Emporter : définition de emporter


Emporter : définition du Wiktionnaire

Verbe

emporter \ɑ̃.pɔʁ.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’emporter)

  1. Porter hors d’un lieu.
    • Une cage à serins était pendue au plafond ; les oiseaux avaient été emportés, mais la mangeoire était pleine de chenevis. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • La viticulture auvergnate fut à son apogée vers le milieu du XIXe siècle […] Les bateaux qui descendaient l’Allier emportaient des vins d’Auvergne jusqu’à Paris. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Un matin du mois de Juin, il mousine un petit crachin froid. Un gros camion vient de quitter le Champ du Trou : il emporte nos meubles. — (Bernard Kuntz, Planète Rimbe, Éditions Edilivre, 2007, page 160)
    • Je n’emporterai de ces lieux qu’un souvenir agréable.
    • Le secret qu’il emporte avec lui dans la tombe.
  2. Entraîner, arracher, enlever ou emmener avec effort, avec rapidité ou avec violence.
    • Il y a le nageur intrépide qui, sourd aux appels du maître baigneur, dépasse les limites du bain surveillé, gagne la pleine mer et est emporté par une lame de fond. — (Franc-Nohain [Maurice Étienne Legrand], Guide du bon sens, Éditions des Portiques, 1932)
    • Son cheval prit le mors aux dents et l’emporta à travers les champs.
    • Il eut le bras emporté par un obus.
  3. (Figuré) Causer la mort rapidement, en parlant d’une maladie.
    • Trois ans après, Burrhus mourait de maladie ou empoisonné. Ceux qui crurent sa mort naturelle dirent qu'il avait été emporté par une esquinancie qui lui avait fait perdre tout d'un coup la respiration ; […]. — (U. Barrière, « BURRHUS (Africanus) », dans le Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture, tome 56 (4e du supplément), Paris : chez Garnier frères, 1845, p. 32)
  4. Détruire ; faire disparaître.
    • Il ne retira de sa créance qu’un millier de francs, les frais emportèrent le reste.
    • Le jus de citron emporte les taches d’encre, emporte la couleur des étoffes sur lesquelles il tombe.
    • Les canons et les fusils, les torpilleurs et les cuirassés, la poudre et la dynamite, la fumée et le massacre emportent des milliards, des sommes plus que suffisantes à nourrir tout ce que l’Europe compte de faméliques et de va-nu-pieds. — (Laurent Tailhade, Discours pour la Paix, Lettre aux conscrits, L’Idée libre, 1928, p. 21-30)
  5. (En particulier) (Médecine) Guérir.
    • Ce remède emporte la fièvre.
  6. (Figuré) Tirer l’âme de sa situation ordinaire, jeter dans quelque excès, en parlant des passions.
    • Lui non plus n’aurait pas voulu choquer Jim par son manque de délicatesse, mais sa nature brutale subitement l’emportait. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • La colère l’emporta bien loin.
    • Se laisser emporter à sa vengeance.
    • La douleur l’a emporté jusqu’à dire, jusqu’à faire…
    • La jeunesse se laisse emporter aux plaisirs.
  7. (Figuré) Gagner ; obtenir.
    • Il emporta l’avantage sur tous ses rivaux.
    • Dans son art il emporte le prix.
    • Il emporta la gloire d’avoir triomphé de l’ennemi.
  8. (Spécialement) Obtenir par une sorte de violence.
    • Cet homme a tant de crédit qu’il emporte tout ce qu’il veut.
    • Il emporta cette affaire à force de sollicitations.
  9. (Militaire) Conquérir, se rendre maître, en peu de temps.
    • La veille même du combat de Zouafques, le prince Thomas avait emporté plusieurs redoutes à la faveur desquelles il rétablit aussitôt ses communications avec les assiégés […] — (Mémoires authentiques du duc de La Force, maréchal de France, et de ses deux fils, vol. 1, Paris, 1843, p. C)
  10. Entraîner par une suite nécessaire ; comprendre ; impliquer.
    • Le droit de justice des seigneurs hauts justiciers était absolu. Il emportait la plénitude de la juridiction civile et criminelle, limitée seulement par les cas royaux. — (Alfred Franklin, La Vie privée d’autrefois - La vie de Paris sous Louis XV devant les tribunaux, Plon, Paris, 1899, p. 9)
    • Un soin particulier doit donc être apporté, dans la discussion des options, à la vérification de la conformité aux principes et règles supérieurs, qu’ils soient constitutionnels, internationaux ou européens, ainsi qu’aux conséquences indirectes que la modification législative envisagée est susceptible d’emporter sur d’autres pans du droit. — (Secrétariat général du gouvernement et Conseil d’État, Guide de légistique, 3e version, La Documentation française, 2017, ISBN 978-2-11-145578-8 → lire en ligne)
  11. (Pronominal) Se livrer à un excès d’orgueil, d’audace, et en général à un sentiment immodéré.
    • Quand bien même seraient-ils cinq mille ! s'emporta le lieutenant qui, décidément, me surprenait par la hargne qu'il démontrait. On n'a point éprouvé deux jours d’emmouscaillement dans cette forêt du diable pour s'en retourner quinauds. — (Camille Bouchard, Un massacre magnifique, Éditions Hurtubise, 2010, page 236)
  12. (Pronominal) (Absolument) Se fâcher violemment, s’abandonner à la colère.
    • S’emporter contre quelqu’un. — Il s’emporte pour peu qu’on le contredise.
  13. (Pronominal) Ne pouvoir être retenu par celui qui le monte ou qui le conduit, en parlant d’un cheval.
    • Les chevaux s’emportèrent et la voiture versa.
    • (Par analogie) La Girafe, excitée à fuir, se presse, s’emporte, et est bientôt hors de vue ; mais elle ne soutient point longtemps cet effort, qu’elle ressent comme une fatigue […] — (Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Quelques Considérations sur la Girafe, 1827)
  14. (Pronominal) (En particulier) (Sports hippiques) Se dit d'un cheval de trot qui se montre fautif dans ses allures et est par suite susceptible d'être disqualifié.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Emporter : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EMPORTER. v. tr.
Porter hors d'un lieu. Il a fait emporter tous ses meubles de la maison. Emporter un malade, un homme blessé. La proie qu'un aigle emporte dans son aire. Emportez ce livre, vous le lirez à loisir. Emporter des provisions, des bagages. Il prit la fuite, en emportant les fonds qui lui avaient été confiés. Fig., Je n'emporterai de ces lieux qu'un souvenir agréable. Le secret qu'il emporte avec lui dans la tombe. En nous quittant il a emporté tous nos vœux, il a emporté tous les cœurs. Il signifie encore Entraîner, arracher, enlever, emmener avec effort, avec rapidité, avec violence. Son cheval prit le mors aux dents et l'emporta à travers les champs, ou, absolument, l'emporta. Les courants emportèrent le vaisseau. Le vent a emporté mon chapeau. Il eut le bras emporté par un obus. La rivière a emporté les ponts, les chaussées, etc. Fig. et fam., Emporter la pièce, le morceau, Railler, médire d'une manière cruelle. Fig., Autant en emporte le vent, se dit en parlant de Promesses auxquelles on n'ajoute pas foi, ou de Menaces dont les effets ne sont point à craindre. Il me promet monts et merveilles, autant en emporte le vent. Fam., Que le diable vous emporte, se dit pour exprimer son dépit, sa mauvaise humeur, sa colère contre quelqu'un. Pour les autres locutions analogues, voyez DIABLE.

