La langue française

Affection

Sommaire

  • Définitions du mot affection
  • Étymologie de « affection »
  • Phonétique de « affection »
  • Évolution historique de l’usage du mot « affection »
  • Citations contenant le mot « affection »
  • Images d'illustration du mot « affection »
  • Vidéos relatives au mot « affection »
  • Traductions du mot « affection »
  • Synonymes de « affection »
  • Antonymes de « affection »

Définitions du mot affection

Trésor de la Langue Française informatisé

AFFECTION1, subst. fém.

Vx. Action (ou fait) d'étaler une attitude ostentatoire (cf. affecter1). Synon. affectation :
Tout est simple dans ce roman, hormis le caractère atroce et monstrueux, mais malheureusement encore trop naturel, de Lovelace : nulle affection d'éloquence, nul épisode tiré de loin et artistement enchâssé, nul détail curieusement travaillé, nulle ostentation d'esprit ni de philosophie. J.-F. Marmontel, Essai sur les romans,1799, p. 338.

AFFECTION2, subst. fém.

I.− Manière (particulière ou accidentelle) dont un être, une chose sont affectés ou modifiés (cf. affecter2; le compl. introd. par la prép. de indique ce qui est affecté).
A.− Vieux
GÉOM. Modification, propriété d'une ligne, d'une figure. Affection d'une courbe :
1. Les points singuliers imaginaires ou à l'infini font partie des affections particulières des courbes, ... M. Chasles, Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie,1837, p. 250.
Rem. Land. 1834 signale ce sens avec l'ex. : ,,cette courbe a telle affection``; il ajoute : ,,il a vieilli en ce sens``; Ac. Compl. 1842 précise que l'expr. était empl. ,,par les anciens géomètres``; Lar. 19eet Littré notent que cet emploi est ,,vieux``.
LINGUISTIQUE :
2. Affection. Toute modification subie par un phonème en vertu d'une loi phonétique : assimilation, dissimilation, apophonie, etc. Mar. Lex.1933, p. 19.
PSYCHOL. (anc.)
État modificatif du corps, sensation :
3. En philosophie, on nomme affections les différentes qualités et les différens changemens qui surviennent à quelque corps, et dont on dit qu'il est affecté. C.-M. Gattel, Nouveau dict. portatif de la langue française,1797.
4. Une odeur, comme une saveur, est une affection du sujet sentant, qui ne donne aucune représentation, qui n'implique ni ne détermine par elle-même aucune connaissance de l'objet senti. A. Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances,1851, p. 146.
État modificatif de l'âme :
5. ... nous considérons ici les affections de l'âme, non point en tant qu'elles produisent des changemens dans l'état des organes, ce qu'en effet elles sont capables de faire, mais en tant qu'elles résultent elles-mêmes de ceux qu'ont déjà déterminés les habitudes physiques. P. Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme, t. 2, 1808, p. 4.
6. La morale est la connaissance des règles auxquelles il nous importe de conformer non-seulement nos actions, mais encore nos affections. Celles-ci sont une portion si importante de notre manière d'être, que je m'étonne qu'aucun philosophe ne les ait comprises encore dans la définition de l'objet essentiel de la morale. Nos affections, en effet, sont à nos actions ce que les idées sont aux mots. Le point essentiel, en morale comme en logique, est que les premières soient bonnes. J. Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 266.
B.− PSYCHOL. (mod.). Modification qui affecte la sensibilité, sentiment, passion, etc. :
7. Comme les affections d'amour, de haine, de jalousie, d'enthousiasme, d'espérance, de regret, de joie et de tristesse sont les mêmes par les causes et le développement en tout homme, qu'il soit noir, blanc ou jaune, comme les lois de l'action, coutume, habitude, savoir-faire, travail, persévérance, sont les mêmes en tout homme, qu'il soit jaune, noir, ou blanc, ainsi l'intelligence est la même en tous, ... Alain, Propos,1921, p. 295.
