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Condamnation

Définitions du mot « condamnation »

Trésor de la Langue Française informatisé

CONDAMNATION, subst. fém.

A.− Action de condamner, jugement qui condamne.
1. Décision de justice, jugement qui condamne quelqu'un à une peine. Infliger, prononcer une condamnation contre qqn; subir, encourir une condamnation; condamnation à mort, à la prison; motifs de condamnation. Synon. arrêt, jugement, sentence. Anton. acquittement, grâce, réhabilitation.Une condamnation emportant peine afflictive ou infamante (Code civil,1804, art. 221, p. 41).Le récit de la condamnation de Jésus (Bloy, Journal,1903, p. 177).Condamnation à cinq ans de prison sans sursis (Gide, Journal,1930, p. 1017):
1. Une demi-heure plus tard, le jury rentrait. L'accusé était reconnu coupable d'assassinat prémédité, sans circonstances atténuantes. L'avocat général requérait l'application de la loi. La condamnation à mort était prononcée. P. Bourget, Nos actes nous suivent,1926, p. 104.
Loc. diverses
Signer sa condamnation. P. métaph. :
2. Ces paris sur structure neuve, ou bien la science déclare qu'elle n'a rien à dire sur eux − elle signe alors sa condamnation; ou bien elle prétend les saisir et s'oblige à construire des outils appropriés. Perroux, L'Écon. du XXes.,1964, p. 297.
Interjeter appel de sa condamnation. Anton. accepter, subir condamnation.La ballade dans laquelle il [Villon] se félicite d'avoir fort à propos interjeté appel de sa condamnation (Sainte-Beuve, Tabl. hist. et crit. de la poésie fr. et du théâtre fr. au XVIes.,1828, p. 13).
Passer condamnation (au fig.). Avouer qu'on a tort, abandonner la discussion, céder. Elle eût voulu se faire tambour-major, que j'eusse passé condamnation sur ce goût dépravé (Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 207).Je reconnais que j'ai eu tort d'imaginer qu'un gentilhomme consentirait à s'occuper comme un homme, et je passe condamnation (É. Augier, Le Gendre de M. Poirier,1854, p. 279).
[En style judiciaire] Condamnation en, constr. arch. pour condamnation à. Condamnation en vingt années de fers (Stendhal, La Chartreuse de Parme,1839, p. 286).
SYNT. Être frappé d'une condamnation; aggraver, annuler, casser, commuer, éviter, réduire une condamnation; procès, jugement de condamnation; une condamnation sans appel, sans recours, pour vol, pour meurtre, définitive, irrévocable, capitale, civile, politique, judiciaire, pénale, pécuniaire, dure, sévère, implicite, explicite, illégale, injuste.
Spéc. [En parlant du Jugement dernier] Damnation. Anton. salut.Condamnation éternelle (Musset, Lorenzaccio,1834, V, 7, p. 268).La phrase de saint Paul sur celui qui mange et boit sa propre condamnation (Green, Moïra,1950, p. 125).Mort et condamnation! (La Martelière, Robert, chef de brigands,1793, III, 8, p. 37).
2. P. méton. La peine à laquelle est condamné le coupable. Déterminer le montant d'une condamnation. Quasi-synon. punition, sanction.C'était deux mille livres qu'il en coûterait à Mr Fogg, s'il ne purgeait pas sa condamnation (Verne, Le Tour du monde en 80 jours,1873, p. 82).
3. P. anal. Condamnation d'un malade. Diagnostic par lequel les médecins déclarent que sa maladie est mortelle. « Je crois vraiment que je suis guéri »; et c'était la veille que le médecin avait prononcé ma condamnation! (M. de Guérin, Correspondance,1837, p. 323).
4. P. ext. et au fig. Condamnation à.Obligation à (faire ou subir quelque chose). C'était le drame de sa vie intime que cette inaptitude au contact, cette condamnation à demeurer incommunicable! (R. Martin du Gard, Les Thibault,Épilogue, 1940, p. 880).
