Voie : définition de voie


Voie : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

VOIE, subst. fém.

I. − Passage par où l'on s'engage pour franchir un obstacle naturel ou pour aller d'un point à un autre.
A. − Espace, aménagé ou non, à parcourir pour aller quelque part. Synon. chemin.Voie carrossable, défoncée, dégagée, étroite, la plus sûre, longue; détour d'une voie; état de la voie; dégager, obstruer, quitter une voie; prendre une bonne, une mauvaise voie. Il ne reste plus à la rivière picarde qu'à se frayer une voie à travers les roches (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 134).Il faut en évaluer la composition [de la forêt] (...) ce qui ne peut se faire que grâce à des reconnaissances (...) qui sont particulièrement difficiles dans les territoires d'Outre-Mer, du fait (...) de la rareté des voies de pénétration (Forêt fr.,1955, p. 45).
Locutions
Être par voies et par chemins. Être toujours en chemin, jamais au même endroit. Synon. être par monts et par vaux (v. mont I B).Vous êtes toujours par voies et par chemins, et on ne sait où vous prendre (Mérimée, Lettres à une inconnue,t. 2, 1867, p. 300).
La voie est libre. Il n'y a pas d'obstacle, le passage est possible. Quelle cohue! dit-elle en riant (...). Elle ouvrit la porte de communication: « La voie est libre » (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 169).
1. Espace aménagé pour faciliter les déplacements d'un point à un autre. Synon. route, rue.Tracé de la voie; entretenir une voie; voie sans issue ; voie communale, interdite, piétonne, principale, prioritaire, souterraine, urbaine; voie de desserte, de transit, de déviation. Cela, Kobus, résulte de l'extension des voies de communication. Autrefois, quand les routes étaient rares, quand il n'existait pas de chemins vicinaux, on ne voyait pas circuler tant de commis voyageurs (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 158).Sans se lancer comme certains pays voisins dans la construction de véritables autoroutes (...) l'administration française avait commencé l'aménagement de voies à grande circulation dites « grands itinéraires » (J. Thomas, Route,1951, p. 306).
En partic.
Voie express. Route, voie urbaine rapide réservée aux véhicules motorisés. (Dict. xxes.).
Voie privée. Route ou rue ne faisant pas partie de la grande voirie et échappant aux règlements de la circulation générale. Voirie: Longueur et état des routes: Nationales. − Départementales. − Communales. − Voies privées (Fonteneau, Cons. munic.,1965, p. 39).
Voie publique. Route ou rue faisant partie du domaine public. Mais à peine est-il parvenu sur la voie publique, que les mots d'explosion, de meurtre, d'incendie, de destruction, viennent porter l'alarme dans son cœur (Procès conspir. 1erConsul,t. 1, 1801, p. 30).
Voie à sens unique. V. sens2I A 1.
Voie sans issue. Impasse. Au fig. Voie sans issue. Entreprise qui n'aboutit à rien. L'un de ces amis (...), voulant l'aider, l'égara tant et si bien que Flamel perdit des mois à errer dans des voies sans issue (Caron, Hutin, Alchimistes,1959, p. 9).
2. Subdivision de la chaussée permettant la circulation d'une file de véhicules. Route à trois, à quatre voies (Dict. xxes.).
Voie unique. V. ce mot A 1 a équip.
3. HIST. Espace aménagé à caractère particulier.
Voie appienne. Route de Rome à Brindisi, commencée en 312 avant J.-C. par le censeur Appius Claudius. La route que suivait la voiture était l'ancienne voie Appienne, toute bordée de tombeaux (Dumas père, Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 543).
Voie romaine. Route construite par les Romains pour permettre des communications faciles et sûres. Oui, il les connaissait bien ces murs carrés, ces nobles tracés, ces pures lignes droites des oppida et des voies romaines (Psichari, Voy. centur.,1914, p. 120).
Voie sacrée. [Dans l'Antiq.] Route que suivaient les processions pour se rendre d'Athènes à Éleusis; route qui conduisait à un grand sanctuaire (Olympie, Delphes, Parthénon). (Ds Lar. 20e-GDEL). Grande voie triomphale qui conduisait au Capitole à travers le Forum romain. La Lagide [Cléopâtre] habitait, à Rome, avec son fils et sa suite la villa et les jardins de César qui s'étendaient sur la rive droite du Tibre. Le dictateur demeurait dans un des bâtiments publics de la voie Sacrée (A. France, Vie littér.,1892, p. 119).Auj. Voie sacrée. Route qui relie Bar-le-Duc à Verdun et qu'on a jalonnée de bornes en souvenir de son importance lors de la Première Guerre mondiale. À Verdun, la fameuse voie sacrée, route unique pour assurer le ravitaillement du front, fut organisée comme une ligne de chemin de fer (Albitreccia, Gds moyens transp., 1931, p. 28).
4. CH. DE FER. Voie (ferrée). Ensemble des installations ferroviaires sur lesquelles roulent les convois. Voie déviée, en faisceaux, indépendante, latérale, principale; branchement de la voie; passage de la voie; bifurcation, changement de voie; traverses de voie; voie d'arrivée, de chargement, de déchargement, de départ, de service; éviter, ouvrir, surveiller, traverser la voie; sortir de la voie. Le charbon propre (...) tombait ensuite par des entonnoirs dans les wagons de la voie ferrée, établie sous le hangar (Zola, Germinal,1885, p. 1187).On attribue généralement à la voie normale 1 m 44, à la voie large 1 m 46, à la voie étroite de 1 m à 0 m 60. La voie peut être unique ou double. Enfin, selon sa position par rapport à la gare initiale, on a la voie paire ou impaire, la voie montante ou la voie descendante (Albitreccia, Gds moyens transp.,1931, p. 45).
En compos. Garde-voie*.
À contre-voie*. Voie unique. V. ce mot A 1 a.
En partic.
Voie ouverte. En France, le régime de la voie ouverte [c'est-à-dire signaux normalement ouverts mis à l'arrêt seulement lorsqu'il existe un obstacle à couvrir ou un train à protéger] a été seul en usage sur la double voie jusqu'en 1889 (Bricka, Cours ch. de fer,t. 2, 1894, p. 146).
Voie d'évitement*. Voie de garage*.
,,Dans une gare chacune des installations correspondant à la circulation d'un train`` (GDEL). Le train entre en gare sur la voie 14 (GDEL).
P. méton. Espace entre deux rails. La voie normale en usage en France est de 1 m 44 à 1 m 45 entre les bords intérieurs des rails (Bricka, Cours ch. de fer,t. 1, 1894, p. 16).
5. MINES. Galerie de mine. Les galeries [qui] servent au transport des véhicules [se désignent] sous le nom de galerie de roulage, mère galerie, voie de fond, voie maîtresse, quand elles sont horizontales; plan incliné dans le cas contraire (Haton de La Goupillière, Exploitation mines,1905, p. 649).
6. SPORTS (alpin.). Itinéraire d'escalade. Voie directe; voie d'approche, de descente. Il reste à tenter de nouvelles voies dans les faces et les arêtes (Gazier, Les Sports de la Montagne,1949ds Petiot 1982).La première cordée qui réussit à se frayer un passage nouveau vers un sommet difficile réalise une voie qui, après avoir été contrôlée par des alpinistes compétents, est reconnue officiellement (Gautrat1970).
7. P. anal., MÉTÉOR. ,,Itinéraire suivi de préférence par les courants de perturbation`` (Lar. Lang. fr.). Sur l'Europe on observe un certain nombre de voies cycloniques, auxquelles les météorologistes ont donné des numéros (Lar. Lang. fr.).
8. ASTRON. Voie lactée*.
9. P. ext. Milieu, moyen emprunté pour se déplacer, pour transporter des marchandises et servant de support aux moyens de communication. Voie aérienne, maritime, de terre. Les chemins de fer me paraissent peu commodes, et je reviendrai ici probablement pour prendre la voie de mer (Flaub., Corresp.,1871, p. 207).Quand on disait « la route », on entendait la voie fluviale aussi bien que la voie terrestre, et la première ne le cédait nullement à la seconde en importance, bien au contraire (P. Rousseau, Hist. transp.,1961, p. 150).
Voie ferrée. Le chemin de fer comme moyen de transport. En même temps que le service ambulant par voie ferrée, les services maritimes postaux reçurent de nouvelles extensions (Pradelle, Serv. P.T.T. en Fr.,1903, p. 64).10.P. méton., vx. Quantité portée en un seul trajet.
a) Quantité de marchandises correspondant à une charretée ordinaire. Elle donne tous les ans vingt-quatre voies de bois que je distribue aux malheureux (Balzac, Mmede la Chanterie, 1844, p. 291).
Voie de charbon. Sac de charbon contenant un hectolitre. (Dict. xixeet xxes.). Voie de coke. ,,15 hectolitres, ou un mètre cube et demi`` (Littré). Voie d'eau. Quantité d'eau contenue dans deux seaux de porteur d'eau. L'hiver, les fontaines étaient gelées; l'eau coûtait vingt sous la voie (Hugo, Quatre-vingt-treize,1874, p. 119).Voie de pierre. ,,Charretée, qui en contient environ quinze pieds cubes`` (Littré). Voie de plâtre. ,,Quantité de douze sacs, qui contiennent chacun deux boisseaux et demi`` (Littré).
b) Arg. ,,Course de taxi`` (Sandry-Carr. 1963). Faire la voie. ,,Charger moyennant un prix fixe plusieurs clients pour une direction donnée`` (Sandry-Carr. 1963).
B. − Passage qui a été parcouru et qui a laissé des traces.
1.
a) Ensemble des traces parallèles laissées sur le sol par les roues d'un véhicule. Avoir la voie; être à la voie. De même qu'ici toutes les voitures sont « à la voie », c'est-à-dire assez larges pour que les roues correspondent exactement aux ornières des charrettes, toutes mes pensées, jusqu'à ce jour, avaient été « à la voie » de mon père, de mes beaux-parents (Mauriac, Th. Desqueyroux,1927, p. 223).
b) TECHNOLOGIE
α) Distance séparant les roues d'un même essieu d'un véhicule, ou distance existant entre les deux points théoriques d'appui au sol d'un même essieu. [Dans] les charrues à stabilité longitudinale et transversale l'age est rendu solidaire d'un train de deux roues ayant une voie suffisante (Passelègue, Mach. agric.,1930, p. 37).Pour une hauteur donnée du centre de gravité d'un véhicule, une largeur de voie relativement grande accroît la stabilité latérale (Guerber1967).
β) Largeur d'un trait de scie, écartement latéral des dents d'une scie. Donner de la voie à une scie. Il faut que cette scie n'ait pas plus d'une demi-ligne (...) de voie (Maugin, Maigne, Nouv. Manuel luthier,1929 [1869], p. 260).Sur la scie à ruban la voie est donnée en écrasant légèrement le sommet des dents (MoirantBois1986).
γ) TEXT. Voie du peigne. Trace laissée par le peigne du métier sur le tissu et constituant un défaut. (Dict. xixeet xxes.).
2. VÉN. Endroit par où le gibier est passé et qu'il a indiqué par la trace et l'empreinte de ses pattes ou par l'odeur qu'il a laissée en l'air (d'apr. Baudr. Chasses 1834). Synon. piste.Être sur la voie; perdre la voie. Le mâle qui venait d'apparaître (...) traînait, collés à sa voie, une menace et un péril de mort (Genevoix, Dern. harde, 1938, p. 125).La bête de chasse revenait sur sa propre voie et, de ce fait, brouillait sa piste (Vialar, Brisées hautes,1952, p. 69).
Voie de bon temps. ,, Voie d'une heure ou de deux heures`` (Baudr. Chasses 1834). Voie chaude, fumante, vive. ,,Voie de l'animal qui vient de passer`` (Baudr. Chasses 1834). Voie du relevé. ,,Voie de la veille`` (Baudr. Chasses 1834). Voie de hautes erres. ,,Voie déjà vieille`` (Baudr. Chasses 1834). Voie surpluée ou surneigée. ,,Voie sur laquelle il a plu ou neigé`` (Baudr. Chasses 1834). Voie légère. ,,Voie dans laquelle dansent les chiens quand ils ont de la peine à la suivre`` (Baudr. Chasses 1834).
Expr. Mettre les chiens à la voie. Amener les chiens sur le chemin que la bête a suivi. On les mit [les chiens] à la voie et les chasseurs s'égaillèrent (Druon, Roi de fer,1955, p. 316).N'avoir plus ni vent ni voie. [En parlant d'un chien] ,,Manquer à la fois des odeurs et des traces qui permettent de suivre du gibier`` (Lar. Lang. fr.). P. anal. De l'animal [un singe] qu'il cherchait [M. Sariette] il n'avait encore ni vent ni voie (A. France, Révolte anges,1914, p. 28).
Au fig.
Être à bout de voie (vieilli). S'arrêter faute de moyens pour poursuivre. La philosophie du XVIIIesiècle (...) était à bout de voie et tout à fait stérilisée, lorsque M. Cousin débuta dans la carrière (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 10, 1867, p. 450).
Mettre qqn sur la voie. Aider quelqu'un à deviner, à trouver, donner des indications dans ce but. Dans la malle, si on l'ouvrait, il n'y a rien de suspect? rien qui puisse intriguer la police ou la mettre sur la voie? (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 250).
Rem. ,,Bien qu'empruntée au vocabulaire de la vénerie (...), cette loc., pourtant très usuelle, n'est pratiquement jamais analysée ainsi. Pour la plupart des locuteurs, voie est compris au sens le plus courant de « chemin, direction »`` (Rey-Chantr. Expr. 1979).
Trouver sa voie. Trouver le chemin à prendre, réussir à s'orienter. Il tient de moi: il deviendra sérieux quand il aura trouvé sa voie (A. France, Bergeret,1901, p. 65).
C. − Conduit permettant un acheminement, une transmission. Nous ne percevons ce décalage que lorsque l'une de nos voies de transmission des informations comporte une faible vitesse de propagation, par exemple une transmission sonore (Decaux, Mesure temps,1959, p. 8).
ANAT. Ensemble des structures qui livrent passage à l'air ou à diverses matières organiques ou qui constituent un système destiné à assurer une fonction. Voies auditives, biliaires, cutanées, digestives, interrachidiennes, nerveuses, pulmonaires, respiratoires, urinaires, veineuses. Le processus est plus complexe alors que le virus est introduit primitivement dans le derme cutané. Une partie est absorbée et gagne, par les voies lymphatiques, la circulation sanguine (Nocard, Leclainche, Mal. microb. animaux,1896, p. 375).
MÉD. Par (la) voie + adj.[Pour indiquer le mode d'administration d'un médicament ou la voie d'accès que suit le chirurgien pour une opération] Administrer un médicament par voie buccale, intramusculaire, intraveineuse. Le traitement chirurgical se propose de faire disparaître la hernie en réintégrant dans la cavité abdominale l'estomac et en resserrant l'orifice diaphragmatique œsophagien. Cette opération peut se faire par voie thoracique et abdominale ou tout simplement par voie abdominale (Quillet Méd.1965, p. 145).
