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Réveiller

Sommaire

  • Définitions du mot réveiller
  • Étymologie de « réveiller »
  • Phonétique de « réveiller »
  • Citations contenant le mot « réveiller »
  • Images d'illustration du mot « réveiller »
  • Traductions du mot « réveiller »
  • Synonymes de « réveiller »
  • Antonymes de « réveiller »

Définitions du mot réveiller

Trésor de la Langue Française informatisé

RÉVEILLER, verbe trans.

A. − Réveiller qqn
1. Tirer du sommeil. Réveiller qqn brutalement, en le secouant; être réveillé par un bruit; réveiller un animal. C'était l'acuité de cette douleur qui avait réveillé Swann (Proust,Swann,1913, p. 317).À trois heures du matin, en plein hiver, elle se payait le luxe de réveiller tous les garçons en tirant d'un coup la couverture (Giraudoux,Bella,1926, p. 124).Empl. pronom. Sortir du sommeil. Se réveiller en sursaut; se réveiller avant l'aurore. Tuez-vous pour au moins n'avoir jamais plus à vous souvenir, à vous réveiller la nuit, en sueur, tordu d'angoisse, parce que vous ne voulez pas, parce que vous ne pouvez pas cesser de vous souvenir! (Camus,Requiem,1956, 1repart., 2etabl., p. 841).[Constr. avec un attribut du suj.] Se réveiller fatigué, reposé. L'indifférent, qui sous l'ombrage heureux s'est endormi, se réveille amoureux (Baour-Lormian,Veillées,1827, p. 279).Mon vieux, fais attention que demain tu pourrais te réveiller fou, idiot, ou ne pas te réveiller du tout (Gide,Journal,1919, p. 679).P. ext. De plus en plus je redoute de faire corps avec la figure qu'on a substituée à la mienne, avec un Jean Cocteau que je ne connais pas et que je refuse de connaître, bref, de me réveiller un jour identifié à ce double (Cocteau,Poés. crit. II,1960, p. 182).
Proverbe. Il ne faut pas réveiller le chat* qui dort.
2. P. ext. Ramener à la conscience, à la vie (quelqu'un d'inconscient, d'évanoui). − Je cours, dit l'apothicaire, chercher dans mon laboratoire, un peu de vinaigre aromatique. Puis, comme elle rouvrait les yeux en respirant le flacon: − J'en étais sûr, fit-il; cela vous réveillerait un mort (Flaub.,MmeBovary, t. 2, 1857, p. 48).On le retournait dans son lit, on épongeait son visage en sueur, on le forçait de boire − et tout cela peut-être bien pour le réveiller de la mort (Saint-Exup.,Citad.,1944, p. 532).P. métaph. Ressusciter. Des moines-soldats! C'était de quoi réveiller les proconsuls dans leurs tombes (Bernanos,Journal curé camp.,1936, p. 1219).Empl. pronom. Sortir d'un état d'inconscience. Les couleurs qui remontaient sur ses joues (...) m'annoncèrent qu'elle allait se réveiller de son évanouissement (Lamart.,Raphaël,1849, p. 231).
Loc. fam. (Un bruit) à réveiller les morts; (crier) à réveiller les morts. Très fort. Zimmer, le coude en équerre, sonnait une fanfare à réveiller les morts (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz,1864, p. 178).Les femmes poussaient des cris à réveiller les morts (A. France,Pt Pierre,1918, p. 147).
Rem. La loc. fam. à réveiller les morts est empl. dans des domaines autres que le domaine sonore pour qualifier quelque chose d'odeur ou de goût fort, puissant, quelque chose d'énergique, d'excitant. Sa main, onctueuse et toujours caressante, lui semait sous la peau d'ardentes effluves à réveiller les morts, d'irrésistibles désirs (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p. 122). Elle me lança un coup d'œil, un coup d'œil à réveiller un mort (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 260). V. supra A 2 p. ext. ex. de Flaubert.
3. P. métaph. ou au fig.
