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Angoisse

Définitions du mot « angoisse »

Trésor de la Langue Française informatisé

ANGOISSE, subst. fém.

A.−
1. Vieilli. Sensation de resserrement, douleur physique localisée :
1. La diète n'a pas une moindre influence sur le sommeil et sur les rêves. Celui qui a besoin de manger ne peut pas dormir; les angoisses de son estomac le tiennent dans un réveil douloureux, et si la faiblesse et l'épuisement le forcent à s'assoupir, ce sommeil est léger, inquiet et interrompu. Brillat-Savarin, Physiol. du goût,1825, p. 214.
2. − Qu'as-tu? Qu'as-tu? lui disais-je, où souffres-tu? − Là, me répondit-elle d'une voix étranglée par la douleur, en portant la main à la région précordiale, j'éprouve là une angoisse inexprimable! Son pouls battait avec violence; des convulsions la secouaient tout entière. Du Camp, Mémoires d'un suicidé,1853, p. 193.
2. Loc. [P. réf. à la sensation de resserrement] Poire d'angoisse.
a) Poire d'un goût très âpre, qu'on a peine à avaler.
Au fig., vx et littér. Mauvais traitements, mortifications, vifs déplaisirs, grands chagrins :
3. Les ennuis commencent : moires de sueur, siphons glacés, bâillements, morves, larmes, poire d'angoisse, nœud au plexus solaire. Cocteau, Poésie crit. 2,Monologues, 1960, p. 38.
Fam. Avaler des poires d'angoisse.
b) Vx. ,,La poire d'angoisse était une sorte de bâillon dont le centre était composé d'une poche de cuir remplie de son, qu'on pouvait mâcher à loisir sans pouvoir rendre au dehors aucune articulation sensible.`` (Nerval, Les Illuminés, 1852, p. 51).
Rem. Une déf. plus cour. présente la poire d'angoisse comme un instrument en fer dont se servaient autrefois les voleurs pour bâillonner quelqu'un, et qui, introduit dans la bouche, s'ouvrait au moyen d'un ressort, se développait en forme de poire, et étouffait complètement les cris du supplicié.
Au fig. :
4. Si la progression des soviets et l'action de leurs agents faisaient subir à certains gouvernements réfugiés le supplice de la poire d'angoisse, par contre le président Benès et ses ministres affectaient de s'en inquiéter peu pour la Tchécoslovaquie. De Gaulle, Mémoires de guerre,L'Unité, 1956, p. 203.
3. P. ext., littér., gén. au plur. Toute souffrance physique très violente :
5. Elle ressemblait ainsi à un criminel dans les angoisses de la question. Balzac, La Muse du département,1844, p. 129.
6. Nuit exécrable, malgré le soporifique nouveau que j'avais pris (recommandé par Berthelot). J'y ai même ajouté du gardénal, voyant que le « sédormid » n'obtenait rien. Gênes et angoisses respiratoires. Me suis relevé peut-être douze fois, ivre, chancelant, excédé... Gide, Carnets d'Égypte,1939, p. 1064.
Les dernières angoisses. L'agonie :
7. Après tant de souffrances aiguës, il [mon mari] mourut presque doucement (...) M. d'Eblis (...) était venu l'assister dans ses angoisses suprêmes... O. Feuillet, Le Journal d'une femme,1878, p. 239.
B.− Lang. cour. Inquiétude intense, liée à une situation d'attente, de doute, de solitude et qui fait pressentir des malheurs ou des souffrances graves devant lesquels on se sent impuissant. Anton. sérénité, quiétude :
8. Ce n'était plus l'apaisement du baiser de ma mère à Combray que j'éprouvais auprès d'Albertine, ces soirs-là, mais, au contraire, l'angoisse de ceux où ma mère me disait à peine bonsoir, ou même ne montait pas dans ma chambre, soit qu'elle fût fâchée contre moi ou retenue par des invités. Proust, La Prisonnière,1922, p. 111.
9. Il [Amiel] est souvent un peu ridicule, et quelquefois touchant à force de sincérité. C'est sa lourdeur qu'il est difficile d'accepter, mais de temps à autre, on a l'impression qu'il a ressenti l'angoisse de vivre, l'inquiétude de se sentir seul dans un univers incompréhensible; et c'est ce qui réhabilite ce sentencieux personnage. Green, Journal,1941, p. 147.
10. L'angoisse est due à la perte d'une identité véritable. Si j'attends un message dont dépend mon bonheur ou mon désespoir, je suis comme rejeté dans le néant. Tant que l'incertitude me tient en suspens, mes sentiments et mes attitudes ne sont plus qu'un déguisement provisoire. Le temps cesse de fonder, seconde par seconde, comme il bâtit l'arbre, le personnage véritable qui m'habitera dans une heure. Ce moi inconnu marche à ma rencontre, de l'extérieur, comme un fantôme. Alors j'éprouve une sensation d'angoisse. Saint-Exupéry, Pilote de guerre,1942, p. 281.
