Remettre : définition de remettre


Remettre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

REMETTRE, verbe trans.

I. − Mettre de nouveau.
A. −
1. Faire passer à nouveau en un lieu, un endroit, une place; mettre à sa place antérieure. Remettre les bibelots en place. J'aime ce mot d'Albert Sorel, qui, devant un livre d'histoire à fiches, illisible, disait: − L'auteur s'est donné bien du mal pour tirer la vérité d'un puits, et l'a remise dans un autre (Barrès,Cahiers, t. 14, 1922, p. 123).Je n'ai pas remis mon Dindiki dans sa cage. Il est resté tout le jour (et hier déjà) (...) agrippé à l'une des tiges de bambou (Gide,Voy. Congo, 1927, p. 782).
SYNT. Remettre qqc. à l'eau, à la mer; remettre qqc. au réfrigérateur; remettre un enfant au lit, un élève au piquet, un prisonnier au cachot; remettre un billet dans son portefeuille, de l'eau dans une carafe, du linge dans une armoire; remettre un oiseau dans sa cage; remettre qqn en prison; remettre une lettre sous enveloppe; remettre une casserole sur le feu, du sucre sur la table; remettre qqn dehors.
Loc. Remettre l'épée* au fourreau; remettre qqn à sa place*, à sa juste place; remettre qqc. sur le tapis*; vingt, cent fois remettre sur le métier*.
[Le compl. dir. désigne une partie du corps] Remettre genou à terre; remettre ses mains derrière le dos; remettre les pieds sous la table. Il replia ses feuillets, se hâta de remettre ses mains dans ses poches fourrées, et vint avec modestie reprendre son rang au milieu de ses confrères (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p. 1357).
Loc. fam. Ne pas remettre les pieds chez qqn. V. pied 1reSection I B 1 c.Remettre la main sur qqc./qqn. Retrouver. Je pourrai peut-être remettre la main dessus... Ils sont sûrement dans la boutique (Céline,Mort à crédit, 1936, p. 520).
TISS. Pratiquer l'opération du remettage. Remettre un certain nombre de fils suivis de la 1reà la dernière lisse et un certain nombre de fils de la dernière à la 1re(Thiébaut,Textiles, Paris, Dunod, t. 2, 1959, p. 57).
2. En partic.
a) Poser, disposer à nouveau ou en plus (à l'endroit approprié).
Disposer à nouveau les éléments d'un service de table. Remettre une carafe sur la table. Il ramassa et enleva les verres brisés qui couvraient la table, remit le couvert (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, M. Parent, 1886, p. 601).
Disposer à nouveau ou en plus un vêtement, un accessoire vestimentaire. Remettre son chapeau sur sa tête. Quittant sa place à la droite de la Supérieure, la Maîtresse Générale venait elle-même me remettre mon châle (Gyp,Souv. pte fille, 1928, p. 163).On me remit vivement une chemise, parce qu'il n'est pas décent qu'un Rezeau, même si jeune, reste nu devant des domestiques (H. Bazin,Vipère, 1948, p. 11).
Appliquer à nouveau ou en plus un produit de beauté, d'hygiène ou de soin. Remettre du fard à un acteur; remettre de la pommade sur une plaie. Elle était gênée par ses yeux rouges et son visage congestionné, malgré la poudre vite remise (Montherl.,Démon bien, 1937, p. 1357).Les femmes assises au pied des murs se disaient que cet éclairage mauve devait leur faire un drôle de teint, mais qu'elles ne l'arrangeraient pas en se remettant de la poudre (Nizan,Conspir., 1938, p. 36).
Loc. fig. Remettre du baume au cœur; remettre du baume dans le sang. Ma désolation était grande (...) lorsque je reçus enfin cette lettre de Chauvel, qui m'apprit bien des choses heureuses et me remit du baume dans le sang (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 272).
b) Conduire à nouveau quelque part, dans un lieu précis. Remettre un cheval à l'écurie. On roula. Remise en son hôtel, elle s'était fourrée au lit tout de suite (Cladel,Ompdrailles, 1879, p. 97).On a réussi à remettre les vaches ou les moutons au clos et à relever les clôtures de pieux (Hémon,M. Chapdelaine, 1916, p. 172).
c) Remettre une personne avec une autre. Réconcilier une personne avec une autre. Il m'a parlé du comte, de son ménage désuni (...) et je me suis engagée à remettre le comte avec sa femme (Zola,Nana, 1880, p. 1378).Remettre bien ensemble des personnes qui étaient brouillées. ,,Les réconcilier, les raccommoder`` (Ac. 1798-1935).
d) Diriger, orienter à nouveau. Remettre qqn en bon chemin*. Au fig. Faire revenir la conversation sur (un sujet donné). Synon. relancer.Julie voulut le remettre un peu sur ses voyages, espérant que, par ce moyen, elle serait dispensée de parler (Mérimée,Double mépr., 1833, p. 88).
e) Ajouter, mettre à nouveau une chose à une autre pour la compléter, la parfaire, la faire passer dans un état utile, l'adapter à une fonction. Remettre du sel. Depuis la dernière émeute, je n'ai pas fait remettre un seul carreau aux fenêtres de mon hôtel (Scribe,Bertrand, 1833, iii, 3, p. 176).On remet de l'huile aux lampes mourantes (Cros,Coffret santal, 1873, p. 130).
Loc. fig., fam.
Remettre du cœur au ventre. V. cœur II C 1.
En remettre. En faire plus que nécessaire. Synon. exagérer, en rajouter.Elle se croit très forte en jouant à la personne qui s'indigne qu'un homme reçoive de l'argent d'une femme... Elle en remet! (Bourget,Geôle, 1923, p. 188).Trop de pages [des Cahiers de Malte Laurids Brigge] me sont gâtées par un désir violent d'aggraver la tristesse naturelle de l'auteur, d'en « remettre », de faire de l'angoisse à propos de tout (Green,Journal, 1949, p. 304).
B. − Modifier à nouveau la position, la disposition de quelque chose ou de quelqu'un.
1. [Le compl. indir. désigne ou spécifie une localisation indéterm. ou abstr.] Le même sous-officier de garde qui les avait amenés tout à l'heure les cueillit et les remit sous clé (Courteline,Train 8 h 47, 1888, 2epart., x, p. 208):
1. ... si l'on veut guérir une maladie, ce n'est pas à la cause occasionnelle qu'il faut s'adresser, (...) c'est à la propriété musculaire ou nerveuse qu'il faut s'adresser dans la convulsion ou le tétanos, à l'altération des humeurs dans la morve, à l'altération du poumon dans la pneumonie; cela ne suffirait pas de remettre l'individu au chaud. Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p. 162.
SYNT. Remettre qqc./qqn à l'abri, à couvert, à découvert; remettre qqc./qqn à l'écart; remettre qqc. au feu, au rancart; remettre qqn à la porte, au vert, aux arrêts, au secret; remettre qqc./qqn en place; remettre une idée en avant; remettre une personne en présence d'une autre; remettre qqn dans une affaire, dans la combine, dans le coup, sur la paille, sur la touche; remettre de l'argent de côté; remettre la chance de son côté.
En partic. Remettre un membre, une articulation (en place). Remboîter, replacer. Un paysan du val d'Anjou, qui remet le membre démis ou fracturé aussi bien que pourrait le faire le premier chirurgien de Paris (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 114).La jambe avait été mal remise; j'eus le courage de la casser de nouveau (Renan,Souv. enf., 1883, p. 329).
SPORTS (jeux de ballons). Remettre (la balle, le ballon) en jeu. Mettre à nouveau, la balle, le ballon en jeu après une sortie en touche ou un arrêt de jeu. Strasbourg remet en jeu (L'Auto, 18 janv. 1937).J'aurais dû remettre la balle en jeu par un coup de pied en touche (P. Mac Orlan,Masques sur mesure, 1942ds Petiot 1982).
2. [Le procès est un changement de position]
a) [Suivi d'un compl. prép.] Remettre qqc. à l'endroit, à l'envers, de niveau, de travers; remettre une charrette à cul; remettre en joue; remettre qqn debout, à genoux, sur pied. Pardon, il me semblait que mes cheveux s'étaient dressés sur ma tête; mais, ce n'est rien, car, avec ma main, je suis parvenu facilement à les remettre dans leur première position (Lautréam.,Chants Maldoror, 1869, p. 126):
2. Son jeu favori fut longtemps, quand sa mère avait le dos tourné, de bâtir des murs et des maisons avec des harengs; il jouait aussi à la bataille, sur la table de marbre, alignait des grondins en face les uns des autres, les poussait, leur cognait la tête, imitait avec les lèvres la trompette et le tambour, et finalement les remettait en tas, en disant qu'ils étaient morts. Zola,Ventre Paris, 1873, p. 723.
Loc. fig., fam. Remettre les compteurs à zéro*; remettre les pendules à l'heure (v. pendule2).
Au fig. Remettre une affaire sur pied; remettre des gens dos à dos; remettre qqc. en avant. Une joie lui était venue tout soudain, à voir Bourrel rougir, d'un flot de sang poussé au visage, et puis blêmir, les joues décolorées (...) Cela, dans l'instant même, remettait Raboliot d'aplomb (Genevoix,Raboliot, 1925, p. 108).
Remettre sur les rails, sur ses rails. Mettre à nouveau en route, en marche, en fonction. En un quart d'heure, M. P. (homme politique) remettait les esprits sur les rails de la confiance (L'Express, 20 janv. 1969ds Gilb. 1971).Les solutions constructives qui permettraient de remettre sur les rails l'économie déficiente du pays (Le Monde, 30 sept. 1969ds Gilb. 1971).
b) [Sans compl. prép.] Remettre le loquet. La porte de l'auberge claqua brutalement, grande ouverte (...): « Le verrou! songea Trochut. Le verrou que j'avais oublié de remettre!... » (Genevoix,Raboliot, 1925, p. 39).
[P. méton.] Remettre les gaz, (pop.) la sauce. Accélérer à nouveau pour reprendre de la vitesse (dans un véhicule à moteur). L'avion de Schreiner prenait son terrain pour atterrir. − Trop long! grogna Magnin, les deux mains aux branches de ses lunettes. − Peut-être va-t-il remettre la sauce... Schreiner remettait les gaz, en effet (Malraux,Espoir, 1937, p. 494).
C. − [Le compl. prép. est le plus souvent introd. par à ou en] Modifier à nouveau dans son état, sa fonction, sa situation, sa forme extérieure ou ses propriétés.
1. [Le compl. prép. désigne un état matériel] Ces peintures, anciennement lie de vin, étaient si sales et si tristes, que Gervaise se laissa entraîner à faire remettre toute la devanture en bleu clair, avec des filets jaunes (Zola,Assommoir, 1877, p. 496).Il fallut, en quelque sorte, remettre à neuf l'appartement et que rien n'y « clochât » (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 196).
Remettre en état. V. état I B.
SYNT. Remettre qqc. à feu et à sang; remettre qqc. au sec; remettre un bassin en eau; remettre une lampe en veilleuse; remettre qqc. sous séquestre; remettre une terre en jachère; remettre qqn en larmes; remettre qqn à mal, à plat, en forme, en pleurs, en sang, en sueur; remettre qqn hors de combat; remettre qqn knock-out; remettre une femme enceinte.
2. [Le compl. prép. désigne un état abstr.]
a) [Le compl. dir. désigne un inanimé] Remettre qqc. au clair, au jour; remettre qqc. au propre; remettre qqc. à la page, à la mode, en honneur, en vogue; remettre qqc. en commun; remettre qqc. en désordre. Le poète (...) versait un torrent de larmes, et n'avait plus la force de remettre ses chansons au net (Balzac,Illus. perdues, 1839, p. 536).Après avoir remis ma chambre en ordre, je suis descendu par la fenêtre (H. Bazin,Vipère, 1948, p. 202).
En partic.
[Le compl. prép. désigne une opération intellectuelle] Remettre qqc. en discussion, en question; remettre qqc. en lumière, en vedette, en relief; remettre plusieurs choses en parallèle, en rapport. Il faut maintenant remettre les choses au point. Quelques personnes ont exagéré le rôle de la convention dans la science; elles sont allées jusqu'à dire que la loi, que le fait scientifique lui-même étaient créés par le savant (H. Poincaré,Valeur sc., 1905, p. 9).Il faudrait remettre la philosophie en perspective, comme M. Brunschwicg l'a fait du point de vue de la bourgeoisie; il faudrait constituer patiemment une antihistoire de la philosophie (Nizan,Chiens garde, 1932, p. 214).Remettre qqc. en cause. Revenir sur une décision. (Dict. xixeet xxes.).
[Le compl. prép. introd. par en désigne une lang.] Traduire à nouveau (un texte) dans sa langue d'origine. Je vous marquerai, pour votre divertissement les passages incriminés. L'un d'eux, une description d'Extrême-Onction, n'est qu'une page du Rituel de Paris, remise en français (Flaub.,Corresp., 1856, p. 146).
[Le compl. prép. désigne un procès] Un journal que je dicte pour tromper un reste de douleur, et surtout pour remettre la machine en mouvement (Du Bos,Journal, 1927, p. 161).On sait que les Allemands vont remettre la fabrique en route. On ne veut pas œuvrer pour les Allemands (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 129).