B.− Action de frapper d'une sanction sévère.
1. Action d'interdire formellement (une doctrine, une hérésie, un acte, une opinion, un principe, etc.) en tant que contraire à la morale ou à la religion. Une condamnation expresse. Synon. anathémisation, prohibition, interdit, censure.La condamnation des cinq propositions de Jansénius, par Innocent X (Lamennais, De la Religion,1826, p. 167).Depuis sa condamnation par le pape, l'Action française avait disparu de la Belle Angerie (H. Bazin, Vipère au poing,1948, p. 111):
3. Deux soucis essentiels inspirent en fait l'Église : respect de la vie, respect de la nature. Par suite, condamnation de l'avortement, de la contraception et de la stérilisation (concile de Nicée) et, bien entendu, de l'infanticide. Hist. de la sc.,1957, p. 1601.
2. Action de blâmer vigoureusement, de réprouver énergiquement quelqu'un ou quelque chose. Synon. blâme, critique, réprobation. Anton. apologie, louange.
a) [Le suj. désigne une pers.] Porter une sévère condamnation contre qqn; une condamnation méprisante. Asserme se sentit perdu. Il lisait sa condamnation sur ce visage glacial (De Vogüé, Les Morts qui parlent,1899, p. 317):
4. ... ma grand'tante qui, sachant que ma grand'mère n'était jamais du même avis qu'elle, et n'étant pas bien sûre que ce fût à elle-même que nous donnions toujours raison, voulait nous arracher une condamnation en bloc des opinions de ma grand'mère contre lesquelles elle tâchait de nous solidariser de force avec les siennes. Proust, Du côté de chez Swann,1913, p. 22.
b) [Le suj. désigne une chose] Fait, écrit, acte qui sert de preuve accablante.
contre le comportement de quelqu'un ou p. méton., contre quelqu'un. Que l'exemple de sa conversion porte condamnation contre les mauvaises mœurs (Billy, Introïbo,1939, p. 146).
contre quelque chose :
5. C'est en s'opposant à toute psychologie et en utilisant la rationalité des types idéaux que se constitue la « sociologie compréhensive ». Elle ne vise à rien autre qu'à fixer de façon univoque le sens des concepts historiques. Mais ce voisinage est aussi sa condamnation. J. Vuillemin, L'Être et le travail,1949, p. 103.
3. Rare. Condamnation d'une porte, d'une fenêtre (cf. condamner II C).
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃dɑnasjɔ ̃] ou [kɔ ̃da-]. Pour [a] ant. ou [ɑ] post. et pour la non-prononc. de m, cf. condamner. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. xiiies. condempnation « jugement, sentence » (Cout. d'Artois, 153 ds Delb. Notes [ms. déposé à la Sorbonne] : Et est sentence deffinitive, qui determine principale question, et doit contenir absolution ou condempnation, ou autrement ne vaut riens); 1536, 30 août condamnation (Edit de Fr. Iersur la just. dans le duché de Bret. ds Gdf., s.v. condeau); en partic. a) 1525 en parlant de Dieu (Evang. selon saint Jean, V, 24, Nouv. Testam., éd. Lefebre d'Etaples ds Littré); b) 1862, sept. en parlant d'un malade (E. et J. de Goncourt, Journal, p. 134); 1474 condempnacion « amende » (Lettres de Louis XI, éd. von Vaësen et Charavay, t. 5, p. 275 ds Bartzsch p. 83); 2. 1541 « blâme, réprobation » (Calvin, Instit., II, p. 68 ds Hug.); 1688 « acte, fait, écrit portant témoignage contre » (Boss., Var. X ds Rob.); 3. 1961 « dispositif permettant de bloquer une serrure » (Lar. encyclop.). Empr. au lat. class. condemnatio « sentence, peine »; b. lat. condemnatio pecuniaria « peine pécuniaire »; fig. « repréhension, blâme » en b. lat. Fréq. abs. littér. : 956. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 240, b) 1 095; xxe: a) 1 979, b) 1 229. Bbg. Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 378.