a) Ramener à l'activité, faire sortir d'un état de nonchalance, d'inaction, d'apathie. Réveiller qqn de sa léthargie, de sa torpeur. Réveiller le Gaulois qui dort sous l'habit noir de tout Français (About,Grèce,1854, p. 463).L'exemple des journées d'octobre a réveillé les peuples de l'accablement où l'oppression capitaliste les maintenait. Le grand cri poussé par l'U.R.S.S. a réveillé tous les espoirs (Gide,Journal,1933, p. 1183).Empl. pronom. réfl. Reprendre de l'activité, sortir d'un état d'inactivité, de torpeur, d'assoupissement. Aujourd'hui (...) le peuple s'est réveillé, et (...) l'épée de la République a été tirée contre les monarchies (Desmoulinsds Vx Cordelier,1793-94, p. 80).Je désespère de voir le pays se réveiller de son assoupissement, lorsque l'atonie française m'apparaît sans remède et que ce grand peuple me semble résolu à demeurer couché à jamais dans l'ombre de la mort (Mauriac,Bloc-Notes,1958, p. 75).
b) En partic. Ramener à la réalité. Je continue à marcher, perdu dans les rêves bêtes (...) quand j'entends un homme, arrêté contre le quai, dire à un autre: « Alors, ils vont nous tomber sur le dos! » Cette phrase me réveille et me donne immédiatement la certitude que Strasbourg s'est rendu (Goncourt,Journal,1870, p. 625).Empl. pronom. Revenir à la réalité:
1. La raison est en défaut et sommeille dès que je me répands au dehors par les sens. J'aurais besoin de me dire à chaque instant (comme Antonin se disait à lui-même): « Réveille-toi, rappelle tes esprits et reconnais que ce qui te trouble n'est que songe. Réveille-toi encore et fais de tous les accidents de la vie le même jugement que tu as fait de ce songe ». Mais je m'échappe à moi-même et je m'évanouis dans les songes de chaque jour. Maine de Biran,Journal,1818, p. 173.
B. − Réveiller qqc.
1. Ranimer, raviver, redonner de la vigueur; faire sortir d'un état d'inaction, de torpeur. Réveiller l'appétit, le courage, une douleur, une querelle, un sentiment; réveiller la végétation, la nature. Pour réveiller quelque signe de vie, Je jetais au blessé l'eau froide du courant (Lamart.,Jocelyn,1836, p. 619).Ce qu'il faut, c'est rester bien tranquille. Tâcher de ne pas réveiller son attention (Michaux,Plume,1930, p. 151).
Réveiller qqc. en qqn.Peut-être pourra-t-on, avec des soins, réveiller en lui quelque lueur d'intelligence! (Verne,Île myst.,1874, p. 351).Les mots abstraits, les phrases savantes réveillent en lui une timidité naturelle que le cynisme ne recouvre qu'à peine (Bernanos,Crime,1935, p. 833).
Empl. pronom. Reprendre de la vigueur; sortir d'un état d'inaction, de torpeur. Douleur, passion qui se réveille. M. Hennebeau, devant l'entente si étroite de sa femme et de son neveu, sentit se réveiller l'abominable soupçon (Zola,Germinal,1885, p. 1316).Le Drac, avait dit l'abbé, est un des plus redoutables torrents qui soient en France; actuellement, il se montre placide, presque tari, mais vienne la saison des ouragans et des neiges, il se réveille, pétille ainsi qu'une coulée d'argent (Huysmans,Cathédr.,1898, p. 15).V. léthargie ex. de Gide.[Constr. avec un attribut du suj.] La nature se réveille toute fraîche, mais l'homme, d'avoir dormi, garde une bouche amère (Renard,Journal,1902, p. 783).
[Le compl. désigne une couleur, un tableau] Raviver, éclairer. Couleur qui en réveille une autre. À toutes les questions un peu vaines, Rembrandt pourrait répondre ceci: « Cette enfant [dans La Ronde de nuit], c'est un caprice (...) il m'a convenu de réveiller par un éclair un des coins obscurs de mon tableau (...) » (Fromentin,Maîtres autrefois,1876, p. 314).
2. En partic. Rappeler à la mémoire, à l'esprit. L'aspect de la ville est (...) singulièrement propre à réveiller une foule de souvenirs et d'idées (Staël,Corinne, t. 3, 1807, p. 75):
2. ... j'ai ouvert quelques-uns des livres que j'avais expédiés ici en 1937; j'y ai trouvé des notes gribouillées sur des enveloppes ou sur des invitations à dîner. Ces papiers, qui n'étaient que du papier au moment où je les glissai entre les pages d'un roman, sont devenus à mes yeux des objets sans prix qui réveillent des souvenirs de bonheur tout au fond de ma mémoire. Green,Journal,1941, p. 67.