SYNT. Remettre qqc. en action, en branle, en chantier, en fonctionnement, en marche, en service, en train; remettre qqc. à l'étude, en jeu; remettre qqc. en commande, en fabrication; remettre qqc. en vigueur; remettre qqc. en location; remettre qqc. au concours; remettre qqc. aux enchères, à prix.
[Sans compl. prép.] Faire fonctionner à nouveau après une interruption. Remettre la radio, la télé. [P. méton.] Remettre la 1re, la 2echaîne (de télévision). « Madeleine, est-ce que vous voulez remettre le disque. Juste, une fois, avant que je ne parte. » (...) Elle tourne la manivelle et voilà que ça recommence (Sartre,Nausée, 1938, p. 221).
b) [Le compl. dir. désigne un animé]
[Le compl. prép. désigne ou spécifie une situation concr.] J'ai remis mon armée en cantonnement (Napoléon Ier,Lettres Joséph., 1807, p. 134).Elle avait été remise en liberté sur l'intervention d'un protecteur nazi (Ambrière,Gdes vac., 1946, p. 205).
SYNT. Remettre qqn au pain sec, au régime, au repos; remettre qqn en appétit; remettre qqn en alerte, en condition; remettre qqn dans l'embarras, dans le malheur, dans la nécessité; remettre qqn dans le cas de, dans l'impossibilité de; remettre qqn sur la défensive, sur le qui-vive; remettre son salut en péril, sa vie en danger; remettre qqn à l'écart; remettre qqn aux ordres de qqn; remettre plusieurs personnes d'accord, en accord; remettre qqn en congé, en disponibilité; remettre qqn en garde-à-vue; remettre un enfant pensionnaire.
[Le compl. prép. désigne un état mental, moral ou psychol.] La fraîcheur édénique du garde-manger remettait le corps en allégresse (Hamp,Marée, 1908, p. 65).
SYNT. Remettre qqn au courant, au fait; remettre qqn en défaut; remettre qqn de bonne, de mauvaise humeur; remettre qqn en confiance, (pop.) en boule, en colère, en joie; remettre la curiosité de qqn en éveil.
[Le compl. prép. désigne un procès] Remettre une troupe en marche; remettre qqn à contribution, à la torture, en traitement; remettre qqn en communication, en concurrence, sous surveillance. − La forêt... essaya de bavarder Frédéric, en montrant du bout de son fouet l'horizon... Mais, ne recevant pas de réponse, il remit sa jument au trot (Châteaubriant,Lourdines, 1911, p. 80).
Loc. Remettre un cheval au pas. V. pas2I B 2 b β.Au fig. Remettre qqn au pas. V. pas2I B 2 b γ.
c) Vieilli. [Le compl. désigne un attribut de la pers.] Remettre l'âme, le cœur, etc. (à qqn). Réconforter, revigorer. Il lui fit donner vitement la soupe et un pichet de vin pour lui remettre le cœur (Sand,Pte Fad., 1849, p. 33).Je suis débarqué ce matin, moulu, à Tours, où il n'y a pas une lettre de toi pour me remettre l'âme et le corps. Plains-moi (Hugo,Fr. et Belg., 1885, p. 12).
II.
A. − Faire de nouveau; recommencer.
1. Pop. Remettre ça. Faire à nouveau ce qu'on a déjà fait. À peine sortis de la tourmente, nos malheureux soldats seraient invités [d'après les anglomanes] à « remettre ça » contre leurs ex-alliés (L'Œuvre, 25 janv. 1941).Il y a d'abord l'automne, puis l'hiver, le printemps et enfin l'été. Quand le cycle est bouclé, on remet ça, encore et encore... Entre nous, pourvu que ça dure longtemps! (A. Gerhart,Longues bouffées, 1976, p. 66).
En partic. Remettre ça; remettre une tournée. (Faire) servir à nouveau la/les même(s) consommation(s). Ernest « remit » une tournée de vieux marc pour fignoler l'affaire (Carco,Jésus-la-Caille, 1914, p. 199).− Barman, remettez ça!... Je tenais le commissaire par son vice et noyais ses scrupules de comptable (Cendrars,Lotiss. ciel, 1949, p. 16).
2. En partic.
a) ÉQUIT. Remettre un cheval. Reprendre son dressage. (Dict. xixeet xxes.).
b) JEUX (échecs). Remettre une partie. ,,Se dit lorsque, ni l'un ni l'autre des joueurs ne pouvant donner échec et mat à celui contre qui il joue, la partie reste indécise, et qu'il faut la recommencer`` (Ac. 1835-1935).
c) MAR. [Sans compl. dir.] Remettre à la route; remettre en route. Reprendre la route après l'avoir quittée, après un arrêt. Au bout d'une heure de vaines recherches, et lorsqu'on fut bien convaincu qu'il n'y avait plus rien à faire pour le pauvre Geolier, je rappelai les canots et fis remettre en route (Dumont d'Urville,Voy. Pôle Sud, t. 3, 1842, p. 126).Remettre à la voile. Appareiller à nouveau. On présume que cette traversée pourra être de deux mois, et qu'il sera en état de remettre à la voile vers le 15 de mai (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 23).
d) SPORTS. Coup, balle, service à remettre. Coup, balle, service que le joueur peut refaire, recommencer. Si le service a été exécuté dans les règles (...) et si la balle touche le filet − ou ses supports −, la balle est « à remettre » (J.-P. Courtier, J.-Cl. Lafargue, Tennis de table pour tous, Paris, Bornemann, 1976, p. 50).
B. − Mettre aux mains, entre les mains de quelqu'un; confier, donner, laisser à quelqu'un.
1. Mettre quelque chose ou quelqu'un à la discrétion, en possession, au(x) soin(s) de quelqu'un. Remettre sa carte, une lettre, un mot à qqn; remettre qqc. en mains propres; remettre un cadeau, un colis, de l'argent, un paquet à qqn; remettre les clés d'un immeuble à qqn; remettre un criminel entre les mains de la justice; remettre une affaire à la décision, au jugement de qqn. La garde nationale de Fougères remit à Hulot un Chouan dangereusement blessé qu'elle avait pris au bas de la côte (Balzac,Chouans, 1829, p. 44).[Le] chef reconnu par l'administration française (...) s'est enfui tout dernièrement au Cameroun, avec les sept cents francs que l'administrateur lui avait remis pour payer des nattes, travail des hommes de son village (Gide,Voy. Congo, 1927, p. 786).V. clef ex. 4.
En partic.
Attribuer officiellement à quelqu'un une distinction, une décoration. Remettre le prix d'excellence; remettre la Légion d'honneur; remettre une médaille. J'ai chargé le commandant d'Argenlieu de vous remettre solennellement la Croix de la Libération (De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p. 479).
Notamment dans le style admin. Remettre sa démission; remettre ses offres de service. L'émir Fajar-El-Din retourne en Syrie. Son fils Ali avait repoussé les Turcs, et conservé intactes les provinces conquises par son père. Il lui remet le commandement (Lamart.,Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 111).
♦ Dans le domaine relig.Synon. de confier.Le bon Dieu me donnera-t-il le temps, me fera-t-il la grâce d'achever ce beau travail? Il faut tout remettre à sa sainte volonté par des actes simples, vrais et répétés (Dupanloup,Journal, 1873, p. 348):
3. ... ses yeux, fixés vers le ciel, ont quelque chose de doux et de résigné qui montre le but où elle marche, et qui semble dire qu'en remettant son ame à Dieu, elle l'a remplie de cette confiance qui ne sait rien craindre et qui sait tout espérer. Cottin,Mathilde, t. 2, 1805, p. 236.
P. anal. Remettre qqc. au hasard, au sort. Rémus et Romulus avaient vécu dans les bois (...) ils résolurent de fonder une ville, et remirent au vol des oiseaux à décider lequel des deux choisirait le site de la ville (Stendhal,Prom. ds Rome, t. 1, 1829, p. 99).
Région. (Belgique). Rendre la monnaie. Remettre sur cent francs (Hanse Nouv. 1983).
2. Faire grâce à quelqu'un d'une peine, d'une obligation. En aucun cas il ne pardonnait, ni ne remettait une punition (Adam,Enf. Aust., 1902, p. 181):
4. ... il pouvait réunir les armées et les conduire où il jugerait convenable; mettre garnison en toutes villes et forteresses; élever des murailles et fortifications; nommer et renouveler les commandans et capitaines; contraindre tous nobles ou autres à marcher avec lui; remettre et pardonner tout crime qu'il trouverait rémissible... Barante,Hist. ducs Bourg., t. 1, 1821-24, p. 178.
Au fig. Les hommes nous doivent ce que nous imaginons qu'ils nous donneront. Leur remettre cette dette (S. Weil,Pesanteur, 1943, p. 19).
En partic. Remettre les péchés, les fautes de qqn. Les pardonner; les absoudre. Ce divin maître, dis-je, avant de guérir les malades qui lui étoient présentés, ne manquoit jamais de remettre leurs péchés (J. de Maistre,Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 54).Le long des couloirs (...) on ne voyait qu'une double rangée de confessionnaux (...) il y avait des prêtres parlant toutes les langues, pour remettre leurs fautes aux pécheurs (Zola,Lourdes, 1894, p. 127).Empl. pronom. passif. Allons! allons! dit-il [le curé à l'enfant] en souriant, le péché par ignorance est celui qui se remet le plus facilement (Balzac, Œuvres div., t. 1, 1830, p. 264).
3. Région. (Belgique, Suisse). Synon. de céder.Commerce à remettre (Hanse Nouv. 1983).
C. − [Gén. suivi d'un compl. de temps] Renvoyer à plus tard, différer, reporter. Remettre une décision à plus tard; remettre une cause à huitaine; remettre sa visite au lendemain; remettre à plus tard de faire qqc. Ce fut Giulia qui leur révéla le sombre Manfred de Byron et la partition de Schumann qu'ils avaient toujours remis de lire (Bourges,Crépusc. dieux, 1884, p. 105).En plus de ces lectures, il faut que je te parle: de ta lettre, de certaines questions pratiques, dans lesquelles tu pourrais m'aider (pour mon installation à Paris l'an prochain). Je remets tout cela à un moment de moindre mal de tête (Rivière,Corresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p. 17).
Loc. Ce n'est que partie remise. V. partie III A 2 a.Remettre qqc. aux calendes* grecques.
Proverbes. Il ne faut pas remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même; il ne faut pas remettre la partie au lendemain. V. partie III A 2 b et lendemain A 1 a ex. de Camus.
[Sans compl. de temps] Est-ce qu'ils n'auraient pas dû remettre le mariage, économiser quatre sous et acheter des meubles, pour rentrer chez eux (...)? (Zola,Assommoir, 1877, p. 461).Empl. abs., littér. J'avais mille choses à faire avant mon départ pour Champrosay: le mauvais temps, la paresse me font remettre (Delacroix,Journal, 1847, p. 226).
Vx. [Le compl. dir. désigne une pers.] Il remet ses créanciers de mois en mois (Ac.1798-1935).Ledoux, vous remettrez à demain toutes les personnes qui viendront (Picard,Théâtre, t. 3, Trois maris, 1800, p. 33).
D. − Pop., fam. Remettre qqn; se remettre le visage, les traits de qqn. Reconnaître quelqu'un; se rappeler le visage, les traits, le physique de quelqu'un. L'âge avoit bien un peu dérangé leurs attraits; Long-temps elles se regarderent Avant que de pouvoir se remettre leurs traits (Florian,Fables, 1792, p. 185).− Vous ne me reconnaissez pas? demanda Pierrot. − Ma foi non, répondit Pradonet d'un ton bénin, je ne vous remets pas (Queneau,Pierrot, 1942, p. 212).
III. − Empl. pronom.
A. −
1. Venir à nouveau occuper (un lieu, un endroit, une place). Se remettre à sa place; se remettre à table, au lit.
CHASSE. ,,On dit des oiseaux de chasse, d'une compagnie de perdrix, qu'ils se remettent dans un couvert pour s'y cacher ou s'y reposer`` (Duchartre 1973). Synon. (se) remiser (v. remiser1B 1).
2. Retrouver la position, la disposition antérieure. Se remettre debout, à genoux, à plat ventre, à quatre pattes. Les jambes en haut, le crâne en bas, cette pyramide de graisse ainsi posée à rebours tâchait toute ruisselante à se remettre sur sa base (Cladel,Ompdrailles, 1879, p. 63).La flamme s'était remise droite (Ramuz,Gde peur mont., 1926, p. 110).
En partic., au fig. Se remettre sur pied. Se rétablir. Je suis souvent malade, je me remets sur pied pour un mois ou deux, puis je retombe (Sand,Corresp., t. 5, 1864, p. 1).
3. Se remettre (avec qqn). Se réconcilier avec quelqu'un. [Mon patron] s'est fâché, mais on s'est remis après (Poulot,Sublime, 1870, p. 163).Elle lui souffla doucement: − Écoute, mon chat, tu vas te remettre avec ta femme (Zola,Nana, 1880, p. 1416).
4. Retrouver son état, sa fonction, sa situation antérieure. Z. de son côté, dont le découragement ce matin est profond, mais chez qui comme toujours le découragement même détermine un intense besoin d'action, veut se remettre en quête d'une situation (Du Bos,Journal, 1927, p. 177).
