Amour : définition de amour


Amour : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

AMOUR, subst. masc. (except. fém.)

Attirance, affective ou physique, qu'en raison d'une certaine affinité, un être éprouve pour un autre être, auquel il est uni ou qu'il cherche à s'unir par un lien généralement étroit. L'amour, c'est beaucoup plus que l'amour (titre d'un roman de Jacques Chardonne, 1937) :
1. Le cœur humain n'a que deux ressorts, l'ambition et l'amour. (...). Sous le nom d'amour, on peut comprendre toutes les passions expansives qui portent l'homme hors de lui-même, lui créent un but, des objets supérieurs à sa vie propre, le font comme exister dans autrui, ou pour autrui. L'éducation qui développe les premières passions personnelles au détriment des expansives est à contre-sens. Maine de Biran, Journal,1819, p. 246.
2. ... mes facultés baissent, excepté celle d'aimer. L'amour, c'est l'âme qui ne meurt pas, qui va croissant, montant comme la flamme. E. de Guérin, Journal,1835, p. 93.
3. ... je ne vois pas où est le catéchisme de l'amour et pourtant l'amour, sous toutes les formes, domine notre vie entière : amour filial, amour fraternel, amour conjugal, amour paternel ou maternel, amitié, bienfaisance, charité, philanthropie, l'amour est partout, il est notre vie même. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 2, 1855, p. 334.
4. Qu'est-ce que l'amour? Le besoin de sortir de soi. Ch. Baudelaire, Mon cœur mis à nu,1867, p. 655.
5. Il se disait une fois de plus : « Il y a eu en moi trois espèces d'amour, et ils se sont détruits l'un l'autre. J'ai aimé la beauté du ciel, j'ai aimé la beauté des choses, et c'est une espèce d'amour. J'ai aimé celle qui m'a porté en elle et par qui j'ai connu le jour, et c'est encore une espèce d'amour. J'ai aimé enfin une troisième fois : j'ai aimé un petit corps souple; et pour cet amour-là, j'ai trahi les deux autres. Alors ils m'ont quitté tous les trois à la fois ». Et c'était de nouveau en lui comme un grand besoin de pardon. (...). Mais une voix lui répondit : « Il n'y a qu'une espèce d'amour. » Et la suite de la voix fut : « Et qu'une espèce de pardon. » Ch.-F. Ramuz, Aimé Pache, peintre vaudois,1911, pp. 279-280.
6. Une psychologie trop purement intellectualiste, qui suit les indications du langage, définira sans doute les états d'âme par les objets auxquels ils sont attachés : amour de la famille, amour de la patrie, amour de l'humanité, elle verra dans ces trois inclinations un même sentiment qui se dilate de plus en plus, pour englober un nombre croissant de personnes. Le fait que ces états d'âme se traduisent au dehors par la même attitude ou le même mouvement, que tous trois nous inclinent, nous permet de les grouper sous le concept d'amour et de les exprimer par le même mot : ... H. Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion,1932, p. 34.
I.− L'amour comme principe d'union universelle.
A.− [L'amour comme principe d'union et de cohésion de l'univers, de la terre, etc.; avec ou sans coloration relig.] :
7. Depuis le créateur jusqu'à la plus humble des créatures, rien n'échappe à la grande loi de l'amour. − Les corps simples tendent par l'attraction, qui est une sorte d'amour, au point de l'espace qui leur fut destiné. Les corps composés ont une sympathie, un amour du même genre que le précédent, pour les lieux où ils se formèrent; ils y acquièrent la plénitude de leur développement; ils en tirent toutes leurs vertus. Les plantes manifestent déjà une préférence, un amour plus marqué, pour les climats, les expositions, les terrains plus favorables à leur complexion. Les animaux donnent des signes d'un attachement plus vif, d'un amour aisément reconnaissable, qui les rapproche entre eux et quelquefois les rapproche de l'homme. L'homme enfin est doué d'un amour qui lui est propre pour les choses honnêtes et parfaites,... F. Ozanam, Essai sur la philosophie de Dante,1838, p. 139.
8. ... le moraliste qui a dit : « Aimez-vous les uns les autres » n'a pas trouvé là un grand secret. J'accorde bien que l'amour est la vraie richesse vitale; c'est un merveilleux mouvement pour sortir de soi, pour se jeter dans l'action, et s'y dépenser, et s'y perdre, sans petits calculs. Je sais aussi que lorsque l'amour manque, comme il arrive dans l'extrême fatigue ou dans l'extrême vieillesse, qui ne sont qu'extrême avarice, il n'y a plus rien à espérer de bon, ni même de mauvais. Mais ce régime de parfaite prudence nous approche de la mort, et il ne dure guère. L'ordinaire de la vie est un furieux amour de n'importe quoi; chez les bêtes aussi. Car le cheval galope pour galoper; et le moment où il va partir, le beau moment où il sent en lui-même la pression de la vie, c'est l'amour, créateur de tout. Alain, Propos,1910, p. 77.
9. L'exaltation provoquée par la tendresse m'apparaît favorable au philosophe tout de même qu'au saint ou au poète; car ma propre expérience m'enseigna à considérer l'amour comme une manière de correspondance universelle entre la matière et l'esprit, et comme une expression sensible de leur identité par-devant l'être unique. Source de l'existence, il m'en paraît être en même temps et le principe indubitable et le sens unique et parfait. Mystère adorable et terrible, instigateur de toute pensée, de tout art et de toute science véritable, il apparaît aux intelligences primordiales sous des nombres et des formes symboliques qu'il réduit plus tard à la trinité logique de l'éternelle Création, de la Matière et de l'Esprit; ... O.-V. Milosz, L'Amoureuse initiation,1910, p. 152.
10. À mesure que l'âge m'envahit, la nature me devient plus proche. Chaque année, en quatre saisons qui sont autant de leçons, sa sagesse vient me consoler. Elle chante, au printemps : « Quoi qu'il ait pu, jadis, arriver, je suis au commencement! Tout est clair, malgré les giboulées; jeune, y compris les arbres rabougris; beau, même ces champs caillouteux. L'amour fait monter en moi des sèves et des certitudes si radieuses et si puissantes qu'elles ne finiront jamais! » Ch. de Gaulle, Mémoires de guerre,Le Salut, 1959, p. 289.
P. ext. Communion intime avec l'univers :
11. Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime; Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours; Quand tout change pour toi, la nature est la même, Et le même soleil se lève sur tes jours. De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore; Détache ton amour des faux biens que tu perds; Adore ici l'écho qu'adoroit Pythagore, Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts. A. de Lamartine, Méditations poétiques,Le Vallon, 1820, p. 81.
12. « ... je voudrais bêcher, bêcher dans la terre. Bêcher, ça me paraît tellement beau! On est tellement libre quand on bêche! Et puis, qui va tailler aussi mes arbres? » Il laissait une terre en friche. Il laissait une planète en friche. Il était lié d'amour à toutes les terres et à tous les arbres de la terre. C'était lui le généreux, le prodigue, le grand seigneur! C'était lui, comme Guillaumet, l'homme courageux, quand il luttait au nom de sa création, contre la mort. A. de Saint-Exupéry, Terre des hommes,1939, p. 167.
13. On n'aurait pu rêver une journée plus belle, plus dorée, et tout à coup Joseph éprouva une sorte d'élan vers la vie et vers tous les êtres, un amour confus pour tout ce qui existait autour de lui, pour les arbres, pour la belle terre rouge... J. Green, Moïra,1950, p. 68.
B.− En partic. [Dieu comme origine de cohésion universelle et principe de tout amour] Dieu est amour :
14. Avec cet amour rien n'est plus nécessaire pour nous sur la terre, parce qu'il contient tout, qu'il est tout, et qu'il apprend tout. Voilà pourquoi nous sommes toujours en rapport avec Dieu, parce qu'il est l'amour universel. L.-C. de Saint-Martin, L'Homme de désir,1790, p. 402.
15. Je vous le dis en vérité, celui qui aime, son cœur est un paradis sur la terre. Il a Dieu en soi, car Dieu est amour. F.-R. de Lamennais, Les Paroles d'un croyant,1834, p. 150.
16. La contemplation seule découvre le prix de la charité. Sans elle on le sait par ouï-dire. Avec elle on le sait par expérience. Par l'amour et dans l'amour, elle fait connaître que Dieu est amour. Alors l'homme laisse Dieu faire en lui ce qu'il veut, il se laisse lier parce qu'il aime. Il est libre parce qu'il aime. Tout ce qui n'a pas le goût de l'amour perd pour lui toute saveur. J. Maritain, Primauté du spirituel,1927, p. 172.
17. ... chercher Dieu c'est l'avoir déjà trouvé. Il va de soi que nos métaphysiciens le disent, et comment pourraient-ils éviter cette conséquence, puisqu'ils posent notre amour de Dieu comme une participation de Dieu lui-même? Éternellement préexistant dans le souverain bien, découlant de ce bien vers les choses par un acte de libre générosité, l'amour retourne au bien qui est son origine. Nous n'avons donc pas affaire ici avec un courant qui s'éloigne toujours plus de sa source, jusqu'à ce qu'enfin il se perde. Né de l'amour, l'univers créé est tout entier traversé, mu, vivifié du dedans, par l'amour qui circule en lui comme le sang dans le corps... É. Gilson, L'Esprit de la philosophie médiévale,t. 2, 1932, p. 72.
18. − Madame, lui dis-je, même en ce monde, il suffit d'un rien, d'une pauvre petite hémorragie cérébrale, de moins encore, et nous ne connaissons plus des personnes jadis très chères. − La mort n'est pas la folie. − Elle nous est plus inconnue en effet. − L'amour est plus fort que la mort, cela est écrit dans vos livres. − Ce n'est pas nous qui avons inventé l'amour. Il a son ordre, il a sa loi. − Dieu en est maître. − Il n'est pas le maître de l'amour, il est l'amour même. Si vous voulez aimer, ne vous mettez pas hors de l'amour. G. Bernanos, Le Journal d'un Curé de campagne,1936, p. 1158.
C.− [Dieu comme objet ou sujet d'une relation d'amour] L'amour de Dieu, l'amour divin; le saint, suprême amour. Anton. l'amour humain :
19. La raison (...) règne (...) dans tout ce qui tient à la conduite de la vie; mais quand cette ménagère de l'existence l'a arrangée le mieux qu'elle a pu, le fond de notre cœur appartient toujours à l'amour, et, ce qu'on appelle la mysticité, c'est cet amour dans sa pureté la plus parfaite. L'élévation de l'âme vers son créateur est le culte suprême des chrétiens mystiques; mais ils ne s'adressent point à Dieu pour demander telle ou telle prospérité de cette vie. Un écrivain français qui a des lueurs sublimes, M. de Saint-Martin, a dit que la prière étoit la respiration de l'âme. G. de Staël, De l'Allemagne,t. 5, 1810, p. 96.
20. ... il est (...) impossible de prier Dieu sans se mettre avec lui dans un rapport de soumission, de confiance et d'amour; de manière qu'il y a dans la prière, considérée seulement en elle-même, une vertu purifiante dont l'effet vaut presque toujours infiniment mieux pour nous que ce que nous demandons trop souvent dans notre ignorance. J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg,t. 1, 1821, p. 442.
21. C'est quelque chose de grand que l'amour, et un bien au-dessus de tous les biens (...). Celui qui aime court, vole; il est dans la joie, il est libre, et rien ne l'arrête (...). L'amour souvent ne connaît point de mesure; mais, comme l'eau qui bouillonne, il déborde de toutes parts (...). L'ardeur même d'une âme embrasée s'élève jusqu'à Dieu comme un grand cri : Mon Dieu! Mon amour, vous êtes tout à moi, et je suis tout à vous. Dilatez-moi dans l'amour, afin que j'apprenne à goûter au fond de mon cœur combien il est doux d'aimer, et de se fondre et de se perdre dans l'amour. L'Imitation de Jésus-Christ, trad. de F.-R. de Lamennais, Paris, Margueritte, 1824.
22. Le 28. − Saint Augustin aujourd'hui, ce saint qui pleurait si tendrement son ami et d'avoir aimé Dieu si tard. Que je n'aie pas ces deux regrets : oh! Que je n'aie pas cette douleur à deux tranchants, qui me fendrait l'âme à la mort! Mourir sans amour, c'est mourir en enfer. Amour divin, seul véritable. Les autres ne sont que des ombres. E. de Guérin, Journal,1839, p. 287.
23. Dieu n'avait pas besoin de nous; c'est librement qu'il nous a choisis pour nous communiquer ses biens et nous unir à lui; c'est librement qu'il nous a aimés. Or, de sa nature, l'amour exige l'amour; il est impossible de préférer sans vouloir être préféré, de se dévouer sans vouloir qu'on nous rende le dévouement, et, quant à l'union, on ne saurait même la concevoir sans l'idée de la réciprocité. La réciprocité est la loi de l'amour; elle en est la loi entre deux êtres égaux : combien plus entre deux êtres dont l'un est créateur et l'autre créature, dont l'un a tout donné, et l'autre a tout reçu! Dieu avait un droit infini à être aimé de l'homme, parce que lui-même l'avait aimé d'un amour éternel et infini, ... H.-D. Lacordaire, Conférences de Notre-Dame,1848, p. 174.
24. Il y a un Dieu; il y a un éternel amour dont le nôtre n'est qu'une goutte. Nous irons la confondre ensemble dans l'océan divin où nous l'avons puisée! Cet océan, c'est Dieu! Je l'ai vu, je l'ai senti, je l'ai compris en ce moment par mon bonheur! Raphaël! Ce n'est plus vous que j'aime, ce n'est plus moi que vous aimez, c'est Dieu que nous adorons désormais l'un et l'autre! Vous à travers moi! Moi à travers vous! A. de Lamartine, Raphaël,1849, p. 294.
25. ... lorsqu'il [l'abbé Mouret] s'était attaché sur la croix, il avait la consolation sans bornes de l'amour de Dieu. Ce n'était plus Marie qu'il aimait d'une tendresse de fils, d'une passion d'amant. Ilaimait pour aimer, dans l'absolu de l'amour. Il aimait Dieu au-dessus de lui-même, au-dessus de tout, au fond d'un épanouissement de lumière. Il était ainsi qu'un flambeau qui se consume en clarté. La mort, quand il la souhaitait, n'était à ses yeux qu'un grand élan d'amour. É. Zola, La Faute de l'Abbé Mouret,1875, p. 1480.
26. Le terme de la recherche, c'est un acte d'amour où l'homme aimera Dieu comme Dieu s'aime. Dès lors, on peut dire une fois de plus que le problème demeurera à tout jamais insoluble, ou qu'il est déjà résolu. Si l'amour de Dieu n'était pas en nous, nous ne réussirions jamais à l'y mettre. Mais nous savons qu'il y est, puisque nous sommes essentiellement des amours de Dieu créés et que chacun de nos actes, chacune de nos opérations, sont spontanément orientés vers l'être qui est leur fin comme il est leur origine. La question n'est donc plus de savoir comment acquérir l'amour de Dieu, mais bien plutôt d'amener cet amour de Dieu à prendre conscience de soi-même, de son objet, ... É. Gilson, L'Esprit de la philosophie médiévale,t. 2, 1932, p. 76.
27. « Alors, Jésus le regarda et il l'aima. » Rien n'est changé depuis que cette parole a été dite. Tous, nous sommes aimés; mais il y a le petit nombre de ceux que Jésus regarde soudain et qu'il aime de cet amour qui exige le don total : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi ». F. Mauriac, Journal 1,1934, p. 79.
28. Dépouillement, dis-je, d'où cette aversion de la médiocrité contemporaine pour toute allusion à l'Être simple, à ces quatre lettres de l'alphabet qui composent le mot Dieu, et cette étrange gageure tenue par le plus grand nombre de l'exclure, avec minutie, de toute écriture. Manque d'amour, manque de génie. F. Jammes, De tout temps à jamais,1935, p. 7.
29. La création est un acte d'amour et elle est perpétuelle. À chaque instant notre existence est amour de Dieu pour nous. Mais Dieu ne peut aimer que soi-même. Son amour pour nous est amour pour soi à travers nous. Ainsi, lui qui nous donne l'être, il aime en nous le consentement à ne pas être. Notre existence n'est faite que de son attente, de notre consentement à ne pas exister. Perpétuellement, il mendie auprès de nous cette existence qu'il nous donne. Il nous la donne pour nous la mendier. L'inflexible nécessité, la misère, la détresse, le poids écrasant du besoin et du travail qui épuise, la cruauté, les tortures, la mort violente, la contrainte, la terreur, les maladies − tout cela c'est l'amour divin. C'est Dieu qui par amour se retire de nous afin que nous puissions l'aimer. Car si nous étions exposés au rayonnement direct de son amour, sans la protection de l'espace, du temps et de la matière, nous serions évaporés comme l'eau au soleil; il n'y aurait pas assez de je en nous pour abandonner le je par amour. S. Weil, La Pesanteur et la grâce,1943, p. 41.
P. ext. Vénération qu'éprouve l'homme pour les œuvres de la création en tant que créées par Dieu. Amour universel :
30. En ces temps médiévaux, une communion, dans une même foi vivante, de la personne humaine avec les autres personnes réelles et concrètes, et avec le Dieu qu'elles aimaient, et avec la création entière, rendait, au milieu de bien des détresses, l'homme fécond en héroïsme comme en activité de connaissance et en œuvres de beauté; et dans les cœurs les plus purs un grand amour, exaltant dans l'homme la nature au-dessus d'elle-même, étendait aux choses mêmes le sens de la piété fraternelle; alors un saint François comprenait qu'avant d'être exploitée à notre service par notre industrie, la nature matérielle demande en quelque sorte à être elle-même apprivoisée par notre amour; je veux dire qu'en aimant les choses, et l'être en elles, l'homme les attire à l'humain, au lieu de faire passer l'humain sous leur mesure. J. Maritain, Humanisme intégral,1936, p. 14.
31. ... ce que voulait Jos-Mari, et sans s'en rendre compte, c'était que la montagne fût belle comme Dieu, source de vie et, comme lui, digne d'amour. J. Peyré, Matterhorn,1939, pp. 126-127.
32. Tout et tous aimer : geste contradictoire et faux, qui ne conduit finalement qu'à n'aimer rien. Mais alors, répondrai-je, si, comme vous le prétendez, un amour universel est impossible, que signifie donc, dans nos cœurs, cet instinct irrésistible qui nous porte vers l'unité chaque fois que, dans une direction quelconque, notre passion s'exalte? Sens de l'univers, sens du tout : en face de la nature, devant la beauté, dans la musique, la nostalgie qui nous prend, − l'expectation et le sentiment d'une grande présence. P. Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain,1955, p. 296.
Locutions
1. Pur amour. Amour désintéressé de Dieu, amour de Dieu pour Dieu :
33. L'amour pur qui est opposé à l'amour mercenaire est cette affection de notre âme qui est portée à se délecter du bonheur d'un autre; or les choses qui nous délectent, nous les désirons pour elles-mêmes, et comme la félicité de Dieu se compose de toutes les perfections, et est la délectation du sens même de la perfection, il s'ensuit que la vraie félicité de tout esprit créé consiste entièrement dans le sens de cette félicité divine, en sorte que ceux qui cherchent le vrai, le bon, le juste, plus par la délectation propre qu'en vue de l'utilité (quoique l'utilité s'y trouve aussi éminemment) sont aussi les mieux préparés à l'amour de Dieu. Maine de Biran, Journal,1821, p. 304.
34. Les hommes sont malheureux par manque de foi ou par égoïsme. Mais comment faire comprendre cela? Qu'une âme se dise à la fois religieuse et malheureuse, cela est une extraordinaire invention. (...) Bien peu d'âmes comprennent que l'on peut se sauver de l'égoïsme par un autre amour que par celui des créatures (par le pur amour de Dieu). A. Gide, Journal,1895, p. 57.
35. ... c'est toujours le même théocentrisme, le même besoin de tout oublier pour ne voir que Dieu. À ces hauteurs, les distinctions scolastiques s'effacent : thomistes, augustiniens, molinistes se confondent. Par des voies différentes, humanisme dévot et école française arrivent au même but. Il n'y a qu'un pur amour et tous les mystiques se ressemblent comme des frères. H. Bremond, Hist. littéraire du sentiment religieux en France,1920, p. 34.
Péjoratif :
36. Le chrétien fervent, tourné uniquement vers Dieu, n'aimait réellement ni lui-même ni les autres, et se trompait en croyant aimer Dieu comme Dieu veut être aimé. C'est en effet au pur amour de Dieu et au renoncement de toutes les créatures que sont venus aboutir tous les docteurs un peu profonds du christianisme. Tandis que la charité prenait pour le vulgaire un air d'humanité, tandis que le vulgaire cherchait là une règle pratique de conduite et de vie, les vrais penseurs du christianisme comprenaient bien que la charité du christianisme n'avait réellement que Dieu pour objet, et que cette charité, entendue par le vulgaire comme l'amour des hommes, n'était réellement qu'un amour abstrait pour Dieu. P. Leroux, De l'Humanité,t. 1, 1840, p. 203.
2. Pour l'amour de Dieu.
a) Par pur amour; gratuitement :
37. − Oh! il est mort de l'amour de Dieu, à ce que dit Monsieur le curé. − Comment, de l'amour de Dieu, Benoît? On en vit, mais on n'en meurt pas, lui dis-je; c'est peut-être aussi de l'amour de Denise? − Ah! Monsieur, voilà! Il aimait tant le bon Dieu, celui-là, qu'il ne pensait plus à lui, pas plus qu'une hirondelle qui vient de sortir de sa coquille, et qui ne saurait pas manger si sa mère ne lui apportait pas un moucheron dans le nid. Il n'avait rien ramassé pour les années de maladie; il travaillait pour l'amour de Dieu dans tous les hameaux. Il disait seulement à ceux dont il avait fait l'ouvrage : « Si je viens à devenir infirme ou malade, vous me nourrirez, n'est-ce pas? » A. de Lamartine, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,1851, pp. 549-550.
38. Plus tard, lorsqu'il fut le fermier de ma grand'mère et le maire du village, sa science le rendit fort utile au pays, d'autant plus qu'il l'exerçait pour l'amour de Dieu, sans rétribution aucune. Il était de si grand cœur qu'il n'était point de nuit noire et orageuse, point de chaud, de froid ni d'heure indue qui l'empêchassent de courir, souvent fort loin, par des chemins perdus, pour porter du secours dans les chaumières. Son dévouement et son désintéressement étaient vraiment admirables. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 1, 1855, p. 59.
b) Exclamation accompagnant un geste pour demander l'aumône :
39. − Fils bien-aimés, disait saint François d'Assise à son troupeau de bienheureux, n'ayez point de honte d'aller demander l'aumône. Allez avec plus de confiance et de joie que si vous offriez cent pour un, puisque c'est l'amour de Dieu que vous offrez, en la demandant, quand vous dites : − Donnez pour l'amour de Dieu! C'est comme ça, et non autrement, que je suis tiré, cette fois, des griffes de mon propriétaire. L. Bloy, Journal,1900, p. 208.
40. clérambard. − Merci, mon enfant. Vous nous sauvez. (Relevant sa jupe, La Langouste prend un billet dans son bas). Mmede léré, se plaçant entre La Langouste et Clérambard, elle s'adresse à lui à mi-voix. − Vous n'allez pas accepter l'argent de cette fille! clérambard. − Soyons sans orgueil, mon amie. Demain, ce soir, quand nous mendierons pour l'amour de Dieu, irons-nous demander leurs cartes de visite à ceux qui nous feront l'aumône? Nous serons trop heureux d'avoir pu leur inspirer une pensée fraternelle, surtout si ces gens sont des réprouvés. M. Aymé, Clérambard,1950, IV, 2, pp. 202-203.
c) [Dans le style de la conversation] Exclamation accompagnant la formulation généralement pathétique d'une demande le plus souvent négative :
41. ... lorsqu'on est bien persuadé qu'on ne peut être ni médecin, ni avocat, ni banquier, ni évêque, ni courtier-marron, ni ministre, enfin lorsqu'on a l'intime conviction qu'on n'est bon à rien, on peut se faire poète; mais, pour l'amour de Dieu, pas autre chose. A. de Musset, Le Temps,1831, p. 22.
42. Où est la force, c'est d'avoir tiré d'un sujet commun une histoire touchante et pas canaille. Seulement, pour l'amour de Dieu, ou plutôt pour l'amour de l'art, fais encore attention et change moi quelqu'un de ces passages, les seuls auxquels je trouve à redire... G. Flaubert, Correspondance,1853, pp. 87-88.
43. Anna retrouva Wallner au Rond-Point. Il allait d'une allée à l'autre, anxieux, profondément désespéré. − Ah!... D'où viens-tu?... D'où viens-tu? pour l'amour du ciel! P. Reider, Mademoiselle Vallantin,1862, p. 164.
44. Papa se calmait, brusquement. Maman bégayait encore : − Raymond! Pour l'amour de Dieu! (...) À vrai dire, l'amour de Dieu, cet amour auquel maman faisait de si fréquentes invocations, ne tenait plus, dans ce cœur surchargé de soins, une place bien évidente. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Notaire du Havre, 1933, pp. 126-127.
3. Vieilli. Pain de l'amour, pain d'amour. L'Eucharistie :
45. Le pain que j'ai rompu pour mon illustre Cène Était le pain d'amour et de communion. Et le vin qui coula d'une illustre fontaine Était le vin d'offrande et de libation. Ch. Péguy, Ève,1913, p. 737.
P. ext. ,,Tout intermédiaire entre l'homme et Dieu.`` (Guérin 1892) :
46. Adorez le Seigneur et la sainte nature; Votre hôte vit d'amour et de lumière pure; Et le pain de l'amour, cet aliment de feu, Pour qui sait le trouver − c'est la nature et Dieu! M. de Guérin, Poésies,Maurice et François, 1839, p. 69.
II.− L'amour comme principe de cohésion de la société.
A.− L'amour comme principe et comme fin de la société humaine.
1. [Avec une coloration relig.] L'amour de charité. Synon. bonté, pitié, dévouement.
a) [En parlant d'une société relig.] :
47. ... uniquement chercher ici le bien de mon âme et le bien de l'église, et aussi le bien de quelques âmes, si Dieu l'indique... Mais en me défendant des enthousiasmes. L'amour de l'église et des âmes, des âmes lointaines, des âmes par devoir, aussi bien que des âmes par attrait; l'amour de mon diocèse. F.-A.-P. Dupanloup, Journal intime,1863, p. 242.
b) [En parlant de la société profane] L'amour du prochain :
48. Les sœurs de la charité, la plus touchante des communautés religieuses, soignaient les malades de l'hôpital : ces sœurs ne prononcent des vœux que pour une année, et plus elles font de bien, moins elles sont intolérantes. M. et Madame Necker, tous les deux protestants, étaient l'objet de leur amour. G. de Staël, Considérations sur les principaux événements de la Révolution française,t. 1, 1817, p. 84.
49. Ce seroit un bien bel ouvrage que l'histoire de la charité, c'est-à-dire de l'amour le plus universel, le plus pur, le plus saint, chez les nations chrétiennes. On le verroit, d'âge en âge, combattant la férocité native qu'elles apportèrent des forêts du Nord, adoucir leurs mœurs et leurs lois, produire le sentiment que nous appelons humanité, inspirer au riche la pitié, la tendresse pour le pauvre, au puissant le respect pour le foible, rapprocher tout ce que divisent les intérêts, les préjugés, l'orgueil, prêter aux larmes une force divine, élever les haillons de l'indigent au-dessus de la pourpre impériale, ... F.-R. de Lamennais, Articles publiés dans le journal l'Avenir,1831, pp. 343-344.
50. La haine, la persécution, le mépris, l'extermination des hommes, rien de cela n'est de Dieu. L'amour du prochain, le support les uns des autres, la compassion, le sacrifice de soi-même, l'adoration d'un seul Dieu d'esprit et de vérité, tout cela est de lui! A. de Lamartine, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,1851, p. 514.
51. ... Dieu qui est amour, n'a pas voulu que sa créature pérît faute d'amour; il a choisi des hommes purs et forts et leur a dit : − Fils de l'église, je vous fiance à toute douleur, allez à ceux qui sont seuls et qui pleurent, essuyez leurs larmes et annoncez-leur l'éternité d'amour... J. Péladan, Le Vice suprême,1884, p. 286.
52. 5 mai − Incendie du Bazar de charité. Un grand nombre de belles dames ont été carbonisées, hier soir, en moins d'une demi-heure. Non pro mundo rogo, dit le Seigneur. Admirable sottise de Coppée. « Elles s'étaient réunies pour faire le bien », écrit-il. Tout le monde, bien entendu, accuse Dieu. 8 mai − L'agitation au sujet de l'incendie continue. Songez donc! Des personnes si riches, en toilettes de gala et qui avaient leurs voitures à la porte! Leurs voitures éternellement inutiles! Tout ça pour l'amour des pauvres. Oui, tout ça. Quand on est riche, c'est qu'on aime les pauvres. Les belles toilettes sont la récompense de l'amour qu'on a pour la pauvreté. L. Bloy, Journal,1900, p. 247.
53. − Dieu est charité, et puisqu'il aime ses créatures, pourquoi ne les aimerions-nous pas comme lui? Ce n'est pas cette espèce de bienveillance générale, c'est le mot amour qui est écrit. Et nous de même, cet amour, est-ce qu'il ne servira à personne, seulement parce qu'il est grand, qui est en nous la même chose que la vie, pour que nous le donnions à un autre et que nous sentions ce cœur entre nos bras qui s'éveille et ces yeux peu à peu qui nous reconnaissent avec une joie immense! P. Claudel, Feuilles de Saints,1925, pp. 645-646.
54. ... la conviction qu'on tient d'une expérience, comment la propager par des discours? Et comment surtout exprimer l'inexprimable? Mais ces questions ne se posent même pas au grand mystique. Il a senti la vérité couler en lui de sa source comme une force agissante. Il ne s'empêcherait pas plus de la répandre que le soleil de déverser sa lumière. Seulement, ce n'est plus par de simples discours qu'il la propagera. Car l'amour qui le consume n'est plus simplement l'amour d'un homme pour Dieu, c'est l'amour de Dieu pour tous les hommes. À travers Dieu, il aime toute l'humanité d'un divin amour. H. Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion,1932, p. 247.
55. ... nous sommes nés pour tendre à la perfection de l'amour, d'un amour qui enveloppe réellement l'universalité des hommes, sans laisser place à la haine contre aucun d'eux, et qui transforme réellement notre être, ce qui n'est possible à aucune technique sociale ni à aucun travail de rééducation, mais seulement au créateur de l'être; et ce qui s'appelle : sainteté. J. Maritain, Humanisme intégral,1936, p. 101.
Proverbe (souvent iron.). L'amour du prochain commence par soi-même.
2. [Sans coloration explicitement relig.] Le triomphe de l'amour et de la justice; une société sans amour; l'amour d'autrui :
56. Un grand combat sera livré, et l'ange de la justice, et l'ange de l'amour combattront avec ceux qui se seront armés pour rétablir parmi les hommes le règne de la justice et le règne de l'amour. Et beaucoup mourront dans ce combat, et leur nom restera sur la terre comme un rayon de la gloire de Dieu. C'est pourquoi, vous qui souffrez, prenez courage, fortifiez votre cœur : car demain sera le jour de l'épreuve, le jour où chacun devra donner avec joie sa vie pour ses frères, et celui qui suivra, sera le jour de la délivrance. F.-R. de Lamennais, Les Paroles d'un croyant,1834, p. 106.
57. Quant à la bonté générale, tant prônée aujourd'hui, elle indique davantage la haine des riches que l'amour des pauvres. Car la philanthropie moderne exprime trop souvent une prétendue bienveillance avec les formes propres à la rage ou à l'envie. A. Comte, Catéchisme positiviste,1852, p. 24.
58. ... elle riait plus haut, en racontant plaisamment que son cousin l'avait convertie au grand saint Schopenhauer, qu'elle voulait rester fille afin de travailler à la délivrance universelle; et c'était elle, en effet, le renoncement, l'amour des autres, la bonté épandue sur l'humanité mauvaise. É. Zola, La Joie de vivre,1884, p. 1129.
59. À force de se proclamer cynique et purgé de toute sentimentalité, le communisme de ces jeunes intellectuels reflète le désespoir dont il est issu. Il ne rappelle pas l'amour profond, passionné, désintéressé, qui souleva Lénine, Trotsky, et qui fut, à sa manière, celui de notre jeune socialisme. J.-R. Bloch, Destin du Siècle,1931, pp. 70-71.
60. ... ils apercevaient, sur le vitrage, l'affiche blanche, dont ils ne pouvaient détourner les yeux. Ainsi, pendant des semaines, il avait vécu, sans douter un seul jour du triomphe de la justice, de la vérité humaine, de l'amour; non pas comme un illuminé qui souhaite un miracle, mais comme un physicien qui attend la conclusion d'une expérience infaillible, − et tout s'écroulait... honte! R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 581.
61. Nous ignorons encore ce qu'est l'homme, mais il nous appartient de le créer. Et c'est cette création seule qui est notre jeunesse. D'où ce double sentiment caractéristique de l'homme marxiste : un mépris total pour l'homme dégradé du monde bourgeois, un enthousiasme débordant pour l'homme nouveau qu'il veut réaliser. Son paradoxe étonnant c'est de mêler en lui également la haine et l'amour, jusqu'au jour où l'amour triomphera. Le communisme c'est l'ordre et le marxiste trouve tout naturel de préférer l'ordre au désordre. Haïr le désordre, aimer l'ordre, c'est son réflexe spontané et il comprend mal qu'on ne le comprenne pas. De cette haine et de cet amour, de ce désespoir et de cette espérance on pourrait citer quotidiennement de multiples exemples. J. Lacroix, Marxisme, existentialisme, personnalisme,1949, p. 26.
62. La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent. La révolte prouve par là qu'elle est le mouvement même de la vie et qu'on ne peut la nier sans renoncer à vivre. Son cri le plus pur, à chaque fois, fait se lever un être. Elle est donc amour et fécondité, ou elle n'est rien. La révolution sans honneur, la révolution du calcul qui, préférant un homme abstrait à l'homme de chair, nie l'être autant de fois qu'il est nécessaire, met justement le ressentiment à la place de l'amour. A. Camus, L'Homme révolté,1951, p. 376.
En partic. L'amour de bienveillance; servir, traiter quelqu'un avec amour :
63. Les Sioux rangés sur la rive me saluoient du geste et de la voix; moi-même je les regardois en faisant des signes d'adieu, et priant les génies d'accorder leur faveur à cette nation innocente. Nous continuâmes de nous donner des marques d'amour jusqu'au détour d'un promontoire qui me déroba la vue des pasteurs... F.-R. de Chateaubriand, Les Natchez,1826, p. 249.
64. Ce beau mystère de lumière, me prenant ému ainsi, harmonisa les orages de mon mystère intérieur. Un mot me vint à l'esprit : La délivrance de l'âme. Sa délivrance par la lumière de science et d'amour, − et par amour j'entends toutes les puissances bienveillantes qui sont en nous, surtout la grande pitié. J. Michelet, Journal,août 1856, p. 310.
65. ... il nous reste, après avoir écarté les mensonges des prêtres, à prendre la vie noblement, et à ne point nous déchirer nous-mêmes, et les autres par contagion, par des déclamations tragiques. Et encore bien mieux, car tout se tient, contre les petits maux de la vie, ne point les raconter, les étaler ni les grossir. Être bon avec les autres et avec soi. Les aider à vivre, s'aider soi-même à vivre, voilà la vraie charité. La bonté est joie. L'amour est joie. Alain, Propos,1909, p. 63.
66. ... l'invulnérabilité relative de l'inémotif le protège à l'excès contre le drame des événements et d'autrui. Il y perd en élan et en chaleur de sympathie, il y gagne en maîtrise de soi, en ampleur de vue, en constance. Un degré de trop, il tourne à l'égoïsme et à la froideur. Mais l'amour spirituel que les théologiens appelaient de bienveillance n'est attaché à aucune complexion particulière et trouve son chemin, ainsi que ses nuances, dans une voie comme dans l'autre. E. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 240.
Par amour. Par pure générosité :
67. Eh quoi! Maître Jean, selon vous, rien ne se fait gratis au monde, rien par amour? tout est payé? je vous crois; même les réquisitoires, même le zèle et le dévouement. P.-L. Courier, Pamphlets politiques,Procès de Paul-Louis Courier, 1821, p. 103.
68. Tout ce que vous faites par devoir, avec des fronts ridés de crainte, je veux le faire par amour, en souriant d'amour, en souriant. A. Gide, Journal,1894, p. 56.
Proverbe. Tout par amour, rien par force :
69. On dit prov. tout par amour et rien par force, pour faire entendre que la douceur est de toutes les voies la meilleure pour réussir à quelque chose. J.-F. Rolland, Dict. du mauvais langage,1813, p. 9.
Fam. La cote d'amour. Bienveillance privilégiée; péj. faveur non basée sur le mérite :
70. Mais à côté de ces moqueries qui allaient au menu peuple, à la petite bourgeoisie, à la police, et au chauvinisme, de Belgique, il y avait un courant de très haute estime pour plusieurs écrivains belges de langue française : Maeterlinck et Rodenbach in primis; puis ceux qui furent publiés au Mercure de France : Eeckhoud, Mockel, Hubert Krains, et d'autres. Il y avait même « la cote d'amour » dans les milieux littéraires français d'avant-garde, en faveur des poètes et romanciers belges. Après Maeterlinck, Max Elskamp fut le poète belge par excellence, pour les écrivains de la génération de Charles-Louis Philippe. Être Belge était alors une recommandation. V. Larbaud, Journal,janv. 1935, p. 346.
71. La cote binette (périmé) ou la cote d'amour (périmé) [donnée par l'interrogateur] suivant le physique du malheureux appelé au tableau. R. Smet, Le Nouvel argot de l'X,1936, p. 103.
B.− L'amour réalisant sa finalité sociale par l'intermédiaire d'une incarnation ou d'une symbolisation du lien social.
1. [Le souverain, obj. ou suj. d'une relation d'amour pour les membres d'une communauté] . L'amour du prince :
72. Ainsi l'intérêt du Roi, la sûreté de sa couronne, et l'affection de ses sujets, sont autant de puissants motifs qui le pressent de consacrer les lois fondamentales du royaume : ajoutons son amour pour ses peuples, son zèle pour le bien public, ... Marat, Les Pamphlets,Offrande à la Patrie, 1789, p. 32.
73. J'ai pu voir, après tant d'orages, la nation rendue à son antique loyauté, se rallier comme une famille autour d'un père chéri; j'aurai vu les factions s'éteindre, tous les cœurs se réunir dans l'intérêt de la patrie, et toutes les volontés se confondre dans le vœu du bonheur public, fondé sur la double base de l'amour du prince et du respect des lois. V. de Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 5, 1814, p. 199.
74. L'amour de nos rois, tel qu'il était chez les Français, était un sentiment religieux, comme l'amour divin; c'était une sorte de culte qui élevait l'âme et pouvait, comme l'honneur, commander tous les sacrifices d'intérêt personnel, de la vie même; c'est un tel sentiment qui peut servir de base à la société, mettre un lien commun entre les hommes du même pays. Maine de Biran, Journal,1814, pp. 11-12.
