Reposer : définition de reposer


Reposer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

REPOSER1, verbe trans.

A. − Poser de nouveau ce qu'on a pris en mains.
1. [Le compl. désigne un objet] Reposer un verre sur la table, une cigarette sur le cendrier, ses lunettes sur son nez; reposer l'écouteur du téléphone. Le bruit d'une soucoupe trop vivement reposée sur le marbre du guéridon (Zola, Bonh. dames, 1883, p. 454).Il met un lorgnon, essaie de travailler, puis s'arrête, prend le récepteur, réfléchit, le repose (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, I, 2, p. 7).
ART MILIT. Reposer l'arme. Exécuter le mouvement réglementaire de poser à terre le fusil tenu à l'épaule. Mais toujours Flick intervenait, criait: − Holà! hé! Pas si vite! (...) Voulez-vous me recommencer cela, je vous prie. En résumé, ils portaient et reposaient l'arme quatre fois à peu près par heure (Courteline, Train 8 h 47, 1887, 3epart., III, p. 239).Reposez armes! [Ordre donné pour effectuer cette manœuvre] Anton. portez armes! (v. porter 1reSection I A 1 a α), présentez armes! (v. présenter 1reSection I A 1 c).Corps raidis, têtes hautes, nous regardions muets, les dents serrées: les soldats n'ont rien à offrir que leur silence. − Reposez, armes! (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 267).
2. [Le compl. désigne une pers., une partie du corps] Reposer un enfant à terre. Je n'étais pas, ma chère, à trois pas de ta porte, un homme vient à moi, m'enlève dans ses bras, m'embrasse tant qu'il peut, me repose par terre, et se sauve en courant (Musset, À quoi rêvent j. filles, 1832, I, 1, p. 339).Barca écarquilla les sourcils, releva la tête: la douleur le reprit. Il reposa la tête sur l'oreiller (Malraux, Espoir, 1937, p. 511).
B. − Poser de nouveau quelque chose que l'on a fait enlever pour le réparer, pour le changer. Reposer une vitre, une moquette, une serrure. Donnez-moi ce vêtement-là que j'y repose un bouton (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 31).
C. − Au fig. [Corresp. à poser I D 2 b et 3] Poser de nouveau. Reposer un problème. Le Président: (...) pourquoi ne vouliez-vous pas me parler tout à l'heure? Victor: Parce que vous n'étiez pas un habitué, cher Monsieur le Président. Maintenant, vous l'êtes. Reposez vos trois questions (Giraudoux, Cantique des Cantiques, 1938, 1, p. 20).
Empl. pronom. à sens passif. Tout ceci ne fait que déplacer la question; elle se repose sous la forme suivante (G. Marcel, Journal, 1914, p. 100).
Prononc. et Orth.: [ʀ əpoze], (il) repose [-po:z]. Homon. et homogr. reposer2. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1831 (Musset ds Le Temps, p. 76). Dér. de poser*; préf. re-*.
DÉR.
Repose, subst. fém.,technol. Action de remettre à sa place ce qui avait été enlevé pour être changé, réparé. Anton. dépose.Repose d'un appareil, d'une moquette, de pièces de serrurerie. La repose d'un objet comprend (...) la remise en état de fonctionnement, ainsi que la fourniture des vis à bois nécessaires (Robinot, Vérif., métré et prat. trav. bât., t. 3, 1928, p. 109). [ʀ əpo:z]. 1reattest. 1928 (Id., ibid., t. 2, p. 148); déverbal de reposer1.
BBG.Dub. Dér. 1962, p. 63 (s.v. repose).

