaître qu'on désapprouve quelque chose, qu'on le trouve mauvais. Je n'ai que faire de vos discours, de vos réclamations.

FAIRE signifie aussi Dire, prétendre, publier qu'une chose est, en donner une certaine opinion. On le fait plus riche qu'il ne l'est. Il se fait beaucoup plus malade qu'il ne l'est. Se faire plus riche, plus pauvre, plus jeune qu'on ne l'est réellement. Se faire fort de réussir. Voyez FORT. Il a quelquefois le sens du verbe Dire. Je le croyais, fit-elle. J'irai avec vous, lui fis-je. En parlant de Choses que l'on veut vendre, il s'emploie pour marquer le Prix qu'on en demande. Combien faites-vous cette étoffe-là? Vous la faites trop cher. Il signifie aussi Accoutumer, habituer. Les voyages l'ont fait à la fatigue. Il est fait au chaud et au froid. Nous sommes faits à vos plaisanteries, à votre badinage. Mon estomac n'est pas fait à ce genre d'aliments. Se faire au bruit. Se faire à tout. Se faire aux manières de quelqu'un. Se faire la main. Il signifie également Former, façonner, perfectionner quelqu'un. Ce général a fait de bons officiers. Ce professeur a fait de bons écoliers. Les affaires font les hommes. C'est un jeune homme qui se fera peu à peu. Ces jeunes magistrats se feront par la pratique des affaires. Ce vin n'a pas encore eu le temps de se faire. Il se dit encore de Deux ou de plusieurs choses qui, par leur union, leur assemblage, servent à former, à composer, à constituer un tout, une seule chose. Deux et deux font quatre. Toutes ces sommes ensemble font tant. Deux lignes qui se coupent font un angle. Ces forêts, ces ruisseaux, ces montagnes, tout cela ensemble fait un beau pays. Il se dit également de Ce qui est l'essence d'une chose, de ce en quoi elle consiste. Ce qui fait la qualité du vin. Le spectacle faisait le beau de la fête. La clarté fait le principal mérite de son style. Voilà ce qui fait l'objet de mes recherches. Ce fils fait toute la joie de sa mère. Prov. et fig., L'habit ne fait pas le moine. Voyez HABIT. Il signifie aussi Causer tel ou tel résultat ou en être l'occasion. Ce remède m'a fait beaucoup de bien. Se faire des amis. Cela lui a fait une affaire, lui a fait beaucoup d'ennemis. Ces propos lui ont fait tort. Il s'est fait tort à lui-même. Une femme qui a fait de grandes passions. Faire école. Cela fait mal à voir. Faire peur. Faire honte. Faire peine. Faire pitié. Faire envie. Faire plaisir. Faire du chagrin. Il ne faut faire de peine, de la peine à personne. Cette affaire-là fait grand bruit. Cette nouvelle a fait sensation. Cela fit révolution. On dit à peu près dans le même sens : Faire des jaloux, des mécontents, des dupes. Faire des heureux. C'est ce qui fait que les choses vont si mal. Cela ne fera que l'irriter davantage. Faites, je vous prie, que cela soit bientôt terminé. C'est à vous à faire que rien ne manque. Nous ferons en sorte qu'ils n'aient pas lieu de se plaindre. Pouvais-je faire que cela n'arrivât point? Fasse le ciel que... Fig. et fam., Cela ne me fait ni froid ni chaud. Voyez CHAUD. Il se construit, dans un sens à peu près pareil, avec un infinitif et se dit de Tout ce qui est la cause prochaine ou éloignée de quelque chose, de tout ce qui donne lieu à une chose, à une action. L'opium fait dormir. Cela l'a fait durer un peu plus longtemps. C'est ce qui le fait vivre. On lui a fait souffrir de grands maux. Faire agir des personnes puissantes. Faire dire, faire savoir quelque chose à quelqu'un. C'est moi qui le lui ai fait connaître. Je les ai fait chercher partout. Faire bâtir. Se faire faire un habit. Faire imprimer, faire paraître un livre. Cette femme s'est fait peindre. Sa partie l'a fait condamner aux dépens. Faire entrer, faire sortir quelqu'un. La lettre qu'il m'a fait tenir, qu'il m'a fait passer, qu'il m'a fait parvenir. Cette pièce a fait courir tout Paris. Faire marcher des troupes. Il ne put parvenir à se faire entendre. On n'a jamais pu lui faire entendre raison. Se faire aimer. Se faire haïr. Se faire dire une chose deux fois. Il signifie aussi Avoir de l'influence, du pouvoir. Il fait tout dans cette maison. Le mérite fait plus auprès de lui qu'aucune recommandation. Auprès de certaines gens l'argent fait tout. Faire la pluie et le beau temps. Voyez PLUIE.

FAIRE, en termes de Grammaire, se dit des Mots et signifie Prendre telle ou telle terminaison. Cheval fait au pluriel chevaux. Aimer fait au futur j'aimerai. Il se dit quelquefois pour Importer, concerner, être de quelque considération. Cela ne fait rien à l'affaire. Cela ne fait rien, absolument rien. Qu'est-ce que cela lui fait? Que me font ses propos? Que peut vous faire l'opinion de ces gens-là? Cela fait beaucoup, fait plus qu'on ne pense. Fam., Qu'est-ce que cela fait là? À quoi cela sert-il dans ce lieu-là? Il s'emploie souvent pour éviter la répétition du verbe précédent et alors il en tient la place. Ainsi on dit : Cet homme n'aime plus tant le jeu qu'il faisait, Il ne l'aime plus tant qu'il l'aimait. Il répondit comme les autres avaient fait, Il répondit comme les autres avaient répondu. Nous nous entretînmes de cette nouvelle comme nous aurions fait de toute autre chose, Comme nous nous serions entretenus de toute autre chose. On ne doit pas confondre cet emploi avec un tour usité dans certains cas où FAIRE, conservant la signification qui lui est propre, celle d'Exécuter, d'opérer, d'effectuer, etc., a pour complément le pronom le, qui représente un verbe précédent. Il voudrait partir, mais il ne peut le faire (faire cela, l'action de partir) sans autorisation. Quoiqu'il ait tous les moyens de vous obliger, il ne le fera pas.