SYNT. Se remettre en colère, en forme, en train; se remettre à jour; se remettre au régime; se remettre en rapport, en relation avec qqn; se remettre en congé, en disponibilité; se remettre en marche, au galop; se remettre en route; se remettre en grève; se remettre en chasse; se remettre bien avec qqn.
En partic.
[Sans compl.] Retrouver ses esprits, le calme, l'équilibre, la santé. Une affreuse palpitation me saisit, mes yeux s'obscurcirent, le battement de mon cœur m'ôta un instant la faculté d'écouter encore; enfin je me remis assez pour entendre la suite de cette conversation (Duras,Ourika, 1824, p. 47).Bracquemond est venu aujourd'hui me voir; il ne se remet pas, a toujours des douleurs d'entrailles et du dérangement, est bien changé, bien vieilli (Goncourt,Journal, 1894, p. 590).Rare. [Avec un compl. interne] S'il [Buffon] veut se remettre en santé, c'est à l'air de Bourgogne qu'il demande de le rétablir (Estaunié,Rom. et prov., 1942, p. 111).
Se remettre à + subst. ou inf., s'y remettre.Recommencer à faire quelque chose; entrer à nouveau dans un processus. Se remettre à la besogne, à l'ouvrage, à la tâche, au travail; se remettre à boire, à fumer, à pleurer, à rire; il se remet à pleuvoir. Le feu se remettait à pétiller sur l'âtre (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz, 1864, p. 210).J'ai essayé − ce matin − de me remettre à mon article (Rivière,Corresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p. 234):
5. − Ferdinand! qu'elle me suppliait... au moins vous n'allez pas partir? Regardez! où nous en sommes! (...) ça s'arrangera!... On m'ôtera pas la conviction... C'est en somme qu'une très mauvaise passe!... J'en ai vu bien d'autres, allez! Ça peut pas terminer comme ça!... On n'a qu'à s'y remettre tous ensemble!... Un bon coup! Céline,Mort à crédit, 1936, p. 496.
Le temps se remet au beau, à la pluie. Le temps redevient beau, pluvieux. Il s'agissait de laisser passer le grain et de donner au ciel le temps de se remettre au beau (Sandeau,Mllede La Seiglière, 1848, p. 5).
B. − Se mettre aux mains, entre les mains (au pouvoir) de quelqu'un.
1. Se mettre à la discrétion, au soin, au pouvoir de quelqu'un. Se remettre à la police. [P. méton. du compl. indir.] Se remettre au soin de qqn. Ce que vous ferez sera bien fait et ce que vous déciderez sera bien décidé. Je me remets à votre amitié (Hugo,Corresp., 1864, p. 468).
2. S'en remettre à qqn.Même sens. S'en remettre totalement à qqn; s'en remettre à la décision, au jugement de qqn. Ils s'en remettent à l'État de choisir (Barrès,Cahiers, t. 11, 1918, p. 342).Je préfère m'en remettre à la main de Dieu (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p. 192):
6. Je m'en remets à Dieu pour se nier lui-même, s'exécrer, rejeter ce qu'il ose, ce qu'il est, dans l'absence, dans la mort. Quand je suis Dieu, je le nie jusqu'au fond de la négation. Si je ne suis que moi, je l'ignore. G. Bataille,Exp. int., 1943, p. 202.
Prononc. et Orth.: [ʀ əmεtʀ ̭], (il) remet [-mε]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Déb. xiies. trans. « fondre, liquéfier » (Benedeit, St Brendan, éd. I. Short et B. Merrilees, 1384: ne fust remis); 1remoit. xiies. intrans. « fondre, se liquéfier » (Psautier d'Oxford, éd. F. Michel, 21, 15: cum cire remetanz). B. Mettre de nouveau en une certaine place 1. a) ca 1145 fig. (Wace, Conception Nostre Dame, éd. W. R. Ashford, 1088: Tost le remet en dreite veie); b) ca 1165 pronom. « se mettre de nouveau en une certaine place » (Troie, éd. L. Constans, 3604: me remis ariere en mer); ca 1208 trans. (Villehardouin, Conquête Constantinople, éd. E. Faral, § 167: les remistrent ens); c) 1539 (Est.: remettre en sa place, in gradum reponere); 1823 remettre qqn à sa place (Stendhal, Rossini, p. 123: M. Rossini y est remis à sa place); d) 1635 « reconduire » (Corneille, Médée, II, 2, vers 505: Soldats, remettez-la chez elle); e) 1740-55 fig. remettre en selle (Saint-Simon, Mém., éd. A. de Boislisle, t. 4, p. 76); f) 1793-94 fig. remettre au pas (Desmoulins ds Vx Cordelier, p. 170); 2. a) ca 1170 « mettre de nouveau (quelque chose) en place » (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 5704: le remeïst); b) 1687 remettre le pied quelque part (Choisy, J. du voyage de Siam, p. 456: sans que jamais [...] il puisse remettre le pié dans le royaume de Siam); 1839 (Stendhal, Chartreuse, p. 102: jamais il ne remettrait le pied dans Parme); 1848 (Sandeau, Mllede La Seiglière, p. 31: remettre les pieds); 3. 1174-87 méd. « remettre en place (un os, un organe) » (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. W. Roach, 4336: canole [« clavicule »] en son liu remetre [metre ds éd. F. Lecoy, 4312]), attest. isolée; à nouv. 1564 (Paré, éd. J. F. Malgaigne, XIII, 4, t. 2, p. 302b: os [...] remis en leurs places); 1575 (Id., Préf., t. 1, p. 23b: remettre une fracture ou luxation); 4. 1306 « revêtir de nouveau, mettre sur soi de nouveau » ( Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, § 391: remetoit sa cote a armer desus li); 1671 (Mmede Sévigné, Corresp., 12 août, éd. R. Duchêne, t. 1, p. 319: il ôte et remet son chapeau); 5. 1306 « mettre en remplacement » (Joinville, op. cit., § 453); 6. 1306 se remettre à « recommencer à » (Id., ibid., § 582: se remist a fermer la cité); 7. a) ca 1470 trans. remettre qqc. en face à qqn « représenter à nouveau quelque chose à quelqu'un, le lui rappeler » (G. Chastellain, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t. 4, p. 149; luy remettant en face tousjours comme il estoit tenu à luy); 1539 (Est.: remettre a aucuns quelque chose en memoire); 1561 remettre qqc. devant les yeux de qqn (J. Grevin, César, éd. L. Pinvert, p. 22: Remets devant tes yeux les sages Fabiens); 1640 remettre qqc. dans l'esprit de qqn (Corneille, Cinna, IV, 2, vers 1137: Remets dans ton esprit); ca 1475 remettre qqn « reconnaître quelqu'un » (Rec. Trepperel, Sotties, éd. E. Droz, III, 162: Il fault que je soye remys Et congneu, je le voy tresbien); 1688 (Dancourt, La Désolation des joueuses, scène 13 ds Littré, § 6: je te remets à présent); b) 1579 pronom. se remettre qqc. en mémoire (Estienne, Précellence, éd. E. Huguet, p. 185); 1580 se remettre dans qqc. (Montaigne, Essais, II, 6, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, p. 377: la dernière chose en quoy je me peus remettre, ce fut la souvenance de cet accident); 1640 se remettre qqc. (Chapelain, Lettres, éd. Ph. Tamizey de Larroque, t. 1, p. 737a: me remettre ce que Mr Menage me dit de luy); 1687 se remettre qqc. dans l'esprit (Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, p. 100: remettez-vous dans l'esprit l'estat); 8. a) α) 1907 remettre « redonner (des coups), répéter (des propos désagréables) » (d'apr. Dauzat, L'Argot militaire pendant la guerre ds Mercure de France, 16 avril 1917, 667 ds Esn. Poilu, p. 456); 1913 remettre ça « recommencer (une bagarre) » (Matin, 13 août, p. 2, ibid., p. 457: Est-ce qu'on « remet » ça, tous les deux?); β) 1913 remettre ça « servir de nouveau la même consommation, dans un débit de boisson » (Matin, 2 août, ibid., p. 460: Remettez-nous ça!); b) 1911 en remettre « exagérer » (P. Bourget, Le Mensonge du père, chap. IV ds L'Envers du décor, p. 48: elle n'a qu'un défaut: elle en remet); 9. 1937 aviat. remettre les gaz (Malraux, loc. cit.). C. Ramener à un état antérieur 1. ca 1175 « ramener, rétablir quelqu'un ou quelque chose en une situation antérieure » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2965: Deus les ad a neent remis); 2. a) fin xiies. « ramener quelqu'un à un certain état physique ou psychique » (Chastelain de Couci, Chansons, éd. A. Lerond, XXIII, 13: biauz samblanz me remet en vigour); 1559 ou 1567 se remettre sus « se rétablir » (Amyot, Vies, Romulus, 39 ds Littré); 1633 se remettre de qqc. « revenir à un état plus favorable, se rétablir après » (Voiture, Lettres ds Œuvres, éd. A. Ubicini, t. 1, p. 145: me remettre d'un hiver); b) 1651 remettre sur pied (Perrot D'Ablancourt, Hist. de Tacite II, 25, p. 203: les Legions et les Cohortes [...] furent remises sur pied); 3. xiiies. remettre ensemble « réconcilier » (Fille du Comte de Pontieu, éd. C. Brunel, II, 725, p. 40: remist enseamble [la dame et monseignour Tiebaut]); ca 1283 pronom. se remettre ensemble « se réconcilier » (Ph. de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, éd. A. Salmon, § 583: qu'il ne se puissent remetre ensemble); 1653 se remettre bien (Vaugelas trad. Quinte-Curce, De la vie et des Actions d'Alexandre le Grand, l. 8, p. 588: qu'il se remist bien aupres d'Alexandre); 4. 1561 « rétablir un état de choses antérieur » (Grévin, César, éd. L. Pinvert, p. 22: Remettent sus l'honneur du vieil peuple romain); 5. 1659 se remettre au beau (N. Duez, Seconde Partie du Dict. ital. et fr., p. 497: Se remettre au beau, qui se dit du temps); av. 1778 se remettre (J.-J. Rousseau, Corresp. du Peyrou, t. 3, p. 60 ds Pougens ds Littré, § 33). D. 1. Ca 1155 « livrer, donner, confier, transmettre » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 6504: Remise est l'enor a tes freres); 2. a) 1553 se remettre à Dieu (La Bible, impr. J. Gerard, Ps. 10, 14 ds FEW t. 10, p. 240b); av. 1654 se remettre entre les mains de qqn (Guez de Balzac d'apr. Besch.); 1694 se remettre entre les mains de Dieu (Ac.); b) α) 1559 s'en remettre à qqn (Amyot, Vies des hommes illustres, Marcus Cato, t. 1, f o245 r o: il s'en remettoit du tout à luy); 1580 se remettre à (Montaigne, op. cit., I, 56, p. 318); 1588 se remettre à ... de qqc. (Id., ibid., I, 14, p. 63: je me remettois de la conduitte de mon besoing [...] aux astres); 1585 s'en remettre sur qqn (Lettres missives de Henri IV, 24 avril, t. 2, p. 45 ds Gdf. Compl.); fin xvie-déb. xviies. se remettre sur qqn de qqc. (Pasquier, Recherches de la France, Paris-Orléans, 1665, p. 402); β) 1559 se remettre à la discrétion de qqn (Amyot, op. cit., Camille, t. 1, f o92 r o: se remettre eulx et leurs biens du tout à sa discretion); fin xvie-déb. xviies. se remettre au jugement de qqn (Pasquier, op. cit., p. 815). E. 1. 1398 « faire grâce de (une obligation, une dette) » (Charte de Jean, Duc de Berry, févr., Fonteneau I, 32, Bibl. Poitiers ds Gdf. t. 5, p. 756a: remettons [...] toute et telle finance comme ils nous peuvent devoir); 2. fin xives. relig. « absoudre, pardonner » (E. Deschamps, La Fiction du lyon, 2280 ds Œuvres, éd. G. Raynaud, t. 8, p. 317: leur remist la subvercion). F. 1. Fin xives. « renvoyer à plus tard, différer » (Roques t. 2, n o10413: remissus [...] remis. renvoiés. lassés); 1549 part. passé adj. « renvoyé, différé » (Est.: cause remise a ung autre jour); 2. 1580 fig. remettre la partie (Montaigne, op. cit., II, 31, p. 715); 1690 (Fur.: cette partie a été remise); 1731-41 (Marivaux, La Vie de Marianne, éd. J. Janin, p. 189: c'est encore partie remise); 1838 (Dumas père, P. Jones, III, 8, p. 172: ce n'est que partie remise). Du lat. remittere « renvoyer; rendre, restituer; relâcher, détendre; amollir; s'apaiser, se calmer (réfléchi ou passif, en parlant d'une douleur, d'une maladie); abandonner, renoncer à, faire remise (d'une dette, d'un châtiment) »; lat. chrét. « remettre (les péchés) »; dér. du lat. mittere (mettre*); préf. re- (re-*). Dans certains sens, dér. de mettre*; préf. re-*. Fréq. abs. littér. Remettre: 9 467. Remis: 3 540. Fréq. rel. littér. Remettre: xixes.: a) 12 288, b) 16 455; xxes.: a) 14 708, b) 12 111. Remis: xixes.: 5 421, b) 5 287; xxes.: a) 4 728, b) 4 760.
DÉR.
Remettage, subst. masc.,tiss. Opération consistant à passer un à un chaque fil de chaîne dans les maillons ou lisses appartenant à une lame. Synon. rentrage (dér. 1 s.v. rentrer).Le remettage se fait toujours de gauche à droite (Thiébaut,Textiles, Paris, Dunod, t. 2, 1959, p. 56).V. rentrage dér. 1 s.v. rentrer ex. de Thiébaut.[ʀ əmεta:ʒ]. 1resattest. 1501 « réparation (d'une tapisserie) » (G. Cohen, Livre de conduite du régisseur et Compte des dépenses pour le Mystère de la Passion, p. 556: pour le remetaige à point); 1765 tiss. (Encyclop.); de remettre, suff. -age*.
BBG.Cledat (L.). Contribution à un nouv. dict. hist. et « de l'usage ». R. de Philol. fr. 1915-1916, t. 39, pp. 178-180. − Gebhardt (K.). Les Francoprovençalismes de la lang. fr. R. Ling. rom. 1974, t. 38, p. 186.