Wiktionnaire

Nom commun

condamnation \kɔ̃.dɑ.na.sjɔ̃\ ou \kɔ̃.dɑ.nɑ.sjɔ̃\ ou \kɔ̃.da.na.sjɔ̃\ féminin

  1. Action de condamner ; jugement qui condamne, ou par lequel on est condamné.
    • […] l’affaire Dreyfus nous a montré que l’immense majorité des officiers et des prêtres concevait toujours la justice à la manière de l’Ancien Régime et trouvait toute naturelle une condamnation pour raison d’État. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, chap. III, Les Préjugés contre la violence, 1908, p. 143)
    • Il y a eu condamnation contre lui.
    • Prononcer condamnation.
    • Condamnation à une peine infamante, par défaut.
    • La morale ? « Le jugement et la condamnation morale sont un mode de vengeance favori chez les intelligences bornées à l’égard des intelligences qui le sont moins.» — (Philippe Sollers, Éloge de l’infini, Gallimard, p. 405)
  2. Passer condamnation : Consentir que la partie adverse obtienne jugement à son avantage.
    1. (Figuré) Avouer qu’on a tort.
      • Je passe condamnation.
  3. Accepter, subir condamnation : Subir, sans interjeter appel, la peine à laquelle on a été condamné.
    • Condamnation par contumace.
  4. (Figuré) Pour signifier que quelqu’un ou quelque chose est digne de blâme.
    • La condamnation des abus.
    • La conduite de ce ministre est la condamnation de celle qu’ont tenue ses prédécesseurs.
  5. Chose même à laquelle on est condamné, comme une somme d’argent, des dommages et intérêts.
    • Faire, subir sa condamnation.
    • Payer le montant des condamnations.
    • Acquitter le montant des condamnations.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CONDAMNATION. n. f.
Action de condamner ; jugement qui condamne, ou par lequel on est condamné. Il y a eu condamnation contre lui. Prononcer condamnation. Condamnation à une peine infamante. Condamnation par défaut. Passer condamnation, Consentir que la partie adverse obtienne jugement à son avantage. Il signifie figurément Avouer qu'on a tort. Je passe condamnation. Accepter, subir condamnation, Subir, sans interjeter appel, la peine à laquelle on a été condamné. Il s'emploie au figuré pour signifier que Quelqu'un ou quelque chose est digne de blâme. La condamnation des abus. La conduite de ce ministre est la condamnation de celle qu'ont tenue ses prédécesseurs. Il se dit quelquefois des Choses mêmes auxquelles on est condamné, comme une somme d'argent, des dommages et intérêts. Faire, subir sa condamnation. Spécialement, au pluriel. Payer le montant des condamnations. Acquitter le montant des condamnations.

Littré (1872-1877)

CONDAMNATION (kon-da-na-sion ; en poésie, de cinq syllabes) s. f.
  • 1Action de condamner ; jugement qui condamne. Il y a eu condamnation contre lui. Condamnation à l'amende, aux travaux forcés. Condamnation contradictoire.

    La chose à laquelle on est condamné. Condamnation solidaire.

    La peine infligée. Subir sa condamnation.

    Au plur. Les condamnations, amende, dommages-intérêts, réparations, frais, etc. résultant du jugement. Acquitter les condamnations.

    Passer condamnation, consentir que la partie adverse obtienne jugement à son avantage.

    Subir condamnation, acquiescer à un jugement dont on pourrait interjeter appel.

    Fig. Passer condamnation, reconnaître qu'on a eu tort. Il a peur qu'on ne croie qu'il ait passé condamnation sur les livres de Mme Guyon, Bossuet, Relat. Ce ministre passe condamnation pour Luther et pour Mélanchthon, Bossuet, Avert. 2. Passez donc condamnation sur le fait, Bossuet, Avert. 4. Il est prêt à passer condamnation pour prévenir l'arrêt du juge, Bossuet, Pén. 1.

    Dans le même sens, prendre condamnation. Il fait sentir la supériorité qu'il a ; je la lui passe tout entière, et je prends condamnation, Montesquieu, Lett. pers. 74.

  • 2Blâme. Notre amour-propre souffre plus patiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions.
  • 3Ce qui fait improuver, blâmer. La conduite de ce ministre est la condamnation de celle qu'ont tenue ses prédécesseurs. Ils auraient porté avec eux leur condamnation, Bossuet, Hist. II, 13. Il a mangé et bu sa condamnation [en communiant], Massillon, Car. Comm.

HISTORIQUE

XVIe s. Il faut que moi et eux passions condamnation sitost que Dieu a parlé, Calvin, 221. Nous avons esté rachetez de condamnation de mort, Calvin, Instit. 624.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CONDAMNATION. Ajoutez : - REM. Malherbe a écrit condemnation : La condemnation de la malice universelle du monde, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