FAIRE se dit absolument en parlant des Jeux de cartes où chacun donne les cartes à son tour, et de Certains autres jeux où chacun tour à tour est obligé de faire quelque chose. À qui est-ce à faire? C'est à vous à faire. Je viens de faire. Il s'emploie comme intransitif dans le sens d'Agir. Faire bien. Faire mal. Il a fait en cela comme vous auriez fait. Il a fait de son mieux. Vous n'auriez pas fait mieux. Il ferait mieux, je crois, de rester. Comment faire? Comment ferons-nous? Laissez-le donc faire, il saura bien se tirer d'embarras. Il n'en veut faire qu'à sa tête. Faire à qui mieux mieux. Il a tant fait, il a si bien fait qu'il en est venu à bout. Il a si bien fait par ses sottises qu'on a fini par le renvoyer. Si on le laisse faire, il sera bientôt maître de tout. Avoir fort à faire, Avoir beaucoup à travailler pour venir à bout de quelque chose. Vous aurez fort à faire, si vous entreprenez de le corriger. Il y a fort à faire dans cette entreprise. Il se dit encore intransitivement pour Être convenable, produire un effet agréable. Ces deux choses font fort bien ensemble. L'or fait bien avec le vert. Ce tableau ne fait pas bien où il est; il ferait mieux ailleurs. Il signifie en outre familièrement Se décharger le ventre. Cet enfant a fait dans sa chemise. Ce malade a fait sous lui. Il s'emploie impersonnellement pour indiquer l'État de l'atmosphère du temps, ou quelque phénomène, quelque révolution atmosphérique. Il fait nuit. Il fait jour. Il fait chaud. Il fait froid. Il ne fait pas encore jour. Il fait beau. Il fait beau temps. Il fait du vent, de la pluie, de l'orage. Il fait bon. Il fait frais. Il fait doux. Il fait sec. Sortirez-vous par le temps qu'il fait? Il s'emploie de même impersonnellement pour marquer la Nature, l'état, la disposition les qualités de certaines choses. Il fait bon vivre dans ce pays. Il ne fait pas bon de se frotter à cet homme-là.

SE FAIRE signifie Être praticable, être produit, formé, exécuté, arriver, venir à être. Si c'est une chose qui se puisse faire, je vous en aurai obligation. Si cela se peut faire, je serai ravi. Ces choses-là ne se font pas aisément. On croit que le mariage se fera bientôt. Si la paix se fait. Prov., Paris ne s'est pas fait en un jour, se dit pour exprimer qu'Il y a des choses qu'on ne peut faire qu'avec beaucoup de temps. Il signifie aussi familièrement Devenir. Un enfant qui se fait grand. Il signifie absolument S'améliorer avec le temps. Ce vin a le goût âpre : il se fera en bouteille.

SE FAIRE s'emploie aussi impersonnellement dans le sens d'Être, arriver. Il s'est fait beaucoup de fentes dans cette muraille. Il se fit un moment de silence. Il se fait bien des choses qu'on s'explique mal. On ne sait comment cela s'est fait. Se peut-il faire que vous n'en sachiez rien? Il pourrait se faire que... On dit de même Il se fait tard, il se fait nuit, Le jour commence à baisser, la nuit commence à venir. Cela se fait se dit surtout des Actes de politesse ou de cérémonie qu'il est convenable d'accomplir en telle ou telle circonstance. Vous auriez dû envoyer une carte, cela se fait toujours. Dites-moi, je vous prie, ce qui se fait en pareille circonstance. Cela ne se fait pas.

FAIRE se prend quelquefois substantivement, comme dans ces phrases : Il y a loin du vouloir au faire. Le dire et le faire sont deux. Il vieillit. Il se dit plus ordinairement, en termes de Peinture, de Gravure et de Sculpture, de la Manière de peindre, de sculpter, de graver. Le faire de ce peintre. Cet artiste a un faire large et vigoureux. Cela vaut fait signifie Regardez la chose comme faite. On dit aussi C'est une affaire faite, surtout lorsqu'on veut faire entendre qu'il n'y a plus à revenir sur la chose dont il s'agit. Voilà qui est fait, La chose est décidée. Fam., C'est bien fait, Vous l'avez bien mérité. C'est fait de moi; C'en est fait de nous se dit d'un Événement malheureux qu'on ne peut empêcher. C'est un fait exprès, c'est comme un fait exprès. Voyez EXPRÈS. Ce qui est fait est fait se dit pour engager à ne plus parler d'un malheur, d'une faute qu'il est impossible de réparer. Être fait à, Être habitué à. Il n'est pas encore fait à ce métier, au climat et aux habitudes du pays. Être fait pour, Être propre à, être capable de. Cela se dit des personnes et des choses, et tant en bonne qu'en mauvaise part. Cet homme n'est pas fait pour un pareil emploi. Il semble fait pour réussir en toutes choses. Cette nouvelle était bien faite pour l'affliger. Comme le voilà fait! se dit de Quelqu'un qui est plus mal vêtu, plus négligé qu'à l'ordinaire, ou qui n'a pas si bon visage qu'il a coutume d'avoir. On dit quelquefois, figurément et familièrement dans le premier sens, Être fait comme un voleur. Être bien fait, fait à ravir, fait à peindre; et, figurément, Être fait au tour, Être beau, de belle taille et de bonne mine. Dans le sens contraire, Être mal fait, Être laid, mal formé. Un homme bien fait et de bonne mine. Une femme bien faite. Cette jeune fille est faite au tour. Un petit homme mal fait et mal bâti. On dit de même Être bien fait de sa personne. On dit encore, dans un sens analogue, Avoir la taille bien faite, mal faite; la jambe bien faite. Fig., Un esprit bien fait, Un esprit sain et droit. Avoir la tête mal faite; l'esprit mal fait, Être bizarre, déraisonnable, sans jugement. Fig. et par ironie, En aura-t-il la jambe mieux faite? Cela lui fait une belle jambe, Cela ne l'avance à rien, se dit en parlant d'une Chose dont quelqu'un tire vanité, et qui ne lui est d'aucun avantage. Un homme fait, Un homme qui est dans un âge mûr. Ce fromage est fait, n'est pas fait, Il est temps, il n'est pas temps de le manger. Viande trop faite, Viande avancée, faisandée. Phrase toute faite, Façon de parler particulière qui est consacrée par l'usage. Porter le flambeau de la civilisation est une phrase toute faite. Si fait, Façon de parler elliptique qui, dans les réponses, sert à affirmer fortement ce qu'un autre nie on met en doute. Vous ne me connaissez pas? Si fait, je vous connais bien. Vous ne voulez pas? Si fait.

Fait, faite : définition du Littré (1872-1877)

FAIT (fè, fè-t') part. passé de faire
  • 1Formé, exécuté. L'homme fait à l'image de Dieu. Un tertre fait de main d'homme. Ce tailleur vend des habits tout faits.

    Familièrement. Ce n'est ni fait ni à faire, se dit d'un travail mal fait, et, particulièrement, d'un travail littéraire, d'une rédaction, etc.

    Fig. Suivez le roi, seigneur, votre ambassade est faite, Corneille, Nicom. III, 2. Je pourrais décider, car ce droit m'appartient ; Mais rapportons-nous-en. - Soit fait, dit le reptile, La Fontaine, Fabl. X, 2.

    C'est une nouvelle, une histoire, un conte fait à plaisir, la nouvelle, l'histoire est controuvée, le conte n'a rien de vrai.