75. La miséricorde, qui est la même chose que la clémence, fait l'amour des sujets qui est le plus puissant corps de garde à la personne du Prince. V. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 505.
2. [La patrie (ou le pays), obj. ou suj. d'amour] L'amour de la patrie :
76. L'esprit militaire et l'amour de la patrie ont porté diverses nations au plus haut degré possible d'énergie; maintenant ces deux sources de dévouement existent à peine chez les Allemands pris en masse. G. de Staël, De l'Allemagne,t. 4, 1810, p. 274.
77. La vertu semble avoir des bornes. Cette grande hauteur, qu'ont atteinte certaines âmes, paraît en quelque sorte mesurée. Caton et Washington montrent où peut s'élever le plus beau, le plus noble de tous les sentiments, c'est l'amour du pays et de la liberté. Au-dessus on ne voit rien. P.-L. Courier, Pamphlets politiques,Simple Discours à l'occasion d'une souscription pour l'acquisition de Chambord, 1821, p. 81.
78. Adario, chef de la tribu de la Tortue, se lève : inaccessible à la crainte, insensible à l'espérance, ce sachem se distingue par un ardent amour de la patrie : implacable ennemi des Européens qui avoient massacré son père, mais les abhorrant encore plus comme tyrans de son pays, il parloit incessamment contre eux dans les conseils. F.-R. de Chateaubriand, Les Natchez,1826, p. 136.
79. Le chant populaire, assurément, ne plaisait point à ses voisins. Ils devinrent nerveux, agacés, et avaient l'air prêts à hurler comme des chiens qui entendent un orgue de Barbarie. Il s'en aperçut, ne s'arrêta plus. Parfois même il fredonnait les paroles [la Marseillaise, 1792] : Amour sacré de la patrie, / Conduis, soutiens, nos bras vengeurs, / Liberté, liberté chérie, / Combats avec tes défenseurs! G. de Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Boule de suif, 1880, p. 153.
Vieilli. L'amour patriotique :
80. Victime de l'amour patriotique, je vais donc servir d'exemple à ceux qui seraient jamais tentés de défendre les droits des nations. Peuple ingrat et frivole! Qui encense tes tyrans et abandonne tes défenseurs, je me suis dévoué pour toi; ... Marat, Les Pamphlets,Nouvelle dénonciation contre Necker, 1790, p. 120.
81. Et tous, Allemands ou Français, chacun de votre côté, pareillement dupes, vous avez cru de bonne foi que, pour vous seuls, cette guerre était une « guerre sainte »; et qu'il fallait, sans marchander, par amour patriotique, faire à « l'honneur » de votre nation, au « triomphe de la Justice », le sacrifice de votre bonheur, de votre liberté, de votre vie!... R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 697.
3. P. anal. [L'humanité, considérée comme communauté idéale] L'amour de l'humanité, (vieilli) l'amour humanitaire, l'amour des hommes :
82. J.-J. Rousseau passe pour avoir eu Madame la comtesse de Boufflers, et même (qu'on me passe ce terme) pour l'avoir manquée, ce qui leur donna beaucoup d'humeur l'un contre l'autre. Un jour, on disait devant eux que l'amour du genre humain éteignait l'amour de la patrie. « Pour moi, dit-elle, je sais, par mon exemple, et je sens que cela n'est pas vrai; je suis très bonne Française et je ne m'intéresse pas moins au bonheur de tous les peuples. − Oui, je vous entends, dit Rousseau, vous êtes Française par votre buste et cosmopolite du reste de votre personne. » Chamfort, Caractères et anecdotes,1794, p. 102.
83. Nous devons toujours au peuple qui nous a protégés longtemps une certaine reconnaissance; mais il n'y a plus de culte, plus d'enthousiasme. C'est maintenant plus que jamais que le patriotisme, avec les autres passions, doit se perdre, comme les ruisseaux dans l'océan, dans la grande passion de l'humanité. Voulez-vous déterminer votre choix? Cherchez les sentiments qui n'ont rien de personnel, rien d'intéressé, ceux surtout qui n'ont pas pour objet un individu, une classe, ceux qui ont le plus grand caractère de généralité. Plus on abstrait, plus on épure. Je n'ose pas vous conseiller de remonter plus haut que l'amour des hommes. J. Michelet, Journal,1820, p. 93.
84. Le docteur (...) reprit : − L'amour de l'humanité est un état pathologique d'origine sexuelle qui se produit fréquemment à l'époque de la puberté chez les intellectuels timides : le phosphore en excès dans l'organisme doit s'éliminer d'une façon quelconque. A. Maurois, Les Silences du colonel Bramble,1918, p. 29.
85. Que sera-ce, si l'on va aux états d'âme, si l'on compare entre eux ces deux sentiments, attachement à la patrie, amour de l'humanité? Qui ne voit que la cohésion sociale est due, en grand partie, à la nécessité pour une société de se défendre contre d'autres, et que c'est d'abord contre tous les autres hommes qu'on aime les hommes avec lesquels on vit? Tel est l'instinct primitif. Il est encore là, heureusement dissimulé sous les apports de la civilisation; mais aujourd'hui encore nous aimons naturellement et directement nos parents et nos concitoyens, tandis que l'amour de l'humanité est indirect et acquis. H. Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion,1932, p. 28.
86. Il se contraignait à secourir ceux qu'il aimait le moins. Au total, cet homme qui n'avait pas le droit d'aimer la femme semblait avoir reporté sur l'humanité entière ses possibilités de dévouement, d'amour et de sacrifice. Et, assistant à cette bataille, à ce véritable combat pour la sainteté, Decraemer en venait à se demander si véritablement le célibat du prêtre n'est pas une bonne chose, si ce n'est pas précisément ce suprême sacrifice qui permet de consacrer à tous les hommes un besoin de tendresse inemployé. M. Van der Meersch, Invasion 14,1935, p. 290.
C.− Cas partic., DR. INTERNAT. Traité d'amour et de paix. Synon. plus fréq. amitié*.
III.− L'amour comme lien affectif entre des personnes : l'amour entre les membres d'une même famille naturelle ou entre conjoints.
A.− [Les différents types d'amour] L'amour maternel, paternel, filial, fraternel :
87. Il paraît qu'il y a dans le cerveau des femmes une case de moins, et, dans leur cœur, une fibre de plus que chez les hommes. Il fallait une organisation particulière, pour les rendre capables de supporter, soigner, caresser des enfants. C'est à l'amour maternel que la nature a confié la conservation de tous les êtres; et, pour assurer aux mères leur récompense, elle l'a mise dans les plaisirs; et même dans les peines attachées à ce délicieux sentiment. Chamfort, Maximes et pensées,1794, p. 65.
88. Je trouve à ce sujet, dans l'Odyssée d'Homère, un sentiment bien touchant, c'est lorsque Télémaque compte au nombre de ses calamités celle de n'avoir point de frère. Le poëte, sensible et profond dans la connaissance de la nature, en mettant cette plainte dans la bouche du fils d'Ulysse, qui cherchait partout son père, avait sans doute senti que l'amour fraternel était une consonnance de l'amour filial. En effet, les enfants ont des ressemblances avec leurs pères et leurs mères, de telle sorte que les garçons, pour l'ordinaire, en ont plus avec leurs mères, et les filles avec leurs pères : la nature les croisant d'un sexe à l'autre pour en augmenter l'affection. J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, pp. 315-316.
89. ... elle n'a jamais voulu ni voir ni connaître celui qui devait lui donner la plus sainte et la plus forte des affections, l'amour d'une mère pour son enfant. F. Soulié, Les Mémoires du diable,t. 2, 1837, p. 307.
90. Quel amour que celui d'une mère!... Comme tout l'inquiète! Elle n'a plus de repos ni jour ni nuit; le moindre cri l'éveille; elle se lève, elle console le pauvre petit être; elle chante, elle rit; elle le berce et le promène; à sa moindre maladie, elle le veille; et cela des semaines et des mois, sans jamais se lasser. Ah! combien ce spectacle vous rend meilleur et vous fait encore mieux aimer les parents! Erckmann-Chatrian, Histoire d'un paysan,t. 2, 1870, p. 368.
91. Dieu lui-même penché sur l'amour éternelle La revoyait fleurir dans de pauvres hameaux. Père il considérait une amour maternelle Doublement partagée entre deux beaux jumeaux. Dieu lui-même penché sur l'amour solennelle La regardait fleurir au fin fond des hameaux. Père il considérait une amour fraternelle Déjà communiquée entre deux beaux jumeaux. Ch. Péguy, Ève,1913, p. 713.
92. Les liens de parenté sont bien plus forts. Ici la nature soutient le serment. Entre la mère et l'enfant l'union est d'abord intime; la séparation, après cette vie rigoureusement commune, n'est jamais que d'apparence; l'amour maternel est le plus éminent des sentiments égoïstes, ou, pour dire autrement, le plus énergique des sentiments altruistes, comme Comte l'a montré; ... Alain, Propos,1921, p. 282.
93. On ne conçoit pas un bien sans un toit, un toit sans un foyer, un foyer sans une famille, une famille sans entente, union, amour... Toute la concordance des êtres et des choses est là. J. de Pesquidoux, Le Livre de raison,t. 3, 1932, p. 125.
94. On parle de l'amour paternel ou maternel. Peuh! Qu'est-ce que ce mot « amour »? Bien trop ampoulé et étriqué à la fois pour dire le don total, détaillé, raffiné, dans chaque fibre et dans la masse, du cœur qu'un homme a fait mol et large, exprès pour que puissent s'y étirer à l'aise tous les mouvements de son enfant. J. Malègue, Augustin ou le Maître est là,t. 1, 1933, p. 160.
95. ... la paternité n'apparaît plus comme une simple fonction biologique plus ou moins renforcée par l'histoire, mais comme la suprême instance éducatrice. Elle symbolise la transcendance des valeurs, tandis que la maternité apprend à unir l'instinct le plus primitif à l'amour le plus désintéressé. (La chaleur affective dont les parents, normalement, entourent le jeune enfant, ce dévouement total, cette présence toujours favorable qu'ils tournent vers lui, resteront une des grandes nostalgies de l'âge adulte, ...) E. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 96.
P. ext. [L'amour fraternel considéré comme modèle du lien entre les hommes] :
96. Dans la cité de Dieu chacun aime ses frères comme soi-même, et c'est pourquoi nul n'est délaissé, nul n'y souffre, s'il est un remède à ses souffrances. Dans la cité de Dieu, tous sont égaux, aucun ne domine; car la justice seule y règne avec l'amour. F.-R. de Lamennais, Les Paroles d'un croyant,1834, p. 246.
B.− [Les personnes dans leur situation à l'égard de l'amour] :
97. Si la femme a pour son enfant des expressions si divines, qu'étoient-ce que les paroles de la mère d'un Dieu, d'une mère qui avoit vu mourir son fils sur la croix et qui le retrouvoit vivant d'une vie éternelle? Que devoient être aussi les paroles d'un fils et d'un Dieu? Quel amour filial, quels embrassements maternels! Un seul moment d'une pareille félicité suffiroit pour anéantir dans l'excès du bonheur tous les mondes. F.-R. de Chateaubriand, Les Natchez,1826, p. 178.
98. Je n'avais jamais senti qu'une passion dans mon petit être, l'amour filial; cette passion se continuait en moi; ma véritable mère y répondait tantôt trop, tantôt pas assez, (...) J'avais besoin d'une mère sage, et je commençais à comprendre que l'amour maternel, pour être un refuge, ne doit pas être une passion jalouse. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 3, 1855, pp. 149-150.
99. ... j'ai le sentiment qu'il y a dans ce visage quelque chose d'à part que la mort ne touchera pas. Et mon amour pour ma mère, qui a été le seul stable des amours de ma vie, est d'ailleurs si affranchi de tout lien matériel, qu'il me donne presque confiance, à lui seul, en une indestructible chose, qui serait l'âme; ... P. Loti, Le Roman d'un enfant,1890, p. 24.
100. Mais tout se passait, chez les Frontenac, comme s'il y avait eu communication entre l'amour des frères et celui de la mère, ou comme si ces deux amours avaient eu une source unique. Jean-Louis éprouvait, à l'égard de ses cadets, et même pour José que l'Afrique attirait, la sollicitude inquiète et presque angoissée de leur mère. F. Mauriac, Le Mystère Frontenac,1933, pp. 190-191.
101. J'estime que rien ne peut fausser davantage le caractère d'un enfant que de lui imposer un respect de commande pour des parents, dès que ceux-ci ne sont pas respectables. Ma mère, par contre, méritait ma vénération, et mon amour pour elle était presque de la dévotion. Quant à mon père, je cessai vite de le prendre au sérieux. A. Gide, Geneviève,1936, p. 1359.
102. On dirait que Corneille a poursuivi avec une sorte de rancune certaines images du dessèchement par la vieillesse, de la sclérose du cœur. L'animalité même de l'amour maternel n'est pas épargnée. C'est dans une de ses tragédies les moins bonnes, dans Théodore, qu'il dessine ce personnage admirable de Marcelle, la vieille et méchante reine qui a une fille qu'elle aime par-dessus tout, qu'elle couve comme une poule. R. Brasillach, Pierre Corneille,1938, p. 285.
103. Bénard était doux, affable, sensible; avec cela, premier partout. Et puis, sa maman se privait pour lui. Nos mères ne fréquentaient pas cette couturière mais elles nous parlaient d'elle souvent pour nous faire mesurer la grandeur de l'amour maternel; nous ne pensions qu'à Bénard : il était le flambeau, la joie de cette malheureuse; nous mesurions la grandeur de l'amour filial; tout le monde, pour finir, s'attendrissait sur ces bons pauvres. Pourtant, cela n'eût pas suffi : la vérité, c'est que Bénard ne vivait qu'à demi; ... J.-P. Sartre, Les Mots,1964, p. 188.
C.− [Avec, le cas échéant, la suggestion d'un lien physique] L'amour conjugal, mariage d'amour :
104. De l'amour dans le mariage. C'est dans le mariage que la sensibilité est un devoir : dans toute autre relation la vertu peut suffire; mais dans celle où les destinées sont entrelacées, où la même impulsion sert pour ainsi dire aux battements de deux cœurs, il semble qu'une affection profonde est presque un lien nécessaire. La légèreté des mœurs a introduit tant de chagrins entre les époux, que les moralistes du dernier siècle s'étoient accoutumés à rapporter toutes les jouissances du cœur à l'amour paternel et maternel, et finissoient presque par ne considérer le mariage que comme la condition requise pour jouir d'avoir des enfants. Cela est faux en morale, et plus faux encore en bonheur. G. de Staël, De l'Allemagne,t. 4, 1810, pp. 367-368.
105. Aux témoignages si fréquens qu'ils se donnaient de leur mutuelle tendresse, tous deux mêlaient de douces exhortations à avancer ensemble sur le chemin de la perfection : cette sainte émulation les fortifiait et les maintenait dans le service de Dieu : ils savaient ainsi puiser, au sein de l'ardent amour qui les unissait, le sentiment et le charme de l'amour suprême. Le caractère grave et pur de leur affection se révélait surtout par la touchante habitude qu'ils conservèrent toujours de s'appeler frère et sœur, même après leur mariage, comme pour perpétuer le souvenir de leur enfance passée ensemble, ... Ch. de Montalembert, Hist. de sainte Élisabeth de Hongrie,1836, p. 42.
106. On n'a jamais vérifié le rôle que joue l'amour physique dans l'attachement des femmes honnêtes pour leurs maris. Quelquefois, les maris le savent si bien que pour punir leurs épouses, ils restent quelques jours sans coucher avec elle et les font ainsi − et cela sans un reproche, sans une parole − venir à résipiscence. E. et J. de Goncourt, Journal,oct. 1875, p. 1084.
107. jupiter. − Jusqu'au ciel se déguise, à l'heure où nous sommes. alcmène. − Homme peu perspicace, si tu crois que la nuit est le jour masqué, la lune un faux soleil, si tu crois que l'amour d'une épouse peut se déguiser en amour du plaisir. jupiter. − L'amour d'une épouse ressemble au devoir.Le devoir à la contrainte. La contrainte tue le désir. alcmène. − Tu dis? Quel nom as-tu prononcé là? jupiter. − Celui d'un demi-dieu, celui du désir. alcmène. − Nous n'aimons ici que les dieux complets. Nous laissons les demi-dieux aux demi-jeunes filles et aux demi-épouses. jupiter. − Te voilà impie, maintenant? alcmène. − Je le suis parfois plus encore, car je me réjouis qu'il n'y ait pas dans l'Olympe un dieu de l'amour conjugal. Je me réjouis d'être une créature que les dieux n'ont pas prévue... J. Giraudoux, Amphitryon,1929, I, 6, pp. 63-65.
108. À la fin de leur vie, les amants illustres qui coururent les routes, George Sand et Musset, et Chopin, Liszt, Mmed'Agoult, peut-être ne se souvenaient-ils plus que de chamailleries dans de tristes chambres d'hôtel. Combien peu d'amours trouvent en elles-mêmes assez de force pour demeurer sédentaires! Et c'est pourquoi l'amour conjugal, qui persiste à travers mille vicissitudes, me paraît être le plus beau des miracles, quoiqu'il en soit le plus commun. Après beaucoup d'années, avoir encore tant de choses à se dire, des plus futiles aux plus graves, sans choix, sans désir d'étonner ni d'être admiré, quelle merveille! F. Mauriac, Journal 1,1934, p. 25.
109. Georges encore... aurait des excuses... après vingt ans de mariage l'amour change de forme. Il existe une parenté entre époux qui rendrait certaines choses très gênantes, très indécentes, presque impossibles. J. Cocteau, Les Parents terribles,1938, I, 2, pp. 194-195.
110. Bien qu'elle eût lu quelques romans, qu'elle allât quelquefois au théâtre voir des pièces assez risquées, elle ne s'était jamais imaginé le moins du monde les émois et les transports qui peuvent jeter une femme dans les bras d'un homme. Ce qu'elle connaissait de l'amour était exclusivement le rapport de mari et femme. Or, ce rapport ne comportait absolument rien de passionnel, bien qu'il engendrât la plus grande émotion et qu'il se développât en une affection sans limites et sans fin. P. Drieu La Rochelle, Rêveuse bourgeoisie,1939, p. 120.
IV.− L'amour considéré comme lien passionnel entre deux personnes.
A.− [La passion de l'amour comme telle] Aimer d'amour :
111. Ce que nous appelons proprement amour parmi nous, est un sentiment dont la haute Antiquité a ignoré jusqu'au nom. Ce n'est que dans les siècles modernes qu'on a vu former ce mélange des sens et de l'ame, cette espèce d'amour, dont l'amitié est la partie morale. C'est encore au christianisme que l'on doit ce sentiment perfectionné; c'est lui, qui tendant sans cesse à épurer le cœur, est parvenu à jeter de la spiritualité jusques dans le penchant qui en paroissoit le moins susceptible. F.-R. de Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 1, 1803, p. 373.
112. Nous n'envisageons l'amour que comme une passion de la même nature que toutes les passions humaines, c'est-à-dire ayant pour effet d'égarer notre raison, ayant pour but de nous procurer des jouissances. Les Allemands voient dans l'amour quelque chose de religieux, de sacré, une émanation de la divinité même, un accomplissement de la destinée de l'homme sur cette terre, un lien mystérieux et tout-puissant, entre deux ames qui ne peuvent exister que l'une pour l'autre. Sous le premier point de vue, l'amour est commun à l'homme et aux animaux. Sous le second, il est commun à l'homme et à Dieu. B. Constant, Wallstein,1809, p. XLIV.
113. Mais si vous êtes une nature exaltée, croyant à des rêves et voulant les réaliser, je vous réponds alors tout net : l'amour n'existe pas. Car j'abonde dans votre sens, et je vous dis : aimer, c'est se donner corps et âme, ou, pour mieux dire, c'est faire un seul être de deux. A. de Musset, La Confession d'un enfant du siècle,1836, p. 57.
114. Quand on aime, on aime tout. Tout se voit en bleu quand on porte des lunettes bleues. L'amour, comme le reste, n'est qu'une façon de voir et de sentir. C'est un point de vue un peu plus élevé, un peu plus large; on y découvre des perspectives infinies et des horizons sans bornes. G. Flaubert, Correspondance,1846, p. 264.
115. − Voulez-vous me définir l'amour, mon cher? − Parfaitement, − dit Demailly. − L'amour est − l'amour. − Non, − dit Lamperière. − L'amour est la femme. − C'est une opinion, − fit Grancey. − L'amour?... un fluide! − dit de Rémonville, − un phénomène d'électricité... Il y a des femmes laides qui dégagent l'amour. − Ne disons pas de mal des femmes laides, − dit Franchemont. − Quand une femme laide est jolie, elle est charmante! − En tout cas, − dit Grancey, − c'est une bien jolie imagination : c'est l'âme de tout ce qui n'est pas vrai. E. et J. de Goncourt, Charles Demailly,1860, p. 195.
116. « L'amour, commença Phrasilas, est un mot qui n'a pas de sens ou qui en a trop, car il désigne tour à tour deux sentiments inconciliables : la volupté et la passion. Je ne sais dans quel esprit Faustine l'entend. − Je veux, interrompit Chrysis, la volupté pour ma part et la passion chez mes amants. Il faut parler de l'une et de l'autre, ou tu ne m'intéresseras qu'à demi. − L'amour, murmura Philodème, ce n'est ni la passion ni la volupté. L'amour c'est bien autre chose... » P. Louÿs, Aphrodite,1896, pp. 134-135.
117. Le bien, c'est le bonheur, et surtout c'est l'amour, − l'amour, par où chacun de nous peut franchir sa limite, se confondre avec un autre être, et, par lui, avec l'universel. Voyez-vous, Marsal, l'intelligence, elle, se fait d'âge à âge, elle est à peine ébauchée. L'amour, lui, c'est une possession instantanée, mais pleine, mais surabondante, de tout ce qui nous dépasse. C'est notre minute d'éternité. P. Bourget, Le Sens de la mort,1915, p. 281.
118. ... quand il s'agit de donner une définition d'un amour qui, d'une façon mystérieuse, mais non moins certaine, transcende la sensation, l'on est terriblement embarrassé; et cependant, il y a − et comme tous les grands Anglais, certains Allemands, l'ont su et senti − dans l'amour autre chose que ces floraisons brusques, ces tempêtes, ces coups de vent; il y a ce sentiment composite et comme indestructible, dans lequel joue non point du tout seulement ce qu'au moment même on éprouve, mais aussi tout ce qu'on a éprouvé, et non moins cette insaisissable garantie d'avenir : ... Ch. Du Bos, Journal,mars 1925, p. 333.
119. ... « Si une idée paraît avoir échappé jusqu'à ce jour à toute entreprise de réduction, avoir tenu tête aux plus grands pessimistes, nous pensons que c'est l'idée d'amour, seule capable de réconcilier tout homme, momentanément ou non, avec l'idée de vie. Ce mot : amour, auquel les mauvais plaisants se sont ingéniés à faire subir toutes les généralisations, toutes les corruptions possibles (amour filial, amour divin, amour de la patrie, etc.), inutile de dire que nous le restituons ici à son sens strict et menaçant d'attachement total à un être humain, fondé sur la reconnaissance impérieuse de la vérité, de notre vérité « dans une âme et dans un corps » qui sont l'âme et le corps de cet être. » A. Breton, Les Manifestes du Surréalisme,1930, pp. 172-173.
120. L'amour n'aime pas en vue d'une récompense, puisqu'il cesserait alors par le fait même d'être l'amour; mais il ne faut pas non plus lui demander d'aimer en renonçant à la joie que lui donne la possession de son objet, car cette joie lui est coessentielle; l'amour accepterait de ne plus être l'amour s'il renonçait à la joie qui l'accompagne. Tout amour vrai est donc à la fois désintéressé et récompensé; disons plus, il ne peut être récompensé que s'il est désintéressé, puisque le désintéressement est son essence même. Qui ne cherche dans l'amour d'autre prix que l'amour reçoit la joie qu'il donne; qui cherche dans l'amour autre chose que l'amour perd à la fois l'amour et la joie qu'il donne. L'amour ne peut donc exister que s'il ne demande point de salaire, mais il lui suffit d'être, pour être payé. É. Gilson, L'Esprit de la philosophie médiévale,t. 2, 1932, p. 77.
121. « Aimer, aimer... je vais apprendre le verbe « désaimer ». Ce sera un peu difficile. Et il faudra beaucoup m'aider, petite amie. L'amour s'attrape comme une maladie et la sagesse s'apprend... » J. Bousquet, Traduit du silence,1935-1936, p. 255.
122. ... il fut enfin capable de jugement, il se dit qu'il avait manqué l'amour, cette complicité de rire, d'érotisme, de secrets partagés, de passé et d'espoir, cette union pareille à un inceste permis, ce lien fort comme un lien venu de l'enfance et du sang, ... P. Nizan, La Conspiration,1938, p. 194.
123. L'extase n'est pas amour : l'amour est possession à laquelle est nécessaire l'objet, à la fois possesseur du sujet, possédé par lui. Il n'y a plus sujet égale objet, mais « brèche béante » entre l'un et l'autre et dans la brèche, le sujet, l'objet sont dissous, il y a passage, communication, mais non de l'un à l'autre : l'un et l'autre ont perdu l'existence distincte. G. Bataille, L'Expérience intérieure,1943, p. 96.
124. eugénie. − Aix, avant votre venue était vraiment la ville de l'amour. La moitié du chemin que font les Aixois dans la vie était dédié à l'amour. Quel beau réseau, quel beau lacis, si leurs pas marquaient!... Suivre un Aixois ou une Aixoise, c'était aller dans la journée vers l'amour! lucile. − Quel nom tu donnes à ce passe-temps! eugénie. − C'est le nom. On appelle amour le désir, la poursuite, le don, la jalousie, la béatitude et le désespoir. lucile. − Moi pas. J'appelle amour ce qui n'a pas d'autre nom. J. Giraudoux, Pour Lucrèce,1944, I, 2, p. 22.
Expr. [Avec gén. un cont. ou une nuance relig.] L'amour est fort comme la mort. Personne n'échappe à la mort; p. ext. l'amour est une force comparable à la mort, d'où l'expression l'amour est plus fort que la mort (supra I) :
125. ... la nature avait voulu nous montrer, et de main de maître, les persévérances étranges, indomptables, qu'elle donne à la vie. « L'amour est fort comme la mort ». Qui dit cela? C'est la Bible [Cantique des Cantiques, VIII, 6]. Oui, et c'est aussi la Bible éternelle. Or, qui plus que l'amour consacre la vie, la rend émouvante, respectable et sainte? J. Michelet, L'Insecte,1857, p. 25.
1. [L'amour et ses spécifications]
a) [Les types d'amour] La passion, le sentiment de l'amour; l'amour physique, platonique; l'amour de cœur, de tête :
126. Il y a quatre amours différents : 1 l'amour-passion, celui de la religieuse portugaise, celui d'Héloïse pour Abélard, celui du capitaine de Vésel, du gendarme de Cento. 2 L'amour-goût, celui qui régnait à Paris vers 1760, et que l'on trouve dans les mémoires et romans de cette époque, dans Crébillon, Lauzun, Duclos, Marmontel, Chamfort, Mmed'Épinay, etc., etc. (...). 3 L'amour-physique. À la chasse, trouver une belle et fraîche paysanne qui fuit dans le bois. Tout le monde connaît l'amour fondé sur ce genre de plaisirs : quelque sec et malheureux que soit le caractère, on commence par-là à seize ans. 4 L'amour de vanité. L'immense majorité des hommes, surtout en France, désire et a une femme à la mode, comme on a un joli cheval, comme chose nécessaire au luxe d'un jeune homme. Stendhal, De l'Amour,1822, pp. 5-6.
127. De sa loge à l'Opéra, ses yeux froids plongeaient tranquillement sur le corps de ballet. Pas une œillade ne partait pour ce capitaliste de ce redoutable essaim de vieilles jeunes filles et de jeunes vieilles femmes, l'élite des plaisirs parisiens. Amour naturel, amour postiche et d'amour-propre, amour de bienséance et de vanité; amour-goût, amour décent et conjugal, amour excentrique, le baron avait acheté tout, avait connu tout, excepté le véritable amour. Cet amour venait de fondre sur lui comme un aigle sur sa proie, ... H. de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes,1847, p. 90.
128. Là-dessus, on en vient au plus grand malheur de ce temps-ci, qui est dans la femme et surtout dans le caractère de l'amour moderne. Ce n'est plus l'amour tranquille, calme, presque hygiénique de l'Antiquité. La femme n'est plus considérée comme une pondeuse et une jouissance d'agrément. Nous avons bâti sur elle comme un idéal de toutes nos aspirations. Nous en avons fait le nid et l'autel de toutes sortes de sensations douloureuses, aiguës, délirantes, épicées. E. et J. de Goncourt, Journal,mai 1864, p. 47.
129. Laurence avait eu peur, en effet. Comme beaucoup d'honnêtes femmes, elle pensait que l'amour platonique est une distraction parfaitement licite, où les maris n'ont rien à voir. Elle s'était bercée de l'espoir que l'amour de ce jeune homme, si sérieux et si bien élevé, planerait constamment dans des régions angéliques et immatérielles; qu'entre eux la passion resterait pure, et que le désir des choses défendues, pareil à une hirondelle infatigable, volerait toujours au-dessus de leurs têtes sans jamais y poser son aile. A. Theuriet, La Maison des deux barbeaux,1879, p. 98.
130. Je ne sais si ce que vous appelez l'amour du cœur, l'amour des âmes, si l'idéalisme sentimental, le platonisme enfin, peut exister sous ce ciel; j'en doute même. Mais l'autre amour, celui des sens, qui a du bon, et beaucoup de bon, est véritablement terrible en ce climat. G. de Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, Marroca, 1882, pp. 785-786.
131. ... le premier effet de l'amour est de supprimer, entre ceux qu'il domine, les lois et les convenances de cette civilisation. Tous les autres appétits sont plus ou moins contenus par les barrières sociales. (...) L'amour seul est demeuré irréductible, comme la mort, aux conventions humaines. Il est sauvage et libre, malgré les codes et malgré les modes. La femme qui se déshabille pour se donner à un homme, dépouille avec ses vêtements toute sa personne sociale; elle redevient, pour celui qu'elle aime, ce qu'il redevient, lui aussi, pour elle, la créature naturelle et solitaire dont aucune protection ne garantit le bonheur, dont aucun édit ne saurait écarter le malheur. Le monde du cœur et le monde des sens, − ces deux domaines où l'amour habite, − restent inaccessibles au législateur. Il s'accomplit là des infamies qu'aucune sanction humaine ne peut atteindre; il s'y manifeste des héroïsmes qu'aucune gloire humaine ne couronne. Chacun des deux amants ne peut en appeler de ce qu'il subit qu'à la nature, ... P. Bourget, Nouveaux Essais de psychologie contemporaine,1885, p. 29.
132. L'amour romantique date du Moyen Âge (...) L'amour romantique se distingue par l'intensité du sentiment. Il s'adresse à un absent ou à une absente, à une fiancée, à un amant, à un être intermittent qui ne partage pas votre vie et que des obstacles ou un peu d'éloignement rendront plus séduisant. J. Chardonne, Attachements,1943, p. 23.
133. « Il n'y a que les chrétiens pour avoir imaginé l'amour platonique. C'est que le christianisme a divisé l'homme, opposant l'âme noble au corps vil. L'homme total aimera dans sa chair et son âme enfin réunies, inséparables, consubstantielles ». R. Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 107.
134. Les fautes charnelles apprennent à certains ce qu'ils n'auraient jamais pu savoir autrement, et j'entends cela d'une façon largement humaine et non pas seulement érotique. L'expérience de l'amour physique dépasse infiniment le corps; elle englobe un monde qu'il est précieux d'avoir connu et où beaucoup de bien se mêle à beaucoup de mal. J'ai l'air de faire l'apologie du plaisir, ce qui n'est pas du tout mon propos, mais j'ai connu des gens très sensuels, hommes et femmes, qui avaient un sens de l'humain beaucoup plus développé que des âmes manifestement vertueuses et innocentes. Connaître, dans le sens charnel que lui prête la Bible, n'est pas du tout un vain mot. J. Green, Journal,1946, pp. 42-43.
135. Aimer n'est rien, il faut être aimé! L'amour solitaire n'est pas digne de son nom, l'amour sans réponse s'épuise en vain vers sa forme! Mais qu'il soit réciproque, au contraire, et la loi de la nature le fera durable! A. Camus, Le Chevalier d'Olmedo,adapté de F. Lope de Vega, 1957, 1rejournée, 1, p. 719.
b) [Les situations ou occasions d'amour] Un premier, un nouvel amour :
136. « Plus tard, détrompée de cet amant et de tous les hommes, l'expérience de la triste réalité a diminué chez elle le pouvoir de la cristallisation, la méfiance a coupé les ailes à l'imagination. À propos de quelque homme que ce soit, fût-il un prodige, elle ne pourra plus se former une image aussi entraînante; elle ne pourra donc plus aimer avec le même feu que dans la première jeunesse. Et comme en amour on ne jouit que de l'illusion qu'on se fait, jamais l'image qu'elle pourra se créer à vingt-huit ans n'aura le brillant et le sublime de celle sur laquelle était fondé le premier amour à seize, et le second amour semblera toujours d'une espèce dégénérée. » Stendhal, De l'Amour,1822, p. 21.
137. Je ne suis pas de ceux qui rient d'un amour perdu. J'ai éprouvé qu'un amour ne se remplace pas par un autre amour. Le second fait tort au troisième, le troisième au quatrième; ils s'affaiblissent l'un l'autre comme un écho, comme le cercle fragile qui ride l'onde agitée par la pierre d'un enfant. Surtout il est une femme qu'on ne remplace jamais, c'est la seconde femme que l'on aime. J. Janin, L'Âne mort et la femme guillotinée,1829, pp. 79-80.
138. − Il vit par hasard dans le monde, où il allait très-peu, une jeune fille fort belle, mais sans fortune. − Par hasard aussi il en devint éperdument amoureux; c'était son premier amour véritable. Or, un premier amour de débauché, c'est, on le sait, la passion la plus frénétique, la plus violente qu'on puisse imaginer. E. Sue, Atar Gull,1831, p. 11.
139. ... la respectueuse estime dont jouissait Charles, l'entière affection de cet homme, qui répondit par un amour unique à un unique amour, tout avait réconcilié cette pauvre femme avec la vie. H. de Balzac, Modeste Mignon,1844, p. 26.
140. Je n'ai pas pensé que je cesserais un jour de t'être fidèle, puisqu'à tout jamais j'avais compris ta pensée et la pensée que tu existes, que tu ne cesses d'exister qu'avec moi. J'ai dit à des femmes que je n'aimais pas que leur existence dépendait de la tienne. Et la vie, pourtant, s'en prenait à notre amour. La vie sans cesse à la recherche d'un nouvel amour, pour effacer l'amour ancien, l'amour dangereux, la vie voulait changer d'amour. P. Éluard, Donner à voir,1939, p. 47.
Le grand amour, l'amour parfait; filer le parfait amour :
141. Tu m'as accusé de ne pas t'aimer, et ce reproche m'est bien amer, puisque ce qui me tourmente, et ce qui t'importune, c'est mon trop d'amour. Adèle, il est donc vrai que tu aurais été plus heureuse d'être aimée par quelque être tranquille et froid, qui n'eût connu ni la chaste susceptibilité, ni les délicates jalousies d'un grand amour? V. Hugo, Lettres à la fiancée,1822, p. 222.
142. ... dans un grand amour on n'est jamais deux, mais trois et (...) ce troisième qui est l'être fait de notre plus précieuse substance sentimentale et né de l'union des deux peut finir par devenir plus important que chacun des deux pris isolément; et c'est ce que j'entends par ce que j'appelle la responsabilité dans l'amour : la responsabilité est vis-à-vis de l'être à la fois issu de nous et qui nous est supérieur, et les scènes, les désaccords. les moments où chacun des deux tire de son côté, ce fardeau d'une cécité réciproque que l'amour a tant de peine à éviter, sont toujours ressentis par moi comme essentiellement dirigés contre l'amour même. Ch. Du Bos, Journal,mars 1923, p. 241.
143. J'ai lu le raisonnement suivant de MmeAurel, que je mets en syllogisme pour être plus court : « Il n'y a rien de plus beau qu'une belle lettre d'amour. − Les plus belles lettres d'amour sont écrites par des femmes. − Donc le jour où les femmes feront imprimer des lettres d'amour de 300 pages in-18 sous couverture jaune-paille, elles auront écrit les plus beaux livres du monde. » Attendons. Mais jusqu'à présent tout au moins ce n'a pas été du tout la même chose. Un grand et parfait amour, un chef-d'œuvre sentimental, demandent des âmes orientées d'une certaine façon, et qui s'y donnent entières. Aucun grand artiste ne paraît avoir réalisé un de ces amours absolus : ... A. Thibaudet, Réflexions sur la littérature,1936, p. 65.
Au plur. Les amours de qqn. Les épisodes successifs d'un même amour; série des expériences d'amour avec ou entre des partenaires différents :
144. Elle entra d'un air d'amitié qui me ravit. Nous causâmes de ses amours avec Delarbre. Elle ne convint pas de l'avoir aimé; mais elle s'étendit sur les marques d'une véritable tendresse qu'il lui avait données. N.-E. Restif de La Bretonne, Monsieur Nicolas,1796, p. 21.
145. Si l'on compare les amours d'Ulysse et de Pénélope à celles d'Adam et d'Eve, on trouve que la simplicité d'Homère est plus ingénue, celle de Milton plus magnifique. F.-R. de Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 1, 1803, p. 322.
146. Tous ces amours de Werther, Paul, Roméo, Des Grieux, paraissent aux femmes très profonds et inimitables, mais cela vient de ce qu'ils furent malheureux. A. de Vigny, Le Journal d'un poète,1832, p. 956.
147. Il attendait, un bouquet de violettes à la main, le moment où Georgina sortirait des coulisses. Vue de près, la trouva-t-il moins exciting? Les innombrables amours de notre Don Juan, s'il y fait sans peine allusion, il ne divulgue pas l'identité de ses partenaires. J.-É. Blanche, Mes modèles,1928, p. 221.
À tes (vos) amours. Souhait adressé à son vis-à-vis au moment de trinquer :
148. Le garçon apporta le mousseux d'un pas guilleret et enleva le bouchon avec de grands airs. Il serva, on trinquit. − À ta chance, à tes amours, dit Petit-Pouce. − À ta prochaine embauche, dit Paradis. R. Queneau, Pierrot mon ami,1942, p. 127.
Loc. En amour. Dans une situation d'amour :
149. En amour, il suffit de se plaire par ses qualités aimables et par ses agréments; mais en mariage, pour être heureux, il faut s'aimer, ou, du moins, se convenir par ses défauts. Chamfort, Maximes et pensées,1794, p. 64.
150. Vous rencontrez une jolie femme galopant dans le parc et le rival est fameux par ses beaux chevaux qui lui font faire dix milles en cinquante minutes. Dans cet état la fureur naît facilement; l'on ne se rappelle plus qu'en amour, posséder n'est rien, c'est jouir qui fait tout; ... Stendhal, De l'Amour,1822, pp. 106-107.
151. De Ryons a eu et aura des maîtresses. Mais, en amour, posséder n'est rien, c'est à se donner que consiste le bonheur, et de Ryons ne le peut pas. P. Bourget, Nouveaux Essais de psychologie contemporaine,1885, p. 49.
152. ... Racine veut que sa dénonciation atteigne un autre aspect de la passion humaine. Si le sang ne lie pas à Hippolyte la femme de Thésée, il suffit que l'infortunée se croie incestueuse pour l'être en effet; en amour, c'est souvent la loi qui crée le crime. F. Mauriac, La Vie de Jean Racine,1928, p. 133.