REPOSER2, verbe

I. − Empl. intrans. [Avec ou sans indication de lieu]
A. − [Le suj. désigne un animé]
1. Rester immobile ou étendu sans activité pour se délasser, reprendre des forces. Reposer sur un lit, sur le sein de sa mère, sous un arbre. J'essayai de reposer un moment, ce fut en vain. Je restai quelque temps couché sur ces marches que nous avions descendues si souvent ensemble (Krüdener,Valérie, 1803, p. 195).Elle reposa plus qu'elle ne dormit (Michelet,Journal, 1857, p. 383).
[P. méton.] Parce que ma bouche se tait, pensez-vous que mon cœur repose? (Gide,Nourr. terr., 1897, p. 219).Les projets des nuits d'insomnie, renaissant avec l'ombre, quand l'esprit s'aiguise dans le silence, que le corps repose sans dormir (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p. 60).
Laisser reposer (qqn). Le laisser en état de tranquillité, exempté de travail, d'exercice physique; le laisser prendre du repos. Laisser reposer un cheval, des troupes. On apprit qu'on passerait à Triaucourt toute la journée du lendemain; sans doute pour laisser reposer les hommes (Romains,Hommes bonne vol., 1938, p. 107).[En parlant d'une partie du corps] À Balbec Mmede Villeparisis se donnait congé pour laisser reposer ses yeux (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p. 709).Au fig. Laisser reposer les esprits. Les laisser se calmer (d'apr. Ac.).
2. Littér. Dormir. − (...) je crois que le paroxysme est passé. − Oui, elle repose un peu maintenant! répondit Charles, qui la regardait dormir (Flaub.,MmeBovary, t. 2, 1857, p. 49).
3. [Le suj. désigne un mort] Être étendu (sur un lit de mort), être enterré. Reposer au cimetière, en terre chrétienne. Je suivis Suzanne jusqu'à sa dernière demeure. Elle repose sur le bord de la mer, sous de grands acacias (Du Camp,Mém. suic., 1853, p. 199).Ils allèrent s'agenouiller près du lit où reposait la morte et récitèrent un chapelet entier (Hémon,M. Chapdelaine, 1916, p. 232).
[Au début d'une épitaphe] Ici repose. Synon. ci-gît (v. ci1I B 2).Les anciens excellaient dans l'inscription funèbre: « Ici repose Épictète, disait son cippe, esclave, contrefait, pauvre comme Irus, et pourtant le favori des dieux... » (Chateaubr.,Mém., t. 4, 1848, p. 435).
[Dans les prières chrét. pour les morts, dans des formules de souhait] Qu'il(s) repose(nt) en paix! reposer en Dieu. Qu'ils reposent en paix, ceux qui se sont couchés sur elle [la terre sacrée de la patrie] en la défendant! (Bordeaux,Fort de Vaux, 1916, p. 69).À tous ceux qui reposent dans le Christ, nous vous demandons d'accorder un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix (Billy,Introïbo, 1939, p. 151).
4. RELIG. CATH. [Le suj. désigne le Saint Sacrement, des reliques] Être déposé à tel endroit. C'est dans cette église que reposent les reliques de tel saint (Ac.).V. reposoir B 2 ex. de E. de Guérin.
B. − [le suj. désigne un inanimé]
1. [Le suj. désigne la nature, un élément naturel] Être sans activité, dans le calme. N'est-ce pas qu'il est doux D'aimer et de sentir qu'on vous aime à genoux? D'être deux? d'être seuls? Et que c'est douce chose De se parler d'amour, la nuit quand tout repose? (Hugo,Hernani, 1830, ii, 4, p. 52).Sous l'ample ruissellement de la clarté lunaire, les terres reposaient avec leurs étangs et leurs bois (Genevoix,Raboliot, 1925, p. 73).
2. [Le suj. désigne une partie du corps] Être immobile dans une attitude de délassement, sans activité. Ses poings reposent sur ses genoux; sa joue repose dans sa main. L'une des mains, toute petite, potelée, adorable, qui repose sur la couverture (Coppée,Bonne souffr., 1898, p. 109).La petite tête qui s'offre, la bouche en avant, repose sur les doigts croisés (Larbaud,Barnabooth, 1913, p. 148).
3. [Le suj. désigne un objet] Être déposé, se trouver à tel endroit. Son écharpe et son chapeau de paille reposaient négligemment sur un fauteuil (A. France,Étui nacre, Mmede Luzy, 1892, p. 265).Le ragoût où les boulettes reposent dans une sauce onctueuse (Guèvremont,Survenant, 1945, p. 102).
Au fig., littér. Synon. résider.Que tu es belle, et quel bonheur repose en toi! (Musset,Il ne faut jurer, 1840, iii, 4, p. 161).Sur son front [la Joconde] repose cette sérénité d'une femme sûre d'être éternellement belle (Gautier,Guide Louvre, 1872, p. 27).
[Dans un cont. relig.] Elle allait voir Lisbeth à la Ville-de-Bâle, et contempler ses trésors, levant les mains et criant: − La bénédiction du seigneur repose sur vous! (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 463).
Laisser reposer qqc.
Laisser reposer (du vin, un liquide). Le laisser immobile pour que les impuretés se déposent, pour qu'il retrouve sa limpidité. Laisser reposer le lait pour faire monter la crème. On agita ce mélange, on le laissa reposer, puis on le décanta, et on obtint un liquide clair (Verne,Île myst., 1874, p. 157).
AGRIC. Laisser reposer (la terre). La laisser en jachère sans l'ensemencer. L'assolement. − La nécessité de laisser reposer le sol (...) a fait très tôt imaginer la technique des changements annuels de culture (Meynier,Paysages agraires, 1958, p. 127).
CUIS. Laisser reposer (une pâte). Cesser de la travailler. Ajouter [au mélange] deux cuillerées de rhum. Laisser reposer la composition. Faire les crêpes selon la méthode habituelle (Gdes heures cuis. fr., P. Montagné, 1948, p. 191).
Au fig. Laisser reposer un ouvrage, une rédaction. Ne pas y travailler pendant quelque temps, revoir à loisir, après réflexion. Je vous ai lu, comme je sais lire, en laissant de temps en temps votre lettre reposer (Rolland,J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1474).
4. Reposer sur
a) Reposer sur qqc.Avoir pour base, être appuyé sur (quelque chose) de manière stable, ferme ou permanente. Reposer sur une colonne, le sol, des pieds, un socle. Le bonhomme et Nanon étaient accouplés par un gros gourdin dont chaque bout reposait sur leur épaule droite et soutenait un câble auquel était attaché un barillet (Balzac,E. Grandet, 1834, p. 146).[Les essieux] reposent sur les rails par l'intermédiaire des roues (Bailleul,Matér. roulant ch. de fer, 1951, p. 7).
Au fig. Être établi sur, être fondé sur (quelque chose), s'appuyer sur (quelque chose). Reposer sur une base, la/des connaissance(s), le/les fait(s), l'idée; le raisonnement, le système, la théorie repose sur. Le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la vérité (Chamfort,Max. et pens., 1794, p. 32).Sans représenter son époque il [le théâtre] peut pousser à cette transformation profonde des idées, des mœurs, des croyances, des principes sur lesquels repose l'esprit du temps (Artaud,Théâtre et son double, 1938, p. 140).
b) Reposer sur qqn.Dépendre de quelqu'un pour réussir, avoir quelqu'un pour support indispensable. Voilà Delaunay, le personnage sur lequel repose toute la pièce, qui refuse son rôle! (Goncourt,Journal, 1865, p. 199).Sur le fils aîné reposaient toutes les grandes espérances du père (Aymé,Jument, 1933, p. 38).
II. − Empl. trans.
A. − [Le suj. désigne un animé]
1. [Le compl. d'obj. désigne le corps, une partie du corps]
a) Étendre, placer dans un état de détente, de délassement. Reposer son dos, sa jambe, ses pieds. Une autre petite fille (...) repose sa tête blonde sur les genoux de sa mère (Lamart.,Confid., 1849, p. 52):
... elle n'en pouvait plus. L'accompagner ailleurs, elle n'en aurait pas eu le courage... Elle aspirait à rentrer chez elle, à s'allonger parmi les coussins, à reposer son corps endolori. Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p. 650.
Littér.
[P. allus. à Montaigne (v. oreiller)] Le doute moral (...) ne s'est-il pas prêté à l'indolence de Montaigne comme un mol oreiller où reposer une tête bien faite (Bourget,Nouv. Essais psychol., 1885, p. 121).
[P. allus. à Matth. VIII, 20, Luc IX, 58: Le fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête] N'avoir pas où reposer sa tête. Être sans toit et sans ressources. Il jeta autour de lui un regard d'angoisse, d'être perdu qui ne sait plus où cacher son corps, où reposer sa tête, qui n'a pas un abri par le monde (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, Vagabond, 1887, p. 670).
b) Délasser, accorder une détente à. Reposer son esprit; reposer sa vue dans l'obscurité. Je prends relâche, je repose mes yeux, je rêve à d'autres choses, je me remets à neuf (Alain,Propos, 1924, p. 616).
Reposer sa vue, ses yeux sur qqn/qqc. Attacher (sa vue, son regard) sur un spectacle agréable qui détend, réjouit. Derrière nous, un autre Sahara: la Bessarabie. On ne trouve, pour y reposer les yeux, qu'une haie de roseaux, dans un marais, à notre droite (Vercel,Cap. Conan, 1934, p. 224).V. aimable ex. 49.Au fig. Reposer son esprit, son imagination (dans, sur qqn/qqc.). Pas un joli spectacle, pas une jolie toilette où reposer ma pensée... où égayer mes yeux (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 62).Il reposait son âme lasse sur ce petit homme frisé, qui n'avait pas la méchanceté des grands (R. Bazin,Blé, 1907, p. 181).
Empl. pronom. réfl. indir. Se reposer l'esprit, les yeux. Puis, quand il était las de consulter ces indicateurs, il se reposait la vue en regardant les chronomètres et les boussoles, les sextants et les compas (Huysmans,À rebours, 1884, p. 28).
2. Empl. factitif, rare. [Le compl. d'obj. désigne un animé] Je monte une heure ou deux mon beau cheval Tedmor, pour reposer Scham (Lamart.,Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 241).
B. − [Le suj. désigne un inanimé] Délasser, détendre. Reposer qqn, l'esprit de qqn. Cette mystérieuse liturgie attire et repose mon esprit. J'ai retrouvé l'atmosphère de mon âme (Barrès,Cahiers, t. 6, 1907, p. 231).
Reposer qqn de qqc.Chez les Forbach la conversation se réduisait à fort peu. C'était toujours la même. Mais elle reposait François des racontars de la ville (Radiguet,Bal, 1923, p. 57).
[Sans compl. d'obj.] Moi, j'ai les yeux fatigués. Je comprends maintenant la photographie, les patiences, les collections de timbres... Cela repose (Chardonne,Épithal., 1921, p. 203).V. frein ex. 3.
III. − Empl. pronom.
A. − [Le suj. désigne un animé]
1. Cesser une activité physique ou mentale fatigante, se délasser, se détendre. Se reposer un moment, une heure, une journée.
a) [Empl. seul] − Tâchez de vous reposer. Non! Je ne veux pas me reposer. J'ai formé le projet de ne plus me reposer jamais, on a trop de mal à repartir (Duhamel,Combat ombres, 1939, p. 279).Des joies parallèles à la fatigue. Des joies sensibles. Manger, se reposer, les plaisirs du dimanche (S. Weil,Pesanteur, 1943, p. 181).
À l'impér. Yvonne, je t'en conjure. Couche-toi. Repose-toi. Tu vas te tuer. Tu vas te tuer de fatigue (Cocteau,Parents, 1938, iii, 9, p. 297).
En partic. Cesser un travail (rétribué), une activité professionnelle. Dieu merci! que je pense, on va se reposer, et s'établir avec les petites économies du théâtre! (Colette,Music-hall, 1913, p. 188).
b) Se reposer + prép.Se reposer sur un lit, sur un fauteuil, sous un arbre, à la campagne, dans sa chambre, dans le midi, pendant trois mois.
[Le compl. d'obj. introd. par de désigne la raison du besoin de repos] Se reposer de qqc.Synon. se remettre de.Se reposer d'un effort, d'une maladie, de ses travaux. Juliette Brémond n'avait pas eu beaucoup de temps pour se reposer des fatigues du bal (Miomandre,Écrit sur eau, 1908, p. 125).
Au fig.
Se reposer en qqn, dans qqn, dans qqc.Trouver en quelqu'un, quelque chose ce qui procure le calme, la sérénité intérieure. Je me repose en vous, j'ai confiance, je me suis donnée (Martin du G.,Devenir, 1909, p. 170).Je me reposais dans la douceur de la sentir présente (J. Bousquet,Trad. du sil., 1936, p. 140).
Se reposer en Dieu. Trouver en Dieu la quiétude, la béatitude. Qu'il est foible celui que les passions dominent! Qu'il est fort celui qui se repose en Dieu! (Chateaubr.,Génie, t. 2, 1803, p. 235).
Se reposer sur ses lauriers. V. laurier B 1 b.
2. Se reposer sur qqn.S'appuyer sur quelqu'un, lui faire confiance. Synon. avoir confiance en (qqn).Il est pourtant bien cruel que je ne puisse me reposer sur personne (Leclercq,MmeSorbet, 1835, 4, p. 129).La confiance, l'affectueuse estime du gouvernement et de la population entière qui se repose sur l'armée, sur ses chefs (Joffre,Mém., t. 1, 1931, p. 294).[P. méton.] Je me repose entièrement sur l'amitié des gens que j'aime (Goncourt,Journal, 1894, p. 519).
Se reposer sur qqn de qqc.Déléguer à quelqu'un ses pouvoirs, le charger d'(une mission, d'un travail). Sa mère, qui ne pouvait pas nous suivre, s'en est reposée sur moi du soin de lui faire exécuter l'ordonnance (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 110).
B. − [Le suj. désigne un inanimé]
1. [Corresp. à supra I B 1] Rester sans mouvement, sans activité. La nature se repose. Tu vois que ma terre ne se repose pas, et que le système des jachères n'est pas le mien (Lamart.,Corresp., 1836, p. 177).
2. [Corresp. à supra I B 2] L'eau courante n'est pas un bon miroir, mais quand l'eau se repose, l'homme peut y contempler son visage (Gide,École femmes, 1929, p. 1293).
REM.
Reposement, subst. masc.,rare. Action de se reposer; état qui en résulte. Et nous en faisons moins dans nos œuvres de jour Que l'homme n'en faisait dans son reposement. Et nous sommes perdus tout en haut de la tour Et ne voyons venir qu'un vaste épuisement (Péguy,Ève, 1913, p. 782).
Prononc. et Orth.: [ʀ əpoze], (il se) repose [-po:z]. Homon. et homogr. reposer1. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 980 verbe pronom. repauser « cesser de travailler, pour faire disparaître la fatigue » (Jonas, éd. G. de Poerck, ligne 146); ca 1120 reposer verbe trans., neutre et pronom. (Benedeit, St Brendan, éd. I. Short et B. Merrilees, 966, 308, 640); 2. 1160-74 « être déposé (en parlant des reliques d'un saint) » (Wace, Rou, III, 5395, éd. A. J. Holden, t. 2, p. 87); 3. a) ca 1470 reposer sur qqn « avoir confiance en quelqu'un » (Georges Chastellain, Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 330); b) 1549 (Est.: se reposer sur le propos d'aucun); c) ca 1590 (Montaigne, Essais, éd. P. Villey, p. 100: s'en reposer sur moy); 4. 1564 « être en jachère (en parlant d'un champ) » (Indice et rec. universel de tous les mots principaux des livres de la Bible, f o291 r o); 1694 laisser reposer une terre labourable (Ac.); 5. 1567 « rester en repos (d'un liquide en train de s'éclaircir) » (Ch. Estienne, J. Liébault, L'Agriculture et Maison rustique, f o160 v o); 6. 1694 « être déposé, placé (du Saint-Sacrement) » (Ac.); 7. 1744 à tete reposée (G. Godard d'Aucour, Thémidore La Haye, p. 16); 8. 1754 (Bonnet, Essai psychol., p. 150: toute la théorie du raisonnement repose sur ce principe); 9. 1754 en parlant du regard (Condillac, Traité sensations, p. 170). Du lat. tardif repausare (ives., v. Blaise, dér. de pausare « cesser, s'arrêter ») « remettre, réconforter, reposer » et « se reposer ».
STAT.Reposer1 et 2. Fréq. abs. littér.: 5 808. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9 388, b) 7 605; xxes.: a) 7 718, b) 7 972.