8. Il n'y a pas de nom pour désigner le sentiment que nous avons d'une substance de notre présence, de nos actions et affections, non seulement actuelles, mais à l'état imminent, ou différé, ou purement possible, − quelque chose de plus reculé, et pourtant de moins intime que nos arrière-pensées : nous nous trouvons une capacité de modifications presque aussi variées que les circonstances environnantes. P. Valéry, Variété 5,1944, p. 70.
9. Affection : tout ce qui, dans nos pensées, dans nos projets, dans nos résolutions est marqué d'un degré quelconque d'amour ou de haine, de joie ou de tristesse. La mélancolie est une affection, l'envie est une affection, la déception est une affection. Alain, Définitions,[Les Arts et les dieux], Paris, Gallimard, 1961 [1951].
C.− Péj., MÉD. Modification qui affecte le corps en altérant la santé, maladie (considérée dans ses symptômes douloureux). ,,Affection nerveuse, hystérique, aiguë, chronique`` (Ac. 1835-1932) :
10. En ma qualité de beau-frère de la défunte (elle est la sœur de ma femme), je me permettrai de vous demander (ne pensant pas commettre d'indiscrétion), le nom de la maladie, de l'affection, du cas, si vous aimez mieux, qui vient de nous l'enlever si malheureusement? P. Reider, Mademoiselle Vallantin,1862, p. 189.
11. Il y a, murmura Laurent, des affections qui partent d'un petit furoncle ou d'une écorchure. Et elles s'étendent, elles s'étendent et on oublie le petit bouton qui se trouvait à l'origine. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Combat contre les ombres, 1939, p. 222.
12. Sont considérées comme affections de longue durée la tuberculose, les maladies mentales, les affections cancéreuses, la poliomyélite et les affections entraînant une interruption de travail ou des soins supérieurs à six mois. Liaisons sociales,18 nov. 1955, no1613, p. 23.
II.− Manifestation du sentiment d'attachement d'un être (gén. hum.) pour un autre être (le compl. introd. par la prép. de indique l'être qui éprouve une affection).
A.− [L'obj. désigne une pers.] Attachement intime et durable qu'une personne éprouve pour une autre personne (sans considération d'âge ni de sexe) :
13. Que faites-vous donc, toute la journée, Madame? Quelle affaire si importante vous ôte le temps d'écrire à votre bien bon amant? Quelle affection étouffe et met de côté l'amour, le tendre et constant amour que vous lui avez promis? Quel peut être ce merveilleux, ce nouvel amant qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos journées et vous empêche de vous occuper de votre mari? Napoléon Ier, Lettres à Joséphine,1796, p. 60.
14. ... Malek Adhel, en se voyant l'objet d'un zèle si ardent et si pur, verse des larmes plus tranquilles, et la douce affection que l'amitié répand dans son âme, y calme un moment les dévorantes ardeurs de la passion : depuis le départ de Mathilde, il goûte quelques instans d'un sommeil tranquille, et c'est à la bienfaisante amitié qu'il le doit. MmeCottin, Mathilde,t. 2, 1805, p. 16.
15. Affection. Sentiment désintéressé, moins vif que l'amour, et plus tendre que l'amitié. Dict. des gens du monde, 1818.
16. Un vieux malicieux domestique, très fort en l'art vétérinaire, servait les chevaux et pansait Godefroid, car il avait été à feu Monsieur Beaudenord, et portait à Godefroid une affection invétérée, cette maladie du cœur que les caisses d'épargne ont fini par guérir chez les domestiques. H. de Balzac, La Maison Nucingen,1838, p. 609.
17. ... le sentiment national devient un véritable intermédiaire entre l'affection domestique et l'amour universel. A. Comte, Catéchisme positiviste,1852, p. 306.
18. Il était lui-même d'ailleurs composé de deux éléments en apparence incompatibles. Il était ironique et cordial. Son indifférence aimait. Son esprit se passait de croyance et son cœur ne pouvait se passer d'amitié. Contradiction profonde; car une affection est une conviction. Sa nature était ainsi. V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 784.