REM.
Réveillement, subst. masc.,hapax. Et les feuilles vertes se miraient aux vitres vertes dans le réveillement du ciel devenu vert (Jammes,De l'angélus,1898, p. 16).
Prononc. et Orth.: [ʀeveje], [-vε-], (il) réveille [-vεj]. Ac. 1694, 1718: re-; dep. 1740: ré-. Étymol. et Hist. 1. a) 1155 trans. « tirer (une personne) de son sommeil » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 10755); ca 1165 inf. subst. au resvillier (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 842); 1remoit. xiiies. réfl. (Des Tresces, 281 ds Fabliaux, éd. Ph. Ménard, t. 1, p. 103); fin xives. trans. (Froissart, Chron., éd. A. Mirot, I, § 568, t. 7, p 16); b) ca 1440 trans. « faire revenir d'un évanouissement » (Amant rendu Cordelier, éd. A. de Montaiglon, 1595); c) 1576 intrans. « sortir d'un état léthargique » (Navig. Comp. Bouteille, II ds Hug.); 1690 trans. (Fur.: on picque, on tourmente les lethargiques pour les reveiller); 2. fig. a) 1269-78 trans. « tirer de l'inaction » resveillier [les bues ] aus acuillons (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 19693); fin xives. réfl. (Froissart, op. cit., III, § 229, t. 14, p. 167: Charles de Boesme ne dormy pas sus ceste besoingne, mais se resvilla); b) id. « redonner vie, acuité (à une chose) » trans. (Id., op. cit., III, § 234, t. 14, p. 176: que il revillast son droit envers la duchesse de Braibant); 1677 réfl. (Racine, Phèdre, IV, 5: Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille?). Dér. de éveiller*; préf. re-*. Réveiller, qui, par son préf. à valeur intensive, signifiait propr. « tirer de son sommeil par un procédé ou à une heure inhabituels » tend, dans la lang. commune, à évincer le verbe simple. Fréq. abs. littér.: 6 451. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 8 624, b) 9 271; xxes.: a) 10 890, b) 8 553.
DÉR.
Réveilleur, -euse, subst.a) Subst. masc. α) Autrefois, garde de nuit qui criait les heures dans certaines villes. (Dict. xixeet xxes.). β) Religieux qui était chargé de réveiller les autres religieux pour les offices de nuit. (Dict. xixeet xxes.). b) Celui, celle qui réveille, a la charge de réveiller quelqu'un. Les rouleurs de Calais (...) embauchaient un nombre (...) d'hommes « à la semaine » et se répartissaient en équipes de jour et de nuit. On reconnaissait leurs maisons dans le Minck, au fil d'appel tiré de la rue par le réveilleur (Hamp,Champagne,1909, p. 192).Au fig. ou p. métaph. Le dernier mot de l'émission [sur Pascal à la Radio] a été prononcé par Béguin qui a appelé Pascal un grand réveilleur (Green,Journal,1954, p. 312).Empl. adj. Dans un creux sauvage et muet (...) Loin des bruits réveilleurs d'échos, Un fouillis de coquelicots Songe et frissonne (Rollinat,Névroses,1883, p. 231).Le chant se transforma en fanfare de guerre, joyeuse, ardente (...) sous laquelle se traînent les sons prolongés, les accents étouffés de la première mélodie réveilleuse de pensées (Barrès,Mystère,1923, p. 86).[ʀevεjœ:ʀ], fém. [-ø:z]. 1resattest. a) Subst. α) 1540 masc. « celui qui excite » (La Grise, tr. Guevara, I, 17 ds Hug.), β) 1542 « celui qui réveille » fig. resveilleur des esprits endormys (Héroet, Parfaicte amye, l. III, p. 62, ibid.), γ) 1584 (G. Bouchet, 1reSeree [I, 46], ibid.: le crieur des trespassez, qu'on appelle le resveilleur [...] le resveilla par son cri), 1704 « (dans un monastère) religieux qui éveille les autres » (Trév.), 1854-60 fém. « personne du quartier du Temple qui éveille les commerçants » (Privat d'Anglemont ds Lar. 19e), 1882 masc. « id. » (Grison, Paris, p. 116), b) adj. 1923 (Barrès, loc. cit.); de réveiller, suff. -eur2*.