153. ... l'élégance morale fait partie de la coquetterie de certains hommes en amour. Tout comme la femme cherche à être belle pour plaire, l'homme cherche à être admirable. La femme qu'il aime doit se prêter à ce jeu. Si elle se montrait sceptique, si elle soulignait chez son amant certaines faiblesses ou certaines contradictions, elle serait aussi maladroite, d'une clairvoyance aussi inutilement cruelle, que l'homme qui signalerait à sa maîtresse des rides ou un double menton. J. Romains, Les Hommes de bonne volonté,Le 6 octobre, 1932, p. 152.
Proverbes Froides mains, chaudes amours; vivre d'amour et d'eau fraîche; malheureux au jeu, heureux en amour :
154. Vivre d'amour et d'eau fraîche. Se dit ironiquement − dans l'argot de Breda-Street − de l'amour pur, désintéressé, sincère, celui ... [des] nids de tourterelles. A. Delvau, Dict. de la langue verte,1867, p. 501.
155. « Je n'ai pas de veine, ce soir. » disait-il à son partenaire. Mais il s'en foutait! Une odeur de femme, douceâtre, le grisait; des images obscènes lui brouillaient les yeux, une bouffée de sang lui montait au visage, et, ouvrant sa chemise, il découvrait son cou solide de porteur. « Malheureux au jeu, heureux en amour, » pensait-il. E. Dabit, L'Hôtel du Nord,1929, p. 58.
2. [L'amour en tant qu'il se traduit par des gestes, des attitudes, des manifestations ou moments divers] Les signes de l'amour; lettre d'amour, languir d'amour :
156. ... l'humeur et le dépit sont autant les signes de l'amour que la tendresse. Quand on n'aime plus tout est calme et ce silence du cœur est celui de la tombe. Ch.-J. de Chênedollé, Extraits du journal,1815, p. 78.
157. ... c'est dans les riens, dans les mots, dans les regards que l'amour se décèle. Les plus fortes preuves de l'amour sont une foule de choses imperceptibles pour tout autre que l'être aimé. V. Hugo, Lettres à la fiancée,1822, p. 254.
158. ... Eugénie était assise sur le petit banc de bois où son cousin lui avait juré un éternel amour, et où elle venait déjeuner quand il faisait beau. La pauvre fille se complaisait en ce moment, par la plus fraîche, la plus joyeuse matinée, à repasser dans sa mémoire les grands, les petits événements de son amour, et les catastrophes dont il avait été suivi. H. de Balzac, Eugénie Grandet,1834, p. 238.
159. Il ne quitta pas si vite ce cœur où il était enfermé tout entier, ni ce corps qui appelait tous ses sens, et, quand elle passait ses mains dans les siennes, parfois il tressaillait encore, se plaisant toujours aux vieilles joies des voluptés qui avaient perdu leur grandeur. La régularité du plaisir et la satisfaction du besoin physique remplacèrent la fièvre de l'amour, ses frénésies terribles et ses mélancolies bienheureuses; ... G. Flaubert, La Première éducation sentimentale,1845, p. 212.
160. ... un gai rayon clair, passant à travers les rideaux, courait sur les boucles blondes de la jeune fille, sur les pétales de la rose épanouie et sur la tête de Gérard, incliné devant celle qu'il aimait. Dans un coin, l'austère chevalier contemplait cette scène d'amour, écoutait le bruit des caresses et sentait un singulier enrouement le prendre à la gorge... A. Theuriet, Le Mariage de Gérard,1875, p. 218.
161. L'amour humain ne se distingue du rut stupide des animaux que par deux fonctions divines : la caresse et le baiser. P. Louÿs, Aphrodite,1896, p. 106.
162. ... un amour auquel s'annexaient tous ces épisodes, des visites aux musées, des soirées au concert, toute une vie compliquée qui permet des correspondances, des conversations, un flirt préliminaire aux relations elles-mêmes, ... M. Proust, À la recherche du temps perdu,La fugitive, 1922, p. 554.
163. Chimène ne peut pas ressentir pour Rodrigue la haine qu'elle doit au meurtrier de son père, et elle le dit. Ni Corneille ni Racine n'ont usé communément de la litote dans leurs scènes de déclaration d'amour : je ne vois guère qu'Hippolyte et Aricie, qui emploient ce genre d'agréables énigmes que je trouve charmantes, mais qui évidemment me touchent moins le cœur que le torrent verbal et l'explosion directe de Phèdre et le j'aime! cri d'une bouche ouverte comme une blessure. Ni dans Shakespeare ni dans Hugo l'amour ne procède par litote. Ni dans Claudel. A. Thibaudet, Réflexions sur la littérature,1936, p. 133.
164. ... nous pouvions voir comme la défaite et ses conséquences avaient ébranlé les nerfs des femmes. On remarquait chez beaucoup une parfaite absence de pudeur. Ce ne serait rien que ces protestations d'amour où des mots de romance épanchaient leur musique banale, mais les sensuelles écrivaient d'effroyables lettres, que les censeurs allemands se passaient de main en main avec de longs commentaires. F. Ambrière, Les Grandes Vacances,1946, p. 98.
En partic. La rencontre d'amour, l'acte sexuel. Faire l'amour, les plaisirs de l'amour, le jeu d'amour :
165. On a de l'amour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari; jadis, on languissait, on brûlait, on mourait d'amour; aujourd'hui on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on l'achète. Dict. des gens du monde,t. 1, 1818.
166. Chez Flaubert, la Lagier (...) nous expose ses théories transcendentales sur la jouissance. Une femme, selon elle, ne peut jouir qu'avec les gens au-dessous d'elle, parce qu'avec un homme propre, il y a toujours un reste de pudeur, une préoccupation de sa pose, un souci de la jouissance du partner. Tout cela gêne, occupe, préoccupe et dérange, au lieu qu'avec un misérable, un homme de rien, on lui fait faire l'amour comme on lui fait fendre son bois. E. et J. de Goncourt, Journal,nov. 1862, p. 1172,
167. Mais en femme agréable et qui fuit le ton des bas bleus. elle se gardait de parler de la question d'Orient aux premiers ministres aussi bien que de l'essence de l'amour aux romanciers et aux philosophes. « L'amour? avait-elle répondu une fois à une dame prétentieuse qui lui avait demandé : « Que pensez-vous de l'amour? » L'amour? Je le fais souvent, mais je n'en parle jamais. » M. Proust, À la recherche du temps perdu,Le Côté de Guermantes 1, 1920, p. 195.
168. Là-bas, l'amour, non, ça n'est pas du tout le même que le vôtre. Là-bas, c'est un acte silencieux, à la fois sacré et naturel. Profondément naturel. Il ne s'y mêle aucune pensée, d'aucune sorte, jamais. Et la recherche des plaisirs, qui est toujours plus ou moins clandestine ici, eh bien, là-bas, elle est aussi légitime que la vie, et, comme la vie, comme l'amour, elle est naturelle et sacrée. R. Martin du Gard, Les Thibault,La Belle saison, 1923, pp. 1002-1003.
169. Nous avions l'attitude et nous faisions les gestes de l'amour et je sentais monter en moi contre elle une incompréhensible et sauvage rancune. Pourtant nous nous séparâmes tendrement et sur un baiser. A. Maurois, Climats,1928, p. 111.
170. Il ne peut plus faire l'amour? Mais il l'a fait. Avoir fait l'amour, c'est beaucoup mieux que de le faire encore; avec le recul on juge, on compare et réfléchit. J.-P. Sartre, La Nausée,1938, p. 95.
171. Dès sept heures moins le quart, il fut au Dupont-Latin. À une table voisine, un garçon de l'âge de Frédéric attendait une jeune fille. Quand elle franchit la porte, leur sourire bouleversa Frédéric. Ceux-là n'avaient pas besoin d'apprendre le jeu d'amour; rien que dans la manière dont ils se disaient bonsoir, il discerna une caresse, un aveu, l'expression d'un désir; comme il enviait l'aisance de ce sourire! R. Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 242.
172. J'éprouvais, en dehors du plaisir physique et très réel que me procurait l'amour, une sorte de plaisir intellectuel à y penser. Les mots « faire l'amour » ont une séduction à eux, très verbale, en les séparant de leur sens. Ce terme de « faire », matériel et positif, uni à cette abstraction poétique du mot « amour », m'enchantait. F. Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 137.
173. Je riais de mes discours et de mes plaidoiries. Plus encore de mes plaidoiries, d'ailleurs, que de mes discours aux femmes. À celles-ci, du moins, je mentais peu. L'instinct parlait clairement, sans faux-fuyants, dans mon attitude. L'acte d'amour, par exemple, est un aveu. L'égoïsme y crie, ostensiblement, la vanité s'y étale, ou bien la vraie générosité s'y révèle. A. Camus, La Chute,1956, p. 1507.
174. ... Bourget, Alphonse Daudet, Marcel Prévost, Maupassant, les Goncourt (...) complétèrent mon éducation sexuelle, mais sans beaucoup de cohérence. L'acte d'amour durait parfois toute une nuit, parfois quelques minutes, il paraissait tantôt insipide, tantôt extraordinairement voluptueux; il comportait des raffinements et des variations qui me demeuraient tout à fait hermétiques. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 111.
Locutions
En signe d'amour. Comme preuve d'amour :
175. Le guerrier vainqueur du monstre recevoit une part de la victime plus grande que celle des autres; et, lorsque, gonflé de nourriture il ne se pouvoit plus repaître, sa femme, en signe d'amour, le forçoit encore d'avaler d'horribles lambeaux qu'elle lui enfonçoit dans la bouche. F.-R. de Chateaubriand, Les Natchez,1826, p. 242.
(Agir) par amour (pour qqn). Avec des sentiments inspirés par l'amour :
176. ... Ondouré accusa le guerrier blanc d'avoir voulu faire mourir sa fille, par dégoût pour Céluta, et par amour pour une autre femme. F.-R. de Chateaubriand, Les Natchez,1826p. 330.
177. Il se disait : « le fait-elle par amour pour moi, ou seulement par passion hippogriffale? Est-ce une amoureuse ou une ambitieuse? D'ailleurs peu m'importe, je ne vais pas me casser la tête à prospecter ce qu'il y a dans une âme. Si c'est par amour, c'est admirable, et il y a de quoi me décider au mariage. » H. de Montherlant, Le Démon du bien,1937, p. 1277.
178. J'ai l'impression que les femmes ne couchent avec toi ni par vanité ni, pardonne-moi, par amour, mais plutôt, comment dirai-je, par vice, sans y attacher tellement d'importance... R. Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 89.
Pour l'amour de + nom de pers. :
179. − Où vas-tu si tard dans ce quartier? demanda Musette. − Je vais dans ce monument, fit l'artiste en indiquant un petit théâtre où il avait ses entrées. − Pour l'amour de l'art? − Non, pour l'amour de Laure. H. Murger, Scènes de la vie de bohème,1851, p. 177.
180. − Je n'ai ni faim ni soif, murmura-t-il. − Eh bien, buvez, pour l'amour de moi. Elle attacha sur lui ce regard plein de séduction auquel il ne pouvait jamais résister. − Je le veux! dit-elle avec une mutinerie charmante. Léon prit son verre et le vida d'un seul trait. P.-A. Ponson du Terrail, Rocambole,t. 3, Le Club des valets de cœur, 1859, p. 157.
181. Les femmes eurent sur lui une extrême influence. Pour l'amour de celle qu'il épousa, il fit la guerre contre son suzerain. Pour l'amour d'une autre qu'il enleva, il s'enfuit sous un déguisement, quand c'était l'heure de se battre . M. Barrès, Le Voyage de Sparte,1906, p. 227.
Rem. Autres syntagmes a) Subst. + adj. : ancien, ardent, brûlant, charnel, dernier, désintéressé, éternel, exclusif, faux, fort, fou, humain, immense, impossible, infini, jaloux, jeune, malheureux, partagé, passionné, perdu, profond, secret, seul, sincère, tendre, unique, véritable, vrai; subst. + adj. + de : digne, ivre, plein; b) Subst. + d'amour, de l'amour : acte, baiser, besoin, chagrin, chant, déclaration, délices, désert, désespoir, désir, douleur, élan, espérance, espoir, excès, feux, folie, force, grâce, histoire, idée, innocence, intelligence, jeunesse, joie, mots, mystère, nuit, paroles, peine, pensée, pouvoir, preuve, regard, regret, rêve, scène, sens, transport; c) Verbe + (son), (l') amour : avouer, comprendre, connaître, dire, donner, exprimer, oublier, prouver, raconter, rendre, savoir; verbe + à (son), (l') amour : croire, porter, renoncer; verbe + de (son), (l') amour : avoir, brûler, douter, éprouver, inspirer, mourir, parler, pleurer, porter, se prendre, rêver, sentir; amour + verbe : confondre, exister, finir, naître, sembler.
B.− [L'amour considéré du point de vue des personnes]
1. [Spécifications affectives] :
182. La dissemblance entre la naissance de l'amour chez les deux sexes doit provenir de la nature de l'espérance qui n'est pas la même. L'un attaque et l'autre défend; l'un demande et l'autre refuse; l'un est hardi, l'autre très timide. L'homme se dit : Pourrai-je lui plaire? Voudra-t-elle m'aimer? La femme : N'est-ce point par jeu qu'il me dit qu'il m'aime? Est-ce un caractère solide? Peut-il se répondre à soi-même de la durée de ses sentiments? Stendhal, De l'Amour,1822, p. 22.
183. Il y a des moments d'éclipse et de brutalité dans l'amour chez l'homme, où il irait jusqu'à en vouloir à la femme qu'il aime, de cette sensibilité dévorante qui la ferait sécher et pâlir, et dépérir en beauté loin de lui, à cause de lui! Les femmes ne sont jamais ainsi, elles; et c'est ce qui maintient leur grandeur dans l'amour, leur vertu souvent dans l'abîme, leur titre à l'immortel pardon. Ch.-A. Sainte-Beuve, Volupté,t. 2, 1834, p. 56.
184. Tu veux savoir si je t'aime? Eh bien, autant que je peux aimer, oui; c'est-à-dire que, pour moi, l'amour n'est pas la première chose de la vie, mais la seconde. C'est un lit où l'on met son cœur pour le détendre. Or, on ne reste pas couché toute la journée. Toi, tu en fais un tambour pour régler le pas de l'existence! Non, non, mille fois non! G. Flaubert, Correspondance,1847, p. 1.
185. L'amour est dans celui qui aime, non dans celui qu'on aime. Tout est pur chez les purs. Tout est pur chez les forts et chez ceux qui sont sains. L'amour, qui pare certains oiseaux de leurs plus belles couleurs, fait sortir des âmes honnêtes ce qu'elles ont de plus noble. Le désir de ne montrer à l'autre rien qui ne soit digne de lui, fait qu'on ne prend plus plaisir qu'aux pensées et aux actes qui sont en harmonie avec la belle image que l'amour a sculptée. R. Rolland, Jean-Christophe,L'Adolescent, 1905, p. 339.
186. Lui avait aimé une Japonaise parce qu'il aimait la tendresse, parce que l'amour à ses yeux n'était pas un conflit mais la contemplation confiante d'un visage aimé, l'incarnation de la plus sereine musique, − une poignante douceur. A. Malraux, La Condition humaine,1933, p. 429.
187. « Mon amour pour elle, vraiment, ne faisait qu'un avec le sentiment que j'ai de l'absolu. Quel dommage qu'elle n'en sache rien! Si elle avait, ne fût-ce qu'un instant, compris mon amour, elle n'aurait jamais pu s'en distraire, même pour danser. » L'amour! Quand la fête des yeux est la fête du cœur et qu'il n'y a plus de place au monde pour la peur qui nous vient avec la pensée, l'horrible peur de n'être qu'une chose. L'amour, quand elle est là et que je crois qu'elle va me comprendre. L'amour, pour me faire oublier combien mon être me pèse, au point que je sais enfin pourquoi je suis désespéré et comme honteux de ne pas être que moi. J. Bousquet, Traduit du silence,1935-1936, p. 68.
188. J'aimerais, le jour où un homme me subjuguerait par son intelligence, sa culture, son autorité. Sur ce point, Zaza n'était pas de mon avis; pour elle aussi l'amour impliquait l'estime et l'entente; mais si un homme a de la sensibilité et de l'imagination, si c'est un artiste, un poète, peu m'importe, disait-elle, qu'il soit peu instruit et même médiocrement intelligent. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 145.
2. [L'amour hors mariage] :
a) [L'amour libre] :
189. Je considère l'accouplement légal comme une bêtise. Je suis certain que huit maris sur dix sont cocus. Et ils ne méritent pas moins pour avoir eu l'imbécillité d'enchaîner leur vie, de renoncer à l'amour libre, la seule chose gaie et bonne au monde, de couper l'aile à la fantaisie qui nous pousse sans cesse à toutes les femmes, etc., etc. Plus que jamais, je me sens incapable d'aimer une femme, parce que j'aimerai toujours trop toutes les autres. G. de Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Lui?, 1883, p. 852.
190. − Le mariage est odieux et détestable, lui dit-il. Je me sens écœuré quand je pense à cette chaîne affreuse, la plus lourde que les hommes aient forgée pour attacher les âmes un peu fières. Le scepticisme et l'amour libre sont aussi nécessairement associés que la religion et le mariage. Les gens d'honneur n'ont pas besoin des lois... pour l'amour de Dieu, Élisabeth, lisez le service du mariage, et voyez si un honnête homme peut soumettre un être aimable et aimé à une telle dégradation. A. Maurois, Ariel ou la Vie de Shelley,1923, p. 63.
191. Je lui ressasse mes sempiternelles raisons : − En ne vous épousant pas, je sauvegarde notre amour. Le mariage est la fin de l'amour, cela est connu depuis Jeroboam. Je me lasserais de vous. Vous me gêneriez. Je vous apparaîtrais avec mes petits côtés. Finish l'extase. Dans la liaison rien de tout cela, ou si peu. H. de Montherlant, Le Démon du bien,1937, p. 1256.
192. Il me répéta que notre société ne respecte que les femmes mariées. Je ne me souciais pas d'être respectée. Vivre avec Jacques et l'épouser, c'était tout un. Mais dans les cas où on pouvait dissocier l'amour du mariage, cela me semblait à présent bien préférable. J'aperçus un jour au Luxembourg Nizan et sa femme qui poussait une voiture d'enfant, et je souhaitai vivement que cette image ne figurât pas dans mon avenir. Je trouvais gênant que des époux fussent rivés l'un à l'autre par des contraintes matérielles : le seul lien entre des gens qui s'aiment aurait dû être l'amour. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 325.
b) [L'adultère] :
193. Sans même s'arrêter à des relations d'une nature aussi particulière, ne voyons-nous pas tous les jours que l'adultère, quand il est fondé sur l'amour véritable, n'ébranle pas les sentiments de famille, les devoirs de parenté, mais les revivifie? L'adultère alors introduit l'esprit dans la lettre que bien souvent le mariage eût laissée morte. M. Proust, À la recherche du temps perdu,La Prisonnière, 1922, p. 262.
194. Vois : nous nous aimons depuis des semaines, et personne ne sait, personne... MlleGermaine par-ci... M. le Député par-là... Hein? Sommes-nous bien cachés? Bien clos? M. Gallet fait l'amour avec une fille de seize ans. Qui s'en doute? Et ta femme elle-même? Avoue-le, vieux scélérat, tu la trompes ici, à sa moustache (elle en a!), c'est la moitié de ton bonheur. Je te connais. Tu n'aimes pas l'eau claire. G. Bernanos, Sous le soleil de Satan,1926, p. 109.
195. Ah! Comme j'aurais bien fait l'épouse d'un artiste! Car pour être une femme d'artiste il faut aimer l'artiste encore plus que l'homme, faire que le premier soit grand, et que le second soit heureux. Et puis, être entre soi, se comprendre à demi-mot, quel repos! J'ai horreur des vieilles filles. J'ai pitié des mal mariées. L'amour irrégulier me dégoûte. H. de Montherlant, Les Jeunes filles,1936, p. 937.
c) Enfant de l'amour. Un enfant naturel, bâtard :
196. Dans la maison où elle est, on avait décidé, sur cette analogie des traits, qu'elle était ma fille et l'on avait là-dessus bâti un roman. C'était ma fille naturelle, une enfant mystérieuse de l'amour que j'avais fait venir à Paris et que je venais voir à l'insu de ma famille, ... J. Michelet, Journal,1849, p. 648.
197. ... une femme tenant comme lui une enfant par la main, une petite fille blonde comme moi l'approcha... Je ne sais pas ce qu'elle dit à mon père, je ne compris pas très bien, mais elle pleurait, et mon père la repoussa. − C'était ma mère! dit Rébecca, dont la voix s'altéra, et cette enfant, c'était moi... et depuis ce jour-là, voyez-vous, madame, l'enfant de l'amour, l'enfant de l'abandon, la malheureuse élevée dans l'ombre, reniée par tous, même par Dieu, se souvient toujours de vous avoir vue passer, vous, l'enfant du soleil et de la lumière. P.-A. Ponson du Terrail, Rocambole,t. 5, Les Exploits de Rocambole, 1859, p. 386.
198. − Ah! celle-là, la mère est d'Anvers. Une toute jeunette. Elle vient le samedi. Elle ne me l'a pas dit, mais... Elle baissa le ton. − ... Mais je pense bien qu'elle n'est pas mariée, madame. Je n'ai jamais vu le père... Un enfant de l'amour... Een bastaardkind... C'est triste, hein? M. Van der Meersch, L'Empreinte de Dieu,1936, p. 237.
Rem. Plus gén. enfant de l'amour peut désigner un enfant conçu ou voulu par des pers. qui s'aiment profondément :
199. Les ouvrages qu'un auteur fait avec plaisir sont souvent les meilleurs, comme les enfants de l'amour sont les plus beaux. Chamfort, Maximes et pensées,1794, p. 72.
200. Ma sœur, Odette, est née quand mes parents habitaient encore Rouen, dans les premières romanesques années de leur mariage, c'est une enfant de l'amour; tandis que, moi, je suis venue au monde quand grand'mère avait déjà consenti à recevoir mon père, qu'on avait déjà l'hôtel particulier, rue de l'Université, dont maman avait hérité d'une tante. E. Triolet, Le Premier accroc coûte deux cents francs,1945, p. 272.
3. [L'amour homosexuel] :
201. Toute religion est un code pénal et criminel réservé pour les méfaits que les lois du monde visible et humain ne peuvent atteindre, par exemple le suicide, l'inceste secret, l'amour saphique, etc. L'amour grec. A. de Vigny, Le Journal d'un poète,1852, p. 1295.
202. Il me parlait des garanties de défense des détenues, en m'ouvrant le prétoire où elles sont jugées au tribunal du samedi. Il me vantait la moralisation par le silence, en me disant comme elles se corrompraient, si elles se parlaient, et toutes leurs ruses pour se correspondre, − jusqu'à une qui avait, avec ses ciseaux de travail découpé dans un livre de prières le Pater et l'Ave par lettres et les avait cousues pour en faire à une compagne une lettre d'obscénité. Et là, autre abîme! Je sondais de la pensée les amours contre-nature qui devaient germer, éclater là; les jalousies, les passions qui la nuit, les font relever et assommer une voi(...)e de lit à coups de pots, leur seule arme! Amours lesbiennes, compagnonnages de couvent compliqués de prison, ... E. et J. de Goncourt, Journal,oct. 1862, pp. 1149-1150.
203. La communauté de leur existence avait établi entre ces hommes des amitiés profondes. Le camp, pour la plupart, remplaçait la patrie; vivant sans famille, ils reportaient sur un compagnon leur besoin de tendresse, et l'on s'endormait, côte à côte, sous le même manteau, à la clarté des étoiles. Dans ce vagabondage perpétuel à travers toutes sortes de pays, de meurtres et d'aventures, il s'était formé d'étranges amours, − unions obscènes aussi sérieuses que des mariages, où le plus fort défendait le plus jeune au milieu des batailles, l'aidait à franchir les précipices, épongeait sur son front la sueur des fièvres, volait pour lui de la nourriture; et l'autre, enfant ramassé au bord d'une route, devenu mercenaire, payait ce dévouement par mille soins délicats et des complaisances d'épouse. G. Flaubert, Salammbô,1863, t. 2, p. 135.
204. Au collège, où il se sentait Grec et Romain, il faisait profession de dédaigner la femme, et avait de doctes entretiens, renouvelés des Grecs, sur la question de savoir si oui ou non elle possède une âme. Mais ici il entrait, sans en avoir conscience, dans la vieille tradition qui marie tauromachie et galanterie, et qui explique en partie, selon nous, pourquoi l'Espagne est un des pays d'Europe les moins touchés par l'amour entre mâles, malgré l'atavisme nord-africain qui devrait l'y porter. H. de Montherlant, Les Bestiaires,1926, p. 442.
205. ... l'irrépressible dégoût que peut éprouver un homosexuel pour un autre dont les appétits ne sont pas les mêmes est chose dont l'hétérosexuel ne peut se rendre compte : il les fourre tous dans le même sac pour les jeter par-dessus bord en bloc, ce qui est évidemment beaucoup plus expédient. J'ai tenté pour ma part de faire le départ entre pédérastes selon l'acceptation grecque du mot : amour des garçons, et les invertis, mais on n'a consenti à y voir qu'une discrimination assez vaine, et force m'a été de me replier. A. Gide, Ainsi soit-il,1951, p. 1242.
206. Felicitas et Élisabeth! Elles ont d'abord de l'aversion l'une pour l'autre − crac! Cela tourne, et voilà qu'elles éprouvent une tendresse, un désir, un amour insurpassables, elles ne peuvent s'éloigner l'une de l'autre, se détacher pendant une minute, et au bout de huit jours elles dorment ensemble. P.-J. Jouve, Aventures de Catherine Crachat,Hécate, Paris, Mercure de France, 1963, p. 81.
4. [L'inceste] :
207. ... une soûlerie de l'or dont l'ivresse croissante l'emportait, lui faisait, le corps de sa femme Angèle à peine froid, vendre son nom pour avoir les premiers cent mille francs indispensables, en épousant Renée, puis l'amenait plus tard, au moment d'une crise pécuniaire, à tolérer l'inceste, à fermer les yeux sur les amours de son fils Maxime et de sa seconde femme, dans l'éclat flamboyant de Paris en fête. É. Zola, Le Docteur Pascal,1893, p. 109.
208. ... ils étaient beaux, non coupables, presque rituels. Certes le Jean-Baptiste couchait avec ses filles, au moins la fille aînée, et un tel amour avait comme toutes les choses sacrilèges un aspect particulièrement brillant, fulgurant, à travers la beauté du soir, dans le lieu religieux et pauvre et sans routes, où les grandes palmes abritaient la nécessité et la commodité profondes. P.-J. Jouve, La Scène capitale,1935, p. 178.
5. [L'amour considéré comme attachement d'un être à soi-même]
a) [L'amour est princ. moral] L'amour légitime ou exagéré de soi (cf. amour-propre) :
209. Par ces sensations, l'homme, tantôt détourné de ce qui blesse ses sens, et tantôt entraîné vers ce qui les flatte, a été nécessité d'aimer et de conserver sa vie. Ainsi, l'amour de soi, le désir du bien-être, l'aversion de la douleur, ont été les lois essentielles et primordiales imposées à l'homme par la nature même; ... C.-F.-Ch. de Volney, Les Ruines,1791, p. 40.
210. Me voilà donc avec deux amours et deux tendances, dont vous ne me démontrez nullement l'harmonie possible : savoir, d'une part l'amour de moi-même ou du moi, ou l'égoïsme; et d'autre part, l'amour du prochain ou du non-moi, ou la charité. Et ces deux amours sont aussi saints l'un que l'autre. Car si vous me dites que l'amour du prochain est saint aux yeux de Dieu, il est évident aussi que l'amour de moi-même est nécessaire, et par conséquent légitime et saint aux yeux du créateur de toutes choses. P. Leroux, De l'Humanité,t. 1, 1840, p. 198.
211. Quand l'homme cessera d'aimer son corps de singe (dans la première espèce) et d'espérer l'éternité de sa mesquine personne, il sera libre des superstitions paradisiaques et des peurs infernales. Ce qu'il faut détruire, c'est l'amour de soi, de sa personnalité, de son cher individu. A. de Vigny, Le Journal d'un poète,1862, p. 1374.
212. Cette sensibilité morale a quatre genres, et son deuxième genre, « désirs moraux », se divise en cinq espèces, et les phénomènes de quatrième genre, « affection », se subdivisent en deux autres espèces, parmi lesquelles l'amour de soi, « penchant légitime, sans doute, mais qui, devenu exagéré, prend le nom d'égoïsme ». G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet,t. 2, 1880, p. 94.
213. L'égoïsme, en effet, pour l'homme vivant en société, comprend l'amour-propre, le besoin d'être loué, etc.; de sorte que le pur intérêt personnel est devenu à peu près indéfinissable, tant il y entre d'intérêt général, tant il est difficile de les isoler l'un de l'autre. Qu'on songe à tout ce qu'il y a de déférence pour autrui dans ce qu'on appelle amour de soi, et même dans la jalousie et l'envie! Celui qui voudrait pratiquer l'égoïsme absolu devrait s'enfermer en lui-même, et ne plus se soucier assez du prochain pour le jalouser ou l'envier. H. Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion,1932, p. 91.
214. Le problème est (...) l'un de ceux où l'on semble avoir pris plaisir à amonceler les difficultés, en opposant l'une à l'autre deux conceptions de l'amour essentiellement irréductibles (...). D'une part, un amour conçu à la manière gréco-thomiste, fondé sur l'inclination naturelle et nécessaire des êtres à rechercher avant tout leur propre bien. Pour qui se réclame de cette conception physique, il y a une identité foncière entre l'amour de soi et l'amour de Dieu (...). La conception extatique, au contraire, postulerait l'oubli de soi comme condition nécessaire de tout amour véritable, de celui qui met littéralement le sujet « hors de lui-même » et libère en nous l'amour d'autrui de toutes les attaches qui semblent l'unir à nos inclinations égoïstes. É. Gilson, L'Esprit de la philosophie médiévale,t. 2, 1932, p. 80.
b) [Le lien est passionnel] L'amour narcissique de soi :
215. le narcisse. ... Mais je n'ai pour soif qu'une amour sans mélange Qui, ses yeux dans ses yeux, s'enivre de l'échange Entre soi-même et soi, des plus secrets souhaits ... P. Valéry, Cantate du Narcisse,1939, 3, p. 246.
216. La même révolution méthodique (...) nous oblige maintenant à prendre comme point de départ l'affectivité, en tant que visée objective de l'être, quitte à engendrer après coup de cette définition générale les moments où le sentiment se retourne sur le sujet, où l'instinct se fait conservation et l'amour narcissisme, ... J. Vuillemin, Essai sur la signification de la mort,1949, p. 92.
217. Il est déjà contradictoire avec l'intention aimante d'aimer l'amour à la place de l'aimé, comme il peut être contre-nature (quoique non pas contradictoire) d'aimer son propre égo. V. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 241.
C.− Cas partic.
1. [L'amour courtois]
a) [Comme notion hist.] :
218. Dans le siècle suivant, les troubadours donnèrent en chantant les leçons de la galanterie subtile, discrète et recherchée; de là ces tensons où d'amoureux chevaliers soutenaient la cause de leur belle; de là ces cours d'amours où les questions les plus arides, les plus compliquées de la métaphysique galante étaient sérieusement discutées; où les accusations publiques d'inconstance, de félonie envers sa dame étaient suivies d'arrêts quelquefois sanglans, publiés de la manière la plus solennelle, et exécutés dans toute leur rigueur. V. de Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 3, 1813, p. 6.
219. Par une fiction qui allait devenir de mode pendant plus d'un siècle, il représenta la dame de son choix comme une suzeraine féodale, dont il prétendait gagner les faveurs par sa soumission, par la fidélité et la ferveur de son service d'homme lige. Voilà née la notion, voilà né le sentiment de ce qu'on appellera l'amour courtois : une mystique nouvelle, une exaltation de l'âme qui, pour l'amour de la dame, ne rêve que d'atteindre aux perfections de la vertu chevaleresque et de la pureté du cœur, par lesquelles l'amant méritera sa récompense. Et voilà, du même coup, la femme passée au rang de juge. E. Faral, La Vie quotidienne au temps de saint Louis,1942, p. 131.
b) [Comme réf. ou p. anal.] :
220. ... les caprices, les folies de l'amour charnel sont creusés, analysés, étudiés, spécifiés. On philosophe sur de Sade, on théorise sur Tardieu. L'amour est déshabillé, retourné : on dirait les passions passées au spéculum. On jette enfin, dans ces entretiens, − véritables cours d'amour du xixesiècle, − les matériaux d'un livre qu'on n'écrira jamais et qui serait pourtant un beau livre : L'Histoire naturelle de l'amour. E. et J. de Goncourt, Journal,1862, p. 1070.
221. C'est le même qui, à la grande-duchesse femme de Vladimir qui après dîner tenant une sorte de cour d'amour demandait : « Aimez-vous mieux avant, pendant ou après? » osa répondre : « J'aime mieux avant parce que après c'est pendant. » M. Barrès, Mes cahiers,t. 9, 1911, p. 9.
222. Nous étions maintenant l'escorte habituelle de la jeune fille. Une dizaine, à peu près. Tous ceux qui l'approchaient, ceux auxquels elle parlait, ceux qui jouaient avec elle, formaient, autour d'elle, une sorte de cour d'amour; c'étaient ses chevaliers. V. Larbaud, Fermina Marquez,1911, p. 41.
223. Au lieu d'attacher de hautes valeurs au désir d'un amour réel, dessiné, accompli et limité par là-même, on suspend les puissances amoureuses de l'adolescent à une sorte d'absolu sans forme, fait d'une exaltation de tous les incompossibles dans l'irréalisable. Denis de Rougemont a recherché aux sources de l'histoire de l'Occident, dans la tradition des Cathares et de l'amour courtois, d'Yseult à Dulcinée, la naissance du thème de l'amour impossible ou inaccessible. Celui-ci, quelle que puisse être la richesse des résonances qu'il développe en route, et quand bien même il ne croit pas tout à fait à son impossibilité, tue l'amour qu'il paraît exalter. E. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 152.
2. [L'amour humain transposé dans l'amour spirituel et vice-versa] :
224. Arrivé à une entière déréliction, le cœur de Madame Gervaisais, où l'adoration de la mère de Jésus était restée comme absente, ce cœur jusque-là sans prière à la patronne de son sexe, ce cœur pareil aux cœurs des illuminées dont l'amour semble un peu jaloux de cette sainte Vierge avec la jalousie naturelle de l'épouse pour la mère de l'époux, ce cœur implorait pour la première fois Marie « consolatrice des affligés ». E. et J. de Goncourt, Madame Gervaisais,1869, p. 272.
225. Ce Christ qui était en moi, ce Jésus que j'adorais et qui se fit ma chair, était l'apaisement! Il m'apportait la certitude. Il me disait que, grâce à lui, la mort n'est plus épouvantable, qu'il suffit de vivre selon ses désirs pour qu'elle devienne la porte des délices! Rien que pour cela je serais devenu son esclave. Je m'absorbai en lui. C'était entre nous de l'amitié, de l'amour sensuel, quelque chose d'inexprimablement tendre. É. Estaunié, L'Empreinte,1896, p. 248.
226. De tout temps, la femme a dû inspirer à l'homme une inclination distincte du désir, qui y restait cependant contiguë et comme soudée, participant à la fois du sentiment et de la sensation. Mais l'amour romanesque a une date : il a surgi au moyen âge, le jour où l'on s'avisa d'absorber l'amour naturel dans un sentiment en quelque sorte surnaturel, dans l'émotion religieuse telle que le christianisme l'avait créée et jetée dans le monde. Quand on reproche au mysticisme de s'exprimer à la manière de la passion amoureuse, on oublie que c'est l'amour qui avait commencé par plagier la mystique, qui lui avait emprunté sa ferveur, ses élans, ses extases; en utilisant le langage d'une passion qu'elle avait transfigurée, la mystique n'a fait que reprendre son bien. H. Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion,1932, p. 39.
227. Il transportait, se parlant à mi-voix, par les champs, les collines, le langage de l'amour temporel, des vices même, des erreurs des hommes, sur le plan de l'amour divin. Les imaginations les plus dangereuses, ennoblies, illuminées par l'objet surnaturel qu'il leur donnait, trouvaient ainsi leur justification à ses yeux. L. Aragon, Les Beaux-quartiers,1936, p. 67.
228. Qu'il s'agisse d'amour maintenant en haleine les cœurs ou d'impudente lascivité, qu'il s'agisse d'amour divin, partout autour de nous j'ai trouvé le désir tendu vers un être semblable : l'érotisme est autour de nous si violent, il enivre les cœurs avec tant de force − pour achever son abîme est en nous si profond − qu'il n'est pas de céleste échappée qui ne lui emprunte sa forme et sa fièvre. Qui d'entre nous ne rêve de forcer les portes du royaume mystique, qui ne s'imagine « mourant de ne pas mourir », se consumant, se ruinant d'aimer? G. Bataille, L'Expérience intérieure,1943, p. 185.
3. Argotismes
Fille d'amour :
229. Fille d'amour : Prostituée exploitée par une autre prostituée (...) − « Nombre de prostituées possèdent plusieurs locaux où elles vont recevoir l'argent de leurs filles d'amour. » (Macé, [18]88). L. Larchey, Dict. historique d'argot,Nouv. suppl., 1889, p. 103.
230. [En argot du « milieu » :] Fille d'amour : seconde femme avouée et vivant avec l'homme et sa régulière. A. Simonin, J. Bazin, Voilà taxi!1935, p. 216.
Remède contre l'amour :
231. Amour (remède contre l'). Femme très laide. Ch.-L. Carabelli, [Langue populaire].
(Il) y a plus d'amour? Invitation plaisante, mais pressante adressée à quelqu'un pour qu'il reprenne sans tarder son activité
232. [Le patron de la troupe :] Alors, quoi, il y a plus d'amour? On n'en finit plus aujourd'hui de se caler les joues? Allons, en parade! O. Méténier, La Lutte pour l'amour,Études d'argot, 1891, p. 2.
233. Alors, quoi, y a plus d'amour! Encore ti es dedans le plumard? Musette, Cagayous poilu, conte de guerre,1919, p. 14.
D.− Emplois méton.
1. Gén. emphatique. [Amour désigne l'obj. de l'amour]
a) [Un animé] C'est un amour :
234. Assurez la comtesse et Léontine que je les comprends dans mes souhaits pour ceux que j'aime, et que je les embrasse pour mes étrennes. Comment se porte le petit amour dont la santé vous inquiétait? Et sa mère, est-elle près du berceau? Parlez-moi de tout et de tous les vôtres, car tout et tous m'intéressent. E. de Guérin, Lettres,1841, p. 448.
235. ... une marchande de marée, qui préparait son étalage, regardait Olivier avec admiration. − Regarde donc s'écria-t-elle en parlant à une commère, sa voisine, à qui elle désignait Olivier du doigt, − regarde donc ce joli chérubin, Marie... − Ah! quel amour! ... répondit sa voisine en élevant sa lanterne... H. Murger, Scènes de la vie de jeunesse,1851, p. 201.
236. Il observa le petit taureau qui joyeusement chargeait le picador, forçait sur le fer. Ce taureau, quel bijou! un amour! comme on voudrait le tuer! H. de Montherlant, Les Bestiaires,1926, p. 421.
237. On alla chercher rue de la Source les deux petites Chappuy, Marthe et Louise; cours Léopold, Isabelle Contal et Louise de Praneuf, jolie comme un bijou, et dont la beauté devait devenir célèbre. Puis, rue Stanislas, Lucie de Landreville, grande, fine, distinguée; d'autres encore, et, pour finir, rue Montesquieu, la toute petite Nanine Lenglet, un amour fragile et délicieux. Elle était la fille du plus grand banquier de Nancy, et devait avoir cinq ans, je pense. Gyp, Souvenirs d'une petite fille,t. 2, 1928, pp. 91-92.