    C'est un grand pas de fait, on a beaucoup avancé ce dont il s'agit.

    C'est judicieusement fait à lui, il a agi judicieusement. C'est fort bien fait à vous, Molière, le Fest. I, 2.

    Tout est fait, rien autre n'est nécessaire. Dans toutes les assemblées qui s'étaient tenues jusqu'alors dans le parti, dès que Luther y était et qu'il avait parlé, Mélanchthon nous apprend lui-même que les autres n'avaient qu'à se taire, et tout était fait, Bossuet, Var. IV, § 33. On croit que tout est fait quand on a rempli ce devoir, Massillon, Carême, Culte.

    Voilà qui est fait, la chose est décidée. Voilà qui est fait, votre frère va nous quitter, Sévigné, 63. Oh ! voilà qui est fait ; je renonce à toutes les femmes et à tous les trésors du monde, Marivaux, Surpr. de l'amour, I, 2. Voilà qui est fait, je n'aimerai plus d'impératrice de ma vie, Voltaire, Lett. à Catherine, 138.

    Cela vaut fait, c'est comme si la chose était faite. Il suffit que le mort soit venu m'en instruire ; Cela vaut fait…, Hauteroche, le Deuil, sc. 5.

    On dit de même. Tenez cela pour fait.

    Aussitôt dit, aussitôt fait, se dit pour exprimer que l'action suit aussitôt la parole.

    Familièrement. C'est fait pour moi, cela semble fait pour moi, n'est fait que pour moi, cela n'arrive qu'à moi, en parlant de désagréments, de malheurs.

    On dit de même : C'est un fait exprès, c'est comme un fait exprès. Se pourrait-il… elle aussi… c'est donc un fait exprès, Picard, Trois quartiers, II, 13.

    C'est une affaire faite, exprime que la chose est terminée, et aussi qu'il n'y a plus à revenir là-dessus.

    Est-ce fait ? se dit communément pour demander si une chose est achevée.

    C'est fait, se dit pour avertir que la chose est achevée.

    Est-ce fait ? se dit dans les jeux des enfants pour demander si celui qui doit chercher peut commencer ; en cas d'affirmation, on répond : fait.

  • 2Bien fait, mal fait, ayant le corps bien ou mal proportionné. Si pour toucher son cœur j'étais assez bien faite, Corneille, Agésil. II, 7. Il est noble chez lui, bien fait de sa personne, Molière, Tart. II, 3. Bien fait de corps, La Fontaine, Mandr. Cela serait plaisant que votre fille ne fût pas bien faite, Sévigné, 19.

    Fait à peindre, dont le corps est tellement bien fait qu'il mériterait de servir de modèle à un peintre. C'était une grande fille faite à peindre, qui se mettait bien, qui marchait comme une déesse, Hamilton, Gramm. ch. 9.

    On dit dans le même sens : fait à plaisir, fait à ravir, fait au tour ou au moule.

    Avoir la taille bien faite, mal faite, avoir une belle taille, une vilaine taille. Avoir la jambe bien faite, mal faite, bien, mal conformée.

    Ironiquement. Cela lui rend la jambe bien faite, se dit de quelque chose dont on tire avantage, mais qui ne peut être d'aucune utilité.

  • 3Constitué, disposé. Je ne sais pas comme sont faites vos beautés d'Asie, mais je vous assure que cinq ou six des plus belles personnes de l'Europe sont devenues amoureuses de vous, Voiture, Lett. 121. Des Parthes le mieux fait d'esprit et de courage, Corneille, Suréna, I, 1. Le sort avait raison, tous gens sont ainsi faits ; Notre condition jamais ne nous contente, La Fontaine, Fabl. VI, 11. Dire d'un, puis d'un autre, est-ce ainsi que l'on traite Les gens faits comme moi ? me prend-on pour un sot ? La Fontaine, ib. IV, 16. On est faite d'un air, je pense, à pouvoir dire Qu'on n'a pas pour un cœur soumis à son empire, Molière, Femmes sav. II, 3. Il ajoute qu'il est fait ainsi et qu'il dit ce qu'il pense, La Bruyère, V. Voyez, mon cher Télémaque, comme les hommes sont faits ! vous voilà tout désolé parce que vous avez vu votre père sans le reconnaître, Fénelon, Tél. XXIV. Les hommes sont faits de façon qu'ils veulent bien commettre le mal, mais ils ne veulent pas qu'on le leur prêche, Voltaire, Dict. phil. Fraude. Les ennuyeux et les pervers Composent ce vaste univers ; Le monde est fait comme la France, Voltaire, Épît. 92. Messieurs les Parisiens s'imaginent toujours que le reste de la terre est fait comme le faubourg Saint-Germain et le quartier du Palais-Royal, Voltaire, Lett. Thibouville, 11 janv. 1776. Mon cher et respectable ami, comment donc sont faits les grands hommes, si celui-là [le roi de Prusse] n'en est pas un ? Voltaire, Lett. d'Argental, 1 sep. 1750. Il faut avouer que, s'il y a eu de la raison dans sa conduite, cette raison n'était pas faite comme celle des autres hommes, Voltaire, Russie, II, 1.

    Esprit bien fait, mal fait, personne dont la raison est, n'est pas saine et droite. C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien faits…, Corneille, Hor. v, 3. Les choses les plus simples ne se font pas d'elles-mêmes, et elles se font toujours mal par les esprits mal faits, Fénelon, Éduc. des filles, 13. Je sais que tous les lieux sont égaux pour les esprits bien faits, mais il n'en est pas de même quand les esprits bien faits ont des cœurs sensibles, Voltaire, Lett. Chauvelin, 25 août 1763.

    On dit dans un sens analogue, avoir le cœur bien fait. Consultez-vous, et soyez mes témoins, Ô mes lecteurs ! ou consultez du moins Ces cœurs bien faits, où la vertu sincère Ne fut jamais une plante étrangère, Malfilâtre, Narcisse, ch. I.

    Avoir la tête mal faite, être bizarre, déraisonnable.

  • 4Constitué en une certaine dignité. Les princes à faire ne peuvent se passer de ces gens-là [les bons conseillers], et les princes faits en ont grand besoin, Guez de Balzac, De la cour, 1er disc.
  • 5Habitué. Mais votre bras au crime est plus fait que le mien, Corneille, Rodog. V, 4. Car les femmes y sont faites à coqueter, Molière, Éc. des f. I, 6. Il y a soixante ans que j'y suis accoutumé [à la calomnie], mais je n'y suis pas encore entièrement fait, Voltaire, Lett. à d'Alembert, 108.
  • 6Être fait pour, être propre à, capable de. Cet homme n'est pas fait pour un pareil emploi. Une duchesse de Berry était faite pour lui céder ses dames [à la duchesse de Bourgogne], quand il lui plairait de les vouloir prendre, Saint-Simon, 269, 136. Cette manière d'écrire n'est pas faite pour aller à la postérité, Voltaire, Phil. III, 107. Un homme que la perte trouble… un homme avare ne sont pas plus faits pour jouer, que ceux qui ne peuvent atteindre à l'esprit de combinaison, Vauvenargues, Du jeu.
  • 7Destiné. Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser, La Fontaine, Fab. III, 1. Ses maximes [du duc de Bourgogne] étaient que les rois sont faits pour les sujets, et non les sujets pour les rois, Duclos, Règne de Louis XIV, Œuvres, t. V, p. 51, dans POUGENS. Non, non le consulat n'est point fait pour son âge, Voltaire, Brutus, II, 4. De ce bonheur qui semblait fait pour tous, Le beau Narcisse, Écho, sa belle amante, Sont privés seuls par un pouvoir jaloux, Malfilâtre, Narcisse, ch. II.