Wiktionnaire

Verbe

réveiller \ʁe.ve.je\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se réveiller)

  1. (Transitif) Tirer du sommeil.
    • Je suis réveillé par les clairons sonnant le signal du décampement. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 115)
    • Les bistros regorgeaient d’hommes, de femmes endormis, que parfois le garçon réveillait pour qu’ils cédassent la place à de nouveaux venus. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • La veille de Noël, pendant la nuit, je fus réveillé par un bruit de chaîne frottant contre des écubiers. C’était la goélette Hinano qui venait de jeter l’ancre. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Les gendarmes étaient venus à pied, par sept kilomètres de vieux chemins. En admettant qu’ils confisquassent le filet séance tenante, il leur fallait réveiller le garde-champêtre du plus proche village où tout dormait consciencieusement. — (Joseph Jolinon, Marie Bourgogne, Éditions Didier Richard, 1931, p. 190)
    • Les cris des coqs, les sabots des ânes poussés par l’encouragement sonore et monotone des paysans, réveillèrent Elhamy le lendemain. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans "Trois contes de l’Amour et de la Mort", 1940)
    • « Kevin contre la GroKo », cela pourrait être le titre d'une épopée enfantine et chevaleresque où un jeune héros finit par terrasser le monstre et réveiller la belle princesse endormie. Mais c'est bien autre chose. — (Thomas Schnee, Kevin contre la GroKo, dans Marianne, n° 1092 du 16 au 22 février 2018, page 44)
  2. (Transitif) (Figuré) Exciter de nouveau, ranimer.
    • Ce jeune homme est très endormi, il a besoin qu’on le réveille.
    • Il faut de temps en temps donner de l’éperon à ce cheval pour le réveiller.
  3. (Transitif) Renouveler ; faire renaître.
    • Chez les possédants, l'agitation sociale réveille une vieille hantise particulièrement vivace chez les bourgeois français : la peur de l'ouvrier. — (Jacques Delpierrié de Bayac, Histoire du Front populaire, Fayard, 1972, page 13)
    • Il n’y a rien dans ses discours qui réveille l’attention des auditeurs.
  4. (Pronominal) Sortir du sommeil.
    • […] ils dormaient profondément, l’un près de l’autre, allongés, les bras collés au corps, comme des cadavres. Je les contemplai, longtemps, souhaitant qu’ils se réveillassent. — (Octave Mirbeau, Le colporteur)
  5. (Par analogie) (Pronominal) Se sortir de l’évanouissement, du coma, etc.
    • Messire Goupil, vaguement étourdi par quelque plomb qui lui avait meurtri la caboche, se réveillait en effet fort opportunément. — (Louis Pergaud, La Chute, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  6. (Pronominal) (Figuré) Se ranimer, se renouveler.
    • Il s’est réveillé au bruit des exploits de son rival. — Il sentait que sa haine, que sa tendresse se réveillait.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RÉVEILLER. v. tr.
Tirer du sommeil. On l'a réveillé au milieu de la nuit. J'ai été réveillé d'un profond sommeil. Ce bruit l'a réveillé. Réveiller quelqu'un en sursaut. Réveiller quelqu'un d'un assoupissement, d'une léthargie, Tirer quelqu'un d'un assoupissement, d'une léthargie. Prov. et fig., Il ne faut pas réveiller le chat qui dort, Ne réveillez pas le chat qui dort, Il ne faut pas ranimer une affaire désagréable dont on ne s'occupait plus.

RÉVEILLER s'emploie figurément et signifie Exciter de nouveau, ranimer. Ce jeune homme est très endormi, il a besoin qu'on le réveille. Il faut de temps en temps donner de l'éperon à ce cheval pour le réveiller. Il se dit aussi en parlant des Choses et signifie Renouveler, faire renaître. Cela réveilla leur courage. Cela a réveillé leurs prétentions, leurs espérances. Vous ne faites que réveiller sa douleur. Réveiller les passions. Réveiller un procès. Réveiller des souvenirs fâcheux. Ce mets réveille l'appétit. Il n'y a rien dans ses discours qui réveille l'attention des auditeurs.