Reposer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

REPOSER1, verbe trans.

A. − Poser de nouveau ce qu'on a pris en mains.
1. [Le compl. désigne un objet] Reposer un verre sur la table, une cigarette sur le cendrier, ses lunettes sur son nez; reposer l'écouteur du téléphone. Le bruit d'une soucoupe trop vivement reposée sur le marbre du guéridon (Zola, Bonh. dames, 1883, p. 454).Il met un lorgnon, essaie de travailler, puis s'arrête, prend le récepteur, réfléchit, le repose (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, I, 2, p. 7).
ART MILIT. Reposer l'arme. Exécuter le mouvement réglementaire de poser à terre le fusil tenu à l'épaule. Mais toujours Flick intervenait, criait: − Holà! hé! Pas si vite! (...) Voulez-vous me recommencer cela, je vous prie. En résumé, ils portaient et reposaient l'arme quatre fois à peu près par heure (Courteline, Train 8 h 47, 1887, 3epart., III, p. 239).Reposez armes! [Ordre donné pour effectuer cette manœuvre] Anton. portez armes! (v. porter 1reSection I A 1 a α), présentez armes! (v. présenter 1reSection I A 1 c).Corps raidis, têtes hautes, nous regardions muets, les dents serrées: les soldats n'ont rien à offrir que leur silence. − Reposez, armes! (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 267).
2. [Le compl. désigne une pers., une partie du corps] Reposer un enfant à terre. Je n'étais pas, ma chère, à trois pas de ta porte, un homme vient à moi, m'enlève dans ses bras, m'embrasse tant qu'il peut, me repose par terre, et se sauve en courant (Musset, À quoi rêvent j. filles, 1832, I, 1, p. 339).Barca écarquilla les sourcils, releva la tête: la douleur le reprit. Il reposa la tête sur l'oreiller (Malraux, Espoir, 1937, p. 511).
B. − Poser de nouveau quelque chose que l'on a fait enlever pour le réparer, pour le changer. Reposer une vitre, une moquette, une serrure. Donnez-moi ce vêtement-là que j'y repose un bouton (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 31).
C. − Au fig. [Corresp. à poser I D 2 b et 3] Poser de nouveau. Reposer un problème. Le Président: (...) pourquoi ne vouliez-vous pas me parler tout à l'heure? Victor: Parce que vous n'étiez pas un habitué, cher Monsieur le Président. Maintenant, vous l'êtes. Reposez vos trois questions (Giraudoux, Cantique des Cantiques, 1938, 1, p. 20).
Empl. pronom. à sens passif. Tout ceci ne fait que déplacer la question; elle se repose sous la forme suivante (G. Marcel, Journal, 1914, p. 100).
Prononc. et Orth.: [ʀ əpoze], (il) repose [-po:z]. Homon. et homogr. reposer2. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1831 (Musset ds Le Temps, p. 76). Dér. de poser*; préf. re-*.
DÉR.
Repose, subst. fém.,technol. Action de remettre à sa place ce qui avait été enlevé pour être changé, réparé. Anton. dépose.Repose d'un appareil, d'une moquette, de pièces de serrurerie. La repose d'un objet comprend (...) la remise en état de fonctionnement, ainsi que la fourniture des vis à bois nécessaires (Robinot, Vérif., métré et prat. trav. bât., t. 3, 1928, p. 109). [ʀ əpo:z]. 1reattest. 1928 (Id., ibid., t. 2, p. 148); déverbal de reposer1.
BBG.Dub. Dér. 1962, p. 63 (s.v. repose).