D. − Ouverture naturelle ou accidentelle.
1. ÉLECTR. Voie d'enroulement. ,,Ensemble des sections d'un induit à collecteur qui, à un instant donné, se trouvent en série entre deux balais consécutifs de signes contraires`` (Lar. Lang. fr.).
2. MAR. Voie d'eau. Ouverture ou déchirure accidentelle de la coque d'un navire au dessous de la ligne de flottaison et par laquelle l'eau pénètre à l'intérieur du bâtiment. Aveugler, boucher, calfater une voie d'eau; localiser la voie d'eau. Le roulis (...) n'était pas parvenu à rompre les chaînes des ancres, mais leurs secousses avaient entr'ouvert une voie d'eau sur les flancs du navire. Brèche énorme; car les pompes ne suffisent pas à rejeter les paquets d'eau salée qui viennent, en écumant, s'abattre sur le pont, comme des montagnes (Lautréam., Chants Maldoror,1869, p. 205).
3. TÉLÉCOM. ,,Ensemble des dispositifs électriques et mécaniques servant à l'acheminement des messages`` (Lar. Lang. fr.). Plusieurs voies de transmission peuvent partager un support commun; par exemple, une bande de fréquence particulière ou bien un intervalle de temps particulier répété périodiquement est réservé à chaque voie (Spatiologie1985).
II. − Orientation, conduite à suivre ou suivie.
A. − Suite d'actes ayant le même caractère et le même but. Autre, fausse, nouvelle voie; la plus mauvaise, la plus sûre voie; voies battues, parallèles; voie commune, trompeuse; voie d'approche, du bien, du cœur, du courage, de l'honneur, du mal; ouvrir, suivre, trouver une voie; montrer, préparer la voie à qqn. N'est-il pas cent fois préférable que, le jour de son arrivée au corps, le jeune soldat soit remis au capitaine (...) qui a tout intérêt à le diriger dans la bonne voie? (Davout, Réorg. milit.,1871, p. 45).Le cinématographe, avec la voix, les sons, la musique, avec la couleur et bientôt le relief, malgré la réussite de quelques films, atteint à peine son âge ingrat. On peut seulement dire que, seuls, les dessins animés ont marqué des progrès authentiques et indiqué des voies à suivre ou à explorer (Arts et litt.,1936, p. 34-2).
Locutions
En voie de. [Pour indiquer que qqc. est en cours et se modifie dans un sens déterminé] En voie d'accroissement, d'achèvement, de cicatrisation, de croissance, de décadence, de développement, d'évolution, d'exécution, d'expansion, d'extinction, de fermeture, d'industrialisation, de réalisation, d'urbanisation; en voie de s'arranger. [Les pythagoriciens] considéraient le monde comme un ordre en voie de formation, un progrès vers le bien (Renouvier, Essais crit. gén.,3eessai, 1864, p. 167).Les phénomènes de totale ségrégation culturelle (...) sont en voie de disparition (Dumazedier, Ripert, Loisir et cult.,1966, p. 302).
En bonne voie. Dont on peut envisager l'avenir de manière positive, qui est bien engagé. Les 1reet 2earmées semblaient en bonne voie et paraissaient même gagner du terrain (Joffre, Mém.,t. 1, 1931, p. 344).J'ai hâte de vous faire savoir que la triste affaire qui vous a préoccupé si longtemps est en bonne voie de règlement (Montherl., Célibataires,1934, p. 829).
RELIG. Conduite à suivre pour atteindre un but. Voie étroite, large, royale; voie de l'enfer. La fable qui remplit l'enfer, le purgatoire, et le paradis, c'est l'homme retiré de la forêt sombre des intérêts et des passions terrestres, et ramené, par la considération de soi-même, du monde, et de la Divinité, dans les voies du salut (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 242).
Toujours au plur. Desseins selon lesquels Dieu guide les hommes. Voies impénétrables, obscures. Disons donc plutôt que nous sommes foibles, que les voies de Dieu sont profondes, et qu'il se plaît à exercer ses serviteurs (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 446).V. impénétrable B 2 ex. de France:
Comme il n'y a pas le moindre doute sur la vérité de cette proposition, il n'en faut pas davantage pour justifier les voies de la Providence même dans l'ordre temporel, si l'on joint surtout cette considération à celle de la justice humaine, puisqu'il est démontré que, sous ce double rapport, le privilège de la vertu est incalculable, indépendamment de tout appel à la raison, et même de toute considération religieuse. Maistre, Soirées St-Pétersb.,t. 1, 1821, p. 64.
B. − Moyen employé pour atteindre un but.
1. Moyen conduisant à un but considéré du point de vue du résultat désiré. Voie des découvertes, des honneurs, des richesses, de la sagesse; s'engager dans une voie; se frayer une voie. La France s'est constituée en République. En adoptant cette forme définitive de gouvernement, elle s'est proposée pour but de marcher plus librement dans la voie du progrès et de la civilisation (Constitution de 1848 dsDoc. hist. contemp.,p. 191).Il faudra examiner (...) cette double voie de connaissance, par affirmation et par négation, pour voir ce à quoi l'une et l'autre tendent directement (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 1025).
2. Moyen qui conduit à un but considéré du point de vue de la nature de la conduite qu'il implique. Voie d'accommodement, de la douceur, de la négociation, de la sévérité; voie détournée, simple. Petit-fils d'Alsacien, j'étais en même temps Français de France; Karl me ferait acquérir un savoir universel, je prendrais la voie royale: en ma personne l'Alsace martyre entrerait à l'École Normale Supérieure (Sartre, Mots,1964, p. 129).
3. Spécialement
a) DR. Voie de droit. ,,Recours à la justice selon les formes légales`` (Barr. 1974).
En partic.
Voie d'exécution. ,,Ensemble des procédures permettant à un particulier d'obtenir, par la force, l'exécution des actes et des jugements qui lui reconnaissent des prérogatives ou des droits`` (Jur. 1971).
Voie(s) de fait. V. fait A 3 a.Voies de recours. V. recours C 1.
Expr. Les voies et (les) moyens. ,,Procédés concrets permettant la réalisation d'une opération`` (Cap. 1936). Ils se réunirent (...) afin d'examiner les voies et moyens. M. de La Trumelle se prononça pour l'action légale (A. France, Île ping.,1908, p. 212).
b) CHIM. Manière d'opérer, nature des moyens employés. Voie humide. Opération consistant à employer des solvants liquides. Le soufre possède deux systèmes cristallins, l'un propre au soufre qui a cristallisé par la voie humide, l'autre au soufre fondu qu'on a laissé refroidir (Élie de Beaumontds B. Sté géol. Fr.,t. 4, 1847, p. 10).Voie sèche. Opération conduite par le feu, en dehors de l'emploi de liquides. [L'argent] ne s'oxyde point par la voie sèche (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog.,t. 1, 1821, p. 95).
C. − Intermédiaire utilisé pour atteindre un but.
1. Ce par quoi on passe ou on doit passer pour réaliser ou obtenir quelque chose. Voie des armes; voie administrative, diplomatique, gouvernementale, législative. Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement (...) ne peuvent être interdits (Constitution de l'an 1,1793ds Rec. textes hist., p. 68).V. affiche1ex. 10.
En partic. Voie hiérarchique. V. hiérarchique B.
2. Loc. Par voie de. Par une suite logique et progressive. Par voie de conséquence, la méthode géographique (...) donne la première place et le principal intérêt à l'étude exacte, précise, de ce qui est aujourd'hui (Brunhes, Géogr. hum.,1942, p. 282).
REM.
Voyable, adj.,hapax. [En parlant d'une voie de circulation] Pratiquable. Il n'y a pas ombre de calèche dans ce sentier, qui me paroît d'ailleurs peu voyable aux équipages (Nodier, Trésor Fèves,1833, p. 43).
Prononc. et Orth.: [vwa]. Fouché Prononc. 1959, p. 62, Warn. 1987 [-a]. Martinet-Walter 1973 [-ɑ], [-a] (10, 7). Ac. 1694, 1718: voye; dep. 1740: voie. Étymol. et Hist. I. A. 1. a) 1100 « parcours que l'on suit pour aller d'un point à un autre » (Roland, éd. J. Bédier, 365); 1140 en la veie se metre « se diriger quelque part » (Geffrei Gaimar, Histoire des Anglais, éd. A. Bell, 2854); 1176-81 loc. savoir ne vant ne voie « ne pas connaître le parcours de quelqu'un » (Chrétien de Troyes, Chevalier de la Charrete, éd. M. Roques, 6383); b) spéc. 1868 alpin. « itinéraire d'ascension » (Annuaire du Club alpin suisse, pp. 83-84 ds Quem. DDL t. 27); 2. a) 1100 « espace aménagé pour permettre les déplacements d'un point à un autre » (Roland, 2399); 1671 par voie et par chemin (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 1, p. 391); b) 1510 « grande route de l'Antiquité » voye Appia (P. Gringore, L'Espoir de Paix, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 174); 1788 voie Sacrée (Abbé J. J. Barthelemy, Voyage du Jeune Anacharsis, p. 527); c) 1690 voye publique (Fur.); d) 1776-77 mines (Morand, L'Art d'exploiter les mines de charbon de terre, 2epartie, sect. I, § 224 d'apr. Brunot t. 6, 1, p. 402); 3. p. anal. 1550 voies de l'eau (Ronsard, Odes, éd. P. Laumonier, t. 1, p. 148); 1578 marinieres voyes (R. Garnier, Marc Antoine, 776, éd. W. Foerster, t. 1, p. 176); 4. voie lactée, v. lacté; 5. 1828 ch. de fer voies de fer (J. Masclet, Génie Civil, I, p. 418 ds Wexler, p. 42, note 14); 1858 voie ferree (Chesn.); 1865 voie de garage (Littré, s.v. garage). B. 2emoit. xiiies. vén. « chemin par où une bête a passé » (La Chace dou Cerf, 273, éd. G. Tilander ds Studier Modern Språkvetenskap, t. 14, p. 71); 1635 voyes de hautes avies (J. de Ligniville, La Meutte et Venerie pour le lièvre, p. 148 ds Tilander, p. 47); 1635 voyes de bon temps (Id., La Meutte et Venerie pour le cerf, t. 2, p. 17, ibid., p. 49); 1635 voyes doublees (Id., La Meutte et Venerie pour le chevreuil, p. 136, ibid., p. 119); 1655 voyes du relevé (Salnove, La Vénerie royale, p. 35, ibid., p. 46); 1690 voyes surmarchées (Fur.); 1690 loc. remettre les chiens sur les voyes (ibid.); 1691 fig. remettre sur les voies (Mmede Sévigné, op. cit., t. 3, p. 970); av. 1740 à bout de voie, ici fig. (Saint-Simon, Mémoires, éd. A. de Boislile, t. 13, p. 83). C. « Itinéraire ou conduit naturel » 1. a) 1314 anat. voie de la viande (Chirurgie de Henri de Mondeville, éd. Ch. Bos, § 259); b) 1800 « ensemble de conduits que parcourt une matière quelconque dans l'économie animale » voies urinaires (Geoffroy, Méd. prat., p. 203); 2. 1678 voye d'eau « ouverture par laquelle l'eau entre dans un navire » (Guillet 3epart., p. 346). D. Techn. 1. 1660 « espace entre les roues d'une voiture » (Oudin Fr.-Esp.); 1798 avoir la voie « avoir, entre les roues la distance voulue par l'usage du pays » (Ac.); 2. 1690 « largeur d'un trait de scie » (La Quintinie, Instruction pour les jardins potagers); 1765 donner de la voie à une scie « en écarter les dents » (Encyclop. t. 13, p. 70a); 3. 1723 « passage successif sur l'appareil à lainer » (Savary). II. A. 1. 1remoit. xiies. « conduite considérée comme un chemin que l'on peut suivre » (Psautier d'Oxford, éd. Fr. Michel, XVII, 24); id. la veie des justes (ibid., I, 7); id. male veie (ibid., CXVIII, 101); ca 1170 dreite veie (Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, p. 83); 1225 bonne voye (Gautier de Coinci, Miracles de Nostre Dame, D 80, 54, éd. V.-F. Koenig, t. 4, p. 420); 2. xiiies. les voies des homes « conduite morale de l'homme » (B. N. 899, fo299 vods Trenel, p. 379); 3. loc. a) 1550 montrer la voie à (Ronsard, op. cit., p. 78); b) 1602 se préparer la voye (Cl. Fauchet, Déclin de la Maison de Charlemagne, p. 206); 1738 préparer les voies (Ch. Rollin, Hist. Anc. des Égyptiens, t. 6, p. 609); c) 1611 ouvrir la voye (J. Bertaut, Les Œuvres poét., p. 351); d) 1656 mettre qqn sur la voie (Corneille, L'Imitation de Jesus-Christ, p. 169). B. 1. a) 1remoit. xiies. « façon de procéder; conduite à suivre » (Psautier d'Oxford, CXVIII, 104); ca 1250 (Assises de Jerusalem, éd. Beugnot, t. 1, p. 50); b) 1491 « moyen dont on se sert » (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, t. 1, p. 79: par voyes d'assemblées); 2. a) 1283 « moyen d'action judiciaire » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, XI, 315, éd. Am. Salmon, t. 1, p. 355); 1601 la voye de la justice (P. Charron, De la Sagesse, Trois livres, p. 436); 1601 voye amiable (Cl. Fauchet, Fleur Maison de Charlemagne, p. 29); 1690 voie de droit (Fur.); b) 1378 « tout acte par lequel on s'empare violemment d'une chose sur laquelle on n'a pas de droit reconnu » (13 juillet, A. du Prince, 75, no7, A. Neuchâtel ds Gdf. Compl.); c) 1835 voies et moyens (Ac.); 3. 1656 « intermédiaire ou suite d'intermédiaires qui permet d'obtenir quelque chose » (Pascal, Provinciales, VI, éd. L. Lafuma, p. 397); 1903 par voie de conséquence (Lévy-Bruhl, Mor. et sc. mœurs, p. 111); 4. 1690 chim. « manière de procéder » (Fur.); 1788 voie humide (Buffon, Hist. nat. Minéraux, t. 1, p. 434); 1814 voie sèche (Nysten). III. Métrol. fin xiiie-déb. xives. « la moitié d'une portée (mesure de drap) » (texte ds Poerck, La Draperie médiévale, t. 2, p. 217); 1407 voie d'eaue (Enquête du Prevôt de Paris ds Bibl. Éc. Chartes, t. 1, p. 247); 1416 voies de plastre (Ctes Hotel Dieu, t. 3, p. 44 ds IGLF); 1579 voye de bois (H. Estienne, La Precellence du Langage françois, éd. E. Huguet, p. 180). Du lat. via « chemin, route; voyage, trajet; conduit, canal; genre, méthode, moyen, procédé ». Fréq. abs. littér.: 5 890. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7 046, b) 7 049; xxes.: a) 8 191, b) 10 333.
DÉR.
Voyette, subst. fém.,région. (notamment Ouest). Petite voie, sentier de peu de largeur. [Les sarcleuses] passaient, prenant chacune l'une des voyettes étroites que les rigoles creusent entre les planches semées (R. Bazin, Blé,1907, p. 207). [vwajεt]. 1resattest. a) ca 1280 voiete « petite voie » (Gérard d'Amiens, Escanor, 16694, Michelant ds Gdf.) − xvies. ds Hug., présent encore dans différentes régions: Flandres, Picardie, Haute-Bretagne (v. FEW t. 14, p. 372b), b) 1904 vén. (Nouv. Lar. ill.); de voie, suff. -ette (-et*).
BBG. Chautard Vie étrange Argot 1931, p. 601. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 11. − Goug. Mots. t. 1 1962, p. 185. − Quem. DDL t. 16, 27, 33, 34.