EMPORTER signifie aussi figurément Causer la mort rapidement, en parlant d'une Maladie. Le choléra emporte les gens en peu de jours. Cette maladie l'emportera. La fièvre l'a emporté. Il signifie également Détruire, faire disparaître. Il ne retira de sa créance qu'un millier de francs, les frais emportèrent le reste. Il se dit surtout en parlant de Couleurs, de taches, etc. Le jus de citron emporte les taches d'encre, emporte la couleur des étoffes sur lesquelles il tombe. Ce remède emporte la fièvre, Il la guérit. Il se dit encore figurément des Passions et signifie Tirer l'âme de sa situation ordinaire, jeter dans quelque excès. La colère l'emporta bien loin. Se laisser emporter à sa vengeance. La douleur l'a emporté jusqu'à dire, jusqu'à faire... La jeunesse se laisse emporter aux plaisirs.

S'EMPORTER signifie Se livrer à un excès d'orgueil, d'audace, et en général à un sentiment immodéré. Ce conquérant s'emporta jusqu'aux plus folles entreprises. Il se dit absolument pour signifier Se fâcher violemment, s'abandonner à la colère. S'emporter contre quelqu'un. Il s'emporte pour rien. Il s'emporte pour peu qu'on le contredise. Il signifie également Ne pouvoir être retenu par celui qui le monte ou qui le conduit, en parlant d'un Cheval. Son cheval s'emporta. Les chevaux s'emportèrent et la voiture versa. On dit quelquefois, dans un sens analogue, qu'Un chien de chasse s'emporte.

EMPORTER signifie figurément Gagner, obtenir. Il emporta l'avantage sur tous ses rivaux. Dans son art il emporte le prix. Il emporta la gloire d'avoir triomphé de l'ennemi. Il s'y joint le plus souvent l'idée d'une sorte de violence. Cet homme a tant de crédit qu'il emporte tout ce qu'il veut. Il emporta cette affaire à force de sollicitations. Fig., Emporter quelque chose de haute lutte, L'emporter malgré toute opposition. Emporter une place, S'en rendre maître en peu de temps. Il emporta la place en quinze jours de tranchée ouverte. Emporter une place d'assaut, l'emporter d'emblée. On dit de même Emporter un ouvrage l'épée à la main; emporter un retranchement; etc. Un bastion emporté par les assaillants. Fig., Emporter quelque chose à la pointe de l'épée, L'emporter avec une violence rapide. Fig., Emporter la balance, Déterminer la préférence. Cette considération emporta la balance. Il signifie aussi Entraîner par une suite nécessaire ou Comprendre, impliquer. Dans quelques pays, la condamnation à mort emporte la confiscation des biens. La proposition générale emporta la proposition particulière. Le mot de vertu emporte l'idée d'effort fait sur soi-même. En termes de Procédure, La forme emporte le fond, se dit pour exprimer que, dans le jugement d'un procès, la forme prévaut sur le fond, c'est-à-dire qu'un simple défaut de forme peut faire échouer dans les prétentions les mieux fondées. On dit, dans le sens contraire, Le fond emporte la forme, Le fond prévaut sur la forme.

L'EMPORTER signifie Avoir la supériorité, le dessus, prévaloir. Ce vin l'emporte sur tous les autres vins. Le diamant l'emporte sur toutes les autres pierreries. Virgile et Horace l'emportent sur tous les poètes latins. Il l'a emporté sur ses concurrents. Cet avis l'emporta. Sa fierté l'emporta sur ses intérêts. Il signifie aussi Peser davantage. À volume égal, l'or l'emporte de beaucoup sur l'argent.

Emporter : définition du Littré (1872-1877)

EMPORTER (an-por-té) v. a.
  • 1Enlever d'un lieu pour porter dans un autre. Il a emporté tous ses livres. Il commanda qu'on fit emporter le corps, Vaugelas, Q. C. VIII, 9, dans RICHELET. Qu'on m'emporte d'ici, je me meurs, Corneille, Rodog. V, 4. Josabeth dans son sein l'emporta tout sanglant, Racine, Ath. IV, 3. La terre est emportée avec une rapidité inconcevable autour du soleil, La Bruyère, XVI.

    Fig. Vous ne l'emporterez pas en paradis, se dit par menace et pour signifier qu'on se vengera tôt ou tard.

    Familièrement. Que le diable vous emporte, se dit pour exprimer le dépit, l'impatience contre quelqu'un.

    Que le diable m'emporte si…, je veux que le diable m'emporte…, locution familière et hors du ton de la société, pour appuyer sur une chose, pour la nier ou l'affirmer, suivant qu'on ajoute ne ou qu'on ne l'ajoute pas. Que le diable m'emporte, si je fais cette visite. Aussi, loin de contester ses vertus, je veux que le diable m'emporte… - Plaît-il, monsieur ? Picard, Les deux Philibert, II, 14.