REPOSER2, verbe

I. − Empl. intrans. [Avec ou sans indication de lieu]
A. − [Le suj. désigne un animé]
1. Rester immobile ou étendu sans activité pour se délasser, reprendre des forces. Reposer sur un lit, sur le sein de sa mère, sous un arbre. J'essayai de reposer un moment, ce fut en vain. Je restai quelque temps couché sur ces marches que nous avions descendues si souvent ensemble (Krüdener,Valérie, 1803, p. 195).Elle reposa plus qu'elle ne dormit (Michelet,Journal, 1857, p. 383).
[P. méton.] Parce que ma bouche se tait, pensez-vous que mon cœur repose? (Gide,Nourr. terr., 1897, p. 219).Les projets des nuits d'insomnie, renaissant avec l'ombre, quand l'esprit s'aiguise dans le silence, que le corps repose sans dormir (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p. 60).
Laisser reposer (qqn). Le laisser en état de tranquillité, exempté de travail, d'exercice physique; le laisser prendre du repos. Laisser reposer un cheval, des troupes. On apprit qu'on passerait à Triaucourt toute la journée du lendemain; sans doute pour laisser reposer les hommes (Romains,Hommes bonne vol., 1938, p. 107).[En parlant d'une partie du corps] À Balbec Mmede Villeparisis se donnait congé pour laisser reposer ses yeux (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p. 709).Au fig. Laisser reposer les esprits. Les laisser se calmer (d'apr. Ac.).
2. Littér. Dormir. − (...) je crois que le paroxysme est passé. − Oui, elle repose un peu maintenant! répondit Charles, qui la regardait dormir (Flaub.,MmeBovary, t. 2, 1857, p. 49).
3. [Le suj. désigne un mort] Être étendu (sur un lit de mort), être enterré. Reposer au cimetière, en terre chrétienne. Je suivis Suzanne jusqu'à sa dernière demeure. Elle repose sur le bord de la mer, sous de grands acacias (Du Camp,Mém. suic., 1853, p. 199).Ils allèrent s'agenouiller près du lit où reposait la morte et récitèrent un chapelet entier (Hémon,M. Chapdelaine, 1916, p. 232).
[Au début d'une épitaphe] Ici repose. Synon. ci-gît (v. ci1I B 2).Les anciens excellaient dans l'inscription funèbre: « Ici repose Épictète, disait son cippe, esclave, contrefait, pauvre comme Irus, et pourtant le favori des dieux... » (Chateaubr.,Mém., t. 4, 1848, p. 435).
[Dans les prières chrét. pour les morts, dans des formules de souhait] Qu'il(s) repose(nt) en paix! reposer en Dieu. Qu'ils reposent en paix, ceux qui se sont couchés sur elle [la terre sacrée de la patrie] en la défendant! (Bordeaux,Fort de Vaux, 1916, p. 69).À tous ceux qui reposent dans le Christ, nous vous demandons d'accorder un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix (Billy,Introïbo, 1939, p. 151).
4. RELIG. CATH. [Le suj. désigne le Saint Sacrement, des reliques] Être déposé à tel endroit. C'est dans cette église que reposent les reliques de tel saint (Ac.).V. reposoir B 2 ex. de E. de Guérin.
B. − [le suj. désigne un inanimé]
1. [Le suj. désigne la nature, un élément naturel] Être sans activité, dans le calme. N'est-ce pas qu'il est doux D'aimer et de sentir qu'on vous aime à genoux? D'être deux? d'être seuls? Et que c'est douce chose De se parler d'amour, la nuit quand tout repose? (Hugo,Hernani, 1830, ii, 4, p. 52).Sous l'ample ruissellement de la clarté lunaire, les terres reposaient avec leurs étangs et leurs bois (Genevoix,Raboliot, 1925, p. 73).
2. [Le suj. désigne une partie du corps] Être immobile dans une attitude de délassement, sans activité. Ses poings reposent sur ses genoux; sa joue repose dans sa main. L'une des mains, toute petite, potelée, adorable, qui repose sur la couverture (Coppée,Bonne souffr., 1898, p. 109).La petite tête qui s'offre, la bouche en avant, repose sur les doigts croisés (Larbaud,Barnabooth, 1913, p. 148).
3. [Le suj. désigne un objet] Être déposé, se trouver à tel endroit. Son écharpe et son chapeau de paille reposaient négligemment sur un fauteuil (A. France,Étui nacre, Mmede Luzy, 1892, p. 265).Le ragoût où les boulettes reposent dans une sauce onctueuse (Guèvremont,Survenant, 1945, p. 102).
Au fig., littér. Synon. résider.Que tu es belle, et quel bonheur repose en toi! (Musset,Il ne faut jurer, 1840, iii, 4, p. 161).Sur son front [la Joconde] repose cette sérénité d'une femme sûre d'être éternellement belle (Gautier,Guide Louvre, 1872, p. 27).
[Dans un cont. relig.] Elle allait voir Lisbeth à la Ville-de-Bâle, et contempler ses trésors, levant les mains et criant: − La bénédiction du seigneur repose sur vous! (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 463).
Laisser reposer qqc.
Laisser reposer (du vin, un liquide). Le laisser immobile pour que les impuretés se déposent, pour qu'il retrouve sa limpidité. Laisser reposer le lait pour faire monter la crème. On agita ce mélange, on le laissa reposer, puis on le décanta, et on obtint un liquide clair (Verne,Île myst., 1874, p. 157).
AGRIC. Laisser reposer (la terre). La laisser en jachère sans l'ensemencer. L'assolement. − La nécessité de laisser reposer le sol (...) a fait très tôt imaginer la technique des changements annuels de culture (Meynier,Paysages agraires, 1958, p. 127).
CUIS. Laisser reposer (une pâte). Cesser de la travailler. Ajouter [au mélange] deux cuillerées de rhum. Laisser reposer la composition. Faire les crêpes selon la méthode habituelle (Gdes heures cuis. fr., P. Montagné, 1948, p. 191).
Au fig. Laisser reposer un ouvrage, une rédaction. Ne pas y travailler pendant quelque temps, revoir à loisir, après réflexion. Je vous ai lu, comme je sais lire, en laissant de temps en temps votre lettre reposer (Rolland,J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1474).
4. Reposer sur
a) Reposer sur qqc.Avoir pour base, être appuyé sur (quelque chose) de manière stable, ferme ou permanente. Reposer sur une colonne, le sol, des pieds, un socle. Le bonhomme et Nanon étaient accouplés par un gros gourdin dont chaque bout reposait sur leur épaule droite et soutenait un câble auquel était attaché un barillet (Balzac,E. Grandet, 1834, p. 146).[Les essieux] reposent sur les rails par l'intermédiaire des roues (Bailleul,Matér. roulant ch. de fer, 1951, p. 7).
Au fig. Être établi sur, être fondé sur (quelque chose), s'appuyer sur (quelque chose). Reposer sur une base, la/des connaissance(s), le/les fait(s), l'idée; le raisonnement, le système, la théorie repose sur. Le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la vérité (Chamfort,Max. et pens., 1794, p. 32).Sans représenter son époque il [le théâtre] peut pousser à cette transformation profonde des idées, des mœurs, des croyances, des principes sur lesquels repose l'esprit du temps (Artaud,Théâtre et son double, 1938, p. 140).
b) Reposer sur qqn.Dépendre de quelqu'un pour réussir, avoir quelqu'un pour support indispensable. Voilà Delaunay, le personnage sur lequel repose toute la pièce, qui refuse son rôle! (Goncourt,Journal, 1865, p. 199).Sur le fils aîné reposaient toutes les grandes espérances du père (Aymé,Jument, 1933, p. 38).
II. − Empl. trans.
A. − [Le suj. désigne un animé]
1. [Le compl. d'obj. désigne le corps, une partie du corps]
a) Étendre, placer dans un état de détente, de délassement. Reposer son dos, sa jambe, ses pieds. Une autre petite fille (...) repose sa tête blonde sur les genoux de sa mère (Lamart.,Confid., 1849, p. 52):
... elle n'en pouvait plus. L'accompagner ailleurs, elle n'en aurait pas eu le courage... Elle aspirait à rentrer chez elle, à s'allonger parmi les coussins, à reposer son corps endolori. Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p. 650.