11. Une personne que j'aime m'a dit qu'elle avait grand-peine à s'endormir, à cause de l'angoisse qui l'étreint lorsqu'elle a éteint la lumière. C'est l'angoisse de la solitude, la peur de s'en aller dans la nuit. Green, Journal,Le Bel aujourd'hui, 1955-1958, p. 272.
SYNT. Une angoisse mortelle; une grande angoisse; une angoisse profonde, horrible, affreuse; une angoisse inexprimable, indicible; une angoisse sourde; une vague angoisse; une légère angoisse; un moment, des jours, des heures, des minutes d'angoisse; un sentiment, une sensation d'angoisse; un regard d'angoisse; être en proie à l'angoisse; attendre, vivre dans l'angoisse; éprouver de l'angoisse; connaître l'angoisse; augmenter, calmer l'angoisse (de qqn); emplir (qqn) d'angoisse; (demander) avec angoisse.
Loc. vieillie. Être à l'eau d'angoisse et au pain de tribulation. ,,Se dit des moines que leurs supérieurs enferment, par punition, dans les cachots, et mettent au pain et à l'eau.`` (Littré) :
12. L'Église reconnut Simone hérétique et la mit, pour salutaire pénitence, au pain de douleur et à l'eau d'angoisse. A. France, Les Contes de Jacques Tournebroche,1908, p. 85.
Rem. Attesté également ds Guérin 1892, Nouv. Lar. ill., DG.
Spéc., PHILOS. (notamment existentialiste). Inquiétude spirituelle et morale en face de l'inconnu de l'existence personnelle et collective :
13. ... qu'entend-on par angoisse? L'existentialiste déclare volontiers que l'homme est angoisse. Cela signifie ceci : l'homme qui s'engage et qui se rend compte qu'il est non seulement celui qu'il choisit d'être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l'humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. Certes, beaucoup de gens ne sont pas anxieux; mais nous prétendons qu'ils se masquent leur angoisse, qu'ils la fuient; ... Sartre, L'Existentialisme est un humanisme,1946, pp. 27-28.
C.− MÉD. Malaise caractérisé par une peur intense accompagnée de sensations de resserrement à la région épigastrique, d'oppression respiratoire et cardiaque, de sueurs, de frissons, ou au contraire d'une sensation de chaleur. Une angoisse nerveuse; un cri d'angoisse :
14. Lorsque sept heures du soir s'approchèrent, les angoisses de Dantès commencèrent véritablement. Sa main, appuyée sur son cœur, essayait d'en comprimer les battements, tandis que de l'autre il essuyait la sueur de son front qui ruisselait le long de ses tempes. De temps en temps des frissons lui couraient par tout le corps et lui serraient le cœur comme dans un étau glacé. Alors il croyait qu'il allait mourir. A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 249.
15. ... huit heures sonnèrent à l'horloge. J'entendis la Sorbonne et le Val-de-Grâce qui répétaient lentement ces huit coups qui m'avaient semblé ne devoir jamais venir. Une angoisse profonde me serrait la gorge, mes artères battaient violemment à mes tempes, mes paupières étaient chaudes, une insupportable chaleur brûlait mes mains desséchées, une émotion puissante me contractait le diaphragme, et, comme disent les malades, je ne pouvais rattraper ma respiration; enfin, pour parler le langage scientifique, le grand nerf pneumogastrique communiquait à tout mon être les inquiétudes qu'il puisait dans mon cerveau. Du Camp, Mémoires d'un suicidé,1853, p. 63.
16. Il reparle de son « taedium vitae », qui devient par instants une souffrance physique, une angoisse nerveuse et musculaire insupportable. Gide, Journal,1923, p. 751.
17. Les troubles physiologiques et psychologiques de l'angoisse constitutionnelle sont à prédominance matinale. Les premiers sont si obsédants qu'on a longtemps voulu expliquer l'angoisse par ses seuls symptômes organiques. Mais chacun d'eux peut se présenter indépendamment de l'angoisse : c'est elle qui les groupe en un tableau psychique significatif. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 233.
SYNT. Une sueur d'angoisse; un frisson d'−; une expression d'−; crier, suer, frissonner d'−; être saisi d'−; être étreint, serré par l'angoisse.