Voie : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

VOIE, subst. fém.

I. − Passage par où l'on s'engage pour franchir un obstacle naturel ou pour aller d'un point à un autre.
A. − Espace, aménagé ou non, à parcourir pour aller quelque part. Synon. chemin.Voie carrossable, défoncée, dégagée, étroite, la plus sûre, longue; détour d'une voie; état de la voie; dégager, obstruer, quitter une voie; prendre une bonne, une mauvaise voie. Il ne reste plus à la rivière picarde qu'à se frayer une voie à travers les roches (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 134).Il faut en évaluer la composition [de la forêt] (...) ce qui ne peut se faire que grâce à des reconnaissances (...) qui sont particulièrement difficiles dans les territoires d'Outre-Mer, du fait (...) de la rareté des voies de pénétration (Forêt fr.,1955, p. 45).
Locutions
Être par voies et par chemins. Être toujours en chemin, jamais au même endroit. Synon. être par monts et par vaux (v. mont I B).Vous êtes toujours par voies et par chemins, et on ne sait où vous prendre (Mérimée, Lettres à une inconnue,t. 2, 1867, p. 300).
La voie est libre. Il n'y a pas d'obstacle, le passage est possible. Quelle cohue! dit-elle en riant (...). Elle ouvrit la porte de communication: « La voie est libre » (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 169).
1. Espace aménagé pour faciliter les déplacements d'un point à un autre. Synon. route, rue.Tracé de la voie; entretenir une voie; voie sans issue ; voie communale, interdite, piétonne, principale, prioritaire, souterraine, urbaine; voie de desserte, de transit, de déviation. Cela, Kobus, résulte de l'extension des voies de communication. Autrefois, quand les routes étaient rares, quand il n'existait pas de chemins vicinaux, on ne voyait pas circuler tant de commis voyageurs (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 158).Sans se lancer comme certains pays voisins dans la construction de véritables autoroutes (...) l'administration française avait commencé l'aménagement de voies à grande circulation dites « grands itinéraires » (J. Thomas, Route,1951, p. 306).
En partic.
Voie express. Route, voie urbaine rapide réservée aux véhicules motorisés. (Dict. xxes.).
Voie privée. Route ou rue ne faisant pas partie de la grande voirie et échappant aux règlements de la circulation générale. Voirie: Longueur et état des routes: Nationales. − Départementales. − Communales. − Voies privées (Fonteneau, Cons. munic.,1965, p. 39).
Voie publique. Route ou rue faisant partie du domaine public. Mais à peine est-il parvenu sur la voie publique, que les mots d'explosion, de meurtre, d'incendie, de destruction, viennent porter l'alarme dans son cœur (Procès conspir. 1erConsul,t. 1, 1801, p. 30).
Voie à sens unique. V. sens2I A 1.
Voie sans issue. Impasse. Au fig. Voie sans issue. Entreprise qui n'aboutit à rien. L'un de ces amis (...), voulant l'aider, l'égara tant et si bien que Flamel perdit des mois à errer dans des voies sans issue (Caron, Hutin, Alchimistes,1959, p. 9).
2. Subdivision de la chaussée permettant la circulation d'une file de véhicules. Route à trois, à quatre voies (Dict. xxes.).
Voie unique. V. ce mot A 1 a équip.
3. HIST. Espace aménagé à caractère particulier.
Voie appienne. Route de Rome à Brindisi, commencée en 312 avant J.-C. par le censeur Appius Claudius. La route que suivait la voiture était l'ancienne voie Appienne, toute bordée de tombeaux (Dumas père, Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 543).
Voie romaine. Route construite par les Romains pour permettre des communications faciles et sûres. Oui, il les connaissait bien ces murs carrés, ces nobles tracés, ces pures lignes droites des oppida et des voies romaines (Psichari, Voy. centur.,1914, p. 120).
Voie sacrée. [Dans l'Antiq.] Route que suivaient les processions pour se rendre d'Athènes à Éleusis; route qui conduisait à un grand sanctuaire (Olympie, Delphes, Parthénon). (Ds Lar. 20e-GDEL). Grande voie triomphale qui conduisait au Capitole à travers le Forum romain. La Lagide [Cléopâtre] habitait, à Rome, avec son fils et sa suite la villa et les jardins de César qui s'étendaient sur la rive droite du Tibre. Le dictateur demeurait dans un des bâtiments publics de la voie Sacrée (A. France, Vie littér.,1892, p. 119).Auj. Voie sacrée. Route qui relie Bar-le-Duc à Verdun et qu'on a jalonnée de bornes en souvenir de son importance lors de la Première Guerre mondiale. À Verdun, la fameuse voie sacrée, route unique pour assurer le ravitaillement du front, fut organisée comme une ligne de chemin de fer (Albitreccia, Gds moyens transp., 1931, p. 28).
4. CH. DE FER. Voie (ferrée). Ensemble des installations ferroviaires sur lesquelles roulent les convois. Voie déviée, en faisceaux, indépendante, latérale, principale; branchement de la voie; passage de la voie; bifurcation, changement de voie; traverses de voie; voie d'arrivée, de chargement, de déchargement, de départ, de service; éviter, ouvrir, surveiller, traverser la voie; sortir de la voie. Le charbon propre (...) tombait ensuite par des entonnoirs dans les wagons de la voie ferrée, établie sous le hangar (Zola, Germinal,1885, p. 1187).On attribue généralement à la voie normale 1 m 44, à la voie large 1 m 46, à la voie étroite de 1 m à 0 m 60. La voie peut être unique ou double. Enfin, selon sa position par rapport à la gare initiale, on a la voie paire ou impaire, la voie montante ou la voie descendante (Albitreccia, Gds moyens transp.,1931, p. 45).
En compos. Garde-voie*.
À contre-voie*. Voie unique. V. ce mot A 1 a.
En partic.
Voie ouverte. En France, le régime de la voie ouverte [c'est-à-dire signaux normalement ouverts mis à l'arrêt seulement lorsqu'il existe un obstacle à couvrir ou un train à protéger] a été seul en usage sur la double voie jusqu'en 1889 (Bricka, Cours ch. de fer,t. 2, 1894, p. 146).
Voie d'évitement*. Voie de garage*.
,,Dans une gare chacune des installations correspondant à la circulation d'un train`` (GDEL). Le train entre en gare sur la voie 14 (GDEL).
P. méton. Espace entre deux rails. La voie normale en usage en France est de 1 m 44 à 1 m 45 entre les bords intérieurs des rails (Bricka, Cours ch. de fer,t. 1, 1894, p. 16).
5. MINES. Galerie de mine. Les galeries [qui] servent au transport des véhicules [se désignent] sous le nom de galerie de roulage, mère galerie, voie de fond, voie maîtresse, quand elles sont horizontales; plan incliné dans le cas contraire (Haton de La Goupillière, Exploitation mines,1905, p. 649).
6. SPORTS (alpin.). Itinéraire d'escalade. Voie directe; voie d'approche, de descente. Il reste à tenter de nouvelles voies dans les faces et les arêtes (Gazier, Les Sports de la Montagne,1949ds Petiot 1982).La première cordée qui réussit à se frayer un passage nouveau vers un sommet difficile réalise une voie qui, après avoir été contrôlée par des alpinistes compétents, est reconnue officiellement (Gautrat1970).
7. P. anal., MÉTÉOR. ,,Itinéraire suivi de préférence par les courants de perturbation`` (Lar. Lang. fr.). Sur l'Europe on observe un certain nombre de voies cycloniques, auxquelles les météorologistes ont donné des numéros (Lar. Lang. fr.).
8. ASTRON. Voie lactée*.
9. P. ext. Milieu, moyen emprunté pour se déplacer, pour transporter des marchandises et servant de support aux moyens de communication. Voie aérienne, maritime, de terre. Les chemins de fer me paraissent peu commodes, et je reviendrai ici probablement pour prendre la voie de mer (Flaub., Corresp.,1871, p. 207).Quand on disait « la route », on entendait la voie fluviale aussi bien que la voie terrestre, et la première ne le cédait nullement à la seconde en importance, bien au contraire (P. Rousseau, Hist. transp.,1961, p. 150).
Voie ferrée. Le chemin de fer comme moyen de transport. En même temps que le service ambulant par voie ferrée, les services maritimes postaux reçurent de nouvelles extensions (Pradelle, Serv. P.T.T. en Fr.,1903, p. 64).10.P. méton., vx. Quantité portée en un seul trajet.
a) Quantité de marchandises correspondant à une charretée ordinaire. Elle donne tous les ans vingt-quatre voies de bois que je distribue aux malheureux (Balzac, Mmede la Chanterie, 1844, p. 291).
Voie de charbon. Sac de charbon contenant un hectolitre. (Dict. xixeet xxes.). Voie de coke. ,,15 hectolitres, ou un mètre cube et demi`` (Littré). Voie d'eau. Quantité d'eau contenue dans deux seaux de porteur d'eau. L'hiver, les fontaines étaient gelées; l'eau coûtait vingt sous la voie (Hugo, Quatre-vingt-treize,1874, p. 119).Voie de pierre. ,,Charretée, qui en contient environ quinze pieds cubes`` (Littré). Voie de plâtre. ,,Quantité de douze sacs, qui contiennent chacun deux boisseaux et demi`` (Littré).
b) Arg. ,,Course de taxi`` (Sandry-Carr. 1963). Faire la voie. ,,Charger moyennant un prix fixe plusieurs clients pour une direction donnée`` (Sandry-Carr. 1963).
B. − Passage qui a été parcouru et qui a laissé des traces.
1.
a) Ensemble des traces parallèles laissées sur le sol par les roues d'un véhicule. Avoir la voie; être à la voie. De même qu'ici toutes les voitures sont « à la voie », c'est-à-dire assez larges pour que les roues correspondent exactement aux ornières des charrettes, toutes mes pensées, jusqu'à ce jour, avaient été « à la voie » de mon père, de mes beaux-parents (Mauriac, Th. Desqueyroux,1927, p. 223).
b) TECHNOLOGIE
α) Distance séparant les roues d'un même essieu d'un véhicule, ou distance existant entre les deux points théoriques d'appui au sol d'un même essieu. [Dans] les charrues à stabilité longitudinale et transversale l'age est rendu solidaire d'un train de deux roues ayant une voie suffisante (Passelègue, Mach. agric.,1930, p. 37).Pour une hauteur donnée du centre de gravité d'un véhicule, une largeur de voie relativement grande accroît la stabilité latérale (Guerber1967).
β) Largeur d'un trait de scie, écartement latéral des dents d'une scie. Donner de la voie à une scie. Il faut que cette scie n'ait pas plus d'une demi-ligne (...) de voie (Maugin, Maigne, Nouv. Manuel luthier,1929 [1869], p. 260).Sur la scie à ruban la voie est donnée en écrasant légèrement le sommet des dents (MoirantBois1986).
γ) TEXT. Voie du peigne. Trace laissée par le peigne du métier sur le tissu et constituant un défaut. (Dict. xixeet xxes.).
2. VÉN. Endroit par où le gibier est passé et qu'il a indiqué par la trace et l'empreinte de ses pattes ou par l'odeur qu'il a laissée en l'air (d'apr. Baudr. Chasses 1834). Synon. piste.Être sur la voie; perdre la voie. Le mâle qui venait d'apparaître (...) traînait, collés à sa voie, une menace et un péril de mort (Genevoix, Dern. harde, 1938, p. 125).La bête de chasse revenait sur sa propre voie et, de ce fait, brouillait sa piste (Vialar, Brisées hautes,1952, p. 69).
Voie de bon temps. ,, Voie d'une heure ou de deux heures`` (Baudr. Chasses 1834). Voie chaude, fumante, vive. ,,Voie de l'animal qui vient de passer`` (Baudr. Chasses 1834). Voie du relevé. ,,Voie de la veille`` (Baudr. Chasses 1834). Voie de hautes erres. ,,Voie déjà vieille`` (Baudr. Chasses 1834). Voie surpluée ou surneigée. ,,Voie sur laquelle il a plu ou neigé`` (Baudr. Chasses 1834). Voie légère. ,,Voie dans laquelle dansent les chiens quand ils ont de la peine à la suivre`` (Baudr. Chasses 1834).
Expr. Mettre les chiens à la voie. Amener les chiens sur le chemin que la bête a suivi. On les mit [les chiens] à la voie et les chasseurs s'égaillèrent (Druon, Roi de fer,1955, p. 316).N'avoir plus ni vent ni voie. [En parlant d'un chien] ,,Manquer à la fois des odeurs et des traces qui permettent de suivre du gibier`` (Lar. Lang. fr.). P. anal. De l'animal [un singe] qu'il cherchait [M. Sariette] il n'avait encore ni vent ni voie (A. France, Révolte anges,1914, p. 28).
Au fig.
Être à bout de voie (vieilli). S'arrêter faute de moyens pour poursuivre. La philosophie du XVIIIesiècle (...) était à bout de voie et tout à fait stérilisée, lorsque M. Cousin débuta dans la carrière (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 10, 1867, p. 450).
Mettre qqn sur la voie. Aider quelqu'un à deviner, à trouver, donner des indications dans ce but. Dans la malle, si on l'ouvrait, il n'y a rien de suspect? rien qui puisse intriguer la police ou la mettre sur la voie? (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 250).
Rem. ,,Bien qu'empruntée au vocabulaire de la vénerie (...), cette loc., pourtant très usuelle, n'est pratiquement jamais analysée ainsi. Pour la plupart des locuteurs, voie est compris au sens le plus courant de « chemin, direction »`` (Rey-Chantr. Expr. 1979).
Trouver sa voie. Trouver le chemin à prendre, réussir à s'orienter. Il tient de moi: il deviendra sérieux quand il aura trouvé sa voie (A. France, Bergeret,1901, p. 65).
C. − Conduit permettant un acheminement, une transmission. Nous ne percevons ce décalage que lorsque l'une de nos voies de transmission des informations comporte une faible vitesse de propagation, par exemple une transmission sonore (Decaux, Mesure temps,1959, p. 8).
ANAT. Ensemble des structures qui livrent passage à l'air ou à diverses matières organiques ou qui constituent un système destiné à assurer une fonction. Voies auditives, biliaires, cutanées, digestives, interrachidiennes, nerveuses, pulmonaires, respiratoires, urinaires, veineuses. Le processus est plus complexe alors que le virus est introduit primitivement dans le derme cutané. Une partie est absorbée et gagne, par les voies lymphatiques, la circulation sanguine (Nocard, Leclainche, Mal. microb. animaux,1896, p. 375).
MÉD. Par (la) voie + adj.[Pour indiquer le mode d'administration d'un médicament ou la voie d'accès que suit le chirurgien pour une opération] Administrer un médicament par voie buccale, intramusculaire, intraveineuse. Le traitement chirurgical se propose de faire disparaître la hernie en réintégrant dans la cavité abdominale l'estomac et en resserrant l'orifice diaphragmatique œsophagien. Cette opération peut se faire par voie thoracique et abdominale ou tout simplement par voie abdominale (Quillet Méd.1965, p. 145).
D. − Ouverture naturelle ou accidentelle.
1. ÉLECTR. Voie d'enroulement. ,,Ensemble des sections d'un induit à collecteur qui, à un instant donné, se trouvent en série entre deux balais consécutifs de signes contraires`` (Lar. Lang. fr.).
2. MAR. Voie d'eau. Ouverture ou déchirure accidentelle de la coque d'un navire au dessous de la ligne de flottaison et par laquelle l'eau pénètre à l'intérieur du bâtiment. Aveugler, boucher, calfater une voie d'eau; localiser la voie d'eau. Le roulis (...) n'était pas parvenu à rompre les chaînes des ancres, mais leurs secousses avaient entr'ouvert une voie d'eau sur les flancs du navire. Brèche énorme; car les pompes ne suffisent pas à rejeter les paquets d'eau salée qui viennent, en écumant, s'abattre sur le pont, comme des montagnes (Lautréam., Chants Maldoror,1869, p. 205).
3. TÉLÉCOM. ,,Ensemble des dispositifs électriques et mécaniques servant à l'acheminement des messages`` (Lar. Lang. fr.). Plusieurs voies de transmission peuvent partager un support commun; par exemple, une bande de fréquence particulière ou bien un intervalle de temps particulier répété périodiquement est réservé à chaque voie (Spatiologie1985).
II. − Orientation, conduite à suivre ou suivie.
A. − Suite d'actes ayant le même caractère et le même but. Autre, fausse, nouvelle voie; la plus mauvaise, la plus sûre voie; voies battues, parallèles; voie commune, trompeuse; voie d'approche, du bien, du cœur, du courage, de l'honneur, du mal; ouvrir, suivre, trouver une voie; montrer, préparer la voie à qqn. N'est-il pas cent fois préférable que, le jour de son arrivée au corps, le jeune soldat soit remis au capitaine (...) qui a tout intérêt à le diriger dans la bonne voie? (Davout, Réorg. milit.,1871, p. 45).Le cinématographe, avec la voix, les sons, la musique, avec la couleur et bientôt le relief, malgré la réussite de quelques films, atteint à peine son âge ingrat. On peut seulement dire que, seuls, les dessins animés ont marqué des progrès authentiques et indiqué des voies à suivre ou à explorer (Arts et litt.,1936, p. 34-2).
Locutions
En voie de. [Pour indiquer que qqc. est en cours et se modifie dans un sens déterminé] En voie d'accroissement, d'achèvement, de cicatrisation, de croissance, de décadence, de développement, d'évolution, d'exécution, d'expansion, d'extinction, de fermeture, d'industrialisation, de réalisation, d'urbanisation; en voie de s'arranger. [Les pythagoriciens] considéraient le monde comme un ordre en voie de formation, un progrès vers le bien (Renouvier, Essais crit. gén.,3eessai, 1864, p. 167).Les phénomènes de totale ségrégation culturelle (...) sont en voie de disparition (Dumazedier, Ripert, Loisir et cult.,1966, p. 302).
En bonne voie. Dont on peut envisager l'avenir de manière positive, qui est bien engagé. Les 1reet 2earmées semblaient en bonne voie et paraissaient même gagner du terrain (Joffre, Mém.,t. 1, 1931, p. 344).J'ai hâte de vous faire savoir que la triste affaire qui vous a préoccupé si longtemps est en bonne voie de règlement (Montherl., Célibataires,1934, p. 829).
RELIG. Conduite à suivre pour atteindre un but. Voie étroite, large, royale; voie de l'enfer. La fable qui remplit l'enfer, le purgatoire, et le paradis, c'est l'homme retiré de la forêt sombre des intérêts et des passions terrestres, et ramené, par la considération de soi-même, du monde, et de la Divinité, dans les voies du salut (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 242).
Toujours au plur. Desseins selon lesquels Dieu guide les hommes. Voies impénétrables, obscures. Disons donc plutôt que nous sommes foibles, que les voies de Dieu sont profondes, et qu'il se plaît à exercer ses serviteurs (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 446).V. impénétrable B 2 ex. de France:
Comme il n'y a pas le moindre doute sur la vérité de cette proposition, il n'en faut pas davantage pour justifier les voies de la Providence même dans l'ordre temporel, si l'on joint surtout cette considération à celle de la justice humaine, puisqu'il est démontré que, sous ce double rapport, le privilège de la vertu est incalculable, indépendamment de tout appel à la raison, et même de toute considération religieuse. Maistre, Soirées St-Pétersb.,t. 1, 1821, p. 64.
B. − Moyen employé pour atteindre un but.
1. Moyen conduisant à un but considéré du point de vue du résultat désiré. Voie des découvertes, des honneurs, des richesses, de la sagesse; s'engager dans une voie; se frayer une voie. La France s'est constituée en République. En adoptant cette forme définitive de gouvernement, elle s'est proposée pour but de marcher plus librement dans la voie du progrès et de la civilisation (Constitution de 1848 dsDoc. hist. contemp.,p. 191).Il faudra examiner (...) cette double voie de connaissance, par affirmation et par négation, pour voir ce à quoi l'une et l'autre tendent directement (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 1025).
2. Moyen qui conduit à un but considéré du point de vue de la nature de la conduite qu'il implique. Voie d'accommodement, de la douceur, de la négociation, de la sévérité; voie détournée, simple. Petit-fils d'Alsacien, j'étais en même temps Français de France; Karl me ferait acquérir un savoir universel, je prendrais la voie royale: en ma personne l'Alsace martyre entrerait à l'École Normale Supérieure (Sartre, Mots,1964, p. 129).
3. Spécialement
a) DR. Voie de droit. ,,Recours à la justice selon les formes légales`` (Barr. 1974).
En partic.
Voie d'exécution. ,,Ensemble des procédures permettant à un particulier d'obtenir, par la force, l'exécution des actes et des jugements qui lui reconnaissent des prérogatives ou des droits`` (Jur. 1971).
Voie(s) de fait. V. fait A 3 a.Voies de recours. V. recours C 1.
Expr. Les voies et (les) moyens. ,,Procédés concrets permettant la réalisation d'une opération`` (Cap. 1936). Ils se réunirent (...) afin d'examiner les voies et moyens. M. de La Trumelle se prononça pour l'action légale (A. France, Île ping.,1908, p. 212).
b) CHIM. Manière d'opérer, nature des moyens employés. Voie humide. Opération consistant à employer des solvants liquides. Le soufre possède deux systèmes cristallins, l'un propre au soufre qui a cristallisé par la voie humide, l'autre au soufre fondu qu'on a laissé refroidir (Élie de Beaumontds B. Sté géol. Fr.,t. 4, 1847, p. 10).Voie sèche. Opération conduite par le feu, en dehors de l'emploi de liquides. [L'argent] ne s'oxyde point par la voie sèche (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog.,t. 1, 1821, p. 95).
C. − Intermédiaire utilisé pour atteindre un but.
1. Ce par quoi on passe ou on doit passer pour réaliser ou obtenir quelque chose. Voie des armes; voie administrative, diplomatique, gouvernementale, législative. Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement (...) ne peuvent être interdits (Constitution de l'an 1,1793ds Rec. textes hist., p. 68).V. affiche1ex. 10.
En partic. Voie hiérarchique. V. hiérarchique B.
2. Loc. Par voie de. Par une suite logique et progressive. Par voie de conséquence, la méthode géographique (...) donne la première place et le principal intérêt à l'étude exacte, précise, de ce qui est aujourd'hui (Brunhes, Géogr. hum.,1942, p. 282).
REM.
Voyable, adj.,hapax. [En parlant d'une voie de circulation] Pratiquable. Il n'y a pas ombre de calèche dans ce sentier, qui me paroît d'ailleurs peu voyable aux équipages (Nodier, Trésor Fèves,1833, p. 43).
Prononc. et Orth.: [vwa]. Fouché Prononc. 1959, p. 62, Warn. 1987 [-a]. Martinet-Walter 1973 [-ɑ], [-a] (10, 7). Ac. 1694, 1718: voye; dep. 1740: voie. Étymol. et Hist. I. A. 1. a) 1100 « parcours que l'on suit pour aller d'un point à un autre » (Roland, éd. J. Bédier, 365); 1140 en la veie se metre « se diriger quelque part » (Geffrei Gaimar, Histoire des Anglais, éd. A. Bell, 2854); 1176-81 loc. savoir ne vant ne voie « ne pas connaître le parcours de quelqu'un » (Chrétien de Troyes, Chevalier de la Charrete, éd. M. Roques, 6383); b) spéc. 1868 alpin. « itinéraire d'ascension » (Annuaire du Club alpin suisse, pp. 83-84 ds Quem. DDL t. 27); 2. a) 1100 « espace aménagé pour permettre les déplacements d'un point à un autre » (Roland, 2399); 1671 par voie et par chemin (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 1, p. 391); b) 1510 « grande route de l'Antiquité » voye Appia (P. Gringore, L'Espoir de Paix, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 174); 1788 voie Sacrée (Abbé J. J. Barthelemy, Voyage du Jeune Anacharsis, p. 527); c) 1690 voye publique (Fur.); d) 1776-77 mines (Morand, L'Art d'exploiter les mines de charbon de terre, 2epartie, sect. I, § 224 d'apr. Brunot t. 6, 1, p. 402); 3. p. anal. 1550 voies de l'eau (Ronsard, Odes, éd. P. Laumonier, t. 1, p. 148); 1578 marinieres voyes (R. Garnier, Marc Antoine, 776, éd. W. Foerster, t. 1, p. 176); 4. voie lactée, v. lacté; 5. 1828 ch. de fer voies de fer (J. Masclet, Génie Civil, I, p. 418 ds Wexler, p. 42, note 14); 1858 voie ferree (Chesn.); 1865 voie de garage (Littré, s.v. garage). B. 2emoit. xiiies. vén. « chemin par où une bête a passé » (La Chace dou Cerf, 273, éd. G. Tilander ds Studier Modern Språkvetenskap, t. 14, p. 71); 1635 voyes de hautes avies (J. de Ligniville, La Meutte et Venerie pour le lièvre, p. 148 ds Tilander, p. 47); 1635 voyes de bon temps (Id., La Meutte et Venerie pour le cerf, t. 2, p. 17, ibid., p. 49); 1635 voyes doublees (Id., La Meutte et Venerie pour le chevreuil, p. 136, ibid., p. 119); 1655 voyes du relevé (Salnove, La Vénerie royale, p. 35, ibid., p. 46); 1690 voyes surmarchées (Fur.); 1690 loc. remettre les chiens sur les voyes (ibid.); 1691 fig. remettre sur les voies (Mmede Sévigné, op. cit., t. 3, p. 970); av. 1740 à bout de voie, ici fig. (Saint-Simon, Mémoires, éd. A. de Boislile, t. 13, p. 83). C. « Itinéraire ou conduit naturel » 1. a) 1314 anat. voie de la viande (Chirurgie de Henri de Mondeville, éd. Ch. Bos, § 259); b) 1800 « ensemble de conduits que parcourt une matière quelconque dans l'économie animale » voies urinaires (Geoffroy, Méd. prat., p. 203); 2. 1678 voye d'eau « ouverture par laquelle l'eau entre dans un navire » (Guillet 3epart., p. 346). D. Techn. 1. 1660 « espace entre les roues d'une voiture » (Oudin Fr.-Esp.); 1798 avoir la voie « avoir, entre les roues la distance voulue par l'usage du pays » (Ac.); 2. 1690 « largeur d'un trait de scie » (La Quintinie, Instruction pour les jardins potagers); 1765 donner de la voie à une scie « en écarter les dents » (Encyclop. t. 13, p. 70a); 3. 1723 « passage successif sur l'appareil à lainer » (Savary). II. A. 1. 1remoit. xiies. « conduite considérée comme un chemin que l'on peut suivre » (Psautier d'Oxford, éd. Fr. Michel, XVII, 24); id. la veie des justes (ibid., I, 7); id. male veie (ibid., CXVIII, 101); ca 1170 dreite veie (Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, p. 83); 1225 bonne voye (Gautier de Coinci, Miracles de Nostre Dame, D 80, 54, éd. V.-F. Koenig, t. 4, p. 420); 2. xiiies. les voies des homes « conduite morale de l'homme » (B. N. 899, fo299 vods Trenel, p. 379); 3. loc. a) 1550 montrer la voie à (Ronsard, op. cit., p. 78); b) 1602 se préparer la voye (Cl. Fauchet, Déclin de la Maison de Charlemagne, p. 206); 1738 préparer les voies (Ch. Rollin, Hist. Anc. des Égyptiens, t. 6, p. 609); c) 1611 ouvrir la voye (J. Bertaut, Les Œuvres poét., p. 351); d) 1656 mettre qqn sur la voie (Corneille, L'Imitation de Jesus-Christ, p. 169). B. 1. a) 1remoit. xiies. « façon de procéder; conduite à suivre » (Psautier d'Oxford, CXVIII, 104); ca 1250 (Assises de Jerusalem, éd. Beugnot, t. 1, p. 50); b) 1491 « moyen dont on se sert » (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, t. 1, p. 79: par voyes d'assemblées); 2. a) 1283 « moyen d'action judiciaire » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, XI, 315, éd. Am. Salmon, t. 1, p. 355); 1601 la voye de la justice (P. Charron, De la Sagesse, Trois livres, p. 436); 1601 voye amiable (Cl. Fauchet, Fleur Maison de Charlemagne, p. 29); 1690 voie de droit (Fur.); b) 1378 « tout acte par lequel on s'empare violemment d'une chose sur laquelle on n'a pas de droit reconnu » (13 juillet, A. du Prince, 75, no7, A. Neuchâtel ds Gdf. Compl.); c) 1835 voies et moyens (Ac.); 3. 1656 « intermédiaire ou suite d'intermédiaires qui permet d'obtenir quelque chose » (Pascal, Provinciales, VI, éd. L. Lafuma, p. 397); 1903 par voie de conséquence (Lévy-Bruhl, Mor. et sc. mœurs, p. 111); 4. 1690 chim. « manière de procéder » (Fur.); 1788 voie humide (Buffon, Hist. nat. Minéraux, t. 1, p. 434); 1814 voie sèche (Nysten). III. Métrol. fin xiiie-déb. xives. « la moitié d'une portée (mesure de drap) » (texte ds Poerck, La Draperie médiévale, t. 2, p. 217); 1407 voie d'eaue (Enquête du Prevôt de Paris ds Bibl. Éc. Chartes, t. 1, p. 247); 1416 voies de plastre (Ctes Hotel Dieu, t. 3, p. 44 ds IGLF); 1579 voye de bois (H. Estienne, La Precellence du Langage françois, éd. E. Huguet, p. 180). Du lat. via « chemin, route; voyage, trajet; conduit, canal; genre, méthode, moyen, procédé ». Fréq. abs. littér.: 5 890. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7 046, b) 7 049; xxes.: a) 8 191, b) 10 333.
DÉR.
Voyette, subst. fém.,région. (notamment Ouest). Petite voie, sentier de peu de largeur. [Les sarcleuses] passaient, prenant chacune l'une des voyettes étroites que les rigoles creusent entre les planches semées (R. Bazin, Blé,1907, p. 207). [vwajεt]. 1resattest. a) ca 1280 voiete « petite voie » (Gérard d'Amiens, Escanor, 16694, Michelant ds Gdf.) − xvies. ds Hug., présent encore dans différentes régions: Flandres, Picardie, Haute-Bretagne (v. FEW t. 14, p. 372b), b) 1904 vén. (Nouv. Lar. ill.); de voie, suff. -ette (-et*).
BBG. Chautard Vie étrange Argot 1931, p. 601. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 11. − Goug. Mots. t. 1 1962, p. 185. − Quem. DDL t. 16, 27, 33, 34.