Littér.
[P. allus. à Montaigne (v. oreiller)] Le doute moral (...) ne s'est-il pas prêté à l'indolence de Montaigne comme un mol oreiller où reposer une tête bien faite (Bourget,Nouv. Essais psychol., 1885, p. 121).
[P. allus. à Matth. VIII, 20, Luc IX, 58: Le fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête] N'avoir pas où reposer sa tête. Être sans toit et sans ressources. Il jeta autour de lui un regard d'angoisse, d'être perdu qui ne sait plus où cacher son corps, où reposer sa tête, qui n'a pas un abri par le monde (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, Vagabond, 1887, p. 670).
b) Délasser, accorder une détente à. Reposer son esprit; reposer sa vue dans l'obscurité. Je prends relâche, je repose mes yeux, je rêve à d'autres choses, je me remets à neuf (Alain,Propos, 1924, p. 616).
Reposer sa vue, ses yeux sur qqn/qqc. Attacher (sa vue, son regard) sur un spectacle agréable qui détend, réjouit. Derrière nous, un autre Sahara: la Bessarabie. On ne trouve, pour y reposer les yeux, qu'une haie de roseaux, dans un marais, à notre droite (Vercel,Cap. Conan, 1934, p. 224).V. aimable ex. 49.Au fig. Reposer son esprit, son imagination (dans, sur qqn/qqc.). Pas un joli spectacle, pas une jolie toilette où reposer ma pensée... où égayer mes yeux (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 62).Il reposait son âme lasse sur ce petit homme frisé, qui n'avait pas la méchanceté des grands (R. Bazin,Blé, 1907, p. 181).
Empl. pronom. réfl. indir. Se reposer l'esprit, les yeux. Puis, quand il était las de consulter ces indicateurs, il se reposait la vue en regardant les chronomètres et les boussoles, les sextants et les compas (Huysmans,À rebours, 1884, p. 28).
2. Empl. factitif, rare. [Le compl. d'obj. désigne un animé] Je monte une heure ou deux mon beau cheval Tedmor, pour reposer Scham (Lamart.,Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 241).
B. − [Le suj. désigne un inanimé] Délasser, détendre. Reposer qqn, l'esprit de qqn. Cette mystérieuse liturgie attire et repose mon esprit. J'ai retrouvé l'atmosphère de mon âme (Barrès,Cahiers, t. 6, 1907, p. 231).
Reposer qqn de qqc.Chez les Forbach la conversation se réduisait à fort peu. C'était toujours la même. Mais elle reposait François des racontars de la ville (Radiguet,Bal, 1923, p. 57).
[Sans compl. d'obj.] Moi, j'ai les yeux fatigués. Je comprends maintenant la photographie, les patiences, les collections de timbres... Cela repose (Chardonne,Épithal., 1921, p. 203).V. frein ex. 3.
III. − Empl. pronom.
A. − [Le suj. désigne un animé]
1. Cesser une activité physique ou mentale fatigante, se délasser, se détendre. Se reposer un moment, une heure, une journée.
a) [Empl. seul] − Tâchez de vous reposer. Non! Je ne veux pas me reposer. J'ai formé le projet de ne plus me reposer jamais, on a trop de mal à repartir (Duhamel,Combat ombres, 1939, p. 279).Des joies parallèles à la fatigue. Des joies sensibles. Manger, se reposer, les plaisirs du dimanche (S. Weil,Pesanteur, 1943, p. 181).
À l'impér. Yvonne, je t'en conjure. Couche-toi. Repose-toi. Tu vas te tuer. Tu vas te tuer de fatigue (Cocteau,Parents, 1938, iii, 9, p. 297).
En partic. Cesser un travail (rétribué), une activité professionnelle. Dieu merci! que je pense, on va se reposer, et s'établir avec les petites économies du théâtre! (Colette,Music-hall, 1913, p. 188).
b) Se reposer + prép.Se reposer sur un lit, sur un fauteuil, sous un arbre, à la campagne, dans sa chambre, dans le midi, pendant trois mois.
[Le compl. d'obj. introd. par de désigne la raison du besoin de repos] Se reposer de qqc.Synon. se remettre de.Se reposer d'un effort, d'une maladie, de ses travaux. Juliette Brémond n'avait pas eu beaucoup de temps pour se reposer des fatigues du bal (Miomandre,Écrit sur eau, 1908, p. 125).
Au fig.
Se reposer en qqn, dans qqn, dans qqc.Trouver en quelqu'un, quelque chose ce qui procure le calme, la sérénité intérieure. Je me repose en vous, j'ai confiance, je me suis donnée (Martin du G.,Devenir, 1909, p. 170).Je me reposais dans la douceur de la sentir présente (J. Bousquet,Trad. du sil., 1936, p. 140).
Se reposer en Dieu. Trouver en Dieu la quiétude, la béatitude. Qu'il est foible celui que les passions dominent! Qu'il est fort celui qui se repose en Dieu! (Chateaubr.,Génie, t. 2, 1803, p. 235).
Se reposer sur ses lauriers. V. laurier B 1 b.
2. Se reposer sur qqn.S'appuyer sur quelqu'un, lui faire confiance. Synon. avoir confiance en (qqn).Il est pourtant bien cruel que je ne puisse me reposer sur personne (Leclercq,MmeSorbet, 1835, 4, p. 129).La confiance, l'affectueuse estime du gouvernement et de la population entière qui se repose sur l'armée, sur ses chefs (Joffre,Mém., t. 1, 1931, p. 294).[P. méton.] Je me repose entièrement sur l'amitié des gens que j'aime (Goncourt,Journal, 1894, p. 519).
Se reposer sur qqn de qqc.Déléguer à quelqu'un ses pouvoirs, le charger d'(une mission, d'un travail). Sa mère, qui ne pouvait pas nous suivre, s'en est reposée sur moi du soin de lui faire exécuter l'ordonnance (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 110).
B. − [Le suj. désigne un inanimé]
1. [Corresp. à supra I B 1] Rester sans mouvement, sans activité. La nature se repose. Tu vois que ma terre ne se repose pas, et que le système des jachères n'est pas le mien (Lamart.,Corresp., 1836, p. 177).
2. [Corresp. à supra I B 2] L'eau courante n'est pas un bon miroir, mais quand l'eau se repose, l'homme peut y contempler son visage (Gide,École femmes, 1929, p. 1293).
REM.
Reposement, subst. masc.,rare. Action de se reposer; état qui en résulte. Et nous en faisons moins dans nos œuvres de jour Que l'homme n'en faisait dans son reposement. Et nous sommes perdus tout en haut de la tour Et ne voyons venir qu'un vaste épuisement (Péguy,Ève, 1913, p. 782).
Prononc. et Orth.: [ʀ əpoze], (il se) repose [-po:z]. Homon. et homogr. reposer1. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 980 verbe pronom. repauser « cesser de travailler, pour faire disparaître la fatigue » (Jonas, éd. G. de Poerck, ligne 146); ca 1120 reposer verbe trans., neutre et pronom. (Benedeit, St Brendan, éd. I. Short et B. Merrilees, 966, 308, 640); 2. 1160-74 « être déposé (en parlant des reliques d'un saint) » (Wace, Rou, III, 5395, éd. A. J. Holden, t. 2, p. 87); 3. a) ca 1470 reposer sur qqn « avoir confiance en quelqu'un » (Georges Chastellain, Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 330); b) 1549 (Est.: se reposer sur le propos d'aucun); c) ca 1590 (Montaigne, Essais, éd. P. Villey, p. 100: s'en reposer sur moy); 4. 1564 « être en jachère (en parlant d'un champ) » (Indice et rec. universel de tous les mots principaux des livres de la Bible, f o291 r o); 1694 laisser reposer une terre labourable (Ac.); 5. 1567 « rester en repos (d'un liquide en train de s'éclaircir) » (Ch. Estienne, J. Liébault, L'Agriculture et Maison rustique, f o160 v o); 6. 1694 « être déposé, placé (du Saint-Sacrement) » (Ac.); 7. 1744 à tete reposée (G. Godard d'Aucour, Thémidore La Haye, p. 16); 8. 1754 (Bonnet, Essai psychol., p. 150: toute la théorie du raisonnement repose sur ce principe); 9. 1754 en parlant du regard (Condillac, Traité sensations, p. 170). Du lat. tardif repausare (ives., v. Blaise, dér. de pausare « cesser, s'arrêter ») « remettre, réconforter, reposer » et « se reposer ».
STAT.Reposer1 et 2. Fréq. abs. littér.: 5 808. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9 388, b) 7 605; xxes.: a) 7 718, b) 7 972.