PSYCHOL. Névrose d'angoisse :
18. Cette névrose [la névrose d'angoisse] procède soit par crises, souvent soudaines et raptus, laissant le malade brisé et redoutant la mort subite, la folie, l'abolition de ses moyens d'existence ou de sa vie sociale, soit par périodes prolongées d'hyperémotivité, sans cause extérieure, évoluant souvent vers un état habituel d'inquiétude, sinon d'affolement, avec besoin de protection et d'assistance... Porot1960.
PRONONC. ET ORTH. : [ɑ ̃gwas]. Demi-longueur pour [ɑ ̃] ds Passy 1914. Enq. : /ãgwas/. De Fér. 1768 à Gattel 1841, on indique à la syllabe finale un a d'arrière. Kamm. 1964 relève l'évolution vers [a] ant. (p. 93). Ac. Compl. 1842 mentionne une var. orth. angoesse.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1130-1140 anguisse « oppression, anxiété physique et morale » (Wace, Vie de Ste Marg., 99 ds Gdf. Compl. : Oy parler de Jhesuchrist Et des anguisses qu'il souffrit); 1172-1175 angoisse (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, éd. Förster, 2196 ds T.-L.); Poire d'angoisse : 1. 1184 « variété de poires de qualité » (Geoffroy de Vigeois, Chronique, année 1094, Bouquet, Hist. Gaules, XII, 427 d'apr. Faral ds Mél. Thomas, 1927, p. 149 : His diebus repertum est genus pyri a rustico in agro, cujus fructus vulgo cognominantur Poires d'angoisse. Vicus ejus sic vocitatur et est in Lemovicino); 2. 1461 par calembour « bâillon de fer en forme de poire dont on bloquait les mâchoires des prisonniers » ici par image (Villon, Grand Testament, 740 ds Gdf. Compl. : Dieu mercy et Tacque Thibault Qui tant d'eaue froide m'a fait boire [question par l'eau], Mis en bas lieu, non pas en hault Mengier d'angoisse mainte poire); 1616-1620 (D'Aubigné, Hist. univ., IV, 385 ds Mél. Thomas, p. 153 : Pour ce que ce galand se trouvoit parfois surchargé de prisonniers... il inventa une sorte de cadenas en forme de poires, aussi les appeloit-il poires d'angoisses...; leur aiant fait retirer sous le palais cette machine, avant retirer une clef qui estoit dedans, il en faisoit un tour qui grossissoit le morceau d'un travers de doigt, et par ainsi ne pouvait plus sortir de la bouche que par l'aide de la mesme clef); d'où le goût âpre et détestable prêté à la poire et son emploi fig. manger des poires d'angoisse « souffrir mille maux » : 1536-1540 au propre (Charles Estienne, Seminarium, p. 70, ibid., p. 154 : angustiana sive angustiae pyra, nominantur, vulgo Poires d'angoisse, quod dum eduntur, acerbo et austero quodam sapore ita molesta sunt ut angustiores fauces reddant et plurimum noceant); av. 1544 au fig. (Marot, Chants divers, VII, ibid., p. 153 : De cent couleurs en une heure elle change, En ses repas poires d'angoisse mange Et en son vin de larmes faict meslange). Du lat. angustia, très rarement au sing. av. la Vulgate (6 ex. dep. Salluste ds TLL s.v.), le plus souvent au plur., au sens de « défilé, passage resserré » dep. César, Gall., 1, 11, 1, ibid., 59, 76; au fig. « difficulté, situation critique » (sens plus faible qu'en fr.) ds Cicéron, Quint., 19, ibid., 60, 50. − Poire d'angoisse : 1 (poire de qualité), de Angoisse, canton de La Nouaïlle, Dordogne, Faral, loc. cit.; voir aussi Roques ds Romania t. 53, p. 409; 2 par jeu de mot sur le mot angoisse, d'où poire d'angoisse devenu au propre la dénomination d'une poire âpre, et au fig. synon. de difficulté, malheur.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 5 057. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 019, b) 6 207; xxes. : a) 8 573, b) 10 448.
BBG. − Bach.-Dez. 1882. − Bastin 1970. − Bertr.-Lapie 1970. − Bouillet 1859. − Canada 1930 (s.v. angoêsse). − Chesn. 1857. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 6. − Foulq.-St-Jean 1962. − Garnier-Del. 1961 [1958]. − Guizot 1864. − Julia 1964. − Lacr. 1963. − Laf. 1878. − Lafon 1969. − Lal. 1968. − Lapl.-Pont. 1967. − Lar. méd. 1970. − Le Roux 1752. − Littré-Robin 1865. − March. 1970. − Méd. 1966. − Méd. Biol. t. 1 1970. − Moor 1966. − Mucch. Psychol. 1969. − Noter-Léc. 1912. − Nysten 1824. − Piéron 1963. − Pierreh. 1926. − Pomm. 1969. − Pope 1961 [1952] § 184, 315, 1083 N, 1161 N, 1188 N, 1226 N. − Porot 1960. − Psychol. 1969. − Sexol. 1970. − Sill. 1965. − Théol. bibl. 1970.