SE RÉVEILLER signifie Sortir du sommeil. Je me suis réveillé trois ou quatre fois cette nuit. Je me réveille tous les jours à la même heure. Il se dit figurément en parlant des Personnes et des choses et signifie Se ranimer, se renouveler. Il s'est réveillé au bruit des exploits de son rival. Il sentait que sa haine, que sa tendresse se réveillait. Ses maux, ses douleurs se réveillent. Se réveiller de son assoupissement, de sa léthargie, Sortir de son assoupissement, de sa léthargie; cesser d'être assoupi, d'être en léthargie; et, figurément, Sortir de son indolence, de son inaction.

Littré (1872-1877)

RÉVEILLER (ré-vé-llé, ll mouillées, et non révè-yé) v. a.
  • 1Éveiller de nouveau ; sens propre qui n'est pas usité (réveiller n'ayant ce sens qu'au fig.).
  • 2Faire cesser le sommeil. Qui vous réveille donc avant que la lumière Ait du soleil naissant commencé la carrière ? Rotrou, Vencesl. IV, 4. On sait que le lendemain [jour de la bataille de Rocroy], à l'heure marquée, il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre, Bossuet, Louis de Bourbon.

    Réveiller quelqu'un d'un assoupissement, d'une léthargie, l'en tirer.

    Fig. Il ne faut pas réveiller ou éveiller le chat qui dort, voy. CHAT.

    Absolument. Tenir éveillé. Rien ne réveille tant qu'une extrême joie, ou que l'attente certaine d'un grand bonheur, Marivaux, Marianne, part. 4.

  • 3 Fig. Exciter, animer, appeler l'attention, avec un nom de personne pour régime. Il n'est rien qui si fort nous réveille l'esprit, Régnier, Sat. X. Je souhaite… que l'amitié que vous avez pour moi fasse un effet qui est de vous réveiller sur le soin que vous devez avoir de vous, Sévigné, 25 déc. 1679. Il [le jeune Grignan] est sensible à tout ce que vous faites pour lui… il n'est pas même besoin de le réveiller là-dessus, Sévigné, 16 fév. 1689. Mon fils a bien de l'esprit, et d'un esprit cultivé, qui réveille le mien, Sévigné, à Bussy, 11 juin 1690. Quand, pour punir les scandales ou pour réveiller les peuples et les pasteurs, il [Dieu] permet à l'esprit de séduction de tromper les âmes hautaines, Bossuet, Reine d'Angleterre. C'est une chose étrange que les hommes aient besoin d'être réveillés sur cela [la différence entre l'homme et la bête], Bossuet, Conn. V, 6. Qu'il [le poëte dramatique] soit aisé, solide, agréable, profond ; Que de traits surprenants sans cesse il nous réveille, Boileau, Art p. III. Cela [une remarque sur ses procédés] le réveilla ; car il ne s'en serait jamais aperçu, Hamilton, Gramm. IV.

    Absolument. La description que vous me faites… est une chose divine ; elle réveille malgré qu'on en ait, Sévigné, 20 juin 1672.