238. Edmond, seul, désœuvré, incapable d'accorder à la médecine, à la préparation du concours, une attention ailleurs accaparée, se persuada qu'il ne pourrait dormir, pensant son amour dans les bras du vieil homme d'affaires. L. Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 398.
239. Je fus inondée de bonheur à voir qu'elle me regardait avec plaisir. Elle s'écria : − C'est fou ce que vous lui ressemblez. Vous êtes un amour. Comme vous êtes jolie. Vous savez, vous êtes presque aussi bien que lui. P. Drieu La Rochelle, Rêveuse bourgeoisie,1939, p. 273.
[Au plur.] :
240. ... clignant les yeux, elle [Désirée] murmurait à l'oreille d'Albine, comme si les bêtes avaient pu l'entendre; − Sont-elles drôles, ces amours! Attendez, vous allez les voir manger. É. Zola, La Faute de l'Abbé Mouret,1875, p. 1457.
En apostrophe. [En s'adressant à une pers. aimée d'amour-passion, plus rarement d'amour familial] Mon amour, mon cher amour, mon pauvre amour; m'amour :
241. Ça me fera bien de te voir, de m'appuyer la tête sur ton pauvre cœur plein de moi, de causer en regardant tes yeux. Adieu, chère amour, à bientôt, un long baiser sur tes lèvres. G. Flaubert, Correspondance,1852, p. 420.
242. ... ses transports s'augmentaient toujours, il aimait de toutes ses forces, il soupirait, sanglotait, riait; il lui fallait parler, au dedans de lui-même : − ô mon amour, ô mon trésor, ma chère vie, ô mon bien unique; ô toi qui es ma joie, ma lumière : toi qui es seule, qui es tout; que j'aime, que j'aime, que j'adore... É. Bourges, Le Crépuscule des dieux,1884, p. 243.
243. « Mais tu ne me dis rien » − disait-elle − « m'amour » − « J'aime tes yeux, tes lèvres... » répondait-il. R. Ponchon, La Muse au cabaret,1920, p. 297.
244. Dans la soirée, Daniel reçut le billet suivant : « Mon ami, Mon amour unique, la tendresse, la beauté de ma vie! Je t'écris ceci comme un testament. » R. Martin du Gard, Les Thibault,Le Cahier gris, 1922, p. 674.
245. − Mon pauvre chéri!... Mon pauvre amour!... Personne te croit plus à présent. L.-F. Céline, Mort à crédit,1936, p. 653.
246. Mais viens maintenant, je vais te prendre par la main, madame, viens avec moi, viens, mon amour, viens, mes délices, viens, iniquité. P. Claudel, Le Soulier de satin,1944, 2epart., 9, p. 1080.
Pop. [De la part d'un homme, pour interpeller au passage une pers. généralement inconnue de sexe fém.; cf. l'ami sous ami III A] Hé, l'amour!
247. Doutez-vous de ma flamme, en vous voyant si belle? Dis, l'amour, qui t'a fait l'œil si noir, ayant fait Le reste de ton corps d'une goutte de lait? Musset, Œuvres complètes, Premières poésies, Les Marrons du feu, [1830], Paris, éd. du seuil,1966, p. 55.
b) [Une chose] Chose digne d'être aimée. Ce chapeau est un amour :
248. MlleDespeaux m'a envoyé un chapeau de paille d'Italie. C'est un amour! Je me suis bien gardée de dire à M. de Cormeil qu'il coûtait cinq cents francs. Nous en aurions eu pour une heure de morale... V. de Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 3, 1813, p. 224.
249. ...la petite Bijou vient demain m'apporter une robe de chambre brodée, un amour; ils y ont passé six mois, personne n'aura pareille étoffe! H. de Balzac, La Cousine Bette,1846, p. 323.
c) Fam. [En antéposition expressive, mais avec une valeur sém. affaiblie] Un amour de bébé, de petit chien, de petit chapeau :
250. ribalier. − Cette Valentine, elle est adorable! Brochard ne mérite guère un amour de femme pareil. É. Zola, Le Bouton rose,I, 3, 1878, p. 227.
251. ... on nous sert un traditionnel repas de poupées, dans de jolies petites tasses bleues, sur des amour de petits plateaux en laque. P. Loti, Japoneries d'automne,1889, p. 124.
252. C'était un amour de petite fille, pâle et blonde et barbouillée au possible. P. Verlaine, Œuvres posthumes,t. 1, Histoires comme ça, 1896, p. 366.
253. À midi sonnant elle réintégrait le logis [Madame Gorgibus] pour en sortir à une heure, ... et promener sur les remparts ses trois chats blancs, trois amours de minets enrubannés de nœuds de satin. J. Lorrain, Contes pour lire à la chandelle,Madame Gorgibus, 1897, p. 52.
254. Il y a de quoi vous monter une jolie garde-robe, un trousseau convenable... prenez tout ça... Il y avait de tout, en effet... des corsets de soie, des bas de soie, des chemises de soie et de fine batiste, des amours de pantalons, de délicieuses gorgerettes... des jupons fanfreluchés... une odeur forte, une odeur de peau d'Espagne, de frangipane, de femme soignée, une odeur d'amour enfin se levait de ces chiffons amoncelés ... O. Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre,1900, p. 230.
255. ... j'aperçus, seul bibelot élégant dans cette chambre qui ne l'était guère, un amour de petit flacon ventru, en cristal recouvert d'une sorte de résille d'or. Gyp, Souvenirs d'une petite fille,t. 1, 1927, p. 227.
256. ... si vous étiez un amour d'homme, vous me consacreriez quelques minutes pour me donner les indications, ... F. Galipeaux, Souvenirs,1931, p. 165.
Rem. Comme le montrent les ex., le subst. compl. désigne souvent un être ou un obj. petit, jeune, etc.
2. [Amour désigne une personnification de l'amour]
a) [L'amour comme force personnifiée et quasi sacrée] Au nom de l'amour :
257. Ils ont arrêté un homme qu'on avait dénoncé comme vous ayant fait sauver, et sans mon caractère diplomatique ils ne me laisseraient pas en paix à cause de vous. Au nom de Dieu, de l'amour, de la raison, supportez quelques années d'obscurité. Vous reverrez votre mère, vous ferez le bonheur de votre pauvre amie : ... G. de Staël, Lettres inédites à Louis de Narbonne,1794, p. 78.
258. Ah! vieille idole de l'amour, qu'importe comment l'on t'adore! Dans les déréglements du corps, c'est toujours notre âme qui agit, et tourmentée de l'infini où elle voudrait s'amalgamer, entraîne, de bourbiers en bourbiers, son misérable compagnon. Mais le spasme une fois terminé, son cœur ne fut pas plus heureux; la convoitise de l'amour demeura en lui, tout aussi âpre. Non! Le plaisir ne comblait pas ce vide immense, qui le séparait d'avec sa maîtresse. É. Bourges, Le Crépuscule des dieux,1884, p. 249.
259. C'était encore du « théâtre d'amour » que Julien Benda, comme un porto-riche, leur offrait, et si les êtres qui s'y heurtaient avec une frénétique violence n'étaient point des amants acharnés à se meurtrir, c'était, dans un âpre duel, l'esprit − qui est mâle, qui a le goût des idées générales, le ressort de la force et de la liberté − et l'amour, qui est femelle, puissance de « faiblesse » et de « vassalité », l'amour « pour moi tout le monde est bon ». Voilà les deux personnages résolument séparés et hostiles qu'il mettait aux prises comme Baal et Astarté. H. Massis, Jugements,t. 2, 1923, pp. 222-223.
260. ... le sacrifice qu'Iphigénie doit consentir à l'amour filial, la fille du commandeur l'accomplit pour apaiser la divinité à la fois plus intime, plus générale et en un mot plus tragique de l'amour. J. Vuillemin, Essai sur la signification de la mort,1949, p. 170.
261. Pour supporter d'être ainsi dédaigné, à qui demander secours sinon à l'amour et à la mort? À l'amour, pour qu'il adoucisse ton cœur cruel jusqu'à me consentir quelque faveur ou à la mort pour qu'elle achève ma vie. Mais la mort ne sait et l'amour ne veut. Suspendu entre vie et mort, je ne sais quel parti prendre. L'amour ne m'obtiendra jamais tes faveurs... A. Camus, Le Chevalier d'Olmedo,adapté de F. Lope de Vega, 1957, p. 734.
b) MYTH. ou LITT. et ARTS ALLÉGORIQUES. Le dieu amour, l'enfant amour :
262. L'Amour n'ose troubler la paix de ce rivage. Leurs modestes regards ont, loin de leur bocage, Fait fuir ce dieu cruel, leur légitime effroi. Chastes muses, veillez, veillez toujours sur moi. Non, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des muses. A. Chénier, Bucoliques,L'Amour, 1794, p. 27.
263. C'est dans ces lieux charmans qu'arrive la jeune nymphe pour se désaltérer. Elle boit, sans s'en douter, la liqueur délicieuse que Bacchus fait couler pour elle. Sa douceur la charme, et bientôt elle en ressent les étonnans effets. Elle s'aperçoit que ses yeux s'appesantissent, que sa tête tourne, que ses pas chancelent. Elle se couche et s'endort. L'Amour la voit, avertit Bacchus, et revole aussitôt dans l'Olympe, après avoir écrit sur les feuilles du printems : « Amant, couronne ton ouvrage tandis qu'elle dort. Point de bruit, de peur qu'elle ne s'éveille. » Ch.-F. Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes,1796, pp. 225-226.
264. Dans les petites espèces tout au moins, et notamment dans le moineau, la fauvette, la mésange, le rouge-gorge, le pinson, le signe de l'amour est ce même tremblement de l'aile que l'on voit en l'oisillon. L'enfance revient ici, par le besoin que l'amour a du semblable. Ainsi l'antique image de l'Amour enfant est encore plus juste qu'on ne voudrait le croire. Qui aime redevient enfant, et se signifie à lui-même, par d'anciens signes, et bien émouvants pour lui, qu'il est de nouveau au nid et en dépendance. Alain, Propos,1925, p. 662.
265. ... ce qui est certain, c'est que l'Europe est surpeuplée, que le monde le sera bientôt, et que si l'on ne « rationalise » pas la production de l'homme lui-même comme on commence à le faire pour son travail, on aura la guerre. Nulle part il n'est plus dangereux de s'en remettre à l'instinct. La mythologie antique l'avait bien compris quand elle associait la déesse de l'amour au dieu des combats. Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars. H. Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion,1932, p. 309.
266. Sais-tu comment j'interprète le mythe de Psyché? L'Amour s'envole, tout est détruit, parce que Psyché a contemplé l'Amour pendant qu'il dormait. Cela veut dire qu'il ne faut jamais toucher à une âme quand elle est découverte et sans défense. Comme on est vulnérable, dans ces moments-là! C'est le moment où l'on s'enrhume, − où un mets pas très frais vous empoisonnerait, − où on bafouillerait si on était devant un tribunal, − où votre esprit s'embrumerait si on avait une décision à prendre. H. de Montherlant, Malatesta,1946, IV, 9, p. 528.
En partic. Eros, Cupidon :
267. Quand la belle Vénus, sortant du sein des mers, Promena ses regards sur la plaine profonde, Elle se crut d'abord seule dans l'univers; Mais près d'elle aussitôt l'Amour naquit de l'onde. Vénus lui fit un signe, il embrassa Vénus Et, se reconnoissant sans s'être jamais vus, Tous deux sur un dauphin voguerent vers la plage. Comme ils approchoient du rivage, L'Amour, qu'elle portoit, s'échappe de ses bras, Et lance plusieurs traits en criant : terre! terre! Que faites-vous, mon fils? lui dit alors sa mere. Maman, répondit-il, j'entre dans mes états. J.-P. C. de Florian, Fables,L'Amour et sa mere, 1792, pp. 131-132.
268. Toi, chrétien, tu ignores peut-être que l'Amour est fils de Vénus, qu'il fut nourri dans les bois du lait des bêtes féroces, que son premier arc étoit de frêne, ses premières flèches de cyprès, qu'il s'assied sur le dos du lion, sur la croupe du centaure, sur les épaules d'Hercule, qu'il porte des ailes et un bandeau et qu'il accompagne Mars et Mercure, l'éloquence et la valeur? F.-R. de Chateaubriand, Les Martyrs,t. 2, 1810, p. 156.
269. ... Mais voici que le cruel Amour, Ayant tendu son arc les frappa tour à tour De ses flèches de feu. Les nymphes éperdues, Quittant le lac, au loin sur les roches ardues Couraient, folles, sentant brûler leurs seins meurtris, Arrachant leurs cheveux touffus, poussant des cris, Ne sachant plus où fuir l'épouvantable outrage, Et se roulaient dans l'herbe avec des pleurs de rage. L'enfant Éros, content de ce premier exploit, Regarda les grands cieux qu'il menaça du doigt, Et, sans vouloir entendre une plainte importune, Entra dans l'univers pour y chercher fortune. T. de Banville, Les Exilés,L'Éducation de l'amour, 1874, p. 72.
c) ARTS PLAST. (sculpt., peint.)
Représentation plastique des précédents :
270. Le visiteur attendit dans le salon. Ce salon n'avait rien de remarquable et était comme tous les salons d'hôtel garni. Une cheminée avec deux vases de Sèvres modernes, une pendule avec un Amour tendant son arc, une glace en deux morceaux, de chaque côté de cette glace une gravure représentant, l'une Homère portant son guide, l'autre Bélisaire demandant l'aumône, ... A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 138.
271. ... quand il [Bouchardon] exposa un amour taillant son arc dans la massue d'Hercule, on ne comprit pas qu'il eût à la mollesse potelée du Cupidon des peintres, préféré la souplesse élastique et maigre de l'adolescence. L. Hourticq, Hist. générale de l'Art,La France, 1914, p. 185.
272. Un soir, en montant à sa mansarde, sa chandelle à la main, Mélanie vit sur sa porte un Amour dessiné à la craie; son arc et son carquois pendaient entre ses ailes, et, l'air suppliant, il heurtait de son petit poing la porte close. A. France, Le Petit Pierre,1918, p. 118.
273. Un peu partout, des statues d'une écœurante perfection. Le fameux Amour de Canova triomphe dans la grande salle du rez-de-chaussée. Éros est un fade jeune homme aux traits douceâtres; il tripote Psyché qui se pâme laidement sous ces caresses. Je me demande où s'arrête le bon ton dans ce genre d'ouvrage. À quel moment convient-il d'appeler la police? J. Green, Journal,1928-1950, p. 200.
Gén. au plur. Motif décoratif représentant un ou plus souvent plusieurs enfants, symboles des désirs d'amour :
274. Pour aller à l'Escurial, nous louâmes une de ces fantastiques voitures chamarrées d'amours à la grisaille et autres ornements pompadour dont nous avons déjà eu l'occasion de parler. T. Gautier, Tra los montes,Voyage en Espagne, 1843, p. 124.
275. Le héros, c'est l'amour même. Il ne naît pas. Il est trouvé. Sa mère (Vénus ou Léda?), qui sort de son bain, le voit là et l'admire, tombé du ciel. Sa sœur, la belle Marguerite, est saisie d'étonnement. Les amours, ses frères, voltigent, se culbutent dans les airs de la manière la plus hardie. L'un sonne de la trompette, l'autre semble jouer de la lyre. Tous célèbrent la gloire future du divin enfant. Tout rit, tout rayonne et tout chante. Quels chants? Voyez, sous le tableau, ces jolis petits bas-reliefs : ce sont des rêves de combat. J. Michelet, Journal,1857, p. 364.
3. Au plur., rare. Amours désigne parfois les marques ou l'expression de l'amour. Synon. expressif de amitiés (cf. mamours) :
276. Lavater m'a écrit des amours pour toi de Zurich. G. de Staël, Lettres diverses,1794, p. 556.
277. Mon compagnon Laporte vous fait des m'amours... et vous trouve bien ingrat! Lui qui vous a envoyé, par mon canal, un si joli portrait. Tendresse à la chère maman. G.Flaubert, Correspondance,1877, p. 80.
Rem. M'amours est une graphie except. (inspirée par l'étymologie) pour l'usuel mamours*.
V.− L'objet de l'amour est une catégorie d'êtres ou de choses ou une chose particulière, à quoi s'attache une certaine valeur.
A.− [Catégories d'êtres, entités, activité] Goût prononcé.
1. [L'obj. désigne une catégorie d'êtres ou de choses] L'amour des enfants, des bêtes, des beaux livres (cf. amateur) :
278. J'apprenais confusément, de routine, cette quantité de petits faits qui sont la science et le charme de la vie de campagne. J'avais, pour profiter d'un pareil enseignement, toutes les aptitudes désirables : une santé robuste, des yeux de paysan, c'est-à-dire des yeux parfaits, une oreille exercée de bonne heure aux moindres bruits, des jambes infatigables, avec cela l'amour des choses qui se passent en plein air, le souci de ce qu'on observe, de ce qu'on voit, de ce qu'on écoute, peu de goût pour les histoires qu'on lit, la plus grande curiosité pour celles qui se racontent; ... E. Fromentin, Dominique,1863, pp. 43-44.
279. − Je me méfie, dit le duc, des gens qui ont tant d'amour pour les bêtes : c'est souvent qu'ils reportent sur elles l'amour qu'ils n'ont pas pour les hommes. La mère aux chats est presque toujours une femme méchante. Et quel est le peuple qui a le plus fait pour propager une sensibilité sans contrôle en ce qui regarde les animaux? Le peuple anglais, le plus égoïste d'Europe, ... H. de Montherlant, Les Bestiaires,1926, p. 445.
280. Sûrement une bonne partie de notre amour et de notre respect pour les enfants est fait du remords des peines que nous leur avons infligées; par caprice (parce qu'ils étaient importuns et nous « mal lunés »); pour les corriger de petits défauts ou de mauvaises habitudes; par un mépris, trop clairement exprimé, de leur faiblesse et de leur « unreadiness », ou lenteur à comprendre. Mais on peut penser qu'ils se passeraient bien d'un amour et d'un respect acquis de cette façon! V. Larbaud, Journal,juin 1934, pp. 309-310.
281. De tous les beaux sujets de méditation que nous offre l'attitude du public à l'égard des œuvres littéraires, et notamment du roman, certainement un des plus beaux est l'admiration, l'amour unanime et sans réserves de ce public, par ailleurs si divisé, si fluctuant, si capricieux, pour les chefs-d'œuvre consacrés. Il s'agit, cela va sans dire, non des lecteurs qui admirent de confiance, sur la foi des connaisseurs, mais de ceux à qui ces œuvres paraissent être si familières qu'on est bien obligé de croire qu'ils trouvent à les fréquenter un réel plaisir. N. Sarraute, L'Ère du soupçon,1956, p. 127.
2. [L'obj. désigne une entité concr. ou abstr.] L'amour de la nature, de l'argent, de l'art, de la vérité :
282. Ce que les poètes, les orateurs, même quelques philosophes nous disent sur l'amour de la gloire, on nous le disait au collège pour nous encourager à avoir les prix. Ce que l'on dit aux enfants pour les engager à préférer à une tartelette les louanges de leurs bonnes, c'est ce qu'on répète aux hommes pour leur faire préférer à un intérêt personnel les éloges de leurs contemporains ou de la postérité. Chamfort, Maximes et pensées,1794, p. 25.
283. Le caractère de ces palais, c'est le caractère du peuple turc : l'intelligence et l'amour de la nature. Cet instinct des beaux sites, des mers éclatantes, des ombrages, des sources, des horizons immenses encadrés par les cimes de neige des montagnes, est l'instinct prédominant de ce peuple. On y sent le souvenir d'un peuple pasteur et cultivateur qui aime à se rappeler son origine, et dont tous les goûts sont simples et instinctifs. A. de Lamartine, Voyage en Orient, t. 2,1835, p. 428.
284. Le génie de Venise respire tout entier dans [les Noces de Cana] (...) avec son amour du faste, son goût théâtral et décoratif, sa passion de lumière et d'éclat. T. Gautier, Guide de l'amateur au Musée du Louvre,1872, p. 40.
285. Daudet parlait de son amour de la solitude, disant qu'enfant, il lui arrivait de monter dans un arbre, pour être tout seul. Puis il remémorait ses joies intérieures dans les grandes plaines de la Camargue, avec leurs étendues violettes, la porte de feu de la cabane, les triangles d'oiseaux voyageurs dans le ciel, s'effarant devant cette porte éclairée... E. et J. de Goncourt, Journal,juin 1888, p. 803.
286. Je ne veux pas haïr. Je veux rendre justice même à mes ennemis. Je veux garder au milieu des passions la lucidité de mon regard, comprendre tout et tout aimer. Mais Christophe, à qui cet amour de la vie, détaché de la vie, semblait peu différent de la résignation à mourir, sentait gronder en lui, comme le vieil Empédocle, un hymne à la haine et à l'amour frère de la haine, l'amour fécond, qui laboure et ensemence la terre. Il ne partageait pas le tranquille fatalisme d'Olivier; ... R. Rolland, Jean-Christophe,Dans la maison, 1909, p. 987.
287. Tous mes désirs étaient de beauté et je reconnus que cet amour de la beauté, que peu d'hommes ressentent et dont j'étais transporté, est une source jaillissante de plaisir et de joie. A. France, La Vie en fleur,1922, p. 482.
288. Me voici seul avec ton jeu d'échecs Poésie, ô mon amour, Meilleur que l'amour si triste Quand il n'y a plus Rien d'autre à faire que l'amour, Quand il n'y a plus rien d'autre à faire Que de ne plus faire l'amour. J. Cocteau, Poèmes,1916-1923, p. 115.
289. On se tromperait pourtant en attribuant aux hommes du moyen âge l'amour de la science pour la science, ou, comme l'on aime à dire aujourd'hui, de la science « désintéressée ». Leur amour de la science est aussi désintéressé de fins pratiques que le nôtre peut l'être, et souvent davantage, mais la science des choses n'est pas pour eux une fin en soi. É. Gilson, L'Esprit de la philosophie médiévale,t. 2, 1932, p. 37.
290. Je n'aime pas mes pauvres comme les vieilles Anglaises aiment les chats perdus, ou les taureaux des corridas. Ce sont là manières de riches. J'aime la pauvreté d'un amour profond, réfléchi, lucide − d'égal à égal − ainsi qu'une épouse au flanc fécond et fidèle. G. Bernanos, Journal d'un Curé de campagne,1936, p. 1079.
291. Désiré Maisonneuve possédait, à l'état brut, l'amour de la peinture − ce goût particulier qui n'a rien à faire avec la culture, ni avec le culte du passé et qui est comme un flair spécial, une sorte de finesse qu'on peut rencontrer chez des êtres fort simples et dont sont dépourvus pas mal d'intellectuels et de gens distingués. A. Lhote, Peinture d'abord,1942, p. 24.
Rem. 1. Le compl. est except. un infinitif :
292. Un beau soleil doré chauffait doucement les pierres jaunes du cloître (...) Dans une heure, une minute, une seconde, maintenant peut-être, tout pouvait crouler. Et pourtant le miracle se poursuivait. Le monde durait (...) Un équilibre se poursuivait, coloré pourtant par toute l'appréhension de sa propre fin. Là était tout mon amour de vivre : une passion silencieuse pour ce qui allait peut-être m'échapper, une amertume sous une flamme. A. Camus, L'Envers et l'endroit,1937, p. 112.
Rem. 2. Autres syntagmes fréq. l'amour du beau, du devoir, de l'honneur, de la justice, de l'ordre, de la paix, de la poésie, de la religion, du silence, de la vertu.
3. [L'obj. désigne une activité ou un état résultant d'une activité] L'amour du travail bien fait :
293. Jérôme, qu'entraînoit l'amour de l'étude, alloit consulter le rivage où Pline fut la victime du même amour, interroger les cendres d'Herculanum, chercher la cause des bruits menaçants de la solfatare. F.-R. de Chateaubriand, Les Martyrs,t. 1, 1810, p. 246.
294. Dès cette seconde entrevue, il me parla de son goût, de son amour pour l'exercice du patin; il paraît que chez lui c'était une espèce de manie, car ce fut aussi une des premières choses dont il s'entretint avec Goethe. Ch.-J. de Chênedollé, Extraits du journal,1822, p. 120.
295. ... ils [les paysans] achèvent d'y pervertir [à la ville] les sentiments de dignité que donne l'amour du travail, et plus vos machines les nourriront, plus ils se dégraderont! E. Delacroix, Journal,t. 2, 1856, p. 53.
[Avec une coloration affective] (Faire une chose) avec amour. Avec tout le soin qu'inspire un grand amour du travail bien fait :
296. ... M. Zola est un chiffonnier moral, un égorgeur platonique; il dissèque avec amour les chairs fumantes; l'odeur du sang, l'aspect des plaies béantes (...) tout cela a pour lui des attraits non pareils [à propos de Th. Raquin]... F. Oswald, Le Gaulois,[À propos de Zola], 13 juill. 1873.
297. La machine n'est mauvaise que dans son mode d'emploi actuel. Il faut accepter ses bienfaits, même si l'on refuse ses ravages. Le camion, conduit au long des jours et des nuits par son transporteur, n'humilie pas ce dernier qui le connaît dans son entier et l'utilise avec amour et efficacité. A. Camus, L'Homme révolté,1951, p. 364.
Rem. La frontière entre A2 et A3 n'est pas rigoureuse, les subst. abstr. pouvant aussi désigner des activités et vice-versa.
B.− [L'obj. désigne une chose ou un être au singulier] :
298. ... il m'avouait alors tout bas sa détestation de Rossini et son amour pour Gluck. Il s'étendait en lamentations sur la décadence de l'art et surtout sur ces gargarismes de notes destructeurs du chant dramatique : ... F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 3, 1848, p. 62.
299. Mais Ingres m'inspirait un sentiment plus fort : l'amour. Je savais bien que son art était trop haut pour être accessible et je me savais gré de l'avoir pénétré. L'amour fait seul de ces miracles. Je comprenais ce dessin qui atteint la parfaite beauté en serrant de près la nature, j'aimais cette peinture la plus sensuelle et la plus voluptueuse de toutes avec une gravité magnifique. A. France, La Vie en fleur,1922, p. 446.
300. L'impartialité historique est une duperie. L'historien véritable n'est point greffier, mais poète. Il se prend d'amour pour Anne de Boleyn, de haine pour Jane Seymour. S'il ressuscite Philippe II, c'est dans l'âpre dessein de le châtier. Peindre, n'est-ce pas s'assouvir? G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Jardin des bêtes sauvages, 1934, p. 148.
Rem. Comme le montrent les ex., la prép. qui introduit le compl. est tantôt de, tantôt pour, de servant à transposer au plan nominal le verbe aimer (qqc.), pour au contraire transposant le syntagme éprouver de l'amour (pour qqn); d'où la moindre force expr. de la première constr., et au contraire une valeur d'intérêt quasi passionnel qui s'attache à la seconde.
VI.− [L'amour s'attache à des êtres vivants autres que l'homme : animaux et (plus rarement) plantes]
A.− [Expression analogue à l'expression de l'amour humain]
1. [Entre animaux] :
301. Mais l'oiseau, je le soutiens, est l'être supérieur dans la création. Son organisation est admirable. (...) Il a des instincts d'amour conjugal, de prévision et d'industrie domestique; son nid est un chef-d'œuvre d'habileté, de sollicitude et de luxe délicat. C'est la principale espèce où le mâle aide la femelle dans les devoirs de la famille, et où le père s'occupe, comme l'homme, de construire l'habitation, de préserver et de nourrir les enfants. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 1, 1855, pp. 16-17.
302. Hélas! elle [l'araignée] est solitaire. Sauf quelques espèces (mygales) où le père aide un peu la mère, elle n'a nul secours à attendre. Le mâle, après l'amour, est plutôt un ennemi. Cruels effets de la misère! Il s'aperçoit que ses enfants peuvent être un aliment. Mais la mère, plus grosse que lui, fait la même réflexion, pense que le mangeur est mangeable, et parfois croque son époux. J. Michelet, L'Insecte,1857, p. 222.
303. On donne trois oies à un jars. On les accouple du mois de novembre au mois de mai. Les oies ont besoin d'espace et d'eau pour leurs amours. Elles vont au loin, côte à côte, errer au soleil adouci de l'automne. Elles suivent les allées de vignes dépouillées, les jachères où les herbes rares verdissent encore, face à l'astre couchant, comme pour suivre jusqu'au bout la lumière. En chemin elles devisent, elles flirtent tour à tour avec leur jars, le frôlent et l'excitent. Mais le jars n'aime que dans l'eau. J. de Pesquidoux, Chez nous,t. 1, 1921, p. 44.
2. [Entre végétaux] :
304. Cependant toutes les amours des plantes ne sont pas également tranquilles; il en est d'orageuses, comme celles des hommes, il faut des tempêtes pour marier sur des hauteurs inaccessibles le cèdre du Liban au cèdre du Sinaï... F.-R. de Chateaubriand, Fragments du Génie du Christianisme primitif,1800, p. 193.
B.− Expression spécifique : les relations sexuelles des animaux. La saison des amours, entrer en amour :
305. Dans le temps des amours, les mâles et les femelles se présentent et se reconnaissent de loin, par l'intermède des esprits exhalés de leurs corps, qu'anime, durant cette époque, une plus grande vitalité. P. Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme,t. 2, 1808, p. 339.
306. Le renne du nord cherche sa femelle à l'équinoxe de septembre, parce que c'est à cette époque que les neiges sont tout à fait fondues dans les régions boréales, et qu'ayant d'abondantes pâtures, il acquiert une surabondance de vie. Comme il est fait pour vivre aux dernières limites de notre globe habitable, il entre en amour à la fin de notre année hémisphérique. J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 321.
307. Vint la saison de l'amour. Sur les pas des hermelines en folie, Goupil reniflait de voluptueuses odeurs qui faisaient claquer ses mâchoires et mettaient en feu son sang. Tout son être alors vibrait du grand courage nécessaire pour les luttes qui suivaient la parade nuptiale dont elles n'étaient que la forme suprême, ... L. Pergaud, De Goupil à Margot,1910, p. 52.
308. La corneille est partie courir ses amours d'automne, mais elle rejoint parfois son ami en pleine campagne avec des gaietés cocasses, en se laissant tomber du haut des nuages. J. de La Varende, Contes fervents,L'Homme aux gants de toile, 1943, p. 80.
Rem. Pour les végétaux, l'expression est anal. à celle des animaux :
309. ... une plante ne voit, n'entend et ne se meut point comme un animal; mais elle a comme lui ses amours, sa postérité, sa tribu. J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 56.
310. La sève qui montait aux flancs des arbres les pénétrait, eux aussi, leur donnait des désirs fous de croissance immédiate, de reproduction gigantesque. Ils entraient dans le rut de la serre. C'était alors, au milieu de la lueur pâle, que des visions les hébétaient, des cauchemars dans lesquels ils assistaient longuement aux amours des palmiers et des fougères; ... É. Zola, La Curée,1872, p. 487.
VII.− Emplois techn.
A.− BOT. Amour en cage. Synon. de alkékenge, coqueret (cf. Botanique, 1960, p. 939, encyclopédie de la Pléiade) :
311. ... le coqueret ou amour en cage (Physalis alkekengi) dont le calice s'accroît largement autour du fruit, ... L. Plantefol, Cours de botanique et de biologie végétale, t. 2, 1931, p. 423.
B.− GASTR. Puits d'amour. Gâteau de pâte feuilletée dont le milieu découpé en creux est garni de gelée, de crème etc. :
312. ... des cornets à la crème, des meringues, des millefeuilles, des gâteaux fourrés au chocolat ou semés d'amandes, de cannelle, de vanille, d'angélique, de guignes confites, saupoudrés ou glacés de sucre, des babas au rhum, des puits-d'amour − j'avais dévalisé la boutique, et c'était une belle confiserie parisienne! B. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 259.
C.− HORTIC. (notamment méridionale) Pomme d'amour. Tomate :
313. Bouvard planta une pivoine au milieu du gazon et des pommes d'amour qui devaient retomber comme des lustres, sous l'arceau de la tonnelle. G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet,t. 1, 1880, p. 24.
314. Maintenant, je fais les haricots, les lentilles. Je suis allé jusqu'à me louer pour ramasser des pastèques. Même, je vous le dis, à vous : un jour de la semaine dernière j'ai trié des pommes d'amour chez un revendeur espagnol. J. Giono, Un de Baumugnes,1929, p. 218.
D.− IMPRIMERIE :
315. Le rouleau doit présenter aussi un mordant particulier qui s'appelle amour. E. Leclerc, Nouveau manuel complet de typographie,1932, p. 530.
E.− MUS. Flûte, hautbois, viole d'amour :
316. Les orgues modernes allemandes, américaines, anglaises baptisent des noms de clarabella, melodia, melodica, philomela, f[lûte] d'amour, f[lûte] amabile, des variétés plus ou moins distinctes des mêmes jeux [de flûte]... M. Brenet, Dict. pratique et historique de la musique,1926, p. 160.
317. L'ancienne viole d'amour était pourvue, comme le violon, de quatre cordes... Maigne, Maugin, Nouveau manuel complet du luthier (encyclopédie Roret), 1929, p. 307.
318. Le hautbois d'amour, très employé du temps de Bach, est construit comme le cor anglais, mais à la tierce mineure grave du hautbois dont il a le doigté, ou à la tierce majeure aiguë du cor anglais; il est donc en la. Sa note la plus grave est sol (...). H. Bouasse, Instruments à vent,1930, p. 81.
Rem. gén. 1. Étant donnée l'étendue du champ d'application sém. que recouvre le mot amour, on ne s'étonnera pas que plusieurs loc. se rencontrent dans des rubriques différentes avec des valeurs diverses selon les cont. ou les domaines. Ainsi avec amour (cf. II A 2; V A 3); en amour (cf. IV A 1 b; VI B); par amour (cf. II A 2; IV A 2); pour l'amour de (cf. I C 2; IV A 2). 2. Le genre. Amour est normalement masc. au sing.; au sing. et au plur. dans les emplois groupés supra IV D sous le tiret emplois métonymiques. Quand il désigne la passion amoureuse, le fém. se rencontre au sing. (par archaïsme ou affectation littér., et dans la lang. pop. ou fam. par ex. pour le syntagme la grande amour, cf. aussi ex. 241); il est habituel au plur., mais le masc. s'y répand de plus en plus. Souvent les écrivains modernes marquent le genre en choisissant des épithètes ou des adj. pronominaux qui ne font pas la distinction du genre (étranges; vos, tes amours, etc.). 3. a) Le compl. qui suit le mot amour est habituellement introduit par la prép. de s'il s'agit d'exprimer la pers. qui aime, par la prép. pour (plus rarement envers) s'il s'agit d'exprimer la pers. objet de l'amour (la pers. aimée) : l'amour d'une mère pour son enfant. Il en est de même pour la valeur des adj. possessifs : mon amour « l'amour que j'éprouve pour telle pers. » Lorsque mon, ton, etc. déterminent amour employé pour désigner une pers., l'adj. possessif a valeur habituelle devant nom commun ou propre de pers.; b) Lorsqu'il s'agit d'un compl. désignant une entité spirituelle ou morale dont on attend moins spontanément une initiative d'amour, de exprime le plus fréquemment l'objet de l'amour : l'amour de Dieu, du prochain, du prince, de la patrie, de l'humanité. La construction a) apparaît dès que la personnalité de cette entité s'accuse : l' amour de Dieu pour ses créatures.; c) L'adj. déterminatif-distinctif qui accompagne amour a valeur de sujet dans le cas a) (amour maternel « amour que la mère éprouve pour ses enfants »); dans le cas b) il a valeur d'objet (amour divin « amour pour Dieu »), ou plus généralement valeur de réciprocité (l'amour humain : des êtres humains entre eux).
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme Phon. : [amu:ʀ]. 2. Homon. : amour (ichtyol.; cf. Lar. encyclop.). − Rem. 1. Gramm. Lar. 1964, § 249 écrit : ,,Amour, après avoir longtemps hésité entre les deux genres, est considéré par les grammaires classiques comme masculin au singulier et féminin au pluriel. Le genre masculin semble aujourd'hui se généraliser pour les deux nombres`` (cf. aussi Littré, rem. et Grev. 1964, § 253). Rem. 2. Littré note que : ,,l'ancien français avait un excellent substantif, amorie, substantif féminin, pour exprimer le règne d'amour, les choses d'amour``. Il juge regrettable la disparition de ce mot.
Étymol. ET HIST. − 1. a) 842 subst. fém. « sentiment d'affection profonde (pour qqn) » (Serm. de Strasb., I, 1 ds Gdf. Compl. : Pro deo amur); 1271 pour l'amour de Dieu « gratuitement » (E. Boileau, Liv. des mest., 2ep., II, 92, ibid. : O li preste beste ou charete pour amor Dieu ou pour son amor de lui); b) 1172 spéc. « passion d'un sexe pour l'autre » emploi abs. (Chrét. de Troyes, éd. M. Roques, IV, Chevalier au Lion, 140 : Ne por lui ne lessiez a dire Chose qui nos pleise a oïr Se de m'amor volez joïr); c) 1623 « sentiment d'attachement (pour qqc.) » (Coeffeteau, Hist. romaine, liv. I ds Dict. hist. Ac. fr. t. 2 1884, p. 565 : Cela fait voir que ce fut une pure amour de la République ... qui lui fit [à Auguste] conseiller à Tibère et au Sénat de se contenter de l'estendue de leur Empire); d) loc. diverses, fig. début xiiies. terre en amour « terre dans un état de fermentation propre à la végétation » (Elie de St Gilles, 1372 ds T.-L. : Le blé nous fait sourdre de la terre en amour); fin xvies. faire l'amour à « courtiser » (L'Estoile, Mém., 1rep., p. 114 ds Gdf. Compl. : Tous deux faisoient l'amour a la fille du dit seingneur de la chapelle pour l'espouser); 1606 être en amour « être en chaleur (en parlant des animaux) » (Nicot : Estre en amour, se dit des oiseaux quand ils sont en chaleur et desirent s'apparier pour faire des petits); 2. fin xiie-début xiiies. « objet aimé (en parlant de qqn ou qqc.) » (Aucassin et Nicolette, 27, 4 ds T.-L. : Entre ses bras ses amors Devant lui sor son arçon), d'où au fig., loc. proverbiale 1611 Il n'y a point de laides amours, ni de belles prisons (Cotgr.); 1690 remède d'amour, se dit d'une femme fort laide (Fur.); 1718 Froides mains, chaudes amours, pour dire que la fraîcheur des mains marque d'ordinaire un tempérament chaud (Ac.). Rem. : le plus souvent fém. en a. fr. amour devient masc. aux xvieet xviies. sous l'influence du genre lat.; 3. 1680 Amour « nom donné à la divinité fabuleuse qui, selon les poètes, préside à la passion de l'amour » (Rich. t. 1 : Amour. Dieu qu'on peint avec des aîles, un carquois, des flèches et un bandeau sur les yeux); 4. technol. a) 1751 fauconn. (Encyclop. t. 1 : Amour a son accept. en Fauconn. : on dit voler d'amour, des oiseaux qu'on laisse voler en liberté, afin qu'ils soûtiennent les chiens); b) 1752 bot. pomme d'amour « tomate » (Trév. : Pomme d'amour. C'est le fruit d'une espèce de morelle); c) 1771 peint. (Trév. : On dit [...] qu'une toile a de l'amour, pour dire, qu'elle a un petit duvet qui la rend propre à recevoir la colle et à s'attacher fortement à la couleur). Empr. au lat. amor, attesté au sens 1 a (l'obj. de l'amour est une pers.) dep. Plaute (Amph., 841 ds TLL s.v., 1968, 70 : parentum amorem et cognatum concordiam); cf. lat. chrét. chez St Augustin (Ciu., 14, 28 ds Blaise : fecerunt civitates duas, amores duo, amor sui, amor Dei); 1 b dep. Ennius (Trag., 213, ds TLL, ibid., 21 : Medea, animo aegra, amore saevo saucia); 1 c (l'obj. de l'amour est un inanimé) dep. Plaute (Curc., 357, ibid., 1970, 10 : invocat Planesium : meosne amores?); au sens 3 (gr. Eros) dep. Plaute (Bacch., 115, ibid., 1973, 26 : Amor, Voluptas, Venus); l'évolution phonét. rég. aboutit à ameur, forme attestée en a. fr. au sens de « rut » (début xves., Martin Le Franc, Champion des dames, cité par A. Thomas ds Romania t. 44, p. 322); la forme amour représente un développement dial. propre à la Champagne orientale, centre comtois de grande importance (Fouché t. 2 1958, p. 307) − ou est due à une influence de l'a. prov. (dep. xiies., Rayn.) étant donné le rayonnement des troubadours.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 41 091. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 69 831, b) 55 347; xxes. : a) 51 921, b) 54 285.
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Amour : définition du Wiktionnaire