Voie : définition du Wiktionnaire

Nom commun

voie \vwa\ féminin

  1. Chemin, route par où l’on va d’un lieu à un autre.
    • La guerre civile est devenue bien difficile depuis la découverte des nouvelles armes à feu et depuis le percement des voies rectilignes dans les métropoles. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence Chap. II, La décadence bourgeoise et la violence, 1908)
    • Autrefois le Lot était une voie navigable : ses écluses, ses relais faisaient vivre un peuple de mariniers. On a déclassé le Lot. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Si la topographie l’exige, le préfet peut imposer sur certaines voies l’obligation de munir tout véhicule d’un frein ou d’un dispositif d’enrayage. — (Article 17, Code de la route, France, 30 octobre 1935)
  2. (Chemin de fer) Chemin matérialisé par deux rails parallèles.
    • Reprenons ici l’exemple de l’atrazine, appliquée pour le désherbage des voies de chemin de fer en Suisse. Après avoir été détectée dans les nappes phréatiques, l’atrazine a été remplacée par le diuron. — (Nathalie Chèvre et Suren Erkman, Alerte aux micropolluants: Pesticides, biocides, détergents, médicaments et autres substances chimiques dans l’environnement, Lausanne : P.P.U.R., 2011, p. 124)
  3. (Spécialement) Un des grands chemins des anciens Romains dont il reste encore des vestiges.
    • Le 16 mai, nous sortîmes d’Héraclée, suivant au sud-est une voie ancienne, qu’indiquaient ses pavés épars et l’égalité du terrain. — (Eugène Boré, Correspondance et Mémoires d'un Voyageur en Orient, tome 1, Paris : chez Olivier-Fulgence, 1840, p. 213)
    • Un aqueduc du IIe siècle, long de 3 km amenait l’eau de la fontaine Bonnet pour alimenter des thermes gallo-romains, situés à un carrefour des voies antiques près de l’actuel presbytère d’Arthon. — (Le Petit Futé Loire-Atlantique 2012-2013, p. 119)
    • Les voies romaines prenaient leur nom de celui qui les avait fait construire ou réparer.
    • La voie Appienne.
    • La voie Flaminienne.
  4. (Chemin de fer) (Automobile) Espace qui sépare les deux roues d’un même essieu d’un véhicule.
    • La voie est établie sur une largeur d’un mètre soixante centimètres entre les rails, – écartement imposé aux chemins de fer russes, soit neuf centimètres de plus que ne comportent les autres voies européennes. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. VI, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
  5. Largeur de coupe d’une scie. Elle est généralement plus large que la propre épaisseur de la lame de scie, pour une meilleure pénétration dans le matériau. On dit alors que la lame est avoyée. On l’obtient, à l’origine, en tordant légèrement les dents sur chaque coté en alternance.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  6. (Chasse) Chemin par où la bête a passé.
    • Les deux chasseurs, après avoir fait prendre la voie à leurs limiers, se glissèrent silencieusement sur leurs traces, […]. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • Mettre les chiens sur les voies.
    • Les chiens ont empaumé la voie.
  7. (Figuré) (Anatomie) Conduits que présentent certains organes.
    • Même lorsqu’il n’y a pas eu de cautérisation des premières voies digestives, les lésions du gros intestin persistent longtemps. — (Charles-Albert Vibert, Précis de toxicologie clinique et médico-légale, Paris, Baillière, 1907, p. 225)
  8. (Transport) Moyen par lequel les personnes, les marchandises sont transportées d’un lieu à un autre.
    • Aller par la voie de terre, par la voie de mer.
    • Je laisse l’avion à Philps, qui s’est mis en tête d’aller chez lui, en Nouvelle-Zélande, par la voie des airs. — (Georges Simenon, Le Blanc à lunettes, ch. V, Gallimard, 1937)
  9. (Religion) (Figuré) Chemin de dévotion, de salvation, d’illumination ou au contraire de perdition.
    • La voie du salut.
    • Jésus-Christ a dit de lui, dans l’évangile : Je suis la voie, la vérité et la vie.
    • Être dans la bonne voie.
    • Si vous suivez cette voie, vous serez sauvé.
    • Être en voie de perdition, dans la voie de perdition.
  10. (Spécialement) (Absolument) (Bouddhisme) Chemin à suivre pour atteindre l'illumination, le nirvana. Note : Souvent écrit avec une majuscule en ce sens.
    • La voie, c’est le passage d’un état à un autre jusqu’au non-conditionnement et à la non-détermination absolus, jusqu’à la perfection. — (Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse, La Table Ronde, Pocket spiritualité, 1999, p. 41)
    • Le mot voie n’est pas tout à fait adéquat parce que l’on pense automatiquement que la route a été construite, qu’elle est ouverte et que l’on peut faire le trajet d’une seule traite. — (Chögyam Trungpa, La certitude de la voie, traducteur Carisse Busquet, Seuil, 2011, p. 167)
  11. (Spécialement) (Religion) Les commandements de Dieu, ses lois.
    • Seigneur, enseignez-nous vos voies.
  12. (Spécialement) (Religion) (Surtout au pluriel) Un des moyens dont Dieu se sert pour conduire les choses humaines.
    • Les voies du Seigneur, les voies de la Providence sont impénétrables.
  13. (Figuré) Moyen dont on se sert.
    • Le cycle de l’insecte est de trois semaines. La lutte peut se faire par voie chimique (oxydéméton-méthyl, malation, parathion) mais elle est coûteuse. — (P. Silvestre et M. Arraudeau, Le Manioc, 1983)
    • (Par extension)On pense que les herbicides solubles dans l’eau tels que l’aminotriazole, le diquat, le paraquat, le difenzoquat, le glufosinate et le glyphosate pénètrent dans les organes aériens des végétaux, empruntant la voie aqueuse dont il a été question au chapitre I. — (Christian Gauvrit, Efficacité et sélectivité des herbicides, Éditions Quae, 1996, p. 63)
    • Je ne sais quelle voie je dois tenir, suivre, choisir pour cela.
    • Vous ne prenez pas la bonne voie pour réussir.
    • C’est la voie la plus courte, la plus sûre.
    • Je vous ai préparé les voies, vous n’avez plus qu’à suivre votre affaire.
    • Je lui ai ouvert les voies, la voie.
    • On a eu recours à la voie des emprunts.
  14. (Télécommunications) Voie de transmission.
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Voie : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

VOIE. n. f.
Chemin, route par où l'on va d'un lieu à un autre. Les voies de communication. Il est toujours par voie et par chemin, Il est toujours en route, il ne cesse d'aller et venir. Fig., Frayer la voie à quelqu'un, Lui donner les moyens ou l'exemple de faire quelque chose. Absolument, La voie publique se dit en général des Rues, des places publiques, des chemins, etc. N'embarrassez pas, n'obstruez pas la voie publique. Voie ferrée, Voie pourvue de rails et que suivent les trains. Voie de garage, Voie ferrée située en dehors de la voie principale. En termes d'Astronomie, Voie lactée, Grande trace de lumière blanche et diffuse qui traverse presque toute la sphère céleste, à peu près du nord au sud, et qui, vue au télescope, se résout en une multitude innombrable d'étoiles distinctes. La voie lactée s'appelle populairement le chemin de Saint-Jacques.

VOIE désigne spécialement les Grands chemins des anciens Romains dont il reste encore des vestiges. Les voies romaines prenaient leur nom de celui qui les avait fait construire ou réparer. La voie Appienne. La voie Flaminienne. Il désigne aussi l'Espace qui est entre les deux roues d'une voiture. Ces voitures n'ont pas la même voie. En termes de Chasse, il désigne le Chemin par où la bête a passé. Les chiens sont sur la voie, sur les voies, à bout de voie. Mettre les chiens sur les voies. Les chiens ont empaumé la voie. Fig., Mettre quelqu'un sur la voie, Lui donner des renseignements, des indications propres à le faire parvenir au but qu'il se propose, à lui faire trouver ce qu'il cherche.

VOIE, en termes d'Anatomie, se dit de Conduits que présentent certains organes. Les voles respiratoires. Les voies digestives. Les voies urinaires. En termes de Marine, Voie d'eau, Ouverture qui se produit accidentellement dans la carène d'un bâtiment et par laquelle l'eau pénètre. Boucher, aveugler une voie d'eau.

VOIE désigne aussi le Moyen par lequel les personnes, les marchandises sont transportées d'un lieu à un autre. Aller par la voie de terre, par la voie de mer. Prendre la voie de mer, la voie de l'eau, la voie de l'air. C'est une voie sûre. Il s'emploie figurément, en termes de Religion, de Dévotion, dans le sens de Chemin. La voie du salut. La droite voie. JÉSUS-CHRIST a dit de lui, dans l'Évangile : Je suis la voie, la vérité et la vie. Être dans la bonne voie. Si vous suivez cette voie, vous serez sauvé. Être en voie de perdition, dans la voie de perdition. En termes de l'Écriture, La voie étroite, La voie du salut.