    N'être fait que pour, être destiné seulement à. Ce que je vous dis là au reste n'est fait que pour vous, mademoiselle ; vous le sentez bien, Marivaux, Marianne, IIe part.

  • 8Habillé, arrangé. Suis-je fait en voleur ou bien en assassin ? Corneille, Suite du Ment. 1, 1. Je suis dehors, faite comme un loup-garou, Sévigné, 231. La véritable reine reprenait un teint frais et vermeil ; mais elle était crasseuse, court-vêtue et faite comme un petit torchon qu'on a traîné dans les cendres, Fénelon, t. XIX, p. 5.

    Comme le voilà fait ! se dit de quelqu'un plus mal vêtu, plus mal arrangé que d'ordinaire, et aussi de quelqu'un qui n'a pas aussi bon visage que d'habitude. Dieu, comme êtes-vous fait ! Régnier, Sat. X. Comme le voilà fait ! Débraillé, mal peigné, l'œil hagard…, Regnard, Joueur, I, 7.

    On dit de même : être fait comme un voleur.

    Être fait comme il plaît à Dieu, se dit d'une personne dont les vêtements sont en désordre.

  • 9Accompli. On n'a jamais pris le deuil des enfants de la reine quand ils n'avaient pas sept ans faits, Saint-Simon, 299, 73.

    Homme fait, homme arrivé à la force de l'âge. Il [le peuple] ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus, Montesquieu, Esp. IV, 5. En vérité, je suis presque amoureux Non d'une jeune enfant, mais d'une femme faite, Collin D'Harleville, Vieux célib. IV, 2.

    C'est déjà un homme fait, en parlant d'un jeune garçon qui grandit, qui devient sage, capable. Je me croyais déjà un homme fait, Fénelon, Tél. III.

    Terme de manége. Cheval fait, qui n'est plus jeune et qui est dressé.

    Il se dit aussi des choses qui ont atteint leur plus haut point. Votre style est devenu comme on peut le souhaiter ; il est fait et parfait, Sévigné, 145. Quelques gens de lettres dont la réputation soit faite et dont le témoignage ait du poids, Genlis, Veillées du château t. III, p. 105, dans POUGENS.

  • 10Qui est à point pour être mangé. De la viande faite. Le fromage est fait.
  • 11 Terme de marine. Vent fait, vent qui a déjà soufflé quelque temps dans un certain rumb et qu'on croit devoir durer.

    On dit de même : temps fait. Le flot, le jusant sont faits, lorsque le courant en a atteint sa vitesse moyenne.

  • 12Phrase faite, phrase consacrée dans sa construction et dans laquelle on ne peut rien changer. Les idiotismes sont des phrases faites. Il y a un certain nombre de phrases toutes faites que l'on prend comme dans un magasin et dont l'on se sert pour se féliciter les uns les autres sur les événements, La Bruyère, VIII.

    Mot fait, mot autorisé par l'usage. Ce mot est fait, n'est pas fait.

  • 13À prix fait, à prix convenu. Les impudicités les plus monstrueuses avaient leur prix fait, Voltaire, Mœurs, 127.
  • 14Toutes charges faites, toutes charges payées. La Silésie, laquelle vaut par an à son vainqueur quatre millions sept cent mille écus d'Allemagne, toutes charges faites, Voltaire, Lett. Thiriot, 9 oct. 1742.
  • 15C'en est fait, la chose est accomplie. Mais puisque c'en est fait, le mal est sans remède, Corneille, Cid, II, 1. C'en est fait : on dira que Phèdre trop coupable De son époux trahi fuit l'aspect redoutable, Racine, Phèd. III, 3.

    C'en est fait, se dit aussi pour indiquer une résolution irrévocablement prise. C'en est fait, je m'expatrie.

  • 16C'est fait de moi, je suis perdu. C'est fait de votre vie et je vous le promets, Corneille, Nicom. v, 7. S'il m'échappait un mot, c'est fait de votre vie, Racine, Bajaz. II, 1. Mentor m'abandonne, c'est fait de moi, Fénelon, Tél. VII.

    On trouve aussi : C'en est fait de. Nous sommes tous perdus, c'en est fait d'Israël, Racine, Esth. I, 3. C'en était fait de lui et de son armée, si sa bonne fortune ne lui eût envoyé Varron, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 433, dans POUGENS.

    La locution c'en est fait de… n'est pas grammaticalement explicable ; on oublie le rapport exprimé par en, et on l'exprime de nouveau par de ; il y a pléonasme vicieux ; et, bien que Racine et Rollin s'en soient servis, il ne faut pas les imiter.

  • 17 Terme de beaux-arts. Le bien fait, le mal fait, l'exécution bonne ou mauvaise d'un tableau, d'un dessin, particulièrement en ce qui concerne les détails et leur arrangement.

PROVERBES

Ce qui est fait est fait, quand une chose est accomplie, il faut en prendre son parti.

Ce qui est fait n'est pas à faire, quand on peut faire une chose, il ne faut pas la différer à un autre temps ; et aussi, il ne faut pas revenir sur ce qui est fait. Vous critiquez, vous dites qu'il fallait s'y prendre autrement, mais ce qui est fait n'est pas à faire.

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Fait, faite : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* FAIT, s. m. Voilà un de ces termes qu’il est difficile de définir : dire qu’il s’employe dans toutes les circonstances connues où une chose en général a passé de l’état de possibilité à l’état d’existence, ce n’est pas se rendre plus clair.

On peut distribuer les faits en trois classes ; les actes de la divinité, les phénomenes de la nature, & les actions des hommes. Les premiers appartiennent à la Théologie, les seconds à la Philosophie, & les autres à l’Histoire proprement dite. Tous sont également sujets à la critique. Voyez sur les actes de la divinité, les articles Certitude & Miracle ; sur les phénomenes de la nature, les articles Phénomene, Observation, Expérimental & Physique ; & sur les actions des hommes, les articles Histoire, Critique, Erudition, &c.