Remettre : définition du Wiktionnaire

Verbe

remettre \ʁə.mɛtʁ\ ou \ʁmɛtʁ\ transitif ou pronominal 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Mettre une chose à l’endroit où elle était auparavant.
    • N’importe, dit Coconnas, j’ai bien de la peine à remettre mon épée dans le fourreau avant de m’être assuré qu’elle pique aussi bien que les lardoires de ce gaillard-là. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. IV ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 45)
    • […] il ôtait son grand habit noisette, remettait sa perruque dans la boîte et tirait de nouveau son bonnet de soie sur ses oreilles, en disant […] — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813/1, J. Hetzel, 1864)
    • Les chasseurs s’étaient précipités sur leurs fusils, mais je donnai l’ordre de les remettre au râtelier. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  2. Mettre de nouveau.
    • […] par quel biais le remettre sur la bonne voie ? Ni menaces, ni gronderies n’ont réussi. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • On achetait des avenues, des tours, des hôtels, des avions... Ensuite on restaurait le tout à grand frais, et on remettait l'ensemble sur le marché. — (Crésus, Confessions d'un banquier pourri, Fayard, 2009, chap.13)
    • Remettre une chose en question, une question sur le tapis, une affaire au rôle.
    • Remettre quelqu’un dans le bon chemin, dans son chemin, sur la voie.
    • Les médecins l’ont remis au lait.
  3. Reconnaître.
    • Il me remit aussitôt.
    • J’ai peine à vous remettre.
    • Elle aperçut en pleine clarté, le page semblable à Adam. Elle le remit aussitôt, malgré cette particularité surprenante, parce qu’elle ne s’en émouvait nullement, et parce qu’elle conservait toute sa présence d’esprit. — (René Boylesve, La leçon d’amour dans un parc, 1920, Le Livre de Poche, page 147)
    • « Voilà vingt-cinq ans, Patron, que je suis parti de chez vous et quinze ans que je parle de vous à ma femme. Est-ce que vous me remettez ? — (Marcel Jouhandeau, Chaminadour, 1941 et 1953, Le Livre de Poche, page 440)
  4. Rétablir les personnes, les choses dans l’état où elles étaient auparavant.
    • Croyez-vous que quelqu’un d’autre aurait pu non seulement faire cela, avec ma femme et moi dormant, toutes fenêtres pouvertes, à vingt mètres de là, mais encore remettre tout en ordre et recimenter les dalles? — (John Dickson Carr, La Chambre ardente, traduction de Maurice-Bernard Endrèbe, 1962, chapitre VI)
    • On l’a remis dans tous ses biens, dans tous ses droits.
    • Remettre une chose à neuf, en usage, en honneur, en crédit.
  5. (Familier) Réconcilier, raccommoder, en parlant de personnes.
    • Remettre bien ensemble des personnes qui étaient brouillées.
  6. (Médecine) Raccommoder, remboîter un membre, un os démis, disloqué, cassé.
    • Le chirurgien lui a remis le bras.
    • On a eu bien de la peine à lui remettre la jambe.
  7. Rétablir la santé, redonner des forces.
    • L’usage du lait est ce qui l’a remis.
    • Après une longue convalescence, le voilà tout à fait remis.
  8. Rassurer, redonner de l’assurance, faire revenir du trouble, de l’inquiétude, de la frayeur où l’on était.
    • Ce que vous lui avez dit lui a un peu remis l’esprit.
    • On a eu bien de la peine à la remettre de la frayeur qu’elle éprouvait.
  9. Mettre une chose entre les mains de quelqu’un à qui elle appartient ou à qui elle est destinée.
    • […] la mère Paul était rouée et profitait des pièces qu’on lui remettait de temps en temps pour jurer qu’on avait dû se tromper en la gratifiant d’un jeton de bar. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • On lui a remis sa montre, qui lui avait été volée.
    • Je vous prie de remettre pour moi telle somme à mon correspondant.
    • Remettre une lettre en mains propres, la remettre à son adresse.
    • Remettre un paquet, un colis à celui à qui il est adressé.
  10. (Vieilli) Se dessaisir entre les mains de celui à qui il appartient d’y pourvoir, en parlant d’un bénéfice, d’une charge.
    • Il remit sa charge, son gouvernement entre les mains du roi.
  11. Mettre comme en dépôt, confier au soin, à la prudence de quelqu’un.
    • Je lui ai remis entre les mains tout l’argent que j’avais, tout ce que j’avais.
    • Il quitta l’armée et remit le commandement des troupes à son successeur.
    • Je remets tous mes intérêts entre vos mains.
    • Je vous remets le soin de cette affaire.
    • Remettre une affaire à quelqu’un : En lui en confiant l’inspection, la disposition.
    • Remettre une affaire au jugement, à la décision de quelqu’un : En consentant qu’elle soit réglée suivant qu’il en jugera, qu’il en décidera.
  12. Livrer, abandonner à ceux qui sont préposés.
    • Toutes les correspondances doivent être remises au vaguemestre. La surveillance est ainsi plus facile. — (Pierre Audibert, Les Comédies de la Guerre, 1928, p. 93)
    • Remettre un criminel entre les mains de la justice.
  13. Faire grâce à une personne de quelque chose qu’on était en droit d’exiger d’elle.
    • On lui a remis le tiers des intérêts qu’il devait.
    • À Reynolds il demanda trois choses : qu’il lui remît une dette de trente livres contractée envers lui quelque temps auparavant ; qu’il lût la Bible régulièrement ; qu’il ne touchât jamais à ses pinceaux le dimanche. — (Julien Green, Samuel Johnson, dans Suite anglaise, 1972, Le Livre de Poche, page 27)
  14. (Religion) Pardonner.
    • Il n’y a que Dieu qui ait le pouvoir de remettre les péchés.
    • Si Mme de Saint-Selve a déjà été baptisée, seul, son premier baptême compte. Mais alors, les péchés qu’elle a pu commettre depuis restent entiers. Il faut les lui remettre. — (Pierre Benoit, Mademoiselle de la Ferté, 1923, Cercle du Bibliophile, page 159)
    • […] l’impureté est en telle abomination dans la Bible qu’il semble bien que ce soit la faute la plus difficile à remettre. — (Julien Green, Le voyageur sur la terre, 1927, Le Livre de Poche, page 67)
  15. Différer, renvoyer à un autre temps.
    • On a remis la partie à demain, la cause à huitaine.
    • Il remet ses créanciers de mois en mois.
    • Remettre un événement au lendemain.
    • Je remets à une autre fois à vous instruire du détail de cette affaire.
  16. Obliger à recommencer une étude, un apprentissage, un exercice.
    • Remettre quelqu’un à l’A B C.
    • On l’a remis aux premiers éléments.
  17. (Jeu de paume & Tennis) Recommencer.
    • Balle à remettre.
  18. (Sports hippiques) Dans une course de trot, faire courir de nouveau au trot régulier un cheval qui a commis un écart dans ses allures.
  19. (Belgique) Rendre, vomir.
    • J’ai envie de remettre.
  20. (Pronominal) Recommencer, se mettre à nouveau.
    • Et Charles IX se remit à siffler tranquillement et plus juste que jamais son air favori. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. III ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 40)
    • Un autre eût quitté une pareille femme, il l’eût tuée peut-être : moi, je me remis à l’aimer. — (Octave Mirbeau, Lettres de ma chaumière : La Tête coupée, A. Laurent, 1886)
    • Se remettre à table, au lit, au travail, à l’étude, au jeu, en route, en marche, en mer.
    • Je veux me remettre au grec.
  21. (Pronominal) Se rappeler l’idée, le souvenir, en parlant de quelque chose ou de quelqu’un.
    • Quand je 'me remets’ l’état où je l’ai vu.
      • Ne vous remettez-vous point son visage ?
    • Je ne puis me remettre son nom.
    • Je me remets fort bien cette personne.
  22. (Pronominal) Se rétablir, retrouver ses forces, sa santé, sa sérénité, après une maladie ou tout autre trouble.
    • En stricte et rigoureuse justice, les condamnés qui bénéficient d’une remise de peine ont parfois bien du mal à s’en remettre. — (Pierre Dac, Les Pensées, Éditions Saint-Germain-des Prés, 1972)
    • Il a eu bien de la peine à se remettre de sa maladie.
    • Il a été longtemps sans pouvoir se remettre.
    • Il était très fatigué… Il est allé se remettre dans sa famille — (Alphonse Allais, La Morgue, 1888)
    • Elle ne saurait se remettre de son affliction.
  23. (Pronominal) (Familier) Réconcilier, raccommoder, en parlant de personnes.
    • Se remettre bien avec quelqu’un.
  24. (Par extension) Être prêt à faire tout ce qui conviendra à la personne entre les mains de qui on se remet.
    • Il se remet entre vos mains et ne fera que ce que vous voudrez.
  25. (Par extension) Se résigner, s’abandonner.
    • Se remettre entre les mains de Dieu, entre les mains de la Providence.
  26. (Pronominal) Se rapporter à quelqu’un, à ce qu’il dira, à ce qu’il fera.
    • Du reste je me remets à ce que vous dira mon frère.
    • Je m’en remettrai à qui vous voudrez.
    • Il s’en est remis à lui du soin de tous ces détails.
    • Je m’en remets au jugement, à la décision de telle personne.
  27. (Pronominal) (Chasse) S’abattre en quelque endroit, après avoir fait son vol, en parlant d’une perdrix.
    • Je l’ai vue se remettre en tel endroit.
    • Elle s’est remise vers le bord du bois.
  28. (Pronominal) (Météorologie) (Familier) Revenir au beau.
    • Le temps se remet.
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Remettre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

REMETTRE. (Il se conjugue comme METTRE.) v. tr.
Mettre une chose à l'endroit où elle était auparavant. Remettre un livre en sa place, à sa place. Remettre l'épée dans le fourreau. Fig. et fam., Remettre quelqu'un à sa place, Le rappeler aux convenances, le réprimander.

REMETTRE signifie aussi Mettre de nouveau. Remettre son manteau. Remettre une armée sur pied. Remettre des troupes en campagne. Remettre une chose en question. Remettre une question sur le tapis. Remettre une affaire au rôle. Remettre quelqu'un dans le bon chemin, dans son chemin, sur la voie. Les médecins l'ont remis au lait. Se remettre à table. Se remettre au lit. Se remettre au travail, à l'étude, au jeu. Se remettre en route, en marche. Se remettre en mer. Je veux me remettre au grec. Se remettre à travailler. Absolument, Remettre à la voile. Remettre en vente. Fig., Remettre quelqu'un au pas, Le rappeler à son devoir. Remettre une chose à quelqu'un devant les yeux, sous les yeux, La lui représenter, la lui remontrer, la lui faire considérer de nouveau. J'ai eu beau lui remettre devant les yeux le péril où il s'exposait, il s'est obstiné dans son projet. Sans cesse il lui remettait sous les yeux les vertus et les grandes actions de ses ancêtres. Se remettre quelque chose, se remettre quelqu'un, S'en rappeler l'idée, le souvenir. Quand je me remets l'état où je l'ai vu. Ne vous remettez-vous point son visage? Je ne puis me remettre son nom. Je me remets fort bien cette personne. On dit aussi : Remettre une personne, La reconnaître. Il me remit aussitôt. J'ai peine à vous remettre. En termes de Chasse, Une perdrix qui se remet se dit d'une Perdrix qui, après avoir fait son vol, s'abat en quelque endroit. Elle vient de se remettre. Je l'ai vue se remettre en tel endroit. Elle s'est remise vers le bord du bois.

REMETTRE signifie encore Rétablir les personnes, les choses dans l'état où elles étaient auparavant. Remettre les lieux dans l'état où on les a trouvés. On l'a remis dans tous ses biens, dans tous ses droits. Remettre à neuf. Remettre une chose en usage, en honneur, en crédit. Remettre bien ensemble des personnes qui étaient brouillées, Les réconcilier, les raccommoder. On dit de même : Se remettre bien avec quelqu'un.