Wiktionnaire

Nom commun

angoisse \ɑ̃.ɡwas\ féminin

  1. (Médecine) Anxiété extrême, accompagnée d’un serrement douloureux à l’épigastre, d’oppression et de palpitation. On l’observe dans plusieurs maladies, surtout dans les affections nerveuses.
  2. Grande affliction d’esprit mêlée d’une vive inquiétude.
    • J’avais l’impression de me noyer et une angoisse terrible, celle de la mort elle-même m’étreignit. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Tous les hommes, […], écoutaient nonchalamment, sans y prêter grande attention, un mauvais phonographe, aux accents métalliques. Du pavillon sonore sortaient des paroles qui serrèrent le cœur de Bert d’une angoisse nostalgique […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 385 de l’éd. de 1921)
    • L'analyse plus approfondie de la notion de distance esthétique permet de revenir sur le rôle primordial du suspense et de l’angoisse dans le processus narratif d'un récit. — (Martine Roberge, L'art de faire peur: des récits légendaires aux films d'horreur, p.178, Presses de l'Université Laval, 2004)
    • Nabet vit rouge et sentit monter en lui une colère irrationnelle. Pourtant il se contint, l’angoisse était plus forte que son ressentiment. — (Bernadette Boissié-Dubus, Sous les pavés, la plage... est rouge, éd. Clair de Plume 34, 2015, p.40)
    • Mais aussi parce que nous nous trouvons à la veille d’une tragédie. L’angoisse monte, celle de perdre nos proches, ou simplement celle de mourir. — (Michel Eltchaninoff, « Carnet de la drôle de guerre », dans la newsletter du 21/03/220 de Philosophie Magazine.)