Nom commun

amour \a.muʁ\ masculin (féminin au pluriel dans la langue littéraire, ou parfois féminin au singulier, voir la définition 8 et la note qui suit les définitions)

  1. Sentiment intense et agréable qui incite les êtres à s’unir.
    • […] car l’amour est fort comme la Mort. — (Cantique des Cantiques, VIII, 6, la Bien-Aimée, traduction d’A. Robert, P.S.S. in La Bible de Jérusalem)
    • Non, l’amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de pudeur et de fierté au sanctuaire du cœur, n’est point cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la coquetterie par les yeux du masque de l’innocence ! — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
    • […] l’entière affection de cet homme, qui répondit par un amour unique à un unique amour, tout avait réconcilié cette pauvre femme avec la vie. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Or savez-vous quels sont ses deux instincts naturels, irrésistibles dans l’ordre psychique? c’est l’amour et la liberté. Ces deux instincts naturels se sont socialement combattus jusqu’à présent ; il a fallu que l’homme immolât ou plutôt subordonnât l’un à l’autre. — (Alexandre Dumas fils, La question du divorce, 1880, 12e éd., p. 131)
    • Déjà, Jacques aimait Yasmina, follement, avec toute l’intensité débordante d’un premier amour chez un homme à la fois très sensuel et très rêveur en qui l’amour de la chair se spiritualisait, revêtait la forme d’une tendresse vraie… — (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • L’amour, par l’enthousiasme qu’il engendre, peut produire le sublime sans lequel il n’y aurait point de morale efficace. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, chapitre VII, La morale des producteurs, 1908, p. 342)
    • L’homme a inventé les dieux et il a créé l’amour avec son cortège de sensibleries ridicules ou criminelles. L’amour a donné naissance au poète, puis au psychologue et, pour couronner l’humaine sottise, à cet enfonceur de portes ouvertes qui s’est baptisé psychanalyste. Le paladin du refoulement et l’écuyer servant la Haute Dame Libido. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 118)
    • Personne que je sache, n’a encore osé dire que l’amour tel qu’on l’imagine de nos jours est la négation pure et simple du mariage que l’on prétend fonder sur lui. — (Denis de Rougemont, L’Amour et l’Occident, 1946)
    • Je percevais au tremblement de leur voix, au miel de leurs paroles, cette terrible servitude qui les liait à ce qu’on nomme l’amour, d’un mot trop doux parce qu’on ne veut pas lui donner son véritable visage de bestialité et d’animalité. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 32)
    • Je veux mourir ès amoureux combats,
      Soûlant l'amour, qu'au sang je porte enclose,
      Toute une nuit au milieu de tes bras.
      — (Pierre de Ronsard, Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse)
    1. Affection profonde pour quelqu’un ou quelque chose. (Psychologie) Affect éprouvé lié à la libido qui fait tendre le sujet vers un objet affectif qui peut être une autre personne ou une partie d’une autre personne ou un objet[3].
      • […] ce cœur qui s’ignorait soi-même avait tourné toutes ses pensées vers ses enfants, qu’elle s’était mise à adorer de toutes les forces virginales de l’amour maternel, le plus beau et le plus sain de tous. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
      • De toutes les villes du département du Nord, Douai est, hélas! celle qui se modernise le plus, où le sentiment innovateur a fait les plus rapides conquêtes, où l’amour du progrès social est le plus répandu. — (Honoré de Balzac, La Recherche de l’Absolu, 1834)
      • […] j’avais tâché d’en donner l’impression à Françoise en ne laissant pas paraître devant elle ma souffrance, parce que, même au moment où je l’éprouvais avec une telle violence, mon amour n’oubliait pas qu’il lui importait de sembler un amour heureux, un amour partagé, surtout aux yeux de Françoise qui, n’aimant pas Albertine, avait toujours douté de sa sincérité. — (Marcel Proust, Albertine disparue, in À la recherche du temps perdu, 1927)
      • Je regarde MM. les délibérants aux assemblées d’élection et les députés aux États-généraux comme des juges aux pieds desquels tous ceux qu’anime l’amour du bien public doivent apporter le tribut de leurs pensées. — (Comte de Sanois, Questions proposées à toutes les assemblées, par un membre de la noblesse de celle de Meaux, 13 mars 1789)
      • « Amour cérébral ? » Ne m’ennuyez pas avec cette sottise. Direz-vous que l’amour qui précipitait ces foules ingénues vers le tombeau du Christ était cérébral ? Et croyez-vous qu’on aime autrement la France ? — (Vercors, La marche à l’étoile, éditions de Minuit, 1943, éd. 1946, p.29)
  2. (Par extension) (Mélioratif) Plaisir, intérêt, voire obsession.
    • Elle accomplissait humblement et avec amour toutes les minuties de la vie vulgaire au Chalet, elle s’en servait comme d’un frein pour enserrer le poème de sa vie idéale, à l’instar des Chartreux qui régularisent la vie matérielle et s’occupent pour laisser l’âme se développer dans la prière. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Dupin a reproché aussi aux Morvandeaux leur amour de la chicane. Ce reproche me surprend de la part d’un avocat-plaidant (de 1800 à 1811), mais enfin l’accusation est fondée. — (Abbé Guignot, Essai sur Quarré-les-Tombes; ses sarcophages mérovingiens et sa station préhistorique, Tours, impr. Bousrez, 1895, page 48)
    • Le soir est venu. Il se lève une grande lune ronde, un grand plateau d’étain que doivent considérer avec amour, en ce moment, l’artilleur à barbe noire et le ténor. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • Cette glace fondait un tantinet à midi mais regelait le soir, et, chaque matin, on commençait par la repolir avec amour. — (Louis Pergaud, Deux Veinards, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  3. Copulation, relation sexuelle, union charnelle.
    • Qu’il me baise des baisers de sa bouche.
      Tes amours sont plus délicieuses que le vin ;
      L’arôme de tes parfums est exquis.
      — (Cantique des Cantiques, I, 2, la Bien-Aimée, traduction d’A. Robert, P.S.S. in La Bible de Jérusalem)
    • 3º L’amour physique. […] Tout le monde connaît l’amour fondé sur ce genre de plaisir; quelque sec et malheureux que soit le caractère, on commence par là à seize ans. — (Stendhal, De l’Amour, 1822)
    • Pourtant, comme il arrive à quelques officiers que leur vie errante et des timidités cachées sous une apparence martiale ont condamnés à des amours de passage, Scilly connaissait trop peu les femmes pour apprécier combien était réelle cette naïveté et à quelle profondeur d’ignorance du mal vivaient les deux Marie-Alice. — (Paul Bourget, Cruelle Énigme, 1885)
    • Le crapaud manque de tendances sociales. C’est un solitaire, un ermite. Sauf au printemps pour l’amour, il ignore ses semblables. — (Jean Rostand, La vie des crapauds, 1933)
    • Née d’amours fugitives à l’avant dernier printemps, Fuseline, la petite fouine […], était, […], venue de la lisière du bois de hêtres et de charmes. — (Louis Pergaud, L’horrible délivrance, in De Goupil à Margot, 1921)
    • Car l’amour est un art, comme la musique. Il donne des émotions du même ordre, aussi délicates, aussi vibrantes, parfois peut-être plus intenses. — (Pierre Louÿs, Aphrodite, Mercure de France, Paris, 1896)
  4. Ce qui est aimé.
    1. Personne aimée.
      • Il y avait parmi ces Sauvages un vieillard nommé Chactas, qui, par son âge, sa sagesse, et sa science dans les choses de la vie, était le patriarche et l’amour des déserts. — (François-René de Chateaubriand, Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert)
    2. Chose aimée.
      • Ils plaignent la famille des oiseaux, la bergeronnette […], et le rouge-gorge dont la rose, ses amours, s’effeuille au vent. — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
      • Moi, je crois sans vous faire tort, que vous avez quelque nouvel amour en tête. — (Molière, Dom Juan ou le Festin de pierre, acte I scène II)
  5. (Par extension) Représentation, allégorie du dieu Amour, sous la forme d’un putto ou d’un cupidon.
    • C’est, dans un département lointain, une petite propriété que ne décore aucune boule en verre, et où l’œil le mieux exercé ne saurait rencontrer le moindre kiosque japonais, ni le prétentieux bassin de rocailles avec son amour nu en plâtre et son impudique jet d’eau qui retombe. — (Octave Mirbeau, Ma chaumière, dans Lettres de ma chaumière, 1885)
    • […]; une colossale figure du « Temps », soulève Terre et cadran sur ses vigoureuses épaules, tandis que des anges joufflus, des Amours pour mieux dire, se jouent tout autour, voletant et dégringolant jusque sur le fronton. — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895)
    • La maîtresse de maison fait aussi distribuer dans la rue, dans les hôtels ou dans les gares, des cartes joliment ornées d’un amour ou d’un nu féminin et qui indiquent la nature et l’adresse de son établissement. — (Alain Corbin, Les filles de noce, 1978)
  6. (Agriculture) État de fermentation propre à la végétation.
    • Amour de la terre, ou terre en amour. Expression dont se servent les jardiniers & les fermiers mêmes. Ils disent : la terre entre en amour, ou est en amour, lorsque les pluies printanières ayant commencé à tomber, & le soleil devenant fort, il s’établit, dans la terre, une fermentation qui fait monter la sève dans les végétaux. — (Abbé Tissier, André Thouin & Auguste Denis Fougeroux de Bondaroy, Encyclopédie méthodique : Agriculture, vol.1, Paris : Panckoucke & Liège : Plomteux, 1787, p.506)
    • Quand la terre en amour chante son gai réveil,
      Quand le printemps lascif vient réjouir le monde.
      — (Henry Blaze, Les Deux Muses, dans Revue des deux mondes, vol. 11, 1837, page 116)
  7. (Par altruisme) Désir d’accomplir le bien d’autrui.
    • Voir en autrui un homme et se comporter en homme à son égard, c’est agir moralement ; tout l’« amour spirituel » du Christianisme n’est rien d’autre. — (Max Stirner, L’Unique et sa propriété : Seconde partie - Moi, traduit par Robert L. Leclaire, 1899)
    • Dans ses discours, il défendit avec force cette thèse que la stricte observance des lois religieuses doit s’accompagner, pour devenir méritoire, de la pratique de la justice et de l’amour du prochain, envers les juifs comme envers les non-juifs. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
  8. (Au pluriel) (Suisse) Dernières gouttes d’une bouteille de vin servies à une personne aimée[4].
    • S’il le trouve convenable, il sert ensuite à tour de rôle aux convives un vin propre, pour revenir ensuite vers l’élue de son cœur à qui il sert « les amours », les dernières gouttes de la bouteille qui ont toutes les vertus, qui portent chance et signifiaient beaucoup. — (Encyclopédie de la vigne, du vin et des alcools, Club Des Amateurs de Vins Exquis)
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Amour : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

AMOUR. n. m.
Sentiment de vive affection pour quelqu'un ou quelque chose. Amour extrême. Amour ardent. Amour violent. Amour honnête. Amour légitime. Amour naissant. Amour divin. Amour céleste. Amour terrestre. Amour charnel, sensuel. Amour désordonné. Amour conjugal. Amour paternel. Amour filial. Amour mutuel. Amour partagé. Il est souvent suivi d'un complément introduit par la préposition de et signifie : L'objet vers lequel l'amour se porte : L'amour de Dieu, l'amour du prochain, l'amour des créatures, l'amour de la liberté, de la patrie, de la gloire, de la vertu, l'amour des richesses, des plaisirs, l'amour des femmes, L'amour qu'on a pour Dieu, pour le prochain, pour les créatures, etc. Le sujet dans lequel l'amour réside : L'amour des pères, l'amour des mères, l'amour des peuples, etc., L'amour qu'ont les pères et les mères, l'amour qu'ont les peuples, etc. La nature de l'amour en question : Amour de bienveillance, amour de charité, amour d'intérêt, Amour qui procède d'un sentiment de bienveillance, de charité, d'intérêt, etc. Amour de soi. Voyez AMOUR-PROPRE. Pour l'amour de Dieu, Dans la seule vue de plaire à Dieu. Faire quelque chose pour l'amour de Dieu. Cette locution signifie quelquefois, dans le discours familier, Sans aucun intérêt. On lui a donné cela pour l'amour de Dieu. C'est aussi une locution familière aux mendiants, qui demandent qu'on leur fasse l'aumône pour l'amour de Dieu. On l'emploie quelquefois ironiquement pour exprimer qu'une Chose est faite ou donnée à contrecœur, ou qu'un don est fait avec lésinerie. On lui en a donné pour l'amour de Dieu. Le plus souvent dans le langage familier cette locution signifie Sans attention, sans soin, négligemment. Ce travail est manqué : il a été fait pour l'amour de Dieu. Pour l'amour de quelqu'un, Par la considération, par l'estime, par l'affection qu'on a pour quelqu'un. C'est une chose que je vous prie de faire pour l'amour de moi. Je voudrais pour l'amour de vous que cela me fût possible.

AMOUR se dit particulièrement de la Passion d'un sexe pour l'autre, et en ce sens il s'emploie souvent absolument. Avoir de l'amour. Donner de l'amour. Inspirer de l'amour. Éprouver de l'amour. Être transporté d'amour. Brûler, languir, mourir d'amour. Il lui parlait d'amour. Il s'est marié par amour. Les passions de l'amour. Plaisir, chagrin, déception d'amour. Faire l'amour, Se livrer à la galanterie. Il passe sa vie à faire l'amour. Il fait l'amour à toutes les femmes. Filer le parfait amour, se dit d'un Amour sincère, fidèle et sans nuages. C'est un vrai remède d'amour, se dit d'une Femme très laide. En termes d'Agriculture et de Jardinage, La terre est en amour, Elle est dans un état de fermentation propre à la végétation. On dit aussi Cette terre n'a point d'amour, est sans amour. Cet ouvrage est fait avec amour, L'artiste s'est complu à le faire, il l'a fait avec plaisir, il l'a fini avec soin.

AMOUR, quand il signifie Passion d'un sexe pour l'autre, est quelquefois féminin au singulier en poésie, et presque toujours féminin au pluriel, même en prose. Premier amour. Une amour violente. De nouvelles amours. De folles amours. Il se dit quelquefois de l'Objet qu'on aime avec passion. Ce prince est l'amour de son peuple. Titus était l'amour de l'univers. Mon cher pays, mon plus grand amour. Mon amour, Terme de tendresse familière. Il se dit pareillement au pluriel pour signifier une Personne que l'on aime passionnément. Être avec ses amours. Quitter ses amours. Prov., Il n'y a point de belles prisons ni de laides amours. Il se dit encore au pluriel des Choses qu'on aime passionnément. Les tableaux, les médailles, les livres sont ses amours.

AMOUR s'écrit avec une majuscule pour désigner les Représentations, en peinture et en sculpture, du dieu Amour. Peindre, sculpter des Amours, de petits Amours. Fig. et fam., C'est un amour, se dit d'une Personne très jolie et surtout d'un enfant. Un amour de désigne une Chose que l'on trouve d'une exécution parfaite, d'un extrême agrément. Un amour de statuette. Un amour de bouquet.

POMME D'AMOUR, Autre nom de la tomate.

Amour : définition du Littré (1872-1877)

AMOUR (a-mour) s. m.
  • 1Sentiment d'affection d'un sexe pour l'autre. Épris d'amour. Brûler d'amour. Un secret amour. Un amour partagé. L'amour des femmes. Lettre d'amour. Un amour violent aux raisons ne s'amuse, Régnier, Élég. II. En amour l'innocence est un savant mystère, Régnier, Sat. XII. Chloris et moi nous nous aimions d'amour, La Fontaine, Quipr. En un habit à donner de l'amour, La Fontaine, Or. Le duc de Richemont mourait d'amour pour elle, Hamilton, Gramm. 9. Seigneur, l'amour toujours n'attend pas la raison, Racine, Brit. II, 2. L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en son âme ; Tout nous trahit, Racine, Andr. II, 2. À peine cependant Bajazet m'a parlé ; L'amour fit le serment, l'amour l'a violé, Racine, Baj. III, 5. L'amour le plus discret Laisse par quelque marque échapper son secret, Racine, ib. III, 8. Un véritable amour brave la main des Parques, Corneille, Hor. IV, 4. L'amour entre les rois ne fait pas l'hyménée, Corneille, Nicom. II, 4. L'amour au désespoir fait gloire encor d'aimer, Corneille, Agésil. IV, 7. L'amour est un tyran qui n'épargne personne, Corneille, Cid, V, 4. Il n'y a point, dans le cœur d'une jeune personne, un si violent amour auquel l'intérêt ou l'ambition n'ajoute quelque chose, La Bruyère, 3.

    Au féminin. Mais j'ai grand' peur, enfin, que l'amour soit plus forte, Régnier, Élég. II. Il disait qu'il m'aimait d'une amour sans seconde, Molière, Éc. des F. II, 6. Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière, Molière, Femmes sav. IV, 2. J'ignore le destin de mon amour ardente, Molière, le Dép. IV, 3. L'aimes-tu d'une amour qui soit si violente ? Molière, Mélic. I, 2. C'est l'amour, jointe à la tristesse, qui cause la plupart des larmes, Descartes, Pass. 117. Qu'une première amour est belle ! Qu'on a peine à s'en dégager ! Et qu'on doit plaindre un cœur fidèle, Lorsqu'il est forcé de changer ! Quinault, Atys, IV, 1. Outre que tant d'amour vous serait importune, La Fontaine, Joconde. Votre amour de la mienne eût dû se défier, Racine, Baj. V, 6. Amour ignorée, Racine, Brit. I, 1. De l'amour la plus tendre et la plus malheureuse, Racine, Bérén. V, 7. Avant que dans son cœur cette amour fût formée, Racine, Baj. I, 4. Ne l'a point averti de votre amour nouvelle, Racine, ib. IV, 5. Possédant une amour qui me fut déniée, Racine, Mithr. III, 5. Sur la foi d'une amour si saintement jurée, Racine, Andr. II, 1. Tant d'amour n'en peut être effacée, Racine, Bér. IV, 5. Si d'une égale amour votre cœur est épris, Voltaire, Zaïre, I, 2. Que vos destins… Coulent toujours trempés d'ambroisie et de miel, Et non sans quelque amour paisible et mutuelle, Chénier, 92.

    Au plur. f. De mutuelles amours. Je redoutai du roi les cruelles amours, Racine, Mithr. I, 1. Il déshonora son règne par ses amours monstrueuses, Bossuet, Hist. I, 10.

    Commerce amoureux. Mais ce n'est pas assez expier vos amours, Racine, Bérén. V, 5. N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours, Racine, Baj. I, 4. L'hymen va succéder à vos longues amours, Racine, Bér. I, 4. Pâris n'ignorait aucune de ses amours [d'Hélène] quand il lui sacrifia les siennes, Courier, I, 41. Continuez vos amours avec eux tant qu'il vous plaira, Molière, les Préc. ridic. 16.

    Il se dit aussi dans ce sens au plur. m. Et mes premiers amours, et mes premiers serments, Voltaire, Œdipe, II, 2. Ces dieux justes vengeurs des malheureux amours, Delille, Énéide, IV. Et l'on revient toujours à ses premiers amours, Étienne, Joconde. Vient un danseur, nouveaux amours, Béranger, Les cinq étages.

  • 2Locutions diverses. Faire l'amour, courtiser, être en commerce amoureux. Ah ! lâche, fais l'amour et renonce à l'empire, Racine, Bérén. IV, 4. Non, non, faites l'amour, et vendez aux amants Vos accueils…, Régnier, Sat. XII. Comme en faisant l'amour on se doit maintenir, Régnier, Epît. I. Qui fussent retournés un jour à Mycènes faire l'amour, Malherbe, VI, 17. Qu'ils viennent vous faire l'amour, Molière, Préc. 16. Du temps qu'il faisait l'amour à Mme sa femme, Hamilton, Gramm. 11. Il faisait l'amour avec Mlle de N…, Sévigné, 534. Il est peu à craindre qu'ils ne sachent pas faire l'amour sans lui, Rousseau, Ém. v. Est-ce que vous croyez qu'on puisse faire l'amour sans proférer une parole ? Voltaire, Microm. 6. Raimond fit publiquement l'amour à cette princesse [Éléonore, femme de Louis le Jeune], Voltaire, Mœurs, 55.

    Familièrement. Filer le parfait amour, s'aimer longtemps et constamment. La maison de Mme de Mortagne tomba fort ; ils [M. et Mme de Mortagne] s'en consolèrent par l'abondance et par filer le parfait amour, Saint-Simon, 53, 139.

    C'est un vrai remède d'amour, se dit d'une femme fort laide.

    En termes de culture, la terre est en amour, elle est dans un état propre à la végétation.

    Être en amour, se dit des femelles des animaux, et signifie être en chaleur.

    Maison d'amour, maison de filles. On trouve dans Paris d'autres maisons d'amour, Régnier, Sat. X.

  • 3En général, affection profonde. L'amour des parents pour leurs enfants. Pour un fils jusqu'où va notre amour, Racine, Andr. III, 4. Ne vous assurez point sur l'amour qu'il vous porte, Racine, Mithr. I, 5. Même de mon amour craignant la violence, Autant que je le puis, j'évite sa présence, Racine, Athal. I, 2. Pour le sang de nos rois vous savez son amour, Racine, ib. II, 6. Son amour [de la fortune pour certaines femmes] est fragile et se rompt comme verre, Et fait aux plus matois donner du nez en terre, Régnier, Sat. XI. J'assigne l'envieux cent ans après la vie, Où l'on dit qu'en amour se convertit l'envie, Régnier, ib. X.

    Au féminin. L'empereur qui lui montre une amour infinie [à Sévère], Régnier, Poly. I, 4. Excusez l'ardeur d'une amour fraternelle, Régnier, Hor. I, 5. Le baiser d'amour fraternelle, La Fontaine, Fab. II, 15. C'est à bon droit Que, seul entre les tiens, par amour singulière, Je t'ai toujours choyé…, La Fontaine, ib. VIII, 22. Cette amour est extrêmement bonne, Pascal, Pass. 139.

    Pour l'amour de quelqu'un, par affection, par considération pour lui. Il le fit pour l'amour de moi. Je me purgerai pour l'amour de vous, Sévigné, 382.

    Amour de Dieu, amour que la créature doit porter à son créateur. L'âme est faite pour Dieu, et c'est à lui qu'elle devait se tenir attachée et comme suspendue par sa connaissance et par son amour, Bossuet, La Vallière, Profession.

    Pour l'amour de Dieu, dans la seule vue de plaire à Dieu, sans aucune vue d'intérêt ; et aussi, ironiquement, sans soin, mal. Cela est fait pour l'amour de Dieu, cela est mal fait.

    Ironiquement. Comme pour l'amour de Dieu, se dit pour exprimer une chose faite à contre-cœur, avec lésinerie.

  • 4En parlant des choses, sentiment vif, attachement qu'on éprouve pour une chose. Amour du plaisir, du jeu. Si l'amour des grandeurs, la soif de commander…, Racine, Athal. III, 3. C'est l'amour des grandeurs qui vous rend importune, Corneille, Cinna, IV, 4. Tout ce que j'ai d'amour pour la vertu, Fénelon, Tél. IV. Elle a mis son amour à la dévotion, Régnier, Sat. XII. … quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien, Malherbe, II, 1.

    Au féminin. Une certaine amour naturelle qu'on a pour ses sentiments, Vaugelas, Q. C. VII, 4. L'amour du bien lui était assez naturelle, Stévrem. II, 183.

    Absolument. Nos peines ne deviennent si douloureuses que par les attachements outrés qui nous liaient aux objets perdus… l'excès de nos afflictions est toujours la peine de nos amours injustes, Massillon, Avent, Afflict. La nature a mis en nous des haines et des amours, Massillon, Car. Offenses. Telle est la première source de nos amours et de nos haines : l'injustice et la bizarrerie de notre goût, Massillon, ib. Pour que deux hommes soient parfaits amis, il faut qu'ils aient des opinions opposées, des principes semblables, des haines et des amours diverses, Chateaubriand, Génie, II, III, 1. Il semblait que toutes les amours du peuple romain fussent courtes et malheureuses, Perrot D'Ablancourt, Tacite, 97.

    Dans le langage des arts. Cet ouvrage est fait avec amour, l'artiste s'est complu à le faire.

  • 5Objet aimé. J'ai vu mon amour ; mais son visage était pâle, Chateaubriand, Dargo, chant I. De quel ennui secret ton âme est-elle atteinte ? Me dis-tu : cher amour, épanche ta douleur, Lamartine, Méd. II, 10. S'il parle à de certaines filles Dont il fit longtemps ses amours, Béranger, Av. de Bagn. Enfant, rêve encore ! Dors, ô mes amours ! Hugo, F. d'aut. 20. Les rois qui avaient été l'amour de leurs peuples, Fénelon, Tél. XII. Et fussiez-vous du monde et l'amour et l'effroi…, Corneille, Nicom. I, 1. Cette Esther, l'innocence et la sagesse même, Que je croyais du ciel les plus chères amours, Racine, Esth. III, 4. Un jeune lis, l'amour de la nature, Racine, Athal. II, 9.

    M'amour pour ma amour, au féminin. Terme caressant dont on se sert envers son mari, sa femme, sa fille, sa maîtresse. Allez, m'amour, et passez chez votre notaire, afin qu'il expédie ce que vous savez, Molière, Mal. imag. II, 8.

  • 6L'Amour, les Amours, divinités de la Fable. L'Amour n'enfante que des larmes ; Les Amours sont frères des ris, Hugo, Odes, IV, 2. Fuyez, fuyez, oiseaux d'un noir présage ; Cette nacelle appartient aux Amours, Béranger, Comm. du Voyage. Je vous revois ; et le temps, trop rapide, Ternit ces yeux où riaient les Amours, Béranger, Déesse. Dans une taille contrefaite, mais qui s'apercevait peu, sa figure [de Mme la Duchesse] était formée par les plus tendres Amours, Saint-Simon, 206, 22.

    Fig. et familièrement. C'est un amour, se dit d'une jeune femme très jolie, d'un enfant très joli, et aussi de quelque objet très joli.

  • 7Amour de soi, sentiment naturel qui attache chaque homme à ce qui lui est personnel. L'amour de soi est irrépréhensible, utile, et content quand nos vrais besoins sont satisfaits. Ce sont deux sortes d'amours qui sont ici toutes choses : l'un est l'amour de soi-même poussé jusqu'au mépris de Dieu, c'est ce qui fait la vie ancienne et la vie du monde ; l'autre, c'est l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi-même, c'est ce qui fait la vie nouvelle du christianisme, et c'est ce qui, étant porté à la perfection, fait la vie religieuse, Bossuet, La Vallière, Profession.
  • 8Amour-propre, amour de soi, considéré comme un sentiment excessif pour soi et de préférence sur les autres ; opinion avantageuse de soi-même. Cet homme est pétri d'amour-propre. C'est [l'amour de la patrie] un véritable amour-propre, Saint-Évremond, II, 399. Depuis, le péché étant arrivé, l'homme a perdu le premier de ses amours [l'amour pour Dieu] ; et l'amour pour soi-même étant resté seul dans cette grande âme capable d'un amour infini, cet amour-propre s'est étendu et débordé dans le vide que l'amour de Dieu a laissé ; et ainsi il s'est aimé tout seul, et toutes choses pour soi, c'est-à-dire infiniment : voilà l'origine de l'amour-propre, Pascal, Pensées, part. II, art. 18. Faut-il que l'amour-propre aveugle les esprits ! La Fontaine, Fab. IV, 2. L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs, La Rochefoucauld, Réflex. 2. Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions, La Rochefoucauld, ib. 13. Si l'amour-propre était un peu plus délicat, on ne compterait pour louanges que celles qui auraient de pareils assaisonnements, Fontenelle, Dodart. L'homme que vous voyez si attaché à lui-même par son amour-propre, n'a pas été créé avec ce défaut, Bossuet, la Vall.
  • 9En peinture, amour, un certain duvet qui rend la toile très propre à recevoir la colle.
  • 10En maçonnerie, espèce d'onctuosité que le plâtre laisse dans les doigts.
  • 11Jeu de l'amour, sorte de jeu qui ressemble au jeu de l'oie, et qui se joue avec des tableaux et des dés.
  • 12 En termes de fauconnerie, voler d'amour se dit des oiseaux qu'on laisse voler en liberté, afin qu'ils soutiennent les chiens.
  • 13Amour en cage, s. m. Terme de botanique. Nom, dans certaines localités, de l'alkékenge et de son fruit.

    Pomme d'amour, tomate.

PROVERBES

Il n'y a pas de belles prisons ni de laides amours.

Froides mains, chaudes amours ; la fraîcheur des mains passe pour annoncer un tempérament ardent.

REMARQUE

1. Amour, suivi d'un complément de personne, se dit de celui qui éprouve l'affection et de celui qui l'inspire : Une mère entourée de l'amour de ses enfants ; ce sont les enfants qui aiment. Cette mère inspirée par un amour aveugle de ses enfants ; ce sont les enfants qui sont aimés.

2. Amour a été masculin et féminin dans les deux siècles derniers. Aujourd'hui il n'est susceptible de recevoir les deux genres que quand il signifie la passion d'un sexe pour l'autre ; ailleurs il est masculin. L'Amour, dieu de la Fable, est toujours masculin. Amour au singulier n'est féminin qu'en poésie. Au pluriel, il est féminin non-seulement en poésie, mais dans le parler ordinaire et dans certaines locutions. Des grammairiens ont réclamé contre la conservation de ces deux genres, disant qu'il est temps de ramener partout le singulier et le pluriel au même genre. L'Académie ne prendra pas un tel parti, et il serait fâcheux qu'elle le prît ; car cela ferait aussitôt considérer par le gros des lecteurs comme des fautes les passages de nos auteurs où amour est du féminin, grave dommage pour leur mémoire et pour notre plaisir, comme on le voit en plus d'un cas où le rigorisme mal entendu des grammairiens l'a emporté. Amour au féminin est un archaïsme ; amour, venant de amor, était féminin dans l'ancienne langue, comme tous les noms ainsi dérivés l'étaient et le sont encore : douleur, peur, etc. L'ancien français avait un excellent substantif, amorie, substantif féminin, pour exprimer le règne d'amour, les choses d'amour. Ce mot est regrettable.

SYNONYME

1° AMOUR DE SOI, AMOUR-PROPRE. Aucune distinction entre ces deux termes n'existait au XVIIe siècle, qui confondait dans une commune réprobation l'amour de soi et l'amour-propre. Mais depuis on a distingué entre ces deux expressions : l'une n'implique aucun blâme et indique simplement l'intérêt légitime qu'un homme prend à soi-même ; l'autre indique que l'amour de soi tend à passer les bornes et à s'approcher de l'égoïsme.

2° AMOUR, AMOURETTE. La différence qu'il y a du sérieux au badin, à l'égard d'un même objet, fait celle de l'amour et de l'amourette. Celle-ci amuse simplement, et celui-là occupe, Guizot.

HISTORIQUE

IXe s. Pro Deo amur, Serment.

XIe s. Serai ses hom par amur et par feid, Ch. de Rol. VI. La tue amurz me seit hui en present, ib. CCXXIV.