REMETTRE signifie aussi Raccommoder, remboîter un membre, un os démis, disloqué, cassé. Le chirurgien lui a remis le bras. On a eu bien de la peine à lui remettre la jambe. Il signifie encore Rétablir la santé, redonner des forces. L'usage du lait est ce qui l'a remis. Après une longue convalescence, le voilà tout à fait remis. Il a eu bien de la peine à se remettre de sa maladie. Il a été longtemps sans pouvoir se remettre. Le temps se remet, Il revient au beau.

REMETTRE signifie également Rassurer, redonner de l'assurance, faire revenir du trouble, de l'inquiétude, de la frayeur où l'on était. Remettre ses esprits. Ce que vous lui avez dit lui a un peu remis l'esprit. On a eu bien de la peine à la remettre de la frayeur qu'elle éprouvait. Elle ne saurait se remettre de son affliction. Il changea de visage en le voyant, mais aussitôt il se remit. Remettez-vous, commencez par vous remettre, se dit à une personne troublée par quelque émotion ou fatiguée d'un exercice violent, pour l'engager à se calmer, à reprendre ses esprits. On dit dans le même sens : Elle n'a pas eu le temps de se remettre.

REMETTRE signifie encore Mettre une chose entre les mains de quelqu'un à qui elle appartient ou à qui elle est destinée. On lui a remis sa montre, qui lui avait été volée. Je vous prie de remettre pour moi telle somme à mon correspondant. On a remis aux enfants la fortune de leur mère. Remettre une lettre en mains propres, la remettre à son adresse. Remettre un paquet, un colis à celui à qui il est adressé. Remettre un bénéfice, une charge, Se dessaisir d'un bénéfice, d'une charge entre les mains de celui à qui il appartient d'y pourvoir. Il remit sa charge, son gouvernement entre les mains du roi.

REMETTRE signifie aussi Mettre comme en dépôt, confier au soin, à la prudence de quelqu'un. Je lui ai remis entre les mains tout l'argent que j'avais, tout ce que j'avais. Il quitta l'armée et remit le commandement des troupes à un tel. Je remets tous mes intérêts entre vos mains. Je vous remets le soin de cette affaire. Je remets cela à votre discrétion. Après avoir fait tout ce qui dépendait de lui dans cette affaire, il en a remis le succès entre les mains de la Providence. Il serait peu sage de remettre au sort la décision d'une affaire si importante. Remettre une affaire à quelqu'un, Lui en confier l'inspection, la disposition. Le ministre remet ordinairement ces sortes d'affaires à un tel. Remettre une affaire au jugement, à la décision de quelqu'un, Consentir qu'elle soit réglée suivant qu'il en jugera, qu'il en décidera. Remettre un criminel entre les mains de la justice, Le livrer, l'abandonner à ceux qui sont préposés pour rendre la justice. Se remettre entre les mains de quelqu'un, Avoir recours à lui en se mettant à sa disposition. Il se remet entièrement entre vos mains et vous laisse disposer de son sort. Il signifie aussi Être prêt à faire tout ce qui conviendra à la personne entre les mains de qui on se remet. Il se remet entre vos mains et ne fera que ce que vous voudrez. On dit dans le même sens : Se remettre entre les mains de Dieu, entre les mains de la Providence, Se résigner, s'abandonner entre les mains de Dieu. Se remettre de quelque chose à quelqu'un et, plus communément, S'en remettre à quelqu'un, S'en rapporter à lui, à ce qu'il dira, à ce qu'il fera. Du reste je me remets à ce que vous dira mon frère. Je m'en remettrai à qui vous voudrez. Il s'en est remis à lui du soin de tous ces détails. On dit aussi : Je m'en remets au jugement, à la décision de telle personne.

REMETTRE signifie encore Faire grâce à une personne de quelque chose qu'on était en droit d'exiger d'elle. On lui a remis le tiers des intérêts qu'il devait. Il signifie également Pardonner. Il n'y a que Dieu qui ait le pouvoir de remettre les péchés. L'Écriture sainte dit en ce sens : Remettez, et il vous sera remis, Si vous pardonnez les offenses que vous avez reçues, Dieu aussi vous pardonnera vos péchés..

REMETTRE signifie aussi Différer, renvoyer à un autre temps. On a remis la partie à demain. On a remis la cause à huitaine. Il remet ses créanciers de mois en mois. Remettre au lendemain. Je remets à une autre fois à vous instruire du détail de cette affaire. Cet homme me remet sans cesse. C'est un homme qui remet de jour en jour. Il m'a remis à huitaine. Fam., Remettre aux calendes grecques, Remettre à un temps qui ne viendra jamais, les Grecs n'ayant point eu de calendes.

REMETTRE signifie également Obliger à recommencer une étude, un apprentissage, un exercice. Remettre quelqu'un à l'A b c. On l'a remis aux premiers éléments. En termes de jeu d'Échecs, Remettre une partie se dit lorsque, ni l'un ni l'autre des joueurs ne pouvant donner échec et mat à celui contre qui il joue, la partie reste indécise et qu'il faut la recommencer. La partie est remise. Fig. et fam., La partie est remise, c'est partie remise, Il faut reporter à un autre moment ce que nous avons été empêchés de faire. En termes de jeu de Paume et de Tennis, Remettre un coup, Recommencer un coup. À remettre.

Remettre : définition du Littré (1872-1877)

REMETTRE (re-mè-tr') v. a.

Il se conjugue comme mettre.

Résumé

  • 1° Mettre une chose ou une personne à l'endroit où elle était auparavant. Ramener, reconduire.
  • 2° Mettre de nouveau.
  • 3° Remettre sur le théâtre.
  • 4° Remettre en bataillon, remettre les rangs, les files.
  • 5° Remettre la chandelle. Passer les fils d'une chaîne dans les lisses.
  • 6° Remettre sous les yeux, devant les yeux ; remettre dans son esprit, se remettre dans l'esprit ; se remettre quelque chose, quelqu'un, s'en souvenir ; remettre quelqu'un, le reconnaître.
  • 7° Mettre de nouveau en sa place un os cassé ou luxé.
  • 8° Rendre une chose à celui à qui elle est destinée, auquel elle appartient ; remettre une personne à quelqu'un.
  • 9° Livrer.
  • 10° Faire tenir de l'argent.
  • 11° Mettre de nouveau quelqu'un à quelque chose, faire recommencer.
  • 12° Se démettre, se dessaisir.
  • 13° Mettre comme en dépôt, confier au soin, à la prudence.
  • 14° Aux échecs, remettre une partie.
  • 15° Renvoyer à un autre temps.
  • 16° Fig. Mettre dans l'ancien état.
  • 17° Rétablir la santé, les forces. Remettre un vin, le guérir de quelque maladie.
  • 18° Faire revenir d'un trouble moral.
  • 19° Faire grâce d'une chose qu'on était en droit d'exiger.
  • 20° Pardonner.
  • 21° Réconcilier.
  • 22° V. n. En marine, remettre à la route ; remettre à la voile.
  • 23° V. réfl. Se replacer où l'on était.
  • 24° Se remettre, en parlant des perdrix.
  • 25° Fig. Revenir à, se replacer sous, dans.
  • 26° Se replacer par le souvenir ; se ressouvenir.
  • 27° Se reconnaître l'un l'autre.
  • 28° Se remettre sur, revenir à un objet, s'en occuper de nouveau ; s'appliquer de nouveau à.
  • 29° Recommencer ; se remettre en mer, en route.
  • 30° Être différé, retardé.
  • 31° Se remettre à quelqu'un de quelque chose, s'en rapporter à lui pour quelque chose.
  • 32° Recouvrer la santé, les forces ; rétablir ses affaires.
  • 33° Le temps se remet.
  • 34° Revenir d'un trouble moral.
  • 35° Se réconcilier.
  • 36° Être pardonné.
  • 37° Être remis, rétabli.
  • 1Mettre une chose ou une personne à l'endroit où elle était auparavant. Remettre l'épée dans le fourreau. Ne te l'ai-je pas donné [l'argent] ? - Scapin : Non vraiment, vous l'avez remis dans votre poche, Molière, Fourber. II, 11. Je voudrais que vous eussiez vu l'air de M. de Locmaria, et de quelle manière il ôte et remet son chapeau [dans une certaine danse], quelle légèreté, quelle justesse ! Sévigné, 75.

    Fig. Il est vrai que la fortune du dé ou du lansquenet les remet [les joueurs enrichis] souvent où elle les a pris, La Bruyère, VI.

    Fig. et familièrement. Remettre quelqu'un à sa place, lui faire sentir sans ménagement qu'il oublie sa position, c'est-à-dire qu'il parle ou agit d'une manière qui n'est pas convenable.

    Reporter. Ces vents, ces mêmes vents qui vous ont enlevée, Vont rendre de tout point ma victoire achevée ; L'ordre que leur prescrit mon père Jupiter, Jusqu'en votre palais les force à vous porter, Les force à vous remettre où tantôt leur surprise…, Corneille, Androm. III, 3.

    Ramener, reconduire. Soldats, remettez-la chez elle ; Sa contestation deviendrait éternelle, Corneille, Méd. II, 2. Don Sanche, remettez Chimène en sa maison, Corneille, Cid, II, 9. Remettez la princesse à son appartement, Corneille, Perth. I, 4. Il la vit si troublée, qu'il n'osa lui parler, et il la remit en son carrosse sans lui rien dire, La Fayette, Princ. de Clèves, Œuv. compl. t. II, p. 255, dans POUGENS.

    Fig. Renvoyer. Ayant devant vous l'exemple de Mme la comtesse… c'est là que je vous remets, et à l'assistance de Dieu, en laquelle il n'y a rien qu'une belle âme comme la vôtre ne doive espérer, Malherbe, Lett. I, 11.

  • 2Mettre de nouveau. Remettre une armée sur le pied de guerre. Remettre dans le bon chemin. On vous a ôté votre muselière en ce pays-là ; nous irons vous la remettre, Voiture, Œuv. t. II, p. 252. Rome, en deux factions trop longtemps partagée, N'y sera point pour moi de nouveau replongée ; Et, quand Sylla lui rend sa gloire et son bonheur, Je n'y remettrai point le carnage et l'horreur, Corneille, Sert. V, 6. De la main de César Brute l'eût acceptée [la liberté], Et n'eût jamais souffert qu'un intérêt léger De vengeance ou d'amour l'eût remise en danger, Corneille, Cinna, III, 2. En cette matière vous avez tellement oublié la loi de Dieu et éteint les lumières naturelles, que vous avez besoin qu'on vous remette dans les principes les plus simples de la religion et du sens commun, Pascal, Prov. XI. Le parlement est remis à Rennes, c'est un transport de joie incroyable, Sévigné, 14 sept. 1689. J'ai peur que M. votre fils ne remette pas la fortune dans notre maison ; il a quelque chose de brusque et d'impétueux qui ne lui attire pas beaucoup d'amis, Sévigné, à Bussy, 28 août 1680. On croit… que, par le bon choix du souverain pontife, il [le cardinal de Retz] a remis dans le conclave le Saint-Esprit, qui en était exilé depuis tant d'années, Sévigné, 7 oct. 1676. Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Boileau, Art p. I. Puissant maître des cieux, Remets-lui le bandeau dont tu couvris ses yeux, Lorsque…, Racine, Athal. V, 3. Cela est ainsi, car vous m'avez heureusement remis dans le fait ; voyez ce que c'est que de s'entendre les uns les autres, La Bruyère, Théophraste, VII. Dans l'assemblée suivante des amphictyons, l'affaire fut remise sérieusement en délibération, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 108, dans POUGENS. La législation anglaise est enfin parvenue à remettre chaque homme dans tous les droits de la nature, dont ils sont dépouillés dans presque toutes les monarchies, Voltaire, Dict. phil. Gouvern. VI. Un duc de Vendôme qui seul a remis Philippe V sur le trône d'Espagne, Voltaire, Facéties, Canon. de St Cucufin. Je souhaite de tout mon cœur que le parlement de Paris ne se repente pas un jour lui-même d'avoir remis dans la main de la superstition le poignard que j'en faisais tomber, Rousseau, Lett. de la Montagne, 5. Le mari de Céline, moins intéressé que nous à ce qui se passait, remit bientôt la conversation sur le ton de la plaisanterie, Graffigny, Lett. péruv. 32.

    Il se dit quelquefois simplement pour mettre. Des copistes qui remettent en in-octavo ou en in-douze d'anciens in-folio, Voltaire, Dict. phil. Martyrs.

  • 3Remettre sur le théâtre, ou, simplement, remettre, jouer de nouveau. Bien que d'abord cette pièce n'eût pas grande approbation, quatre ou cinq ans après la troupe du Marais la remit sur le théâtre avec un succès plus heureux, Corneille, Suite du Ment. Exam. On nous flatte de remettre Rome sauvée après la St-Martin, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 24 août 1752.

    On dit de même : remettre une pièce au répertoire, au théâtre.

  • 4 Terme militaire. Remettre en bataillon, remettre les rangs, remettre les files, reprendre ses premières distances, et faire feu sur le même front où l'on était avant le mouvement.
  • 5Remettre la chandelle, lui donner la troisième couche de suif.

    Dans la fabrication des étoffes de soie, passer les fils d'une chaîne dans les lisses.