Forme de verbe

angoisse \ɑ̃.ɡwas\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe angoisser.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe angoisser.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe angoisser.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe angoisser.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe angoisser.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ANGOISSE. n. f.
T. de Médecine. Anxiété extrême, accompagnée d'un serrement douloureux à l'épigastre, d'oppression et de palpitation. On l'observe dans plusieurs maladies, surtout dans les affections nerveuses. Il signifie plus ordinairement Grande affliction d'esprit mêlée d'une vive inquiétude. Être dans d'extrêmes angoisses, dans des angoisses mortelles, dans les dernières angoisses. Étreint par l'angoisse. Mourir d'angoisse. Poire d'angoisse, se disait d'un Instrument de fer en forme de poire, et à ressort, que des voleurs mettaient par force dans la bouche des personnes pour les empêcher de crier. Il se dit encore aujourd'hui d'une Sorte de poire si âpre et si revêche au goût qu'on a peine à l'avaler. Fig. et fam., Avaler des poires d'angoisse, Avoir de grands déplaisirs, éprouver quelque mortification sensible. Il lui a fait avaler bien des poires d'angoisse.

Littré (1872-1877)

ANGOISSE (an-goi-s', et non an-goi-z') s. f.
  • 1Sentiment de resserrement à la région épigastrique, avec difficulté de respirer et grande tristesse. Ce malade éprouve des angoisses très douloureuses.
  • 2Grande affliction avec inquiétude. Cette nouvelle les tira d'angoisse. Albe en jette [des cris] d'angoisse, et les Romains de joie, Corneille, Hor. IV, 2.
  • 3Poire d'angoisse, poire d'un goût très âpre.

    Familièrement. Avaler des poires d'angoisse, subir des mortifications, de vifs déplaisirs. Je vous présente des poires de bon-chrétien pour des poires d'angoisse que vos cruautés me font avaler tous les jours, Molière, Escarb. 15.

    Poire d'angoisse, espèce de bâillon en fer dont se servaient les voleurs pour étouffer les cris.

  • 4Être à l'eau d'angoisse et au pain de tribulation, se dit des moines que leurs supérieurs enferment, par punition, dans les cachots, et mettent au pain et à l'eau.

HISTORIQUE

XIIe s. Telle angoisse [il] a, ne put dire raison, Ronc. p. 100. Il dit, n'i puet aler ; d'anguisse tressua, Th. le Mart. 34. Mais li ber n'i senteit anguisse ne dolur ; Et pour ço qu'il s'en rist, fu li reis en irur, ib. 101.

XIIIe s. Ensi soufrirent ce travail et cele angoisse, jusques au cler jor, Villehardouin, XCVI. Nus n'a mal qui amors n'essaie : Ne cuidiés pas que nus congnoisse, S'il n'a amé, qu'est grant angoisse, la Rose, 2974. Ne barre ne doit pas avoir mester à aucun, quant il n'i a angoisse ne peril, Liv. de just. 94.

XVe s. Oncques ne furent en telle angoisse ni peur de mort, qu'ils furent le terme qu'ils sejournerent à Ebruich [York], Froissart, I, I, 34. Qui m'a promis qu'à ma seule maistresse Lui fera brief mon angoisse [espoir] savoir, Orléans, Bal. 19. L'argent lui failloit souvent… et luy en falloit chercher ou emprunter, ou ses gens l'eussent laissé, qui est grant angoisse à ung prince qui ne l'a point acoustumé, Commines, VI, 13. Dieu mercy et Jacques Thibault, Qui tant d'eau froide m'a fait boire, En un bas lieu, non pas en haut, Manger d'angoisse mainte poire, Villon, Grand Testament.