19. Une même affection féminine peut-elle cumuler les caractères des diverses affections filiale, fraternelle, conjugale et maternelle? Je le crois. H.-F. Amiel, Journal intime,20 avr. 1866, p. 253.
20. monsieur. − Mais ma reconnaissance pour vous... jean. − Mais je n'en veux pas. monsieur. − Pourquoi? jean. − Mais parce que votre reconnaissance deviendrait vite de l'amitié... et, de l'amitié à l'affection, il n'y a qu'un pas. monsieur. − Nous le franchirons. jean. − Non, Monsieur! Jamais! ... Je ne veux pas devenir votre ami. S. Guitry, Le Veilleur de nuit,1911, III, p. 23.
21. Renée, écoutez-moi. Écoutez-moi, mon petit. Nous avons repris notre... notre intimité, c'est cela, le mot est bon, nous avons repris notre intimité au point où nous l'avions laissée il y a trois ans. Mais aujourd'hui vous êtes mariée. Et notre... affection ne peut pas être la même qu'alors, ne doit pas... c'est cette pensée qui nous gêne, n'est-ce pas? M. Arland, L'Ordre,1929, p. 298.
22. Il avait en outre une authentique peine du cœur, l'amour intéressé qu'il professait pour son oncle comportant une part d'affection véritable. On ne comprend rien à la vie, tant qu'on n'a pas compris que tout y est confusion. H. de Montherlant, Les Célibataires,1934, p. 895.
23. De l'attachement. Dès le second jour, de la confiance (elle vagabondait seule dans l'appartement, tous tiroirs ouverts). Dès le troisième jour, de l'estime. Puis de la sympathie. Puis quelque chose entre l'attachement et l'affection, où il s'était stabilisé. Pas d'amour, bien entendu, et pas la moindre jalousie pour ses nombreux usagers. H. de Montherlant, Les Lépreuses,1939, p. 1438.
24. La plupart des affections ne sont que des habitudes ou des devoirs qu'on n'a pas le courage de briser. H. de Montherlant, La Reine morte,1942, II, 3, p. 185.
25. Il pensait à moi, à mon « amour » qui, à son gré, durait trop; il me disait même que la chose la plus grave qui pût m'arriver serait que cet amour se transformât en affection, et se trouvât ainsi tisser entre Gina et moi des liens moraux. « On a assez de choses à trancher dans la vie sans se créer encore des devoirs d'affection ou des scrupules de morale. L'amour, au moins, ne se crée pas de devoirs. » R. Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 141.
P. méton. La personne objet de l'affection :
26. Je t'aime par toutes les racines qu'il y a dans mon cœur. Je t'aime par nos quatre enfants. Écoute bien ceci, c'est la vérité devant Dieu, mon Adèle. Tu as été la première et tu seras la dernière affection de ma vie. V. Hugo, Correspondance,1836, p. 548.
27. − Ma maman, ma protection, mon admiration et mon affection, ma maman à moi, tout petit, elle est absente pour cause de démêlés avec la police... L. Frapié, La Maternelle,1904, p. 298.
THÉOL., au plur. Élans de l'âme vers Dieu dans la prière. ,,L'oraison consiste plus dans les affections que dans la connaissance.`` (Ac. Compl.1842) :
28. Mais toutes ces croyances et toutes ces tendres affections qui s'élançaient du cœur de l'homme de ces temps-là vers le ciel, se rencontraient et se fixaient toutes sur une image suprême. Toutes ces pieuses traditions, les unes locales, les autres personnelles, s'éclipsaient et se confondaient dans celles que le monde entier répétait sur Marie. Ch. de Montalembert, Hist. de sainte Élisabeth de Hongrie,introd., 1836, p. ci.
B.− [L'obj. désigne une chose] Prédilection manifestée pour une chose :
29. Gavarni nous emmène tous trois dîner à son restaurant d'affection et d'habitude, la poissonnerie anglaise, où l'on est si mal et où il se trouve si bien, parce que le maître lui raconte toutes les ruses des voleurs de plats d'argent et lui sert un dîner sans qu'il le demande. E. et J. de Goncourt, Journal,juin 1857, p. 361.