  • 6Remettre une chose à quelqu'un devant les yeux, sous les yeux, la lui représenter, la lui faire considérer de nouveau. Tu ne dois pas craindre de nous remettre devant les yeux les choses que nous avons dans la mémoire, et qu'il faut faire rentrer dans le cœur, Pascal, Lett. à Mme Périer, 5 nov. 1648. Je prétends vous remettre aujourd'hui devant les yeux la vie mortelle de M. de Montausier, Fléchier, Duc de Mont. Les mystères d'Éleusis n'annoncent à l'extérieur que le culte adopté par la multitude ; les hymnes qu'on y chante et la plupart des cérémonies qu'on y pratique remettent sous nos yeux plusieurs circonstances de l'enlèvement de Proserpine, Barthélemy, Anach. ch. 68.

    Se remettre devant les yeux, remettre à soi, se représenter une chose. En se remettant devant les yeux ces instructions du sage…, Nicole, Ess. mor. 3e traité, ch. 4.

    Remettre dans son esprit, se remettre dans l'esprit, rappeler à son esprit, à son souvenir. Remets dans ton esprit, après tant de carnages, De tes proscriptions les sanglantes images, Corneille, Cinna, IV, 3. Remettez-vous dans l'esprit l'état où était l'Amérique avant qu'elle eût été découverte par Christophe Colomb, Fontenelle, Mond. 2e soir.

    Se remettre quelque chose, se remettre quelqu'un, s'en rappeler l'idée, le souvenir. Ce m'est, monsieur, un fort grand avantage, Que vous vous remettiez les traits de mon visage, Hauteroche, Bourg. de qual. II, 2. Sa mémoire au besoin est soudain revenue ; Il s'est remis d'abord le soufflet…, Hauteroche, Nobles de Province, III, 1. Je demandai un jour à M. le Prince à Bruxelles le dénoûment de ce que M. de Bouillon m'avait dit de cette négociation de Chavigné, et je ne puis me remettre ce qu'il me répondit, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 127, dans POUGENS. Les Jeux et les Ris firent connaissance avec elle d'abord, sans se la remettre, admirant les grâces de sa personne, sa taille, ses traits, La Fontaine, Psyché, II, p. 211. Éraste : Vous ne vous remettez pas tout cela ? , -P, ourceaugnac : Excusez-moi, je me le remets ; [à Sbrigani] diable emporte si je m'en souviens, Molière, Pourc. I, 6. Je comprends votre tristesse de la mort de ce jeune chanoine : je ne me le remets point, Sévigné, 367. Plus je vous envisage, Et moins je me remets, monsieur, votre visage, Racine, Plaid. II, 4.

    Par ellipse du pronom réfléchi (ellipse qui ne paraît venue en usage que vers la fin du XVIIe siècle), reconnaître quelqu'un. Un gueux qui avait vingt fois mérité les galères ; car je te remets à présent, je t'ai reconnu à ta manière, Dancourt, la Désol. des joueuses, sc. 13. Il me remit dans le moment, quoique j'eusse changé d'habit, Lesage, Gil Blas, III, 2. Oui, monsieur, je vous remets ; je crois que c'est vous qui étiez avant-hier dans cette maison, Marivaux, Pays. parv. 3e part.

  • 7Mettre de nouveau en sa place un os cassé ou luxé. Remettre un bras, une jambe. On dit vulgairement dans un sens analogue : remettre la luette, quand, relâchée, elle tombe.
  • 8Rendre une chose à celui à qui elle est destinée. Remettre un paquet, remettre une lettre en main propre, à son adresse.

    Rendre une chose à celui auquel elle appartient. Tout le fruit qu'a produit cette grande et victorieuse armée [des Espagnols], a été de prendre Corbie pour la rendre et pour la remettre entre les mains du roi, avec une contrescarpe, trois bastions et trois demi-lunes qu'elle n'avait point, Voiture, Lett. 74.

    On dit dans le même sens : remettre une personne à quelqu'un. La reine, dont ma course a devancé les pas, Va remettre bientôt sa fille entre vos bras, Voiture, Iphig. I, 4. Le neuvième jour, j'allai, à neuf heures du soir, chercher l'enfant qui me fut remis sur-le-champ, Genlis, Mères riv. t. II, p. 115, dans POUGENS.

  • 9Livrer. Cela fit appréhender à ceux qui me tourmentaient, de me remettre encore à la merci de mes ennemies, Voiture, Lett. 9. Cet enfant, ce trésor qu'il faut qu'on me remette, Où sont-ils ? Racine, Athal. V, 5. Les Carthaginois remirent à Scipion plus de cinq cents vaisseaux, qu'il fit brûler à la vue de Carthage ; spectacle bien triste pour les habitants de cette malheureuse ville, Rollin, Traité des Ét. 3e part. ch. 1.

    Remettre un criminel entre les mains de la justice, le livrer à ceux qui sont préposés pour rendre la justice.

  • 10 Terme de commerce. Remettre de l'argent dans une ville, y faire tenir de l'argent par lettre de change ou autrement. En 1745, la czarine fit une ordonnance pour chasser les Juifs, parce qu'ils avaient remis dans les pays étrangers l'argent de ceux qui étaient relégués en Sibérie, Montesquieu, Esp. XXII, 14.

    Absolument. J'ai fait payer 600 000 livres à la marine, pour les armements que V. M. a ordonnés, et je commence à faire remettre en Angleterre et Allemagne pour les subsides, Lettres, etc. de Colbert, VI, 308. Un banquier de Paris ayant à remettre à Amsterdam, P. Giraudeau, la Banque rendue facile, p. 50.

  • 11Mettre de nouveau quelqu'un à quelque chose, faire recommencer. On l'a remis aux premiers éléments.

    Terme de manége. Remettre un cheval, lui apprendre de nouveau les exercices du manége.

  • 12Se démettre, se dessaisir de. Remettre un bénéfice, une charge. Un prince du sang doit plutôt faire la guerre civile, que de remettre rien de sa réputation ou de sa dignité, Retz, I, 29. Mais, dit le roi, je vous ai donné une pension de douze mille francs, en attendant que vous ayez quelque chose de mieux. - Oui, sire, je la remets entre vos mains, Sévigné, 106.

    On dit dans un sens analogue : le chancelier, le ministre de la justice a remis les sceaux, il a reçu ou il a donné sa démission.

  • 13Mettre comme en dépôt, confier au soin, à la prudence. C'est une lâcheté que de remettre à d'autres Les intérêts publics qui s'attachent aux nôtres, Corneille, Cinna, I, 2. Quant au grand Perpenna, s'il est si redoutable, Remettez-moi le soin de le rendre traitable, Corneille, Sertor. IV, 2. Je n'ai pris trêve pour un moment, Qu'afin de tout remettre à votre sentiment, Corneille, Sophon. I, 4. Je le trouve heureux [le maréchal du Plessis] de ne point remettre au caprice de la fortune ce qu'il a acquis pendant toute sa vie, Sévigné, 8 avr. 1672. Le roi voulut remettre lui-même le dépôt sacré de l'éducation de son fils en des mains si fidèles, Fléchier, Duc de Mont. Chacun bénit tout haut l'arbitre des humains, Qui remet leur bon droit en de si bonnes mains, Boileau, Lutr. I. Où le sort de l'Asie en vos mains est remis, Racine, Iphig. III, 1. Il [un père] remet sur d'autres le soin de le pleurer [son fils mort], La Bruyère, XI. Je remets en vos mains mes plus chers intérêts, Lamotte, Inez de Castro, IV, 6. Je vous remets ce droit, dont j'allais abuser, Voltaire, Orphel. V, 6.

    Remettre à quelqu'un à, avec un infinitif, lui abandonner le soin de. Allons voir cependant ce prince infortuné, Pleurer auprès de lui notre destin funeste, Et remettons aux dieux à disposer du reste, Corneille, Œdipe, V, 12.

    Remettre une affaire à quelqu'un, lui en confier l'inspection, la disposition.

    Remettre une affaire au jugement, à la décision de quelqu'un, consentir qu'elle soit réglée suivant qu'il en jugera, qu'il en décidera,

  • 14Au jeu d'échecs, remettre une partie, se dit quand il faut la recommencer, ni l'un ni l'autre des joueurs ne pouvant donner l'échec et mat.

    Fig. La partie est remise, c'est partie remise, il n'y a rien de fait, c'est à recommencer. Il faut donc remettre la partie à demain, Hauteroche, Crisp. médec. II, 5. J'avais promis dans ma troisième de vous conter quelque chose de mon couvent, je n'ai pu le faire ici, et c'est encore partie remise, Marivaux, Marianne, part. 4.

    À divers jeux, la partie est remise, ou, simplement, partie remise, se dit quand, à la fin de la partie, un joueur n'a pas d'avantage sur l'autre.

    Au jeu de paume, au dernier à remettre, veut dire que la chasse est au dernier, et que, si celui contre qui on joue met aussi au dernier, il faudra recommencer le coup.

  • 15Renvoyer à un autre temps soit une personne, soit une chose. On a remis la cause à huitaine. Mon zèle mérite pour le moins que vous ne le remettiez point, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 49. Et [le roi] remet à demain la pompe qu'il prépare D'un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare, Corneille, Hor. IV, 2. La reine l'avait remis, aussi bien que les gens du roi, au retour de M. le duc d'Orléans, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 48, dans POUGENS. Ce n'est pas sans déplaisir que je retarde mon voyage ; il est placé et rangé comme je le désire ; il ne peut être remis sans me déranger beaucoup de desseins, Sévigné, 24 juill. 1675. Dans la rapidité d'une course bornée, Sommes-nous assez sûrs de notre destinée Pour la remettre au lendemain ? Rousseau J.-B. Épod. I. Condamner, absoudre, ou remettre le jugement, Montesquieu, Espr. VI, 4. Je songe toujours que la vie est courte, et qu'il ne faut jamais remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui, Voltaire, Lett. d'Argental, 14 oct. 1763. Ils perdent plus de temps à me remettre, qu'ils n'en auraient mis à m'expédier, Rousseau, Hél. III, 23.

    Absolument. Lorsqu'on peut se venger, il ne faut point remettre, Hauteroche, les Appar. tromp. I, 14. Je reçus votre dernière lettre avant que de partir de Bretagne ; mais j'étais si accablée d'affaires, que je remis à vous faire réponse ici [à Grignan], Sévigné, à Bussy, 13 nov. 1690. Du jour présent vous remettrez toujours au lendemain, et de ce lendemain à un autre, jusqu'à ce que vous soyez enfin arrivé à ce dernier jour qui n'aura plus de lendemain pour vous, Bourdaloue, Purif. de la Vierge, Myst. t. II, p. 295. Il ne veut point conclure et s'obstine à remettre, Boissy, Impatient, IV, 9.

  • 16 Fig. Mettre dans l'ancien état. Remettre une chose en crédit, en usage. L'arrêt remet les parties au même état. Ce grand jour où l'hymen, étouffant la vengeance, Entre le Parthe et nous remet l'intelligence, Corneille, Rod. I, 1. Le roi a regretté cette perte [de Condé], et a remis, pour faire plaisir à ce prince, M. le prince de Conti en ses bonnes grâces, Sévigné, 15 janv. 1687. Quelquefois je suis quatre ou cinq heures tout comme un autre ; mais peu de chose me remet à mon ancien état [de chagrin], Sévigné, 18 févr. 1671. Théodose, connaissant qu'il avait été surpris, et regrettant les maux qu'elle [Olympias] avait soufferts si constamment, la remit dans ses biens, Fléchier, Hist. de Théodose, III, 88. Relevant ma famille au glaive dérobée, Il la remit au rang dont elle était tombée, Voltaire, Olymp. II, 3.

    Rarranger, raccommoder. Une lettre, monsieur, remet bien une affaire, Regnard, le Distr. IV, 7.

    Remettre une pension, rétablir une pension qui avait été supprimée. Mandez-moi si plusieurs pensions ont été retranchées [à M. La Garde], et s'il n'y a point d'espérance que l'on les remette quelque jour, Sévigné, 28 déc. 1689.

  • 17Rétablir la santé, les forces. Les bains en remettent quelques-uns [des malades], et laissent les autres, Sévigné, 25 sept. 1687. Il [le cardinal de Retz] se porte très bien ; ce n'est plus comme cet hiver ; le régime et les viandes simples l'ont entièrement remis, Sévigné, 24 juillet 1675. Il [le médecin] nous donne encore cette journée pour nous remettre des fatigues du voyage, Maintenon, Lett. à Mme de Montespan, 20 avril 1674.

    Par extension. Remettre un vin, le guérir de quelque maladie. Pour remettre un vin clairet gâté par une lie volante, on prend deux livres de cailloux calcinés et broyés, dix à douze blancs d'œufs, une bonne poignée de sel…, Genlis, Maison rust. t. III, p. 300, dans POUGENS.