XIIe s. Rolant respont, si le dit por amor, Ronc. p. 44. Por itex cops [il] vous a s'amor donée, ib. p. 66. Pour amor Deu, pourquoi me rampoinez ? ib. p. 81. Tout par amor [de bonne volonté] [elle] prendra la loi saintie, ib. p. 148. Las ! quel amor à duel est departie [séparée], ib. p. 163. Nule chançon ne m'agrée S'el ne vient de fine amor, Couci, I. Tant s'est amours affermée En mon cuer à long sejor, ib. I. Bien [je] cuidai vivre sans amour Dès or en pais tout mon aé [âge], ib. III. Et vous, seigneur, qui par amours amez, Faites ainsi, se jouir en voulez, ib. XI. N'est pas amors dont on se peut mouvoir, ib. XVIII. Ainçois me dout [je crains] qu'en trestout mon aage [je] Ne puisse assez lui et s'amour servir, ib. XI. Lors recommencent leur premieres amors, Romancero, p. 51. Fait li dunc sainz Thomas : tuz nus estuet murir ; Ne pur mant de justise ne me verrez flechir ; E pur l'amur de Deu voil la mort sustenir, Th. le Mart. 143.

XIIIe s. [Dieu] Veuillez que vostre mere m'ame de s'amour doue [doue mon âme de son amour], Berte, XXXIII. L'amour [amitié] que m'avez faite vous soit de Dieu rendue, ib. LII. De mauvaise marastre est l'amour mout petite, ib. LIV. D'amour et de desir tout li cuers lui esprent, ib. CX. Que fine amors a pris au las, Chanson dans Berte aux grans piés. Et fit semonre ses amis et ses fievés et par homage et par amours, et assembla si grant ost que ce fu mervelles, Chr. de Rains, 175. Ci est le Rommant de la Rose Où l'art d'Amors est tote enclose, la Rose, titre. Car chascun qui de ses amors Oit parler, moult s'en esbaudist, ib. 2686. Mais de la fole amor se gardent, Dont li cuer esprennent et ardent, Et soit l'amor sans convoitise Qui les faus cuers de prendre atise, ib. 4609. Se li lais [legs] li avoit esté fes por aumosne ou por amor carnele, li lais seroit de nule valeur, Beaumanoir, XII, 45. Ci vous pri, que vous metés votre cuer à ce pour l'amour de Dieu et de moi, Joinville, 194.

XIVe s. Et à ceste maniere d'amisté attraient aucuns la fole amour de deux persones, des queles une est bele et l'autre est laide, Oresme, Eth. 244. Amour n'obeist pas à crainte ; Ne nullui n'aime par contrainte, J. Bruyant, dans Ménagier, t. II, p. 22.

XVe s. Si le ferit tantost une estincelle de fine amour au cœur, Froissart, I, I, 165. [Le roi d'Angleterre annonce aux barons son intention de fonder un ordre de chevalerie.] Si lui accorderent liement, pour ce que leur sembloit une chose honorable, et où toute amour se nourriroit, Froissart, I, I, 213. Il laissa au pays de Flandres deux comtes, sages chevaliers et vaillans, pour tenir à amour les Flamands, et pour mieux montrer que leurs besognes estoient siennes, Froissart, I, I, 97. Et lui avoit fait ledit roi plus d'amour et de courtoisie en prison qu'il ne fit au dit messire Hervey, Froissart, I, I, 212. Et pour ceste cause n'y avoit nulle amour entre les deux [le duc de Bourgogne et le comte de Saint-Pol], Commines, II, 5. Qui à la fois dit de bons mots Et chante bien : ma douce amour, Villon, dans MÉNAGE.

XVIe s. Amour est fin, et sa parole farde Pour mieux tromper : donnez-vous en donc garde, Marot, I, 337. Ceux qui font tant de clamours, Ne taschent qu'à eux complaire Plus qu'à leurs belles amours, Marot, II, 350. La chanson fut bien ordonnée Qui dit : m'amour vous est donnée, Marot, dans MÉNAGE. Je ne veux plus, sous couleur apparente D'un feint amour, vivre si mal contente ; Trop est l'amour chere, honneste et gentille ; Je veux aimer, Saint-Gelais, 241. L'amour de la vie doit estre oubliée pour la bonne renommée, Marguerite de Navarre, Lett. 55. Amour ne peult estre receu que de son semblable, Marguerite de Navarre, ib. 137. Les desnaturées et preposteres amours de son temps, Montaigne, I, 117. Cette amour naturelle [des parents] les attendrit trop et relasche, Montaigne, I, 164. Tumber en amour de soy indiscrete, Montaigne, II, 62. L'amour d'un muletier plus que celle d'un gallant homme, Montaigne, II, 213. Le jeune homme desesperant de pouvoir jouir de ses amours, en fut si desplaisant, qu'il se noya, Amyot, Thés. 32. Minos le renvoya franc et quitte, remettant, pour amour de luy, à la ville d'Athenes ce tribut qu'elle luy devoit payer, Amyot, ib. 22. Cessez le combat pour l'amour de nous, Amyot, Rom. 29. La vraye amour et bienvueillance qu'ilz luy portoient, Amyot, Timol. 52. S'estans tous deux enamourez d'une amour, affection et charité divine, qui estoit de servir leur païs, Amyot, Pélop. 8. Il faut s'aimer d'une amour mutuelle, Ronsard, 820. Car comme un clou par l'autre est repoussé, L'amour par l'autre est soudain effacé, Ronsard, 821. L'amour de la femme et l'amour du chien, il ne vaut rien qui ne dit : tien, Génin, Récréat. t. II, p. 241.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

AMOUR. Ajoutez :
14 Arbre d'amour, le cercis siliquastrum, Baillon, Dict. de botanique, p. 247.

REMARQUE

Dans l'Ecole des maris, III, 9, Léonor, pour exprimer qu'elle a quitté le bal à cause de l'ennui qu'elle ressentait des assiduités des jeunes gens à la mode, dit : Je me suis dérobée au bal pour l'amour d'eux. Pour l'amour de signifie ici simplement : à cause d'eux. De même Malherbe : Un homme m'ayant fait un plaisir et depuis une injure… je dois être quitte du bienfait pour l'amour de l'injure, et lui de l'injure pour l'amour du bienfait, Œuvres, éd. Ad. Regnier, t. II, p. 173. M. A. Espagne (Rev. des langues romanes, 2e série, t. II, p. 80), qui cite ces exemples, dit que ce sont des provençalismes, le provençal disant per amor et, par contraction, parmor, pramo, à cause de : il cite aussi le patois messin où l'on trouve pr' amou que, vu que, attendu que.

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Amour : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

AMOUR : il entre ordinairement beaucoup de sympathie dans l’amour, c’est-à-dire, une inclination dont les sens forment le nœud ; mais quoiqu’ils en forment le nœud, il n’en sont pas toujours l’intérêt principal : il n’est pas impossible qu’il y ait un amour exempt de grossiereté.

Les mêmes passions sont bien différentes dans les hommes. Le même objet peut leur plaire par des endroits opposés. Je suppose que plusieurs hommes s’attachent à la même femme : les uns l’aiment pour son esprit, les autres pour sa vertu, les autres pour ses défauts, &c. & il se peut faire encore que tous l’aiment pour des choses qu’elle n’a pas, comme lorsque l’on aime une femme légere que l’on croit solide. N’importe, on s’attache à l’idée qu’on se plaît à s’en figurer ; ce n’est même que cette idée que l’on aime, ce n’est pas la femme légere. Ainsi l’objet des passions n’est pas ce qui les dégrade ou ce qui les anoblit, mais la maniere dont on envisage cet objet. Or j’ai dit qu’il étoit possible que l’on cherchât dans l’amour quelque chose de plus pur que l’intérêt des sens. Voici ce qui me fait le croire. Je vois tous les jours dans le monde qu’un homme environné de femmes, auxquelles il n’a jamais parlé, comme à la Messe, au Sermon, ne se décide pas toujours pour celle qui est la plus jolie, & qui même lui paroît telle : quelle est la raison de cela ? C’est que chaque beauté exprime un caractere tout particulier ; & celui qui entre le plus dans le nôtre, nous le préférons. C’est donc le caractere qui nous détermine ; c’est donc l’ame que nous cherchons : on ne peut me nier cela. Donc tout ce qui s’offre à nos sens ne nous plaît que comme une image de ce qui se cache à leur vûe : donc nous n’aimons les qualités sensibles, que comme les organes de notre plaisir, & avec subordination aux qualités insensibles dont elles sont l’expression : donc il est au moins vrai que l’ame est ce qui nous touche le plus. Or ce n’est pas aux sens que l’ame est agréable, mais à l’esprit : ainsi l’intérêt de l’esprit devient l’intérêt principal, & si celui des sens lui étoit opposé, nous le lui sacrifierions. On n’a donc qu’à nous persuader qu’il lui est vraiment opposé, qu’il est une tache pour l’ame ; voilà l’amour pur.

Cet Amour est cependant véritable, & on ne peut le confondre-avec l’amitié ; car dans l’amitié, c’est l’esprit qui est l’organe du sentiment : ici ce sont les sens. Et comme les idées qui viennent par les sens, sont infiniment plus puissantes que les vûes de la réflexion, ce qu’elles inspirent est passion. L’amitié ne va pas si loin ; c’est pourtant ce que je ne voudrois pas décider ; cela n’appartient qu’à ceux qui ont blanchi sur ces importantes questions.

Il n’y a pas d’amour sans estime, la raison en est claire. L’amour étant une complaisance dans l’objet aimé, & les hommes ne pouvant se défendre de trouver un prix aux choses qui leur plaisent, leur cœur en grossit le mérite ; ce qui fait qu’ils se préferent les uns aux autres, parce que rien ne leur plaît tant qu’eux-mêmes.

Ainsi non-seulement on s’estime avant tout, mais on estime encore toutes les choses qu’on aime, comme la chasse, la musique, les chevaux, &c. Et ceux qui méprisent leurs propres passions, ne le font que par réflexion & par un effort de raison ; car l’instinct les porte au contraire.

Par une suite naturelle du même principe, la haine rabaisse ceux qui en sont l’objet, avec le même soin que l’amour les releve. Il est impossible aux hommes de se persuader que ce qui les blesse n’ait pas quelque grand défaut, c’est un jugement confus que l’esprit porte en lui-même.

Et si la réflexion contrarie cet instinct (car il y a des qualités qu’on est convenu d’estimer, & d’autres de mépriser) alors cette contradiction ne fait qu’irriter la passion ; & plûtôt que de céder aux traits de la vérité, elle en détourne les yeux. Ainsi elle dépouille son objet de ses qualités naturelles, pour lui en donner de conformes à son intérêt dominant ; ensuite elle se livre témérairement & sans scrupule à ses préventions insensées.

Amour du Monde. Que de choses sont comprises dans l’amour du monde ! Le libertinage, le desir de plaire, l’envie de dominer, &c. L’amour du sensible & du grand ne sont nulle part si mêlés ; je parle d’un grand mesuré à l’esprit & au cœur qu’il touche. Le génie & l’activité portent à la vertu & à la gloire : les petits talens, la paresse, le goût des plaisirs, la gaieté, & la vanité, nous fixent aux petites choses ; mais en tous c’est le même instinct, & l’amour du monde renferme de vives semences de presque toutes les passions.

Amour de la gloire. La gloire nous donne sur les cœurs une autorité naturelle qui nous touche, sans doute, autant qu’aucune de nos sensations, & nous étourdit plus sur nos miseres qu’une vaine dissipation : elle est donc réelle en tout sens.

Ceux qui parlent de son néant véritable, soûtiendroient peut-être avec peine le mépris ouvert d’un seul homme. Le vuide des grandes passions est rempli par le grand nombre des petites : les contempteurs de la gloire se piquent de bien danser, ou de quelque misere encore plus basse. Ils sont si aveugles, qu’ils ne sentent pas que c’est la gloire qu’ils cherchent si curieusement, & si vains qu’ils osent la mettre dans les choses les plus frivoles. La gloire, disent-ils, n’est ni vertu ni mérite ; ils raisonnent bien en cela : elle n’en est que la récompense. Elle nous excite donc au travail & à la vertu, & nous rend souvent estimables, afin de nous faire estimer.

Tout est très-abject dans les hommes, la vertu, la gloire, la vie : mais les choses les plus petites ont des proportions reconnues. Le chêne est un grand arbre près du cerisier ; ainsi les hommes à l’égard les uns des autres. Quelles sont les inclinations & les vertus de ceux qui méprisent la gloire ! l’ont-ils méritée ?

Amour des Sciences et des Lettres. La passion de la gloire, & la passion des sciences, se ressemblent dans leur principe ; car elles viennent l’une & l’autre du sentiment de notre vuide & de notre imperfection. Mais l’une voudroit se former comme un nouvel être hors de nous ; & l’autre s’attache à étendre & à cultiver notre fonds : ainsi la passion de la gloire veut nous aggrandir au-dehors, & celle des sciences au-dedans.

On ne peut avoir l’ame grande, ou l’esprit un peu pénétrant, sans quelque passion pour les Lettres. Les Arts sont consacrés à peindre les traits de la belle nature ; les Arts & les Sciences embrassent tout ce qu’il y a dans la pensée de noble ou d’utile ; desorte qu’il ne reste à ceux qui les rejettent, que ce qui est indigne d’être peint ou enseigné. C’est très-faussement qu’ils prétendent s’arrêter à la possession des mêmes choses que les autres s’amusent à considérer. Il n’est pas vrai qu’on possede ce qu’on discerne si mal, ni qu’on estime la réalité des choses, quand on en méprise l’image : l’expérience fait voir qu’ils mentent, & la réflexion le confirme.

La plûpart des hommes honorent les Lettres, comme la religion & la vertu, c’est-à-dire, comme une chose qu’ils ne peuvent [1], ni connoître, ni pratiquer, ni aimer.

Personne néanmoins n’ignore que les bons Livres sont l’essence des meilleurs esprits, le précis de leurs connoissances & le fruit de leurs longues veilles : l’étude d’une vie entiere s’y peut recueillir dans quelques heures ; c’est un grand secours.

Deux inconvéniens sont à craindre dans cette passion : le mauvais choix & l’excès. Quant au mauvais choix, il est probable que ceux qui s’attachent à des connoissances peu utiles ne seroient pas propres aux autres : mais l’excès peut se corriger.

Si nous étions sages, nous nous bornerions à un petit nombre de connoissances, afin de les mieux posséder : nous tâcherions de nous les rendre familieres & de les réduire en pratique ; la plus longue & la plus laborieuse théorie n’éclaire qu’imparfaitement ; un homme qui n’auroit jamais dansé, possederoit inutilement les regles de la danse : il en est de même des métiers d’esprit.

Je dirai bien plus : rarement l’étude est utile lorsqu’elle n’est pas accompagnée du commerce du monde. Il ne faut pas séparer ces deux choses : l’une nous apprend à penser, l’autre à agir, l’une à parler, l’autre à écrire ; l’une à disposer nos actions, & l’autre à les rendre faciles. L’usage du monde nous donne encore l’avantage de penser naturellement, & l’habitude des Sciences, celui de penser profondément.

Par une suite nécessaire de ces vérités, ceux qui sont privés de l’un & de l’autre avantage par leur condition, étalent toute la foiblesse de l’esprit humain. La nature ne porte-t-elle qu’au milieu des cours & dans le sein des villes florissantes, des esprits aimables & bienfaits ? Que fait-elle pour le laboureur préoccupé de ses besoins ? Sans doute elle a ses droits, il en faut convenir. L’art ne peut égaler les hommes ; il les laisse loin les uns des autres dans la même distance où ils sont nés, quand ils ont la même application à cultiver leurs talens : mais quels peuvent être les fruits d’un beau naturel négligé ?

Amour du Prochain. L’amour du prochain est de tous les sentimens le plus juste & le plus utile : il est aussi nécessaire dans la société civile, pour le bonheur de notre vie, que dans le christianisme pour la félicité éternelle.

Amour des sexes. L’amour, partout où il est, est toûjours le maître. Il forme l’ame, le cœur & l’esprit selon ce qu’il est. Il n’est ni petit ni grand, selon le cœur & l’esprit qu’il occupe, mais selon ce qu’il est en lui-même ; & il semble véritablement que l’amour est à l’ame de celui qui aime, ce que l’ame est au corps de celui qu’elle anime.

Lorsque les amans se demandent une sincérité réciproque pour savoir l’un & l’autre quand ils cesseront de s’aimer, c’est bien moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus, que pour être mieux assûrés qu’on les aime lorsqu’on ne dit point le contraire.

Comme on n’est jamais en liberté d’aimer ou de cesser d’aimer, l’amant ne peut se plaindre avec justice de l’inconstance de sa maîtresse, ni elle de la légereté de son amant.

L’amour, aussi-bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel, & il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre.

Il n’y a qu’une sorte d’amour : mais il y en a mille différentes copies. La plûpart des gens prennent pour de l’amour le desir de la joüissance. Voulez-vous sonder vos sentimens de bonne-foi, & discerner laquelle de ces deux passions est le principe de votre attachement : interrogez les yeux de la personne qui vous tient dans ses chaînes. Si sa présence intimide vos sens & les contient dans une soûmission respectueuse, vous l’aimez. Le véritable amour interdit même à la pensée toute idée sensuelle, tout essor de l’imagination dont la délicatesse de l’objet aimé pourroit être offensée, s’il étoit possible qu’il en fut instruit : mais si les attraits qui vous charment font plus d’impression sur vos sens que sur votre ame ; ce n’est point de l’amour, c’est un appétit corporel.

Qu’on aime véritablement ; & l’amour ne fera jamais commettre des fautes qui blessent la conscience ou l’honneur.

Un amour vrai, sans feinte & sans caprice,
Est en effet le plus grand frein du vice ;
Dans ses liens qui sait se retenir,
Est honnéte-homme, ou va le devenir.
L’Enfant Prodigue, Comédie.

Quiconque est capable d’aimer est vertueux : j’oserois même dire que quiconque est vertueux est aussi capable d’aimer ; comme ce seroit un vice de conformation pour le corps que d’être inepte à la génération, c’en est aussi un pour l’ame que d’être incapable d’amour.

Je ne crains rien pour les mœurs de la part de l’amour, il ne peut que les perfectionner ; c’est lui qui rend le cœur moins farouche, le caractere plus liant, l’humeur plus complaisante. On s’est accoûtumé en aimant à plier sa volonté au gré de la personne chérie ; on contracte par-là l’heureuse habitude de commander à ses desirs, de les maîtriser & de les réprimer ; de conformer son goût & ses inclinations aux lieux, aux tems, aux personnes : mais les mœurs ne sont pas également en sûreté quand on est inquiété par ces saillies charnelles que les hommes grossiers confondent avec l’amour.

De tout ce que nous venons de dire, il s’ensuit que le véritable amour est extrèmement rare. Il en est comme de l’apparition des esprits ; tout le monde en parle, peu de gens en ont vû. Maximes de la Rochefoucauld.

Amour conjugal. Les caracteres de l’amour conjugal ne sont pas équivoques. Un amant, dupe de lui-même, peut croire aimer sans aimer en effet : un mari sait au juste s’il aime. Il a joüi : or la joüissance est la pierre de touche de l’amour ; le véritable y puise de nouveaux feux : mais le frivole s’y éteint.

L’épreuve faite, si l’on connoît qu’on s’est mépris, je ne sai de remede à ce mal que la patience. S’il est possible, substituez l’amitié à l’amour : mais je n’ose même vous flatter que cette ressource vous reste. L’amitié entre deux époux est le fruit d’un long amour, dont la joüissance & le tems ont calmé les bouillans transports. Pour l’ordinaire sous le joug de l’hymen, quand on ne s’aime point on se hait, ou tout au plus les génies de la meilleure trempe se renferment dans l’indifférence.

Des vices dans le caractere, des caprices dans l’humeur, des sentimens opposés dans l’esprit, peuvent troubler l’amour le mieux affermi. Un époux avare prend du dégoût pour une épouse qui, pensant plus noblement, croit pouvoir régler sa dépense sur leurs revenus communs : un prodigue au contraire méprise une femme œconome.

Pour vivre heureux dans le mariage, ne vous y engagez pas sans aimer & sans être aimé. Donnez du corps à cet amour en le fondant sur la vertu. S’il n’avoit d’autre objet que la beauté, les graces & la jeunesse, aussi fragile que ces avantages passagers, il passeroit bien-tôt comme eux : mais s’il s’est attaché aux qualités du cœur & de l’esprit, il est à l’épreuve du tems.

Pour vous acquérir le droit d’exiger qu’on vous aime, travaillez à le mériter. Soyez après vingt ans aussi attentif à plaire, aussi soigneux à ne point offenser, que s’il s’agissoit aujourd’hui de faire agréer votre amour. On ne conserve un cœur que par les mêmes moyens qu’on a employés pour le conquérir. Des gens s’épousent, ils s’adorent en se mariant ; ils savent bien ce qu’ils ont fait pour s’inspirer mutuellement de la tendresse ; elle est le fruit de leurs égards, de leur complaisance, & du soin qu’ils ont eu de ne s’offrir de part & d’autre qu’avec un certain extérieur propre à couvrir leurs défauts, ou du moins à les empêcher d’être desagréables. Que ne continuent-ils sur ce ton là quand ils sont mariés ? & si c’est trop, que n’ont-ils la moitié de leurs attentions passées ? Pourquoi ne se piquent-ils plus d’être aimés quand il y a plus que jamais de la gloire & de l’avantage à l’être ? Quoi, nous qui nous estimons tant, & presque toûjours mal à propos ; nous qui avons tant de vanité, qui aimons tant à voir des preuves de notre mérite, ou de celui que nous nous supposons, faut-il que sans en devenir ni plus loüables ni plus modestes, nous cessions d’être orgueilleux & vains dans la seule occasion peut-être où il va de notre profit & de tout l’agrément de notre vie à l’être ?

Amour paternel. Si la raison dans l’homme, ou plûtôt l’abus qu’il en fait, ne servoit pas quelquefois à dépraver son instinct, nous n’aurions lien à dire sur l’amour paternel : les brutes n’ont pas besoin de nos traités de morale, pour apprendre à aimer leurs petits, à les nourrir & à les élever ; c’est qu’elles ne sont guidées que par l’instinct : or l’instinct, quand il n’est point distrait par les sophismes d’une raison captieuse, répond toûjours au vœu de la Nature, fait son devoir, & ne bronche jamais. Si l’homme étoit donc en ce point conforme aux autres animaux, dès que l’enfant auroit vû la lumiere, sa mere le nourriroit de son propre lait, veilleroit à tous ses besoins, le garantiroit de tout accident, & ne croiroit pas d’instans dans sa vie mieux remplis que ceux qu’elle auroit employés à ces importans devoirs. Le pere de son côté contribueroit à le former ; il étudieroit son goût, son humeur & ses inclinations, pour mettre à profit ses talens : il cultiveroit lui-même cette jeune plante, & regarderoit comme une indifférence criminelle, de l’abandonner à la discrétion d’un gouverneur ignorant, ou peut-être même vicieux.

Mais le pouvoir de la coûtume, malgré la force de l’instinct, en dispose tout autrement. L’enfant est à peine né, qn’on le sépare pour toûjours de sa mere ; elle est ou trop foible ou trop délicate ; elle est d’un état trop honnête pour allaiter son propre enfant. En vain la Nature a détourné le cours de la liqueur qui l’a nourri dans le sein maternel, pour porter aux mammelles de sa dure marâtre deux ruisseaux de lait destinés désormais pour sa subsistance : la Nature ne sera point écoutée, ses dons seront rejettés & méprisés : celle qu’elle en a enrichie, dût-elle en périr elle-même, va tarir la source de ce nectar bienfaisant. L’enfant sera livré à une mere empruntée & mercenaire, qui mesurera ses soins au profit qu’elle en attend.

Quelle est la mere qui consentiroit à recevoir de quelqu’un un enfant qu’elle sauroit n’être pas le sien ? Cependant ce nouveau né qu’elle relegue loin d’elle sera-t-il bien véritablement le sien, lorsqu’après plusieurs années, les pertes continuelles de substance que fait à chaque instant un corps vivant auront été réparées en lui par un lait étranger qui l’aura transformé en un homme nouveau ? Ce lait qu’il a sucé n’étoit point fait pour ses organes : ç’a donc été pour lui un aliment moins profitable que n’eût été le lait maternel. Qui sait si son tempérament robuste & sain dans l’origine n’en a point été altéré ? qui sait si cette transformation n’a point influé sur son cœur ? l’ame & le corps sont si dépendans l’un de l’autre ! s’il ne deviendra pas un jour, précisément par cette raison, un lâche, un fourbe, un malfaiteur ? Le fruit le plus délicieux dans le terroir qui lui convenoit, ne manque guere à dégénérer, s’il est transporté dans un autre.

On compare les Rois à des peres de famille, & l’on a raison : cette comparaison est fondée sur la nature & l’origine même de la royauté.

Le premier qui fut Roi, fut un soldat heureux,

dit un de nos grands Poëtes (Mèrope, Tragédie de M. de Voltaire) : mais il est bon d’observer que c’est dans la bouche d’un tyran, d’un usurpateur, du meurtrier de son Roi, qu’il met cette maxime, indigne d’être prononcée par un Prince équitable : tout autre que Poliphonte eût dit :

Le premier qui fut Roi, régna sur ses enfans.

Un pere étoit naturellement le chef de sa famille ; la famille en se multipliant devint un peuple, & conséquemment le pere de famille devint un Roi. Le fils aîné se crut sans doute en droit d’hériter de son autorité, & le sceptre se perpétua ainsi dans la même maison, jusqu’à ce qu’un soldat heureux ou un sujet rebelle devint la tige premiere d’une nouvelle race.

Un Roi pouvant être comparé à un pere, on peut réciproquement comparer un pere à un Roi, & déterminer ainsi les devoirs du Monarque par ceux du chef de famille, & les obligations d’un pere par celles d’un Souverain : aimer, gouverner, récompenser, & punir, voilà, je crois, tout ce qu’ont à faire un pere & un Roi.

Un pere qui n’aime point ses enfans est un monstre : un roi qui n’aime point ses sujets est un tyran. Le pere & le roi sont l’un & l’autre des images vivantes de Dieu, dont l’empire est fondé sur l’amour. La Nature a fait les peres pour l’avantage des enfans : la société a fait les Rois pour la félicité des peuples : il faut donc nécessairement un chef dans une famille & dans un État : mais si ce chef est indifférent pour les membres, ils ne seront autre chose à ses yeux que des instrumens faits pour servir à le rendre heureux. Au contraire, traiter avec bonté ou sa famille ou son État, c’est pourvoir à son intérêt propre. Quoique siége principal de la vie & du sentiment, la tête est toûjours mal assise sur un tronc maigre & décharné.

Même parité entre le gouvernement d’une famille & celui d’un État. Le maître qui régit l’une ou l’autre, a deux objets à remplir : l’un d’y faire régner les mœurs, la vertu & la piéte : l’autre d’en écarter le trouble, les desastres & l’indigence : c’est l’amour de l’ordre qui doit le conduire, & non pas cette fureur de dominer, qui se plaît à pousser à bout la docilité la mieux éprouvée.

Le pouvoir de récompenser & punir est le nerf du gouvernement. Dieu lui-même ne commande rien, sans effrayer par des menaces, & inviter par des promesses. Les deux mobiles du cœur humain sont l’esprit & la crainte. Peres & Rois, vous avez dans vos mains tout ce qu’il faut pour toucher ces deux passions. Mais songez que l’exacte justice est aussi soigneuse de récompenser, qu’elle est attentive à punir. Dieu vous a établis sur la terre ses substituts & ses représentans : mais ce n’est pas uniquement pour y tonner ; c’est aussi pour y répandre des pluies & des rosées bienfaisantes.

L’amour paternel ne differe pas de l’amour propre. Un enfant ne subsiste que par ses parens, dépend d’eux, vient d’eux, leur doit tout ; ils n’ont rien qui leur soit si propre. Aussi un pere ne sépare point l’idée de son fils de la sienne, à moins que le fils n’affoiblisse cette idée de propriété par quelque contradiction ; mais plus un pere s’irrite de cette contradiction, plus il s’afflige, plus il prouve ce que je dis.

Amour filial et fraternel. Comme les enfans n’ont nul droit sur la volonté de leurs peres, la leur étant au contraire toûjours combattue, cela leur fait sentir qu’ils sont des êtres à part, & ne peut pas leur inspirer de l’amour propre, parce que la propriété ne sauroit être du côté de la dépendance. Cela est visible : c’est par cette raison que la tendresse des enfans n’est pas aussi vive que celle des peres ; mais les lois ont pourvû à cet inconvénient. Elles sont un garant aux peres contre l’ingratitude des enfans, comme la nature est aux enfans un ôtage assûré contre l’abus des Lois. Il étoit juste d’assûrer à la vieillesse ce qu’elle accordoit à l’enfance.

La reconnoissance prévient dans les enfans bien nés ce que le devoir leur impose, il est dans la saine nature d’aimer ceux qui nous aiment & nous protegent, & l’habitude d’une juste dépendance fait perdre le sentiment de la dépendance même : mais il suffit d’être homme pour être bon pere ; & si on n’est homme de bien, il est rare qu’on soit bon fils.

Du reste qu’on mette à la place de ce que je dis, la sympathie ou le sang ; & qu’on me fasse entendre pourquoi le sang ne parle pas autant dans les enfans que dans les peres ; pourquoi la sympathie périt quand la soûmission diminue ; pourquoi des freres souvent se haïssent sur des fondemens si légers, &c.

Mais quel est donc le nœud de l’amitié des freres ? Une fortune, un nom commun, même naissance & même éducation, quelquefois même caractere ; enfin l’habitude de se regarder comme appartenant les uns aux autres, & comme n’ayant qu’un seul être ; voilà ce qui fait que l’on s’aime, voilà l’amour propre, mais trouvez le moyen de séparer des freres d’intérêt, l’amitié lui survit à peine ; l’amour propre qui en étoit le fond se porte vers d’autres objets.

Amour de l’estime. Il n’est pas facile de trouver la premiere & la plus ancienne raison pour laquelle nous aimons à être estimés. On ne se satisfait point là-dessus, en disant que nous desirons l’estime des autres, à cause du plaisir qui y est attaché ; car comme ce plaisir est un plaisir de réflexion, la difficulté subsiste, puisqu’il reste toûjours à savoir pourquoi cette estime qui est quelque chose d’étranger & d’éloigné à notre égard, fait notre satisfaction.

On ne réüssit pas mieux en alléguant l’utilité de la gloire ; car bien que l’estime que nous acquérons nous serve à nous faire réüssir dans nos desseins, & nous procure divers avantages dans la société, il y a des circonstances où cette supposition ne sauroit avoir lieu. Quelle utilité pouvoient envisager Mutius, Léonidas, Codrus, Curtius, &c. & par quel intérêt ces femmes Indiennes qui se font brûler après la mort de leurs maris, cherchent-elles en dépit même des lois & des remontrances, une estime à laquelle elles ne survivent point ?

Quelqu’un a dit sur ce sujet, que l’amour propre nourrit avec complaisance une idée de nos perfections, qui est comme son idole, ne pouvant souffrir ce qui choque cette idée, comme le mépris & les injustices, & recherchant au contraire avec passion tout ce qui la flatte & la grossit, comme l’estime & les loüanges. Sur ce principe, l’utilité de la gloire consisteroit en ce que l’estime que les autres font de nous confirme la bonne opinion que nous en avons nous-mêmes. Mais ce qui nous montre que ce n’est point là la principale, ni même l’unique source de l’amour de l’estime ; c’est qu’il arrive presque toûjours que les hommes font plus d’état du mérite apparent qui leur acquiert l’estime des autres, que du mérite réel qui leur attire leur propre estime ; ou si vous voulez, qu’ils aiment mieux avoir des défauts qu’on estime, que de bonnes qualités qu’on n’estime point dans le monde ; & qu’il y a d’ailleurs une infinité de personnes, qui cherchent à se faire considérer par des qualités qu’elles savent bien qu’elles n’ont pas, ce qui prouve qu’elles n’ont pas recours à une estime étrangere, pour confirmer les bons sentimens qu’elles ont d’elles-mêmes.

Qu’on cherche tant qu’on voudra les sources de cette inclination, je suis persuadé qu’on n’en trouvera la raison que dans la sagesse du Créateur. Car comme Dieu se sert de l’amour du plaisir pour conserver notre corps, pour en faire la propagation, pour nous unir les uns avec les autres, pour nous rendre sensibles au bien & à la conservation de la société ; il n’y a point de doute aussi que sa sagesse ne se serve de l’amour de l’estime, pour nous défendre des abaissemens de la volupté, & faire que nous nous portions aux actions honnêtes & loüables, qui conviennent si bien à la dignité de notre nature.

Cette précaution n’auroit point été nécessaire, si la raison de l’homme eût agi seule en lui, & indépendamment du sentiment ; car cette raison pouvoit lui montrer l’honnête, & même le lui faire préférer à l’agréable : mais, parce que cette raison est partiale, & juge souvent en faveur du plaisir, attachant l’honneur & la bienséance à ce qui lui plaît ; il a plû à la sagesse du Créateur de nous donner pour juge de nos actions, non-seulement notre raison, qui se laisse corrompre par la volupté, mais encore la raison des autres hommes, qui n’est pas si facilement séduite.

Amour-propre & de nous-mémes. L’amour est une complaisance dans l’objet aimé. Aimer une chose, c’est se complaire dans sa possession, sa grace, son accroissement ; craindre sa privation, ses déchéances, &c.

Plusieurs Philosophes rapportent généralement à l’amour-propre toute sorte d’attachemens ; ils prétendent qu’on s’approprie tout ce que l’on aime, qu’on n’y cherche que son plaisir & sa propre satisfaction ; qu’on se met soi-même avant tout ; jusques-là qu’ils nient que celui qui donne sa vie pour un autre, le préfere à soi. Ils passent le but en ce point ; car si l’objet de notre amour nous est plus cher, que l’existence sans l’objet de notre amour, il paroît que c’est notre amour qui est notre passion dominante, & non notre individu propre ; puisque tout nous échappe avec la vie, le bien que nous nous étions appropriés par notre amour, comme nôtre, être véritable. Ils répondent que la possession nous fait confondre dans ce sacrifice notre vie & celle de l’objet aimé ; que nous croyons n’abandonner qu’une partie de nous-mêmes pour conserver l’autre : au moins ils ne peuvent nier que celle que nous conservons nous paroît plus considérable que celle que nous abandonnons. Or, dès que nous nous regardons comme la moindre partie dans le tout, c’est une préférence manifeste de l’objet aimé. On peut dire la même chose d’un homme, qui volontairement & de sans-froid meurt pour la gloire : la vie imaginaire qu’il achete au prix de son être réel, est une préférence bien incontestable de la gloire, & qui justifie la distinction que quelques Ecrivains ont mise avec sagesse entre l’amour propre & l’amour de nous-mêmes. Avec l’amour de nous-mêmes, disent-ils, on cherche hors de soi son bohneur ; on s’aime hors de soi davantage, que dans son existence propre ; on n’est point soi-même son objet. L’amour-propre au contraire subordonne tout à ses commodités & à son bien-être : il est à lui-même son objet & sa fin ; desorte qu’au lieu que les passions qui viennent de l’amour de nous-mêmes nous donnent aux choses, l’amour-propre veut que les choses se donnent à nous, & se fait le centre de tout.

L’amour de nous-mêmes ne peut pécher qu’en excès ou en qualité ; il faut que son déreglement consiste en ce que nous nous aimons trop, ou en ce que nous nous aimons mal, ou dans l’un & dans l’autre de ces défauts joints ensemble.

L’amour de nous-mêmes ne peche point en excès : cela paroît de ce qu’il est permis de s’aimer tant qu’on veut, quand on s’aime bien. En effet, qu’est-ce que s’aimer soi-même ? c’est desirer son bien, c’est craindre son mal, c’est rechercher son bonheur. Or j’avoue qu’il arrive souvent qu’on desire trop, qu’on craint trop, & qu’on s’attache à son plaisir, ou à ce qu’on regarde comme son bonheur avec trop d’ardeur : mais prenez garde que l’excès vient du défaut qui est dans l’objet de vos passions, & non pas de la trop grande mesure de l’amour de vous-même. Ce qui le prouve, c’est que vous pouvez & vous devez même desirer sans bornes la souveraine félicité, craindre sans bornes la souveraine misere ; & qu’il y auroit même du déreglement à n’avoir que des desirs bornés pour un bien infini.

En effet, si l’homme ne devoit s’aimer lui-même que dans une mesure limitée, le vuide de son cœur ne devroit pas être infini ; & si le vuide de son cœur ne devoit pas être infini, il s’ensuivroit qu’il n’auroit pas été fait pour la possession de Dieu, mais pour la possession d’objets finis & bornés.

Cependant la religion & l’expérience nous apprennent également le contraire. Rien n’est plus légitime & plus juste que cette insatiable avidité, qui fait qu’après la possession des avantages du monde, nous cherchons encore le souverain bien. De tous ceux qui l’ont cherché dans les objets de cette vie, aucun ne l’a trouvé. Brutus qui avoit fait une profession particuliere de sagesse, avoit crû ne pas se tromper en le cherchant dans la vertu : mais comme il aimoit la vertu pour elle-même, au lieu qu’elle n’a rien d’aimable & de loüable que par rapport à Dieu ; coupable d’une belle & spirituelle idolatrie, il n’en fut pas moins grossierement déçû ; il fut obligé de reconnoître son erreur en mourant, lorsqu’il s’écria : O vertu, je reconnois que tu n’es qu’un misérable fantôme, &c !

Cette insatiable avidité du cœur de l’homme n’est donc pas un mal. Il falloit qu’elle fût, afin que les hommes se trouvassent par-là disposés à chercher Dieu. Or ce que dans l’idée métaphorique & figurée, nous appellons un cœur qui a une capacité infinie, un vuide qui ne peut être rempli par les créatures, signifie dans l’idée propre & littérale, une ame qui desire naturellement un bien infini, & qui le desire sans bornes, qui ne peut être contente qu’après l’avoir obtenu. Si donc il est nécessaire que le vuide de notre cœur ne soit point rempli par les créatures, il est nécessaire que nous desirions infiniment ; c’est-à-dire, que nous nous aimions nous-mêmes sans mesure. Car s’aimer, c’est desirer son bonheur.