30. − Écoutez-moi, Ski, attendez, je vais vous dire « une bonne chose », dit Cottard qui avait pris en affection cette expression usitée dans certains milieux médicaux. M. Proust, À la recherche du temps perdu,Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 892.
Rem. 1. Lorsque la pers. qui éprouve l'affection est explicitée, elle s'exprime par un adj. poss. (ex. 21; cf. aussi L.-E. Duranty, Le Malheur d'Henriette Gérard, 1860, p. 228), ou par un compl. déterminatif (prép. de). L'obj. de l'affection s'exprime le plus souvent par un compl. prép. (prép. pour, rarement à) notamment dans les loc. verbales : avoir de l'affection pour qqn, porter de l'affection à qqn, se prendre d'affection pour qqn ou qqc. Ac. 1798-1932 : Il n'a d'affection pour (ou à) rien. Avec obj. dir. : prendre qqn (ou qqc.) en affection (ex. 30) :
31. Quand je jette les yeux autour de moi, dans cette chambre où j'ai dévoré ma tristesse pendant les mortelles semaines de l'hiver dernier, je me sens pris d'une sorte d'affection pour ces murs qui m'ont abrité et qui ont vu ma peine. J. Green, Journal,1942, pp. 188-189.
Rem. 2. La double constr. affection de... à est vieillie (cf. affectionner I B 2, s'affectionner à qqn ou à qqc.) :
32. ... tu sais si je t'aime et si jamais affection plus grande a réuni deux âmes. Pour moi, je n'en crois rien; l'affection de mon cœur au vôtre est incomparable. J.-A. de Gobineau, Nouvelles asiatiques,L'Illustre magicien, 1876, p. 98.
Rem. 3. Les dict. signalent l'expr. d'affection au sens « avec chaleur, avec intérêt » : Il en parle d'affection (Ac. 1798-1932). Cet emploi est vieilli, de même que celui qu'illustre l'ex. 29. En revanche est vivant l'emploi aimer d'affection (sincère), où le compl. sert à particulariser la compréhension trop pauvre (et donc l'ext. trop large) du verbe aimer.
Prononc. : [afεksjɔ ̃]. Pour la prononc. de t dans -tion, cf. le suff. − Rem. Besch. 1845 transcrit la 2esyllabe avec [e] fermé. Enq. : /afeksiõ/.
Étymol. ET HIST. − 1. Fin xiies. « mouvement qui porte l'âme vers qqn » (S. Bernard, Serm., p. 563 ds Gdf. Compl. : Oyng donkes ton chief, retornanz a celuy ki desor ti est, tot ceu k'en ti est de devotion, de deleyt et d'affection); d'où 1609 « attachement, amitié pour un être humain » (Saint François de Sales, Introd. à la vie dévote, texte de l'éd. princeps, II, 36 ds Œuvres, publ. par les religieuses de la Visitation d'Annecy, t. 3, Annecy, Nierat, 1893, p. 127 ds Fr. mod., 21, p. 217 : Et S. Paul reprochant le detraquement des Gentils, les accuse qu'ils estoient gens sans affection : c'est-à-dire qui n'affectionnoient personne, ny n'avoient nulle sorte d'amitié); 2. 1539 méd. « modification physique, état maladif » (Canappe, 5elivre de la méthode thérap. ds Quem. t. 1 1959). Empr. au lat. affectio (attesté dep. Cicéron, Inv., 1, 36 ds TLL, 1177, 3 au sens de « modification, disposition de l'âme résultant d'une influence subie »), au sens 1 en lat. impérial, Pline, Tacite, Quintilien (TLL, loc. cit., 1178, 28) très fréq. en lat. chrét. (Blaise 1954).
STAT. − Fréq. abs. litt. : 5 243. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 11 063, b) 8 756; xxes. : a) 5 435, b) 4 900.
BBG. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Boiss.8. − Bonnaire 1835. − Bouillet 1859. − Bruant 1901. − Daire 1759. − Darm. Vie 1932, p. 71. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 16, 18. − Dup. 1961. − Fér. 1768. − Foulq.-St-Jean 1962. − Franck 1875. − Fromh.-King 1968. − Garnier-Del. 1961 [1958]. − Goblot 1920. − Guizot 1864. − Lacr. 1963. − Laf. 1878. − Lafon 1963. − Lal. 1968. − Lar. méd. 1970. − Lav. Diffic. 1846. − Littré-Robin 1865. − Mar. Lex. 1961 [1951]. − Miq. 1967. − Nysten 1814-20. − Pope 1961, § 647, 745. − Prév. 1755. − Sommer 1882. − Springh. 1962. − Synon. 1818.