XVIe s. Le sousil et l'ancolie croistront plus que de coustume, avecques abundance de poires d'angoysse, Rabelais, Prognost. Pant. IV. Les affligez et oppressez sont eslargis de leurs angoisses, Calvin, Instit. 20. Estans sujets à tant d'especes de miseres, il meneront en grant regret et angoisse une vie pleine de trouble et inquietude, Calvin, ib. 9. Vivre en continuelle angoisse [par suite de la crainte], Montaigne, I, 64. La vue des angoisses [souffrances] d'aultruy m'angoisse materiellement, Montaigne, I, 91. Et se jetta dedans un bois fort espez, là où il passa la nuict en grande angoisse, Amyot, Marius, 65. Pour ce que ce galand [le capitaine Gaucher] se trouvoit par fois surchargé de prisonniers qui le contraignoient de retourner au logis premier que d'avoir mis à fin son projet, il inventa une sorte de cadenats faits en forme de poires, aussi les appelloit-il poires d'angoisse ; il faisoit ouvrir les dents à ses prisonniers, et leur aiant fait retirer sous le palais cette machine, avant retirer une clef qui estoit dedans, il en faisoit un tour qui grossissoit le morceau d'un travers de doigt, et par ainsi ne pouvoit plus sortir de la bouche que par l'aide de la mesme clef ; cela fait, il disoit au prisonnier : Allez vous rendre en tel lieu, ou bien vous resolvez de mourir de faim, D'Aubigné, Hist. IV, 385.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ANGOISSE. Ajoutez : - REM. La poire d'angoisse avait la forme d'une poire, s'introduisait dans la bouche ; et, une fois introduite, on la faisait ouvrir à l'aide d'un mécanisme spécial, de manière à produire le plus grand écartement possible des mâchoires.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ANGOISSE, s. s. (Medec.) sentiment de suffocation, de palpitation & de tristesse ; accident d’un très-mauvais présage, lorsqu’il arrive au commencement des fievres aiguës. (N)

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Étymologie de « angoisse »

Du latin angŭstĭa, proprement « resserrement », d'où « défilé », « difficulté, gêne, situation critique », dérivé de angere (« serrer »)[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Picard, angouche ; provenç. angoissa ; ital. angoscia ; du latin angustia, resserrement, d'angustus, étroit, lequel vient d'ango, serrer (voy. ANGINE). D'après Ménage, la poire d'angoisse a été ainsi nommée non de la sensation qu'elle fait éprouver, mais du lieu où elle aurait été trouvée, dit en limousin Angoisse. Mais, dans tous les cas, cette origine a été oubliée, et il n'est resté que le sens d'angoisse à une poire d'un goût qui serre la gorge. L'historique nous apprend comment le bâillon a été nommé poire d'angoisse.

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Phonétique du mot « angoisse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
angoisse ɑ̃gwas

Citations contenant le mot « angoisse »