Je sai bien que notre nature étant bornée, elle n’est pas capable, à parler exactement, de former des desirs infinis en véhémence : mais si ces desirs ne sont pas infinis en ce sens, ils le sont en un autre ; car il est certain que notre ame desire selon toute l’étendue de ses forces : que si le nombre des esprits nécessaires à l’organe pouvoit croître à l’infini, la véhémence de ses desirs croîtroit aussi à l’infini ; & qu’enfin si l’infinité n’est point dans l’acte, elle est dans la disposition du cœur naturellement insatiable.

Aussi est-ce un grand égarement d’opposer l’amour de nous-mêmes à l’amour divin, quand celui-là est bien réglé : car qu’est-ce que s’aimer soi-même comme il faut ? C’est aimer Dieu ; & qu’est-ce qu’aimer Dieu ? C’est s’aimer soi-même comme il faut. L’amour de Dieu est le bon sens de l’amour de nous-mêmes ; c’en est l’esprit & la perfection. Quand l’amour de nous-mêmes se tourne vers d’autres objets, il ne mérite pas d’être appellé amour ; il est plus dangereux que la haine la plus cruelle : mais quand l’amour de nous-mêmes se tourne vers Dieu, il se confond avec l’amour divin.

J’ai insinué dans ce que je viens de dire, que l’amour de, nous-mêmes allume toutes nos autres affections, & est le principe général de nos mouvemens. Voici la preuve de cette vérité : en concevant une nature intelligente, nous concevons une volonté ; une volonté se porte nécessairement à l’objet qui lui convient : ce qui lui convient est un bien par rapport à elle, & par conséquent son bien : or aimant toûjours son bien, par-là elle s’aime elle-même, & aime tout par rapport à elle-même ; car qu’est-ce que la convenance de l’objet auquel elle se porte, sinon un rapport essentiel à elle ? Ainsi quand elle aime ce qui a rapport à elle, comme lui convenant, n’est-ce pas elle-même qui s’aime dans ce qui lui convient ?

J’avoue que l’affection que nous avons pour les autres, fait quelquefois naître nos desirs, nos craintes, & nos espérances : mais quel est le principe de cette affection, si ce n’est l’amour de nous-mêmes ? Considérez bien toutes les sources de nos amitiés, & vous trouverez qu’elles se réduisent à l’intérêt, la reconnoissance, la proximité, la sympathie, & une convenance délicate entre la vertu & l’amour de nous-mêmes, qui fait que nous croyons l’aimer pour elle-même, quoique nous l’aimions en effet pour l’amour de nous ; & tout cela se réduit à l’amour de nous-mêmes.

La proximité tire de-là toute la force qu’elle a pour allumer nos affections : nous aimons nos enfans parce qu’ils sont nos enfans ; s’ils étoient les enfans d’un autre, ils nous seroient indifférens. Ce n’est donc pas eux que nous aimons, c’est la proximité qui nous lie avec eux, Il est vrai que les enfans n’aiment pas tant leurs peres que les peres aiment leurs enfans : mais cette différence vient d’ailleurs. Voyez Amour paternel & filial. Au reste, comme il y a proximité de sang, proximité de profession, proximité de pays, &c. il est certain aussi que ces affections se diversifient à cet égard en une infinité de manieres : mais il faut que la proximité ne soit point combattue par l’intérêt ; car alors celui-ci l’emporte infailliblement. L’intérêt va directement à nous ; la proximité n’y va que par réflexion : ce qui fait que l’intérêt agit toûjours avec plus de force que la proximité. Mais en cela, comme en toute autre chose, les circonstances particulieres changent beaucoup la proposition générale.

Non-seulement la proximité est une source d’amitié, mais encore nos affections varient selon le degré de la proximité : la qualité d’homme que nous portons tous, fait cette bienveillance générale que nous appellons humanité : homo sum, humani nihil à me alienum puto.

La proximité de la nation inspire ordinairement aux hommes une bienveillance, qui ne se fait point sentir à ceux qui habitent dans leur pays, parce que cette proximité s’affoiblit par le nombre de ceux qui la partagent ; mais elle devient sensible, quand deux ou trois personnes originaires d’un même pays se rencontrent dans un climat étranger. Alors l’amour de nous-mêmes qui a besoin d’appui & de consolation, & qui en trouve en la personne de ceux qu’un pareil intérêt & une semblable proximité doit mettre dans la même disposition, ne manque jamais de faire une attention perpétuelle à cette proximité, si un plus fort motif pris de son intérêt ne l’en empêche.

La proximité de profession produit presque toûjours plus d’aversion que d’amitié, par la jalousie qu’elle inspire aux hommes les uns pour les autres : mais celle des conditions est presque toûjours accompagnée de bienveillance. On est surpris que les Grands soient sans compassion pour les hommes du commun ; c’est qu’ils les voyent en éloignement, les considérant par les yeux de l’amour propre. Ils ne les prennent nullement pour leur prochain ; ils sont bien éloignés d’appercevoir cette proximité ou ce voisinage, eux dont l’esprit & le cœur ne sont occupés que de la distance qui les sépare des autres hommes, & qui font de cet objet les délices de leur vanité.

La fermeté barbare que Brutus témoigne en voyant mourir ses propres enfans, qu’il fait exécuter en sa présence, n’est pas si desintéressée qu’elle paroît : le plus grand des Poëtes Latins en découvre le motif en ces termes :

Vincet amor patrioe, laudumque immensa cupido.

mais il n’a pas démélé toutes les raisons d’intérêt qui font l’inhumanité apparente de ce Romain. Brutus étoit comme les autres hommes ; il s’aimoit lui-même plus que toutes choses : ses enfans sont coupables d’un crime qui tendoit à perdre Rome, mais beaucoup plus encore à perdre Brutus. Si l’affection paternelle excuse les fautes, l’amour propre les aggrave, quand il est directement blessé : sans doute que Rome eut l’honneur de ce que Brutus fit pour l’amour de lui-même, que sa patrie accepta le sacrifice qu’il faisoit à son amour propre, & qu’il fut cruel par foiblesse plûtôt que par magnanimité.

L’intérêt peut tout sur les ames ; on se cherche dans l’objet de tous ses attachemens ; & comme il y a diverses sortes d’intérêts, on peut distinguer aussi diverses sortes d’affections que l’intérêt fait naitre entre les hommes. Un intérêt de volupté fait naître les amitiés galantes : un intérêt d’ambition fait naître les amitiés politiques : un intérêt d’orgueil fait naître les amitiés illustres : un intérêt d’avarice fait naître les amitiés utiles. Le vulgaire qui déclame ordinairement contre l’amitié intéressée, ne sait ce qu’il dit. Il se trompe en ce qu’il ne connoît généralement parlant, qu’une sorte d’amitié intéressée, qui est celle de l’avarice ; au lieu qu’il y a autant de sortes d’affections intéréssées, qu’il y a d’objets de cupidité. Il s’imagine que c’est être criminel que d’être intéressé, ne considérant pas que c’est le desintéressement & non pas l’intérêt qui nous perd. Si les hommes nous offroient d’assez grands biens pour satisfaire notre ame, nous ferions bien de les aimer d’un amour d’intérêt, & personne ne devroit trouver mauvais que nous préférassions les motifs de cet intérêt à ceux de la proximité & de toute autre chose.

La reconnoissance elle-même n’est pas plus exempte de ce principe de l’amour de nous-mêmes ; car quelle différence y a-t-il au fond entre l’intérêt & la reconnoissance ? C’est que le premier a pour objet le bien à venir, au lieu que la derniere a pour objet le bien passé. La reconnoissance n’est qu’un retour délicat de l’amour de nous-mêmes, qui se sent obligé ; c’est en quelque sorte l’élévation de l’intérêt : nous n’aimons point notre bienfaiteur parce qu’il est aimable, nous l’aimons parce qu’il nous a aimés.

La sympathie, qui est la quatrieme source que nous avons marquée de nos affections, est de deux sortes. Il y a une sympathie des corps & une sympathie de l’ame : il faut chercher la cause de la premiere dans le tempérament, & celle de la seconde dans les secrets ressorts qui font agir notre cœur. Il est même certain que ce que nous croyons être une sympathie de tempérament, a quelquefois sa source dans les principes cachés de notre cœur. Pourquoi pensez-vous que je hais cet homme à une premiere vûe quoiqu’il me soit inconnu ? C’est qu’il a quelques traits d’un homme qui m’a offensé, que ces traits frappent mon ame & réveillent une idée de haine sans que j’y fasse réflexion. Pourquoi au contraire aimé-je une personne inconnue dès que je la vois, sans m’informer si elle a du merite ou si elle n’en a pas ? c’est qu’elle a de la conformité ou avec moi ou avec mes enfans & mes amis, en un mot avec quelque personne que j’aurai aimée. Vous voyez donc quelle part a l’amour de nous-mêmes à ces inclinations mystérieuses & cachées, qu’un de nos Poëtes décrit de cette maniere :

Il est des nœuds secrets, il est des sympathies,
Dont par les doux accords les ames assorties, &c.


Mais si après avoir parlé des sympathies corporelles, nous entrions dans le détail des sympathies spirituelles, nous connoîtrions qu’aimer les gens par sympathie, n’est proprement que chérir la ressemblance qu’ils ont avec nous : c’est avoir le plaisir de nous aimer en leurs personnes. C’est un charme pour notre cœur de pouvoir dire du bien de nous sans blesser la modestie. Nous n’aimons pas seulement ceux à qui la Nature donne des conformités avec nous, mais encore ceux qui nous ressemblent par art & qui tâchent de nous imiter : ce n’est pas qu’il ne puisse arriver qu’on haïra ceux de qui l’on est mal imité : personne ne veut être ridicule ; on aimeroit mieux être haissable ; ainsi on ne veut jamais de bien aux copies dont le ridicule réjaillit sur l’original.

Mais sur quels principes d’amour propre peut être fondée cette affection que les hommes ont naturellement pour les hommes vertueux, auxquels néanmoins ils ne se soucient pas de ressembler ? car le vice rend à cet égard des hommages forcés à la vertu ; les hommes l’estiment & la respectent.

Je répons qu’il y a fort peu de personnes qui ayent pour jamais renoncé à la vertu, & qui ne s’imaginent que s’ils ne sont pas vertueux en un tems, ils ne puissent le devenir en un autre. J’ajoûte que la vertu est essentiellement aimable à l’amour de nous-mêmes, comme le vice lui est essentiellement haïssable. La raison en est que le vice est un sacrifice que nous nous faisons des autres à nous-mêmes ; & la vertu un sacrifice que nous faisons au bien des autres de quelque plaisir ou de quelqu’avantage qui nous flattoit. Comment n’aimerions-nous pas la clémence ? elle est toute prête à nous pardonner nos crimes : la libéralité se dépouille pour nous faire du bien : l’humilité ne nous dispute rien ; elle cede à nos prétensions : la tempérance respecte notre honneur, & n’en veut point à nos plaisirs : la justice défend nos droits, & nous rend ce qui nous appartient : la valeur nous défend ; la prudence nous conduit ; la modération nous épargne ; la charité nous fait du bien, &c.

Si ces vertus font du bien, dira-t-on, ce n’est pas à moi qu’elles le font ; je le veux : mais si vous vous trouviez en d’autres circonstances elles vous en feroient : mais elles supposent une disposition à vous en faire dans l’occasion. N’avez-vous jamais éprouvé, qu’encore que vous n’attendiez ni secours ni protection d’une personne riche, vous ne pouvez vous défendre d’avoir pour elle une secrete considération ? Elle naît, non de votre esprit, qui méprise souvent les qualités de cet homme, mais de l’amour de vous-mêmes, qui vous fait respecter en lui jusqu’au simple pouvoir de vous faire du bien ? En un mot, ce qui vous prouve que l’amour de vous-même entre dans celui que vous avez pour la vertu, c’est que vous éprouvez que vous aimez davantage les vertus, à mesure que vous y trouvez plus de rapport & de convenance avec vous. Nous aimons plus naturellement la clémence que la sévérité, la libéralité que l’œconomie, quoique tout cela soit vertu.

Au reste, il ne faut point excepter du nombre de ceux qui aiment ainsi les vertus, les gens vicieux & déréglés : au contraire, il est certain que par cela même qu’ils sont vicieux, ils doivent trouver la vertu plus aimable. L’humilité applanit tous les chemins à notre orgueil, elle est donc aimée d’un orgueilleux ; la libéralité donne, elle ne sauroit donc déplaire à un intéressé ; la tempérance vous laisse en possession de vos plaisirs, elle ne peut donc qu’être agréable à un voluptueux, qui ne veut point de rival ni de concurrent. Auroit-on crû que l’affection que les hommes du monde témoignent pour les gens vertueux eût une source si mauvaise ? & me pardonnera-t-on bien ce paradoxe, si j’avance qu’il arrive souvent que les vices qui sont au-dedans de nous, font l’amour que nous avons pour les vertus des autres ?

Je vais bien plus avant, & j’oserai dire que l’amour de nous-mêmes a beaucoup de part aux sentimens les plus épurés que la morale & la religion nous font avoir pour Dieu. On distingue trois sortes d’amour divin ; un amour d’intérêt, un amour de reconnoissance, & un amour de pure amitié : l’amour d’intérêt se confond avec l’amour de nous-mêmes ; l’amour de reconnoissance, a encore la même source que celui d’intérêt, selon ce que nous en avons dit ci-dessus ; l’amour de pure amitié semble naître indépendamment de tout intérêt & de tout amour de nous-mêmes. Cependant si vous y regardez de près, vous trouverez qu’il a dans le fond le même principe que les autres : car premierement il est remarquable que l’amour de pure amitié ne naît pas tout d’un coup dans l’ame d’un homme à qui l’on fait connoître la religion. Le premier degré de notre sanctification est de se détacher du monde ; le second, c’est d’aimer Dieu d’un amour d’intérêt, en lui donnant tout son attachement, parce qu’on le considere comme le souverain bien ; le troisieme, c’est d’avoir pour ses bienfaits la reconnoissance qui leur est dûe ; & le dernier enfin, c’est d’aimer ses perfections. Il est certain que le premier de ces sentimens dispose au second, le second au troisieme, le troisieme au quatrieme : or comme tout ce qui dispose à ce dernier mouvement, qui est le plus noble de tous, est pris de l’amour de nous-mêmes, il s’ensuit que la pure amitié dont Dieu même est l’objet, ne naît point indépendamment de ce dernier amour.

D’ailleurs, l’expérience nous apprend qu’entre les attributs de Dieu, nous aimons particulierement ceux qui ont le plus de convenance avec nous : nous aimons plus sa clémence que sa justice, sa bénéficence que son immensité ; d’où vient cela ? si ce n’est de ce que cette pure amitié, qui semble n’avoir pour objet que les perfections de Dieu, tire sa force principale des rapports que ces perfections ont avec nous.

S’il y avoit une pure amitié dans notre cœur à l’égard de Dieu, laquelle fût exempte du principe de l’amour de nous-mêmes, cette pure amitié naîtroit nécessairement de la perfection connue, & ne s’éleveroit point de nos autres affections. Cependant les démons connoissent les perfections de Dieu sans les aimer, les hommes connoissent ces perfections avant leur conversion, & personne n’oseroit dire que dans cet état ils aient pour lui cette affection que l’on nomme de pure amitié ; il s’ensuit donc qu’il faut autre chose que la perfection connue pour faire naître cet amour.

Pendant que nous regardons Dieu comme notre juge, & comme un juge terrible qui nous attend la foudre à la main, nous pouvons admirer ses perfections infinies, mais nous ne saurions concevoir de l’affection pour elles. Il est bien certain que si nous pouvions refuser à Dieu cette admiration, nous nous garderions bien de la lui rendre : & d’où vient cette nécessité d’admirer Dieu ? C’est que cette admiration naît uniquement de la perfection connue : si donc vous concevez que la pure amitié a la même source, il s’ensuit que la pure amitié naîtra dans notre ame comme l’admiration.

1°. De ce que nous nous aimons nous-mêmes nécessairement, il s’ensuit que nous avons certains devoirs à remplir qui ne regardent que nous-mêmes : or les devoirs qui nous regardent nous-mêmes, peuvent se réduire en général à travailler à notre bonheur & à notre perfection ; à notre perfection, qui consiste principalement dans une parfaite conformité de notre volonté avec l’ordre ; à notre bonheur, qui consiste uniquement dans la joüissance des plaisirs, j’entens des solides plaisirs, & capables de contenter un esprit fait pour posséder le souverain bien.

2°. C’est dans la conformité avec l’ordre que consiste principalement la perfection de l’esprit : car celui qui aime l’ordre plus que toutes choses, a de la vertu ; celui qui obéit à l’ordre en toutes choses, remplit ses devoirs ; & celui-là mérite un bonheur solide, qui sacrifie ses plaisirs à l’ordre.

3°. Chercher son bonheur, ce n’est point vertu, c’est nécessité : car il ne dépend point de nous de vouloir être heureux ; & la vertu est libre. L’amour propre, à parler exactement, n’est point une qualité qu’on puisse augmenter ou diminuer. On ne peut cesser de s’aimer : mais on peut cesser de se mal aimer. On peut par le mouvement d’un amour propre eclairé, d’un amour propre soutenu par la foi & par l’espérance, & conduit par la charité, sacrifier ses plaisirs présens aux plaisirs futurs, se rendre malheureux pour un tems, afin d’être heureux pendant l’éternité ; car la grace ne détruit point la nature. Les pécheurs & les justes veulent également être heureux ; ils courent également vers la source de la félicité : mais le juste ne se laisse ni tromper ni corrompre par les apparences qui le flattent ; au lieu que le pécheur, aveuglé par ses passions, oublie Dieu, ses vengeances & ses récompenses, & employe tout le mouvement que Dieu lui donne pour le vrai bien, à courir après des fantômes.

4°. Notre amour propre est donc le motif qui secouru par la grace nous unit à Dieu, comme à notre bien, & nous soûmet à la raison comme à notre loi, ou au modele de notre perfection : mais il ne faut pas faire notre fin ou notre loi de notre motif. Il faut véritablement & sincerement aimer l’ordre, & s’unir à Dieu par la raison ; il ne faut pas desirer que l’ordre s’accommode à nos volontés : cela n’est pas possible ; l’ordre est immüable & nécessaire : il faut haïr ses desordres, & former sur l’ordre tous les mouvemens de son cœur ; il faut même venger à ses dépens l’honneur de l’ordre offensé, ou du moins se soûmettre humblement à la vengeance divine : car celui qui voudroit que Dieu ne punît point l’injustice ou l’ivrognerie, n’aime point Dieu ; & quoique par la force de son amour propre éclairé, il s’abstienne de voler & de s’enivrer, il n’est point juste.

5°. De tout ceci il est manifeste premierement, qu’il faut éclairer son amour propre, afin qu’il nous excite à la vertu : en second lieu, qu’il ne faut jamais suivre uniquement le mouvement de l’amour propre : en troisieme lieu, qu’en suivant l’ordre inviolablement, on travaille solidement à contenter son amour propre : en un mot, que Dieu seul étant la cause de nos plaisirs, nous devons nous soûmettre à sa loi, & travailler à notre perfection.

6°. Voici en général les moyens de travailler à sa perfection, & d’acquérir & conserver l’amour habituel & dominant de l’ordre. Il faut s’accoûtumer au travail de l’attention, & acquérir par-là quelque force d’esprit ; il ne faut consentir qu’à l’évidence, & conserver ainsi la liberté de son ame ; il faut étudier sans cesse l’homme en général, & soi-même en particulier, pour se connoître parfaitement ; il faut méditer jour & nuit la loi divine, pour la suivre exactement ; se comparer à l’ordre pour s’humilier & se mépriser ; se souvenir de la justice divine, pour la craindre & se réveiller. Le monde nous séduit par nos sens ; il nous trouble l’esprit par notre imagination ; il nous entraîne & nous précipite dans les derniers malheurs par nos passions. Il faut rompre le commerce dangereux que nous avons avec lui par notre corps, si nous voulons augmenter l’union que nous avons avec Dieu par la raison.

Ce n’est pas qu’il soit permis de se donner la mort, ni même de ruiner sa santé : car notre corps n’est pas à nous ; il est à Dieu, il est à l’Etat, à notre famille, à nos amis : nous devons le conserver dans sa force, selon l’usage que nous sommes obligés d’en faire : mais nous ne devons pas le conserver contre l’ordre de Dieu, & aux dépens des autres hommes : il faut l’exposer pour le bien de l’Etat, & ne point craindre de l’affoiblir, le ruiner, le détruire, pour exécuter les ordres de Dieu. Je n’entre point dans le détail de tout ceci, parce que je n’ai prétendu exposer que les principes généraux sur lesquels chacun est obligé de régler sa conduite, pour arriver heureusement au lieu de son repos & de ses plaisirs.

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Étymologie de « amour »

Étymologie de amour - Littré

Bourguig. aimor ; provenç. et espagn. amor ; ital. amore ; de amorem (voy. AIMER).

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Étymologie de amour - Wiktionnaire

(842) Du moyen français amour, de l’ancien français amour, amor, amur (Serments de Strasbourg), du latin amorem, accusatif de amor (« amour »). Philologiquement parlant, la forme amour n’est pas conforme à la phonétique historique du français, car on attendrait *ameur. Elle vient vraisemblablement des langues d’oïl en -ou, et plus probablement du champenois, une part importante de la littérature courtoise ayant été écrite en cette langue[1]. L’hypothèse d’un occitanisme, par le biais des troubadours et de leur très prolifique littérature courtoise en langue d’oc, le fin’amor prononcé \fin.amur\ en occitan, est également avancée[2].
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Phonétique du mot « amour »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
amour amur play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « amour »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « amour »