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

AFFECTION. n. f.
Sentiment qui fait qu'on aime quelque personne avec attachement, qu'on se plaît à quelque chose, qu'on s'y porte avec ardeur. Tendre affection. Affection paternelle. Affection maternelle. Sentiment d'affection. Témoignage d'affection. Faire une chose par affection pour quelqu'un. Avoir de l'affection pour quelqu'un. Porter de l'affection à quelqu'un. C'est le cadet qui est l'objet des affections de sa mère. Il n'a d'affection pour rien. Il n'a d'affection à rien. Il a pris la peinture en affection. La personne en qui il avait mis ses affections. Il a son art en affection. Il se porte à cette étude par affection. Il s'y livre avec affection. Il en parle d'affection. Chaque jour on se détache de quelqu'une de ses affections. Il se dit, dans une acception générale, pour désigner Divers mouvements de l'âme. Les affections de l'âme. Affections humaines, naturelles. Toutes ses affections sont douces. Affections déréglées.

AFFECTION, en termes de Médecine, est synonyme de MALADIE. Affection nerveuse. Affection hystérique. Affection aiguë, chronique.

Littré (1872-1877)

AFFECTION (a-fè-ksion ; de quatre syllabes, en poésie) s. f.
  • 1Ce que le corps éprouve, surtout en fait de maladie. Les affections causées par l'impression d'un air froid et humide. Dans ces sortes d'affections l'exercice est nécessaire. Il a une affection rhumatismale. Les affections de poitrine.
  • 2Manière d'être de l'âme considérée comme touchée de quelque objet. Les affections de l'âme. Les affections de nos âmes sont dans un flux continuel. Ah ! j'en conviens, et telle est notre misère : il y a de ces temps orageux où l'on n'est proprement maître ni de son esprit par rapport à l'attention que demande la prière, ni de son cœur par rapport à une certaine affection, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 28. Cet ordre d'idées, cette suite de pensées qui existe au dedans de nous-mêmes, quoique fort différente des objets qui les causent, ne laisse pas que d'être l'affection la plus réelle de notre individu, Buffon, Comp. des anim. et des végét.
  • 3En un sens philosophique plus restreint, toute situation passive de l'âme.
  • 4Sentiment d'amitié, d'amour, d'attachement pour une personne ou une chose. Les affections de la famille. Les anciens disaient que l'amour de la famille renferme toutes les affections. Avoir de l'affection pour quelqu'un. L'affection que je vous ai toujours portée. La malveillance essayait de lui faire perdre votre affection. C'est par des services que se gagne l'affection. Les affections aveugles. Chacun se rappelait les objets de ses affections. Cette ville, vos plus chères affections. Car enfin n'attends pas de mon affection Un lâche repentir d'une bonne action, Corneille, Cid, III, 4. Je donnai par devoir à son affection Tout ce que l'autre avait par inclination, Corneille, Pol. I, 3. Une affection parfaite vaut mieux que toutes choses ; celle que j'ai à vous servir est à un si haut point…, Voiture, Lett. 30. Vous avez mis votre affection à une créature mortelle, Fléchier, Serm. II, 216. Affection d'un père pour ses enfants, Fléchier, I, 139. Il s'appliqua à gagner l'affection des vieux capitaines, Fénelon, Tél. X. Quiconque met ses affections ici-bas n'a plus de droit à la patrie, Massillon, Mart. Ressouviens-toi qu'une action Ne peut avoir peu de mérite, Ayant beaucoup d'affection, Malherbe, IV, 5. L'âme, afin de suppléer la présence de l'objet qu'elle aime, fait effort pour rendre sa douleur immortelle : son affection envers la mémoire de son ami et le désir de le faire revivre lui fait prendre tous les moyens qui peuvent réparer sa perte, Bossuet, Pensées chrét. 38.
  • 5D'affection, loc. adverb. Avec intérêt, de cœur. Il est impossible de se la représenter parlant d'affection de quelque chose, Sévigné, 115.
  • 6Affection à, désir de. Pour des choses où il a plus d'affection, Pascal, P. div. 75. M. de Noailles savait par le roi même l'affection qu'il avait à ce projet [siége de Barcelonne], Saint-Simon, 25, 16. En se dépouillant du péché et des affections au péché, Fléchier, Serm. II, p. 126. N'est-il resté aucun péché, aucune affection au péché dans votre cœur ? Fléchier, ib. 132.
  • 7État maladif. Affection nerveuse, aiguë, chronique.
  • 8En géométrie, cette courbe a telle affection, elle a telle propriété.

    En ce sens il est vieux.

HISTORIQUE

XIIe s. Je sai bien ke li orguillous engele sunt trespasseit en affection de malice et de felonie, et k'il par non sachance et par enfermeteit ne pecharent mie, Saint Bernard, 524.