  • 4 Fig. Éveiller de nouveau, renouveler, ranimer, avec un nom de chose pour régime. Il y a une grande différence entre lire un livre toute seule, ou avec des gens qui relèvent les beaux endroits, et qui réveillent l'attention, Sévigné, 68. Votre souvenir… m'a réveillé tout l'agrément de notre ancienne amitié, Sévigné, à Ménage, 23 juin 1656. Si vous aviez la bonté de le voir [M. Guillart], et de réveiller l'affection qu'il avait pour moi, Sévigné, 1er mai 1691. Les saintes prières des agonisants réveillent sa foi ; son âme s'épanche dans les célestes cantiques, Bossuet, le Tellier. Il [Cyrus] sut réveiller la jalousie des peuples voisins contre l'orgueilleuse puissance de Babylone, Bossuet, Hist. III, 4. Et la honte en leurs cœurs réveillant leur audace, Racine, Mithr. V, 4. Ceux mêmes dont ma gloire aigrit l'ambition, Réveilleront leur brigue et leur prétention, Racine, Iphig. I, 1. De Troie en ce pays réveillons les misères, Et qu'on parle de nous ainsi que de nos pères, Racine, Andr. IV, 3. Les objets qui réveilleront les plaies anciennes de votre cœur, Massillon, Carême, Prière 1. Faut-il errer dans les tombeaux d'Athène, Ou réveiller la cendre des Latins ? Gresset, Épître Mus. …réveiller les feux sous la cendre assoupis, Delille, Én. v.
  • 5Susciter de nouveau. Je crois qu'il n'y a qu'à lui laisser entre les mains [à M. Guillart] les papiers de cette affaire …j'espère qu'elle ne sera jamais réveillée, puisqu'elle ne l'a point été, Sévigné, 4 août 1691. Des traitants inventaient de nouveaux offices, de nouveaux droits sur les consommations, réveillaient d'anciennes prétentions domaniales, Voltaire, Henr. VII, notes. Je ne réveille point les bruits sur Mme de Soubise [qu'elle était la maîtresse de Louis XIV], qui fortifia souvent les soupçons par son affectation à les écouter, Duclos, Œuv. t. V, p. 181.

    Réveiller un procès, le recommencer.

  • 6Faire naître. C'est Phocion, me dit-il ; et ce nom doit à jamais réveiller dans votre esprit l'idée de la probité même ; sa naissance est obscure ; mais son âme est infiniment élevée, Barthélemy, Anach. ch. 7.
  • 7 Terme de marine. En parlant de la rose des vents, presser un peu du bout du doigt la glace de la boussole contre cette rose, afin de la mettre en mouvement lorsqu'elle s'arrête.
  • 8Se réveiller, v. réfl. Cesser de dormir. J'ai crié, mais en vain, et, fuyant sa fureur [d'un dragon en un rêve], Je me suis réveillé plein de trouble et d'horreur, Boileau, Lutr. IV. Elle [la mort] ressemble au sommeil comme deux gouttes d'eau ; ce n'est que l'idée qu'on ne se réveillera plus, qui fait de la peine, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 9 mai 1764. [la tombe] Où pour l'éternité l'on croise les deux bras, Et dont les endormis ne se réveillent pas, Musset, Don Paez.

    Par extension. Pécheurs, disparaissez ; le Seigneur se réveille, Racine, Athal. III, 7.

    Se réveiller de son assoupissement, de sa léthargie, cesser d'être assoupi, d'être en léthargie.

    Fig. Se réveiller de son assoupissement, sortir de son inaction, de son indolence, de son erreur. Les peuples se réveillent d'un si long assoupissement, Bossuet, Hist. II, 13. Dieu détermine jusqu'à quand doit durer l'assoupissement, et quand aussi se doit réveiller le monde, Bossuet, Reine d'Anglet.

  • 9 Fig. Se ranimer, en parlant des personnes. On ne se soucie point des choses publiques ; on ne se réveille que pour les grands événements, Sévigné, 8 juill. 1671. Ma fille, ses belles-filles, le coadjuteur même, tout cela se réveille à votre nom, et vous demande la continuation d'un souvenir qui leur est bien cher, Sévigné, à Moulceau, 1er juin 1684. Ô âme, réveille-toi, reviens à Dieu, Bossuet, la Vallière. Cependant Voltaire se réveille : le Pauvre diable, le Russe à Paris, la Vanité, une foule de plaisanteries en prose se succèdent avec une étonnante rapidité, Condorcet, Vie de Voltaire.
  • 10 Fig. Être renouvelé, ranimé, avec un nom de chose pour sujet. Son mérite particulier a beaucoup servi à ce choix [menin du Dauphin] : une réputation distinguée, de l'honneur, de la probité, de bonnes mœurs, tout cela s'est fort réveillé, Sévigné, 23 févr. 1680. Au seul nom de l'Église, toute la foi de la reine se réveillait, Bossuet, Mar.-Thér. La jalousie s'était réveillée entre les patriciens et le peuple, Bossuet, Hist. I, 8. Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille ? Racine, Phèd. IV, 5. Les trois anciennes factions s'étaient réveillées, et formaient trois partis différents, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 576, dans POUGENS. Ma tendresse s'est réveillée, Montesquieu, Lett. pers. VI. Je sentais de temps en temps se réveiller en moi le désir de rentrer dans la carrière littéraire, Marmontel, Mém. V.