    On retranche aussi le que. Le diable vous emporte, m'emporte.

  • 2Enlever et porter avec soi. Il a emporté tout ce qu'il avait. Emportez ce livre, vous le lirez en route.

    Fig. Les Maures en fuyant ont emporté son crime, Corneille, Cid, IV, 5. La joie en est publique, et les princes tous deux Des Syriens ravis emportent tous les vœux, Corneille, Rodog. II, 1. N'est-il aucune voie Par où je puisse à Rome emporter quelque joie ? Corneille, Sertor. III, 2. Je n'emporterai donc qu'une inutile rage ? Racine, Andr. III, 1. Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine, Racine, Brit. III, 3. Toi-même tu l'as vu courir dans les combats Emportant après lui tous les cœurs des soldats, Racine, Bajaz. I, 1. Le roi qui m'attendait au sein de ses États, Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas, Racine, Mithr. I, 3. Ma mort n'emporte pas tout le fruit de vos feux, Racine, Iphig. V, 3. J'emporte de ce château et du philosophe qui l'habitait, un souvenir heureux qui ne s'effacera jamais de ma mémoire et de mon cœur, Genlis, Veillées du château t. II, p. 435, dans POUGENS.

    L'aîné emporte les deux tiers du bien, les deux tiers du bien sont dévolus à l'aîné.

  • 3Il se dit aussi des choses qui entraînent, emmènent avec soi. L'inondation a emporté les ponts. La terre nous emporte dans son mouvement diurne et annuel. Il écrit, et les vents emportent sa pensée, Qui va dans tous les lieux vivre et s'entretenir, Lamartine, Harm. II, 10.

    Autant en emporte le vent, se dit de paroles, de menaces, de promesses qui ne se réalisent pas. Il en est à mines discrètes Et d'un entretien décevant ; Mais fiez-vous à leurs fleurettes ; Autant en emporte le vent, Me de la Vigne, dans RICHELET. Je disais, et les vents emportaient ma prière, Lamartine, dans le Dict. de POITEVIN.

    Terme de chasse. Le vent emporte la voie, se dit quand le vent empêche les chiens de sentir la voie. Un chien emporte la voie lorsqu'il suit ou chasse sans difficulté.

  • 4Prendre, ravir. Les voleurs ont tout emporté. Par force ou par amour il croit vous emporter, Corneille, Perthar, V. 1. Ces drapeaux glorieux Que de ce bras vainqueur j'emportai sous vos yeux, Ducis, Roméo, I, 3.

    Terme de guerre. Emporter une place, s'en rendre maître de vive force. On eût emporté la ville, si toute l'armée eût donné, Perrot D'Ablancourt, Arrien, liv. I, dans RICHELET.

    Emporter une place, un retranchement à la pointe de l'épée, l'emporter d'assaut ; et fig. emporter quelque chose à la pointe de l'épée, l'emporter avec de grands efforts.

  • 5 Fig. Entraîner moralement. Je goûte le plaisir sans en être emporté, Régnier, Épît. II. Il faut se laisser emporter à la foule, Guez de Balzac, liv. IV, lett. 30. Quoi ! l'amour qu'en ton cœur j'ai fait naître aujourd'hui T'emporte-t-il déjà jusqu'à mourir pour lui ? Corneille, Cinna, V, 2. Les sentiments de douleur qu'il en peut légitimement concevoir devraient du moins l'emporter à faire quelques reproches à celle dont il se croit trahi, et lui donner par là l'occasion de le désabuser, Corneille, Examen de Mélite. Le souvenir des siens, l'orgueil de sa naissance L'emporte à tous moments à braver ma puissance, Corneille, Héracl. I, 1. Et vous devez dompter l'ardeur qui vous emporte, Corneille, Nicom. II, 3. Ce que demande Horace au poëte qu'il instruit, quand il veut qu'il possède tellement ses sujets qu'il en demeure le maître et les asservisse à soi-même, sans se laisser emporter par eux, Corneille, Clit. Préface. C'est un homme qui emporte le cœur, Sévigné, 155. Je me suis laissé emporter au plaisir de…, Sévigné, 561. Ne vous fiez pas à votre puissance, et qu'elle ne vous emporte pas à des moqueries insolentes, Bossuet, Polit. III, 3, 15. [Antiochus] exerce des cruautés inouïes : son orgueil l'emporte aux derniers excès, Bossuet, Hist. II, 5. Depuis ce temps, l'esprit de séduction règne tellement parmi eux qu'ils sont prêts encore à chaque moment à s'y laisser emporter, Bossuet, ib. II, 9. La fureur m'emportait, et je venais peut-être Menacer à la fois l'ingrate et son amant, Racine, Andr. III, 1. À quel excès de rage La vengeance d'Hélène emporta mon courage ! Racine, ib. IV, 5. À ce plaisir se laissant emporter, Il pourrait bien, moins discret et moins sage, De l'avenir entr'ouvrir le nuage, Malfilâtre, Narc. ch. II.

    Il se dit aussi des animaux. La frayeur les emporte [les chevaux], Racine, Phèd. V, 6.

  • 6Faire aller au delà de ce que l'on voudrait. Monsieur, cette dernière [abomination] m'emporte, et je ne puis m'empêcher de parler, Molière, Don Juan, V, 2. Oh ! ciel, je me serai trahi moi-même, la chaleur m'aura emporté, Molière, l'Av. I, 5.
  • 7Causer la mort. Autrefois les famines emportaient des générations entières. Cette maladie l'emportera. Cette raison du moins en mon mal me conforte, Que, s'il n'est supportable, il faudra qu'il m'emporte, Rotrou, Antig. III, 4. La fatigue et la blessure lui causèrent une fièvre avec un transport au cerveau qui pensa l'emporter, Lesage, Diable boit. ch. 9.
  • 8Détruire, faire cesser, faire disparaître. Le jus de citron emporte les taches d'encre. Une douleur que le temps emporte. Ce remède emporte la fièvre. Les faveurs du tyran emportent tes promesses ; Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses, Corneille, Cinna, III, 4. Le gouvernement ne retire que 5 481 250 livres ; l'achat des matières, les frais de fabrication, les bénéfices du fermier emportent le reste, Raynal, Hist. phil. IX, 19.
  • 9Couper, retrancher. Le boulet lui emporta un bras. On en donne ici pour trois écus [de jeunes lions] qui sont les plus jolis du monde ; en se jouant, ils emportent un bras ou une main à une personne, Voiture, Lett. 40.