XIVe s. Il ne reçoit ou accepte les paroles des autres ou ne les contre dit pas par amisté ne par affettion d'amour ou de haine, Oresme, Eth. 131. Il se esjoissent de tel honneur comme d'un signe de la bonne affettion des segneurs à eulz, Oresme, ib. 243.

XVe s. Aux œuvres non aux paroles se demonstrent les affections du vaillant preux, Bouciq. I, 16. [Les bourgeois tenoient le capitaine de la ville prisonnier pour le forcer de consentir à capituler avec les Anglois] Le chevalier perçut bien l'affection qu'ils avoient aux Anglois et comment ils le tenoient en danger, Froissart, I, I, 234. Monseigneur Charles de France et Monseigneur de Charolois estoient à une fenestre et parloient eulx deux de très grant affection, Commines, I, 5.

XVIe s. … de lui porter affection de nuisance, Calvin, Instit. 1205. Son affection [goût] mesme y contredisant, Montaigne, I, 44. Quelle affection [émotion] peult estre plus aspre et plus juste, que celle des amis de Pompeius [le voyant massacrer] ? Montaigne, I, 63. J'ay en particuliere affection cette matiere, Montaigne, I, 81. La resolution à la guerre et affection à leurs femmes, Montaigne, I, 238. Antigonus ayant prins en affection un de ses soldats pour sa vertu, Montaigne, II, 5. Je m'en remets à vostre jugement, vous priant sans moquerie luy en vouloir conseiller ce qu'il en doit faire, sans regarder affection particuliere, Marguerite de Navarre, Lett. 79. Je vous prie de prendre ceste maison en telle affection que j'ay tousjours eue et ay la vostre, Marguerite de Navarre, ib. 83. La jeunesse qui est si ardante en ses affections…, Lanoue, 120. Ce prince ayant parlé à ces mots, comme il faisoit ordinairement quand il parloit d'affection [avec animation], lui repliqua…, D'Aubigné, Vie, ch. 10. Jà de vostre costé vous avez apperceuë La moindre affection que pour vous j'ay receuë, Ronsard, 787.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

AFFECTION, s. f pris dans sa signification naturelle & littérale, signifie simplement un attribut particulier à quelque sujet, & qui naît de l’idée que nous avons de son essence. Voyez Attribut.

Ce mot vient du verbe Latin afficere, affecter, l’attribut étant supposé affecter en quelque sorte le sujet par la modification qu’il y apporte.

Affection en ce sens est synonyme à propriété, ou à ce qu’on appelle dans les écoles proprium quarto modo. Voyez Propriété, &c.

Les Philosophes ne sont pas d’accord sur le nombre de classes des différentes affections qu’on doit reconnoître.

Selon Aristote, elles sont, ou subordonnantes, ou subordonnées. Dans la premiere classe est le mode tout seul ; & dans la seconde, le lieu, le tems, & les bornes du sujet.

Le plus grand nombre des Péripatéticiens partagent les affections en internes, telles que le mouvement & les bornes ; & externes, telles que la place & le tems. Selon Sperlingius, il est mieux de diviser les affections en simples ou unies, & en séparées ou désunies. Dans la premiere classe, il range la quantité, la qualité, la place, & le tems ; & dans l’autre, le mouvement & le repos.

Sperlingius paroît rejetter les bornes du nombre des affections, & Aristote & les Péripatéticiens, la quantité & qualité : mais il n’est pas impossible de concilier cette différence, puisque Sperlingius ne nie pas que le corps ne soit fini ou borné ; ni Aristote & ses sectateurs, qu’il n’ait le quantum & le quale. Ils ne different donc qu’en ce que l’un n’a pas donné de rang propre & spécial à quelques affections à qui l’autre en a donné.

On distingue aussi les affections en affections du corps & affections de l’ame.

Les affections du corps sont certaines modifications qui sont occasionnées ou causées par le mouvement en vertu duquel un corps est disposé de telle ou telle maniere. Voyez Corps, Matiere, Mouvement, Modification, &c.

On subdivise quelquefois les affections du corps en premieres & secondaires.

Les affections premieres sont celles qui naissent de l’idée de la matiere, comme la quantité & la figure ; ou de celle de la forme, comme la qualité & la puissance ; ou de l’une & l’autre, comme le mouvement, le lieu, & le tems. Voyez Quantité, Figure, Qualité, Puissance, Mouvement, Lieu, Tems.