On considéreroit encore les faits sous deux points de vûe très-généraux : ou les faits sont naturels, ou ils sont surnaturels ; ou nous en avons été les témoins oculaires, ou ils nous ont été transmis par la tradition, par l’histoire & tous ses monumens.

Lorsqu’un fait s’est passé sous nos yeux, & que nous avons pris toutes les précautions possibles pour ne pas nous tromper nous-mêmes, & pour n’être point trompés par les autres, nous avons toute la certitude que la nature du fait peut comporter. Mais cette persuasion a sa latitude ; ses degrés & sa force correspondent à toute la variété des circonstances du fait, & des qualités personnelles du témoin oculaire. La certitude alors fort grande en elle-même, l’est cependant d’autant plus que l’homme est plus crédule, & le fait plus simple & plus ordinaire ; ou d’autant moins que l’homme est plus circonspect, & le fait plus extraordinaire & plus compliqué. En un mot qu’est-ce qui dispose les hommes à croire, sinon leur organisation & leurs lumieres ? D’où tireront-ils la certitude d’avoir pris toutes les précautions nécessaires contr’eux-mêmes & contre les autres, si ce n’est de la nature du fait ?

Les précautions à prendre contre les autres, sont infinies en nombre, comme les faits dont nous avons à juger : celles qui nous concernent personnellement, se réduisent à se méfier de ses lumieres naturelles & acquises, de ses passions, de ses préjugés & de ses sens.

Si le fait nous est transmis par l’histoire ou par la tradition, nous n’avons qu’une regle pour en juger ; l’application peut en être difficile, mais la regle est sûre ; l’expérience des siecles passés, & la nôtre. S’en tenir à son coup-d’œil, ce seroit s’exposer souvent à l’erreur ; car combien de faits qui sont vrais, quoique nous soyons naturellement disposés à les regarder comme faux ? & combien d’autres qui sont faux, quoiqu’à ne consulter que le cours ordinaire des évenemens, nous ayons le penchant le plus fort à les prendre pour vrais ?

Pour éviter l’erreur, nous nous représenterons l’histoire de tous les tems & la tradition chez tous les peuples, sous l’emblème de vieillards qui ont été exceptés de la loi générale qui a borné notre vie à un petit nombre d’années, & que nous allons interroger sur des transactions dont nous ne pouvons connoître la vérité que par eux. Quelque respect que nous ayons pour leurs récits, nous nous garderons bien d’oublier que ces vieillards sont des hommes ; & que nous ne saurons jamais de leurs lumieres & de leur véracité, que ce que d’autres hommes nous en diront ou nous en ont dit, & ce que nous en éprouverons nous-mêmes. Nous rassemblerons scrupuleusement tout ce qui déposera pour ou contre leur témoignage ; nous examinerons les faits avec impartialité, & dans toute la variété de leurs circonstances ; & nous chercherons dans le plus grand espace que nous puissions embrasser sur la terre que les hommes ont habitée, & dans toute la durée qui nous est connue, combien il est arrivé de fois que nos vieillards interrogés en des cas semblables, ont dit la vérité ; & combien de fois il est arrivé qu’ils ont menti. Ce rapport sera l’expression de notre certitude ou de notre incertitude.

Ce principe est incontestable. Nous arrivons dans ce monde, nous y trouvons des témoins oculaires, des écrits & des monumens ; mais qu’est-ce qui nous apprend la valeur de ces témoignages, sinon notre propre expérience ?

D’où il s’ensuit que puisqu’il n’y a pas deux hommes sur la terre qui se ressemblent, soit par l’organisation, soit par les lumieres, soit par l’expérience, il n’y a pas deux hommes sur lesquels ces symboles fassent exactement la même impression ; qu’il y a même des individus entre lesquels la différence est infinie : les uns nient ce que d’autres croyent presque aussi fermement que leur propre existence ; entre ces derniers il y en a qui admettent sous certaines dénominations, ce qu’ils rejettent opiniâtrément sons d’autres noms ; & dans tous ces jugemens contradictoires ce n’est point la diversité des preuves qui fait toute la différence des opinions, les preuves & les objections étant les mêmes, à de très petites circonstances près.

Une autre conséquence qui n’est pas moins importante que la précédente, c’est qu’il y a des ordres de faits dont la vraissemblance va toûjours en diminuant, & d’autres ordres de faits dont la vraissemblance va toûjours en augmentant. Il y avoit, quand nous commençames à interroger les vieillards, cent mille à présumer contre un qu’ils nous en imposoient en certaines circonstances, & nous disoient la vérité en d’autres. Par les expériences que nous avons faites, nous avons trouvé que le rapport varioit d’une maniere de plus en plus défavorable à leur témoignage dans le premier cas, & de plus en plus favorable à leur témoignage dans le second ; & en examinant la nature des choses, nous ne voyons rien dans l’avenir qui doive renverser les expériences, ensorte que celles de nos neveux attestent le contraire des nôtres : ainsi il y aura des points sur lesquels nos vieillards radoteront plus que jamais, & d’autres sur lesquels ils conserveront tout leur jugement, & ces points feront toûjours les mêmes.

Nous connoissons donc sur quelques faits, tout ce que notre raison & notre condition peuvent nous permettre de savoir ; & nous devons dès aujourd’hui rejetter ces faits comme des mensonges, ou les admettre comme des vérités, même au péril de notre vie, lorsqu’ils seront d’un ordre assez relevé pour mériter ce sacrifice.

Mais qui nous apprendra à discerner ces sublimes vérités pour lesquelles il est heureux de mourir ? la foi. Voyez l’article Foi.

Fait, (Jurisprud.) Ce terme a dans cette matiere plusieurs significations différentes, que l’on va expliquer dans les articles suivans.

De fait est opposé à de droit ; par exemple, être en possession de fait, c’est avoir la simple détention de quelque chose ; au lieu qu’être en possession de droit, c’est avoir l’esprit de propriété ; être en possession de fait & de droit, c’est joindre à l’esprit de propriété la possession réelle & corporelle.