    Par exagération. Le chat lui a emporté la main, lui a fait de très fortes égratignures.

    Fig. Emporter la pièce, railler d'une manière très mordante. Il avait l'esprit enjoué, un peu railleur ; mais il raillait agréablement, sans emporter la pièce, Lesage, Estev. Gonzal. ch. 36.

  • 10Obtenir, avec une idée d'effort, de force, de violence. Quand le monstre infâme d'Envie… Jette les yeux dessus ta vie, Et te voit emporter le prix Des grands cœurs et des beaux esprits, Malherbe, IV, 5. Ce que je méritais, vous l'avez emporté, Corneille, Cid, I, 7. Il suit toujours son but jusqu'à ce qu'il l'emporte, Corneille, Nicom. V, 4. En vérité, monsieur, quelque approbation qu'ait emportée votre nouvelle Jocaste, Corneille, Lettre à l'abbé de Pure, 12 mars 1659. Ces grands rois qu'en tous lieux a suivis la victoire, Lui voyant emporter sur eux le premier rang, Corneille, Andromède, Prologue. J'apprends plus contre vous par mes désavantages Que les plus beaux succès qu'ailleurs j'aie emportés Ne m'ont encore appris par mes prospérités, Corneille, Sert. III, 2. Vous seule d'un coup d'œil emportâtes la gloire D'en faire évanouir…, Corneille, Othon, II, 2. Oui, le destin de Rome emporte l'avantage, Mairet, M. d'Asdrub. III, 1. Celui-ci sur son concurrent Voulait emporter l'avantage, La Fontaine, Fabl. VIII, 19. Et si de t'agréer je n'emporte le prix, J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris, La Fontaine, Fabl. Au dauphin. Il n'est pas possible que de telles extravagances où l'impiété et l'absurdité combattent ensemble à qui emportera le dessus…, Bossuet, Var. XIII, 21. Il faut que la force, la magnanimité, la prudence et cent autres vertus soient le principe de ces victoires qu'on veut emporter sur les hommes, Mascaron, Anne d'Autriche, II. Fidèles qui jouissez dans le ciel d'un royaume que vous n'avez emporté que par la violence, Massillon, Car. Élus. D'anciens tribuns du peuple et les principaux plébéiens se flattant d'emporter ces dignités parurent dans la place, Vertot, Révol. t. VI, p. 111. Ne soyez pas surprise si, bien que votre âme soit la plus sensible, la mienne sait le mieux aimer, et si, vous cédant en tant de choses, j'emporte au moins le prix de l'amour, Rousseau, Hél. I, 2.

    Absolument. Obtenir à force d'instances, faire prévaloir une opinion dans un conseil. Le célèbre Vauban emporta que la ville [de Namur] serait attaquée séparément du château, contre le baron de Bressé qui voulait qu'on fît le siége de tous les deux à la fois, Saint-Simon, 1, 25.

    Emporter un choix, le décider. Et l'offre pour Othon de lui donner ma voix Soudain en ma faveur emportera son choix, Corneille, Othon, II, 4. Que votre seul mérite emporte ce grand choix, Sans que votre présence ait mendié des voix, Corneille, Pulch. I, 5.

    Emporter la balance, déterminer la préférence. Ta beauté sans doute emportait la balance, Corneille, Cid, III, 4. Enfin votre rigueur emporta la balance, Racine, Bérén. I, 4.

    Emporter quelque chose de haute lutte, l'obtenir, s'en emparer rapidement et malgré toute opposition.

    L'emporter, être plus pesant. À volume égal, l'or l'emporte de beaucoup sur l'argent. Fig. L'emporter, prévaloir. Je ne craignais pas que la cruauté des ennemis l'emportât sur votre clémence, Vaugelas, Q. C. VI, 10, dans RICHELET. Enfin vous l'emportez, et la faveur du roi Vous élève en un rang qui n'était dû qu'à moi, Corneille, Cid, I, 3. Vous le direz [le mot de prochain], ou vous serez hérétique, et M. Arnauld aussi, car nous sommes le plus grand nombre ; et, s'il est besoin, nous ferons venir tant de cordeliers que nous l'emporterons, Pascal, Prov. I. Sur l'intérêt des Grecs vous l'aviez emporté, Racine, Iphig. IV, 4. Votre frère l'emporte et Phèdre a le dessus, Racine, Phèdre, II, 6. D'Esther, d'Aman, qui le doit emporter ? Racine, Esth. II, 9. Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi, Racine, Athal. II, 5. Dieu des Juifs, tu l'emportes, Racine, ib. V, 6.

    L'emporter, se dit aussi des choses. Il est juste que nous soyons affligés et consolés comme chrétiens, et que la consolation de la grâce l'emporte par-dessus les sentiments de la nature, Pascal, Lett. à Mme Périer, 17 oct. 1651. Sa table l'emporte sur celle d'un ministre pour la délicatesse et l'abondance, Lesage, Diable boit. ch. 18. Et l'intérêt commun l'emporta dans mon cœur, Voltaire, Tancr. I, 1.

  • 11Avoir pour conséquence. Ce crime emporte la peine capitale. La ruine de Rennes emporte celle de la province, Sévigné, 227. Un oui affirmatif qui emporte l'acquiescement, Bossuet, II, Annonc. 2. Cette foi n'emporte-t-elle pas nécessairement une adoration ? Bossuet, II, Var. 6. Le mariage avec Perci emportait la nullité de celui…, Bossuet, II, ib. 7. Notre succession de pasteurs est fondée sur une notoriété universelle qui emporte l'aveu même de nos adversaires, Fénelon, t. II, p. 9. Avoir du plaisir ou de la douleur n'emporte point en soi la capacité de rechercher l'un et de fuir l'autre, Bonnet, Ess. analyt. âme, ch. 19. Le droit de la défense naturelle n'emporte point avec lui la nécessité de l'attaque, Montesquieu, Esp. X, 2. L'une et l'autre [l'erreur et la vérité], poussées au dernier degré, emportent conviction, Chateaubriand, Gén. III, I, 3.