  • Sur un formulaire en ligne, les demandeurs de titres de séjour sont invités à faire un argumentaire sur leur « amour » de la France et de la « préfecture de l’Essonne et de ses agents ». La phrase, qui n’en finit pas de choquer les internautes, a finalement été retirée. Bladi.net, Essonne : déclarer son « amour » pour obtenir un titre de séjour en France ?
  • Au cours du prochain épisode de la saison 23 des Mystères de l’amour sur TMC, Clémence va opter pour un départ au profit d’Hélène et Nicolas. Toutelatele, Les Mystères de l’amour (spoiler) : Hélène / Nicolas, la fin actée en saison 23 ? | Toutelatele
  • Une actrice emblématique de la série Les mystères de l'amour est sur le départ. Pour savoir qui, il faudra regarder l'épisode diffusé ce dimanche 7 juin à 19h50 sur TMC. Si vous ne souhaitez pas attendre, on vous explique tout. Voici.fr, Les Mystères de l’amour : une actrice emblématique du feuilleton s'en va - Voici
  • Yohan Changuion a gagné son pari, relancer la collecte des Bouchons d’amour depuis Châlons-en-Champagne. Journal L'Union abonné, Comment la collecte des Bouchons d’amour a repris dans la Marne
  • Claudie n’a pas peur d’attirer l’attention, et elle le fait en abordant des sujets tabous dans ses vidéos YouTube. Avec son petit côté exhibitionniste et provocateur, elle n’a pas peur du jugement des autres. Celle qui tombe facilement en amour aura-t-elle un (ou plusieurs!) coups de coeur à OD? Noovo, Occupation Double présente Colocs... en amour! | Émission… | Noovo
  • Verdict ? Il s'avère que le regard ne s'arrête pas sur la même zone du corps en fonction des intentions de la personne. Ainsi, hommes et femmes ont tendance à regarder le haut du corps (visage et buste) si la personne en face les intéresse amoureusement. Chez les hommes, le désir purement sexuel se manifestait par un regard vers les hanches des femmes. Enfin, dans le cas d'une relation platonique, le regard des hommes comme des femmes se dirige vers le bas du corps, jambes et pieds. Grazia.fr, Amour ou amitié ? Selon une étude, il est possible de savoir en un regard si vous attirez une personne - Grazia
  • Océane, Marie-Françoise et José ne souhaitaient qu’une chose, rencontrer le grand amour. Ils pensaient l’avoir trouvé mais ont découvert que celui ou celle dont ils étaient tombés amoureux était un escroc. , Replay Ça commence aujourd'hui - Arnaqués par amour : ils se sont fait piéger - France 2
  • Joshua Morrow (Nick dans Les feux de l’amour) évoque la relation calamiteuse qu’entretient Victor avec son fils. Tous les coups sont permis. Toutelatele, Joshua Morrow (Les feux de l’amour) : « Nick devrait avoir peur de Victor... » | Toutelatele
  • Amel Bent, son mari escroc par amour : ses confidences troublantes Gala.fr, Amel Bent, son mari escroc par amour : ses confidences troublantes - Gala
  • - Comme d’autres compétitions, le championnat suisse de Super League et de Challenge League a redémarré il y a quelques jours, mais sans spectateurs. Une semi-bonne nouvelle pour le patron des sports de la RTS que vous êtes?- Massimo Lorenzi: Oui. Le huis clos fait évidemment sens d’un point de vue sanitaire et je comprends cette décision. Même si, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, le football sans public, c’est un peu comme l’amour en tenue de scaphandrier. Le huis clos affadit l’événement. Parce qu’un rendez-vous sportif est d’abord un spectacle. Or jouer dans un stade vide de 25 000 personnes comme celui de La Praille, où nous sommes en ce moment, relève forcément d’une expérience un peu étrange. Le match perd cette saveur que lui donne la présence vivante du public. , Massimo Lorenzi: «Le foot sans public, c’est comme l’amour en scaphandre» | Illustré
  • Entre le départ de Clémence et une nouvelle attaque cardiaque, l’avenir de Nicolas est remis en cause dans la saison 23 des Mystères de l’amour. Toutelatele, Les Mystères de l’amour (spoiler, saison 23) : crise cardiaque / départ, la fin de Nicolas ? | Toutelatele
  • Crystal appelle une nouvelle fois Sharon à l’aide dans Les feux de l’amour sur TF1 ce jeudi 25 juin 2020. Juliet est convaincue que Cane va revenir vers elle... Toutelatele, Les feux de l’amour en avance : Sharon en sursis (épisode du jeudi 25 juin 2020 sur TF1) | Toutelatele
  • De sa première relation, on ne sait rien. En revanche, le public a vu son histoire d'amour avec Christopher naître dans L'amour est dans le pré. Le public était donc triste d'apprendre leur rupture en mai 2019. "J'ai eu du mal à trouver ma place. Surtout au début. Aude avait vécu trois ans toute seule avec sa fille. A la fin, ça commençait à aller mieux mais voilà...", avait notamment confié le jeune homme à nos confrères de Public. , Aude (L'amour est dans le pré) dévoile le visage de ses enfants : tendre photo - Purepeople
  • Si nous n'avions aucun doute concernant Didier et Isabelle, ainsi que Laurent et sa chère et tendre qui dévoilent de nombreuses photos de couple sur les réseaux sociaux, on ignorait que le producteur de lait et de fromage (qui avait 45 ans au moment du tournage) et Catherine filaient toujours le parfait amour. Mais les fans de L'amour est dans le pré ont pu compter sur Maud pour leur révéler cette belle information. Ce lundi 15 juin, elle a dévoilé un montage photo sur lequel on peut apercevoir les enfants de son compagnon, des paysages ainsi qu'une photo en compagnie de Laurent, François et sa belle. "Week-end magnifique. "Samedi, nos amis François et Catherine nous ont fait la surprise de venir nous rendre visite [dans la Nièvre, NDLR].(François fait toujours le pitre sur les photos) #surprise #heureux #sansvoix #lamourestdanslepré #amitié #retrouvailles Dimanche, balade en famille. Pic-nique au lac des Settons puis promenade au saut de Gouloux. Plein de bisous à tous. Prenez soin de vous", peut-on lire en légende. , François et Catherine (L'amour est dans le pré) toujours en couple : belle photo - Purepeople
  • Le couple qui s'est pacsé en février 2019, un an avant ses fiançailles, vit le parfait amour. Les amoureux savent se soutenir dans les moments difficiles, comme lorsque Claire n'est pas très en forme. La touchante jeune femme, maman d'un petit garçon, a vaincu le cancer il y a plusieurs années et son futur mari n'a de cesse de lui déclarer son amour et son admiration comme lorsqu'elle a été hospitalisée il y a quelques mois. "Je t'admire tellement mon amoureuse... et voudrais tant prendre ton mal. Si les gens avaient une seule idée de ce que tu subis au quotidien... et de ce qu'on te fait encore subir régulièrement pour espérer t'apporter un peu de confort... malheureusement en vain. Tu souffres chaque seconde et pourtant ne te plains jamais... tu souffres en silence... Je t'aime tellement et serai toujours à tes côtés je te le promets. Je t'aime... Fort", avait-il écrit sur les réseaux sociaux. , Jo (L'amour est dans le pré) bientôt marié à Claire : il dévoile les alliances - Purepeople
  • Cricri d'amour doit être aux anges avec une fille comme sa Closermag.fr, Elsa Esnoult : pourquoi la star des Mystères de l'amour a fondu en larmes pendant une émission - Closer
  • Treize candidats, onze hommes et deux femmes de 37 à 63 ans, ont confié cette année leur destin amoureux à l'émission de dating champêtre. Leurs portraits ont été diffusés les 9 et 16 mars derniers sur M6 avec de premiers coups de coeur des téléspectateurs. Venus des quatre coins de la France, ils sont arboriculteur, éleveurs de vaches, maraîcher, ou viticultrice... Et nous saurons très prochainement s'ils vont trouver l'âme soeur. , L'amour est dans le pré : Karine Le Marchand annonce une très bonne nouvelle aux fans de l'émission (PHOTO)
  • Il y a quelques semaines, Vitaa exprimait déjà son amour envers son mari, en réponse à une question d'un de ses followers : "C'est un homme de l'ombre. C'est ce que m'a fait craquer pour tout te dire. J'admire cette qualité chez lui. Il déteste la lumière". Pour rappel, la chanteuse de 37 ans l'a épousé en 2010. Ils sont parents d'un petit Adam et de Liham âgé de 8 ans. , La jolie déclaration d'amour de Vitaa à son mari (photo) - Vibration - Vibrons Ensemble
  • Pour la fête des mères, les enfants clament en règle générale tout leur amour à leur maman. Frédérique de L’amour est dans le pré 7 a inversé la tendance. Et c’est elle qui, ce dimanche 7 juin, a fait une magnifique déclaration à son fils Gabriel sur Instagram. Voici.fr, PHOTO L’amour est dans le pré : la magnifique déclaration de Fred et Pierre à leur fils Gabriel - Voici
  • Pour remplacer la saison 23 des Mystères de l’amour, interrompue début juillet, TMC va rappeler Section de recherches, la série de TF1. Toutelatele, Les Mystères de l’amour : fin annoncée, Section de recherches bascule sur TMC | Toutelatele
  • Il y a aussi les amoureux·se·s du littoral, celles et ceux qui aiment ressentir la brise des embruns leur parcourir le corps, pendant qu'ils et elles tentent désespérément d'empêcher le sable de remonter plus haut que leurs cuisses. 56 % des personnes interrogées font partie du clan des adeptes du coït à la plage, aussi inconfortable peut-il paraître. Et les pays en tête de liste sont, sans surprise vu la qualité des leurs, l'Italie (72 %), l'Espagne (69 %) et l'Hexagone (68,5 %). , Sexe : où fait-on le plus l'amour à l'extérieur ? - Terrafemina
  • “J’ai su que j’avais été privée d’elle avant de la rencontrer” : dans un pensionnat, Thérèse côtoie Isabelle, et sa haine première se transforme en amour passionné, trouvant "le paradis" entre ses jambes. En 1954, Violette Leduc invente un érotisme alors inédit, charnel, mais le roman est censuré... France Culture, Violette Leduc, l'amour censuré de Thérèse et Isabelle - Ép. 2/4 - Les histoires d'amour finissent mal en général
  • Ses « Fragments d’un discours amoureux » publiés en 1977 sont réédités. Comme une progression infiniment lente et sûre vers la solitude SudOuest.fr, Littérature : le désert de l’amour, selon Roland Barthes
  • Ces derniers ont ainsi écrit de nombreux messages d’amour sur la vitrine de la librairie au cours des dernières semaines. , Yvelines. Aubergenville : des messages d'amour pour la librairie Gibert Joseph, récemment fermée | 78actu
  • Apollinaire aimait l’amour et l’érotisme, autant que la poésie. Durant la guerre 14-18, il était éloigné des femmes tant aimées et a choisi de leur envoyer des centaines de lettres, souvent une par jour, riches de poèmes et parfois de paragraphes sexuellement très explicites. , Faire l’amour et faire la guerre - La Libre
  • Durant un an, le personnage touchant d'Amanda Sthers prend rendez-vous au salon de thé pour se faire masser par cet homme qui l'apaise, sans lui dire mot de son apprentissage du japonais entrepris par amour, ou de ses nouvelles lectures de classiques nippons. Alice tait ses sentiments, mais les écrit, avec justesse. En prêtant sa plume à sa narratrice, l'écrivaine Amanda Sthers nous offre un roman bouleversant, parce qu'aussi pudique que bavard.  Marie Claire, Interview d'Amanda Sthers sur Lettre d'amour sans le dire - Marie Claire
  • Nul doute, on a bien hâte de voir la binette du nouvel amoureux de Chantal! Et on lui souhaite tout le bonheur du monde pour la suite!   En vedette, Chantal Lacroix a retrouvé l'amour!
  • Dans la riche filmographie de Xavier Dolan, Matthias et Maxime ne dépareille pas. D'abord, il occupe toujours autant le terrain : en plus d'être réalisateur, il s'est chargé du scénario, du montage et des costumes. Avis à celles et ceux qui apprécient aussi le Québécois devant la caméra : après J'ai tué ma mère (2009), Les Amours imaginaires (2010) et Tom à la ferme (2013), Xavier Dolan revient en tant qu'acteur ; il incarne le « Maxime » du titre (Gabriel D'Almeida Freitas y interprète Matthias). Et qui joue la mère de son personnage ? Son actrice fétiche Anne Dorval. Ensuite, le fond : il y est question de quête d'identité, d’ambiguïté sexuelle, de jeunesse incandescente et d'amour. Le film raconte l'histoire de deux amis d'enfance qui vont remettre en question leurs sentiments après avoir échangé un baiser pour les besoins d'un tournage. myCANAL, Matthias et Maxime : l'amitié et l'amour selon Xavier Dolan
  • Victoria inquiète par son comportement dans Les feux de l’amour ce vendredi 26 juin 2020 sur TF1, tandis que Sharon est dans une situation bien délicate. Toutelatele, Les feux de l’amour en avance : Sharon accusée (épisode du vendredi 26 juin 2020 sur TF1) | Toutelatele
  • La jeune femme y annonce que son amoureux est tombé récemment malade. "Mon chéri a chopé la dengue. Eh oui, à la Réunion, il n'y a pas que le Covid qui sévit", déclare-t-elle dans un premier temps. Et d'ajouter : "Mal en point, j'essaie tant bien que mal de l'aider, mais je me sens assez démunie. Bon courage à ceux qui sont malades et à ceux qui les accompagnent." La dengue, dite aussi "grippe tropicale", est une maladie transmise par la piqûre d'un moustique. Elle se manifeste par une forte fièvre, accompagnée souvent de maux de tête, nausées, vomissements, de douleurs articulaires et musculaires ou d'une éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole. Si une brève amélioration survient au bout de trois à quatre jours, les symptômes s'intensifient ensuite (saignements de nez, ecchymoses...) pour diminuer au bout d'une semaine. La guérison s'accompagne d'une convalescence d'une quinzaine de jours. Pour le moment, il n'existe ni vaccin préventif ni traitement spécifique pour combattre cette maladie. Nul doute que la philosophie pleine d'optimisme de Laetitia et ses petits soins permettront à son amoureux d'être de nouveau sur pied très bientôt. , L'amour est dans le pré 2018 : coup dur pour Laetitia, son chéri est malade !
  • Qu’il soit grand, éphémère, transgressif ou à double tranchant, force est de constater que l'amour nous passionne toujours. Madame Figaro, Du coup de foudre au chagrin, cinq podcasts à écouter pour décortiquer l’amour - Madame Figaro
  • L'artiste se laisse parfois aller cependant à quelques confidences comme cela a été le cas au cours d'entretiens accordés à France Dimanche ou bien à Télé 7 Jours durant lesquels elle a notamment évoqué une ancienne histoire d'amour ayant eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale. amomama.fr, L'histoire d'amour d'Annie Cordy avec un soldat pendant la Seconde Guerre mondiale
  • Alors que l’intrigue autour du réseau de prostitution débute dans Les feux de l’amour, Sharon Case s’est confiée à Toutelatele. Elle revient sur l’implication de son personnage auprès de Crystal. Toutelatele, Sharon Case (Les feux de l’amour) : « Le viol de Sharon la conduit à aider Crystal » | Toutelatele
  • Dans "Tous Les Divorcés", extrait de son prochain album prévu pour l'automne, Bénabar lance un message d'espoir : on peut aimer très fort plusieurs fois dans sa vie. Jamais avare de plaisanteries, amoureux de la musique et de l'amour avec un grand A, le chanteur se livre en exclusivité sur ses inspirations, ses amours, ses songes... , Exclu : Bénabar, "Je ne crois pas à l'amour unique"
  • Trois histoires d’amour ou de rupture au temps du confinement. France Culture, L’amour au temps du coronavirus
  • Disons simplement que le chanteur de “Heart Attack” répand un peu d’amour. News 24, La dernière lettre d'amour de Demi Lovato à Max Ehrich prouve à quel point ils sont sérieux - News 24
  • Etre amoureux(-euse), c'est souvent du bonheur à l'état pur. C'est simple quand on est dans cet état, on plane et on vit notre meilleure vie. Pourtant, ce n'est pas toujours évident et il arrive que les disputes et les incompréhensions s'en mêlent. Même si on aime très fort notre moitié, il arrive qu'on ne sache plus quoi faire pour améliorer la situation ou simplement pour parvenir à le comprendre. Et c'est encore plus difficile lorsqu'on aime quelqu'un en secret depuis longtemps. Si ces personnages de séries ont survécu aux pires épreuves, Trendy te propose de revenir sur les leçons d'amour que les séries nous ont apprises. N'hésite pas à en appliquer quelques unes dans la vraie vie ! , Ces leçons d'amour à piquer à nos séries TV préférées - L'Etudiant Trendy
  • La plupart des fans de l'émission télévisée "L'amour est dans le pré" se souviedront sûrement encore d'elle. Véronique Mounier avait assuré la présentation du programme depuis 2006 avant de le quitter en 2008. amomama.fr, Véronique Mounier : La nouvelle vie de l’ancienne présentatrice de "L'amour est dans le pré"
  • Oui, l'amour de la République est abimé quand cette parole est manipulée. Elle l'est quand les candidates, candidats, tergiversent sur leurs choix, leurs alliés, quand ils occultent leurs vraies motivations, quand ils disent une chose et leur contraire, quand leurs engagements du soir ont été reniés le matin, et leurs nouveaux propos sont vite effacés le lendemain, selon la convenance, l'interlocuteur ou le public. Elle l'est, et gravement, quand les contrevérités deviennent un discours méthodique, juste pour gagner des voix. La Tribune, Le 28 juin, au temps des villes, l’Amour de la République
  • Dans les années 60, les discriminations raciales ont fait exploser le couple mixte formé par Myra et Howard. Mais leur amour était plus fort que les préjugés sociaux. Closermag.fr, TEMOIGNAGE. "Notre histoire d'amour a été brisée par le racisme. Nous nous sommes mariés 45 ans après" - Closer
  • Lorsque leurs chemins se croisent, Anne Hidalgo a déjà connu une relation sérieuse puisqu'elle sort d'un mariage duquel sont issus deux enfants. Cela ne semble pas avoir causé le moindre problème à Jean-Marc Germain qui est tombé fou amoureux d'elle. amomama.fr, Anne Hidalgo : Son incroyable histoire d'amour avec son second mari Jean-Marc Germain
  • En plus de renseigner sur les endroits insolites pour faire l'amour préférés par les Français, le sondage de Lelo permet de connaître certaines de leurs préférences. Ainsi, la spontanéité règne : ils sont 24% à avoir des rapports sexuels sans les planifier, et 55% d'entre eux ne prêtent pas attention à l'heure de la journée. Enfin, le fait que le mercure grimpe fait monter la température, dans tous les sens du terme. 56% d'entre eux préfèrent faire l'amour par temps chaud. Cela peut en effet être plus spontané, quand on n'a pas à faire attention à bien rester sous la couette pour ne pas mourir de froid au lieu de mourir de plaisir... Et voir son homme dormir en caleçon est bien plus sexy que quand il est dans son pyjama en pilou-pilou ! Magicmaman.com, Quel est l'endroit préféré des Français pour faire l'amour à l'extérieur ? - Magicmaman.com
  • Sur le plateau du RTLINFO 13H, la romancière française, Amanda Sthers, nous parlait de son dernier livre publié chez Grasset: lettre d'amour sans le dire. Un roman sous forme de lettre d'amour écrite par une femme, Alice, 48 ans, qui n'a connu que l'amour forcé ou violent. En se faisant masser par ce Japonais, cette quadra redécouvre son corps et des sensations qu'elle pensait perduee à jamais. "Elle se pensait anesthésier à jamais", détaille Amanda Sthers. RTL Info, Amanda Sthers revisite la lettre d'amour pour ses lecteurs: "On peut se placer comme celui qui l'écrit ou la reçoit" (vidéo) - RTL Info
  • Chez Platon, nous ne serions qu’un seul être scindé en deux, cherchant notre moitié. Dans le film La La Land, deux êtres s'accomplissent dans leur carrière, non dans l’amour. Aurions-nous dépassé la vision romantique que nous nous faisons de l’amour depuis Platon ou serait-ce vain ? France Culture, "La La Land", peut-on rater l'âme soeur ? - Ép. 4/4 - Les histoires d'amour finissent mal en général
  • Amour: En famille, le climat sera plutôt tendu et la nervosité palpable. Vous serez en quête d'harmonie et d'équilibre, mais vous aurez l'impression de n'être ni entendu ni compris par votre entourage ! Toutefois, les projets d'union seront favorisés, les amoureux récents pourront faire des projets. Célibataire, vous ne pourrez pas vous empêcher de céder à un coup de cœur tout en sachant qu'il n'a aucune chance d'évoluer en relation sérieuse. Qui vivra verra ! sudinfo.be, Amour, argent, travail, santé: votre horoscope de ce vendredi 26 juin
  • Marco Hébert est en amour!! Le candidat qui avait fait beaucoup jaser lors de la sixième saison de L'amour est dans le pré est officiellement en couple. L'heureuse élue est comptable et se prénomme Marie-Ève. Elle est magnifique, n'est-ce pas? Sur Instagram, Marco a dévoilé une toute première photo avec sa douce. Il a écrit en légende de sa publication : « Une belle journée avec une belle fille à une belle place! » Voici la superbe photo des tourtereaux :  En vedette, Marco de L'amour est dans le pré dévoile une photo avec sa nouvelle amoureuse!
  • Une jolie déclaration pour Mathias Malzieu, lequel a retrouvé l'amour dans les bras de Daria Nelson. Quant à Olivia Ruiz, c'est avec le journaliste et programmateur Nicolas Preschey qu'elle roucoule. Les amoureux avaient été vus en 2012 dans les tribunes de Roland-Garros... Ensemble, ils ont un petit Nino né en 2015. , Olivia Ruiz : Tendre déclaration à son ex, Mathias Malzieu, son "grand amour" - Purepeople
  • Toujours très affectueux l’un envers l’autre, les deux époux partagent régulièrement des mots d’amour sur les réseaux sociaux. Le 10 mai dernier, à l’occasion de la fête des mères aux États-Unis, l’acteur emblématique de la série « Dawson » a rendu hommage à sa compagne avec un long texte dans laquelle il parle de toutes ses qualités. « Je veux te remercier d’être la lumière que tu es. Pour la passion avec laquelle tu as nourri et protégé notre enfant lorsqu’il était encore dans ton ventre. Je n’ai jamais assisté à une telle force chez un être humain que chez toi dans ces moments-là », avait alors confié le Canadien de 42 ans. « Merci d’avoir fait de moi un père. De m’avoir fait assez confiance pour t’embarquer dans cette aventure avec moi. (…) J’adore te voir entrer dans les Panthéon des mères. Et je suis impatient de parcourir ce chemin à tes côtés, en nourrissant ce petit moteur de joie avec lequel tu as béni le monde », avait-il conclu sur Instagram.  , Jodie Turner-Smith : sa tendre déclaration d’amour à Joshua Jackson - Elle
  • La saucisse de porc luisante se roulant sans retenue dans l’andalouse. Le pilon de poulet à la peau croustillante se trémoussant dans la samouraï. Les bons gros carrés de bœuf mêlant leur sang à la cocktail. Le burger végé s’acoquinant avec la brasil. Et la salade iceberg se noyant dans des trombes de mayonnaise citronnée… Avec le retour des barbecues ensoleillés, nos papilles s’accouplent comme jamais avec les sauces émulsionnées. Le Soir Plus, Les sauces et le barbecue, une histoire d’amour bien belge - Le Soir Plus
  • Le monde avait-il besoin de nouvelles chansons d’amour ? Pour le crooner américain John Legend, qui publie son septième album studio, Bigger Love, cela ne fait aucun doute : « Mon album est une déclaration. Il est temps de se donner un peu d’amour, de prendre du bon temps », affirme-t-il derrière son écran d’ordinateur. Toujours confiné à Los Angeles avec sa femme, le mannequin Chrissy Teigen, et leurs deux enfants, John Legend était dans les starting-blocks quand l’épidémie de Covid-19 est apparue : il venait de terminer son album, sur lequel il travaillait depuis deux ans avec le producteur Raphael Saadiq, et était prêt à repartir en tournée. Le Monde.fr, R’n’B : John Legend, l’amour toujours
  • Le désir de l'amour engendre l'amour. De Tahar Ben Jelloun / L'auberge des pauvres
  • Dieu est amour mais l’amour est classé X. De Guy Bedos / Lettre ouverte à sa Sainteté Jean-Paul II, Pape, Vatican, Rome
  • L'amour sans amour n'est plus rien. De Joe Dassin / Comment te dire
  • L’amour, c’est l’amour sans chaînes. De Toni Bentley / Ma reddition
  • Avant l'amour l'amour-propre était né. De Gentil-Bernard
  • L’amour aime imparfaitement. De Jean de Sponde / Premier recueil de poésie
  • Amour, amour ! Ton véritable nom est jalousie. De Eugène Achard / Le Tombeau du mont Saint-Grégoire
  • Un amour excessif est un amour coupable. De Milan Kundera / La valse aux adieux
  • Chanter ne peut guère valoir Si au-dedans du cœur ne se lève le chant ; Ni le chant ne peut du cœur s'élever Si n'y réside l'amour pur. Bernard, de Ventadour,
  • Hélas ! combien je croyais savoir D'amour, et combien peu j'en sais ! Bernard, de Ventadour,
  • La charité est le nœud de l'amour. bienheureux Jan Van Ruusbroec dit l'Admirable, De l'ornement des noces spirituelles, le quiétisme
  • Aimer d'un amour humain, c'est pouvoir passer de l'amour à la haine, tandis que l'amour divin est immuable. Lev [en français Léon] Nikolaïevitch, comte Tolstoï, Guerre et Paix, livre III, 3e partie, 32
  • Plutôt que l'amour, que l'argent, que la gloire, Donnez-moi la vérité. Henry David Thoreau, Walden, Conclusion
  • Un peu d'amour, c'est comme un peu de bon vin Trop de l'un ou trop de l'autre rendent un homme malade. John Steinbeck, Tortilla Flat, 15
  • Pour l'amour et la beauté et le bonheur Il n'y a ni mort ni changement. Percy Bysshe Shelley, La Sensitive The Sensitive Plant
  • - Du moins, c'est court.- Comme l'amour d'une femme. William Shakespeare, Hamlet, III, 2
  • Misérable est l'amour qui se laisserait mesurer. William Shakespeare, Antoine et Cléopâtre, I, 1, Antoine Antony and Cleopatra, I, 1, Antony
  • L'amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l'âme. William Shakespeare, Le Songe d'une nuit d'été, I, 1, Helena A Midsummer Night's Dream, I, 1, Helena
  • Toutes les dettes reçoivent quelque compensation, mais seul l'amour peut payer l'amour. Fernando de Rojas, La Célestine, 16 La Celestina, 16
  • Dans l'amour, quand il se présente, ce n'est que l'obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir. Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, 14 mai 1904 Briefe an einem jungen Dichter
  • Ayez de l'amour pour tous, nul n'est autre que vous. Gadadhar Chatterji ou Gadadhar Chattopadhyaya, dit Ramakrishna, Entretiens
  • L'amour est une herbe spontanée et non une plante de jardin. Ippolito Nievo, Confession d'un octogénaire Confessioni d'un ottuagenario
  • Celui qui reste chaste et meurt d'amour meurt martyr. Mahomet en arabe Muḥammad, Tradition musulmane
  • L'amour et la haine, la haine et l'amour, Tout cela est passé sur moi ; Pourtant je n'en ai gardé nulle trace, Je suis resté toujours le même. Heinrich Heine, Livre des chants, le Retour Buch der Lieder, Die Heimkehr
  • Les mots d'amour ne sont point de ceux que l'on peut prononcer. Chamsoddin Mohammed HafezChams al-Din Muhammad Hafiz,
  • L'amour abstrait de l'humanité est presque toujours de l'égoïsme. Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski, L'Idiot
  • L'amour qui mène le soleil et les étoiles. Dante Alighieri, Dernier vers de la Divine ComédieDivina Commedia, Il Paradiso, XXXIII
  • Seules errances d'amour Sont dignes de pardon. Miguel de Cervantès en espagnol Miguel de Cervantes Saavedra, La comedia entretenida
  • Quel amour de Nymphe peut suffire à contenter celui d'un Géant ? Luís Vaz de Camões, Les Lusiades, V, 53
  • Dans sa première passion, la femme aime son amant, et dans toutes les autres, tout ce qu'elle aime est l'amour. George Gordon, lord Byron, Don Juan, III, 3
  • La haine est licite aussi bien que l'amour et je la ressens au plus haut point contre ceux qui ont du mépris. Georg Büchner, Lettre à sa famille, février 1834
  • L'amour à la sauvage églantine est pareil, Et l'amitié pareille au houx, Sombre est le houx, quand l'églantine est tout en fleur, Mais lequel fleurit avec plus de constance ? Emily Brontë, Love and Friendship
  • ô amour rempli de larmes parce que le plus proche est à jamais lointain ! Clemens Brentano, Le Rêve du désert Der Traum der Wüste
  • Un ami m'a demandé : Qu'est-ce que l'amour ? Je lui dis : L'amour est une douceur dont le jus est savoureux et la pâte amère. Anonyme, Les Mille et Une Nuits, Histoire de Ghanem et de Fetnah
  • L'amour est un égoïsme à deux. Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, dite Mme de Staël,
  • Il n'y a pas de crainte dans l'amour ; Au contraire, le parfait amour bannit la crainte, Car la crainte suppose un châtiment, Et celui qui craint N'est pas consommé en amour. , Épîtres de saint Jean, Ière, IV, 18
  • Car l'amour est fort comme la Mort la jalousie inflexible comme le Shéol*. Ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé. , Ancien Testament, Cantique des cantiques VIII, 6
  • Je ne sais partager que l'amour, non la haine. Sophocle, Antigone, 523 (traduction P. Dumoulin)
  • - Qu'est-ce donc qu'on appelle amour chez les humains ? - Rien n'est plus doux, ma fille, ni amer tout ensemble. Euripide, Hippolyte, 347-348 (traduction Méridier)
  • Serments d'amour n'entrent pas dans l'oreille des dieux. Callimaque, Épigrammes, XXV, 3-4 (traduction E. Cahen)
  • L'amour triomphe de tout. Virgile en latin Publius Vergilius Maro, Les Bucoliques, X, 69
  • L'amour est la joie, accompagnée de l'idée d'une cause extérieure. Baruch Spinoza, L'Éthique, Livre III
  • Il n'est point de haine implacable, sauf en amour. Properce en latin Sextus Aurelius Propertius, Élégies, II, 8, 3
  • Qui que tu sois, voici ton maître : Il l'est, le fut, ou le doit être. François Marie Arouet, dit Voltaire, Poésies mêlées, XLIII Balzac dans les premières pages du Père Goriot
  • La coutume fait tout, jusqu'en amour. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Réflexions et Maximes
  • Le prix d'Amour, c'est seulement Amour, […] Il faut aimer si l'on veut être aimé. Honoré d'Urfé, La Sylvanire ou la Morte vive, I, 1
  • L'amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule. Henri Beyle, dit Stendhal, Vie de Henry Brulard
  • L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même. Henri Beyle, dit Stendhal, De l'amour
  • Faire consister la force du mariage dans celle de l'amour, c'est aller jusqu'à méconnaître l'esprit de cette institution. Étienne Pivert de Senancour, De l'amour considéré dans les lois réelles et dans les formes sociales de l'union des sexes
  • C'est peut-être ça, l'amour : un visage autour de soi qui se multiplie, alors qu'on est seul ! Georges Schéhadé, La Soirée des proverbes, Gallimard
  • Toute douceur d'amour est destrempée De fiel amer et de mortel venin. Maurice Scève, Délie
  • L'amour en mer brûle ses vaisseaux. Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse, Amers, Gallimard
  • Une grande aversion présente est souvent le seul signe d'un grand amour passé. Charles Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi
  • Il n'est nullement besoin d'être aimé pour bien jouir et […] l'amour nuit plutôt aux transports de la jouissance qu'il n'y sert. Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le marquis de Sade, Juliette
  • L'amour est le comble de l'esprit. Denis de Rougemont, Penser avec les mains, Gallimard
  • Il dit : Je n'aime pas les femmes. L'amour est à réinventer, on le sait. Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Délires I
  • L'amour tue l'intelligence. Le cerveau fait sablier avec le cœur. L'un ne se remplit que pour vider l'autre. Jules Renard, Journal, 23 mars 1901 , Gallimard
  • Les feux de l'amour laissent parfois une cendre d'amitié. Henri de Régnier, Donc , Kra
  • J'aime un amour fondé sur un bon coffre-fort […] Cette veuve, je crois, ne serait point cruelle ; Ce serait une éponge à presser au besoin. Jean-François Regnard, Le Joueur, I, 6
  • On ne peut pas passer du mépris à l'amour. Mais de la haine, on y passe très bien. Paul Raynal, Au soleil de l'instinct, Stock
  • Rien ne naît que d'amour, et rien ne se fait que d'amour ; seulement il faut tâcher de connaître les différents étages de l'amour. Charles-Ferdinand Ramuz, Chant de notre Rhône, Georg
  • Mais il me reste un fils. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu'où va notre amour. Jean Racine, Andromaque, III, 4, Andromaque
  • L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme : Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux, Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux. Jean Racine, Andromaque, II, 2, Oreste
  • À la bonne et sincère amour est crainte perpétuellement annexée. François Rabelais, Le Quart Livre, 3
  • Un amoureux sera moins heureux de causer de l'amour avec Stendhal que de sa maîtresse avec son porteur d'eau. Marcel Proust, Jean Santeuil, Gallimard
  • L'amour cause […] de véritables soulèvements géologiques de la pensée. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe , Gallimard
  • En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, la Prisonnière , Gallimard
  • L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au cœur. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, la Prisonnière , Gallimard
  • On a tort de parler en amour de mauvais choix, puisque dès qu'il y a choix il ne peut être que mauvais. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, la Fugitive , Gallimard
  • L'amour physique, si injustement décrié, force tellement tout être à manifester jusqu'aux moindres parcelles qu'il possède de bonté, d'abandon de soi, qu'elles resplendissent jusqu'aux yeux de l'entourage immédiat. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann , Gallimard
  • L'amour le plus exclusif pour une personne est toujours l'amour d'autre chose. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, À l'ombre des jeunes filles en fleurs , Gallimard
  • L'histoire, la révolution, l'amour ne vont à leurs hauts paroxysmes que par la folie de la poésie. André Pieyre de Mandiargues, Le Troisième Belvédère, Gallimard
  • La connaissance et l'amour ont pour effet d'abolir les oppositions. André Pieyre de Mandiargues, In Préface aux Œuvres complètes de André Pieyre de Mandiargues Gallimard
  • L'amour sort du futur avec un bruit de torrent, et il se jette dans le passé pour le laver de toutes les souillures de l'existence. André Pieyre de Mandiargues, Mascarets, le Marronnier , Gallimard
  • L'Amour est beau pour ceux qui ont de quoi vivre, mais les autres doivent d'abord penser à vivre. Charles-Louis Philippe, La Mère et l'enfant, Gallimard
  • L'amour, cette absence de mémoire, ne retient de nous que notre éternité. Henri Petit, Ordonne ton amour, Grasset
  • Qu'une vie est heureuse quand elle commence par l'amour et qu'elle finit par l'ambition. Blaise Pascal, Discours sur les passions de l'amour
  • L'amour constant ressemble à la fleur du soleil, Qui rend à son déclin, le soir, le même hommage Dont elle a, le matin, salué son réveil ! Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, Poésies diverses, Mélodie
  • L'amour n'est pas un sentiment, c'est un art. Paul Morand, Isabeau de Bavière, Gallimard
  • L'amour est aussi une affection de la peau. Paul Morand, Fermé la nuit, Gallimard
  • En amour, être Français, c'est la moitié du chemin. Paul Morand, L'Europe galante, Grasset
  • En amour on s'imagine que la seule prétention donne un titre. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • Un bon mariage, s'il en est, refuse la compagnie et conditions* de l'amour. Il tâche à représenter celles de l'amitié. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, III, 5
  • Mais la raison n'est pas ce qui règle l'amour. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Misanthrope, I, 1, Alceste
  • Il le faut avouer, l'amour est un grand maître. Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, L'École des femmes, III, 4, Horace
  • Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Dom Juan, I, 2, Dom Juan
  • Chez moi, tout crime - le meurtre principalement - a des correspondances secrètes avec l'amour. Octave Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre, Fasquelle
  • L'homme ne doute de sa liberté que parce qu'il ignore l'étendue immense du pouvoir de l'amour. Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz, Les Arcanes, Préfigure de la nature physique , Teillon
  • L'amour fait tout excuser, mais il faut être bien sûr qu'il y a de l'amour. Prosper Mérimée, Lettres, à Jenny Dacquin, 25 septembre 1832
  • L'amour est enfant de Bohème. Ludovic HalévyHenri Meilhac, Carmen, opéra bouffe, musique de Bizet
  • Il faut bien donner le nom de l'amour à tous les sentiments tendres que nous eûmes. Mais nous ne saurons jamais si c'était lui. François Mauriac, Journal d'un homme de trente ans, Librairie de l'Université, Fribourg
  • Combien peu d'amours trouvent en elles-mêmes assez de force pour demeurer sédentaires ! François Mauriac, Journal, Grasset
  • Amour fait vivre, et Crainte fait mourir. Clément Marot, Élégie, VIII
  • Vertu n'a pas en amour grand'prouesse. Clément Marot, Chansons, XIX
  • Cœur sans amour toujours loyer demande. Clément Marot, Le Balladin
  • L'amour humain ne se distingue du rut stupide des animaux que par deux fonctions divines : la caresse et le baiser. Pierre Louis, dit Pierre Louÿs, Aphrodite, Fasquelle
  • Sonde d'amour, veux-tu mesurer le fond où va pouvoir mouiller la mort ? Georges Limbour, L'Enfant polaire, Gallimard
  • En amour, il n'y a que les commencements qui soient charmants. Il ne m'étonne pas qu'on trouve du plaisir à recommencer souvent. Charles Joseph, prince de Ligne, Mes écarts
  • L'homme prend ses curiosités pour de l'amour. Henri René Lenormand, Terre de Satan, Albin Michel
  • Celle qui n'a jamais eu un peu pitié de celui qu'elle aime n'a probablement pas connu l'amour. Henri René Lenormand, Les Ratés, Crès
  • Il est plus difficile de bien faire l'amour que de bien faire la guerre. Anne, dite Ninon de Lenclos, Lettres
  • En amour on plaît plutôt par d'agréables défauts que par des qualités essentielles […]. Anne, dite Ninon de Lenclos, Lettres
  • L'Amour c'est un désir mutuel en deux âmes, Qui toutes deux les pousse à un pourchas* égal ; L'honneur c'est un respect qu'ont entre elles les femmes, Qui les fait délayer** de guérir notre mal. Pierre Le Loyer seigneur de La Brosse, Les Amours de Flore
  • Un amour durable, c'est un sacré qui met longtemps à s'épuiser. Michel Leiris, L'Âge d'homme, Gallimard
  • L'amitié est plus souvent une porte de sortie qu'une porte d'entrée de l'amour. Gustave Le Bon, Aphorismes du temps présent, Flammarion
  • L'amour fait des fous, le mariage des cocus, le patriotisme des imbéciles malfaisants. Paul Léautaud, Passe-temps, Mercure de France
  • Si Dieu a fait un monde d'amour, vous êtes faits pour le retrouver. Patrice de La Tour du Pin, Une somme de poésie, Gallimard
  • Et je connais bien que l'absence Est un prétexte à l'inconstance, Plutôt qu'un remède à l'amour. Antoine de Rambouillet, sieur de La Sablière, Madrigaux
  • Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Le plus grand miracle de l'amour, c'est de guérir de la coquetterie. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Le plaisir de l'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • On passe souvent de l'amour à l'ambition, mais on ne revient guère de l'ambition à l'amour. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Il est du véritable amour comme de l'apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • En amour, celui qui est guéri le premier est toujours le mieux guéri. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • De toutes les passions violentes, celle qui sied le moins mal aux femmes, c'est l'amour. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Dans les premières passions les femmes aiment l'amant, et dans les autres elles aiment l'amour. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Amour, amour, quand tu nous tiens, On peut bien dire : Adieu, prudence ! Jean de La Fontaine, Fables, le Lion amoureux
  • L'absence est aussi bien un remède à la haine Qu'un appareil contre l'amour. Jean de La Fontaine, Fables, les Deux Perroquets, le Roi et son Fils
  • Amour, tu perdis Troie. Jean de La Fontaine, Fables, les Deux Coqs
  • Les tourterelles se fuyaient : Plus d'amour, partant plus de joie. Jean de La Fontaine, Fables, les Animaux malades de la peste
  • On ne peut exprimer le trouble qu'apporta la jalousie dans un cœur où l'amour ne s'était pas encore déclaré. Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette, Zaïde
  • Je suis si persuadée que l'amour est une chose incommode que j'ai de la joie que mes amis et moi en soyons exempts. Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette, Lettres
  • Ne vous souvient-il plus que l'amour est, comme la médecine, seulement l'art d'aider la nature. Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses
  • Les hommes commencent par l'amour, finissent par l'ambition et ne se trouvent souvent dans une assiette plus tranquille que lorsqu'ils meurent. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Du cœur
  • L'amour qui naît subitement est le plus long à guérir. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Du cœur
  • L'amour et l'amitié s'excluent l'un l'autre. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Du cœur
  • L'amour commence par l'amour ; et l'on ne saurait passer de la plus forte amitié qu'à un amour faible. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Du cœur
  • Les femmes vont plus loin en amour que la plupart des hommes ; mais les hommes l'emportent sur elles en amitié. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Des femmes
  • Tout amour contient un abîme qui est le Plaisir. Pierre Jean Jouve, La Scène capitale, Mercure de France
  • Et si tu n'as pas vu ce joli sentiment que Zénaïde Fleuriot a nommé l'amour, je te l'expliquerai lentement, lentement. Francis Jammes, Le Deuil des primevères, Mercure de France
  • […] Amour ! toi qui nous charmes ! […] Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes ; Jeune homme on te maudit, on t'adore vieillard. Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, Tristesse d'Olympio
  • Le premier symptôme de l'amour vrai chez un jeune homme c'est la timidité, chez une jeune fille c'est la hardiesse. Victor Hugo, Les Misérables
  • Près de toi rien de moi n'est resté, Et ton amour m'a fait une virginité. Victor Hugo, Marion Delorme, V, 2, Marion
  • La prière est la sœur tremblante de l'amour. Victor Hugo, La Légende des siècles, l'Amour
  • Oh ! l'amour d'une mère ! amour que nul n'oublie ! Pain merveilleux qu'un dieu partage et multiplie ! Table toujours servie au paternel foyer ! Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier ! Victor Hugo, Les Feuilles d'automne, Ce siècle avait deux ans
  • Vous trouverez, peut-être, plus de beauté […], mais vous ne trouverez jamais tant d'amour, et tout le reste n'est rien. Gabriel Joseph de Lavergne, comte de Guilleragues, Lettres de la religieuse portugaise
  • Il faut de l'artifice pour se faire aimer ; il faut chercher avec quelque adresse les moyens d'enflammer, et l'amour tout seul ne donne point de l'amour. Gabriel Joseph de Lavergne, comte de Guilleragues, Lettres de la religieuse portugaise
  • C'est le Roman de la rose, où tout l'art d'Amour est enclos. Guillaume, de Lorris, Roman de la Rose Jean de Meung, auteur de la seconde partie du Roman de la Rose
  • L'amour est cette merveilleuse chance qu'un autre vous aime encore quand vous ne pouvez plus vous aimer vous-même. Marcel, dit Jean Guéhenno, Aventures de l'esprit, Gallimard
  • Dieu a fait le coït, l'homme a fait l'amour. Jules Huot de GoncourtEdmond Huot de Goncourt, Journal, Fasquelle
  • Dans l'homme aimé, il arrive le plus ordinairement qu'on ne s'est épris que de l'amour. Joseph Arthur, comte de Gobineau, Les Pléiades
  • La beauté est belle ; la passion, l'amour absolu sont plus beaux et plus adorables. Joseph Arthur, comte de Gobineau, Nouvelles asiatiques
  • L'amour comporte des moments vraiment exaltants, ce sont les ruptures. Jean Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu, I, 4, Pâris , Grasset
  • L'amant est toujours plus près de l'amour que de l'aimée. Jean Giraudoux, Amphitryon 38, I, 6, Alcmène , Grasset
  • Le mal n'est jamais dans l'amour. André Gide, La Symphonie pastorale, Gallimard
  • Le plus grand bonheur après que d'aimer, c'est de confesser son amour. André Gide, Journal, Gallimard
  • Que n'obtient-on pas de soi, par amour ! André Gide, Les Faux-Monnayeurs, Gallimard
  • C'est le propre de l'amour […] d'être forcé de croître, sous peine de diminuer. André Gide, Les Faux-Monnayeurs, Gallimard
  • […] Les femmes pensent à l'amour, les hommes aux galons, ou à quelque chose de ce genre. Charles de Gaulle, Propos recueillis par André Malraux dans Les Chênes qu'on abat, Gallimard
  • Moi, j'ai toujours l'amour cousu dans mes entrailles. Robert Garnier, Antigone
  • Mais prenez garde que l'amour-propre ne vous trompe, car quelquefois il contrefait si bien l'amour de Dieu qu'on dirait que c'est lui […]. saint François de Sales, Introduction à la vie dévote
  • Le christianisme a beaucoup fait pour l'amour en en faisant un péché. Anatole François Thibault, dit Anatole France, Le Jardin d'Épicure, Calmann-Lévy
  • L'amour est le seul rêve qui ne se rêve pas. Paul Fort, Ballades françaises, Sur les jolis ponts de Paris , Flammarion
  • L'amour, ça passe dans tant d'cœurs, c'est une corde à tant d'vaisseaux, et ça passe dans tant d'anneaux, à qui la faute si ça s'use ? Paul Fort, L'Amour marin, Flammarion
  • L'amour seul est assez fort pour défendre contre l'amour. Gaston Arman de CaillavetRobert Pellevé de La Motte-Ango, marquis de Flers, L'Amour veille, Librairie théâtrale
  • Amour, ange de neige et visage aux yeux clos […]. Louis Émié, Hauts Désirs sans absence, Seghers
  • Rives d'amour pour nous sont rives de justice. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, Une leçon de morale, Volonté d'y voir clair , Gallimard
  • Par la caresse nous sortons de notre enfance mais un seul mot d'amour et c'est notre naissance. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, Le Phénix, Écrire, dessiner, inscrire, VII , Seghers
  • Mieux vaut mourir d'amour que d'aimer sans regrets. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, 152 Proverbes mis au goût du jour, n°125 , Éditions surréalistes
  • L'amour choisit l'amour sans changer de visage. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, L'Amour la poésie, Premièrement , Gallimard
  • L'Amour est nu mais il n'est pas crotté. Claude Joseph Dorat, Contes et nouvelles
  • On a dit que l'amour qui ôtait l'esprit à ceux qui en avaient en donnait à ceux qui n'en avaient pas. Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien
  • L'amour est incomparablement meilleure que la haine ; elle ne saurait être trop grande. René Descartes, Les Passions de l'âme
  • L'amour se résigne à ne pas savoir. Michel Deguy, Biefs, Gallimard
  • Ceux qui croient avoir trouvé la paix, ce n'est souvent que par défaut d'amour. René Daumal, Lettres à ses amis, Gallimard
  • La raison et l'amour sont ennemis jurés. Pierre Corneille, La Veuve, II, 3, la nourrice
  • Amour, sur ma vertu prends un peu moins d'empire ! Pierre Corneille, Suréna, I, 2, Eurydice
  • [La formule sacrée du positivisme] : L'Amour pour principe, l'Ordre pour base, et le Progrès pour but. Auguste Comte, Système de politique positive
  • - L'amour se suffit à lui-même !- Et moi, je pense que rien ne suffit à l'amour ! Paul Claudel, Le Soulier de satin, II, 11, Gallimard
  • Elas ! Pourquoy m'a elle procuree Mort a demy sans l'avoir assouvie ? Vie en langueur, telle est ma destinee, Quant je ne voy ma doulce dame en vie. Alain Chartier, Ballade de l'amie perdue
  • L'amour, c'est beaucoup plus que l'amour. Jacques Boutelleau, dit Jacques Chardonne, L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour, Albin Michel
  • L'amour, tel qu'il existe dans la société, n'est que l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • L'amour plaît plus que le mariage, par la raison que les romans sont plus amusants que l'histoire. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • Amour, folie aimable ; ambition, sottise sérieuse. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches. Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard
  • Seule la vérité peut affronter l'injustice. La vérité, ou bien l'amour. Albert Camus, Requiem pour une nonne (Adapté de William Faulkner) Gallimard
  • Ceux qui aiment vraiment la justice n'ont pas droit à l'amour. Albert Camus, Les Justes, Gallimard
  • Peut-être dans le domaine de la religion, comme dans celui de l'amour, est-il inévitable de recourir à des termes vagues : tout y est vrai, pourvu qu'on y croie. José Cabanis, Plaisir et lectures, Gallimard
  • Tout ce qui est bon dans l'amour appartient aux animaux aussi bien qu'à nous. Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, Histoire naturelle, De l'homme
  • Il n'y a que le physique de cette passion* qui soit bon […] Malgré ce que peuvent dire les gens épris, le moral n'en vaut rien. Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, Histoire naturelle, De l'homme
  • L'amour est toujours devant vous. Aimez. André Breton, Le Surréalisme et la Peinture, Gallimard
  • Les mots font l'amour. André Breton, Les Pas perdus, Gallimard
  • Toute belle femme s'estant une fois essayée au jeu d'amour ne le désapprend jamais. […] Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, Vies des dames galantes
  • Il n'y a pas d'amour de la part d'un être sans liberté. Ce qu'il appelle son amour n'est que la passion de cette liberté. Joë Bousquet, Langage entier, Rougerie
  • Entre tant de plaisirs que dispense l'amour, il n'en est pas de plus grand que de parler de soi à l'être que l'on chérit. Maurice Bedel, Le Laurier d'Apollon, Gallimard
  • Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, II, 21
  • L'amour n'est que le roman du cœur : c'est le plaisir qui en est l'histoire. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, V, 7
  • Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Église a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage. Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu
  • La volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. - Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté. Charles Baudelaire, Fusées
  • Il y a dans l'acte de l'amour une grande ressemblance avec la torture ou avec une opération chirurgicale. Charles Baudelaire, Fusées
  • Maudit soit à jamais le rêveur inutile Qui voulut le premier, dans sa stupidité, S'éprenant d'un problème insoluble et stérile, Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté ! Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Femmes damnées
  • L'amour n'est pas seulement un sentiment, il est un art aussi. Honoré de Balzac, La Recherche de l'absolu
  • Parler d'amour, c'est faire l'amour. Honoré de Balzac, Physiologie du mariage
  • L'amour véritable s'enveloppe toujours des mystères de la pudeur, même dans son expression, car il se prouve par lui-même ; il ne sent pas la nécessité, comme l'amour faux, d'allumer un incendie. Honoré de Balzac, Les Petits Bourgeois
  • L'amour qui économise n'est jamais le véritable amour. Honoré de Balzac, Melmoth réconcilié
  • La haine, comme l'amour, se nourrit des plus petites choses, tout lui va. Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage
  • L'amour est la seule passion qui ne souffre ni passé ni avenir. Honoré de Balzac, Les Chouans
  • Tout autre état mondain il me déplaît de suivre : Si l'on m'oste l'amour, sans pouvoir faire rien, Par force et nuit et jour oisif me faudra vivre. Jean Antoine de Baïf, Les Amours de Francine
  • […] Ô trop vaine science, qui ne pourrait donner à l'amour guérison ! Jean Antoine de Baïf, Les Amours de Francine
  • Cessez, amis, cessez de plus me remontrer, Vous perdez votre peine. On ne peut par sagesse, La jeunesse et l'amour joints ensemble, donter*. Jean Antoine de Baïf, Les Amours de Francine
  • Il n'est pas d'amour sans fierté, et par conséquent sans témoin. Claude Aveline, Et tout le reste n'est rien, Mercure de France
  • Laissons ses secrets à l'amour Et ses mystères à la femme ! Joseph Autran, Les Poèmes de la mer, Michel Lévy
  • On gagne l'amour par la conscience d'abord, et par la force de l'amour après. Antonin Artaud, Héliogabale ou l'Anarchiste couronné, Gallimard
  • Je sais bien que le plus petit élan d'amour vrai nous rapproche beaucoup plus de Dieu que toute la science que nous pouvons avoir de la création et de ses degrés. Antonin Artaud, Héliogabale ou l'Anarchiste couronné, Gallimard
  • En étrange pays dans mon pays lui-même Je sais bien ce que c'est qu'un amour malheureux. Louis Aragon, Les Yeux d'Elsa, Cahiers du Rhône
  • Il est temps d'instaurer la religion de l'amour. Louis Aragon, Le Paysan de Paris, Gallimard
  • La mort est belle. Elle seule donne à l'amour son vrai climat. Jean Anouilh, Eurydice, IV, M. Henry , La Table Ronde
  • Si Dieu avait voulu que l'amour soit éternel […] il se serait arrangé pour que les conditions du désir le demeurent. Jean Anouilh, Ardèle ou la Marguerite, le général , La Table Ronde
  • Il y a l'amour […] Et puis il y a la vie, son ennemie. Jean Anouilh, Ardèle ou la Marguerite, le général , La Table Ronde
  • L'amour comme un vertige, comme un sacrifice, et comme le dernier mot de tout. Henri Alban Fournier, dit Alain-Fournier, Correspondance avec Jacques Rivière, Gallimard
  • La connaissance craque, aussi bien que l'amour, aux hommes sans courage. Émile Chartier, dit Alain, Sentiments, passions et signes, Gallimard
  • Le plus bel amour ne va pas loin si on le regarde courir. Mais plutôt il faut le porter à bras comme un enfant chéri. Émile Chartier, dit Alain, Esquisses de l'homme, Gallimard
  • L'amour est à ceux qui y pensent. Marcel Achard, Patate, épigraphe , La Table Ronde
  • On se donne des souvenirs quand on se quitte. Marcel Achard, Jean de la Lune, III, Clotaire , Gallimard
  • L'amour, c'est être toujours inquiet de l'autre. Marcel Achard, Jean de la Lune, III, Marceline , Gallimard
  • Il n'y a pas d'amour perdu. Marcel Achard, Le Corsaire, II, Kid , Gallimard

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Traductions du mot « amour »

Langue Traduction
Portugais amor
Allemand liebe
Italien amore
Espagnol amor
Anglais love
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Synonymes de « amour »

Source : synonymes de amour sur lebonsynonyme.fr

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