Il y a des excommunications qui sont encourues par le seul fait, ipso facto. Voyez ci-devant Excommunication. (A)

Faits d’un acte : on entend par-là les objets d’une convention. On évalue à une certaine somme les faits d’un acte, c’est-à-dire les objets qui n’ont pas par eux-mêmes de valeur déterminée, comme une servitude, ou autre droit réel ou personnel. Cette évaluation a pour but de servir à fixer les droits d’insinuation & centieme denier. (A)

Faits et Articles, appellés dans les anciens registres du parlement, articuli, sont des faits posés par écrit, & dont une partie se soûmet de faire preuve, ou sur lesquels elle entend faire interroger sa partie adverse, pour se procurer par ce moyen quelques éclaircissemens sur les faits dont il s’agit. Voyez Enquête, Interrogatoire sur Faits et Articles, & Preuve testimoniale. (A)

Fait articulé, est celui qu’une des parties contestantes, ou son défenseur, pose spécialement, soit en plaidant, soit dans des écritures. C’est un fait sur lequel on insiste comme étant décisif, & que l’on articule, c’est-à-dire dont on forme un article que l’on met en-avant, & dont on se soûmet à faire la preuve, soit que cette preuve soit expressément offerte, ou que l’on s’y soûmette tacitement en articulant le fait. Voyez Articuler. (A)

Fait avéré, est celui dont la vérité est prouvée & reconnue, soit par titres, ou par témoins, ou par la déclaration, ou le silence de la partie intéressée : lorsque l’on interpelle quelqu’un de répondre ou s’expliquer sur des faits, & qu’il refuse de le faire, on demande que les faits soient tenus pour confesses & avérés. Voyez le titre de l’ordonnance de 1667, article 4. (A)

Fait d’autrui, est tout ce qui est fait, dit, ou écrit par quelqu’un, relativement à une autre personne : c’est ce que l’on appelle communément en Droit, res inter alios acta. Il est de maxime que le fait d’autrui ne préjudicie point à un autre. L. 5. §. ff. lib. XXXIX. tit. j. Cette regle reçoit néanmoins quelques exceptions ; savoir lorsque celui qui a agi pour autrui, avoit le pouvoir de le faire, comme un tuteur pour son mineur ; un associé qui agit tant pour lui que pour son associé. (A)

Fait d’une Cause, Mémoire, piece d’Ecriture, ou d’un Procès, c’est l’exposition de l’espece & des circonstances qui donnent lieu à la contestation dans les plaidoyers, mémoires & écritures. Le fait ou récit du fait, suit immédiatement l’exorde, & précede les moyens. (A)

Fait et Cause, se prend pour le droit & intérêt de quelqu’un. Prendre fait & cause pour quelqu’un, ou prendre son fait & cause, c’est intervenir en justice pour le garantir de l’évenement d’une contestation, & même le tirer hors de cause. En garantie formelle, les garants peuvent prendre le fait & cause du garanti, lequel, en ce cas, est mis hors de cause, s’il le requiert avant contestation : mais en garantie simple, les garants ne peuvent prendre le fait & cause, mais seulement intervenir si bon leur semble. Voyez le titre viij. de l’ordonnance de 1667, article 9. & 12. & Garantie formelle, & Garantie simple. (A)

Fait de Charge, est une malversation ou une omission frauduleuse, commise par un officier public dans l’exercice de ses fonctions, ou une dette par lui contractée pour dépôt nécessaire fait en ses mains à cause de son office ; ou enfin quelqu’autre fait, où il a excédé son pouvoir, & pour lequel il est desavoüé valablement.

La réparation du dommage résultant d’un fait de charge, est tellement privilégiée sur l’office, qu’elle est préférée à toute autre créance hypothécaire, antérieure & privilégiée, même à ceux qui ont prêté leur argent pour l’acquisition de l’office ; ce qui a été ainsi introduit à cause de la foi publique, qui veut que la charge réponde spécialement des fautes de celui qui en est revêtu envers ceux qui ont contracté nécessairement avec lui à cause de ladite charge.

Voyez Loyseau, des offices, liv. I. ch. jv. n. 65. 66. & liv. III. ch. viij. n. 49. Bouguier, lettre H. p. 189. Basnage, tr. des hypotheq. p. 309. in fine ; journal des audiences, tom. IV. p. 720. & suiv. jusque & compris 743 ; & journal du palais, tome I. p. 129. (A)

Faits confessés et avérés, sont ceux qui sont reconnus par la partie qui se voit intéressée à les nier. Ils sont tenus pour confessés & avérés, lorsque la partie refuse de s’expliquer, & qu’il intervient en conséquence un jugement qui les déclare tels. Voyez ci-devant Faits avérés. (A)

Fait controuvé, est celui qui est supposé & à dessein par celui qui en veut tirer avantage. (A)

Fait étrange, dans les coûtumes de Lodunois & de Touraine, est lorsque le parageau vend ou aliene autrement que par donation, en faveur de mariage ou avancement de droit successif fait à son héritier, la chose à lui garantie, auquel cas seulement est dû rachat. C’est ainsi que l’explique l’article 136. de la coûtume de Touraine. Voyez aussi Lodunois, ch. xjv. art. 14. (A)

Fait fort, c’étoit le prix de la ferme des monnoies, que le maitre devoit donner au roi, soit qu’il eût ouvré ou non. Voyez les annotations de Gelée correcteur des comptes, & le glossaire de Lauriere. (A)

Faits qui gisent en preuve vocale ou littérale, sont ceux qui sont de nature à être prouvés par témoins, ou par écrit ; à la différence de certains faits, dont la preuve est impossible, ou n’est pas recevable. Voyez le tit. xx. de l’ordonnance de 1667, intitulé des faits qui gisent en preuve vocale ou littérale. (A)

Fait grand et petit : on distinguoit autrefois dans quelques pays, en matiere d’excès commis respectivement, le fait qui étoit le plus grand, & l’on tenoit pour maxime que le fait le plus grand emportoit toûjours le petit ; ce qui est aboli par le style des cours & justices séculieres du pays de Liége, au chapitre xv. art. 7. (A)

Faits impertinens, sont ceux quæ non pertinent ad rem, c’est-à-dire qui sont étrangers à l’affaire, qui sont indifférens pour la décision ; on ajoûte ordinairement qu’ils sont inadmissibles, pour dire que la preuve ne peut en être ordonnée ni reçue. Ils sont opposés aux faits pertinens, qui reviennent bien à l’objet de la contestation. (A)

Fait inadmissible, est celui dont la preuve ne peut être ordonnée ni reçûe, soit parce que le fait n’est pas pertinent, ou parce qu’il est de telle nature que la preuve n’en est pas recevable. (A)

Faits justificatifs, sont ceux qui peuvent servir à prouver l’innocence d’un accusé : par exemple, lorsqu’un homme accusé d’en avoir tué un autre dans un bois, offre de prouver que ce jour-là il étoit malade au lit, & qu’il n’est point sorti de sa chambre ; ce que l’on appelle un alibi.

L’ordonnance de 1670 contient un titre exprès sur cette matiere : c’est le vingt-huitieme.

Il est défendu à tous juges, même aux cours souveraines, d’ordonner la preuve d’aucuns faits justificatifs, ni d’entendre aucuns témoins pour y parvenir, qu’après la visite du procès ; en quoi l’ordonnance a réformé la jurisprudence de quelques tribunaux, tels que le parlement de Bretagne, où l’on commençoit toûjours par la preuve des faits justificatifs de l’accusé : ce qui étoit contre l’ordre naturel, puisqu’il faut que le délit soit constaté avant d’admettre l’accusé à sa justification.