VOIE, en termes de l'Écriture, désigne aussi les Commandements de Dieu, ses lois. Seigneur, enseignez-nous vos voies. Il se dit encore des Moyens dont Dieu se sert pour conduire les choses humaines. Les voies du Seigneur, les voies de la Providence sont impénétrables. Dans ces deux acceptions, il ne s'emploie guère qu'au pluriel. Il signifie encore, au figuré, Moyen dont on se sert. Je ne sais quelle voie je dois tenir, suivre, choisir pour cela. Vous ne prenez pas la bonne voie pour réussir. C'est la voie la plus courte, la plus sûre. Je vous ai préparé les voies, vous n'avez plus qu'à suivre votre affaire. Je lui ai ouvert les voies, la voie. Des voies obliques, indirectes. Les voies de conciliation. Les voies de rigueur. Tenter la voie des négociations. On a eu recours à la voie des emprunts. En termes de Jurisprudence, Voies de droit, Recours à la justice, suivant les formes légales. La voie de l'appel. Attaquer un jugement en dernier ressort par voie de requête civile. Voie de fait, Action de s'emparer violemment d'une chose sur laquelle on n'a pas de droit reconnu. Il signifie aussi Acte de violence, mauvais traitement, coup donné à quelqu'un. Il s'est livré à des voies de fait sur cette personne. Voies et moyens, Ressources dont on dispose pour parer à certaines nécessités. Être en voie de, Se disposer à faire quelque chose, être en train de le faire. Être en voie d'accommodement. Il est en voie de réussir. Être en bonne voie, Être en train de réussir. L'affaire est en bonne voie.

Voie : définition du Littré (1872-1877)

VOIE (voî) s. f.
  • 1Chemin, route d'un lieu un autre. Leur bagage étant prêt… Nos galants se mettent en voie, La Fontaine, Joc.

    Fig. La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie, Boileau, Art p. I.

    Par voie et par chemin, par les divers chemins qui se présentent, sans s'arrêter en aucun endroit. L'ambitieux, ou, si l'on veut, l'avare, S'en va par voie et par chemin, La Fontaine, Fabl VII, 12. Enfin, ma chère fille, me voilà par voie et par chemin, par le plus beau temps du monde, Sévigné, 104. Si vous n'étiez pas venu ce matin, j'allais cette après-midi mettre tous mes amis par voie et par chemin, Marivaux, Pays. parv. 3e part. 1.

    Il est toujours par voie et par chemin, il est toujours en course ou en voyage. Il était toujours par voie et par chemin, et lui-même a fait ainsi son épitaphe, La Harpe, Corresp. t. III, p. 280.

    Absolument. La voie publique, les rues, les places, les chemins publics. N'embarrassez pas la voie publique.

    La grande voie, se dit quelquefois pour grand chemin.

    Fig. Ce qui obligea M. de Longueville de reprendre la grande voie, et de se servir de l'occasion de la conférence de Ruel pour entrer dans un traité, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 29, dans POUGENS.

  • 2Il se dit spécialement des grands chemins des anciens Romains qui allaient de Rome aux extrémités de l'empire. La voie Appienne, l'Aurélienne, la Flaminienne, l'Émilienne, la Trajane subsistent encore, Voltaire, Dict. phil. Chemins. Corinne et lord Nelvil suivirent d'abord ce qu'on appelait autrefois la voie Sacrée ou la voie Triomphale, Staël, Corinne, IV, 4.
  • 3Il se dit de tout ce qui est assimilé à une route pour aller d'un lieu à un autre. Autre qu'un dieu n'eût pu nous ôter cette proie ; Autre qu'un dieu n'eût pu prendre une telle voie [la route de l'air], Corneille, Androm. III, 4.
  • 4 Terme de chasse. Trace laissée dans le chemin par où la bête a passé. Mettre les chiens sur les voies. Les chiens ont empaumé la voie. Je ramène les chiens à ma première voie, Qui vont, en me donnant une excessive joie, Requérir notre cerf…, Molière, Fâch. II, 7. Nos chiens, presque tous hors d'haleine, Perdent la voie, et chassent avec peine, Dancourt, Céphale et Procris, I, 2. Le pied du cerf est mieux fait que celui de la biche ; sa jambe est plus grosse et plus près du talon ; ses voies sont mieux tournées, et ses allures plus grandes, Buffon, Quadrup. t. II, p. 18.

    Brouiller la voie, se dit de l'animal qui cherche à tromper les chiens. [Le cerf] a mis ses efforts à confondre et brouiller la voie, La Fontaine, Fabl. x, 1.

    Être à bout de voie, se dit des chiens qui s'arrêtent et ne trouvent plus la voie.

    Fig. Être à bout de voie, avoir épuisé tous ses moyens de réussite

    Fig. Mettre quelqu'un sur les voies, sur la voie, lui donner des indications propres à le faire parvenir à son but. J'eus beau imaginer, je ne devinai point ; il me mit charitablement sur les voies, Voltaire, Voy. de Scarmentado. Faites-lui quelque question qui le mette sur la voie, Rousseau, Ém. III.

    Fig. Remettre sur les voies, faire reprendre la suite de quelque affaire. Voici une lettre toute propre à nous remettre sur les voies, et à reprendre le fil interrompu de notre commerce, Sévigné, à Bussy, 12 juill. 1691.

    Voie de bon temps, la voie d'une heure ou de deux heures.

    Voie chaude, fumante, vive, celle de l'animal qui vient de passer.

    Voie de relevé, la voie déjà vieille.

    Voie de hautes erres, la voie de la veille.

    Voie doublée, celle sur laquelle l'animal est revenu.

    Sentiment laissé au lieu de leur passage par les bêtes douces et généralement par les autres gibiers. Pour les loups et les sangliers on dit la trace et pour les loutres la marche.

    Fig. N'avoir ni vent ni voie d'une personne, d'une chose, n'en rien savoir, n'en avoir aucune nouvelle.

  • 5Trace que la voiture fait en marchant. On a suivi la voie du carrosse. La voie des charrettes.

    Fig. Laisser une chose en voie, la laisser sans la serrer.

    On dit plus ordinairement : laisser une chose en vue.

  • 6 Terme d'astronomie. La Voie lactée, la Voie de lait, grande trace de lumière blanche et diffuse que l'on compare à une voie, à un chemin. La Voie lactée s'appelle populairement le Chemin de Saint-Jacques. N'étaient-ils pas excusables [les anciens] dans la pensée qu'ils ont eue pour la Voie de lait, quand, la faiblesse de leurs yeux n'ayant pas encore reçu le secours de l'artifice, ils ont attribué cette couleur a une plus grande solidité en cette partie du ciel qui renvoie la lumière avec plus de force ? Pascal, Fragm. d'un Traité du vide. Vous voyez cette blancheur qu'on appelle la Voie de lait ; vous figureriez-vous bien ce que c'est ? une infinité de petites étoiles invisibles aux yeux à cause de leur petitesse, et semées si près les unes des autres, qu'elles paraissent former une lueur continue, Fontenelle, Mond. 5e soir. Un être pensant qui habite dans une étoile de la Voie lactée…, Voltaire, Dict. philos. Religion. Selon Anaxagore, la Voie lactée était la réflexion des rayons du soleil, Bailly, Hist. astr. p. 204. Aristote rangeait la Voie lactée, comme les comètes, au nombre des météores, Bailly, ib. p. 245. Une lumière blanche, de figure irrégulière et à laquelle on a donné le nom de Voie lactée, entoure le ciel en forme de ceinture, Laplace, Exp. I, 13.
  • 7Voie d'une voiture, l'écartement des roues, mesuré sur le sol, du milieu des jantes d'une roue au milieu des jantes de l'autre roue. La voie des voitures d'Allemagne est plus étroite que celle des voitures de France.

    Cette voiture a la voie, n'a pas la voie, ses roues ont, n'ont pas entre elles la distance réglée par les ordonnances ou par les usages.

    Voie d'un pont militaire, la largeur comprise entre les poutres de guindage.

  • 8Voie ferrée, chemin de fer.

    La voie, l'espace compris entre les deux rails.

    Voie de garage, voie située en dehors de la voie ferrée principale.

  • 9La voie d'une scie, ouverture que fait transversalement la scie dans un morceau de bois, dans un bloc de pierre.

    La voie d'une scie, l'écartement qu'ont entre elles les dents de la scie.

  • 10Moyen de transport par lequel les personnes, les marchandises cheminent d'un lieu à un autre ; mode de transport. Aller par la voie de terre, par la voie de mer. Faire tenir une lettre par la voie de la poste, des ballots par la voie du roulage. Envoyez-moi cela par la voie de M. un tel. Je m'en irai par la voie du messager. J'ai trouvé aujourd'hui une voie sûre dont j'ai profité pour vous envoyer mon petit journal, Genlis, Ad. et Th. t. II, p. 427, dans POUGENS.
  • 11Une voie de quelque chose, est ce qui peut être porté dans un seul voyage, ou d'une seule fois, par voiture ou autrement. À Paris la voie de bois était d'environ deux stères (1 stère 9 dixièmes). La voie de bois pesait moyennement 754 kilogrammes, Coulomb, Instit. Mém. sc. t. II, p. 389.

    Voie de charbon, sachée de charbon, telle qu'un homme peut la porter. La voie de charbon en contient douze boisseaux.

    Voie de charbon de terre, quantité dont le volume est d'un mètre cube et le poids d'environ 1200 kilogrammes.

    Voie de coke, 15 hectolitres, ou un mètre cube et demi.

    Voie de plâtre, quantité de douze sacs, qui contiennent chacun deux boisseaux et demi.

    La voie de pierre en est une charretée, qui en contient environ quinze pieds cubes.

    Voie d'eau, nom donné à Paris à la quantité d'eau qu'un homme porte ordinairement dans ses deux seaux et qui est évaluée à 30 litres.

  • 12Voie d'eau, ouverture accidentelle faite à la carène d'un navire, et par laquelle l'eau s'introduit dans ce bâtiment. Comme on calfate des vaisseaux qui ont des voies d'eau, Voltaire, Lett. à Cather. II, 20 juill. 1770. Un marin, voyant l'eau gagner son vaisseau, n'oublie pas de faire chercher et boucher la voie, Rousseau, Écon. 3.
  • 13 Terme d'anatomie. Ensemble de conduits ou série d'organes que parcourt un fluide ou une matière quelconque dans l'économie animale. Les voies biliaires. Les voies urinaires. Les voies digestives.

    Premières voies, l'estomac et les intestins. Secondes voies, les vaisseaux lactés. Troisièmes voies, les vaisseaux sanguins.

  • 14Voie de calandre, se dit de huit tours que l'étoffe passe sous la calandre.

    Donner une voie de chardon à une étoffe, la brosser avec des chardons, pour en tirer le poil.

  • 15Fig. En termes de dévotion, le chemin pour le salut ou pour la perte de l'âme. La voie du paradis. Qu'il [Jésus] enseignerait aux hommes la voie parfaite, Pascal, Pens. XVIII, 10, éd. HAVET. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie, trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6. C'est là ma dévotion [résignation à la Providence]… et, si j'étais digne de croire que j'ai une voie toute marquée, je dirais que c'est là la mienne, Sévigné, 18 mai 1680. Il faut respecter ces chemins peu battus de la Trappe et des Camaldules, et croire que Dieu, qui prend les élus où il lui plaît, leur marque aussi les voies par où il veut les faire marcher, Sévigné, 15 sept. 1691. Sachez que la souveraine puissance vous est accordée d'en haut, afin que la vertu soit aidée, et que les voies du ciel soient élargies, Bossuet, Reine d'Anglet. Je suis touché au vif quand je considère tant d'honnêtes gens que je chéris…, marcher dans la voie des ténèbres, Bossuet, 6e serm. pour une vêture, 1. Les routes par où on s'égare tiennent toujours au grand chemin ; et, en considérant où l'égarement a commencé, on marche plus sûrement dans la droite voie, Bossuet, Hist. II, 9. Jésus-Christ est le médecin des âmes, et vous en êtes le corrupteur ; il est leur voie, et vous êtes leur piége, Massillon, Pet. carême, Vices et vert. des gr. Vous êtes dans la voie de mort et de perdition, Massillon, Carême, Évid. de la loi.

    La voie étroite, la voie du salut. Si jamais l'on peut dire que la voie du chrétien est étroite, c'est durant les persécutions, Bossuet, Reine d'Anglet.

    La voie large, le chemin de la perdition.

  • 16 En termes de l'Écriture, les lois, les desseins, les commandements de Dieu. Il [le Seigneur] a fait connaître ses voies à Moïse, et ses volontés aux enfants d'Israël, Sacy, Bible, Psaumes, CII, 7. J'ai gardé les voies du Seigneur, et je n'ai point commis d'infidélité contre mon Dieu, Sacy, ib. Rois, II, 22, 22. Vous avez aujourd'hui choisi le Seigneur, afin qu'il soit votre Dieu, afin que vous marchiez dans ses voies, Sacy, ib. Deutéron. XXVI, 17. Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers, Sacy, ib. Év. selon St Matthieu, 3. Elle [la mère de M. de Montausier] employa ses premiers soins à lui apprendre les principes d'une fausse religion [le protestantisme] ; égaré dès qu'il entra dans les voies de Dieu, nourri depuis par les maîtres mêmes de l'erreur, Fléchier, Duc de Montausier. Que vos miséricordes sont infinies, ô mon Dieu, s'écrie-t-elle [une âme fidèle] avec le prophète !… vous avez suivi de près toutes mes voies, Massillon, Avent, Bonh. des justes.

    Moyens dont Dieu se sert pour conduire les choses humaines. Faisons taire la raison humaine ; entrons dans les voies de Dieu, Bossuet, 1er sermon, Quinquagés. I. Je ne connais pas les voies secrètes que Dieu a tenues, Bourdaloue, Carême, I, Prédestin. 382. Les voies de Dieu sur nous sont pleines d'équité et de sagesse, Massillon, Carême, Tiéd. 2. L'ermite soutint toujours qu'on ne connaissait pas les voies de la Providence, et que les hommes avaient tort de juger d'un tout dont ils n'apercevaient que la plus petite partie, Voltaire, Zadig, 20.

    Terme de mystique. Voies intérieures, moyens de parvenir à la perfection.

  • 17 Terme de l'Écriture. La voie, les voies des hommes, leur conduite morale. La sagesse de l'homme habile est de bien comprendre sa voie ; l'imprudence des insensés est toujours errante, Sacy, Bible, Prov. de Salom. XIV, 8. Les yeux de Dieu sont sur les voies des hommes, et il considère toutes leurs démarches, Sacy, ib. Job, XXXIV, 21. Il marcha dans les voies des rois d'Israël, comme la maison d'Achab, Sacy, ib. Rois, IV, 8, 18. Je te jugerai selon tes voies, et tu sauras que je suis le Seigneur, Bossuet, 2e sermon, Impénit. 2. Comme les peuples marchaient chacun en sa voie, Bossuet, Hist. I, 3. Ô mon Dieu ! vous avez vu ses voies ; vous l'avez rappelé, lorsqu'il était éloigné, Massillon, Or. fun. Conti.

    L'impie s'est égaré dans ses voies, il a suivi son sens réprouvé. Je t'ai ramenée des extrémités de la terre, des lieux les plus éloignés, des voies détournées où tu te perdais, abandonnée à ton propre sens, Bossuet, Anne de Gonz.

    Toute chair avait corrompu sa voie, les hommes s'étaient abandonnés à toute sorte de crimes. Tous les états ont corrompu leur voie, Massillon, Carême, Vocat.

  • 18 Fig. Moyen dont on se sert. Souffrez qu'un chevalier vous venge par les armes ; La voie en est plus sûre, Corneille, Cid, III, 2. À lui rendre service elle m'ouvre une voie, Corneille, Sertor. II, 5. Ne faites rien par la voie de la violence, Sacy, Bible, Ecclésiastique, x, 6. Des biens gagnés par une voie illégitime, Pascal, Prov. VIII. Vous ne prenez pas les voies naturelles pour faire croire un point de fait, Pascal, ib. XVIII. Croyez-vous que les rois puissent employer d'abord la violence pour soutenir leurs prétentions, sans avoir tenté toutes les voies de douceur et d'humanité ? Fénelon, Tél. XXIII. L'ambition, dont les voies sont toujours longues et pénibles, Massillon, Pet. carême, Purificat. Toutes les voies furent bonnes pour parvenir à l'empire, Montesquieu, Rom. 21. Si vous ne trouvez pas une voie, vous qui habitez la superbe ville de Paris, comment voulez-vous que j'en trouve, moi qui suis chez les antipodes, dans un désert entouré de précipices ? Voltaire, Lett. d'Argental, 1er avr. 1772. Il ne me paraît de vrai dans tout cela [dispute sur les forces vives, sur la moindre action] que l'ancien axiome, que la nature agit toujours par les voies les plus simples ; encore cette maxime demande-t-elle beaucoup d'explications, Voltaire, Mél. litt. à M. König. Celui qui m'a offensé par faiblesse retrouvera toujours une voie pour rentrer dans mon cœur ; un coquin n'en trouvera jamais, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 57. Ce nouveau contrat servit d'hypothèque à un emprunt de 12 millions de livres en rentes viagères à dix pour cent, et par voie de loterie, Raynal, Hist. phil. IV, 27. On commença à prévoir qu'un génie ardent, inquiet, accoutumé aux voies courtes, n'attendrait pas huit mois [à Witepsk], quand il sentait son but à sa portée [Moscou], Ségur, Hist. de Nap. v, 1.

    Être dans la bonne voie, employer les moyens convenables.

    Être dans la bonne voie, signifie aussi se conduire bien. On est sûr d'être dans la bonne voie, dès qu'on a choisi celle que le monde condamne, Massillon, Panégyr. St Louis.

    Préparer la voie, les voies, lever les premiers obstacles. Je veux par ce récit vous préparer la voie, Corneille, le Ment. III, 2. Ce qu'il y avait de plus beau dans cette loi [des Hébreux], c'est qu'elle préparait la voie à une loi plus auguste, Bossuet, Hist. II, 3. Voilà comme on prêche la réforme ; c'est ainsi qu'on met en pièces le christianisme, et qu'on prépare la voie à l'Antechrist, Bossuet, Var. XV, 121. Nous l'avons bien servi [l'abbé de Prades], le marquis d'Argens et moi, en préparant les voies ; c'est, je crois, la seule fois que j'ai été habile, Voltaire, Lett. Mme Denis, 19 août 1752.