Les secondaires ou dérivatives sont celles qui naissent de quelqu’une des premieres, comme la divisibilité, la continuité, la contiguité, les bornes, l’impénétrabilité, qui naissent de la quantité, la régularité & l’irrégularité qui naissent de la figure, la force & la santé qui naissent de la qualité, &c. Voyez Divisibilite, &c.

Les affections de l’ame sont ce qu’on appelle plus ordinairement passion. Voyez Passion.

Les affections méchaniques. (Cet article se trouvera traduit au mot Mechaniques Affections qu’il faudra rapporter ici).

AFFECTION, terme qu’on employoit autrefois en Géométrie, pour désigner une propriété de quelque courbe. Cette courbe a telle affection, est la même chose que cette courbe a telle propriété. V. Courbe. (O)

* Affection, (Physiol.) se peut prendre en général pour l’impression que les êtres qui sont ou au-dedans de nous, ou hors de nous, exercent sur notre ame. Mais l’affection se prend plus communément pour ce sentiment vif de plaisir ou d’aversion que les objets, quels qu’ils soient, occasionnent en nous ; on dit d’un tableau qui représente des êtres qui dans la nature offensent les sens, qu’on en est affecté desagréablement. On dit d’une action héroïque, ou plûtôt de son récit, qu’on en est affecté délicieusement.

Telle est notre construction qu’à l’occasion de cet état de l’ame, dans lequel elle ressent de l’amour ou de la haine, ou du goût ou de l’aversion, il se fait dans le corps des mouvemens musculaires, d’où, selon toute apparence, dépend l’intensité, ou la rémission de ces sentimens. La joie n’est jamais sans une grande dilatation du cœur, le pouls s’éleve, le cœur palpite, jusqu’à se faire sentir ; la transpiration est si forte qu’elle peut être suivie de la défaillance & même de la mort. La colere suspend ou augmente tous les mouvemens, surtout la circulation du sang ; ce qui rend le corps chaud, rouge, tremblant, &c… or il est évident que ces symptomes seront plus ou moins violens, selon la disposition des parties & le méchanisme du corps. Le méchanisme est rarement tel que la liberté de l’ame en soit suspendue à l’occasion des impressions. Mais on ne peut douter que cela n’arrive quelquefois : c’est dans le méchanisme du corps qu’il faut chercher la cause de la différence de sensibilité dans différens hommes, à l’occasion du même objet. Nous ressemblons en cela à des instrumens de musique dont les cordes sont diversement tendues ; les objets extérieurs font la fonction d’archets sur ces cordes, & nous rendons tous des sons plus ou moins aigus. Une piquûre d’épingle fait jetter des cris à une femme mollement élevée ; un coup de bâton rompt la jambe à Epictete sans presque l’émouvoir. Notre constitution, notre éducation, nos principes, nos systèmes, nos préjugés, tout modifie nos affections, & les mouvemens du corps qui en sont les suites. Le commencement de l’affection peut être si vif, que la Loi qui le qualifie de premier mouvement, en traite les effets comme des actes non libres. Mais il est évident par ce qui précede, que le premier mouvement est plus ou moins durable, selon la différence des constitutions, & d’une infinité d’autres circonstances. Soyons donc bien réservés à juger les actions occasionnées par les passions violentes. Il vaut mieux être trop indulgent que trop sévere ; supposer de la foiblesse dans les hommes que de la méchanceté, & pouvoir rapporter sa circonspection au premier de ces sentimens plûtôt qu’au second ; on a pitié des foibles ; on déteste les méchans, & il me semble que l’état de la commisération est préférable à celui de la haine.

Affection, en Medecine, signifie la même chose que maladie. Dans ce sens, on appelle une maladie hystérique une affection hystérique, une maladie mélancholique ou hypochondriaque, une affection mélancholique ou hypochondriaque. Voyez Hystérique, Melancholique, &c. (N)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « affection »

Affectio, de afficere, de ad (voy. À) et facere (voy. FAIRE) ; provenç. affectio ; espagn. afeccion ; ital. affezione.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « affection »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
affection afɛksjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « affection »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « affection »