    Terme de procédure. La forme emporte le fond, elle prévaut sur le fond, et un simple défaut de forme peut faire perdre la meilleure cause. Dans le sens contraire, le fond emporte la forme, il prévaut sur la forme.

    Comporter. Ils sentent bien qu'en disant que ces mots emportent la propre substance du corps et du sang, c'est faire clairement paraître que le dessein de Notre-Seigneur a été d'exprimer le corps et le sang, Bossuet, Var. XII, § 4. Les piliers de ces arches [d'un aqueduc près de Carthage] emportent seize pieds sur chaque face, Chateaubriand, Itin. III, 188.

  • 12S'emporter, v. réfl. Être emporté, ôté. Ces meubles s'emportent aisément.
  • 13Se lancer. Un limier le fait partir, Il tâche à se garantir, Dans les forêts il s'emporte, La Fontaine, Fabl. VI, 9.

    Ne plus obéir, en parlant d'un cheval, d'un chien de chasse.

    Terme de jardinier. On dit qu'un arbre s'emporte quand il pousse en hauteur sans se garnir du bas, ou qu'une de ses branches se développe plus que les autres.

  • 14Se laisser aller à des mouvements, à des paroles, à des actes violents, passionnés. Il est difficile à un misérable de parler avec modération et de ne se pas emporter, Vaugelas, Q. C. VI, 10, dans RICHELET. Il s'emportait parfois d'une noble insolence, Tristan, M. de Chrispe, I, 3. Mon père, retenez des femmes qui s'emportent, Corneille, Hor. II, 8. Je veux, je ne veux pas, je m'emporte et je n'ose, Corneille, Cinna, I, 2. Ah ! c'en est trop, et vous vous emportez, Corneille, ib. III, 3. … Je m'emporte, et mes sens interdits Impriment leur désordre en tout ce que je dis, Corneille, Tite et Bér. II, 5. Trop chaud ami qu'il est, il s'emporte à tous coups Pour un fourbe insolent qui se moque de nous, Corneille, la Veuve, V, 6. Faute de me connaître, il s'emporte, il s'égare, Corneille, Nicom. I, 3. [Il] s'emportera sans doute et bravera son père, Corneille, ib. I, 5. Mais, seigneur, je m'emporte, et l'excès d'un tel heur Me fait vous en parler avec trop de chaleur, Corneille, Sert. I, 3. Tel contre vous et moi s'osera révolter, Qui contre un si grand corps craindrait de s'emporter, Corneille, Pulchér. III, 3. Le prince a dû recevoir une puissance indépendante de toute autre puissance qui soit sur la terre ; mais il ne faut pas pour cela qu'il s'oublie, ni qu'il s'emporte, puisque moins il a de compte à rendre aux hommes, plus il a de compte à rendre à Dieu, Bossuet, Polit. IV, II, 4. Rien ne peut m'ébranler ; Jugez-en, puisqu'ainsi je vous ose parler, Et m'emporte au delà de cette modestie, Dont, jusqu'à ce moment, je n'étais point sortie, Racine, Mithr. IV, 4. Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée ; Je m'emporte, seigneur, Racine, Baj. II, 3.

    S'emporter à, jusqu'à. Permettez que je me laisse emporter au ravissement que me donne cette pensée, Corneille, Poly. à la reine régente. Mais tous deux s'emportant à plus d'irrévérence, Corneille, Poly. III, 2. Les gens de guerre connaissent qu'ils sont maîtres de donner l'empire ; ils s'emportent jusqu'à le vendre publiquement au plus offrant, Bossuet, Hist. III, 7. Il n'y a certes qu'une extrême préoccupation qui puisse s'emporter à un tel reproche, Bossuet, Fragm. sur div. mat. de controverse, III. S'étant emporté mal à propos à quelques discours, Hamilton, Gramm. 9. Télémaque s'emporta jusqu'à menacer Phalante, Fénelon, Tél. XVI.

    S'emporter dans, en. J'ai suivi tes conseils ; mais plus je l'ai flattée, Et plus dans l'insolence elle s'est emportée ; Si bien qu'enfin outré de tant d'indignités, Je m'allais emporter dans les extrémités, Corneille, Pomp. II, 4. Hélas ! que je m'emporte en regrets superflus ! Voltaire, Brut. IV, 2. Je ne m'emporte plus en d'inutiles plaintes, Voltaire, Olympe, V, 3.

    S'emporter de colère, de chaleur, se laisser emporter par la colère, par la chaleur. S'il est bien amoureux, il peut s'emporter de colère et tuer dans un premier mouvement, Corneille, Deuxième disc. M. de la Rochefoucauld, qui avait plus de cœur que d'expérience, s'emporta de chaleur ; il n'en demeura pas à son ordre, il sortit de son poste et chargea les ennemis, Retz, Mém. II.

    Ellipse de se, avec le verbe laisser. Laissant emporter son esprit, qui manque naturellement un peu d'assiette, aux impressions précipitées de la surprise, Vauvenargues, Caract. XVIII.

    Se fâcher violemment, s'abandonner à la colère. Il s'emporte pour rien. Il s'est emporté contre ses enfants. Ah ! vous êtes dévot, et vous vous emportez ! Molière, Tart. II, 2. Mon Dieu ! tout doux ; vous allez d'abord aux invectives ; est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? Molière, Mal. im. I, 5. Doucement, diras-tu, que sert de s'emporter ? Boileau, Sat. VIII. Ah ! sans vous emporter, Souffrez que mes efforts tâchent de l'arrêter, Racine, Alex. I, 3. Elle, aussi fière que celles qui ont le plus d'innocence, et aussi prompte que celles qui en ont le moins, s'emporta sur un soupçon qui lui donnait plus de chagrin que de confusion, Hamilton, Gramm. 9.