  • 18Faire revenir d'un trouble moral quelconque. Philippe, par cet exploit, où il fut traité de la fortune autrement qu'il n'avait accoutumé, ayant remis le cœur à ses gens, se retira à Thessalonique, Malherbe, Le XXXIIIe livre de T. Live, ch. 19. Il est comme l'envoyé du ciel, qui rassure, qui remet les peuples, qui dissipe tous leurs vains soupçons, toutes leurs fausses terreurs, Patru, Éloge de M. de Pompone. J'en tremble encor de peur, et n'en suis pas remise, Corneille, Suite du Ment. IV, 1. De longtemps je ne serai remise de la joie que j'eus hier, Sévigné, 21 déc. 1664. Ce qui me remet un peu, c'est que je vois que vous avez tiré votre épingle du jeu [votre santé s'est rétablie], Sévigné, à Mme de Grignan, 14 août 1680. J'aime M. de Coulanges plus que ma vie, de vous avoir montré ma lettre ; elle doit vous avoir remise de vos imaginations, Sévigné, 15 nov. 1684. Pour remettre mes sens étonnés, Bossuet, 1er sermon, Nativité, 2. Hé bien, es-tu remise un peu de ta frayeur ? Collin D'Harleville, Optimiste, III, 4. Cet intérêt si tendre remit son âme par degrés, Staël, Corinne, XIII, 1.

    Remettre les esprits, remettre l'esprit, calmer, rassurer. Souffrez que la raison remette vos esprits, Corneille, Cid, II, 1. Oui, mais auparavant remettons nos esprits, Corneille, Tite et Bérén. II, 7. Je vais lui remettre un peu l'esprit, afin qu'il ait la force de se retirer, Duclos, Œuv. t. VI, p. 10. Il a paru disposé à faire tout ce que je jugerais nécessaire pour lui remettre la tête, Genlis, Ad. et Th. t. I, p. 368, dans POUGENS. Remettre les esprits, rétablir le calme dans les esprits.

  • 19Faire grâce d'une chose qu'on était en droit d'exiger. Le roi nous a remis huit cent mille francs ; nous en sommes quittes pour deux millions deux cent mille livres ; ce n'est rien du tout, Sévigné, 375. La maxime des grands empires d'Orient, de remettre les impôts aux provinces qui ont souffert, devrait bien être portée dans les États monarchiques, Montesquieu, Esp. XIII, 18. Ce prince [François Ier] lui fit présent [à Montholon, garde des sceaux] de l'amende de deux cent mille francs à laquelle il condamna les Rochelois [pour une sédition] ; Montholon leur remit cette amende, à condition qu'ils feraient bâtir dans leur ville un hôpital pour les malades, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 186. Le cruel hiver de 1709 força le roi de remettre aux peuples neuf millions de tailles dans le temps qu'il n'avait pas de quoi payer ses soldats, Voltaire, Louis XIV, 30. Qu'on nous permette d'estimer son vainqueur [de saint Louis], Almoadan, qui le fit guérir de la peste, et qui lui remit deux cent mille besans d'or de sa rançon, Voltaire, Mél. litt. Petites hardiesses. Je vous remets la foi que vous m'avez donnée, Piron, Métrom. V, 9.

    Terme de théologie. Décharger de. L'absolution sacramentelle remet la coulpe, mais ne remet pas toujours toute la peine. Si l'aumône remet le péché, ce n'est qu'en disposant Dieu à écouter vos prières, Bourdaloue, 8e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 125.

    Au jeu d'échecs, remettre un coup à quelqu'un, l'autoriser à rejouer un coup qu'il avait mal joué.

  • 20Pardonner. Supposer une lettre, Ce n'est pas un forfait qu'on ne puisse remettre, Corneille, Mélite, IV, 8. Que veut dire cet homme ? il blasphème ; qui peut remettre les péchés que Dieu seul ? Sacy, Bible, Évang. saint Marc, II, 7. Je vous déclare que tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis, Sacy, ib. Évang. St Math. XII, 31. Il [Théodose] n'avait pensé en mourant qu'à laisser la paix et l'abondance à ses sujets, en remettant les injures qu'on lui avait faites, ou les tributs qu'on leur avait imposés, Fléchier, Hist. de Théodose, IV, 78. Nous le prions [Dieu] de nous remettre nos offenses, et nous ne nous en repentons pas, Massillon, Carême, Prière 2. La bonté de Dieu lui [à la pécheresse] avait remis sa faute, et la malignité des hommes ne pouvait encore l'en absoudre, Massillon, Carême, Médis. Ô mon Dieu, tu permets qu'en partie je répare la faute involontaire qu'un insensé me fit commettre ; que j'aie, de mon côté, quelque chose à remettre à cet époux que j'offensai, Beaumarchais, Mère coup. III, 2.

    Absolument. Remettez, et il vous sera remis, dit l'Écriture sainte.

  • 21Remettre bien, ou, simplement, remettre, réconcilier. Est-ce se moquer de toi, quand je veux te remettre bien avec ta femme ? Hauteroche, Coch. supposé, sc. 18. À vous remettre bien je me veux appliquer, Molière, Femm. sav. III, 6. Je n'ai jamais douté qu'un peu de réflexion ne me remît bien avec lui, Sévigné, 570. Comment peut-elle faire présentement pour ne me pas dire la joie qu'elle doit avoir d'être remise sincèrement avec vous ? Sévigné, 16 oct. 1680. C'est la pénitence sévère qui nous remet bien avec Dieu, et, par une suite non moins infaillible, qui nous remet bien avec nous-mêmes, Bourdaloue, Sévérité de la pénit. 1er avent, p. 221. Mentor se servit de sa faveur pour remettre bien dans l'esprit du roi, son frère, Memnon et Artabaze, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. V, p. 523.
  • 22 V. n. Terme de marine. Remettre à la route, reprendre la direction de la route que l'on tenait avant de s'en être détourné pour une raison quelconque. M. d'Aufremont me fit signal de cesser la chasse, et de remettre à la route, Mém. de Villette-Mursay, 1685, dans JAL.

    Remettre à la voile, faire voile, partir de nouveau.

  • 23Se remettre, v. réfl. Se replacer où l'on était. Se remettre à table. La cérémonie s'acheva, et toutes les femmes se remirent à leur place, La Fayette, Zayd. Œuv. t. I, p. 337, dans POUGENS. Elle fut obligée, dans le jour, de se remettre au lit, Marivaux, Pays. parv. part. 6.

    Se remettre en prison, se constituer prisonnier. Vous savez comme ce pauvre Luxembourg s'est remis de son bon gré à la Bastille, Sévigné, 29 janv. 1680.

    Terme d'escrime. Se mettre en garde, après avoir allongé un coup, comme on était avant de l'avoir porté. Avancez ; le corps ferme ; touchez-moi l'épée de quarte, et achevez de même, une, deux ; remettez-vous, Molière, Bourg. gent. II, 3.

    Terme militaire. Reprendre ses premières distances, et faire feu sur le même front où l'on était avant le mouvement.

  • 24 Terme de chasse. Se remettre, se dit des perdrix lorsque, après avoir fait leur vol, elles s'abattent en quelque endroit. Le chien fit lever une compagnie qui se remit dans un champ.

    On le dit aussi absolument. J'ai vu la perdrix remettre. Elle est remise au bord du bois.

  • 25 Fig. Revenir à, se replacer sous, dans. Reposez-vous ; craignez de vous remettre dans un état misérable, suivez les conseils de la Rouvière, Sévigné, 12 mai 1680. C'est par la pratique de ces devoirs qu'il se remet dans la règle, Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 100. Tu veux que sous ses lois [de Mahomet] Palmire se remette ? Voltaire, Fanat. I, 4.
  • 26Se replacer par le souvenir. Ressouviens-t'en, ingrat ; remets-toi dans la plaine Que ces taureaux affreux brûlaient de leur haleine, Corneille, Méd. III, 3.

    Se ressouvenir de. Araminte : De quoi vous parlais-je ? je l'ai oublié. - Dorante : D'un procès avec monsieur le comte Dorimont. - Araminte : Je me remets : je vous disais qu'on veut nous marier, Marivaux, Fauss. confid. I, 15.

  • 27Se reconnaître l'un l'autre. L'officier et lui se regardaient comme gens qui se sont vus ailleurs, mais qui ne se remettent pas, Marivaux, Pays. parv. part. 4.
  • 28Se remettre sur, revenir à un objet, s'en occuper de nouveau. Il se remit sur ses campagnes. Enfin je me remets sur la cajolerie, Régnier, Sat. VIII. Alors me remettant sur ma philosophie, Régnier, ib. X. Il [Énée] se remit sur ces peintures [des scènes du siége de Troie], Pour y chercher ses aventures, Scarron, Virg. I.

    S'appliquer de nouveau à. Il [Racine] se remit à la poésie, mais seulement pour composer des tragédies saintes et des cantiques spirituels, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 381, dans POUGENS. Je vais me remettre un peu à la physique, Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 28 déc. 1739. Je me suis remis à la géométrie, que j'avais comme abandonnée depuis longtemps, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 30 déc. 1776.

  • 29Recommencer. Il faut donc me remettre à juger chaque chose, Corneille, Imit. III, 46. Je suis ravi de votre santé, mais ne vous remettez point si tôt à vous assommer d'écrire, Sévigné, 256. Mme de Schomberg s'est remise à m'aimer, Sévigné, 29 juill. 1676. Tout le monde s'est remis à croire à la paix, Sévigné, 9 août 1678. Ce n'est point assez pour lui de se remettre à la pratique de ses devoirs, Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 104. Le roi de Prusse s'est remis à m'écrire avec quelque confiance ; il me mande qu'il est résolu de se tuer, s'il est sans ressource, Voltaire, Lett. Richelieu, 1757 (sans autre date).

    Se remettre en mer, s'embarquer de nouveau. Une tempête essuyée n'empêche pas un bon matelot de se remettre en mer, Lesage, Crisp. riv. de son maître, 2.

    Se remettre en route, en chemin, continuer son voyage, sa marche. Je suis d'avis que nous nous remettions en chemin sans perdre de temps, Lesage, Gil Blas, V, 2. Au bout de huit ou dix jours il se remit en route, Genlis, Veillées du château t. I, p. 569, dans POUGENS.

  • 30Être différé, retardé. Si ce que j'avais à faire à Saint-Cyr mardi eût pu se remettre, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, mars 1700.
  • 31Se remettre à quelqu'un de quelque chose, se rapporter à lui, à ce qu'il dira ou fera touchant cette chose. Je me remets à vous de ce qui vous regarde, Corneille, Othon, I, 4. Quand Mme Guyon se remit à moi pour prononcer sur son oraison, Bossuet, Rem. sur la réponse, VII, IV, 21. Et, sans me repentir de ma persévérance, Je me remets sur eux [les regrets de Titus] de toute ma vengeance, Racine, Bérén. IV, 5.

    Se remettre à quelqu'un à, avec un verbe à l'infinitif. Je rends compte à M. de Monchy de l'état des choses depuis son départ, et je me remets à lui à vous en instruire, Bossuet, Lett. 3.

    S'en remettre, même sens. Pour le sceau dont elle se servirait, et les priviléges dont elle jouirait, elle [l'Académie française] s'en remettait à son fondateur, Pellisson, Hist. Acad. I. Vous n'aviez qu'à dire que vous vous en remettiez à ce que je ferai ici, Bossuet, Lett. Corn. 20. Et je m'en remettrais au destin des combats, Racine, Andr. IV, 3. Je ne sais même encor, quoi qu'il m'ait pu promettre, Sur d'autres que sur moi si je dois m'en remettre, Racine, Andr. IV, 4. Cette générosité silencieuse qui s'en remettait à lui sans rien demander, sans se plaindre de rien, le touchait vivement, Staël, Corinne, XVII, 5.

    On dit aussi : s'en remettre au jugement, à la décision. Je veux bien m'en remettre à votre sentiment, Corneille, Sertor. I, 2. Tous les pères du concile… s'en remettent unanimement à sa décision, Massillon, Panégyr. St Bern.

    Se remettre entre les mains de quelqu'un, avoir recours à lui en se mettant à sa disposition.

    Il signifie aussi être prêt à faire tout ce qui conviendra à la personne entre les mains de qui on se remet.

    Se remettre entre les mains de Dieu, entre les mains de la Providence, se résigner aux volontés du ciel. Elle [la foi] s'en remet pour les faveurs temporelles… aux desseins éternels que le Seigneur a formés sur nos destinées, Massillon, Carême, Prière 2. Contente d'avoir découvert le sujet de sa douleur, elle s'en remet du reste à la sagesse et à la clémence du Fils de David, Massillon, ib. 2.

  • 32Recouvrer la santé, les forces, etc. Depuis huit jours que j'y suis [à Nancy], je n'ai pu encore me remettre ; et plus je me repose, plus je m'en trouve las, Voiture, Lett. VI. Vous devez dire : je ne puis plus voyager, il faut que je me remette, Sévigné, 399. Il faisait de fréquentes et de rudes sorties, dans l'une desquelles Denis accuse une blessure dont il eut bien de la peine à se remettre, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. V, p. 212, dans POUGENS. Les filles qui se sont évanouies sont bien longtemps à se remettre avant de recevoir une visite, Voltaire, Écoss. III, 7. Il se remit, quoique avec peine, de son extrême épuisement, Marmontel, Cont. mor. Mariag. samn. La santé de lord Nelvil se remettait par le climat d'Italie, Staël, Corinne, XIX, 7.

    Rétablir ses affaires après une perte. Il s'est remis des pertes d'argent qu'il a éprouvées. En un mot, cette province [la Bretagne] a grand tort ; mais elle est rudement punie, et au point de ne s'en remettre jamais, Sévigné, 228.