Reposer : définition du Wiktionnaire

Verbe 1

reposer \ʁə.po.ze\ 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Transitif) Poser de nouveau ; poser une chose à l’endroit où on l’avait prise.
    • Reposer son verre sur la table.
  2. (Figuré) Poser de nouveau.
    • Reposer une question.

Verbe 2

reposer \ʁə.po.ze\ 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se reposer)

  1. (Transitif) Mettre dans une situation tranquille ; mettre en état de repos, pour délasser, pour détendre.
    • reposer sa jambe sur un tabouret.
    • reposer sa vue, ses yeux sur un objet : les y arrêter avec plaisir, avec complaisance.
    • Si elle n’est pas belle et ne l’a sans doute jamais été, elle a un visage où l’on aime reposer son regard. — (José Cabanis, Les cartes du temps, Gallimard, 1962, Le Livre de Poche, page 28.)
  2. (Transitif) (Figuré) Procurer du calme.
    • reposer la tête, reposer l’esprit, reposer l’âme.
    • La verdure repose la vue.
  3. (Intransitif) Être établi, appuyé ou fondé.
    • Tout l’édifice du makhzen reposait sur quatre piliers représentés par les tribus du guich : Cheraga, Oudaya, Bouakher et Cherarda. — (Frédéric Weisgerber, Au seuil du Maroc Moderne, Institut des Hautes Études Marocaines, Rabat : Les éditions de la porte, 1947, p. 73)
    • L’intégrité journalistique repose largement sur l’absence de conflits de loyautés, et même sur l’absence d’apparence de tels conflits. — (Marc-François Bernier, Éthique et déontologie du journalisme, page 315, Presses de l’Université Laval, 2004)
    • Eh bien, ça se passe sous votre Paris de mes couilles, mon vieux. Votre Paname comme vous dites, qui sent si bon Chanel, avec plein de belles gonzesses qui trottinent, il repose sur du pus et de la crevaison ! — (Frédéric Dard , San Antonio : La fête des paires, éd. Fleuve Noir, 1986)
    • Si vous voulez mon avis, Œdipe et tout ça, c'est des conneries. Et Freud est un malin et un sacré branleur parce que toutes ses théories reposent sur des suppositions et qu'on ne pourra jamais rien vérifier. — (Olivier Martinelli, Une Légende, E-fractions éditions, 2014, chap. 15)
  4. (Intransitif) Être en état de repos ou de tranquillité.
    • Il ne dort pas, il repose.
    • Laisser reposer ses esprits.
  5. (Intransitif) Dormir.
    • Il n’a pas reposé de toute la nuit.
  6. (Intransitif) Être déposé, être placé en quelque endroit.
    • Sur le bord du fleuve, […], il rencontra un autre aéroplane qui lui parut à peine endommagé. […]. Il reposait là, abandonné, et l’eau clapotait sur l’extrémité de sa longue queue. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 332 de l’éd. de 1921)
    • Le Saint Sacrement repose dans cette chapelle, dans ce tabernacle. — C’est dans cette église que reposent les reliques de tel saint.
    • Voici la tombe où il repose, la pierre sous laquelle il repose.
  7. (Intransitif) Tenir un liquide immobile afin qu’ils se clarifie.
    • Cette eau est trouble, il faut qu’elle repose quelque temps.
    • Il faut laisser reposer le vin qui a voyagé.
  8. (Intransitif) (Figuré) Pour une terre, laisser en guéret, en jachère, sans l’ensemencer.
    • Laisser reposer une terre labourable.
  9. (Intransitif) (Figuré) Pour un ouvrage, le garder pendant un certain temps, sans le relire, sans le montrer, sans le rendre public, afin de le revoir ensuite à loisir et de sang-froid.
    • Laisser reposer un ouvrage.
  10. (Pronominal) Cesser de travailler, d’agir, d’être en mouvement, pour faire disparaître la fatigue.
    • Au-dessus de ma couchette est une boussole à carte renversée et, lorsque mon navire se gouverne lui-même et que je me repose, je n’ai qu’à ouvrir les yeux pour savoir la route qu’il suit. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Il y a dix heures qu’il travaille sans se reposer.
    • Après s’être reposé quelques instants, il reprit la parole.
  11. (Intransitif) Avoir pour base, pour assise, pour assiette.
    • La réputation de ce grand homme reposait principalement sur l’autorité avec laquelle il démontrait que l’éternument était une prévoyance de la nature, au moyen de laquelle les penseurs trop profonds pouvaient chasser par le nez le superflu de leurs idées ; […]. — (Edgar Poe, Eureka, 1848, traduction de Charles Baudelaire, 1864)
    • […]; le système monétaire et le système du crédit reposent sur une vaine tradition de la valeur de l’or et offrent une instabilité presque fantastique. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 406 de l’éd. de 1921)
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Reposer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

REPOSER. v. tr.
Poser de nouveau; Poser une chose à l'endroit où on l'avait prise. Reposer son verre sur la table. Il signifie aussi Mettre dans une situation tranquille, mettre en état de repos, pour délasser, pour détendre. Reposer sa jambe sur un tabouret. Reposer sa tête sur un oreiller. Fig., N'avoir pas où reposer sa tête, Être sans asile et dans un extrême dénuement. Fig., Reposer sa vue, ses yeux sur un objet, Les y arrêter avec plaisir, avec complaisance. On dit aussi : Sa vue, ses yeux se reposent sur tel objet. Le sommeil repose le teint, Il lui rend un aspect de fraîcheur. Fig., Reposer la tête, reposer l'esprit, reposer l'âme, Lui procurer du calme. Cet amusement me repose la tête. Cette nouvelle me repose l'esprit. Cette espérance me repose l'âme. On dit de même : Cela repose la vue, les yeux. La verdure repose la vue.

REPOSER est aussi intransitif et signifie Être établi, appuyé, fondé. La base de l'édifice repose sur le roc, sur des pilotis. Il s'emploie figurément dans la même acception. Ce raisonnement ne repose sur rien, repose sur de solides principes. Ma confiance en lui repose sur une expérience de vingt ans. Son crédit, son autorité ne repose que sur de faibles bases. Il signifie aussi Être en état de repos, de tranquillité. Il ne dort pas, il repose. Il est là, qui repose. Il signifie encore Dormir. Il n'a pas reposé de toute la nuit. Il signifie également Être déposé, placé en quelque endroit. Dans ce sens, on ne le dit guère que du Saint Sacrement, des reliques d'un saint, des restes mortels d'une personne. Le Saint Sacrement repose dans cette chapelle, dans ce tabernacle. C'est dans cette église que reposent les reliques de tel saint. Voici la tombe où il repose, la pierre sous laquelle il repose. ICI REPOSE est l'inscription qu'on grave ordinairement sur les pierres tombales. Il se dit aussi des Liquides qu'on tient immobiles afin qu'ils se clarifient. Cette eau est trouble, il faut qu'elle repose quelque temps. Il faut laisser reposer le vin qui a voyagé. Fig., Laisser reposer ses esprits, Les laisser rasseoir, se calmer. Vous êtes trop agité, laissez reposer vos esprits. Laisser reposer une terre labourable, La laisser en guéret, en jachère, sans l'ensemencer. Fig., Laisser reposer un ouvrage, Le garder pendant un certain temps, sans le relire, sans le montrer, sans le rendre public, afin de le revoir ensuite à loisir et de sang-froid.

SE REPOSER signifie Cesser de travailler, d'agir, d'être en mouvement, pour faire disparaître la fatigue. Se reposer après le travail. Il y a dix heures qu'il travaille sans se reposer. Reposez-vous, vous devez être las. Nous nous reposâmes sur le gazon. Après s'être reposé quelques instants, il reprit la parole. Il faut que l'esprit se repose. Fig., Se reposer sur quelqu'un, Avoir confiance en lui. Fig., Se reposer sur quelqu'un de quelque affaire, S'en remettre à lui de la conduite d'une affaire, s'en rapporter à lui comme à une personne en qui l'on a une entière confiance. Je me repose de ce soin sur vous. Je m'en repose sur vous entièrement. Je m'en repose sur votre parole, sur votre probité, sur votre capacité, sur votre amitié pour moi. Fig., Se reposer sur ses lauriers. Voyez LAURIER. Le participe passé

REPOSÉ s'emploie adjectivement. Un teint reposé, une mine reposée, un visage reposé, Un teint, une mine, un visage qui a retrouvé sa fraîcheur.

À TÊTE REPOSÉE, loc. adv. À loisir, avec réflexion. J'y songerai à tête reposée. Nous examinerons cette question à tête reposée.

Reposer : définition du Littré (1872-1877)

REPOSER (re-pô-zé) v. a.
  • 1Mettre dans un état de repos. Reposer la jambe sur un tabouret, sa tête sur un oreiller. Heureux celui qui, connaissant tout le prix d'une vie douce et tranquille, repose son cœur au milieu de sa famille ! Montesquieu, Lett. pers. 155.

    Fig. N'avoir pas où reposer sa tête, être sans asile. Ce Dieu pauvre, qui dans tout le cours de sa vie n'eut pas même où se retirer ni où reposer sa tête, Bourdaloue, Exhort. Crucif. et mort de J. C. t. II, p. 198.

    Reposer sa vue, ses yeux sur un objet, les y arrêter avec plaisir.

  • 2Procurer du repos, du calme, avec un nom de chose pour sujet. Un jour égal et pur y repose les yeux [à la Roche-Guyon], Lamartine, Méd. I, 26.

    Cela repose la vue, se dit des parties d'un tableau, ou d'un ensemble d'objets, qui n'attirent pas l'attention et permettent à l'œil de se reposer.

    Le sommeil repose le teint, le rend frais.

    Cela repose les humeurs, les calme.

    Reposer la tête, l'esprit, l'âme, leur procurer du calme.

    Se reposer l'esprit, se donner du calme. Il y a sept jours que je suis revenue de Rennes, et que je me repose l'esprit, Sévigné, 18 août 1680.