HISTORIQUE

XVIe s. Ajoutez : En verité, en verité, je vous dis que qui oit ma parolle et croit à celluy qui m'a envoyé, il a vie eternelle et ne vient point en condemnation, Évang. selon saint Jean, V, 24, Nouv. Testam. éd. Lefebre d'Étaples, Paris, 1525. Il [l'evesque] ne soit point novice, affin que par elevation d'orgueil ne cheie en la condemnation du diable, I Tim. III, 6.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* CONDAMNATION. (Hist. anc.) c’étoit une action du preteur qui, après avoir vû sur les tablettes des juges, quelles étoient leurs opinions, se dépouilloit de sa prétexte, & disoit, videtur fecisse ; ou, non jure videtur fecisse. Les juges qui devoient déterminer le preteur, lorsqu’ils croyoient l’accusé coupable, ne mettoient qu’un C. sur leurs tablettes, ce qui signifioit condemno ; le preteur étoit obligé d’énoncer le crime & la punition ; par exemple, videtur vim fecisse, atque eo nomine aquæ & igni, illi interdico. On appelloit aussi condamnation ce qu’on faisoit payer au coupable. Voyez l’article suivant. La condamnation des édifices, condemnatio ædium, consistoit à détruire la maison du coupable, après lui avoir ôté la vie.

CONDAMNATION, (Jurisprud.) est un jugement qui condamne quelqu’un à faire, donner, ou payer quelque chose, où qui le déclare déchû de ses prétentions.

Passer condamnation, c’est se désister de sa demande.

Subir sa condamnation, signifie être condamné, quelquefois c’est acquiescer au jugement, quelquefois c’est subir la peine portée par le jugement ; c’est en ce dernier sens qu’on l’entend ordinairement en matiere criminelle.

On entend quelquefois aussi par le terme de condamnations, les choses même ausquelles la partie est condamnée, telles qu’une somme d’argent, les interêts & frais. C’est en ce sens que l’on dit, offrir & payer le montant des condamnations, acquitter les condamnations.

C’est un axiome commun, qu’on ne condamne personne sans l’entendre, c’est-à-dire, sans l’avoir entendu, ou du moins sans l’avoir mis en demeure de venir se défendre ; car en matiere civile on donne défaut contre les défaillans, & en matiere criminelle il y a des défauts & jugemens par contumace contre ceux qui ne se presentent pas ; on peut même condamner un accusé absent à une peine capitale s’il y a lieu, en quoi notre usage est different de celui des Romains, dont les loix défendoient expressément de condamner les absens accusés de crime capital. l. 1. cod. de requir. reis. l. 1. ff. eod. l. 6. c. de accus. & l. 5. ff. de pœnis. Ce qui étoit autrefois observé en France, comme il paroît par les capitulaires de Charlemagne, lib. VII. cap. 202. & 354. mais depuis l’usage a changé.

Toute condamnation est donc précedée d’une instruction, & l’on ne doit prononcer aucune condamnation même contre un défaillant ou contumace, qu’il n’y ait des preuves suffisantes contre lui ; & dans le doute en matiere criminelle, il vaut mieux absoudre un coupable que de condamner un homme qui peut être innocent.

On prononce néanmoins quelquefois en Angleterre une condamnation sans formalité & sans preuve juridique ; mais cela ne se fait qu’en parlement, & pour crime de haute trahison, que nous appellons ici de lese-majesté ; il faut même que le cas soit pressant, & qu’il y ait des considérations importantes pour en user ainsi, car c’est l’exercice le plus redoutable de l’autorité souveraine : par exemple, si les preuves juridiques manquent, quoiqu’il y ait d’ailleurs des preuves moralement certaines ; ou bien lorsque l’on veut éviter un conflit entre les deux chambres, ou si l’on ne veut pas apprendre au public certains secrets d’état, &c. dans tous ces cas sans témoins oüis, sans interrogatoire, on déclare cet homme atteint & convaincu du crime : l’acte qui contient cette déclaration & condamnation, s’appelle un atteinder. Voyez la seconde suite des réflex. pour la maison d’Hanovre ; à Lancastre, 1746.

Il n’y a que les juges qui puissent prononcer une condamnation proprement dite, car c’est improprement que l’on dit qu’un homme a été condamné par les avocats qu’il a consulté, les avocats ne donnant qu’un avis par lequel ils approuvent ou improuvent ce qui leur est exposé ; mais des arbitres choisis par un compromis peuvent condamner de même que des juges ordinaires.