    Dans le style très familier. S'emporter comme une soupe au lait, se livrer subitement à un mouvement de colère qui ne dure pas longtemps. Cette comparaison est fondée sur ce que, quand le lait bout, il vient un moment où les bouillons s'élèvent tout à coup au-dessus de la casserole et se répandent si l'on ne la retire aussitôt. Cette locution offre l'exemple curieux et assez commun chez nous d'une affection morale assimilée à un fait purement physique.

    PROVERBE

    Le plus fort l'emporte, c'est-à-dire le plus puissant a toujours l'avantage.

REMARQUE

« On emporte une place, dit Voltaire, on remporte un avantage, on a un succès, on n'emporte point un succès ; c'est un barbarisme. » Il n'y a point de barbarisme ; les meilleurs auteurs au XVIe et au XVIIe siècle ont parlé ainsi ; et il n'y a aucune raison pour ne pas parler comme eux.

SYNONYME

EMPORTER LE PRIX, REMPORTER LE PRIX. La particule réduplicative re a tellement perdu ici son sens propre, que l'usage seul a établi quelque différence, non dans le sens, mais dans l'emploi. On dit remporter un prix quand il s'agit des distributions de prix, des concours ; en ce cas, emporter ne s'emploie pas. Mais, quand il ne s'agit pas de ces distributions, et surtout dans le style élevé, emporter est de mise. Emporter se prend surtout dans le sens superlatif, c'est-à-dire avec l'article le qui donne à prix le sens général : il emporte le prix. Mais, s'il s'agit de prix particuliers, on dira : il remporte un prix, des prix.

HISTORIQUE

XIe s. Se truis [si je trouve] Rolant, [il] n'enportera la teste [ne s'en ira avec la tête sur ses épaules], Ch. de Rol. LXXIII.

XIIe s. De Saragoce les cles [clefs] enporterez, Ronc. p. 31. Et je meïsme n'enporterai la vie [ne reviendrai vivant], ib. p. 83. Si m'emporta en som [au sommet d'] un pui mout grant, ib. p. 164. Il peut sa crois garder et estoier [ficher], Qu'encor l'a-il tele qu'il l'emporta [à la croisade], Hues D'Oisi, Romanc. p. 104.

XIIIe s. Tant que la vraie histoire [j'] emportai avec mi, Berte, I. Si comenda que ses cuers fust enfouis à Roem, et ses cors fust emportés à Londres et enfouis en la mere eglise, Chr. de Rains, 80. Et aucune fois ele [une société commerciale] se fet en tele maniere que li un emporte part au gaaing s'il y est ; et se perte torne, il n'emporte point de perte, Beaumanoir, XXI, 33. Combien que il y ait de mariages et filles de cascun [chaque] mariage, et du deerain mariage fust uns hoirs malles [mâle], si emporteroit il l'ainsneece contre se [sa] sereur, Beaumanoir, XVIII, 24. Comment que uns autres enport les fruis d'un fief duquel je sui hoirs, je sui tenus à obeir, Beaumanoir, XII, 12.

XVe s. Et laira-t-on les Anglois convenir et les Portingalois aller et venir parmi le pays de Castille ; ils n'emporteront pas le pays, quand ils s'en iront, avecques eux, Froissart, II, III, 61. Le quel Charolois rendit responce, en disant que diable peust emporter ceulx qui faisoient tel, et qu'ils faisoient plus que on ne leur commandoit, J. de Troyes, Chron. 1465. S'il en a fait occision, Autant en emporte le vent ; Gens pleins de dissolucion, On les doit corriger souvent, Recueil de farces, p. 381.

XVIe s. Amy Gavan, on t'a fait le rapport Depuis un peu que j'estois trespassé : Je prie à Dieu que le deable m'emport S'il en est rien, ne si j'y ai pensé, Marot, III, 50. Les mots de Moyse n'emportent sinon qu'il a imposé nom à l'autel, Calvin, Instit. 78. L'un et l'aultre de ces deux moyens m'emporteroit aysement, Montaigne, I, 12. Il se laisse emporter à ce dernier accident, Montaigne, I, 6. Ainsin emporte les bestes leur rage à s'attaquer à…, Montaigne, I, 25. S'ils emportent la victoire sur eulx, Montaigne, I, 241. Si tu ne portes la douleur, elle t'emportera, Montaigne, I, 304. Je n'estime point qu'en suffisance et en grace à cheval nulle nation nous emporte, Montaigne, I, 368. Capoue feut emportée le lendemain, Montaigne, II, 37. Un chien luy emporta le gras de la jambe, Montaigne, III, 302. On disait à Socrates que quelqu'un ne s'estoit aulcunement amendé en son voyage : Je crois bien, dict-il ; il s'estoit emporté avecques soy, Montaigne, I, 38. Emporter le prix, Amyot, Thés. 22. Le sort la [Hélène] donna à Theseus, qui l'emporta en la ville de Aphidnes, Amyot, ib. 39. Leur risée emportoit tousjours, quand et elle, un doulx admonestement, Amyot, Lyc. 53. Il y eut grande contention et grande contrariété d'opinions, toutefois à la fin la plus doulce l'emporta, Amyot, Cam. 73. La peste, oultre une multitude innumerable de peuple, emporta encore plusieurs magistrats, Amyot, Cam. 74. Demosthenes, l'ayant souspesée, s'esmerveilla du poids qui estoit grand, et demanda combien de poids elle emportoit ; et Harpalus en se riant lui respondit : Elle t'emportera vingt talents ; et sitost que la nuict fut venue, luy envoya la couppe avec les vingt talents, Amyot, Démosth. 36. Ceux à qui un gros boulet aura emporté un membre, Paré, IX, 10. Philippe, pour la grandeur de ses mérites, emporta, par la voix des doctes, le surnom d'Auguste, Pasquier, Rech. III, 29.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Emporter : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* EMPORTER, v. act. se dit en général d’une action en conséquence de laquelle un corps auquel cette action est appliquée, passe d’un lieu dans un autre. On y joint pourtant cette vûe de l’esprit, que la cause qui transporte est regardée comme continuellement appliquée à la chose emportée. On se sert de ce terme au simple & au figuré, au moral & au physique ; mais le substantif emportement ne se prend qu’au moral, & marque une agitation violente de l’ame. Le participe emporté se prend au physique & au moral : on dit, on a emporté cette armoire, & c’est un emporté.