  • 3 V. n. Dormir. Portons-le reposer dans la chambre prochaine, Corneille, Théod. V, 9. Une potion anodine et astringente, pour faire reposer monsieur, Molière, Mal. imag. I, 1. À la nuit qu'il fallut passer en présence des ennemis, comme un vigilant capitaine il reposa le dernier ; mais jamais il ne reposa plus paisiblement, Bossuet, Louis de Bourbon. Je fais pour reposer un effort inutile, Boileau, Sat. VI. …Les chagrins qu'il [Néron] me cause M'occuperont assez tout le temps qu'il repose, Racine, Brit. I, 1. Que s'étant mise au lit, elle reposait, Hamilton, Gramm. 11.
  • 4Il se dit d'un état de repos, de tranquillité. Il ne dort pas, il repose. Qui se plaît à bien faire et sait l'art d'obliger Repose sans péril au milieu du danger, Rotrou, Bélis. II, 8. Allez, et laissez-moi reposer un moment, Racine, Mithr. II, 2.

    Fig. Si je voyais partout les marques d'un créateur, je reposerais en paix dans la foi, Pascal, Pens. XIV, 2, édit. HAVET.

  • 5 Terme de manége. Reposer ou se reposer sur la main, se dit d'un cheval qui, ayant la bouche dure, pèse trop sur la main.
  • 6Être placé, déposé pieusement en quelque endroit. Le saint Sacrement repose dans cette chapelle. C'est sous cette pierre que son corps repose. Il y avait quatre jours que le corps d'Alexandre reposait sur son lit de parade, Vaugelas, Q. C. X, 10. Je reposerai avec mes pères, Sacy, Genèse, XLVII, 30. Les tombeaux où reposaient leurs cendres bénites, Bossuet, Hist. II, 3. Que tes cendres reposent en paix, Fénelon, Tél. XVII.

    Ici repose… ou ci-dessous repose… inscription que l'on met sur des tombes.

  • 7 Fig. Résider. L'espérance que j'ai et qui reposera toujours dans mon cœur, Sacy, Bible, Job, XIX, 27. Le Saint-Esprit repose invisiblement dans les reliques de ceux qui sont morts, Pascal, Lett. sur la mort de son père. Lieu terrible où de Dieu la majesté repose, Racine, Athal. V, 2.
  • 8Être établi, fondé sur. La base de l'édifice repose sur le roc. Les villes de Clermont, de Riom, d'Issoire ne sont bâties qu'avec des laves, et ne reposent que sur des laves, Buffon, Min. t. IX, p. 23.

    Fig. Ce raisonnement ne repose sur rien. Son crédit ne repose que sur de faibles bases.

  • 9En parlant de liqueurs, se rasseoir, de manière que les parties grossières tombent au fond. Il faut laisser reposer ce vin. Il faut se presser de travailler le suc de la betterave à mesure qu'on l'extrait ; si on le laisse reposer plusieurs heures, surtout quand il n'est pas concentré, il éprouve des altérations qui dénaturent le sucre, Chaptal, Instit. Mém. Acad. des scienc. t. I, p. 369. Alors, retiré du feu, il [le sirop d'érable] repose pendant douze heures, Chateaubriand, Amér. Récolte du sucre d'érable.

    Fig. Laisser reposer ses esprits, se calmer.

  • 10Se reposer, v. réfl. Être dans le repos, goûter le repos. Castor et Pollux se reposent tour à tour ; mais moi, je ne repose jamais, et ne fais que courir haut et bas, Perrot D'Ablancourt, Lucien, dial des dieux, Mercure et sa mère. Est-on, disait-il, dans les places pour se reposer et pour vivre ? ne doit-on pas sa vie à Dieu, au prince et à l'État ? Bossuet, le Tellier. L'Inde se reposait dans une paix profonde, Racine, Alex. II, 2. Ami, reposons-nous sur ce siége sauvage, Voltaire, Scythes, I, 3. Sitôt donc qu'une partie des hommes se repose, il faut que le concours des bras de ceux qui travaillent supplée au travail de ceux qui ne font rien, Rousseau, Ém. III. Morellet, dont l'esprit trop souvent se repose, Enfant de soixante ans qui promet quelque chose, Chénier M. J. le Docteur Pancrace.

    Se délasser. Vous me semblez tous deux fatigués du voyage ; Reposez-vous ; usez du peu que nous avons, La Fontaine, Phil. et Bauc. Je me repose des autres lettres, quand je vous écris, Sévigné, 479. On voit des Calabrais qui se mettent en marche pour aller cultiver les terres avec un joueur de violon à leur tête, et dansant de temps en temps pour se reposer de marcher, Staël, Corinne, XI, 1.

    Fig. Ô épée de la justice de Dieu, ne vous reposerez-vous point ? remplirez-vous toujours la terre de meurtres ? Nicole, Ess. mor. 3e traité, ch. 5.

    Fig. Familièrement. Se reposer sur ses lauriers, demeurer inactif après un succès. Il [Corneille] se reposait sur sa réputation ; sa gloire nuisait à son génie, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Perth. préface.

    On dit dans le même sens : reposer sur ses lauriers.

    Avec faire et laisser, on fait ellipse du pronom personnel. Faites reposer vos chevaux ; laissez reposer un moment ces hommes. Laissez un peu reposer votre cœur et votre imagination dans la certitude d'une si grande chose [un bon mariage pour le jeune Grignan], Sévigné, 11 sept. 1680.

  • 11Se reposer, être en jachère, en parlant d'une terre.

    Fig. Soit qu'en tout pays la nature se repose après de grands efforts, comme les terres après une moisson abondante…, Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 27 mai 1737.

    Avec ellipse du pronom personnel. Laisser reposer une terre, la laisser en jachère, sans l'ensemencer.

    Fig. Laisser reposer un ouvrage, cesser de travailler à un ouvrage, pour le reprendre et le revoir à loisir.

  • 12S'arrêter pendant quelque temps, en parlant de la vue, de l'esprit, etc. Expier tous les crimes de vos regards en les laissant reposer sur un objet désagréable, Massillon, Carême, Mauv. riche. Il en est encore dont je n'ai pas voulu parler comme en passant, et sur lesquels mes souvenirs se plaisent à se reposer, Marmontel, Mém. X. La vue, en parcourant l'horizon, se repose à droite sur cette mer qu'on appelle Propontide, Barthélemy, Anach. ch. 2.
  • 13Se poser, résider. La puissance du Seigneur se reposera sur cette montagne, Sacy, Bible, Isaie, XXV, 10. L'esprit s'étant reposé sur eux, ils commencèrent à prophétiser, Sacy, ib. Nomb. XI, 25.

    Être posé sur. [La réforme] En renversant le fondement sur lequel se reposait la foi des peuples, Bossuet, 6e avert. III, 3.

  • 14 Fig. Se reposer sur, avoir confiance en. Sur leur ordre éternel [des dieux] mon esprit se repose, Corneille, Hor. III, 5. Chacun se dit ami ; mais fou qui s'y repose, La Fontaine, Fabl. IV, 17. Je me reposerai sur ma conscience et sur mon cœur, qui ne peut jamais me laisser faillir sur ce qui vous regarde, Sévigné, 6 avr. 1672. Le cœur de son père se repose sur elle, comme un voyageur abattu par les ardeurs du soleil se repose à l'ombre sur l'herbe tendre, Fénelon, Tél. XXII. Reposez-vous sur moi, je réponds de l'affaire, Regnard, Fol. amour, III, 8. C'est une des singularités de ma mémoire qui mérite d'être dite : quand elle me sert, ce n'est qu'autant que je me suis reposé sur elle ; sitôt que j'en confie le dépôt au papier, elle m'abandonne, Rousseau, Confess. VIII. Lorédan n'est-il pas mon ami ? J'aime à me reposer sur sa reconnaissance, Delavigne, Vêp. sicil. II, 2.

    Se reposer de… sur…, s'en remettre à… pour la chose dont il s'agit. Reposez-vous sur moi, seigneur, de tout son sort, Corneille, Hér. II, 2. Qu'un père si éclairé… se soit reposé sur vous [le fils de Condé] de choses si importantes, Bossuet, Louis de Bourbon. Il lui fut permis de se reposer des occupations de sa charge sur un fils, Bossuet, le Tell. Vous savez qu'on s'en peut reposer sur ma foi, Racine, Esth. II, 1. Ils se reposent de leur élévation sur leurs titres, Massillon, Pet. carême, Tentat. des gr. Van Swieten a eu ordre de l'empereur et de l'impératrice de faire compliment à Marmontel, et il s'en est reposé sur son fils, qui s'en est acquitté on ne peut mieux, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 11 oct. 1767.