    Tenter la voie, faire le premier essai.

    Être en voie d'accommodement, de s'accommoder, en voie de faire quelque chose, y travailler, s'y disposer, être en train de, prêt à…

  • 19 Terme de jurisprudence. Voies de droit, recours à la justice dans les formes légales.

    Voie de droit, moyen indiqué par la loi pour l'exercice d'un droit ou pour l'exécution d'un acte.

    Voie de fait, au singulier, tout acte par lequel on s'empare violemment d'une chose sur laquelle on n'a pas de droit reconnu. Comme un usurpateur qui, par violence et par voie de fait, se rendrait maître d'un héritage, Bourdaloue, Exhort. Charité envers les pauvres, I, p. 9.

    Voies de fait, au pluriel, actes de violence, duel, mauvais traitements. Le régent défendit les voies de fait au duc de Richelieu ou au comte de Bavière, qui, ayant eu ensemble quelques paroles vives, avaient pris un rendez-vous, Duclos, Œuv. t. v, p. 223.

    Par voie parée, en forme exécutoire.

  • 20 Terme d'administration et de finances. Voies et moyens, les revenus de tout genre dont l'État dispose
  • 21 Terme de chimie. Manière de faire quelques opérations.

    Voie sèche, nom des procédés qui consistent à traiter les corps par le feu.

    Voie humide, nom des procédés qui consistent à traiter les corps par l'eau ou par quelque autre liquide.

  • 22Claire voie, voyez CLAIRE-VOIE, qui est le mode d'écrire aujourd'hui usité. Que ce soit un bonnet mince à claire voie, Rousseau, Ém. II.

HISTORIQUE

XIe s. Entre en sa veie, si s'est acheminez, Ch. de Rol. XXVI. Tant chevalcherent e veies e chemins, ib. XX.

XIIe s. De haute honor sui en voie, Quant en tele [dame] ai mon cuer mis, Couci, p. 120. De maint ennui [j'] ai puis esté servis, Et eschapez de perilleuse voie, ib. p. 124.

XIIIe s. Li jours que ele dut sa voie avoir emprise, Berte, VI. Car je n'i sai la voie, s'ele ne m'est monstrée, ib. XLVI. En la voie [il] la met, à Dieu l'a commandée, ib. Car Diex maint desvoyé bien à voie ramaine, ib. L. Il m'enseigna la voie [le chemin], ib. LIII. Diex, fait-ele en son cuer, tenez m' [moi] en droite voie, ib. CVI. Si s'en vont la voie ferrée, Et tant ont le chemin tenu…, Ren. 5741. Mès s'il vos plest, biax amis chiers, Un petit avant mangeroie ; Il a jusqu'à la cort grant voie, ib. 27794. Va ta voie, fet il, bricon, ib. t. III, p. 48. Et nous vous ferons voie à nos brans acerés ; Qui nous encontrerons moult iert mal asenés, Ch. d'Ant. VIII, 135. C'est max [mal] de destorber ciaus qui sunt en voie de bien fere, Beaumanoir, XXV, 25. Il ont deus voies de lor droit porcacier, Beaumanoir, XI, 5. Qui erre contre le [la] foi, comme en mescreance, de lequele il ne veut venir à voie de verité… il doit estre ars [brûlé]…, Beaumanoir, XXX, 11. De la voie [voyage] que il [Louis XI] fist à Thunes [Tunis], ne weil je riens conter ne dire, Joinville, 300.

XIVe s. Un homme est cause de ses enfans en voye de nature, et est cause de ses operacions en voye de meurs, Oresme, Éth. 71. Ne plaingniez tel avoir ; de maise [mauvaise] voie vint, De pute part reva, Baud. de Seb. VIII, 33. Michault fu condampné par la loy de Tournay en une amende de LX livres, et à faire une voie à saint Jaques en Galice, Du Cange, via ultramarina.

XVe s. Si leur avint que les mareschaux de l'ost et les coureurs trouverent entre voies une bonne ville et grosse et bien fermée de fossés et de palis, si l'assaillirent fortement, Froissart, I, I, 156. Lors se recuillirent tous ses compagnons et se mirent à pied, et chasserent leurs chevaux en voie, car ils les sentoient trop foulés, Froissart, I, I, 327. Et veez ci venir le chevalier au rivage ; on lui fit voie, on le mena devant le roi qui estoit en une chambre, Froissart, II, II, 109. [Ils] porterent oudit hostel douze voies d'eaue, lesquelles ilz mistrent dedens une cuve à l'entrée de l'huis, Bibl. des ch. 6e série, t. I, p. 247. Entre les gens de guerre avoit eu paroles, de telles manieres que, gueres ne s'en falloit, alloient jusques à la voie de faict, Juvénal Des Ursins, 1380. Tout bon conseil ils ont degecté, et cherché toutes voies qui leur estoient nuysibles, Commines, V, 9.

XVIe s. Mon Dieu, guide-moy et convoye… Et dresse devant moy ta voye, Que ne fourvoye, Marot, IV, 234. Detester toute voye de tromperie, Montaigne, I, 24. Ilz appaisoient les differents avec la raison par voye d'appointement, ne permettans point, s'il leur estoit possible, que l'on vinst à la voye de faict et des armes, Amyot, Numa, 21. Prit un collet ouvert à rare voye, Entre-broché de fils d'or et de soie, Rare, subtil, à replis bien tissus, Ronsard, 638. À Paris, une voye de bois, c'est autant que si on disoit une chartée de bois, H. Estienne, Précell. p. 143. En longue voye paille poise, Génin, Récréat. t. II, p. 239. S'il [Calvin] eust tourné son esprit à la bonne voye, il pouvoit estre mis au parangon des plus signalés docteurs de l'eglise, Pasquier, Recherches, VIII, 55.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

VOIE. Ajoutez :
23Hotte à claire-voie. Ce sont les femmes qui récoltent les épinards, l'oseille, le persil, montent les voies… le garçon qui conduit la voiture de légumes à la halle, décharge les voies, les mannes, Journ. offic. 8 avril 1876, p. 2542, 2e col.
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Voie : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

VOIE, s. f. (Gram.) chemin public qui conduit d’un lieu à un autre. Ce terme n’est guere usité qu’au palais & dans l’histoire ancienne. Nous disons rue, chemin.

Voie du soleil, (Astron.) terme dont se servent quelques astronomes, pour signifier l’écliptique, dont le soleil ne sort jamais. Voyez Ecliptique.

Voie, (Critique sacrée.) chemin, route ; ce mot se prend au figuré dans l’Ecriture en plusieurs sens, & quelquefois d’une maniere proverbiale ; par exemple, aller par un chemin, & fuir par sept, Deut. 28. 25. marque en proverbe la déroute d’une armée. Les voies raboteuses s’applanirent, Luc, 3. 5. c’est-à-dire les déréglemens seront corrigés. Suivre la voie de toute la terre, c’est mourir. La voie des nations, ce sont les usages & la religion des payens.

Voie se prend métaphoriquement pour la conduite. Que le paresseux aille à la fourmi, & considere ses voies, Prov. 6. 6. Ce mot désigne les lois & les œuvres de Dieu, Ps. 102. 7. Les voies de la paix, de la justice, de la vérité, sont les moyens qui y conduisent. Ce terme marque une secte. Saul demanda des lettres pour le grand prêtre, afin que s’il trouvoit des gens de cette secte, il les menât liés à Jérusalem, Act. 9. 2. La voie large, c’est une conduite relâchée qui mene à la perdition. La voie étroite, c’est une conduite religieuse qui mene au salut. (D. J.)

Voie lactée, (Mythol.) la fable donne à cet amas d’étoiles une origine céleste ; elle dit que Junon donnant à teter à Hercule, cet enfant dont la force étoit prodigieuse, lui pressoit si rudement le bout du teton, qu’elle ne le put souffrir ; & comme elle retira sa mammelle avec effort & promptitude, il se répandit de son lait céleste qui forma ce cercle que les Grecs nommoient γαλαξία, & les Latins, orbis lacteus, via lactea ; mais il vaut bien mieux emprunter cette fable dans le langage de la poésie, puisque c’est elle qui l’inventa.

Nec mihi celanda est famæ vulgata vetustas
Molliori e niveo lactis fluxisse liquorem
Pectore reginæ divûm, cælumque colore
Infecisse suo. Quapropter lacteus orbis
Dicitur, & nomen causâ descendit ab ipsâ.

Manil. lib. I.

Ce joli conte suppose que Junon étoit dans le ciel ; mais les Thébains ne le prétendoient pas ; car Pausanias, l. IX. rapporte qu’ils montroient le lieu où cette déesse, trompée par Jupiter, allaita Hercule. (D. J.)

Voies, les premieres, (Médec.) primæ viæ ; on appelle ainsi en médecine l’œsophage, l’estomac, les intestins, & leurs appendices, sur lesquels les purgatifs, les vomitifs, & les autres remedes qu’on prend intérieurement exercent d’abord leur vertu, avant qu’il fassent leur opération dans d’autres parties. Quelques-uns mettent aussi les vaisseaux méséraïques au rang des premieres voies. (D. J.)

Voie, (Jurisprud.) viâ, signifie chemin, passage dans le droit romain : le droit de voie, via, est différent du droit de passage personnel, appellé iter, & du droit de passage pour les bêtes & voitures, appellé actus ; le droit appellé via, voie ou chemin, comprend le droit appellé iter & celui appellé actus.

On appelle voie privée une route qui n’est point faite pour le public, mais seulement pour l’usage d’un particulier ; & voie publique, tout chemin ou sentier qui est destiné pour l’usage du public. Voyez aux institutes, l. II. le tit. de servitus. (A)

Voie minucienne, (Littér.) via minucia, grand chemin des Romains, qui montoit tout-au-travers de la Sabine, du Samnium, & joignoit le chemin d’Appius, via appia, à Beneventum. Il prit son nom de Tiberius Minutius, consul, qui le fit faire l’an 448 de Rome, sept ans après celui d’Appius. Cicéron parle de la voie minucienne dans la sixieme lettre du IX. livre à Atticus.

La porte Minucia étoit dans le neuvieme quartier de Rome, entre le Tibre & le capitole, & par conséquent fort éloignée de la voie minucienne. Cette porte fut nommée minucienne à cause qu’elle étoit proche de la chapelle & de l’autel du dieu Minucius.

Il y avoit encore à Rome dans le neuvieme quartier une halle au blé, porticus stumentaria, qui fut aussi nommée porticus minucia, parce que Minucius Augurinus, qui exerça le premier l’intendance des vivres, la fit bâtir en 315. (D. J.)

Voie romaine, (Antiq. rom. & Littérat.) via romana ; route, chemin des Romains, qui conduisoit de Rome par toute l’Italie, & ailleurs. Au défaut des connoissances que nous n’en pouvons plus avoir dans les Gaules, recueillons ce que l’histoire nous apprend de ces sortes d’ouvrages élevés par les Romains dans tout l’empire, parce que c’est en ce genre de monumens publics qu’ils ont de bien loin surpassé tous les peuples du monde.

Les voies romaines étoient toutes pavées, c’est-à-dire, revêtues de pierres & des cailloux maçonnés avec du sable. Les lois des douze tables commirent cette intendance au soin des censeurs. censores urbis vias, aquas, ærarium, vectigalia, tueantur. C’étoit en qualité de censeur qu’Appius, surnommé l’aveugle, fit faire ce grand chemin depuis Rome jusqu’à Capoue, qui fut nommé en son honneur la voie appienne. Des consuls ne dédaignerent pas cette fonction ; la voie daminiene & l’émilienne en sont des preuves.

Cette intendance eut les mêmes accroissemens que la république. Plus la domination romaine s’étendit, moins il fut possible aux magistrats du premier rang de suffire à des soins qui se multiplioient de jour en jour. On y pourvut en partageant l’inspection. Celle des rues de la capitale fut affectée d’abord aux édiles. & puis à quatre officiers, nommés viocuri, nous dirions en françois voyers. Leur département étoit renfermé dans l’enceinte de Rome. Il y avoit d’autres officiers publics pour la campagne, curate es viarum. On ne les établissoit d’abord que dans l’occasion ; & lorsque le besoin de quelque voie à construire ou à réparer le demandoit. Ils affermoient les péages ordonnés pour l’entretien des routes & des ponts. Ils faisoient payer les adjudicataires de ces péages, régloient les réparations, adjugeoient au rabais les ouvrages nécessaires, avoient soin que les entrepreneurs exécutassent leurs traités, & rendoient compte au trésor public des recettes & des dépenses. Il est souvent parlé de ces commissaires, & de ces entrepreneurs, mancipes, dans les inscriptions, où ils étoient nommés avec honneur.

Le nombre des commissaires n’est pas aisé à déterminer. Les marbres nous apprennent que les principales voies avoient des commissaires particuliers, & que quelquefois aussi un seul avoit pour départemens trois ou quatre grandes voies. On peut juger du relief que donnoit cette commission par ces mots de l’orateur romain, ad Attic. l. I. epist. 1. Thermus est commissaire de la voie flaminienne ; quand il sortira de charge, je ne ferai nulle difficulté de l’associer à César pour le consulat.

Le peuple romain crut faire honneur à Auguste en l’établissant curateur & commissaire des grandes voies aux environs de Rome. Suétone dit qu’il s’en réserva la dignité, & qu’il choisit pour substituts des hommes de distinction qui avoient déjà été préteurs. Tiberc se fit gloire de lui succéder pour cette charge ; & afin de la remplir avec éclat, il fit aussi travailler à ses propres frais, quoiqu’il y eût des fonds destinés à cette sorte de dépense. Caligula s’y appliqua à son tour, mais il s’y prit d’une maniere extravagante & digne de lui. L’imbécille Claudius entreprit & exécuta un projet que le politique Auguste avoit cru impossible ; je veux dire de creuser à-travers une montagne un canal pour servir de décharge au lac Fucin, aujourd’hui lac de Celano. Aussi l’exécution lui couta-t-elle des sommes immenses. Néron ne fit presque rien faire aux grandes voies de dehors, mais il embellit beaucoup les rues de Rome. Les regnes d’Othon, de Galba & de Vitellius furent trop courts & trop agités. C’étoit des empereurs qu’on ne faisoit que montrer, & qui disparoissoient aussi-tôt. Vespasien, sous qui Rome commença d’être tranquille, reprit le soin des grandes voies. On lui doit en Italie la voie intercica. Son attention s’étendit jusqu’à l’Espagne. Ses deux fils Titus & Domitien l’imiterent en cela ; mais ils furent sur passés par Trajan. On voit encore en Italie, en Espagne, sur le Danube, & ailleurs les restes des nouvelles voies & ponts qu’il avoit fait construire en tous ces lieux-là. Ses successeurs eurent la même passion jusqu’à la décadence de l’empire, & les inscriptions qui restent suppléent aux omissions de l’histoire.

Il faut d’abord distinguer les voies militaires, viæ militares, consulares, prætoriæ, de celles qui ne l’étoient pas, & que l’on nommoit viæ vicinales. Ces dernieres étoient des voies de traverse qui aboutissoient à quelque ville située à droite ou à gauche hors de la grande voie, ou à quelque bourg, ou à quelque village, ou même qui communiquoient d’une voie militaire à l’autre.

Les voies militaires se faisoient aux dépens de l’état, & les frais se prenoient du trésor public, ou sur les libéralités de quelques citoyens zélés & magnifiques, ou sur le produit du butin enlevé aux ennemis. C’étoient les intendans des voies, viarum curatores, & les commissaires publics qui en dirigeoient la construction ; mais les voies de traverse, viæ vicinales, se faisoient par les communautés intéressées, dont les magistrats régloient les contributions & les corvées. Comme ces voies de la seconde classe fatiguoient moins que les voies militaires, on n’y faisoit point tant de façons : cependant elles devoient être bien entretenues. Personne n’étoit exempt d’y contribuer, pas même les domaines des empereurs.

Des particuliers employoient eux-mêmes, ou léguoient par leur testament une partie de leurs biens pour cet usage. On avoit soin de les y encourager ; le caractere distinctif du romain étoit d’aimer passionnément la gloire. Quel attrait pouvoit-on imaginer qui eût plus de force pour l’animer, que le plaisir de voir son nom honorablement placé sur des monumens publics, & sur les médailles qu’on en frappoit. L’émulation s’en mêloit, c’étoit assez.

La matiere des voies n’étoit point partout la même. On se servoit sagement de ce que la nature présentoit de plus commode & de plus solide ; sinon, on apportoit ou par charrois, ou par les rivieres, ce qui étoit absolument nécessaire, quand les lieux voisins ne l’avoient pas. Dans un lieu c’étoit simplement la roche qu’on avoit coupée ; c’est ainsi que dans l’Asie mineure on voit encore des voies naturellement pavées de marbre. En d’autres lieux, c’étoit des couches de terres, de gravois, de ciment, de briques, de cailloux, de pierres quarrées. En Espagne la voie de Salamanque étoit revêtue de pierre blanche : de là son nom via argentea, la voie d’argent. Dans les Pays-bas les voies étoient revètues de pierres grises de couleur de fer. Le nom de voies ferrées que le peuple leur a donné, peut aussi bien venir de la couleur de ces pierres, que de leur solidité.

Il y avoit des voies pavées, & d’autres qui ne l’étoient pas, si par le mot de pavées on entend une construction de quelques lits de pierres sur la surface. On avoit soin que celles qui n’étoient point pavées fussent dégarnies de tout ce qui les pouvoit priver du soleil & du vent ; & dans les forêts qui étoient sur ces sortes de voies, on abattoit des arbres à droite & à gauche, afin de donner un libre passage à l’air ; on y faisoit de chaque côté un fossé en bordure pour l’écoulement des eaux ; & d’ailleurs pour n’être point pavées, il falloit qu’elles fussent d’une terre préparée, & qu’on rendoit très-dure.