  • Un bonheur passionné ressemble à de l'angoisse. Ioánnis Papadhiamandopoúlos, dit Jean Moréas, Le Voyage de Grèce, La Plume
  • L'homme dissipe son angoisse en inventant ou en adaptant des malheurs imaginaires. Raymond Queneau, Le Chiendent, Gallimard
  • L'individu, dans son angoisse non pas d'être coupable mais de passer pour l'être, devient coupable. Søren Aabye Kierkegaard, Le Concept de l'angoisse, II, 2
  • Un bonheur passionné ressemble à l’angoisse. De Jean Moréas / Le voyage de Grèce
  • Les héros aussi connaissent l'angoisse. De Gilbert La Rocque / Le passager
  • L’angoisse est le vertige de la liberté. De Sören Kierkegaard / Le concept d’angoisse
  • Personne n’a le monopole de l’angoisse. De Henry Kissinger
  • Toute angoisse est imaginaire ; le réel est son antidote. De André Comte-Sponville / Impromptus
  • L'angoisse suppose le désir de communiquer. De Georges Bataille / L'expérience intérieure
  • L'angoisse, évidemment, ne s'apprend pas. De Georges Bataille / L'expérience intérieure
  • J’enseigne l’art de tourner l’angoisse en délice. De Georges Bataille / Somme athéologique
  • L'inconnu est porteur d'angoisse. De Nadine Gordimer / L'arme domestique
  • La frivolité est la plus jolie réponse à l'angoisse.
  • L'individu dans son angoisse du péché produit le péché. De Sören Kierkegaard / Le concept de l'angoisse
  • La joie c'est de l'angoisse bien habillée ! De Jacques Hébert / Les écoeurants
  • L’angoisse est la disposition fondamentale qui nous place face au néant. De Martin Heidegger / De l’essence de la vérité
  • Le rôle naturel de l'homme du XXème siècle est l'angoisse. De Norman Mailer / Les nus et les morts
  • Heureux les croyants, mais je préfère mon angoisse et ses yeux grands ouverts. De François Cavanna / Lettre ouverte aux culs-bénits
  • Panique, hyperventilation, douleur… Les crises d’angoisse concerneraient 3% de la population adulte selon le rapport de la Haute Autorité de Santé. Survenant brutalement, ces attaques de peur panique semblent incontrôlables et démesurées. Mais quand est-il réellement ? Que cache ces crises d’angoisses ? Explications avec Marion Thélisson, psychologue clinicienne et psychothérapeute à Lyon. Ra Santé, Crises d’angoisse : mais qu’est-ce que ça cache ? - Ra Santé
  • Chez un grand nombre d’individus, l’heure du coucher rime avec l’arrivée des angoisses nocturnes. Rien d’étonnant à cela puisque la nuit est un temps où nous ne sommes pas occupés physiquement ou psychiquement, ce qui nous laisse donc le loisir de nous focaliser sur nos propres difficultés. "Le soir, nous faisons souvent le point sur la journée écoulée ou celle à venir, ce qui fait remonter des angoisses", observe le Dr Christophe Cutarella. Dans sa pratique, le médecin observe très souvent ce phénomène. Doctissimo, Angoisses nocturnes : définition, comment les apaiser ?
  • Dans ce troisième épisode de « L’effondrement et moi », Karine Le Loët rencontre ceux qui ont décidé de se confronter à leurs peurs, d’analyser leur angoisse et d’apprendre à vivre avec. Ils participent à un groupe de paroles où chacun raconte son histoire, ses tiraillements quotidiens. France Culture, Affronter l’angoisse climatique - Ép. 3/4 - L'effondrement et moi
  • Parce que notre époque est anxiogène et que la crise sanitaire a aggravé cela jusqu’au vertige. Rien n’est plus défatigant qu’une joie. Rien de plus fatigant qu’une angoisse. La fatigue fait pourtant partie de l’humaine condition. Elle n’est pas qu’une simple mésaventure physique ou psychologique qu’éviterait le bon calcul des heures de veille et de sommeil, l’économie de soi. Parce qu’il est pauvre en instinct et vient au monde sans le mode d’emploi du monde, l’être humain ne fait pas que vivre, mais exerce le dur métier d’exister : il doit inventer les chemins de sa vie. Comprenez que l’humanité n’est pas en lui comme la circularité dans le cercle ou la phacochéricité dans le phacochère ! Elle lui est une tâche autant qu’un don et ce devoir d’inventer, cette tâche l’expose « ontologiquement » à la fatigue. Le Monde.fr, « Il n’y a rien de plus fatigant qu’une angoisse et rien de plus défatigant qu’une joie »
  • Plus de trois semaines après la disparition de Delphine Jubillar, son mari Cédric se montre coopératif. Lors de la deuxième perquisition au domicile du couple mercredi, des objets ont été saisis. Pour les amis et proches de la disparue qui se sont constitués partie civile, l'angoisse s'installe. France Bleu, Disparition de Delphine Jubillar : "L'angoisse monte à chaque jour qui passe"
  • Afin de traiter le trouble de l'angoisse de la séparation dont souffre votre animal, Lori Teller suggère d'adopter de nouvelles attitudes, dans l'espoir que votre absence ne soit plus considérée comme un drame pour votre animal. Par exemple, ne surréagissez pas à chaque fois que vous le quittez ou le retrouvez. Si vous traitez la séparation comme un acte anodin, votre animal finira par faire de même. De plus, essayez de repérer quand il commence à montrer des signes d'anxiété. Si votre animal s'agite lorsque vous mettez vos chaussures, tâchez alors de les mettre en avance. Tentez également de vous absenter pendant de courts moments, pour habituer progressivement votre animal à être seul. Slate.fr, Comment traiter l'angoisse de la séparation de votre animal | Slate.fr

Traductions du mot « angoisse »

Langue Traduction
Anglais anguish
Espagnol angustia
Italien angoscia
Allemand pein
Chinois 痛苦
Arabe معاناة
Portugais angústia
Russe тоска
Japonais 苦悩
Basque larritasuna
Corse angoscia
Source : Google Translate API

Synonymes de « angoisse »

Source : synonymes de angoisse sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « angoisse »

Angoisse

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