C’est par une suite de ce principe, que l’accusé n’est pas recevable avant la visite du procès, à se rendre accusateur contre un témoin, dans le dessein de se préparer un fait justificatif. Voyez Boniface, tome V. liv. III. tit. j. ch. xxiij.

L’accusé n’est reçû à faire preuve d’autres faits justificatifs, que de ceux qui ont été choisis par les juges, du nombre de ceux que l’accusé a articulés dans les interrogatoires & confrontations.

Les faits justificatifs doivent être insérés dans le même jugement qui en ordonne la preuve. Ce jugement doit être prononcé incessamment à l’accusé par le juge, & au plutard dans les vingt-quatre heures ; & l’accusé doit être interpellé de nommer les témoins, par lesquels il entend justifier ces faits ; & faute de les nommer sur le champ, il n’y est plus reçû dans la suite.

Lorsque l’accusé a une fois nommé les témoins, il ne peut plus en nommer d’autres ; & il ne doit point être élargi pendant l’instruction de la preuve des faits justificatifs.

Les témoins qu’il administre sont assignés à la requête du ministere public de la jurisdiction où l’on instruit le procès, & sont oüis d’office par le juge.

L’accusé est tenu de consigner au greffe la somme ordonnée par le juge, pour fournir aux frais de la preuve des faits justificatifs, s’il peut le faire ; autrement les frais doivent être avancés par la partie civile s’il y en a, sinon par le roi, ou par le seigneur engagiste, ou par le seigneur haut-justicier, chacun à leur égard.

L’enquête achevée, on la communique au ministere public pour donner des conclusions, & à la partie civile s’il y en a ; & ladite enquête est jointe au procès.

Enfin les parties peuvent donner leurs requêtes, & y ajouter telles pieces que bon leur semble sur le fait de l’enquête. Ces requêtes & pieces se signifient respectivement, & on en donne sans que pour raison de ce il soit nécessaire de prendre aucun reglement, ni de faire une plus ample instruction. Voyez Papon, liv. XXIV. tit. v. n. 12. Bouvot, tome II. verbo monitoire, quest. 6. & 12. Basset, tom. I. l. II. tit. xiij. ch. iij. Boniface, tom. II. part. III. liv. I. tit. j. ch jx. Pinault, tom. I. arrêt 150. (A)

Fait négatif, est celui qui consiste dans la dénégation d’un autre ; par exemple lorsqu’un homme soûtient qu’il n’a pas dit telle chose, qu’il n’a pas été à tel endroit.

On ne peut obliger personne à la preuve d’un fait purement négatif, cette preuve étant absolument impossible : per rerum naturam negantis nulla probatio est. Cod. liv. IV. tit. xjx. l. 23.

Mais lorsque le fait négatif renferme un fait affirmatif, on peut faire la preuve de celui-ci, qui fournit une espece de preuve du premier ; par exemple si une personne que l’on prétend être venue à Paris un tel jour, soûtient qu’elle étoit ce jour-là à cent lieues de Paris, la preuve de l’alibi est admissible. Voyez la loi 14. cod. de contrah. & commit. stipul. (A)

Faits nouveaux, sont ceux qui n’avoient point encore été articulés, & dont on demande à faire preuve depuis un premier jugement qui a ordonné une enquête.

Autrefois il falloit obtenir des lettres en chancellerie pour être reçû à articuler faits nouveaux ; mais cette forme a été abrogée par l’article 26. du titre xj. de l’ordonnance de 1667, qui ordonne que les faits nouveaux seront posés par une simple requête. (A)

Fait du Prince, signifie un changement qui émane de l’autorité du souverain ; comme lorsqu’il révoque les aliénations ou engagemens du domaine, ou qu’il demande aux possesseurs quelque droit de confirmation ; lorsqu’il ordonne que l’on prendra quelque maison ou héritage, soit pour servir aux fortifications d’une ville, ou pour former quelque rue, place, chemin, ou édifice public ; lorsqu’il augmente ou diminue le prix des monnoies & des matieres d’or & d’argent ; lorsqu’il réduit le taux des rentes & intérêts ; lorsqu’il ordonne le remboursement des rentes constituées sur lui, & autres évenemens semblables.

Le fait du prince est considéré à l’égard des particuliers, comme un cas fortuit & une force majeure que personne ne peut prévoir ni empêcher : c’est pourquoi personne aussi n’en est garant de droit ; la garantie n’en est dûe que quand elle est expressément stipulée. Voyez Force majeure & Garantie. (A)

Fait propre des officiers qui ont séance ou voix délibérative dans les cours, ou des avocats & procureurs généraux, est lorsqu’un de ces officiers s’est en quelque sorte rendu partie dans une cause, instance ou procès, en sollicitant en personne les juges de la compagnie à laquelle il est attaché, & qu’il a consulté & fourni aux frais de l’affaire. Il faut le concours de ces trois circonstances, pour que l’officier soit réputé avoir fait son fait propre ; & au cas que le fait soit prouvé, on peut évoquer du chef de cet officier, comme s’il étoit véritablement partie. Voyez l’ordonnance des évocations, art. 68. & suiv. & ce qui a été dit ci-devant au mot Evocation. (A)

Fait, (question de) est celle dont la décision se tire des circonstances particulieres de l’affaire, & non d’un point de droit. Voyez Question. (A)

Faits de reproches, sont les causes pour lesquelles un témoin peut être recusé comme suspect. (A)

Faits secrets, sont ceux que l’on ne signifie point à la partie qui doit subir interrogatoire sur faits & articles, mais que l’on donne en particulier & séparément au juge ou commissaire qui fait l’interrogatoire, pour être par lui proposés comme d’office, afin que la partie n’ait pas le tems d’étudier ses réponses ; comme cela paroît autorisé par l’article 7. du titre x. de l’ordonnance de 1667. (A)

Fait vague, est celui qui ne spécifie aucune circonstance précise ; par exemple si celui qui articule le fait se contente de dire qu’un tel lui a fait du tort, sans dire en quoi on lui a fait tort, & sans expliquer la qualité & la valeur du dommage. Voy. Fait circonstancié. (A)

Fait, (voie de) c’est lorsqu’un particulier fait de son autorité privée quelque entreprise sur autrui, soit pour se mettre en possession d’un héritage, soit pour abattre des arbres, exploiter des grains, ou lorsque prétendant se faire justice à lui-même, il commet quelque excès en la personne d’autrui. Les voies de fait sont toutes défendues. Voyez Voies de fait. (A)

Fait, en terme de Commerce, signifie ce qui est consommé, dont on est convenu. On dit en ce sens, un prix fait, un compte fait, un marché fait, pour dire un prix fixé, un compte arrêté, un marché conclu.