Tous les voies militaires étoient pavées sans exception, mais différemment, selon le pays. Il y avoit en quelques endroits quatre couches l’une sur l’autre. La premiere, statumen, étoit comme le fondement qui devoit porter toute la masse. C’est pourquoi avant que de la poser, on enlevoit tout ce qu’il y avoit de sable ou de terre molle.

La seconde, nommée en latin ruderatio, étoit un lit de tests de post, de tuiles, de briques cassées, liées ensemble avec du ciment.

La troisieme, nucleus, ou le noyau, étoit un lit de mortier que les Romains appelloient du même nom que la bouillie, puls, parce qu’on le mettoit assez mou pour lui donner la forme qu’on vouloit, après quoi on couvroit le dos de toute cette masse ou de cailloux, ou de pierres plates, ou de grosses briques, ou de pierrailles de différentes sortes, selon le pays. Cette derniere couche étoit nommée summa crusta, ou summum dorsum. Ces couches n’étoient pas les mêmes partout, on en changeoit l’ordre ou le nombre, selon la nature du terrein.

Bergier qui a épuisé dans un savant traité tout ce qui regarde cette matiere, a fait creuser une ancienne voie romaine de la province de Champagne, près de Rheims, pour en examiner la construction. Il y trouva premierement une couche de l’épaisseur d’un pouce d’un mortier mêlé de sable & de chaux. Secondement, dix pouces de pierres larges & plates qui formoient une espece de maçonnerie faite en bain de ciment très-dur, où les pierres étoient posées les unes sur les autres. En troisieme lieu, huit pouces de maçonnerie de pierres à-peu-près rondes & mêlées avec des morceaux de briques, le tout lié si fortement, que le meilleur ouvrier n’en pouvoit rompre sa charge en une heure. En quatrieme lieu, une autre couche d’un ciment blanchâtre & dur, qui ressembloit à de la craie gluante ; & enfin une couche de cailloux de six pouces d’épaisseur.

On est surpris quand on lit dans Vitruve, les lits de pavés qui étoient rangés l’un sur l’autre dans les appartemens de Rome. Si on bâtissoit si solidement le plancher d’une chambre qui n’avoit à porter qu’un poids léger, quelles précautions ne prenoit-on pas pour des voies exposées jour & nuit à toutes les injures de l’air, & qui devoient être continuellement ébranlées par la pesanteur & la rapidité des voitures ?

Tout ce maçonnage étoit pour le milieu de la voie, & c’est proprement la chaussée, agger. Il y avoit de chaque côté une lisiere, margo, faite des plus grosses pierres & de blocailles, pour empêcher la chaussée de s’ébouler ou de s’affaisser, en s’étendant par le pié. Dans quelques endroits, comme dans la voie appienne, les bordages étoient de deux piés de largeur, faits de pierres de taille, de maniere que les voyageurs pouvoient y marcher en tout tems & à pié sec ; & de dix piés en dix piés, joignant les bordages, il y avoit des pierres qui servoient à monter à cheval ou en chariot.

On plaçoit de mille en mille des pierres qui marquoient la distance du lieu où elles étoient placées, à la ville d’où on venoit, ou à la ville où l’on alloit. C’étoit une invention utile de Caius Gracchus, que l’on imita dans la suite.

Toutes les voies militaires du cœur de l’Italie, ne se terminoient pas aux portes de Rome, mais au marché forum, au milieu duquel étoit la colonne milliaire qui étoit dorée, d’où lui venoit le nom de milliarium aureum. Pline, & les autres écrivains de la bonne antiquité, prennent de cette colonne le terme & l’origine de toutes les voies. Pline, l. III. c. v. dit : ejusdem spatii mensura currente à milliario in capite fori Romani statuto. C’est de là que se comptoient les milles ; & comme ces milles étoient distingués par des pierres, il s’en forma l’habitude de dire ad tertium lapidem, ad duodecimum, ad vigesimum, &c. pour dire à trois milles, à douze milles, à vingt milles, &c. On ne voit point que les Romains aient compté au-delà de cent, ad centesimum, lorsqu’il s’agissoit de donner à quelque lieu un nom pris de sa distance. Bergier croit que c’est parce que la jurisdiction du vicaire de la ville ne s’étendoit pas plus loin.

Quoi qu’il en soit, il y avoit de ces colonnes milliaires dans toute l’étendue de l’empire romain, & sans parler d’un grand nombre d’autres, on en voit encore une debout à une lieue de la Haye, avec le nom de l’empereur Antonin. Les colonnes, sous les empereurs, portoient d’ordinaire les noms des empereurs, des Césars, des villes, ou des particuliers qui avoient fait faire ou réparer les voies ; quelquefois aussi l’étendue du travail qu’on y avoit fait ; & enfin la distance du lieu où elle étoit à l’endroit du départ, ou au terme auquel cet e voie menoit.

Tout ce que je viens de marque, ne regarde que les voies militaires. Les Romains avoient encore des voies d’une autre espece ; leur mot iter, qui est générique, comprenoit sous lui diverses especes, comme le sentier, semita, pour les hommes à pié ; le sentier pour un homme à cheval, callis ; les traverses, tramites ; les voies particulieres, par exemple, avoient huit piés de largeur pour deux chariots venant l’un contre l’autre. La voie pour un simple chariot, actus, n’avoit que quatre piés ; la voie nommée proprement iter, pour le passage d’un homme à pié ou à cheval, n’en avoit que deux ; le sentier qui n’avoit qu’un pié, semita, semble être comme si on disoit semi-iter ; le sentier pour les animaux, callis, n’avoit qu’un demi-pié ; la largeur des voies militaires étoit de soixante piés romains, savoir vingt pour le milieu de la chaussée, & vingt pour la pente de chaque côté.

Toutes les voies militaires, & même quelques-unes des voies vicinales ont été conservées dans un détail très précieux, dans l’itinéraire d’Antonin, ouvrage commencé dès le tems de la république romaine, continué sous les empereurs, & malheureusement altéré en quelques endroits par l’ignorance, ou par la hardiesse des copistes. L’autre est la table théodosienne, faite du tems de l’empereur Théodose, plus connue sous le nom de table de Peutinger, ou table d’Augsbourg, parce qu’elle a appartenu aux Peutingers d’Ausbourg ; Velser a travaillé à l’éclaircir, mais il a laissé une matiere à supplément & à correction.

Les voies militaires étoient droites & uniformes dans tout l’empire, je veux dire qu’elles avoient cinq piés pour un pas, mille pas pour un mille, une colonne ou une pierre avec une inscription à chaque mille. Les altérations arrivées naturellement dans l’espace de plusieurs siecles, & les réparations modernes que l’on a faites en divers endroits, n’ont pu empêcher qu’il ne restât des indications propres à nous faire reconnoître les voies romaines. Elles sont élevées, plus ordinairement construites de sable établi sur des lits de cailloux, toujours bordées par des fossés de chaque côté, au point même que quelque coupées qu’elles fussent sur le talus d’une montagne, elles étoient séparées de cette même montagne par un fossé destiné à les rendre séches, en donnant aux terres & aux eaux entrainées par la pente naturelle, un dégagement qui n’embarrassoit jamais la voie. Cette précaution, la seule qui pouvoit rendre les ouvrages solides & durables, est un des moyens qui sert le plus à reconnoître les voies romaines ; c’est du moins ce que l’on remarque dans plusieurs de ces voies de la Gaule, qui plus étroites, & n’ayant pas la magnificence de celles que cette même nation avoit construites pour traverser l’Italie, ou pour aborder les villes principales de son empire, n’avoient pour objet que la communication & la sûreté de leurs conquêtes, par la marche facile & commode de leurs troupes, & des bagages indispensablement nécessaires.

Il faut à présent passer en revue les principales voies romaines, dont les noms sont si fréquens dans l’histoire, & dont la connoissance répand un grand jour sur la géographie ; cependant pour n’être pas trop long, je dois en borner le détail à une simple nomenclature des principales.

Voies de la ville de Rome, en latin viæ urbis ; c’est ainsi qu’on appelloit les rues de Rome ; elles étoient pavées de grands cailloux durs, qui n’étoient taillés qu’en dessus, mais dont les côtés étoient joints ensemble par un ciment inaltérable. Ces rues dans leur origine étoient étroites, courbes & tortues ; mais quand sous Néron les trois quarts de la ville furent ruinés par un incendie, cet empereur fit tracer les rues incendiées, larges, droites & régulieres.

Voie æmilienne. Elle fut construite l’an de Rome 567, par M. Æmilius Lepidus, lorsqu’il étoit consul avec C. Flaminius ; elle alloit de Rimini jusqu’à Bologne, & de-là tout autour des marais jusqu’à Aquiléïa. Elle commençoit du lieu où finissoit la voie flaminia, savoir du pont de Rimini, & elle est encore le chemin ordinaire de Rimini par Savignano, Césene, Forli, Imola, & Faendza à Bologne, ce qui peut faire une étendue de vingt lieues d’Allemagne, & il faut qu’elle ait eu un grand nombre de ponts considérables. C’est de cette voie que le pays entre Rimini & Bologne s’appelloit Æmilia ; il étoit la septieme des onze régions dans lesquelles Auguste divisa l’Italie.

Il y avoit une autre voie æmilienne qui alioit de Pise jusqu’à Tortonne ; ce fut M. Æmilius Scaurus qui la fit construire étant censeur, du butin qu’il avoit pris sur les Liguriens dans le tems de son consulat.

Voie d’Albe, en latin via Albana. Elle commençoit à la porte Cælimontana, & alloit jusqu’à Albe la longue. M. Messala y fit faire les réparations nécessaires du tems d’Auguste ; elle ne peut pas avoir été plus longue que dix-sept milles d’Italie, parce qu’il n’y a que cette distance entre Rome & Albano.

Voie d’Amérie, en latin via amerina. Elle partoit de la voie flaminienne, & conduisoit jusqu’à Améria, ville de l’Umbrie, aujourd’hui Amelia, petite ville du duché de Spolette ; mais comme on ne sait point d’où cette voie partoit de la flaminienne, on n’en sauroit déterminer la longueur.

Voie appienne, en latin via appia ; comme c’étoit la plus célebre voie romaine par la beauté de son ouvrage, & le premier chemin public qu’ils se soient avisés de paver, il mérite aussi plus de détails que les autres.

Cette voie fut construite par Appius Claudius Caecus, étant censeur, l’an de Rome 441, elle commençoit en sortant de Rome ; de la porte Capene, aujourd’hui di San Sebastiano, & elle alloit jusqu’à Capoue, ce qui fait environ vingt-quatre lieues d’Allemagne ; Appius ne la conduisit pas alors plus loin, parce que de son tems les provinces plus éloignées n’appartenoient pas encore aux Romains. Deux chariots pouvoient y passer de front ; chaque pierre du pavé étoit grande d’un pié & demi en quarré, épaisse de dix à douze pouces, posée sur du sable & d’autres grandes pierres, pour que le pavé ne pût s’affaisser sous aucun poids de chariot ; toutes ces pierres étoient assemblées aussi exactement que celles qui forment les murs de nos maisons ; la largeur de cette voie doit avoir été anciennement de vingt-cinq piés ; ses bords étoient hauts de deux piés, & composés des mêmes pierres que le pavé ; à chaque distance de dix à douze pas, il y avoit une pierre plus élevée que les autres ; sur laquelle on pouvoit s’asseoir pour se reposer, ou pour monter commodément à cheval ; exemple qui fut imité par toutes les autres voies romaines. Les auberges & les cabarets fourmilloient sur cette route, comme nous l’apprenons d’Horace.

L’agrandissement de la république, & sur-tout la conquête de la Grece & de l’Asie, engagerent les Romains à pousser cette voie jusqu’aux extrémités de l’Italie, sur les bords de la mer Ionienne, c’est-à-dire à l’étendre jusqu’à 350 milles. Jule-César ayant été établi commissaire de cette grande voie, la prolongea le premier après Appius, & y fit des dépenses prodigieuses. On croit que les pierres qu’il y employa furent tirées de trois carrieres de la Campanie, dont l’une est près de l’ancienne ville de Sinuesse, l’autre près de la mer entre Pouzzol & Naples, & la derniere proche de Terracine. Cette voie a aussi été nommée via trajana, après que Trajan l’eut fait réparer de nouveau. Gracchus y avoit fait poser les thermes, & on l’appella toujours pour son antiquité, sa solidité, & sa longueur, regina viarum.

Autant cette voie étoit entiere & unie autrefois, autant est-elle délabrée aujourd’hui ; ce ne sont que morceaux détachés qu’on trouve de lieu à autre dans des vallées perdues ; il est difficile dans plusieurs endroits de la pratiquer à cheval ni en voiture, tant à cause du glissant des pierres, que pour la profondeur des ornieres ; les bords du pavé qui subsistent encore çà & là, ont vingt palmes romaines, ou quatorze piés moins quatre pouces, mesure d’Angleterre.

Voie ardéatine. Quelques-uns lui font prendre son origine dans Rome même, au-dessous du mont Aventin, près les thermes d’Antonius Caracalla, d’où ils la font sortir par une porte du même nom, & la conduisent dans la ville d’Ardea, entre la voie appienne & la voie ostiense ; c’est le sentiment d’Onuphrius, qui dit, hæc (Ardeatina) intraurbem sub Aventino juxta thermas antonianas principium habebat. Cependant le plus grand nombre de savans sont partir la voie ardéatine de celle d’Appius, hors de Rome, au-travers des champs à main droite. Quoi qu’il en soit, cette route n’avoit que trois milles & demi de longueur, puisque la ville d’Ardea étoit située à cette distance de Rome.

Voie aurélienne, en latin via aurelia. Elle prit son nom d’Aurélius Cotta, ancien consul, qui fut fait censeur l’an de Rome 512. Cette voie alloit le long des côtes en Toscane, jusqu’à Pise ; elle étoit double, savoir via aurelia vetus, & via aurelia nova, qu’on nomma de son restaurateur, via trajana ; elle touchoit aux endroits Lorium, Alsium, Pyrgos, Castrum novum, & Centum cellæ. On conjecture que la voie nouvelle aurélienne fut l’ouvrage d’Aurélius Antonin, & l’on croit qu’elle étoit jointe à l’ancienne.

Voie cassienne, en latin via cassia. Elle alloit entre la voie flaminienne, & la voie aurélienne, au-travers de l’Etrurie. L’on prétend en avoir vu les vestiges entre Sutrio, aquæ passeræ, & près de Vulsinio jusqu’à Clusium ; & l’on conjecture qu’elle fut l’ouvrage de Cassius Longinus, qui fut censeur l’an de Rome 600, avec Valérius Messala.

Voie ciminia, en latin ciminia via ; elle traversoit en Etrurie, la montagne & la forêt de ce nom, & passoit à l’orient du lac aujourd’hui nommé lago di Vico, dans le petit état de Romiglione.

Voie claudienne ou clodienne, en latin clodia via ; ce grand chemin commençoit au pont Milvius, alloit joindre la voie flaminienne, & passoit par les villes de Luques, Pistoye, Florence, &c. Ovide, ex ponto, l. I. Eleg. 8. v. 43. & 44. dit :

Nec quos piniferis positos in collibus hortos,
Spectat flaminiæ Clodia juncta via.

Voie domitienne, construite par l’empereur Domitien, alloit de Sinuesse jusqu’à Pozzuolo, prenoit son trajet par un chemin sablonneux, & se joignoit enfin à la voie appienne ; elle existe encore presque toute entiere.

Voie flaminienne ; elle fut construite par C. Flaminius, censeur, l’an de Rome 533. Son trajet alloit de la porte Flumentana, par Ocriculus, Narnia, Carsula, Menavia, Fulginium, forum Flaminii, Helvillum, forum Sempronii, forum Fortunae, & Pisaurum, jusqu’à Ariminum (Rimini), où elle aboutissoit au-bout du pont de cette ville.

De l’autre côté commençoit la voie émilienne, qui alloit jusqu’à Boulogne, & peut-être jusqu’à Aquiléia ; c’est pourquoi plusieurs auteurs prennent ces deux voies pour une seule, & lui donnent la longueur de la voie appienne.

Auprès du fleuve Metaurus, elle étoit coupée par le roc, d’où vient qu’on l’appella intercisa, ou petra pertusa ; lorsqu’elle fut délabrée, Auguste la fit réparer ; sa longueur jusqu’à Rimini, étoit de deux cens vingt-deux mille pas, ou cinquante-cinq lieues d’Allemagne ; une partie de cette voie étoit dans l’enceinte de Rome ; elle alloit, comme je l’ai déja dit, de la porte Flumentana, aujourd’hui porta del popolo, jusqu’à la fin de la via lata, dans la septieme région, ou jusqu’à la piazza di sciarra, en droite ligne depuis le pont Milvius ; c’est pourquoi Vitellius, Honorius, Stilico, &c. firent leur entrée triomphante par cette voie.

On l’appelle maintenant jusqu’au Capitole, & même une partie qui passe la piazza di sciarra, la strada del corso, parce que le pape Paul II. avoit prescrit la course à cheval du carnaval dans cette rue, pour qu’il pût voir cette course du palais qu’il avoit près de l’église de S. Carlo di corso ; on avoit fait auparavant cette course près du mont Testace, c’est-à-dire depuis le palais Farnese, jusqu’à l’église de S. Pierre, mais on la fit alors depuis l’église de S. Maria del Popolo, jusqu’audit palais ; cette rue est une des plus belles de Rome, à cause du palais, outre qu’elle a en face une place ornée d’un obélisque, & que son commencement se fait par les deux églises della Madona di monte santo, & di santa Maria di miracoli, qu’on appelle à cause de leur ressemblance le sorelle.