Emporter, Remporter, synon. On dit toûjours remporter la victoire, & non pas emporter la victoire ; mais on dit au contraire emporter le butin, & non pas remporter le butin. Ces deux mots ont également leur bisarrerie d’usage, quand on les employe au figuré. Art. de M. le Chevalier de Jaucourt.

Emporter, (Marine.) se dit de ce que le vent ou les coups de mer enlevent du vaisseau. On a vû des voiles & des vergues emportées par le vent, des galeries emportées par des coups de mer, & quelquefois des mâts. (Z)

Emporter (s’) v. pass. (Manége.) terme usité parmi nous pour désigner en général l’action d’un cheval que le cavalier ne peut arrêter, & qui fuit avec fougue & avec impétuosité malgré tous les efforts que l’on fait pour le retenir.

Ce défaut est plus ou moins considérable selon ses causes & sa source.

Il procede souvent de l’ignorance d’une main dure & cruelle, incapable de reconnoître & de sentir le fond de la bouche de l’animal, & qui, par un appui forcé & toûjours constant dans le même degré, en échauffe tellement toutes les parties qu’elle les prive de toute sensibilité (voyez Main). Il peut être encore occasionné par tous les vices qui tendent à égarer une bouche (voyez Egarer), par l’habitude de forcer la main (voyez Forcer), par la gaieté du cheval qui s’émeut & s’excite lui-même à la vûe ou à l’ouie d’un autre cheval qui galope ; par sa timidité, lorsqu’à l’occasion de quelque bruit il fuit & s’échappe ; par de mauvaises leçons ; par la facilité avec laquelle le cavalier se sera laissé maîtriser, &c.

Il est certain que ce n’est qu’autant que toutes les portions de la bouche, & principalement les barres, n’auront point été véritablement endommagées, que nous pourrons remédier à ce vice d’autant plus essentiel, que les suites en peuvent être extrèmement funestes. Si ces mêmes portions sont en effet dans un état desesperé, & qu’il ne nous soit plus absolument permis d’y rappeller par aucun moyen le sentiment qu’elles ont perdu, vainement tenterions-nous d’en corriger l’animal. Ou cette action de fuir est tournée en habitude, ou elle n’est que passagere.

Dans le premier cas, il s’agira de travailler le cheval lentement & au pas, & avec toute l’attention que demande une bouche sujette à s’échauffer ; du pas, on le conduira insensiblement au trot, & du trot on le ramenera au pas pour le remettre au trot, & successivement au galop, en le ralentissant toûjours & en entremêlant prudemment ces différentes allures. Le galop étant incontestablement la plus vive & la plus prompte, est aussi très-communément celle dans laquelle il s’anime davantage, & où il est le plus sujet à s’emporter ; on ne l’y exercera par conséquent que lorsque dans les autres il obéira exactement à toutes les impressions de la main, on en augmentera aussi la rapidité, on en diminuera de tems en tems la vîtesse ; & les arrêts multipliés selon le besoin, ainsi que la répétition de la leçon du reculer, étoufferont enfin en lui cette vivacité & cette ardeur, ou du moins le remettront sous les lois d’une entiere obéissance.

L’emportement n’est-il que passager ? n’a-t-il lieu que dans la circonstance d’un autre cheval qui court rapidement, ou à raison de la surprise & de la crainte que lui inspirent certains bruits auxquels ses oreilles ne sont point accoûtumées ? n’est-il, en un mot, suscité qu’à l’occasion des objets extérieurs dont il est frappé ? on doit 1°. nécessairement l’habituer au son & à la vûe de ces mêmes objets : 2°. le retenir & le renfermer dans l’instant même du premier effort qu’il fait pour s’échapper, & rendre la main dans l’instant qui le suit, sauf à le reprendre de nouveau s’il témoigne encore le moindre desir de fuir. Sans cette précision avec laquelle le cavalier saisit le moment, l’animal se dérobe toûjours pendant un espace plus ou moins considérable de terrein ; & cette espece de victoire qu’il remporte l’enhardit, pour ainsi dire, & peut non-seulement le confirmer dans ce leger défaut, mais occasionner ces mouvemens fougueux auxquels on s’oppose inutilement. Il est même très-à-propos de joindre quelquefois le châtiment à l’action, de saisir le tems, afin de faire sentir à l’animal renfermé & puni, que cette passion immodérée d’une course que le cavalier ne sollicite point, est une faute qui lui attire la correction qu’il redoute ; ainsi serrez vivement les deux talons en mettant la main près de vous, rendez & reprenez sur le champ, bientôt le cheval ne reconnoîtra plus rien qui puisse l’engager à s’emporter.

La plûpart des hommes imaginent que la voie la plus sûre de retenir un cheval qui fuit, est de s’attacher à la main. Ils employent tout leur pouvoir & toutes leurs forces dans l’espérance de l’arrêter, mais leurs efforts sont toûjours superflus & sans succès. La raison en est simple ; d’une part, ces mêmes efforts exercés directement sur la bouche falsifient si considérablement l’appui, que le cheval méconnoît entierement la main & tous les effets qui auroient pû résulter de celle qui n’auroit été que douce & legere. D’un autre côté, en supposant qu’il puisse encore rencontrer un sentiment quelconque, il est certain que l’impression de la main augmentera le pli ou la flexion du derriere ; car telle est l’efficacité des renes mues & approchées de notre corps, qu’elles surchargent l’arriere-main : or ce même arriere-main chassant, & ne pouvant que continuellement chasser l’animal au moyen de la flexion répétée de ses parties, il s’ensuit que plus la tension des renes est constante & augmentée, plus les forces de l’animal qui s’emporte sont accrues & multipliées ; ainsi bien loin de l’arrêter, on lui fournit les moyens de résister avec plus d’empire. Il est donc incontestablement assuré qu’on ne retient jamais plus aisément & plus véritablement un cheval, qu’en rendant & en cessant, pour ainsi dire, de le retenir, pourvû qu’on le reprenne dans la main successivement & de tems en tems. (e)

Emporter, (Jardinage.) on dit qu’un arbre s’emporte, quand il pousse avec trop de vivacité, & qu’il est à craindre que le trop de vivacité ne le fasse avorter. (K)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Emporter : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « emporter » les plus populaires.