En Bretagne & dans quelques autres provinces, les notaires se servent du terme de condamnation, pour obliger ceux qui contractent devant eux : après la reconnoissance ou promesse de la partie, le notaire ajoute ces mots, dont nous l’avons jugé & condamné ; ce qui vient de ce qu’autrefois tous les actes publics étoient rédigés sous les yeux du juge par les notaires qui faisoient en même tems les fonctions de greffiers ; c’est pourquoi les actes passés devant notaires sont encore intitulés du nom du juge ; les notaires sont même appellés juges chartulaires, & ont une jurisdiction volontaire sur les contractans ; ce qui a encore pû leur donner lieu de se servir du terme condamner.

Tout juge qui a pouvoir de condamner quelqu’un, a aussi le pouvoir de le décharger ou absoudre de la demande ou accusation formée contre lui.

On présume toujours que la condamnation est juste, jusqu’à ce qu’elle soit anéantie par les voies de droit, & par un juge supérieur.

Les condamnations portées par des jugemens rendus à l’audience, sont prononcées à haute voix aux parties, ou à leurs avocats & procureurs. A l’égard des affaires qui se jugent à la chambre du conseil, il faut distinguer les affaires civiles & les affaires criminelles.

Dans les affaires civiles, autrefois on devoit prononcer les jugemens aux parties aussi-tôt qu’ils étoient mis au greffe, à peine de nullité, même sans attendre le jour ordinaire des prononciations, si l’une des parties le requéroit ; cette formalité a été abrogée comme inutile par l’ordonnance de 1667.

Dans les affaires criminelles on prononce le jugement aux accusés qui sont présens, & les condamnations à peine afflictive doivent être exécutées le même jour.

L’accusé doit tenir prison jusqu’à ce qu’il ait payé les condamnations pécuniaires, soit envers le Roi, ou envers la partie civile.

Les condamnations sont ordinairement personnelles ; cependant en matiere de délits, les peres sont responsables civilement des faits de leurs enfans étant en leur puissance ; les maîtres, des faits de leurs domestiques, en l’emploi dont ils les ont chargés.

Il y a même quelques exemples en matiere criminelle, que la peine a été étendue sur les enfans du condamné, & sur toute sa posterité, en les dégradant de noblesse ou autrement ; ce qui ne se pratique que dans des cas très-graves, comme pour crime de lese-majesté. Du tems de Louis XI. lorsque Jacques d’Armagnac duc de Nemours eut la tête tranchée le 4 Août 1477 aux Halles, on mit de l’ordre du Roi les deux enfans du coupable sous l’échafaud, afin que le sang de leur pere coulât sur eux.

Les condamnations à quelque peine qui emporte mort naturelle ou civile, n’ont leur effet pour la mort civile, que du jour qu’elles sont exécutées réellement si l’accusé est présent ; ou s’il est absent, il faut qu’elles soient exécutées par effigie s’il y a peine de mort, ou par l’apposition d’un tableau seulement si c’est quelqu’autre peine afflictive qui n’emporte pas mort naturelle.

Mais les condamnations à mort naturelle ou civile annullent le testament du condamné, quoique antérieur à sa condamnation ; parce que pour tester valablement, il faut que le testateur ait les droits de cité au tems du décès.

Les lettres de grace empêchent bien l’exécution de la sentence, quant à la peine afflictive, mais elles ne détruisent pas la condamnation ni la flétrissure qui en résulte ; il n’y a qu’un jugement portant absolution, ou bien des lettres d’innocentation, qui effacent entierement la tache des condamnations.

Lorsque les condamnations sont pour délit militaire, & prononcées par le conseil de guerre, elles n’emportent point de mort civile, ni de confiscation, ni même d’infamie. Voyez ci-devant Arrêt, & ci-après Condamné, Jugement, Sentence, Peine.

Condamnation consulaire, est celle qui est portée par une sentence des consuls, & qui emporte la contrainte par corps. Voyez Consuls & Contrainte par corps.

Condamnation contradictoire, est celle qui est prononcée contre un défendeur, qui a été oüi par lui ou par son avocat ou procureur, ou en matiere criminelle contre un accusé présent.

Condamnation par contumace, est celle qui est prononcée contre un accusé absent. Voyez Contumace.

Condamnation par corps, est celle qui emporte la contrainte par corps, telles que celles qui sont prononcées en matiere civile contre les fermiers des biens de campagne, lorsqu’ils s’y sont soumis par leurs baux ; en matiere de stellionat, pour dépens montans à 200 livres & au-dessus, pour dettes entre marchands, & en matiere criminelle pour les intérêts & réparations civiles.