Voie gabine ou gabienne ; elle portoit à droite de la porte gabine, & s’étendoit jusqu’à Gabies. Son trajet étoit de 100 stades, environ 12 milles & demi d’Italie.

Voie gallicane, en latin gallicana via ; elle étoit dans la Campanie, & traversoit les marais pomptins.

Voie herculiene, en latin herculanea ; c’étoit une chaussée dans la Campanie, entre le lac Lucrin & la mer. Silius Italicus, liv. XII. v. 118. nomme cette voie herculeum iter, supposant que c’étoit l’ouvrage d’Hercule. Properce, l. III. éleg. 16. dit dans la même idée.

Qua jaces & Trojæ tubicen Misenus arena
Et sonat Herculeo structa labore via.

Voie hignatienne, en latin hignatia via ; elle étoit dans la Macédoine, & avoit 530 milles de longueur, selon Strabon, l. VII. Il ne faut pas la confondre avec l’equatia via qui étoit en Italie. La voie hignatienne menoit depuis la mer Ionienne, jusqu’à l’Hcllespont. Ciceron en parle dans son oraison touchant les provinces consulaires.

Via lata, rue célebre de Rome dans la septieme région de la ville, qui en prit son nom ; elle commençoit de la Piazza di Sciarra, & alloit jusqu’au capitole, elle fait maintenant partie della Strada del Corso, & elle est une des plus belles rues de Rome. Autrefois elle étoit ornée des arcs de triomphe de Gordianus, Marcus, Verus, & d’autres belles choses, dont on voit à peine quelques vestiges.

Voie latine, en latin latina via ; elle commençoit à Rome de la porte latine, s’étendoit dans le latium, & se joignoit près de Casilino à la voie appienne. Elle prenoit son trajet entre l’Algidum & les montagnes de Tusculum par Picta, & continuoit par Ferentinum, Frusinum, Teanum, Sidicinum, Calenum, jusqu’à Caselinum.

On trouvoit sur cette voie le temple de la Fortune féminine, avec la statue de la déesse, que les seules femmes mariées pouvoient toucher sans sacrilége. Il y avoit aussi sur la même voie plusieurs tombeaux, sur l’un desquels étoit cette épitaphe remarquable, rapportée par Ausone, & qu’un de nos poëtes modernes a pris pour modele de la sienne :

Ci gît, qui ? quoi ? Ma foi personne, rien, &c.
Non nomen, non quo genitus, non undè, quid egi ?
Mucus in æternum, sum cinis, ossa, nihil.
Non sum, nec fueram : genitus tamen è nihilo sum
Mitte, nec exprobres singulæ : talis eris.

Phylis, nourrice de Domitien, avoit sa maison de campagne sur cette voie ; & comme l’empereur lui-même fut inhumé dans le voisinage, les voyageurs qui étoient maltraités sur cette route, disoient que c’étoit l’esprit de Domitien qui y régnoit encore.

La voie latine s’appelloit aussi la voie ausonienne. Martial la nomme latia, dans les deux vers suivans :

Herculis in magni vultus descendere Cæsar
Dignatus latiæ dat nova templa viæ.

Dans un autre endroit, il l’appelle ausonia.

Appia, quam simili venerandus imagine Cæsar
Consecrat Ausoniæ, maxima fama viæ.

Selon l’itinéraire d’Antonin, la voie latine étoit partagée en deux parties, dont la premiere y est ainsi décrite.

Ab urbe ad decimum. M. P. X.
Roboraria. M. P. VI.
Ad Pictas. M. P. XVII.
Compitum. M. P. XV.

A Compitum succede Anagnia, & autres lieux jusqu’à Beneventum, qui est au bout de la voie prénestine.

Les antiquaires ont trouvé sur la voie latine, l’inscription suivante.

L. Annio. Fabiano.
III. Viro. Capitali.
Trib. Leg. 11. Aug.
Quoest. Urban. Tr. Pleb.
Proetor. Curatori.
Viæ Latinæ. Leg.
Leg. x. Fretensis.
Leg. Aug. v. Propr. Pro.
Vinc. Dac. Col. Ulp.
Trajana. Zarmat.

Voie laurentine ; cette voie, selon Aulugelle, se trouvoit entre la voie ardéatine & l’ostiense. Pline le jeune les fait voisines l’une de l’autre, quand il dit que l’on pouvoit aller à sa maison de campagne par l’une & l’autre route. Aditur non unâ viâ, nam & laurentina & ostiensis eodem ferunt ; sed laurentina ad xiv. lapides ostiensis ad xj. relinquenda est.

Voie nomentane, en latin via nomentana ; elle commençoit à la porte Viminale, & alloit jusqu’à Nomentum, en Sabine, à 4 ou 5 lieues de Rome.

Voie ostiense, en latin via ostiensis ; elle commençoit à la porte Trigemina, & alloit jusqu’à Ostie. Selon Procope, cette voie avoit 126 stades de longueur, qui font 19 milles italiques & un huitieme ; mais l’itinéraire ne lui donne que 16 milles d’étendue, & cette seule étendue, continue-t-il, empêche que Rome ne soit ville maritime.

Voie postumiane, en latin via postumia ; route d’Italie, aux environs de la ville Hostiliæ. Selon Tacite, hist. l. III. il en est aussi fait mention dans une ancienne inscription, conservée à Gènes. Augustin Justiniani, dit qu’on nomme aujourd’hui cette route via costumia, qu’elle conduit depuis Rumo jusqu’à Novae, & qu’elle passe par Vota Arquata, & Seravalla.

Voie prænestine, en latin prænestina via ; route d’Italie, qui, selon Capitolin, conduisoit de Rome à la ville de Praeneste, d’où elle a pris son nom ; elle commençoit à la porte Esquiline, & alloit à droite du champ esquilin jusqu’à Préneste.

Voie Quinctia ; elle partoit de la voie salarine, & tiroit son nom de Lucius Quinctius qu’on fit dictateur, lorsqu’il labouroit son champ.

Voie salarienne, en latin via salaria ; elle commençoit à la porte Colline, & prenoit son nom du sel que les Sabins alloient chercher à la mer en passant sur cette voie : elle conduisoit par le pont Anicum en Sabine.

Voie setina ; elle portoit le nom de la ville de Setia, dans le Latium, & finissoit par se joindre à la voie Appienne.

Voie triumphale ; elle commençoit à la porte Triomphale, prenoit son trajet par le champ flaminien, & le champ de Mars, sur le vatican, d’où elle finissoit en Etrurie.

Voie valerienne, en latin via valeria ; elle commençoit à Tibur, & alloit par Alba Fernentis, Cersennia, Corfinium, Interbromium, Teate, Marremium jusqu’à Hadria.

Voie vitellienne, en latin via vitellia ; elle alloit depuis le janicule jusqu’à la mer, & croisoit l’Aurelia vetus.

Voilà les principales voies des Romains en Italie ; ils les continuerent jusqu’aux extrémités orientales de l’Europe, & vous en trouverez la preuve au mot Chemin.

C’est assez de dire ici, que d’un côté on pouvoit aller de Rome en Afrique, & de l’autre jusqu’aux confins de l’Ethiopie. Les mers, comme on l’a remarqué ailleurs. « ont bien pû couper les chemins entrepris par les Romains, mais non les arrêter ; témoins la Sicile, la Sardaigne, l’île de Corse, l’Angleterre, l’Asie, l’Afrique, dont les chemins communiquoient, pour ainsi dire, avec ceux de l’Europe par les ports les plus commodes. De l’un & de l’autre côté d’une mer, toutes les terres étoient percées de grandes voies militaires. On comptoit plus de 600 de nos lieues de voies pavées par les Romains dans la Sicile ; près de 100 lieues dans la Sardaigne ; environ 73 lieues dans la Corse ; 1100 lieues dans les îles Britanniques ; 4250 lieues en Asie ; 4674 lieues en Afrique. (Le chevalier de Jaucourt.) »

Voie d’eau. C’est une ouverture dans le bordage d’un vaisseau par où l’eau entre ; ce qui est un accident fâcheux, qu’on doit réparer promptement.

Voie, s. f. (Comm.) ce mot se dit ordinairement des marchandises qui peuvent se transporter sur une même charette & en un seul voyage. Ainsi l’on dit une voie de bois, une voie de charbon de terre, une voie de plâtre, &c. A Paris, la voie de bois à brûler, c’est-à-dire de celui qui n’est ni d’andelle, ni de compte, & qu’on appelle bois de corde, est composée d’une demi corde de bois mesurée dans une sorte de mesure de bois de charpente appellée membrure, qui doit avoir 4 piés de tout sens. La voie de charbon de terre qui se mesure comble, est composée de 30 demi-minots, chaque demi-minot faisant 3 boisseaux ; ensorte que la voie de charbon de terre doit être de 90 boisseaux. La voie de plâtre est ordinairement de douze sacs, chaque sac de 2 boisseaux ras, suivant les ordonnances de police. La voie de pierre de taille ordinaire est de 5 carreaux, c’est-à-dire environ 15 piés cubes de pierre. Deux voies font le chariot. La voie de libage, est de six à sept morceaux de pierre. On appelle quartier de voie, quand il n’y en a qu’un ou deux à la voie. (D. J.)

Voie de pierre, s. f. (Maçonn.) c’est une charretée d’un ou plusieurs quartiers de pierre, qui doit être au moins de 15 piés cubes.

Voie de plâtre. Quantité de douze sacs de plâtre, chacun de 2 boisseaux & demi. (D. J.)

Voie de calandre, s. f. (Manufact.) on dit qu’on a donné une voie de calandre à une étoffe ou à une toile, pour faire entendre qu’elles ont passé huit fois de suite sous la calandre. On parle aussi par demi-voie : ce qui s’entend quand l’étoffe ou la toile n’ont eu que quatre tours. (D. J.)

Voie de chardon, s. f. (Lainage.) donner une voie de chardon à un drap ou autre étoffe de laine, c’est le lainer, en tirer la laine, le garnir superficiellement de poil depuis le chef jusqu’à la queue, par le moyen du chardon. (D. J.)

Voie de sautereaux, (Lutherie.) sorte de petit poinçon ou équarrissoir à pans, dont les facteurs de clavecins se servent pour accroître les trous des languettes, afin qu’elles tournent librement autour de l’épingle qui leur sert de charniere. Voyez Sautereau & la figure de cet outil, qui est emmanché comme une lime, Pl. de Lutherie, fig. 16. n°. 2.

Voie, s. f. (Menuis. Charp. Sciage.) les Menuisiers, les Charpentiers, les Scieurs au long appellent voie l’ouverture que fait la scie dans le bois qu’on coupe ou qu’on fend avec la scie. Les dents d’une scie doivent sortir alternativement, & s’incliner à droite & à gauche, afin que la scie puisse passer facilement. Il faut de tems en tems recoucher les dents d’une scie de l’un de l’autre côté, afin qu’elle se procure assez de voie. (D. J.)

Voie, Moyen, (Synonym.) on suit les voies ; on se sert des moyens.

La voie est la maniere de s’y prendre pour réussir. Le moyen est ce qu’on met en œuvre pour cet effet. La premiere a un rapport particulier aux mœurs ; & le second aux événemens. On a égard à ce rapport, lorsqu’il s’agit de s’énoncer sur leur bonté : celle de la voie dépend de l’honneur & de la probité : celle du moyen consiste dans la conséquence & dans l’effet. Ainsi la bonne voie est celle qui est juste ; le bon moyen est celui qui est sûr. La simonie est une très-mauvaise voie, mais un fort bon moyen pour avoir des bénéfices.

Voie, dans le sens de chemin, ne se dit ordinairement qu’au figuré, comme la voie du salut est difficile ; marcher dans la voie que Dieu a prescrite. On se sert de voie dans le propre, en parlant des grands chemins des Romains ; la voie d’Appius Claudius subsiste aujourd’hui pour la plus grande partie. Ce terme se dit encore au propre en parlant de chasse : être sur les voies, retrouver les voies de la bête. (D. J.)

Voie, se prend aussi pour une forme d’agir & de proçéder.

Voie canonique, est lorsqu’on n’emploie que des formes & moyens légitimes & autorisés par les canons, pour faire quelque élection ou autre acte ecclésiastique.

Voie civile, est lorsque l’on se pourvoit par action civile contre quelqu’un.

Voie criminelle, est lorsque l’on rend plainte contre quelqu’un.

Voie de droit, est lorsque l’on poursuit son droit en la forme qui est autorisée par les lois. La voie de droit est opposée à la voie de fait.

Voie extraordinaire, est lorsqu’on poursuit une affaire criminelle par récollement & confrontation.

Voie de fait, est lorsqu’on commet quelque excès envers quelqu’un, ou lorsque de son autorité privée l’on fait quelque chose au préjudice d’un tiers. Voyez ci-devant Voie de droit.

Voie de nullité, signifie demande en nullité, moyen de nullité. Voyez Nullité.

Voie d’opposition, c’est lorsqu’on forme opposition à quelque jugement ou contrainte. Voyez Opposition.

Voie de requête civile, c’est lorsqu’on se pourvoit contre un arrêt par requête civile. Voyez Requête civile.

Voie parée, se dit en quelques pays pour exécution parée, comme au parlement de Bordeaux.

Voie de saisie, c’est lorsqu’un créancier fait quelque saisie sur son débiteur. Voyez Créancier, Criées, Débiteur, Decret, Exécution, Saisie. (A)

Voie, (Chimie.) voie seche, voie humide, via sicca, via humida. Les chimistes se servent de l’une ou de l’autre de ces expressions, pour désigner la maniere de traiter un certain corps, déduite de ce qu’on applique à ce corps un menstrue auquel on procure la liquidité ignée, ou bien un menstrue liquide de la liquidité aqueuse. Voyez Liquidité, Chimie. Par exemple, ils disent du kermès minéral préparé en faisant fondre de l’antimoine avec de l’alkali fixe, qu’il est préparé par la voie seche ; & de la même préparation exécutée en faisant bouillir de l’antimoine avec une lescive d’alkali fixe, qu’elle est faite par la voie humide ; ils appellent le départ des matieres d’or & d’argent fait par le moyen de l’eau-forte, le départ par la voie humide, & cette même séparation effectuée par le moyen du soufre & d’autres matieres tondues avec l’argent aurifere, départ par la voie seche. Voyez Kermès minéral, Départ, Docimastiq. & Séparation, Docimastiq. (b)

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Étymologie de « voie »

Étymologie de voie - Littré

Norm. vaie ; wall. vôie ; prov. esp. et it. via ; du lat. via, ou, dans le parler des gens de la campagne, veha, osque veia, chariot, qui se rapporte à vehere ; sanscr. vah, porter (voy. VÉHICULE).

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Étymologie de voie - Wiktionnaire

(Date à préciser) Du latin via (« chemin »).
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Phonétique du mot « voie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
voie vwa play_arrow

Citations contenant le mot « voie »

  • Ce lundi 3 août 2020 aux alentours de 7 heures, un corps a été retrouvé sur une voie ferrée, près de Béziers, dans l’Hérault. La circulation a repris aux alentours de 10 heures, après avoir été interrompue entre Agde et Béziers avec la mise en place de bus de substitution. France 3 Occitanie, Hérault : circulation coupée pendant plusieurs heures entre Agde et Béziers après la découverte d'un corps sur une voie
  • Depuis quelques semaines à Strasbourg (Haut-Rhin), les marchandises sont livrées tous les jours en centre-ville par voie fluviale, puis en vélo électrique en remplacement des camions.  Franceinfo, Strasbourg : pour diminuer la pollution, les marchandises circulent par voie fluviale
  • C’est un investissement, mais notre souhait est de créer de l’activité, car on a la chance d’être au bord de la voie verte où il y a environ 200 000 passages par an. , Sud de Caen : quels sont ces travaux sur la voie verte au Pont du Coudray ? | Liberté Caen
  • Nous devons nous engager à fond dans la voie du changement. De Jacques Chaban-Delmas
  • Notre meilleur voie vers la santé consiste à élargir notre sentiment d'identité. De Richard Moss
  • Le suicide, cette mystérieuse voie de fait sur l'inconnu. De Victor Hugo / Les Misérables
  • Le but n'est pas le but, c'est la voie. De Lao-Tseu
  • Il ne faut pas dire que la voie est étroite ; c'est l'étroitesse qui est la voie. De Jean Wahl / Etudes kierkegaardiennes
  • Riches. Espèce en voie de disparition. A protéger impérativement. De Jacques Mailhot / La politique d'en rire
  • La recette du succès : suivre sa propre voie. De Moses Isegawa / Chroniques abyssiniennes
  • Le pessimisme ouvre la voie à tous les renoncements. De Jacques Chirac / La France pour tous
  • La barricade ferme la rue, mais ouvre la voie. De Anonyme / Paroles de Mai 68
  • Mieux vaut la vieille voie que le nouveau sentier. De Proverbe français
  • Qui veut se marier est sur la voie du repentir. De Proverbe grec
  • La vie est la voie de la mort, la mort est la voie de la vie. De Proverbe chinois
  • La voie est sous vos pieds. De Koan zen
  • Parle, afin que je te voie. De Georg Christoph Lichtenberg
  • Maison pauvre, voie riche. De Koan zen
  • La voie des humains n'est pas en leur pouvoir, et il n'est pas donné à l'homme qui marche de diriger ses pas ! , Ancien Testament, Jérémie X, 23
  • Oui Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques. Léopold Sédar Senghor, Hosties noires, Prière de paix , Le Seuil

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Traductions du mot « voie »

Langue Traduction
Corse modu
Basque modu
Japonais 仕方
Russe путь
Portugais maneira
Arabe الطريق
Chinois 方式
Allemand weg
Italien modo
Espagnol camino
Anglais way
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Synonymes de « voie »

Source : synonymes de voie sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « voie »


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