    On a dit aussi, avec le même sens, se reposer dans. Nous sommes plaisants de nous reposer dans la société de nos semblables, misérables comme nous, impuissants comme nous, Pascal, Pens. XIV, 1, édit HAVET.

HISTORIQUE

Xe s. E repauser se podist [et se pût reposer], Fragm. de Valenc. p. 468.

XIe s. Dunc le menat androit [directement] suz [sous] le degret, Fait li sun lit o [où] il pot reposer, St Alexis, XLVII.

XIIe s. Onques [il] ne fu un sol jor reposans De Sarasins ocirre et de Persans, li Covenans Vivien, V. 70. Ne fausse amors ne vuet que s'entremete De moi laissier dormir ne reposer, Couci, VI.

XIIIe s. Quar se je repose De fere chançon…, Coussemaker, l'Art harmonique, p. 183. Ne soies pas toz jors en oevre, mais aucune fois laisse reposer ton corage, Latini, Trésor, p. 348. En pes me dormiré et reposeré en Dieu meismes, Psautier, f° 10. Laissez la [votre fille] reposer jusques à la vesprée, Berte, LXXXII. Et on lor dist qu'il sejournoit à Nichole, une ferme sitée à XII lieues de Cantorbile où sains Thumas li martyrs repose, Chr. de Rains, 132.

XIVe s. En ycelle abbaïe où il a lieu jolis, Reposerent trois jours nos François poestis, Guesclin, 20456. En la ville se sont nos François reposé, ib. 19513. Qui a à faire à bonnes gens, il se repose, Ménagier, II., 3.

XVe s. La cheveleure qui lui reposoit sur les espaules, Perceforest, t. IV, f° 69.

XVIe s. Homme reposé, non entreprenant, Amyot, Solon, 61. … Là où il se logea pour reposer ses gens qui estoient travaillez du chemin, Amyot, P. Aem. 24. Il les avoit remparez, et se reposoit sur lesdits remparemens, Amyot, Caton, 26. Il avoit besoing de quelque homme de faict et d'entendement, sur la foy duquel il se peust reposer de la garde de son estat, Amyot, Eumènes, 6. Jusques à ceste heure qu'elle commence à reposer, elle a esté vingt-quatre heures en extremité de douleurs du pied gauche, Marguerite de Navarre, Lettre 15. Tout ce jour madame a fait bonne chere, se repousant sur son petit lict, Marguerite de Navarre, ib. 52. L'asseurance que j'ay de vous me faict entierement repouser sur vostre promesse, Marguerite de Navarre, ib. 58. Je vous supplie vous en repouzer sur moy, Marguerite de Navarre, ib. 38. Estant en nostre sens froid et reposé…, Montaigne, II, 325. Nous avons fort peu de choses à dire de l'Espagne, pour ce qu'elle a reposé en soy, troublant les autres nations, D'Aubigné, Hist. I, 18. Monsieur sera à se reposer, ouy de bien faire, Dial. de Tahureau, p. 80, dans LACURNE.

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Reposer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

REPOSER, v. act. & neut. c’est discontinuer le travail, l’action, le mouvement, se remettre de la fatigue ; s’arrêter. Donnez-lui le tems de se reposer de ses peines ; ici repose celui qui jamais ne se reposa. Laissez reposer cette terre, cette liqueur, l’esprit de cet homme. Le fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête. Les rois se reposent de la plus grande partie de l’administration sur leurs ministres.

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Étymologie de « reposer »

Étymologie de reposer - Littré

Berry, arpouser ; wallon, rípoizé ; prov. repausar ; esp. reposar ; port. repousar ; ital. riposare ; du lat. repausare (QUICHERAT, Addenda), donner du loisir, de re, et pausa, pause (voy. POSER).

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Étymologie de reposer - Wiktionnaire

(Verbe 1) De poser « mettre sur », avec le préfixe re-.
(Verbe 2) De l’ancien français repauser, donc lié à pause dans son sens moderne « arrêt du travail ».
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Phonétique du mot « reposer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
reposer rœpoze play_arrow

Conjugaison du verbe « reposer »

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Citations contenant le mot « reposer »

  • Et maintenant ? Le Real doit préparer son match contre Manchester City : "Maintenant, on va se reposer pendant trois ou quatre jours, et ensuite on va revenir au travail pour la Ligue des champions." BeSoccer, "Maintenant, on va se reposer un peu" - BeSoccer
  • "Cette baisse de régime en deuxième période, ce n'est pas footballistique, c'est purement la fatigue, a expliqué Quique Setién après la courte victoire des Blaugrana face à Valladolid.  On a joué il y a moins de 72 heures. Il faisait très chaud, le terrain a séché très vite. Et les joueurs n'ont plus la fraîcheur nécessaire pour avoir de l'intensité tout au long du match. On a joué beaucoup de matches, avec beaucoup de fatigue, et beaucoup de joueur qui jouent beaucoup de minutes. Leo (Messi) aussi doit sans doute se reposer. On s'en est parlé, mais si on avait réussi à plier le match plus tôt, sans doute que d'autres joueurs auraient rejoint le banc pour souffler. Ce n'est pas une baisse de régime footballistique. Quand on est fatigué, on perd plus de ballons, on prend de mauvaises décisions." Prochain rendez-vous pour le Barça, jeudi au Camp Nou, face à Osasuna. RMC SPORT, Valladolid-Barça: pour Setién, Messi a « besoin de se reposer »
  • «  »Nous n’avons pas le droit de nous reposer« : Emmanuel Macron a appelé lundi soir les parlementaires de la majorité à rester dans  »l’unité«  et à  »ne rien perdre de l’ambition«  de 2017, lors du  »pot«  traditionnel de fin de session, selon des participants. Mediapart, Macron à la majorité : « nous n’avons pas le droit de nous reposer » - Page 1 | Mediapart
  • Il n’est pas facile d’effacer le manque de sommeil accumulé durant l’année, mais les vacances sont le moment idéal pour se reposer. Journal L'Union, Les vacances d’été, moment idéal pour se reposer
  • Hacher finement les herbes, la cive, l’ail, l’oignon, le piment. Dans un saladier, mettre la farine, ajouter la morue, puis les herbes, et l’eau. Bien remuer le tout à l’aide d’une spatule en bois et laissez reposer la pâte pendant 2 heures environ.   Franceinfo, À la carte. Portraits de chefs : le soleil de Babette de Rozières
  • Même les morts ne peuvent reposer en paix dans un pays opprimé. De Fidel Castro / Message au peuple souffrant de Cuba
  • La résistance au capitalisme ne devrait pas reposer sur une pensée pré-moderne. De Slavoj Zizek / Le Nouvel Observateur, 22 janvier 2015
  • La meilleur façon de se reposer pour un feignant, c'est de travailler... De Pierre Dac / Le club des loufoques
  • On nous a donné le sommeil pour nous reposer de vivre avec nous-mêmes. De Jacques Deval / Afin de vivre bel et bien
  • Avec un fils, tu peux marcher ; avec deux, chevaucher ; avec trois, te reposer. De Proverbe russe
  • Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue De Jules Renard
  • Le monde semble reposer sur la résignation de milliards d’inconnus. De David Mitchell / Ecrits fantômes
  • De temps en temps, il faut se reposer de ne rien faire. De Jean Cocteau
  • Quel grand repos de n'avoir même pas de quoi avoir à se reposer ! De Fernando Pessoa / Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes
  • C'est fatigant de voir les autres se reposer. De Pierre Dac / Le club des loufoques
  • Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue. De Jules Renard / Journal
  • Quand le mort repose, laisse reposer sa mémoire. De Proverbe arabe
  • Nous reposer ! N'avons-nous pas pour nous reposer l'éternité toute entière ? De Antoine Arnauld
  • Cimetière veut dire : Allons nous reposer. De Xavier Forneret / Sans titre
  • Je désire reposer […] en face de cette ligne bleue des Vosges d'où monte jusqu'à mon cœur fidèle la plainte des vaincus. Jules François Camille Ferry, Testament

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Traductions du mot « reposer »

Langue Traduction
Corse riposa
Basque atsedena
Japonais 残り
Russe остальное
Portugais descansar
Arabe راحة
Chinois 休息
Allemand sich ausruhen
Italien riposo
Espagnol descansar
Anglais rest
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Synonymes de « reposer »

Source : synonymes de reposer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « reposer »



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