Condamnation flétrissante, est celle qui imprime quelque tache au condamne, quoiqu’elle ne lui ôte pas la vie civile, & même qu’elle n’emporte pas infamie, comme lorsqu’un homme est admonesté.

Condamnation infamante, est celle qui prive le condamné de l’honneur qui fait une partie de la vie civile ; toutes les condamnations à peine afflictive sont infamantes. Voyez Infamie.

Condamnation ad omnia citra mortem, c’est lorsque quelqu’un est condamné au foüet, à être marqué & aux galeres.

Condamnation pécuniaire, est celle qui ordonne de payer quelque somme d’argent, comme une amende, une aumône, des intérêts civils, des dommages & intérêts, des réparations civiles ; ce terme est principalement usité en matiere criminelle pour distinguer ces sortes de condamnations de celles qui tendent à peine afflictive.

Condamnation a peine afflictive. Voyez Peine afflictive.

Condamnation solidaire, est celle qui s’exécute solidairement contre plusieurs condamnés, comme pour dette contractée solidairement, ou pour dépens en matiere criminelle. (A)

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Étymologie de « condamnation »

Provenç. condemnacion, conaempnation ; espagn. condenacion ; ital. condennazione ; du latin condemnationem, de condemnare, condamner.

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(Date à préciser) Du latin classique condemnatio (« sentence, peine »).
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Phonétique du mot « condamnation »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
condamnation kɔ̃danasjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « condamnation »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « condamnation »

  • Le jugement implique aussi la condamnation du juge. De Louis Scutenaire / Mes inscriptions II
  • Ce serait beau, l’honnêteté d'un avocat qui demanderait la condamnation de son client. De Jules Renard
  • Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • Certains jours, quelle condamnation pour les hommes de vivre les uns avec les autres.... De Marie-Claire Blais / Un joualonais, sa joualonie
  • L'innocent n'est pas celui qui n'est pas condamné, c'est celui qui ne porte pas condamnation. De Jean Giraudoux / Littérature
  • La morale commence là où aucune punition n'est possible, là où aucune répression n'est efficace, là où aucune condamnation, en tout cas extérieure, n'est nécessaire. De André Comte-Sponville / Pensées sur la morale
  • Nous vivons en un temps où, Dieu merci, une condamnation à mort ne déshonore plus personne. Henry Millon de Montherlant, Malatesta, II, 4, Malatesta , Gallimard
  • Deux acquittements valent une condamnation. De Alfred Capus / Les Pensées
  • Mieux vaut condamnation de médecin que de juge. De Proverbe français
  • Le mariage est une condamnation de drap commun. De Alexandre Breffort
  • La condamnation du racisme, la protection des minorités, l'assistance aux réfugiés, la mobilisation de la solidarité internationale envers les plus nécessiteux, ne sont que des applications cohérentes du principe de la citoyenneté mondiale. De Jean-Paul II / Message de Jean-Paul II pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2005.
  • On quitte vite les amis, en fin de compte, c'est moins vrai des femmes que l'on aime. Le plus dur reste la famille, mais, là encore, être rapide est la solution. Sinon, condamnation à perpétuité. De Nicolas Idier / La musique des pierres
  • L’ancien premier ministre et son épouse font appel de cette condamnation, ont fait savoir, dans la foulée du jugement, leurs avocats. « Cette décision, qui n’est pas juste, va être frappée d’appel (…), il y aura un nouveau procès », a ainsi annoncé devant la presse Antonin Lévy, conseil de M. Fillon. L’avocat de Penelope Fillon, Pierre Cornut-Gentille, a, lui, dénoncé une peine « sévère ». Le Monde.fr, Emplois fictifs : François Fillon jugé coupable et condamné à cinq ans de prison, dont deux ferme
  • Il a été jugé coupable de neuf cambriolages et d’une tentative de vol avec effraction, le tout commis en état de récidive légale. Le tribunal a assorti la condamnation d’un maintien en détention et d’une interdiction du territoire français à titre définitif. www.leberry.fr, Auteur de neuf cambriolages, il a été condamné à trois ans de prison ferme - Bourges (18000)

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Traductions du mot « condamnation »

Langue Traduction
Anglais conviction
Espagnol convicción
Italien convinzione
Allemand überzeugung
Chinois 定罪
Arabe قناعة
Portugais convicção
Russe убеждение
Japonais 信念
Basque convicción
Corse cunvinzione
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Synonymes de « condamnation »

Source : synonymes de condamnation sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « condamnation »

Condamnation

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