✍️

Étymologie de « emporter »

Étymologie de emporter - Littré

En 2, et porter ; bourguig. empôtai ; provenç. emportar. Emporter, c'est porter de là : lat. inde portare.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de emporter - Wiktionnaire

(Vers 1280 avec cette orthographe) Mot dérivé de porter avec le préfixe en-. (Vers 980) enportet (« emporta »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « emporter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
emporter ɑ̃pɔrte play_arrow

Conjugaison du verbe « emporter »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe emporter

Évolution historique de l’usage du mot « emporter »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « emporter »

  • Depuis le déconfinement, la fréquentation dans les restaurants varie fortement. Certains conservent une clientèle de vente à emporter comme durant le confinement. Journal L'Ardennais abonné, Reprise en demi-teinte dans les restaurants à Charleville-Mézières
  • Il vous sera demandé de respecter les gestes barrières préconisés et les heures de retrait de vos plats à emporter. Le chef prendra toutes les mesures de sécurité et d’hygiène pour la préparation de vos plats : prise de température deux fois par jour, masque, gants. Mise à disposition du gel hydroalcoolique. Tous less menus peuvent être adaptés aux végétariens et sont préparés à base de produits frais.  Bordeaux Tendances, L'Avenue Carnot : sur place, à emporter ou en terrasse, faites votre choix ! - Bordeaux Tendances
  • « Avec la rôtissoire, on a inversé la tendance. » Depuis dimanche 28 juin, il est aussi possible de commander des viandes rôties à emporter, chaque dimanche matin, sur commande. , L'hôtel-restaurant Le cygne a une rôtisserie et développe la vente à emporter, à Saint-Hilaire-du-Harcouët | La Gazette de la Manche
  • Dystopie ? Hard SF ? Science-fantasy ? Anticipation ? La Méthode scientifique vous propose une sélection d'ouvrages de science-fiction à emporter avec vous au cours de l'été. France Culture, Quels livres de SF emporter avec soi cet été ?
  • Samedi, les bénévoles de la société de chasse étaient réunis à la salle des fêtes de Saint-Gelven pour le traditionnel repas annuel. Initialement prévu le 7 mars, il avait été annulé pour cause de Covid-19. Pour la première fois, il était proposé uniquement à emporter. 250 parts ont été préparées dont 150 pour les chasseurs et les propriétaires terriens. « Heureusement, le confinement est arrivé après la fermeture de la chasse. Il n’y a pas eu d’impact sur nos prévisions de prélèvement. Même les battues ont été faites », indiquait Dominique Ganne, le président. Le Telegramme, 250 parts à emporter pour le repas des chasseurs - Bon-Repos-sur-Blavet - Le Télégramme
  • Si certaines communes ont décidé de rouvrir leurs bibliothèques comme à Dunkerque qui a limité la jauge, beaucoup propose un service de prêt à emporter en attendant la réouverture, c'est le cas à Valenciennes à la médiathèque Simone Veil. France Bleu, En attendant la réouverture, un service de prêt à emporter à la médiathèque de Valenciennes
  • L’utilisateur qui se connecte au tout jeune site, se voit proposer toute l’offre de vente à emporter disponible autour de lui. Le concept commence tout juste à se mettre en place. Malin. France 3 Nouvelle-Aquitaine, Une plateforme en ligne se lance sur Poitiers qui pourrait bien chambouler la restauration à emporter
  • L'amour est la seule chose que l'on peut emporter avec soi quand vient l'heure du départ. De Louisa May Alcott / Les Quatre Filles du docteur March, 1868
  • La terre, cela ne se vend pas, car rien ne peut-être vendu que l'on ne peut emporter avec soi. De Jim Fergus / Mille femmes blanches
  • Marcher ne serait rien en soi, fût-ce pendant près de mille kilomètres, s'il ne fallait emporter un certain nombre de choses indispensables. De Jacques Lacarrière
  • Réprouver les capitalistes comme inutiles à la société, c'est s'emporter follement contre les instruments mêmes du travail. De Mirabeau
  • Emmener sa femme en Thaïlande, c'est comme emporter sa bière en Allemagne. De Jean-Christophe Grangé / Extrait de "L'empire des loups"
  • Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres. De Sylvain Tesson / Dans les forêts de Sibérie
  • On ne saurait emporter en voyage un fardeau plus précieux qu'une provision de bon sens. De Anonyme / Chants de l'Edda
  • Rien ne peut être vendu, à l’exception de ce que l’on peut emporter avec soi. De Black Hawk
  • L'amour c'est toujours emporter quelqu'un sur un cheval. De Jean Giono / Le Chant du monde
  • On ne peut rester longtemps dans la boutique d’un parfumeur sans en emporter l’odeur. De Proverbe français
  • Vieillir, c'est aussi savoir combien de choses peut emporter le vent. De Pierre Reverdy / Notes
  • Le meilleur moyen d’arrêter de fumer est d’emporter des allumettes humides. De Anonyme
  • Le plus grand effort de la passion est de l'emporter sur l'intérêt. De Jean de La Bruyère
  • Si le feu brûlait ma maison, qu’emporterais-je ? J’aimerais emporter le feu... De Jean Cocteau / Clair-obscur
  • On ne peut emporter ses biens dans la tombe. De Proverbe bulgare

Images d'illustration du mot « emporter »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « emporter »

Langue Traduction
Corse portà
Basque eraman
Japonais 運ぶ
Russe нести
Portugais carregar
Arabe احمل
Chinois 携带
Allemand tragen
Italien trasportare
Espagnol llevar
Anglais carry
Source : Google Translate API

Synonymes de « emporter »

Source : synonymes de emporter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « emporter »


Mots similaires