  • 33Le temps se remet, il revient au beau. Si le temps se remet aujourd'hui, nous descendrons demain, Rousseau, Corresp. du Peyrou, t. III, p. 60, dans POUGENS. Je vis avec plaisir en ouvrant mes fenêtres, que le temps s'était remis au beau, Genlis, Mères riv. t. II, p. 64, dans POUGENS.
  • 34Revenir d'un trouble moral. Remettez-vous, monsieur, d'une alarme si chaude, Molière, Tart. V, 7. Mais voici ce que j'apprends en entrant ici, dont je ne puis me remettre, et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande, Sévigné, 46. Je suis revenue tristement ici, où je ne puis me remettre de cette séparation, Sévigné, 190. À ces mots, il ramassa son épée, et, les laissant se remettre de la frayeur qu'il leur avait causée, il remonta dans son appartement, Lesage, Diable boit. IV.

    Absolument. Il faut donner aux bons, pour s'entre-soutenir, Le temps de se remettre et de se réunir, Corneille, Othon, V, 2. Enfin Duroc se détermine [à annoncer à Napoléon, passant une revue à Moscou, que le canon gronde] ; l'empereur changea d'abord de visage, puis il se remit promptement, et continua sa revue, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 11.

    Remettez-vous, commencez par vous remettre, se dit à une personne agitée, troublée, fatiguée, pour l'engager à se calmer, à reprendre ses esprits. Remettez-vous, mon frère, et ne vous fâchez pas, Molière, Tart. III, 7. Remettez-vous un peu ; vous voilà tout hors de vous-même, Dancourt, Bourg. à la mode, II, 8.

  • 35Se réconcilier. Je vous prie enfin de vous remettre bien ensemble, Molière, Sicil. 16. Pour Mme de Mazarin, sur tout ce qu'on lui disait ici, pour l'obliger à se remettre avec son mari, elle répondait toujours en riant, comme pendant la guerre civile : Point de Mazarin, point de Mazarin, Sévigné, 22.
  • 36Être pardonné. Si ce crime autrement ne saurait se remettre, Corneille, Place Roy. II, 2.
  • 37Être remis, rétabli. Et la règle déjà se remet dans Clairvaux, Boileau, Lutr. II.

HISTORIQUE

XIIe s. Mais biauz semblanz me remet en vigour, Couci, XVII. Quant il [Dieu] les out [les princes] el mund muntez e encheriz, Mal unt encuntre Deu lur mestiers acompliz ; Deus les ad à neent remis e apovris, Th. le mart. 75. Mult durement vers li [Thomas] en ire [le roi] s'enflamba, Et très bien li promet que il l'abaissera, E là ù il le prist, que il le remetra, ib. 28.

XIIIe s. Tels i ot qui se remestrent à encre [ancre], Villehardouin, CXIII. Li Grieu [les Grecs] lor faisoient si souvent saillies, que il ne les laissoient reposer ; et nostre baron les remetoient ens moult durement, Villehardouin, LXXV. Tout premiers, se Diex ce donne que vos en son heritage le puissiés remettre, il metra tout l'empire de Constantinoble à l'obedience de Rome, Villehardouin, LI. Et la grele qui ert [était] sus sa robe remise [déposée], Berte, XXX. Il savoit bien que, se il en feist un tuer, l'en y remeist tantost un autre aussi bien, Joinville, 259. Cette dessevrance [séparation] n'est pas si fort, que il ne se repuissent remetre ensemble, Beaumanoir, XVIII, 6.

XIVe s. Il vivent pareceusement, et sont remis et negligens, Oresme, Eth. 73. Et que Dieu l'ordena [du Guesclin] par son digne commant Pour remettre la fleur de lis en son estant, Guesclin. 18296.

XVe s. Ils se remirent à reconquerir de nouvel, Froissart, II, II, 215. Nonobstant qu'il les hayst et en eust bien cause, si vouloit il remettre ces injures et laisser en leur entier, Commines, III, 9.

XVIe s. Minos, remettant à la ville d'Athenes ce tribut qu'elle luy devoit payer, Amyot, Thés. 22. Theseus remettant en bonne paix les Atheniens avec les Candiots, Amyot, ib. 23. Les Atheniens garderent ce vaisseau, en ostant tousjours les vieilles pieces de bois, à mesure qu'elles se pourrissoient, et en remettant des neuves en leur place, Amyot, ib. 27. Tatius le remettoit de jour à autre, et lui usoit tousjours de quelque desfaicte, Amyot, Rom. 36. La ville se trouva si affoiblie, qu'à peine se pouvoit elle ravoir et remettre sus, Amyot, ib. 39. Ilz envoyerent des ambassadeurs pour se remettre eulx et leurs biens à sa discretion, Amyot, Cam. 18. Saloninsis respondit, que, quant à cela, il s'en remettoit du tout à luy, Amyot, Cat. 50. Ilz se remeirent à courir et piller toute l'italie, Amyot, Crass. 14. Monsieur, dit-il, qui laisse la partie la perd, et qui la remet, Lanoue, 564. Remettre une fracture ou luxation, Paré, Pref. Un exercice ny trop remis et lasche, ny trop gaillard et brusque, Paré, Introd. X. Il [Xénophon] montre que nous devons plus rarement prier Dieu, d'autant qu'il n'est pas aysé que nous puissions si souvent remettre nostre ame en ceste assiette reglée, reformée et devotieuse où il fault qu'elle soit pour ce faire, Montaigne, I, 402. Iniques juges, qui remettent à juger alors que…, Montaigne, I, 31. S'abandonnant et se remettant à la garde des dieux, Montaigne, I, 137. L'un de ses serfs le vint advertir que l'audience estoit remise au lendemain, Montaigne, I, 291. Donner à son ennemy moyen de se remettre sus… des soldats ralliez et remis, Montaigne, I, 351. Il entreprint de le tuer pour remettre son païs en liberté, Montaigne, II, 43. J'estois ici à mesme pour payer ma debte, mais j'ay trouvé un bon crediteur qui me l'a remise, Montaigne, Lett. V.

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Remettre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

REMETTRE, v. act. (Gram.) c’est restituer dans l’état qui a précédé, ou mettre derechef. On remet ses affaires en ordre ; on remet un criminel entre les mains de la justice ; on remet son bien à ses enfans ; on remet les chiens sur la voie ; on se remet en garde ; on remet la partie ; on remet le jugement d’une affaire à un autre jour ; on remet une dette, une injure ; on se remet d’une longue maladie ; la perdrix se remet d’un lieu dans un autre quand elle est chassée ; on se remet dans l’esprit une chose qu’on avoit oubliée ; on se remet d’une surprise ; on se remet à l’étude ; on se remet à la décision du sort ; on remet son bénéfice entre les mains du collateur ; on remet un bras disloqué.

Remettre un bataillon, (Art milit.) On dit aussi remettre les rangs, remettre les files, ou simplement se remettre. C’est revenir sur son terrein après avoir fait des doublemens, des contre-marches, ou des conversions. Ainsi, c’est reprendre ses premieres distances, & faire face sur le même front où l’on étoit avant le mouvement. Quand les doublemens se font par files, il faut toujours se remettre par le contraire du doublement : par exemple, si on a doublé les files à droite, il faut se remettre en faisant à gauche ; & si on double les files à gauche, on se remet en faisant à droite. Mais aux doublemens qui se font par rangs, on se remet de la même maniere qu’on a doublé, c’est-à-dire que si l’on a doublé à droite, on fait encore à droite pour se remettre ; & si l’on a doublé les rangs à gauche, on se remet en faisant encore à gauche. Dictonn. milit. (D. J.)

Remettre, en terme de négoce, c’est faire tenir de l’argent en quelque endroit. Voyez Remise

Remettre signifie aussi donner au banquier le droit qui lui appartient, pour avoir de lui telle ou telle lettre de change, voyez Change.

Remettre signifie aussi abandonner à un débiteur une partie de sa dette, comme si vous remettez à quelqu’un le quart de ce qu’il vous doit, à condition qu’il vous payera sur l’heure.

Remettre une lettre, un paquet, une somme à quelqu’un, c’est les lui envoyer ou les lui donner en main propre.

Remettre veut dire aussi différer. Rien n’est plus préjudiciable à la réputation d’un marchand, que de remettre le payement de ses billets & lettres de change.

Remettre, se remettre signifie confier. J’ai remis mes intérêts entre les mains d’un arbitre ; je m’en remets à vous de cette affaire. Dictionnaire de Commerce & de Trévoux.

Remettre, en fait d’escrime. On entend par se remettre se placer en garde après avoir alongé une estocade.

Pour se remettre on fait un effort du jarret gauche, qui ramene tout le corps en-arriere, & en même tems on arrondit le bras gauche pour le remettre dans sa premiere situation, aussi-bien que toutes les autres parties du corps. Ce mouvement du bras gauche donne beaucoup de facilité pour se remettre.

Remettre, terme de Chandelier ; remettre la chandelle, c’est lui donner la troisieme couche de suif. Pour la premiere trempe, on dit plinger ; pour la seconde, c’est retourner. Les autres suivantes, qui sont en plus grand ou plus petit nombre, selon le poids de la chandelle qu’on façonne, n’ont point de nom, à la réserve des deux dernieres, dont l’une s’appelle mettre, prêter, l’autre rachever. Savary. (D. J.)

Remettre, (Soierie.) c’est passer les fils de chaîne dans les maillons du corps & dans les têtes. Voyez l’article Velours ciselé.

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Étymologie de « remettre »

Étymologie de remettre - Littré

Wallon, rimett ; provenç. remetre ; catal. remetrer ; espagn. remitir ; ital. remittere ; du latin remittere, de re…, et mittere (voy. METTRE).

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Étymologie de remettre - Wiktionnaire

(XIIe siècle) De l’ancien français remetre, du latin remitto, remittere, « renvoyer, laisser ». → voir re- et mettre.
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Phonétique du mot « remettre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
remettre rœmɛtr play_arrow

Conjugaison du verbe « remettre »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe remettre

Citations contenant le mot « remettre »

  • https://www.capital.fr/votre-argent/les-pistes-pour-remettre-a-plat-la-fiscalite-des-non-residents-1376544 Capital.fr, Les pistes pour remettre à plat la fiscalité des non-résidents - Capital.fr
  • "Nous venons de terminer un excellent stage en altitude à Val d’Isère pendant deux semaines raconte-t-il, nous avons effectué du très bon travail dans un cadre exceptionnel en haute montagne. Après une longue pause, il y a forcément beaucoup de plaisir à remettre un dossard sur une épreuve comme la route d’Occitanie…" ladepeche.fr, "Il y a forcément beaucoup de plaisir à remettre un dossard" - ladepeche.fr
  • Vincent Ilhe, 41 ans, est le nouveau directeur de La Poudrière à Belfort. Il a pris ses fonctions le 16 mars, au moment de la fermeture administrative de l’établissement… Aujourd’hui, il propose avec son équipe un programme hors les murs pour faire vivre l’institution et remettre de l’huile dans le moteur. Le Trois -, Vincent Ilhe : « C’est le rôle de La Poudrière de remettre de l’huile dans le moteur » - Le Trois -
  • Il est urgent de remettre à niveau l’offre de réanimation en France. Pour mener la guerre contre le virus, déclarée par le président de la République, nous n’étions pas assez nombreux ! Le déficit quantitatif et qualitatif de soignants expérimentés en réanimation, c’est-à-dire d’aides-soignants, d’infirmiers et de médecins, a constitué notre principale faiblesse, en partie seulement compensée par les renforts venus de toutes les spécialités, de tous les territoires et quel qu’ait été leur mode d’exercice. Il est urgent de corriger cette anomalie et de renforcer notre système de santé. Le Monde.fr, « Il est urgent de remettre à niveau l’offre de réanimation en France »
  • Il est dangereux de remettre les clés de la République a un homme tenté par le pouvoir personnel. De Patrick Poivre d'Arvor / L'Irrésolu
  • Quand un homme se trompe de chemin, la vie se charge de le remettre à sa place. De Lisa Carducci / Nouvelles en couleurs
  • Il faut critiquer, il faut constamment tout remettre en cause. Cela permet de rester jeune et de progresser. De Alice Parizeau / Les Militants
  • C’est purement négatif de toujours remettre tout en cause, c’est, en somme, la marque des faibles, des incapables. De Charles de Gaulle
  • Mais on a beau pleurer très sincèrement, il y a toujours un moment où il faut remettre de la poudre. De Henri Duvernois / Coeur
  • A quoi bon remettre à demain ce qu'on peut faire avec ses pieds. De Maurice Roche
  • Juger les autres, c’est avant tout se remettre en question. De Abderrahmane Sissako / Evene.fr - Mai 2007
  • Vivre, n'est-ce pas toujours se remettre en question ? De Gilles Archambault / Les plaisirs de la mélancolie
  • La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds. De Bertolt Brecht / Remarques sur grandeur et décadence de la ville de Mahagonny
  • Il faut remettre une fois par an son avenir en jeu. De Arthur Cravan /
  • La colère du vrai croyant ne dure que le temps de remettre son turban en ordre. De Proverbe arabe
  • Celui qui se fâche a deux peines : celle de se fâcher et celle de se remettre. De L.F. Sauvé
  • A force de remettre à plus tard, la vie nous dépasse. De Sénèque
  • Il est bon de remettre tout en question, chaque jour. De Francis Blanche

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Traductions du mot « remettre »

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Synonymes de « remettre »

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