  • Dans le mariage, on peut tenir sans amour, mais jamais sans affection. De Delia Ephron / Appelle-moi
  • L'affection se déclenche tel l'éclair. Spontané, rapide, innatendue. De Anonyme
  • Si vous êtes digne de son affection, un chat deviendra votre ami mais jamais votre esclave. De Théophile Gautier
  • L'absence est le cuir à repasser de l'affection. De Louis Auguste Commerson
  • La clémence des princes n’est souvent qu’une politique pour gagner l’affection des peuples. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • L'affection est un sentiment fade, c'est l'amour des gens tièdes. De Paul Léautaud / Journal Littéraire
  • Le gouvernement réfléchirait enfin à lister l’endométriose comme affection de longue durée Numerama, Le gouvernement réfléchirait enfin à lister l'endométriose comme affection de longue durée
  • On peut changer d’affection ! Le coeur ça se déplace. De Georges Feydeau
  • Toujours, quand l'affection commence, le drame commence. De Henry de Montherlant / Demain il fera jour
  • Rien ne pèse autant que l’affection d’autrui. De Fernando Pessoa / Le livre de l’intranquillité
  • La religion est une affection subjective ; et c’est pourquoi elle tient, objectivement aussi l’affection pour divine. De Ludwig Feuerbach / Manifestes philosophiques
  • Le malheur a habituellement deux effets : souvent il éteint toute affection envers les malheureux, et non moins souvent, il éteint chez les malheureux toute affection envers les autres. De Antonio Gramsci / Lettres de prison
  • En affection, il n'y a que des commencements. De Madame de Staël
  • Où est le droit il n'y a plus d'affection. Paul Claudel, L'Otage, I, 2, Coûfontaine , Gallimard
  • Les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes ; elles ont peur d'être découvertes, et passent dans la vie les yeux baissés. Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale
  • Le mélange de l'admiration et de la pitié est une des plus sûres recettes de l'affection. André Maurois, Ariel ou la Vie de Shelley, Grasset
  • L'affection ou la haine changent la justice de face. Blaise Pascal, Pensées, 82 Pensées
  • Mieux vaut une portion de légumes avec l'affection qu'un bœuf gras avec la haine. , Ancien Testament, Livre des Proverbes XV, 17
  • Une affection est une conviction. De Victor Hugo / Les Misérables
  • L'affection aveugle la raison. De Proverbe français
  • L’amour est aussi une affection de la peau. De Paul Morand
  • Dans la torpeur de l’après-midi, Gribouille, le chat, fait sa sieste à l’ombre des volets clos. Charly, le lapin nain, cohabite avec une magnifique colombe blanche immaculée qui occupe la cage supérieure. Il y a eu un chien, il est aujourd’hui mort. Il reste de lui un portrait, des photos, et une affection intacte pour le compagnon fidèle qu’il était. , Economie | Aurélie Guéry lance sa micro-entreprise de pet-sitting
  • Peut-être comme un symbole. Un dernier clin d’œil. Les obsèques de Josette Tanassichiou, enlevée à l’affection des siens et de ses amis, se dérouleront, ce mercredi 12 août, à partir de 15 heures, à la chapelle des Petites sœurs des Pauvres. petitbleu.fr, Le dernier hommage aux Petites sœurs des Pauvres - petitbleu.fr
  • Si vous souffrez d’une maladie rénale ou d’une autre affection qui augmente votre risque d’insuffisance rénale aiguë, comme le diabète ou l’hypertension artérielle, ne perdez pas de vue les objectifs du traitement et suivez les recommandations de votre médecin pour gérer votre affection. Presse santé, Insuffisance rénale aigüe : prévenir et détecter le blocage des reins
  • S'il n'est pas trop indécent de dégager quelques conséquences positives de la crise sanitaire en cours, on peut citer sans hésitation la disparition quasi totale de la bise ou de la poignée de main. Reste que dans certaines familles ou certains cercles amicaux, on semble ressentir une certaine frustration devant l'impossibilité de trouver une façon satisfaisante de se saluer ou de marquer physiquement son affection. D'après une étude relayée par NewScientist, c'est le cas d'environ 60% des Américan·es interrogé·es. Slate.fr, S'étreindre en limitant les risques, c'est possible | Slate.fr

Images d'illustration du mot « affection »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Vidéos relatives au mot « affection »

Traductions du mot « affection »

Langue Traduction
Anglais affection
Espagnol afecto
Italien affetto
Allemand zuneigung
Portugais afecto
Source : Google Translate API

Synonymes de « affection »

Source : synonymes de affection sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « affection »

Partager