HISTORIQUE

XIIIe s. Mais li fols negligens se veut touz temps dormir ; Et, quant il se resveille, de manger a desir, Six manieres de fols. Un dous penser qui me resveille, Poésies mss. avant 1300, t. II, p. 748, dans LACURNE. Amis, la nuit en mon couchier, En dormant, [je] vous cuid embrassier ; Et quant j'i faille au resveiller, Nule riens ne m'i peut aidier, Romancero, p. 43.

XIVe s. Le chien qui dort [il] a fait laidement revellier, Guesclin. 7748.

XVe s. Le seigneur de Coucy reveilla chevaliers et escuyers d'Artois, de Vermandois, de Picardie, et fit son mandement à Peronne en Vermandois, Froissart, II, II, 65. L'empereur, messire Charles de Boheme, ne dormit pas sur celle besogne, mais se reveilla tellement que je le vous dirai, Froissart, II, III, 93. Je n'ai nulle puissance [il s'agit d'un lutin de nuit] de faire autre mal que de toi reveiller et destourber, quand on devroit le mieux dormir, Froissart, II, III, 22. Et lui fut dit qu'il reveillast son droit envers la duchesse de Brabant, Froissart, II, III, 94. Les nouvelles s'espandirent par le païs d'Auvergne, que grand secours leur venoit de France ; si en fut tout le païs bien reveillé et rejoui, Froissart, liv. IV, p. 62, dans LACURNE. L'entente et emprise de venir reveiller [attaquer] les compaignons françois qui dedans se tenoient, Froissart, liv. III, p. 244.

XVIe s. Lui esveillé, tous les autres esveilla, chantant à pleine voix la chanson : ho, Regnault, reveille toi, veille, o Regnault, reveille-toi, Rabelais, I, 41. Tant dort le chat qu'il se resveille, Cotgrave

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Étymologie de « réveiller »

Re…, et éveiller ; bourg. revaillé ; prov. revelhar ; ital. risvegliare.

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 Dérivé de éveiller avec le préfixe re-.
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Phonétique du mot « réveiller »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
réveiller revɛje

Citations contenant le mot « réveiller »

  • Se réveiller, c’est se mettre à la recherche du monde. De Alain
  • Nous sommes près de nous réveiller quand nous rêvons que nous rêvons. De Edgar Allan Poe
  • Rêver pour vous réveiller ! De rêveurs vous deviendrez des éveilleurs ! De Gitta Mallasz
  • Les volcans d’Auvergne sont endormis depuis des milliers d’années. Mais ces géants pourraient-ils se réveiller un jour ? Rien d’impossible. Nous avons posé la question à un scientifique.   France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, En sommeil, les volcans d'Auvergne peuvent-ils se réveiller ?
  • L'OMS exhorte les gouvernements à "se réveiller" et "engager le combat" contre le Covid-19. (illustration) LExpress.fr, L'OMS exhorte les gouvernements à "se réveiller" et "engager le combat" contre le Covid-19 - L'Express
  • "En Sibérie, les températures peuvent osciller entre -55 degrés l'hiver à 38 degrés pendant une journée de juillet ou du mois d'août. Et donc chaque été, une partie superficielle de ce sol jusqu'alors gelé va réveiller les microbes qui étaient endormies depuis l'hiver dernier. C'est quelque chose de normal. En soi, ce n'est pas très grave. Ce qui est plus embêtant par contre, c'est quand on descend plus en profondeur dans le permafrost, donc dans ce sol gelé, où on commence à atteindre des couches qui datent pour certaines, d'un million d'années", explique Jean-Michel Claverie mardi au micro de La Matinale. rts.ch, Le forage du permafrost risque de réveiller de très anciens virus - rts.ch - Sciences-Tech.

Images d'illustration du mot « réveiller »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « réveiller »

Langue Traduction
Anglais wake
Espagnol despertar
Italien scia
Allemand aufwachen
Chinois 唤醒
Arabe استيقظ
Portugais despertar
Russe бодрствование
Japonais 起きる
Basque estela
Corse svegliu
Source : Google Translate API

Synonymes de « réveiller »

Source : synonymes de réveiller sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « réveiller »

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