On appelle aussi prix fait, un prix certain qu’on ne veut ni augmenter, ni diminuer. Dict. de Comm. de Trév. & Chamb. (G)

Fait des Marchands, (Commerce.) qu’on nomme autrement droit de boîte, est un droit qui se leve sur les bateaux qui navigent sur la riviere de Loire, pour l’entretien des chemins & chaussées, & pour la sûreté de la navigation. Voyez Droit & Compagnie. Dict. de Comm. & Chamb. (G)

Fait, (Marine.) Vent fait se dit lorsque le vent a soufflé assez également pendant quelque tems d’un même côté, & que l’on croit qu’il s’y maintiendra. (Z)

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Étymologie de « fait »

Étymologie de fait - Wiktionnaire

(Adjectif) (Date à préciser) Participe passif adjectivé de faire.
(Nom) (Date à préciser) Du latin factum (« fait, action »), participe passé de facere (« faire »).
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Phonétique du mot « fait »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fait play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « fait »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « fait »

  • Un match de football sauvage entre jeunes de Versailles et de Guyancourt (Yvelines) s'est mal terminé. A la fin de la partie vers 22h00 ce jeudi, pour des raisons encore inconnues, une bagarre entre 200 jeunes éclate et fait cinq blessés. Deux personnes sont en garde à vue. France Bleu, Yvelines : un match de football sauvage dégénère en bagarre qui fait cinq blessés
  • L'international kosovar Valon Berisha, sous contrat depuis 2018 avec la Lazio Rome s'est engagé pour quatre ans avec le Stade de Reims, a annoncé sur son site le club champenois tard jeudi soir. Ce milieu offensif expérimenté, âgé de 27 ans, rejoint au Stade de Reims son compatriote Arber Zeneli. Berisha, né en Suède et formé en Norvège, a fait ses armes au Red Bull Salzbourg (D1 autrichienne) avec qui il a remporté quatre coupes nationales et cinq titres de champion entre 2012 et 2018, marquant au passage 45 buts en 233 matches. Il vient rebondir en Champagne après une expérience décevante à la Lazio Rome, où il s'était engagé en juillet 2018, pour cinq ans. Sport24, Mercato : on fait le point à la mi-journée - Fil Info - Transferts - Football
  • Celui qui a créé la boutique avec sa conjointe Anne-Hélène Marquet a découvert le donut lors de ses nombreux séjours à l’étranger. Lorsqu’elle travaillait dans un coffee shop en Australie, celle qui est devenue la mère de ses deux enfants lui a fait découvrir le goût du donut. « Au Canada, je passais tous les jours en prendre un chez Krispy Kreme ou Dunkin’Donuts avant d’aller au boulot. C’était comme un rituel ». Le gourmand craque alors pour le fondant des donuts made in America fabriqués par ces mastodontes du beignet troué. Mais en France, on ne les trouve pas. , Rennes : Denise’s Donuts, l’adresse gourmande qui a fait son trou
  • Si on crée un site dégagé avec un tracé pré-définit pour aller un peu plus vite, alors on ne fait que reproduire un concept qui s’appelle le train ou le tram et qui existe depuis 150 ans, version sans chauffeur… , Navya fait rouler sa navette autonome sans conducteur sur site fermé - Les Numériques
  • L’utilisateur mélomane aura aussi trois effets à appliquer ainsi que des contrôles pour modifier l’attaque d’un morceau et son pitch, et pour changer le nombre de « tranches » dans le mode Slicer. Après avoir essayé durant quelques minutes, ce logiciel donne effectivement une autre dimension à la Touch Bar, mais attention : Samplr n’est pas signé et il fait rudement chauffer mon MacBook Pro (un 13 pouces entrée de gamme). MacGeneration, Samplr fait du bruit avec la Touch Bar | MacGeneration
  • L’élection de l’Irlandais Donohoe à l’Eurogroupe, une défaite pour la France et l’Allemagne Le Monde.fr, En Afrique du Sud, la crise sanitaire fait chuter l’activité industrielle
  • Qui souffre mal fait souffrir. De Christian Chabanis
  • L’occasion fait le larron. De Proverbe français
  • Le hasard fait bien les choses. Quand il les fait. De Jean-Claude Carrière / Détails de ce monde
  • Le sort fait les parents, le choix fait les amis. De Jacques Delille / Malheur et pitié
  • Ce que sage fait est tenu bien fait. De Proverbe du XVème siècle
  • Bien dire fait rire, bien faire fait taire. De André Dacier
  • Dieu fait bien ce qu'il fait. De Jean de La Fontaine
  • On fait son public comme on fait sa troupe. De Charles Dullin
  • Le malheur fait maigrir. De Frédéric Beigbeder / L’Amour dure trois ans
  • Quiconque pense fait penser. De Voltaire / Fragments sur l'histoire
  • Trop penser fait rêver. De Proverbe français
  • L’espoir fait vivre. De Proverbe français
  • La manière fait tout. De Proverbe français
  • Suffisance fait richesse Et convoitise fait pauvresse. De Proverbe français
  • Plus de faits et moins d'art. William Shakespeare, Hamlet, II, 2, la reine
  • Les faits ne cessent pas d'exister parce qu'on les ignore. Aldous Huxley, A Note on Dogma
  • Les petits faits inexpliqués contiennent toujours de quoi renverser toutes les explications des grands faits. Paul Valéry, Choses tues, Gallimard
  • Le seul remède à la folie, c'est l'innocence des faits. Jacques Rivière, Correspondance, à Antonin Artaud, 25 mars 1924 , Gallimard
  • Il serait bien affreux que tout fait imbécile méritât commentaire, exégèse subtile. Raymond Queneau, Le Chien à la mandoline, Gallimard
  • Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances […]. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann , Gallimard
  • […] Un même fait porte des rameaux opposés et le malheur qu'il engendre annule le bonheur qu'il avait causé […]. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, À l'ombre des jeunes filles en fleurs , Gallimard
  • Une accumulation de faits n'est pas plus une science qu'un tas de pierres n'est une maison. Henri Poincaré, La Science et l'hypothèse, Flammarion
  • Les mots sont plus mystérieux que les faits. Pierre Dumarchais, dit Pierre Mac Orlan, La Petite Cloche de Sorbonne, Gallimard
  • Assurons-nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause. Bernard Le Bovier de Fontenelle, Histoire des oracles
  • Tout arrive par les idées ; elles produisent les faits, qui ne leur servent que d'enveloppe. François René, vicomte de Chateaubriand, Histoire de France
  • Rassemblons des faits pour nous donner des idées. Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, Histoire naturelle, De l'homme
  • Un fait n'est rien par lui-même, il ne vaut que par l'idée qui s'y rattache ou par la preuve qu'il fournit. Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale

Images d'illustration du mot « fait »

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Traductions du mot « fait »

Langue Traduction
Corse fatti
Basque izan
Japonais 事実
Russe факт
Portugais facto
Arabe حقيقة
Chinois 事实
Allemand tatsache
Italien fatto
Espagnol hecho
Anglais fact
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Synonymes de « fait »

Source : synonymes de fait sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fait »



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